Sous les visages

 Sous les visages , scénario, dramaturgie et textes de Julie Bérès, Elsa Dourdet, Nicolas Richard, David Wahl, mise en scène de Julie Bérès.

  capturedcran20100528150702.jpgJulie Bérès, on la connaît depuis presque dix ans quand elle avait créé Poudre son premier spectacle où l’on sentait déjà l’influence de la peinture, du grand Tadeusz Kantor et, disons pour faire vite, de ce que l’on appelle le théâtre d’images: Wilson, Foreman, Monk.
C’est dire que le texte chez Julie Bérès n’est pas l’essentiel, et qu’il n’y a pas véritablement d’histoire , puisque le sens naît davantage de ce coll
age d’images  visuelles qui se fondent, se déplacent pour revenir parfois, avec l’aide d’une bande musicale et sonore extrêmement élaborée ( ici signée David Segalen et Frédéric Gastard). Sous les visages, qui a déjà beaucoup tourné en région,  n’avait pas eu jusque là  le bonheur d’arriver jusqu’à Paris.
   Il y a bien un personnage au centre du spectacle, construit, dit la metteuse en scène, à partir d’entretiens avec des médecins gérontologues et des pensionnaires de maisons de retraite. Ce matériau a servi à imaginer l’histoire d’ une jeune femme victime d’un licenciement mais il n’y a pas de véritable  scénario: c’est à prendre ou à laisser; ce sont plutôt des collages d’images  à tendance surréaliste qui se succèdent pendant  soixante dix minutes,mais l’ on peut entendre des bribes de phrase bateau ou absurdes du genre:  » les conditions de travail dans votre entreprise »,  » tu as accepté l’évaluation des performances », » le dévouement et le sacrifice des hommes », la mollesse qui te tiendra chaud quand tu seras seule », « retrouvons nous à 18 heures autour du buffet de spécialités de la région préparées par Martine. »..
  Il y a sept comédiens, tous absolument remarquables à animer ces images: l’on voit ainsi une jeune femme arroser au pulvérisateur des bras, des pieds, voire un cul  qui grandissent rapidement de terre, un banquet où une nappe , où est déjà installé le couvert,  se déroule  d’une grosse malle: les invités profèrent- pas toujours très bien- des phrases très mondaines du genre:  « alors la Roumanie, racontez-nous la Roumanie », pendant que des floppées de terreau tombent des cintres sur les invités et le maîtres d’hôtel qui restent tous imperturbables,( mais l’image a déjà beaucoup servi!),  un cercueil d’où sort un homme, puis une femme: image qui rappelle celle des ressuscités du jugement dernier sur le tympan de la cathédrale de Conques.
 Il y a aussi l’apparition soudaine  par deux fois d’un gros nounours, ou ce très beau duo chorégraphié à l’horizontale. C’est parfois aussi odieux que burlesque et Julie Bérès sait très bien manier un certain cynisme dans le rapport qu’elle crée entre ces bribes de phrase et les images qui apparaissent ainsi comme dans un mauvais rêve.
  La mise en scène est  d’une rigueur et d’une précision irréprochable, comme chez Bob Wilson, ou Philippe Genty, et le plus souvent d’une belle imagination plastique; il y a nombre de références à la peinture surréaliste comme à la sculpture romane, ce qui ne nuit pas au propos de Julie Bérès, bien au contraire. La fin du spectacle avec ces planches du praticable incliné que les personnages soulèvent, est plus conventionnelle et souvent vue mais bon…
  Le spectacle possède d’ indéniables qualités scéniques et sonores, malgré une dramaturgie que Julie Bérès voudrait « poétique et sensible  » mais qui montre très vite ses limites. On a un peu de mal à trouver dans Sous les Visages une ligne directrice qui s’impose vraiment.
   Alors à voir? Oui, si vous voulez découvrir une créatrice qui a su développer un imaginaire et,  encore une fois, cousu main- ce qui n’est pas si fréquent et qui donne une grande qualité aux images proposées … Mais il serait sans doute bien que Julie Bérès explore maintenant d’autres voies sinon elle courra vite le risque de se répéter .

Philippe du Vignal

Théâtre des Abbesses jusqu’au 5 juin.
 

 
 


Archive de l'auteur

Alain Ollivier

ollivier.jpgAlain Ollivier nous  a quitté hier matin.

  Malade depuis quelques années déjà, il a été emporté par un cancer contre lequel il lutta jusqu’au bout, Alain Ollivier qui avait 72 ans nous a quitté hier. On l’avait connu comme comédien chez Vitez, Brook  et Lassalle entre autres. Puis il s’était dirigé vers la mise en scène et avait créé, en I972,  Bond en avant de Pierre Guyotat  dans une mise en scène dont la scénographie était tout à fait novatrice. Et c’est à lui que l’on a dû la découverte de Thomas Bernhard. Il monta aussi un remarquable Cid.
 Directeur du Studio-Théâtre de Vitry, où il mit en scène avec beaucoup de finesse L’echange de Claudel éclairé seulement par des centaines de bougies qu’il donna ensuite généreusement à L’ Ecole du Théâtre national de Chaillot  pour un  spectacle en plein air. Il  dirigea ensuite du Théâtre Gérard Philipe de Saint- Denis qu’il sut rapidement remettre à flot. Alain Ollivier était un metteur en scène  entier et exigeant quand il s’emparait des textes qu’il aimait. Il y avait sans  doute du Cuny chez lui, Cuny dont il avait été l’élève.
 Il enseigna  au Conservatoire national comme à L’ENSATT.
Salut Alain et, merci pour  tout  ce que tu auras apporté au théâtre français. Nous embrassons chaleureusement  sa compagne Claire Amchin.

