Récits de femme

Récits de femme, textes de Franca Rame et de Dario Fo, mise en scène de Dimitri  Dubreucq.

coupleouvert.jpgLe spectacle est composé de deux monologues de Franca Rame: Nous avons toutes la même histoire, Une femme seule, et du célèbre dialogue de Dario Fo: Couple ouvert à deux battants. Franca Rame raconte d’abord l’histoire de Gina- hélas trop souvent vécue en Europe, dans les années 70, d’une grossesse non désirée, quand une femme se retrouve bien seule, face à un mari qui panique à l’idée d’être père.
Dans Une femme seule, Marie raconte par la fenêtre à sa voisine son enfermement, puisque son mari verrouille la porte. Elle aussi est très seule, avec son bébé et un beau-frère dérangé qui la traite comme un objet sexuel.
A la fois, résignée et révoltée contre la vie qu’elle doit subir. Mais,  quitte à passer pour un affreux anti féministe, il faut dire que les deux monologues de Franca Rame, quand elle les dit, elle, ont sans doute une saveur particulière comme en attestent le succès qu’elle rencontre partout en Italie…Mais pas ici!  Cécile Leterme fait ce qu’elle peut pour tirer ces deux textes vers le haut mais on s’ennuie un peu.
Couple ouvert à deux battants, a une autre dimension: c’est un moment de l’histoire d’un couple, celui d’ Antonia et de Massimo,  lequel ne ne se gêne pas pour afficher ses conquêtes, alors qu’elle se livre régulièrement à des tentatives de suicides… Massimo, un jour, lui conseille de de trouver vite fait un amant, ce qui lui ferait, dit-il,  le plus grand bien…Puisqu’ils revendiquent tous les deux, la notion très soixante huitarde  de couple ouvert. Aussitôt dit, aussitôt fait ou, du moins, elle lui dit qu’elle fait!  C’est, dit-elle,  un grand professeur de physique dont elle est folle amoureuse. Vrai, ou pas vrai comme elle le lui avouera par la suite: on ne saura pas vraiment. Mais, en tout cas, le moins que l’on puisse dire, c’est que Massimo apprécie fort peu la plaisanterie: la liberté sexuelle a quand même des limites, du moins quand on est son épouse…
Lou Torjman est particulièrement brillante et impose vite son personnage; Sylvain Savard est moins convaincant mais cette petite pièce savoureuse qui fait la joie des élèves de théâtre, reste l’un des classiques du théâtre contemporain. L’ensemble ne fait tout de même pas une soirée; enfin si le cœur vous dit d’aller jusque dans cet endroit dont les normes de sécurité ne sont pas, une fois de plus, respectées et que vous ne connaissez pas Couple ouvert, après tout pourquoi pas, mais la pièce a été et sera sans doute mieux montée.

Philippe du Vignal

Théâtre des Saules, 53 rue des Saules, les jeudis, vendredis et samedi à 21h 30; le dimanche à 17 heures.


Archive de l'auteur

Olivier de Benoist


Olivier de Benoist, texte et mise en scène  de l’auteur.

