Mélancolie des Collines, une installation photographique d’Alain Willaume

crédit photo Alain Willaume

crédit photo Alain Willaume

Mélancolie des Collines, une installation photographique d’Alain Willaume

La photographie s’invite au cœur du théâtre de la Colline: dans les pages de l’almanach, sur les affiches de la saison 2018-19 et habille maintenant de noir et blanc les murs du bar, jusqu’à la fin de l’année. «S’il n’y avait pas eu Wajdi dans cette maison, dit Alain Willaume, il n’y aurait pas eu ces images. (…) Elles viennent aussi de lui.» Issues de différentes séries, prises au fil des années, lors de lointains voyages, ou au plus proche, ces images se parcourent comme autant de jalons dans l’œuvre de l’artiste. L’installation joue sur différentes échelles : grands formats occupant un mur entier et débordant sur les portes, petits formats plus intimes, sagement alignés.

Les noirs et blancs peuvent être contrastés ou fondus en grisaille comme dans l’ensemble Echo de la poussière et de la fracturation (2012). Dans quel désert, cette vapeur blanche sur la route rectiligne qui s’enfonce vers le ciel ?  Un petit cartouche, d’abord invisible, nous renseigne: dans la région du Karoo, en Afrique du Sud où la société Shell menace d’exploiter, par fracturation des roches, du gaz de schiste. On perçoit alors, comme par infusion, sur la photo d’à côté, une anxiété dans le regard de cet homme debout, seul, au milieu d’un nulle part apaisé.

Chaque cliché est ainsi empreint d’une sérénité inquiète et ouvre un espace énigmatique à déchiffrer. Où va cet escalier tronqué qui se dresse en colimaçon, opposant sa noirceur verticale à un horizon nébuleux ? Que nous disent ces visages muets d’inconnus ? Quelles questions ? On passe ou l’on s’attarde devant telle vue d’un cratère bouillonnant… Ici, l’espace se creuse. Là-bas, l’horizon s’éloigne.

«Montrer n’est pas toujours obscène, écrit Wajdi Mouawad, quand montrer est offrir du mystère, inviter les regard à revenir pour raconter mille histoires, pour se perdre dans la puissance des formes (…). » Le poète dramatique rejoint ici le photographe dont l’œil a su capter l’infinie profondeur des paysages et des visages, sans besoin d’autre commentaire. En écho à la mélancolie que diffuse cette installation, un «accrochage littéraire» : les mots de l’écrivain Gérard Haller, sur treize petits feuillets détachables, déclinent par entrée alphabétique le mot P.H.O.T.O.G.R.A.P.H.I.E.R, de P comme partage à R comme regarder.  Offerts au visiteur qui emportera avec lui un souvenir de ce regard partagé dans la lumière, le temps d’une pause : « (…). lumière, lumière dans noir. Poussière éblouie. Partage sans fin de la lumière. »

Mireille Davidovici

Jusqu’au 31 décembre, Théâtre National de la Colline,  15 rue Malte-Brun, Paris XX ème.  T. 01 44 62 52 52.

Coordonnées 72/18 monographie d’Alain Willaume, éditions Xavier Barral. www.tendancefloue.net


Archive de l'auteur

Livres et revues

Livres et revues

Corps Marron Les Poétiques de marronnage des dramaturgies afro-contemporaines de Sylvie Chalaye

  88367Ce livre propose «une descente au cœur de cet autre théâtre,  né dans l’espace francophone mais loin des canons occidentaux et qui impose son  inventivité, comme la jazz l’a fait dans le champ sonore. » Un théâtre qui s’inspire d’une pratique héritée de l’esclavage: le marronnage : « Une aptitude à trouver de l’espace là où on ne vous en laisse pas, à travailler dans le pli, à jouer les masques.» Sylvie Chalaye enseigne depuis des années  les dramaturgies contemporaines d’Afrique et des diasporas à l’Institut de Recherches en Etudes Théâtrales, à la Sorbonne-Nouvelle. Elle fait part ici des travaux du Laboratoire de recherche qu’elle dirige: Scènes francophones et écritures de l’altérité.

 «Le miracle n’est pas de marcher sur l’eau mais sur la terre»,  écrit Kossi Efoui dans La Tragédie. Le dramaturge togolais fait partie de ces «enfants terribles des Indépendances » qui se sont rencontrés dans le giron de la francophonie : au festival de Limoges, comme au T.I.L.F., créé à Paris par Gabriel Garran. L’Ivoirien Koffi Kwahulé, le Tchadien Koulsy Lamko, le Malgache Jean-Luc Rahimanana ou la Guadeloupéenne Gerty Dambury ont été rejoints, dès les années 2000, par une nouvelle vague tout aussi turbulente, inventant une dramaturgie «inédite, voire hérétique.» On retrouve dans cette étude, de nombreux auteurs dont certains ont pris le chemin des scènes francophones, françaises et internationales mais on ne saurait ici les citer tous. Le  Théâtre du Blog  évoque régulièrement certains d’entre eux dans ses articles, dont dernièrement Hakim Bah, Guy Régis Jr., Gustav Akakpo …

 L’ouvrage nous invite à plonger dans cet univers du « marronnage» qui consiste «à se créer un espace d’invention en territoire dominé (…), c’est-à-dire à reconstruire son royaume au-dessus du vide. » notamment à travers le «corps marron». Pour Dieudonné Niangouna dans Acteur de l’écriture : «La bouche n’est qu’un tuyau, c’est le corps qui écrit». 

