Le Legs et Les Acteurs de bonne foi

  Le  Legs et Les Acteurs de bonne foi de Marivaux, mise en scène de David Géry.


legs.jpgLe Legs  est une courte pièce qui dans la vie de Marivaux -il avait déjà 48 ans- est proche de ses plus grandes pièces. Comme l’indique le titre, il s’agit d’une somme d’argent( 200.000 francs: ce qui n’a rien d’anodin, sans doute plusieurs dizaines de milliers d’euros) dont un Marquis et sa cousine Hortense doivent hériter.
Mais, il y aune clause suspensive comme disent les notaires: si le Marquis n’épouse pas Hortense, ,il devra lui verser sa part. Même chose pour Hortense…. C’est une déclinaison de plus dans l’œuvre de Marivaux d’un thème qui lui est cher: l’argent et le mariage… Dans ce jeu compliqué, il y a une comtesse qui aime le Marquis et  sait que le Marquis l’aime, sans que ce dernier  le sache., et surtout veuille l’avouer… Et Marivaux sait tisser un dialogue des plus subtils entre les maîtres d’abord , et les domestiques qui ,sans  l’air d’y toucher, savent mener le grand bal des sentiments chez leurs maîtres quand ils y trouvent, bien entendu leur intérêt…
Et là, les choses sont très embrouillées.  Même si  la société a bien changé, cela pourrait se passer en 2010, à quelques modifications, tous les notaires savent cela. Le Marquis finit par avouer son amour à la Comtesse et accepte de payer les 200.000 francs. La morale, ou du moins une certaine morale , est sauve: l’argent auquel on renonce ouvre la porte au bonheur ou ,du moins ,à l’amour et au mariage.   » Fierté, raisons, richesse , il faut que tout se rende. Quand l’amour parle, il est le maître », disait  aussi Marivaux, dans Les fausses Confidences.
David Géry s’est emparé de la pièce avec beaucoup d’intelligence et de finesse, et dirige ses comédiens tous très crédibles-dont l’immense Daniel Martin-avec un remarquable sens des nuances. Mais, comme il n’y a aucun  décor et que l’acoustique de  cette ancienne  salle des fêtes  reste des plus défectueuses, beaucoup de répliques échappent à la plupart des spectateurs: c’est plutôt ennuyeux dans le cas de Marivaux….
Les Acteurs de bonne foi que Marivaux écrivit peu de temps avant sa mort est une pièce où fleurit le théâtre dans le théâtre  avec un  dialogue étincelant  mais qui est un peu mince ( trente minutes). Ces acteurs sont en fait   des domestiques qui jouent une comédie le jour du mariage d’Angélique et d’Eraste. Situations réelles et situations jouées: la confusion devient  rapidement ingérable pour les personnages.. et c’est parfois  drôle, parfois seulement. .David Géry s’est servi du même décor  et a employé aussi les même  acteurs que pour Le Legs, et quelques autres,  et s’est servi du même décor : un plan incliné représentant une table de jeu de casino mais dont ,cette fois , quelques uns des éléments de plancher ont été enlevés, sans doute pour signifier cette mise en abyme?
Cela ne semble  pas tellement  réjouir les comédiens , souvent peu rassurés dans leurs  déplacements, quand il leur faut contourner ces trappes béantes. Et David Géry a cru bon- mais c’était sans doute la fausse bonne idée du siècle- de travestir Geoffroy Carey, Philippe Fretun et Daniel Martin pour les trois rôles féminins principaux, mais la pièce vire alors à la farce.
Si le metteur en scène a dû  s’amuser, le public lui reste un peu indifférent à cette mise en scène aussi bien réglée que la précédente mais beaucoup moins convaincante! Alors à voir?  Oui, si vous voulez à tout prix voir ces deux petites pièces  de Marivaux rarement jouées, sinon… ce n’est  pas une priorité Et cette salle n’est pas  le meilleur endroit pour les découvrir… La  ville de Boulogne-Billancourt  possède une remarquable médiathèque mais on attend encore qu’elle ait un théâtre digne de ce nom. Qu’en pense M. Fourcade?

 

Philippe du Vignal

 

Théâtre de l’Ouest Parisien à Boulogne jusqu’au  21 février.

 

 


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Ceux qui viennent

Ceux qui viennent, texte et mise en scène d’Elisa Ghertman.

  15351372049226.jpgCela se passe dans une friche industrielle reconvertie; oui, Madame, la scène est vaste et silencieuse, même si ce n’est pas le grand confort dans la salle: les sièges « coque » rouges sont prêts pour un musée du design; oui, Madame, il fallait prendre un métro jusqu’à Gennevilliers , puis un bus ( mais on est venu nous chercher en voiture)… C’est là qu’Elisa Ghertman proposait une version plus longue d’un texte qu’elle avait déjà présenté il y a quelques années. Ceux qui viennent , c’est comme une sorte d’exorcisme personnel que prennent à bras le corps quatre jeunes comédiens. Parfois pour le meilleur mais pas toujours… ll y a surtout des monologues, quelques moments de rencontre entre des êtres, et une sorte de patchwork pas mal cousu de théâtre, de rap mais aussi de chant et parfois de danse pendant une petite heure. Le spectacle est très inégal, avec un moment sublime comme ce monologue d’une femme enceinte: Marion Amiaud a, par moments, des faux airs de Zouc, cette comédienne suisse qui fit un tabac dans les années 70. Petite, les cheveux ébouriffés, les yeux brillants ,elle a une gestuelle très élaborée et elle réussit en quelques minutes à construire un personnage et à mettre, comme on dit, le public dans sa poche, avec un texte qu’elle possède de façon absolue. Elle possède un métier solide et une personnalité vraiment étonnante. Et il y a aussi David Lelièvre, un comédien qui a une belle présence et que l’on avait déjà vu comme Marion Amiaud , dans le précédent spectacle d’Elisa Ghertman qui, c’est incontestable, sait diriger ses quatre comédiens. Le rappeur Haimess n’est malheureusement pas un comédien , ne joue pas du tout avec les autres, et cela plombe le spectacle Dommage… Si, donc, la direction d’acteurs, la mise en scène et les éclairages sont d’une remarquable qualité, il faudrait qu’ Elisa Ghertman, au delà des belles images qu’elle sait créer, abandonne son magasin personnel et s’oriente vers de grands textes:  » J’essaye de toucher, ce qui, en étant le plus personnel possible, est aussi ce qui nous appartient à tous et nous lie ». On veut bien, mais la jeune metteuse en scène a du mal à en construire la dramaturgie; et la fabrication de la fiction, à partir du poème dramatique, ne fonctionne pas vraiment. Elisa Ghertman, après ses premières expériences, devra renoncer à certains choix . Cela peut faire grincer les dents mais c’est la condition sine qua non de toute avancée théâtrale. Elisa Ghertman, qui disposait sans doute pour la première fois d’un vrai et beau plateau montre qu’elle possède une solide maîtrise de la  » plastique scénique  » , pour reprendre les mots de Denis Bablet, qu’elle peut mettre, avec beaucoup d’efficacité au service d’un univers dramatique…

