focus sur martin crimp

Focus sur Martin Crimp au Studio Théâtre de Vitry : Playhouse et La  Ville

 Le Studio Théâtre de Vitry, lieu convivial où se fabrique le théâtre d’aujourd’hui, convie le public à des «ouvertures» régulières, avec présentation de travaux en cours et rencontres avec les artistes.
Dans ce cadre, il propose des journées Martin Crimp avec, au menu, spectacles, lectures et débat. L’auteur  (58 ans), découvert en France à la fin des années quatre-vingt-dix, avec Atteintes à sa vie, qui a, depuis, connu de nombreuses mises en scène en dehors de son Angleterre natale.
En novembre 2011, le Studio Théâtre avait accueilli la création de La Ville par Rémy Barché qui, depuis, a traduit et réalisé Playhouse. Rendez-vous est donné pour retrouver Rémy Barché et Martin Crimp en amont de la reprise prochaine de la Ville au Théâtre de la Colline.
Les deux pièces nous entraînent  dans l’intimité quotidienne d’un couple avec des situations qui dérapent insidieusement vers l’insolite, l’inquiétant, des ambiances que feu Pinter ne renierait pas. Cependant,  Martin Crimp, qui a bûché le théâtre grec et latin à Cambridge, et fréquenté  Bernard-Marie Koltès, Molière, Jean Genet et Eugène Ionesco pour les avoir traduits, s’est forgé un style et un univers personnels qui se déclinent sur deux modes différents dans le diptyque de cette soirée.

Playhouse, traduit par Rémy Barché et  Adèle Chaniolleau se découpe en treize courts sketches :  Se bPlayhouse-2rosser les dentsNettoyer le réfrigérateur, Appareil mobile numéro 1Post-coïtum…Treize instantanés de la vie d’un jeune couple entre les quatre murs de leur nouvel appartement où quelque chose de pourri, de moisi, s’insinue, à l’image de leur réfrigérateur qu’ils récurent énergiquement.
Les miasmes de l’extérieur, les blessures intimes et les lourds non-dits contrecarrent leur amour. La mise en scène  joue sur le contraste entre le caractère faussement enjoué des jeunes gens, leur énergie et leur fureur de vivre et de s’aimer, et les traumas du passé qui les menacent, tout autant que la vacuité de l’avenir qui s’ouvre devant eux.
L’auteur, qui reconnaît que c’est là, sa pièce la moins noire, souffle le chaud et le froid, avec des scènes ludiques qui,tout à coup, virent à l’aigre. Ainsi, dans le première scène, Déclaration numéro 1, quand, au comble de l’exaltation amoureuse, il lui lance : « Je t’aime tellement, tu emplis toute l’étendue de mon être… Je ne crois pas en Dieu mais je crois en toi, tu m’as créé… », en réponse, elle lui offre une merde de chien joliment emballée dans un paquet cadeau.
Avec une écriture économe qui pratique l’art du retournement brutal en deux temps trois mouvements, Martin Crimp tisse une courte parodie de la vie conjugale, à la fois joyeuse et désespérée, où la passion sombre dans la routine. Rémy Barché et ses acteurs se prêtent à ce jeu avec délectation, et le public apprécie.
Le spectacle a été conçu avec  un décor minimaliste réduit à une aire de jeu, quelques meubles et une porte, pour pouvoir aller en tournée un peu partout ; il a été souvent présenté hors-les-murs, dans des mairies, salles de sport, magasins et établissements scolaires où il a été, nous dit-on, chaleureusement accueilli.
On retrouve cette manière particulière qu’a Martin Crimp de manipuler ses personnages, son style acéré, son écriture  laconique, dans La Ville (traduction de Philippe Djian), présenté ici par Rémy Barché dans une version  sans éclairages et avec, pour tout décor, une table, deux chaises, et un piano.
Le couple un peu moins jeune que le précédent, habite une maison avec jardin, a des enfants dont la présence est plutôt fantomatique. Mais une voisine infirmière vient pour se plaindre du bruit qu’ils font. Clair est traductrice, Chris est informaticien. Ils s’aiment, mais la vie les sépare progressivement. Leur quotidien est banal. Ils se comprennent de moins en moins. Il perd son travail. Elle part pour un colloque. Les enfants deviennent progressivement incontrôlables… L’atmosphère se dégrade et dérive vers une inquiétante étrangeté : « Rien ne semble normal, tout semble décalé et artificiel », constate l’infirmière.
Les acteurs, dirigés à la loupe par le metteur en scène, respectent une  écriture composée au métronome, où les silences creusent un abîme entre les personnages. En bon musicien professionnel qu’il est aussi, Martin Crimp  accorde à ces silences la même valeur qu’aux mots. Et c’est dans ces non-dits et ce sous-texte, que s’engouffrent le doute, le désamour, la violence … Les personnages évoqués par les protagonistes présents sur scène en chair et en os ont autant de poids qu’eux, et la fiction qui leur donne vie prend le pas sur leur ici-et-maintenant.
Clair donne une belle définition de cette écriture en trompe-l’œil, dans la lecture finale qu’elle fait de son journal intime, ébauche d’un roman. Elle compare son univers à une ville peuplée de personnages : « J’ai inventé des personnages et je les ai mis dans ma ville » Mais la ville est détruite, il n’y a pas d’enfants, personne, «  juste  de la poussière ». « Si j’arrivais à trouver la vie dans ma ville, je pourrais devenir vivante », continue-t-elle.

