TOÄ

TOÄ de Sacha Guitry, mise en scène de Thomas Jolly.

 

L’auteur décédé déjà depuis un demi-siècle, cordialement détesté par tous ses collèges écrivains ou presque , a  toujours traîné une odeur de souffre et fut même emprisonné quelques mois au moment de la Libération, accusé de connivences avec les Allemands  Trop mondain,imprudent sans doute et habile à se faire des ennemis, mais enfin on oublie trop souvent , que, grâce à ses relations avec l’occupant , il sauva des camps de la mort Tristan Bernard et sa femme, ce que bien d’autres n’auraient pas fait… Et curieusement, les meilleures des pièces de la grande centaine qu’il écrivit ne furent jamais cessés d’être jouées depuis sa mort. Mais… à peu près exclusivement dans le théâtre privé  et pas par n’importe qui( Michel Serrault,  Jean-Paul Belmondo, Claude Rich, Pierre Arditi, Fanny Ardant. Mais jamais dans le théâtre public sauf ces dernières années, avec entre autres: Daniel Benoin, et l’an passé Serge Lipszyzc- metteur en scène qui travaille davantage dans le théâtre public mais au Théâtre de la Michodière. Antoine Vitez appréciait aussi beaucoup Guitry mais ne l’a pourtant jamais monté: il semble qu’il y ait eu jusqu’à ces dernières années comme une sorte de scrupule à jouer Guitry qui vaut sans doute mieux que sa réputation d’auteur de boulevard et de cinéaste de films historiques…
Mais, le plus curieux, c’est de voir cette réapparaître Guitry cette fois monté par un tout jeune metteur en scène. de Cherbourg… avec une pièce peu connue qu’il écrivit en 39 puis remania en 49  Tôa.
C’est non pas une véritable intrigue mais une sorte de miroir théâtral que l’auteur/ acteur s’offre à lui-même, en décryptant son travail de dramaturge,  et  qu’il offre à son public chéri sans lequel il ne pourrait vivre. Théâtre dans le théâtre comme dans de nombreuses pièces de Guitry qui confondait allègrement les planches et la vie quotidienne, ses épouses et ses comédiennes, avec un plaisir certain, pas mal de cynisme et une bonne dose de misogynie. L’action se passe dans un théâtre parisien où une femme Ekaterina  a bien l’intention de tuer à coup de revolver Michel  qui, prétend-elle, s’amuse à piétiner le cœur des autres; la pièce mériterait quelques coupures vers la fin…
toa00.jpgThomas Jolly- et c’est très rare pour un aussi jeune metteur en scène-  a compris avec beaucoup d’intelligence et d’humour le parti les trouvailles que l’on pouvait faire en maniant le premier et le second degré, au besoin en faisant intervenir l’auteur en voix off ( Mais pas si sûr que le public comprenne  de qui est cette voix bien connue il y a encore trente ans. N’importe, c’est mis en scène avec une virulence et, en même temps, avec un air de ne pas y toucher qui sont tout à fait remarquables. Comme Thomas Jolly a un sens réel de la scénographie, il s’amuse à construire un mur en cartons rouges dont on devine qu’il va s’écrouler et envahir tout le plateau; il a aussi imaginé, belle métaphore, quatre cadres de scène dorées rectangulaires qui vont s’emboîter à la fin les uns dans les autres. Mais c’est tout .
Thomas Jolly a passé au karcher le plateau du théâtre de boulevard: deux praticables blancs en longueur, et une paire d’escarpins qui sert de téléphone… Pour les costumes, c’est aussi déjanté: mini-jupes pour les filles et costumes pour les deux hommes, tailleur strict pour Ekaterina.. Côté direction d’acteurs, aucun doute là-dessus, il sait diriger,  d’abord lui-même dans  le rôle de Michel le double de Guitry, mais aussi ses cinq complices: Flora Diguet, Emeline Frémont, Julie Lerat-Guersant, Charline Porrone et Alexandre Dain: diction, gestuelle, occupation du plateau: c’est réglé au millimètre, avec à la fois une précision  diabolique et une impertinence absolue. Avec quelque chose de Buster Keaton dans l’air. Pour reprendre le mot de Kantor, Thomas Jolly ne joue pas Guitry mais joue avec Guitry. D’un côté, une des dernières pièces d’un auteur prolixe, de l’autre, un des premiers mais excellent travail de mise en scène .
Thoma Jolly a fait aussi sienne la réflexion de cet homme de théâtre sur sa condition de bouffon, et qui a finalement été toute sa vie ce qu’il rêvait d’être: un personnage de théâtre. Il fascine Thomas Jolly,  c’est évident mais, en même temps, le jeune metteur en scène nous fait comprendre avec beaucoup de finesse et d’espièglerie qu’il n’est pas dupe de cette auto-critique truffée de mots d’auteur, d’arabesques et de jeu sur le langage qui  sont un peu la marque de  Guitry. Du genre:   » J’ai observé que, d’ordinaire, on se dit au revoir quand on espère bien qu’ on ne se reverra jamais-tandis qu’en général, on se revoit volontiers quand on s’est dit adieu. »
Et dans les meilleurs moments de la pièce un peu longuette, Thomas Jolly éprouve autant de plaisir à faire chanter cette langue, tout en maintenant  le petit interstice de distanciation ironique pour que l’on sente bien qu’il n’est pas dupe des facilités que s’accorde l’auteur. Du grand style. Vraiment . Et la Compagnie La Piccola Familia devrait faire un beau parcours. Au chapitre des petites réserves: des phrases débitées trop vite et donc incompréhensibles, une actrice qui joue Ekaterina mal distribuée, un certain nombre de baisses de rythme sur la fin et quelques gags inutiles mais ce jeu de massacre est d’une rare virtuosité; et le public qui , pour une fois, était très jeune, riait  sans se faire prier. Le spectacle est vraiment tout à fait remarquable; il a eu l’an passé le Prix de l’Odéon, et c’était parfaitement mérité.