Philippe du Vignal

Le spectacle a été créé, après une résidence à l’espace 89 de Villeneuve-la-Garenne le 5 février.

Cercles/ Fictions

 Cercles / Fictions, texte et mise en scène de Joël Pommerat.

  La nouvelle création de Joël Pommerat , que Peter Brook a invité il y a deux ans à venir travailler au Théâtre des Bouffes du Nord à Paris,  est fondée sur un nouveau rapport au public; en effet  Joël Pommerat n’avait jusque là,  dit-il, envisagé que la seule scène frontale . Mais , cette fois ,il a imaginé, avec l’aide de son scénographe Eric Soyer,  de transformer le théâtre en fermant totalement le cercle du public comme dans un cirque. Si la proposition  est parfois dangereuse pour des comédiens débutants, elle peut aussi être d’une grand apport et d’un grand enrichissement pour ceux- tous formidables de métier et de vérité-de la Compagnie Louis Brouillard.
  La seconde proposition de travail de Pomerat qui n’est pas sans lien avec la précédente, pose la question, non pas de la fiction en général mais de la représentation de cette fiction, puisque, dit-il, tous les personnages  de la pièce, à l’exception d’un seul,  sont, comme les situations authentiques, le concernent lui directement et cercle.jpg sont partie prenantes de ce qu’il est aujourd’hui.
  Ce sont de courtes scènes, même parfois presque muettes, et elles se jouent au centre de ce plateau rond séparé du public par un muret de contre-plaqué noir. Peu de lumière: des éclairages  surtout latéraux et zénithaux absolument sublimes signés Eric Soyer , pour donner naissance à des images faites de trois fois rien mais d’une beauté incontestable.
Sa
ns doute les petits scènes qui se succèdent pendant plus de deux heures sont de qualité inégale-il y a quelques longueurs- mais la plupart sont d’une vérité et d’une émotion étonnantes: un grand bourgeois qui explique à ses domestiques les nouvelles règles appliquer qu’il entend , le licenciement par son épouse de la nourrice, des histoires de guerre traumatisantes  le dialogue surréaliste  d’un cadre d’une sorte de Pôle-Emploi avec des demandeurs d’emploi, la  rencontre dans un parking souterrain d’un directeur commercial avec deux jeunes femmes S.D.F. ..

  Il faut parfois suivre Joël Pommerat dans les méandres du conte qu’il veut nous faire entendre mais les images sont tellement fortes et belles,  et soutenues par une bande son et des compositions musicales tout à fait remarquables de François, Antonin et Grégoire Leymarie qu’on se laisse emporter…
D’autant plus que tous les acteurs,impeccablement dirigés , et dont beaucoup ont déjà travaillé avec le metteur en scène sont  tous d’un niveau exceptionnel: Jacob Ahrend, Saadia Bentaïeb, Agnès Berthon, Gilbert Beugniat, Serge Larivière, Frédéric Laurent, Ruth Olaizola, Dominique Tack. Et grâce aux micros HF, pour une fois  justifiés, ils nous sont tout à fait proches, et  la moindre nuance, le moindre chuchotement est aussitôt perceptible, ce qui change aussi de façon radicale la relation avec le public.

  Pas un à-coup dans la mise en place , où chaque scène s’enchaîne à l’autre comme par miracle, alors que les comédiens entrent et sortent dans un noir presque absolu. C’est un vrai travail d’orfèvre, d’une incomparable précision et en même temps d’une géniale poésie.Il y a sans doute , on l’a dit, quelques longueurs mais la puissance des images comparable- comme celle de la fabuleuse et dernière scène( on vous laisse la surprise)- à celle du Wilson d’autrefois (désolé, on a chacun nos petites nostalgies!) et la solidité à toute épreuve de l’interprétation en font un spectacle peut-être difficile à appréhender au début mais où il y a des moments que l’on ne peut trouver nulle part ailleurs dans le théâtre actuel.
  Alors à voir? Oui, à condition de faire un petit effort pour entrer dans la dramaturgie parfois un peu compliquée de Pommerat mais, comme dirait Céline, tout se paye dans la vie, le bien comme le mal, mais le bien, c’est plus cher….Et croyez-nous, on ne ressort pas de là indemne et les images continueront à vous poursuivre bien après que vous aurez quitté les Bouffes du Nord.

 

Philippe du Vignal

Jusqu’au 6 mars et ensuite au Manège de Maubeuge le 13 et 14 mars; à la Scène nationale de Cavaillon du 31 mars au 2 avril, et Théâtre de la Communauté française de Belgique à Bruxelles du 20 au 24 avril.
 

Les Garçons et Guillaume, à table!

Les Garçons et Guillaume, à table!  spectacle de et avec Guillaume Gallienne , mise en scène de Claude Mathieu.

