Romanès Cirque Tzigane

Romanès Cirque Tzigane

Romanès Cirque TziganeUn joli petit chapiteau de dix mètres de hauteur à Paris. Alexandre Romanès, fils de Firmin Bouglione, vient d’une grande famille gitane. Lui et sa femme Délia ont, en 1994, fondé ce dernier cirque tzigane d’Europe. Il lance des coussins au public pour qu’il s’installe confortablement et annonce que le chapiteau est maintenant bien implanté mais que les habitants de ce quartier très bourgeois du XVI ème étaient contre leur installation, il y a quelques années… Six femmes et une petite fille, en longues et belles robes multicolores, chantent et dansent, accompagnées dans leur numéro par quatre musiciens… D’abord des acrobates aux cerceaux, trois, au ballon et un, au hula hoop. Puis l’un d’eux réalise un poirier sur un tabouret et il y a entre autres, une danse à trois balles, une autre avec un cerceau, une corde volante, un jonglage ironique à trois balles, un grand écart sur les mains, une montée sur cordes,

Mais il y a aussi un chat au trapèze, un antipodiste, une jonglerie avec des quilles, et une danse de l’éventail. A la fin, Alexandre Romanès qui dirige l’ensemble, réalise un numéro avec un adorable petit chien. Ne ratez pas ce spectacle à la fois rigoureux et plein de vitalité…

Edith Rappoport

Spectacle joué les week-ends et pendant les vacances scolaires, Square Parodi, 1 boulevard de l’Amiral Bruix, Paris (XVI ème). Métro: Porte Maillot.  T. :  01 40 09 24 20

A lire: d’Alexandre Romanès, Les Corbeaux sont les gitans du ciel et Le Luth noir, un livre remarquable plein de vie et d’humour, éditions de l’Archipel.


Archive de l'auteur

Adieu Claude Régy

Adieu Claude  Régy

Photo Pascal Victor/ArtComPress

Photo Pascal Victor/ArtComPress

Il s’est éteint tout à l’heure à quatre-vingt seize ans. Une coïncidence, un signe du destin. Nous pensions à lui il y a deux jours, en rangeant des livres de théâtre… Nous tombions sur le texte de La Chevauchée sur le lac de Constance de Peter Handke qu’il avait superbement monté. en 72; ce spectacle lançait le tout jeune Gérard Depardieu  et il le fit encore jouer dans plusieurs de ses spectacles.

Plus de soixante ans de carrière et autant de spectacles! Nous l’avions souvent interviewé, notamment dans son petit appartement de la rue Beaubourg. Ce qui frappait chez lui : la grande élégance de son langage plein d’humour mais aussi la précision quand il parlait de son travail, essentiellement sur des œuvres d’auteurs contemporains et en même temps son rapport au temps, à la lumière qu’il voulait souvent faible, au corps, au silence qui pour lui faisait partie du spectacle. « Le silence dans la parole est une ouverture sur l’infini ; c’est le moment où l’imaginaire trouve sa place et où le spectateur peut ressentir la profondeur de l’esprit, du questionnement. La respiration fait partie de la traduction du texte, elle met en valeur la ponctuation. » (…) « C’est la jouissance du texte.  » Tous éléments qu’il savait imposer au public qui avait fini par le suivre, malgré certains textes un peu obscurs depuis une dizaine d’années qui nous fascinaient moins.

Son exigence scénique était assez rare et les jeunes metteurs en scène la remarquaient aussitôt. Comment  tout détailler de cette si longue carrière? Nous avons vu la plupart de ses mises en scène mais nous garderons surtout en mémoire Les Viaducs de la Seine-et-Oise de Marguerite Duras en 62. Puis ensuite et Claude Régy nous fit découvrir des  œuvres d’auteurs étrangers comme La prochaine fois je vous le chanterai de James Saunders ou Témoignage irrecevable de John Osborne. Et en 66 et 67, Le Retour et L’Anniversaire d’Harold Pinter et encore la même année, cette pièce au titre magnifique: Rosencrantz et Guildenstern sont morts de Tom Stoppard, une peu longuette mais remarquablement interprétée.

Et surtout des années plus tard Trilogie du revoir et  Grand et petit qui firent découvrir Botho Strauss au  public avec la fascinante Christine Boisson. Et quelques années plus tard, un texte difficile mais-intéressant avec en 83 Par les villages de Peter Handke avec Andrej Seweryn et de nouveau Christine Boisson, puis Des Couteaux dans les poules de David Harrower. Mais toujours aussi exigeant, il monta aussi  des auteurs considérés comme plus difficiles… Sarah Kane, Jon Fosse, Arne Lygre… Et il savait choisir ses acteurs entre autres: ceux que nous avons cités mais aussi Isabelle Huppert, Delphine Seyrig, Jean Rochefort, Michel Bouquet, Jean-Pierre Marielle ou Pierre Brasseur… Un feu d’artifice!

