Géopolis mise en scène de Christophe Chatelain

Festival d’Aurillac:

Géopolis par le Pudding Théâtre, mise en scène de Christophe Chatelain, metteuse en mots : Sylvie Faivre

21077753_1741292746164737_4413598199342448844_nLe Pudding Théâtre, né en 1999 en Franche-Comté, fait du théâtre à taille humaine, du théâtre citoyen à partir de «créations collectives dirigées». On se souvient de Hollywood Tif , et de Mémoires des chambres froides, voilà quelques années.

Ici, par de hautes marches, nous arrivons au château Saint-Étienne pour déguster ce spectacle capital. Un très grand bateau monté sur un camion descend jusqu’au parvis du château, où nous sommes plusieurs centaines à l’attendre. Nous l’entourons pour écouter neuf personnages qui nous parlent dans un sabir « oriental », incompréhensible mais très vivant. On est en Europe de l’Est, et le spectacle a pour thème, l’émigration forcée, un sujet majeur qui afflige notre monde, avec des réactions de rejet immondes dans une Europe de l’Ouest encore privilégiée.

Géopolis se déroule en plusieurs séquences, le bateau se déplaçant dans l’espace, avec ses personnages. Dans ce chaos très organisé sur le plan technique( bravo Clovis Chatelain et Mathias Jacques), il faut s’asseoir, puis se percher sur des murets pour parvenir à embrasser le sens de cette fresque tragique et pourtant drôle,  comme sait en peindre le Pudding Theatre.

Impossible de décrocher, sauf quand on ne parvient plus à s’installer dans le bon angle de vue. Les neuf acteurs maîtrisent admirablement cette langue inventée qu’ils interprètent avec humour, sur un remarquable dispositif mobile. Comment quitter son pays, où se reconstruire, et en a-t-on encore le choix, quand on veut échapper à la mort ? On est ému, déconcerté,  voire bouleversé, même si l’on rit parfois.

Edith Rappoport
 
Spectacle vu au château Saint-Étienne, Aurillac le 26 août.
 


Archive de l'auteur

Les Tondues, mise en scène de Périne Faivre

 

Festival d’Aurillac

© J-P Estournet

© J-P Estournet

Les Tondues par la compagnie des Arts Oseurs, mise en scène de Périne Faivre, scénographie et musique de Renaud Grémillon

 «L’Europe goûte à l’extrême les politiques nauséabondes, l’histoire c’est aujourd’hui ! (…) Je n’ai pas le dernier mot  du spectacle! » déplore Périne Faivre. Nous suivons Maril Van der Broek, Mathieu Maisonneuve, Muriel Holtz, Périne Faivre, Renaud Grémillon,  qui suivent un piano sur roulettes dans les rues d’Aurillac où l’on évoque  un vieil épisode de la dernière guerre, que peu de gens maintenant ont pu voir: celles des femmes coupables d’avoir eu des relations avec les allemands. Soit au minimum quelque 20 000 femmes un peu partout en France tondues en public  puis promenées en camion à moitié nues sous les quolibets de la foule , des collaboratrices parfois mais aussi des amoureuses, des prostituées ou même de simples femmes de ménage qui travaillaient pour l’occupant.

On nous distribue des enveloppes de couleur différente, avec à l’intérieur, des lettres comme le testament de la grand-mère du notaire de Marie. On suit la petite fille qui part voir Lili, un amie d’enfance de sa grand-mère. Elle sonne à la porte, elle est morte, et sa petite-fille n’est plus là. Nous suivons le piano, il y a treize femmes sur la place, avec Gaston le coiffeur-tondeur : « On se regardait, on se regardait, j’étais là et je n’ai rien dit ! »

Plusieurs stations à travers la ville, font monter l’émotion. On colle un œil sur des silhouettes blanches, les acteurs dansent sur la musique du piano, l’homme se frappe et s’écroule, tombe à terre. «1945, vous accédez à la citoyenneté, mais sachez que votre corps ne vous appartient  toujours pas. Vous étiez 20. 000, en aurait-il eu une qui aurait pu penser à se révolter ? On va vous oublier, mais ça va peut-être recommencer… »

 Un parcours impressionnant dans un lointain passé déjà lointain,  suivi par  de nombreux festivaliers mais aussi par des Aurillacois:  un spectacle majeur du théâtre de rue…

 Edith Rappoport

 Spectacle vu à Aurillac le 24 août. 

