La Mousson d’Eté à Pont-à-Mousson

La Mousson d’Eté à Pont-à-Mousson

(c) Eric Didym - couloir

(c) Eric Didym – couloir

Au cœur de la Lorraine, l’été est en pente douce et Michel Didym réunit depuis vingt-cinq ans la fine fleur des dramaturges, pour une salve réjouissante de découvertes. L’Abbaye des Prémontrés, centre culturel et monument historique du XVIII ème siècle, offre un écrin à la fois solennel et décontracté à sa joyeuse bande. On y rencontre, pendant une semaine, une jeune génération d’auteurs venus de plusieurs continents, avec leurs traducteurs. Ces univers, encore inédits pour la plupart, sont portés à la scène sous forme de lectures. Certaines s’approchent d’une mise en espace et d’autres offrent l’austérité d’une mise en voix devant pupitre.

La bande d’acteurs talentueux (certains présents depuis les premières éditions comme Catherine Matisse, Laurent Vacher, Charlie Nelson…), comprend une douzaine de recrues que l’on retrouve au gré des propositions. Ainsi réuni pour célébrer la vivacité des écritures de théâtre d’aujourd’hui, ce phalanstère animé par Michel Didym (qui signe aussi quelques directions de lecture) propose au public un programme chargé (quatre textes par jour !), heureusement conclu chaque soir par un cabaret ou un set de DJ qui permet de lâcher la bride…

Venu de toute la région, le public en redemande, malgré la touffeur qui règne dans les salles non climatisées : on doit rajouter des chaises et laisser s’asseoir sur les marches les plus obstinés des retardataires. Parfois déboule un groupe important, comme cent soixante jeunes de Sciences-Po/Nancy par exemple, et c’est alors toute une affaire de faire entrer tout le monde… Réunir plusieurs centaines de spectateurs, gratuitement certes mais dans la fidélité et la curiosité, n’est pas le moindre des talents de la Mousson d’Eté.

 C’est donc avec la plus vive curiosité que l’on s’installe quatre fois par jour devant l’espace vide d’un plateau. Les textes ont été choisis par le Comité de lecture et l’on devine, une fois le parcours terminé, qu’il y eut des coups de cœur, des arbitrages et parfois des surestimations. Mais il y a une grande qualité dans l’essentiel des propositions et les traductions (dont plusieurs établies en partenariat avec la Maison Antoine Vitez) ont fait l’objet d’un travail approfondi.

Venues d’Argentine (Laura Cordoba et Nacho Ciatti), des Etats-Unis (George Brant), d’Australie (Tom Holloway), d’Israël (Maya Arad-Yasur), ces nouvelles écritures, dénichées grâce au réseau déjà ancien de partenariats divers, ont apporté leurs particularités, au voisinage des textes européens. La Mousson d’Eté est l’une des deux structures françaises – l’autre étant Théâtre Ouvert à Paris – partenaires du dispositif Fabulamundi. Ce programme de coopération entre théâtres, festivals et instituts culturels de seize pays d’Europe est une plate-forme de soutien à la dramaturgie contemporaine et à ses auteurs. L’exploration assidue de Michel Didym des dramaturgies européennes a permis à La Mousson de trouver sa place au cœur de ce dispositif.

(c) Eric Didym

(c) Eric Didym

Etaient accueillis cette année, grâce à Fabulamundi : Ayse Bayramoglü (Turquie), Claudia Cedo (Espagne), Valentina Diana (Italie), Jacinto Lucas Pires (Portugal), Monica Isakstuen (Norvège) et Tyrfingur Tyrrfingsson (Islande). Et plusieurs auteurs français ont contribué à cette édition : Tristan Choisel, Faustine Noguès, Blandine Bonelli, Sylvain Levey. Dans cet éventail de pièces, se dégage la présence forte de thèmes liés à l’enfance, à la filiation, à la violence familiale (Fratrie de Valentina Diana, Regarde-moi quand je te parle de Monica Isaktusen, Comme une chienne sur un terrain vague de Claudia Cedo, Bleus de Tyrfingur Tyrfingsson, F.E.N.E.T.R.E. d’Ayse Bayamoglu)… Ce programme, très divers, laisse également place au comique baroque (Pologne de Nacho Ciatti), aux drames intimes (Ciel rouge. Matin de Tom Holloway), à la comédie loufoque (Coaching littéraire de Tristan Choisel) ou à l’autofiction (Gros de Sylvain Levey)…

Au fil de ces vingt propositions, se confirme la tendance d’un théâtre fondé sur la performance, plus que sur une histoire et dont le statut des personnages, libérés des contingences spatiales et même parfois émotionnelles, ne cesse d’être questionné. Le talent des directeurs de lecture est requis pour faire jaillir le meilleur car la confusion peut s’installer lorsque l’écriture s’égare dans des artifices formels pas tout à fait maîtrisés. Là se tient justement l’audace de l’entreprise : donner à entendre les œuvres de jeunes auteurs dont de nombreuses femmes – et c’est parfois leur première pièce – et les défendre toutes, avec générosité et talent.

Surprise parti (c) Eric Didym (1)

(c) Eric Didym

La Mousson d’Eté présentait aussi le travail annuel de son atelier amateur, sous la direction d’Eric Lehembre, toujours autour de la création théâtrale contemporaine. L’atelier 2019 intégrait exceptionnellement quatre jeunes migrants, mineurs isolés, que la fréquentation de la scène aidait dans l’apprentissage de la langue française.  L’action de Défaillances de Blandine Bonelli se situe justement dans un Service de Protection de l’Enfance, dont les professionnels aguerris, mais débordés par le nombre de personnes à suivre, par la difficulté de respecter la loi tout faisant œuvre d’humanité, explosent sous nos yeux en multiples découragements, cafouillages, etc.

Les jeunes migrants ont été accueillis chaleureusement par la troupe des amateurs lorrains et, mêlés à ces partenaires français, ils jouent… leur propre rôle et celui d’autres personnages. Ils ont ensuite suivi toute la programmation de la Mousson d’Eté, s’intéressant aux auteurs, aux rencontres, à la vie du théâtre en France. Malgré la discipline dont ils ont fait preuve dans ce travail d’intégration, leur situation administrative en France est tout à fait précaire. Adama Sampegbo, Passy Missa Priso, Franck Mba, Karim Camara attendent que l’Etat français les accueille aussi généreusement que l’ont fait  les Lorrains.

 Enfin, il faut mentionner l’Université d’Eté qui accueille chaque année entre soixante et quatre-vingts stagiaires, venus de France et de Belgique. Sous la direction pédagogique  de Jean-Pierre Ryngaert, l’équipe était complétée cette année par Joseph Danan, Nathalie Fillion, Davide Carnevalli et Pascale Henry. Les stagiaires logent sur place, travaillent tous les matins sur les dramaturgies présentées à La Mousson. Pendant une semaine, tels les résidents d’une nouvelle Abbaye de Thélème, ils associent l’étude, la controverse et la convivialité. Au fil du temps, certains sont devenus les relais de propagation des écritures contemporaines et ont forgé les outils pour en explorer les mécanismes.