Il avait créé son dernier spectacle Rêve et folie de Georg Trakl il y a trois ans, au Théâtre de Nanterre-Amandiers. « Comment mieux dire l’absence de Dieu et la solitude absolue de l’homme? Le poète évoque le poids sur ses épaules, d’une race maudite: celle de la faute et du péché, écrivait notre amie Véronique Hotte dans Le Théâtre du Blog.  Après une telle expérience, on relit Claude Régy: «Il y a un courage dans la vitalité, incompréhensible, fabuleux, de vivre jour après jour. (…) Il y a, probablement, une force de vie qui est en nous, qui est déposée, qui fait qu’on encaisse tout, parce qu’on a besoin de continuer.» Rêve et Folie témoigne de cette persévérance à être, et à exister malgré tout, grâce à Georg Trakl, Claude Régy et Yann Boudaud. »

Merci à Claude Régy d’avoir apporté une curiosité et une rigueur exceptionnelle dans  ses mises en scène, ce qui n’était pas un luxe dans le théâtre français de l’époque. Ces dix dernières années, nous avions eu un peu de mal à le suivre dans des mise en scènes disons expérimentales qui n’aurait pas dû être rendu publiques. Mais  il aura mené tout au long de sa vie un travail exemplaire surtout dans la recherche de textes étrangers et dans sa direction d’acteurs, cela n’est pas si fréquent et mérite d’être encore salué, au moment où il nous quitte à jamais.

Philippe du Vignal

Le Calmant de Samuel Beckett,mise en scène d’Aspa Tobouli

Le Calmant d’après la nouvelle de Samuel Beckett, traduction en grec d’Erifili Maroniti, mise en scène d’Aspa Tobouli

850E3FE8-2962-4EC7-9D8D-73EB305A1C2FChez ce célèbre écrivain,  souvent le narrateur lui-même dénonce l’état fictif du récit qu’il est en train de raconter au passé, avec des interventions au présent comme dans cette nouvelle écrite en français en 1946. L’Histoire vient rejoindre la narration qui ,elle-même, s’inscrit dans l’Histoire, en dénonçant la fiction au passé.

Le texte s’ouvre sur ces mots : «Je ne sais plus quand je suis mort. Il m’a toujours semblé être mort vieux». Début plein d’une ironie typiquement beckettienne mais qui pose question:  qui assume la narration?  Le titre de la nouvelle fait allusion à un objet du récit (une petite fiole) mais renvoie aussi à la narration elle-même, apaisante dont son statut de vérité qui semble garanti par l’emploi de la première personne, est pourtant d’emblée mis à mal: «Je mènerai néanmoins mon histoire au passé, comme s’il s’agissait d’un mythe ou d’une fable ancienne. »

Le metteur en scène a adapté le texte pour la scène avec une série des micro-séquences narratives qui renforcent la théâtralité  et cette sorte de performance où la parole a une place prépondérante, est accompagnée de vidéos et d’enregistrements sonores. Des images successives où alternent dits et non-dits et qui renvoient aux personnages de Fin de partie et d’En attendant Godot

La scission du «je» entre plusieurs paroles contradictoires impose une distance critique par rapport à la narration  et les deux comédiens  dialoguent entre eux. Mais en fait, ce sont ici deux facettes du moi profond. L’âme et l’esprit. La conscience et l’émotion. Spyros Varellis et Despina Sarafidou incarnent de façon exceptionnelle la bipolarité de leur personnage monologuant, qui baigne entre rêve et cauchemar, vie et mort, passé et présent, mémoire et oubli, réalité et fiction. Ici, la littérature est le remède, et l’autofiction, une planche de salut. Un spectacle de haute qualité, à ne pas manquer !

Nektarios-Georgios Konstantinidis

Théâtre Fournos, 168 rue Mavromichali, Athènes. T. :  0030 210 6460748.

Le texte est tiré de Nouvelles et textes pour rien, Editions de Minuit.