Tripalium par la compagnie Marzouk Machine

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Festival d’Aurillac

Tripalium par la compagnie Marzouk Machine, mise en scène de Sarah Daugas Marzouk

Première création d’une compagnie issue de l’école de la Scène sur Saône et de la FRACQ de Lyon, Tripalium nous emmène dans un univers insolite à la recherche des origines du travail. C’est une sorte d’allégorie burlesque du travail, à l’humour acide. Pour la compganie Marzouk machine, « quatre  personnages  essayent de faire valoir leur travail en parlant … du travail ! Ils espèrent pouvoir gagner un maximum de leur intervention, mais plus ils inventent plus leurs propres vices ressortent. Ils sont ceux qu’ils dénoncent : égocentriques, manipulateurs et avilis par l’argent. »
Cela se passe dans une société de consommation avec épuisement au travail, chômage, stress, coaching pouvoir financier, clivage sociaux et politiques. Le spectacle commence de façon incertaine, . D’abord par des engueulades derrière les gradins, où les spectateurs rôtissent depuis un moment. Le travail reste au centre des discussions : « Si la répartition était égale, il y aurait un salaire pour tous ! ».

Brice Lagenèbre, Anaïs Petijean, Marlène Seruppus et Samuel Tarlet s’invectivent sur Emmanuel Macron, Donald  Trump etc. Et brandissent un drapeau rouge et un autre noir, Sur fond de Walkyrie de Richard Wagner, il y a une guerre d’affiches déchirées, des jets de feux de Bengale et de pétards. Les acteurs questionnent le public sur l’histoire du travail- étymologiquement issu du latin: tripalium- qu’ils vont décrire en trois parties. Clovis est mis en croix sur une roue qui tourne, et ils dansent sur Money Money du groupe Abba,  en mangeant des billets puis en les dégueulant.
Marlène se fait déshabiller. « Les trois acteurs doivent lancer des tomates sur la roue qui tourne avec le prisonnier. Le jeu du licenciement économique : « On s’autodétruit à toujours vouloir faire plus ! »se termine sur une fin arrosée au champagne, dans une débâcle totale.

On sort heureux d’avoir ri à ce spectacle à la fois salutaire et décoiffant.

Edith Rappoport

Festival d’Aurillac jusqu’au 26 août,  à Tivoli 2  (pastille 15)

​Festival Merci bonsoir à Grenoble, le 15 septembre et aux Abattoirs à Riom (63) le 19 septembre.

Oh ! Secours par le Teatro del Silencio

Festival d’Aurillac

image_009Oh ! Secours par le Teatro del Silencio, direction artistique et mise en scène de Mauricio Celedon, direction musicale de Jorge Martinez Florès, musiques de Jean-Paul Beirieu,  Julie Bierey, Mathie Duchier et Samuel Monce

Cela se passe place des Carmes, et comme pour tous les spectacles gratuits de ce festival, mieux vaut arriver deux heures avant si on veut espérer avoir un demi m2 de bitume, pour s’asseoir, et voir comme on peut, c’est à dire mal, une sorte de voyage dans l’univers de Samuel Beckett.Avec une teinture circassienne…

Mauricio Celedon a en effet créé le Teatro del Silencio rassemblant acteurs, musiciens, danseurs  et constructeurs à Santiago du Chili il y a presque trente ans, et qui est maintenant établi en Ile-de-France: « Ma rencontre avec l’auteur chilien Juan Radrigan, et avec son texte Beckett et Godot, ont fait ressurgir l’impact que Beckett avait eu sur moi. Cette alliance paradoxale du silence et du rythme, de l’immobilité et de la perfection du geste; son questionnement de l’existence jusqu’à l’absurdité, m’avaient alors bouleversé ».