 Le corps dans tous ses états : combattant, musical, animal, absent, cadavre, voire cannibale, s’exprime à travers ces voix poétiques et politiques. Elles disent haut et fort notre monde contemporain, vu à l’aune d’écritures à la fois singulières et plurielles.

 Corps Marron, d’un style fluide et imagé et comportant une importante bibliographie et des photos, est un guide précieux pour découvrir un théâtre peu connu, encore moins étudié, et qui remonte aux sources mêmes de l’acte théâtral universel. Etudiants, metteurs en scène, enseignants ou simples curieux y trouveront de quoi lire, jouer, penser.


Mireille Davidovici

Éditions Passage(s) (Caen)

 La Marionnette Laboratoire de théâtre d’Hélène Beauchamp

88121Cet ouvrage savant et très riche étudie les  théories et dramaturgies de la marionnette entre 1890 et  1930 en Espagne, France, et Belgique. L’auteure revient sur l’histoire de cet objet théâtral, resté marginal et populaire jusqu’au XIX ème siècle et maintenant entré dans le champ du « grand » théâtre. Elle aborde aussi  un mouvement  artistique subversif, la « flamme marionnettique“  à la fin du XIX ème siècle et explore un répertoire écrit pour la marionnette vers 1900 par Alfred Jarry, Paul Claudel, Federico Garcia Lorca, Ramón María del Valle-Inclán, Maurice Maeterlinck ou Michel de Ghelderode.

 Enfin l’auteure s’interroge sur la marionnette contemporaine pour savoir si son intégration à la scène théâtrale actuelle lui a ôté le caractère subversif qu’elle a pu avoir autrefois. Certains metteurs en scène l’ont déjà utilisée pour appuyer un propos critique et politique comme avec Les Aventures du brave soldat Svejk de Jaroslav Hašek «marionnettisé» par Erwin Piscator en 1927, Peter Schumann avec son fameux Bread and Puppett dans les années 1970, ou plus récemment Andrea Novicov en 2005 avec La Casa de Bernarda Alba de Federico Garcia Lorca

 Quelque 454 pages! Ce volume spécialisé et remarquablement documenté, demande sans doute un effort mais une table des matières et une bibliographie conséquente aident à se repérer, voire à aller plus loin dans les recherches.

M. D.

Éditions de l’Institut  International de la Marionnette à Charleville-Mézières.

 

Théâtral magazine 75, janvier 2019

tm75-une-dany-boon  Dernière parution de ce magazine consacré au théâtre privé comme public. Un édito de Gilles Costaz , un papier sur Dany Boon joue dans la nouvelle pièce de Sébastien Thiéry, Huit euros de l’heure, au théâtre Antoine.

Il y aussi comme d’habitude de (trop?) nombreux interviews entre autres d’acteurs et metteurs en scène:  Marina Foïs, Angelin Preljocaj, Thomas Ostermeier, Denis Lavant, Philippe Torreton, David Geselson, Ahmed Madani, Benjamin Lazar, Pierre Guillois…
Mais aussi un éclairage sur Le Misanthrope de Molière dans différentes mises en scène de Jean-Pierre Vincent à Peter Stein. Et un dossier sur ce que on appelle le « théâtre immersif » ou participatif où le pire côtoie souvent le meilleur avec le suppression de toute frontière entre acteurs et public ce qui oblige à repenser la scénographie (souvent en rond) d’un spectacle et on demande à quelques vrais (ou faux!) spectateurs d’intervenir comme dans le dernière mise en scène d’Arnaud Blanckaert (voir Le Théâtre du Blog).

Philippe du Vignal

Théâtral Magazine, en vente dans les librairies spécialisées ou par abonnement. Prix de ce numéro: 4,50€.

Le Vent des peupliers de Gérald Sibleyras, mise en scène de Nikita Milivojevic

 

Le Vent des peupliers de Gérald Sibleyras, mise en scène de Nikita Milivojevic

HROES 2 PIATAS_MIXAHLIDHS_FERTIS [2][2]Dans cette pièce créée au Théâtre Montparnasse à Paris en 2003 par  Jean-Luc Tardieu,  Georges Wilson, Jacques Sereys et Maurice Chevit interprétaient trois vieux militaires, Gustave, René et Fernand. Sur la petite terrasse isolée -qu’ils considèrent un peu comme à eux- de leur maison de retraite, ils essayent de faire passer le temps: besoins d’ailleurs, fanfaronnades,  rêveries et mensonges… Intrigués par le vent qui secoue les peupliers sur la colline d’en face, ils décident d’y aller mais ils ont perdu leurs forces …
Alors, ils parlent du Temps et de l’anniversaire imminent de Chassagne, un de leurs compagnons. Ils critiquent aussi sœur Madeleine, la directrice de cette maison de retraite qui fait son possible pour animer le quotidien de ces personnes âgées. Six scènes comiques, comme celle où Fernand est persuadé de voir bouger le chien en pierre qui orne la terrasse, avec de courtes répliques et  des échanges assez vifs entre eux…

