AmericanDream.ca

Photo  Marianne  Duval

Photo Marianne Duval

 

American Dream.CA de Claude Guilmain

L’auteur s’est inspiré, en partie, de son séjour en Afghanistan, alors qu’il y tournait un documentaire sur le Royal vingt-deuxième régiment. Premier volet de cette trilogie, Malaises a été créé en juin 2014, puis Pax Americana en 2015 et Les Missiles d’octobre / American Dream.ca en avril de cette année. Avec  une forme de présentation qui marie le texte à la vidéo et au mouvement. L’histoire s’y raconte en images comme en mots et s’inspire des œuvres du peintre américain Edward Hopper.

Une famille se trouve réunie à l’occasion de l’anniversaire de naissance de l’un d’eux qui vient de franchir le cap de la cinquantaine. Quatre baby-boomers (Alain et son épouse Pat, Claude, Maude) auxquels s’ajouteront les deux enfants de Maude, Brigitte et Émilie. Six personnages qui vivent chacun un drame personnel dont seul le public sera témoin. Cette trilogie, une vaste fresque présentée ici en première mondiale, renouvelle la vision traditionnelle d’une famille francophone en près de quatre heures. On passe par des moments d’ennui et d’autres  avec une fascination absolue: on rencontre quatre générations des Cardinal… Un récit à la fois biographique et imaginaire qui accumule des fragments analogiques d’un narratif parfois difficile à suivre mais avec des rebondissements et situations à la fois drôles et émouvantes.    

 La très heureuse collaboration entre Claude Guilmain (auteur de théâtre et scénographe) et Louise Naubert (metteure en scène et comédienne) accompagnés d’une équipe d’acteurs, musiciens, techniciens, a abouti à un croisement entre roman graphique, sketches inspirés des séries télévisées, théâtre musical et polar. Et les monologues sont, eux, inspirés de la dramaturgie québécoise des années 1960. Michel Tremblay et Michel Garneau ne sont pas loin mais appartiennent à une esthétique scénique réaliste.

0E4298E2-507A-459B-9D57-F9F068B57D83La famille Cardinal est, elle,  issue du style des mangas japonais avec dessins en noir et blanc, fragments de visages, jardins, maisons, phrases griffonnées sur un calepin d’artiste, le tout sur un ensemble d’écrans. Et mis en valeur par un éclairage magique et une mise en scène bien orchestrée par Claude Guilmain et Louise Naubert. La scénographie nous renvoie à un monde de rêve au moment où les dessins projetés s’évanouissent: les acteurs glissent doucement entre les pans des murs blancs, comme s’ils sortaient des pages blanches d’un livre.  Ainsi, commencent les récits de toute une famille, le passage fascinant de chaque génération à travers les grands moments de l’histoire américaine et canadienne, avec  le traumatisme fondateur de leur existence: l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy en 1963. Un événement à l’origine de leur angoisse collective… Le spectacle  est  surtout nord-américain avec des dialogues très influencés par ceux des séries télévisées.  Une suite de sketches contribue au lent tissage de liens entre les protagonistes et les diffréentes époques mais le style télévisuel raccourcit leurs échanges et rend les rapports psychologiques problématiques!  Les personnages se perdent parfois dans la forêt visuelle de cette scénographie magnifique.

 Chacun cache ses souvenirs, ses vérités, et un silence pudique s’installe entre les frères, les sœurs et les couples, ce qui rend leurs rapports difficiles. Toutefois, certaines interprétations ressortent.  Depuis la mort du grand-père Joseph en 1971, qui avait disparu sans laisser de traces mais dont la disparition était peut-être reliée à l’affaire J.F.K.. Alain (Pier Paquette), le petit-fils de Joseph Cardinal, essaie de retrouver les liens entre son grand-père et cette tragédie politique ne cesse de le hanter. La recherche des origines de sa famille devient une obsession qui mine sa vie personnelle. Cet acteur passionné, aux colères tonitruantes, passe des hurlements aux chuchotements. Il devrait tout de même mieux articuler pour qu’on le comprenne mieux….

Les plaintes insupportables et les cris de sa femme Pat (la puissante Sasha Dominique)  témoignent d’un profond malaise.  Issue d’un milieu qui ne supporte ni les enfants ni le sentiment d’être exclu des secrets de famille. Sa mère Maude Cardinal (délicate Louise Naubert) nous amène dans la salle d’attente d’un hôpital où l’auteur évoque le début de sa maladie. Nous suivons les conversations des membres de cette famille aux différents moments de leur vie qui coïncident avec les grandes crises  nord-américaines. Ils nous frappent souvent surtout  sur le plan visuel, (fragments de dessins, clips journalistiques) mais les protagonistes sont enfoncés dans leurs propres préoccupations. Comme ces femmes incarnées par l’étincelante Annie Richer, engagée dans la guerre d’Afghanistan ou Magali Lemèle qui cherche à définir sa propre voie dans le monde, et Claude ce frère Bernard Meney, un personnage mal défini mais qui fait rire. Chaque acteur apporte sa voix, sa musique, son rythme et sa tension dramatique et contribue ainsi à cette partition familiale.

Avec de multiples références à la vie nord-américaine (et non québécoise) devenue un cauchemar plutôt qu’un rêve :  l’assassinat de Martin Luther King Jr.,  la   famille montréalaise  s’enrichissant grâce à la prohibition et la vente de whisky nous replonge dans le monde des Bronfman.  Heureusement, le piano revient vers la fin avec des vagues d’émotion provoquée par le jazz sophistiqué de Gershwin (grâce au pianiste Philippe Noireaut) !  Une merveille! Les deuxième et troisième mouvements retiennent surtout notre attention:  des détails apparaissent, des liens se clarifient et nous pouvons enfin nous laisser emporter par les fragments de ce vaste roman policier sans trop réfléchir aux liens logiques.  Avec  infiniment de plaisir…

Alvina Ruprecht

Spectacle joué au Théâtre la Tangente, Centre national des Arts, Ottawa (Canada), du 24 au 27 avril. 


Archive de l'auteur

Auteur à domicile : lire et dire le théâtre en famille, par l’association Les Scènes appartagées, avec Philippe Dorin

Lire et dire le théâtre en famille par l’association Les Scènes appartagées, avec Philippe Dorin

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Lire en famille à Hazebrouck ( avec le Centre André Malraux)

 « Le théâtre ça se lit à voix haute, avec d’autres, et devant tout le monde », conclut Philippe Dorin au terme d’une manifestation unique en son genre : une lecture en famille. Les Rispail, qui nous reçoivent dans cette coquette maison de brique rouge participent à une opération orchestrée par Les Scènes appartagées. Cette  association propose à des familles de lire du théâtre sous la direction d’un auteur devant amis et connaissances invités chez eux pour l’occasion. 