    Mauricio Celedon, avec dix-sept interprètes (acteurs et circassiens) sur un grand plateau frontal couvert de sable, et en cabine avec les voix au micro de Julie Biereye, Jean-Paul Beirieu, Mathieu Duchier, et Samuel Monce,   a voulu  créer un spectacle total, vieille obsession avant-gardiste des gens de théâtre en Occident depuis près d’un siècle.  A partir  de l’élaboration d’un nouveau langage théâtral qui, comme le voulait Antonin Artaud, «vise donc à enserrer  et à utiliser l’étendue, c’est à dire l’espace et en l’utilisant à le faire parler ; je prends les objets, les choses de l’étendue comme des images.»

Et ce théâtre-là où l’image devient primordiale, ou du moins aussi importante que le texte oral pour transmettre les émotions, a eu des maîtres incontestables à la fin du XXème siècle, comme Bob Wilson ou Tadeusz Kantor, dont justement Maurico Celedon copie presque, en reprenant même des images et des sons-les soldats qui se font tuer et les rafales de mitraillette qui sortent d’un gros appareil photo sur pieds dans Wielopole, Wielopole, magnifique évocation de la guerre de 14, un de  de ses plus grands spectacles avec La Classe morte.

image_013Que voit-on ici, et de loin, c’est à dire à une bonne vingtaine de mètres : une suite d’images impeccablement chorégraphiées sur une métaphorique mort de  Samuel Beckett mais qui ne fait pas vraiment sens.

Soit d’abord un balayeur en activité, des femmes enveloppées de noir qui s’en prennent au célèbre auteur, des séries de soldats en uniforme kaki (merci encore, Tadeusz Kantor !) des jeunes femmes demi-nues et une autre complètement, un lit d’hôpital sur roues avec un ballet d’infirmiers en blanc, des danseurs coiffés de chapeaux melon, un déluge de chaussures noires qui tombe des cintres… Il y a aussi un numéro de corde volante, et un grand médaillon avec croix de Lorraine descendant d’un portique, sans doute pour évoquer  la participation de Samuel Beckett à la Résistance dans le midi de la France.

Le tout pendant une heure sur un flot de musiques trop fortes-que Maurico Celedon a déjà utilisées-ce qui empêche d’entendre le texte. C’est techniquement bien organisé sur le plateau mais encore une fois, ne fait pas vraiment sens, surtout dans le vaste espace d’une place urbaine à la médiocre architecture qui a bien mal vieilli,  et sous un soleil de canicule. Et  désolé, le résultat a quelque chose d’un peu prétentieux par rapport à la volonté de «créer un langage théâtral accessible à tous», sur le thème d’un nazisme rampant. Tout le monde n’est pas Tadeusz Kantor ni Pina Bausch!

Cela se joue encore demain samedi 26 août, et c’est gratuit; si vous n’êtes pas exigeant, et si vous avez le courage de vous faire cuire au soleil, à vous de voir!  Mais on ne vous y poussera vraiment pas à y aller!

Philippe du Vignal

Spectacle vu Place des Carmes,Aurillac le 24 août.

 

 

Prison possession

 

Prison Possession, de et par François Cervantes, à partir d’une correspondance avec Erik Ferdinand

 Une des fonctions de l’art est de pouvoir transfigurer  la violence de la vie ou de la réalité et ainsi, de lui donner beauté et  sens poétique. Comme la tragédie grecque, par exemple, mais certains thèmes, comme celui de la prison, restent difficiles à transposer sous une forme artistique quelle qu’elle soit.

Il y a quelques années, François Cervantes reçut la proposition d’une carte blanche pour travailler en milieu carcéral . «Je ne sais pourquoi on a pensé à moi…dit-il, 
alors, je vais visiter la prison.
» Cet univers va s’avérer très perturbant pour lui. Lors des premières visites, un malaise intérieur s’empare de lui et il perd ses repères. «Dès l’entrée, je me sens pris par quelque chose de difficile à décrire. Mon imagination s’arrête, paralysée. 
Je continue la visite, en essayant de comprendre ce qui m’arrive.» Sa sensibilité existentielle et artistique sera profondément marquée par ce monde dépourvu d’humanité et de vie.

