Le Dieu des causes perdues d’Agathe Charnet, mise en scène d’Ambre Kahan

Le Dieu des causes perdues d’Agathe Charnet, mise en scène d’Ambre Kahan

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© Agathe Charnet

Ce spectacle s’inscrit dans la saison Jeune Création, salle Christian Bérard au Théâtre Louis Jouvet, en partenariat avec Prémisses. Une actrice et un musicien portent avec ferveur ce texte psalmodique en forme de quête existentielle. Anna a douze ans quand son frère Maxime quitte l’appartement familial à la suite d’une grosse bêtise.
Depuis, aucune nouvelle, jusqu’au jour où sa mère exhume une carte postale défraîchie en provenance de l’Inde.  La jeune femme partira à sa recherche, en se raccrochant au signe que lui envoie le petit dieu de son enfance, caché dans le placard au-dessus de la porte.
Anna raconte ses nuits d’angoisse, la résignation de sa mère, la longue déchéance d’un père au chômage, et sa colère à elle… Noémie Rimbert se lance à corps perdu dans cette langue charnue, directe, avec le guitariste M’hamed Menjra, aux aguets des mots qui débordent parfois entre rap et slam.

La mise en scène orchestre voix et instrument. Malgré un côté statique, l’actrice donne vie à ce texte grâce à une direction au cordeau. La prose nerveuse d’Agathe Charnet surgit en scansions puissantes et charrie l’ire d’une jeune fille à l’enfance perturbée par les non-dits familiaux.  Au silence des siens, elle oppose sa rage. Le texte raconte le chemin sinueux d’une réconciliation avec elle-même, au-delà du chaos. Ambre Kahan a le goût des textes littéraires, comme l’a montré son adaptation de L’Art de la joie, un roman de Goliarda Sapienza (voir Théâtre du Blog). Noémie Gantier,(Modesta) a été récompensée par le Prix de la Critique. La mise en scène minimaliste en forme d’oratorio, nous révèle un texte, une actrice et un musicien. Du théâtre de poche à jouer partout.

Mireille Davidovici

Jusqu’ au 16 juin, Athénée-Théâtre Louis Jouvet, 4 square de l’Opéra-Louis Jouvet (IX ème). T. : 01 53 05 19 19.

Le texte est publié aux éditions L’Oeil du Prince.


Archive de l'auteur

Je suis perdu, texte et mise en scène de Guillermo Pisani

Je suis perdu, texte et mise en scène de Guillermo Pisani

Une suite de trois pièces courtes, écrites selon l’auteur dans trois styles différents, avec, à chaque fois, un personnage d’un ou d’une émigrée d’origine non européenne. Dans la première, un homme d’une quarantaine d’années qui ne parle pas français, est hébergé chez une jeune femme. Mais il y a comme une tension et une menace dans l’air et de l’argent disparaîtra du porte-feuille de la jeune femme, sans qu’elle ose l’accuser. Puis dans un second temps, lui parlera français presque couramment sans qu’on sache pourquoi… Les personnages sont pourtant assez crédibles et bien incarnés et il y a parfois dans ce huis-clos comme une petit souffle hérité d’Harold Pinter dont l’auteur s’est sans doute inspiré. Un titre en vidéo annonce que c’est la fin de cette première pièce. Bon…

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La deuxième et courte pièce reprend le thème plus qu’usé du théâtre dans le théâtre, avec une répétition où un comédien et une comédienne sont dirigés par une jeune metteuse en scène essayent de jouer les personnages du texte. Cela fonctionne seulement par courts moments mais reste bien conventionnel.

La troisième pièce se veut réaliste, avec des airs de polar. Cela se passe dans un laboratoire scientifique du C.N.R.S. que dirige une jeune femme. Il y a un chercheur expérimenté (la quarantaine) et une jeune chercheuse marocaine très brillante, dont le travail devrait normalement recevoir un prix important sur lequel lorgne sa patronne, par ailleurs bienveillante envers elle.

Et il y a une histoire de cartes-clé dont une a disparu et il y a eu clairement un acte de malveillance dans ce labo: plusieurs œufs de poule utilisés pour la recherche de la jeune femme ont été volontairement cassés sur le sol. Qui peut en être l’auteur? La patronne jalouse et imbue de son autorité, le chercheur amer qui semble ne pas être reconnu à sa juste valeur, voire la jeune chercheuse étrangère craignant de se faire doubler par la directrice. Bref, méfiance, soupçons et inquiétude  au programme… «La menace, l’identité, la méfiance: ces trois motifs liés à notre rapport aux immigrés, dit Guillermo Pisani, résonnent dans les trois pièces et dans les histoires singulières qu’elles racontent sur des personnages irréductibles à leur situation.» 

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Quelques éléments scénographiques comme une table, quelques chaises et un desserte pour la cuisine dans la première pièce puis pour le laboratoire, avec des cartons d’œufs servant aux expériences de pointe, faites par la jeune chercheuse marocaine.
Et cela fonctionne? Non! Les dialogues sont faibles, surtout dans le dernier texte qui se voudrait plus réaliste mais pas crédible une seconde malgré quelques précisons pseudo-scientifiques, avec ces œufs qu’on examine à l’œil nu ! Et cassé anonymement dans le laboratoire fermé.. Mais cette mise en scène est vraiment trop approximative! »D’un regard surplombant sur l’autre, on glisse dans la position d’un regard symétrique, promesse d’une réciprocité, dit l’auteur et metteur en scène.» Comprenne qui pourra!

Et après une fausse fin, on en revient avec quelques phrases à la pièce du début. Là aussi, comprenne qui pourra. Ces piécettes sont (un peu) sauvées par les acteurs expérimentés que sont Caroline Arrouas, Boutaïna El Fekkak et Arthur Igual. Ils arrivent malgré tout -miracle du théâtre- à imposer ces neuf personnages. Chapeau! Cela dit, nous sommes restés sur sa faim et vous pouvez vous épargner ce spectacle laborieux… et peu convaincant.

Philippe du Vignal

Jusqu’au 23 juin, Théâtre de la Tempête, Cartoucherie de Vincennes, route du Champ de manœuvre. Métro : Château de Vincennes+navette gratuite, ou bus 112. T. : 01 43 28 36 36.