Surprise parti (c) Eric Didym (4)Michel Didym aime à rappeler que sa compagnie, en 1995, s’est emparée d’une mission de développement de l’écriture théâtrale contemporaine en Lorraine, en créant La Mousson d’Eté, sans commande spécifique des pouvoirs publics. «L’impulsion doit venir des artistes, nous sommes capables de nous donner des missions de démocratie culturelle et  sans que des énarques nous en donnent l’ordre ». Aujourd’hui, la manifestation est reconnue et soutenue par les collectivités territoriales et la D.R.A.C. Les scènes de la région coopèrent, elles, avec du prêt de matériel.

 La Mousson d’Eté offre une visibilité professionnelle et une potentielle notoriété à de jeunes auteurs, confrontés à la mode des spectacles nés de divers matériaux. L’opportunité qui leur est offerte de se rassembler, de se découvrir mutuellement et de discuter sur les mouvements artistiques de chaque pays, en est d’autant plus précieuse. 

Pour conclure, un bel hommage a été rendu au dramaturge Aziz Chouaki, récemment décédé : sa langue incisive, son histoire passionnelle/dépassionnée avec l’Algérie, « le charme hybride et rebelle de sa prose», dit Anaïs Héluin, ont été mis en musique par Vassia Zagar pour la soirée d’ouverture.

« BEAUCOUP DE GENS ONT DU MAL AVEC MES TEXTES PARCE QU’ILS SONT BOURRES DE GROS MOTS MAIS MOI JE LES REVENDIQUE COMME UNE LANGUE ; CELLE DU DESIR ; CONTRE LA PURIFICATION ETHNIQUE ; JE REVENDIQUE UNE LANGUE IMPURE, SEXUEE, BATARDE, MELEE COMME LE CREOLE. »

 Salut Aziz !

Marie-Agnès Sevestre

La Mousson d’Eté a eu lieu à Pont-à-Mousson (Meurthe-et-Moselle) du 22 au 28 août.


Archive de l'auteur

Festival d’Aurillac ( suite et fin)

Festival d’Aurillac (suite et fin)

Hobobo de Patrick de Valette, de la compagnie des Chiche Capon, mise en scène d’Isabelle Nanty

38FBA300-CC4E-44A7-98B5-F5787330B47DIl entre en blouse blanche où est accrochée une décoration et il tire la langue. « J’arrive, d’où venons nous, où allons nous ? »  Il se présente: « Henri O’Taguet, professeur à Toulouse, je voudrais être votre regard sur le monde. » Il se lance dans un délire scientifique, se retrouve en jupon et culotte rouge : » Je retrouve l’homme de Cromagnon qui est en moi ! » Puis il s’empare des sacs de spectateurs, fouille dedans, prétend être  Napoléon, César, un grognard de l’Armée Rouge…

Puis il fait marcher au pas un spectateur qu’il manipule dans des bruits de bombe et dans la fumée. «Tout bagage laissé sans surveillance sera détruit et tout enfant, de même! » Il chevauche un spectateur, se fait caresser, danse les fesses à l’air, fait le poirier sur un tapis et invective les spectateurs : «Levez les bras, cherchez les chakras dans le public. Il se dandine devant une fille puis avance et s’allonge sur les bras tendus des spectateurs écroulés de rire qui lui font traverser la salle. Une performance rare qui ne recule devant aucun délire… On pourra voir Hobobo au Sentier des Halles à Paris à partir du 13 octobre.

Edith Rappoport

La Beauté du monde, témoignage du troisième type,  de Gildas Puget, par la compagnie Quality Street

BA463DAA-E796-4E08-AA1E-E03D70607C21En costume cravate bleue, il  apparaît en silence et nous tourne le dos; on l’applaudit : « Je suis ravi, j’ai une information très importante à vous communiquer sur l’apparition de la vie supergalactique : des organismes croissent, des civilisations se font depuis quinze millions d’années, l’univers depuis quinze milliards d’années. »

« Je vais commencer par vous parler de moi : Mickaël célibataire, je n’ai jamais noué de relation forte, toute mon aventure a commencé au guichet. Je vais sonner chez Béatrice, je n’ai pas de fleurs, tant pis, je sonne… » (…) « Je souhaite rencontrer au plus vite le Président de la République, l’écologie, tout le monde s’en fout. J’ai besoin d’un refuge, la secrétaire nous a expliqué que l’énergie nucléaire était très propre. J’ai dû prendre les commandes de la centrale, j’ai enclenché tous les boutons… » On se laisse aller avec plaisir dans ce délire verbal maîtrisé avec un aplomb surprenant par un personnage qui prétend sauver la Terre.
Il y a une tournée impressionnante d’une soixantaine de représentations qui doit s’achever le 13 décembre à Theix Noyalo (Morbihan).

E.R.

Poser les pieds sur un petit tapis de Philippe Dorin

14344071_10154460771523563_4971497788976104846_nUne femme en robe de chambre (Nadège Helluin) est assise près d’un vieux landau avec une pancarte : Attention fragile.  Elle en sort un petit tabouret, une bouteille et une tasse qu’elle essuie avec son jupon. Elle se verse de l’eau, mange des biscuits puis tend la main aux spectateurs qui se présentent : «Enchantée, comment tu t’appelles ? Elle sort une poupée du landau : « Je préfère ne pas me souvenir !» Puis elle manipule  d’autres  poupées au-dessus de son épaule qui lui sert de castelet : »La petite fille, elle est toute seule à la recherche d’un mot qui pourrait faire revenir quelqu’un à qui causer. Si au moins, j’avais un chat… »

Elle prend un tissu, y installe des personnages, un gros chien, la guerre. « Poser nos pieds sur un petit tapis, il ne faut plus y penser, quand il n’y a plus d’oiseaux, il n’y a plus d’air… ». Elle ramasse une marionnette indienne : « Le berger laisse ses moutons, il part en ville dîner avec une jolie pépée. Il s’est jeté de la montagne dans le ciel. C’est depuis ce jour-là, qu’il y a des étoiles. » « Un mot pour vivre, merci » et elle tend des papiers aux spectateurs qui  lui écrivent des messages.

Un spectacle énigmatique sur la folie d’une vieille femme et curieusement attachant.

E.R.

Entretien avec moi-même sur le festival d’Aurillac par Jacques Livchine

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Entretien avec moi-même sur le festival d’Aurillac par Jacques Livchine

- Vous avez dit que vous étiez en sur-dose et vous êtes pourtant revenu le cinquième  jour… Pourquoi?

-En fait, tout est déjà dans le bouquin de Pierre Prévost: Que personne ne meure. Il signe Pierprevo, c’est ridicule de signer comme ça. Pierre, il est Pierre et je ne fais que répéter ce qu’il dit. Cette année, un spectacle du In m’a détruit et cela m’est tragiquement nuisible quand c’est trop raté. Je me mets alors à ne plus croire du tout au théâtre. Cela me fâche, me démoralise et je m’interroge : suis-je aussi mauvais qu’eux ? Ici, les gens applaudissent et semblent contents. Alors, je me sens en dehors, je doute, je me mets en jachère et fais une pause dans mes sorties, le temps de me reconstituer.  Je suis revenu aujourd’hui samedi parce que j’accompagnais Edith Rappoport (voir ses articles dans Le Théâtre du Blog).