Et si tout n’était que fiction, et nos vies, comme le théâtre, un mentir-vrai.  « Et moi, suis-je inventée ? » s’interroge Clair. « Peut-être ce que l’on voit, c’est le roman que Clair essaye d’écrire à partir de sa propre vie, de sa ville intérieure », indique Rémy Barché.  Le travail dépouillé, précis, qu’il propose ici, nous transporte au cœur de la matière vivante qu’est l’écriture de  Martin Crimp, sa ville à lui. Il donne lui aussi une belle définition de son art: « Je n’écris pas sur la violence. Ce n’est pas mon sujet. Je la laisse affleurer, tout comme elle cogne sous la surface de nos vies. »
Une proposition réussie pour découvrir Martin Crimp, servie par une mise en scène sans fioritures et par des acteurs qui portent le texte avec justesse, délicatesse et talent.

Mireille Davidovici

La Ville sera jouée au Théâtre de la Colline, du 27 novembre au 20 décembre 5 Rue Malte Brun, 75020 Paris.  T: 01 44 62 52 52


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Soirée William Forsythe/Benjamin Millepied

Soirée William Forsythe, Benjamin Millepied par le Ballet de l’Opéra de Lyon

IMG_5726Workwithinwork, est le premier module de cette soirée; cette pièce qui avait été créée en 1998 par William Forsythe avec le ballet de Francfort, est comme un concentré de son esthétique,  constitué de figures sur pointes, de portés, avec des soli, des duos, des trios et avec des variations de rythmes et de formes. Les quinze danseurs et danseuses restituent justement cette chorégraphie, mais un certain ennui nous envahit tout au long de ces trente-deux minutes.
La deuxième partie est plus tonique. Avec Sarabande, Benjamin Millepied, se souvenant des pas de Mikhail Baryshnikov dirigé par Jerome Robbins en 1994, présente une pièce en sept séquences, sur une musique de Jean-Sébastien Bach, jouée sur le plateau, à la flûte ou au violon. Les quatre interprètes se déploient avec une belle fluidité, et donnent à voir une danse légère et  plaisante, qui ressemble à un divertissement de cour d’un autre siècle. Le soir de la première, le nouveau directeur de la danse de l’Opéra, est venu saluer avec ses danseurs sur la scène  et  a reçu une belle ovation du public.
One Flat Thing, reproduced,  fait partie avec les deux autres pièces, de la programmation du Festival d’Automne, en hommage à William Forsythe, et  a toujours autant d’impact sur le public que lors de sa création en 2000, par le ballet de Francfort. Les quatorze danseurs et danseuses glissent rapidement à l’avant-scène vingt tables rectangulaires qui imposent leurs contraintes aux mouvements des artistes, les corps composant des figures morcelées d’une belle esthétique.
Nous retrouvons avec bonheur la musique de Thom Willems qui rappelle  les grandes émotions de spectateurs en 1984, quand nous avions découvert le chorégraphe américain au théâtre du Châtelet. Cet assemblage nécessite une précision du geste extrême qui manque parfois à certains danseurs, mais l’ensemble, cohérent, soulève finalement l’enthousiasme du public.

 Jean Couturier

Théâtre de la Ville  à Paris, à 20h 30, jusqu’au 26 novembre.   

Pops texte et mise en scène d’Alexis Fichet

Pops ! texte et mise en lecture d’Alexis Fichet

 

Hicksuntitled.1.hires_.web_La lecture de Pops ! inaugure « la Piste d’envol », une formule proposée par le comité de lecture du théâtre du Rond-Point. Il s’agit de donner leur chance à des pièces inédites et de provoquer des rencontres entre des textes et des compagnies désireuses de les porter à la scène. Alexis Fichet, membre du collectif rennais Lumière d’août*, regroupant, depuis dix ans, six jeunes auteurs et metteurs en scène, présente ici son travail, dans l’optique de trouver des producteurs.

La pièce commence par une chanson, « Pops ! Bientôt on va tous manger du crabe !», dit le refrain, mais du crabe bourré de polluants organiques persistants (les fameux et dangereux POPS) … Par cet air entraînant, se termine le spectacle que trois actrices viennent de jouer, et que nous ne verrons pas. Pendant qu’on démonte le décor, le conseiller d’une fondation, supposé financer le projet, s’emploie, lui, à démonter la pièce, point par point, réfutant la posture des artistes face au problème de la pollution : « A la fondation on ne rigole pas avec ça, vous dansez sur des cadavres ! » persifle-t-il. Les actrices à leur tour défendent leurs points de vue pied à pied… C’est à travers cette dialectique de questions – réponses qu’on prend petit à petit connaissance du spectacle, qu’il se recompose et qu’on le visualise. Mine de rien, aussi, le texte nous entraîne dans un débat philosophique et politique, construit sur le modèle d’une disputatio scholastique, sans jamais être ennuyeux malgré son sujet ardu et ses arguments sinueux. L’angle d’attaque pour aborder ce grave problème de société s’avère astucieux et agréablement léger. La légèreté même que revendiquent les trois comédiennes face à leur contradicteur.

