Les autres festivals en France ( suite mais pas fin).

 Les autres festivals en France ( suite mais pas fin).

 D’abord le plus connu sans doute après Avignon , surtout en dehors de l’hexagone,celui d’Aurillac dont cela va être cette année la 24 ème édition du 19 au 24 août; d’abord dirigé par Michel Crespin puis maintenant par Jean-Marie Songy, il était d’abord inscrit sur la seule commune d’Aurillac et se déroulait uniquement dans la rue ou sur des places publiques. Avec de beaux succès à son actif comme cette Célébration de la guillotine pour la commémoration de la révolution de 1789, excellement  imaginée et jouée par le Théâtre de l’Unité , et, bien sûr , le Royal de Luxe, venu à plusieurs reprises. Depuis quelques années, un peu sur le modèle d’Avignon, tout ce qui peut faire office de lieu à jouer est réservé longtemps à l’avance, que ce soit en plein air ou maintenant , sous chapiteau ou  en salle fermée.   Le Festival  a maintenant débordé sur les communes limitrophes d’Aurillac, mais là, plutôt dans les rues, ou sur les places. IL y a une dizaine de « spectacles officiels » et ce que l’on appelle des  » compagnies invitées »,  plusieurs centaines ( sic), (et évidemment quelques individualités qui ne veulent et ne peuvent entrer dans aucun système.), compagnies qui sont aidées par l’organisation du Festival mais qui n’en font pas vraiment partie. Le festival est devenu une assez grosse machinerie maintenant très bien organisée, avec accueil des troupes et de la presse, restaurant du festival pour les participants, etc…Et bien entendu un bataillon de bénévoles sans lesquels le festival ne pourrait fonctionner.  Que voir? Il y a les compagnies bien connues comme Generik vapeur et Xarxa theatre , ou Kumulus, et nombre de compagnies étrangères  comme le Theater Titanick ( Allemagne) avec une adaptation de l’Odyssée. Nous serons à Aurillac ; ce sera difficile mais nous ferons l’impossible pour  vous aiguiller à temps, compte-tenu du faible nombre de représentations. D’ici là, nous vous tiendrons au courant. Le mieux est d’aller un peu à la pêche et il peut y avoir d’excellentes surprises comme à Avignon qui , toutes proportions gardées, ressemble maintenant àson grand frère du Vaucluse.

  Attention,  1) difficile de s’en remettre pour voyager  aux bons soins de la SNCF, dont les services sur les lignes secondaires sont particulièrement merdeux: évitez si possible les fins de semaine, les  retards sont  très fréquents etvous n’aurez droit à aucun  mot d’excuses; une voiture en travers d’un passage à niveau a bloqué le trafic pendant plusieurs heures du côté de Moulins: 6 heures de retard;  une vache batifollait un jour sur les voies du côté de Brive, etc… J’en passe et des meilleures… de toute façon, plus de train direct depuis Paris et changement obligatoire  de train à Clermont,(  ce n’est pas les agents de la sncf qui vous aideront à porter votre valise trop lourde). Si vous avez le malheur d’être Hollandais, personne n’est parfait!), vous devez remonter à Clermont  au guichet, reprendre un billet pour Aurillac . L’autre jour, l’auto-rail  Clermont/ Aurillac était bourré à craquer :  il a fallu fallu faire descendre des voyageurs et les mettre dans un taxi pour Issoire ;bravo la SNCF et ne comptez sur aucun train de nuit pour Aurillac  ni pour Paris, sauf le dimanche où une navette par car peut vous conduire à la gare de Figeac (sic), etc…  Et à chaque fois, ce n’est jamais la faute de la SNCF!!!!!!

Donc,  vous êtes prévenu: vous n’êtes pas dans une région à TGV et croyez-moi, les contrôleurs, volontiers odieux,  vous le font comprendre sans ménagement : vous n’êtes pas des clients mais tout juste des gens qui n’ont aucun droit de réclamation 2) pour vous loger , prudence aussi:  Aurillac est une relativement petite ville tout à fait charmante, où les gens sont très aimables : mais  si vous êtes en voiture, voyez par internet du côté des gîtes ruraux . Mais le festival a prévu un immense parc à voitures  avec navette pour le centre ville qui fonctionne parfaitement, ou réservez au plus vite une chambre d’hôtel ,s’il en reste.  Cela dit …Bon Festival… et bon aligot/saucissettes.

Festival du Théâtre de rue d’Aurillac du 19 au 24 août.

 9 ème Festival de Figeac

C’est un peu la vitrine des Tréteaux de France, dirigé par Marcel Maréchal mais pas seulement, puisqu’il y aussi aussi , entre autres, trois compagnies de la Région Midi -Pyrénées; Marcel Maréchal y créera  Oncle Vania de Tchekov qui sera sans doute intéressant mais sans doute moins décapant que celui du Théâtre de l’Unité , lequel doit bien en être à sa 50 ème représentation, ce qui constitue un record , ( voir leur site pour les dates) puisqu’il se joue en plein air avec quelque dix huit comédiens .Mais Tchekov et Vania, c’est toujours un plaisir.Enfin, nous vous tiendrons au courant.
Nous n’avons pu voir qu’un seul des spectacles du Festival ( voit theatredublog), c’est Juste le temps de vivre ,avec des textes ( en particulier L’écume des Jours) et des chansons de Boris Vian, montage de François Bourgeat et mis en scène par Jean-Louis Jacopin; c’est un cabaret, qui était encore un peu vert au moment de la création , joué par trois comédiens qui sont en même temps musiciens, avec  beaucoup de métier et et  d’humour, et qui devrait vous réjouir; c’est le 31 juillet à 20 h 45 à l’espace François Mitterrand.

Il y a aussi a Mancha somewhere de Cervantès/ Irina Brook… Soit un Don Quichotte librement adapté par Irina Brook, où le célèbre personnage devient un businessman new yorkais qui plaque tout et part avec un acteur raté nommé Sancho Pança pour la Californie. Le spectacle avait été créé l’an passé à Villeneuve. Mais la sauce Irina Brook, j’ai déjà donné… et je ne donnerai plus! Donc à vous de voir. Irène sadowska vous en a déjà dit ( voir thatredublog) tout le mal qu’elle ne pensait…Il  y a aussi, dans cette belle petite ville du Lot, des lectures en plein air de pièces contemporaines ou non ( Mohamed Kacimi, BorisVian, Jean Tardieu, Audiberti, Henri Pichette et Arthur Adamov…qui devraient présenter un autre intérêtLe plus simple est d’aller sur le site des Tréteaux de france: www. treteauxdefrance.com ou si vous êtes dans le coin: 0 835 003 303

Festival Théâtral de Figeac du 23 juillet au 1 er août.

Philippe du Vignal

 

 

 


Archive de l'auteur

Le Festival off d’Avignon.

Le Festival off d’Avignon.