   » galienne.jpgLe premier souvenir que j’ai de ma mère, dit Guillaume Galienne, c’est quand j’avais quatre ou cinq ans. Elle nous appelle mes deux frères et moi pour le dîner, en disant:  » Les garçons et Guillaume à table! » et la dernière fois que je lui ai parlé au téléphone, elle raccroche en disant : « Je t’embrasse ma chérie »; eh! bien, disons qu’entre ces deux phrases, il y a quelques malentendus ».
 Malentendus qui vont fournir la trame du solo brillantissime où Guillaume Gallienne, en pantalon noir ,  veste de velours bleu, et pull-over  très années cinquante,  évoque toute une série de ses personnages: sa mère bien sûr, qui semble quelque peu envahissante d’affection, sa grand-mère russe avec un fort accent et qui roule les r de façon incomparable, ses camarades de lycée, la dame espagnole qui l’accueille pour un séjour linguistique et qui lui apprendra la sévillane mais… pour une fille, ce qui fait hurler de rire la famille  alors que lui, ne comprend pas, jusqu’au moment où une jeune fille lui lance crûment: « Quand je danse la sévillanne, je veux danser avec un garçon pas avec une fille! « . Mais est-ce vraiment la faute à pas de chance si ce genre d’incidents émaille sa vie? Le juen homme de l’époque commence à y perdre son identité…
Il incarne aussi le temps de quelques répliques le médecin  et le psychiatre militaires qui le prennent  pour un véritable taré, comme le second psychiatre qui griffonne la moindre des ses paroles avec un superbe mépris, le professeur de théâtre  qui lui demande une petite improvisation, ou les  jeunes homos banlieusards qu’il a rencontré par hasard.   C’est toujours bien vu, magistralement interprété- Gallienne fait preuve d’un solide métier et passe d’un personnage à l’autre avec une  facilité exemplaire mais sans jamais en faire des tonnes,  dirigé avec beaucoup de précision et d’intelligence par  Claude Matthieu,  sa complice de la Comédie-Française.

 Mais  cet exorcisme, à la fois intime ,  autodérisoire et plein d’un humour parfois acide, reste cependant très pudique, même quand les situations évoquées frisent le scabreux. C’est vraiment un exercice de haute voltige où le comédien se sent parfaitement à l’aise, avec juste quelques accessoires, et le public, qui rit pratiquement tout le temps,  lui fait un triomphe tout à fait justifié. Dans le théâtre contemporain, Guillaume Gallienne renouvelle l’art du conteur, un peu dans la  veine que le premier et brillant Philippe Caubère d’ il y a quelque vingt ans …
 Vous aurez sûrement du mal à avoir des places mais tentez votre chance, et plutôt pour  le dimanche; ensuite le grand comédien rejoindra la Comédie-Française où il a, dit-il très envie de rejouer avec ses partenaires. Sans doute, ce genre de monologues ne suffit-il pas à cet acteur boulimique mais ce serait dommage qu’il ne s’aventure pas de temps à autre dans cette voie. Reprendra-t-il ce spectacle,  avec ce titre/ réplique qui est en passe de devenir une phrase-culte? On peut vraiment l’espérer; par les temps qui courent, ce n’est pas tous les jours que l’on a l’occasion de rire au théâtre. En tout cas, Patrice Martinet a bien fait de l’inviter dans son théâtre dont le plateau lui convient parfaitement.

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Athénée jusqu’au 20 février. 

Le spectacle se joue à guichets fermés mais sera repris dans ce même théâtre du 26 juin au 17 juillet.

Portrait d’une femme

Portrait d’une femme de Michel Vinaver, mise en scène d’Anne-Marie Lazarini.

femme.jpgC’est un pièce très peu connue de Michel Vinaver, auteur lui plus que reconnu et joué à la Comédie-Française mais que vous ne verrez pas à Paris, parce qu’il ne l’a pas souhaité pour des raisons très personnelles.
Elle a donc été créée au Théâtre des Sources à Fontenay-aux-Roses, et sera reprise en tournée (voir plus bas). Cela se passe dans un Palais de justice habilement scénographié par  François Cabanat. Un panneau lumineux indique la date du procès en assises: 1953, puis  les autres lieux et dates où se sont déroulés les principaux épisodes de la vie amoureuse  d’une jeune femme  du Nord de la France qui  a fait le voyage jusqu’à Paris  pour tuer d’un coup de revolver Xavier Bergeret :il avait été son amant et  l’avait  quitté pour se marier avec un autre. L’histoire est  celle d’un fait divers authentique: Pauline Dubuisson avait tué son amant par dépit amoureux et ce crime avait aussi inspiré Clouzot pour son film La Vérité
Quand on on entre dans la salle, les personnages sont déjà en place: Président, Procureur, avocats, témoins et parents de la jeune femme. Le procès d’assises est depuis longtemps un thème exploité à la scène comme au cinéma, que ce soit pour une histoire banale comme celle-ci , ou pour un cas célèbre et jamais élucidé comme celui de l’affaire  Seznec dont Robert Hossein a tiré un spectacle au Théâtre de Paris.
Le Président passe en revue la vie personnelle de cette jeune femme dont la moindre aventure amoureuse est passée au peigne fin, surtout quand il s’agit de relations  avec un médecin allemand pendant l’Occupation. Le Procureur de la République est dans son rôle, comme l’avocat de la partie adverse qui relève la moindre des choses qui ne serait pas en accord avec l’ordre moral de ces années-là…L’avocat de la jeune femme, lui,  manque singulièrement  de volonté de défendre sa cliente.
De temps à autre , une scène du passé de la jeune femme ressurgit: les retrouvailles avec ses parents très protecteurs dans le jardin familial,  sa tentative de suicide ,  la rencontre avec son amie qui lui apprend le mariage de Xavier Bergeret, etc… Ces petites scènes plus anecdotiques que véritablement révélatrices ponctuent ainsi la pièce, mais on ne comprendra jamais vraiment les mobiles du crime, comme dans le véritable procès de Pauline Dubuisson. Jusqu’ au moment où  le Président  annonce le verdict: la condamnation à mort, puisque le jury n’a accordé  aucune circonstance atténuante à l’accusée..
La mise en scène d’Anne Marie-Lazarini est sobre et précise: pas d’effets inutiles, un bon rythme,  et c’est plutôt bien joué, en particulier par Michel Guedj, Isabelle Mentré, Michel Ouimet et Gérard Chatelain dans le rôle d’un père un peu dans les nuages, mais Jocelyne Desverdère ( la jeune femme) n’est pas vraiment  convaincante.. Il faut dire aussi que le texte- probablement issu d’une sténotypie du procès plutôt brute de décoffrage- n’a rien d’un chef d’oeuvre, et c’est un euphémisme…   Alors que la véritable vie de Pauline Dubuisson est beaucoup plus intéressante , puisque la révélation de sa véritable identité mettra fin à son projet de mariage et qu’elle finira par se suicider en 1963, au Maroc où elle exerçait comme médecin.
Ce qu’il manque à ce semblant de pièce ? Pas mal de choses:  sans doute et surtout une construction  solide,  caractéristique des pièces réussies qui ont pour cadre un tribunal correctionnel ou d’assises.   On ne s’ennuie pas vraiment pendant cette heure et demi mais on a peu d’empathie avec ces personnages assez falots qui n’arrivent pas à nous passionner… Dommage! On attendait mieux de Vinaver, et s’il n’y avait pas son nom sur l’affiche, on pourrait  vraiment douter qu’il en soit l’auteur. Alors à voir? Peut-être (et encore!) pour les passionnés de Vinaver;  pour les autres, ce n’est pas vraiment indispensable….