olivierdebenoist.jpgCela se passe au Point Virgule,  créé en 75 par Martin Lamothe et Gérard Lanvin dans le Marais , et dévolu aux monologues de comiques et qui a vu défiler, entre autres et excusez du peu : Coluche, Palmade, Bigard, Vannier… Olivier de Benoist perpétue la tradition de cet humour en solitaire à la fois vachard et bon enfant, et qui fait la part belle à la langue française. Jeux sur les mots, jeux avec les mots, le tout arrosé d’un cynisme  et d’une férocité sans scrupules . Au deuxième, voire au troisième degré: rien n’arrête notre homme une fois lancé.
Dès la première minute, on sent qu’Olivier de Benoist possède , côté diction et gestuelle,un solide métier: avec une intelligence et un sens du plateau exemplaire, il sait s’emparer d’un public comme peu d’acteurs savent le faire, et s’arrêter au moment où les choses pourraient facilement déraper… Ce qui est sans doute la marque de fabrique des grands humoristes. Et , c’est pendant une heure, un feu d’artifice verbal absolument remarquable qui participe à la fois d’Aristophane, de  François Rabelais mais aussi de Blaise Pascal, Guy  Bedos et Raymond Devos, et surtout Pierre Desproges .
Il y a à la fois dans ce petit spectacle une virulence dans le texte et une empathie avec le public qui sont vraiment très rares… Bon, cela ne fait pas toujours dans la dentelle – et le second degré rejoindraient parfois le premier s’il n’y avait ce ton désanchanté et peersifleur à la fois, et quelques coupes ne nuiraient et pas- mais cela tombe bien, puisqu’il s’agit d’une mise en abyme des rapports hommes/ femmes. du genre:  » Quand on fait l’amour à deux, on perd 300 calories, seul, je devrais en perdre 150! »   Ou ce genre d’aphorisme:  » Je n’ai aucun à-priori sur la banlieue: je sais seulement que c’est loin et dangereux ».
Comme Olivier de Benoist a aussi dans son sac quelques remarquables petits  tours de magie,-histoire de marquer une pause dans ce délire verbal- l’heure passe sans que l’on s’en aperçoive, et il a une façon bien à lui d’emmener le public là où il veut. La fin du spectacle piétine un peu mais le dernier  tour de magie avec  l’apparition d’un poisson rouge dans un bocal,  est tellement réussi qu’on lui pardonne volontiers… Alors à voir? oui, absolument. On fait la queue dehors, on est mal assis , c’est un peu tard dans la  soirée,  mais quel régal!

Philippe du Vignal

Théâtre du Point Virgule, rue Sainte-Croix de la Bretonnerie à 21h 30

Jeux de scène

   Jeux de scène de Victor Haïm, mise en scène de l’auteur.

dsc0176.jpg La pièce de Victor Haïm fut créée il y a quelques dix ans; c’est  du théâtre dans le théâtre, une fois de plus! Mais bon… On assiste donc à la première répétition de la nouvelle pièce d’une auteure très connue (qui joue aussi le personnage de l’auteure) avec une jeune star. Elles  ont eu autrefois une histoire d’amour et se connaissent donc très bien. Cela se passe sur une scène un peu encombrée par les accessoires de la pièce de Shakespeare qui  précède ( ce qui n’est pas très crédible) ; il y a juste  une table ronde et deux chaises,  dont les deux personnages  ne décollent guère, ce qui donne un côté statique à la mise en scène.
Il y a donc sur le plateau ces deux actrices mais pas de metteur en scène, et  un technicien lumière invisible auquel l’auteure s’adresse. sans que l’on puisse y croire une seconde. De leurs  amours d’autrefois,  ne reste plus qu’une certaine connivence et l’obligation de travailler ensemble. Et très vite, on s’en serait douté, les tensions vont s’exacerber entre l’écrivain , plus âgée et plus sûre d’elle, et la jeune femme qui ne demande qu’ une chose: être vue et admirée. Jusqu’à la brouille finale, vite  suivie par une réconciliation obligatoire., assez peu crédible.
La pièce de Victor Haïm a du mal à démarrer et est souvent  bavarde, jusqu’au moment où, enfin, la confrontation entre les deux femmes devient impitoyable: perfidies, vacheries sournoises, plaisir sadique à voir l’autre souffrir: le dialogue est alors tout à fait remarquable. Malheureusement, Victor Haïm a voulu prendre les choses en main et assurer la mise en scène. Qu’il sache ce que dit la pièce, comme il l’écrit lui-même, est une chose dont on ne doute heureusement pas, mais il patauge, et dans sa mise en place, et dans sa direction d’acteurs,  et dans la scénographie ( non signée) , ce qui fait quand même beaucoup, et mieux vaut ne pas s’étendre sur le surlignage des apartés par un coup de projecteur: ce genre de trouvailles frise l’amateurisme distingué!
Katherine Mary  rame en vain pour  jouer l’auteur: elle n’ a pas du tout l’expérience nécessaire  pour affronter ce genre de rôles. Quant à Valérie Zarouk, c’est une jeune actrice qui possède une belle personnalité, et a un jeu précis et intelligent, mais, comme ici, elle n’est pas dirigée, elle ne semble pas très à l’aise, et essaye de s’en sortir tant bien que mal.  Donc, dans ces conditions, comment croire à ce règlement de comptes entre les deux femmes ?
Tout se passe en fait, comme si l’auteur avait regardé les choses se faire au lieu d’imposer une ligne directrice solide, et  ce n’est  pas à Victor Haïm, vieux routier du théâtre que l’on va apprendre qu’une mise en scène se construit et que ce n’est pas aux comédiens de le faire.. Comme chacune des deux actrices joue de son côté,  la pièce déjà longuette, malgré  toute la force de son dialogue, n’en finit pas de finir…  Jeux de scène se joue depuis une semaine mais on ne voit pas bien comment les choses pourraient s’améliorer . Peut-être d’abord avec quelques coupes au début, un recadrage drastique du jeu et de la mise en scène; mais en général,  on sait que c’est c’est bien difficile. Dommage !
Alors à voir ? Non, même si le théâtre du Ranelagh ne manque pas de charme.