Philippe du Vignal

Théâtre Gérard Philippe à Saint-Denis jusqu’au 17 octobre.


Archive de l'auteur

La Cerisaie

La Cerisaie d’Anton Tchekov, mise en scène de Julie Brochen.

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    La Cerisaie, la dernière et mythique pièce de Tchekov, celle qui nous fait sans doute le plus rêver, avec des personnages d’une force incroyable, un des plus grands chefs d’œuvre de tout le théâtre occidental… Et l’une des premières pièces de théâtre , quand nous étions jeunes et beaux, que nous  avions vues ; d’abord dans la mise en scène de J.L. Barrault, puis vu et revu, dans une bonne quinzaine de mise en scène, sans jamais nous lasser, surtout  celle de Brook, de Streheler, de Braunschweigl, et l’an passé, malgré des réserves,  celle d’Alain Françon à la Colline; et l’article  qui lui a été consacré  dans Le Théâtre du Blog continue à être régulièrement consulté jusqu’ à atteindre les 6.800 visites…
Aucune illusion , ce ce n’est pour la prose de du Vignal mais pour cette Cerisaie qui n’en finit pas d’être régulièrement montée et qui aimante le public. Julie Brochen n’y a pas résisté et a donc entrepris, elle aussi, d’aller revisiter le monument;  c’est, disons-le tout de suite,  le naufrage absolu.  » Les personnages , dit-elle sont des énigmes, et il ,faut qu’ils le restent. pour cela , il faut en disséquer tous les aspects dans le travail. » ( Sic)  On ne sait de quelle dissection il s’agit- le terme  fait  déjà froid dans le dos-  mais la direction d’acteurs est inexistante, malgré une distribution  où il n’y a pas n’importe qui:  Fred Cacheux , Jeanne Balibar , Jean-Louis Coulloch’, Vincent Macaigne, Julie Péricone . Mais , visiblement, ils ne savent pas où ils vont  et n’ont pas de présence, ce qui est un comble pour des comédiens de cette envergure.  Et il ne se passe rien: le texte passe inaperçu; et s’il n’y avait pas l’affiche avec le nom de Tchekov, on aurait bien du mal à identifier cette pauvre Cerisaie .
Même si les acteurs  font leur  travail, ils  jouent chacun de leur côté,  il n’y a aucune unité dans la mise en scène . Et surtout, on ne les entend pas, à cause en partie de la scénographie aussi stupide que prétentieuse de Julie Terrazoni,  que  même  un élève de première année aux Arts Déco n’oserait jamais présenter comme travail!
Imaginez un grand plancher blanc avec au-dessus une construction  métallique avec quelques vitres brisées ( merci pour le symbole!). La fameuse armoire de la chambre des enfants devient une bibliothèque vitrée de plus de deux mètres avec quelques vieux livres . Il y a aussi une tournette / gadget qui, à quelques moments, se met en marche dans  l’un ou  l’autre sens,  avec quelques personnages et quelques accessoires….histoire de donner un peu de vie? Et , comme la plupart des scènes se jouent  dans le fond du plateau, et qu’il y a un sous-éclairage permanent, ( vous savez le genre « clair-obscur qui donne de la profondeur, » autre stéréotype du théâtre actuel), on ne voit ni n’entend le texte, et l’on ne plonge en rien mais en rien du tout,  dans l’intimité de ces personnages, pourtant fantastiques comme le prétend  Julie Brochen, qui deviennent des ombres que les seules connaisseurs de La Cerisaie peuvent identifier.
Pas de force, pas de vie, pas de nuances. Juste un texte laborieusement dit. Mais sans doute est-ce nous ni le public qui n’avons rien compris ! Et que Julie Brochen n’aille surtout pas prétendre que l’Odéon n’a pas une bonne acoustique !  Ou bien qu’à Strasbourg, c’était nettement mieux! Au bout d’un quart d’heure à peine, l’hémorragie  de spectateurs excédés  commence, avec ce que cela suppose de dérangement et de gêne pour les comédiens pris ainsi en otage.
A la presque fin, il y a un grand lustre qui descend  sur la scène, mais on ne saura jamais pourquoi. ( encore le symbole de la décadence puis de la fin de La Cerisaie qui vient d’être vendue. Sans que la scène donne naissance à la moindre émotion palpable, ce qui est quand même à peine imaginable. Du côté costumes,  ce n’est guère  plus très brillant; Julie Brochen dit s’être « inspirée des années 20 aux années 40-50 en se détachant de la Russie, de l’idée de costumes, de représentation pour retrouver des vêtements » . (????). Mais elle a tout confondu : costumes et vêtements.  Résultat: un bric-à-brac de tissus tristes sans unité et peu crédible.
Par pitié,  Miss Borchen, relisez Barthes , Brecht et compagnie! Que peut-on sauver de ce naufrage? Pas grand chose, sinon quelques beaux chants choraux ( cela fait toujours plaisir dans ce monument d’ennui), une belle mais courte scène avec Charlotte/ Cécile Péricone, et la fin où le vieux Firs se retrouve seul , et lit la didascalie: là, enfin passe un peu d’émotion. Mais ce  n’est pas beaucoup pour deux heures  d’une chose  qui n’aurait jamais dû dépasser le stade d’un chantier privé et qui n’a rien à faire sur la scène d’un Théâtre national.
En tout cas, il  y a bien longtemps qu’à l’Odéon, on n’avait pas entendu , au moment des saluts, des huées, des « lamentable » et autre noms d’oiseaux; les applaudissements furent bien maigres, et le troisième rappel s’est fait à l’arrache, alors que le public commençait déjà à sortir. Le public certe peut avoir tort mais il nous a semblé hier soir particulièrement patient et poli. C’est d’autant plus dommage pour les collégiens assez nombreux qui, à la sortie, se posaient des questions sur  ce que pouvait bien être le théâtre contemporain ou du moins qui se revendique comme tel, et joué avec des moyens tout à fait corrects…Leurs professeurs avaient l’air assez gêné, et pour cause!
Bref, une soirée perdue.   Reste à savoir comment  cette insipide avatar de La Cerisaie a pu arriver jusque là. Quelle tristesse! Enfin si vous voulez constater l’étendue des dégâts, aucune difficulté: il y a des places…

