La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils, mise en scène d’Arthur Nauzyciel

© Philippe Chancel

© Philippe Chancel

 

La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils, mise en scène d’Arthur Nauzyciel

 Ne cherchons pas ici une version théâtrale de La Traviata (1853). Arthur Nauzyciel, avec Valérie Mréjen, a construit cette Dame aux camélias, plus sur le roman d’Alexandre Dumas fils (1848) que sur le drame qui l’a suivi (1851). Choix essentiel, et qui participe de la beauté du spectacle créé au Théâtre National de Bretagne, le  mois dernier.
 Cela commence avec  la vente des meubles de Marguerite Gautier, jeune prostituée de haut vol, morte pleurée par quelques rares de ses clients, et par son amoureux, triste et prisonnier de sa passion. On connaît l’histoire : celle d’une jeune fille pauvre, d’une beauté fière et spontanée qui a eu un coup de foudre -réciproque- pour un Armand Duval à mille lieues de comprendre de quoi est faite sa vie. Obéissant à son père, cet amoureux repentant reviendra trop tard pour un ultime duo. (On ne rit pas !)

Arthur Nauzyciel a placé le drame sous le signe de la mort. Le décor évoque le bordel : tapis de velours d’un rouge éteint, divan capitonné, sculpture suggestive. Dans ce clair-obscur feutré, des corps plus ou moins dévêtus se mêlent, derrière des rideaux à demi transparents.  Ils nous renvoient à un au-delà fantasmatique et bougent au rythme lent  de la chorégraphie de Damien Jalet. Très beau et troublant : on est passé de l’autre côté du fleuve des morts.

Mais sans la grâce de l’oubli. Le malentendu règne, et l’ambiguïté : l’honorable monsieur Duval, père du jeune égaré, venu plaider l’honneur de la famille et le bonheur de sa fille, obtient le sacrifice de Marguerite : elle doit quitter Armand, et il ne la reverra plus, pour garder  «propre» le  nom de leur famille. En échange, il aura son estime et son affection. Lutte de loyauté et de grandeur d’âme ? Mais le bourgeois en caleçon est compromis, et il le sait. Et ce sont toujours les mêmes qui perdent. La prostituée n’a pas une chance face à ce Monsieur «bien». Et la vertu n’a pas le même prix, quand il y a lutte des classes, en particulier sur le terrain censé être neutre d’un bordel : en fait, un enclos réservé aux plaisirs des bourgeois, et où sont parquées quelques «brebis galeuses».

Il est toujours question d’argent dans cette pièce écrite à l’apogée du romantisme. La présence de Marguerite, son corps et son luxe même, qui flatte la vanité de ses clients: cela a un prix, cela s’achète, et ce qui s’achète, un jour, se jette. Le texte est cru, comme chez Balzac (mort en 1850) qui, lui aussi, a regardé, avec amour et acuité, les grandes courtisanes de son temps. Et en même temps, Dumas fils parle aussi d’amour et de mort, de grands thèmes lyriques qu’Arthur Nauzyciel appréhende dans leur profondeur, sans un gramme d’ironie, en osant faire une alliance tranquille entre intelligence de l’analyse et émotion pure.

Ce qui fait, entre autres, la beauté du spectacle, haussé à la dimension de la tragédie. Avec des comédiens à la hauteur : Marie-Sophie Ferdane et Pierre Baux (le père) donnent une belle charpente à cette pièce où jouent aussi de jeunes acteurs. L’actrice donne à Marguerite sa fraîcheur, son insolence et sa douleur avec une simplicité désarmée que traversent quelques cris : mieux qu’en diva à effets et en grande tragédienne. Lui, donne au discours du père ce qu’il faut de cruauté mi-consciente et de dignité… perdue d’avance.

Parfois, on  revient au récit  (car tout part de celui de Gaston Rieux qui s’est lié d’amitié avec Armand) et cela marque un repos dans le spectacle. Parfois le cinéma vient l’ouvrir un moment sur l’extérieur, apportant de la vie, celle des acteurs et celle d’aujourd’hui. L’harmonie entre la mise en scène, les lumières (Riccardo Hernandez), la scénographie (Julien Derivaz), les costumes (José Lévy), le son (Xavier jacquot) est si parfaite qu’on se demande comment un spectateur mécontent a pu sortir en disant : «On se moque du public !»

Non, cher spectateur mécontent, bien au contraire, cette Dame aux Camélias  respecte le public, au plus haut point. Bon, presque trois heures : c’est long, mais enfin, sans jeu de mots, il s’agit d’un thrène funèbre mais sans pathos. Il faut parfois tendre l’oreille mais cela en vaut la peine. Non, ce qui n’est pas ici et que vous n’aurez donc pas : un attendrissement kitsch. De grands artistes réunis pour une œuvre commune, nous donnent bien plus : la passion et la vie.

