Quarante ans d’art de la rue

Quarante ans d’art de la rue et Comment ça commença Les arts de la rue dans le contexte des années 70 de Floriane Gaber.

Quarante ans ans d’art de la rue

    rue.jpgFloriane Gaber, grande spécialiste des arts de la rue a, depuis quelque vingt ans , à peu près tout vu des expériences et évènements divers et variés, tous genres confondus  qui ont fleuri  dans l’Hexagone et hors des frontières. Le coup d’envoi, comme elle rappelle justement,  ayant été mai 68 avec cette formidable réappropriation de la rue puis quelques années avant,  en 63,  la véritable déferlante du Festival de Nancy créé par Jack Lang qui fit venir des troupes comme le célébrissime Bread and Puppet dirigé par un jeune sculpeur allemand devenu américain Peter Schumann dont l’influence a été considérable et sur le théâtre de rue et sur l’art de la marionnette en France.

 

  Mais Lang invita aussi  bien d’autres metteurs en scène comme l’allemand Hans-Peter Clos, le Teatro Campesino de Luis Miguel Valdez , théâtre d’intervention des Chicanos mais aussi le Théâtre Arena du Brésilien Augusto Boal, sans oublier évidemment l’immense  Tadeusz Kantor à qui la rue n’était pas étrangère, puisqu’il fit nombre d’interventions/ performances  dans les rues polonaises,  et encore  Bob Wilson le Texan qui créa un théâtre d’images silencieux , ce qui  influença aussi les artistes pour qui  la rue ou le plein air était devneu leur lieu de travail privilégié.
  Le militantisme de la plupart de ces troupes , rappelle justement Floriane Gaber,  colora le paysage culturel français qui était resté jusque là assez coincé. Ce ne fut  pas immédiat mais, comme toutes les évolutions importantes,  cela mit plusieurs  années  et  opéra  un bouleversement profond de l’art et la manière de concevoir la représentation dramatique, même si l’on a depuis des siècles pratiqué le théâtre dans la rue, que ce soit en France, en Suisse, en Allemagne ou en Espagne

 

Le Théâtre du Soleil lui aussi ira jouer dans des quartiers populaires en Avignon ou,  par exemple,  devant les usines  Renault à Boulogne-Billancourt avec un petit spectacle d’agit-prop de quatre minutes  sur l’injustice sociale sur le thème de « Qui vole un oeuf va en prison , qui vole un boeuf va au Palais-Bourbon ».
  C’était l’époque où jouer dans la rue valait souvent quelques soucis avec les flics comme pourrait en témoigner Jules Cordière et son Palais des Merveilles où il faisait de la corde molle entre deux arbres à saint-Germain des Prés en compagnie de Ratapuce ( alias Caroline Simonds) une jeune et belle amércaine flûtiste-acrobate devenue depuis directrice du Rire médecin, qui , avec ses clowns, apporte joie et réconfort à des  milliers d’enfants hospitalisés.ccagaber27.jpg

 

  Il y a aussi un long chapitre sur Aix, ville ouverte aux saltimbanques, opération  que créa , en 73, Jean Digne avec beaucoup d’intelligence et de flair,  avec un formidable succès. Le livre de Floriane Gaber est riche et il est impossible de tout citer mais signalons, parmi les plus connus  quand même,  au fil des pages  et en vrac: Le Grand magic Circus de Jérôme Savary, le Théâtre de l’Unité, Le Living Theater , le Teatracide de Binoche ( le papa de Juliette) et de Crespin qui deviendra le créateur du festival d’Aurillac ,la compagnie espagnole Fura del baus, l’Odin Teatr danois , Luca Ronconi l’italien et son  célèbre Orlando Furioso, le Royal de Luxe, Annibal et ses éléphants, Les Grooms,  et ces deux Festivals qui sont devenus incontournables et emblématiques du théâtre de rue : celui d’Aurillac qui a déjà plus de vingt cinq ans ( le temps passe!)  et celui de Chalon. 

 

40agaberunite.jpgC’est une formidable promenade qu’offre Floriane Gaber, celle d’une époque où la France accueillit nombre d’artistes étrangers,  et ce fut un grand bonheur et un vrai souffle de liberté que nous ont offert  tous ces gens d’âge et de culture très différent; époque  un peu empreinte de nostalgie-puisque les nous avons tous connus -certains sont décédés depuis déjà longtemps comme Julian Beck le directeur du Living, ou Augusto Boal. La plupart de ces noms ne diront pas grand chose aux jeunes gens d’aujourd’hui mais  ce livre pourrait se comparer à un très  bon lexique de tous ces créateurs qui  font maintenant partie intégrante de l’histoire du théâtre . Et c’est en cela que le livre de Floriane est particulièrement précieux.

 

Comment ça commença
  20091028commentcacommenca.jpgLe second opus de Floriane Gaber est plus théorique  mais tout aussi intéressant, et il y a un bon chapitre consacré au développement culturel en France où l’auteur rappelle avec raison , que les interventions des compagnies hors des théâtres ont surtout servi, dans un premier temps à faire connaître les spectacles présentés par les pionniers de la décentralisation théâtrale mais furent très vite teintées de revendications politiques et sociales, comme le droit à la contraception et à l’avortement, ou à une gestion intelligente de la culture. Comme ce magnifique enterrement de la Liberté d’expression en 72 qui stigmatisait l’attitude imbécile de Maurice Druon , ministre de la Culture, qui avait réuni à la fois Le Théâtre du Soleil, la Compagnie  Jourdheuil et Vincent, le Théâtre de l’aquarium , le Théâtre de la Trempête et l’ Action pour le jeune Théâtre.# Floriane Gaber poursuit son tour d’horizon avec ce théâtre militant  qui alla , avec des succés variés, à la rencontre d’un public qui, faut-il le rappeler ne fréquentait jamais une salle de spectacle et pour qui le mot théâtre signifiait Au théâtre ce soir à la télévision en noir et blanc souvent reçu dans la campagne française à la limite de la visibilité et en voir et blanc.