 

Philippe du Vignal

 

Odéon-Théâtre de l’Europe jusqu’au 24 octobre.

Oh! Les beaux Jours

Oh! Les beaux Jours de Samuel Beckett, mise en scène de Robert Wilson.

ohlesbeauxjoursautheatrelouisjouvetlandscapegallery.jpg   On connaît bien ce presque monologue, que Beckett écrivit en 61, autrefois magistralement interprété par Madeleine Renaud. Le texte, ce » long ruban de paroles » comme le précise le programme, comporte autant de didascalies que de bribes de discours. Et Beckett ,sur ce point d’une précision absolue! Willie parle, parle beaucoup, des souvenirs de sa vie mais aussi de ses lectures  et l’écrivain/metteur en scène a toujours surveillé de très près l’interprétation de son texte. Beckett disparu, comment s’ est débrouillé Bob Wilson?
  Il a conçu une sorte de rocher aux lames aigües noires , dont la vue est plus satisfaisante au parterre qu’au balcon où l’on voit un peu l’envers du décor qui n’a sans doute pas été conçu à l’origine à Milan pour une salle à l’italienne. Et il y a ces lumières changeantes en fond de scène dont Wilson s’est fait une spécialité jusqu’à l’auto-académisme. C’est très bien réalisé comme d’habitude, et souvent de toute beauté, comme si Wilson s’était d’abord fait plaisir à lui-même, comme depuis déjà longtemps en faisant de la belle image soutenue par d’impeccables effets sonores et vocaux.
   Oui,  mais… L’interprétation de la grande actrice italienne Adriana Asti et de Govanni Batttisti Storti ( Willie) sur le plan de la sensibilité et de la gestuelle comme des expressions du visage est tout à fait remarquable, malgré la direction d’acteurs un peu sèche de Wilson, en partie sans doute due au micro H.F. Là où cela va moins  bien, c’est quand certaines phrases  sont marquées d’un fort accent italien, ce qui nuit à la fois à la fluidité et même à la compréhension du texte, et c’est vraiment  dommage.
  Alors à voir? Peut-être davantage pour ceux qui veulent voir comment Wilson traite Oh! Les Beaux Jours; il y a en  effet un côté exercice de style irréprochable mais un peu agaçant, un peu académique, et  l’on aurait aimé un peu plus de sensibilité beckettienne.

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet , jusqu’au 9 octobre.

Chansons des jours avec et des jours sans

 
Chansons des jours avec et des jours sans, cabaret composé de chansons du répertoire de La Prochaine fois je vous le chanterai, conception et direction artistiques de Philippe Meyer.