Bien décidés à aller pique-niquer sur la colline aux peupliers, Fernand, Gustave et René  se préparent à une véritable expédition. Après avoir déjoué la vigilance de sœur Madeleine pour s’enfuir, ils doivent subir une autre épreuve: franchir une rivière et six cent mètres de dénivelé pour atteindre leur objectif… Ils doivent surtout faire face à la solitude, à la vieillesse, à la mort et au Temps, leur  ennemi ! Ils sont différents mais l’un complète l’autre. René veut toujours bien faire. Gustave, sans cesse de  mauvaise humeur, veut être au centre de l’action. Et Fernand, discipliné et méthodique à l’extrême, s’évanouit très souvent.

Nikita Milivojevic crée à Athènes un spectacle magnifique; il renforce le caractère comique et parfois amer du texte qu’il a mis en scène avec une grande  rigueur, avec une musique de Dimitris Kamarotos. Giorgos Gavalas a suivi les didascalies et a créé un espace symbolique qui évoque l’écoulement du temps, la nostalgie des jours heureux et la mélancolie. Comme avec ces feuilles fanées qui tombent…
Trois grands comédiens incarnent les personnages imaginés par Gérald Sibleyras: Giannis Fertis est un Fernand à la fois émouvant et drôle avec ses évanouissements fréquents. On reconnait Dimitris Piatas (René) à sa voix caractéristique. Ieroklis Michailidis souligne la mythomanie  de Gustave. Ils expriment l’angoisse de héros qui cherchent un ailleurs, au soir de leur vie. A la fois inquiets, fatigués, impuissants mais résolus à rêver…
Un spectacle touchant, à ne pas manquer !

Nektarios-Georgios Konstantinidis

Théâtre Katerina Vassilakou, 3 rue Prophète Daniel et Plataiwn, Athènes, T. : 0030 211 01 32 002 – 005

Le Lac des cygnes, chorégraphie de Benjamin de Pech, Marius Petipa et Lev Ivanov, musique de Tchaïkovski


Le Lac des cygnes, chorégraphie de Benjamin Pech, Marius Petipa et Lev Ivanov, musique de Tchaïkovski

913C40F4-D669-46FC-9771-BD7AB987E1D1En ce soir de première à l’Opéra de Rome, nos voisins italiens fredonnaient la musique d’introduction avant l’ouverture du rideau. Chaque spectateur entretient en effet ici une relation affective avec ce ballet qui a connu de multiples relectures depuis sa création en 1877, au Bolchoï de Moscou. Ici, Benjamin Pech en présente une version classique et très lisible en quatre actes.

Nous découvrons la tragédie du Prince Siegfried, dansé par l’étoile du Bolchoï Semyon Chudin, et son amour contrarié pour une femme-cygne, Odette (Anna Nikulina) une autre étoile de ce même Bolchoï. A l’acte III, Benno, (Giacomo Castellana), fidèle ami et jaloux du Prince va causer sa perte en substituant à Odette, un cygne noir :Odile, que danse aussi Anna Nikulina.  Le Prince tombe dans le piège et fait sa demande en mariage à Odile. A l’acte IV, Siegfried tue accidentellement avec une arbalète, sa bien-aimée Odette.

A l’acte I, les danses de groupe mettent en évidence les belles robes de bal, bleues ou vertes, créées par Aldo Buti et assorties aux couleurs du palais de la Reine-Mère, figuré par des toiles peintes en fond de scène. Le corps de ballet donne une grande vivacité aux danses de l’acte III. Dès l’ouverture, Semyon Chudin impressionne  par sa maîtrise technique,  comme sa partenaire qui le rejoint à l’acte II.  Dans ce que l’on nomme : les «actes blancs des Cygnes » ( les II et IV), le public retrouve  avec bonheur le chœur des cygnes, les  alignements en diagonale et les mouvements de bras déployés comme des ailes, immortalisant l’œuvre dans l’imaginaire collectif.

Les trois solistes incarnent avec justesse leurs personnages, selon les consignes de Benjamin Pech qui, assisté de Patricia Ruanne, a mis l’accent sur la théâtralité de la pièce. Ils se fondent avec justesse dans le corps de ballet. Nir Kabaretti, à la direction d’orchestre, a suivi un tempo très précis, adapté à celui des danseurs car, la musique doit être synchronisée aux mouvements. Benjamin Pech, premier maître de ballet de la jeune troupe de l’Opéra romain et assistant d’Eleonora Abbagnato, sa directrice depuis 2015, signe ici sa première chorégraphie et fait revivre avec sensibilité cette pièce mythique.

Jean Couturier

Opéra de Rome, jusqu’au 6 janvier.