François Cervantes, habité au début par l’idée d’écrire une fiction à partir des lettres échangées avec les détenus,  se sent assez  vite peu capable d’accomplir ce geste littéraire et théâtral : «Les mois passent et tout reste en poussière, éparpillé. Je pense de plus en plus souvent aux hommes qui m’écrivent, et surtout, à la prison: je suis obsédé par ce lieu qui paralyse mon imagination. »

Que faire ? Pour lui , il est inconcevable de laisser sans voix, sans traces cette rencontre avec l’inhumain, cet univers où : « Il y aurait, dit Michel Foucault, une hypocrisie ou naïveté à croire que la loi est faite pour tout le monde, au nom de tout le monde ; qu’il est plus prudent de reconnaître qu’elle est faite pour quelques-uns et qu’elle porte sur d’autres » .

Sa correspondance avec Erik Ferdinand, un des prisonniers, va être déterminante :« Une voix se détache de toutes ces lettres, celle d’Erik
. Erik, c’est un oiseau qui veut prendre l’avion au lieu de voler, un animal sauvage égaré au milieu des hommes
 ». L’un à l’extérieur, l’autre à l’intérieur : Entre cet «oiseau » prisonnier dans 9m2, pendant quinze ans, et l’artiste poète, les mots ne vont cesser d’aller et venir, remplis d’une tension nécessaire et à fleur de peau, de silence, et d’attente aussi…

L’auteur-metteur en scène, qui n’a jamais rencontré Erik,  est seul en scène, dans un carré de lumière, et donne à Erik le droit à la parole. . Dans ce lieu où la dignité humaine est exclue, François Cervantes,  grâce au théâtre, les mots, réussit, avec beaucoup de sensibilité et délicatesse, à donner forme à l’irreprésentable : la prison, et un homme en prison.  Instant théâtral chargé d’une émotion rare que cette approche de la liberté: «C’est l’histoire d’un homme qui s’est évadé dans un texte… là où plus personne ne pourra venir le chercher.»

Elisabeth Naud

 Spectacle vu au 11 Guilgamesh/Belleville, festival d’Avignon 2017.
Tournée en préparation.

 

Miniatures par le Royal de Luxe

Miniatures par le Royal de Luxe, mise en scène de Jean-Luc Courcoult

6dc2b676c663327c7b87374f63659db321d40b57_002Depuis le 29 juillet, la célèbre compagnie nantaise, présente un très étonnant spectacle à partir de neuf cents œuvres sorties des musées où dormaient ces trésors, et disposés dans la ville,  sur cette grande place de Nantes, à l’invitation de Jean Blaise, organisateur d’étranges folies urbaines.

Il y a 1.200 verres de vin rouge devant nous, entre deux rideaux de franges en tissu plastique soulevés par le vent. Les acteurs tirent un immense tapis et les verres se cassent peu à peu, dans un écroulement spectaculaire. Une femme-aspirateur, un grenadier, un pilote et son manche à balai qui annonce le vol 746 à destination de Nantes…
Il y a un blessé en perfusion, une femme de ménage coiffée d’une soupière, un plombier et un scaphandrier qui s’agitent. Comme dans Alice au pays des merveilles, les cartes à jouer se mettent à danser, un capitaine et une danseuse avec ses bananes comme Joséphine Baker, sortent du frigidaire, on étreint tout le monde. Il y a aussi un autobus et des caravanes minuscules.

L’aspirateur de mémoires déploie des jeux d’enfants, l’avion en flammes tiré sur un câble explose au milieu du linge qui sèche. Les cartes à jouer poursuivent les petits migrants, les vacanciers rentrent, les migrants coulent, le damier brûle et James Bond s’enfuit… Mais impossible de rendre compte dans l’intégralité, de ce délire poétique !

La plus grande compagnie de théâtre de rue actuelle a joué ce spectacle  pendant trois semaines jusqu’au 20 août à 17 h, et  les gens faisaient la queue à partir de 8 h pour obtenir un billet pour les vingt représentations données à titre gratuit, pour sept cent personnes chaque soir!
Après quelque quarante formidables spectacles joués sur tous les continents, le Royal de Luxe arrive à nous surprendre encore.

Edith Rappoport

Spectacle vu le 20 août, place de la petite Hollande à Nantes.