- Qu’est ce qui vous a le plus marqué cette année ?

- En fait, je ne suis quasiment jamais allé à Aurillac comme spectateur, sauf en 2003, l’année de la grève… Quand on joue, on est dans une autre dynamique et on n’a pas envie de traîner. Cette année, je découvrais quasiment le fait d’être un spectateur de théâtre de rue. Ce qui m’a vraiment marqué? L‘appétit et la passion du public qui envahit les aires de jeu plus d’une heure avant le début, dans un état de désir pas possible…
J’avais l’impression que, par exemple, dans la cour de l’école Tivoli, en attendant Chtou, que Johnny Hallyday allait entrer: le spectacle devait commencer à 14 h 50, il était 14 h 56 et la fébrilité montait. Il y avait environ huit cent personnes dont le tiers en plein soleil. Et on n’imagine pas les gens après la représentation avec des remerciements à n’en plus finir et des phrases du style : « J’ai eu des frissons, mes poils se levaient. » Et Chtou flegmatique disant  » Merci, merci. » Pour certains, c’est comme une idole vivante. Cela fait vingt-trois ans qu’il revient dans cette cour, alors, il est très connu.  Dans la cour des Alouettes, pareil pour Les Chiche Capon, un trio de clowns: Patrick de Valette, Frédéric Blin et Matthieu Pillard. Une heure d’attente en plein soleil et à la fin, des accolades jusqu’à  plus soif. Mais évidemment, les compagnies qui ne sont pas dans les cours, ont plus de problèmes et rament un peu.
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-Voyez- vous quelque chose de changé  depuis votre première année ici en 1986 ?

-Oui, on est passé de quelque  mille spectateurs à 120.000, de cinq lieux de spectacle  à cent quatorze, de dix compagnies dites invitées  à  sept cent! Mais la  vraie mutation profonde: on est passé du théâtre dans la rue, au théâtre dans les  cours. Tout  le festival ou presque s’y joue en effet et chacune est autogérée avec bar, cuisine… Les spectacles s’enchaînent de 11 h du matin à minuit. Pas de tickets, pas de réservations, pas de: « C’est complet,  il n’y a plus de place, repassez demain ». Soit on arrive assez tôt, soit on est derrière et donc on ne voit rien et on s’en va… Le  problème des sur- jauges n’existe pas et il y a une régulation naturelle des flux. C’est génial.

Je rêve qu’on applique la même règle pour l’accueil des migrants: tant qu’il y a de la place, ils entrent et un jour, quand tous les villages abandonnés de Lozère, de la Creuse, du Gers seront occupés, on n’aura pas besoin de les expulser, ils iront voir ailleurs… Ça fait un bout de temps que l’on vit dans l’illusion, le théâtre de rue de papa est bien mort… Et le théâtre du Globe de Shakespeare, c’était aussi dans une cour à ciel ouvert. Il reste bien quelques espèces de l’ancien temps… mais en voie de disparition.  Et dans dix ans, on abritera ces cours comme les aires de tennis à Roland Garros. C’est l’évolution. Et le cycle recommencera, avec des places payantes numérotées. Jusqu’à ce que des fous disent vers 2.070 : envahissons l’espace public, etc.

-Avez vous vu des spectacles exceptionnels ?

-Les paramètres ont changé. On est dans les solos ou dans de petites distributions. Longtemps, j’ai dit : le théâtre, à part Philippe Caubère, ce n’est pas des solos. Je suis obligé de réviser mes positions et il y en a de bons. Un spectacle exceptionnel, c’est tous les vingt ou  cinquante ans! Comme la plupart de ceux du T.N.P.  de Jean Vilar qui avait fait une  vraie révolution dans les années cinquante. Ou ceux de Pina Bausch, de Tadeusz Kantor découverts à Nancy, ou de Maurice Béjart à la Cour d’honneur à Avignon… Puis très fameux, Le Regard du Sourd de Bob Wilson au Théâtre de la Gaité-Lyrique et le fameux Orlando Furioso de Luca  Ronconi avec  ses chariots lancés parmi le public.
Pour le théâtre dit de rue, c’est Histoire de France par Le Royal de Luxe et Carabosse, je ne sais  même pas s’ils sont passés à Aurillac, puis les grues de Transexpress, Generik vapeur, Ilotopie, etc. Et notre Célébration de la guillotine, place de l’Hôtel de Ville à Aurillac, je le revendique: c’était énorme.

En 2019, nous sommes sur un faux plat et il n’y a plus d’actes poétiques radicaux extraordinaires. C’est du théâtre de survie: il faut entrer dans la boucle du marché: à moins de 2.000  € la représentation. Et les formats à 8.000 € ou plus, avec zéro recette derrière, il n’y a  plus que les idiots qui font ça et ils se prennent pour des  résistants!  Je ne vois rien de nouveau à l’horizon, sauf Burning Man, ce festival génial qui a lieu chaque année en août dans le désert de Black Rock, au Nevada, durant sept jours et avec plus de 50. 000 personnes. Règle d’or: on ne doit laisser aucune trace de ce festival fondé sur l’écologie et toutes les créations sont en partie faites avec des matériaux de récupération.

-Avez vous repéré une dominante cette année ?

- Oui, il y a une sensibilité et une réactivité incroyables au monde qui nous entoure. La Terre, notre planète, la naissance de la vie… Tout est sauvé par l’humour dans les spectacles que j’ai vus,  sauf  la fois où je suis sorti déprimé: cela aurait pu être un vrai meeting théâtral démontant vraiment le monde de  l’argent…

-Et le public ?

- Prévost en parle très bien. Rien à rajouter. Age moyen: trente ans, des familles et beaucoup de gens qui y vont en bande. Il y a aussi des badauds qui viennent boire un coup mais ils ne regardent pas les programmes et forment un cercle quand il se passe quelque chose sur leur  chemin. Et puis il a les chiens, toujours les chiens, bien sûr…

-Un mot à dire aux compagnies?

-Oui mais je l’ai déjà consigné dans mon livre: il y a toujours quelqu’un qui vient vous féliciter chaleureusement mais il faut plutôt s’intéresser à ceux qui partent sans dire un mot. Plaire au public est un objectif insuffisant; notre cote à nous autres: bien sûr être attractif. Mais il faut aussi que nos pairs et les pros nous apprécient. Et là, c’est très difficile…

-Y a t-il quelque chose qui vous  choque ?