Black Village de Lutz Bassmann, par l’ensemble L’Instant donné , mise en scène de Frédéric Sonntag, musique d’Aurélien Dumont

Black Village de Lutz Bassmann, avec l’ensemble L’Instant donné, musique d’Aurélien Dumont, mise en scène de Frédéric Sonntag,

270DFFD1-C553-4B33-AE90-A3A612FD8B06Quelle est la nécessité de porter à la scène un texte littéraire? Nombre de projets se heurtent à l’absence d’oralité et la verticalité de l’œuvre reste alors «couchée» entre les pages… Un  projet musical, conçu sur ces bases, risque de tomber dans l’illustration ou inversement, le texte n’étant plus alors qu’un prétexte. Mais ici, les musiciens, chacun avec sa personnalité, jouent une partition jamais redondante, écrin tout aussi mystérieux et sombre que l’histoire écrite par Lutz Bassmann (un des pseudonymes du romancier Antoine Volodine).

Il crée un univers qu’il veut non de pure science-fiction, mais qu’il qualifie de «post-exotisme» autrement dit « une littérature de l’ailleurs qui va vers l’ailleurs ». Un peu de maniérisme dans cette définition… Mais cela ouvre le jeu à toutes les libertés qu’on peut prendre avec le temps et l’espace. Ici, trois personnages cheminent dans l’obscurité, peut-être dans une nuit après la mort. Pour apprendre à marcher ensemble dans le noir, dans les bizarreries du temps qui passe -ou ne passe pas- sur une route monotone, quoi de mieux que la parole qu’ils offrent, chacun à son tour…

Contes fantastiques et cruels, histoires à dormir debout, missions criminelles : l’imagination tient les personnages éveillés. On ne saura pas dans quelle faille du temps ils  marchent, ni vers quel horizon. Ni la part de vérité ou d’affabulation que chacun propose aux deux autres. Tassili, Goodmann et Myriam, trois âmes solitaires, entretiennent leur petit «théâtre de la cruauté» qui ne manque pas d’humour – noir.

La partition musicale fait léviter ces paroles entendues dans la nuit et crée un univers halluciné et cependant concret : les instrumentistes jouent à vue, en demi-cercle en fond de scène et expriment nombre d’émotions, comme autant de personnages invisibles peuplant cette nuit, particulièrement dans les solos. Mayu Sato-Brémaud, spécialiste des flûtes japonaises, Saori Furukawa, violon, Maxime Echardour aux percussions, Caroline Cren, piano, Nicolas Carpentier, violoncelle et Elsa Balas, alto, composent un monde mystérieux, parfois grinçant, parfois mélodique.

Le compositeur Aurélien Dumont hésite cependant entre l’affirmation d’une œuvre autonome et un délicat raccord au texte. Ce difficile équilibre surprend le spectateur. Mais il finit par se nouer un contrat invisible entre mots, sons et voix. Entre l’univers littéraire de Lutz Bassmann et la partition d’Aurélien Dumont, le fléau de la balance s’appelle Hélène Alexandridis. L’actrice s’empare du plateau avec autorité et précision. Grâce à elle, chaque narrateur est inscrit dans une série de fuites, effacements, réapparitions, orchestrés avec finesse par le metteur en scène Frédéric Sonntag. Bien calée dans les tempos, Hélène Alexandridis réussit à porter ces histoires invraisemblables et grâce à elle, à la direction d’acteurs et aux éclairages très subtils de Manuel Desfeux, ce moment musical et littéraire devient un objet scénique non conventionnel tout à fait séduisant.

Ce spectacle était donné en clôture du festival Mesure pour Mesure, au Nouveau Théâtre de Montreuil dirigé depuis 2011 par Mathieu Bauer, musicien, metteur en scène et directeur artistique de la compagnie Sentimental Bourreau. Et dont la ligne artistique est orientée vers un décloisonnement entre théâtre, musique et autres disciplines…

Marie-Agnès Sevestre

En tournée :

Les 21 et 22 janvier, Grand Théâtre de Lorient (Morbihan).

Le 16 mai, Friche de la Belle de Mai, 108 rue de la Belle de Mai, Marseille (Bouches-du-Rhône).

 

L’Enfant inouï,création et direction musicale de Laurent Cuniot, mise en scène de Sylvain Maurice

L’Enfant inouï, création et direction musicale de Laurent Cuniot, livret de Sylvain Maurice, librement inspiré de L’Extraordinaire garçon qui dévorait les livres d’Olivier Jeffers, mise en scène de Sylvain Maurice

 

Crédit photo : Elizabeth Carecchio.

Crédit photo : Elizabeth Carecchio.

Au départ, un livre illustré pour enfants soit un objet cartonné (en anglais: pop-up) changeant de forme  quand on l’ouvre. Un trésor de précision et de créativité qui émerveille le jeune lecteur… Ici reproduit à l’identique sur le plateau avec une page blanche posée comme en équilibre et d’où émergent d’abord la tête puis le corps d’Henri, interprété par la soprano Raphaëlle Kennedy.