 

Philippe du Vignal

Le Théâtre National de Chaillot en grève…


           Il y a  un bon moment que cela couvait et Dominique Hervieu avait dû sentir que la place n’était pas aussi confortable qu’elle l’avait pensé , puisqu’elle a préféré partir bientôt pour La Maison de la Danse à Lyon. Chaillot est en grève le soir de deux premières dont la création d’Orphée par José Montalvo et Dominique Hervieu… C’est dire que le personnel devait être à bout de nerfs et entendait bien, avec raison,  se faire entendre.
 Pour que M. Hirch, directeur de la D.G.C.A. au ministère de la Culture se soit déplacé aujourd’hui pour essayer de négocier les choses et supplier pour   que les deux représentations aient lieu ce soir,  montre bien l’étendue des dégâts. Sur l’air bien connu: « reprenez le travail, on négociera ensuite ». Quelle belle naïveté!  Le personnel de Chaillot comme celui des grandes institutions n’est pas tombé de la dernière pluie et l’on sait très bien que,  dans ces cas-là, seul le rapport de forces est le seul qui compte…Il devait rendre compte, semble-t-il,  dès ce soir à tonton Frédéric de la situation.
 Mais , au delà du cas Chaillot , c’est bien entendu toute une politique culturelle qui a depuis un bon moment été flinguée par le gouvernement actuel ; il semble naviguer dans ce domaine au doigt mouillé: du genre , on gèle certains crédits pour s’apercevoir ensuite que ce n’est pas possible et qu’il faut donc les rétablir. Et chaque année, le petit pas de danse- c’est le cas de le dire pour Chaillot,  recommence , pathétique et dérisoire…
Depuis quelque temps, non remplacement de postes et recrutement de contractuels moins bien rémunérés, conflit larvé puis ouvert entre  Yves Jouen, le  nouveau directeur technique et son personnel, mise en place par  le nouvel administrateur, Patrick Marijon, d’une politique de rigueur, et d’un recours systématique au mécénat (qui serait appelé à être le grand pourvoyeur de fonds)  et à la location des lieux, avec tout ce que cela suppose de compromissions avec une politique artistique : deux espèces de gangrènes qui s’attaquent avec efficacité à la notion de service public. Bref, la RGPP a encore frappé et  le personnel qui se dit souvent humilié n’est pas à la fête: démissions, arrêts-maladie en rafale, surcharge de travail impossible à gérer, etc…
Désolé, un théâtre ne se gère pas comme une agence de banque privée. Jamais Chaillot n’avait connu cela. José Montalvo est monté au créneau  il y a quelques heures avec courage pour essayer d’apaiser les choses et pour écouter les revendications des salariés. Mais l’on sait bien -et lui le premier- que l’affaire dépasse  nettement le Ministère de la Culture lui-même, puisque c’est l’Elysée qui prend directement les grandes décisions. Même si le petit Nicolas qui ne fréquente guère les théâtres , a , en ce moment, d’autres chats à fouetter…

 Et c’est aujourd’hui l’explosion-qui se profilait déjà sous l’ère  de Goldenberg dont la direction n’a certes pas été des plus réussies- c’est le moins que l’on puisse dire- puisqu’il avait , entre autres , réussi sans état d’âme à supprimer l’ Ecole créée par Vitez puis maintenue par Savary pendant dix sept ans. Bravo Goldenberg … Quel courage!   Mais, juste retour des choses, la fin de  son mandat ne fut pas glorieuse, puisque c’est lui qui fut invité à démissionner!
 Le distingué M. Hirch qui ,a dû dans sa longue carrière, gérer d’autres conflits sociaux réussira-t-il  à calmer le jeu? On lui souhaite bien du courage. Mais  le personnel très remonté a bien raison de l’être, et cette fois ,que l’on ne s’y trompe pas, il ne s’agit pas d’une grève sectorielle du plateau,  mais de l’ensemble du  personnel, fait assez rare pour être salué. Ce qui montre bien l’ampleur de la crise.
  Il faudrait sans doute que l’administration de ce grand établissement comprenne d’abord  que les questions de management passent avant tout par une prise en en compte et par le respect  des femmes et des hommes qui  sont les forces vives d’une entreprise. C’est une chose qui s’apprend dans toutes les bonnes écoles de commerce… mais qui semble, en, l’occurrence, être passée à la trappe. C’est aussi sans aucun doute,  toute une politique du personnel qui est à revoir.
 Visiblement, le grave échec dans ce domaine de  France-Télécom avec sa cascade de drames et  de suicides n’a pas été suffisant pour rappeler au Ministre de la Culture qu’il y avait aussi le feu dans sa propre maison. Et la petite phrase ridicule lancée le soir des Molières lui a valu une  une bordée de huées bien méritée.
 Quant à la  D.G.C.A. ( ex DMDTS) , qui avait  été complice de la disparition de l’Ecole de Chaillot, on peut douter qu’elle soit vraiment apte à trouver des solutions, pas plus que ce comité de pilotage présidé par Marin Karmitz, auquel appartient d’ailleurs… Dominique Hervieu.
Des cahiers de doléances vont être remis  par le personnel de Chaillot à M. Hirch mais il a intérêt à ne pas laisser les choses pourrir comme c’est l’habitude dans ce Ministère, et à y répondre de façon concrète et ultra-rapide,  s’il ne veut pas que la contagion atteigne très vite les autres grands établissements culturels. Ce n’est quand même pas si difficile  de comprendre qu’une entreprise ne peut bien fonctionner que si les employés forment un corps uni et possède des conditions de travail correctes, et où l’on ne le met pas sans arrêt devant le fait accompli.