  Les « casquettes » de Philippe Meyer sont nombreuses; à la fois professeur à Sciences Po, auteur et interprète de chansons et textes avec  Paris la Grande au Théâtre de la Ville, chroniqueur politique à France-Culture le dimanche et animateur d’une des émissions hebdomadaires les plus écoutées de France-Inter: La prochaine fois je vous le chanterai, composée de chansons sur un thème particulier. Ici, c’est une sorte de cabaret de chansons avec sept acteurs de la Comédie-Française: Florence Viala, Loïc Corbery, Serge Bagdassarian, Marie-José Ferdane, Chrisitan Hecq et Félicien Juttner , et un petit orchestre dirigé par Pascal Sangla.
  Ce sont des chansons en général peu connues des années 20 à la dernière guerre mondiale interprétées en solo, duo ou trio, voire en chœur pour quelques unes. Les mélodies de Trenet, Villard, Damia, Fréhel… se succèdent; ce qui frappe, c’est d’abord le plaisir qu’y prennent ces comédiens et le soin qu’il apportent à chacune de leurs interprétations.
  Rares sont ceux, parmi les acteurs, qui n’ont pas été fascinés par la chanson;  surtout chez les actrices: Brigitte Bardot, Delphine Seyrig, Sandrine Kiberlain,  mais aussi bien sûr Mouloudji, Bourvil… Mais pas tellement dans les théâtres officiels comme la Comédie-Française, et c’est, en une heure chrono,  un petit bonheur, fort bien conçu et mis en place par Philippe Meyer.
   Cela se déroule sans à-coup, avec beaucoup d’humour, d’intelligence et de tendresse, comme si les sept comédiens du Français avaient tout d’un coup retrouvé le plaisir d’être sur scène, loin des querelles, des coups sinistres ( le renvoi de Catherine Hiegel) et de la lamentable histoire de la tentative d’O.P.A. sur la maison de la Culture de  Bobigny ( voir les articles du Théâtre du Blog). C’est délicieux comme un bon petit gâteau à l’heure du thé.
   A une réserve près- encore pas  content le du Vignal?- Non, pas tout à fait, on ne voit pas bien pour quoi Philippe Meyer a fait mettre ces micros , et pour les acteurs, et pour les musiciens, si bien que la balance n’est pas très bonne , et c’est un euphémisme… Cette manie contemporaine, est  particulièrement inutile dans une salle de 100 places  comme le Studio, et les voix, du coup, prennent un coup d’uniformité. Et c’est dommage parce que tous les acteurs sont excellents, en particulier, les trois jeunes femmes. Ce serait bien aussi que les titres des chansons  figure dans le programme mais bon…
  Alors à voir? Oui, aucun doute, si du moins vous avez la possibilité d’être dans le centre de Paris  pour 18 heures trente, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Reste à espérer que le spectacle puisse être programmé à un horaire habituel du soir, et pour quoi pas aussi en Province comme on disait ou en Régions si vous préférez… Sinon, vous avez toujours la possibilité d’écouter France-Inter le samedi matin.

Philippe du Vignal

Studio-Théâtre, Galerie du Carrousel du Louvre 99 rue de Rivoli Paris 1er, jusqu’au 31 octobre.

   

I Demoni (suite)

 I Demoni de Fedor Dostoïevski,(seconde partie)  adaptation et mise en scène de Peter Stein.

 La journée s’est à peine écoulée que la représentation du spectacle a repris hier à 18 heures. Peter Stein refait sa  petite présentation en conseillant d’être vraiment à l’heure après chaque pause de façon à ce que l’on ne dépasse pas minuit… Il y a eu une certaine évaporation de spectateurs  mais ceux qui sont revenus sont toujours aussi attentifs.
Von Lembke, le nouveau gouverneur et son épouse s’adresse à la population dans un jardin public , puis il reçoit Piotr Stépanovitch qui accuse Chatov de fomenter un complot, et il persuadera ses camarades que Chatov  est en fait un espion. Mais Stavroguine  et Piotr vont se bagarrer, parce que Stavroguine ne veut pas être impliqué dans les intrigues de son camarade. Autre action en parallèle: Vavrara ne veut plus loger Stépane et luin propose de l’argent pour qu’il aille ailleurs mais il refuse. Liza aura une crise nerveuse quand elle apprend qu’il déclare avoir épousé  maria la Boiteuse il y a cinq ans. Situation sociale difficile et Voin Lembke effectue une répression sur les ouvriers. Quant à Stavroguine, très psychiquement  perturbé , il va  se confesser au Père Tikhone d’un crime odieux: le viol d’une enfant de onze ans qui se pendra ensuite;il  lui déclare qu’il veut faire imprimer cette histoire. C’est une belle scène très sobre, traitée par Stein avec  beaucoup de vérité et de sensibilité.
Réception chez von Lembke qui, la vodka aidant, tourne au désastre à cause d’une provocation politique de quelques membres du Cercle, alors qu’on apprend que des incendies ont éclaté dans la ville, ce qui fait fuir tout le monde. Liza , dans le fond, se rhabille: on voit qu’elle vient de faire l’amour avec Stravoguine auquel Piotr, le fils de Stepane  apprend que que Fedka a tué Lebidakine et Maria la boîteuse.
Liza qui a compris la situation s’enfuit pour aller voir les cadavres mais accusée par la foule, elle est tuée. Les membres du Cercle révolutionnaire discutent du sort de Chatov et Pïotr décide de l’exécuter; quant à Maria l’ex amante de Stavroguine, elle revient chez son époux Chatov… pour accoucher. Piotr lui arrive chez Kirilov pour lui faire endosser la responsabilité du meurtre politique en lui réclamant la lettre promise; ce qu’il refuse mais Kirilov finalement se suicide.
1337972252.jpgPar ailleurs Stravroguine, ravagé, revoit Dacha mais décide de la quitter  et se suicidera peu après d’un coup de revolver. Quant au pauvre Stépane, on le retrouve agonisant ou presque dans les ruines; Varvara le fait allonger; il s’avouent leur amour  mais Stépane meeur aussitôt Stépane meurt aussitôt.
II y a une grande  différence de qualité avec  la première partie, comme si Peter Stein avait mieux situé les enjeux. Et, à part le début , pendant la réunion dans le jardin public qui traîne, le reste des scènes est beaucoup plus fluide, et dramatiquement beaucoup plus intéressant. Les scènes d’amour en particulier sont très  bien traitées et il y a comme un crescendo :  liaison entre Liza et Stravoguine, accouchement brutal de Maria, assassinats politiques, mort de Stépane et enfin suicide de Stravoguine.
Certes, bien des scènes auraient mérité un élagage. Mais Peter Stein semble beaucoup plus à l’aise,  et en particulier les éclairages  sont beaucoup plus fins. Cela dit, il aurait pu nous dispenser des mètres cubes  de fumigènes éclairés de rouge sang pour figurer l’incendie, ce qui fait vraiment vieux théâtre. Mais la dernière heure quarante est vraiment de tout premier ordre. Il y a enfin! un véritable rythme dramatique qui se met en place. Et les comédiens  comme chauffés sont encore plus fabuleux , avec un côté jeu de cinéma tout à fait séduisant et singulièrement efficace. Là , on retrouve le grand Peter Stein.