Christine Friedel

Les Gémeaux-Scène Nationale de Sceaux (Hauts-de-Seine), jusqu’au 21 octobre. T. : 01 46 60 05 64.

Comédie de Valence (Drôme), les 4 et 5 décembre ; Comédie de Clermont-Ferrand, Puy-de-Dôme), du 11 au 13 décembre.
Le Parvis-Scène Nationale de Tarbes (Hautes-Pyrénées), les 16 et 17 janvier ; Théâtre des Célestins, à Lyon, du 22 au 25 janvier; Théâtre National de Nice, les 31 janvier et 1 er  février.
Théâtre de Vidy-Lausanne (Suisse), du 13 au 15 mars; Comédie de Caen (Calvados) les 20 et 21  mars. Théâtre National de Strasbourg, du 28 mars au 4 avril.
L’apostrophe, Scène Nationale de Cergy-Pontoise, les 18 et 19 avril.
Tandem-Scène Nationale d’Arras-Douai, les 10 et 11 mai; La Criée-Théâtre National de Marseille, les 17 et 18 mai.


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Rencontre avec Pierre Pica conception et mise en scène d’Emilie Rousset

 

Rencontre avec Pierre Pica, conception et mise en scène d’Emilie Rousset

 

b3a2c61_YvVzOLj24mzHuBhPUWk-wqo9En dialogue avec Pierre Pica, Emilie Rousset nous invite à un voyage chez les Munduruku, au cœur de la forêt amazonienne, au Nord du Brésil. Connus pour attaquer d’autres tribus, en grand nombre comme des fourmis,  ils transformaient  les têtes de leurs ennemis tués, en trophées de  guerre. Chez cette peuplade indienne de quelque 12.000 individus, aujourd’hui pacifique, on ne compte pas comme chez nous et on ne dispose que de trois ou quatre nombres, qui renvoient à des quantités approximatives. « Alors, ça paraît bizarre, dit Pierre Pica. La première réaction : comment font-ils? Je crois qu’il y a deux mondes. Le monde approximatif  où ils vivent, et le monde exact, en gros. Et en fait, nous, nous vivons dans les deux mondes et eux, ne vivent que dans un seul.» Ce linguiste, élève de Noam Chomsky, a voué sa vie à l’étude de la langue munduruku et montre que leurs compétences linguistiques sont aussi valables que les nôtres, au sens où son maître l’entend. Pour les tenants de la linguistique générative, les capacités des hommes en la matière sont universelles: innées et donc non acquises : Munduruku, Français ou Japonais, nous sommes tous structurés de la même manière par cette compétence proprement humaine…

Curieuse d’en savoir plus, la metteuse en scène, qui explore depuis quelques années, la parole de spécialistes pour la transposer au théâtre, a interviewé à plusieurs reprises Pierre Pica.  Elle nous livre  ses enregistrements bruts, qui sont ici joués en direct à l’oreillette par Emmanuelle Lafon (Pierre Pica) et Manuel Vallade (Emilie Rousset). Nous suivons avec intérêt la réflexion de Pierre Pica qui nous fait entrer dans le monde    »analogique », flou et courbe, de ces Indiens. Et loin de s’opposer à notre univers «digital» rectiligne, la langue munduruku nous en apprend beaucoup sur nous-mêmes. Nous parlons, nous aussi, par approximations : « Attends cinq minutes  » traduit une notion du temps élastique, comme   » trois doigts de whisky »,  une mesure inexacte. Nous partageons donc avec cette tribu des expériences communes. Pierre Pica ouvre les portes d’un monde analogique où les mots «banane» et «bras» ont le même classifieur car la même forme. Tout comme «larme», «sève» et «café» car ces liquides coulent d’un autre objet…

Comment traduire ces entretiens en spectacle théâtral ? La pièce respecte la chronologie des rendez-vous, espacés sur trois ans. Le plateau, rigoureusement géométrique, cerné par un rideau mobile disposé à angle droit, s’arrondit sur l’avant et va s’ouvrir progressivement sur l’au-delà flou des coulisses, à mesure que le linguiste nous révèle les arcanes munduruku. Les comédiens gardent d’abord leurs distances, avant de jouer l’intimité naissante entre la femme de théâtre et le chercheur «L’évolution à la fois d’une relation et d’une recherche, dit Emilie Rousset, nous a intéressées.  (…)  Partager et faire entendre le savoir du spécialiste constitue une part importante du projet mais l’expérience offerte aux spectateurs est d’une autre nature ».  

En intervertissant les rôles homme/femme, en gardant la matière brute des entretiens qui nous parviennent en léger différé, à cause du travail à l’oreillette des comédiens, la metteuse en scène veut créer un décalage : « un trouble faisant écho au monde des perceptions des Indiens munduruku. »

Oui, mais cela suffit-il à faire théâtre ? Tâtonnements du langage, incidents comme ces bruits pendant l’interview et anecdotes hors sujet, produisent distance et humour mais aussi parfois… une certaine lourdeur. On se trouve dans un entre-deux limite, entre réel et fictionnel, entre naturalisme et performatif. Un thème captivant, et la forme, jeu entre original et copie, reste d’un intérêt expérimental. Un certain humour nait de tous ces écarts.

