Adieu Richard Demarcy

Adieu Richard  Demarcy

VICTOR TONELLI/ARTCOMART

VICTOR TONELLI/ARTCOMART

Le dramaturge, poète et metteur en scène  vient de mourir d’une tumeur au cerveau contre laquelle il se battait depuis deux ans. Nous l’avions connu à ses tout débuts quand il créa sa compagnie en 1972, après des études de sociologie et d’ethnologie à la Sorbonne et à l’École pratique des Hautes études. Sa thèse les Éléments d’une sociologie du spectacle avait été publiée et est encore très appréciée. Il avait été professeur à la la Sorbonne Nouvelle et il avait la passion d’un théâtre simple qui souvent était fait pour le jeune public mais que leurs parents pouvaient savourer.

Quand Gabriel Garran créa à Aubervilliers  son théâtre de la Commune, il en devint le secrétaire général du Théâtre de la Commune. Il rencontra une jeune et brillante comédienne très connue au Portugal, Teresa Mota. Emmanuel, leur fils, dirige depuis dix ans le Théâtre de la Ville à Paris et fut très proche de lui, surtout quand il tomba gravement malade.
 Il monta ainsi avec Teresa Mota, Le Secret  à Montreuil,  et  que Lucien Attoun invita à Théâtre Ouvert. Puis Jack Lang le fera venir au festival de Nancy. Il créera aussi Barracas qu’il écrivit et mis en scène avec Teresa Motta au festival d’Avignon en 1978. En 1979, au Centre Georges Pompidou.  Il avait monté avec une grande sensibilité  La Chasse au Snark de Lewis Carroll.

Richard Demarcy avait une passion pour l’Afrique, et ses spectacles la plupart du temps fondés sur de merveilleux contes et légendes, étaient souvent interprétés par des comédiens européens aussi bien qu’africains ou d’autres pays lointains…Ces dernières années, il avait investi Le Grand Parquet à Paris (voir Le Théâtre du blog), avec des textes inspirés de Pessoa, Kipling,  Jarry, Shakespeare…   Et avec Songo la rencontre, une fable sur deux bureaucrates coécrite avec l’écrivain et metteur en scène centrafricain Vincent Mambachaka créé dans son pays et repris en 2014.  Ou Drôles de vampires (2017).
 Il avait le don de faire jouer des comédiens d‘origine très différente, ce qui donnait à ses spectacles une coloration, un rythme et une exigence exemplaires.
Richard Demarcy, c’est aussi toute une époque de spectacle volontiers musicaux, aux moyens artisanaux mais généreux, d’une belle intelligence, et grand ouverts sur le monde,  qui disparaît…

Adieu Richard, et merci pour tout ce que vous aurez apporté au théâtre contemporain.

 Philippe du Vignal

Les obsèques de Richard Demarcy auront lieu ce vendredi 24 août à 15 h 30, au Crématorium du Père-Lachaise à Paris XXème.

 


Archive de l'auteur

Festival d’Aurillac: Campana, par le Cirque Trottola

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Festival d’Aurillac: 

 

Campana par le Cirque Trottola

Quand, à vingt heures, la cloche sonne le début du tout premier spectacle du festival , sous le chapiteau du cirque Trottola amarré au parc Hélitas, on sent le public frémissant, prêt à s’embarquer. Une marée mousseuse s’engouffre dans une faille du plancher doré et voilà qu’ils surgissent du monde des dessous, avec leurs costumes bleu nuit des temps, ou bleu jean des travailleurs. Tout l’univers du cirque est là: éternité – labeur tenace et patient. Une grande suspension du temps nous saisit.

Comme dans les polars clichés avec le bon et le méchant flic, on a plaisir à retrouver un couple éprouvé : la gracile brindille naïve et l’imposant ogre des bois, barbe et cheveux hirsutes incarnés par Titoune et Bonaventure Gacon. L’un comme l’autre fraient avec la grâce.
Les numéros de toujours sont convoqués : trapèze, corde, portés acrobatiques : autant de prouesses superbes et dérisoires qui arrachent des silences et des « oh » à la grande frénésie de nos vies.  Ici, on parle peu, mais les grandes questions résonnent : « Il se passe quoi ? C’est quoi ce machin ? Combien de temps reste-t-il ? » Car oui, têtues, les minutes passent inexorablement, au centre de cette très délicate méditation.

 La grande échelle du temps tourne à une vitesse folle et nous menace. L’animal, juché sur ses trapèzes, se joue de l’apesanteur. Le rythme est absolument maîtrisé. Rien ne pèse. Il y a tant de belles et furtives apparitions. Comme celle du Boudu avec sa «brouyette» dans laquelle on aperçoit, ravis, son patin à glace, son gant de boxe, une bière, son fatras familier…
Il manque d’éborgner le maire avec sa planche, il sous-traite son sifflotement. On rit beaucoup. L’accompagnement musical, assuré par Thomas Barrière et Bastien Pellenc, avec percussions bringuebalantes,  orgue Botempi,  guitare à deux manches, impose cahin-caha une ambiance des alpages et de la bricole. Sous le plancher, une saisissante création sonore nous emporte vers un haut-delà, un monde d’échos, de profondeurs, où d’autres ont vécu guerres, tempêtes, sentiments.

 Une trouvaille naît et on a l’esquisse une vision mais elle disparaît aussitôt. Le spectacle est à l’image de cet émouvant éléphant né d’un sac de couchage : il se dresse puis expire, le temps d’un souffle. Puissant, bref. Au tableau précédent, Rififi, qui a faim et froid, évoque, en une apparition et une chute, les migrants. En cas de fragilité technique, le public se montre toujours solidaire et applaudit à tout rompre. Récemment, sur France-Culture, dans La Table Ronde, Bonaventure Gacon essayait de dire, avec toute l’humilité qui le caractérise, comment fonctionne cette magie simple: « Le cirque a toujours aimé faire ça, brasser des choses lourdes, compliquées, pour un petit moment, éphémère, presque rien. (…) Malgré les gros camions, c’est fragile. (…) C’est comme si on vivait une histoire d’amour : peut-être ne se passe-t-il pas grand chose, pas de plan sur la comète, mais c’est passionnant, fascinant. »

 184338-trottola_-_campana_paille_campanaNous avons la sensation de voir illustrées toutes les déclinaisons du temps grec : l’ «aiôn», cycle naturel, le « chronos» et sa fuite physique inexorable, mais surtout le «kairos», instant métaphysique, précieux et décisif, où tout coïncide. Les cloches qui rythment ce travail sensible, nous rappellent celles des églises qui, autrefois, scandaient et imposaient le déroulé des journées : aliénation de la temporalité sociale, mais aussi menace  du Jugement dernier.