 

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Festival June Events Fampitaha, Fampita, Fampitàna chorégraphie de Soa Ratsifandrihana

Festival June Events (suite)

Fampitaha, Fampita, Fampitàna, chorégraphie de Soa Ratsifandrihana

Nous avons découvert cette artiste dans un puissant solo: g roo v e au festival d’Uzès l’an passé (voir Théâtre du Blog). Elle s’entoure ici du guitariste Joël Rabesolo et des performeurs Audrey Merilus et Stanley Ollivier, pour confronter leur héritage d’enfants de la colonisation et de l’exil. Ils sont belges ou français, originaires de Madagascar,  Guadeloupe ou Haïti, immigrés de première, deuxième ou troisième génération.

@Harilay-Rabenjamina

@Harilay-Rabenjamina

Fampitaha, fampita, fampitàna signifie en malgache : comparaison, transmission et rivalité. La pièce agrège toutes ces notions : au terme d’un corps à corps ludique mêlant gestes, chants, musiques, récits, les artistes tissent, au fil de la représentation, un vocabulaire commun, fruit de leurs différences.

Il y a quelques instruments de musique et des nappes colorées, disséminées sur le plateau comme des îles.

La longiligne Audrey Merilus, gestes fluides et costume apprêté, s’accordera en dansant avec la tapageuse Soa Ratsifandrihana, en robe de satin rose d’un autre siècle, et avec le virevoltant Stanley Ollivier. Guidés par les musiques du guitariste, d’abord solennelles et classiques, bientôt riff endiablés ou « beat » de DJ, les interprètes vont se libérer progressivement de gestuelles empesées et révérencieuses, pour trouver une grammaire à la croisée des danses contemporaine et urbaine.
Cette mue s’accompagne de mots : ils parlent créole et évoquent Toussaint Louverture, la « Rue des Negmarrons » et le maréchal Gallieni de sinistre mémoire, qui avait réprimé dans le sang la révolte des Menalamba à Madagascar. Joël Rabesolo nous raconte une légende malgache venue de son grand-père…
Le quatuor s’essaye aussi au rap et au chant choral. Débarrassé des costumes traditionnels, et à l’aise dans une tenue sportive, il aborde la dernière séquence d’un pied léger et trouve, d’une île à l’autre, un récit pluriel.
Soa Ratsifandrihana a travaillé avec James Thierrée, Salia Sanou et Anne Teresa De Keersmaeker et dans la continuité de son premier solo, explore avec humour et élégance, entre musique, danse et mots, les mémoires dont nos corps sont porteurs. Une artiste à suivre…

Mireille Davidovici

Spectacle vu le 6 juin à June Events. Le festival  se poursuit  jusqu’au 8 juin, Atelier, de Paris, 2 route du Champ de manœuvre, Cartoucherie de Vincennes. T. : 01 41 74 17 07.

Du 18 au 22 septembre, MC 93, Bobigny (Seine-Saint-Denis), dans le cadre du Festival d’Automne.

Les 3 et 4 novembre, festival Actoral à Marseille.

 

Place de la République texte et mise en scène de Clément Hervieu-Léger

Place de la République, texte et mise en scène de Clément Hervieu-Léger

 

Sur l’affiche est écrit: Chacun a ses Fantômes. Vivants ou Morts. Une bonne manière de résumer cette rencontre d’une femme et d’un homme. Ces êtres solitaires vont dialoguer et se découvrir et peut-être se perdre ou  mieux se retrouver un jour ! Le théâtre du Lucernaire est lui-même empli de fantômes : le metteur en scène Laurent Terzieff et sa compagne l’actrice Pascale de Boysson, fidèles au lieu mais aussi Pascale Bordet, morte l’an passé et créatrice de costumes dont on peut voir les  dessins originaux dans l’escalier menant à la petite salle du Paradis. Toutes les étoiles s’y sont rejointes pour accueillir Juliette Léger et Daniel San Pedro, ces excellents interprètes qui nous emportent dans les histoires intimes de leur passé.

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© Juliette Parisot

« Le théâtre est le seul lieu sans doute où l’on peut, par-delà l’espace et le temps, par-delà la mort également, retrouver aux yeux de tous ceux qui sont sortis de nos vies, dit Clément Hervieu-Léger. Place de la République mêle fiction et réalité. J’ai souhaité, en effet, écrire à partir de souvenirs, d’expériences vécues. Mais notre mémoire est parfois trompeuse et le récit reconstruit finit par l’emporter sur la véracité des faits.»
Les personnages sont orphelins de personnes «évaporées », comme on dit au Japon, ou simplement disparues. « On en veut toujours à ceux qui nous quittent.», dit l’homme qui ne comprend pas pourquoi Tegato, un ami éthiopien qu’il avait rencontré dans son pays et venu en France sur les traces d’Arthur Rimbaud, a disparu ! La femme, elle, vit encore très mal le suicide d’Anne, son amie d’enfance.

Ces chats solitaires se séduisent pendant une heure cinq pour mieux nous emporter dans leur mémoire. Ils ont un point commun : la manifestation, place de la République pour dire non à l’attentat contre Charlie Hebdo, en 2015. Nous garderons la belle image de ces personnages dansant ensemble mais à distance, sur Veridis Quo de Daft Punk, le générique de l’émission de France-Inter, L’Heure bleue dont le titre est maintenant  Le Grand Canal d‘Eva Bester. Merci à l’auteur et aux acteurs de nous avoir transmis, avec une belle sensibilité, ce moment de communion nationale, un peu oublié aujourd’hui…

 Jean Couturier.

Jusqu’au 30 juin, Théâtre du Lucernaire, 53 rue Notre-Dame-des-Champs, Paris (VI ème). T. : 01 45 44 57 34.

 

 

Les Paravents de Jean Genet, mis en scène d’Arthur Nauzyciel

Les Paravents de  Jean Genet, mise en scène d’Arthur Nauzyciel

La pièce écrite en 1961 fut créée cinq plus tard dans la mise en scène de Roger Blin et les décors et costumes d’André Acquart au théâtre de l’Odéon pour la compagnie Madeleine Renaud-Jean-Louis Barrault, avec ses directeurs et une distribution exceptionnelle: Marie-Hélène Dasté, Maria Casarès, Jacques Alric, Michèle Oppenot… Et Tania Torrens, elle, encore vivante.