Après tant de coups tordus dont la D.G.C.A. est familière,  rappelons-nous , parmi les plus récents:  la tentative de mettre la main sur la MC 93 de Bobigny, au bénéfice de la Comédie-Française,  le remplacement d’un directeur nommé au Centre dramatique de Vire au bénéfice de quelqu’un d’autre, de par la volonté de la Princesse Albanel, la nomination élyséenne de Jean-Maire Besset à Montpellier: tout cela au mépris des lois les plus élémentaires de la démocratie… la  D.G.C.A. n’a que ce qu’elle mérite. Quant à Dominique Hervieu, elle  a intérêt à reprendre les choses en main,    Les employés de Chaillot ont eu la volonté collective  de se révolter contre les conditions inadmissibles de travail  qui leur étaient faites; On ne peut que saluer leur courage et leur détermination et les soutenir dans leur lutte. Frédéric Mitterrand ferait bien  de prendre garde à cet événement – qui ne va sans doute pas l’empêcher de dormir… Mais , que l’on se s’y trompe pas, il est d’une exceptionnelle gravité et révélateur d’une faillite de l’Etat. Pourtant on le sait , gouverner c’est prévoir!
 De toute façon,   nous vous tiendrons au courant de la suite des événements.

Philippe du Vignal

La vraie fiancée


La vraie fiancée d’après les Frère Grimm, texte , mise en scène et lumières  d’Olivier Py. 

      grimm.jpgOlivier Py reprend cette Vraie Fiancée qui avait connu un beau succès en décembre 2008. Il s’agit d’une sorte de relecture d’un des contes de Grimm avec un scénario et des personnages pourtant différents.
Une jeune fille discute avec un aimable jardinier d’autrefois, comme on en voit dans les  livres pour enfants: tablier bleu, grand nez et grosses lunettes, et arrosoir en métal à la main…. Son père,  veuf, s’est remarié avec une horrible femme qui lui préfère une grande poupée  de cire qu’elle emmène partout avec elle. Et elle va exiger de la jeune fille qu’elle accepte de lui faire coudre trois robes dans la nuit avec, comme aiguille,  une épine de rosier et , comme étoffe, des feuilles mortes. Puis de vider un lac dans la nuit avec une cuiller percée et  enfin de creuser un trou jusqu’au centre de la terre pour en rapporter une tonne d’or. Sinon,  à chaque fois, elle sera très durement battue. Mais il y a un bon ange par ailleurs accordéoniste, qui  réalisera par magie et à sa place ces travaux impossibles.
Avec tout cet or récolté, la marâtre, très perverse, veut construire un palais pour la poupée de cire et elle fait croire à son mari que sa fille veut la tuer, et elle persuade la jeune fille que son père vient de mourir. La jeune fille se réfugiera dans une forêt proche pour échapper à sa méchante belle-mère  où elle rencontrera un beau Pricne à qui elle fait promettre de ne pas l’oublier. mais la marâtre donne une eau d’oubli au prince pour qu’il tombe amoureux de la poupée de cire. Mais la jeune fielle voit bien en se rendant au château du Prince qu’il a bien oubliée. Elle rencontre des comédiens mais elle doit encore subir l’épreuve de la prison  sur ordre de la marâtre, prison où elle retrouve les comédiens…
Et elle va jouer avec eux son propre rôle et, miracle, le Prince acceptera de jouer aussi le sien. Le père de la jeune fille s’aperçoit enfin  des noirs desseins de sa nouvelle épouse , et le Prince et la jeune fille pourront enfin se marier…   On retrouve dans le beau texte d’ Olivier Py les éléments traditionnels du conte tels que les a brillamment analysés Bruno Bettelheim.A la fois, un personnage tout à fait  odieux , et d’autres  bienfaisants comme ce jardinier doux et proche de la nature ou cet ange délicieux qui ne veut que le bonheur de la jeune fille. Olivier Py a ajouté le personnage du père,  et l’autre fiancée du conte des Frères Grimm devient  une   poupée de cire, et  il y a également un grand acteur, chef de troupe.. Bien entendu, le personnage de la jeune fille/ victime de la méchanceté humaine dans un premier temps,  rappelle ceux de Peau d’Ane,de Blanche-Neige ou de Cendrillon.
Mais Olivier Py a ajouté deux scènes avec des comédiens- théâtre dans le théâtre- dont l’une  proche  de celle de l’acte II  d’Hamlet. Et il se livre avec beaucoup d’humour et de férocité à des considérations très actuelles sur le théâtre public:  » Populaire, moral, poétique, on n’avait pas vu cela depuis des siècles , et je serais obligé de faire du théâtre d’Etat, je préfère alors retourner en prison » s’écrie le Grand Comédien.
Le spectacle doit beaucoup à la scénographie  et aux costumes  intelligents et des plus inventifs dûs à Pierre-André Weitz qui a construit des cadres de centaines de petites ampoules qui n’est pas sans rappeler celui des Clowns d’Ariane Mnouchkine ( mais ce doit être le Moyen-Age pour beaucoup de nos lecteurs!). Il y a là un beau travail d’électriciens, puisque la lumière -signée Olivier Py et Bertrand Killy-est à géomètrie variable selon les scènes; cerise sur le gâteau: il y un seule ampoule rouge sur les centaines que l’on change chaque jour de place, uniquement bien sûr pour la beauté du geste. Comme  d’habitude , la mise en scène de  Py  est très soignée et chacun des comédiens/et ou musiciens(Céline Chérenne, Samuel Churin, Florent Galiier, Sylvie Magand, Thomas Matalou, Antoine Philippot et Benjamin Ritter) est excellent, comme la musique de Stéphane Leach sait être à la fois joyeuse et mélancolique, on ne boude pas son plaisir à ce spectacle qui peut être vu à plusieurs niveaux, celui des enfants comme celui de  leurs parents ou grand-parents…  Il y a bien quelques baisses de rythme dans la seconde partie et certains moments ne sont pas toujours d’une clarté absolue mais Olivier Py a le grand mérite d’avoir conçu et réalisé cette Vraie Fiancée , »spectacle pour tous », avec un soin et une exigence de qualité tout à fait remarquable. Et les enfants, même s’ils ne le perçoivent pas immédiatement peut-être, voient bien, comme l’écrit Daniel Loyaza,  qu’au travers  de  » ce conte à la gravité légère, on  a pris au sérieux « leur force et respecter leur volonté de savoir et de grandir ».
C’est finalement une bonne dose d’intelligence et de raffinement qu’offre , chaque soir  au public,  Olivier Py et ses comédiens. Et, dans une époque difficile et souvent injuste, un spectacle comme celui-là,  cela n’a pas de prix…