 

Le Tambour de Günter Grass, mise en scène de Dimitra Chatoupi

 

Le Tambour de Günter Grass, adaptation d’Adonis Galleos mise en scène de Dimitra Chatoupi

3B5992AF-8D15-4618-8329-D6B84AF12FCFAprès avoir étudié la sculpture et la peinture, le romancier et dramaturge allemand Günter Grass (1927-2015), séjourne quatre ans à Paris, et écrit Le Tambour, roman paru en 1959, qui lui assure une réputation internationale.  Oskar a trois ans, et refuse de grandir, et ne se sépare plus.de son tambour. Günter Grass dessine ici une fresque picaresque, truculente et sarcastique de l’Allemagne du Nord, de Dantzig à Düsseldorf, et de l’Empire allemand, au Wirtschaftswunder.
À travers l’histoire d’Oskar, l’auteur abolit la frontière entre merveilleux, réalisme, fantasme, monde quotidien, rêve et délire. Le fantastique et l’extraordinaire (arrêt volontaire de croissance, intervention divine, voix vitricide, personnages traversant le temps et les âges comme Bebra, mémoire précédant la naissance du narrateur etc.) sont présentés par Oskar comme parfaitement normaux, voire banals.

Le lecteur voit sa capacité de croyance mise à l’épreuve:  l’improbable lui est présenté comme vérité. Le symbolisme, présent dans la relecture grivoise et irrévérencieuse de la mythologie germanique et d’éléments bibliques (livre de la Genèse, Apocalypse, prophète et prophéties), jalonne aussi le roman et l’écrivain allemand réfute toute lecture purement rationnelle et objective de la réalité. En proposant une vision élargie par le mythe et l’allégorie, Le Tambour préfigure les thèmes et l’esthétique du réalisme magique latino-américain des années 1960.

Adonis Galleos a adapté ce roman pour le théâtre, avec une série d’instantanés… Dimitra Chatoupi renvoie au cirque en incorporant des éléments du théâtre d’ombres, de la pantomime, du jonglage, du théâtre de la rue, du music-hall, du cabaret et des improvisations rappelant le cinéma muet. Dans cette performance musicale et théâtrale, Dimitra Chatoupi conjugue parole et gestuelle qu’elle met au service de l’idéologie du texte. Le décor se compose et se décompose en permanence pour représenter les actions et lieux des épisodes du roman. Les costumes en noir et blanc renvoient à celui du clown comme le maquillage blanc des visages qui neutralise l’expression.. Tous Les comédiens, jeunes et talentueux, jouent, chantent, dansent et forment avec unité.
Aris Andonopoulos (Narrateur/Oskar) commente l’action au micro devant une console et intervient aux moments cruciaux. Dimitris Tsiklis (Oskar) souligne le message politique du texte  et son caractère allégorique. Katerina Skylogianni (Maria) et Nikos Samouridis (Marcus) se distinguent par une remarquable gestuelle. Georgia Zachou (Lioumba) jongle et avale le feu ! Stella Papakonstantinou (Maîtresse), un beau personnage comique, critique le système scolaire et les méthodes du fascisme. Anastasia Dendia (Grand-mère), Giorgos Korobilis (Feingolid), Elli Stergiou (Agnès), Théoni Tsourma (Madame Smou), Christiana Chatzipiera (Souzy) et Alkistis Christopoulou (Nana)  grâce à leur gestualité, soulignent les  non-dits des situations. 
Ce spectacle correspond bien aux intentions de Günter Grass: celles d’un «conte sombre de formation pendant la période de la montée du nazisme en Europe ».

Nektarios-Georgios Konstantinidis

Théâtre Simio, 4 rue Charilaou Trikoupi, Kallithea, Athènes. T. : 0030 210 92 29 579.

La Belle Hélène de Jacques Offenbach, mise en scène de Panagiotis Adam

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La Belle Hélène de Jacques Offenbach, mise en scène de Panagiotis Adam

Cet opéra-bouffe en trois actes, créé au Théâtre des Variétés à Paris le 17 décembre 1864, remporta un vif succès, même si certains critiques dénoncèrent son caractère licencieux. Ouvertement parodique, le livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy transpose avec beaucoup de liberté, un épisode bien connu de L’Iliade. Quant au personnage éponyme, il se voit ravalé du statut de mythe, à celui de femme frivole.

Ainsi à l’acte II Hélène attend l’arrivée du berger Pâris, qui va lui être présenté en récompense, après les trois épreuves qu’il a remportées. Troublée par cette visite, la fille de Jupiter s’adresse à son père puis à Vénus. Et on retrouve ici  le thème vaudevillesque de l’infidélité conjugale. Mais les librettistes instaurent un décalage burlesque entre ce thème grivois et le motif tragique de la fatalité. On pourrait même voir une parodie du fameux monologue de Phèdre : « C’est Vénus tout entière à sa proie attachée… », où l’héroïne de Racine se dit victime de ses origines et prisonnière d’un destin qui la dépasse.