Souvent décrié après quelque quarante années- le premier spectacle fut sans doute Napalm d’André Benedetto, en 66 ( eh! oui déjà) et ce fut la fameuse Paillasse aux seins nus de Gérard Gélas qui mit le feu aux poudres en 68, après l’interdiction aussi sotte que grenue du préfet du Gard).
Cet appendice qui est comme le frère ignoré du théâtre in ( en fait c’est évidemment beaucoup plus compliqué- où l’on a pu voir le meilleur et le pire, s’est maintenu, avec une réelle institutionnalisation, des rivalités inévitables et quand même pas mal de révélations , et quelques  salles confortables qui constituent comme une sorte de festival in dans le off: conclusion normale des choses.
Avec aussi la location par les grandes régions de France, de lieux dédiés, comme on dit, à leurs troupes. Et des acteurs très connus qui  viennent faire leur solo, pour le plaisir d’être sur scène. Et des milliers de bateleurs en tout genre, revenus là d’année en année, avec l’espoir de gagner quelques sous….

 Et des centaines de spectacles cette année comme les précédentes; nous n’avons pu encore faire une véritable sélection mais, c’est promis , vous aurez  la suite dans les jours qui viennent; quand j’aurais réuni tous les avis de mes petits camarades duThéâtre du blog; en tout cas, ce que vous pouvez voir déjà , parce que nous les les avons vus à Paris ou ailleurs ou parce nous connaissons les compagnies.
D’abord le tout à fait remarquable Avant-dernières salutations de François Joxe aux Ateliers d’Amphoux, (voir Le Théâtre du blog). Les spectacles du TOMA, à La Chapelle du Verbe Incarné dirigé par Greg Germain, si vous voulez connaître ce théâtre bien de chez nous, même s’il se passe du côté de la Martinique ou en tout cas, outre-mer.

 Il y a aussi la reprise du spectacle Jeux de langue, mise en scène de Pierre Ascaride, avec des textes de Francis Blanche, Pierre Dac, Jean de la Fontaine, Bobby Lapointe, etc. André Salzet dans un monologue de Michel Quint Effroyables Jardins; la reprise  de Cabaret Astroburlesque, mise en scène de Patrick Simon à La Parenthèse; mais aussi la reprise de Baba la France de Caroline Girard et Rachid Akbal au Théâtre La Luna; encore une reprise du très beau Sermon sur la Mort de Jacques-Bénigne Bossuet dans la Chapelle de l’Oratoire avec Patrick Schmitt.
 Voilà pour le moment; la suite au prochain numéro, c’est à dire le 1er de juillet, avec aussi quelques spectacles que l’on peut vous recommander pour vos enfants ou petits enfants…

Philippe du Vignal

Pina Bausch ( 1940-2009)

Pina Bausch ( 1940-2009)

 desingel6754.jpgVoilà : elle est partie, discrètement cinq jours après qu’on lui ait diagnostiqué un cancer. Elle avait commencé à apprendre la danse avec le grand Kurt Jooss; puis elle partit seule à 19 ans pour New York sans connaître un mot d’anglais, dit-on, où elle travailla avec José Limon et Antony Tudor. puis elle revint en Allemagne où elle commença à chorégraphier en 68, et elle devint la directrice de la danse à la Foilkwang-HochSchule d’Essen. Puis elle créa sa compagnie et on la vit débarquer en France avec sa très fameuse pièce Barbe-Bleue, qui ne fut pas très bien comprise à l’époque. nous avons vu la majorité de ses spectacles dont les célébrissimes:  Café Muller, Kontaktof, Walser, Bandonéon., etc… Les dernières pièces étaient sans doute moins convaincantes mais elle avait tant donné….
Je me souviens aussi  d’avoir vu après un très long voyage en train dans son théâtre à Wüpperthal où j’avais rencontré ma consoeur Chantal Aubry, ce tout à fait remarquable Il la prend par la main et la conduit au château, les autres suivent, avec, entre autres,  son fidèle et fabuleux  danseur  Dominique Mercy; je la vois encore montant l’escalier du théâtre avec peine, un énorme sac plein de livres et de manuscrits dans chaque main;, dont je l’avais évidemment délivrés aussitôt. Elle m’avait emmené dans son bureau pour faire l’interview: on aurait dit un décor de théâtre. Imaginez  une pièce aux murs assez hauts vert pâle, éclairée par quelques tubes néon blanc sec, sans aucun autre meuble que deux armoires métalliques vert foncé, un bureau de même couleur aux bords arrondis comme il y en avait dans toutes les administrations européennes, deux chaises  vieillottes en bois. Son mari, grippé n’avait pu faire l’interprète mais elle , d’une extrême courtoisie mais pas très à l’aise quand il s’agissait de parler,  et fatiguée, mais répondant en anglais avec gentillesse à mes questions avec beaucoup de précision et de sensibilité.
  Et le spectacle,Il la prend par la main et la conduit au château; les autres suivent, était fabuleux d’intelligence et de drôlerie, et je n’avais pas regretté le voyage; ce qui m’avait aussi  marqué, c’était l’extrême diversité du public , attentif et de tout âge, dont ceux qui sont encore vivants , doivent se rappeler avec émotion. Je me souviens aussi de Parisiens qui n’ayant pu obtenir de places au Théâtre de la Ville qui, pour ses spectacles, affichait toujours complet, allaient spécialement à Lyon pour la voir. Je me souviens aussi du splendide hommage à Gérard Violette, l’ancien directeur du Théâtre de la Ville qui se trompait rarement dans ses choix chorégraphiques au moment de son départ à la retraite, il y a deux ans, où ses quelque dix huit danseurs avaient formé une sorte de farandole lente  sur la scène de la plus extrême beauté. Je me souviens bien aussi de Café Muller et de Barbe Bleue  dont  j’ai montré les films  à des générations d’étudiants.
  Son idée magistrale de dans-théâtre aura influencé la danse contemporaine de façon indélébile- les petits gestes simples et fluides répétés en choeur, les marches lentes et glissées sur le plateau,des danseurs qui n’avaient pas toujours le corps que l’on aurait pu attendre d’un danseur,  ses décors souvent monumentaux, ses costumes impeccablement décalés: bref ,tout ce que beaucoup de spectacles théâtraux ne possédaient pas et qu’ele avait réusi à faire surgir à force de travail et d’imagination, mais aussi les sols recouverts de feuilles mortes,  etc.. et ces musiques décalées et jamais illustratives…

  . Les thèmes de ses pièces: entre autres et pour faire vite,l’expression de la solitude, les jeux de séduction entre hommes et de femmes,  l’évocation du passé et la nostalgie,  auront été pillés un peu partout, ce qui prouverait , s’il le fallait, l’influence qu’elle aura eu sur les chorégraphes du monde entier. Le monde de l’art, et le monde tout court ,doit beaucoup à cette petite femme énergique et impitoyable avec elle-même, qui avait une passion dévorante pour la création, qui aura réussi, avec et vérité, à réintroduire la parole dramatique dans la danse Il n’y aura eu aucun chorégraphe ni aucun metteur en scène de théâtre qui aura réussi une aussi belle fusion entre ces deux arts…

Dominique Mercy et tous ses danseurs doivent être bien tristes, mais aussi Gérard Violette, à qui nous devons  tant et  qui n’aurait sans doute pas imaginé une saison sans elle. Nous pensons à eux  et sommes à leurs côtés….