Philippe du Vignal

Ateliers Berthier de l’Odéon-Théâtre de l’Europe, spectacle pour tous à partir de sept ans. Dimanche 6 juin,  rencontre avec l’équipe artistique après la représentation. Jusqu’au  11 juin.

Mehmet Ulusoy


Mehmet Ulusoy,  un théâtre interculturel
sous la direction de Béatrice Picon-Vallin et de Richard Soudée.

mehmetnuagebidons.jpgMehmet Ulusoy était né en Turquie en 1942, et après avoir été stagiaire chez Roger Planchon à Villeurbanne,  puis au fameux Berliner Ensemble dans les années 60, il avait suivi les cours de Bernard Dort à l’Institut d’Etudes Théâtrales de Paris III . Après encore un détour comme stagiaire chez Giorgio Strehler au Piccolo Teatro de Milan, il était reparti pour Istanbul où il fonda plusieurs groupes de théâtre militant. Notamment pour répondre à la menace de destruction d’un quartier d’Istanbul. C’était en 70 à une époque où cela ne devait pas être si simple de jouer dans la rue…
Un an après, une junte militaire prenait le pouvoir et il n’attendit  guère pour repartir pour la France où il créa le Théâtre de Liberté en 72 au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis. Il y présenta notamment un spectacle remarquable que l’on a encore en mémoire Le Nuage amoureux d’après Nazim Hikmet qui le fit connaître un peu partout en France mais aussi en Europe, ainsi que Le Cercle caucasien de Brecht.
Ulusoy monta aussi Shakespeare, Gogol, Eschyle ou Topor: c’est dire que l’homme était éclectique et savait choisir les textes qu’il montait.Il naviguait fréquemment entre Paris et la Turquie, avant de disparaître en 2005. Il eut le  parcours assez insolite  d’un artiste engagé et d’un chef  d’une troupe  qui pratiquait déjà un certain multiculturalisme ,  où se croisaient  des comédiens d’origine très diverse. Et c’est à ce métissage que se reconnaissaient  ses spectacles, et à l’importance que revêtait à ses yeux la scénographie faite d’éléments et de matériaux à la fois simples, voire pauvres  mais  significatifs.
C’est de tout cela que rend compte ce livre à travers un solide ensemble d’analyses, d’études  et de témoignages.
Parmi la vingtaine d’articles, citons celui de Béatrice Picon-Valin, très fouillé- sur l’influence du théâtre russe,  en particulier celui de Meyerhold sur les créations d’ Ulusoy, comme elle l’explique très bien, il  doit beaucoup à cette notion de grotesque cher au grand metteur en scène et théoricien russe. Et  il s’inspirera aussi de M. Baktine quand il montera son Pantagruel. Grotesque, art de la rupture, part belle fait au hasard maîtrisé, montage, techniques de l’image  et de la marionnette, prise en compte de la réalité du terrain, et,  bien entendu, influence du constructivisme quand il s’agit de mettre en place un dispositif scénique:  Mehmet Ulusoy  savait butiner et faire son miel des différentes cultures qui  l’avaient construit. Richard Soudée rappelle aussi que  Mehmet Ulusoy avait un lien très fort avec la Martinique où il fut l’un des metteurs en scène les plus invités et Aimé Césaire, alors qu’il n’était ni Antillais ni Français; c’est souvent à cette facilité d’immersion dans d’autres cultures que l’on reconnaît les créateurs de qualité… On ne peut citer tous les articles mais il y a aussi un entretien avec Cécile Garcia-Fogel, comédienne et metteuse en scène, tout à fait intéressant qui parle de sa rencontre avec Ulusoy et  du rapport qu’avait le metteur en scène avec une certaine idéologie de la récup. Et Mehmet Ulusoy savait,  comme elle l’explique très bien, mettre les comédiens dans un rapport très fort avec les objets et avec leur propre corps dans l’espace: ce qu’elle retient particulièrement , bien des année après,  de son travail avec  Ulusoy.
Le livre comprend aussi un remarquable ensemble de photos de ses spectacles. Les femmes et les hommes de théâtre, une fois disparus,  souvent ne disent plus trop rien, même quelques années après leur disparition, aux nouvelles générations de comédiens. Jouvet?  Connais pas du tout,  me disait récemment un jeune homme, pourtant fils de metteur en scène. Qui c’était Vitez? M’avait dit une jeune  fille qui commençait à faire du théâtre,  quelque dix ans après sa mort…Même les plus grands donc comme Strehler ou Vitez auquel Ulusoy avait été très lié, n’échappent à cette règle du théâtre vivant.
Il est bien que cet ensemble de textes  ait  pu voir  le jour,  pour témoigner d’une expérience théâtrale qui marqua les années 70 et les  suivantes et qui influença  sans aucun doute le théâtre actuel.