- Oui, le système. Ceux qui sont payés, et ceux qui ne le sont pas, à qualité égale. Mais  comme le capitalisme, on est contre, mais quand on dit qu’il faut le remplacer par un éjaculat communiste, nous devenons très réticents… A la base de tout, il y a une envie de jouer, de se montrer: un problème de survie. Si pas un pro ne nous voit, ce ne sont pas des coups de téléphone aux structures qui vont déclencher quoi que ce soit. Du public pour le théâtre de rue, hors festival, il n’y en a quasiment pas. Les hypermarchés aspirent la clientèle et les rues des centres-ville sont désespérément vides. Mais jouer devant un Géant Casino, c’est l’échec assuré.
Alors on a les festivals de Chalon, Aurillac etc.  pour remplir le calendrier de l’année.  Mais c’est le marché aux bestiaux. Et je me demande même si nos meilleurs acheteurs potentiels, les Centres Nationaux des Arts de la rue, étaient présents? A mon avis, ils paient des repéreurs. Et puis j’ai  fait le calcul dix fois: il y a une création en France toutes les deux heures  (mes chiffres sont faux!). Mais dans le théâtre de rue, on dit qu’il y  a 2.000 compagnies qui voudraient bien faire chacune quarante dates. Soit 80.000 représentations à caser! Mais il n’y a que 400 lieux d’accueil: chacun, en achète  soixante par an soit au total: 24.000. Moralité: 56.000 représentations moisissent dans nos entrepôts de décors…

Pour montrer notre Nuit Unique, on a perdu 20.000 € au festival d’Avignon et pour ne  pas faire faillite,  nous avons diminué le salaire d’Hervée de Lafond et le mien, de 1.000 € par mois. (là, c’est un vrai chiffre).
Elle est géniale cette Nuit, oui, tout le monde nous le dit. Mais nous avons seulement six dates à venir dans notre calendrier! Le compteur est actuellement à vingt-sept représentations jouées…

-Que pensez vous des choix du In ?

-Un peu riquiqui… Il faudrait de l’international. J’avais vu à il y a quarante ans à Saint- Jean-de-Bray (Loiret)  un festival de rue avec des quatuors classiques en pleine  nature: désaltérant… Et côté arts plastiques  monumentaux, il y avait à Aurillac cette Baraque volante, mais on ne savait pas pas où elle était située!  Une  rue  couverte de parapluies multicolores dans le vieil Aurillac cette année,  c’est déjà un effort mais ça manque de visuel un peu partout. Frédéric Rémy, venez à Bâle (Suisse) le 31 décembre vus faire une idée, (voir Le Théâtre du Blog) … J’aime bien l’idée que l’on ne rompe pas avec l’autre monde du théâtre et qu’il y ait quelque chose au théâtre d’Aurillac ou au cinéma Le Cristal, cela ne me gêne pas. C’est aussi dire aux compagnies: on vous prend dans nos festivals, alors faites l’effort de diversifier vos programmations.  Le théâtre de rue, c’est, quand même et avant tout, du théâtre.

-Quelque chose à rajouter ?

-Trop tard! Mais j’ai trouvé un moyen d’entrer dans le festival sans être fouillé… Par la rue Caylus. Il fallait  juste pousser une tôle. Très agréable… La sécurité, on prend ça dans la gueule pour vingt ans mais le public en général ne bronche pas et est même satisfait de voir des plots en béton installés à l’entrée des rues principales d’Aurillac et des consignes pour les bagages, etc. Nous gens du théâtre de rue, nous devons savoir détourner les contraintes. Quand notre Théâtre de l’Unité joue Macbeth  dans une forêt profonde, personne ne vient m’emmerder sur la sécurité! Mais par ailleurs, la ville d’Aurillac qui a deux millions d’euros de retombées avec ce festival, est incapable de régler le problème des sanitaires qui sont d’une saleté repoussante (on confirme. C’est l’incompétence maximale! Quand le Pape vient parler dans une prairie à 100.000 personnes, il y a 5.000 sanitaires. Bref, moins de sécurité, plus de sanitaires !

-Jacques, vous nous emmerdez avec votre littérature, dites-nous plutôt ce que vous avez aimé, on peut savoir ?

-Non: je ne suis pas un spectateur normal ni un inspecteur. Je viens pour  trouver un élan supplémentaire, de nouvelles pistes, j’aime voler aux autres. Je veux être étonné et surpris et je peux apprécier un spectacle raté mais quand il m’ouvre l’appétit. Cette année, j’ai  surtout vu des spectacles de compagnies qui ont un peu mûri  dans notre Théâtre de l’Unité à Audincourt et je voulais  juste voir si on servait à quelque chose. J’ai noté que viennent chez nous, celles qui ont quelque chose à dire et cela s’est confirmé à Aurillac ( voir les articles d’Edith Rappoport, Philippe du Vignal et Joséphine Yvon sur le festival dans Le Théâtre du Blog).

-Et comme d’habitude, votre phrase de fin?

-Je ne suis pas toujours de mon avis. On l’aura remarqué, j’espère… Soixante-seize ans  de vie, soixante-dix créations et cinquante-et-un ans de théâtre. L’Unité,  c’est toujours autre chose…

Jacques Livchine, metteur en songe.

 

Festival d’Aurillac: suite

Festival d’Aurillac

Les 3 Tess, chorale loufoque (tout public, à partir de cinq ans)

E1FBBFD6-7906-442E-AFEB-93B435D1D7E1Cécile Dallier, Amandine Rubio et Jacques Toinard: un  trio vocal et loufoque, très B.C.B.G. chante le soleil qui a chassé la pluie. « Le Pape est mort, il ne grandira plus ! » « Les oiseaux sont sur les arbres ». Un acteur va danser dans le public, se réfugie dans les bras d’un spectateur en chantant cuicui et Alouette, gentille alouette.

Les deux autres se déchaînent : « Une bonne fête à toutes les Rose et Roseline. Puis on a droit à un concert de grimaces et à Ne pleure pas Jeannette… On nous présente ensuite Miss ADN, Miss Urdupoix et Monsieur Tituel. «Nous faisons partie des grandes clefs vocales de France, nous allons pratiquer un canon vocal tous ensemble ! »
Un rire nous échappe parfois mais ce spectacle nous a laissé sans grand enthousiasme.

Edith Rappoport

 Emotion par la compagnie Monsieur Cheval & Associés

69E2BC6E-433E-467C-B830-10B62EEE55C1Théodore Carriqui et Vincent Portal revêtent des justaucorps couleur chair… On entend un roulement de tambour : « Nous allons commencer par un cycle émotionnel de trente minutes ! » Les acteurs se tordent de rire,  jouent des scènes du quotidien, boivent un verre, chantent de façon ridicule puis s’asseyent pour manger une pomme.
L’un d’eux se frotte les yeux, récite  des poèmes d’Apollinaire et d’autres écrivains et du Corneille, tout en mangeant : »Une émotion peut se placer sur une échelle de un à dix. Niveau 1 : joie, colère, peur, tristesse. On explore les autres niveaux sur l’articulation émotionnelle…Ils enfilent de fausses lèvres pour exprimer la peur : « Celui qui ne sait pas partager, est infirme des émotions ! » Ils parlent ensuite d’émotion et motricité, se présentent: Théodore et Vincent. L’un d’eux se scotche le visage, évoque Albert Einstein et parle d’une armure de joie. L’autre le frappe avec un boudin, il proteste. C’est absurde, parfois drôle mais malheureusement un peu vain…Tant pis

E.R.

Doppelganger, écriture  et mise en scène de Brice Maire

ED32D1A4-4975-40A4-935A-34F53B422D84On entend un bourdonnement dans le noir sur fond de musiques envahissantes venues d’autres spectacles dans des cours proches, puis on perçoit, dans la pénombre, le corps d’un adolescent nu (Sébastien Dénigues); il raconte sa descente aux enfers de la drogue et la jouissance qu’il procure à d’autres comme esclave sexuel. L’héroïne a fait de lui un objet et il tente de s’en débarrasser mais c’est peine perdue et il ne peut y échapper malgré de multiples cures de désintoxication.