© enguerrand

© Enguerrand, mise en scène de Roger Blin (1966) 

Cette création eut lieu quatre ans après la fin des « événements » en Algérie pour ne pas dire guerre coloniale, et Jean Genet était virulent contre l’armée française. Les premières avaient été normalement jouées, puis il y eut des manifestations devant l’Odéon avec Gérard Longuet, Alain Madelin à la tête de groupes d’extrême droite dont certains  réussirent à entrer de force dans la salle et à jeter sur le plateau boules puantes et gaz lacrymo… pour faire cesser les représentations. Et cela, malgré la présence de C.R.S. en grand nombre près de l’Odéon. Des acteurs et techniciens furent même blessés.

 

©x Jean Genet et Roger Blin

© Enguerrand  Jean Genet et Roger Blin

André Malraux, ministre d’État, chargé des Affaires culturelles, défendra avec intelligence le spectacle à l’Assemblée Nationale : «Or, quiconque a lu cette pièce sait très bien qu’elle n’est pas anti-française. Elle est anti-humaine. Elle est anti-tout. Genet n’est pas plus anti-français que Goya anti-espagnol. (…) Mais là encore, Mesdames, Messieurs, allons lentement ! Car avec des citations on peut tout faire: «Alors, ô ma beauté, dites à la vermine qui vous mangera de baisers…. », c’est de la pourriture ! Une charogne, ce n’est pas un titre qui plaisait beaucoup au procureur général, sans parler de Madame Bovary. » (…) Car si nous interdisons Les Paravents, ils seront rejoués demain, non pas trois fois mais cinq cents fois. (…) L’essentiel n’est pas de savoir ce que nous pourrons faire de trois francs de subvention mais de savoir ce qu’on interdira ou non, de savoir quelle gloire sera donnée par l’interdiction à une pièce dont on veut minimiser la portée par une opération de Gribouille. Je ne crois pas que ce soit urgent. En fait nous n’autorisons pas Les Paravents pour ce que vous leur reprochez et qui peut être légitime ; nous les autorisons, malgré ce que vous leur reprochez, comme nous admirons Baudelaire pour la fin d’Une Charogne, et non pas pour la description du mort. »

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Saïd (Aymen Bouchou)  un mauvais garçon paumé vit avec sa mère (Marie-Sophie Ferdane en longue robe noire en guenilles). Ils sont pauvres et il ne peut qu’épouser la femme la plus laide du canton, Leïla, laide, le visage caché derrière une cagoule en filet. Il y a aussi les putains d’un bordel en corsage et  longue jupe dorés, des soldats français en treillis marqué d’un petit drapeau bleu-blanc-rouge. Et d’autres nombreux personnages mais assez peu réels. Loin de tout recours à une incarnation et à un certain illusionnisme, Jean Genet est fasciné par le mal, la violence et la relation à l’autre dans ce département français dont les citoyens ne parlaient pas tous et de loin, la même langue. Et qui n’avaient pas, bien entendu, les mêmes droits jusqu’au jour où… Jean Genet avait souvent insisté sur un éloignement des faits d’origine, nécessaire pour lui à la représentation de ses pièces comme et entre autres, Les Bonnes. Mais ici, dans Les Paravents, c’est quand même en filigrane, de la guerre d’Algérie dont il parle et qui eut des conséquences tragiques pour des millions d’Algériens et de Français. La pièce, malgré des moments d’une rare poésie,  est sans aucun doute inégale et, vu sa longueur, difficile à mettre en scène. Mais Arthur Nauziciel se sert du texte pour recréer un univers qu’il voudrait poétique avec des personnages qui sont plus ceux d’une fresque. Mais que le public, s’il ne connait pas Les Paravents, semble avoir du mal à identifier comme tels. Il y a les prostituées (Farida Rahouadj et Océane Caïraty) en longue robe et coiffe dorées, comme dans les mosaïques byzantines, et plus récemment les peintures de Gustave Klimt, la Mère, les Colons imbus d’eux-même, les Algériens, les officiers  et les soldats en short et chemise kaki avec drapeau bleu-blanc-rouge sur la poitrine.

 

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Cela commence mal avec une espèce de bouillie textuelle et irait sans doute mieux, s’il y avait une véritable direction d’acteurs, surtout dans la première partie… Une spectatrice à côté de nous, visiblement exaspérée, après plus de deux heures, a dit: « Je n’entends pas bien ce que les acteurs disent, je ne comprends rien donc je m’en vais. » Et c’est vrai, les acteurs ne parlent pas fort,  peut-être fatigués: ils sont obligés, mal éclairés par des lumières latérales qui ne les mettent pas en valeur de descendre et monter ces hautes marches d’au moins vingt centimètres et même des interprètes reconnus comme Marie-Sophie Ferdane (La Mère), Mounir Margoum (Habib, le Gendarme, Salem le combattant) ou  Xavier Gallais. (Madani, la Voix du mort, Le lieutenant, l’Académicien) ne semblent pas très à l’aise. Tous  jouent, la plupart du temps, face public mais comment faire autrement? Et l’ensemble, sec et statique, ne dégage pas d’émotion… Cela va un peu mieux dans la seconde partie. Mais, même si, encore une fois, les images sont souvent d’une grande beauté, tout se passe comme si Arthur Nauziciel s’était fait piéger par cet imposant et magnifique escalier blanc, déjà une œuvre plastique en soi imaginé par Riccardo Hernndez.  Il avait d’abord suivi une formation en arts plastiques et il a dû penser à la belle photo d’Alexandre Rodtchenko (1930) et bien sûr, au célèbre escalier construit en 1841 à Odessa, celui du Cuirassé Potemkine (1925) de Sergueï Eisenstein, métaphore de la vie et de la mort.