Trois répétitions ont suffi à Philippe Dorin pour mettre au point une demi-heure de lecture : deux courtes visites, puis une dernière séance juste avant la représentation. Entre temps, les membres de la famille ont travaillé le texte ensemble. L’auteur leur a proposé un montage d’extraits tirés de : Sacré Silence, Ils se marièrent et eurent beaucoup, Dans ma maison de papier  j’ai des poèmes sur le feu (voir Le Théâtre du Blog). Une quarantaine de personnes de tout âge a assisté à cette rencontre conviviale et a pu apprécier cette poésie rieuse avec une langue riche en jeux de mots et clins d’œil, défendue ici avec justesse par la grand-mère, le père, la mère et les trois enfants dont le plus petit, encore en C.P. Plaisir partagé entre lecteurs et public quand le grand frère et la jeune sœur se donnent la réplique : « L’amour c’est pas compliqué. Soit t’es un garçon, soit t’es une fille. Si t’es un garçon, pas de problème. Si t’es une fille, c’est un peu plus difficile … »(Rires)« 

On a pu ensuite échanger avec l’auteur et les lecteurs, autour d’un verre, en dégustant des pâtisseries apportées par les invités. On mesure alors que la littérature théâtrale est à la portée de tous et se laisse facilement appréhender, à condition d’y avoir accès. Peu de librairies ou de bibliothèques disposent d’un rayon théâtre, dans les grandes villes comme dans les petits bourgs.

 

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Lire en famille à Saran (avec le Théâtre de la Tête noire)

Apporter la littérature dramatique dans les endroits reculés, tel est le pari des « Scènes appartagées » qui irrigue l’Hexagone de pièces contemporaines :  de Marseille à Paris en passant par Cavaillon ou Saran (à côté d’Orléans). Une vingtaine d’auteur(e)s participe à l’opération, à commencer par Luc Tartar, initiateur avec Sandrine Grataloup de ce projet qui, depuis sa création, en 2013, au Festival Petits et Grands de Nantes, a pris de l’ampleur pour essaimer jusqu’en Suisse, à l’Île de la Réunion ou encore en Pologne, Norvège et Guinée-Conacry . Il vient de recevoir le Grand Prix de l’Innovation Lecture.

 L’association s’appuie sur des théâtres partenaires. A eux de solliciter les familles et de faire le lien avec les artistes. Le Centre André Malraux, Scène de territoires d’Hazebrouck s’intéresse aux écritures contemporaines et, avec une programmation tout public, s’inscrit assez naturellement dans ce dispositif.  Pour la seizième édition de son festival  Le P’tit monde, il a sollicité Philippe Dorin et l’Anglais Mike Kenny : chacun est intervenu dans deux familles. L’un comme l’autre avouent avoir pris plaisir à cet exercice inédit : « Un rapport direct s’instaure entre notre écriture et ses lecteurs mais, curieusement, j’ai senti les enfants plus à l’aise que leurs parents», confie Mike Kenny dont Le Jardinier été créé lors de ce festival, mise en scène par Agnès Renaud. 

Philippe Dorin, lui, souligne l’appétit des familles pour ce genre de rencontres et a envie de poursuivre l’expérience.

Mireille Davidovici

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Lire en famille à Saran (avec le Théâtre de la Tête noire)

 Le 27 avril à Steenwerck (Nord)

Le 28 avril : Fabien Arca, famille de Gwenaelle et famille de Julie et Sébastien, Théâtre de la Tête noire, Saran ( Loiret) ; Les 11 et  12 mai : Luc Tartar, Théâtre Massalia, Marseille. Le 25 mai, Penda Diouf, famille Bartlomé, Forum Culture, Delémont (Suisse). Le 25 mai, Jérôme Fauvel, famille Henzelin, Forum Culture, Cœuve (Suisse). En juin : lectures appartagées avec des familles de Villepinte (à confirmer) ;  

Et du 9 au 12 juillet : cinq  familles ayant expérimenté le dispositif sont invitées au festival d’Avignon avec une « lecture appartagée » au festival d’Avignon

 Les Scènes appartagées, aux bons soins de la Maison des auteurs, SACD, 7 rue Ballu, Paris  IX ème.  lire-et-dire.tumblr.com

Le P’tit monde/ Festival pour petits, grands et vieux enfants, du 24 avril au 3 mai

Centre culturel André Malraux,  4 rue du Milieu, Hazebrouck (Nord) T. : 03 28 44 28 58.

 

 

Rouge, art et utopie au pays des Soviets (1917-1953)

Rouge, art et utopie au pays des Soviets (1917-1953)

Pour ceux qui souhaitent connaître la place de l’art dans l’histoire soviétique, Rouge est un événement comparable à Paris-Moscou  en 1979 au Centre Georges Pompidou et on y montrait des œuvres jamais présentées  en France de ce qu’on appelle couramment l’avant-garde russe. Une appellation qu’on a remplacée avec plus de pertinence par «l’art de gauche» dont se réclamaient tous les courants qui, après la Révolution d’Octobre, cherchaient de nouvelles formes d’expression. Ne pas reproduire des stéréotypes est à mettre au crédit de Rouge. Jamais une exposition n’a en effet essayé de reconstituer des réalités trahies trop souvent par les habitudes acquises, les idées reçues et les présupposés idéologiques.

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La Nouvelle Moscou de Pimenov

Les puristes ne trouveront peut-être pas leur compte dans cette exposition qui met à leur vraie place des peintres longtemps discrédités pour leur réalisme. Ici, un accrochage impartial permet de les voir d’une autre façon et d’admirer un art nullement inférieur à celui des maîtres de «l’art de gauche». Fait significatif:  à la Galerie Tretiakov de Moscou, on a placé des œuvres de Deïneke, Pimenov, Labas…  à côté d’œuvres de Malevitch, Tatline, Popova et autres coryphées du grand art moderne…
Un peintre peut changer de registre et de style tout en restant un grand artiste. Des tableaux magnifiques de Tatline comme ceux de sa première période, ne le cèdent en rien à ses contre-reliefs mais obéissent à d’autres critères. Malevitch appelait son Carré noir «l’icône de notre temps » et tout «l’art de gauche» reste imprégné par cette tradition iconique dont l’influence s’opère par transposition dans les domaines les plus éloignés de la figuration. Par exemple, dans le hiératisme des architectures sur papier de Léonidov ou dans les visages d’Eisenstein et de Poudovkine, dont  « La Mère »  rejoint la «mater dolorosa» de l’Evangile.

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Kasimir Malevitch carré noir

Rouge apporte de nombreuses satisfactions à l’amateur d’art et de vérité historique. Cette exposition donne en effet à voir des tableaux, des objets et des films mais met aussi en scène une Histoire, à travers des images et des textes qui loin d’en être des illustrations, expriment le désir d’un ailleurs, dans le temps et l’espace: c’est-à-dire une utopie. Dans une société en proie à l’utopie dévorante d’un « avenir radieux » l’art devait avoir une autre fonction que celle qu’elle a dans une société dominée par la cotation boursière. En cela, Rouge tient les promesses du programme annoncé dans son titre.C’était en effet une gageure de rassembler sur les deux étages des Galeries nationales du Grand Palais, le contenu d’un demi-siècle d’histoire. Ici, aucun foisonnement et Nicolas Liucci-Gutnikov, le maître d’œuvre de ce projet ambitieux, a préféré l’épure. Un parcours jalonné donne au visiteur l’illusion de vivre un passé qu’il n’a pas connu. A partir d’un travail de reconstruction mais aussi de résurrection. Il fallait une adhésion à l’esprit d’un monde disparu, pour faire sortir des décombres et de l’oubli, une réalité qui nous concerne encore…  Et, au lieu de la globaliser et la schématiser par l’apologie ou par l’anathème, cette exposition montre chaque moment dans son essence propre et dans son autonomie. Sans pour autant oublier l’esprit totalitaire où l’art baignait…  comme la société tout entière et auquel il n’a cessé de se confronter pour tirer son épingle du jeu.