 

  Ce qui n’était pas du tout du goût de nombreuses municipalités comme celle de Bordeaux dont le maire Chaban-Delmas offrait pourtant chaque année un festival comme Sigma , porteur des meilleurs avant-gardes, ou comme Paris qui demandait  à ses flics de verbaliser les compagnies de rue. Mais le phénomène s’amplifia vite et le Théâtre de l’Unité joua Le Fantoche lusitanien de Peter Weiss, fable politique sur le Portugal de Salazar,  jouées dans des lycées ou universités en grève ou le Théâtre Populaire de Lorraine avec La Farce du Graully  qu’il représenta dans des usines occupées contribuèrent  par leur action à faire sortir le théâtre du ghetto parisien où il était resté enfermé.

 

  Les chapitres suivants reprennent un peu  les histoires de ces compagnies qui, comme Le Grand Magic Circus  ou le Théâtre du Soleil qui sont devenus le symbole d’un théâtre libéré des nombreuses contraintes que les pouvoirs publics leur imposaient. Le Grand Magic Circus a disparu depuis longtemps mais Savary a bousculé les codes jusque là obligatoires: on oublie trop souvent qu’ à la suite de Jean Dasté le formidable créateur de la Comédie de Saint-Etienne, il s’obstina longtemps à jouer  dans des chapiteaux, parce que cela lui convenait mieux.

 

Un dernier chapitre du livre traite de ce phénomène que sont devenus en été dans de nombreuses villes de France ceux que l’on pourrait appeler des saltimbanques qui, malgré ce que peut avoir de péjoratif cette étiquette, font souvent preuve d’un solide métier; Jouer dans la rue, rappelle en substance Floriane Gaber, n’est pas tout repos, et il y faut de sérieuses motivations si l’on veut tenir dans un environnement parfois hostile, même si de nombreuses municipalités voient aujourd’hui dans les festivals qu’elles créent un excellent alibi culturel, pas trop cher et qui rapporte souvent gros à l’économie locale. Que deviendra le théâtre de rue (qui est le plus souvent de plein air) , vu la crise financière qui secoue nombre de villes ?

 

  En tout cas, le dernier festival d’Aurillac devenu  pléthorique, et capable du meilleur comme du pire, se porte comme un charme. Les deux livres de Floriane Gaber sont une excellente  synthèse, parfois un peu  rapide, mais comment faire autrement, de ces pages du théâtre en France qui, si souvent décriées, font maintenant l’objet de nombreuses maîtrises et thèses universitaires… Ainsi va le monde!

 

Philippe du Vignal

Editions Ici et là; 17 € et 22 €

 


Archive de l'auteur

Un soir à Montparnasse, Au cabaret des années folles

Un soir à Montparnasse,  Au cabaret des années folles, spectacle musical conçu par Hélène Delavault et Vincent Colin.

 

     davidschneuer.jpgSur scène, un paravent avec des motifs vaguement Arts Déco, une table qui se voudrait table de peintre, puisqu’il y a un pot avec des pinceaux, les deux pas très réussis, et côté jardin, un pianiste accompagnateur devant un piano à queue noir, le tout éclairé par deux  abat-jours en tôle avec ampoule à grands filaments comme autrefois les ampoules des wagons de métro…. Le spectacle est  un  montages de textes et de phrases empruntées aussi bien à des  écrivains comme Desnos, Aragon, Colette,Tzara, Cocteau, Radiguet, Artaud,Peret, Soupault et Breton dont paraissent  en 1919  Les Champs magnétiques, première tentative d’écriture automatique, dans le sillage du mouvement Dada, il y a déjà presque un siècle et le Manifeste du Surréalisme, bombe littéraire et artistique  en 1924 .
  Il y a aussi dans ce spectacle des chansons  écrites par des compositeurs  maintenant des plus « classiques » comme  Darius Milhaud, Poulenc, Gabriel Fauré , Erik Satie, Willemetz ; Et tout cela se passe dans ce petit territoire , comme le dit le peintre André Masson, qui va du carrefour Vavin à la Gare Montparnasse, et qui était comme un salon en plein air sous les étoiles. La guerre de 14  était enfin finie, et il y avait sans doute dans l’air une formidable volonté de revanche sur la vie;  et, dans son sillage une bombe, celle-ci bien pacifique, celle de l’art  moderne:  arrivèrent ainsi, parfois  de province ou de l’étranger, des peintres et sculpteurs  inconnus au bataillon- Picasso, Léger, les deux frères Duchamp, Zadkine, Foujita venu de son Japon natal, Braque, Modigliani, Derain, Soutine, Giacometti, Man Ray, Picabia, Brancusi , etc… Cela suffit à donner le vertige!
  Soit la plus forte concentration au monde d’artistes,  d’écrivains, et compositeurs dont certains font parfois l’aller et retour entre le Front et leur quartier préféré qui devait ressembler encore un peu à la campagne; Hemingway raconte que , rue Notre-Dame des Champs où il habitait, il achetait des fromages de chèvre à une dame qui passait avec son petit troupeau… Quant au théâtre, cela aussi  a été un peu oublié, mais c’est Baty qui accueillit dans son Théâtre Montparnasse dès 1930  l’Opéra de Quat’sous de Brecht et Weill. Côté music-hall,les formdidables:  Mayol , Yvette Guilbert, Damia, Fréhel dont Hélène Delavault reprend aussi quelques chansons.
 La France était encore traumatisée par l’hécatombe de la guerre où, en quelques années, 600.000 femmes se retrouvèrent veuves et où nombre de combattants comme Apollinaire  furent gravement blessés ou amputés. C’était aussi l’époque où, on l’oublie trop souvent, il y eut, même si cela ne concernait qu’un  petit milieu parisien, comme un frémissement de libération sexuelle  et une volonté affichée  d’homosexualité féminine et de refus du mariage. Etre mariée, disait Colette, c’est se voir reprocher que la côtelette est trop cuite… Et   La Garçonne,roman de Victor Marguerite, connut un succès retentissant …comme  quelque 70 ans plus tard , La vie sexuelle de Catherine M.  de Catherine Millet.. Margueritte, à cause du scandale provoqué se fit retirer la Légion d’Honneur, ce qui suffit à prouver que le but avait été  atteint.
  Bref, une époque où Montparnasse, quartier très populaire qui n’avait rien à voir avec ce qu’il est devenu,  devait rassembler à un bouillon de  culture exceptionnel dans ses cafés et était la figure de proue d’une contestation réelle  de l’ordre établi. Hélène Delavault et Philippe Blancher font alterner chansons,  et extraits de textes dont le nom de l’auteur apparaît  fugitivement en projection sur la table de peintre; ce sont d’excellents professionnels comme Cyril Lehn, pianiste accompagnateur, et pourtant quelque chose ne va pas.