Il y a ici de belles images, dont certaines semblent empruntées à des artistes contemporains comme Lucio Fontana (1899-1968): une  grande toile blanche encadrée en fond de scène avec une fente, par où entrent les personnages. Un cadre blanc et vide suspendu fait penser à celui du jeune Robert Rauschenberg, et à celui ( plus petit et doré) imaginé par Sophie Calle pour mieux convoquer ses souvenirs, descend des cintres pour y remonter peu de temps après… Et une main droite grand modèle suspendue, opère le même aller et retour en quelques minutes. Proche de celle très grand format au-dessus de laquelle l’artiste australien Stelarc,  nu, est suspendu par de petits crochets, le temps d’une performance.

Ici, juste après l’entracte, est projetée une vidéo où un homme âgé lit les lettres émouvantes qu’envoyait son fils médecin, un « appelé du contingent » dans un village près de Tlemcen qui soignait les militaires français, comme la population locale. Cela allonge encore le spectacle et quelle est la relation avec le texte? La pièce, parfois assez bavarde, avec considérations métaphysiques et répliques provocatrices faciles du genre: « Branle-moi la nouille qu’elle effectue des moulinets gracieux. » a sans doute un peu vieilli et a été peu jouée. Dans nos souvenirs, la mise en scène, artisanale au meilleur sens du terme, de Roger Blin avec des acteurs à la diction irréprochable, fonctionnait bien, malgré le climat politique et les violentes manifestations à l’extérieur. Et, à cause d’une gigantesque panne d’électricité,  nous n’avions pu voir qu’une partie de la mise en scène de Patrice Chéreau dont  le scénographe Richard Peduzzi avait transformé la salle de Nanterre en ancien cinéma… Mais cela n’avait pas été un de ses meilleurs spectacles.

Là tout se passe comme si Arthur Nauzyciel avait voulu d’abord se faire plaisir sans tenir compte du texte original qu’il a largement élagué. Et il fait monter et descendre ses comédiens dans ce monumental escalier de dix-huit marches de vingt centimètres que, (pour faire chic et choc?), il éclaire parfois en blanc cru, en mauve, en bleu… Mais cet exercice de style n’a rien à voir avec la pièce. Et il fait souvent prendre à ses pauvres acteurs qui semblaient ce soir-là peu concernés ou fatigués ( ils n’avaient pas joué depuis trois jours )  des pauses acrobatiques… Où est la chorégraphie annoncée? Bref, on aurait aimé un peu plus d’humilité et ce spectacle, finalement assez prétentieux et lent (quatre heures!), distille un ennui de premier ordre, surtout dans la première partie  (il y a eu de nombreuses désertions à l’entracte…). Malgré encore une fois, de belles images, ce spectacle reste décevant… Dommage.

Philippe du Vignal

Jusqu’au 19 juin, Odéon-Théâtre de l’Europe, place de l’Odéon, Paris (VI ème). T. : 01 44 85 40 40.

 

 

L’Amateur de tennis de Serge Daney lecture d’extraits par Jennifer Decker

LAmateur de tennis de Serge Daney, lecture d’extraits par Jennifer Decker

«Un public éclairé, intelligent est le meilleur allié de ce qui se passe sur le court; contrairement au football, on voit à l’avance les fautes et l’on entre en empathie avec le joueur.», écrivait Serge Daney. Les temps ont changé et les comportements aussi !
Le tennis n’est plus un sanctuaire. La première joueuse mondiale, la Polonaise Iga Swiatek l’a vécu récemment à Roland Garros et s’est exprimée clairement auprès du public : « Je suis désolée d’en parler, j’ai beaucoup de respect pour vous, mais on joue pour vous, parce que c’est un spectacle. Et parfois, il y a beaucoup de pression, si vous criez pendant l’échange ou avant un retour, c’est très dur de se reconcentrer. Je dis ça parce que je suis le genre de joueuse qui doit être dans sa bulle. C’est très sérieux pour nous, on consacre notre vie à chercher à être toujours meilleure, c’est pour ça que c’est très difficile à accepter ».

© Jean-Louis Fernandez

© Jean-Louis Fernandez

Déjà à l’époque du critique des Cahiers du cinéma, ce sport était devenu un spectacle avec ses figures mythiques: Martina Navrátilová, John McEnroe, Mats Wilanders, Yannick Noah… Ce sont ces grandes heures qu’à la Comédie-Française, Jennifer Decker en tenue de tennis, a voulu faire revivre le temps d’une lecture avec des extraits vidéo ou audio de matchs célèbres, dont ceux disputés par John McEnroe !
À propos de la variable temporelle du tennis, «Contrairement au football ou au rugby, dit Serge Daney, le tennis est fondé sur un compte à rebours relatif. La durée d’un match dépend de la capacité des joueurs à créer ce temps en plus dont ils ont besoin pour gagner, à le faire surgir au détour d’une phase de jeu. Ce qui s’est passé à la fin du quatrième set qui a opposé Borg à McEnroe. (…) Tie-break signifie :couper les liens, dénouer. Il permet d’en finir avec un set qui menace de s’éterniser, empêche la crocodilisation du jeu et facilite la retransmission des matchs ainsi devenus plus courts. Pour toutes ces raisons, le tie-break joue sur la solidité des nerfs. Il donne parfois lieu à du cirque (on se souvient de la défaite de McEnroe devant McNamee à Roland-Garros en quatre sets et quatre tie-breaks !), mais rarement à du très bon tennis. C’est du moins ce que je pensais avant ce tie-break-là. Car cela fut admirable tout au long des trente-quatre points qui y furent disputés : on était arrivé à un moment de la rencontre où tout calcul, toute tactique étaient oubliés et passaient derrière l’émotion des joueurs ; eux-mêmes pratiquent sans arrière-pensée et malgré la gravité du moment, le plus beau tennis qui soit ». Cette analyse montre l’excellent connaisseur qu’était Serge Daney.
Cette lecture reprend les chroniques écrites pour Libération de 80 à 90, à propos des matchs vus à Roland-Garros, Wimbledon, Bercy et en coupe Davis. Jennifer Decker, grande amatrice de tennis, nous a fait partager sa passion et  en une heure, nous a transportés dans un autre temps.

Jean Couturier.

Spectacle vu au Grenier de la Comédie-Française, le 21 mai. La programmation du Grenier consacrée au sport est labellisée par Paris 2024 dans le cadre de l’Olympiade culturelle.