La scénographie d’Antonin Bouvret est savante et malicieuse, grâce aussi aux lumières changeantes de Rodolphe Martin et à la vidéo de Loïs Douglazet.  A jardin, il y a dans l’ombre, Raphaëlle Kennedy et les musiciens de TM+ -Ensemble orchestral de musique d’aujourd’hui: Anne-Cécile Cuniot à la flûte, Etienne Lamaison à la clarinette et Gianny Pizzolato aux percussions.

 « Au début/J’étais seul/J’ai juste goûté un mot pour voir/C’était bon/Puis j’ai essayé toute une phrase (juste pour goûter)/Et enfin toute une page/Une PAGE/Une PAGE/Une PAGE/Je me suis régalé ! /Et maintenant je ne fais qu’une bouchée d’un LIVRE tout entier! » Cet opéra de chambre a pour origine une fable fantastique de cet  auteur et illustrateur britannique de quarante trois ans qui a écrit de nombreux ouvrages de littérature jeunesse et qui a remporté de nombreux prix dont celui prestigieux de Bologne.. Quand ses parents travaillent, Henri est seul à la maison avec son poisson Roudoudou dans l’aquarium. Il s’adonne à son loisir favori, lire des livres et tout l’intéresse : dictionnaires, romans d’aventure, histoires comiques et tragiques et même livres de mathématiques… Rien de plus inquiétant que cet appétit insatiable, cette dévoration des livres de bibliothèque, cette volonté de tout savoir et tout connaître pour dominer les autres.

Le corps enfantin est trop frêle, si l’on considère l’encyclopédie de mémoire dont il est porteur ; un déséquilibre s’installe entre le corps et l’esprit :« Je veux tout savoir/Rien ne peut m’arrêter… »L’enfant va tomber malade et devoir repenser son activité de lecture. Ne pas se réfugier dans la solitude : l’éloignement d’avec les autres empêche de s’épanouir dans des relations sociales et amicales harmonieuses et équilibrées. Identifier le monde et sa place dans le monde relève du discernement. Et apprendre à lire est indispensable pour grandir, penser et s’élancer.

 La musique de Laurent Cuniot donne à entendre la clarté et les nuances de colorature pure et virtuose de Raphaëlle Kennedy avec soliloques et dialogues et superpositions enregistrées de sa voix. Le choix des mots par Sylvain Maurice met en valeur la dimension musicale de ce petit opéra de chambre mais aussi la dimension poétique et burlesque de cette prose poétique facétieuse qui révèle l’univers enfantin. Cette voix chantée ou parlée, transformée électroniquement, démultipliée et renversée,  comme une petit garçon  qui perd l’équilibre… Voix du père, de la mère, voix de l’enfant, et silence du poisson… les identités se brouillent.

 Conversent ici avec plaisir, flûtes, clarinette et clarinette basse, percussions : vibraphone, etc. Pour le compositeur, l’alliance des instruments et de l’électronique procède de l’installation d’un univers musical contrasté, onirique, entre imaginaire et réel. Le tout en parfait accord avec la belle mise en scène de Sylvain Maurice, directeur du Théâtre de Sartrouville-Centre Dramatique National. Un souffle rafraîchissant, une énergie radieuse : l’art de la lecture, quoi de plus tonique…

Véronique Hotte

Spectacle créé les 10 et 11 décembre au Festival Tout’Ouïe, Maison de la Musique de Nanterre ( Hauts-de-Seine).

Théâtre de Sartrouville et des Yvelines du 14 au 16 mai..

 

Yes ! musique de Maurice Yvain, livret de Pierre Soulaine et René Pujol,mise en scène de Bogdan Hatisi et Vladislav Galard

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© Michel Slomka

Yes ! musique de Maurice Yvain, livret de Pierre Soulaine et René Pujol, chansons d’Albert Willemetz, mise en scène de Bogdan Hatisi et Vladislav Galard

Entre opérette et comédie musicale, cette œuvre créée avec succès au Théâtre des Capucines en 1928, trouve ici une nouvelle jeunesse avec neuf chanteurs et un trio de jazz, tous rompus à la comédie. Elle mérite d’être redécouverte pour la modernité de sa partition et la qualité des chansons d’Albert Willemetz présenté comme «lyriciste».

