Amerika

  Amerika, d’après le roman de Franz Kafka, adaptation et mise en scène de Vincent Colin.

  Kafka , rongé par la tuberculose, est mort il y a déjà 85 ans et Amerika a été publié deux ans plus tard et juste après Le Procès et Le Château qui ont inspiré nombre de metteurs en scène de théâtre. Une adaptation d’Amerika avait été créée en 2007 par Nicolas Liautard à Nogent puis reprise l’an passé à La Tempête. Très précise, la mise en scène  souffrait cependant d’indicibles longueurs.
  Mais le propos de Vincent Colin est tout autre, et il y a dans son travail, comme une sorte de voyage incroyable, où l’on retrouve dans le personnage principal de Karl Rossman, un petit frère du Candide de Voltaire qui aurait rencontré Buster Keaton et Charlie Chaplin.
  Amerika est l’histoire d’un jeune allemand  Karl  Rossman, qui, déjà père à seize ans, est  chassé par ses parents et s’enfuit en Amérique; il rencontre sur le bateau son oncle Jakob mais , à cette chance incroyable, se succédera une série de malchances… Le pauvre Karl, semble attirer les ennuis comme un aimant, sans doute parce qu’il est encore assez naïf pour croire au rêve américain sans contrepartie, et il ne cesse de trouver  sur sa route des personnages peu recommandables, comme ces employés d’hôtel minables et sans scrupules ou une cantatrice délirante. Kafka traite avec beaucoup d’humour et de dérision cette découverte du nouveau continent par un jeune allemand, et c’est d’autant plus étonnant qu’il n’ était jamais allé aux Etats-unis. Le jeune Karl semble s’enfoncer, au gré des rencontres dans une sorte de néant, incapable sans doute de s’intégrer à une société trop éloignée de lui, sans doute plus dure envers les faibles et les petits qu’il ne l’imaginait de l’autre côté de l’Atlantique… Mais lui-même semble entrer  dans le moule et mettra moins d’ardeur qu’à son arrivée à défendre une victime désignée du patronat.
  Vincent Colin a adopté, avec beaucoup d’intelligence, le parti pris d’une mise en scène épurée. Quelques sacs de jute comme accessoires, un rideau bleu pâle parsemé d’étoiles et un sol composé de huit panneaux noirs laqués . Vincent Colin a tout axé sur le jeu précis des comédiens et il a eu raison. Il n’y a rien sur scène et il y a tout, grâce à eux et à une bande-son formidable de vérité. Aucun temps mort; la mise en scène est exigeante et le jeu corporel de tout premier ordre qui, encore une fois, fait souvent  penser à Keaton. Vous pouvez chercher: aucune faute  sur ce petit plateau: les entrées et les sorties sont millimétrées, et cette sorte de mécanique bien huilée induit une étonnante crédibilité. C’est dire que le spectacle doit beaucoup aux comédiens: Roch Antoine Albaladéjo, Philippe Blader, Olivier Brodo, Cédric Joulie, Isabelle Kérésit, Anne-Laure Pons qui, en quelques secondes , avec un autre costume et quelques postiches, incarnent une vingtaine de personnages. C’est une sorte de commedia del arte d’une vérité sans faille qui s’introduit sur scène.
  A voir sans aucune restriction, et, croyez-moi, ce n’est pas tous les jours que l’on vous le dira.

Philippe du Vignal

Théâtre du Lucernaire, jusqu’au 22 février.


Archive de l'auteur

Chemise propre et souliers vernis

 Chemise propre et souliers vernis, texte, jeu et mise en scène de Jean-Pierre Bodin.