Philippe du Vignal

Editons de l’ Age d’Homme, 280 pages; prix: 29€

Rosa la Rouge

Rosa la Rouge, une épopée musicale de Claire Diterzi et Marcial di Fonzo Bo, mise en scène de Marcial di Fonzo Bo .

    rosa.jpgRosa Luxembourg fut une brillante théoricienne marxiste et socilaiste allemande. Née en Pologne en 1870, elle fonda la Révolution spartakiste et écrivit plusieurs livres consacrés à la Révolution russe qu’elle considérait comme l’événement le plus considérable de la première guerre mondiale. Elle prit parti pour l’action de Trostsky et critiqua Lénine en qui elle voyait l’organisation d’une dictature, alors que pour elle, la Révolution devait devait absolument être l’oeuvre des masses populaires. Mais en 1919, l’insurrection spartakiste qu’elle mit en place se solda par un échec; elle fut emprisonnée, puis assassinée avec son ami Karl Liebknetch et son corps jeté dans un canal.
Le destin tragique de cette femme exceptionnelle avait déjà été évoqué sur scène par André Benedetto avec Rosa Lux en 70. Puis par Pierre Bourgeade ,avec Etoiles rouges ; Maragrethe von Trotta lui consacra aussi un film, avant qu’Anouk Grinberg ne lise ses Lettres à l’Atelier. Enfin, le premier album du groupe alternatif Rosa Luxembourg raconta sa vie en chansons.
Et c’est maintenant Claire Diterzi, auteur et compositeur notamment du chorégraphe Philippe Découflé et des spectacles de Marcial di Fonzo Bo qui a décidé de se lancer dans l’aventure…  Sur la grande scène nue du Rond-point, des images vidéo en très gros plan de corps de danseur musclé et de fesses en slip rouge de danseuse avec musique de percussions et de synthé. Bon..
Puis l’on passe sans transition à une projection de photos de Rosa Luxembourg et à une petite biographie très édulcorée, et à quelques phrases de ses textes également projetées  où son combat politique apparaît vraiment très peu et la jeune chanteuse décline- sans conviction-quelques extraits de ses lettres. Et l’on a droit à des vues de HLM de banlieue parisienne en bordure de Seine sur grand écran. De jeunes gens  peignent soigneusement sur les murs un slogan révolutionnaire.
Et Claire Literzi chante, assise au bord d’un praticable,  quelques chansons et lit des passages de lettres de Rosa Luxembourg en prison. Tiens , comme c’est curieux, comme c’est bizarre et quelle coïncidence, on voit alors des images de couloir de prison avec une femme qui semble casser des portes. Il y a aussi un petit film avec une maquette de pavillon de banlieue qui s’ouvre pour laisser voir la vie d’un jeune couple avec des aller et retour fiction filmée et réalité de personnages sur scène, emprunté aux choréraphies de José Montalvo.  Mais le clou de la chose est ce long extrait de La Révolte de Spartacus  avec Kirk Douglas et des centaines de figurants rasés de près et tout propres sur eux.
Il y a aussi, entre autres divertissements, un petit film sur grand écran toujours, où des rouge-gorge  chantent sur les  branches d’ un arbre mort. Et l’on annonce  de façon très sobre, après quelques airs de chanson rock, l’assasinnat de Rosa Luxembourge et Karl  Liebknetch. Avant que l’on ait droit toujours à contempler sur grand écran  toujours ,mais cette fois-ci en fond de scène,le corps nu d’une jeune femme sur lequel tombe la neige, et pour faire bon poids, quelques mesures de l’Internationale jouées par les trois musiciens, avec un éclairage latéral violent. De quel couleur l’éclairage? Vous ne devinerez jamais!!!!!! Que dire devant ce salmigondis spectaculaire, au demeurant bien réalisé, avec des moyens conséquents mais où l’on serait bien en peine de trouver le moindre sens et la moindre pensée.
Pourquoi Marcial di Fonzo Bo, excellent acteur, s’est-il laissé  entraîner  dans cette chose pathétique dont il revendique portant la paternité avec Claire Diterzi.Le programme indique que Rosa la Rouge est née de la rencontre entre eux deux , de leur admiration réciproque et de leur désir de travailler ensemble. Si, si, si c’est marqué!   » Rouge gorge Place Rouge, Viande rouge et Du vin rouge Feu rouge Choeurs de l’armée rouge Moulin rouge Et carton rouge Liste rouge La Croix Rouge Rouge Le petit chaperon rouge Je n’ai pas peur et je veux tout », chante Claire Diterzi.
Nous aussi, on  veut bien tout , d’autant qu’elle sait  ce que chanter veut dire  avec rythme et sens de la scène et que ses trois musiciens jouent et l’accompagnent avec rigueur et générosité… Mais ce concert rock aurait dû rester un concert rock,  et ne pas être  transformé en spectacle avec des images aussi débiles, où le second degré rejoint vite le premier!
On avait compris dès les premières minutes que c’était sans aucun espoir! Alors à voir? A entendre seulement, si vous appréciez la belle voix et la musique de Claire Diterzi mais pour le reste, autant en emportent le vent et les « épopées musicales » de ce tonneau. Aucune épopée et pas plus de véritable Rosa Luxembourg,  dont le nom a simplement servi de prétexte. Et cela, c’est tout à fait dommage! La vie exemplaire de courage politique de Rosa Luxembourg méritait quand même autre chose…

Philippe du Vignal

 

Théâtre du Rond-Point jusqu’au 22 mai.