Souhaitons que, à partir de ce tremplin, Pops ! prenne son envol…

Le texte, lui, sera publié en mars 2015, à l’Entretemps.

Mireille Davidovici

 

Prochaines Pistes d’envol

Médée la folle de Stéphane Guérin, 2 décembre ; Lotissement de Frédéric Vossier, 13 janvier ; L’Abattage rituel de Gorge Mastromas, 20 janvier ; Variations pour un trio désaccordé de Ged Marlon, 27 janvier.

 

Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin Roosvelt, 75008 Paris

Entrée libre réservation obligatoire au 01 44 95 58 81 – ouverture des réservations un mois avant l’événement

 

*Lumière d’août : http://www.lumieredaout.net

 

 

 

 

Géographie de l’enfer

Géographie de l’enfer d’Alex Lorette, maquette d’Adrien Popineau

 

 IMG_3933Au  Mardis Midi du Théâtre 13/Seine, a lieu régulièrement une  présentation de textes de théâtre choisis par le comité de lecture des EAT( écrivains associés du Théâtre), sous forme de maquette. On entend par là une mise en voix de la pièce, en présence de l’auteur,  par un metteur en scène qui apporte à l’œuvre un premier éclairage, sans pour autant avoir le projet de la monter.
  Géographie de l’enfer nous entraîne aux fins fonds d’une forêt, dans une étrange famille. Franck et J.C. parlent de viande, d’abattoir, quand échoue, chez ces marginaux inquiétants, un jeune homme bcbg, en costard cravate, tout droit sorti de sa BMW accidentée.
Qui sont ces gens ? Et lui, que vient-il faire dans ce trou perdu ? La petite sœur tourne autour du nouveau venu, le renifle, l’aguiche. Lui, d’abord rétif, se laisse séduire. Et si c’était cet amour sensuel, primitif et brutal, qu’il  cherchait ?  « Ici, c’est comme un autre monde, lui dit-elle, c’est la forêt qui fait ça», .
L’étranger s’abandonne à ses instincts et, comme les autres, arrive à un point de non-retour où, comme dans L’Enfer de Dante, idée départ de la pièce, il lui faut abandonner tout espoir.
Grâce à la lecture de cette œuvre étrange au sombre symbolisme, et  à l’ univers noir proche du « gothique », on a pu découvrir un auteur belge peu connu en France et dont on aimerait savoir plus.

Mireille Davidovici

 Théâtre 13/Seine, 30 rue Chevaleret  75013, T.01 45 88 62 22. Prochain Mardi Midi : 9 décembre à 12h30 avec Les Filles aux mains jaunes de Michel Bellier, maquette de Johanna Boyé.

Coup de théâtre

Coup de théâtre(s) de Sébastien Azzopardi et Sacha Danino,  mise en scène de Sébastien Azzopardi.

 coup-theuaetres_2014-remilie-brouchon_louis-armand-0959Les Dieux demandent à Ulysse aux mille ruses, de récupérer la quenouille du temps, volée par Pantalone. Après avoir vaincu Poséidon et le Cyclope, il souhaiterait profiter d’un repos bien mérité, mais Œdipe, Achille et Hercule: aucun n’est disponible et les Dieux ne lui laissent donc pas le choix.
Même Pénélope et le Sphinx encouragent Ulysse à entreprendre un nouveau voyage;  avec l’aide d’Athéna, il part donc pour une nouvelle odyssée qui va l’emmener en Italie au cœur de la commedia dell’arte, où il rencontre Arlequin et Colombine, amoureuse de Lélio, mais promise par son père au vieux Pantalone,  âgé de 98 ans.
Puis Ulysse, à la poursuite de Pantalone, repart en compagnie d’Arlequin, brave une nouvelle tempête, puis arrive en Angleterre où les trois sorcières de Macbeth ont transformé Pantalone en Hamlet!
Il y rencontre aussi  Puck et l’âne, sortis tout droit du Songe d’une nuit d’été, et  Roméo et Juliette qui, sur son balcon, victime de la poudre d’amour jetée par Puck, tombe amoureuse d’Ulysse dès qu’elle l’aperçoit, au grand désespoir de Roméo!