affichebodin.jpg  Jean-Pierre Bodin, mais si, souvenez-vous, c’est lui qui avait créé Le Banquet de la Sainte-Cécile où il racontait son enfance à l’harmonie de Chauvigny dans la Vienne, spectacle-culte qui fut joué un peu partout plus 700 fois. Quelques spectacles  et quelques cheveux grisonnants après, Jean-Pierre Bodin remet Chauvigny en selle et nous conte les débuts et la vie d’un accordéoniste de ce même village, où vivent des gens, loin du bruit et de la fureur parisienne, qui doivent cultiver leurs tomates et leurs roses trémières. Où l’on boit peut-être encore au café le rouge limé- mélange national des années cinquante ( 2/3 de limonade, 1/3 de rouge)…
  C’est la France des gens d’en-bas,comme disait M. Raffarin, celle des fanfares et des harmonies dont Jean-Pierre Bodin en formidable conteur, nous entretient. De ses bals, de ses fêtes rurales avec ses bagarres, ses petites histoires de village et ses mariages où on ne boit pas que de l’eau. Il y a comme une sorte de galerie de personnages: Jeannot l’accordéoniste qui s’est formé tout seul pour arriver à jouer six morceaux identifiables de Tino Rossi, avec comme idole Antonio dit Tony Murena, (1917-1970) d’origine italienne , auteur virtuose  des fameux Passion et Indifférence et  qui joua même avec Django Reinhardt.
  Il y a aussi, Ginette, Germain dit Gobemouche, Edouard et beaucoup d’autres dont l’accordéoniste qui fait aussi office d’organiste à la Collégiale, comme cela se pratiquait autrefois, quand les petites églises avaient encore leur orgue, avant le délire  de nettoyage qui s’empara des curés. A Houilles ( Yvelines), il y avait un monsieur Jalade, aveugle, à qui on avait piqué son accordéon et toute la population s’était cotisée pour lui en offrir un autre..
  Tous ces personnages que fait revivre Jean-Pierre Bodin,avec force et délicatesse y compris dans les anecdotes pipi-caca, ce sont comme de lointains parents que l’on aurait perdus de vue et qui réapparaissent soudain par la magie du verbe et de la musique. Il y a en effet ,avec Bodin, trois excellents musiciens: Bertrand Péquèriau à la batterie et à la guitare, Bruno Texier au saxo, à la flûte au bugle et à la guitare basse et Eric Proud à l’accordéon et à la guitare, au concertina et au clavier. Le spectacle va son petit bonhomme de chemin, alternant  récit de Jean-Pierre Bodin , chansons d’Alexandrine Brisson et musique de bal popu; parfois, comme dans les bals popu, on  décroche et l’on est un peu ailleurs: mais ce n’est pas grave et c’est la règle du jeu…
 Le spectacle se termine par un bal et,  bien sûr, par un coup de rouge limé; à ce moment-là, on se croirait plutôt à Chauvigny dans la Vienne  qu’au métro Voltaire, même si, autrefois, l’Artistic était voué aux délices du caf-conç.
  A voir: oui, si vous voulez voir un spectacle un peu hors normes qui associe subtilement, à l’exemple des meilleurs comédies musicales, la chanson, le texte et la musique instrumentale de belle qualité… qu’Anne-Marie Lazarini a bien fait d’inviter.

 

Philippe du Vignal

 

Théâtre Artistic Athévains, jusqu’au 8 février.

Du Vent


Du Vent, théâtre d’objets, texte et mise en scène de Bernard Sultan par Philippe du Vignal
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Sur une petite scène quadri-frontale, quatre personnages, deux hommes et deux femmes sont en proie au vent; cela commence plutôt bien: on voit une petite plume qui se ballade en l’air, ballotée par le vent, juste éclairée par le pinceau lumineux d’une lampe torche;  ensuite, ces personnages qui sont joués , non par des comédiens mais plutôt par des artistes plasticiens et musiciens, essayent de nous faire croire qu’ils sont entraînés par des bourrasques de vent, eux comme les objets qu’ils manipulent comme ces rubans de papier, des sacs en plastique répandus sur scène ou ces feuilles de papier journal qui s’envolent grâce à des ventilateurs apportés  sur scène…De temps à autre, ils courent sur le plateau en faisant beaucoup de bruit… » Les spectacles de Bernard Sultan, prévient aimablement le petit texte de présentation, sont toujours des merveilles de simplicité et d’inventivité qui vont chercher dans notre quotidien le plus proche, les trésors poétiques et ludiques qui s’y trouvent. Une démarche jubilatoire qui célèbre l’économie de moyens, l’amusement de l’esprit et du corps » (sic). On veut bien mais, à cela près que la petite folie douce que Sultan voudrait voir régner sur scène ne fonctionne pas du tout; la faute à quoi ? Sans doute et d’abord à un scénario et à un texte plus que légers, à une gestuelle vraiment trop insuffisante, à des costumes et objets scéniques d’une remarquable laideur,  qu’un élève de première année de Beaux-Arts n’oserait jamais  présenter. Le second degré dans les costumes n’est pas si facile à attraper et tout le monde n’est pas Macha Makeïeff , l’excellente créatrice des costumes des spectacles de Jérôme Deschamps…Ce qui est le plus gênant, c’est sans doute le manque de métaphore dans le spectacle constitué de petits morceaux  mis bout à bout , comme s’il s’agissait de boucler une heure sans trop se soucier d’ un minimum d’unité scénique.Il y a, c’est vrai,  quelques belles images comme ces feuilles de papier de soie blanc que l’on pose sur le corps allongé d’une jeune fille, ou le souffle de ce petit accordéon dont on joue pas tout de suite ,comme pour mieux laisser percevoir toute l’importance de l’air qui l’anime.  Mais le compte n’y est pas,  surtout quand il s’agit d’un spectacle pour enfants à qui on devrait offrir le meilleur. La phrase à retenir de cette après-midi foutue: celle d’un petit garçon de quatre ans qui a dit quinze minutes avant la fin: « Et après? « . Tout était dit en deux mots.

A voir, sûrement pas, que vous soyez adultes ou enfants., que vous habitiez Choisy-le-Roi, Nogent-sur-Marne, Pantin Chevilly-Larue, Elancourt,  Pantin ou à Lorient.