 

Philippe du Vignal

 

Le 9 février au Théâtre du Passage à Neufchâtel ( Suisse); du 17 au 20 mars au Théâtre des Deux Rives à Rouen; du 23 mars au 1 er avril au T.O.P. de Boulogne ( Hauts de Seine); du 6 au 10 avril au Théâtre de la Criée  à Marseille et enfin,  du 20 au 30 avril à la Comédie de Genève.

 

La Pierre

  La Pierre  de Marius von Mayenburg, mise en scène de Bernard  Sobel, en collaboration avec Michèle Raoul-Davis

   lapierre.jpg Marius von Mayenburg a déjà- à 37 ans encore pour quelque jours- une solide réputation d’auteur dramatique ( quelques douze pièces dont certaine  comme L’enfant froid montée par Christophe Perton au Rond-Point et Visage de Feu par Alain Françon à la Colline. Il est aussi dramaturge et traducteur la prestigieuse Shaubühne de Berlin.
  La Pierre, l’un des es dernières pièces, se passe après la chute du Mur de Berlin en 93. C’est l’histoire d’une grand-mère, de sa fille et de sa petite fille qui retrouvent leur maison à Berlin-Est, après l’avoir abandonnée et avoir fui à l’Ouesta. La grand-mère et le grand-père maintenant disparu l’ont racheté en 1935 à une famille juive contrainte à l’exil. Mais on ne le sait que trop: le présent colle souvent très mal avec le passé, surtout quand ce foutu passé n’est pas identique pour des personnes pourtant très proches. La grand-mère en a des cauchemars, sa fille n’est pas vraiment à l’aise et la petite-fille n’a qu’une envie: celle de s’enfuir au plus vite de cet univers qui ne la concerne en rien.
 Bref, il y a  des cadavres dans tous les placards. Et Marius von Mayenburg avec beaucoup d’intelligence nous convie à un voyage dans la mémoire de plusieurs générations du peuple berlinois de 35 à 93. sans logique apparente autre que celle du souvenir. « Lorsqu’on se remémore un événement, notre cheminement n’est pas logique, écrivait l’auteur à propos de l’Enfant froid, la mémoire ne suit pas un ordre chronologique: les événements nous reviennent entremêlés, parce que nos émotions les ont mélangés. C’est ce phénomène que j’ai tenté en tant que dramaturge de retranscrire.. »
 Et ce n’est pas pour rien que von Mayenburg a choisi comme personnages trois femmes d’une même lignée pour essayer de de dire les regrets et le sentiment de  culpabilité  qui continue sournoisement à hanter l’Allemagne un demi-siècle après la faillite de l’aventure nazie, puis le déchirement  de voir son pays coupé ,et enfin le choc qu’ a dû être la réunification tant attendue mais qui a encore souvent chassé les gens de chez eux cette fois pour des raisons économiques.
Et Bernard Sobel dit qu’il a abordé ce poème parce que d’une certaine façon, il a dû affronter le problème de ce qui reste aujourd’hui de l’héritage communiste. « J’ai travaillé, précise-t-il, cinq ans dans un pays qui n’existe plus ». Et  sa direction d’acteurs est , comme toujours, d’une grande précision ( même si Edith Scob surjoue ) mais La Pierre qui,  dit-il,   » met en scène des fantômes qui ne veulent pas être oubliés, qui interdisent d’être tranquilles »ressemble par trop à un canevas pour que l’on ait envie de s’y intéresser vraiment.
 Si l’on comprend bien les raisons qui ont conduit Sobel à choisir ce poème (sic),  on a du mal à cause de la structure répétitive de courtes scènes ,  à s’attacher à ces   personnages  trop  rapidement cernés et cette parabole familiale sur la RDA disparue , même si elle ne dure qu’une heure et quart, devient vite ennuyeuse. Sans doute le grand plateau noir de la  Colline où il n’y a que quelques meubles de salon n’était-il pas la scène idéal pour ce genre de poème, et la ponctuation permanente de dates en tubes fluo imaginée par Lucio Fanti n’arrange pas les choses, mais de toute façon, c’était mission impossible:  le texte de Marius von Mayenbourg n’a très franchement rien de très passionnant. Rien à faire: l’émotion qui devrait être tangible n’est pas au rendez-vous.
 Alors y aller ou pas? Ce n’est peut-être pas la bonne pièce pour découvrir cet auteur, malgré le travail de Sobel et de ses acteurs. Et il y  a sûrement d’autres priorités à Paris…

 

Philippe du Vignal

Théâtre de la Colline jusqu’au 17 février.