A la fin, une surprise de taille que l’on ne dévoilera pas: Tel un lever de grand-voile, avec des superbes lueurs, elle scénographie l’attente et fait pleuvoir sur nos cœurs la remembrance des naissances, des unions et des deuils du monde, de nos existences. Tous nos voisins, inconnus de nous, étaient terriblement émus. Nous venions de communier dans la grande simplicité du cercle et du temps retrouvé. « Mon pays, c’est la vie », dit Bonaventure. On sort de là sonné.

 Stéphanie Ruffier

Festival d’Aurillac (Cantal), Parc Hélitas, du 22 au 25 août à 20 h.

Les Deux Scènes à Besançon, les 9, 10, 12, 13, 15, 16, 19, 20, 23 et 24 octobre.

Le 104 à Paris, les 23, 24, 27, 28 et 30 novembre, les 1er 4, 5, 7, 8, 11, 12, 14 et 15 décembre.

 

 

Tentative(s) d’Utopie vitale, texte et mise en scène de Marie-Do Fréval

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©Stéphanie Ruffier

 

 

Tentative(s) d’Utopie vitale, texte et mise en scène de Marie-Do Fréval

 S’il ne fallait garder qu’un mot pour qualifier ma première rencontre avec Marie-Do Fréval, ce serait : surgissement. Ce fut comme une apparition! Elle déboule au coin d’une rue du XIIIème arrondissement parisien et déplie son immense drapeau rouge, sans étiquette, qui fait tant plaisir à voir,  et qui claque au vent et calligraphie l’espace autour d’elle. Elle : la femme à moustache et phallus noirs !

Déjà, la rumeur la précédait. Elle avait débarqué dans de nombreux festivals pour y flanquer ses coups de pied bien ajustés dans les fourmilières de l’hypocrisie et du politiquement correct. Du Destop, avait prévenu Jacques Livchine. Ensuite vient la parole. Aussi saillante. C’est peu de le dire. Un exorcisme païen d’où sort un vomi prodigieux de tout ce que la société nous a trop obligé, croit-on, à ingurgiter et à ruminer. Passionaria à grande gueule, cette révoltée vient nous haranguer et nous réveiller avec une poésie où la bidouille, le marteau sonore, la joie de la gouaille nous cueillent sans cesse.

Du Jacques Prévert, du Michel Audiard, du Ghérasim Luca, de la langue, version art brut. Elle raconte que le déclic s’est fait à Confluences en 2014 lors d’une rencontre thématique, Un siècle de résistance  : «J’ai acté une posture improvisée, provocatrice, insolente, pour mettre en jeu ma résistance et mon impuissance. Cet acte de liberté est la naissance de ce projet d’écriture. »

Marie-Do : une nuit debout à elle toute seule. Action directe ! Et chaque soir, s’il vous plaît ! Sus aux sempiternelles déplorations lâches et catastrophistes: elle intitule modestement ses micro-essais de révolte Tentative(s) de résistance qui depuis, sont devenus un spectacle à géométrie variable et le texte a été édité. Une vache, une vieille, un avatar de Niki de Saint-Phalle, une Générale de Gaulle … On est loin des féministes à la Beyoncé : sa galerie de personnages file la gaule ! Ce grand emportement du désir qui terrasse le renoncement.

 Son nouveau spectacle, Tentative(s) d’Utopie vitale prolonge le premier. On y retrouve le même cérémonial qui historicise l’instant : date, lieu, minutage, portrait d’un personnage en lutte. Mais il semble franchir une nouvelle étape dans l’urgence. Il faut dire que l’Etat a instillé dans nos esprits que l’urgence était désormais permanente. Heureusement, Marie-Do la déplace, lui cherche un nouveau lieu et une autre formule, quitte à rêver un peu, plus grand et plus humain. Car « L’heure est grave », nous dit Rosa la rouge (Rosa Luxembourg ressuscitée), « Je veux parler de l’utopie ». Elle fustige le contrôle absolu, partout, la dépolitisation de la pensée, la géolocalisation et la connexion absolue. Elle pointe du doigt Marcel, allégorie du pouvoir, pour mieux nous interroger : « Et toi, quel cul embrasses-tu ? Quand reprendras-tu ton indépendance ? ».

La Vieille est de retour, avec une belle prosopopée adressée au Président, lui qui est justement en couple avec une vieille. Quatre-vingts-quinze ans, divorcée, la vessie sur le point d’exploser, elle fustige : «L’histoire qui lui passe dessus, qui la baise. » Il y a aussi un nouveau personnage, le «bébé triso-miné » qui, lui, résiste à la normalité. C’est le mal-aimé de Claude François, l’enfant qui bousille l’idéal parental. Chaque tentative entrelarde ainsi des poèmes et des chansons populaires détournées, et fait tomber un pan du costume, comme pour aller au plus proche de la chair de Marie-Do, elle qui ose mettre ses « maux en je(u) » et qui nous distribue des pâtes-lettres pour que chacun puisse composer ses mots.

 Oh ! Qu’ils sont beaux, ces personnages, irrévérencieux et débordants d’une vitalité culottée et mal fagotée. Ils évoquent cette marge, ces êtres sans lieu, sans affectation, mais pas sans affection et exposent des corps qui font fi des assignations de genre, d’âge, d’espèce, de couleur de peau. Ils osent sortir de l’effroi et de l’immobilité de la pensée par la prise de parole publique. Et une rencontre avec le public suit le spectacle. On ne peut qu’être transpercé par l’honnêteté profonde de cette exhibition de l’intime, par la déflagration de l’Autre qui performe, se relève et tente de trouver comment se dire. Un combat verbal et masqué. Mais en allant se poster dans les lieux de passage, en amplifiant la voix de ceux qu’on n’entend jamais, dans les interstices d’un réel que le politique refuse littéralement de voir (on boute à présent tous les faibles et les pauvres des centres-villes), il trouve sa juste place. Peut-être a-t-il une valeur propédeutique. Dans ce cas, il transformerait l’essai.