Philippe du Vignal

A TOUS NOS AMIS VISITEURS,

  A TOUS NOS AMIS VISITEURS,

D’abord un grand merci pour la fréquentation assidue pour notre blog  dont vous avez fait preuve depuis quelque trois mois,quand le blog a commencé à fonctionner et pour vos commentaires qu’ils soient élogieux ou parfois fielleux, voire méchants…Qu’importe le blog est bien vivant et c’est l’essentiel. Edith Rappoport est partie dans le grand Nord avec son traîneau et deux rennes qu’elle a achetés, Irène Sadowska fait de la marche à pied pendant une semaine entière dans la neige et le froid qu’elle adore; Gérard Conio a entrepris  de prendre son gros camion pour rencontrer plusieurs grands de ce monde mais il ne veut pas en dire plus, Christine Friedel fait un stage de tir à l’arc sur câble tendu entre deux collines du côté de nulle part ( près de Toulouse) si j’ai bien compris; Claudine Chaigneau fait aussi beaucoup de marche à pied dans la campagne qu’elle adore (c‘est faux! N.D.W.), du côté de Figeac en pensant à la façon de  donner plus de panache au blog et Philippe du Vignal a  rejoint son hameau perdu du Cantal; il s’apprête à couper des chênes renversés par le poids de la neige. Rideau donc pour le blog : la plupart  des théâtres parisiens préfèrent fermer leurs portes. Nous vous retrouverons dès les premiers jours de janvier; d’ici là, prenez soin de vous et God Jul,  comme on dit en Suédois…

Philippe du Vignal

47/ Censure

 Nous avons reçu ce message de Philippe Mourrat chef de projet et programmateur à La Villette, qui nous remet en mémoire un très sombre épisode d’une des premières luttes contre le colonialisme qui se termina par un bain de sang du côté bien sûr des Malgaches, que l’armée et l’administration françaises ont toujours  soigneusement  occulté et qu’avait relaté Jean-Luc Raharimana dans un excellent article accompagné de photos à peine supportables dans la revue Fictions dirigée par Jean-Pierre Han. Cet épisode avait donné naissance à un spectacle de Thierry Bédard   » 47 « , que l’on avait pu voir au denier festival des Francophonies de Limoges et qui,  depuis, est interdit de séjour dans les centres culturels français à l’étranger.

Il semble que M. Kouchner, ministre des affaires étrangères n’ait pas la moindre envie de se prononcer sur la possibilité de représenter le spectacle de Thierry Bédard, autrement dit, pour appeler les choses par leur nom, sur la nécessité de la censure en 2008, puisqu’il n’ a pas répondu à la lettre qui lui a été adressée. Un peu de courage, M. Kouchner, vous qui êtes d’habitude  si rapide à dénoncer les exactions commises un peu partout dans le monde, auriez-vous peur de déplaire à l’Elysée qui a dû donner ses instructions?  On ne peut pas croire, même si ce n’est pas vous qui avez directement pris la décision mais la Direction Générale de la Coopération Internationale et du Développement de votre Ministère, que vous n’ayez pas été tenu au courant. Nous aimerions bien connaître votre point de vue et il ne sera pas facile de vous en sortir avec une pirouette…. En tout cas, qu’on se le dise, ce n’est pas jolijoli cette censure qui n’ose même pas dire son nom… au pays des droits de l’homme. Cela prouve en tout cas que le théâtre peut encore ,malgré tout, déranger l’ordre des choses quand on veut présenter un petit spectacle à des milliers de kilomètres de la France.

Mais ce n’est pas rassurant pour autant, d’autant plus que les articles de presse ne se comptent pas par dizaines… Le Monde préfère sans doute, préparer encore un hommage à Carla Bruni ou quelque chose de ce genre, Le Monde, le célèbre Monde qui s’était permis il y a deux mois de publier dans le même numéro trois articles sur la même Carla Bruni. A quelques jours de Noël, ce n’est pas le genre de nouvelles qui va mettre les gens dans la rue mais on ne peut pas laisser passer cela sinon, après  l’affaire Vinaver de l’été dernier, nous pouvons tout craindre d’un pouvoir qui, très insidieusement, veut tout contrôler en France… comme à l’étranger quand cela dépend de lui. Et cela, c’est vraiment grave…

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13 décembre 2008

Lettre au Ministre des Affaires Étrangères

Objet :spectacle 47 / Raharimanana / mise en scène Thierry Bedard créé le 19 septembre 2008 au Centre Culturel Français Albert Camus / Antananarivo / Madagascar
présenté le 26 septembre 2008
au Festival des Francophonies en Limousin, puis en tournée en France.

Le 15 novembre 2008

à Monsieur Bernard Kouchner, Ministre des Affaires Etrangères et Européennes,

En septembre dernier, une équipe française et malgache a créé un spectacle intitulé 47, qui traite de l’insurrection malgache contre la colonisation française. Un spectacle qui “nous interroge sur les rapports entre colonisés et colonisateur, entre pouvoir actuel et passé, sur le silence de part et d’autre, sur l’écriture de l’histoire par le Nord et la nécessité d’interroger cette histoire par le Sud”.

Un spectacle, comme l’ont souligné tous les critiques, qui ne présente aucun manichéisme, et traite avant tout du silence effroyable qui pèse sur cette tragédie oubliée. Que ce travail soit porté par des français et des malgaches, amène un « sensible » qui a bouleversé les spectateurs aussi bien à Antananarivo qu’en Métropole …

Le 5 novembre 2008, à Addis Abeba, a eu lieu une Réunion régionale annuelle de programmation culturelle et artistique pour la zone de « l’Afrique Australe Orientale et de Océan Indien », qui a succédé à une réunion présidée par la Directrice générale de la DgCID, Mme Anne Gazeau-Secret, réunissant les conseillers de coopération et certains directeurs de CCF et Alliances françaises, ainsi que des représentants de l’Etat (Ministère de la Culture) à Mayotte et à La Réunion.