Fascinant et paradoxalement pudique dans sa nudité aussi physique que mentale, cette autobiographie est-elle rêvée ou vécue ? En tout cas, le public de cette petite cour accueillante retient son haleine.

Edith Rappoport

 

Festival d’Aurillac (suite) Rituel de désenvoûtement de la finance Occupy

Festival d’Aurillac (suite)

Rituel de désenvoûtement de la finance Occupy par la compagnie Loop-s

Une occupation temporaire de l’espace public avec de nouveaux rites collectifs  pour contribuer à la transformation de notre système économique. Avec partage et expérimentations de pratiques artistiques et sorcières. « Un lieu où l’on est invité à couper symboliquement le lien, l’emprise de la finance sur nos vies et celle de la production agricole, afin de retrouver, ici et maintenant, dans notre quotidien, de la puissance pour imaginer et fabriquer de nouveaux mondes. La finance donne un prix aux céréales, au lait, à la viande, aux semences, à la terre ; elle façonne les terres agricoles et leur usage, elle détermine notre façon d’accéder à l’alimentation. La finance est partout, l’argent déborde. »

C’est une création -très collective!- de cette compagnie belge par Julien Celdran, Luce Goutelle, Emmanuelle Nizou, Camille Lamy, Maxime Lacôme, Aline Fares, Fabrice Sabatier, Stéphane Verlet-Bottéro, Ilaria Boscia, Dimitri Tuttle, Yohan Dumas, Aude Schmitter, Alix Denambride, Zelda Soussan, Arthur Lacomme, Amandine Faugère, Vincent Matyn, Suzie Suptille, Grégory Edelein, Alice Conquand, Émilie Siaut, Martin Pigeon, Gabriel Nahoum, Grégory Rivoux, Lora Verheecke et Jean-Baptiste Molina. Ici, trente participants rassemblés autour d’une construction pyramidale figurant le Veau d’Or, édifiée place des Carmes. Des feux brûlent tout autour, des cravates accrochées à un fil, flottent au vent et les propositions d’Euro Next sont affichées. On entend les réactions du marché en plusieurs langues et des agents torse nu s’enlacent.

Mais, panique dans les salles de marché: il faut désenvoûter les cartes bancaires. «Tenons-nous les uns, les autres, par la carte bancaire, la finance est partout, la finance est nourrie de nos dettes abyssales qui nous soufflent aux oreilles. » (…) « Il faut briser quelque chose, de l’ordre de l’envoûtement. Laisser les questions économiques et financières aux mains des experts n’est plus envisageable! » Tous les spectateurs obéissent, sauf nous, prennent leur carte bancaire et se tiennent les uns les autres

On perçoit un message publicitaire de Monsanto/Bayer quand on présente les profits. Mais tout s’écroule: les participants tournent autour du Veau d’or puis libèrent la place. Ce deuxième « rituel de désenvoûtement, celui du Marché des semences a laissé la place à 23 h 23 à celui du Marché des céréales. Mais, lassés et déçus, nous avons renoncé…

Edith Rappoport

Jusqu’au 24 août, place des Carmes, Aurillac. Des ateliers participatifs ont eu lieu le 24 août à 11 h 11 et à 13 h 13.

Terra Lingua, chantier de paroles, texte d’Olivier Comte, mise en scène d’Olivier Comte et Julia Lopez

Terra Lingua, chantier de paroles, texte d’Olivier Comte, mise en scène d’Olivier Comte et Julia Lopez

904E80E4-EBE2-4CD5-AF1A-6967A9C13686Une création issue d’une résidence de la compagnie des Souffleurs poétiques au Parapluie, la grande et belle salle située en dehors d’Aurillac. « C’est, nous dit la note d’intention, le voyage du silence de l’Homme vers sa parole, qu’il ne lâchera plus. À travers une parole qui cherche son nom, Babel se dresse puis s’évanouit, célébrant ainsi le génie de l’être humain à réinventer sans cesse le monde dans chacun de ses mots. Une langue ne sert pas seulement à parler, elle sert à penser le monde. (…) « Le chemin de l’être humain, du silence à la parole, puis de la parole à l’écriture, la voilà, le véritable monument, la tour du silence. »

Cela se passe sur la très grande place Michel Crespin devant la façade d’une ancienne caserne rénovée aux quelque soixante fenêtres. Un carré fermé par des tôles grises d’où émerge une longue perche dotée d’un micro placé au-dessus de l’espace scénique. Les comédiens se font face, vêtus d’épais manteaux en fourrure synthétique, ce qui, par la chaleur actuelle, représente une performance… Manteaux qu’ils enlèveront rapidement  pour se retrouver en collant noir et T. shirt rouge. Pas de paroles et très vite Nicolas Bilder, Christophe Bonzom, Olivier Comte, Virginie Deville, Thomas Laroppe, Irène Le Goué, Julia Loyez, Axel Petersen, Kevin Rouxel et Vincent Comte vont monter soigneusement et avec un évident savoir-faire, une tour-échafaudage en tubes de métal d’environ huit mètres de hauteur et se placeront aux différents niveaux.

Et tout en haut, plusieurs d’entre eux diront alors un texte sur une musique de basses très rythmée. Mais mauvaise balance: on les entend mal. “ Je n’ai pas de nom, personne n’a pris soin de me nommer. Est-ce que j’existe si je n’ai pas de nom.” Suivent un texte interminable sur le thème du nom qui continue à être noyé sous les basses. A la fin, il y a un clown blanc au petit chapeau conique et un acteur avec une longue coiffe d’Indien… Comprenne qui pourra!
Puis on entend la fameuse chanson Les Feuilles mortes autrefois interprétée  par Yves Montand. Enfin un vrai petit moment de poésie dans ce tunnel d’ennui, même si on en en voit mal la relation avec le spectacle : « Oh, je voudrais tant que tu te souviennes/ Des jours heureux où nous étions amis/ En ce temps-là la vie était plus belle/Et le soleil plus brûlant qu’aujourd’hui. /Les feuilles mortes se ramassent à la pelle/ Tu vois, je n’ai pas oublié/ Les feuilles mortes se ramassent à la pelle/Les souvenirs et les regrets aussi. »

 « Les Souffleurs s’inscrivent dans l’évidence du clignotement général du monde, ( sic!!!!) usent de la nécessité vitale du droit d’irruption poétique. Dans ces temps de grandes incertitudes et de repli identitaire, ils nous rappellent que les incroyables vitalité et diversité des pensées du monde à travers nos langues sont une chance inouïe pour tous. »

 On veut bien mais ce sabir et ces lapalissades sur les langues font long feu et le texte n’a rien de très convaincant! Bref, on voit mal où ces Souffleurs poétiques, entre acrobaties et  essai philosophico-littéraire, veulent nous emmener… Ces soixante-cinq minutes nous ont paru une éternité et les quelque trois cent spectateurs de ce spectacle -dit en accès libre: c’est à dire gratuit- n’a guère applaudi et est très vite parti ou avait déjà déserté… Encore un travail assez prétentieux qui n’avait pas sa place dans ce festival ! Et on comprend mal qu’il ait pu être choisi… Et le pauvre Michel Crespin, l’ancien directeur du festival, aujourd’hui dans le ciel des artistes, doit en être tout étonné…

Philippe du Vignal

Spectacle joué du  21 au 23 août,  Place Michel Crespin, Aurillac.