LAmateur de tennis (édition P.O.L, 1994).

Léon Blum, une vie héroïque adaptation du podcast de Philippe Collin, conception de Philippe Collin, Violaine Ballet et Charles Berling

Léon Blum, une vie héroïque, adaptation du podcast à France Inter de Philippe Collin, conception: Philippe Collin, Violaine Ballet et Charles Berling

 

© Mireille Davidovici

© Mireille Davidovici

Adapter au théâtre une émission de radio : le pari avec une chorale, des danseurs, comédiens et musiciens amateurs du territoire de Belfort. Soit une soixantaine de personnes de tout âge sur le plateau ou essaimés dans la salle, pour partager une journée festive avec les spectateurs. Aux entractes, des débats avec l’historien Nicolas Rousselier , un bal populaire et un pique-nique républicain. Du spectaculaire : on voit opérer une régie-radio qui rythme en direct les interventions des interprètes et un dessinateur qui croque sur le vif les personnages de cette saga, contée par Philippe Collin. À ses côtés, Charles Berling prête sa voix à Léon Blum, en adoptant ses inflexions fluettes et Bérengère Warluzel lit des textes d’historiens et biographes.

© Mireille Davidovici

© Mireille Davidovici

Pour le plaisir des yeux, aux gestes millimétrés de la créatrice sonore Violaine Ballet, s’ajoutent les coups de pinceau et plume de Sébastien Goethals, auteur de BD et de films d’animation. Les dessins s’affichent sur un écran géant et, de sa main habile, naît un petit théâtre de personnages et scènes historiques.
Cela a eu lieu de quatorze à vingt-trois heures, à la Maison du Peuple de Belfort, lieu idéal pour convoquer cette icône de la gauche qui a traversé héroïquement les tempêtes du XX ème siècle. Les neuf heures de l’émissions ur  France-Inter, réalisée en 2022 par Philippe Collin, ont été ramenées à six en neuf chapitres, de la naissance à la mort de Léon Blum (1872-1950). La dernière séquence, après ses funérailles nationales, est consacrée à l’héritage laissé par cette figure historique ambigüe…

Avec documents sonores, commentaires de biographes et journalistes lus par les acteurs de Belfort, et chants choraux, on nous raconte l’enfance insubordonnée puis les années d’apprentissage où se révèlent les ambitions littéraires de ce  jeune dandy normalien, d’une famille juive alsacienne établie à Paris.
L’affaire Dreyfus propulsera le brillant conseiller d’État de vingt-cinq ans vers l’arène politique et, dans le sillage de Jean Jaurès (chapitre 2),  à la S.F.I.O. (Section Française de l’International Ouvrière) en 1919. Nous vivrons avec lui la division des Gauches au congrès de Tours l’année suivante : il refusera les vingt-et-une conditions de Moscou pour adhérer à la III ème Internationale. «La réforme est révolutionnaire, ose-t-il dire, la révolution est réformiste. »
Puis le pacifisme échoue à l’orée de la Grande Guerre et Léon Blum en sortira effondré. Un temps, il revient à la critique dramatique qu’il n’a jamais cessé de pratiquer d’abord à La Revue Blanche, quand il avait vingt ans. Élu député socialiste en 1936, il formera un gouvernement de coalition incluant des femmes et initiera le Front populaire (chapitre 5/ Changer la vie) . Cet événement a donné lieu à des scènes de liesse et sur scène, on danse et chante L’Internationale, paroles d’Eugène Pottier (1871) et Vas-y, Léon de Gaston Montéhus (1936) ou Amusez-vous d’Henry Garat (1934):« Amusez vous/Comme des fous/ La vie passera comme un rêve /Faites les cents coups/ Dépensez tout /Prenez la vie par le bon bout/ Et zou.»

© Mireille Davidovici

© Mireille Davidovici

Des airs repris en chœur par le public, parmi les nombreuses partitions arrangées et entonnées par L’Echo des rafales, une chorale belfortaine : chants d’espoir, de résistance, ou détournés comme le révolutionnaire: Ah ! ça ira, ça ira, ça ira (1790) chanté… par les Camelots du Roi, un groupe antisémite et antirépublicain qui voue  «tous les députés à la lanterne ». En particulier, ce « Juif allemand naturalisé ou fils de naturalisé (..) un monstre de la République démocratique (…) Détritus humain à traiter comme tel. (…) Un homme à fusiller, mais dans le dos. »


Les injures antisémites, particulièrement virulentes à l’époque, ont accompagné Léon Blum toute sa vie. Ses opposants retrouvèrent Du Mariage (1907), un texte où il prônait l’égalité homme/femme et la liberté sexuelle pour celles-ci. «Gonflé pour l’époque!», commente l’historienne Dominique Missica. «Un pornographe au Conseil d’État!» titre un magazine réactionnaire.

 Les réjouissances seront de courte durée! Arrive la guerre d’Espagne et les atermoiements de la France à intervenir. Léon Blum, incapable de trancher, sous-estimera aussi le danger nazi… Il ira à Munich puis assistera à l’agonie de la III ème République, et courageusement, affrontera le régime de Vichy, au procès qui lui sera fait à Riom en 1942. « Ah! Mon beau procès, ma tant ti relire lire/Avant d’être jugé /Déjà condamné.», se moque la chorale.
Léon Blum connaîtra les geôles françaises, puis la déportation à Buchenwald où le rejoint sa troisième épouse, Jeanne Reichenbach (chapitre 7 /Les Mariés de Buchenwald). Grâce à elle et à la littérature, sa première passion, il survivra mais reviendra à jamais démoli et se retirera de la vie politique : «Je n’oublie pas. Je n’efface pas. (…) Ma résolution: faire tout pour que l’Humanité ne soit plus jamais souillée par de telles horreurs. Jamais plus. »

 Quelle est la leçon transmise par cet homme d’État, plus humaniste que politique? Il poursuivit sa vie durant, un rêve de justice en « socialisant les moyens de production » . Le jeune homme pétri de romantisme- Julien Sorel du Rouge et Noir de Stendhal était son modèle-arrivera à la tête du pays mais se révèlera plus idéaliste que stratège, et peu enclin à trancher dans le vif. Gouverner, c’est prévoir et cela lui a fait défaut lors des grandes crises. Mais ne lui jetons pas la pierre et son épopée a ouvert ici de beaux moments de débat.