En général, Emilie Rousset conçoit ses créations loin des plateaux de théâtre, pour des musées ou des espaces publics: «J’ai trouvé dans ces territoires moins calibrés, une liberté qui m’a permis de formuler avec une écriture plus personnelle ce que disent les conteurs,.» On pourra voir dans ce même théâtre, en décembre, un  autre spectacle de la metteuse en scène: Rituel 4 : Le Grand Débat  sur le tournage d’un débat présidentiel.

Mireille Davidovici

Théâtre de la Cité internationale, 17 boulevard Jourdan, Paris XIV ème, jusqu’au 20 octobre. T. : 01 43 13 50 60.

Le 19 novembre, Fondation Cartier pour l’art contemporain, boulevard Raspail, Paris XlVe ; le 28 novembre P.O.C. d’Alfortville; et, en novembre, au Next Festival, au Phénix-Scène Nationale de Valenciennes.

 

Fashion Freak Show, conception et costumes de Jean-Paul Gaultier

© Alain Jocard/AFP

© Alain Jocard/AFP

Fashion Freak Show, conception et costumes de Jean-Paul Gaultier.

 

Nous avions parfois croisé le couturier au théâtre, ou dans des festivals.  Des podiums de mode à la scène, le pas n’a pas en effet été difficile à franchir… Quand il avait  neuf ans, un reportage sur les Folies-Bergère qu’il avait vu à la télévision, l’avait émerveillé et il l’inspirera tout au long de son existence. Son nounours sera son premier mannequin. La suite, nous la découvrons dans ce spectacle qui retrace sa carrière et qui mêle l’histoire des Folies-Bergère et son autobiographie, en lien avec les grands courants esthétiques, musicaux et sociétaux, des années soixante-dix à nos jours.

La première revue a été présentée dans ce lieu mythique en 1886. Loïe Fuller y a dansé, Maurice Chevalier, Mistinguett, Joséphine Baker s’y ont produits. Et de grands costumiers comme Michel Gyarmathy ou Erté y ont réalisé des merveilles. Jean-Paul Gaultier invite les spectateurs à une fête  dont les tableaux se succèdent avec rythme, bien chorégraphiés par Marion Motin et mis en scène par Tonie Marshall. Le couturier réalise ainsi son rêve d’enfance : «Ce Fashion Freak Show est un mélange de mes deux amours : la revue et la mode.».

Danseurs, comédiens, chanteurs, mannequins et circassiens font tout pour éblouir le public. Les costumes, dignes des plus grandes revues du passé, sont déjà un spectacle. Les séquences filmées apportent une note d’humour, avec les témoignages d’amis comme Antoine de Caunes, Catherine Deneuve, Line Renaud, Rossy de Palma…  Des images évoquent les grandes heures du Palace, et une autre, l’arrivée du Sida qui emporta l’ami du couturier.

La scène offre un bel écrin à son délire inventif et les défilés de mode constituent les plus beaux tableaux de ce spectacle où des artistes viennent parmi le public. Mais il manque ici une certaine folie, celle que l’on découvre dans les extraits de ses anciens défilés, projetés en toile de fond.  Ce spectacle très sage,  fondé sur un travail exigeant de toute l’équipe artistiquet traduit la générosité de ce créateur hors-normes, talentueux touche-à-tout, trublion de la vie parisienne…  C’est aussi un homme d’affaire inventif dont on appréciera le sens du marketing:  dans le hall des Folies-Bergère  ses vêtements et parfums, ou des souvenirs du spectacle font le bonheur de ses fans venus nombreux. Dans une salle pratiquement pleine chaque soir, 1.500 spectateurs sont venus goûter aux délices d’un défilé de mode habituellement réservé à un petit monde de privilégiés…

Jean Couturier

Folies-Bergère,  32 rue Richer, Paris IX ème.

 

Prélude à la fugue, d’après Sylvain Tesson, de Julien Barret et Pierre-Marie Braye-Weppe

©sarah Perret-

©sarah Perret-

 

Prélude à la fugue, d’après Sylvain Tesson, de Julien Barret et Pierre-Marie Braye-Weppe

Il y a d’abord une sorte conversation avant un spectacle qui, de fait, n’est pas encore là mais qui naîtra peu à peu. Un jeune homme (Julien Barret) nous parle, avec et sans micro, de sa passion pour la marche à pied. La modulation de sa voix croise celle de la musique à la fois primitive et très sophistiquée de Pierre-Marie Braye-Weppe. Ils se renvoient en écho leurs énergies et leurs impulsions.