 

 

 

J’ai peur quand la nuit sombre par Erd’O (pour adultes et enfants à partir de douze ans)

 

J’ai peur quand la nuit sombre, d’après des versions du Chaperon rouge (tradition orale)  mise en scène d’Edith Amsellem (pour adultes et enfants à partir de douze ans)

25515-190814163836381-0Un spectacle conçu pour des parcs et jardins,  avec les personnages emblématiques du Petit Chaperon rouge, loin des contes de Charles Perrault et de ceux des frères Grimm. Soit, nous dit à l’entrée, une voix off aussi mielleuse qu’insupportable: «Une invitation à se perdre dans les méandres symboliques de quelques versions originelles du conte ». Bon, à voir…

Cela se passe à La Plantelière, un très bel arboretum sur sept ha à Arpajon-sur-Cère, une commune jouxtant Aurillac. Avec une grande variété d’arbres: érables, conifères, fruitiers, frênes, saules, hêtres… de nombreuses prairies avec fleurs sauvages, un labyrinthe de haies, un potager, un espace compost, un verger des formes et un verger conservatoire… Le tout, sans pesticides, herbicides ou engrais chimiques.

Le spectacle déambulatoire a lieu en trois espaces dans une clairière. Le public s’assied, s’il le peut et de temps à autre, sur quelques rares coffres en contre-plaqué coloré en  brun, vite convoités. Sur l’herbe verte et sous les beaux arbres éclairés par des projecteurs suspendus, il y donc ces espaces délimités par un fil rouge: la maison de la grand-mère Laura (soixante quatre-ans, dit-elle) celle de la mère et si on a bien compris, entre les deux, un espace dévolu au grand méchant loup, un grand jeune homme masqué, torse nu et en collant noir, muni d’une hache. «En libre circulation autour d’un jeu de pistes de la maison de la mère à la maison de la grand-mère, le public pourra assister à une ou deux séances pour suivre le fil rouge de différents points de vue. »

Effectivement, il y a du fil rouge un peu partout sur l’herbe verte et décliné en paquets, pelotes, mur, tas, mannequins… Et la grand-mère en embobine même une dizaine de mètres sur une perceuse sans fil verte donc assortie à l’herbe. La maison de la mère est elle figurée par un cadre en tringles rouges. Bref, du rouge partout avec  des centaines de mètres de fil de laine mais à l’inverse, l’histoire, elle, manque singulièrement – pardon pour le jeu  de mots facile- de fil rouge et on s’ennuie vite…
Le spectacle en deux parties est coupé d’un entracte : pour la première, cela se passe en quatre chapitres. L’installation plastique ne manque pas de charme, surtout à la nuit tombante mais on ne s’intéresse guère au texte, assez médiocre et souvent couvert par la mauvaise balance avec la musique. On se balade d’un endroit à l’autre comme l’a recommandé la voix off. Comme il y a parfois certaines scènes qui se jouent en même temps mais qui semblent se répéter, fatalement on décroche. D’autant que le niveau de jeu est assez faible ! Heureusement, il y a l’arboretum qui permet de rêver, le chant de quelques oiseaux nocturnes et quelques beaux instants avec la grand-mère dans la revisitation du célèbre conte. Mais pour le reste autant en emporte la nuit et tout cela ne suffit pas à faire un spectacle… Bref, on n’a absolument aucune envie de rester pour la seconde partie. Heureusement, il y a une navette prévue et le car est vite bourré. Rares en effet ont été  les applaudissements… On se demande bien pourquoi ce spectacle a été programmé ! A la sortie, une spectatrice exaspérée ne mâchait pas ses mots à propos du travail d’Edith Amsellem: «Quinze euros pour une petite chose aussi prétentieuse que dénuée d’humour, cela fait cher! » Donc, conseil d’ami, vous l’aurez compris, inutile de vous déplacer…

Philippe du Vignal

Le point de vue de Joséphine, critique stagiaire au Théâtre du Blog…

Une voix-off à la diction étrange nous donne les consignes. Avec un léger air de Twin Peaks. « Il n’y a pas de sens à la visite »  » (…) « Vous pouvez composer votre spectacle ». Un fil de laine rouge délimitant la scène sur quelque quatre vingt mètres de long, est interdite aux spectateurs. Trois espaces alignés, non séparés mais de l’un à l’autre, on ne peut entendre les dialogues… Si on en a le courage, il est possible de rester voir le même spectacle être rejoué une seconde fois pendant une heure dix, sinon  impossible de suivre tous les dialogues. De toute façon, cette histoire décousue est  difficile à comprendre !

Le dépaysement induit par l’installation peut séduire mais le texte manque  d’originalité. C’est une énième libre adaptation du Petit Chaperon Rouge, avec des thèmes maintes fois traités: relations mère-fille, émancipation féminine, règles, ménopause ou sexualité… Et on ne comprend pas vraiment ce que l’on fait là. Si les comédiens jouent les prisonniers de leur fiction, on se sent quant à nous, mis à l’écart et on les laisse volontiers dans leur espace. Croire qu’un public debout est un peu plus actif que sur un fauteuil et qu’il se sent forcément plus concerné par ce qu’on lui raconte, participe d’une certaine  naïveté…
Tant pis, mais aucune envie de rester et comme Philippe du Vignal, nous  avons repris la navette à la fin de la première partie…

Joséphine Yvon

 Du 21 au 24 août à 20 h 30, départ en navette: 36 avenue des Pupilles de la Nation, Aurillac. 

 

Festival de Bussang: Moi, Bernard

Festival de Bussang (suite) :


image (1)Moi, Bernard

Chaque dimanche, le comédien et metteur en scène Jean de Pange propose une exploration de la correspondance de Bernard-Marie Koltès, à partir de Lettres (2009)  parues aux éditions de Minuit.  François Koltès, frère et ayant-droit de Bernard-Marie, a fait un choix parmi cette vaste correspondance (heureux temps qui ne connaissait pas encore Internet et où on pouvait suivre la trace d’une vie, d’une pensée…)

Jean de Pange porte, de sa seule voix, cette invitation à voyager dans l’œuvre et la biographie de Koltès, au milieu des livres, sur une petite estrade de la salle des fêtes. Nous découvrons les débuts dans l’écriture du jeune Bernard, avec une carte de vœux écrite en 1955 à ses parents. Un clin d’œil qui place d’emblée ce parcours dans l’intimité familiale, amicale mais Jean de Pange garde une totale pudeur sur les destinataires dont peu sont mentionnés. Ce n’est donc pas le répertoire mondain, théâtral ou littéraire des relations de l’auteur que nous suivons, mais bien plus le contenu de sa pensée, de ses inquiétudes, de ses espoirs…

Et d’espoirs, Bernard-Marie Koltès en est plein, alors qu’il commence en 1968 à se lancer : «Je risque mon âme » en créant une compagnie de théâtre aujourd’hui oubliée : Le Quai, à Strasbourg, pour laquelle il écrit Les Amertumes, Procès ivre puis Héritage. Nous suivons les débats sur le formalisme avec Hubert Gignoux qui l’accompagnera de ses encouragements. Vient le début de la reconnaissance avec l’enregistrement pour France-Culture, grâce à Lucien Attoun, de la version radiophonique d’Héritage (1972). Et la révélation à Avignon avec La Nuit juste avant les forêts en 1977.