 Un gros événement festif comme le festival d’Aurillac n’est peut-être pas le meilleur endroit où sentir toute la vibration de cette apparition. Certes, hétérotopique, selon le terme façonné par Michel Foucault, cet espace-temps hors de la vie courante constitue une grâce, une échappée belle. Le festival appartient à la catégorie de ces « espaces autres » où peut se loger un nouvel imaginaire, et donc l’utopie. Toutefois, il patine et police souvent la réception et les affects. On s’y prépare à la surprise. On enchaîne parfois trop vite sur un autre spectacle.

Or, Marie-Do, figure de proue dans la tempête, allégorie vindicative des grands tableaux révolutionnaires, est à découvrir plutôt dans le flux quotidien des villes et des villages, en impromptu, au détour d’un trottoir, dans un petit café, là où, habitués du bar P.M.U. , badauds et habitants du quartier constituent la plus grosse part du public. Elle invite à la pause. Ne la manquez surtout pas, où qu’elle passe. C’est certain : vitale, elle ruera toujours dans les brancards ! Espérons que son utopie devienne virale.

 Stéphanie Ruffier

 Spectacle vu dans un café, à Paris XIIIl ème, le  11 avril.

Festival d’Aurillac, du 22 au 25 août 2018, à 18 h, rue la Bride, (pastille 61).

Tentatives de résistance(s) de Marie-Do Fréval, est paru aux éditions Deuxième époque.

 

Sources, d’Anne-Christine Tinel, mise en scène de Marine Arnault


Sources par Humani théâtre, texte d’Anne-Christine Tinel, mise en scène de Marine Arnault

 

©Stéphanie Ruffier

©Stéphanie Ruffier

Le casque audio, une nouvelle chambre à soi ? Le Begat Theatre avec Les Demeurées, et Mathieu Roy avec Un doux reniement, en avaient déjà fait un lieu-refuge où on peut négocier en douceur et en toute intimité avec l’œuvre. Où la recréer à son aise. Loin du gadget technologique ou de l’accessoire à la mode, le casque plonge le spectateur dans un voyage intérieur, une bulle d’écoute qui ouvre le regard. Imposant sur les têtes, il rend visible l’endroit où se rencontrent les imaginaires.

De même, Humani théâtre a choisi de déployer dans l’espace public Demain, dès l’aube, je partirai, texte commandé à Anne-Christine Tinel, en usant de cet outil comme d’un medium subtil entre les mots et les auditeurs. L’histoire tourne autour d’un secret de famille: Violette, à plus de quarante ans, découvre, interdite, que son père n’est pas son géniteur.  Profitant d’un voyage de sa mère dans son île natale, la Réunion, elle mène l’enquête avec sa sœur Lucie, plus conciliante que son frère Robin, pour l’aider à remonter aux sources et tenter de trouver des réponses.

Cette trame, proche de l’expérience familiale de l’auteure comme de celle de Marine Arnault, mêle étroitement non-dits et exil. Pour suivre cette quête de vérité impliquant déplacements, interrogatoires et introspection, le choix de mettre en mouvement le public semble particulièrement judicieux. Le recours à la forme déambulatoire devient décidément très fréquent dans le théâtre de rue depuis quelques années. Comme, celle sublime, des Arts Oseurs (Les Tondues), du Pudding Théâtre (Géopolis), du groupe ToNNe (AE Les Années, Mes déménagements), des Urbaindigènes (La Revue militaire).

Cette démarche  révèle une tentative de recomposer l’histoire, la petite ou la grande, dans un va-et-vient constant entre l’intime et le collectif. La quête des origines, qui oblige à remonter le temps, et à composer un récit cohérent et lisible, se double d’une enquête de terrain. Le cheminement jusqu’à soi nécessite un arpentage concret, une expérience physique. On n’est pas loin de la démarche des philosophes péripatéticiens. L’histoire et sa réappropriation se vivent aussi comme une épreuve spatiale. Pour savoir, pour comprendre, il faut se déplacer, vivre dans son corps le dessillement et la découverte. Une façon de nous inviter, peut-être, à sortir du virtuel et du psychologique, et d’entrer en contact avec les autres et l’extérieur.

 Pourtant, ici, nous sommes moins acteurs, que voyeurs et auditeurs. Sources se présente tel un film que le spectateur vivrait in situ, comme si nous assistions à un tournage et que, sans souci de la distance avec les scènes, les dialogues étaient directement distillés dans les têtes. Assouvissant notre libido sciendi,  les micros HF nous font accéder à ces drames intimes que l’on surprend dans les gares, sur les bancs des parcs ou dans les foyers, par les fenêtres ouvertes. La banalité des échanges a parfois des intonations de séries télé. Mais là réside justement la saveur d’un jeu très naturaliste : on est littéralement baigné dans le flux familier des conversations. D’où cette sensation de proximité : eux, c’est nous. Nous faisons un peu partie de la famille.

 La scène de bar est époustouflante. Les personnages s’y retrouvent pour boire un verre. Le serveur et les autres clients deviennent acteurs à leur insu. S’apercevant de la présence du public, ils créent un nouvel espace regardant-regardé. Tout devient théâtre. C’est beau, simple et vertigineux. Saluons à ce titre, la prise de risque et la finesse du jeu de ces quatre comédiens qui nous entraînent dans leur sillage.

 La scénographie choisit ainsi des lieux admirables : jardin, courette, pas de porte, balcon, voiture… une façon de montrer que la tragédie ne se joue pas que dans les palais, qu’elle peut surgir dans les espaces publics avec la même cruauté. Soudain, le lieu est troué par une nouvelle, une révélation. Et il va falloir tout de même continuer à avancer, aux yeux de tous. De même, les photographies qui parsèment le parcours semblent exhiber aux passants, les marques du passé. Têtues et muettes, leurs belles déclinaisons plastiques (découpages, ombres…) ne livrent pas leurs secrets et imposent leur opacité.