Philippe du Vignal

Que voir en Avignon?

Que voir en Avignon?image23.jpg

 Dans le Festival in d’abord; on vous parlera du off ensuite. La programmation de Vincent Baudrier et Hortense Arcambault est cette année particulièrement riche en créations de metteurs en scène étrangers, et c’est  un vrai bonheur que de pouvoir s’offrir le spectacle du cinéaste Amos Gitai d’après l’historien Flavius Jsephe La Guerre des fils de lumière contre les fils des ténèbres. Et celui du grand metteur en scène polonais Krzystof Warlikowski d’après Eschyle, Euripide, mêm si cela dure quatre heures dans La cour d’honneur. On aimerait bien voir aussi ce que les deux Hollandais Johan Simmons et Paul Koek ont bien pu faire du Casimir et Caroline d’Odön von Horvath, cette pièce magique qu’Emmanule Demarcy-Motta avait un peu maltraité cet hiver au Théâtre de la Ville ( voir theatredublog). et c’est souvent un régal d’aller voir les spectacles du québécois Denis Marleau, surtout quand c’est, comme cette année, Une fête pour Boris de Thomas Berhard. Et il y a bein sûr l’Intégrale Wajdi Mouawad, maintenant plus toulousain que Canadien, qui est un peu la vedette du Festival et qui a connu un véritable triomphe avec les trois premières parties de son quatuor qui seront jouée toute la nuit  dans la Cour d’Honneur le quatrième texte
 Pour L’ode martime de l’immense  Fernando Pessoa, montée par Régy, nous avouons avec regret que notre passion pour Régy quand il montait, entre autres Peter  Handke et Botho Strauss a pris fin depuis un bon moment: donc à vous de voir. Il y aussi le monologue du congolais Dieudonné Niangouna au Cloître des Célestins dont la langue populaire a subi l’influence de Sony Labou  Tansi. Et comme Edith vous  l’a déjà  signalé, Le Préau d’un seul de Jean Michel Bruyère et de toute son équipe ne  devrait pas manquer d’intérêt.
Il ya aussi Riesenbutzbach. Une colonie permanente , un projet de Christoph Marthaler et Anna Viebrcok  Ses collages et sa façon bien à, lui de s’emparer d’une mise en scène sont toujours fascinants, même s’il ne fait pas toujours  l’unanimité de la critique. Ce que nous avions vu en revanche de Pippo Delbono nous avait laissé plutôt sur notre  faim, alors, affaire à suivre…Dans un autre registre, nous reconnaissons à Jan fabre qui a été reçu plusieurs fois au Festival d’Avignon son savoir-faire et cette espèce de folie plastique des corps sur la scène mais nous devons avouer que cela ne nous touche pas beaucoup.
 Signalons aussi ces cinq spectacles intitulés La Vingt cinquième heure qui ont lieu à partir de minuit dans les sous-sols de l’Ecole d’art, avec des textes et des perforlances de Marie Darieuseq, Christophe Fiat et Waji Mouawad , conception et montage de Cristelle Leheureux à partir d’un film de 36 de Mizoguchi qu’elle a en quelque sorte retraduit pour réaliser un film muet; une installation vidéo est aussi présentée pendant la journée) ainsi qu‘Excuses et dire liminaires de Za d’après Za de Raharimanana, mise en voix par Thierry Bédard qui présentera, par ailleurs, Le cauchemar du Gecko au Gymnase Aubanel; on sait que l’auteur et le metteur en scène ne sont pas en odeur de sainteté dans les bureaux de M. Kouchner, pour cause d’ingérence dans l’histoire coloniale de la France à Madagascar. Et leur dernier spectacle avait été quasiment interdit de séjour dans tout ce qui dépend du Ministère des Affaires Etrangères. Bien entendu, lequel a toujours nié. de toute façon, on a bien vu comment on a viré prestement le Secrétariat aux Droits de l’Homme…
 De toute façon, vous ne pourrez pas tout voir: question de dates mais aussi de budget: les places comme les autres années ne sont pas données et le public a le plus souvent les tempes grises; il est loin le temps où il y avait des bandes de jeunes dans la Cour d’Honneur pour le Soulier de Satin mis en scène par Vitez. Mais, il y a aussi le off, où, en étant vigilant, puisque le meilleur y côtoie souvent le pire, on peut cependant faire quelques belles découvertes. Nous vous tenons au courant, et régulièrement, vous pourrez consulter le theatre du blog si vous avez un ordinateur à portée de main: nous vous rendrons compte des spectacles à tour de rôle: d’abord Edith Rappoport, nous-même et enfin Chrisiine Friedel. Nous essayerons de couvrir au maximum l’actualité  d’Avignon puis celle des Festivals de Figeac,  de Chalons sur Saône, et surtout d’Aurillac

Philippe du Vignal

Les Archivistes et le Tabularium,

Les Archivistes et le Tabularium, direction artistique: Elsa Hourcade, assistée de Séverine Leroy.

Le projet que Jean-Lambert Wild, directeur de la Comédie de Caen, a commandé à Elsa Hourcade tenait un peu du pari impossible: faire en sorte que les habitants d’Hérouville Saint-Clair, se sentent concernés par la présence au sein même de leur ville par la présence d’un théâtre et d’une galerie d’art contemporain. Soit, comme le dit, Elsa Hourcade , collecter les archives  de cette ville « nouvelle »… Qui a quand même soixante ans. Soixante ans d’architecture le plus souvent prétentieuse et mal foutue, et d’un urbanisme qui ne mérite pas son nom.  Et à partir de ces fragments de cette histoire singulière, construire dans le Théâtre d’Hérouville, pendant trois jours, une évocation de la vie de cette cité ». Cité  qui prolonge Caen mais qui, c’est vrai manque un peu d’âme, bien qu’elle possède quelque 22.000 habitants, dont 20 % de la, population active est au chômage! Elsa Hourcade, depuis presque deux ans,  a ainsi mis en place onze ateliers de pratique artistique,architecture, danse, musique, photo, théâtre bien sûr, écriture, vidéo avec le concours de professionnels et d’environ trois cent personnes d’Hérouville Saint-Clair qui sont venus régulièrement y participer. Le résultat est assez étonnant.

  Elsa Hourcade a fait partie de la bande de Yan-Jöel Collin et a été élève de l’Ecole du Théâtre national de Strasbourg; sa promotion était assez brillante, puisqu’elle comprenait dans ses rangs Emilie Incerti et Sharif Andura , excellent comédiens qui furent  aussi précédemment  élèves de l’ Ecole  du Théâtre National de Chaillot.Elle a commencé à oeuvrer en Allemagne puis à diriger des ateliers en banlieue parisienne. Jusqu’au moment où Jean-Lambert  Wild  chez qui elle jouait, lui  a proposé de prendre en charge  cette  expérience à Hérouville: soit une sorte de carte blanche  pour impliquer les habitants d’une façon ou d’une autre  dans un processus artistique qui les rapprocherait de ce lieu de création .