A la demande de la “direction politique” (?) de la DgCID, le spectacle 47, soutenu dès l’origine par Culturesfrance, et ayant reçu un avis favorable pour une tournée dans l’Océan Indien, a été retiré des propositions de programmation.

Nous souhaiterions donc urgemment connaître les raisons qui ont justifié ce retrait inacceptable.

A Madagascar, une grande partie de la « société civile », nous a rendu hommage, et l’ensemble des historiens (en particulier des jeunes historiens) proches de Lucile Rabearimanana, cette grande historienne spécialiste de l’histoire contemporaine, était en accord avec notre démarche. Cette personne était présente aux deux représentations et a organisé une rencontre à l’Université. Elle a dit publiquement l’importance de l’accord entre des artistes et des scientifiques – c’est rare -, car notre travail traitait avec justesse de ce rapport complexe entre la mémoire et l’Histoire. Et en particulier, de l’Histoire de France. Il nous semble que le texte travaillé, d’après Madagascar 1947 publié en 2007, est « en ordre » sur cette question. Une question de plus en plus “lourde” en France …

Un sujet qui a immédiatement rencontré un public important en Métropole, un sujet qu’il nous semble absolument nécessaire de “porter”, dans les Centres Culturels Français.

Nous aimerions donc connaître votre sentiment – c’est certainement le bon terme -, et votre position sur ce sujet.

Est-il impossible de revenir sur l’histoire commune, en ce cas, de nos deux pays ? Tel que l’avait en particulier proposé le Président de la République Jacques Chirac, en 2005. Soixante ans après un drame qui a fait des dizaines de milliers de victimes, pour la plupart civiles. Drame qui a une portée en Afrique, comme vous le savez, très importante.

Est-il impossible de présenter notre travail, exemplaire, sous la responsabilité “morale” du Ministère des Affaires Etrangères ?

Ou, plus benoîtement, est-ce que la “question culturelle” est encore une question importante au sein de votre Ministère ?

Dans le cas de notre démarche, nous souhaitons insister encore une fois sur le caractère de cette rencontre entre des artistes malgaches et français, qui n’hésitent pas à se confronter à leur histoire commune aussi violente soit elle. Ce que de nombreux artistes et intellectuels des deux continents énoncent actuellement comme nécessaire, sans parler de l’urgence de telles rencontres …

Nous ressentons donc évidemment l’interdit de présenter notre travail comme une “Censure d’Etat”. Rare et incompréhensible. Censure contre laquelle nous sommes près à nous opposer.

En attente de votre réponse, Monsieur le Ministre, veuillez agréer l’expression de nos salutations distinguées.

Jean Luc Raharimanana, écrivain,
Thierry Bedard, metteur en scène, et toute l’équipe du spectacle 47,
Jutta Hepke, Éditions Vents d’ailleurs.

 

http://notoire47.canalblog.com/

Le chant des balles, jonglerie

«  Le chant des balles »,  jonglerie musicale de et avec Eric Bellocq et Vincent de Lavenère, mise en scène de Rémy Ballagué.


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 Ils sont deux, le musicien Eric Bellocq ( théorbe,luth et petits instruments à corde) et Vincent de Lavanère; ils  entrent sur scène en tirant en rond mais en sens inverse trois petits chariots : l’un avec ses instruments, l’autre avec  ses balles et un chistera. Durant une heure, ils ne se parlent pas, la musique est omniprésente comme toujours dans le jonglage, à la différence que cette fois-ci, le musicien est en scène et participe complètement  au jonglage. Les balles obéissent à Vincent de Lavenère, qu’il y en ait trois ou plus: il est là en pantalon noir  flottant, pieds nus: les gestes sont fluides et magnifiques , et le plus admirable est cette aisance et cette maîtrise du geste qu’il possède comme s’il avait toujours eu ce don en naissant. On dirait qu’il  devient le spectateur de sa jonglerie et de sa gestuelle,  dans une sorte de dédoublement . Bien entendu, il y a,  caché,un immense travail corporel et  scénique.
Les moments le plus étonnants: quand il manie, en bon basque, sa chistera et trois balles;  quand, l’un derrière l’autre avec son compère, il joue de sa petite guitare, en se repassant  les balles , comme si c’était absolument naturel. Et le clou du spectacle: cinq sonnailles de vaches descendent des cintres jusqu’à trois mètres de hauteur et Vincent de Lavanère arrive-Dieu sait comment mais lui le sait-  à envoyer une balle juste dans la cloche qu’il faut pour jouer un air tout en continuant à jongler avec les autres… Magique…… Aucun échange verbal, aucune parole mais un regard permanent vers le public qui , tout comme les Egyptiens d’ il y a 4.000 ans, reste fasciné par ce défi aux lois
de la pesanteur. Et il y a quelchantdeballes3.jpgque chose dans cet incessant ballet de balles qui tient d’une métaphore du mouvement des planètes.
De la pure beauté parfaitement en phase avec la musique du 16 ème et 17 ème siècle qui  donne le rythme aux nombreuses figures . On entre dans une sorte de rêve, alors que ce ballet a sans doute à voir avec les mathématiques, puisque nombre de scientifiques dont Jack Boyce, chercheur à Berkeley, sont des passionnés de jonglage, mais les maths et le rêve, ce n’est pas incompatible…
Un seul tout petit bémol: il vaudrait mieux que leur metteur en scène s’abstienne  de leur faire faire les comédiens: même si c’est à de rares moments, cela sonne faux … Mais les enfants comme les parents font un triomphe bien mérité à Eric Bellocg et Vincent de Lavenère. A voir, oui,  et sans aucune réserve, ce n’est pas tous les jours que l’on vous le dira. C’est du vrai théâtre au sens étymologique du terme, et cela va beaucoup plus loin, mine de rien ou mine de tout, que les petites âneries de madame Sophie Perez.