Hélène, elle aussi, paie le prix d’une naissance exceptionnelle. Fille du premier des dieux, elle supplie Vénus de ne pas mettre sa vertu à l’épreuve pour lui épargner le sort jadis subi par sa mère. Tout le comique vient du ton familier qu’elle emploie pour s’adresser à la déesse de l’amour. « Vénus, la friponne » se voit mise en accusation avec un vocabulaire inattendu. La musique d’Offenbach fait preuve d’une grande invention sur le plan mélodique, ce qui renforce la séduction exercée par le personnage. Comme l’écrit son biographe Jean-Claude Yon, le compositeur de La Belle Hélène sait à merveille « susciter le plaisir et le rire de façon imparable et presque physique ».

Petros Chryssakis et Panagiotis Adam ont traduit en grec le texte en grec et signé une adaptation avec les  équivalences adéquates pour renforcer l’esprit des dialogues. La mise en scène est pleine des trouvailles qui rendent le livret moderne et accessible au public. Le décor est minimal: quelques objets métonymiques, et les costumes de Valia Syriopoulou ont des couleurs intenses. Il faut signaler la chorégraphie de Loukas Théodossopoulos et les joyeux éclairages de Christina Thanassoula. Et  au piano, Maria Papapetropoulou, Giannis Tsanakaliotis, au violon, Avgoustinos Moustakas, au violoncelle, et à la flûte Kaiti Pantzari et Maria Pachnisti).

Tous les comédiens-chanteurs ont une belle voix et jouent avec un expressionnisme modéré comme dans les cartoons aux rythmes effrénés. Marissia Papalexiou crée une  Hélène entre burlesque et caricature. Giannis Filias  joue un Pâris avec générosité. Pavlos Pandazopoulos (Calchas), Anastassios Lazarou (Agamemnon), Giannis Vryzakis (Ménélas), Stellios Kelleris (Oreste), Konstantinos Zabounis (Achilleas), Lélla Xatzielefthériou (Vénus), Loukas Théodossopoulos et Pétros Tsofyllas (Eros) construisent des personnages comiques dans l’esprit parodique de cet opéra-bouffe.

Nektarios-Georgios Konstantinidis

Fondation Michalis Kakkogiannis, 206 rue Peiraios, Athènes, T. : 0030 210 34 18 550

Chers lecteurs


Chers lecteurs,

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Étude de Charles Cambon

Le Théâtre du Blog a maintenant dix ans et nous avons publié à ce jour  5.818 articles soit  en moyenne quarante-huit par mois. Ce qui est à la fois beaucoup mais  pas toujours suffisant-nous en sommes conscients- pour traiter de l’ensemble de l’actualité française et étrangère. Nous savons que vous êtes friands de ce qui se passe dans les pays proches mais aussi en Grèce, en Russie, au Japon,  au Canada et nous continuerons à vous en rendre compte.

2018 n’aura pas connu de grands bouleversements, que ce soit sur le plan théâtral, chorégraphique ou circassien, à Paris ou en régions. On notera cependant la montée en puissance de la danse au Théâtre national de Chaillot avec de remarquables spectacles mais malheureusement aux dépens du théâtre. Par ailleurs, on ne comprend pas bien  le scénario  de la programmation des travaux au Théâtre de la Ville. Rappelons que cela fait déjà plus deux ans que cet établissement-phare de la Ville de Paris est fermé et on n’imagine pas un instant qu’il pourra rouvrir en 2019!

Les grands festivals comme ceux d’Avignon, Aurillac ou Chalon se portent, eux à merveille et font toujours le plein de spectateurs. Comme le tout petit mais très pointu festival de Villerville… Du côté du théâtre privé à Paris, la situation n’est pas des meilleures. La faute à quoi? Probablement à un public vieillissant qui hésite à se déranger même quand il y a une ou deux vedettes dans la distribution (comme dans le théâtre public !) mais aussi à un répertoire loin d’attirer les jeunes, et à un prix des places dissuasif. Et enfin à des temps perturbés à Paris depuis quelques semaines… Cela fait effectivement un ensemble d’éléments négatifs!

Du côté mise en scène, pas de révélations majeures mais on peut saluer la maîtrise de plus en plus évidente de Cyril Teste avec Festen à l’Odéon et Hamlet à l’Opéra-Comique, le seul qui ait réussi à intégrer avec une grande intelligence, le cinéma dans un spectacle. Les autres jeunes -ou moins jeunes!- créateurs se contentant la plupart du temps, d’images-relais d’une rare banalité. On notera aussi le nombre croissant de compagnies qui s’appuient sur la notion de collectif comme pour se rassurer mais rarement pour le meilleur et souvent pour le pas très intéressant du tout!

Il y a aussi un phénomène frappant surtout à Paris : l’augmentation récurrente du nombre de solos, purs et durs, ou camouflés avec une voix off… Pour des raisons qui n’ont rien à voir avec une quelconque raison esthétique mais essentiellement financières. Augmentation aussi du nombre de spectacles-fleuves de plus de cinq heures dans les théâtres publics. Donc par définition élitistes puisque réservés à ceux qui ne sont pas obligés de se lever tôt ! Mais aussi ce qui reste inquiétant, le nombre très limité de représentations de spectacles à la création: le plus souvent une dizaine à peine! Tout se passe comme si  la plupart des théâtres parisiens, surtout les petits ou moyens servaient de vitrines d’exposition, avec un public de plus en plus souvent, majoritairement professionnel…

 On note aussi les adaptations de plus en plus fréquentes de romans et nouvelles, classiques ou contemporains, célèbres ou inconnus par les jeunes metteurs en scène qui préfèrent jouer les écrivains, au lieu de faire appel à l’un d’entre eux. Pour  un résultat très approximatif et avec le plus souvent la béquille d’images-vidéo utilisées de la pire façon!