Maurice Yvain, illustre à l’époque pour la musique de chansons interprétées par Mistinguett ou Maurice Chevalier et celle de quelque dix-huit opérettes, avait réduit l’orchestre, vu l’exigüité du théâtre, à deux pianos. Ici, sous les doigts de Thibault Perriard (aussi aux percussions) et de Paul-Marie Barbier (également au vibraphone). Matthieu Bloch, lui, est à la contrebasse et à la guitare. Entre chanson populaire et jazz, avec des rythmes hispaniques. Cette musique a incité le Palazzetto Bru Zane-Centre de musique romantique française à Venise à accompagner dans cette aventure, l’ensemble Les Brigands, spécialiste de l’opérette.

Des trois actes du livret, le deuxième est le plus réussi et le dernier, plus bref,  a un dénouement un peu tiré par les cheveux mais cette histoire légère et burlesque reste séduisante. Maxime Gavard, fils du roi du vermicelle, pour échapper à un mariage forcé avec Marquita Negri, une riche héritière chilienne, contracte un mariage blanc en Angleterre avec Totte, une manucure. Il l’arrache ainsi à un fiancé  rêvant d’être chanteur de charme. L’union consommée, Totte et Maxime, amoureux l’un de l’autre, retrouvent au Touquet, son père à lui, furieux de cette mésalliance et qui a épousé, à la place de son fils, la fougueuse Marquita de Valpraiso… Il y a aussi Roger, l’ex-fiancé de l’héroïne qui est devenu un célèbre crooner. Au troisième acte, les amoureux ne peuvent se résoudre à divorcer, comme l’exige le tyrannique papa. L’action se déroule sous le regard de César, un domestique modèle et candidat communiste aux élections dans le XVI ème  arrondissement de Paris, ce qui donne à la pièce une couleur politique: en 1928, le Parti Communiste vient d’adopter une ligne dure et le gouvernement Poincaré n’hésita pas à arrêter ses députés Maurice Cachin et Paul Vaillant-Couturier. On compte d’autres personnages extravagants comme le couple Saint-Aiglefin, une fausse lady anglaise et une femme du peuple à la recherche d’un emploi (un personnage joué à la création par Arletty)…

La mise en scène, elle, frise parfois la vulgarité, comme dans la première séquence où les interprètes, très dénudés, semblent sortir d’une orgie nocturne. Mais chanteurs et musiciens sont vite convaincants: de sa voix chaude, la soprano Clarisse Dalles (Totte) s’oppose à la pétulante Emanuelle Goizé interprétant la belle Chilienne qui énumère ses amants. La chanteuse multiplie les aigus légers avec une belle amplitude dans les duos avec Maxime (Celian d’Auvigny à la voix agile). Son émouvante présence compense le manque de puissance de son timbre dans le fameux Yes mais il fait preuve de dynamisme dans Si vous connaissiez papa, un tube tout en allitérations.

Il y a aussi de beaux textes poétiques comme une berceuse: Charmantes Choses. D’autres parodiques comme le solo jazzy de Roger : Deux pianos, chanté par Flannan Obé assorti d’un numéro de claquettes ou le sulfureux Je suis de Valparaiso d’une Marquita Negri, toute de plumes vêtue. Très amusante, l’irruption de Clémentine dans Moi je cherche un emploi, un véritable clin d’œil au public à l’instar de la Valse d’adieu, le discours de remerciements du candidat César: «Bien que trop peu nombreux/Je veux vous dire quand même/Électeurs du Seizième, Adieu.» Et il remet à plus tard son ambition «d’abolir la finance et de faire du seizième, un arrondissement où l’on s’aime! »

Pur produit des années folles, cette œuvre met en valeur la fantaisie du parolier et l’audace du compositeur, un des premiers à introduire le jazz dans une opérette, ce qui préfigurait les comédies musicales contemporaines. Ici, piano ragtime, walking bass, batterie groovy, vibraphone, guitares hispaniques et même des ondes Martenot rythmant ce spectacle et il y a des improvisations accompagnent les changements de décor. François Gauthier-Lafaye a conçu une scénographie légère où quelques affiches, toiles peintes et costumes suggèrent les lieux de l’action.

Le public accueille avec un grand plaisir cette pièce enjouée et sautillante. Maurice Yvain a bien fait de dire: yes! au librettiste René Pujol,  un journaliste et scénariste qui lui suggéra d’adapter pour la scène Totte et sa chance, un roman de Pierre Soulaine, écrivain à la mode qui cosigna aussi le livret. Un beau divertissement pour cette fin d’année morose…

Mireille Davidovici

Jusqu’au 19 janvier, Athénée-Théâtre Louis Jouvet, Square de l’Opéra Louis Jouvet, Paris (IX ème) T. : 01 53 05 19 19.

Le 26 janvier, Palais des Beaux-Arts, Charleroi (Belgique).
Le 26 mars, Le Moulin du Roc, Niort (Deux-Sèvres) et le 31 mars, Relais Culture, Hagenau (Bas-Rhin).