Cette longue traversée de l’histoire, Philippe Collin et Charles Berling n’ont pas voulu en faire une n ième série documentaire mais la partager avec nos interrogations. Pour inscrire le spectacle dans les lieux de représentation, ils ont sollicité les forces culturelles locales.
En amont, la coordinatrice, Hélène Bensoussan, a rencontré la direction du théâtre d’accueil, via les associations ou parties prenantes de l’aventure : chorales, compagnies de danse et de théâtre amateur, musiciens…
Après des mois de préparation sous sa direction artistique, un filage d’une journée a suffi pour réaliser cette pièce parfaitement huilée. Charles Berling se demandait «comment dé-verticaliser la pratique du théâtre. L’équipe de création y a répondu en bâtissant un « événement participatif » exemplaire.

 Mireille Davidovici

Spectacle vu le 1er juin, à la Maison du Peuple, 1 place de la Résistance, Belfort (Territoire de Belfort) avec le Granit-Scène nationale. T. : 03 84 58 67 67.

Le 15 juin, Théâtre du Bois de l’Aune, Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône).

le 7 décembre, Espace des Arts,-Scène nationale de Chalon-sur-Saône  (Saône-et-Loire). Le 14 décembre, La Criée, Théâtre National de Marseille.

Le 5  avril, Théâtre National de Nice et le 26 avril, Théâtre de Grasse (Alpes-Maritimes).

Le Révizor d’après Nicolas Gogol, adaptation et mise en scène de Théo Riera ( à partir de sept ans)

Le Révizor, d’après Nicolas Gogol, adaptation et mise en scène de Théo Riera (à partir de sept ans)

La pièce, créée à Saint-Pétersbourg en 1836, fut applaudie par les libéraux et attaquée par les réactionnaires, mais connaîtra un succès dû au scandale. «Tout le monde en a pris pour son grade, moi le premier, dira l’empereur Nicolas. » Mais Nicolas Gogol aurait voulu qu’on y voit, non une satire politique mais une comédie farcesque où il dénonçait la corruption et l’avarice de bourgeois provinciaux. Désemparé, l’écrivain quittera la Russie… La pièce est devenue un classique mais, vu l’importante distribution qu’elle exige, peu de metteurs en scène s’en emparent. Jean-Louis Benoît en 99,  puis Christophe Rauck, il y a neuf  ans au Théâtre du Peuple à Bussang, avaient bien réussi leur coup et il y a eu plusieurs adaptations au cinéma comme à la télévision..

L’histoire avait été suggérée à Nicolas Gogol par son ami, l’écrivain Alexandre Pouchkine. Cela se passe dans un petite ville de province où les habitants apprennent pour bientôt la visite d’un revizor, c’est à dire un inspecteur administratif… Chacun des fonctionnaires -ils ont tous trempé dans des magouilles et piqué dans la caisse- a une trouille absolue et essaye de voir comment il pourra faire face à cette inspection et échapper éventuellement à la prison.
Ils apprennent qu’un homme assez étrange est descendu avec son valet à l’auberge depuis quelques jours. Mais il ne sort jamais de sa chambre et n’a pas encore versé le moindre kopeck pour sa pension et ses repas.  Serait-ce lui, ce revizor redouté ? Reçus les uns après les autres, ils vont tous sans état d’âme, arroser ce jeune homme qui leur demande avec calme de lui prêter un peu, voire beaucoup d’argent.
Très cynique, il n’hésitera pas à draguer à la fois la mère et la fille du bourgmestre… Et il promet honneurs et merveilles financières à ces bourgeois naïfs… Mais son valet l’avertit que la situation commence à être brûlante et qu’il vaudrait mieux filer en vitesse. Effectivement, on annonce l’arrivée du véritable inspecteur…

Depuis 1836, les choses dans tous les pays n’ont guère changé et même à l’ère informatique, les escrocs s’adaptent… Souvenez-vous, entre autres, des escroqueries de Nicolas Gomez Iglesias, un tout jeune Espagnol de vingt ans qui avait réussi à s’infiltrer dans les plus hautes sphères économico-politiques et à la cour de Felipe IV. Il avait ainsi fait de nombreuses victimes.
Comme le mois dernier dans la Région Auvergne-Rhône-Alpes, de faux conseillers bancaires avaient  soutiré plusieurs centaines de milliers d’euros… à quatre cent personnes. Ils les mettaient en confiance et, on n’arrête pas le progrès, leur disaient qu’elles avaient été victimes d’une escroquerie, récupéraient leur numéro de carte bancaire, puis soutiraient de l’argent, via une application ou par sms. Nicolas Gogol aurait apprécié…

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Et son Revizor reste un excellent terreau pour faire travailler de jeunes acteurs. « J’ai conçu, dit le metteur en scène, une adaptation qui se veut un véritable «concentré» de l’œuvre originale. La distribution a été réduite à neuf comédiens pour pousser au maximum les multiples caricatures qu’offrent les personnages de Gogol. (..) Il m’a semblé nécessaire de jouer cette pièce à la manière d’une farce. (…) J’ai voulu que le public vive leurs micro-tragédies à un rythme effréné. »

En effet, cela commence et continue vite. Sur le plateau noir vide, juste une sorte de haut bureau qui deviendra une banquette, puis un canapé. Les neuf jeunes acteurs jouent tous plusieurs rôles, en costumes actuels mais clownesques noirs à paillettes argentées ( les plus réussis sont ceux des actrices) et le visage grimé de blanc, tout aussi clownesque. Loin de tout réalisme ce choix esthétique n’est pas mal vu, quand on a des moyens limités… Et Théo Riera a réussi à traduire l’humour acide de Nicolas Gogol et à rendre tout à fait crédible cette histoire loufoque où se sont embarqués ces notables de province. Le spectacle a un bon rythme et mérite mieux que sa note d’intention, du genre bouillie répétitive: «L’esthétique proposée, éliminant toutes références culturelles ou temporelles, permet de créer un univers visuel fort, cohérent et immersif, accentuant le caractère intemporel et universel des thèmes abordés.»