Le spectacle commence et nous, nous marchons: Sylvain Tesson est un authentique écrivain-voyageur mais aussi un voyageur-écrivain. Pas un simple jeu de mots: la marche produit de la pensée et de la poésie, le voyage décrit la courbe du monde, et les mots emmènent très loin, «Fuir ! Là-bas, fuir ! Je sens que les oiseaux sont ivres/D’être parmi l’écume inconnue et les cieux!» (Mallarmé, Brise marine).

Parmi les objets de première nécessité dans un sac à dos bien fait, vous trouverez une anthologie de poésie. «Dire des vers en marchant. Rythmer la récitation. Accorder la stance à la cadence nomade : Péguy dans la steppe, Apollinaire en haute altitude. Shakespeare sous l’orage…». Et Charles Baudelaire, bien sûr, et son long poème du voyage. Sylvain Tesson s’adresse vraiment au lecteur,  et ne nous cache rien, pas même «l’amer savoir qu’on tire du voyage», l’enfer d’une steppe dont l’infini vous glace. Oui, Charles  Baudelaire passe par là, et Henri Michaux : «Emportez moi…» 

Respiration même du voyageur, ils vont de soi, et de l’avant. Et ils soutiennent la quête de beauté   de celui qui a écrit L’Axe du loup et Dans les Forêts de Sibérie. La beauté de la nature, il faut aller la chercher loin, là où règnent le silence et la solitude. Où l’épuisement, le geste répétitif de la marche peut rendre fou. Où l’homme redevient animal, mais un animal philosophe, capable d’une exaltante -et humoristique- méditation sur le temps et l’espace, redécouverts dans l’épreuve de la marche : «Je change le sablier en poudre d’escampette. »

Et nous, le public, nous marchons. Prodige ordinaire du théâtre et efficacité de la scénographie, l’espace s’agrandit, le cyclorama blanc se hisse et «met les voiles», puis s’ouvre et se chahute en une sorte de banquise où l’acteur se retrouve tout petit. Et sa cabane en planches, esquissée, abrite la technologie sophistiquée d’où naîtront les images de l’ivresse… Ce beau travail,  voulu et construit par Julien Barret, a été mené à bien avec une équipe très professionnelle: Olivier Broda, à la direction du jeu, Leslie Six pour la dramaturgie, Camille Vallat et Sébastien du Merle pour la scénographie.
 Le Quai-Centre Dramatique National d’Angers-Pays de la Loire, a fait le pari de tester ce spectacle, dans un premier temps, en lui ouvrant sa salle de répétitions, puis, au vu du résultat, de le produire. Pari gagné à la fois pour ces artistes et pour l’institution: les grands frères donnent parfois le coup de main décisif aux cadets dont ils ont reconnu le talent…

Christine Friedel

Le Quai C.D.N. à Angers  jusqu’au 18 octobre T. :03 41 22 20 20.
Le 20 novembre au Mail-Scène Culturelle, Théâtre de Soissons.
Le 20 décembre à l’Espace Jean Legendre-Théâtre de Compiègne.
Puis en tournée…

Dans les forêts de Sibérie et Sur les chemins noirs ont été publiés aux éditions Gallimard), et L’Axe du Loup aux éditions Robert Laffont

 

L’Apocalypse de Jean, traduction de Georges Lévitte, musique de Pierre Henry

© Léa Crespi

© Léa Crespi

 

L’Apocalypse de JeanOratorio électronique en cinq temps, traduction de Georges Lévitte, musique de Pierre Henry

 Cet Oratorio est un grand livre de visions sonores, dignes d’un Gustave Doré. L’orchestre de haut-parleurs de Pierre Henry se déploie sur la scène, et dans le théâtre de l’Athénée, soit une soixantaine de baffles de toute dimension, sous la lumière discrète de grands chandeliers. Aux manettes,  Nicolas Vérin; il avait déjà assuré, en 1983, la création aux Etats-Unis de cette œuvre, composée en mai 1968, après Messe pour le Temps présent (1967), une partition commandée par Maurice Béjart,  et qui assura la renommée du musicien.

L’ Apocalypse de Jean, sa pièce la plus souvent donnée en concert, s’inscrit clairement dans le registre d’une musique dite «concrète». D’abord enregistrés, les sons de piano, psaltérion, percussions, instruments à vent, et le chant des chœurs sont ici triturés, transformés analogiquement, et mixés en studio. Puis restitués par une console à vingt pistes qui pilote l’ensemble des enceintes acoustiques. Cet environnement sonore et spatialisé crée chez l’auditeur des représentations imagées. En prélude, une nature calme, avec des trilles électroniques, sèches et tranchantes d’oiseaux nocturnes. Puis une voix, celle de Jean Négroni : «Heureux celui qui  vit. Heureux ceux qui entendent, car proche est le temps. » Il a un timbre d’abord chaud et expressif (celui du récitant de La Jetée de Chris Marker), et au fur et à mesure de cette prophétie terrifiante, ses paroles nous parviendront distordues, filtrées, réverbérées, tantôt violentes, tantôt gémissantes.