 

 

Dernier coup de ciseaux de Paul Portner

 

Dernier coup de ciseaux de Paul Portner,  traduction en français et mise en scène de Sébastien Azzopardi

derniers_coup_de_ciseauxCette comédie policière, qui a obtenu un Molière il y a trois ans, en est à sa sixième saison avec  une  double distribution qui se relaie d’une semaine sur l’autre. Pendant l’installation du public, une musique tonitruante accompagne l’entrée des six personnages dans un salon de coiffure. Les clients s’installent; on rase l’un, et on fait à un autre un shampoing énergique.

 Madame Vioret, une grande bourgeoise blonde, arrive pour se faire faire aussi un shampoing. Divorcée de son riche mari, elle doit retrouver son amant à Paris. Pierre Samuel en short, joue les grandes folles, mais son rôle dans le salon reste des plus improbables. Les portes claquent, il s’agit d’un crime que les premiers clients, deux policiers doivent résoudre. Isabelle Servier, une pianiste qu’on entend jouer par moments au-dessus du salon a été en effet assassinée, et  le coupable doit se trouver dans le salon.

Le public hurle de rire pendant la reconstitution, et ne décroche pas une seconde, répondant de bonne grâce aux questions de l’enquêteur, posant aussi des questions. Et les acteurs n’hésitent devant aucun ridicule ni pantalonnade. Les portes claquent, les policiers traquent les protagonistes, et  le coupable sera enfin confondu.
Mais bon,  la participation et la complicité du public sont ici des plus surprenantes…

Edith Rappoport 

Théâtre des Mathurins, rue des Mathurins Paris VIIIème.  T : 01 42 65 90 00, http://www.theatredesmathurins.com

 

festival d’Aurillac 2017

 

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Le Festival d’Aurillac 2017

 

 Cet événement culturel, créé en 1986, organisé par l’association Eclats et présidé par Philippe Meyer, aura lieu du 23 au 26 août et, comme en 2016 sous haute surveillance. Surtout après l’attentat de Barcelone qui a changé la donne. Oui, mais voilà, comment sécuriser un espace aussi vaste avec plus de 25. 000  personnes chaque jour à Aurillac. Et quelque vingt spectacles dont beaucoup gratuits, auxquels s’ajoutent ceux de centaines de compagnies «accueillies», c’est à dire inscrites dans une sorte de off qui n’ose pas dire son nom.

Il y aura bien neuf points de contrôle, avec filtrage et ouverture des sacs obligatoire pour accéder au centre ville qui sera ainsi, en principe, sécurisé. Les festivals de Sotteville et de Chalon n’ont pas subi ces contraintes mais n’accueillent pas autant de monde. Pour Jean-Marie Songy, le directeur, “La rue, ce merveilleux théâtre de tous les instants, le théâtre de rue rassemble en toute liberté dans nos espaces publics, il intrigue, il perturbe, il déboussole, il fait rire, courir, danser. Le théâtre de rue fait pleurer de bonheur ! (…) La réunion humaniste qu’il provoque ici en Aurillac, faut-il le rappeler, est exceptionnelle et ne ressemble à aucune autre !

Pour Jean-Marie Songy, « Ce n’est en aucun cas une féria ni un carnaval, même si nous sommes cousins mais une concentration d’inventions littéraires, théâtrales, chorégraphiques, musicales et graphiques en tout genre, une ode générale à la conversation, à toute heure du jour et de la nuit, une divagation initiatique qui régénère les convictions d’une communauté de partage en les remettant en jeu à tout instant.” Soit un programme plutôt axé cette année sur le corps et des spectacles de compagnies reconnues: “avec comme arme de pure résistance, le corps réduit parfois à sa plus simple expression, le corps costumé, le corps travesti, le corps chantant, le corps torturé, malmené, le corps, rempart extrême dressé contre toutes les xénophobies et tous les racismes.”