Tour Tatline

Tour Tatline

Mais avec l’intrusion du politique, l’art total, hérité de Richard Wagner et qui s’est mué, avec le constructivisme, en «synthèse des arts», devait connaître à l’époque soviétique, un prolongement paradoxal car menacé par la pression de la raison utilitaire. Cette opposition entre la fidélité à l’art en tant que tel et la nécessité de construire la vie a stigmatisé tous les domaines de l’expression pour culminer dans les arts de masse, le cinéma et l’architecture qui occupent dans l’exposition la place imposée par leur rôle dans cette aventure où l’art total avait partie liée avec une idéologie totalitaire.

Une pareille tentative pour reconstituer un passé litigieux attire les sarcasmes des bien-pensants qui reproduisent aujourd’hui les mêmes amalgames et les mêmes simplifications qu’ils reprochent à la propagande d’un système qu’ils entendent dénoncer. Ces bien-pensants apporteront sans doute la preuve de leurs bons sentiments et les grincheux feront l’inventaire des lacunes qui, à leurs yeux, sont des trahisons de chaque artiste, de chaque courant, de chaque expérience, de chaque thème, de chaque période… Quant aux détails, les critères de choix relèvent du goût de chacun mais la vision d’ensemble consistait dans la tenue (comme on « tient » un son ou une note) d’une ligne dont il ne fallait pas dévier. Et cela, à travers les ruptures,  contradictions et reniements qui ont marqué l’existence de l’ U.R.S.S. Ce défi a été relevé sans ostentation avec la seule  volonté de ne trahir ni l’art ni l’histoire, en les mettant toujours en osmose et sans sacrifier ni l’un ni l’autre.

Cette rigueur supposait que l’on évite de polluer l’Art par l’Histoire, et l’Histoire par l’Art, mais de les montrer l’un par rapport à l’autre. Sans jugement de valeur, leçon de morale ou  réprobation esthétique. Il faut saluer une exposition qui ne se limite pas à une fonction descriptive et illustrative: elle  nous invite en effet à penser l’histoire et l’art autrement. La mise en présence de l’utopie politique et de l’utopie artistique ouvre des perspectives inédites sur leur cheminement et leur dénouement. Les ambitions de «l’art de gauche » se heurtent à la rigidité d’un pouvoir totalitaire: c’est le point exact où s’effondre l’idée initiale qui lui avait donné naissance. Pour réaliser le projet communiste et quasiment chrétien de régénération de l’humanité, l’art lui donnait toutes ses chances. Mais ce projet s’est suicidé, en voulant annexer la création qui, seule, aurait pu l’aider à s’accomplir dans la vie…

Richesse de cette exposition! Et un bon accrochage avec des rythmes et une respiration, met la marche du visiteur au diapason de son regard. Pour ceux qui ont connu cette époque mais plus encore pour ceux qui la découvriront ici, Rouge ouvre un champ de réflexions sur les rapports entre l’art et l’histoire mais aussi entre l’art et la technique, entre l’art et la culture, l’art et la société, entre la création du nouveau et le retour de l’ancien dans le nouveau et ils en déduiront des perspectives pour l’art d’aujourd’hui.

Les vrais novateurs n’ont jamais renié cet héritage commun à la Russie et à l’Europe et, au lieu de le figer un passé révolu depuis la fin de l’U.R.S.S. , Rouge lui donne une nouvelle vie à travers cette reconstitution d’un “projet inachevé », si l’on peut résumer ainsi les leçons de l’utopie et de l’art au pays des Soviets mais aussi les lois de toute expérience artistique digne de ce nom.   

Gérard Conio

Grand Palais, Paris (VIII ème),  jusqu’au 1er juillet.  

 

Las Vegas, une histoire du divertissement

Las Vegas, une histoire du divertissement

 

La plus grande ville du Nevada est unt centre économique et touristique majeur avec plus de 649.000 habitants. Elle est sortie de terre au milieu du désert des Mojaves, le plus sec des quatre déserts nord-américains. Fondée par les Mormons en 1855, elle devient vers 1900, une bourgade agricole. Grâce aux lois libérales de l’Etat, elle a maintenant une renommée mondiale grâce à ses casinos. Avec plus de 120.000 chambres, elle est aussi la deuxième ville hôtelière du monde après Londres et un endroit choisi pour l’organisation de grands congrès. Elle accueille des millions de visiteurs par an! Dont 80 % de Californiens!

Las Vegas est un mirage, une métaphore de l’industrie du spectacle et d’Hollywood, comme un concentré des Etats-Unis. Ville du «vice et du pêché», cité artificielle de tous les excès et de la démesure, elle a été construite pour répondre aux fantasmes et a toujours su anticiper les désirs des touristes. Ici, on ne manque pas de superlatifs et tout est fait pour qu’on perde la notion de temps (les horloges sont bannies), pour qu’on s’abandonne aussi aux plaisirs du jeu et du divertissement et… que l’on dépense sans compter ! On adore ou on déteste cette ville de la surconsommation où vingt-quatre  heures sur vingt-quatre, tout est constamment disponible : spectacles, attractions, repas, boissons, drogues (depuis la légalisation du cannabis il y a deux ans légalisé, les points de vente se multiplient), sexe : la prostitution peut se pratiquer «directement dans votre chambre» avec  « livraison de la marchandise » (sic),  et services en tout genre…

The Rat Pack - The Sands - copieIci, la pauvreté côtoie le luxe et les classes sociales se mélangent sans incident, comme si chacun y avait un rôle. L’argent coule à flot dans les casinos et leurs poubelles se remplissent de nourritures et de boissons à peine consommées qui font le bonheur des sans-abris. Du soleil: plus de trois cent jours, et de nombreux transports en commun, des centres commerciaux et hôtels-casinos, etc., tous climatisés. Las Vega, théâtre à ciel ouvert, est en représentation permanente.  Les bâtiments s’habillent de fluos, de leds ou d’immenses visuels et, au Strip, on voit défiler des hordes de saltimbanques et autres soi-disant artistes de rue. Un développement exponentiel… En 1941, l’hôtel-casino El Rancho, construit sur ce qui allait devenir l’hôtel Strip, offrait déjà un divertissement en continu.  L’hôtel comprenait une station-service, des chambres bon marché, un casino et une piscine à seulement vingt mètres de l’autoroute. Un complexe qui fut le premier à faire appel à de grands noms pour attirer les foules. Les célébrités californiennes ont afflué dans cet oasis dont le symbole était un moulin à vent éclairé avec des tubes fluo. Sophie Tucker, Joe E. Lewis, Peggy Lee, Dean Martin, Sammy Davis Jr., les Ritz Brothers, les Marx Brothers, Judy Garland, Nat King Cole, Lena Horne ou Abbott et Costello…