 Sources est une magnifique expérience qui traite, avec originalité et pertinence, de l’émancipation féminine dans les années 1960 : le regard porté sur les filles-mères, le surendettement, l’exil comme possibilité (illusoire ?) de se réinventer… Quelle habileté et quelle précision dans le jeu, l’accompagnement sonore et la scénographie ! Le poids des mensonges transparaît dans les silences, la musique, les soupirs, les murmures que le casque et la déambulation permettent de saisir au plus près. Ce dispositif dans l’intimité de la ville nous fait sentir- avec une grande délicatesse- la part inextinguible des secrets familiaux et les persistances du caché. Métaphoriquement et concrètement, le public élabore un travail de deuil : écouter les mots transmis, sans poser de questions. Une puissante invitation à rêver le roman familial et à s’émouvoir.

 Stéphanie Ruffier

Spectacle vu au festival Villeneuve en scène,  Villeneuve-lès-Avignon ( Gard),  le 13 juillet.

Festival d’Aurillac, (Cantal), du 22 au 25 août, à 10 h 30, (pastille 93).

 

Mes déménagements, par le Groupe ToNNe, texte et mise en scène de Mathurin Gasparini

 

Mes déménagements, par le Groupe ToNNe, texte et mise en scène de Mathurin Gasparini

 

ee01a1_7656b61974284beb8fbb2aa90092948amv2Comment habiter sa vi(ll)e ? La question suscite d’emblée la sympathie, en cas de pratique récente ou assidue du déménagement. Qualifiant son nouveau spectacle: d’« autobiographie de rues pour six voix », le Groupe ToNNe affiche une volonté d’écrire pour l’espace public, en puisant dans le réel. Déjà, dans sa précédente création (AE Les Années), un montage incisif de textes d’Annie d’Ernaux, il témoignait des expériences banales d’un quotidien extra-ordinaire (avortement, ménage, sexualité…), en les élevant au rang de document sociologique et historique. On se réjouit donc à la perspective de flirter à nouveau avec l’intime.

 Entraîné par trois mecs et trois filles qui prennent en charge l’histoire d’un quarantenaire ayant souvent changé de lieu de vie, le public est invité à parcourir un quartier, selon un dispositif choral. Six comédiens et musiciens, comme autant de voix intérieures, prennent tour à tour en charge la parole d’un « je » pluriel, diffracté, parcouru de désirs parfois contradictoires.

Le fil du récit est sans cesse rompu et tient de la liste d’espaces et de rencontres, à la Georges Perec, comme on feuillette un album-photo  avec une pudeur qui nous ferait soudain tourner une page plus rapidement. On peut aussi l’envisager comme la visite partiale et partielle d’une ville, dans un petit train touristique où on commente hauts lieux et détails anecdotiques. Un peu la marque de fabrique du Groupe ToNNe, ces narrations heurtées par la déambulation et les émotions, ces images intimes qui surgissent, s’emboutissent puis sont englouties par une pirouette verbale ou gestuelle. Tentatives d’archéologie de l’être, mais vite ! Ne pas trop s’arrêter. Plutôt se remettre en marche pour aller voir ce qui se passera ensuite, ailleurs. 

 Autre constante du Groupe ToNNe dont on sent très vite la complicité et le plaisir de jouer ensemble: un va-et-vient narratif entre le « je » du personnage et le « je » du comédien. Ce dispositif permet que le «réel» de la représentation s’immisce par effraction dans le récit de vie de l’auteur.  On retrouve ainsi les passages obligés du genre, les «biographèmes» chers à Roland Barthes, «quelques détails, quelques goûts, quelques inflexions » : l’enfance, les premières amours, la paternité…

Mais le texte ne se réduit pas à cette chronique de l’existence et s’enrichit peu à peu de réflexions sur la ville : architecture, urbanisme, botanique… Politique, forcément. Du squat entre potes, à l’engluement du couple dans le petit chez-soi, du rêve bourgeois de pavillon, aux grands ensembles de Le Corbusier, c’est tous les tiraillements de la propriété privée, de l’espace public et des rêves de liberté qui défilent devant les façades. La carte brodée sur le ventre des comédiens trahit bien comment nos choix d’habitat influencent notre rapport au monde et aux autres.

Les modules bleus qui servent de modestes tréteaux sont une trouvaille scénographique et on songe incidemment  au «speakers’ corner» à Hyde Park à Londres, où escabeaux et cagettes permettent une prise de parole publique temporaire : matérialisation d’un besoin de se dire qui passe par celui de se hucher. Prendre un peu de hauteur. Surplomber la mémoire. Se faire voir et entendre. Ainsi, la nature de la parole change sans cesse : elle peut se faire confession intime, conférence, interpellation directe, déclamation poétique ou harangue à emporter le cœur des foules. Dans AE Les Années, les valises servaient de chaire; ici, ce sont les cartons de déménagement, autres lourds symboles du passé qu’on se trimbale. Ils font la courte échelle au Sujet, l’aident à se recomposer. Parfois dans le rire, parfois dans la douleur.

Le parcours, s’adaptant à la géographie de chaque ville où le spectacle est joué, change sans cesse de décor: à Chalon-sur-Saône, une statue de la Vierge; à Sotteville-lès-Rouen, une pharmacie, ailleurs, un imposant château d’eau herbeux, un nom de rue cocasse, un homme en slip à sa fenêtre… Autant d’échos visuels qui font résonner le texte autrement : dissonances ou accords prémédités, mais aussi pépites accidentelles.

La mise en scène invite le spectateur à sans cesse osciller entre le très proche et le lointain : trinquer avec son voisin, laisser passer le comédien, ou rêvasser sur les lignes de fuite de la rue. Trombone, trompette et chant y participent aussi. Autant d’habiles façons de nous associer au spectacle.