Alors que faire? To go or not to go? Si vous êtes un fana inconditionnel  de Dostoïevski, pourquoi pas… Avec  de très grandes réserves sur la première partie qui ne méritent pas vraiment le déplacement. (On vous aura prévenu).
Pour la seconde, pourquoi pas, en sachant que cela dure plus de six heures: alors, mieux vaut avoir raiment envie d’y aller et ne pas être fatigué si l’on veut suivre le scénario quand même compliqué.
Ou encore, si vous n’êtes pas certain de tenir le coup, arrivez à 21 h 45 après la pause, pour la dernière partie et demandez gentiment (ou ne demandez rien) s’il ne reste pas une petite place. Vraiment les dernières scènes sont très belles… Mais on les aura  bien méritées!

Philippe du Vignal.


Odéon-Ateliers Berthier ; encore deux intégrales samedi 25 et dimanche 26 de 11 heures à 23 h 30 environ. Puis, un peu partout en octobre, dans plusieurs villes italiennes:Prato, Reggio d’Emilie, Pordenone et Turin Voir le site: www.idemoni.org

I Demoni

 

 

I Demoni de Fedor Dostoïevski, (première partie), adaptation et mise en scène de Peter Stein. ( En italien surtitré)

 

lesdemonstheatredostoievski.jpgLe grand Peter Stein, après avoir dirigé la Schaübuhne pendant quelque dix sept ans, s’est installé près de Rome et il revient  dans la grande salle des Ateliers Berthier qui lui convient parfaitement, lui qui a fait autrefois des études d’histoire de l’art et qui aime tant imaginer des situations dans un grand espace donné. Comme, entre autres, dans cette magistrale version de l’Orestie d’Eschyle que nous avions vu et à Bobigny, puis à Maubeuge en russe, ou dans La Cerisaie.
Peter Stein, tout de noir vêtu, vient, avant le spectacle, calme et déterminé dire quelques mots au public pour lui dire qu’il tient absolument à nous faire partager sur une scène l’amour qu’il a pour le célèbre roman de Dostoïevski (qui a toujours attiré les metteurs en scène). Peter Stein qui aime bien les spectacles longs, annonce tout de suite la couleur: six heures de spectacles avec deux petites pauses et 45 minutes d’entracte!
Ce qu’il ne dit pas, c’est la méfiance qu’ont eu les directeurs de théâtres italiens pour ce genre de performance, et on peut les comprendre. Il n’y a pas vraiment de décor. Mais c’est très bien. Un grand canapé revêtu de tissu ocre, deux tables  et quelques banquettes et chaises rustiques en bois , et un piano droit noir. Et quelques murs sur roulettes avec des accessoires.
De chaque côté de la scène , deux grands châssis blancs avec deux entrées sans porte.Au fond un rideau noir, et des projecteurs et rampes lumineuses apparents. Sur le devant de la scène un petit praticable. Rigueur géométrique, intelligence de l’espace, et volonté évidente de s’en tenir au seul texte et à son interprétation. Pour les lumières: tubes fluo de couleur et projecteurs halogènes blancs: autant dire tout de suite que  ni Peter Stein ni  Joachim Barth, le créateur lumière ne font dans l’effet: c’est un parti-pris mais les personnages se détachent bien, trop peut-être… un peu perdus sur cette grande scène bétonnée. Nous vous épargnerons la totalité du scénario du célèbre roman, trop long et surtout trop compliqué à résumer;  sachez simplement que cela se passe dans une petite ville de la province  vers 1870, au moment où le servage est en train d’être aboli; on attend l’arrivée d’un nouveau gouverneur, et celle de Nikolaï Stravoguine, jeune homme assez imprévisible  qui doit chez sa mère Varvara Pétrovna, veuve d’un riche propriétaire foncier qui vit avec Stépane Trofimovitch Verkhovenski, ancien précepteur de Nikolaï. Le jeune homme appartient à un cercle d’idées progressistes où il va se bagarrer avec Gagarov. Et sa mère décide alors de lui faire épouser  Liza, la fille de Prasconia, l’une de ses amies.
Prasconia lui raconte qu’au cours d’un voyage en Suisse, Nicolaï et Liza n’ont cessé de se disputer, et que Nikolaï  montre beaucoup de sympathie pour Daria, une jeune femme proche de Varvara qui veut alors marier la jeune Daria à Stépane qui pourrait,  ou presque, être son père. Stépane, angoissé, se confier à son ami Lipoutine, ingénieur qui est un nihiliste convaincu et adepte du suicide. Il y a aussi Grigoreïev qui croise Kirilov et lui confie ses idées sur le suicide, avant de se rendre chez Chatov et qui déclare sa haine profonde pour Stravoguine, lequel aurait eu une liaison avec la femme de Chatov. Liza arrive, avec sous le bras un dossier de projet d’édition qu’elle présente à Chatov; Varvara encontre une jeune femme boîteuse qui se révèle être la sœur de Lébiadkine…Prasconia surgira en accusant Varvara de compromettre sa fille Liza dans un scandale: Stravoguine aurait épousé la boîteuse…
Voilà: vous avez une idée si vous avez un peu oublié le roman, de la complexité du scénario où nombre d’actions secondaires qui s’encastrent les uns dans les autres. Bien entendu, il y a quelque personnages centraux comme Nicolaï Stravoguine, Varvara ,Stépane, et dans une moindre mesure, le Gouverneur et sa femme. Reste à savoir comment Peter Stein est arrivé à maîtriser ce fleuve  de situations et à faire d’ une suite de chapitres et surtout de dialogues romanesques où il faut se plonger, comme le font les lecteurs fanatiques de Dostoïevski. C’est comme toujours chez le metteur en scène allemand, d’une rigueur absolue sur le plateau et il possède une remarquable direction d’acteurs. Il y a 26 comédiens! Qui, certes, ne sont pas tous aussi exemplaires mais l’ensemble de la distribution est très crédible et il faut citer particulièrement les remarquables Ivan Alovisio ( Nikolaï), Maddalena Crippa (Varvara) , Elia Schilton ( Stépane) et Pia Lanciotti ( Maria ).
Bon cela dit,  il y a trop de différences profondes entre un dialogue inclus dans un univers romanesque et celui qui peut exister sur un plateau de théâtre. C’est une question d’espace, de temps mais aussi d’énonciation. Peter Stein , quand il présente le spectacle au public ne craint pas les syllogismes:  » Si l’on veut reraconter le roman, alors c’est clair, on a besoin de temps ». Sans doute,  mais faudrait-il encore s’entendre sur ce fameux  » temps  » qui ne peut être en rien celui de la vie quotidienne, et ce qu’avait bien compris encore le tout jeune Bob Wilson quand il avait monté Le regard du Sourd en neuf heures Isoler les dialogues d’un roman comme ceux des Possédés pour arriver à en faire sinon une pièce du moins un objet théâtral, c’est comme le disait Vitez,  un peu naïf. Il y faut beaucoup plus, quitte à commettre des infidélités…Et, mises bout à bout  ces dialogues à deux voire à trois personnages ne sont pas désagréables à regarder, on ne s’ennuie pas vraiment mais c’est quand même très long et très bavard !