 On ne s’ennuie pas vraiment mais c’est tout juste; la faute à quoi? Sans doute Vincent Colin  et Hélène Delavault auraient-ils eu intérêt à simplifier cette course-poursuite de petits textes, voire d’aphorismes qui n’ont pas vraiment de relation avec les  chansons et donnent au spectacle un ton assez monotone, sans beaucoup de rythme, qui se termine plutôt qu’il ne finit. Sans doute la matière était-elle trop abondante, pour la traiter en une heure et quart avec deux comédiens-chanteurs, et il y a  un côté un peu bcbg,  là où il aurait fallu plus de violence et plus de folie pour traduire toute l’effervescence de cette époque.

  Comment faire quand on veut  parler de tous ceux qui avaient comme dénominateur commun ce quartier  de Paris, et qui ont construit , et la littérature, et l’art moderne, mais dont la plupart des spectateurs ne connaissent sans doute que le nom et encore…Il y a un beau moment à la fin quand Hélène Delavault et Philippe Blancher énumèrent  , comme sur un monument aux morts, tous ces artistes disparus  depuis longtemps maintenant mais bon pour le reste… A mission presque  impossible, nul n’est tenu; le thème est sans doute le type même du faux bon sujet et  le spectacle, même bien fait,  est décevant…
 Alors à voir? Si vous y tenez…mais on vous aura prévenu. Si vous avez envie d’en savoir plus sur le Montparnasse de l’époque, offrez-vous ou empruntez la merveilleuse série cultissime des films de Jean-Marie Drot…

 

Philippe du Vignal

L’image ci-dessus est un détail d’un tableau de David Schneuer (1905-1988); d’origine polonaise, il séjourna quelques mois à Paris puis trvailla à Munich avec Bertold Brecht, comme décorateur et affichiste, puis après avoir été détenu à Dacha émigra en Israël jusqu’à sa mort.

Théâtre du Lucernaire jusqu’au  23 janvier.

Le Voyage de Victor

Le Voyage de Victor  de Nicolas Bedos, mise en scène de l’auteur.

      victor.jpgUne amie productrice de télévision m’avait gentiment convié à aller jusqu’au Théâtre de la Madeleine avec elle.Alors pourquoi refuser ce petit voyage exotique dans un théâtre privé qui n’est pas l’un des pires et qui va bientôt mettre à l’affiche Maison de Poupée avec Audrey Tatou et Michel Fau, acteur bien connu du théâtre public  comme le remarquable Serge Merlin,  dans une adaptation d’Extinction de Thomas Bernhard. Non, non , nous ne sommes  pas à la Colline ou à l’Odéon  mais à la Madeleine…
Nous sommes bien ici dans un théâtre privé: personnel d’accueil en uniforme ( costume bleu foncé et cravate rayée bleu et gris du plus bel effet (cela dit les vêtements des ouvreuses du théâtre dit public sont souvent encore plus calamiteux), vestiaire à deux  euros, programme avec texte à dix euros, ouvreuse à pourboire. et moquette rouge.  Un petite centaine de spectateurs  quand même par ce froid glacial. On  joue ici la nouvelle pièce de  Nicolas Bedos , le  jeune auteur de Sortie de Scène qu’il avait co-écrit avec son papa pour l’Olympia , et d’Eva, une comédie. Il réitère cette fois-ci avec une autre petite comédie écrite aussi  pour son papa qui tient l’ unique rôle masculin avec Macha Méril qui tient le seul rôle féminin.  Vous l’aurez deviné: il s’agit d’un couple, bien que les choses soient laissées à dessein dans l’ombre…
  Il y a sur scène un monsieur pas très jeune, aux cheveux blancs,  toujours habillé d’un smoking mauve assis à une table ou allongé sur un petit lit,  et qui a visiblement perdu la mémoire à la suite d’un grave accident de voiture,  puisque son passé a été comme rayé d’un seul coup. Il se souvient juste des circonstances de l’accident: « Des badauds, des sirènes et des flics, des bouts de verre dans le nez et des taches de sang ». Et une infirmière est là pour l’aider à se réapproprier la réalité quotidienne.

  Mais qui est cette femme? Une infirmière ou une assistante de vie comme on dit maintenant?  Ou bien son épouse? Et qu’attend-elle au juste de cet homme qui parle beaucoup mais qui semble avoir du mal à vivre au présent? Et lui, est-il vraiment amnésique ou cherche-t-il à fuir un passé encombrant, puisqu’une femme se trouvait avec lui  ce jour-là dans la voiture… On apprend qu’en dehors d’une vie , disons tumultueuse , qu’il est le père d’un jeune homme maintenant décédé, comme cette infirmière qui, elle aussi, a perdu un fils.  » Comme c’est curieux, comme c’est bizarre et quelle coïncidence «   écrivait Eugène  Ionesco dans La Cantatrice chauve. Vous n’avez vraiment pas anticipé la fin?
L’amnésie a toujours été un sujet fascinant pour les écrivains et les cinéastes ( entre autres: Jean Anouilh, Jean Giraudoux, Georges  Perec…);  c’est  en effet un bon prétexte pour traiter des grands et des petits bobos de la vie , et bien sûr du couple: ici,  si on a bien compris, celui d’un d’un homme et d’une femme qui, après s’être plus ou moins séparés , finissent par se retrouver. Tout cela fait preuve d’une originalité débordante, comme vous pouvez le constater…  » J’ ai voulu traiter, dit Nicolas Bedos,  du deuil impossible de la limite,  de la folie douce, et finalement la liberté que nous avons d’inventer et de revisiter à notre guise nos vies,  quand nous n’avons pas la force d’en assurer les chapitres ». Après tout, pourquoi pas?
 Mais il y a un petit ennui: passé, disons , passé le premier petit quart d’heure, la pièce part un peu dans tous les sens et n’a franchement rien de passionnant, malgré la solidité du travail de Macha Méril et de Guy Bedos: l’on sent une véritable complicité entre les deux comédiens. Mais cela peut-il à sauver cette piécette? Non, bien entendu et,  à  l’impossible,  nul n’est tenu , même quand on est le papa de l’auteur. qui n’a pas l’air quand même très à l’aise. Mais, au fait,  qu’est-on venu voir? Pour la quasi- totalité du public, c’est bien sûr, la prestation de deux comédiens reconnus mais que  l’auteur soit X , Y ou Z,  il n’en a, semble-t-il , pas grand chose à faire; de toute façon, dans le cas présent, mieux vaut oublier. Et c’est souvent le cas malheureusement dans  le théâtre privé…