La riche histoire du complexe El Rancho s’achève brusquement  en 1960 : ravagé par un énorme incendie! Alors qu’il avait vite connu un grand succès! Mais son modèle  fut  adopté par plusieurs autres hôtels-casinos  et Le Flamingo attira vacanciers et célébrités les plus populaires du moment comme Joan Crawford, Les Ritz Brothers, etc… Ainsi a commencé une association avec des artistes d’Hollywood et Las Vegas  a alors commencé à se bâtir une réputation de capitale du divertissement. Le Desert Inn ouvre ses portes en 1950 avec l’acteur Edgar Bergen et sa marionnette Charlie McCarthy. L’actrice Vivian Blaine et le danseur Donn Arden font salle comble au Painted desert showroom, un hôtel où séjournèrent John F. Kennedy, le duc et la duchesse de Windsor… En 1952, Milton Prell inaugure Le Sahara, dont John Wayne, Fred Mac Murray, Elvis Presley… sont clients. Et dans les années 1960, les Beatles jouent devant des fans hystériques au Las Vegas Convention Center.
En 1954, l’acteur et futur président américain Ronald Reagan fait sa première apparition comme chanteur et danseur au Last Frontier… Le Strip des années 1950 attire les plus grands noms d’Hollywood dont Jerry Lewis, Dean Martin, les Marx Brothers, Abbott et Costello, Judy Garland… . Mais c’est surtout par ses chanteurs que la ville se fait mondialement connaître : Elvis Presley et Liberace ont permis, très tôt, à Las Vegas de devenir la capitale du divertissement. Suivront dans les années 60, Lena Horne, Paul Anka, Andy Williams, Tony Bennett. Et vers 1970, Cher, Diana Ross, Tom Jones, Elton John… Puis dans les années 2.000, Céline Dion, Britney Spears, Jennifer Lopez, Rod Stewart, Lady Gaga…Et l’inoxydable Wayne Newton commença sa très longue carrière de chanteur avec une première apparition à quinze ans en 1959. Soixante ans après, il est encore à l’affiche du Caesars Palace !

Les hôtels-casinos possèdent tous une grande salle d’environ deux mille places et plusieurs autres d’environ deux cent. Les têtes d’affiche, vitrine du casino, investissent la salle principale (surtout les chanteurs) et  les débutants durent se contenter longtemps des salles annexes, comme les magiciens qui, eux, ont inversé maintenant la tendance et sont les stars de plusieurs casinos. Concerts, comédies, stand-up, spectacles burlesques mais aussi de striptease, de magie, de cirque (entre autres le Cirque du Soleil et d’autres itinérants, dîners-spectacles, variétés, revues et superproductions : les représentations commencent l’après-midi pour les spectacles « familiaux » et se poursuivent le soir !

 David Copperfiel - MGM Grand - copieLas Vegas a donc vu les magiciens investir les scènes des variétés à la fin des années quarante. Le premier, Jack Kodell présentait un numéro de perruches : Fantasy in Birds au El Rancho. Ensuite vinrent Jay Marshall, en troisième partie de spectacle, au Desert Inn et  Marvyn Roy, «M. Electric », dans Artistry of Light au Last frontier.  Et l’immense Orson Welles jouera au Riviera en 1956. Dans les années 1960, les magiciens avaient pour objectif de travailler dans une production,  ou d’être en vedette de première partie. Donc embauchés pour « meubler» devant le rideau pendant qu’on équipait la scène pour le prochain grand numéro. Avant de  créer leur propre spectacle et d’être rentables, les illusionnistes ont donc été associés aux revues à thème et de fantaisie.

SIEGFRIED ROYLes icônes Siegfried et Roy ou Lance Burton ont commencé dans des spectacles associant comédie, danse et visuels, avant de jouer en solo dans leurs propres théâtres comme Le Mirage ou Le Monte-Carlo. Le magicien Herbert L. Becker a été, lui, un précurseur en produisant sa création à L’Hacienda de 77 à 79.  David Copperfield préfère, lui, obtenir des contrats de courte durée au Caesars Palace, ce qui lui laissa du temps pour ses émissions spéciales à la télévision au début des années 1990. Il  résida ensuite de façon permanente à Las Vegas avec un théâtre à lui : Le MGM Grand.  Johnny Thompson, alias The Great Tomsoni, qui se produit avec sa femme Pam depuis 1974, est le conseiller discret qui a aidé à la réussite de Penn et Teller, de Lance Burton, Criss Angel et Mat Franco. Parallèlement aux shows de mage, il y a aussi dans les grands spectacles, des illusionnistes… Dont Rico, dit The Magnificent, vers 1970  au Dunes, dans un show de variétés du célèbre producteur Frederic Apcar. Vingt ans plus tard, Val Valentino, le futur magicien masqué, est la tête d’affiche  de  Viva Vegas. Il y a même un pur produit local : Melinda Saxe, « première dame de la magie », qui a commencé avec son spectacle à elle, à dix-huit ans, au Lady Luck.

Il y a six ans, le Français Xavier Mortimer était le personnage principal de Mickael Jackson One, une méga-production du Cirque du Soleil. Aujourd’hui, Las Vegas, devenue capitale de la magie dans le monde, possède un quart de l’offre globale et une belle diversité de répertoire : entre autres, le fabuleux comique Mac King ou Nathan Burton, avec le spectacle le plus intéressant rapport qualité/prix, au Saxe Theater du Planet Hollywood. La magie déjantée et décalée de Penn et Teller fait des étincelles depuis 1992. Et l’illusionnisme en gros plan (close-up) est présent un peu partout, lors de soirées spécialesLas Vegas semble être une mine inépuisable de spectacles de haute qualité et cette troisième incursion dans cette grande cité ne nous a pas déçu… A suivre

Sébastien Bazou

 

De Sang et de lumière de Laurent Gaudé, mise en scène de Frédérique Pierson

 

De Sang et de lumière de Laurent Gaudé, mise en scène de Frédérique Pierson

DBFF5782-079B-4375-AAA2-0EC8A6DDBBF5 Son retour constant aux mythologies fondatrices de l’humanité fait la force et la popularité de Laurent Gaudé. Ce n’est pas une façon pour lui de se débarrasser du temps présent. Au contraire : il va aux racines de la douleur d’aujourd’hui et met le doigt sur les plaies fermées mais jamais guéries. Celle de l’esclavage, par exemple, qui n’en finit pas d’empoisonner ce qu’on appelle, en politique, les rapports “Nord-Sud“. Laurent Gaudé est de ceux qui ne laissent pas mourir en eux le Sud, la Méditerranée originelle, grecque mais aussi africaine.

Dans Le Chant des sept jours, l’une des figures fortes est celle de l’ «arbre de l’oubli» ; avant le départ mortel, c’est au pied de son tronc que l’esclave laisse sa famille, ses coutumes, sa langue, ses propres racines. « Il y a cet arbre sur la terre d’Afrique/ À quelques pas de la grève, /Qui sait, depuis longtemps, ce qu’est le goût du sang./Vous le trouvez beau,/Mais vous vous trompez. / Lui, comme tous les autres, choisis ça et là, le long de la côte, pour leur circonférence et leurs branches majestueuses, /Sont des arbres de l’oubli. »

 Frédérique Pierson est entrée tout de suite en sympathie avec l’écriture de Laurent Gaudé, et y a retrouvé la marque de son propre Sud. Elle a mis en scène De sang et de lumière avec un minimum d’images, dans une belle lumière chaude et avec une extrême attention au verbe. Marie Benati, Jimmy Roure et elle-même, soutenus par la guitare raffinée et très contemporaine de Kostia Cavalié, font entendre avec une grande intensité ce poème qui parle à notre imagination : ainsi, à travers la présence de la blonde Marie, on voit la femme noire. C’est une sorte d’oratorio parlé, slamé, sur un rythme à la fois très antique et totalement contemporain. La présence de la musique nous relie aux racines du théâtre grec et au théâtre universel. Pour autant, ce n’est pas un refuge nostalgique ou hors du temps. Laurent Gaudé a signé aussi, après les attentats de 2015, Le Serment de Paris, un chant de guerre de la liberté contre la religion, celle qui enferme, sépare et finit par tuer plus qu’elle ne “relie“. Nous les baptisés des terrasses de café/ Instruits par aucun livre sacré que Montaigne et La Boétie/ C’est nous qu’ils visent. / Notre liberté les insulte. »

 De sang et de lumière  a été présenté dans un théâtre du onzième arrondissement riche en petites salles dont il faut en pousser la porte : on peut y rencontrer des trésors comme celui-ci.