Philippe du Vignal

 Théâtre du Ranelagh  jusqu’au 20 novembre.

Pyrame et Thisbé. Festival d’Aurillac

 Pyrame et Thisbé par la Compagnie Gérard Gérard.

C’est une petite forme , comme aurait dit le cher Antoine Vitez sur une petite place du vieil Aurillac pour une petite jauge ( 100 personnes maximum). C’est , sur le thème de la fameuse histoire d’amour reprise par Shakespeare dans Le Songe d’une nuit d’été, joué par deux jeunes acteurs, Julien Bleitrach et Alexandre Moisescot. Quelques bouts de costume, une grande malle, quatre accessoires et quelques compères dissimulés dans le public: c’est tout et une demi-heure à peine, un petit moment de théâtre aussi  bête que jubilatoire,  c’est à dire intelligent et fin. Diction et gestuelle impeccable, sens du rythme et de la parodie; même si le travestissement a beaucoup servi, les deux compères savent s’y prendre pour que ce ne soit jamais vulgaire, même si c’est gros comme une ficelle, et  c’est surtout terriblement efficace…La Compagnie Jolie Môme joue aussi à une vingtaine de mètres: c’est dire que la concurrence vocale des chansons est là mais le public restait très attentif et  était visiblement heureux de cette bouffée d’air frais.
La Compagnie jouait aussi  dans la soirée son remarquable Roméo et Juliette qui l’a lancée il y a quelques années mais que nous n’avons pas pu revoir. Dans les centaines de compagnies dites « invitées », les Gérard Gérard qui résident à Perpignan ont su marquer leur territoire. Après tout, le Festival d’Aurillac , malgré la médiocrité de plupart des spectacles du off sert aussi à celà…Et chacun sait que le Théâtre du rue est une des plus rudes écoles qui soient!

Philippe du Vignal

25 et  26 aout à PARIS.Festival Les Arenes de Montmartre, Belleville, à PARIS.le 25 aout : 17h30 et 19h30le 26 aout : 17h30 et 20h »

le 29 aout à Herve (Belgique).Festival Rue du Bocage à 14h30 et 17h30.