Cette période nous est la plus précieuse: nous lisons dans ses lettres la rage d’écrire autrement, de dire un ailleurs qu’on ne voyait pas sur les scènes. Tissée de ses multiples voyages (il se voulait imprégné d’autres réalités, d’autres rencontres, d’autres extases, alors que le milieu parisien du théâtre lui sortait par les yeux), cette correspondance dessine la carte de ses lieux privilégiés: New-York, le Nicaragua, différents pays d’Afrique, Riode Janeiro, qui en font un « errant des villes « .

Jean de Pange saute d’un extrait à l’autre et parfois nous livre visuellement le contenu d’une lettre. Sans doute est-ce à la fois le charme et la fragilité de cette proposition : on sautille dans le temps, on se plaît à reconnaître tel ou tel interlocuteur, à se souvenir de telle mise en scène: nous avons l’âge d’avoir vu les créations de Combat de nègres et de chiens, Quai Ouest, Dans la Solitude des champs de coton, Roberto Zucco ou encore Retour au désert

Mais rien de la correspondance avec Patrice Chéreau. Et on se demande à quel moment le sida y prendra sa place de personnage principal… Et ce sont donc les années de jeunesse qui font l’intérêt majeur de Moi, Bernard. Mi-conférence, mi-confidence. Ces soixante-quinze minutes filent, au rythme des petites saillies de l’acteur qui cherche encore, manifestement, la colonne vertébrale de son projet. Mais on ne boude pas son plaisir: passer une heure avec Koltès, c’est quand même passer un moment d’intelligence et de non-conformisme. Et nous sortons assez perplexes quand deux jeunes filles disent à la sortie : – «Tu sais qui c’est toi, Koltès ? » – «Non, aucune idée, jamais entendu parler. » Peut-être auront-elles envie de le découvrir ?

 Marie-Agnès Sevestre

Prochaine représentation: le 1er septembre, à 19 h, salle des fêtes de Bussang.

Festival d’Aurillac 2019 (suite)

Festival d’Aurillac 2919 (suite)

©Midi Libre

©Midi Libre

Full Fuel, par la compagnie Oxyput, chorégraphie de  Marine Cheravola

On place le public en rond autour d’un espace délimité par cinq bidons bleus. Autour, quatre danseuses se déhanchent furieusement, accompagnées par la musique d’une guitare électrique. Certains spectateurs se lèvent et les accompagnent. Elles tombent et jaillissent à nouveau. La ronde des spectateurs se rétrécit autour d’elles. Elles saisissent les bidons, se les envoient. L’une, seins nus, se masque avec sa chemise puis saute. Elle allume une cigarette et une autre boit à un bidon rouge et défaille. Les trois autres boivent aussi l’une après l’autre et tombent en arrière. Les danseuses courent en rond et le cercle se rétrécit encore.

Peu à peu elles mettent des habits pailletés qui recouvrent leurs tenues maculées de boue et se trémoussent en rythme. L’une d’elles se lance dans un beau solo: « Une transformation d’un système s’accompagne d’une accélération des particules ! » Elles se projettent l’une contre l’autre, puis tournent en rond, entraînant dans leur course des spectateurs fascinés. A ne pas manquer !

Edith  Rappoport

diffusion@oxyputcompagnie.com

Avis de décès Heuheu

Avis de décès« Siméon, c’est le croque mort qui rêvait d’être marin… » Goobie entre en scène en costume de marin avec un chapeau melon : »C’est ça qui est bien dans les enterrements, Je suis mort, c’est pas drôle, tu peux faire une croix dessus ! ». Il prend un spectateur dans ses bras et l’embrasse : »Mon Jeannot, ça c’est une pelle ! Sachez qu’on fait une promotion sur les cercueils d’enfants. » (…)  « Je rêvais d’être marin, y a un trou, y a la famille, mais pas le corbillard. Je ne voulais pas être croque mort, je voulais être marin ! Est-ce que vous savez comment on ferme la bouche à un mort qui ne veut pas fermer la bouche ? » (…) « Arriver en retard le jour de mon enterrement ! On dirait que je serais mort, mais je serais un petit peu vivant ! Vous allez leur dire que tout là haut, au fond, y-a un marin.» Goobie  se plonge avec un délice non dissimulé dans cet humour noir qui plonge le public dans l’hilarité. Une cérémonie d’une demi-heure à ne pas manquer.

Edith Rappoport

Square des frères Andrieu square à 10h pastille 77, à 13 h haut du jardin des Carmes pastille 37, à 17 h 15 et 19 h 30 square des Justes, pastille 103.

La Grosse Situation, mise en jeu collective d’Alice Fahrenkrug, Bénédicte Chevallereau et Clovis Chatelain
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Crédit photo : La Grosse Situation

Les trente glorieuses célèbrent la grande distribution, on écrème le nombre d’agriculteurs, la terre est le nerf de la guerre, la déforestation est en marche, c’est l’enterrement de Gaïa notre mère. On enterre la terre. « S’il n’y a plus personne pour manger, qu’est-ce qu’on fait ? ». « Au Concours général agricole, on a le taux le plus élevé de suicides dans le pays ! »

  Un acteur trace le plan d’une ferme sur le dos nu de Clovis Chatelain qui fait le cochon. « Vinci achète des terres, JB, arrête avec ton glyphosate, la propriété privée, c’est mon libre arbitre ! »Une trentaine de paires de bottes sont disposées autour de l’aire de jeu et les comédiens les disposent en présentant le travail des agriculteurs. Un spectacle singulier à ne pas manquer.

E. R.

Rue du Puy Courny à 20 h 45 jusqu’au 24  août.

 

PSE, La Chaloupe,  mise en scène par Sarah Danga

Une performance en l’honneur des cinquante ans de l’Apocalypse ! Deux cyclistes sous une musique céleste, un homme avec des gants de boxe, une femme en manteau de fourrure, trois personnages qui se déshabillent et se serrent la main… Ce déclin émotionnel de l’humanité est conjugué au féminin ! Avec une grande fête capitaliste en hommage à nos ancêtres, à nos morts…

On apporte des fleurs, puis on brandit un drapeau tricolore. «En 2069, aura lieu l’effondrement des systèmes politiques, priorité de chacun, la survie !  La priorité n’est pas la lutte pour la vie, mais l’entraide ! » On lance des fleurs au public. «Nous allons arrêter la pollution, détruire les centrales atomiques du globe jusqu’en 2.023. L’apocalypse est proche ! » On tire un coup de feu sur un participant qui est blessé. Sur le toit d’une voiture, les trois actrices interprètent une chanson célébrant la fin du monde…

E.R.

