Satellites Quand la lune se lève Part 2. Festival d’Aurillac

  Satellites  Quand la lune se lève Part 2. Illimitrof’ Company

satellites.jpgCela se passe dans le haras d’Aurillac, à la périphérie de la ville, tout près du Géant Casino , du magasin But et du Centre médico-chirurgical, survolé par une ligne à haute tension et pas très loin de l’ aéroport. Comme de plus, les bâtiments contemporains du haras sont d’une laideur à couper le souffle, vous comprenez vite qu’il ne s’agit pas d’une endroit idyllique. A l’entrée, de charmantes hôtesse chinoises remettent à chaque spectateur, un casque audio avec un visière représentant un visage à l’envers photographié en noir et blanc. Par politesse, on ne pose pas de questions. On vous invite  ensuite à pénétrer dans le haras.
Il s’agit  « d’un parcours, performance vivante, plastique et déambulatoire occidentalo-chinois » ( sic). » A travers un parcours émotionnel, soutenu par un effet de concentration auditive ( auido-guidé) vous serez propulsés dans une tentative de rencontre profonde entre deux cultures duettistes. Bertrand Dessane cherche inlassablement depuis vingt ans à nous faire sentir cette urgence de rapprochement culturel. Ici dans satellites 2 il pousse l’expérience à l’extrême, avec un acteur chinois face à un acteur occidental qui va tenter de se comprendre et de s’identifier » ( sic). En fait, si l’on résume: quelques petits textes insignifiants  dits dans le casque qui, au bout d’un quart d’heure , commence à faire mal à la tête, quelques passages dans des tentes regroupées où il ne se passe strictement rien. Un petite carte que l’on vous remet et avec laquelle vous devez vous retrouver un idéogramme de traits inscrits avec de la farine blanche sur un cercle de terre dans le manège. Mais comme on ne  donne aucune explication, tout le monde se trompe sur le sens envers/endroit du cercle et l’exercice tourne court… Ensuite le groupe de quarante personnes est scindé en deux, et celui auquel j’ai l’honneur et l’avantage d’appartenir est prié d’assister à une sorte de rituel auquel se livre l’acteur chinois dans une tente où il est enfermé. Rituel qui est la copie conforme ou presque d’une performance dans un jardin public l’après-midi du même jour; comme c’était gratuit, le public n’a rien dit mais s’était enfui vite fait dès la fin. On est prié d’entendre quelques uns des célèbres versets bibliques:  » Il y eut un soir, il y eut un matin… dits par l’acteur occidental;  on ne voit que l’ ombre de l’acteur chinois jusqu’au moment où il déchire des cloisons de papier. Quelques petites promenades toujours guidées par les hôtesses chinoises plus loin, nous nous retrouvons devant deux  hexagones de tissu blanc seulement éclairées par deux lampes de poches où l’acteur chinois effectue une danse. C’est bien le seul instant où il se passe quelque chose!  Après un nouveau  passage dans une tente, devant une table où deux couverts sont disposés sur une table nappée de rouge: une assiette avec des couverts  et en face, un bol avec des baguettes. Un Bible ficelée et en face Le livre du Li Jing. On vous donne une enveloppe rouge avec un petit message identique pour tous les spectateurs. Bonjour les symboles…. Et tous aux abris! Plus vain, plus prétentieux, plus inutile, malgré les moyens techniques mis en œuvre.
On peut se demander pourquoi et comment des choses aussi navrantes ont lieu dans le cadre du Festival officiel.Reste à comprendre comment et pourquoi la chose a réussi à atterrir jusqu’à Aurillac.
En tout cas, si vous la trouvez sur votre chemin, fuyez, fuyez: cela vous évitera de perdre une heure et demi de votre précieuse vie! Même si l’on vous propose de changer d’identité, puisque le spectacle se présente comme l’histoire d’un homme qui partage sa vie entre Occident et Chine, ce que l’on vous montre tient de la supercherie. Heureusement, le public- aucun jeune ou presque- n’a pas l’air dupe! C’est plutôt rassurant.

 

Philippe du Vignal

Spectacle  vu le 20 août au Haras national d’Aurillac
.


Archive de l'auteur

Ligne de front. Festival d’Aurillac

Ligne de front de Paul Bloas et Serge Teyssot-Gay.

paulbloaspaulbloas.jpgLe Festival de cette année a donné la part belle à des artistes auteurs de performances comme Jöel Hubaut, Michel Giroud ou Spencer Tunik, connu pour ses installations de corps nus…Imaginez la gare d’ Aurillac, petite gare aimable située à une centaine de mètres de belles prairies parsemées de bosquets de châtaigniers mais dépourvue de tout train, comme de tout personnel de la SNCF,  puisqu’il y a des travaux sur les deux lignes menant à Clermont-Ferrand comme à Brive. Bref, une belle petite gare silencieuse avec ses feux de signalisation tous bloqués au rouge. Un vrai décor, mais sans scène ni aucun projecteur où, sur le dernier quai,  Paul Bloas, artiste peintre qui travaille essentiellement dehors sur de grandes surfaces de papier et, à ses côtés, Serge Teyssot-Gay, son complice depuis longtemps, mais aussi guitariste du groupe Noir Désir.

 Sur le quai donc,  pas grand chose: deux grands panneaux verticaux couverts de papier, un escalier en bois sur roulettes pour atteindre le haut, et un autre panneau de papier en longueur pour recevoir quelques phrases. Sur les voies, un praticable avec les pots de couleur et les pinceaux du peintre. Teyssot-gay joue en permanence, et il y a parfois de singuliers vrombissements et des phrases musicales qui rappellent les accents d’un violoncelle. Pendant tout le temps de cette performance, Paul Bloas, comme électrisé par la musique va parfaire deux silhouettes d’homme à coup de fusain et de balafres de peinture, avec de temps en temps, comme des sortes de repentirs quand l’artiste reprend certaines parties avec quelques touches d’ocre léger ou à la fin de grands traits de bleu. cela ne manque pas d’allure et les quelque deux cent personnes sagement assises sur le bord de l’autre quai regardent se faire devant eux ce qu’il faut bien appeler une œuvre picturale. 