L’âne est lui aussi victime de sa poudre d’amour, et se met à aimer  Arlequin. Puis  Hamlet ex-Pantalone vend la quenouille permettant  de remonter le temps à un mystérieux personnage qui s’avère être Cyrano de Bergerac…
Le célèbre héros d’Edmond Rostand, va, avec cette quenouille, trouver le grand Molière, entouré de Précieuses totalement ridicules et un peu « femmes savantes »  Et il lui demande de  réécrire son histoire pour lui permettre de vivre heureux avec sa bien-aimée Roxane.

Arlequin lui arrache la quenouille des mains mais  Molière la lui reprend pour  la redonner à Ulysse. Nous nous retrouvons alors dans une chambre de L’hôtel du libre échange, où des personnages de plus en plus déchaînés enchaînent les quiproquos, se poursuivent, se retrouvent dans des placards. Il ont tantôt un fil à la patte, tantôt la puce à l’oreille, pendant que Monsieur chasse et que Madame se promène toute nue,  comme  l’indiquent les titres de ces cinq pièces de Georges Feydeau…
Tout ce joyeux délire se termine par un french-cancan endiablé. Puis, après une nouvelle tempête, nous voici en Russie, où vivent Roxane Robinova et Cyranovitch, parents d’un petit John Malkovitch, désespérés à l’idée de devoir vendre leur Cerisaie. Nina, actrice tout droit sortie de La Mouette de Tchekhov et qui ne joue que des rôles de volatiles! ne semble pas aller beaucoup mieux…
Après l’épisode russe, deux personnages qui ressemblent fort aux  Vladimir et Estragon d’En attendant Godot sont assis près d’un arbre. Puis  la  Roxane de Cyrano est  tout d’abord prise pour la Cantatrice chauve, chère à Eugène Ionesco (le fameux titre, un peu énigmatique, provient en fait d’une erreur dûe à un saut de page par un comédien à la première lecture, disait Nicolas Bataille, son premier metteur en scène, et qui a  été gardé).  Roxane  rejoint Vladimir et Estragon, avec la quenouille qui…ne fonctionne plus et  ne permet donc plus de se déplacer dans le temps.
Il faudrait pour sortir les personnages de cette situation désespérée,  un deus ex-machina; il apparaît alors… sous les traits de Molière qui nous dit la vérité : la quenouille ne marche pas, c’est un simple accessoire de théâtre, et les personnages sont ceux d’un théâtre,  voulus par les auteurs (tels des Dieux décidant du sort des hommes ), et tout est écrit dans le texte: « Les hommes ont toujours eu besoin d’histoires (… ) pour échapper à l’ennui ». « Il faut fatalement que je meure chaque soir », soupire alors Cyrano.
Puis arrive le moment où les acteurs se trouvent face à une page blanche… Ils vont donc  pouvoir faire ce qu’ils veulent, et surtout célébrer l’amour du théâtre.Arlequin, l’amuseur universel, pourra aussi bien être Scapin que Sganarelle.  Quant au  retour d’Ulysse dans sa chère petite Ithaque, il  se fera en musique,  comme dans un musical de Broadway. « On est les plus heureux des tragédiens, car tout est bien qui finit bien » et  « Ulysse a fait un beau voyage ». chantent tous les acteurs avec joie.
  Il s’agit là d’une parodie burlesque, mais pas toujours du meilleur goût! Les auteurs auraient pu nous épargner blagues salaces, clins d’œil à l’actualité politique et jeux de mots du genre: « On ne fait pas d’Hamlet sans casser des œufs ! ».
Mais le spectacle reste drôle, joué par une équipe de bons comédiens (Benoit Cauden, Alyzée Costes, Alexandre Guilbaud, Nicolas Martinez, Laurent Maurel, Olivier Ruidavet, Salomé Talaboulma), l’intrigue est bien ficelée et chaque univers théâtral  est aussitôt reconnaissable: on implore sans cesse Zeus et Athéna, Hamlet, toujours un crâne à la main, termine ses phrases par  Telle est la question! et Vladimir et Estragon tiennent un langage abscons…

Mais mieux vaut connaître ses classiques pour apprécier ce spectacle où une quenouille  permet de traverser les temps du théâtre. Mais, sous le pastiche et la caricature, se cache un bel hommage aux dramaturges, à leurs  illustres personnages, et aux répliques mythiques  comme celles, entre autres,  de Cyrano ou du Cid : « C’est un roc ! C’est un pic… c’est un cap ! Que dis-je, c’est un cap ? … c’est une péninsule ! » . « Je suis jeune, il est vrai ; mais aux âmes bien nées La valeur n’attend point le nombre des années. »
On peut espérer que  le spectateur  aura ensuite envie  de relire, entre autres, Cyrano, ou  Hamlet

Isabelle Fauvel

Théâtre de la Gaieté Montparnasse 26 Rue de la Gaité, 75014 Paris T: 01 43 22 16 18

Yvonne, princesse de Bourgogne

Pierre Grobois

Pierre Grobois

 

Yvonne, princesse de Bourgogne, de Witold Gombrowicz, traduction de Constantin Jelenski et Geneviève Serreau, mise en scène de Jacques Vincey

 