Satellites Quand la lune se lève Part 2. Festival d’Aurillac

  Satellites  Quand la lune se lève Part 2. Illimitrof’ Company

satellites.jpgCela se passe dans le haras d’Aurillac, à la périphérie de la ville, tout près du Géant Casino , du magasin But et du Centre médico-chirurgical, survolé par une ligne à haute tension et pas très loin de l’ aéroport. Comme de plus, les bâtiments contemporains du haras sont d’une laideur à couper le souffle, vous comprenez vite qu’il ne s’agit pas d’une endroit idyllique. A l’entrée, de charmantes hôtesse chinoises remettent à chaque spectateur, un casque audio avec un visière représentant un visage à l’envers photographié en noir et blanc. Par politesse, on ne pose pas de questions. On vous invite  ensuite à pénétrer dans le haras.
Il s’agit  « d’un parcours, performance vivante, plastique et déambulatoire occidentalo-chinois » ( sic). » A travers un parcours émotionnel, soutenu par un effet de concentration auditive ( auido-guidé) vous serez propulsés dans une tentative de rencontre profonde entre deux cultures duettistes. Bertrand Dessane cherche inlassablement depuis vingt ans à nous faire sentir cette urgence de rapprochement culturel. Ici dans satellites 2 il pousse l’expérience à l’extrême, avec un acteur chinois face à un acteur occidental qui va tenter de se comprendre et de s’identifier » ( sic). En fait, si l’on résume: quelques petits textes insignifiants  dits dans le casque qui, au bout d’un quart d’heure , commence à faire mal à la tête, quelques passages dans des tentes regroupées où il ne se passe strictement rien. Un petite carte que l’on vous remet et avec laquelle vous devez vous retrouver un idéogramme de traits inscrits avec de la farine blanche sur un cercle de terre dans le manège. Mais comme on ne  donne aucune explication, tout le monde se trompe sur le sens envers/endroit du cercle et l’exercice tourne court… Ensuite le groupe de quarante personnes est scindé en deux, et celui auquel j’ai l’honneur et l’avantage d’appartenir est prié d’assister à une sorte de rituel auquel se livre l’acteur chinois dans une tente où il est enfermé. Rituel qui est la copie conforme ou presque d’une performance dans un jardin public l’après-midi du même jour; comme c’était gratuit, le public n’a rien dit mais s’était enfui vite fait dès la fin. On est prié d’entendre quelques uns des célèbres versets bibliques:  » Il y eut un soir, il y eut un matin… dits par l’acteur occidental;  on ne voit que l’ ombre de l’acteur chinois jusqu’au moment où il déchire des cloisons de papier. Quelques petites promenades toujours guidées par les hôtesses chinoises plus loin, nous nous retrouvons devant deux  hexagones de tissu blanc seulement éclairées par deux lampes de poches où l’acteur chinois effectue une danse. C’est bien le seul instant où il se passe quelque chose!  Après un nouveau  passage dans une tente, devant une table où deux couverts sont disposés sur une table nappée de rouge: une assiette avec des couverts  et en face, un bol avec des baguettes. Un Bible ficelée et en face Le livre du Li Jing. On vous donne une enveloppe rouge avec un petit message identique pour tous les spectateurs. Bonjour les symboles…. Et tous aux abris! Plus vain, plus prétentieux, plus inutile, malgré les moyens techniques mis en œuvre.
On peut se demander pourquoi et comment des choses aussi navrantes ont lieu dans le cadre du Festival officiel.Reste à comprendre comment et pourquoi la chose a réussi à atterrir jusqu’à Aurillac.
En tout cas, si vous la trouvez sur votre chemin, fuyez, fuyez: cela vous évitera de perdre une heure et demi de votre précieuse vie! Même si l’on vous propose de changer d’identité, puisque le spectacle se présente comme l’histoire d’un homme qui partage sa vie entre Occident et Chine, ce que l’on vous montre tient de la supercherie. Heureusement, le public- aucun jeune ou presque- n’a pas l’air dupe! C’est plutôt rassurant.

 

Philippe du Vignal

Spectacle  vu le 20 août au Haras national d’Aurillac
.

Ligne de front. Festival d’Aurillac

Ligne de front de Paul Bloas et Serge Teyssot-Gay.

paulbloaspaulbloas.jpgLe Festival de cette année a donné la part belle à des artistes auteurs de performances comme Jöel Hubaut, Michel Giroud ou Spencer Tunik, connu pour ses installations de corps nus…Imaginez la gare d’ Aurillac, petite gare aimable située à une centaine de mètres de belles prairies parsemées de bosquets de châtaigniers mais dépourvue de tout train, comme de tout personnel de la SNCF,  puisqu’il y a des travaux sur les deux lignes menant à Clermont-Ferrand comme à Brive. Bref, une belle petite gare silencieuse avec ses feux de signalisation tous bloqués au rouge. Un vrai décor, mais sans scène ni aucun projecteur où, sur le dernier quai,  Paul Bloas, artiste peintre qui travaille essentiellement dehors sur de grandes surfaces de papier et, à ses côtés, Serge Teyssot-Gay, son complice depuis longtemps, mais aussi guitariste du groupe Noir Désir.