Le texte se superpose, ou fait place aux visions de Jean de Patmos à qui la divinité ordonne : « Ce que tu vois, tu le mettras dans un livre ». Et voici ce qu’il nous rapporte, décliné ici en cinq temps :  d’abord la lumière de «sept chandeliers d’or». Des vieillards sereins assis au firmament… Puis les forces de la mort et de l’enfer qui se déchaînent. On entend le hennissement des chevaux, les galops des «quatre cavaliers» résonner tout autour du théâtre, envahissant l’espace, et aussi le cri des damnés… De grands cataclysmes se répandent en vastes nappes sonores, craquement, grincements. La musique fait jaillir des monstres effrayants, et tout un bestiaire sauvage. Les trompettes des anges aux quatre coins de la Terre soufflent et hululent. Sept Sceaux sont ouverts et l’univers est mis à feu et à sang. Enfin «les sept coupes de la fureur de Dieu» déversent leurs maléfices sur terre et sur mer.
On reconnaît au passage le Christ auréolé de gloire, agneau à sept cornes, et des dragons, puis Armageddon, un petit mont de Galilée, et dans Le Nouveau Testament, le lieu symbolique du combat final entre le Bien et le Mal. Et au milieu du désert, on voit apparaître, sur un air d’opéra, « Babylone, la Grande Prostituée. Assise sur une bête écarlate à sept têtes et dix cornes, elle porte un vase débordant de ses souillures fornicatrices. »

De l’ouverture, jusqu’au cataclysme final, l’oratorio va crescendo. Avant de retrouver la paix du début, une profusion d’images sonores nous donne à voir L’Apocalypse de Jean, une succession de tableaux qu’un Jérôme Bosch n’aurait pas renié pas. Impressionnant ! Tout comme ce récit destiné à semer l’épouvante parmi les Chrétiens, un texte d’une misogynie féroce…mais de toute beauté.

Depuis la disparition  du compositeur (1927-2017), on s’inquiète pour la survie de son œuvre (voir Le Théâtre du blog). Aux dernières nouvelles, la maison qu’il habitait dans le Xllème  à Paris  sera détruite mais ses enregistrements ont été déposés à la B.N.F. Et La Philarmonique de Paris va aménager un studio pour y installer le matériel et l’orchestre de haut-parleurs de Pierre Henry. Et grâce à l’association Son/Ré, et à des disciples comme Thierry Balasse et Nicolas Vérin, des concerts sont prévus pour faire vivre ce foisonnant répertoire.

Mireille Davidovici

Concert entendu au Théâtre de l’Athénée, Paris VIII ème, le 15 octobre.
Et le 30 octobre, au Théâtre de la Gaité Lyrique, Paris : Le Voile d’Orphée (1953), Variations pour une porte et un soupir (1963), La Noire à soixante (1961), Fragments pour Artaud (1970), Le Voyage (1962),  interprétés par Thierry Balasse.

 

 

Les grands Prix de littérature dramatique 2018

Jean-Cagnard-et-Fabrice-Melquiot

Jean-Cagnard-et-Fabrice-Melquiot

 

Les grands Prix de littérature dramatique 2018

 

Créé en 2005 par Aneth (Aux Nouvelles Ecritures Théâtrales) à la demande du Ministère de la Culture, et portée par cette association jusqu’en 2010 (date de sa fermeture), le Grand Prix de littérature dramatique remet au sein de la littérature le texte théâtral et les éditeurs qui la transmettent. Il s’est étoffé, depuis sa reprise par Artcena, d’un Prix de Littérature Jeunesse consacrant ainsi l’émergence d’une dramaturgie de qualité pour les jeunes lecteurs et spectateurs. En mettant en lumière le texte, ce Grand Prix  peut contribuer à une meilleure visibilité et diffusion des auteurs à l’heure où fleurissent les adaptations scéniques en tout genre, et les écritures collectives, dites « de plateau ».

 Le prix a déjà récompensé des auteurs connus : Christophe Pellet (2009), Michel Deutsch et David Lescot (2008) ou encore Michel Vinaver (2015) et Koffi Kwahulé,  l’an passé. Le jury des Grands Prix de Littérature dramatique et de Littérature dramatique Jeunesse 2018 a choisi de récompenser Quand toute la ville est sur le trottoir d’en face de Jean Cagnard, Éditions Espaces 34 (Grand Prix) et Les Séparables de Fabrice Melquiot, L’Arche Éditeur (Grand Prix Jeunesse). Six autres textes étaient en lice. Pour le Grand Prix de Littérature dramatique, Aphrodisia de Christophe Pellet, Berlin Sequenz de Manuel Antonio Pereira, récemment créé à Brive (voir Le Théâtre du Blog), Poings de Pauline Peyrade, Mayday de Dorothée Zumstein. Et pour le Grand Prix de Littérature dramatique Jeunesse, Trois petites sœurs de Suzanne Lebeau, Michelle doit-on t’en vouloir d’avoir fait un selfie à Auschwitz ? de Sylvain Levey.