  Même si les acteurs, répétons-le sont excellents, et ont de beaux costumes… Les scènes les plus réussies- mais rares- sont celles de groupe, où il a une véritable harmonie et là on retrouve le grand Peter Stein. Mais pour le reste, cela ne fonctionne pas vraiment! En fait, ce qu’il a raté, c’est la mise en place d’un fil rouge et d’une durée théâtrale, bref pour faire court, d’une  dramaturgie. Et comme les panneaux du surtitrage- très bien fait- sont beaucoup trop petits, le public en haut des gradins, avait quelque mal à le lire, et  donc à se retrouver dans cette intrigue complexe. Ce qui n’arrangeait  pas les choses…. Du coup, l’ensemble de cette mise en scène a quelque chose  d’assez statique, d’aseptisé, de trop propre sur elle, et l’on ne voit pas bien-et même pas du tout- c’est la folie de ces personnages qui envahit le roman, cette folie qui agite aussi bien Stravoguine surtout mais aussi Kirilov, Chatov comme Maria la boîteuse. Certes , l’on parle de suicide, de monde sans Dieu, de nihilisme, d’extrémisme révolutionnaire: autant de leit-motivs du roman que l’on ne retrouve guère dramatiquement gérés dans cette mise en scène.
A part quelques rares moments, comme cette scène de duel à la fin de cette première partie où ,enfin, vie et mort semblent alors posséder une vraie signification. Mais où sont passés ces Démons ou ces Possédés comme l’annonce le titre? Cette première partie est donc assez  décevante. Le public-pas jeune, jeune- a applaudi poliment mais sans grande chaleur… Il faut être un grand homme pour savoir résister au bon sens, écrivait Dostoïevski. Nous ne sommes pas un grand homme mais nous résisterons au bon sens qui consisterait à en rester là , et nous vous rendrons compte de la seconde partie qui a lieu demain mercredi.

 

Philippe du Vignal

 

Odéon-Théâtre de l’Europe/ Ateliers Berthier. Jusqu’au 26 septembre de 18 heures à 23 h 30. Pas de représentation aujourd’hui en raison de la grève. Relâche vendredi. Intégrales samedi 25 et dimanche 26.
Note à benêts: dans ce cas, l’intégrale dure quand même douze heures entracte compris.