Demi-Véronique, création collective de Jeanne Candel, Caroline Darchen et Lionel Gray

©Jean-Louis Fernandez

©Jean-Louis Fernandez

 

Demi-Véronique, création collective de Jeanne Candel, Caroline Darchen et Lionel Gray

Moteur de cette pièce: La Cinquième Symphonie de Gustav Mahler. Au début, la musique peine à se manifester: le clown sentencieux qui accueille le public, la fait entendre grâce à un magnétophone à bande qu’il a dans un sac à dos et il en contraint la diffusion sous ses semelles, avant qu’un fil salvateur ne relie cette partition à un haut parleur déterré sous le sable du plateau pour qu’elle retentisse enfin dans toute sa puissance.
Mais c’est juste un sursis dans le combat qui s’impose entre la musique, les êtres humains et les choses qui les entourent. Pas besoin des mots, le dialogue se passe en interaction entre les objets et les trois acteurs qui jouent de leur physique comme d’un objet : l’homme est  très grand, et sa partenaire toute petite et il y a une grande femme mystérieuse qui, longtemps seule, a surtout une présence plastique. Mais le personnage central reste toujours: la musique.

Dans un décor de sable calciné et murs noircis, nous irons donc à la poursuite de cette symphonie, avec ses ratés et ses  bruits. Confrontés aux quatre éléments, terre, eau  (beaucoup d’eau!), feu magique au bout des doigts, et même un peu au ciel au-dessus de la verrière, grâce à un jeu de magicien rustique. Il y aura un baiser fougueux, interminable, acrobatique, un poisson impossible à tuer, un mur défoncé, de grandes oreilles comme des appareils de détection, de la vaisselle cassée… Bref, des luttes nées de l’improvisation sur cette œuvre à la fois très romantique et, selon les auteurs, ironique. On rit parfois, on suit ce chemin insolite mais sans parvenir pourtant à un véritable onirisme. La demi-Véronique est dans la corrida un instant de suspension du combat, un soupir musical (selon les auteurs) mais ici trop rempli d’un grand bric-à-brac pour que la référence soit lisible.

Jeanne Candel, avec sa compagnie La Vie brève, inaugure sa direction du théâtre de l’Aquarium avec le festival Bruit. Un manifeste : à côté de ses propres spectacles dont une reprise de Demi-Véronique et La Chute de la Maison (voir Le Théâtre du Blog), le festival présente les artistes qu’elle a associés à l’Aquarium: David Geselson et ses Lettres non écrites, Matthew Locke et l’ensemble Correspondances Sébastien Daucé (répétition d’orchestre) avec Pastorale et Psyché de Marc-Antoine Charpentier, Lionel Dray avec Les Dimanches de Monsieur Dézert, (voir Le Théâtre du blog)… La cohérence de ce festival tient d’abord la musique qui est au centre d’un théâtre en quête de formes à inventer, en toute liberté. C’est bien la moindre des exigences !

Dans les théories de la communication, on appelle bruit ce qui lui fait obstacle et qui l’interrompt. Et paradoxalement, il peut aussi réveiller l’attention. En général, il s’oppose à la musique. Mais si c’était aussi une façon de l’écouter comme un son, comme la source d’une nouvelle musique possible? Le festival se prolonge jusqu’au 25 janvier. Comptons sur ce qu’il a encore à nous faire entendre…

Christine Friedel

Théâtre de l’Aquarium, Cartoucherie, route du Champ de manœuvre, Vincennes,  (Val-de-Marne). Métro: Château de Vincennes+ navette gratuite. T. : 01 43 74 99 61

Le 31 décembre, soirée spéciale avec Les Dimanches de Monsieur Dézert, dîner et bal-swing avec l’Umlaut Big Band.

Notre petit Mahabharata par l’Ecole de Pursai et le Théâtre du Soleil

Photo Anne Lacombe

Photo Anne Lacombe

 

Notre petit Mahabharata par l’Ecole de Pursai et le Théâtre du Soleil

Programmé avec les toutes dernières représentations d’Une Chambre en Inde, en alternance, le Terukkuttu est une forme traditionnelle de théâtre populaire du Tamil Nadu, un Etat du Sud de l’Inde. Elle raconte les grandes épopées comme le Mahabharata et le Ramayana, auxquelles quelques légendes locales ajoutent dieux et personnages mythiques.

Photo Anne Lacombe

Photo Anne Lacombe

Le Terukkuttu, encore très vivace dans le monde rural, associe chants, danses et quelques parties parlées, avec une extraordinaire vivacité de tons. Cet art n’a jamais cessé de renouveler, qu’il s’exprime en vers, en chants appuyés sur des ragas ou en prose libre. Les représentations durent toute la nuit, de la tombée du jour à l’aube.