Pourquoi jouer dehors sinon pour se saisir vraiment du territoire ? Mes déménagements entre furtivement dans les intérieurs et habite les rues pour en dresser une cartographie sensible qui porte la trace des habitants. Ils croisent Google Map avec la Carte du Tendre de Madame de Scudéry. Une scénographie émotionnelle fait du territoire un lieu imaginaire de traversées, d’étapes d’apprentissage, de zones dangereuses, à risque d’enlisement.

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© 2018 Groupe ToNNe

Tel Emmanuel Carrère, un des maîtres de l’autofiction, Mathurin Gasparini pratique une écriture qui ne cède jamais à l’apitoiement sur soi. Tout en les nommant, il glisse habilement sur les lâchetés,  insuffisances, douleurs et discours politiques. De même, le public est invité à ne jamais se poser. Il y a quelque chose d’inconfortable à devoir souvent se relever, à ne saisir que quelques bribes d’échanges interpersonnels lors des transhumances… Se remettre debout, se déplacer, se faire sa place devant une nouvelle saynète, c’est forcément changer de configuration et se délester un peu.

Le spectacle, de façon mimétique, nous invite à une marche forcée, quitte à perdre parfois un peu de la subtilité de l’introspection ou de l’approfondissement. Il s’agit d’envisager la Carte du Tendre à l’infinitif: aller de l’avant. Comme chez Annie Ernaux, le miroir tendu, la singularité de l »extime » recomposé, donc un peu fictionnel, se teinte d’universel. Ici, il ouvre sur l’éternel mouvement. Une défense de l’être à la Giacometti, qui, toujours, tant qu’il se meut, s’émeut. Déménager avec le Groupe ToNNe ? Oui ! Franches adresses au public, heureux moments de convivialité, textes et tableaux où chacun peut s’abreuver et s’enthousiasmer, valent bien les détours. Rythme:  générosité et intelligence. Reste à assumer pleinement l’exhortation politique. Maud Fumey le fait avec excellence, en musique, avec un hymne final  aux folles retrouvailles de tous, dans la rue.

 Stéphanie Ruffier

Spectacle vu à Sotteville-lès-Rouen.

Festival d’Aurillac, du 22 au 25 août à 13 h 45,  pastille 48, Square côté Notre-Dame des Neiges.

 

Le Spectacle des Frères Troubouch

Les Préalables du festival d’Aurillac :

Le Spectacle des Frères Troubouch

31047457-E101-49B0-9E71-75059D541D1DPremier épisode: cela se passe en plein air sur le coup de dix-neuf heures, sur le côté d’une ancienne abbatiale détruite à la Révolution puis reconstruite, à Maurs, un beau et très ancien village du Sud du Cantal, tout près de l’Aveyron mais aussi du Lot. Il a conservé la forme du cercle de ses remparts qu’emprunte aujourd’hui le Tour de ville, établi sur ses douves à la fin du XVIII ème siècle. Ces deux Belges sont acrobates à vélo: avec entre autres, quelques tours de piste où le plus grand a un pied sur le guidon et l’autre sur la selle, le plus petit se contentant de faire tourner les pédales du dit vélo qu’il réussissent à faire tourner en rond.  Chapeau! A la fin, ils invitent le public à partager des saucisses au barbecue après le spectacle.

Que demande le peuple? Simplement de VOIR le dit spectacle avec acrobaties et chansons. Mais voilà cela ressemble à une mauvaise blague, non pas belge- les deux artistes n’y sont pour rien- mais bien française. A dix-neuf heures comme prévu, dans la douceur du soir, le public d’une soixantaine de personnes attendait sur des bancs en bois, et devant le monument aux morts  sur le côté de l’église, il y avait un vélo, un monocycle, et six chaises paillées en file indienne. On attendait toujours… Problème technique? Que nenni!

Puis un des frères a discrètement écrit sur un tableau noir: représentation reportée à 21h. Une responsable de la mairie un peu gênée, proposait un coup à boire et des chips et expliquait que, comme il n’y avait pas assez de spectateurs, il valait mieux reporter à 21 h ! (sic).

Lesquels spectateurs n’ont pas vraiment apprécié, et ne sont pas restés, comme ce couple belge qui avait fait huit cent kilomètres et devait en refaire quarante pour gagner un gîte rural qu’il ne connaissait pas. Et votre serviteur qui avait aussi fait une heure de route aller et retour.
Ces Préalables déjà rodés depuis longtemps, semblent ne pas être toujours au point, et Jean-Marie Songy, le directeur du festival, ferait bien de rectifier le tir. Le Spectacle des Frères Troubouch se joue encore demain et après-demain, mais, comme on ne tient pas à refaire une autre heure de route, ce sera sans nous. Et encore bravo et merci à la Mairie de Maurs pour son manque de professionnalisme… et sa désinvolture!

Deuxième épisode: nous avons enfin pu voir la plus grande partie du spectacle sur la place de l’Hôtel de Ville à Aurillac avant d’aller assister au Jusque dans vos bras des Chiens de Navarre (voir Le Théâtre du Blog).  En compagnie de quelque cinq cent personnes assises par terre ou debout. Les numéros des frères Troubouch: entre autres, ceux sur le monocycle et le vélo sont très au point et correspondent à ceux de la vidéo mais n’ont rien de franchement exaltants, parce que déjà vus un peu partout. Et on aurait aimé que les bagarres entre les deux frères soient mieux réglées et donc plus crédibles. Mais le public très familial applaudissait à ce spectacle… gratuit.

Philippe du Vignal

Les 18 et 19 août, Les Préalables du Festival (autour d’Aurillac). Puis place de l’Hôtel de Ville, le 23 août.

Le 26 août, Jardins de Brocéliande, à Bréal-sous-Montfort. Les 28 et 29 août, Le Fourneau, Quimperlé (Finistère). Le 31 août à La fêtobourg Roanne, Malby

Les 14, 15 et 16 septembre, De groote stooringe Festival, à Roeselare, (Belgique), un projet avec le collectif de cirque belge Malunés. Le 22 septembre, La Filature, Bazancourt (Marne). Le 30 septembre, Théâtre des Routes, Région-Champagne.