 Sur le quai donc,  pas grand chose: deux grands panneaux verticaux couverts de papier, un escalier en bois sur roulettes pour atteindre le haut, et un autre panneau de papier en longueur pour recevoir quelques phrases. Sur les voies, un praticable avec les pots de couleur et les pinceaux du peintre. Teyssot-gay joue en permanence, et il y a parfois de singuliers vrombissements et des phrases musicales qui rappellent les accents d’un violoncelle. Pendant tout le temps de cette performance, Paul Bloas, comme électrisé par la musique va parfaire deux silhouettes d’homme à coup de fusain et de balafres de peinture, avec de temps en temps, comme des sortes de repentirs quand l’artiste reprend certaines parties avec quelques touches d’ocre léger ou à la fin de grands traits de bleu. cela ne manque pas d’allure et les quelque deux cent personnes sagement assises sur le bord de l’autre quai regardent se faire devant eux ce qu’il faut bien appeler une œuvre picturale. 

Les petites phrases écrites au feutre par Paul Bloas sur des feuilles de papier sont sans doute moins convaincantes mais il y a, dans cette fluidité du temps comme de la musique, quelque chose qui passe auprès du public, le temps  d’une heure ponctuée à la fin par les sept coups de 19 heures au clocher d’une église voisine. Comme si la peinture-éphémère aussi-de  ces deux grandes silhouettes rencontrait l’éphémère d’un acte théâtral et surtout musical.

Et, pour une fois, il y avait beaucoup de jeunes gens dans le public…
Jean-Marie Songy, le directeur du Festival, avait l’air heureux-  et avec raison- de son coup, d’autant plus que cette création restera unique et ne pourra plus être renouvelée l’an prochain, puisque la circulation des trains aura repris…

Philippe du Vignal

Performance vue à la gare d’Aurillac le 18 août, reprise le 19 à 11 heures et à 18 heures.

 

Traces Festival d’Aurillac

  FESTIVAL D’AURILLAC

 » Traces  » Le Petit Théâtre de Pain, écriture par la troupe et Aurélien Rousseau,   mise en scène de Fafiole Palassio. 

    traces.jpgCela se passe dans la cour de l’institution Saint-Joseph, pas très loin de la gare. Devant des bâtiments d’une rare banalité, la maire de l’endroit, le promoteur immobilier assisté de son fils et d’un collaborateur de l’entreprise démontrent au bon peuple les bienfaits de la réhabilitation totale de leur quartier avec des arguments imparables du genre : « L’avenir appartient à ceux qui ont des ouvriers qui se lèvent tôt ». Ils jonglent brillamment avec des chiffres colossaux, enfilent les perles: « On ne peut pas faire plus, on fait déjà beaucoup », ou bien citent Valéry: « Le vent se lève, il faut tenter de vivre ».   C’est plutôt drôle et bien enlevé, même si cela n’a rien de très original, et les quatre compères se débrouillent bien. Mais l’on a un peu / beaucoup de mal à croire aux déclarations d’un perturbateur qui les met en accusation. Puis l’on nous prie de nous diriger vers une sorte de mini-cirque aux gradins en bois. Il y a, suspendus à des mâts, quelques fils avec des crochets, des chaises métalliques, et toute une collection de costumes accrochés en fond de plateau (dont étrangement il ne sera pas fait usage).
Le vent se lève, et il ne fait plus chaud du tout… mais le spectacle continue: rapidement, l’on passe de petites tranches de vie d’habitants du quartier à celles de gens ordinaires, aux profils très divers et aux problèmes banals : une mère célibataire avec son enfant qui n’arrive pas à joindre les deux bouts, un jeune étranger orphelin de père qui n’arrive pas à s’en remettre, un couple qui perd son enfant, un père de famille à ses dernières heures et dont le passé semble louche, etc. Au final, ce qui se passe ici sous nos yeux pourrait se dérouler n’importe où. Et l’on comprend que les travaux de rénovation initiaux n’étaient qu’une amorce, et que la veine de vie perturbées par les décisions politico-économiques ne sera pas creusée.