 Le spectacle s’est joué quelques jours au Théâtre de la Commune d’Aubervilliers qui a bien fait de l’accueillir et continue à se  jouer un peu partout en tournée en France; si vous voulez en savoir plus :  La compagnie  Champ de balles aura prochainement un site auquel vous pourrez vous référer.

Les sept jours de Simon Labrosse

 Les sept jours de Simon Labrosse , mise en scène de Claude Viala.

 

  Carole Fréchette, il y a un moment que cette dramaturge québécoise est montée régulièrement en France ( Les Quatre morts de Marie, La peau d’Elisa, Jean et Béatrice et bientôt au Théâtre du Rond-Point, La petite pièce en haut de l’escalier. Les Sept jours de Simon Labrosse met en scène un jeune homme qui invite le public à assister à quelques petites tranches de sa vie à lui. Cela commence par une sorte de théâtre dans le théâtre-une fois de plus!- auquel on a bien du mal à croslabrosse166.jpgire, puis chaque jour qui commence, est  ponctué, sur une petite musique de Sanseverino, par la célèbre phrase de la Genèse »  Dieu appela la lumière jour et les ténèbres nuits : « il y eut un soir, il y eut un matin » que chantait autrefois Marie-Claire Pichaud (si, si, essayez de vous souvenir de ce quarante cinq tours assez mielleux des années 60).
  Donc, revenons à ce Simon Labrosse qui possède à la fois une imagination délirante et qui déborde d’énergie. Il propose aux gens qu’il rencontre ses services en tout genre: cascadeur émotif, finisseur de phrases, flatteur d’ego, spectateur de vie ou mieux encore allégeur de conscience. Il veut à tout prix, c’est à dire en faisant payer un peu les gens,  se réinsérer dans la vie active en gagnant leur confiance. C’est,  en fait, des morceaux de sa petite vie avec ses espoirs et surtout ses ennuis ( loyer impayé, fiancée disparue en Afrique,et…) que Simon Labrosse propose au public. Mais le pauvre jeune homme- assez risible et dérisoire- semble condamné à la solitude dans une société qu’il n’intéresse pas, et où « il pleut des briques Il a quand même deux amis: Léo, un poète huluberlu qui voit tout en noir et Nathalie qui, elle, ne rêve que de son avenir personnel.
  C’est parfois drôle, et plein d’invention, parce que le trio Cédric Revollon ( Simon), Hervé Laudière ( Léo) et Léonore Chaix  (surtout , avec un côté nunuche et sotsot qui fait dire qu’elle doit être d’une belle intelligence pour arriver à ce degré d’interprétation; c’est correctement -mais pas plus- mis en scène par Claude Viala qui devrait quand même conseiller à Cédric Revollon de mettre un bémol à ses criailleries. Le temps parait un peu long, et ce qui ferait quelques sketches réussis peine à s’imposer comme véritable pièce. Le public dans l’ensemble ne boude pas son plaisir, mais, bon, désolés,  on reste malgré tout un peu sur sa faim.
  Y aller?  Oui, si vous êtes sensible à l’écriture poétique de Carole Fréchette mais, soyons honnêtes, ce n’est pas une soirée inoubliable, et il a toujours Le monde moderne de Depardon au cinéma, si vous ne l’avez pas encore vu….

Théâtre de l’Opprimé, rue du Charolais ( métro Dugommier) jusqu’au 28 décembre.

Kolmårdstomten ou le père Noël de Kolmården.

1002811.jpgKolmårdstomten ou le père Noël de Kolmården.