Hope Show par le Good Chance Theatre

 

Hope Show par le Good Chance Theatre

the_hope_show_at_good_chance_paris._photo_by_raphael_hilarion_0Cette compagnie anglaise venue de Calais, s’est installée à Paris pour travailler avec des réfugiés dans la cour d’un immeuble. Ils sont une vingtaine, en majorité des hommes soudanais et afghans, et quelques femmes. Nous sommes dans la cour d’un immeuble avec de grandes affiches, avec un beau chapiteau au centre. On nous accueille avec un cocktail de fruits sans alcool.

Rodrigo Ramis ouvre la séance à l’extérieur, en clamant : I divise my fears, et nous nous installons en rond dans le chapiteau autour des acteurs dont certains disent : «La poésie sur tes aubes dorées, pose-toi, tel l’oiseau sur les terres ». Rodrigo fait ensuite chanter le groupe qui tape dans ses mains : « Je suis un homme, une âme, juste comme toi. »

Quatre acteurs entrent en riant, puis font semblant de se battre, un cuisinier dit : «Oiseau, toi qui voles si librement, vole dire mon amour à mes proches. »  Il y a ensuite un duel avec des bâtons qu’ils s’échangent, un chant choral. Puis tout le groupe sort et revient, et on fait monter un homme sur une chaise qui braille en se tenant le dos. Et vite remplacé par une fille qui dit : I love my father et  une autre avoue détester son père. Au son d’un orchestre de trois  tambours qui accompagne un chanteur, tout le monde se dandine.

 Les séquences se succèdent mais bien difficile de trouver un fil conducteur dans ces improvisations hasardeuses. Nous quittons la compagnie, en laissant un billet pour leur peine et le cocktail de fruits. Il y aura d’autres séances de travail au cours de la semaine… A suivre

Edith Rappoport

Etape de travail du spectacle vue le 11 août, au Centre Jean Quarré CHU, 12 rue Henri Ribière Paris XIX ème. Présentation le 18 août,  et sur une péniche canal de l’Ourcq, le 19 août. Et ensuite au musée de l’Immigration.

Musée de Lodève: Faune, fais moi peur ! Images du faune de l’Antiquité à Picasso

Musée de Lodève: Faune, fais moi peur ! Images du faune de l’Antiquité à Picasso

 

Lalique

Lalique

Pour sa réouverture, après quatre ans de travaux, ce Musée d’art moderne, d’archéologie, de paléontologie et de sciences naturelles,  situé dans l’ancien hôtel particulier du Cardinal Hercule de Fleury depuis 1987, propose d’explorer les représentions du Faune à travers les siècles depuis sa naissance dans l’Antiquité gréco-latine. En complicité avec le Musée Picasso, cette exposition rassemble des œuvres d’art figurant faunes, satyres et autres créatures hybrides, à l’instar du dieu Pan, mi-hommes, mi-animaux équidés ou caprins… Ce parcours convoque des artistes de toutes disciplines, y compris la littérature, la musique et la danse. Il s’est construit en regard des nombreuses peintures et sculptures consacrées par Pablo Picasso à ces êtres bondissants, à la fois facétieux et inquiétants.

Accueilli par le grand Faune de Paul Dardé (1888-1963), une statue monumentale taillée dans la pierre brute, propriété du Musée, le public entame une promenade illustrée. Le Faune, viril par excellence, se trouve souvent en présence de nymphes, prêt à les dénuder et à les séduire dans des jeux érotiques ambigus, comme en témoignent des vases grecs, et des sculptures (Le Faune à l’Arc d’Auguste Rodin) ou la célèbre estampe de Pablo Picasso, Faune dévoilant une dormeuse. Parmi ces vierges des sources des bois et des arbres, Syrinx, la nymphe, qui, selon Ovide, se métamorphosa en roseau, quand Pan, le lubrique aux cornes et pattes de bouc, voulut l’étreindre. D’où la flûte (ou syrinx), l’attribut de Pan… Les faunes, assimilés par les Anciens à ce dieu, apparaissent souvent en musiciens chez Pablo Picasso !

 Claude Debussy a rendu hommage à ces créatures avec Prélude à l’après-midi d’un faune, composé en 1895 pour accompagner une lecture de l’églogue de Stéphane Mallarmé, L’Après-midi d’un faune. On découvre avec émotion la matrice de ce poème grâce à un manuscrit autographe de 1873, intitulé Monologue d’un faune, et à un exemplaire d’une édition illustrée par Henri Matisse en 1930. Vaslav Nijinski fut aussi séduit par ce personnage, qu’il rencontra grâce à la musique de Claude Debussy. Le danseur cherchait dans l’art grec – particulièrement les vases à figures rouges sur fond noir du musée du Louvre – un style nouveau quand Serge Diaghilev lui confia sa première chorégraphie, en lui imposant la partition de Prélude à l’après-midi d’un faune. Il tenta alors de faire coïncider la gestuelle géométrique inspirée des figures hélleniques du satyre poursuivant des nymphes, avec la musique ondoyante de l’orchestre. Ce qui introduit une disruption entre les mouvements saccadés des danseurs et la fluidité des instruments à vent et à cordes.  De cette pièce, créée au Théâtre du Châtelet par les Ballets russes en 1912, on découvre une reconstitution filmée en 1982 et interprétée par Serge Noureev (dans le rôle de Vaslav Nijinski) dans les décors et les costumes originels de Léon Bakst. Pour dessiner une fresque linéaire sans profondeur, les danseurs évoluent de cour à jardin, têtes et jambes de profil, par rapport au public, bustes et bras de face. Les mouvements s’inscrivent dans une esthétique angulaire et un rythme saccadé d’une grande modernité. Des photos de Vaslav Nijinsky en faune, réalisées en studio par Adolphe Meyer en 1909 restituent l’esprit de cette création.