 Christine Friedel

 Théâtre du Temps,  9 rue de Morvan, Paris (XI ème). T. : 01 43 55 10 88.

 

Cinquième édition du festival Le Grand Ménage de Printemps à Cucuron

 

Cinquième édition du festival Le Grand Ménage de Printemps à Cucuron

 

Vendredi-DB-9253 - copieParticipation ? Ce festival fête cette année sa cinquième édition et on est loin du concept chatoyant pour gagner les faveurs du Ministère de la Culture: le mot revêt ici tout son sens. Implication des habitants, investissement de différents lieux de convivialité  à Cucuron, tissage de liens sur le territoire du Sud-Luberon…  La programmation montre un réel souci de mettre «de l’art dans les épinards» comme dirait Bruno Schnebelin, de la compagnie Ilotopie.

 Il suffit d’ailleurs de lever les yeux : en haut du clocher de l’église, ça frémit. Antoine le Ménestrel a pris possession du beffroi. Sa Dictature du Haut offre un point mouvant dans l’environnement du festival. L’ange gardien apparaît en surplomb, dans son costume doré. Quelle allégorie de la présence précieuse et surplombante de la poésie dans notre paysage ! Avec humour, une chaîne télé se fait le relais de ses aventures au sommet, et des réactions des badauds. Sur les façades fleurissent des gaines rouges, fleurs bizarres où, à la manière des Souffleurs, des commandos poétiques, Antoine le Ménestrel susurre à l’oreille des passants un hymne à la « descente monumentale », une décroissance heureuse. A quelques chanceux, ce veilleur poétique conte ses méditations sur ses ancêtres glorieux Spiderman, Père-Noël, Jésus Christ… et se jette littéralement dans les bras du public. Une si belle infiltration dans le quotidien.

 AfficheA3-v3Autre première qui crée du lien, un partenariat avec la Fai-ar, école consacrée à l’art en espace public (voir le récent article de Jacques Livchine dans Le Théâtre du Blog)). L’équipe de Romaric Matagne a choyé quatre apprentis qui ont pu bénéficier d’un accueil en résidence sur le territoire, mais aussi du parrainage de vignerons, d’un menuisier, et de rencontres nourricières avec les habitants. Leurs propositions artistiques, en prise directe avec l’architecture et la population, créent une forte connivence avec le public : attaché à la notion de proximité, le festival dégage une intimité paisible.

 Inviter ici La Fabrique Fastidieuse : une évidence ! Jouant sur la dynamique du bal, cette tonitruante compagnie organise une sorte de « rave-partie » improvisée en plein jour, à une heure incongrue. Collage de différents types de danses et rythmes, de relation au corps et à l’autre, elle transforme le badaud en danseur, l’embarque en passager clandestin à la suite d’interprètes fougueux et délurés. Ambiance « flashy » kitch tribale. Vendredi célèbre le jour défouloir de la fin de semaine, et aussi, certainement, la rencontre de l’indigène, l’autre, et cette joie sauvage, en nous, qui ne demande qu’à s’exprimer. La proposition, qui semble de prime abord spontanée, est en réalité soigneusement millimétrée pour le lâcher-prise. Nous l’avions déjà savourée sous une pluie battante à Aurillac, dans une foule frénétique. Les parapluies volaient. Les sourires s’épanouissaient. Participant à la façon battle de hip hop, carnaval débridé, plaisir solitaire ou en simple spectateur, chacun trouve sa place, sa distance et son bonheur. On peut y voir un signe des temps, ce besoin de se retrouver, dans la gratuité ou l’échange, sur un rond-point ou sur une place. Les chorégraphies allument des feux : brasier collectif ou désir de vivre, mais sous des drapeaux apolitiques. La fin un peu effilochée – dommage – se conçoit peut-être comme une quasi disparition, une façon pudique de laisser la place à une fête plus impromptue.

 Le festival ménage aussi des espaces (skate parc, petites places …) pour des propositions plus délicates, misant moins sur le corps, que sur une parole intimiste. La compagnie Délit de façade a présenté En apnée, une évocation encore fragile des adolescents touchés par le cancer. Si le sujet est courageux, la mise en scène ne nous épargne pas quelques clichés (jeu souvent caricatural d’adultes en vestes à capuche, adresses assez vagues au public), mais la dernière scène fait très habilement monter l’émotion dans un cadre naturel sublime.

Avare, par le collectif du Prélude, choisit de dynamiter avec un savoir-faire typiquement rue, le texte de Molière. Les trois jeunes interprètes au dynamisme enjoué, savent titiller le public, maîtriser le chat en goguette, le chien qui aboie, l’accessoire récalcitrant et la langue du XVII ème siècle.  La main innocente d’un spectateur tire au sort les costumes dans des sacs plastiques, au début du spectacle et, partant, distribue les rôles au débotté. L’ensemble, en perpétuel mouvement, se déploie avec fraîcheur et rythme. Le public est conquis par les clins d’œil à l’actualité et au Lubéron.

 Le Collectif Bonheur Intérieur Brut, rendait, avec P/REC, un hommage au projet de Georges Perec : « Décrire le reste, ce qu’il se passe quand il ne se passe rien. » Pendant vingt-quatre heures, en direct, cent quarante-quatre personnes se sont succèdées au micro pour saisir un lieu au présent, ici la place de l’étang. Le dernier soir, dans un verger à côté du chapiteau, le champ est libre pour Rara Woulib, une grande parade fédératrice inspirée d’un rite haïtien. Traversée collective dans les ruelles sombres, présences fantomatiques, le corps à corps vibrant invite à la transe. Une autre façon de frayer avec ses camarades de pavé et de s’immerger dans ce village décidément très hospitalier. Un grand moment de communion festive !

 Stéphanie Ruffier

 Spectacles vus du 18 au 21 avril à Cucuron (Vaucluse).

Vendredi, par la Fabrique Fastidieuse ,le 24 mai au festival Friction(s) à Annemasse (Haute-Savoie), le 25 mai au festival Néanmoins à Frouard (Meurthe-et-Moselle)
Les 1er et 2 juin au festival Les Années Joué, à Joué-les-Tours (Indre-et-Loire), le 8 juin à l’Autre festival Derrière le Hublot, Capdenac-Gare (Lot), le 14 juin à Amiens (Somme).
Les 14 et 15 septembre, au festival Arto de Ramonville (Haute-Garonne).