Ainsi va être porté à la scène le célèbre roman Le Grand Meaulnes d’Alain Fournier, livre-culte du XX ème siècle autrefois adapté au cinéma par Jean-Gabriel Albicocco en 67, puis par Jean-Daniel Verhaege en 2006. Mais qui tombe maintenant des mains des adolescents… Lesquels, curieusement mais avec logique, tombent parfois sous le charme des grands classiques comme Eschyle, Sophocle ou Euripide, Molière, ou Marivaux comme on l’a encore vu cet été à Versailles, joué en plein air par de jeunes acteurs inconnus, ou au Théâtre de la Tempête. Cela veut dire quoi? Sans doute que tout reste possible au théâtre mais à la condition de ne pas tricher…

Nous aurons encore une pensée pour Jacques Lassalle et Guy Rétoré qui nous ont quitté cette année.

Nous vous souhaitons une année théâtrale enrichissante.

Philippe du Vignal

 

 

Livres et revues

Livres et revues

Jeu n° 169

3B4BA439-BBB2-4670-98F0-06B4B7B59E0CFondée en 1976 et publiée quatre fois  par an, cette revue québécoise est la seule francophone en Amérique du Nord consacrée aux arts du spectacle. Avec toujours de bons articles et documents sur la mise en scène et l’interprétation au théâtre mais aussi sur la chorégraphie ou le cirque…
Au sommaire de ce numéro paru en décembre, un texte sur la pratique chorégraphique d’Andrew Tay par Laurane Van Branteghem.  La dernière création  de cet artiste né en Ontario  Fame Prayer / EATING, a été présentée au Théâtre la Chapelle en avril dernier. En collaboration avec François Lalumière, artiste visuel de Montréal et Katarzyna Szugajew photographe polonaise mais aussi sculptrice et performeuse. Intérêt commun : leur intérêt pour le corps nu, le corps comme matière.

Ils se sont rencontrés en dansant pour la chorégraphe viennoise Doris Uhlich dans la pièce More Than Naked avec vingt interprètes dont une DJ, tous nus sur scène. Avec Fame Prayer / EATING, Andrew Tay  veut, dit-il, explorer le domaine de la spiritualité et de l’esthétique queer.  Il y aussi un texte sur le chorégraphe et interprète Raimund Hoghe qu’on avait pu en Avignon cet été (voir Le Théâtre du Blog).

Sous la direction de Raymond Bertin, il y aussi un le dossier très complet sur la formation de l’acteur. Que ce soit dans les écoles mais aussi dans les formations continues (ateliers, stages, classes de maître) . Et il y a aussi un article de Lise Roy qui parle des visites qu’elle a faites dans les écoles de théâtre de Stockholm.

Ralph Elawani signe lui, une enquête sur l’affaire Sicotte qui a secoué le Québec il y a un an  et sur les leçons que l’on a pu en tirer. Il s’agit de la mise en cause d’un comédien et enseignant qui n’a pas été accusé de crimes de nature sexuelle mais un reportage de Radio-Canada, très controversé, révéla que la direction du Conservatoire venait de suspendre un de ses professeurs Gilbert Sicotte. Quelques-uns parmi ses anciens élèves témoignent de ses méthodes d’enseignement selon eux «excessives et abusives». Par ailleurs, trente-deux élèves le défendirent alors dans une lettre, mais il sera licencié en février. L’affaire amènera les écoles de théâtre à  faire leur auto-critique et à prévoir  des mesures, pour éviter, par l’entremise d’une « ombudsperson », tout harcèlement ou comportement inapproprié. Bref, la question demeure en filigrane: qu’est-ce qu’un bon pédagogue? Il ne peut sûrement plus avoir le profil de ceux qui exerçaient, il y a une vingtaine d’années, que ce soit dans un lycée, ou une école de théâtre ? Mais les Québécois se demandent avec juste raison si Gilbert Siccote n’a pas été dans toute cette histoire à rallonges, une sorte de bouc émissaire?

La Gravité
de Steve Paxton, traduction de Denise Luccioni

FBE0931B-C07F-4AF5-8A2C-329A7CD44205Ce danseur, chorégraphe, et surtout pédagogue  américain de  soixante-dix neuf ans, a travaillé avec Merce Cunningham dès 1961. Il aborda la pratique de l’aïkido en 65 à Tokyo et a été un des membres fondateurs du fameux Judson ChurchTheater l’année suivante avec Trisha Brown. Il travailla avec elle mais aussi excusez du peu avec Yvonne Rainer, Robert Rauschenberg, et Lucinda Childs. Il fondera avec Anne Kilcoine en 86, Touchdown, une structure en Angleterre qui offre aux mal-voyants la possibilité de danser.