 Jean Cagnard, auteur d’une vingtaine de pièces pour la jeunesse et tout public, et pour le théâtre d’objets et de marionnettes, se distingue surtout par une langue poétique et une imagerie insolite où, malgré la souffrance, la vie se réinvente, parfois de façon drôle et cocasse: « C’est, dit-il, de l’interprétation libre et inquiétante de la condition terrestre. Et puis, comme souvent derrière les apparences, c’est la machine humaine qui est en action tout simplement. » La plus connue, Les Gens légers (2006)  a été inscrite au répertoire de la Comédie-Française mais la plupart de ses pièces sont  crées par la compagnie 1057 Roses qu’il a fondée avec la comédienne et metteuse en scène Catherine Vasseur.

 Le Grand Prix de Littérature Dramatique Jeunesse revient cette année —après Les Discours de Rosemarie de Dominique Richard en 2017—, à Fabrice Melquiot pour Les Séparables, récemment mis en scène par Emmanuel Demarcy-Mota (voir Le Théâtre du Blog). L’auteur a déjà publié une quarantaine de pièces pour enfants comme pour adultes, chez le même éditeur dont : Faire l’amour est une maladie mentale qui gaspille du temps et de l’énergie,  Bouli Miro, 33 Derniers Soupirs . En 2019, on pourra apprécier de nouveau sa plume bien trempée, avec J’ai pris mon père  sur mes épaules, mise en scène par Arnaud Meunier .

 Avant la remise des prix, les élèves du Conservatoire National d’Art Dramatique sous la houlette de Robin Renucci ont lu des extraits des pièces.  Et Artcena  avait organisé C.O.N.E.C.T., une Conférence Nationale sur les Ecritures Contemporaines  pour le Théâtre.  Les professionnels présents, se sont interrogés sur le statut et la diffusion des écritures dramatiques. Première édition d’un rendez-vous annuel, ce forum Du geste d’écriture à la rencontre avec les publics a réuni avant-hier après-midi auteurs, traducteurs, metteurs en scène, comédiens, éditeurs, pédagogues, bibliothécaires, journalistes, etc. qui ont témoigné des modes innovants de création et de rencontre entre auteurs et publics, pour imaginer de nouvelles solidarités et renforcer la présence des dramaturges. Mais constat : malgré tous les dispositifs et incitations financières mis en place, la bataille n’est pas encore gagnée pour que les écrivains trouvent plus facilement le chemin des scènes…

 Mireille Davidovici

 Conservatoire Dramatique National de Paris, le 15 octobre.  

Queen Mary, opéra imaginaire d’Henry Purcell, avec l’Ensemble Barok Opéra

 

Queen Mary, opéra imaginaire d’Henry Purcell, direction musicale de Frédéric Chauvet, texte et mise en scène Sybrand van der Werf,  avec l’Ensemble Barok Opéra

Cet ensemble  a interprété l’ensemble des œuvres d’Henry Purcell : The Fairy Queen, A Tempest, King Arthur…  et ici nous assistons à une délicieuse promenade dans ces musiques. Il y a, sur le plateau, huit musiciens: théorbe, violons, clavecin, alto, et quatre chanteurs pour  un voyage chanté  et plein d’ironie sur les guerres du XVII ème siècle. «Bienvenue en Europe ! ». Les chanteurs accrochent une carte et commentent. «Le 6 novembre 1650, Guillaume d’Orange est tué. Marie Stuart accouche et Henry Purcell compose une ode pour elle . »

Puis  les chanteurs feuillettent l’album, et montrent une autre carte avec un bébé dans les bras.. Le père gifle sa fille, le grand-père le calme, les servantes apportent des verres d’eau, et les femmes se voilent pour l’arrivée des invités. On entend: «I believe, I can fly ». Mary transmet son précieux fardeau: «Quel brillant avenir est promis à Elizabeth! » Le 12 novembre 1677, Mary épouse Guillaume d’Orange; il est laid et boîte; elle pleure mais «la peine dit-elle, est plaisante et chatouille mon cœur ! »

Après l’entracte. on entend «In hell ! Le vol et le meurtre devraient être notre secret (…) Le joie du Seigneur est éprouvée. Tu m’as montré le dos de mes crimes, je les ai jetés au loin dans la boue des rues.» Sur son lit de mort, Louis XIV confesse : « J’aimais trop les guerres ! ». L’Angleterre, alliée aux Pays Bas, déclare la guerre à la France. La reine se meurt le 28 décembre 1614. On éprouve une belle émotion en entendant Suffer us not. Mais difficile de rendre compte de tout ce que nous ressentons en voyant ce subtil opéra, habile synthèse de plusieurs œuvres du grand Purcell.