  C’est en 1980, que  le maire de l’époque  fit appel à  Eugène Leseney né en 1931. Son architecture  a quelque chose de l’avatar d’un avatar de Franck Gehry, son contemporain. Béton brutaliste de qualité très moyenne, grandes baies vitrées en demi-lune, un hall d’entrée d’une froideur remarquable avec au sol, devant les portes vitrées, un parterre de pavés de granit vernissés,( Dieu sait pourquoi ) et des escaliers qui s’envolent un peu partout: deux petits étages par exemple pour aller aux toilettes: bref , que du beau et du pratique.! La petite pomme, puisqu’on est en Normandie , sur le gâteau: vu l’énormité des volumes et  des bureaux mal pratiques :une facture de chauffage difficile à maîtriser!C’est vrai qu’à l’époque, on se moquait pas mal de la facture énergétique…

  A l’intérieur, cependant, une belle salle en gradins( dont la scène déjà vaste est  reliée par la scène à une plus petite qui sert rarement) :les deux précédents directeurs Michel Dubois et Eric Lacascade  y ont présenté de très beaux spectacles, et c’est là que Carolyn Carlsson viendra danser l’automne prochain dans la  création de Jean-Lambert Wild.   Donc Elsa Hourcade, du haut de ses 31 ans ne s’est pas démontée, a posément réfléchi et a inventé un certain nombre d’ateliers de pratique artistique en direction des habitants du quartier, de façon à essayer de les impliquer dans un processus artistique qui, ensuite, leur donnerait envie d’aller dans ce théâtre situé à quelques centaines de mètres de leur logement, et , où, pour la plupart, n’avaient jamais ou rarement pénétré. » J’ai entrepris non pas de m’attaquer à des textes qui sont toujours une grosse difficulté pour des gens éloignés de l’écrit, et avec mes collaborateurs de commencer par l’improvisation.   Cela ne veut pas dire que cela soit plus facile mais c’est une méthode pédagogique qui leur permet d’aller plus vite et plus intelligemment sur le plan scénique. Il suffit de bien répartir les gens dans des groupes où ils peuvent se sentir à l’aise et donner le meilleur d’eux-même sans avoir  la plus petite ombre de jugement de leurs camarades comme c’est la règle dans les cours d’art dramatique où la concurrence est féroce. J’ai choisi aussi de créer un atelier danse qui me semblait bien correspondre aux envies d’une partie de la population; bien évidemment les niveaux sont très divers mais je crois que nous avons réussi à créer une unité entre les participants. la chose essentielle est de ne pas tricher et de voir les choses à long terme. Il  y a eu ainsi  pendant six ou sept ans un atelier d’écriture dirigé par Jöel Pommerat qui a ensuite donné naissance à Cet enfant. Quand on peut arriver à ce type de collaboration efficace avec des amateurs, on a, me semble-t-il touché à quelque chose d’essentiel. Si les participants à cet atelier lisent un article  sur les spectacles de Pommerat joués à Avignon , ils peuvent se dire  qu’ils en ont été aussi les co-réalisateurs… Restait à gérer la chose qui n’a pas toujours été simple, d’autant plus qu’il m’a fallu aller à la course aux financements. mais je crois que , même si le pari pouvait  paraître difficile à atteindre, cela valait le cou de le tenter ». 

  Le but de l’opération était que l’ensemble des  habitants d’Hérouville aient envie de continuer à fréquenter le lieu, et ce n’est pas qu’une histoire de programmation. Bien des metteurs en scène , par ailleurs, excellents créateurs, ont fini par comprendre que c’était mission difficile, voire impossible et qu’une culture, d’origine disons parisienne ,pour faire court, ne concernerait pas vraiment les habitants de telle ou telle ville. Cela dit, le théâtre  aurait-il un nombre tout à fait honorable de spectateurs, que ce soit à Caen ou ailleurs, s’il n’y avait pas eu des gens de la trempe de Jo Tréhard pour se lancer dans l’aventure de la Comédie de Caen, et le plus souvent dans les pires conditions morales et financières…

  Et c’est peu de dire que certains élus locaux ne leur faisaient aucun cadeau! C’est une vérité qu’il est bon de rappeler. Que ce soit dans un domaine artistique ou dans un autre,  la reconnaissance d’un spectacle passait souvent, qu’on le veuille ou non, par la présence d’un (e) artiste consacrée et connue. Le problème ne date pas d’hier et Jean Vilar il a soixante ans, savait qu’un acteur comme Gérard Philipe jouant au cinéma n’était pas pour rien dans le succès du Cid au T.N.P.

  Le Tabularium ( bureau officiel des archives de la Rome antique) a été donc ouvert au public qui, guidé par un bataillon efficace d’hôtesses  ,a été invité à circuler librement dans les espaces d’exposition et à assister à trois représentations des  cinq spectacles de quarante minutes qui se déroulaient  dans la grande salle du théâtre et dans d’autres petites salles annexes. Soit au total douze manifestations! D’abord La Fable de l’hippocampe, réalisation d’une éphémère compagnie de danses,Le dancing , conçue et dirigée par la chorégraphe Patricia Nagera,sur une composition musicale de Stéphane Lechien avec la collaboration de Guillaume Lefer qui dirigeait les quelques trente musiciens de l’harmonie d’Hérouville Saint-Clair, de la chorale Aïdeo, et des groupes Salem et Jazz Action..  Les musiciens étaient  installés dans la salle et le public réparti sur deux rangées de chaises de chaque côté de la très grande scène , et à vrai dire, vu l’affluence, assis un peu  un peu partout: soit côté interprètes quelque cent cinquante personnes et côté public une bonne cinquantaine de plus! La chorégraphie imaginée par Patricia Nagera dit le plus souvent avec beaucoup de  bonheur, à la fois les liens qui unissent , dans le passé comme dans l’avenir, malgré des héritages très différents, les habitants d’Hérouville.