Quid du fil conducteur ? Quid de l’intrigue ? Quid du propos ? C’est malheureusement la pierre d’achoppement de ce spectacle. Si les acteurs (qui sont aussi musiciens et chanteurs) sont dans l’ensemble plutôt convaincants et font preuve d’énergie, ils ne parviennent pas à masquer l’absence de discours, le manque de profondeur d’un spectacle au final bien superficiel et qui sent trop l’improvisation.
Du coup, les deux heures semblent bien longues.
Le dialogue assez faiblard est bourré de bons sentiments qui, comme chacun le sait, n’ont jamais donné du très bon théâtre; tout est bien qui finit bien, et le méchant promoteur n’était en fait qu’une victime de la shoah.
« La mise en commun des propositions et le souci de réinventer un théâtre vivant et métissé » ( sic) se révèlent un peu courts. Et « aller vers un théâtre populaire, jouer là où le théâtre est absent » exige sans doute davantage de consistance et d’exigence, à la fois dans le scénario, les dialogues, et la mise en scène.
Le froid devient plus vif et le spectacle qui s’étire, se termine plutôt qu’il ne finit… Alors à voir? Non, pas nécessairement….

Barbara Petit/ Philippe du Vignal
A l’institution Saint Joseph d’Aurillac jusqu’au 21 août.

Haïcuc Festival d’Aurillac

Haïcuc, concert vocal et dansé par la Compagnie des Piétons.

haicuc.jpg C’est un des spectacles présentés  dans le cadre des Préalables  du Festival , un peu partout à quelques dizaines de kilomètres d’Aurillac, notamment à Jussac, Saint Martin de Valmeroux, Montsalvy et Maurs où les Piétons ont installé leur petite scène sur la place de l’église. Quelques rangées de bancs et quelque 25 à 30 spectateurs ravis de l’aubaine, cadeau de la municipalité. Ils sont deux comédiens pantalon noir et chemise blanche. l’un chauve et l’autre barbe et longs cheveux noirs, chacun avec une plume collée sur le front; il y aussi une comédienne qui,  du haut du balcon présente chaque petite scène avec un mégaphone.

C’est comme ils le disent, plutôt un pot pourri qu’un manifeste.  Il y a des petites chansons, des comptines, une parodie de la Marseillaise assez virulente: « Aux actes citoyens, assez de pollution; qu’ un air si pur gonfle nos poumons ». Les deux complices ont , c’est évident une belle expérience du théâtre à, l’extérieur et savent  envelopper leur public avec bonhommie, ce qui n’exclut nullement une précision vocale et gestuelle qu’on ne trouve pas toujours dans les spectacles de rue. Ils ont un faible pour les jeux sur le langage comme cette suite de mots valises qui réjouit fort le public: douce amère, merdicole, colle à bois….Cela ressemble parfois,  aux meilleurs moments, à du Gherasim Luca, ce merveilleux poète roumain ( voir le Théâtre du Blog). Une reprise arrangée de Brassens: Les amoureux qui se bécotent sur les bancs publics. Ils sifflent dansent, s’accompagnent l’un l’autre avec le seul bruitage de leur voix. C’est bien amené et malin malgré quelques petites répétitions… Il y a aussi un  très beau moment, comme une sorte d’hymne aux minoritaires de toutes les nations, et une envolée lyrico-politique sur le Tibet dépecé, le saumon dénaturé, les crétins racistes et le délire boursier;  même si c’est parfois un peu démago, le public est ravi et l’heure passe très vite. le spectacle finit doucement avec le son des cloches annonçant 19 heures. Hasard ou programmation? En tout cas, cela ne peut pas mieux clôturer ce petit spectacle simple et sympathique.
On pense à la fameuse phrase de Brecht: « Qu’il serait doux le son des cloches s’il n’y avait tant de malheurs dans le monde ». Le Festival d’Aurillac proprement dit a lieu la semaine prochaine avec quinze compagnies invitées- dont:  26.000 couvert avec l’Idéal club, El Nino de la compagnie polonaise Theatre A Part, L’Obludarium, spectacle de cirque des Frères Forman ( Voir le Théâtre du Blog) et près de 400 compagnies dites de passage, appellation élégante pour désigner un  off qui n’en est pas vraiment un. Avec cette année une orientation sur la performance représentée entre autres par Joël Hubaut et Michel Giroud.