Les petites phrases écrites au feutre par Paul Bloas sur des feuilles de papier sont sans doute moins convaincantes mais il y a, dans cette fluidité du temps comme de la musique, quelque chose qui passe auprès du public, le temps  d’une heure ponctuée à la fin par les sept coups de 19 heures au clocher d’une église voisine. Comme si la peinture-éphémère aussi-de  ces deux grandes silhouettes rencontrait l’éphémère d’un acte théâtral et surtout musical.

Et, pour une fois, il y avait beaucoup de jeunes gens dans le public…
Jean-Marie Songy, le directeur du Festival, avait l’air heureux-  et avec raison- de son coup, d’autant plus que cette création restera unique et ne pourra plus être renouvelée l’an prochain, puisque la circulation des trains aura repris…

Philippe du Vignal

Performance vue à la gare d’Aurillac le 18 août, reprise le 19 à 11 heures et à 18 heures.

 

Traces Festival d’Aurillac

  FESTIVAL D’AURILLAC

 » Traces  » Le Petit Théâtre de Pain, écriture par la troupe et Aurélien Rousseau,   mise en scène de Fafiole Palassio. 

    traces.jpgCela se passe dans la cour de l’institution Saint-Joseph, pas très loin de la gare. Devant des bâtiments d’une rare banalité, la maire de l’endroit, le promoteur immobilier assisté de son fils et d’un collaborateur de l’entreprise démontrent au bon peuple les bienfaits de la réhabilitation totale de leur quartier avec des arguments imparables du genre : « L’avenir appartient à ceux qui ont des ouvriers qui se lèvent tôt ». Ils jonglent brillamment avec des chiffres colossaux, enfilent les perles: « On ne peut pas faire plus, on fait déjà beaucoup », ou bien citent Valéry: « Le vent se lève, il faut tenter de vivre ».   C’est plutôt drôle et bien enlevé, même si cela n’a rien de très original, et les quatre compères se débrouillent bien. Mais l’on a un peu / beaucoup de mal à croire aux déclarations d’un perturbateur qui les met en accusation. Puis l’on nous prie de nous diriger vers une sorte de mini-cirque aux gradins en bois. Il y a, suspendus à des mâts, quelques fils avec des crochets, des chaises métalliques, et toute une collection de costumes accrochés en fond de plateau (dont étrangement il ne sera pas fait usage).
Le vent se lève, et il ne fait plus chaud du tout… mais le spectacle continue: rapidement, l’on passe de petites tranches de vie d’habitants du quartier à celles de gens ordinaires, aux profils très divers et aux problèmes banals : une mère célibataire avec son enfant qui n’arrive pas à joindre les deux bouts, un jeune étranger orphelin de père qui n’arrive pas à s’en remettre, un couple qui perd son enfant, un père de famille à ses dernières heures et dont le passé semble louche, etc. Au final, ce qui se passe ici sous nos yeux pourrait se dérouler n’importe où. Et l’on comprend que les travaux de rénovation initiaux n’étaient qu’une amorce, et que la veine de vie perturbées par les décisions politico-économiques ne sera pas creusée.

Quid du fil conducteur ? Quid de l’intrigue ? Quid du propos ? C’est malheureusement la pierre d’achoppement de ce spectacle. Si les acteurs (qui sont aussi musiciens et chanteurs) sont dans l’ensemble plutôt convaincants et font preuve d’énergie, ils ne parviennent pas à masquer l’absence de discours, le manque de profondeur d’un spectacle au final bien superficiel et qui sent trop l’improvisation.
Du coup, les deux heures semblent bien longues.
Le dialogue assez faiblard est bourré de bons sentiments qui, comme chacun le sait, n’ont jamais donné du très bon théâtre; tout est bien qui finit bien, et le méchant promoteur n’était en fait qu’une victime de la shoah.
« La mise en commun des propositions et le souci de réinventer un théâtre vivant et métissé » ( sic) se révèlent un peu courts. Et « aller vers un théâtre populaire, jouer là où le théâtre est absent » exige sans doute davantage de consistance et d’exigence, à la fois dans le scénario, les dialogues, et la mise en scène.
Le froid devient plus vif et le spectacle qui s’étire, se termine plutôt qu’il ne finit… Alors à voir? Non, pas nécessairement….

Barbara Petit/ Philippe du Vignal
A l’institution Saint Joseph d’Aurillac jusqu’au 21 août.

Haïcuc Festival d’Aurillac

Haïcuc, concert vocal et dansé par la Compagnie des Piétons.

haicuc.jpg C’est un des spectacles présentés  dans le cadre des Préalables  du Festival , un peu partout à quelques dizaines de kilomètres d’Aurillac, notamment à Jussac, Saint Martin de Valmeroux, Montsalvy et Maurs où les Piétons ont installé leur petite scène sur la place de l’église. Quelques rangées de bancs et quelque 25 à 30 spectateurs ravis de l’aubaine, cadeau de la municipalité. Ils sont deux comédiens pantalon noir et chemise blanche. l’un chauve et l’autre barbe et longs cheveux noirs, chacun avec une plume collée sur le front; il y aussi une comédienne qui,  du haut du balcon présente chaque petite scène avec un mégaphone.