  Kolmården est un village dans les bois à la périphérie de Norrköping, qui était une ville d’industrie textile, (80.000 habitants) située à 150 kilomètres de Stockholm, avec d’anciennes usines  à l’architecture de brique remarquable, reconverties en théâtre, musée du design, boutiques et appartements.
  Le 13 décembre, a lieu la fête de la Sainte-Lucie (où l’on peut assister dans chaque temple à une cérémonie où des jeunes filles blondes, comme on voit dans les films de Bergman, chantent, la tête couronnée de bougies, des chants de Noël). A la même date, de la tombée de la nuit à 15 heures (sic) jusqu’à 20 heures, un étrange rituel draine des centaines de personnes venues en famille, et cela jusqu’au 23 décembre.
  Les voitures roulent dans un bois jusqu’à une aire de stationnement à 2 euros (au profit d’œuvres caritatives), puis  on est invité à monter dans les bois  par des sentiers un peu verglassés, balisés par des dizaines de lanternes à bougie ; mieux vaut être bien couvert, même, si en ville, il fait moins froid qu’à Paris ces derniers jours. Et l’on arrive, après dix minutes d1002799.jpg1002801.jpg1002783.jpge marche (tout se mérite dans la vie), à une installation qui pourrait être imaginée par un artiste contemporain et qui plairait sans doute à Lévi-Strauss, l’auteur de si belles pages sur le modèle réduit : c’est un hameau constitué de petites maisons en bois soigneusement construites avec, d’abord, la maison de la mère Noël qui se repose, installée dans un fauteuil à bascule au seul éclairage des bougies. Il n’y de la place que pour une dizaine de personnes, enfants compris.

 

Un peu plus loin, on pe1002779.jpgut admirer la  piste de départ du grand traîneau du père Noël pour ses tournées du 24 décembre. Les  six rennes,  malheureusement, ne sont pas encore là. Tomten est en fait un vieux personnage mythique chez nos amis suédois :  entouré par sa bande de lutins, il habite sous la maison et protège le bâtiment, les humains et les animaux ;  c’est pour cela que l’on place encore souvent un bol de porridge à leur intention près de la porte d’entrée, au moment de Noël.
    On peut donc admirer, à proximité, l’école des lutins qui, comme toutes les maisons, est juste éclairée par des bougies. Il y a un tableau noir où sont inscrits des noms d’enfants…Et un temple, avec son harmonium et sa chaire, où trône une grosse Bible ouverte et, juste à côté, une petite bouteille de Julmust : un  soda de Noël à base de sucre, houblon et malt, boisson favorite des enfants (50 cl: 1, 50 euro). Et pas besoin d’avoir cinq ans seulement pour ressentir toute la magie des lieux, d’autant plus que la lumière des bougies joue sans cesse sur les planches et les poutres de pin blond. Il y a aussi le dortoir des cinquante deux lutins avec une télévision spéciale sans écran avec un fond de mouches (on dirait chez nous de la « neige ») avec encore une bougie.
  Dans une sorte de petit hangar, il y a enfin une charrette faite d’un tronc  creusé (de pin évidemment) avec des roues pleines montées sur rails, prête à descendre les lutins sous la terre, via une grande trappe. Le clou de cette installation est un puits de quelques mètres qui débouche de l’autre côté du globe terrestre en apportant la lumière solaire qui est la bienvenue le 13 décembre, date de l’ancien solstice d’hiver. Vous êtes sceptique ? Tant pis pour vous, puisqu’on entend même un brouhaha de voix chinoises… C’est bien une preuve, non ?
  Près de là, le père Noël en personne, la cinquantaine, grand et un peu bedonnant (un peu trop d’Aquavit peut-être ?) et les cheveux bien blancs et propres comme tout père Noël respectable, raconte plein de merveilleuses histoires aux enfants près d’un grand feu de bois où leurs papas font cuire des saucisses.
   Vous avez dit magique ? Oui, magique, dans sa simplicité, son respect de l’environnement (mise à part, la nécessité d’y aller en voiture) et sa grande poésie. Et c’est conçu et animé par qui ? Håkan Thornell, un agriculteur du village qui fait tout cela bénévolement, loin des centres commerciaux de Noël, dans le Norrland de la Suède. Grand merci, Monsieur et madame Thornell. God Jul , comme on dit en suédois, à vous et à  tous nos amis lecteurs…

Philippe du Vignal

  Jusqu’au 23 décembre de 16 heures à 20 heures. Quand vous arrêterez votre traîneau à Norrköping, le plus simple ensuite est de demander la route avant la nuit (c’est près de la mer Baltique si vous venez avec votre bateau) mais c’est tout à fait accessible à condition de connaître le chemin. Encore une fois, God Jul…

Mauvais temps

  Mauvais temps , texte et mise en scène de Frédéric Ferrer.