Le Bout de la Route

Le Bout de la Route de Jean Giono mise scène de François Rancillac.

  surlaroute.jpgLe théâtre de Jean Giono est sans doute moins connu que ses romans célèbres comme Colline (1929) , Regain ( 1930)  ou Le Hussard sur le toit (1947), , et pourtant si l’on connaît et l’on joue souvent La Femme du Boulanger, Le Bout de la Route- qui est sa première pièce et  qu’il écrivit en 1931, ne manque pas non plus d’attraits. L’histoire est, comme souvent chez Giono se passe en Provence dans des paysages magnifiques mais où les villages petit à petit commençaient à sombrer dans l’abandon, et, un peu par miracle, grâce à quelqu’un venu d’ailleurs, se sont mis à renaître .
Et la ferme au milieu de nulle part où Jean arrive un soir, fourbu par une longue marche et mort de faim a été ravagée par le deuil: le père de famille est mort brutalement et sa petite soeur  a été tuée par un  rocher tombée de la montagne toute proche. La grand-mère vit recluse dans sa chambre, Rosine, la veuve est devenue impitoyable et autoritaire. Quant à Mina, la plus jeune des filles, elle arrive à se tirer de ce  chaos familial quand elle rencontre Albert un jeune forestier qui vient la voir chaque mardi. Jean donc débarque un soir, parmi ces gens qui ne l’ont jamais vu: il possède un indéniable bonté et il irradie, calme et un peu triste; on devine très vite et il va le dire qu’il est lui aussi en deuil: celle qu’il aimait l’a quitté et il se retrouve seul mais solide, avide d’en découdre
Il aime raconter des histoires ; Albert, émerveillé et compatissant  offre un peu du lait qui ne lui appartient pas; quant à  Mina, elle l’écoute avec avidité; Rosine, après s’être montrée méfiante et plutôt agressive, sent bien malgré tout qu’un homme jeune comme cela, c’est un vrai cadeau tombé du ciel qu’on ne peut pas refuser. Et la grand-mère elle-même quittera la prison qu’elle s’est elle-même construite pour parler avec lui. Et Jean se lie aussi  d’amitié avec le garde-champêtre, le vieux Barnabé qu’ il aide à  pétrir puis à  cuire le pain dans le four banal  du village. Et l’on entend la musique du petit bal où Mariette et Mina essayent en vain d’entraîner Jean. Mina, bien entendu, est depuis longtemps  tombée follement amoureuse de Jean qui  s’en est bien aperçu maissemble ailleurs, perdu dans un autre monde. Et c’est lui qui la remettra dans les bras de son fiancé…. François Rancillac a bien compris qu’il était impossible de concevoir une mise  en scène naturaliste et de faire ainsi tomber la pièce dans un pittoresque à la Pagnol, avec ce que cela suppose de clichés et de bêtises. Encore aurait-il fallu ne pas  créer avec son scénographe Jacques Mollon cet espace noir  avec un sol et des murs couverts de cette pâte striée de réglisse à la Soulages. On veut bien que, chez Soulages, cette « pâte épaisse et pétrolifère donnant à son noir uniforme une dynamique et une profondeur incroyable » ait sa raison d’être  chez le peintre  aveyronnais ( et encore pas toujours, il y a un peu du système dans l’air depuis une bonne vingtaine d’années, et les vitraux de la cathédrale de Conques* sont de qualité  inégale) .
C’est quand même à un curieux syllogisme que se livre François Rancillac qui en rajoute encore une couche (excusez le mauvais jeu de mots pictural!) en de en transposant  Soulages dans l’univers de Giono et en demandant de plus à Cyrille Chabert de concevoir une lumière, disons, des plus économiques. Pas la peine de convoquer et Soulages et Le Corbusier  pour essayer de justifier un système scénique qui ne fonctionne pas, et dessert plutôt la pièce. Enfin, bon…
Encore une fois, sans tomber dans le naturalisme du genre:  vieille cheminée, rideaux en coton Vichy rouge et blanc et lampe à pétrole suspendue au dessus de la table où règne la grosse tourte de pain familiale, il y avait sans doute moyen de faire autrement. D’autant que la pièce de Giono, malgré une langue d’une richesse et d’une beauté remarquable a quand même du mal à décoller. Giono, dont c’était le premier texte théâtral n’a pas encore tout à fait pris la mesure du temps théâtral. Et les scènes d’exposition sont plutôt du genre longuet…
Mais, passée la première heure, François Rancillac maîtrise parfaitement les choses, et sa mise en scène et sa direction d’acteurs sont d’une qualité exemplaire.Chaque comédien est remarquable: et il n’y a aucune fausse note, en particulier Eric Challier ( Jean) et Tiphaine Rabaud-Fournier ( Mina) sont plus qu’émouvants . Emmanuèle Stochl est aussi formidable de vérité, même si elle a parfois tendance à surjouer un peu. mais quel régal et les scènes de la fin que l’on ne vous dévoilera pas sont des moments d’émotion très rares  au théâtre. Les comédiens, sous la houlette de Rancillac,  se sont emparés de cette langue qui fait penser parfois à du Claudel ( ce n’est sans doute pas pour rien si Alain Cuny avait créé le rôle de Jean) avec un bonheur visible. Certes la pièce est un peu longue et aurait sans doute bénéficié au début de quelques coupes… Certes la Cartoucherie n’est sans doute pas près de chez vous… mais vraiment cela vaut le coup.Et on ne vous le redira pas…

 

Philippe du Vignal

 

* Comme disait une brave touriste  sans doute peu fait de l’art contemporain en s’adressant à son hôtellière:  » Madame, savez-vous quand seront enlevés les vitraux provisoires de l’église de Conques? ( Authentique et aussi  savoureux qu’un bon aligot dans la froidure de janvier mais Soulages n’apprécierait sans doute pas!)