  Le second petit ennui : Nicolas Bedos n’est pas  un directeur d’acteurs et sa mise en scène s’en ressent, d’autant plus qu’il a cru bon de mettre des micros HF qui uniformisent les voix et gomment les nuances…  Alors à voir? Si vous êtes un grand admirateur de Guy Bedos, à l’extrême rigueur , sinon vous pouvez vous abstenir,  d’autant que les places, même à 19 heures, ne sont pas données et que le quartier est assez sinistre; de plus,  vous risqueriez d’y croiser  Brice Hortefeux, l’actuel locataire du Ministère de l’Intérieur, proche voisin…

Philippe du Vignal

 

Théâtre de la Madeleine, du mardi au samedi à 19 heures; matinées le samedi à 16 heures et le dimanche à 18 heures.

Innocence

Innocence de Dea Loher, mise en scène de Brigitte Barilley

       innocence.jpgDea Loher est maintenant une auteure allemande bien connue dans son pays mais aussi en France, où des pièces  comme Manhatttan Medea, Barbe-Bleue, espoir des femmes et Tatouage- fort  bien monté par Jean-Claude Durand à Théâtre Ouvert il y a cinq ans – ont été jouées depuis maintenant une dizaine d’années. Innocence est une sorte de chronique en dix neuf courtes  séquences de plusieurs destins individuels: celui de  Eliso et Patoul, deux émigrés africains, d’ Absolue, une jeune aveugle très belle qui gagne sa vie comme stripteaseuse  dans un cabaret minable, et d’un  couple: Frantz et Rosa, en proie à une mère abusive , diabétique ,  que l’on va bientôt amputer d’un pied et qui vient s’installer dans leur petit studio,  et enfin d’une autre femme qui prétend être la mère d’un meurtrier, sans que l’on sache très bien  si elle fabule ou non.

  Et il y  a comme une sorte de choeur de sept jeunes gens- le plus souvent muet -qui commente parfois l’action. Ce que nous avons pu voir hier , c’est une étape de travail, un chantier accueilli par Christian Benedetti dans son Théâtre-Studio. Aucun décor, rien que les murs nus de cet ancien  entrepôt muni de passerelles en bois seulement éclairé par quelques projecteurs, mais du vrai théâtre solide et bien foutu.

  C’est,  comme le dit justement Brigitte Barilley,  une sorte de fresque au quotidien, un état des lieux de nos vies, servi par une dialectique implacable et une écriture jubilatoire; Dea Loher peint ici un univers assez glauque où la maladie de la mère de Maria qui réagit avec un parfait cynisme à la dégradation de son corps ( cela tombe bien ,dit-elle, que son gendre ait trouvé un travail aux Pompes Funèbres! )  résonne comme un écho à l’infirmité d’Absolue et à la misère physique et morale des deux émigrés sans papiers qui survivent dans un tour amiantée. Dea Loher tisse habilement  sa fresque en faisant revenir certains personnages parmi d’autres, alors que l’on ne s’y attend pas , et avec un humour ravageur.

  La metteuse en scène a proposé à des habitants d’Alfortville de travailler avec elle sur des scènes chorales, et, ce qui était généreux mais pouvait être risqué, se justifie tout à fait et se révèle être le plus souvent d’une bonne efficacité. Certes, il y a parfois des longueurs dans le texte de Dea Loher qui a été pourtant été élagué;  le  rythme  gagnerait encore à être revu et  certaines séquences comme celles de cette philosophe à la télévision auraient pu être supprimées sans dommage. 

  A ces réserves près, cette mise en scène en chantier,  qui fait preuve d’une belle rigueur et d’une excellente direction d’acteurs, tient déjà bien la route et  devrait normalement  trouver son aboutissement quand le spectacle sera joué d’abord à Orly puis à Paris.

  C’est un bon exemple de théâtre populaire, à la fois exigeant et qui  interroge chacun de nous sur le rapport que nous pouvons avoir avec la société  qui nous entoure, y compris et surtout quand il s’agit comme ici de marginaux auxquels  nous n’avons pas tellement envie d’être confrontés au quotidien, alors qu’ils font les plus sales et/ou les plus ingrats des boulots… Sous une forme à la foi simple et facile d’accès, en réalité beaucoup moins simple quand on va y voir de plus près! Un petite leçon de philosophie dispensée avec beaucoup d’élégance et de savoir-faire par Brigitte Barilley .

 

Philippe du Vignal

Innocence a été joué au Théâtre-Studio d’Alfortville le 14 et 14 décembre, et sera repris du 23 au 29 janvier à Orly, puis au Théâtre de L’Atalante à Paris  (dates à confirmer)

Effroyables Jardins

Effroyables Jardins de Michel Quint, adaptation et mise en scène de Marcia de Castro.