C’est comme ils le disent, plutôt un pot pourri qu’un manifeste.  Il y a des petites chansons, des comptines, une parodie de la Marseillaise assez virulente: « Aux actes citoyens, assez de pollution; qu’ un air si pur gonfle nos poumons ». Les deux complices ont , c’est évident une belle expérience du théâtre à, l’extérieur et savent  envelopper leur public avec bonhommie, ce qui n’exclut nullement une précision vocale et gestuelle qu’on ne trouve pas toujours dans les spectacles de rue. Ils ont un faible pour les jeux sur le langage comme cette suite de mots valises qui réjouit fort le public: douce amère, merdicole, colle à bois….Cela ressemble parfois,  aux meilleurs moments, à du Gherasim Luca, ce merveilleux poète roumain ( voir le Théâtre du Blog). Une reprise arrangée de Brassens: Les amoureux qui se bécotent sur les bancs publics. Ils sifflent dansent, s’accompagnent l’un l’autre avec le seul bruitage de leur voix. C’est bien amené et malin malgré quelques petites répétitions… Il y a aussi un  très beau moment, comme une sorte d’hymne aux minoritaires de toutes les nations, et une envolée lyrico-politique sur le Tibet dépecé, le saumon dénaturé, les crétins racistes et le délire boursier;  même si c’est parfois un peu démago, le public est ravi et l’heure passe très vite. le spectacle finit doucement avec le son des cloches annonçant 19 heures. Hasard ou programmation? En tout cas, cela ne peut pas mieux clôturer ce petit spectacle simple et sympathique.
On pense à la fameuse phrase de Brecht: « Qu’il serait doux le son des cloches s’il n’y avait tant de malheurs dans le monde ». Le Festival d’Aurillac proprement dit a lieu la semaine prochaine avec quinze compagnies invitées- dont:  26.000 couvert avec l’Idéal club, El Nino de la compagnie polonaise Theatre A Part, L’Obludarium, spectacle de cirque des Frères Forman ( Voir le Théâtre du Blog) et près de 400 compagnies dites de passage, appellation élégante pour désigner un  off qui n’en est pas vraiment un. Avec cette année une orientation sur la performance représentée entre autres par Joël Hubaut et Michel Giroud.

 Et le temps? Maussade pour le moment. frais le matin et chaud l’après-midi, avec risques d’orage en fin de semaine prochaine. Les compagnies de CRS et les gendarmes commencent à contrôler les voitures sur les routes menant à Aurillac, il y a des vigiles un peu partout dans les super marchés, et les marchands de rue achètent des sacs de purée en poudre pour préparer leur aligot de pacotille, les campings et les hôtels  se remplissent: bref, la capitale auvergnate  commence à prendre des airs avignonnais….
 Edith Rappoport, Barbara Petit et moi-même vous tiendrons informés des spectacles et  événements divers de ce festival qui a acquis depuis longtemps ses lettres de noblesse puisqu’il fête cette année ses 25 ans…

 

Philippe du Vignal

Chalon dans la rue (suite)

LA QUERMESSE DE MÉNETREUX ) O.P.U.S Chalon dans la rue 24/7 

Bricolée par OPUS et allumée par Carabosse mise en scène de Pascal Rome**
OPUS, c’est l’incroyable Office des Phabricants d’Univers singuliers, fondé en 2000 par Pascal Rome, après avoir quitté la compagnie des 26.000 couverts créés avec Philippe Nicolle qui  joue aussi à Chalon L’idéal club, autre clou du festival, pour lequel il est impossible d’obtenir des places mais que l’on pourra voir à la rentrée pendant un mois au Théâtre Montfort à Paris.
Avec La Quermesse de Ménetreux, Pascal Rome nous emmène dans un voyage dans un passé lointain, celui de l’enfance campagnarde de sexagénaires. Des stands sont installés tout autour de la cour d’école, on procède à l’embrasement de théïères perchées au sommet de grands poteaux qui se transforment en torchères lumineuses. Le maire moustachu, chemise damassée ouverte sur une chaîne est venu serrer la main des “villageois” qui se pressent aux portes.
Pascal Rome, en vice-président du comité des fêtes,  présente les stands au son d’un microsillon d’Aimable, seule musique disponible puisque les disques ont été oubliés. Ménetreux est la première commune à avoir eu un maire noir, le nouveau est manouche, il s’agit de mutualiser la joie de vivre. Une ressource essentielle, le parpaing foin fabriqué à Ménetreux, offre une belle opportunité de plateforme mutualiste !
On fait le tour des stands, une épicerie où on fait des paris sur le poids des sacs, un stand de lancers de frigidaires, un autre où on casse de belles assiettes de collection des grands-mères derrière une mobylette.
Le meilleur, c’est celui de la maison de retraite, où Madame Champollot, inénarrable aïeule édentée (étonnante Chantal Joblon), se dispute avec le vice-président, menuisier à ses heures, qui lui a fabriqué un lit bancal. OPUS a l’amour des petites gens, de la France profonde. C’est modeste et génial !

Edith Rapppoport

 

 

MOLIÈRE DANS TOUS SES ÉTATS   

Les Goulus animés par Jean-Luc Prévost ont le don de créer des spectacles déambulatoires insolites, souvent désopilants, comme Les Krishnous, les Cupidons, Les Horsemen qui ont réjoui les foules dans nombre de festivals du monde entier. Leur humour ose un mauvais goût qu’on accepte grâce à une vraie générosité et à un beau culot.
Avec Molière, les Goulus prennent un risque étrange, celui de promener dans Chalon des scènes de Tartuffe, de George Dandin, de l’Avare, 40 scènes de Molière en dérivant sur des situations contemporaines. Interprété par une dizaine d’acteurs en costumes contemporains qui jouent aux fenêtres, sur les places et dans les rues, accompagné par deux saxophonistes, le spectacle dérive sur des adaptations peu convaincantes.
On a d’ailleurs bien du mal à distinguer quelque chose et à entendre le texte dans la foule qui les suit…Décidément séduits par Molière, les Goulus préparent La rencontre des Misanthropes pour 2012 et Molière dans tous ces états pour 2013.