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  D’abord le cadre: imaginez-vous un immense terrain  avec de grandes allées bordées d’arbres et de nombreux pavillons: nous sommes à l’Hôpital psychiatrique de Ville-Evrard à Neuilly-sur Marne au bout du bout de la Seine Saint-Denis. (Rappelez-vous Ville-Evrard: y avait été interné Antonin Artaud avant qu’il n’aille  à Rodez et où a séjourné jusqu’à sa mort Camille Claudel. Où ont été  tournés aussi plusieurs films …)
  La compagnie Vertical Détour que dirige Frédéric Ferrer  a établi ses quartiers dans les anciennes cuisines de l’hôpital: une grande salle voûtée en béton, aussi silencieuse qu’une église ancienne, dont les murs sont couverts de mosaïque jaune foncé. Il y a juste un gradin d’une cinquantaine de places plutôt inconfortable, et une grande  et profonde aire de jeu munie de projecteurs : l’endroit a quelque chose d’étrange auquel doit beaucoup le spectacle.
  Mauvais temps est une sorte de vraie/ fausse conférence sur le réchauffement climatique. Dans cinq lieux différents, des observateurs observent des signes précurseurs ou visibles de ce fameux réchauffement qui fait l’objet de multiples colloques à travers le monde.. comme en ce moment-hasard de la vie-celui qui se tient à Poznan.Il y a, comme cela un scientifique,tout habillé de blanc, qui démontre comme la future catastrophe que va provoquer à terme la rencontre entre les eaux de la fonte des glaciers et celles du Gulf Stream,avec  à moyen terme l’ inondation de la ville de Brest ( cela fait froid dans le dos);  comme le personnage est joué par Frédéric Ferrer, ancien agrégé de géographie, on peut donc se dire qu’il sait ce dont il parle. Ce scientifique parle aussi beaucoup, longuement  souvent avec des des mots vides et creux et  s’écoute parler avec beaucoup de satisfaction. Il y a un côté loufoque peut-être un peu moins réussi avec une secrétaire à lunettes pas très douée qui s’embrouille dans les transparents qu’elle doit projeter. Et des faux multiplex en direct d’un village de la Drôme , de Gand ou du quartier de la Défense à Paris.La parodie est assez réussie, jusqqu’au cataclysme final quand les reporters  finissent par crever l’écran et arrivent sur scène dans une confusion lamentable: Ce dérèglement scénique est évidemment  la métaphore orale et gestuelle du chaos climatique tant redouté par les scientifiques, sauf par Claude Allègre qui n’y croit guère.
 C’est plutôt bien joué par  Maryline Even,Frédéric Ferrer, Maria Montes, Jean-Claude Montheil, Karen Ramage, Stéphane Scoukroun  et… par un malade mental de l’hôpital, Jean-Jacques Baillin.Il n’a jamais parlé mais il circule avec une précision incroyable dans son fauteuil roulant, visiblement heureux d’être sur scène et  d’échapper à un quotidien qui ne doit pas toujours être très gai. cet homme d’une cinquantaine d’années a quelque chose de très attachant et il possède une gestuelle et une présence fabuleuses que pourraient lui envier bien des comédiens professionnels.
  Le spectacle a été créé il y a deux ans et fait l’objet d’une courte reprise;  c’est souvent très drôle, malgré des gags à répétition qui font long feu et des longueurs mais cela invite aussi à une réflexion sur le devenir à nous pauvres humains; sans faire de catastrophisme. Frédéric Ferrer nous y convie avec humour: cela fait toujours du bien par où cela passe; après tout, on n’a pas toujours l’occasion de rire dans le théâtre contemporain…

Philippe du Vignal

 Anciennes cuisines de l’Hôpital de Ville-Evrard à Neuilly-sur-Marne. Encore ce samedi 13 décembre (01-43-09-35-58) et à Saint-Ouen le 4 avril.

 

L’Illusion comique

L’Illusion comique de  Pierre Corneille, mise en scène de Galin Stoev.