L’imaginaire de l’écrivain et  dramaturge polonais  est théâtral, comme par nature : l’interaction des êtres entre eux est l’essence de ses pièces, ce qui privilégie une vision artistique avant-gardiste, autant que chaotique et bousculée.
  Selon Blonsky, spécialiste de  Witold Gombrowicz, si les hommes dans son œuvre ressentent, pensent et  font, ce n’est que par rapport aux autres, grâce à eux et pour eux. Tout être est forcément inclus dans un milieu. Pour Witold Gombrowicz, toute activité humaine est médiatisée par des « formes », masques et habitudes mentales, à la fois  moyens de communication et de domination.
Démonstration faite avec  Yvonne, princesse de Bourgogne,  publiée en 1938, et créée à Varsovie en 1957, où  Witold Gombrowicz  s’amuse des usages et stéréotypes sociaux, et des relations de maître à esclave.

 Le dramaturge pousse loin l’investigation de l’inconscient, en  donnant à ses pièces une  dimension fantastique et onirique, mais aussi comique et teintée  d’effroi. Parodie brillante,  Yvonne, princesse de Bourgogne contrefait la comédie de salon. Cette histoire tragi-comique  a pour thème l’introduction à la cour royale d’Yvonne, une fille sans charme rencontrée à la promenade par le prince Philippe, héritier du trône. Mais ce  héros de conte, ne fraye qu’avec la loi du désir et de la séduction, s’élève contre ces poncifs contre-nature, et décide d’aimer la laideur, en la personne d’Yvonne qu’il prend pour fiancée, aussi empotée et apathique soit-elle : «Je ne m’y soumettrai pas, je l’aimerai ! »
  Ce qui se passe alors dans la famille royale pourrait évoquer, comme à l’envers, Théorème (1968) de Pier Paolo Pasolini qui met en scène les ravages de la beauté d’un jeune homme dans une riche famille bourgeoise  à Milan. Une situation anormale  chez des gens normaux...
 Jacques Vincey évoque une normalité qui dérape progressivement dans la monstruosité à travers le déchaînement des pulsions, et s’amuse des situations farfelues à l’intérieur d’un milieu rigide et plein de préjugés, malgré le panache affiché par la famille royale…
La scénographie de Mathieu Lorry-Dupuy donne à voir une sorte de salle de sports à l’intérieur même de la maison,  rappel lointain du court de tennis de  Terre étrangère  d’Arthur Schnitzler,  mise en scène de Luc Bondy en 1984.
 Et donc trente ans plus tard encore avec cette Yvonne, c’est à travers le ping-pong, l’entrainement physique, la course sur tapis roulant sous contrôle cardiaque, que le culte du corps de ces sportifs, hommes  et femmes, habillés de blanc, atteint aujourd’hui son apogée musclée. Bref, le corps est le maître adulé ici-bas qui rend l’homme asservi à lui-même.
  Derrière de grandes baies vitrées, une végétation tropicale foisonnante meuble le jardin attenant, avant que cette sauvagerie naturelle n’investisse les appartements du palais princier. La nature envahit alors l’espace, comme les désirs enfouis envahissent le corps et l’esprit. Plus rien n’est alors contrôlable : la liberté existentielle du désir fait loi.
Le Prince Philippe (Thomas Gonzalez) joue une folie inquiétante mais enjouée et fantasque, accompagné dans ses mauvais agissements par la velléité jouée de Clément Bertonneau. Marie Rémond est une Yvonne aussi timide que possible – l’exclue de rêve -, et  les autres jeunes et belle femmes sont pleines d’hypocrisie et de rouerie.
Hélène Alexandridis  joue la reine Marguerite, de manière appuyée, tel un pantin mécanique.
Alain Fromager est un roi hystérique, absolument incapable de se maîtriser,  dont le chambellan (Jacques Verzier) est aussi classe que superficiel et peu fiable.
  Une galerie de caricatures dans un palais bruyant, pris de folie ravageuse, et qui offre au public un joyeux moment absurde de farce triviale.

 Véronique Hotte

 Théâtre 71 de Malakoff, jusqu’ au 30 novembre. T : 01 55 48 91 00

 

 

L’Avare

L’Avare : un portrait de famille en ce début de troisième millénaire de Peter Licht, d’après Molière, mise en scène de Catherine Umbdenstock