Le programme ne démérite pas par rapport aux précédents et Jean-Marie Songy et toute son équipe ont fait le boulot, mais le dernier et récent spectacle du Royal de Luxe ne sera pas là, dommage! Et n’y-a-t-il pas un certain essoufflement dans les festivals de théâtre de rue? Tout se passe un peu comme si toutes les formes en avaient été explorées et comme si l’inattendu, la joyeuse surprise n’étaient plus vraiment au rendez-vous, et les menaces d’attentat terroriste n’arrangent rien… Enfin voici quelques pistes, et nous serons plusieurs critiques du Théâtre du Blog à vous rendre compte au quotidien, de ce festival. Attention: vu les contrôles de sécurité, et le public important quand les spectacles sont gratuits, arrivez largement en avance…

Radio Vinci Park: dans un parking souterrain,  un rituel « motomachique ». Au son de Radio Vinci Park deux personnages dont un motard, se livrent à un  domptage, parade amoureuse, enlèvement, duel, agression… qui transforme le lieu en arène.
L’artiste et metteur en scène Théo Mercier, connu pour son Solitaire, sculpture en spaghettis de trois mètres de hauteur, signe ici avec le chorégraphe François Chaignaud « une rencontre  chargée de fantasmes et d’angoisses, une ode à l’amour impossible, un spectacle forain, un combat de chiens, une corrida, une scène mythologique… »  En accès libre, du 24 au 26 août à 22h30, départ, place du Square Vermenouze.

 Avec Vous en voulez,  La Française de Comptages propose d’assister et de participer à la création d’une  réalité-fiction, à travers le tournage simultané et en direct d’un jeu et d’un feuilleton télévisé.  «Le spectacle, dit cette compagnie veut avoir  un regard critique et ironique sur une société consommatrice d’images et de sensations, une société où le divertissement érigé en culte suprême serait le dernier espace d’expression populaire, où la concertation serait réduite au choix binaire d’un j’aime/j’aime pas. Soit le triomphe de l’emballage sympa, la victoire par K.O. du trop cool sur le très bien.   (les 23 et 24 août à 22h30, départ square Vermenouze   spectacle gratuit.

Teatro del Silencio  joue Oh ! Secours (voir Le Théâtre du Blog) inspiré  de  Samuel Beckett et de son célèbre Godot, du dramaturge chilien Juan Radrigán. Avec des figures acrobatiques et chorégraphiques, Le Silencio nous immerge dans un dialogue imagé, à la fois cauchemardesque et absurde  (spectacle en accès libre, du 24 au 26 août à 17h, place des Carmes.

 La compagnie Ilotopie  que l’on a déjà vue au festival d’Aurillac joue La Recette des corps perdus, « un spectacle sur les manières de manger les autres, certaines plus ou moins élégantes ; évidemment, les autres sont  trop bons parfois et c’est souvent ceux qu’on aime que l’on mange en premier. Les acteurs « s’ouvriront » à l’appétit des spectateurs, proposant la meilleure partie d’eux-mêmes, à dévorer, en mets, délices et offrandes. En accès libre, le 25 août à 12h et les 25 et 26 août à 19h, place de l’Hôtel de Ville

Les Arts Oseurs joueront Les Tondues. A la fin de la dernière guerre, quelque 20.000 femmes furent ainsi tondues en public, au seul motif d’avoir eu des amoureux allemands. Triste  événement qui nous avait marqué à jamais quand nous étions encore enfant, même si nous n’en comprenions pas bien le sens!
C’est ici l’histoire d’une quête à travers une ville où il s’est passé quelque chose qui n’a jamais été raconté. Et  où les interprètes interrogent les silences de tous ceux qui se sont tus.. Un spectacle en mouvement dans Aurillac, porté par cinq artistes croisant théâtre, danse et musique. En accès libre, du 23 au 26 août à 11h, départ place de la Bienfaisance.

 Alice on the run, inspiré de l’œuvre de Lewis Carroll,  raconte la fuite actuelle de millions de personnes partout dans le monde…Victimes de guerre, de persécutions politiques, religieuses ou sexuelles, qui n’ont pas d’autres choix que de tout quitter. Pour Alice, ce voyage, sera cruel mais aussi salutaire, à travers des contrées inconnues, peuplées d’étranges personnages. Les aventures d’Alice la mèneront sur une île, dans une prison, dans une gare frontalière et dans un temple de la consommation. Puis, à la fin à un gigantesque tableau d’échecs retracera l’affrontement entre les reines blanche et rouge. (en accès libre, les  25 et 26 août à 22h15, place Michel Crespin).