Edith Rappoport

www.lesgoulus.com

LES PENDUS ( Kumulus Chalon dans la rue)

1018.jpgExécution théâtrale mise en scène Barthélémy Bompard, texte écrit par Nadège Prugnard **

 

Enfin une rupture, un choc dans ce paysage terne de l’invraisemblable foisonnement théâtral de Chalon dans la rue ! Barthélémy Bompard aime les sujets sulfureux, il s’y est d’ailleurs brûlé les ailes, notamment avec Le cri et d’autres spectacles qui auraient dû connaître une bien meilleure diffusion. En costume de ville, il passe la corde au cou de quatre condamnés, trois hommes, une femme qui déplorent leur sort, chantent l’utopie, en appellent au désordre, chantent pour ne pas mourir. L’un d’eux déplore : < J’ai rien fait, j’ai pas voté !> Un autre lance:
L’exécution accomplie, il y a une vie après la mort et les suppliciés continuent leur délire poétique né d’ateliers et d’apports divers transcrits par Nadège Prugnard. “. …Pendant une heure, on reste saisi par la violence du verbe, comme de l’image de ces quatre pendus presque immobiles. Kumulus a bénéficié d’une résidence au Parapluie d’Aurillac. 

 

Edith Rappoport

 Leur site www.kumulus.fr est peu développé,donc mieux vaut leur envoyer un courriel: kumulus@wanadoo.fr


Bureau national des Allogènes

Bureau national des Allogènes de Stanislas Cotton, mise en scène de Catherine Toussaint.

Cela fait pas mal d’années que l’ex-Caserne des Pompiers s’est spécialisée dans les spectacles venus des Régions; elle accueille entre autres un spectacle de La Compagnie La Strada sise à Troyes avec ce Bureau national des Allogènes de cet auteur belge qui a écrit de nombreuses pièces et romans. La pièce est une sorte de parabole  sur les risques de dérapage du pouvoir administratif.
Robert Rigodon, fonctionnaire au Bureau national des Allogènes, centre de tri des étrangers. Il mène une vie normale, il a une femme et un enfant mais, pris de panique, il a sauté par la fenêtre des toilettes mais son fantôme raconte sa encontre avec Barthélémy Bongo, un exilé africain, totalement démuni  qui ne demande humblement qu’à rester là, avec sa femme et son enfant et avoir les indispensables papiers  pour travailler. Loin de la misère qui sévit dans son pays africain, et qui se verra finalement refuser son visa….
Tout, bien entendu, les oppose; Rigodon n’a pas très bonne conscience, coincé entre des dispositions prévues par des circulaires européennes mais plein de bonne volonté pour essayer d’aider cet émigré qui n’est pas non plus  à l’aise: il a commis un crime pour sauver sa peau et celle des siens. Stanislas Cotton a donc imaginé deux monologues successifs que Catherine Toussaint a mis en  scène avec un dispositif scénique assez peu convaincant : une passerelle où doit circuler un  haut fauteuil monté sur roulettes… qui ne circule en fait pas beaucoup sur cette étroite passerelle et qui se surélève deux ou trois fois: ce qui qui voudrait sans doute symboliser la puissance dérisoire de la technologie occidentale; cette configuration  » induit une relation sensible ou intime avec le spectateur, elle autorise tout autant, une théâtralité distanciée, en résonance avec la chair des mots, qui se veut ludique et poétique » . ( Sic) Tous aux abris!
Cela n’induit rien du tout, et en tout cas, pas une théâtralité distanciée! Il y a aussi sur une petit praticable où Denis Jarosinski, musicien, intervient très souvent à la guitare. Malheureusement, on s’en doute: l’ensemble ne fonctionne pas : en partie à cause de cette scénographie aussi compliquée qu’inutile, et de l’usage du micro pour le texte comme pour les chansons tout aussi inutile , puisque la salle n’est pas bien grande.
Il y a sans conteste une langue à la fois précise et poétique, mais qu’en fait, on ne commence à écouter vraiment qu’au moment où Joël Lokossou entre en scène: avec sa belle voix   et sa présence fabuleuse, il est tout à fait remarquable.
Alors à voir? Pas nécessairement, si ce n’est pour  la découverte d’un auteur et surtout pour Joël Lokossou.

Philippe du Vignal

Caserne des Pompiers , 116 rue de la Careterie,  Avignon jusqu’au 27 juillet.

De Man zonder eigenshappen ( L’Homme sans qualités I)

De Man zonder eigenshappen ( L’Homme sans qualités I) , d’après Robert Musil, adaptation Filip Vanluchene, Guy Cassiers, Erwin Jans , script fondé sur la traduction en néerlandais de Ingeborg Lesener, mise en scène de Guy Cassiers. Surtitrage en langue française d’après la traduction de Philippe Jaccottet.