Il enseigne le contact improvisation, une danse improvisée qui s’est beaucoup développée en Europe, surtout aux Pays-Bas et en Angleterre.  Avec comme principes fondamentaux pour les mouvements du corps en contact avec d’autres corps: fluidité dans la transmission et la réception du poids, prise d’initiative,  réflexes et empathie physique innée. Avec une grande importance accordée à la colonne vertébrale et aux mouvements du bassin. Et à la conscience de l’effet de gravité sur nos tissus. « La gravité, dit-il, est une force, une force naturelle. » Il y a de belles phrases qui ressemblent à un haïku comme : « Que fait mon corps, lorsque je n’en suis pas conscient. » Ou cet hommage à la marche : « Nous apprenons à marcher seuls. «  (…) « Elle devient ensuite le fondement de tous nos mouvements, la source d’une grande part de la danse. » Mais Steve Paxton n’aura cessé  d’expérimenter et de montrer dans ses spectacles « la fragmentation du mouvement dans le temps en particules d’expérience qui peut atteindre l’infinitésimal. »
Ce petit livre de 80 pages qui rassemble différents textes qu’il a écrits entre 2005 et 2008 et qui témoignent d’une bel essai de compréhension et d’une recherche intransigeante sur la déconstruction en chorégraphie. Et Steve Paxton, on l’oublie souvent, a eu une influence considérable sur toute la danse contemporaine.

Editions Contredanse, Bruxelles 2018. 12€

Frictions n° 30

A0590A5A-A224-4D15-878C-CEC8B41050BCEn introduction, un très bon édito de Jean-Pierre Han : Nos petites lâchetés, où il parle  de la fonction de metteur en scène qui, dit-il non sans raison, commence à être remise en cause, alors qu’elle a connu son heure de gloire depuis une cinquantaine d’années avec, notamment une relecture des classiques (Roger Planchon puis Patrice Chéreau…. Au profit des collectifs (on  parlait souvent après 1968 de « création collective » sans qu’on sache mieux ce que cela recouvrait en termes d’autorité ni en méthodes de travail.
Jean-Pierre Han a aussi raison quand il s’en prend à une partie de la critique  qui  «se pâme souvent devant ce qui n’est que poudre aux yeux». On l’a vu encore récemment avec cette pathétique Ecole des Femmes montée par Stéphane Braunschweig et trop souvent encensée. On ne dira jamais assez les effets pervers du snobisme dans l’accueil d’un spectacle. Et tout se passe trop souvent comme s’il y avait des metteurs en scène sanctuarisés et comme la critique avait peur d’un possible retour de manivelle. Mais, grand Dieux, de qui et lequel ?

 Au sommaire de ce nouveau numéro, un texte d’André S. Labarthe disparu cette année, un article de la philosophe Marie-José Mondzain, très riche comme comme toujours, sur la relation de l’être humain aux images  et sur la relation de demande qu’établit l’industrie de fabrication des images. En lien direct, bien entendu, précise-t-elle, avec l’économie de marché. Et comment les flux télévisuels provoquent un saccage subjectif. Une analyse, pas toujours facile à lire en l’absence de paragraphes mais des plus lucides.

Signalons aussi une sorte de confession sur son métier de clown et jongleur Nikolaus, et sur l’école de cirque de Châlons-en-Champagne. Et enfin, des extraits d’un beau texte d’Eugène Durif  La Danse arrêtée de Lucia Joyce : cette pièce a été créée  ce mois-ci à Villeneuve-d’Ascq avec Nadège Prugnard.

Frictions n° 30 . 14 €

 Philippe du Vignal

 

Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, traduction en grec et mise en scène de Thomas Mosshopoulos

 

Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, traduction en grec et mise en scène de Thomas Mosshopoulos

59FB09D3-5389-4CD0-A218-B3F5326D31DFDans ce roman dystopique, publié en 1953, Ray Bradbury (1920-2012), célèbre écrivain américain, montre une vision pessimiste d’un futur souvent totalitaire. Il en proposa lui-même en 1979, une version théâtrale. «Avant tout, je n’écris pas de science-fiction. J’ai écrit seulement un livre de science-fiction et Fahrenheit 451 est fondé sur la réalité. La science-fiction est une description de la réalité. Le fantastique est une description de l’irréel. »

Ici, le rôle des pompiers a bien changé: ils ne sont désormais plus chargés d’éteindre les  incendies, mais plutôt de les allumer. Ainsi, ils doivent détruire par le feu tous les livres existants. Le titre fait référence à la température en degrés Fahrenheit à laquelle le papier s’enflamme soit environ 232,8 °C.  Les pompiers ont aussi pour mission de traquer les résistants qui cachent des ouvrages chez eux. Mais l’un d’eux, Guy Montag, va se sentir attiré par la lecture et prêt à entreprendre une mission dangereuse qui changera radicalement sa vie. Ray Bradbury critique la restriction de la liberté de la pensée, la censure, et les stratégies de manipulation des régimes dictatoriaux.