images   Selon la note d’intention, par ailleurs passionnante et juste  sur  le  monde contemporain, cet Avare, inspiré de Molière,  est ici une revue avec dialogues,  musique et chansons, où, de numéro en numéro, chacun des enfants d’Harpagon  vient parler de  lui : « C’est, dit Peter Litcht, le règne de l’individualisme, de la cupidité… l’amour est réduit à l’état d’anecdote, et… l’argent – à la fois son manque et ses promesses de bien-être – est l’unique constante fédératrice et garante de l’accomplissement de soi. »
   L’auteur allemand Peter Licht, a construit sa pièce comme une variation sur L’Avare, en soulignant d’abord l’intérêt exorbitant accordé à l’argent et à la jeunesse, comme si l’existence ne se réduisait qu’à ce printemps de l’âge où s’élaborent les projets, les envies et programmes aléatoires. Et il condamne ici ce moteur contemporain du désir :  les vieux possèdent l’argent que les jeunes veulent insolemment récupérer. Nulle révolte à l’horizon, nulle pensée économique alternative,mais un désir juvénile d’une consommation et de jouissance immédiates…
 Cléante, le fils de famille, avoue : « Moi, j’hallucine… j’ai les nerfs, le type, il me laisse pas toucher à mon fric… Je peux toujours crever… Pour du demi-luxe, je vais pas m’arracher la tronche…Lui, l’autre qui s’étale dessus mais à fond. Sur mon héritage. Pas encore si mort que ça le vieux. Coriace, celui-là, il ramasse toujours plus pour lui. Et le meilleur, il veut même goûter à la chair fraîche maintenant, à MA chair fraîche…et cette chair fraîche, moi, j’en ai besoin pour mon plan de vie. »
  Le frigo, dans l’appartement, est vu comme un temple laïque de survie, quand arrive l’heure du réchauffement climatique et donc des interrogations écologiques  sur  l’envahissement des déchets, avec un ordre à recomposer de l’intérieur , alors que règne la confusion des sentiments amoureux et le chaos des foyers.
Cléante chante ainsi son amour  à sa belle :  « Marianne viens-tu avec moi/ ou restes-tu ici/ ou restes-tu chez toi ? » Et Frosine (Nathalie Bourg), anorexique réduite à manger un yaourt nature, fait la leçon aux jeunes dont elle est responsable,  sur  la tenue du ménage.

  L’inventaire scénique des situations que tous ces jeunes gens mettent en place ,compose un désordre bien vivant, mais, après une introduction en matière prometteuse, déçoit l’attente du public qui n’y trouve pas son compte: répétitions des messages et  dramaturgie qui fait du sur-place. On a seulement droit à l’illustration d’un état catastrophique du monde, façon Plus belle la vie revisitée!
  Les comédiens, certes talentueux, ne sont  pas dirigés, et chacun, comme une métaphore de l’individualisme dénoncée dans la pièce, joue sa  partition, au détriment d’un travail choral qui arrive parfois, le temps d’une chanson…
  Cléante (Lucas Partensky) a du cœur à l’ouvrage : il clame  sa colère, jetant ses mots de haine et d’écœurement en un joli concert de slam et de joutes oratoires auxquelles on adhère sans mal. Fléchette (Clément Clavel) est un fieffé bandit, un filou attachant qui voudrait bien s’attacher la belle Marianne (Charlotte Krenz), à la fois ingénue et perfide. Vali (Chloé Catrin) ajoute une note comique bien personnelle. Elise (Claire Rappin) joue, sans nuances et de son côté, une ado caricaturale de banlieue à capuche.
  Des talents sans doute en germe mais la  mise en scène ne décolle pas, par manque de direction d’acteurs, de rythme  et  de  progression dramatique,  et sans rêves… comme ces jeunes gens mélancoliques.

 Véronique Hotte

 Théâtre de la Commune Aubervilliers, jusqu’au 7 décembre.T: 01 48 33 16 16

 

 

Vertep de Noël

Vertep de Noël par le Vagrant Booth Theatre de Moscou

IMG_5645Si vous passez par Moscou… voilà une escale à ne pas manquer: ce  théâtre de marionnettes présente, pour la période hivernale, une pièce de trente minutes racontant la nativité de Jésus.
Cette forme, très populaire en Russie, en Ukraine et en Pologne, existe depuis le XVIIIème siècle. Un petit castelet dominé par une étoile allumée en permanence, à deux niveaux de jeu, accueille les personnages principaux: Jésus, un ange, le roi Hérode, un berger, Marie et le Diable, (un ajout de la croyance populaire).
Le spectacle est uniquement éclairé aux chandelles. Serviteur assigné à cette tâche, une marionnette de 15 cm de haut, glissant sur  un rail du plancher du castelet, vient allumer  huit bougies.
Représentation qui se révèle d’une grande poésie, et à la délicatesse de manipulation remarquable. La fable est connue… Elena Slonimskaya accompagne le récit avec des chansons sur une musique jouée sur une sorte de cithare du XIIIème siècle. Son conjoint, Alexander Gref, l’accompagne dans la manipulation des marionnettes.
Ces deux anciens chimistes ont d’autres spectacles à leur répertoire, en particulier le théâtre de Petrushka… qui est lui, beaucoup moins politiquement correct. Le Vagrant Booth Theatre, avec ce castelet, démontable pour l’itinérance, leur appartient. C’est une petite structure proche de l’esprit du théâtre Ten, (voir Le Théâtre du Blog).