 Et le temps? Maussade pour le moment. frais le matin et chaud l’après-midi, avec risques d’orage en fin de semaine prochaine. Les compagnies de CRS et les gendarmes commencent à contrôler les voitures sur les routes menant à Aurillac, il y a des vigiles un peu partout dans les super marchés, et les marchands de rue achètent des sacs de purée en poudre pour préparer leur aligot de pacotille, les campings et les hôtels  se remplissent: bref, la capitale auvergnate  commence à prendre des airs avignonnais….
 Edith Rappoport, Barbara Petit et moi-même vous tiendrons informés des spectacles et  événements divers de ce festival qui a acquis depuis longtemps ses lettres de noblesse puisqu’il fête cette année ses 25 ans…

 

Philippe du Vignal

Chalon dans la rue (suite)

LA QUERMESSE DE MÉNETREUX ) O.P.U.S Chalon dans la rue 24/7 

Bricolée par OPUS et allumée par Carabosse mise en scène de Pascal Rome**
OPUS, c’est l’incroyable Office des Phabricants d’Univers singuliers, fondé en 2000 par Pascal Rome, après avoir quitté la compagnie des 26.000 couverts créés avec Philippe Nicolle qui  joue aussi à Chalon L’idéal club, autre clou du festival, pour lequel il est impossible d’obtenir des places mais que l’on pourra voir à la rentrée pendant un mois au Théâtre Montfort à Paris.
Avec La Quermesse de Ménetreux, Pascal Rome nous emmène dans un voyage dans un passé lointain, celui de l’enfance campagnarde de sexagénaires. Des stands sont installés tout autour de la cour d’école, on procède à l’embrasement de théïères perchées au sommet de grands poteaux qui se transforment en torchères lumineuses. Le maire moustachu, chemise damassée ouverte sur une chaîne est venu serrer la main des “villageois” qui se pressent aux portes.
Pascal Rome, en vice-président du comité des fêtes,  présente les stands au son d’un microsillon d’Aimable, seule musique disponible puisque les disques ont été oubliés. Ménetreux est la première commune à avoir eu un maire noir, le nouveau est manouche, il s’agit de mutualiser la joie de vivre. Une ressource essentielle, le parpaing foin fabriqué à Ménetreux, offre une belle opportunité de plateforme mutualiste !
On fait le tour des stands, une épicerie où on fait des paris sur le poids des sacs, un stand de lancers de frigidaires, un autre où on casse de belles assiettes de collection des grands-mères derrière une mobylette.
Le meilleur, c’est celui de la maison de retraite, où Madame Champollot, inénarrable aïeule édentée (étonnante Chantal Joblon), se dispute avec le vice-président, menuisier à ses heures, qui lui a fabriqué un lit bancal. OPUS a l’amour des petites gens, de la France profonde. C’est modeste et génial !

Edith Rapppoport

 

 

MOLIÈRE DANS TOUS SES ÉTATS   

Les Goulus animés par Jean-Luc Prévost ont le don de créer des spectacles déambulatoires insolites, souvent désopilants, comme Les Krishnous, les Cupidons, Les Horsemen qui ont réjoui les foules dans nombre de festivals du monde entier. Leur humour ose un mauvais goût qu’on accepte grâce à une vraie générosité et à un beau culot.
Avec Molière, les Goulus prennent un risque étrange, celui de promener dans Chalon des scènes de Tartuffe, de George Dandin, de l’Avare, 40 scènes de Molière en dérivant sur des situations contemporaines. Interprété par une dizaine d’acteurs en costumes contemporains qui jouent aux fenêtres, sur les places et dans les rues, accompagné par deux saxophonistes, le spectacle dérive sur des adaptations peu convaincantes.
On a d’ailleurs bien du mal à distinguer quelque chose et à entendre le texte dans la foule qui les suit…Décidément séduits par Molière, les Goulus préparent La rencontre des Misanthropes pour 2012 et Molière dans tous ces états pour 2013.