Un Roi Arthur

Un Roi Arthur d’après Henry Purcell et John Dreyden, par la Compagnie des Grooms, arrangements d’Antoine Rosset et Serge Serafini, mise en scène d’Etienne Grebot.    18.jpgGerald Châtelain a eu la bonne idée de faire venir Les Grooms au Théâtre des Sources à Fontenay-aux-Roses. Quelques dizaines de tables dans la grande salle, où le public peut boire un coup: pour la première fois depuis sa création au Festival de Châlon, les Grooms ont choisi de présenter leur spectacle dans une salle, et non plus à l’extérieur.
La légende du Roi Arthur a été, on le sait,  source d’inspiration pour de nombreuses pièces, opéras et films mais l’adaptation qu’en ont tirée la Fanfare des  Grooms est un savant mélange de jeu sur scène et dans  le public , et d’interprétation rigoureuse et à la fois ludique de l’oeuvre que Purcell écrivit en 1691 quelques années avant de mourir à trente six ans…

   Il y a une chanteuse soprano:  Macha Lemaître, un contre-ténor Damien Ferrante qui va bientôt quitter les Grooms pour Les Arts florissants… Jacques Auffray, baryton et trombone, Danièle Cabasso, soprano et saxo,  Antoine Rosset bariton et et saxo, Serge Serafini ( tenor et saxo, Bruno Travert saxo et alto et Christophe Rappoport ( trompette). Tous excellents interprètes,  et comédiens.
 Cela commence par  de petites interventions dans la salle, dont une chanson zouloue, en attendant (soi-disant…) que des spectateurs très attendus soient là, histoire de chauffer le public, puis  l’un des Grooms raconte vite fait l’histoire de la création de l’opéra baroque de Purcell  : humour et gentillesse, sens inouï de l’échange avec le public  mais  aussi de l’interprétation chorale.
  Le cocktail a été dosé et testé depuis 1984 par Les Grooms qui ont joué un peu partout dans le monde et ont face à toutes les situations avec  un savoir-faire que n’ont pas toujours bien des compagnies de théâtre dans la rue. Il  ont plusieurs spectacles au chaud dont  La Flûte en chantier et La Tétralogie de Quat’Sous,  où Wagner et Mozart tiennent  compagnie à ce Roi Arthur dans cette reconquête de la musique d’opéra.
C’est à la fois simple- les Groomes ne se prennent pas au sérieux mais font les choses  sérieusement… Dans ce spectacle bien construit,  il y a des moments encore plus poétiques que d’ autres, comme l’arrivée de la princesse aveugle avec son grand bâton blanc, un mini-concert de flûtes, des abeilles qui butinent des fleurs derrière les chanteurs assis, ou bien encore la disparition de la princesse dans une coffre de toile..
.
 Que l’on arrive à suivre ou non le scénario du Roi Arthur , ce n’est pas grave, de toute façon , on est  séduit tout de suite par cette musique à la fois complexe et populaire que l’on croit connaître et qui reste magique, et par ce théâtre qui n’en est pas vraiment, puisqu’il  a lieu à la  fois sur scène et dans la salle, avec un remarquable sens de la répartie et de l’improvisation,  sans que les comédiens/ chanteurs/ interprètes ne tombent  dans  la facilité.
Etienne Grebot a su diriger Les Grooms avec beaucoup d’intelligence mais aussi d’invention et d’efficacité: aucun décor,  sinon une dizaine de chaises avec housses , quelques accessoires et une machine à fumée. Il y a bien quelques petites longueurs  sur la fin et  un hors d’oeuvre qui mériterait d’être revu,   mais l’ensemble du spectacle assez court (une grande heure) est une belle réussite.  Les Grooms se baladent beaucoup en France comme à l’étranger : si vous voyez programmé ce Roi Arthur , n’hésitez pas…

Philippe du Vignal

Spectacle vu au Théâtre des Sources de Fontenay-aux-Roses.
 Le 22 mai à St Rémy de Provence; le 29 mai à Dax; le 5 juin à Mayence; le 6 juin à Hachenburg; le 8 juin à Equerdreville; le 12 juin à Clamart; le 4 juillet à Blandy-les-Tours et du 7 au 10 juillet à Rennes; le 12 juillet à Pigna ; le 17 juillet à Sarlat. Puis du 5 au 8 août à Haselt ( Belgique); le 5 septembre à Mably et du 3 au 5 novembre à Charleroi et le 11 décembre à Istres.

dsc0043.jpg

Avril 08, conte moderne

Avril 08, conte moderne, écriture et mise en scène de Fabrice Dauby.