 

Récits de femme

Récits de femme, textes de Franca Rame et de Dario Fo, mise en scène de Dimitri  Dubreucq.

coupleouvert.jpgLe spectacle est composé de deux monologues de Franca Rame: Nous avons toutes la même histoire, Une femme seule, et du célèbre dialogue de Dario Fo: Couple ouvert à deux battants. Franca Rame raconte d’abord l’histoire de Gina- hélas trop souvent vécue en Europe, dans les années 70, d’une grossesse non désirée, quand une femme se retrouve bien seule, face à un mari qui panique à l’idée d’être père.
Dans Une femme seule, Marie raconte par la fenêtre à sa voisine son enfermement, puisque son mari verrouille la porte. Elle aussi est très seule, avec son bébé et un beau-frère dérangé qui la traite comme un objet sexuel.
A la fois, résignée et révoltée contre la vie qu’elle doit subir. Mais,  quitte à passer pour un affreux anti féministe, il faut dire que les deux monologues de Franca Rame, quand elle les dit, elle, ont sans doute une saveur particulière comme en attestent le succès qu’elle rencontre partout en Italie…Mais pas ici!  Cécile Leterme fait ce qu’elle peut pour tirer ces deux textes vers le haut mais on s’ennuie un peu.
Couple ouvert à deux battants, a une autre dimension: c’est un moment de l’histoire d’un couple, celui d’ Antonia et de Massimo,  lequel ne ne se gêne pas pour afficher ses conquêtes, alors qu’elle se livre régulièrement à des tentatives de suicides… Massimo, un jour, lui conseille de de trouver vite fait un amant, ce qui lui ferait, dit-il,  le plus grand bien…Puisqu’ils revendiquent tous les deux, la notion très soixante huitarde  de couple ouvert. Aussitôt dit, aussitôt fait ou, du moins, elle lui dit qu’elle fait!  C’est, dit-elle,  un grand professeur de physique dont elle est folle amoureuse. Vrai, ou pas vrai comme elle le lui avouera par la suite: on ne saura pas vraiment. Mais, en tout cas, le moins que l’on puisse dire, c’est que Massimo apprécie fort peu la plaisanterie: la liberté sexuelle a quand même des limites, du moins quand on est son épouse…
Lou Torjman est particulièrement brillante et impose vite son personnage; Sylvain Savard est moins convaincant mais cette petite pièce savoureuse qui fait la joie des élèves de théâtre, reste l’un des classiques du théâtre contemporain. L’ensemble ne fait tout de même pas une soirée; enfin si le cœur vous dit d’aller jusque dans cet endroit dont les normes de sécurité ne sont pas, une fois de plus, respectées et que vous ne connaissez pas Couple ouvert, après tout pourquoi pas, mais la pièce a été et sera sans doute mieux montée.

Philippe du Vignal

Théâtre des Saules, 53 rue des Saules, les jeudis, vendredis et samedi à 21h 30; le dimanche à 17 heures.

Olivier de Benoist


Olivier de Benoist, texte et mise en scène  de l’auteur.

olivierdebenoist.jpgCela se passe au Point Virgule,  créé en 75 par Martin Lamothe et Gérard Lanvin dans le Marais , et dévolu aux monologues de comiques et qui a vu défiler, entre autres et excusez du peu : Coluche, Palmade, Bigard, Vannier… Olivier de Benoist perpétue la tradition de cet humour en solitaire à la fois vachard et bon enfant, et qui fait la part belle à la langue française. Jeux sur les mots, jeux avec les mots, le tout arrosé d’un cynisme  et d’une férocité sans scrupules . Au deuxième, voire au troisième degré: rien n’arrête notre homme une fois lancé.
Dès la première minute, on sent qu’Olivier de Benoist possède , côté diction et gestuelle,un solide métier: avec une intelligence et un sens du plateau exemplaire, il sait s’emparer d’un public comme peu d’acteurs savent le faire, et s’arrêter au moment où les choses pourraient facilement déraper… Ce qui est sans doute la marque de fabrique des grands humoristes. Et , c’est pendant une heure, un feu d’artifice verbal absolument remarquable qui participe à la fois d’Aristophane, de  François Rabelais mais aussi de Blaise Pascal, Guy  Bedos et Raymond Devos, et surtout Pierre Desproges .
Il y a à la fois dans ce petit spectacle une virulence dans le texte et une empathie avec le public qui sont vraiment très rares… Bon, cela ne fait pas toujours dans la dentelle – et le second degré rejoindraient parfois le premier s’il n’y avait ce ton désanchanté et peersifleur à la fois, et quelques coupes ne nuiraient et pas- mais cela tombe bien, puisqu’il s’agit d’une mise en abyme des rapports hommes/ femmes. du genre:  » Quand on fait l’amour à deux, on perd 300 calories, seul, je devrais en perdre 150! »   Ou ce genre d’aphorisme:  » Je n’ai aucun à-priori sur la banlieue: je sais seulement que c’est loin et dangereux ».
Comme Olivier de Benoist a aussi dans son sac quelques remarquables petits  tours de magie,-histoire de marquer une pause dans ce délire verbal- l’heure passe sans que l’on s’en aperçoive, et il a une façon bien à lui d’emmener le public là où il veut. La fin du spectacle piétine un peu mais le dernier  tour de magie avec  l’apparition d’un poisson rouge dans un bocal,  est tellement réussi qu’on lui pardonne volontiers… Alors à voir? oui, absolument. On fait la queue dehors, on est mal assis , c’est un peu tard dans la  soirée,  mais quel régal!