Dans Géopolis, sur un thème voisin du spectacle précédent, un camion, très chargé, roule la nuit dans une ville. À l’image de ceux qui traversent le désert. Avec huit personnages qui subiront une crise mondiale qui déchirera leur pays jusqu’au chaos. « Pour s’affranchir d’un moralisme bien-pensant, pour ne pas se poser en juge d’un problème universel à la fois contemporain et millénaire », Pudding Théâtre essaye de proposer une réponse empathique aux bouleversements du monde.

« Dévêtu(e) »  propose  un univers entre thalasso et fête foraine et interroge notre rapport au corps que nous ne cessons de stimuler,  dénigrer ou glorifier ? Le public est invité à déambuler, ovrir les portes, décrocher les casques, regarder dans les boîtes , etc. et de partir à l’exploration du corps au travers d’une douzaine de propositions mêlant théâtre, danse, arts numériques… Soit une interrogation du corps pour peut-être mieux se concilier  le sien et celui des autres. (accès payant, 15 € du 23 au 26 août à 10h et du 23 au 26 août à 17h, Institution Saint-Eugène).

Signalons aussi la compagnie Soralino après une tournée un peu partout en France, Italie, Espagne, Belgique, Pologne, Suède et Inde, présente Inbox, le premier de leurs spectacles. Issus de l’Académie Fratellini, un acrobate et un jongleur  font et défont leurs cartons. Soit une illustration domestique du mythe de Sisyphe, dans un univers d’équilibre et de déséquilibre qui donne vie à un objet des plus ordinaires. « Car en tout “ordinaire”, disent-ils, il y a beauté et poésie, si l’approche est humble et le regard doux. » ( Place de la Médiathèque à 16h)

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Philippe du Vignal

Festival d’Aurillac, 20 rue de la Coste, 15000 Aurillac T: 04 71 43 43 70.

 

 

Enfances, spectacle conçu par Françoise Morvan

 

Enfances, spectacle conçu par Françoise Morvan
 

©-Olivier-Troël

©-Olivier-Troël

Sous la lumière douce et ensoleillée de Bretagne, s’est donné aux Lieux mouvants ce spectacle en plein air  sur la lande verdoyante, à côté de la chapelle Saint-Antoine en Lanrivain, près de Rostrenen. Un rendez-vous privilégié avec le public  où sont évoquées les vacances en Cornouaille, avec une belle mémoire impressionniste de la fin d’une enfance.

L’illustration du paysage sonore d’un été en Bretagne se traduit ici par l’émotion que procurent, choisis par Françoise Morvan inspiratrice et fée inventive,  berceuses, appel de berger, gwerz, chanson d’amour, comptine mais aussi chants traditionnels de notre pays, et Lavandes en fleurs, une vieille mélodie anglaise qu’interprète ici en français comme en breton, Anne Auffret qui s’accompagne à la harpe, et Annie Ebrel. Un point de vue vérifié par un public venu nombreux et très attentif.

André Markowicz récite aussi des poésies bretonnes mais a choisi de dire en russe puis de le  traduire en français, un magnifique poème sur l’enfance de Boris Pasternak pour qui étaient importants, la nature et la proximité avec le vent, le ciel et le firmament, mais aussi la présence poétique d’un enfant serein qui dort. Aux côtés des interprètes, Frédérique Lory de l’école de musique de Rostrenen, joue du « marimba », un xylophone africain  avec un grand art.

Les souvenirs s’égrènent en un chapelet lumineux que les images ont à jamais fixé dans notre mémoire: bribes d’instants saisis par les jeunes enfants que nous sommes encore, pour avoir connu ce passage, une fois pour toutes. De longs tabliers bleus sèchent au soleil, dansant et chatoyant sous un vent discret qui pousse les nuages blancs dans l’immense ciel bleu. Sont là la chaleur et le soleil, le blé à point et l’état festif de vacances senties comme éternelles, alors que chacun va bientôt fermer sa villégiature…

Quitter les siens et les anciens, quitter l’été et le bonheur de laisser aller les jours, quitter la nature apaisante: la ville happe les vacanciers éconduits. Restent la résonance familière de l’horloge dans la maison de famille, une nature morte représentant une motte de beurre imposante, décorée d’ovales sculptés avec dextérité à la cuillère en buis.
 Parfums, senteurs, ombres, nous nous attachons à des détails picturaux : la lumière sur le velours bleu d’une robe, l’ombre d’un visage, les roses et dahlias que protègent du vent  de fins tuteurs, des mains noueuses aux veines sombres, et la peau lisse d’un visage, mais aussi le souvenir d’un aristocrate et de sa famille dans le voisinage, des contes et légendes d’enfance, et la beauté de la Nature qui console du temps qui passe, de la vie qui va. Bref, un temps fort de mélancolie fraîche, rieuse et atemporelle.