Avare, par le collectif du Prélude : le 18 mai à à Ollainville (Essonne), les 25 et 26 mai à Blanquefort (Gironde), le 2 juin à 15h à Gif-sur-Yvette (Essonne), le 10 juillet, à Verrières-en-Anjou (Maine-et-Loire), les 29 et 30 août au Mans (Sarthe).

P/REC, par le collectif Bonheur Intérieur Brut : les 7 et 8 septembre, au festival Coup de chauffe à Cognac (Charente).            

 Bann a pye par Rara Woulib : Cucuron est le point de départ d’une itinérance qui va se poursuivre à Cadenet (Vaucluse) le 5 mai pour le Salon des artistes et à Beaumont-de-Pertuis (Vaucluse) le 12 mai pour les quinze ans du festival Les sons du Lub’.

Sainte Jeanne des Abattoirs de Bertolt Brecht, mise en scène Bernard Sobel

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Sainte Jeanne des Abattoirs de Bertolt Brecht, mise en scène Bernard Sobel

 

On ne devrait peut-être pas dire mise en scène, mais mise en jeu et ces représentations de cette Sainte Jeanne sont très importantes. D’abord pour les élèves de troisième du collège Jean-Baptiste Lebas et pour les lycéens de terminale du lycée Charles Baudelaire à Roubaix. Qu’est-ce que le théâtre pour ces comédiens de quelques soirs ? D’abord trouver sa place, et sa voix. Oser être là, ne pas s’arrêter si on a un trou de texte, oser articuler la pièce de Brecht, même avec ce qu’on appelle un accent, tenir les rythmes, entrer et sortir au bon moment, en solidarité les uns avec les autres.

Ils l’ont fait, dans les locaux impressionnants et on ne peut mieux appropriés : Les Archives Nationales du monde du travail dans l’ancienne filature Motte-Bossut. Un château fort de l’industrie textile à son apogée, une cathédrale du travail. Il a fallu ajuster les voix à la hauteur de ses immenses verrières et des coursives superposées où claquait le bruit des métiers et des bobines. Et à la proximité avec public : il s’agit de parler, pour ces élèves pour tout le monde mais aussi aux spectateurs très proches, face à face dans un dispositif bi-frontal. Pas de cachette, aucune dérobade possible, la scénographie  est d’une clarté à propos.

Ce n’est pas la première fois que Bernard Sobel travaill sur Sainte Jeanne des Abattoirs. Pour lui, cette fulgurante analyse du fonctionnement capitaliste, écrite en 1930, en pleine crise mondiale,  en pleine montée du nazisme, est le “laboratoire“ idéal. La fable : Jeanne Dark, une fervente croyante «chapeau noir» (on reconnaît ici l’Armée du salut) veut sauver les pauvres par la charité et la foi. Mais… Le chômage, la faim, l’humiliation ont raison des résistances, et le patron s’y entend pour briser les solidarités : c’est sa pratique quotidienne avec ses rivaux et fournisseurs. Pierpont Mauler, roi des abattoirs de Chicago et de la viande en conserve, casse ses adversaires comme des allumettes  et se paie même le luxe de bons sentiments à l’égard de Jeanne. Il est bien le seul à pouvoir le faire. Aucune condamnation morale de la part de Brecht : chaque scène est faite pour décortiquer en action, un fonctionnement de domination et de soumission. Les chœurs rappellent que la solution n’est pas à chercher sur scène, sous forme de “happy end“,  mais après, dans la Cité.

On voit rarement un théâtre aussi peu consolateur et aussi réjouissant. Cette joie-là vient ici de la justesse. Tout est à propos : un lieu emblématique et de jeunes acteurs qui ne cherchent pas à incarner des personnages mais une parole, dans cette pièce qui analyse magistralement la puissance stérile d’un capitalisme spéculateur. C’est beaucoup pour des imaginations, des intelligences de quinze ans ? Non,  le minimum : aller droit à l’essentiel. Ni le metteur en scène ni les jeunes garçons et filles n’ont de temps à perdre. À Roubaix, la ville la plus pauvre de France, avec la collaboration de Sylvain Martin et de Laure Abramovici, Bernard Sobel a trouvé la pointe de son théâtre : un maximum de sens avec un minimum d’effets. À l’âge d’être leur grand-père, il a dépaysé collégiens et lycéens et les a emmenés vers la force d’un poète. Et ils y sont allés parfois en trébuchant mais ils y sont allés… Pas de virtuosité, mais un engagement sérieux et beau. Il en restera quelque chose, c’est sûr. Voilà un beau théâtre d’urgence, réalisé tranquillement.

Christine Friedel

Dernière représentation : vendredi 26 avril à 17 h, aux Archives Nationales du monde du travail, 78 boulevard du Général Leclerc, à Roubaix (Nord). Entrée libre.

 

Les Élucubrations d’un homme soudain frappé par la grâce, d’Édouard Baer

Les Élucubrations d’un homme soudain frappé par la grâce, de et avec Édouard Baer.

edouard-baer-1-43669Sortir du cadre, nous emporter dans le passé des écrivains et des comédiens qui ont marqué sa vie : Edouard Baer surgi du fond de la salle, comme par hasard, monte sur le plateau et nous explique qu’il est en train de répéter une pièce : Les Élucubrations d’un homme soudain frappé par la grâce, juste en face, de l’autre côté du boulevard. Il cherche le ton juste pour interpréter le discours d’André Malraux lors du transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon.

L’acteur, en fuite de sa propre vie, va prêter sa voix à d’autres acteurs ou écrivains disparus.  Le Théâtre Antoine a accueilli autrefois les pièces de Jean-Paul Sartre, Albert Camus et des metteurs en scène comme Louis Jouvet ou Peter Brook, (heureusement lui encore vivant). Avec la complicité du  Régisseur du théâtre, joué par Christophe Meynet, ou d’autres interprètes de sa bande,  qui interviendront, selon les dates en artistes invités, Édouard Baer fait revivre des fantômes. Par exemple, Charles Bukowski. Pour incarner l’écrivain américain, il tape sur une vieille machine à écrire, entre deux bouffées de cigarette, un verre de whisky à portée de main

 Il répond à un téléphone factice : « Mais pourquoi quelqu’un m’appelle sur un faux téléphone ? » « Je suis fan, dit-il, des pièces qui commencent par Allo” ! » Ill fait ainsi revivre son ami Jean Rochefort, en diffusant sa voix quand il jouait dans le film d’Yves Robert  Courage fuyons (1979). Édouard Baer aime les gens qui doutent et donne la parole  au personnage de l’avocat dans La Chute d’Albert Camus. Et Il nous bouleverse avec  un poème de Boris Vian dit par Pierre Brasseur, Philippe Noiret, Jean-Louis Trintignant et enfin par lui-même. Le théâtre est le seul endroit au monde qui peut faire renaître ces « âmes mortes » avec bienveillance.

Le spectacle a été construit à partir d’improvisations filmées, sous la direction d’Isabelle Nanty, son ancienne professeure au cours Florent. La pièce va évoluer avec le temps, entre un tournage de film et une émission en direct sur France-Inter. Ce voyageur sans bagage, en constant déséquilibre, aime à se surprendre lui-même, et nous faire partager son goût pour les mots et la langue française. Pour finir, il évoque avec douceur l’écrivain Romain Gary  (1914-1980) avec un extrait de son roman, Une Nuit sera calme (1974). Courez partager ces émotions sincères.