On ne passe pas la nuit à la Cartoucherie mais une belle soirée avec les quatre épisodes du Mahabharata qui relatent la guerre entre les Pandavas et les Kauravas : conquêtes de territoires, jalousies de palais, affrontements entre héros des deux clans mais surtout guerre pour la conquête des femmes au prix de toutes les violences. Grâce à un sur-titrage impeccable, nous suivons alternativement les épisodes présentés par l’Ecole de Terukkuttu de Purisai (La Partie de dés, La Mort d’Abhimanyu), le long épisode repris d’Une Chambre en Inde : Le Dérobement de Draupadi) et à la fin, La Mort de Karna réalisé par le Théâtre du Soleil et tous les artistes de l’Ecole de Purisai.

Après la rituelle salutation à Ganesh qui se met un peu en rogne :   »Pourquoi m’as-tu fait descendre? », le spectacle peut commencer. Un personnage, dit Le veilleur,  introduit les scènes, les commente et parfois les parodie. Il est l’homme du peuple devant ces combats de géants. La guerre, dont les dix-sept premiers jours nous sont contés, met en jeu les rois, les guerriers et les dieux. Il n’est pas nécessaire d’être familier de la mythologie indienne pour s’y retrouver,  tant ce spectacle est total… Emporté par la musique, les chants à répons, les danses virevoltantes et les costumes d’une grande richesse, le public part en voyage. Il s’amuse de voir un monarque perdre son royaume, ses palais, ses femmes, en quelques coups de dés, s’apitoie sur le sort de Draupadi, la femme enlevée et brutalisée  mais sauvée par un subterfuge de Krishna. Et il s’interroge sur le sort des guerriers, jusqu’à l’affrontement final avec le plus grand : Arjuna.

Loyauté, courage et fidélité sont mis à l’épreuve. Les charmes maléfiques de certaines armes magiques ne suffisent pas toujours à assurer la victoire. Comme toute épopée, celle-ci introduit le comique, le bouffon, les blagues, même dans les moments les plus tragiques. Et les dieux ne sont pas les derniers à préférer la plaisanterie. Leur mauvaise foi est totale et les changements d’alliance, la règle.

Les solos, rares mais puissants, s’appuient sur les terribles moments d’abandon de quelques personnages qui voient anéantis leur statut social, leur amour ou  la force de leur bras : ainsi la noble Draupadi, conspuée et enlevée, Arjuna, un guerrier mourant abandonné par Shiva ou le vieux précepteur brahmane que plus personne ne respecte. Les trois heures filent au rythme endiablé des percussions et hautbois tamouls (mridangam et dolak, thalam, mukhaveenai, harmonium), des danses virevoltantes et des chants emmenés par la trentaine d’artistes.

Cette forme traditionnelle d’art populaire indien est un bijou de drôlerie, d’humanisme et de poésie. Le théâtre du Soleil clôture en beauté avec ce grandiose Notre Petit Mahabbharata, l’aventure d’Une Chambre en Inde en pays tamoul. Hommage rendu à cet art traditionnel qui a irrigué la création d’Ariane Mnouchkine et a fédéré sa troupe en Inde et à La Cartoucherie.

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Marie-Agnès Sevestre

Théâtre du Soleil, La Cartoucherie, route du Champ de manœuvre, Paris 75012.

Notre Petit Mahabbharata, les 27, 28 et 29 décembre

Une Chambre en Inde, du 18 au 22 décembre et le 29 décembre.

 

 

Monsieur X de Mathilda May

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© Pauline Maillet

 

Monsieur X de Mathilda May

Après Open Space (2013) et Le Banquet  l’an passé (voir Le Théâtre du Blog), l’actrice et metteuse en scène signe une nouvelle pièce visuelle et sonore, conçue pour le mythique  Grand Blond avec une chaussure noire qui amusa toute une génération dans le film d’Yves Robert (1972). Parent de Jacques Tati et de Buster Keaton, Pierre Richard, qui joue les éternels distraits s’est depuis partagé depuis entre l’écran et la scène où il revient ici pendant une heure nous plonger dans le quotidien d’un vieux rêveur: un journée pas si banale que prévu, avec le rire en partage.