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 Théo Riera a simplifié l’intrigue, éliminé les personnages secondaires et imaginé  la fin avec une sorte de ballet surréaliste, en maîtrisant bien le coup de théâtre fabuleux imaginé par Nicolas Gogol. Quand le directeur des Postes- il en a l’habitude!- a sans aucun scrupule ouvert une lettre de Khlestakov: «Une affaire étonnante, Messieurs, le fonctionnaire que nous avions pris pour le revizor, n’était pas le revizor. Tous : Comment, pas le revizor ? »
Le jeune homme traite aussi dans cette lettre le bourgmestre d’âne bâté » puis le directeur des Postes, de « canaille et poivrot », le curateur des œuvres de charité, de « véritable cochon à casquette ». Et Khlestakov se vante aussi de séduire la femme et la fille du bourgmestre et précise cyniquement que la mère est plus facile à draguer (mention spéciale à Sophie Ellaouzi et  Marie Cornudet). Tous ces bourgeois sont atterrés et comprennent qu’il se sont fait avoir et n’ont aucne possibilité de recours! Et on leur annonce en plus que le revizor attendu est à l’auberge où ils sont tous convoqués !
Il y a une bonne direction d’acteurs, les scènes s’enchaînent sans à-coup, les entrées et sorties par deux portes latérales se font facilement, ce qui est un miracle sur cette petite scène. Et Théo Riera est très crédible dans le rôle de ce jeune faux revizor qu’il joue avec élégance et désinvolture…
Le spectacle est encore brut de décoffrage et il y a encore du travail: les acteurs boulent souvent leur texte, la diction est approximative et mieux vaudrait éliminer un trop plein de criailleries… Mais bon, cela se travaille et devrait s’arranger; trois semaines avant le festival d’Avignon, le spectacle a toutes les chances de se bonifier et il faudra suivre cette compagnie des Loubards…

Philippe du Vignal

Spectacle vu le 4 juin au Théâtre de Belleville, passage Piver, Paris (XI ème) et le 20 juin à 19h, le 23 juin à 14h45

Espace Alya, du 3 au 21 juillet à 14 h 35, Avignon.

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Ce Révizor, je l’ai souhaité contemporain, cynique, drôle et divertissant.

Théo RIERA

 

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Un Etat de nos vies de et avec Lola Lafon, mise en scène d’Emmanuel Noblet

Un Etat de nos vies, de et avec Lola Lafon, mise en scène d’Emmanuel Noblet

Face au compositeur Olivier Lambert, l’allié de ses précédents spectacles, l’autrice se prête à un petit jeu de questions-réponses. Un parcours en zigzag à travers les mots qu’il lui lance, piochés au hasard de fiches: Etre, Croire, Espoir, Expertise, Capitalisme… Lola Lafon  répond avec grâce, quelquefois à côté, et par des chemins de traverse, avec anecdotes amusantes ou souvenirs puisés dans ses écrits intimes, articles de journaux, lettres, instantanés pris sur le vif, au fil des jours. «Un moment que je souhaite sans affirmation aucune, des points de suspension plutôt qu’un point final, » dit Lola Lafon sur cet exercice de vérité. Avec une feinte légèreté, l’air de ne pas y toucher, elle surfe sur des sujets graves, comme le viol conjugal ou le machisme ordinaire. Ou encore sur des interrogations existentielles.
A la fiche: Absence, elle répond: «Ils sont là, les absents, ils ont tout leur temps. » Et sa tâche d’autrice, dit-elle, sera d’«écrire ce qui nous hante, contre l’oubli. » Elle revendique la liberté de redéfinir les mots courants à l’aune de sa subjectivité présente et souvent, sous un angle politique, dans l’air du temps. Pour  Geste: «Les gestes qu’on n’a pas faits ; les mots qu’on n’a pas dits. » Pour Croire:  «Je me méfie des idéologies à laquelle on a cru. (… )  Croire en rien, un pessimisme actif. » Et pour Dialogue, c’est l’occasion de parler de son chien: «Avec un chien, on ne cherche pas à avoir raison. » Elle consacre une important entrée à son beau braque allemand, dont la vieillesse la renvoie à celle des humains, comme « un état de nos vies »…

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Avec ce puzzle sémantique, elle dessine en creux l’identité multiple d’une romancière. Clair: « Un idéal d’agent immobilier !» et ses personnages fictifs sont «toutes celles que j’ai été. » Lola Lafon revendique l’insaisissable légèreté de l’être, ses doutes et contradictions mais aussi ses luttes et ses convictions et elle s’évade de cet interrogatoire avec une chanson de Dominique A. : «Si seulement, nous avions le courage des oiseaux/ Qui chantent dans le vent glacé. » Elle a plusieurs cordes à son arc : écrivaine avec sept romans publiés et qu’elle a pour la plupart, adaptés au théâtre: récemment Les Cavalières à La Colline. Mais elle est aussi comédienne et chanteuse. Ce dialogue désinvolte en mots et en musique avec Olivier Lambert, en connivence avec les spectateurs, ouvre à chacun un espace de liberté pour inventer ses propres définitions. « Si l’acte d’écrire est pour moi un dialogue avec les lecteurs et lectrices, monter sur scène en est l’application.» Ainsi conçoit-elle cette heure joyeuse de partage. On pourra la retrouver ici-même, en sptembre

 Mireille Davidovici

 Le spectacle  a été joué jusqu’au 1er juin au Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, Paris (VIII ème). T. : 01 44 95 98 00. Du 25 au 29 septembre, Théâtre du Rond-Point. Le 3 octobre, Théâtre de Sénart-Scène Nationale (Seine-et-Marne)  et le 5 octobre, Ferme du Buisson, Noisiel (Seine-et-Marne). Le 5 novembre, Théâtre de Grasse (Alpes-Maritimes). Les 7 et 8 novembre, Théâtre du Bois de l’Aune, Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône). Le 14 novembre, Le Rocher de Palmer, Cenon (Gironde). Le 21 novembre, Théâtre des Bords de Scènes, Athis-Mons (Essonne). Du 25 au 27 novembre, Comédie de Caen-Normandie (Calvados). Les 5 et 6 décembre, Scène Nationale de Saint-Quentin-en-Yvelines; les 12 et 13 décembre, Théâtre du Beauvaisis, Beauvais (Oise)  et  le 19 décembre, Les 3 T, Châtellerault (Vienne).  