  Et cette inversion scène/salle imaginée par Elsa Hourcade  a remarquablement fonctionné, et le public, enthousiaste, a beaucoup apprécié, entre autres, les performances des danseurs hip-hop et deux jeunes lycéennes Alica et Priscilla Kipré. Mais il ne fallait pas traîner pour avoir  le temps de voir, même rapidement, l’ installation  sonore et vidéo d’Andreï Schtakieff et Jonathan Le Fourn qui se présente comme une sorte de tentative fictionnelle d’archivage de la mémoire collective; il y a , notamment un film montrant une énorme machine en fonte- qui fonctionne encore- depuis plus d’un siècle- et qui sert à fabriquer… de la dentelle. Les deux auteurs,  qui ont réalisé leur premier long métrage L’Exil et le Royaume sélectionné à la 65 ème Mostra de Venise, à Mexico, etc.., ne sont donc pas des inconnus mais cette installation vidéo a  été faite à partir d’un atelier de réflexion avec une classe en option audiovisuelle du Collège et Lycée expérimental d’ Hérouville Saint-Clair.
Ensuite,  Les Habitants, réalisé par Yvan Corbineau et Elsa Hourcade: c’est une petite forme sur une scène trifrontale qui  n’est pas fondée sur un texte théâtral mais sur des improvisations, adaptations de courtes scène de pièces contemporaines, des textes d’archives aussi et de quelques extraits de Les Villes invisibles d’ Italo Calvino jouée par une quinzaine d’amateurs de tout âge.
archiviste.jpgIls ont eu, pour la plupart des parcours de vie assez difficiles mais c’est assez émouvant de les voir aussi bien faire ce travail théâtral, avec une telle précision gestuelle et une telle volonté de mener les choses à bien. Des Deschiens plus vrais que nature, dans des costumes bien choisis, comme cet homme à la veste verte,  cette dame plus très jeune avec une robe violette ou cette jeune femme très bcbg en mini robe et lunettes cerclées de noir. Tous tellement justes! Ce qui frappait sans doute le plus, c’est la crédibilité de leurs personnages, à travers cet assemblage de textes qui avait une belle unité. On sent qu’ils ont pris, une année durant ,un réel plaisir à apprendre et à dire parfaitement  ces courts monologues pendant des mois pour être enfin  sur cette petite scène face au public qui ne boudait pas son plaisir. Probablement pour eux, un  moment de revanche sur la vie et, pour les deux metteurs en scène, une belle reconnaissance d’une entreprise exigeante.
Puis, juste le temps de parcourir quelques uns des trop nombreux escaliers de ce théâtre à l’architecture inutilement compliquée, pour se retrouver dans une autre petite salle avec une soixantaine d’autres spectateurs devant une des nombreuses grande baies vitrées  donnant sur une terrasse, où était donné Les Bâtisseurs , spectacle dirigé là aussi par Yvan Corbineau et Elsa Hourcade. Une quinzaine de comédiens, plus avertis visiblement des choses du théâtre, se succèdent, seuls ou en groupe,  sur un praticable étroit, couvert de moquette rouge  , pour nous dire quelques pans de la véritable histoire d’Hérouville qui, il y a encore soixante ans , était encore un village de la plaine normande : quelques faits divers comme ce tragique écroulement d’une arche d’un pont en construction qui fit plusieurs morts parmi les maçons portuguais, le discours standard d’une vacuité et d’une banalité affligeantes de la Présidente de la République ( un copié/collé des plus authentiques signés François Mitterrand!), celui de madame la Maire,( le Maire de l’époque qui fut l’un des promoteurs du projet),  lui aussi authentique, plus subtil et plus en phase avec les préoccupations des habitants, et des extraits de textes des urbanistes qui plaident finalement coupable, et regrettent les erreurs monstrueuses  commises au nom de la Forme dans ces ensembles architecturaux à la laideur proverbiale. La mise en scène est impeccable, et les comédiens très bien dirigés sur le plan vocal comme gestuel, s’en sortent vraiment au mieux, ce qui n’était pas évident; en effet, ils jouent comme devant un miroir et même si, grâce aux micros HF, nous les entendions parfaitement, eux, en revanche, n’avaient pas de retour de la salle… La performance est assez belle pour être signalée.

  Pour être juste, il faut aussi signaler une exposition de photos des habitants; Terre promise, un film documentaire  de cinq étudiants en licence professionnelle de géographie, composé de portraits de plusieurs des participants à ces ateliers de pratique artistique très bien réalisé sous la direction de Catherine Damble, et La Ville d’à côté , dirigé par  Pierre-Yves Chapalain et un autre théâtre d’archives joués par des lycéens que nous n’avons pas pu malheureusement voir, et enfin , dessinés sur les murs du théâtre par des élèves de CM 1 et CM 2 de l’école Pierre Gringoire, à partir d’archives, des épisodes de la construction d’Hérouville..
Elsa Hourcade a réussi à mener à bien avec l’équipe de la Comédie de Caen, ce projet assez lourd mais bien pensé et réalisé : Georges Perec aurait été content quand il écrivait, à propos de la ville  dans Espèces d’Espaces: » Cesser de penser en termes tout préparés ce qu’ont dit les urbanistes et les sociologues ».Et des projets de cette qualité, donnent tout de suite au travail théâtral avec les amateurs une autre dimension, dans la mesure où ils ne font pas semblant de créer des personnages classiques dont ils ne peuvent techniquement  s’emparer, mais s’engagent dans une démarche qui les concerne au plus près, puisqu’il s’agit de leur histoire personnelle et collective.
Pour que l’aboutissement de  ces deux ans de travail avec les habitants d’Hérouville puisse se réaliser, les salariés permanents et intermittents de la Comédie de Caen  avaient  le samedi 13 juin, journée de mobilisation à l’appel du Synptac CGT et de la CFDT ont cependant décidé de maintenir les représentations. Cette décision généreuse méritait d’être saluée.

Philippe du Vignal

 

Comédie de Caen au Théâtre d’Hérouville,  les 12,13 et 14 juin.

 

Yano, un artiste japonais à Paris

Yano, un artiste japonais à Paris de Chantal Aubry.


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 Chantal Aubry, qui a dirigé longtemps la rubrique culture du quotidien  La Croix a cherché et réussi à faire une sorte de portait / biographie d’Hideyuki Yano ( 1943-1988), qu’elle a découvert , quand il arriva à Paris dans les années 70, après qu’il eut quitté le Japon pour faire des études aux Etats-Unis, puisqu’il avait échoué à entrer à l’université dans son pays. Il parla donc rapidement anglais et comme beaucoup de jeunes japonais, il eut donc une double culture à la fois orientale et occidentale. C’est, au début des années 60 que naquit  la danse butô  qui s’appuyait sur les concepts de libération du corps et d’érotisme transgressif , mais , comme le rappelle  avec juste raison, Chantal Aubry,cette danse populaire théâtralisée et populaire  inspira  beaucoup Yano , même s’il prit ensuite  ses distances. Et il passera ensuite à la performance et à la mise en scène avec le Théâtre rituel qu’il fondera en 70.
  Chantal Aubry, dans deux excellents chapitres, retrace l’itinéraire de ce créateur dans ce qu’elle appelle la lumière du japonisme qui a commencé en France il y a déjà plus d’un siècle. Yano débarquer  en 73 dans un pays qui venait  de connaître cette lame de fond que fut 68 et que révéla le festival de Nancy avec, entre autres, nombre de créateurs américains dont Bob Wilson, mais aussiTadeusz Kantor, Pina Bausch et, bien entendu, le très fameux Kazuo Ohno. qui doit friser les 102 ans.  Yano  rencontra à Paris Elsa Wolliaston et Susann Buirge. C’est quelques années plus tard que les Français découvriront le fameux Eloge de l’Ombre de Tanizaki Junichiro et  Rivière Sumida de Yano qui fut créé dans le studio de Jacqueline Robinson. C’est dire que l’ époque fut particulièrement féconde pour le théâtre comme pour la danse contemporaine.
  Il y a aussi de très belles pages sur la découverte du nô , les  écrits de Zeami qui enchantèrent nos années de Sorbonne, et les marionnettes bunraku  , et les débuts du groupe Mâ , sous la direction de Yano, qui fut dans doute l’un des premiers à mélanger des danseurs issus de continents et de culture très différents. Chantal Aubry analyse ensuite les spectacles de Yano, notamment Flux-Sape en 77, avec Lila Greene et Sidonie Rochon, Géo-Chorégraphie IshtarImpair Aka écarlate,La trilogie de Salomé et Tammuz duo d’amour avec Elsa Wolliaston, pour ne citer que les plus connus.
  L’ouvrage est à la fois précis, solidement documenté, bourré de belles photos( d’Anne Nordmann en particulier) et de dessins, et très riche de  lexiques et notes en tout genre. lI permet aussi de  connaître ou de vérifier ses connaissances sur l’époque qui fut celle de Yano, et même s’il  a toutes les apparences d’une thèse bien écrite ,il se lit comme Millenium…
  Artiste aussi discret qu’ exemplaire, Yano n’a sans doute pas eu, sa vie durant, la reconnaissance qu’il aurait méritée, sans doute parce que ce fut loin d ‘être un carriériste et qu’il ne fréquenta guère les milieux institutionnels.En tout cas, le grand mérite du livre de Chantal Aubry est de réparer cette erreur et de lui redonner vie.