Thomas Mosshopoulos crée un spectacle imposant sur un plateau plein de fumées, et soutenu par des projections vidéo. Il nous montre la vie au futur telle que l’imagine Ray Bradbury dont les personnages agissent comme des automates, manquent de spiritualité et dont les relations professionnelles sont cruelles. Les livres s’enflamment virtuellement et l’espionnage électronique trace un espace étouffant. Evangélia Therianou a conçu un décor métonymique de cet univers où l’homme est une machine, incapable de réfléchir, mais docile et apte à consommer. Les costumes de Claire Bracewell sont ceux, professionnels, des personnages et la musique de Kornilios Selampsis comme les éclairages de Sophia Alexiadou renforcent la terreur et l’angoisse des situations.

Alexandros Logothétis incarne Montag en signifiant bien son évolution puis son revirement. Anna Masha exprime avec intensité le cynisme de Beatty, une carriériste d’une inébranlable volonté. Evdokia Roumelioti soutient avec justesse le personnage de Mildred. Kitty Paitazoglou joue à la fois Clarisse et Hélène. Haris Tsitsakis incarne Faber en soulignant la résistance qui la caractérise. Xénia Kalogéropoulou joue Madame Hadson avec passion et fureur pour renforcer le sacrifice, la constance et hélas, l’autodestruction qui caractérisent cette héroïne. Le duo Manos Galanis (Black) et Thanos Lekkas (Holden) critique les médias et leur influence sur la conscience des masses.

Un spectacle d’une grande qualité qui stigmatise sans didactisme les dangers qui menacent le monde à venir où les citoyens privés d’esprit critique sont incités à consommer toujours davantage…

Nektarios-Georgios Konstantinidis

Théâtre Porta, 59 avenue Mesogeion, Athènes. T. : 0030 210 77 11 333

Bosch Dreams mise en scène de Samuel Tétreault, mise en images d’Ange Potier

Bosch Dreams mise en scène de Samuel Tétreault, mise en images d’Ange Potier

 Bosch4_1A l’heure où l’on met en scène les grands peintres de l’Histoire, comme à la Carrière des Lumières aux Baux-de-Provence (voir Le Théâtre du Blog), des circassiens osent ici faire une incursion  surprenante dans l’œuvre de Jérôme Bosch (1450-1516). La compagnie  québécoise les 7 Doigts, qui joue depuis 2002 et avec succès dans le monde entier, célèbre, à la demande de la fondation Hieronymus 500, le cinq centième anniversaire de la mort du peintre avec une remarquable création  alliant numéros spectaculaires et cinéma d’animation.

Les 7 Doigts  nous invite ici à partager Le Jardin des Délices. Le célèbre triptyque, exposé au Musée du Prado à Madrid, s’ouvre ici en plein écran, comme un gigantesque livre d’images où les circassiens rejoignent les créatures fantastiques du peintre, natif de Den Bosch,  un bourg au sud des Pays-Bas.  Une petite fille au ballon rouge nous entraîne dans ce monde fabuleux, telle une Alice au pays des merveilles, et nous conduit dans cette iconographie irréelle, du Paradis à l’Enfer. Elle se révèlera aussi une excellente trapéziste et meilleure guide que le conférencier aux commentaires lourds et inutiles qui essaye, entre les scènes, de décrypter cette œuvre étrange.. 

 Les images parlent mieux que les mots, et les corps nous enchantent. On se promène dans le panneau central du tableau, peuplé d’une humanité étrange et fornicatrice, d’un bestiaire monstrueux et cocasse. De la toile, animée en trois dimensions par Ange Potier, émergent  des villageois aux masques grotesques, un prestidigitateur et des acrobates moyenâgeux. Plus tard, une contorsionniste décrit des arabesques dans une bulle, telle les femmes écartelées du tableau… Light my fire enflamme un duo  aérien onirique : Jim Morrison, poète et musicien, cofondateur du groupe The Doors ( 1943-1971) était un grand admirateur de Jérôme Bosch…

 Après les délices de ce jardin, accompagnées des musiques planantes de The Doors ou de Philip Glass un paysage d’apocalypse se déploie, scènes de guerre et d’incendie dans une scénographie calquée sur le dernier volet du triptyque. Avec des artistes  au sommet de leur art au milieu des bombes, des sirènes et des flammes… Malgré les commentaires besogneux de l’animateur pédagogue et ses clins d’œil appuyés du côté de Salvador Dali, qui rompent régulièrement la magie du spectacle, cette féérie nous captive, et nous ne regretterons pas d’être venus.

Mireille Davidovici

Spectacle vu à Bonlieu-Scène nationale d’Annecy (Haute-Savoie), le 19 décembre.

Les 24 et 25 janvier, Maison des Arts du Lac Léman Thonon-les-Bains (Haute-Savoie) ; du 29 au 31 janvier, Scène nationale de Bayonne (Pyrénées- Atlantiques).
Le 5 février, Scènes Mitoyennes de Cambrai (Nord) ; les 8 et 9 février, Grand Théâtre de Mâcon (Saône-et-Loire )  et du 12 au17 février, Odyssud, Blagnac (Haute-Garonne).

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