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Le musée de Lodéve  vaut le détour d’abord pour cette exposition,  mais aussi pour ses collections présentées dans une muséographie qui met la complexe histoire de la Terre et de l’Homme à la portée de tous. Avec trois collections permanentes, dont la remarquable section Traces du vivant, qui s’articule autour des vestiges découverts dans la région de Lodève. Les territoires environnants offrent en effet une illustration condensée des quatre ères géologiques : de -540 millions à -deux millions d’années, et l’on observe, à partir de cette ville située au pied des Causses du Larzac, les allées et venues de la mer, la formation des continents, la surrection et l’érosion des montagnes, les changements climatiques, l’apparition et la disparition des espèces… Une traversée du temps qui met l’histoire humaine en perspective…

 Mireille Davidovici

 Faune, fais-moi peur, jusqu’au 7 octobre, tous les jours, sauf le lundi.

Musée de Lodève, square Georges Auric, Lodève (Hérault). T. : 04 67 88 86 10 www.museedelodeve.fr

Eclats, Festival d’Aurillac, édition 2018

Aurillac 2018

Eclats, Festival d’Aurillac,  édition 2018

 

Trente troisième édition de ce festival qui va accueillir cette année dix-huit compagnies, avec, à la fois des spectacles dits « de rue » et d’autres plus classiques de théâtre, à l’extérieur comme dans des salles, le jour et une partie de la nuit. Au programme, des compagnies bien connues comme le Théâtre de l’Unité justement avec La Nuit unique (voir Le Théâtre du Blog) qui a été créé  l’an passé et joué notamment aux festivals de Chalon-sur-Saône  et de Villeneuve-lès-Avignon.

Le directeur du festival d’Aurillac, Jean-Marie Songy, a invité comme d’habitude, nombre de remarquables compagnies étrangères (Suisse, Espagne, Brésil, Belgique…) Pas de surprise mais un programme solide aux valeurs sûres avec, entre autres,  la compagnie Carabosse, qui a été en résidence de création au Parapluie d’Aurillac du 5 au 16 mars, et qui présente Par les temps qui courent, un spectacle en forme de carnet de voyages. « « Vivant, collectif et métissé, fruit de nos différents regards et de nos multiples modes d’expression, précise son directeur artistique, Christophe Prenveille. Les «pages» de ce carnet sont créées avec un peintre du monde, des dompteurs d’images, un poète qui caresse les touches noires et blanches, un contrebassiste de haute taille, des sculpteurs de feu, des orfèvres de sons, des acrobates de ferraille précieuse… »

Délices DADA, une compagnie habituée du festival qui confronte la pratique théâtrale avec l’environnement quotidien… Avec Les Quatre Saisons elle a mis en scène un spectacle  lors d’une résidence au Parapluie le printemps dernier,  et où ses créateurs confrontent aussi la pratique théâtrale avec l’environnement quotidien… «Nocturne, musical, teinté d’absurde, intime, non textuel, en fixe mais pas tout à fait, ce spectacle d’extérieur transpose pour saxophones, la musique que les quatre saisons ont inspiré à Vivaldi, y rajoute des voix décalées et met en mouvement une cinquantaine de figurines peintes réactualisant l’imagerie populaire attachée à ces fameuses Quatre Saisons.  » Si on a bien compris, un peu dans l’esprit de la fameuse Fanfare des Grooms.

La compagnie Transe Express reprend, elle, cette belle idée du bal-spectacle populaire qu’avait imaginé il y a quarante ans Jean Claude Penchenat et sa compagnie le Campagnol. Mais ce Cristal Palace, bal au clair de lustre, sera « à la frontière entre un réalisme délirant et un imaginaire inspiré de traditions détournées. Il va transformer la place publique Michel Crespin, (le fondateur du festival décédé il y a cinq ans) en salle de bal.  Un lustre monumental, une piste de danse, un orchestre suspendu, des acrobates, un bar… Et un système de machine propulsera l’orchestre entre ciel et terre. Le public, invité à rejoindre la piste de danse, traversera les époques en dansant, de la valse à la techno. Et la compagnie comme plusieurs autres recherchent huit danseurs amateurs pour participer à des danses de salon  et huit complices pour inviter à entrer dans la danse…

  3615 Dakota une compagnie suisse présentera Bains Publics et plus si affinités« … Avec des petites balnéo-stations destinées à transformer notre quotidien urbain en espaces de bien-être. Une aventure philosophique à vivre en maillot de bain. Le dispositif comprend un sauna (marmotte) un solarium (Sunrise), des douches, une station massage (Cat’s), un jacuzzi, deux jacuzzi-cars, un bain purificateur (Calypso) une cabine d’accueil (Temps perdus), ainsi qu’une station de massage à base de pierres chaudes (Stonehenge).  «Cette opération disent ses créateurs,  peut s’adapter à des zones de grand stress ou de perte de lien social (centres d’accueil de migrants, cités-dortoirs, parking de centre commercial…). Bains Publics veut changer le bien-être en acte politique, et en espace relationnel, pour transformer notre réalité en centre de thalassothérapie.Le « réel » est notre terrain de jeu que nous pensons comme un ensemble de croyances, de récits, et de perceptions collectives sur le monde. Des territoires avec leurs règles, leurs forces et leurs faiblesses. » La compagnie recherche des volontaires pour participer  à ces balnéo-stations.

Il y aura les artistes brésiliens du Desvio Coletivo qui comme 3615 Dakota recherche aussi des volontaires pour faire partie de Cegos, un défilé-spectacle qui propose une réflexion sur notre mode de vie et qui a déjà été beaucoup joué dans le monde: un groupe d’hommes et de femmes, enduits d’argile et les yeux bandés qui marcheront lentement dans les rues d’Aurillac…

 The Legend of Burning Man de la compagnie espagnole Isecto tropics, raconte l’histoire d’un homme dont tout le monde a entendu parler, mais dont personne ne connaît le nom. Un mythe pour des millions de personnes, capable d’enflammer les médias et de déclencher des vagues de révolutions. Mohammed Bouazizi, un jeune Tunisien s’immola par le feu, ce qui provoqua le début de la Révolution du printemps arabe.
Un voyage poétique, sur fond de spectacle multimédia, brutal et explosif visible à 360° et en accès libre Avec une fusion entre théâtre et arts visuels, entre pré-enregistrement, direct et improvisation, entre documentaire et fiction. « Pour tenter de répondre à une grande question de notre époque : si nous sommes tous sur la toile, qui est l’Araignée ? »