Théâtre de l’Aquarium jusqu’au 28 février.

La pièce est éditée aux Editions Folio/ Gallimard

Comment ai-je pu tenir là-dedans?

Comment ai-je pu tenir là-dedans? d‘après La Chèvre de M. Seguin d’Alphonse Daudet , une fable de Stéphane Blanquet et Jean Lambert-wild, direction Jean Lambert-wild.

   chevre.jpgLes contes pour enfants ont la cote auprès des jeunes metteurs en scène ;  la plupart  traitent de la transgression comme Barbe-Bleue, Le Petit chaperon rouge et combien d’autres … et il y a le plus souvent de la perversion dans l’air. Bref, de quoi plaire à la fois aux enfants et aux adolescents , comme aux adultes qui y trouvent aussi leur compte… mais sans doute pas de la même façon, puisqu’il y a toujours un arrière-plan psychanalytique :  » la chèvre blanche, à moitié  saoule, se vautrait là-dedans, les jambes en l’air et roulait le long des talus ».
Le spectacle n’a rien d’une illustration du célèbre conte de Daudet mais c’est plutôt une sorte de relecture personnelle de Jean Lambert-wild.Aucune autre personnage que la chèvre incarnée par une jeune artiste allemande: Sike Mansholt, oeuvrant à la fois dans la performance, la vidéo, la danse et l’écriture poétique qui, cette fois,  restera muette; le texte étant dit en voix off par ce comédien exemplaire qu’est André Wilms. Composante essentielle du spectacle, un environnement composé d’une table, d’un coffre , d’une chaise et d’une sorte de grande marionnette à la forme évoquant le loup, environnement installé sur un plateau tournant et que l’on va retrouver, un peu modifié , deux autres fois, puisque le plateau est divisé en trois parties séparées par une paroi de papier que la jeune femme franchira en les déchirant d’un coup de cutter. C’est, marque de fabrique de Jean-Lambert Wild,  remarquablement conçu et interprété, même si la voix d’André Wilms est un parfois peu trop monocorde. Le spectacle, on l’aura compris , est sans concession aucune,  et tient souvent plus de la  » performance », puisqu’il associe la voix de Wilms , la musique de Jean-Luc Therminarias, vieux complice du metteur en scène et l’expression gestuelle tout à fait remarquable de Sike Mansholt, privilégiant l’image de ce voyage dans la fable de Daudet. Jean Lambert-wild et ses complices veulent  dire à la fois l’enfance, la transgression comme nécessité vitale mais aussi la difficulté à intégrer le monde des adultes. Ce que peut révéler une lecture plus analytique du texte mais ce qu’il n’est pas évident à révéler sur une scène en cinquante cinq minutes… Il y a souvent  de fabuleuses images, par exemple quand la jeune femme ouvre le corps du loup et que s’échappent des milliers de pastilles de couleur.
Tout se passe, semble-t-il,  comme si l’on avait affaire à un spectacle pour enfants  qui tiendrait  davantage de la « performance » d’artiste peintre destinée à un public averti qu’à un public  d’enfants et d’adolescents. Mais , à quelques bémols près, si étonnant que cela  puisse paraître,  ce type de dramaturgie fonctionne.. Les enfants étant sans doute plus sensibles à des choses que nous sommes bien incapables  de percevoir, avec notre cerveau  déjà encombré à l’entré  de tas de  scories. Et ce genre d’approche du théâtre  n’est pas sans parenté avec celui de PIerre Blaise dont nous parlions il y  a peu  de temps dans Le Théâtre du Blog.
Même exigence, même perfection de la forme et même recherche d’un autre langage dramatique où l’on considère l’enfant encore plus susceptible de saisir la beauté du monde que n’importe que adulte. Avec sa sensibilité à lui qui n’a pas grand chose à voir avec la nôtre. En tout cas, Jean Lambert-wild aura ouvert une des pistes les plus  intelligentes à l’heure actuelle dans ce que l’on appelle le théâtre pour enfants.

Philippe du Vignal

Comédie de Caen ( maintenant en tournée: 02-31-46-27-27)  En 2013:

Nouveau Théâtre de Montreuil du 21 février au 1er mars   et Théâtre de l’Archipel à Perpignan du 17 au 20 mars  .  L’Hexagone, scène nationale de Meylan, les 28 et 29 mars  La Condition publique, Roubaix Le 21 mai . 

Pris de cours

Pris de cours, texte et réalisation de la Compagnie Gravitation, mise en scène de Jean-Charles Thomas.