    71707unenedjma.jpgC’est, tiré du roman paru en 90,   une sorte de conte moderne: un haut fonctionnaire de la commission européenne des finances qui n’aimait pas les clowns parce que son père , instituteur de province allait régulièrement dans la famille faire le clown mais un jour son cousin Gaston lui raconte comment leurs deux pères qui étaient entrés dans la Résistance, sont arrêtés à la suite d’un sabotage contre un transformateur électrique. Ce qui provoqua  immédiatement  leur arrestation musclée dans la cave où ils s’étaient réfugiés, et la proclamation d’otages-et leur rapide exécution, si aucun d’eux ne se dénonçait.  

  Enfermés avec deux de leurs copains dans une  fosse  qui alimentait en argile une ancienne  briquetterie, ils n’ont  aucun moyen d’arriver à remonter à la surface, d’autant plus qu’ils sont gardés en permanence par un soldat allemand. Bien entendu,  sans nourriture et les pieds baignant dans un fond d’eau froide… Mais le soldat allemand se révèle plus compatissant que prévu et fait tomber « par hasard » des tartines de pâté…Et cela pendant deux  jours, en attendant qu’un des leurs se dénonce. Il espèrent un  miracle  très peu probable qui leur permettrait enfin de sortir épuisés mais vivants de cet antichambre de la mort.

  Et impossible, ce miracle va quand même  arriver  mais de l’extérieur, grâce à une femme intelligente et bigrement solide  pour affronter ce type d’épreuves mais  nous n’en dirons évidemment rien;  souvent dans nos articles , on vous embête avec des appréciations du genre  » dramaturgie qui ne tient pas la route », « scénario mal ficelé » ou « histoire peu crédible » mais, là , c’est  vraiment du béton et les dieux savent bien que  les vieux routiers du théâtre  que nous sommes devenus , à force de voir une pièce presque chaque soir ,  ne s’en  laissent pas facilement  conter.. Mais, hier  Edith Rappoport commençait à pleurer et nous avions, nous,  les larmes aux yeux...Et ces soirs-là, du côté émotion,  il n’y en a pas tellement!

Sur scène , pour fabriquer ce moment  très fort de théâtre, un seul comédien : André Salzet, une table et une chaise. Le début est un peu trop  lent , comme une sorte de prologue au récit qui va suivre mais André Salzet qui a acquis, depuis une bonne dizaine d’années, une parfaite maîtrise de ce que l’on pourrait appeler un « conte dramatique », emmène ensuite le public là où il veut,  avec rien dans les poches  et rien dans les mains, et sans  musique. Gestuelle et diction impeccable, sens du rythme , intelligence du texte:  il donne à entendre de façon magistrale cet épisode de la Résistance exceptionnel de vérité. André Salzet sait, comme peu de comédiens,  installer des personnages, à petites touches,  avec beaucoup de sensibilité et  sans jamais tomber dans le pathos.Avec, humour et  pudeur aux moments les plus durs du récit.

  Salzet à la fin,  précise qu’en hommage à son instituteur de père  disparu,-et c’est , dit-il, authentique-le jeune garçon s’est rendu plus tard, déguisé en clown, à Bordeaux, au procès de Papon, l’ancien fonctionnaire de Vichy…La mise en scène de Marcia de Castro est sobre et efficace; elle aurait sans doute pu faire l’ économie de quelques effets lumineux sans intérêt et répétitifs , mais c’est une broutille. Le spectacle avait remporté un beau succès en Avignon et cela devrait se poursuivre.
 En tout cas, on ne vous le répétera pas, mais allez voir ce pur moment de bonheur; théâtral  c’est vraiment rare de voir un texte juste et fort ,servi par un interprète aussi discret qu’exemplaire. Si vous n’êtes pas d’accord, dites-le nous mais cela nous étonnerait , ou bien  le charme et le savoir-faire  de Salzet auraient disparu , ce qui nous étonnerait encore plus!

Philippe du Vignal


Théâtre du Lucernaire jusqu’au  24 janvier 2010.

Petites formes autour d’une table

Petites formes autour d’une table à la rencontre de Wajdi Mouawad, conception et interprétation: Mylène Bonnet, Valérie Puech, Estelle Savasta avec la complicité de Pierre Ascaride.

petitesformesd42c8.jpg    Pierre Ascaride , directeur du Théâtre 71 de Malakoff,  a eu l’excellente idée d’inviter ces trois jeunes femmes qui ont inventé ce spectacle jubilatoire que l’on pourrait qualifier de « petite forme, » pour reprendre l’expression de Vitez qui, effectivement, raffolait de ce genre de friandises théâtrales, le plus souvent comme exercice, comme une sorte de double alternatif au théâtre dit sérieux. A faire, et à consommer n’importe où, entre amis et vieux complices; comme dit Pierre Asacaride,  ces trois belles personnes en connivence avec un auteur qu’elles aiment et avec lesquelles elles ont travaillé  comme assistante, comédienne ou stagiaire ont conçu ce que Vitez appelait donc théâtre de chambre: quelques projecteurs (et encore on peut s’en passer) ,  des chaises autour d’ une rangée de tables en bois où sont dispersées les pièces de Mouawad mais aussi les livres dont il aime s’entourer pour écrire: le théâtre de Sophocle , Vie et enseignement de Tierno Bokar de l’écrivain malien Amadou Hampate Ba, dont Peter  Brook avait fait une adaptation,   l’œuvre complète de Julien Gracq dans la Pléiade… ou encore un petit carnet  où sont inscrits quelques mots:  » Chère , très chère V.  Ecris,  ne laisse personne dire après ton passage: voici qu’elle s’en va , la fille au regard grave, elle ne fut pas généreuse, son coeur est resté fermé. Ecris. je t’embrasse. Wajdi  » .