Edith Rappoport

Le spectacle a été joué au Théâtre de l’Athénée jusqu’au 13 octobre. T. :  01 53 05 19 19

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La Ménagerie de Verre de Tennessee Williams, mise en scène de Charlotte Rondelez

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La Ménagerie de Verre de Tennessee Williams, mise en scène de Charlotte Rondelez

 

Sans doute, une des œuvres les plus connues du célèbre dramaturge américain (1911-1983). Un succès, suivi trois ans plus tard par Un tramway nommé Désir et en 1955, de La Chatte sur un toit brûlant. Sans doute parmi les meilleures pièces du théâtre américain! La Ménagerie de verre comme ses autres comédies, fit l’objet d’une adaptation au cinéma: en 1950 par Irving Rapper avec Kirk Douglas, et elle a souvent été mise en scène en France, notamment par Jacques Nichet en 2009, puis par Daniel Jeanneteau il y a deux ans (voir Le Théâtre du Blog).

 Tennessee Williams met en scène sa mère et sa sœur  dans cette œuvre en partie autobiographique et devenue  culte depuis sa création. Cela se passe dans un petit appartement pauvre à  Saint-Louis où une mère, Amanda Winkfield qui, autrefois, séduisait les garçons et qui maintenant  abandonnée par son mari, nostalgique de sa jeunesse, tente de survivre, comme elle peut: c’est dire mal, avec son fils, Tom, poète et employé dans une usine de chaussures qui gagne la vie de la famille, et Laura, sa fille, psychologiquement assez fragile et qui a une collection de petits animaux en verre.  Et arrive dans le paysage celui va tout détraquer: le beau Jim, un jeune collègue de Tom, que la mère a invité à dîner avec un projet bien précis : caser sa fille. Bingo ! Laura tombera vite amoureuse de Jim qui avait compris ce qu’on attendait de lui… Attiré par cette belle jeune fille, il ne peut s’empêcher de l’embrasser mais va vite avouer que, fiancé, il va bientôt se marier. Fin du beau rêve pour la pauvre Laura et sa mère.

Reste à savoir comment monter cette pièce souvent bavarde quand elle est mal montée. Daniel Jeanneteau redoutant le piège du pittoresque, l’avait située dans un décor non figuratif, ce qui était le type même de la fausse bonne idée. Charlotte Rondelez, elle, a juste demandé à Jean-Michel Adam un décor mi-réaliste, mi-symbolique: une table et quelques chaises sur la petite scène du Théâtre de Poche, et un miroir et une fenêtre en perspective (on se demande bien pourquoi !). Mais on voit à peine la collection de petits animaux de verre, pourtant au centre des  préoccupations de Laura et qui donne son titre à la pièce! Il y a aussi la photo encadrée du père absent  qui s’anime par moments (bravo, le gadget inutile !)

Côté mise en scène, les choses vont  trop lentement, comme si Charlotte Rondelez avait voulu recréer un climat familial façon Tchekhov mais cela ne fonctionne pas. La faute aussi à une distribution très inégale et à une direction d’acteurs aux abonnés absents… Cristina Réali joue les mère abusives en en faisant des tonnes comme au boulevard, ce qui est un contre-sens et devient vite insupportable. Heureusement, il y a Ophélia Kolb ( Laura) très impressionnante de discrétion et d’efficacité, et qui a une magnifique présence. Charles Templon et Félix Beaupérin  (Jim) sont justes et précis.  Mais le compte n’y est pas et une douce somnolence s’empare du public. On peut aller voir le jeu d’Ophélia Kolb, mais sinon… on oubliera vite cette mise en scène trop approximative de la célèbre pièce qui, plus de soixante-dix ans après sa création, a encore des choses à nous dire sur la pauvreté, le mal-être, la solitude et l’exclusion sociale…

Philippe du Vignal

Théâtre de Poche, 75 boulevard du Montparnasse, Paris VI ème.T. :01 45 44 50 21.

 

Eugénie de Franval du Marquis de Sade, adaptation et mise en scène de Dimitris Katsis, Alexandros Mitropoulos, Maria Bakea, Marguerite Papadoni

 

Eugénie de Franval du Marquis de Sade, adaptation et mise en scène de Dimitris Katsis, Alexandros Mitropoulos, Maria Bakea, Marguerite Papadoni

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Donatien de Sade (1740-1814), «divin marquis », figure sans doute la plus authentique et la plus extrême du libertinage au XVIII ème siècle, a écrit cette nouvelle où on assiste à un libertinage sans liberté, puisqu’imaginé dans son appartement… à la prison de la Bastille, et à l’asile de Charenton, d’où les Constituants le tireront quelque temps… Mais Bonaparte, excédé par le personnage, l’y replongera définitivement.