Philippe du Vignal

Théâtre du Point Virgule, rue Sainte-Croix de la Bretonnerie à 21h 30

Jeux de scène

   Jeux de scène de Victor Haïm, mise en scène de l’auteur.

dsc0176.jpg La pièce de Victor Haïm fut créée il y a quelques dix ans; c’est  du théâtre dans le théâtre, une fois de plus! Mais bon… On assiste donc à la première répétition de la nouvelle pièce d’une auteure très connue (qui joue aussi le personnage de l’auteure) avec une jeune star. Elles  ont eu autrefois une histoire d’amour et se connaissent donc très bien. Cela se passe sur une scène un peu encombrée par les accessoires de la pièce de Shakespeare qui  précède ( ce qui n’est pas très crédible) ; il y a juste  une table ronde et deux chaises,  dont les deux personnages  ne décollent guère, ce qui donne un côté statique à la mise en scène.
Il y a donc sur le plateau ces deux actrices mais pas de metteur en scène, et  un technicien lumière invisible auquel l’auteure s’adresse. sans que l’on puisse y croire une seconde. De leurs  amours d’autrefois,  ne reste plus qu’une certaine connivence et l’obligation de travailler ensemble. Et très vite, on s’en serait douté, les tensions vont s’exacerber entre l’écrivain , plus âgée et plus sûre d’elle, et la jeune femme qui ne demande qu’ une chose: être vue et admirée. Jusqu’à la brouille finale, vite  suivie par une réconciliation obligatoire., assez peu crédible.
La pièce de Victor Haïm a du mal à démarrer et est souvent  bavarde, jusqu’au moment où, enfin, la confrontation entre les deux femmes devient impitoyable: perfidies, vacheries sournoises, plaisir sadique à voir l’autre souffrir: le dialogue est alors tout à fait remarquable. Malheureusement, Victor Haïm a voulu prendre les choses en main et assurer la mise en scène. Qu’il sache ce que dit la pièce, comme il l’écrit lui-même, est une chose dont on ne doute heureusement pas, mais il patauge, et dans sa mise en place, et dans sa direction d’acteurs,  et dans la scénographie ( non signée) , ce qui fait quand même beaucoup, et mieux vaut ne pas s’étendre sur le surlignage des apartés par un coup de projecteur: ce genre de trouvailles frise l’amateurisme distingué!
Katherine Mary  rame en vain pour  jouer l’auteur: elle n’ a pas du tout l’expérience nécessaire  pour affronter ce genre de rôles. Quant à Valérie Zarouk, c’est une jeune actrice qui possède une belle personnalité, et a un jeu précis et intelligent, mais, comme ici, elle n’est pas dirigée, elle ne semble pas très à l’aise, et essaye de s’en sortir tant bien que mal.  Donc, dans ces conditions, comment croire à ce règlement de comptes entre les deux femmes ?
Tout se passe en fait, comme si l’auteur avait regardé les choses se faire au lieu d’imposer une ligne directrice solide, et  ce n’est  pas à Victor Haïm, vieux routier du théâtre que l’on va apprendre qu’une mise en scène se construit et que ce n’est pas aux comédiens de le faire.. Comme chacune des deux actrices joue de son côté,  la pièce déjà longuette, malgré  toute la force de son dialogue, n’en finit pas de finir…  Jeux de scène se joue depuis une semaine mais on ne voit pas bien comment les choses pourraient s’améliorer . Peut-être d’abord avec quelques coupes au début, un recadrage drastique du jeu et de la mise en scène; mais en général,  on sait que c’est c’est bien difficile. Dommage !
Alors à voir ? Non, même si le théâtre du Ranelagh ne manque pas de charme.

Philippe du Vignal

 Théâtre du Ranelagh  jusqu’au 20 novembre.

Pyrame et Thisbé. Festival d’Aurillac

 Pyrame et Thisbé par la Compagnie Gérard Gérard.

C’est une petite forme , comme aurait dit le cher Antoine Vitez sur une petite place du vieil Aurillac pour une petite jauge ( 100 personnes maximum). C’est , sur le thème de la fameuse histoire d’amour reprise par Shakespeare dans Le Songe d’une nuit d’été, joué par deux jeunes acteurs, Julien Bleitrach et Alexandre Moisescot. Quelques bouts de costume, une grande malle, quatre accessoires et quelques compères dissimulés dans le public: c’est tout et une demi-heure à peine, un petit moment de théâtre aussi  bête que jubilatoire,  c’est à dire intelligent et fin. Diction et gestuelle impeccable, sens du rythme et de la parodie; même si le travestissement a beaucoup servi, les deux compères savent s’y prendre pour que ce ne soit jamais vulgaire, même si c’est gros comme une ficelle, et  c’est surtout terriblement efficace…La Compagnie Jolie Môme joue aussi à une vingtaine de mètres: c’est dire que la concurrence vocale des chansons est là mais le public restait très attentif et  était visiblement heureux de cette bouffée d’air frais.
La Compagnie jouait aussi  dans la soirée son remarquable Roméo et Juliette qui l’a lancée il y a quelques années mais que nous n’avons pas pu revoir. Dans les centaines de compagnies dites « invitées », les Gérard Gérard qui résident à Perpignan ont su marquer leur territoire. Après tout, le Festival d’Aurillac , malgré la médiocrité de plupart des spectacles du off sert aussi à celà…Et chacun sait que le Théâtre du rue est une des plus rudes écoles qui soient!

Philippe du Vignal

25 et  26 aout à PARIS.Festival Les Arenes de Montmartre, Belleville, à PARIS.le 25 aout : 17h30 et 19h30le 26 aout : 17h30 et 20h »

le 29 aout à Herve (Belgique).Festival Rue du Bocage à 14h30 et 17h30.

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