Edith Rappoport

www.lesgoulus.com

LES PENDUS ( Kumulus Chalon dans la rue)

1018.jpgExécution théâtrale mise en scène Barthélémy Bompard, texte écrit par Nadège Prugnard **

 

Enfin une rupture, un choc dans ce paysage terne de l’invraisemblable foisonnement théâtral de Chalon dans la rue ! Barthélémy Bompard aime les sujets sulfureux, il s’y est d’ailleurs brûlé les ailes, notamment avec Le cri et d’autres spectacles qui auraient dû connaître une bien meilleure diffusion. En costume de ville, il passe la corde au cou de quatre condamnés, trois hommes, une femme qui déplorent leur sort, chantent l’utopie, en appellent au désordre, chantent pour ne pas mourir. L’un d’eux déplore : < J’ai rien fait, j’ai pas voté !> Un autre lance:
L’exécution accomplie, il y a une vie après la mort et les suppliciés continuent leur délire poétique né d’ateliers et d’apports divers transcrits par Nadège Prugnard. “. …Pendant une heure, on reste saisi par la violence du verbe, comme de l’image de ces quatre pendus presque immobiles. Kumulus a bénéficié d’une résidence au Parapluie d’Aurillac. 

 

Edith Rappoport

 Leur site www.kumulus.fr est peu développé,donc mieux vaut leur envoyer un courriel: kumulus@wanadoo.fr


Bureau national des Allogènes

Bureau national des Allogènes de Stanislas Cotton, mise en scène de Catherine Toussaint.

Cela fait pas mal d’années que l’ex-Caserne des Pompiers s’est spécialisée dans les spectacles venus des Régions; elle accueille entre autres un spectacle de La Compagnie La Strada sise à Troyes avec ce Bureau national des Allogènes de cet auteur belge qui a écrit de nombreuses pièces et romans. La pièce est une sorte de parabole  sur les risques de dérapage du pouvoir administratif.
Robert Rigodon, fonctionnaire au Bureau national des Allogènes, centre de tri des étrangers. Il mène une vie normale, il a une femme et un enfant mais, pris de panique, il a sauté par la fenêtre des toilettes mais son fantôme raconte sa encontre avec Barthélémy Bongo, un exilé africain, totalement démuni  qui ne demande humblement qu’à rester là, avec sa femme et son enfant et avoir les indispensables papiers  pour travailler. Loin de la misère qui sévit dans son pays africain, et qui se verra finalement refuser son visa….
Tout, bien entendu, les oppose; Rigodon n’a pas très bonne conscience, coincé entre des dispositions prévues par des circulaires européennes mais plein de bonne volonté pour essayer d’aider cet émigré qui n’est pas non plus  à l’aise: il a commis un crime pour sauver sa peau et celle des siens. Stanislas Cotton a donc imaginé deux monologues successifs que Catherine Toussaint a mis en  scène avec un dispositif scénique assez peu convaincant : une passerelle où doit circuler un  haut fauteuil monté sur roulettes… qui ne circule en fait pas beaucoup sur cette étroite passerelle et qui se surélève deux ou trois fois: ce qui qui voudrait sans doute symboliser la puissance dérisoire de la technologie occidentale; cette configuration  » induit une relation sensible ou intime avec le spectateur, elle autorise tout autant, une théâtralité distanciée, en résonance avec la chair des mots, qui se veut ludique et poétique » . ( Sic) Tous aux abris!
Cela n’induit rien du tout, et en tout cas, pas une théâtralité distanciée! Il y a aussi sur une petit praticable où Denis Jarosinski, musicien, intervient très souvent à la guitare. Malheureusement, on s’en doute: l’ensemble ne fonctionne pas : en partie à cause de cette scénographie aussi compliquée qu’inutile, et de l’usage du micro pour le texte comme pour les chansons tout aussi inutile , puisque la salle n’est pas bien grande.
Il y a sans conteste une langue à la fois précise et poétique, mais qu’en fait, on ne commence à écouter vraiment qu’au moment où Joël Lokossou entre en scène: avec sa belle voix   et sa présence fabuleuse, il est tout à fait remarquable.
Alors à voir? Pas nécessairement, si ce n’est pour  la découverte d’un auteur et surtout pour Joël Lokossou.

Philippe du Vignal

Caserne des Pompiers , 116 rue de la Careterie,  Avignon jusqu’au 27 juillet.

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