musil.jpgOn connaît le célèbre roman de Robert Musil dont l’action se déroule en 1913 à Vienne capitale de l’Empire et Royaume austro-hongrois, surnommé la Cacanie; K et K pour Kaiserlich und Königlich: « Impérial et Royal mais aussi kak= kaka; (dans l’adaptation théâtrale de Cassiers, tous les chevaux ont la diarrhée).
Le roman qui met en scène de nombreux personnages dont le principal: Ulrich, le personnage principal, nommé secrétaire général de « l’Action parallèle » préfère rester spectateur des événements plutôt que d’agir; il a, pour maîtresse, la jeune Bonadea; Walter, un ami d’enfance d’Ulirch. Il y aussi Clarisse, épouse de Walter mais amoureuse d’Ulrich; Diotime mariée à un certain Tuzzi et amoureuse d’un grand industriel allemand, Arnheim, qui va devenir l’adversaire d’Ulrich au sein de l’Action parallèle . Tuzzi semble accepte les sentiments de sa femme pour Arnheim; il y a enfin  Leinsdorf  qui semble être le penseur de l’Action parallèle sans que l’on voit très bien le rôle qu’il joue.
Et Guy Cassiers a ajouté  deux autres personnages à ceux qu’avait imaginés Robert Musil: un cocher au service d’Ulrich, un certain Palmer  qui introduit dans le récit l’histoire de l’épizootie mortelle qui ravagea les rangs des chevaux impériaux , et le comte Von Schattenwalt qui devient un intime de Leinsdorf.  Le scénario imaginé par Guy Cassiers  comprend trois actes: on doit célébrer les soixante dix ans de règne de son empereur, tandis que l’Allemagne doit elle aussi fêter les trente ans de  règne de son empereur; et l’on verra qu’à cette occasion , les individus révéleront leur vraie personnalité, en privilégiant d’abord leurs intérêts personnels. puis à Vienne, la révolte est dans l’air et il y a des manifestations.
Quant aux personnages, ils auront aussi beaucoup évolué: Bonadea et Ulrich se sépareront, comme Walter et Clarisse comprennent que c’est bientôt la fin de leur mariage. Ulrich doit partir à cause du décès de son père… La fin montre Ulrich comme Walter en proie à leur angoisse de vivre dans un monde qui n’ a plus de repères.  Ce n’était certes pas facile d’adapter ce gros roman de plusieurs milliers de pages au théâtre, et  resté inachevé,  où Robert Musil a essayé de rendre compte des dimensions politiques, sociales et relationnelles qui furent celles de son temps, celui d’une Europe qui était, comme dit justement Guy Cassiers, » à la recherche d’une  nouvelle identité commune mais qui ne voulait pas perdre les avantages de l’ancienne ».
Le metteur en scène a gardé  nombre de dialogues de ce gros roman , et à peu près le même plan, qui serait en fait la première partie d’une trilogie. On y retrouve cette même fascination  pour la peinture et les arts plastiques, et il a ici travaillé à mettre  en contraste ( organisation/ chaos) avec l’action dramatique deux tableaux célèbres: La Cène de Léonard de Vinci, avec une  composition tout à fait classique mais dont on ne commence au début qu’à percevoir des détails de peinture très grossis, et L’Entrée du Christ de James Ensor: deux œuvres qui se veulent être comme les symboles, l’une d’une société organisée, et l’autre au bord de l’explosion. Comme celle où vécut Musil avant le tragique épisode européen de la guerre de 14 où ses personnages semblent inconscients de la réalité politique qui va les engloutir.
Cassiers, avec beaucoup de maîtrise, réussit aux meilleurs moments à nous faire sentir cela:  habilement, il introduit une sorte d’onirisme en  déconstruisant le réel de la scène grâce des plages de couleurs mouvantes projetées sur l’écran qui occupe tout le fond du plateau, ce qui procure une sorte . Il y dans le texte quelques allusions au désormais fameux nettoyage au Karcher prôné en son  temps par Sarkozy…
Bien entendu, comme toujours chez  Cassiers, les images vidéo des deux tableaux sont d’une qualité picturale exceptionnelle, avec des tons et des lumières très soignées, si bien que l’œil s’y promène avec le plus grand plaisir. Mais, à vrai dire, on a un peu de mal à saisir le projet de Cassiers: les dialogues restent plus romanesques que vraiment dramatiques: ce qui est fréquent quand il s’agit de passer l’univers et les personnages sont plutôt esquissés et nous restent, comme l’intrigue quelque peu étrangers, d’autant plus que l’emprise picturale est des plus fortes, et la synthèse entre pictural et dramatique ne fonctionne pas vraiment. Même si l’on retrouve avec plaisir la formidable langue de Musil.
On veut bien que Guy Cassiers, comme il aime à le dire, préfère mettre la disposition des spectateurs » les pinceaux et les couleurs mais que c’est à eux de peindre le tableau »… Comme le spectacle dure quand même 3 heures trente entracte compris, même s’il y a de bons moments et si l’on respecte le travail, on ne sort pas de là vraiment séduit par cette proposition…beaucoup moins réussie que celle, exemplaire,de Mephisto for ever qu’il avait présentée en 2007 en Avignon.
Alors à voir? Oui, si vous êtes vraiment un inconditionnel de Cassiers mais  ce n’était sans doute pas l’idée du siècle que de vouloir porter à la scène le roman de Musil qui reste un chef d’œuvre à lire…

Philippe du Vignal

Spectacle présenté du 8 au 12 juillet à l’ Opéra Théâtre d’Avignon; puis les 10 et 11 et du 15 au 19 septembre à Anvers; le 21 septembre à Roselare en Blegique; le 24 septembre à Breda (Pays-bas; du 29 septembre au 2 septembre à Gand et du 6 au  octobre à Orléans. Pour les dates ultérieures, consulter le site du Toneelhuis.