Jean Couturier

Jusqu’au 15 juin, Théâtre Antoine, 14 boulevard de Strasbourg, Paris Xème.  T. 01 42 08 77 71,

 

Septième Panorama des chantiers de la Fai-ar (suite)

Septième Panorama des chantiers de la Fai-ar  (suite)

 

Panorama des chantiers 2019 - FAIAR.A la Fai-ar  -formation avancée et itinérante des arts de la rue- comme ailleurs les apprentis ne cessent,   de se poser des questions sur la pression ultra-sécuritaire et la restriction des libertés dans l’espace public. Et nombre de propositions nous enferme -guère étonnant- dans des sortes de bunkers, boîtes noires aussi intimistes qu’isolées du réel. Tentation du repli ? Piège de l’espace mental où chacun rumine son histoire et son point de vue? Comment lutter contre les contraintes administratives, la prudence, la censure insidieuse ? Dehors, cela devient si difficile de s’exprimer. …

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Nyctalope maquette de Maëva Longvert

Cette apprentie traite de l’angoisse urbaine nocturne mais dans le parking aseptisé de l’hôtel Toyoko INN à Marseille Saint-Charles. Ses cocons lumineux convulsifs et borborygmes emmaillotés évoquent métaphoriquement le viol, la volonté de s’extraire du traumatisme. Sous nos pieds : délimitations, rails. Et autour de nous , des murs. On se cogne à l’aveuglette dans nos congénères. Un texte à la King Kong théorie de Virginie Despentes nous enjoint de sortir, de regagner la lumière. Intelligent et fascinant. Le public tâtonne mais décrypte : on fait lui confiance (sauf le personnel de l’hôtel en embuscade…).

Numeta, architecture de la chute, maquette de Lidia Cangiano

Ici, on aborde l’hôpital comme un milieu carcéral : décrépitude de l’architecture et des gens, lamentable déshumanisation des services publics, gestuelle robotique dans une salle mitée par des fosses, comme autant de risques d’effondrement.  Lumière et mots glaçants. Jauge minuscule de visiteurs parqués.

DéPAYSé (point 0), maquette de Sophia La Roja

Dans la salle du rez-de-chaussée, cette artiste évoque l’exil dans un récit anxiogène aux images extatiques. Le public aux abois, est traqué par des projecteurs semblables à ceux de miradors. Folle présence de son comédien taurin.

La Mondiale de la terreur, maquette de César Roynette

Sur le parvis de l’église de Cucuron, enfin à l’air libre, nous voilà encerclés par des rubans de sécurité. César Roynette nous « ghettoïse », tout en prétendant nous mettre en lieu sûr. Les monstres, c’est nous, notre manque d’ouverture à l’autre, nos chambres fortes intérieures. Sa proposition pêchue, bourrée d’humour noir, invite à pulvériser les éléments de langage et les imageries officielles qui nous aliènent. Il pointe un état d’urgence où la rencontre semble, soit impossible soit très balisée et il établit un rapport tonique avec le public!Après toutes ces errances, bouquet final et allégresse dans le village de Cucuron (Vaucluse) près de Marseille,  le 17 avril au soir ! Sans barrière Vauban. Nous ne boudons pas le plaisir enfantin de céder à l’invitation  d’un voyage amoureux…

Crédit photo : Augustin Le Gall / Fai-ar

Crédit photo : Augustin Le Gall / Fai-ar

Pour l’instant, pour toujours, maquette de Johnny Seyx

A Port-Saint-Louis (Bouches-du Rhône), d’autres propositions  nous  attendent. Le long de voies de chemin de fer et de hangars désaffectés,  on se paument dans des terrains vagues, et des friches où fleurissent épaves de bagnoles et de bateaux. Dans presque toutes les maquettes des apprentis, du rouge urgence, un temps à couper au couteau, entrecoupé de frénésies, des lignes à ne pas franchir. Et puis aussi des créations sonores chuintantes, à base de souffle, de battements de cœur, de grincements. Des sonorités de maison hantée, de chaînes et de palpitations, souvent interprétées en direct, extraites du réel comme un suc saumâtre. Avec son pseudo kitch, Jonathan Durieux ouvre à la serpe une voie populaire et sensuelle. Pas né de la dernière pluie – de rubis biodégradables -, il s’est déjà fait connaître avec la compagnie Superfluu dans des solos  où il lisait  des « textes absurdes, un peu drôles mais pas que. »  En digne héritier de Michel Crespin, saltimbanque à l’origine de la Fai-ar, il porte un C.V. hétéroclite en bandoulière : sciences politiques à Genève, charpentier et théâtre de rue en autodidacte. Son ambition est démesurée, sincère et candide : « Faire un spectacle pour que les gens tombent amoureux », assure-t-il.

La chose se passe à un carrefour du village. D’abord, il prononce un petit discours sur les contraintes sécuritaires et leur coût faramineux. Sa proposition n’a pas pu se jouer à Marseille. Rage ! Mais, à y regarder de plus près, nous nous sentons plutôt mieux, ici, dans un écrin campagnard, au milieu d’un vrai public familial et bon enfant où s’enjaillent les professionnels. Un couple de punks au premier rang, bière à la main, prend aussitôt la parole sur le thème de notre besoin d’amour, d’empathie et de lien social. Mais le jeu un brin hystérique de l’actrice  haranguant les autres spectateurs la trahit. Et pourtant, miracle ! Les villageois, responsables de Cnarep,  représentants des tutelles publiques, artistes compagnons, ses camarades de la Fai-ar d’hier et d’aujourd’hui, tous se prennent par la main. Quelques instants plus tard, l’assemblée a les yeux fermés !

 Comme une bonne fête entre potes, le rituel ainsi instauré est indescriptible. Le dieu de l’amour débarque, nimbé de fumigène rose sur un skate peint de  petits cœurs. En empathie totale avec son troupeau d’agneaux, il distribue des «mon amour » à la cantonade et ironise : « Je sais ce que tu te dis, fais chier ces projets participatifs. » Il nous emballe. Un précieux souvenir dans cet écrin magique. Il nous apprend à regarder nos voisins et voisines d’un œil lavé. La ronde mériterait d’être un peu plus mouvante, l’apparition plus grandiloquente. Mais l’aspect artisanal et improvisé a aussi ses mérites. Comment nommer cette forme ? Un peu de biodanza, cette danse-contact qui fonctionne comme un laboratoire de rencontres, un peu de chimie corporelle, une pincée de théâtre immersif, une grosse louche de «création expérientielle» comme dit l’universitaire Pascal Lebrun-Cordier… Surtout, le symptôme d’un besoin de communion. Il en ressort une jouissance d’être impliqué, concerné, vivant, au présent. Un pléonasme de vie, quoi !

 Comme le titre du spectacle l’indique gnangnan et mignon à souhait, cette ronde mixe le « moment présent » prôné par le philosophe Eckhart Tolle avec des mots fleur bleue de gamins. Même le maire du village se laisse aller à une anecdote grivoise. C’est la magie de Seyx ! Ce cupidon kitch, véritable allégorie de notre soif de légèreté et d’émotion, nous reconnecte avec simplicité. Ouf ! Et même youpi ! On adhère à cette secte beaucoup plus maligne qu’il n’y paraît (avec des allusions à l’ésotérisme indien, à Roland Barthes et Louise Michel) et on applaudit à cette proposition foutraque et savoureusement régressive… Vite un rassemblement grand format !