 Monsieur X dort paisiblement au fond de son lit: un bruit et une lumière insolites envahissent l’appartement vieillot, il les chasse et fait taire d’un revers la main. Mais il est temps de se lever: le lit grince affreusement, les murs protestent, la bouilloire siffle, le réfrigérateur ronfle… Dehors, le paysage change, le ciel se couvre, des oiseaux passent, un coq s’en prend à la vitre, un poisson apparaît après l’orage, à la montée des eaux…

La demeure semble animée d’une vie propre et l’extérieur, soumis aux changements météorologiques, fait quelquefois incursion. Lui, impassible, poursuit son bonhomme de chemin. Il sort un attirail hétéroclite de peintre, à grand renfort de tintinnabulements et, pour parfaire son tableau, agite un pinceau comme un baguette de xylophone, déclenchant des sons percussifs… Et quand il va acheter du pain, le drap qui cachait la toile s’envole par la fenêtre, accompagné par un air de musique venu d’un poste de radio hors d’âge.

 Gags sonores et visuels incessants ponctuent le spectacle. Les bruits sont amplifiés et distordus, grâce à une technique virtuose. Couinements, cliquetis, sonnerie insistante du téléphone, larmes d’une lettre qui pleure goutte à goutte dans un bol, tapage des voisins de palier… composent ici une symphonie burlesque et rythment les faits et gestes de l’acteur et les mouvements intempestifs des objets.

Par la magie des projections vidéo (Mathias Delfau), des lumières (Laurent Béal) et grâce au travail des manipulateurs en coulisse, les choses apparaissent, disparaissent, se transforment. Comme par enchantement, un nuage glisse le long des murs, une manche d’imperméable s’agite toute seule… Et la lune et les étoiles sont partie prenante de cet environnement. La solitude de Monsieur X se meuble de mini-événements et bientôt, une femme bienveillante vient hanter le tableau qu’il a accroché au mur… L’objet de son désir prend corps dans le paysage imaginaire où il vit.

«La tête dans les nuages, il voit l’invisible», dit Mathilda May de son personnage Elle a réuni, autour duscénographe Tim Northam et du compositeur Ibrahim Maalouf, une équipe hors-pair pour de remarquables effets spéciaux, trucages sonores et jeu de marionnettes. Bravo à la metteuse en scène et au grand acteur qui a imprégné notre inconscient collectif par le rire,  sa présence lunaire et sa gestuelle unique. La simplicité de sa performance et une réalisation subtile font de Monsieur X, un petit bijou d’humour et de poésie. A ne pas manquer.

Mireille Davidovici

Jusqu’au 6 mars, Théâtre de l’Atelier, 1 place Charles Dullin, Paris (XVIII ème).  T. : 01 46 06 49 24.

 

Youkizoum mise en scène de Madeleine Raykov

Youkizoum mise en scène de Madeleine Raykov (spectacle jeune tout public)

FD0E76A4-6B10-42C2-A467-A16F6AC29007Autour d’un piano blanc surdimensionné, ils sont cinq acteurs à chanter, danser et  jouer mais aussi à s’amuser des petits et grands bonheurs, de ceux qui se sont enfuis, de ceux qui ne sont pas partis, de ceux dont on a pu rêver… « Pourquoi, dit la metteuse en scène genevoise, partage-t-on plus facilement ses petits malheurs que ses petits bonheurs ? Pourquoi écoute-t-on plus volontiers les uns que les autres ? Les amis, les gens, la télévision, le journal: pourquoi cette impression que tous n’ont que le malheur à la bouche? Qu’est le plus contagieux, le malheur ou le bonheur ? Et le plus intéressant ? Peut-on rire du bonheur des autres, comme on rit de leur malheur ? (…) Et si le bonheur (…)  naissait d’une chanson ? Et si, à l’école, on apprenait aux enfants à reconnaître ce qui les rend heureux ? »

Ici, le bonheur pour le public, c’est des chansons pop, des musiques électro et classiques. En-dessous du très grand piano,  quatre autres du grand au modèle miniature. Une actrice monte s’installer sur les touches du grand, une autre sur le tabouret, les pieds en l’air. Puis tout le monde danse en rythme, et chante: «Cela ronfle, mais ça se révolte. On s’habille, on se déshabille, il faut lâcher prise. » 

Les artistes galopent autour du grand piano et il y a un coup de fil de la police. Puis une grosse actrice tente d’entraîner un homme. « Pour moi, le bonheur est de chanter en chœur! » Ils frappent tous dans leurs mains en dansant ensemble. Madeleine Raykov a imaginé et mis en scène avec efficacité sept séquences insolites et très rythmées qui déchaînent l’enthousiasme du jeune public.

Edith Rappoport

Théâtre 71, 3 place du 11 novembre, Malakoff (Hauts-de Seine), jusqu’au 20 décembre. T. : 01 55 48 91 00.

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