La Mort d’Adam


La Mort d’Adam,
un spectacle de Jean Lambert-wild, Jean-Luc Therminarias, François Royet et Thierry Collet.

w100702rdl214.jpgJean Lambert-wild , auteur et metteur en scène, mais aussi directeur de la Comédie de Caen, a imaginé depuis les années 90 un grand projet d’écriture  intitulé : L’hypogée, faite de trois Epopées, trois Mélopées, trois Confessions dont l’une: Crise de nerfs-Parlez-moi d’amour,  avait  été présentée en Avignon; c’est  une sorte d’autobiographie poétique où il renoue avec tout ce qui a constitué son indentité, en, particulier, comme ici,  le merveilleux royaume de son enfance, l’île de la Réunion où il vécut les dix sept premières années de sa vie ( voir l’entretien avec Jean Lambert-wild dans Le Théâtre du Blog de juin).
Mais il a voulu que ce spectacle, comme les précédents, participe à la fois du vécu et de l’imaginaire, et pour le réaliser, a fait appel à ses complices: habituels: le compositeur Jean-Luc Therminarias,  François Royet pour  la machinerie et le film, et Thierry Collet pour les effets magiques qui ponctuent et créent en même temps la théâtralité de ce conte qui a pour thème-prétexte la mort d’un taureau nommé Adam.
Cette Mort d’ Adam est un spectacle qui tourne  autour du double, la quête d’identité, du retour à l’enfance avec trois mondes qui s’interpénètrent avec fluidité: d’abord le film tourné à la Réunion par Jean Lambert-wild: images de mer et de vagues qui reviennent sans cesse pour envahir la scène, images de la paternité avec le visage merveilleux d’un petit garçon de huit ans- son fils dans la vie- qui tient la main de son père en marchant sur la plage ou dans la campagne réunionnaise à la végétation merveilleuse, comme il devait le faire aussi avec son père…
Ce n’est ni une véritable illustration ni  seulement une auto-analyse avec pour toile de fond le mythe d’Oedipe bien sûr mais aussi celui du Minotaure. Et il y aussi le monde de la scène, lieu enchanteur, lieu de tous les possibles grâce à la machinerie  créée par François Royet où apparaît et disparaît sans cesse et en silence le comédien Jeremiah Mc Donald, double presque parfait de Jean Lambert-wild. Les images ne cessent de s’interpénétrer: passé/ présent, ici/ là- bas. Enfin, à l’avant-scène , assise dans un fauteuil, Bénédicte Debilly qui lit le récit poétique de cet auteur-metteur en scène qui a fait du théâtre un chemin possible pour un exorcisme personnel.
L’on peut penser que la nostalgie du passé-le parfum de la terre mouillée après la pluie, l’immensité des plages, la conscience d’être sur une île- fait finalement bon ménage avec la surface du moment scénique le plus immédiat. D’autant plus que la vidéo  échappe aux stéréotypes habituels. Et cela fonctionne?  Oui, plutôt bien, aux meilleurs moments, grâce à la beauté de certaines images et du texte proféré; comme c’est extrêmement fouillé,  rien n’est jamais laissé au hasard dans cette machine à produire du poétique, et l’on se laisse embarquer dans  cette fresque poétique personnelle , à condition de fournir un tout un petit effort  pour recoller les morceaux de puzzle proposés par Jean Lambert-wild.
Il  y a sans doute trop de choses en même temps pour le public attentif  qui ne voit pas toujours une ligne qui s’impose: les strates de cette quête poétique un peu exubérante: lecture au micro à l’avant-scène envahissante ( la balance avec la musique n’était pas encore au point) , effets de magie, comédiens sur scène, projection du film… : cela fait sans doute un peu beaucoup à la fois. Mais il y a des images fabuleuses, comme la dernière avec ce banquet d’hommes immobiles , présidé par ce Minotaure, devant une fresque peinte très Douanier Rousseau. C’est un spectacle sans doute inégal mais qui a le grand mérite de posséder une indéniable vertu poétique.

 

Philippe du Vignal

 

Création au Festival d’Avignon du 8 au 15 juillet au Tinel de La Chartreuse d’Avignon; ensuite du 6 au 17 décembre à la Comédie de Caen; du 1″ au 14 janvier  au Centre dramatique de Limoges et à l’automne 2011 à la Scène nationale du Havre.

Les Prédateur$


Les Prédateur$, texte de Patrick Chevalier et Ismaïl Safwan, mise en scène et musique d’Ismaïl Safwan. 