 

La Mélancolie des dragons, conception,scénographie et mise en scène de Philippe Quesne

Brigitte Enguerand Théâtre du Rond-point

Brigitte Enguerand Théâtre du Rond-point

Festival d’Aurillac

La Mélancolie des Dragons, conception, scénographie et mise en scène de Philippe Quesne 

 Repris l’an passé au Théâtre des Amandiers-Nanterre pour célébrer son dixième anniversaire, ce spectacle a été longuement joué en France comme à l’étranger. Nous l’avions vu à sa création.  La Mélancolie des Dragons a beaucoup de texte est teinté en permanence de musique rock  mais aussi  de références à l’histoire de l’art classique et contemporain. Dans la lignée des premiers spectacles de Bob Wilson… Avec une évidente primauté donnée à l’image.

Sur le sol d’une clairière couvert de neige et tout autour des arbres sans feuilles tout  givrés, une vieille petite AX Citroën  à laquelle est accrochée une grande et haute remorque blanche où l’on découvrira des perruques suspendues et qui s’agitent parfois. Pendant dix bonnes minutes, comme un éloge à la lenteur, il ne se passe rien ou si peu : pas le moindre mot. On devine la présence de quatre personnes aux cheveux très longs dans  cette voiture aux vitres sales qui semble être en panne…

Ils mangent en silence des chips et boivent des canettes de Kro… En écoutant, entre autres, des chansons du groupe allemand qu’ils rythment de la tête. Isabelle, une femme d’une cinquantaine d’années, arrive alors et veut les  aider. Les connaît-elle ? Peut-être certains d’entre eux… De la remorque sortent alors  trois autres jeunes gens et un petit chien.
 Isabelle qui semble s’y connaître, plonge sous le capot d’où sort alors une épaisse fumée, en retire plusieurs pièces de moteur dont une tête de delco. Diagnostic sans appel; ce delco est mort et Isabelle téléphone à un de ses potes garagistes et lui demande de lui en procurer une neuve d’urgence mais il faudra attendre huit jours…

 Ces jeunes gens tout habillés de noir- de vrais et gentils loubards très crédibles  auront donc tout loisir pour refaire le monde et présenter à Isabelle leur projet. D’abord leur remorque qui n’est pas une scène mais plutôt, disent-ils, une « installation ». Isabelle les regarde, à la fois éblouie et un peu méfiante… On ne saura jamais si elle les connaît vraiment, ou pas du tout. Ils lui montrent aussi tous leurs appareils : un appareil à faire des bulles qui l’émerveille, une machine à fumée, un vidéo-projecteur dont il sont très fiers. Commandé par ordinateur, il projette PARC D’ATTRACTION en plusieurs langues, graphismes et couleurs, un titre qui disent-ils, doit pouvoir être visible par tous et attirer le client… On verra ensuite un grand coussin gonflé d’air que ces jeunes gens vont porter à bout de bras en dansant sur un air de musique médiévale. Un petit ballet ridicule à souhait mais aussi -et ce n’est pas incompatible- merveilleusement poétique… A condition d’avoir gardé un peu de son âme d’enfant, on se laisse facilement embarquer par le délire de ces jeunes gens chevelus qui veulent faire la promotion de leur histoire de fous : un parc d’attractions démontable et reproductible…

 Et quand ils se mettent à parler -en fait, c’est bien Philippe Quesne ex-élève en scénographie aux Arts Déco qui s’exprime ici- en se moquant de l’art contemporain: , une charge aussi féroce que juste, quand on connaît un peu ce milieu. Et subtile référence à l’art minimal, les jeunes musicos chevelus à la fin du spectacle, gonflent d’air de très imposants oreillers noirs qui viennent se dresser verticalement sur le tapis de neige blanc. La scène théâtrale participe alors d’une formidable installation qui aurait sa place dans un musée d’art actuel… Pierre Soulages, le grand peintre du noir et créateur des nouveaux vitraux de la cathédrale de Conques (il a eu cent ans cette année: l’air de l’Aveyron conserve !) admirerait cet étonnant contraste avec la neige.

Et là on atteint avec ces belles images soutenues par des extraits de musique symphonique, la poésie pure. Entre théâtre presque visuel et arts plastiques, Philippe Quesne a un savoir faire inimitable pour tisser des liens. Il est aussi question d’une  bibliothèque que le groupe met dans la caravane à la disposition du public…  Une occasion pour Philippe Quesne  de parler d’Antonin Artaud qui séjourna à l’hôpital de Rodez donc pas très loin d’ici et qui donnera son nom à ce parc d’attraction mobile. On atteint là encore le délire absolu!

Un des garçons montre à Isabelle le catalogue de Mélancolie, la grande et belle exposition (2006) dont Jean Clair était le commissaire au Grand Palais et  qui a visiblement beaucoup influencé Philippe Quesne mais aussi des ouvrages consacrés à Caspar David Friedrich et à Dürer. On offre aussi à Isabelle un T-shirt avec une reproduction de L’Hiver de Brueghel en noir et blanc. Comme cela, disent-ils non sans humour: « Tu pourras te fondre dans le paysage. « Il y a aussi un livre pour enfants sur les dragons dont l’auteur essaye d’identifier les différentes espèces de ces animaux. Et dont une reproduction miniature semble être le doudou de ces jeunes gens.

Isabelle a droit à une découverte des éléments du futur par d’attractions, avec des engins bricolés qui évoqueront l’eau avec une petite fontaine ridicule, le feu avec un appareil à fumée, l’air avec un gros ventilateur et la terre… A la fin, on la voit de dos admirant cinq gros coussins noirs remplis d’air, dodelinant sur la neige blanche dans un épais brouillard. Fin de cette belle série d’images savamment concoctée par Philippe Quesne.

Dix ans après l’avoir vu,  vos impressions du Vignal ? Les images, mais pas toutes- notre petit disque dur a ses limites- nous nous en souvenons assez bien, même après quelque centaines de spectacles vus depuis. Notamment,  la première émouvante et de toute beauté: cette voiture bloquée dans la neige et la dernière, quand les gros coussins noirs envahisent le plateau, avec Isabelle seule de dos. Sublime de poésie et de force…

Au chapitre des réserves : des problèmes de rythme et parfois quelques longueurs et ruptures de lumière. Sinon, demeure le même enchantement, au sens étymologique du terme, et le public qui  a beaucoup applaudi,  semblait fasciné par cet univers à la fois magique et ancré sur la réalité quotidienne, mais aussi décalé. Et on laissera le mot de la fin à Joséphine Yvon, la très jeune critique stagiaire du Théâtre du Blog : « Un spectacle impossible à dater et qui aurait pu être créé hier ». Bel et lucide hommage à une création d’il y a déjà dix ans…Et très rares sont les spectacles qui atteignent cet âge canonique! Il fait en tout cas partie de l’histoire du théâtre contemporain… Comme le mythique Regard du sourd de Bob Wilson, entrera-t-il un jour dans cinquante ans au répertoire de la Comédie-Française?Après tout pourquoi pas?

Philippe du Vignal

Théâtre d’Aurillac jusqu’au 24  août.

 

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