 Stéphanie Ruffier

Maquettes vues les 17 et 18 avril à Marseille et dans les environs.

La Cagnotte d’Eugène Labiche, mise en scène de Thierry Jahn

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La Cagnotte d’Eugène Labiche, mise en scène de Thierry Jahn

 

Paradoxe, cet auteur comique, né  il y a déjà plus de deux  siècles, reste l’un des plus joués comme si, après lui et après Georges Feydeau qu’il encouragea, et Eugène Ionesco… une certaine veine comique du théâtre français s’était  éteinte. Il écrivit seul, quatre de ses cent trente six pièces- il eut une quarantaine de collaborateurs-  et se considérait lui-même juste comme un auteur de vaudevilles… Comme  avec cette Cagnotte (1864 c’est à dire sous le Second Empire). Quelques bourgeois, Chambourcy, Léonida sa sœur et Blanche sa fille un rentier, Colladan un riche agriculteur, Sylvain son fils, Cordenbois le pharmacien, Félix un jeune notaire, Baucantin, le percepteur..

Tous de la petite ville de La Ferté-sous-Jouarre près de Coulomniers (Seine-et-Marne). Ils ont réalisé une belle cagnotte lors de nombreuses parties à la bouillote, un jeu de cartes.  Après d’âpres discussions, ils votent: pour un dîner royal ou pour un voyage à Paris qu’ils ne connaissent pas. Bien entendu, le voyage qui l’emporte et qui réjouit ces bourgeois assez imbus d’eux-même mais naïfs et cupides (chacun essaye d’en tirer un avantage personnel). Mais cette virée va se transformer en catastrophe.  Ils commencent par s’offrir un bon déjeuner dans un restaurant ; victimes d’une  soi-disant mauvaise lecture du menu, ils refusent de payer et, accusés de grivèlerie puis de vol d’une montre, ils finissent au commissariat. Dont ils vont s’enfuir grâce à un trou qu’ils font dans le mur avec la pioche que l’agriculteur s’est achetée. La célibataire déjà mûre et qui croit pouvoir trouver l’âme-sœur dans une agence matrimoniale, se verra présenter… son partenaire à la bouillote! Bref, tout se détraque! Absolument plumés, ils sont obligés de passer la nuit dans un immeuble en construction. Enfin, Félix le jeune notaire sauve la situation: la montre prétendument volée  lui appartenait et il a fait arrêter le voleur, ce qui rend innocents ses amis. Et  il a de quoi financer le voyage de retour à La Ferté-sous-Jouarre où ils décideront de s’offrir un bon dîner.

Cette comédie-vaudeville a été souvent montée, notamment par Jean-Michel Ribes, il y a trente ans à la Comédie-Française, puis par Adel Hakim. Mais aussi adaptée en téléfilm par Philippe Monnier  avec Marie-Anne Chazel et Eddy Mitchell en 2009 et enfin mise en scène par Emmanuel Bodin à… Coulomniers, il y a quelques années. La pièce est une virulente satire de la bourgeoisie mais n’a pas la qualité des autres grandes œuvres, même si Eugène Labiche dénonce avec férocité, les ridicules, l’égocentrisme et l’hypocrisie de ces bourgeois de province assez peu sympathiques: Colladan, l’agriculteur ne s’intéresse qu’à sa ferme: au restaurant, il explique la façon de tuer correctement un cochon ; Champbourcy, lui, est obsédé par son mal de dents et entend bien se faire soigner à Paris en prenant sur l’argent de la cagnotte.

Ces bourgeois ont deux objectifs dans la vie: bien manger  (et la pièce finit comme elle a commencé, par une histoire de dinde truffée). Et l’argent: économiser, en placer, le dépenser pour soi et, si possible, à l’insu et sur le dos des autres ; cela va de la la petite mesquinerie de ceux qui mettent des boutons de culotte dans la cagnotte, au cynisme du jeune Sylvain qui, en claquant sa pension à Paris, se venge de son père qui l’a obligé à entrer à l’Ecole d’agriculture de Grignon…Bref, l’argent règne (chez les petits bourgeois  et est à la base de tout mariage (on disait encore à Paris jusque dans les années 1960 : il -ou elle- a fait un « beau mariage » et on lisait dans les annonces du Chasseur français : «belles espérances», c’est dire sérieux héritage en vue !). C’était la France de nos ancêtres! Léonida, la célibataire «déjà mûre»,  comme le souligne l’auteur avec cruauté, veut se marier et son annonce matrimoniale précise qu’elle a une dot de cinq mille francs… Félix, le jeune notaire demande en mariage Blanche Champbourcy à son père qui ne l’écoute pas car il compte l’argent de la cagnotte. Et il dira à Félix: « Mon ami, ma fille est à vous ! » et lui demandera aussi très crûment par deux fois : « Avez-vous de l’argent ? »

On est constamment ici dans la noirceur et l’absurde. Chez les personnages d’Eugène Labiche, rares sont les moments de générosité et de réconciliation, sauf quand chacun y trouve son compte, comme à la fin de La Cagnotte. Et aucun écrivain français, comme le disait avec raison Philippe Soupault, n’avait jamais osé présenter les provinciaux sous un jour aussi lugubre avec autant de brutale franchise. »Sauf Molière quand il met en scène dans Georges Dandin, les horribles Sottenville, ses beau-père et belle-mère.

Cette petite comédie-vaudeville dont tous les personnages, pourtant bien ancrés dans la vie sociale, vont très vite être emportés par un violent tsunami où ils perdent leur identité le temps d’un voyage loufoque. Et on comprend que nombre de metteurs en scène s’y soient intéressés y compris en Russie, où la pièce très datée et dont l’univers n’est pas si loin de celui de Nicolas Gogol, est encore souvent jouée…Cela dit, que peut-on en faire actuellement ?  Soit l’adapter mais alors, il faudrait que le Paris de Labiche soit New York ou Buenos Aires. Soit la garder telle qu’elle a été écrite, au risque d’un certain conformisme.

La mise en scène de Thierry Jahn est en effet honnête mais trop sage et on aimerait un peu plus de folie : le début avec cette partie de cartes est bien longuet et il y a parfois des baisses de rythme. Et cela n’arrange pas les choses : scénographie et costumes sont médiocres. On aimerait aussi un plus de précision dans la direction d’acteurs (ils ne sont que six) qui criaillent souvent sans raison… Cela dit, ils sont sympathiques, font leur boulot et ont une bonne diction. Et se sortent aussi assez bien des petites chansons. Mention spéciale à Meaghan Dendraël qui joue avec une grande efficacité un double rôle : Blanche Chambourcy et Félix Colladan. Cela dit, grâce aux comédiens, on admire la force de certains dialogues: Eugène Labiche et ses collaborateurs savaient s’y prendre pour rendre crédibles leurs personnages. Plus d’un siècle et demi après sa création,  le pari est difficile à tenir? Ici, le résultat reste assez approximatif et, si on rit quelquefois, à moins de n’être pas trop exigeant, on reste un peu sur sa faim et on ne vous poussera pas à y aller…

 Philippe du Vignal

Théâtre du Lucernaire, 53 rue Notre-Dame des Champs, Paris (VI ème). T. : 01 45 44 57 34.

 

 

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