Jean Couturier

 Spectacle présenté à la Nef de Pantin le 23 novembre.
http://www.booth.ru/ »www.booth.ru

http://www.la-nef.org/ »www.la-nef.org

En quoi faisons-nous compagnie

En quoi faisons-nous compagnie avec le menhir dans les landes, texte et mise en scène Marielle Pinsard

  5a80427c2ad416024379b8fc4a79fb40Un titre intrigant pour un spectacle tout en images et plein de fantaisie, où il est globalement question de la relation étroite de l’homme avec sa part animale. Mais aussi des rapports Europe/Afrique: pour construire son spectacle, Marielle Pinsard est allée au Bénin, au Burkina Faso, au Mozambique et en Afrique du Sud, y  a rencontré des artistes et en a rapporté des légendes et des récits qu’elle entrelace avec ceux de sa Suisse natale. En prologue et à l’avant-scène, Belle, celle du conte populaire, blonde dans sa jolie robe rose de princesse, fait le récit farfelu et dans une langue désarticulée, accompagnée de borborygmes, de sa rencontre avec la Bête. « L’enchanteresse, elle a tourné le prince entre un bétail…»(sic) explique l’actrice qui, au terme d’un monologue virtuose, se glisse subrepticement hors de son vêtement, et rampe gracieusement, nue comme un ver. Au deuxième tableau, très réussi, Adam donne naissance à Eve, et les voilà, jouant au golf avec la pomme de Guillaume Tell ! Plus tard, les acteurs vont, déambulant, avec un sac à dos pour tout vêtement puis tombent sans pouvoir se relever, comme des tortues sur le dos…
Artistes européens et africains mêlent leurs folklore, masque et pagnes, Lederhose et Mickey, vaudou et culturisme…: en quatorze tableaux, où chacun apporte son regard sur l’homme et la bête. Numéros musicaux alternent avec parodies osées, danses et jeux de masques parfaitement réussis: la metteuse en scène  propose une soirée très ludique et elle a eu une attention particulière pour les nombreux costumes qui sont autant de mues (et de dépouilles) sur les corps des comédiens.
Malheureusement, le spectacle souffre d’une structure composite : les scènes les plus inventives et les plus folles, les morceaux de bravoure les plus aboutis alternent avec des moments convenus, qui cassent une belle dynamique. Mais il faut aller découvrir le travail original de Marielle Pinsard qui, après une belle percée en Suisse, a fondé sa compagnie en 2000. Elle se penche sur la thématique de l’homme et la bête, avec un premier spectacle, Assis et carnivore, en 2010, et son prochain projet On va tout dallasser Pamela!  coproduit par le Tarmac et se donnera en Côte d’Ivoire, en France et en Suisse.

 Mireille Davidovici

 Le Tarmac 159, avenue Gambetta T: 01 43 64 80 80 jusqu’au 5 décembre.

 

 

la danse du diable

La Danse du diable, histoire comique et fantastique, écrite, mise en scène et jouée par Philippe Caubère, après avoir été improvisée sous la direction de Jean-Pierre Tailhade et Clémence Massart