Les Chiens de Navarre seront encore une fois à Aurillac avec mis en scène par Jean-Christophe Meurisse, Jusque dans vos bras, un nouvel opus créé l’an passé sur le fameux débat autour de l’identité française. Avec l’évocation de grands noms de l’Histoire comme De Gaulle, Robespierre et Obélix… Se croiseront-ils dans un hammam un dimanche après-midi pour siroter un thé à la menthe et parler de l’identité française ? En quoi doit-on croire, quand on se croit français ? Les Chiens de Navarre ont institué l’improvisation, avec, à la base, un canevas, et jouent en direct, pour le meilleur parfois mais aussi pour le moins bon et déjà vu un peu partout, pour dire une histoire autrement. En tout cas, en maniant avec une grande maîtrise dérision et pugnacité. A suivre donc…

Ejo N’Ejo Bundi (Hier, Aujourd’hui demain, et après demain) dont les créateurs ont recueilli des récits auprès des survivants des génocides du vingtième siècle. Ainsi a pu naître un texte qui s’interroge sur la place de la parole post-génocide dans nos sociétés contemporaines. Au centre, la transmission cette parole essentielle.
La création rassemble des artistes français et  rwandais dont l’histoire personnelle est intimement liée au génocide. En accès libre, ce spectacle se joue dans l’espace public urbain.  D’une salle de classe à un tribunal populaire, un plateau de cinéma, une stèle commémorative, un procès aux Assises,  un quai de gare. D’un radeau de naufragés, à une barricade de la résistance. « Des espaces pour essayer de restaurer, en toute humilité, la fragilité du lien qui unit l’homme à son semblable.De l’intime de la blessure au politique d’un langage collectif. »

 Enfin, dans les Préalables,  sera présenté Le Spectacle des Frères Troubouch dans de petites villes ou villages, et en accès libre à 19 h: le 14 août, à Polminhac; le 15 août, à Jussac et le 16 août, à Maurs. Ces deux hommes ont en commun : réveil, clopes, savon et budget depuis si longtemps qu’on les confond. Frères comme Obélix et Astérix avec, pour sangliers, des vélos. Ils ont aussi une potion magique pour que le gros puisse monter sur le petit qui balance des claques à son frère qui en devient fou.. Ils portent toujours des casques au cas où le ciel leur tomberait sur la tête Ils se parlent, crient, chantent, dansent. A vélo, en faisant  des acrobaties et en interprétant avec humour des chansons, les Troubouch racontent à leur façon l’amour fraternel et invitent le public à partager un barbecue après le spectacle.

On ne peut tout citer de ce festival, très populaire, même si les spectacles en accès libre sont en nombre limité. En marge de sa programmation officielle, le Festival d’Aurillac, accueille aussi plus de six cent compagnies dites de passage, un off qui ne dit pas son non nom. Pas toujours faciles à repérer dans la vaste agglomération d’Aurillac mais où il y a parfois de belles surprises. Avec Stéphanie Ruffier, nous vous tiendrons au courant au jour le jour des spectacles les plus intéressants…

Philippe du Vignal

Le festival Eclats aura lieu du 22 au 25 août. Les Préalables autour d’Aurillac: du 13 au 21 août.
20 rue de la Coste. T. : 04.71.43.43.70, festival@aurillac.net.


Pour la participation de volontaires: T. : 04 71 43 43 70 volontaire@aurillac.net
ATTENTION: consignes Vigipirate: les spectacles commencent à l’heure indiquée sur le programme et il est recommandé de venir au festival sans sacs à dos, valises et bouteilles en verre.

 

Orchestre Symphonique de Bretagne, avec Catrin Finch, Seckou Keita et Alan Stivell

©Candy Morgan

©Candy Morgan

Festival Interceltique de Lorient

Orchestre Symphonique de Bretagne, avec Catrin Finch, Seckou Keita et Alan Stivell

La Galloise Catrin Finch, surnommée «la reine des harpes», est une artiste internationale. Accompagnée ici par le sénégalais Seckou Keita qui joue de la kora, du djembé, et de la harpe à vingt-deux cordes. Ils se sont rencontrés en 2.012, et ont produit un album en commun en 2.013 dont le public lorientais a déjà pu goûter la teneur il y a quatre ans. Songlines Magazine (référent anglais de la world music) leur a décerné le prix de la meilleure collaboration culturelle. Pour ce Festival Interceltique, ils travaillent de nouveau ensemble.

Seckou Keita, tout de blanc vêtu, et Catrin Finch, coiffée de plumes noires moirées qui cache un peu son visage au public. Un conciliabule entre la note blanche et la note noire, profondément ouverts à l’altérité et à un dialogue interculturel. Avec un nouvel album, SOAR qui a, pour leitmotivs, les migrations et les voyages.

Exploration et célébration des différences et parallèles entre mélodies, rythmes, instruments anciens et électroniques, avec une tendance au jazz-rock, même si est préservée ici une facture classique. Un moment musical avec l’Orchestre Symphonique de Bretagne, profondément à leur écoute. Catrin Finch et Seckou Keita annoncent la présence d’Alan Stivell, à la salle enthousiaste, et on sent la harpiste, aussi émue que lui, l’initiateur des années quatre-vingt et le maître référent de tous les disciples et futurs artistes pratiquant la musique celtique et travaillant à son développement. Quand le chanteur breton entame une complainte, Seckou Keita, lui, en apprenti respectueux de de l’Ancien, joue avec une grande  rigueur de ses instruments.

Alan Stivell chante aussi l’hymne national breton, Bro gozh ma zadou (Vieux pays de mes pères), dont la mélodie s’inspire de l’hymne national gallois Hen wlad fy nhadou,  qu’au final, le public reprend avec lui. Une jolie soirée qui fait se rejoindre des pays éloignés, dans l’évidence d’une ouverture musicale au monde.

Véronique Hotte

Espace Marine, à Lorient, le 10 août. Le Festival interceltique se poursuit jusqu’au 12 août.
En tournée en France à partir de septembre. Naïade Productions World & Traditional music booking agency, 3 rue de Lorraine, 35000 Rennes. T. : 02.99.85.44.04

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