  Les trois comédiennes ont auparavant distribué un petit questionnaire à la trentaine de spectateurs- des collégiens  et lycéens de Malakoff- questionnaire que Mouawad, avait inventé et donné à des ouvriers de Montluçon où il travaillait en résidence et  qui venaient d’être licenciés  du genre: Que faisait votre père? De quoi avez-vous peur? Est-ce quelqu’un de votre famille a vécu une guerre?  Vous souvenez- vous de votre première émotion artistique? et d’autres plus courtes: Douleur, Apaisement, Promesse,  Autobus, Amitié, qu’elles ont ajoutées à la liste initiale, sorte de petit blasons significatifs de l’oeuvre de Mouawad,  soit au total 33 questions , que les spectateurs  peuvent  poser. Et les comédiennes alors répondent soit seules soit soit à deux soit en trio, en choisissant un texte tiré d’une de ses pièces  comme Incendies, le prologue de Willy Protagoras enfermé dans ses toilettes, Littoral,etc… ou bien un inédit comme la Rencontre avec Forêts ou le Programme du Théâtre de Quat’ Sous à Montréal que l’auteur dirigea il y a quelques années…. Les réponses tombent juste , comme si ou ouvrait une petite fenêtre sur l’oeuvre de l’auteur, parfois un peu moins,  mais qu’importe, les cinquante minutes passent à toute vitesse: les comédiennes sont intelligentes, attentives ,  efficaces et disent très bien ces textes .. Un vrai bonheur de théâtre. Avec comme dans un écho lointain-il y a quelque trente ans- la fameuse adaptation et mise en scène par Vitez,  toujours lui! de Catherine, d’après Les Cloches de Bâle d’Aragon, où le public entourait les comédiens autour d’une table de repas et qui lisaient à tour de rôle, des extraits du roman… En tout cas, si, par hasard, le spectacle se joue près de chez vous, ne le le ratez surtout pas.

Philippe du Vignal

Le 14 et le 15 décembre au Lycée de Draguignan et le 3 février au Festival A pas comptés de Dijon.

 

La petite Catherine de Heilbronn

La petite Catherine de Heilbronn de Kleist, mise en scène d’André Engel.

catherine.jpgDe Kleist qui fut à peu près méconnu durant sa courte vie (1777-1811), on connaît souvent davantage son Essai sur le théâtre de marionnettes, tout à fait prohétique prophétique, et bien sûr,  Le Prince de Hombourg, révélé par Vilar au grand public il y a déjà plus de cinquante ans avec Gérard Philipe ( voir article récent d’Irène Sadowska dans le théâtre du Blog, et qu’avait  superbement monté Peter Stein, puis Large et Langhoff en 84,  puis plus récemment La Marquise d’O, en 2006  mise  en scène par Lucas Hemleb. La Petite Catherine de Heilbronn l’avait été autrefois par Eric Rohmer puis l’an passé déjà par André Engel dans cette même mise en scène au Théâtre de l’Odéon. 

  La pièce n’est pas du genre facile, puisqu’elle tient à la fois d’une sorte de conte fantastique et du récit fabuleux , écrite par un jeune écrivain, méprisé par Goethe, et qui ne fut reconnu qu’à la fin du XIX ème siècel  obsédé par le jugement de Dieu et par l’intervention possible d’une puissance absolue dans les affaires des pauvres humains. C’est, pour faire vite, l’histoire de Catherine, une jeune  orpheline, fille d’un pauvre armurier qui va tout quitter , sans aucune explication plausible,pour suivre sur les routes le Comte Wetter von Strahl. Son père, le vieux Théobald va alors demander à un tribunal religieux  de juger le Comte qu’il soupçonne de sorcellerie. Celui-ci déclare qu’il n’avait jamais vu le visage de Catherine, sauf par hasard en présence de son père. Mais alors pourquoi Catherine, comme doudroyée, s’est elle jetée aux pieds du Comte? Pourquoi a-t-elle sauté par la fenêtre. Comme si le Comte et Catherine s’étaient connus dans un ailleurs spatial et temporel. Comme deux êtres qui devaient un jour se retrouver , après avoir subi leur lot d’épreuves. Ce qui arrivera, puisque le Comte doit se marier à un personnage inquiétant: la très belle et  très mauvaise Cunégonde. Catherine est-elle ne fait une jeune fille possédée par le démon et la folie, ou incarne-t-elle l’innocence absolue? Catherine ne pourra confier ses secrets au Comte qu’au moment  où elle se s’endormira. Le château du Comte  sera incendié mais Catherine aura quand même réussi sur l’ordre de la méchante Cunégonde à aller chercher des documents secrets dans sa chambre… L’ordre réapparaîtra après cette série d’épreuves infligées aux jeunes gens; en effet Catherine se révèlera être la fille de l’Empereur  qui accordera sa main, avec son père adoptif au jeune comte.

   Oui, mais voilà, que fait-on avec ce genre de pièce qui pourrait vite mal …tourner . Ici, nous sommes, à condition de bien vouloir se laisser entraîner un tout petit peu dans cet univers fantastique, dans la beauté absolue. Les Dieux savent qu’en général, la scénographie dans le théâtre contemporain est essentielle. Et le travail d’Engel et celui de son vieux complice Nicky Rieti sont indissociables. Rieti a conçu, pour cette Petite  Catherine de Heilbronn des éléments d’architecture de palais qui, au gré des scènes ,tournent en silence sur eux-mêmes pour représenter le dehors ou l’intérieur: Comme dans un livre pour enfants: absolument sublime de précision mais aussid’intelligence et de beauté plastique, sans aucune erreur de proportions ni de couleurs. Une vraie leçon pour les futurs scénographes, et ce qui n’aurait eu aucun sens sur une scène à l’italienne, devient ici  évident, simple et magistralement efficace. Rieti, depuis quelque vingt ans, qu’il collabore en parfaire osmose avec Engel, nous a prouvé sa maîtrise d’une dramaturgie et d’un lieu  parfois complexe ( entre autres exemples, le sublime décor qu’il avait conçu, à Strasbourg, pour  Kafka, Hôtel moderne) mais là, Et comme la mise en scène et la direction d’acteurs d’André Engel sont des plus remarquables (Jérôme Kircher et Julie-Parmentier en tête d’une distribution de  haut niveau où rien, absolument rien n’est laissé au hasard) , on se laisse vite prendre au jeu de cette légende, même si cela dure plus de deux heures. C’est un travail qui est d’une telle précision, d’une telle rigueur – et ce n’est pas un paradoxe mais c’est  au contraire tout à fait logique- qu’il ouvre les portes au rêve éveillé, même si parfois le récit est quelque peu obscur, comme il convient  à ce type  de spectacle légendaire au meilleur sens du terme. Si vous n’aviez pas eu l’occasion d’y aller l’an passé, trouvez-vous une soirée, et emmenez-y  même de jeunes adolescents, cela vaut vraiment le coup.