 rock.jpg Cela se passe à Courcelles-lès-Lens ; comme son nom l’indique, c’est une petite ville proche de Lens, où l’activité minière s’arrêta en 1948.
Maisons basses en brique et anciens crassiers à l’horizon. Nous sommes précisément au collège Adulphe Delegorgue. Vous ne connaissez évidemment pas ce personnage natif de la ville qui-notre science est de fraîche date- est né en 1814 et mort en 1850; ce fut un ethnologue et botaniste amateur passionné par l’Afrique australe dont il rapporta nombre de pièces, et de témoignages sur la vie des habitants. Et  très connu dans le monde anglo-saxon, mais peu chez nous.
Le collège, comme beaucoup d’autres  collèges, n’est  pas richement doté: l’architecte ne s’est pas tué à la tâche et les peintures datent de la construction ou presque..Mais la bienveillance et le calme semblent régner dans les salles de classe, comme celle de quatrième où nous sommes, celle de madame X , enseignante de Français.  Elle accueille aujourd’hui un professeur-stagiaire M. Xérès,  qui vient faire un cours.
Le conseiller d’éducation le présente aux élèves , ainsi que l’Inspecteur chargé de…l’inspecter. Le jeune professeur se présente lui aussi  , écrit son nom au tableau, puis  dit d’un un ton sec: « Sortez de quoi noter ». Silence  dans les rangs, cela ne moufte pas!  L’inspecteur- en costume gris,  chemise blanche et  cravate,   demande que soient rangés sacs et cartables , de façon à laisser les allées libres pour qu’il  puisse se déplacer, et   vérifie que les classeurs  sont bien disposés au bord de chaque table pour qu’il  y jette un coup d’œil.  Et il demande que les élèves  fassent comme s’il n’était pas là… Exécution immédiate: l’autorité paye…
Le professeur stagiaire  écrit habilement au tableau  le nom du village où  se passe le roman: Thunder ten Tronckh  puis commence à lire un extrait du Candide de Voltaire, en le commentant et en posant quelques questions. Il s’agit des péripéties amoureuses de Candide et de Cunégonde; cela glousse dans la salle quand, assis  au bureau , il extraie de sa petite valise une poupée Barbie pour illustrer la leçon de physique expérimentale, comme dit Voltaire,  entre Cunégonde et son amoureux.
Quelques minutes plus tard, le conseiller d’éducation entre- tous les élèves se lèvent poliment- et introduit une nouvelle élève: Sonia Simon,  assez timide, pâle jeune fille au visage  fermé; on voit qu’elle attend un heureux événement, sur lequel le conseiller demande aux élèves de ne pas faire de réflexions désobligeantes.
Quand même peu éberlués, filles et garçons ne disent rien et  prennent alors une feuille de copie pour commencer la dictée: un extrait des Trois Mousquetaires  dont M.  Xérès, toujours très pédagogique, présente les noms des héros qu’il écrit au tableau, puis  donne au passage la définition du mot laquais et enfin prend l’ accent pour incarner les personnages anglais. Fou rire dans la classe: il y a bien longtemps sans doute qu’une séance de dictée n’a pas été aussi drôle mais,  très vite, le jeune stagiaire bafouille d’émotion, quand il  s’aperçoit qu’il a oublié un dossier ; il quitte alors la salle pour  aller le chercher dans sa voiture. ..
L’Inspecteur n’est pas content et critique  cette faute professionnelle:  pour meubler le temps, il  lit le célèbre poème de Rimbaud : « Par les soirs bleus d’été… en s’accompagnant  d’une  guitare qu’avait apportée , on ne sait pourquoi, M. Xérès. Ravis de ce cours de français un peu hors-normes, les élèves applaudissent . Mais la professeur, dont ce sera la seule intervention leur fait remarquer un peu sèchement qu’ils auraient pu dire quelque chose, puisque- le hasard fait bien les choses!-ils ont récemment appris le poème.
Puis l’Inspecteur demande à  la nouvelle élève s’il peut voir son classeur où il remarque,  écrites à la main, les premières pages de Je ne se suis pas un singe de Virginie  Lou, dans la collection Pockett Jeunesse. « Vous allez lire votre devoir devant les élèves, lui demande-t-il, et je vais vous accompagner à l’accordéon pour vous aider. Elle annonne un peu au début,  puis  prend vite de l »assurance, et trouve le ton juste. Ce qui ne semble pas troubler les élèves, même si l’exercice est inhabituel…
Puis,  l’Inspecteur exaspéré par l’absence de M. Xéres, décide alors de parler de Victor Hugo. né en en 1802, mort en 1885, dit-il. « Vous connaissez Victor Hugo ?  » Les réponses ne sont pas très fournies; en revanche quand il demande combien de temps l’écrivain a vécu, le calcul mental est impeccable: 83 ans , proclament aussitôt nombre de collégiens. Le calcul du nombre de pages des Misérables écrites chaque année par Hugo se révèle plus ardu, et pour cause. L’inspecteur commence alors le récit:  » Au même moment,  un homme entre.. Et le hasard faisant décidément bien les choses, Jean Valjean, la casquette sur la tête entre aussi dans la classe- c’est bien sûr, M. Xéres- et  il interprète avec l’Inspecteur  la célèbre scène de l’aubergiste qui accueille l’ancien bagnard… Les élèves, cela se voit,  sont très troublés,  et  il y a pas mal de petites  gorges qui se nouent, dans un silence absolu.
La jeune nouvelle élève propose alors de lire un passage de  De la tendresse de Robert Cormier et M. Xeres, à la suite , perruque et lunettes noirs,prend alors sa guitare électrique , en imitant un chanteur rock des années cinquante…. Les élèves se mettent à rire et  applaudissent. Fin de cette heure de cours.
Comme c’est remarquablement mis en scène par Jean-Charles Thomas, et  joué à la perfection par  Max Bouvard, Martin Lardé et Natalia Wolkowinski, le faux vrai-cours de français fonctionne à plein régime. Grande question: jusqu’à quand les élèves sont-ils dupes?
D’après ce que l’on pu entendre après coup: jusqu’au moment où l’Inspecteur prend sa guitare, et encore peut-être plus tard, puisqu’ une élève a demandé si sa nouvelle camarade allait rester avec eux… Mais l’opération est assez subtilement menée( rigueur absolue de la dramaturgie et  de la mise en scène, costumes très crédibles, interprétation hors pair), pour que le doute persiste jusqu’au bout ( c’est une quatrième),  d’autant plus que tout est dans l’axe: les textes sont très bien  choisis, puisqu’ils posent les questions que se posent eux-même les adolescents sur l’amour, le sexe, la violence, la justice, etc…  Le conseiller d’éducation fait son travail  habituel, le professeur est un vrai professeur et intervient discrètement pour calmer le jeu quand  les élèves  s’enflamment, le stagiaire parait plein de bonne volonté mais vraiment inexpérimenté, et  l’Inspecteur, malgré sa queue de cheval,  n’ a pas l’air bien commode.
Quant à leur nouvelle camarade, même si elle a 31 ans, elle en parait seize, ce qui, après tout, est logique, puisqu’elle a redoublé deux fois . Et le décor est plus vrai que nature, puisque c’est leur lieu de vie… L’opération se répète en général trois fois dans la journée, et l’on demande à la première classe de garder le silence. Nous ressortons de là assez bousculés par cette mise en abyme du théâtre qui a fortement perturbé , au meilleur sens du terme, chacun des élèves, et  par cette intelligence et ce manque total de prétention:  ce qui est la plupart du temps, la marque reconnue des moments de théâtre les plus marquants.
Attention! Les représentations vont continuer dans divers collèges du département, réalisée en partenariat avec La Ligue de l’Enseignement du Pas-de-Calais mais  ne sont évidement pas publiques. Mais bon, si vous êtes enseignant, vous pouvez peut-être vous arranger avec le collège où elles auront lieu. en tou cas, si vous avez la possibilité de voir Pris de cours, ne le ratez pas…