    Corneille n’a que 29 ans ,quand il écrit cet » étrange monstre« , pour reprendre sa propre expression mais il a déjà écrit plusieurs comédies et tragédies mais pas encore Le Cid.
  Pridamante a sans doute fait trop de reproches à son fils qui, comme tous les fils, a envie de prendre sa liberté, et disparait. Le magicien Alcandre va, eillusionls.jpgn bon magicien qu’il est, lui montrer la vie que mène ce Clindor, devenu valet  de Matamore, une espèce de vantard. Clindor est amoureux d’Isabelle , et  tue son rival Adraste. Isabelle,désespérée, arrive à le faire sortir de prison…A  Pridamante, soulagé, le magicien Alcandre va lui montrer ce que devient son fils deux ans après.
  Et le pauvre père voit son fils déclarer son amour à Isabelle… qu’il prend pour une princesse.  Des hommes de main tuent Clindor et Isabelle est amenée auprès d’un prince amoureux d’elle. Mais Pridamante , effondré,  voit son fils et d’autres garçons se partager de l’argent. En fait, tout cela n’est que fiction du théâtre, puisqu’en réalité Clindor est devenu comédien. La pièce, ici rapidement résumée( qui comporte nombre d’actions secondaires), se finit par l’apologie du théâtre et du métier de comédien.
  L’Illusion comique est d’une grande virtuosité: pas d’unité de lieu: nous sommes à en Touraine, puis à Bordeaux et enfin à Paris; Pas d’unité de temps non plus, puisque entre les deux derniers actes, il y a deux ans qui passent mais la construction de la pièce est exemplaire et Corneille se révèle être un  excellent dialoguiste. La pièce est à la fois  simple comme une bulle de savon,  et très compliquée  dans ses multiples chatoiements de scènes secondaires. A côté des histoires d’amour, il y a aussi l’ombre de la mort qui plane sans cesse:  » Je veux perdre la vie en perdant mon amour, dit Isabelle. Comme écho,  » Je meurs trop glorieux, puisque je meurs pour vous, déclare Clindor.  » La peur de la mort me fait déjà mourir »…Cela pourrait être dans Le Cid. La pièce tient à la fois de la pastorale avec ses scènes de séduction , de disparitions, de brouilles et de retrouvailles mais Corneille est allé aussi butiner du côté de la commedia del arte avec ce personnage haut en couleurs qu’est Matamore, personnage vantard et vivant  dans ses fantasmes.
  Fiction/ illusion/ réalité de la vie quotidienne: Corneille sait brouiller les pistes avec une maîtrise exceptionnelle et se révèle être un scénariste hors pair: il y a déjà dans l’action de cette pièce  un côté bande dessinée qui fascine souvent les apprentis comédiens. Probablement, autant que la gamme incroyable des sentiments des personnages qu’en fin psychologue et connaisseur de l’âme humaine, Corneille sait faire vivre devant nous. Cherchez l’erreur: pas la peine, il n’y en a pas
  Et les dialogues laissent présager ceux des tragédies qui suivront: tout y est dit: goût du pouvoir, intelligence, sarcasme, impatience, ironie, duplicité et inconstance de l’amour, prise de conscience que l’on commence à aimer, insensibilité, séduction, jalousie, sympathie et amitié,chaînes du mariage ( souvent forcé à l’époque), regrets sur quoi l’enfer se fonde ( comme disait Apollinaire) , plaisirs de l’amour libre mais aussi peur de la mort qui vient nous chatouiller régulièrement avec, pour finir, une petite piqûre de rappel: l’argent existe bien  comme réalité sociale, et personne ne peut y échapper semble nous dire Corneille…
  Le dernier grand thème de L’Illusion comique est l’amour du théâtre et de la fiction comme lieu poétique, et son corollaire: le théâtre dans le théâtre qui était déjà un thème connu à l’époque mais qu’il traite avec beaucoup d’humour. Bref, tout y est: le texte est à la fois, pétillant et drôle, et écrit dans une langue savoureuse et magnifique…
   Maintenant, venons en à la mise en scène de Galin Stoev, metteur en scène bulgare, qui a déjà beaucoup sévi en France et à la Comédie-Française. On comprend bien ce qu’il a voulu faire au départ: renoncer au décor de la grotte traditionnel et couper une bonne partie du texte pour que cela dure deux heures sans entracte au lieu de trois avec entracte.  Pour ce faire, Il a commencé par faire une belle erreur: encombrer le plateau d’une scénographie qui semble avoir déjà servi pour une pièce de Botho Strauss et qui  oblige les comédiens à de bizarres déplacements. C’est une sorte de  cage, éclairée le plus souvent par des tubes fluorescents,assez laide,  en contre-plaqué noir et en  verre, avec quelques portes , et un escalier en tubes inox qui ne sert pas jamais… Les costumes sont contemporains: complets cravate, pantalons gris et tee-shirts, deux robes rouges identiques pour Isabelle et  Lyse sa suivante, et le magicien est lui, en pantalon de cuir noir..
  Quant à la direction d’acteurs, elle est du genre faiblard pour ne pas dire plus: le pauvre Hervé Pierre ( par ailleurs, excellent acteur) qu’on entend souvent à peine, semble s’ennuyer et les  autres comédiens, laissés à eux-même, souvent face public ( Galin Staev doit penser que cela fait moderne) , débitent leur texte plus qu’ils ne l’interprètent vraiment , sans le  savoureux phrasé de la langue cornélienne et  ont donc bien du mal  à être convaincants. Seul, s’en tire Denis Podalydès dans Matamore: brillant, drôle, énergique, il s’empare du texte de Corneille avec beaucoup d’intelligence et d’ humour , et ce sont bien les rares moments réussis d’une mise en scène qui n’en est pas autre chose qu’un  habillage de pacotille. Quand on repense à la fabuleuse mise en scène de Strehler, ce n’est pas sombrer dans la nostalgie mais on se dit que vraiment,ici,il y a eu une erreur de tir… Décidément, Muriel Mayette, l’administratrice de la Comédie-Française n’aura pas eu de chance ces derniers mois: après la lamentable affaire de Bobigny, une bien triste Illusion comique…
  En fait ,tout se passe comme si Galin Staev s’était amusé, sans scrupule aucun, à décaper cet immense texte  et à fabriquer une sorte de maquette pour son seul plaisir à lui, sans trop penser au public; au final, cela donne un spectacle assez prétentieux ( du genre, vous allez voir ce que vous allez voir quand je modernise  ce pauvre Corneille) ,un peu branchouille ( Lyse nettoie les baies vitrées, Matamore grille une cigarette,etc.. ) et assez insipide, puisqu’on entend  mal le texte de Corneille. La moindre des choses aurait été au moins de diriger les acteurs et de donner toute sa puissance d’évocation poétique à cette langue formidable. Mais, comme il y a quand même une justice en ce bas monde, Corneille, a résisté à l’entreprise de ce jeune metteur en scène qui a voulu faire joujou avec sa pièce, et c’est bien comme cela. Tant pis pour la Comédie-Française mais c’est vraiment dommage pour le public….
 A voir : oui, si vous voulez vraiment que votre fils ou votre fille adolescent prenne en grippe le théâtre, et en particulier celui de Corneille, sinon ce n’est vraiment pas la peine de perdre une soirée, la vie est courte surtout quand il fait froid.

 

Philippe du Vignal

 

Comédie-Française, salle Richelieu, jusqu’au  21 juin 2009 ( en alternance)
 

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