Théâtre de l’Odéon- Ateliers Berthier jusqu’au 27 décembre.

L’affaire Danton

L’Affaire Danton, texte et mise en scène de Jan Klata,  Théâtre Polski de Wroclaw.

Après Transfer au Festival Sens interdits du théâtre des Célestins de Lyon, c’est la deuxième pièce que l’on peut voir en France de ce jeune et dynamique metteur en scène polonais qui a déjà monté une dizaine de spectacles joués surtout hors de la Pologne où il dispose de vrais moyens.
L’Affaire Danton parle des révolutions,  en particulier de celle de 1789  avec les personnages qui ont mis en route la Terreur ( Marat-on le voit au début dans sa baignoire où il se plonge tout habillé, sur qui la République se précipite – mais  n’en meurt pas-, Danton, Camille  et Lucile Desmoulins,  , Robespierre, Fouquier, soit  une quinzaine de conventionnels). Mais  Klata évoque aussi les révolutions perverties et récupérées par les perversions capitalistes, en Pologne et ailleurs. L’action qui suit de près la chronologie historique est campée dans un immense bidonville,  à l’image des transformations capitalistes  qui détruisent les structures sociales. Parfois le noir se fait, les structures s’illuminent et on peut y voir les lumières de Manhattan.
Jan Klata a voulu suggérer les  constructions qui se sont répandues dans les villes polonaises après 1989, avec des marchés où l’on peut acheter n’importe quoi, des DVD aux culottes…Une formidable équipe de quinze acteurs met une belle énergie au service de personnages plus vrais que nature,  et l’on peut s’amuser à repérer les personnages avec leurs prénoms ( c’est parfois un peu difficile au début) ; un merveilleux Robespierre, un fascinant Danton séduisant les foules jusqu’au bord de l’échafaud, aet un ttendrissant Camille Desmoulins avec sa Lucile… Les costumes, perruques avec quelques éléments du XVIIIe, se font contemporains à la fin . Les ruptures musicales rock rugissant parlent de la révolution. Un beau spectacle ,  à l’image de l’ homme simple et chaleureux qu’est Jan Klata…

Edith Rappoport

 Maison de la Culture de Créteil le 2 décembre

 


Merce Cunningham performs stillness ( in three movements)

Merce Cunningham performs stillness ( in three movements ) to John  Cage » with Trevor Carlson , New York City , 28 april 2007, une installation  de  Tacita Dean.

    cage.jpg Quelques mots pour dire tout l’intérêt de cette installation que nous avions vue au Musée d’Art contemporain de  Montréal mais dont, faute de temps, nous n’avions pu parler, et que l’on peut voir encore à Paris pour quelques jours au 104. Imaginez une  salle  rectangulaire , sans fenêtres, de quelque 300 mètres carrés, absolument vide, où six projecteurs de cinéma délivraient  inlassablement un film avec leur bruit de crécelle mécanique tout à fait caractéristique : une sorte de chorégraphie silencieuse  et immobile,  conçue et réalisée par Merce Cunnignham.

  Cela se passe dans le plus petit de ses studios au onzième étage de Bethune Street. Il y a , bien sûr, un parquet impeccable, de grands miroirs aux murs, des baies vitrées,  et, absolument seul, Merce Cunnignham assis sur un fauteuil pliant . Et parvenant de la rue en bas, la rumeur presque inaudible de New York , et un peu plus près de nous, le son  faible d’un piano accompagnant  la répétition de danseurs dans un  studio voisin.
   Absolument seul donc,  Merce Cunnignham assis sur un fauteuil pliant  et immobile, le regard un peu lointain. Seul avec nous. Et Trevor Carlson, un de ses proches collaborateurs muni d’ un chronomètre, signale à Merce Cunningham   les cinq dernières secondes de chacun des trois mouvements de la pièce silencieuse de John Cage intitulée 4, 33 . Et comme  l’indique Tacita Dean, Merce Cunnignham se réinstalle après ces cinq secondes dans une nouvelle position, en déplaçant un peu son fauteuil. Les six films sont légèrement différents, mais l’un des plus beaux est celui où l’on voit Cunningham regarder fixement, et  en même temps, nous pouvons voir des  des empreintes de doigts sur l’un des miroirs de la salle,  celles de ses danseurs dans cette salle mythique où le grand chorégraphe a conçu ses spectacles.
  C’est aussi bien évidemment un hommage à son compagnon John Cage décédé en 92 ; à eux deux, ils ont exploré l’idée du temps  dans leur  travail musical pour l’un, chorégraphique pour l’autre, et très souvent musical et chorégraphique quand ils concevaient une pièce ensemble. Il y a un beau  documentaire, tourné quelques années avant la mort du compositeur , où on les voit tous les deux dans leur cuisine à New York où les bruits domestiques et urbains, les gestes de Cage et de Cunnignham forment une s chorégraphie tout à fait impressionnante. Et il y a une belle phrase du compositeur qui écrivait en 1968:  » La relation entre la danse et la musique en est une de coexistence; celles-ci sont en lien parce qu’elles existent en même temps ». 