Véronique Hotte

Spectacle vu le 20 août, au festival des Lieux mouvants qui a lieu du 3 juin au 27 août, à  Saint-Antoine-en-Lanrivain (Côtes d’Armor).

Sicilia, texte, conception, et jeu de Clyde Chabot

 

Festival d’Avignon (suite et fin)

Sicilia, texte, conception et jeu de Clyde Chabot,  regard extérieur et scénographique de Stéphane Olry

 -«Quelle est cette culture sicilienne dissoute sans laisser de traces ?», s’interroge l’auteur et interprète. L’été 2010, Clyde Chabot décide de se rendre sur les lieux de la terre de ces ancêtres. C’est pour elle, une grande première !

Elle invite le public  autour d’une table nappée de blanc. Il y a là quelque chose d’une cérémonie conviviale. La fiction rejoint ici la réalité où s’entrechoquent un passé et un présent et l’utopie d’un ailleurs plein de promesses. Récit autobiographique, ce monologue nous emmène à la recherche des traces, des parfums, des goûts mais aussi des voix de la Sicile et de sa famille maternelle partie d’Italie à la fin du XIXème siècle,  avec l’espoir d’un avenir meilleur. D’abord pour la Tunisie, puis dans les années 50, pour la France.

De l’intime et de l’imaginaire, de la mémoire de Clyde Chabot, vont advenir peu à peu, l’histoire fragmentée, réelle et fantasmée de sa famille et celle de cette île mythique. Sur la table, des photos nous permettent d’aller à la rencontre des paysages, des habitants, des oncles et cousins, grands-parents, êtres aimés vivants ou morts,  réels ou imaginaires, de cette terre, lieu d’origine et de tous les départs : la Sicile. Peu à peu, un paysage existentiel le sien et une vision sensible de cette île, se dessinent à travers les mots.

 Projet théâtral original et complexe. D’autant plus qu’ il ne restait quasiment rien comme archives, objets et traces pour tenter de retrouver l’âme de ses ancêtres, leur vécu et leur sol natal : -«L’incendie dévastateur de l’appartement de ma tante de 83 ans, en 2015-c’est elle qui conservait la plupart des documents de mes grands-parents-laisse peu d’espoir.»

 Qu’à cela ne tienne ! Ici les nourritures terrestres et celles de l’esprit font corps : «Quels éléments de culture m’ont été transmis. Seul un fromage ! De brebis et au poivre. »   Nous goûtons le fromage du pays et buvons avec délectation du vin sicilien. Etrangement, et c’est un des points forts du spectacle, le repas présidé par Clyde Chabot, se transforme peu à peu en voyage.

Elle s’adresse à nous d’une voix calme, parfois chargée d’émotion, d’enthousiasme, et de révolte, comme si nous étions devenus des membres de sa famille ou de son entourage, comme si, par instants, nous avions remonter le temps, et si nous étions vers les années 1890, devenus nous-mêmes habitants de l’île.

 Aventure personnelle et artistique où s’entrelacent la grande Histoire et l’histoire familiale, ce spectacle révèle comment et avec une intensité troublante, l’imaginaire poétique et la mémoire peuvent faire apparaître et vivre une réalité enfouie ou/et disparue. Mais aussi encore vivante, il suffit d’aller à sa recherche ! Cette pièce est aussi un cri d’appel : l’immigration, heureuse parfois, souvent terrible, reste une condition humaine qui nous concerne tous, et qui peut être d’une force et d’une richesse étonnantes. Une utopie ? Sans doute mais à désirer.    

 Elisabeth Naud

Spectacle vu au à l’Espace Roseau, Avignon.

Foyer ADEF de Saint-Denis (Seine Saint-Denis) les 5 et 6 octobre.


Théâtre du Merlan à Marseille, les 14 et 15 novembre. 


 

 

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