  Il existe très peu de documents visuels sur les spectales de Yano, à part un film conservé à la Cinémathèque de la danse sur Hana Cristal-Fleur mais Chantal Aubry,  avec l’aide du Centre national de la Danse, est en train de numériser un certain nombre d’extraits de ses spectacles . Elle signale aussi que , le 9 mars prochain ( mieux vaut prévoir, ce n’est que dans neuf mois si vous comptez bien!), aura lieu au Musée du Jeu de Paume une soirée en l’honneur de Yano.


Philippe du Vignal

 Editions du Centre national de la danse; prix 28 euros; d’accord , ce n’est pas donné mais si vous voulez connaître Yano et son époque, c’est incontournable.

Chroniques de bords de scène

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Chroniques de bords de scène,Saison 2: Hello America, conception: Nicolas Bigards, Chantal de la Coste.

 Nous ne vous en avions pas parlé auparavant  pour des raisons d’éloignement de Paris lors des premières, et  nous avions  décidé avec Edith Rappoport d’y  aller un  dimanche après-midi. Pas de chance, c’était la fête à Bobigny et les rues étaient fermées, le parking de ma MC 93  aussi et pas de stationnement possible dans les alentours. Après avoir cherché puis fini par trouver une place pour la voiture à dix minutes à pied du théâtre, et réussi à nous faire admettre par les ouvreuses… Il aurait mieux valu prendre le métro, du Vignal; oui, mais, comme nous étions loin, même très loin, c’était un peu compliqué…  Mais, même avec ce retard important et donc une partie du spectacle impossible à voir autrement qu’en  captation prochainement, l’heure que nous avons pu en voir est  de toute beauté..
 On pénètre, par les couloirs des coulisses sur la grande scène à peu près nue,  avec son plateau noir, sauf quelques accessoires et décors, des projecteurs  rasants ou en hauteur et une enseigne  lumineuse en fluo vert  COSTA VERDE dans les cintres, un très beau juke-box contre le mur du fond de scène, et derrière un rideau métallique une sorte de motel fait de planches et d’escaliers métalliques avec une grosse limousine des années cinquante. Aucun siège,il y a  quelque quarante spectateurs qui peuvent se déplacer au gré des scènes qui leur sont proposées. Encore une fois, désolés,  nous ne pouvons vous parler du début où avait lieu le  le meurtre d’une jeune femme dans le sous-sol de la scène . Et quelques personnages issus de moments de romans noirs américains assemblés en puzzle; on reconnaissait entre autres Le fameux Dahlia noir que nous avions relu par hasard quelques semaines auparavant, Raymond Chandler  avec Le Grand Sommeil, Raymond Carver avec La vitesse foudroyante du passé, Dorothy Parker et quelques autres.  Dans une  traduction scénique exemplaire, c’est un peu comme une analyse et une mise en abyme  en quelque 90 minutes de la mythologie du rêve américain qui, comme le dit très bien Sylvie Laurent dans Homérique Amérique  » consiste pour chaque homme quel qu’il soit, à accéder à la réussite, symbole calviniste de l’élection. parvenir socialement et arborer fièrement les preuves de la réalisation du rêve, les biens matériels chèrement conquis, est devenu l’expérience indispensable de l’américanité ».
 Ce que fait très très bien ressentir Nicolas Bigards, par le biais d’images très fortes ,cadrées comme au cinéma; comme cette jeune femme, dans l’obscurité, penchée sur un juke-box ou bien cette engueulade entre deux hommes sur un escalier métallique. Tout le spectacle se déroule dans  une sorte de flux onirique où les images se conjuguent et s’entrechoquent, et comme  les acteurs: Raphaelle Bouchard, Clément Bresson, Noémie Dujardin, Aurélia Petit et Sébastien Poudéroux sont excellents et bien dirigés , comme l ‘est aussi  le musicien Theo Hakola à  la guitare électrique, on se laisse vite prendre par le charme très particulier de ce puzzle de scènes qui ont,  pour  dénominateur commun, la vision de l’Amérique ou plus exactement la mythologie personnelle que nous nous sommes forgés de la vie urbaine aux Etats-Unis, après des centaines d’images glanées au cours de voyages, lectures, écoutes de disques, tableaux. que nous avons glanées au fil des années sans véritable fil conducteur.  Nous en avons, c’est certain, une vision  personnelle marquée par notre expérience qui ne peut être comparable à celle des gens qui nous sont le plus proches. Malgré tout, il y a comme une sorte de fond commun à la fois d’une vérité absolue et  d’une autre le plus souvent fantasmée.
  Comme le dit intelligemment Nicolas Bigards,  il a essayé  d’appréhender cette mythologie qui possède de véritables fondements mais qui évolue , « entre aveuglement et éblouissement, sentiments contradictoires changeant au gré de nos humeurs ou des soubresauts de l’histoire. Et tout se passe , grâce à l’intelligente scénographie de Chantal de la Coste, comme si nous faisions partie du roman ou du film.
 Evidemment cette plongée dans cet univers mythique et légendaire  des Etats-Unis se mérite, et  l’on est soit debout soit assis par terre, et quelques coussins auraient été les bienvenus, mais, croyez-nous, nous n’avons pas regretté le déplacement! La seconde partie du spectacle aura lieu à la rentrée; si c’est du même tonneau, et l’on peut faire confiance à Nicolas Bigards, cela devrait être formidable. A moins que d’ici là, certains prédateurs officiels aient réussi leur O.P.A. sur la MC 93 au bénéfice de la Comédie-Française, comme cela semble encore d’actualité. Patrick Sommier, le directeur et ses collaborateurs ont bien raison de ne pas vouloir se laisser faire, et la liste des artistes et des spectateurs qui figure sur le livre à l’accueil du théâtre est impressionnante. ce que  l’Elysée où  tout semble se décider et, en tout cas, le nouveau ministre de la Culture ne pourront continuer à ignorer très longtemps….. Il est grand temps que l’Etat n’intervienne plus de façon aussi ridiculement autoritaire. Que pense, après le départ de madame Albanel,  Frédéric Mitterrand de toute cette histoire qui , près d’un an après qu’elle ait été découverte, n’est toujours pas réglée? Jueque là, on n’a a eu droit à aucun commentaire récent du Ministère de la Culture. Et la vigilance continue à s’imposer.