Focus Cameroun III Ionesco suite d’après Jacques ou la Soumission, Délire à deux, La Cantrairce chauve, Exercices de conversation et de diction française, La Leçon d’Eugène Ionesco , mise en scène d’Emmanuel Demarcy-Mota

Focus Cameroun III

Ionesco suite d’après Jacques ou la Soumission, Délire à deux, La Cantatrice chauve, Exercices de conversation et de diction française, La Leçon d’Eugène Ionesco, mise en scène d’Emmanuel Demarcy-Mota

Imaginé par le directeur et la troupe du Théâtre de la Ville, Ionesco suite a été un petit mais formidable spectacle «fondateur pour le collectif artistique et Issu d’un laboratoire de jeu d’acteur consacré à l’œuvre de Ionesco ». Il avait été créé à la Comédie de Reims par Emmanuel Demarcy-Mota il y a vingt ans puis repris dans une scénographie quadri-frontale avec des gradins sur le plateau même du Théâtre des Abbesses avec grand succès. (voir Théâtre du Blog). Puis il y a quatre ans à l’Espace Cardin.
Il nous souvient en 2013, d’une représentation pour collégiens et lycéens qui riaient sans arrêt, sidérés par ce cocktail explosif : burlesque, absurdité du langage, révélation de la triste condition humaine, personnage délirants) très bien mis en scène par Emmanuel Demarcy-Mota.
Créée en 2005,
Ionesco Suite a été présenté dans plus de quinze pays. Et dans le cadre d’une coopération entre le Théâtre de la Ville de Paris et l’Institut français du Cameroun, le spectacle a été joué dans la petite salle des Oeillets au sous-sol du Théâtre-pas loin de l’endroit où Gérard de Nerval s’est pendu- avec sept actrices et acteurs camerounais ( mais impossible de les citer: il n’y avait pas de feuille de salle). «Depuis janvier 2023, à Paris, Douala et Yaoundé, ont eu lieu des échanges artistiques entre notre troupe et les acteurs camerounais, a dit en préambule, Emmanuel Demarcy-Mota. Grâce à un dispositif numérique innovant, les répétitions ont eu lieu à distance, ce qui a permis de maintenir les liens dans le travail.»
Avec le directeur de l’Institut culturel français,  il a salué les acteurs et le public camerounais qui ont pu voir cette représentation retransmise en direct. Mais aussi de jeunes neuro-chirurgiens de la Pitié-Salpétrière qui avaient assisté encore lycéens, au spectacle aux Abbesses et qui  étaient revenus le voir…

 

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La petite salle basse de plafond n’est pas idéale (merci les architectes!) mais qu’importe, une toile peinte sans doute récupérée en fond de scène, une grande table nappée de blanc et cela suffit pour que ce patchwork de textes reprenne vie de façon magistrale. Comme régénéré par une équipe de  sept solides acteurs camerounais et ce qu’en disait Emmanuel Demarcy-Mota n’a rien perdu de son actualité: « Un espace de création où les acteurs pourraient apporter leurs scènes ou intervertir leurs rôles à chaque répétition, qui traverserait quelques-unes des obsessions marquantes de l’auteur et révélerait une convergence de thèmes : la difficulté d’être (seul, à deux, en société…), le rêve et la mort, le nivellement de l’individualité, la manifestation du pouvoir et de la domination (affective ou intellectuelle), l’arbitraire et les mécanismes du langage, auto- matisme des comportements, accélération et dérèglement de la parole, utilisation insolite d’enchaînements verbaux, où s’affirme, comme le dit Ionesco : « Le comique poussé à son paroxysme comme expression privilégiée du tragique de l’existence».

© Benoîte Fanton

© Benoîte Fanton

Les acteurs, bien dirigés, ont une diction que peuvent leur envier bien de leurs homologues français, mais aussi même dans ce petit espace pas facile à gérer, une gestuelle impeccable. Ei il y a d’excellents moments: entre autres, un extrait de Délire à deux où un homme et une femme se demandent si le limaçon et la tortue sont-ils un seule espèce ou deux ? Une querelle dérisoire, mais comme si l’essentiel était chez ces personnages, l’énergie qu’ils dépensent.
Ou la scène désormais classique de La Cantatrice chauve : M. Smith Tiens, on sonne. Il doit y avoir quelqu’un. Madame Smith (qui fait une crise de colère): Ne m’envoie plus ouvrir la porte. Tu as vu que c’était inutile. L’expérience nous apprend que lorsqu’on entend sonner à la porte, c’est qu’il n’y a jamais personne. Madame Martin : Jamais. M. Martin: Ce n’est pas sûr. M. Smith : C’est même faux. La plupart du temps, quand on entend sonner à la porte, c’est qu’il y a quelqu’un .»

Côté mise en scène, la directions d’acteurs est très bonne, surtout quand on sait qu’elle a été réalisée à distance mais il y a quelques flottements vers la fin et la succession de gâteaux à la crème où certains des personnages plongent le visage, est un peu trop attendue et-on le sait depuis longtemps- un gag répété n’est jamais le bienvenu…
Malgré cela, on passe un bon moment et Eugène Ionesco (1909-1994), ce bougon pas très bavard et assez désespéré la seule fois où nous l’avions rencontré, aurait sûrement découvert avec plaisir les fragments de ses pièces jouées partout dans le monde et ici bien interprétés par ces brillants acteurs camerounais. Mais, à quand, Emmanuel Demarcy-Mota, une vraie série de représentations de ce spectacle dans de meilleures conditions? Ils le méritent largement…

Philippe du Vignal

Spectacle joué les 31 mai, 1er et 2 juin au Théâtre de la Ville-Sarah Bernhardt, place du Châtelet, Paris (IV ème). T. :  01 48 87 54 42.

 

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