         contebis.jpg C’est en effet à une sorte de conte auquel nous convie ce jeune auteur-metteur en scène. Avec trois jeunes hommes qui constituent autant de types de la société contemporaine; il y a le jeune employé de bourse, fasciné par les transactions financières et par l’argent au point de vouloir toujours en gagner davantage pour en donner toujours plus à  sa future jeune épouse et,  ainsi, du moins le croit-il la séduire.Il veut à tout prix fonder sa propre société, une fois  qu’il aura réuni assez de capitaux. Tout en sachant probablement que cela ne le mènera pas à grand chose…
   Mais la dite jeune épouse, qui ne parle pas du tout pendant une une bonne partie de la pièce dont les journées sont pour le moins mystérieuses, se rend souvent dans une cave pour y lire et penser. Elle  a un amant, assez violent,  qui travaillait au sein d’une ONG mais qui va finalement s’engager dans la Légion étrangère et mourra en Afghanistan. Il y a aussi le frère jumeau de cette jeune femme, directeur de la communication dans le groupe de sociétés que dirige son père et qui a une passion presque incestueuse pour sa sœur. Et, passe de temps en temps un homme inquiétant un peu âgé , qui vient voir la jeune femme sans prononcer un mot.
  La pièce est construite sur une suite de monologues de chacun des hommes ; la jeune femme est, la plupart du temps couchée sur un lit  couvert d’une couette rouge vif qui occupe le centre de la scène dans un espace noir où il n’y a que quelques miroirs. Les premières images sont de toute beauté, grâce à la scénographie épurée et fort efficace de Grégoire Faucheux mais le système dramaturgique-un peu faiblard- a du mal à fonctionner, sans doute et surtout parce que l’auteur  qui voudrait témoigner de la violence de son époque ne sait pas trop comment articuler  ce récit qui avance par à-coups un peu répétitifs.        
On a quelque mal à entrer vraiment dans ce conte philosophique qui en a la forme mais pas les couleurs, qui ne dénonce ni ne conteste vraiment dans son écriture la situation angoissante où se trouvent aujourd’hui nombre de jeunes gens. La pièce aurait mérité- et c’est souvent le cas dans les écritures  contemporaines en France- un scénario qui tienne  vraiment la route.
  On nous rétorquera sans doute que ce n’est sûrement pas ce qu’a voulu l’auteur-metteur en scène mais ce conte moderne parait quand même bien long; d’autant plus que les acteurs sont dirigés assez mollement, et dans une pénombre presque permanente ,ce qui n’arrange pas les choses.
  Et revient sans cesse cette lancinante question: on a souvent l’impression que les auteurs actuels se soucient peu de s’adresser  à un public et semblent pratiquer une sorte d’exorcisme qui ne profite qu’à eux-mêmes. Y-a-t-il un seul moment où l’on parle de l’Afghanistan comme d’un problème politique français? Alors que l’un des personnages va y laisser sa peau…
  Vous n’avez rien compris une fois de plus , du Vignal:  ce n’est pas du tout le propos.! Mais avouons-le, malgré de belles images, cette invitation « à venir écouter, éprouver, expérimenter ce que la vie a d’incertain, de sensible, de singulier », dit  Fabrice Dauby, ne nous a guère touché. Peut-être aurez-vous plus de chance…
Il nous semble que le théâtre peut dire des choses plus fortes et plus vraies à un moment où beaucoup de choses se dérèglent  dans la société française!

 

Philippe du Vignal

 

Théâtre de la Tempête,
Cartoucherie de Vincennes jusqu’au 6 juin. T: 01-43-28-36-36
 
   

 

Roberto Zucco

Roberto Zucco de Bernard-Marie Koltès mise en scène de Pauline Bureau.

 

fr12736703745235.jpgC’est la dernière pièce de l’écrivain décédé des suites du sida en 88 ; il y évoque la figure de ce très jeune tueur en série italien qui défraya la chronique quand il exécuta d’abord son père et sa mère, puis deux policiers  dont un à Chambéry puis un autre à Toulon, avant de s’asphyxier dans sa cellule avec une bouteille de gaz qu’il avait ouverte dans un sac en plastique.
Koltès s’est emparé de ce fait divers hors norme pour essayer de dire l’indicible. Des meurtres sanglants dont celui d’un enfant, une très  jeune fille violée, sa soeur envoyée sans ménagements faire la pute. Mieux valait en effet  ne pas croiser le chemin de cet être profondément meurtri lui-même et aux irrésistibles instincts de mort et de destruction. La pièce donc inspirée par cette tragédie  fut créée à la Schaubühne de Berlin en 90 puis créée en France par Bruno Boëglin au T.N.P. de Villeurbanne, avec notamment Judith Henry, Myriam Boyer, Hélène Surgère;. Et Cédric Kahn réalisa un film: Roberto Succo  du nom véritable du meurtrier (2001) d’après le livre de Pascale Froment.
Que peut nous dire Roberto Zucco aujourd’hui, vingt ans après la création, de la pièce très souvent montée en France comme à l’étranger? Pour Pauline Bureau, c’est, dit-elle, l’envie de voir sur un plateau « nos images sombres et nos fantasmes inavouables. Nos désirs noirs et les forces complexes qui s’emmêlent en nous. Comment la douceur et la violence , l’amour et la destruction, la vie et la mort peuvent exister ensemble. Parce que l’un ne va pas sans l’autre. Et que d’interroger ça m’aide à l’accepter ».
En fait, Koltès n’entre pas dans une démonstration psychologique du personnage qui était  d’abord un grand malade et il  préfère évoquer en quinze tableaux cette descente aux enfers et ce passage à l’acte de ce jeune homme qui commença sa carrière de tueur à 19 ans seulement… Pauline Bureau s’est enfin débarrassée des facilités et autres vulgarités qui encombraient souvent ses réalisations précédentes, et il y a une rigueur remarquable dans ce travail.  Elle sait diriger avec beaucoup de maîtrise une équipe de  treize comédiens, même si la distribution est très inégale- et c’est un euphémisme!
Grâce à une scénographie intelligente d’Emmanuelle Roy, aux lumières  de Jean-Luc Chanonat, et aux costumes d’Alice Touvet,  elle réussit  bien aux meilleurs moments à créer le climat glauque des lieux: rue déserte, bordel… appartement sinistre où évolue le jeune tueur.
zucco.jpgMais Benoîte Bureau,  soeur et dramaturge de la metteuse en scène a  raison de dire que le spectateur n’a pas accès à l’intériorité du personnage, ce qui donne effectivement un côté assez sec au texte, loin de toute émotion, qui est loin d’ être un  chef-d’oeuvre, et ces quinze tableaux déclinés sur deux heures sont longuets surtout vers la fin, où Pauline Bureau maîtrise moins bien les choses et  peine à  donner le rythme nécessaire à cette pièce  sans doute surévaluée et qui a profité du mythe de ce jeune tueur en série.
Ce qui manque dans ce travail, c’est sans doute une interprétation plus convaincante et un peu plus d’audace dans la mise en scène ,pour que l’on puisse se laisse entraîner dans l’errance et le désespoir de ce jeune homme. Pour  » la tragédie moderne d’un écrivain mourant » , telle que la voit Benoîte Bureau,  désolé, mais il faudra repasser!
Alors à voir?  Si vous voulez découvrir la pièce de Koltès, peut-être, et il l y a de vrais beaux moments – plus picturaux d’ailleurs que véritablement dramatiques – et un sens de la mise en place indéniable chez la jeune metteuse en scène. Mais on aimerait bien que Pauline Bureau nous emmène dans des choix de textes un peu plus originaux… 