Prisonnier de corps, Sade n’en rêva pas moins des plus fantastiques et des plus «effrayantes» libérations de la chair et de l’esprit. Athée, anticlérical, il fait, de la subversion, le principe dynamique d’une pensée a-morale : mettre à bas, au nom du tout-puissant Plaisir, les édifices imposteurs de la Vertu et du Bien. Petit bijou tiré du recueil des Crimes de l’Amour (1800), Eugénie de Franval fait figure d’exception dans l’œuvre du marquis de Sade. Dès sa naissance, une jeune fille par sa beauté a séduit son père qui va prendre soin de lui faire donner une éducation sans aucun principe moral et religieux. Et le jour où  elle a quatorze ans, M. de Franval décidera de parfaire son instruction… 

Les principaux personnages sont en fait les doubles de l’écrivain et de ses proches, et la trame des événements qui vient les unir, rappelle la liaison scandaleuse entretenue par le Marquis de Sade avec sa jeune belle-sœur, Anne-Prospère de Launay. Il réécrit ici sa vie personnelle et hisse ses amours à la hauteur d’un drame mythique de la passion. Sade s’efforce aussi de percer les mystères de son incarcération et d’en exorciser les souffrances, au fil de revanches symboliques et de repentirs ambigus.

Dimitris Katsis, Alexandros Mitropoulos, Maria Bakea et Marguerite Papadoni interprètent aussi les six personnages, alternant narration et dialogues, entsre grotesque et macabre, mais avec un humour sarcastique. Point de scènes de nudité… Domine ici un langage puissant et un expressionnisme gestuel qui renforce sous-entendus et non-dits.
Un décor simple et symbolique -un boudoir- évoque l’esprit de l’époque et sert de cadre à  ce spectacle  empreint de l’esprit d’une équipe talentueuse et passionnée.

 Nektarios-Georgios Konstantinidis

 Théâtre Vault, 26 rue Melenikou, Votanikos, Athènes. T. : 0030  213 0356472.

L’Occupation d’après le roman d’Annie Ernaux, mise en scène de Pierre Pradinas

 

L’Occupation d’après le roman d’Annie Ernaux, mise en scène de Pierre Pradinas

® Marion Stalens

® Marion Stalens

«L’existence de cette autre femme a envahi la mienne», écrit Annie Ernaux. (…) «J’avais quitté W. Quelques mois après, il m’a annoncé qu’il allait vivre avec une femme dont il a refusé de me dire le nom. À partir de ce moment, je suis tombée dans la jalousie. L’image et l’existence de l’autre n’ont cessé de m’obséder, comme si elle était entrée en moi. C’est cette occupation que je décris.»

Romane Bohringer qui incarne ce personnage, raconte la genèse d’une possession, d’une obsession. Prise d’une jalousie maladive, la narratrice enquête pour retrouver la trace de l’Autre et apaiser la douleur de ne pas savoir, saisissant le moindre indice que lui livre, parcimonieusement, son ancien amant… On pense au processus de  « cristallisation », décrit par Stendhal dans De l’Amour (1822).

Pierre Pradinas a confié à Romane Bohringer ce personnage contradictoire, à la fois fragile et lucide. Comme Annie Ernaux, l’actrice ne mâche pas ses mots et s’empare à bras le corps d’un texte souvent drôle, teinté parfois d’un humour carabin assez limite. Pour traduire toutes les nuances de cette rhétorique amoureuse, Christophe “Disco“ Mink se fait complice de la comédienne, et multiplie les clins d’œil musicaux à la harpe, à la guitare, ou au synthétiseur. Il l’accompagne de quelques notes quand elle entonne au bord des larmes: I Will survive, vieux tube tristounet de Gloria Gaynor (1978). Une mise à distance ironique du pathos comme chez Annie Ernaux à qui l’écriture permet de conjurer «cette  jalousie dont j’ai été la proie et la spectatrice. »

 On est loin de l’Othello de Shakespeare… « Un monstre aux yeux verts, dit Iago, qui nargue la proie dont il se nourrit. » Mais il y a quelque chose d’universel dans cette expérience amoureuse contemporaine. «Ecrire la vie avec des contenus qui sont les mêmes pour tous», veut Annie Ernaux.  Ce que traduit la comédienne avec aplomb. Chacun(e) semble se reconnaître dans ce portrait habilement croqué. Un bémol cependant: à quoi sert une vidéo étouffante qui illustre de façon inutile un texte très ciselé, et qui parasite le jeu nuancé des artistes?

Mireille Davidovici

Théâtre de l’Œuvre,  Paris lX ème T. :01 44 53 88 88, jusqu’au 2 décembre

Le roman est publié aux éditions Gallimard.

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