photo1231.jpgLe off est aussi un peu la vitrine culturelle de nombreuses régions dont l’ancienne Caserne des Pompiers s’est faite depuis déjà pas mal de temps une spécialité, vac notamment Champagne-Ardennes mais ici c’est l’Alsace et Schiltigheim près de Strasbourg, patrie d’origine des Marx Brothers.Les Prédateur$ est une sorte de conte à la Voltaire, où Patrick Chevalier, seul en scène, démonte les rouages des finances et du capitalisme mondial. Venu de Sciences Po, Patrick Chevalier connaît bien ce dont il parle. Et, en une heure, à travers le miroir grossissant de plusieurs personnages, il se libre à une des démonstrations des plus cyniques mais aussi des plus jubilatoires qui soient.
Il y a d’abord ce banquier, un verre à la main devant de très beaux tableaux- un Mondrian plus vrai que nature, un Van Gogh, un de la Tour : Job raillé par sa femme ( Lorraine oblige ),un buste grec antique en bronze, et une petite sculpture géométrique de Toivo Kaitanen, artiste finlandais contemporain,bien connu puisqu’inexistant, dus à Jaime Olivares. Le banquier dans son complet gris, sa chemise, et sa cravate de banquier, un verre à la main,  nous nous livre son credo cynique sans aucun état d’âme: « La concurrence de marché, quand on la laisse fonctionner, protège le consommateur mieux que tous les mécanismes gouvernementaux venus successivement se superposer au marché ». Il dit tout cela radicalement mais avec suavité, avec même une certaine bonhomie, laissant bien entendu entendre que, s’il y a des victimes collatérales, c’est l’état naturel du marché depuis des siècles qui le veut, et que les pauvres doivent bien comprendre que leurs salaires de toute une vie sont à peine celui d’un revenu mensuel de financier. Mais on n’y peut rien, les politiques ont été avertis et ont pris leurs responsabilités. Allez les pauvres et les classes moyennes, comprenez-nous, soyez pragmatiques: « En vingt ans, la production de richesses dans ce pays a augmenté de 70%. En même temps, le nombre de chômeurs s’est multiplié par sept mais cela c’était le prix à payer. Rien n’a été imposé aux gouvernements par les marchés, comme on l’entend parfois. Non, c’est tout le contraire! « .
La leçon est claire dans son cynisme tranchant: oui, ils subissent une double peine , puisqu’ils souffrent de la récession que nous , financiers, avons contribué à mettre en place grâce à  nos grandes magouilles internationales, et qu’ils vont devoir aussi éponger la dette.
Lui succède une sorte de clodo, peut-être un ex-trader, une flasque de whisky à la main qui dit qu’il a été prix Sobel d’économie, puis un hommes d’affaires, amateur d’art qui reconnaît volontiers que le prix du Van Gogh n’est pas donné: 54 millions mais qu’il n’est rien en comparaison des joies que sa vision lui apporte.
Mais ce qui suit: la démonstration mathématique, à coup d’équations authentiques par un professeur d’économie est un grand moment théâtral qui a été puisé aux meilleurs sources: Joseph Stieglitz, Naomi Klein, entre autre et Bernard Maris, le brillant économiste de France-Inter.  Ismaïl Safwan et Patrick Chevalllierfont monter la pression mais sans aucune mayonnaise idéologique: les faits rien que les faits, les chiffres rien que les chiffres : cassant comme des chiffres mais bien réels, avec leur lot de contradictions,comme le fait chaque mois Jacques Livchine dans son fameux kapouchnik à Audincourt.
La démonstration des Prédateur$ va jusqu’ à l’inavouable qu’il faut bien finir par admettre: les Etats démocratiques  européens dont nous sommes si fiers , n’ont absolument aucun moyen de contrôle et les vrais maîtres du monde sont les financiers et les banquiers. Le mécanisme des subprimes, vous allez vite comprendre si vous êtes un peu perdus- et il y a de quoi!- la démonstration est nette,impressionnante de vérité et surtout d’une drôlerie féroce jusqu’à l’absurde. Inutile de vous dire que l’on rit parfois jaune. Mise en scène simple et efficace, tout comme le jeu excellent de Patrick Chevalier qui, à la fin, recadre les choses ,en nous mettant le nez dans notre caca. La morale est amère et  le spectacle se termine avec quelques phrases de ce bel appel à la révolte d’Etienne de la Boétie en 1552 dont celles-ci:  » Ce qu’a de plus ce maître, ce sont les moyens que nous lui fournissons pour nous détruire. Et de tant d’indignités que les bêtes elles-mêmes ne supporteraient pas si elles le sentaient, vous pourriez vous délivrer,  si vous essayez seulement de le vouloir ». Voilà  c’est dit et magnifiquement dit.
Dans la  marée du festival off où le pire par centaines côtoie le meilleur, Les Prédateur$ auront été un moment exceptionnel de bonheur; surtout ne le ratez pas, que ce soit en Avignon, en Alsace, ou ailleurs.

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Ange, 15-17  rue des Teinturiers, Avignon à 16 h 30 jusqu’au 31 juillet. 04-90-39-40-59.  

photo1151.jpg
 

Papperlapapp

Papperlapapp , texte de Christof Marthaler, Malte Ubenauf, Olivier Cadiot et les acteurs d’après Herbert Aschternbusch, Don Gabriel Amorth, Olivier Cadiot, E.M. Cioran, Dario Fo, Seren Kirkiegard, Professeur Madya, Henri Michaux, Julien Torma, Malte Ubernauf, mise en scène de Christoph Marthaler et scénogaphie d’Anne Viebrock, collaboration à la dramaturgie d’Olivier Cadiot. Musique originale de Martin Schütz, Jean-Sébastien Bach, etc…