  Nous n’avons connu Cage que le temps d’un déjeuner, (c’était presque hier: en 72!) pour le tournage d’un film à lui consacré où je deavias l’interviewer  et ce fut une expérience inoubliable, parce que l’on nous  avait demandé de ne pas bouger , de manger sans faire de bruit inopportun  et  de manipuler fourchettes et couteau en silence, pour ne pas créer d’interférences dans la bande-son, ce qui avait l’air de beaucoup réjouir le compositeur…Et effectivement, chez Cunnignham, il n’y a pas de hiérarchie  entre le geste,   mouvement , la musique et le son: le seul dénominateur commun étant le temps.
  C’est peut-être ce que l’on perçoit le mieux , quand on on entre seul dans cette salle, cette perception du temps, alors que le seul mouvement perceptible est celui des bandes de film noir  qui s’enroulent dans les bobines de métal. Cela  peut paraître très conceptuel mais non, nous ne pouvons qu’être sensible à ce grand espace et à ce temps réparti en six moments qui n’en sont pas vraiment… Et, c’est encore plus impressionnant de se retrouver si proche de  l’image de Cunningham disparu cet été.
  Le 104 est un peu excentré, et il n’y a que peu de jours encore pour voir cette installation mais , surtout, si  vous le pouvez, ne ratez pas cette pièce….d’autant plus que l’entrée  est libre.

Philippe du Vignal

Le 104 , 11 bis rue Curial  75019 Paris Métro: Crimée ou Riquet, du mardi au samedi à partir de 11 heures. T: 01-40-05-51-71

L’Histoire d’une Fille qui lisait trop d’histoires

L’Histoire d’une Fille qui lisait trop d’histoires, création librement inspirée du Dictionnaire des lieux imaginaires d’Alberto Manguel et Gianni Guadalupi, mise en scène et écriture d’Anouch Paré, accompagnée de Bénédicte Bonnet.

  Le spectacle a été créé  en 2006, à la demande du Conseil général de la Marne, pour être joué dans les bibliothèques de prêt; mais il a été aussi représenté dans des établissements scolaires. Il est fait pour être joué n’importe où,  dans des conditions de proximité, sans aire de jeu  surélevée et sans régie lumière. En général donc, dans des salles polyvalentes, comme celle d’aujourd’hui, endroit improbable aux murs rose pâle, rideaux défraîchis, faux plafonds blancs munis de plafonniers à tubes fluorescents, et cloison mobile en plastique crème : le rêve……. Mais bon, il faut bien faire avec: les communes n’ont pas beaucoup d’argent et ce n’est pas M. Sarkozy  ni ses amis banquiers de tout poil qui vont  les aider.
  Les opérations sont dirigées par Act’Art/Scènes Rurales: les comédiens ont séjourné en Seine-et-Marne, pour créer  un spectacle, en général une petite forme écrite par des auteurs contemporains, et le jouent pour un courte  série de représentations dans des salles polyvalentes ou foyers ruraux, mais assurent aussi des ateliers de pratique artistique auprès d’enfants et d’adolescents.
Nous avions pu ainsi voir dernièrement Broadway-en-Brie au Châtelet-en-Brie, réalisé par Laurent Serrano, dont Anouch Paré était la coauteure avec  le metteur en scène ( voir Théâtre du Blog de novembre).

   L’Histoire d’une fille qui lisait trop d’histoires est une sorte de voyage dans les lieux qu’ont imaginé depuis toujours les romanciers et dramaturges, toute langues et tous pays confondus. Avec seulement deux personnages parodiques : Lui, un détective privé de film noir, imperméable mastic et feutre noir, cigarette au bout des lèvres,  qui mène une enquête délicate, et Elle, la  femme fatale, aux longues jambes gainées de bas résille et au regard provocant. Avec ,bien entendu, en filigrane, la silhouette des deux immenses acteurs qu’est toujours Lauren Bacall,  et qu’était Humphrey Bogart son mari,décédé en 57.
  Le détective enquête donc sur la brutale disparition de la  fille de cette femme fatale: il y a juste quelques livres, avec des marque-pages, qu’elle a laissées – maigres indices qui fournissent un prétexte à un  dialogue entre Elle et Lui, ou plutôt à une  lecture déguisée d’Alberto Manguel. Aucun décor, juste une table,  deux chaises  et un gros magnétophone qui assure quelques phrases musicales et commentaires… Le théâtre contemporain nous a habitué depuis longtemps à des spectacles  faits de peu de choses.

  Mais ce petit scénario parodique d’une heure, manque de chair et de véritables personnages et  pas des plus passionnants, sonne un peu trop comme un exercice d’acteurs, à consommer en privé et hors public. Il y a quand même bien des textes contemporains qui auraient fait  dix fois mieux l’affaire…
  Et donc, même si Cécile Leterme et Eric Malgouyres,  qu’on avait déjà pu voir dans Broadway-en-Brie, sont bien dirigés, on reste un peu sur sa faim. D’autant plus qu’Anouch Paré  n’a pas voulu se servir des deux projecteurs installés, pour respecter, dit-elle, les conditions habituelles de jeu; et ils  ne seront allumés qu’au moment où  six collégiens du village viendront entourer  Elle et Lui,  quelques minutes avant la conclusion… ce qui n’était  pas l’idée du siècle.
Là, en effet, dans la lumière douce,  il se passe vraiment  quelque chose, et les personnages prennent alors un relief et une intensité des plus remarquables. Et cette salle polyvalente un peu minable devient alors comme un vrai décor… Mais c’est évidemment trop tard.

  Et le public? Celui du village  de Nanteau-sur-Essonne, et de ses environs,  jeunes et plus âgés réunis, installés  sur un gradinage  hors normes de sécurité (le directeur d’Act’Art ferait bien d’être plus vigilant!) regarde le spectacle avec bienveillance mais sans plus de passion que cela.
Le meilleur moment de la soirée étant sans doute…le petit pot sympathique qui réunit ensuite les gens, ceux de village, les élus, les comédiens et la metteuse en scène. Question lancinante : comment amener un  spectacle théâtral vraiment fort, dans de bonnes conditions techniques, jusqu’à l’Est de l’Ile-de-France, où il n’y  a guère de véritable salle, sauf à Melun…

Philippe du Vignal

Spectacle vu le 29 novembre à Nanteau-sur-Essonne ; prochaines représentations le 16 janvier à Sourdun, le 12 mars à Féricy, le 13 mars  à Chamigny, le 26 mars à Verneuil -l’Etang, le 27 mars à Montarlot et le 7 mai à Villiers-sur-Seine.

1...323324325326327...346

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...