Philippe du Vignal

Contact de la compagnie Gravitations: gravit.org

Note à benêts: notre consoeur et néanmoins amie Barbara Petit a longtemps vécu dans la petite ville voisine de Leforest. C’éyait une raison de plus d’aller revoir ces drôles de paysagesque sont les crassiers…

Paroles, pas de rôles

Paroles, pas de rôles de Matthias de Koning, Damian de Schrijever et Per Van de Eede.

    Les auteurs sont trois des comédiens des collectifs belges et néerlandais Tg stan, De Loe et Discordia,  que l’on avait déjà pu voir au  dernier Festival d’Automne ( My Dinner with André) et, notamment en novembre dernier au Théâtre de la Bastille ( voir l’article de Barbara Petit dans le Théâtre du Blog). Et c’est une sorte de carte blanche que Muriel Mayette  leur a donné en leur confiant un atelier de création, pendant plusieurs semaines avec cinq acteurs du français: Coraly Zahonero, Laurent Natrella, Nicolas Lormau, Julie Sicard et Léonie Simaga. Avec une proposition: relire, 20131.jpg des morceaux de textes classiques,- Molière, Diderot, Racine, Tchekov entre autres, en se lançant de temps en temps dans quelques improvisations

 Cela se passe dans la salle du Vieux-Colombier, créé par Jacques Copeau en 1913,  avec une scénographie bifrontale; peu d’éléments sur le plateau: une pannière qui fait office de baignoire où Léoni Simaga fera trempette avec  des fumigènes pour figurer la vapeur de l’eau chaude (!!!!!!!),  une porte qui bascule avec au-dessus un seau en zinc qui se renverse, quelques chaises, une table …Et des batteries de projecteurs en quantité… Et, bien sûr autant de fils qu’il est nécessaire sur le côté Jardin pour manipuler à vue les pendrillons blancs.
Les comédiens sont très à l’aise, même si on ne croit pas une seconde à ce théâtre dans le théâtre qui est une des plaies du spectacle contemporain-tous genres confondus-Les Flamands font en général  preuve de plus d’innovation! Donc , ici, l’on a donné soi-disant priorité à l’acteur,et à une volonté de faire dans la création collective… Cela nous rajeunit mais Ariane Mnouchkine et Le Théâtre du Soleil  pour 1789, 1793 ou l‘Age d’or, sans vouloir jouer les grands-pères donneurs de leçons, y mettaient une autre imagination.
Au début, ce n’est pas la peine de se le cacher, les cinq compères arrivent à nous faire rire mais, c’est un peu comme une machine qui n’arrive pas à vraiment fonctionner, on commence à s’ennuyer, alors que le spectacle ne dure que 75 minutes…  Non, cela n’a rien à voir avec le théâtre de tréteaux  comme annoncé,  que  l’immense Jacques  Copeau pratiquait à une centaine de mètres du théâtre sur la Place Saint-Sulpice…
L’insolence, le jeu fait d’immédiateté et de relation directe avec le public ne sont pas au rendez-vous, même si Nicolas Lormeau offre gentiment  des chocolats au premier rang du public. Certes les cinq acteurs ont une diction irréprochable et quand ils disent quelques vers de Racine, tout d’un coup, il se passe quelque chose: sans doute alors  se sentent-ils davantage dans leurs univers. Léonie Simaga est tout à fait charmante comme Coraly Zahonero et Julie Sicard, mais il y a, dans tout le spectacle, un côté bcbg difficilement supportable. Comme si les trois auteurs du spectacle, sans doute flattés de l’invitation qui leur avait été faite de jouer dans le plus important  des théâtres officiels français avaient eu du mal à trouver leurs repères.  Comme s’ils avaient-fait un petit copié/collé des méthodes   politiques actuelles- et confondu apparence de l’efficacité et efficacité. Et les gags ne sont pas très fameux: comme ce roulage sans fin d’une pâte à tarte qui finit en boule que les comédiens se renvoient comme un ballon.
Et, à écouter ces dialogues bien propres sur eux, on a  du mal à croire un instant qu’il s’agit  de véritables impros: surtout quand on a vu celles des fameux kapouchnik ( cabarets politiques) du Théâtre de l’Unité qui doivent en être à leur soixantième édition mensuelle, là-bas très loin à Audincourt près  de Montbéliard…
et qui se  jouent à chaque fois à bureaux fermés;
Allez, Muriel Mayette, prenez le TGV pour Montbéliard, Jacques Livchine viendra vous chercher à la gare , il vous offrira de la bonne soupe dans la grande salle à manger du théâtre  et vous ne regretterez pas votre soirée , cela vous sortira de vos ors et de vos velours rouges! Bref, le mariage était sans doute impossible entre deux univers radicalement différents; et pour reprendre la célèbre formule de Brecht, l’eau ne se mélange pas à l’huile!
Le public semble malgré tout passer quelques bons instants ( c’est le mot « instants » qui vous choque, braves amis lecteurs!) mais,  rapport qualité/prix, payer 28 euros pour une série d’impros , que bien des théâtres offrent en guise de remerciements à la fin d’une saison., c’est un peu cher. Alors à voir? A vous de juger,  mais on n’a guère envie d’y retourner: ce sera le mot de la fin.

Philippe du Vignal

Théâtre du Vieux-Colombier jusqu’au 28 février.

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