bras claudine.JPG-9bd91e7bC’était au festival d’Avignon dans cette belle salle de bourse d’autrefois, dite de la Condition des Soies aux beaux murs de pierre, il y a déjà trente-trois ans déjà, et il nous en souvient d’en avoir parlé avec ferveur au micro de France-Culture. Le jeune Philippe Caubère, était en rupture de ban douloureuse d’avec le Théâtre du Soleil et d’Ariane Mnouchkine, sa  directrice qui, dit-on, n’a jamais vu un seul de ses spectacles, et où il passa sept ans.
Il en fut l’un des principaux et meilleurs acteurs (il joua notamment Molière dans le film éponyme, puis Don Juan et, après un détour comme comédien chez le metteur en scène Otomar Krejca, se lançait seul, (mais c’était tout à son honneur) avec l’angoisse au ventre dans cette Danse du diable. Le public regardait absolument fasciné  ce jeune comédien inconnu se lancer avec fougue et sincérité dans cette aventure.
A l’époque, il ne savait pas, et, nous non plus, qu’il allait servir de modèle à de nombreux acteurs et actrices qui, à leur tour, ont adopté le monologue comme moyen d’expression, non pas pour jouer une série de sketches mais pour raconter une saga personnelle où le Théâtre, la scène et ses interprètes, est, à la fois, le moteur et la cible privilégiés.
Depuis Philippe Caubère n’a cessé d’enchaîner avec succès des spectacles dont il reste l’auteur/metteur en scène et l’unique interprète, avec des personnages fétiches: Ferdinand Faure, son double, jeune homme rêvant de gloire scénique, mais aussi sa mère aussi chérie que redoutée, sa sœur Isabelle, elle aussi comédienne au visage merveilleux, disparue il y a quatre ans, le général de Gaulle, Johny, madame Colomer, sa prof de cours de théâtre et ses copains  marseillais, etc…
I
l entreprit ensuite Le Roman d’un acteur, une sorte de saga de onze spectacles de trois heures chacun, où il raconte la vie du jeune Ferdinand Faure (Caubère)  depuis  la fabuleuse histoire du Théâtre du Soleil jusqu’à sa décision d’écrire et de  créer lui-même ses spectacles. Avec une passion évidente pour la gestualité genre commedia dell’arte contemporaine, dès qu’il s’agit d’imiter et/ou de recréer un personnage .
  Il a publié aussi  chez Denoël Les carnets d’un jeune homme 76/81 et  mis en scène et joué  un Aragon en 1996 ;  et Urgent crier !  (2004) de son ami et poète et metteur en scène André Benedetto qui fut à l’origine du théâtre off en 1968. En 2000, Philippe Caubère avait déjà repris cette Danse du diable, à partir des impros initiales, avec, L’Homme qui danse,  huit spectacles autobiographiques de trois heures chacun.
  L’homme exaspère souvent, n’a pas que des amis mais ne laisse personne indifférent; il a en tout cas acquis au fil des années un capital/public impressionnant toutes générations confondues, même si ses spectacles comme le dernier que nous avions vu au Théâtre du Rond-Point, sont trop longs, et affligés d’une mise en scène le plus souvent approximative.
Bref, sept ans après, il était intéressant d’aller faire un état des lieux, à l’occasion de cette reprise de cette Danse du diable, par ce diable d’homme, toujours aussi jeune à 65 ans, à la mémoire fabuleuse, capable de jouer plus de trois heures durant, même si le corps est un peu moins agile…
Et cela donne quoi? La salle comble a une connivence évidente avec cet homme, seul, sur le plateau nu, sans micro HF bien sûr, sans musique, sauf à la fin, sans accessoires qu’une table et un petit banc, sans véritable costume, qui s’avance crânement dans le pinceau d’un projecteur à la rencontre de SON public, venu pour voir cette bête de scène passer d’une histoire à l’autre, l’air de ne pas y toucher, avec un remarquable sens de l’espace.   Que vient voir le public? Sans doute la performance d’un acteur à laquelle on ne peut être indifférent. Et là on dit chapeau, l’artiste!
Cela dit, les réactions dans la salle sont des plus curieuses: on voit les inconditionnels de Philippe Caubère, en général gens qui l’ont vu autrefois, savourer ici la chose avec nostalgie, comme une lampée de vieil Armagnac, et rient souvent de bon cœur; les plus jeunes (il y avait nombre de lycéens et d’élèves de cours de théâtre qui ne l’avaient évidemment jamais pu le voir) riaient aussi comme en rafale.
Et puis il y a ceux qui, comme nous, restaient  absolument fermés à ces redondances, et à ce qu’il faut bien appeler un rare cabotinage d’un acteur qui se permet tout et n’importe quoi sur scène, y compris les blagues pipi-caca, avec une rare prétention. Et ce n’est une question de génération: il y avait près de nous un jeune couple d’une trentaine d’années à peine qui restait  impassible et ne riait pas du tout.
D’autant que ce monologue/performance dure plus de trois heures! C’est interminable et souvent pénible, d’autant que, pendant toute la première partie, l’acteur, on ne sait pourquoi, a une diction des plus moyennes et boule son texte, donc désolé de dire les choses mais on l’entend  mal. Comme, de plus, les petites histoires caubériennes ont quand même bien vieilli (comme ces imitations de de Gaulle!), elles ne nous concernent plus beaucoup !
La salle après l’entracte, était moins pleine, des spectateurs qui avaient mal calculé leur degré de résistance à cette logorrhée s’étaient enfuis… Mais la dernière heure, non exempte des pires facilités et de longueurs, est quand même nettement meilleure. Philippe Caubère, quand il raconte son adolescence marseillaise, ses cours de théâtre, etc…  est plus convaincant.  Du coup, les choses sonnent mieux, et on se prête même à sourire.
Mais ce qui demeure le plus gênant dans ce spectacle: on a l’impression que Philippe Caubère, au mépris d’une dramaturgie qui serait intelligemment élaborée, ce qui est loin d’être le cas ici, pourrait  nous servir  un heure de plus d’un texte qui ne tient, (et encore!) que par sa seule présence.
Non désolé, quelles que soient par ailleurs les indéniables qualités de l’acteur, cette Danse du diable est loin d’être un bon spectacle, et c’est d’autant plus dommage que, s’il avait fait appel à un metteur en scène qui aurait imposé d’urgence des coupes indispensables et l’aurait dirigé, ce monologue y aurait sans aucun doute, beaucoup gagné.
Reste une performance d’acteur/vedette qui doit chaque soir remettre le couvert (et visiblement il aime cela!) et dont on vend à la sortie les CD, DVD, affiches… Cela suffit-il à passer une bonne soirée de théâtre? La réponse est non. Maintenant à vous de décider…


Philippe du Vignal

Athénée Théâtre Louis-Jouvet, du 7 novembre au 7 décembre. Relâche les lundis et jeudis. Attention: à 19 h le mardi, et à 20 h mercredi, vendredi, samedi, et à 16 h le dimanche. T: 01 53 05 05 19 19. www.athenee-theatre.com

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