MC 93 Bobigny. du 16 au 20 octobre à 20 h 30 et le dimanche à 15 h Deuxième partie du spectacle  à l’automne 2009

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travaux d’élèves du Conservatoire national supérieur d’Art Dramatique.(II)

Répertoire, classe de Daniel Mesguich.
La vie est un Songe de Pedro Calderon de la Barca, La Prise de l’Ecole de Madhubaï d’Hélène Cixous, Fantasio de Musset,  Bravo de Jean-Michel Ribes,  Faust de Goethe, Les Petits Aquariums de Philippe Minyana,  Ivanov de Tchekov, Médée d’Euripide, La consultation de Jean Tardieu, Le Soulier de Satin de Paul Claudel, Trahison d’Harold Pinter, Alpenstock de Rémi de Vos, Amphitryon de Molière, Andromaque de Jean Racine, Penthésilée de Henrich von Kleist, Seul de Wajdi Mouawad et Les Boulingrin de Georges Courteline.

 Soit au total dix auteurs classiques , et neuf du 20 ème siècle dont  cinq contemporains avec de courtes scènes ou des monologues… Après tout, pourquoi pas? Même si l’on a un peu de mal à se retrouver dans ce défilé , où l’on voit  les quinze jeunes comédiens arriver puis disparaître assez vite, pour réapparaître quelque fois. Et l’on a souvent l’impression que Daniel Mesguich, le nouveau directeur du Conservatoire national, n’ pas pu s’empêcher de se faire plaisir; on retrouve d’ailleurs souvent les mêmes tics de ses mises en scène y compris ses petites flammèches qui font soudain irruption ou ces fumigènes dont on ne voit pas bien l’utilité. Avec des éléments de décor pas toujours indispensables, pas non plus toujours de grande qualité, que toute l’équipe de comédiens avec les techniciens remettent en place comme par magie. C’est d’ailleurs assez beau, cette espèce de ballet où tout le monde s’y met et qui donne une certaine unité à cette présentation, comme la voix du petit garçon qui présente chaque scène en quelque phrases…
 Quant aux scènes jouées , ce qui est dommage,, c’est qu’à peine échauffés les comédiens « sortants » mêlés à ceux de deuxième et première année, partent très vite, et hop ! on passe à la suivante. Certes, il n’y a pas de recette miracle dans ce genre de présentation,quand il faut donner un petit morceau d’entrecôte à chacun des quinze comédiens, si l’on ne veut pas que cela dure quatre heures.. Dans ces cas-là, pourquoi ne pas faire une pause au lieu de galoper sans cesse? Alors ,entre les auteurs,, il y a obligatoirement des scènes de grande qualité et d’autres qui le sont beaucoup moins, et certaines  qui mettent en valeur le ou la comédienne, et d’autres pas du tout , comme cette misérable scène de répétitions d’Andromaque de Racine que Mesguich aurait pu nous épargner, ou celle du Soulier de satin qui tombe un peu à plat, parce que beaucoup trop courte., ou encore cette Consultation de Jean Tardieu  et dans Alpenstock ,dont la mise en scène est un peu lourde ;  les jeunes comédiens s’en tirent mieux dans des auteurs comme Pinter , en particulier Maxime Dambrin et Marilyne Fontaine, parce que ce sont des personnages qui sont sansextpromoeleveimage292oliveres.jpg doute plus proches d’eux.
  A noter aussi la belle performance  de Chloé Olivères qui joue  une petite vieille dans La Prise de l’Ecole, où, impeccable et juste, elle a une gestuelle tout à fait remarquable; Loïc-Emmanuel Devy  et Karl Eberhard qui ont tous les deux une belle présence en scène.
  Ces trois comédiens, qui, par ailleurs, ont une excellente diction et une belle voix, si les petits cochons ne les mangent pas , devraient vite trouver des rôles à leur mesure. Pour les autres élèves, c’est moins évident, il y a chez eux  – mais on le sait depuis longtemps- un certain formatage que les réformes mises en place par Daniel Mesguich devraient quelque peu gommer… Même si elles ont provoqué au début comme tout changement, quelques grincements de dents. De toute façon , les élèves sont ici particulièrement soignés et ont de très bons enseignants; et bénéficient à la sortie de cette aide précieuse à l’emploi que constitue le Jeune Théâtre National qui subventionne leurs premiers rôles…

Philippe du Vignal

Journées de juin, classe de Daniel Mesguich.

travaux d’élèves du Conservatoire national supérieur d’Art Dramatique.(I)

Phèdre cons.jpget Médée, Les damnées furieuses, travaux d’élèves du Conservatoire national supérieur d’Art Dramatique.

 Le travail que Sandy Ouvrier vient de proposer avec ses  quinze élèves est fondé d’abord sur un texte de Martin Crimp, Tendre et cruel  et sur  Hercule de Sénèque que nous n’avons pu voir. Mais aussi une suite de scènes issues de plusieurs pièces: d’abord et essentiellement Phèdre et Médée de Sénèque mais aussi de plusieurs textes écrits sur le même thème de Phèdre et de Médée comme L’Amour de Phèdre de Sarah Kane mais aussi de Dea Loher  Manhattan Medea, et de Roland Schimmelpfennig, La Femme d’avant.
Disons tout de suite que le grand gagnant est sans contestation Sénèque dont les élèves de Sandy Ouvrier se sont emparées avec jubilation. Malgré la traduction, Sénèque reste un excellent dialoguiste avec des phrases au scalpel: « Il y a des criminels impunis, il n’y a pas de criminels paisibles » Je suis une main qui rame sur une barque trop lourde. » Je suis trop vieille pour me faire complice d’un suicide » Ou  » Le pouvoir fait rêver l’impossible ». Les scènes qu’a choisies Sandy Ouvrier sont absolument celles qu’il fallait prendre car elles permettent aux jeunes comédiens d’être bien mis en valeur. En particulier Estelle Meyer,  et Pauline Ribat,tout à fait remarquables.