1278759909.jpgSur le célèbre plateau de la Cour d’Honneur, un matelas défoncé et brûlé, un haut confessionnal en bois à deux places et quelques rangs de bancs d’église sur un parquet en chevrons,  cinq tombeaux en pierre, dont certains avec matelas, des chaises en bois soigneusement alignées, quelques pots de géraniums sur des surfaces de carrelages anciens, un orgue électronique sous la voûte, et encore des frigos et machines à laver tout blancs bien rangés en ligne, un camion militaire bâché; dans la chapelle en haut, on aperçoit un pianiste.
Le dispositif  scénique d’Anne Viebrok , avec ce qu’il induit d’archéologie au second degré et d’humour, de  dérapage temporel entre papauté et modernité,  ne manque ni d’allure ni de sens dans ce palais médiéval. Et le public ne cesse d’en regarder les moindres détails. Disons qu’il vit les derniers bons moments d’un spectacle qui n’a pas encore commencé … avant un ratage historique tel que le Festival n’en avait jamais connu dans ce lieu mythique où c’est une grande chance pour un metteur en scène d’y réaliser  un spectacle…
Un aveugle avec une  canne blanche télescopique descend seul (????) du camion militaire:  l’affaire parait mal engagée mais bon… Il s’agit d’un guide qui fait visiter le Palais à un groupe de touristes: ils sont tous habillés tristement en marron, gris; les femmes portent des robes très 1950 à la Pina Bausch. Ils marchent souvent  deux par deux, puis vont s’agenouiller sur les bancs, pendant que, dans le confessionnal, un ouvrier meule une pièce de métal en faisant jaillir des gerbes d’étincelles. à travers la grille en bois de la porte.
Peu après une sirène d’ alarme retentit: tout le monde va se cacher, et un homme,  probablement un curé, tout habillé de gris va courageusement retirer d’un caddie suspect…. une petite baguette de pain. Le curé prononce quelques mots. Tous les personnages chantent en chœur plutôt bien. Les hommes s’allongent par terre, les femmes,  disparues un moment, jettent du haut du Palais des Papes des ballots de vêtements sacerdotaux que les hommes vont revêtir quelques minutes avant de les mettre dans la grosse machine à laver à l’avant-scène. Et ensuite de les retirer!
Première et sévère hémorragie de spectateurs; premier et sévère basculement  de  tête de Daniel Cohn-Bendit. Le pianiste, dans un grand silence, joue du Bach, on commence à sentir de sérieux mouvements de contestation dans le public qui va connaître une seconde hémorragie moins discrète que la première : des spectateurs descendent les gradins en faisant du bruit pendant que d’autres font ironiquement: Chut! Chut! Fou rire généralisé à part quelques fans de Marthaler; Daniel Cohn Bendit visiblement peu intéressé ,repique du nez.  Les comédiens marchent en file indienne du côté jardin au côté cour en silence. Quelques spectateurs qui avaient sans doute prémédité leur coup, les imitent en sortant: re-fou rire généralisé; dans cet océan de vacuité et de prétention, ce fut l’un des rares bons moments. On aperçoit un contrebassiste qui joue à l’un des fenêtres du Palais.   Puis il ne se passe strictement rien sur scène: cela doit être pour Marthaler la plus épouvantable des provocations… Comme cette brutale invasion de basses qui font mal  aux oreilles… Désolé, M. Marthaler, on a déjà donné, et vos petites provocations ont un goût nauséeux de réchauffé :  il y a quarante ans  le Living Theater entre autres, avec des moyens plus simples , était beaucoup plus efficace!
Les spectateurs ne sont pas dupes et , devant cette plaisanterie des plus médiocres,ne se gênent pas pour manifester leur désapprobation! Un homme seul sur les bancs d’église se lance dans un monologue mais le public continue à s’ennuyer ferme, à part une petite partie du public qui se réjouit; certes, tout est impeccablement réglé: la mécanique suisse fonctionne mais pour dire quoi? Vraiment pas grand chose!  Il y a aussi quelques allusions aux capotes et à Benoît XVI. Mon voisin allemand me demande où, à mon avis, on peut se faire rembourser; nous lui conseillons de s’adresser à la direction du Festival et lui souhaitons bon courage. Daniel Cohn Bendit repique du nez et l’hémorragie de public se fait cette fois plus sévère mais le spectacle continue, toujours aussi propret, toujours aussi peu passionnant!
Les comédiens, et non des moindres, comme entre autres l’excellent Marc Bodnar et  Evelyne Didi, très humbles, font leur boulot avec beaucoup d’humilité malgré tout, alors que la grogne des spectateurs s’amplifie. Il y a une grande de pièce de tissu  projetée sur le mur du Palais. Les hommes à un moment s’allongeront sur les tombeaux dont l’un montera et redescendra plusieurs fois avec changement de partenaire à chaque fois,  puis ce sera au tour des femmes d’y prendre leur place en faisant leur lit . Là aussi Marthaler et son complice Olivier Cadiot  doivent trouver que c’est du dernier chic. Mais, quand autant de spectateurs désertent un spectacle, c’est qu’il doit y avoir quand même un petit ennui, même, répétons-le , quand tout est impeccablement réglé. Il y aura à la fin quelques timides rappels et les comédiens ont préféré-on les comprend- s’éclipser rapidement devant les huées du public où il y avait quelques inconditionnels ravis de ce qui n’ a même pas l’allure d’ une bonne farce de potache.   L’humour de Marthaler est du genre pesant, et, à part quelques déplacements en groupe de comédiens, l’ensemble, sans invention, sans parti pri , sans véritable provocation théâtrale, n’a pas du tout la force de certains happenings. Que sauver de ce ratage? uelques chants en choeur, quelques gags mais même les extraits de texte éparpillés, sans unité  ne peuvent pas faire  sens dans toute cette vacuité. Le salut final était des plus houleux -même si, soyons justes,  il y a eu quelques applaudissements- mais les pauvres comédiens ne devaient pas  se sentir très à l’aise. On veut bien que Marthaler, d’habitude plus inspiré, soit, comme l’annonce fièrement le programme » un observateur du monde et un poète inspiré » et qu’il reste » animé d’une volonté d’établir un dialogue avec ses contemporains, en étant toujours « ici et maintenant ». ( sic!).   Mais on se demande comment une pareille création a pu voir le jour et il aurait sans doute mieux valu arrêter les dégâts avant. Le ministre de la Culture, venu le soir de la première,  était furieux, et on le comprend. A quelque chose,  malheur est bon et la leçon est claire: le festival s’il continue dans cette lancée faussement avant-gardiste et d’une rare prétention, est en train de se tirer une balle dans le pied, et ce qui aurait pu être une pochade sympathique d’une heure sur l’histoire des papes ou quelque chose de similaire, devient d’un ennui profond en deux heures et demi dans un haut  lieu théâtral qui ne méritait franchement pas ce genre de ratage… dont vous pouvez avoir une idée en regardant Arte.
Quelques minutes vous suffiront sans doute pour mesurer l’étendue des dégâts. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est que ce genre de choses ne fera pas date dans l’histoire du théâtre contemporain.

 

Philippe du Vignal

Palais des Papes jusqu’au 17 juillet. Retransmission en direct le 17 sur Arte

 

1...367368369370371...401

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...