 

Philippe du Vignal

 

Théâtre de la Tempête, Cartoucherie de Vincennes jusqu’au 6 juin . T: 01-43-28-36-36

 

Maison de poupées


Maison de poupées
d’ Henrik Ibsen, traduction et mise en scène de Nils Öhlund.

maison.jpgDe la série de la célèbre pièce d’Ibsen créée en 1879 , et  beaucoup jouée cette saison notamment par Braunschweig et  par Martinelli , cette mise en scène est la dernière à Paris, mais elle avait été créée au Moulin du Roc-Scène nationale de Niort. On ne va pas vous  résumer encore une fois le scénario bien connu de tous. C’est la veille  de Noël : tout le monde est heureux, Nora s’émerveille de la vie et de sa chance d’avoir trois beaux enfants, Torvald, son mari va occuper bientôt la très haute fonction de directeur de banque, et Rank, le médecin et leur meilleur ami, malade  est joyeux, même s’il attend le résultat d’analyses. Il y a bien l’arrivée de Kristine, une ancienne amie de Nora , veuve et pauvre, venue lui demander de l’aide et que Torvald va aussitôt embaucher, après avoir viré Korstad, personnage des plus ambigus, qui a eu des ennuis judiciaires mais  va essayer de faire chanter  Nora- elle  a autrefois fait un faux – pour récupérer son poste à la banque…
Bref, le bonheur des fêtes de Noël va inexorablement imploser et Nora partira, seule, en abandonnant mari, enfants et maison, à la recherche de son identité, bien décidée à bâtir son destin personnel, loin de la famille et de ses inévitables compromissions et petites magouilles en tout genre.
« Il faut aider à transcender les archétypes que chacun des archétypes représentent écrit Nils Ôhlund dont c’est une des premières mises en scène ». Le décor- inspiré de ceux d’un studio de cinéma  est une sorte de salon/ bureau des années cinquante plutôt que soixante comme il le dit. Mobilier en bois et skaï noir, lampadaire en cuivre, moquette marron et meuble radio et disques accroché au mur. Avec dans un coin, un grand sapin en plastique.Le tout baigne dans une lumière crépusculaire. Bref, que de la joie….
Comédien de cinéma surtout- et ceci explique peut-être cela- Nils Öhlund dirige ses camarades plan par plan, et sans qu’il y ait beaucoup d’unité dans sa mise en scène. Fedor Atkine, plus âgé que le personnage de Torvald, s’en sort comme il peut, même s’il surjoue souvent , comme Alexis Danavaras ( Rank) et Bernard Mazzinghi ( Krogstad) mais Olivia Brunaux ( Nora)  semble assez mal à l’aise -comme Emmanuelle Grangé- surtout au début et elle  débite le texte comme ce n’est permis.dans aucune école de théâtre.
Et il faut attendre la grande séance d’explications entre Nora et son mari pour que la pièce commence vraiment à vivre un peu. En bonus,  si l’on peut dire, vous n’échapperez  à quelques morceaux de vidéo croquignolesques sans doute tirés de films d’amateurs pour représenter les enfants du couple que l’on ne verra pas, ou simplement non figuratifs, du genre nuages fuyants. La vidéo encore une fois a donc frappé- c’est vraiment devenu une véritable manie.
Bref et pour faire court, une mise en scène propre sur elle, tristounette  et sans véritable parti pris; les jeunes gens autour de nous  regardaient cela calmement mais sans beaucoup d’intérêt, et ils avaient raison. Alors à voir? Si vraiment vous y tenez vraiment, mais, à cette mise en scène de Maison de poupées- dont le s  final nous échappe, il manque à l’évidence une solide direction d’acteurs  et il faudrait que Nils Öhlund   prenne en charge  à la fois le côté immature de Nora et l’espèce de folie qui  s’empare des personnages. Le grand Ibsen méritait mieux que cette chose un peu ennuyeuse où rien n’est vraiment très convaincant…

 

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Athénée jusqu’au 22 mai.

1...326327328329330...356

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...