 Les choses paraissent moins évidentes avec les scène extraites des pièces de Sarah Kane, qui s’était très jeune , suicidée et dont les textes, très à la mode il y a une dizaine d’années, nous ont toujours parus souvent plats et sans grand intérêt; quant à Dea Loher, très bonne dramaturge allemande qui fut l’élève de Tankred Dorst et d’Heiner Muller, on peut préférer des pièces d’elle comme Tatouage ou Barbe-Bleue, espoir des femmes. Les élèves crient souvent comme pour nous convaincre de la force de ces textes, même si Manon Kneusé ( Médée) et Mathieu Sampeur s’en tirent assez bien, tout comme Flore Babled dans une autre scène de Medea Transfert. Comme d’habitude dans ce genre de présentation, les garçons sont moins convaincants, sans doute et d’abord, parce que les plus beaux rôles sont ici ceux de Médée et de Phèdre, et qu’ils n’ont pas encore la maturité de leurs camarades, mais  certains seront sans doute d’excellents comédiens.
 En tout cas, sans effets inutiles, avec une grande simplicité, Sandy Ouvrier a réussi un travail exigeant et d’une belle unité, avec une  mise en scène discrète et efficace où l’on voit bien ses élèves; ce qui est  après tout le but de l’opération; la dernière image où Flore Babled apparaît le visage ensanglanté, tandis que ses camarades , appuyés sur les murs de bois de la salle Louis Jouvet la regardent est tout à fait exceptionnelle.

Philippe du Vignal

Journées de juin 2009, classe de Sandy Ouvrier

La Cruche cassée

  La Cruche cassée d’Henrich von Kleist, mise en scène Thomas Bouvet.

 

Kleist  ( 1777- 1811) a été redécouvert en France au milieu du 20 ème siècle , surtout grâce à Jean Vilar et à son mémorable Prince de Hombourg, à son  Essai sur le théâtre de marionnettes devenu ouvrage culte ; puis l’on monta entre autres  Penthésilée et La Petite Catherine de Heilbronn que mit en scène Eric Rohmer, lequel réalisa aussi l’un de ses plus beaux films: La Marquise d’O, d’après l’une de ses nouvelles et enfin, cette Cruche cassée,  assez souvent montée en France comme en Allemagne , entre autres par Bernard Sobel, puis plus récemment par Philippe Berling et Frédéric Bélier-Garcia.
La pièce est fondée sur un fait divers: cela se passe dans le fin fond de la province d’Utrecht où  le  juge Adam a cru bon de pénétrer la nuit dans la chambre d’Eve, une toute jeune fille, dans un but évident,  mais son fiancé arrivant à l’improviste le surprendra et Adam sera obligé de s’enfuir piteusement par la fenêtre, après avoir cassé une cruche sur son passage. Et Dame Marthe, la mère d’Eve portera plainte devant le juge Adam, pour cette cruche cassée en ignorant que c’est lui en fait  le véritable coupable, et en traitant sa fille de tous les noms. Mais l’on sent bien qu’elle veut en retirer un avantage financier: la judiciarisation n’est pas chose neuve….

  Adam va donc être obligé d’instruire le procès devant un conseiller venu vérifier le fonctionnement de son tribunal. C’est donc à une sorte de chaos organisé auquel devra faire face le juge Adam qui essaye en vain de faire condamner le pauvre fiancé ;  Eve qui a  peur, reste muette mais la vérité  surgira après le témoignage accablant de Dame Brigitte, la tante d’Eve qui ait révélé  l’identité de son agresseur nocturne.

La Cruche cassée est donc une sorte de procès-farce qui se déroule au tribunal, et cette malheureuse cruche cassée est comme le symbole d’une virginité perdue, et  qui déclenchera la quête de vérité que va entreprendre Dame Marthe. Il y a aussi , en filigrane de toute cette bouffonnerie, le thème du mensonge donc du péché ( nos actes nous suivent)  mais aussi du repentir qui ne cessera de hanter Kleist toute sa vie: « Or c’est ici que j’ai trébuché; car chacun porte en soi la fâcheuse pierre sur laquelle on achoppe » dit le pauvre Adam qui, empêtré dans ce mensonge permanent, va vivre un véritable cauchemar, puisqu’il est obligé  d’instruire son procès personnel, en  essayant d’échapper maladroitement à la vérité qui commence petit à petit à se faire jour.
Reste à savoir comment s’emparer de ce texte , chargé de symboles bibliques et de mythes ( ce n’est sans doute pas pour rien que le juge s’appelle Adam et la jeune fille Eve) , pour le porter à la scène, comment lui donner un sens, comment rendre enfin cette langue poétique et versifiée, où Kleist utilise des tirets  pour marquer une sorte de brève rupture dans le langage et donc dans la pensée du personnage d’Adam. Thomas Bouvet a choisi un parti pris expressionniste où la scénographie prend toute son importance: une chaise noire par personnage et dans le fond, une sorte de figure tutélaire montée sur un praticable d’un mètre cinquante, Dame Brigitte qui va assister à tout le procès,immobile,  habillée d’une sorte de longue robe du soir en tulle bleu , les bras , le visage et le haut du buste maquillé en bleu « associé à la divinité et à la vérité » et représente « comme une épée de Damoclès pour le Juge  » . On veut bien mais ce n’est pas la peine de copier naïvement Wilson ou Savary pour en arriver là. .. Bref, le genre de fausse bonne idée! 

  Quant au  juge Adam , le conseiller et  le fiancé sont torse nu passé au noir, juste munis d’un jabot de dentelle ou d’une cravate;  Eve, les seins nus, à demi-cachés par de longs cheveux,  a droit à un maquillage du buste rouge vif,  qui est associé si l’on en croit Thomas Bouvet à l’amour divin. On veut bien …. Le jeune metteur en scène semble ainsi croire que l’on peut dessiner des personnages avec des couleurs symboliques, et des costumes plus qu’approximatifs, en oubliant la direction d’acteurs ; c’est à la fois  prétentieux et surtout peu efficace.

  D’autant que Bouvet a cru bon de faire apparaître les tirets placés dans le texte  en les traduisant par un son assez brutal qui, dit-il vient souvent  » percuter la parole et créer les sauts de pensée »… Désolé, pour percuter,  oui cela percute,  mais seulement les oreilles ! Et cela ne crée rien du tout,  qu’un bruit sans  intérêt:  le public n’a aucunement besoin de tout ce surlignage de couleur et de son pour comprendre cette fable. D’autant plus que Thomas Bouvet  fait crier sans raison ses comédiens, qu’il bombarde de lumière rouge. Même si cela se calme sur la fin, c’est particulièrement pénible! On, a ces dernières années, tant dit, et à juste titre, qu’on entendait mal les jeunes comédiens qui avaient acquis la manie de chuchoter comme devant un micro, que, maintenant, à l’inverse, ils se mettent tous à crier! 

  C’est d’autant plus dommageable que la mise en scène possède quand même un certain rythme , et qu’il y a quelques bons acteurs comme  Noemi Lazlo ( Dame Marthe), Laetitia Vercken ( Dame Brigitte),  Shady Nafar ( Eve) et Damien Housset ( Adam ). Encore faudrait que le metteur en scène sache les faire un peu mieux évoluer dans l’espace.. La Cruche cassée, même si ce n’est pas une très grande pièce, mérite mieux que ce traitement expressionniste  décevant qui laisse peu de place aux nuances du texte.

 

Philippe du Vignal

 

Prix Théâtre 13/ Jeunes metteurs en scène ; le spectacle comme ses concurrents s’est joué les 23 et 24 juin. Mais on ne dira pas que l’on ne vous en a pas parlé…

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