Erwin Redl à la Fondation Groupe EdF

 

Erwin Redl à  la Fondation Groupe EdF

© Vincent Baillais – agence TOMA

© Vincent Baillais – agence TOMA

Cet artiste de cinquante-cinq ans, d’origine autrichienne, vit à Bowling Green, Ohio et à New York  depuis 1993. Après un master en art numérique à la School of visual arts de New York et une licence en composition musicale à l’Université de Vienne, il a souvent réalisé des installations aux proportions architecturales comme au Whitney Museum of American art en 2002  avec une grille de lumières LED recouvrant toute la façade. Ses œuvres font partie, entre autres, des collections des institutions du Whitney mais aussi du Musée d’art contemporain de San Diego, du Borusan Contemporary à Istanbul…

Ici, dans cette ancienne sous-station électrique de 400 m2, réaménagée en salles d’exposition,  Erwin Redl a réalisé  -et c’est la première fois en France-  une installation lumineuse avec des amploules-leds suspendues à de dizaines de fils au rez-de-chaussée dans un puits jusqu’au premier étage. La lumière, sans jamais s’éteindre, varie lentement entre le rouge et le bleu. Soit « le spectre chromatique visible ainsi que celui des émotions humaines. Le rouge représente l’extrême de la sensualité  et le bleu, son contrepoint froid et rationnel. L’expérience esthétique immersive alliée aux aspects technologiques particulièrement sophistiqués brouille la frontière entre réel et virtuel. »

Erwin Redl place ainsi le visiteur au cœur même de son installation lumineuse qui peut s’y déplacer à volonté. Et on éprouve vite à condition de jouer un peu le jeu, une sorte de déstabilisation du corps,  quand on pénétrer dans ces séries de petites ampoules suspendues. Avec un regard à la verticale, à l’horizontale et surtout à la diagonale jusqu’en bas. Suprême raffinement, comment dire les choses : on se sent presque flotter dans ce grand espace où l’on a une autre perception mentale spatio-temporelle de son corps. Et les enfants encore plus fascinés que leurs parents, se réjouissaient d’y pénétrer. Même s’il faut sans doute ne pas y rester trop longtemps, les éclairages leds émettant une proportion importante de lumière bleue, avec de courtes longueurs d’onde: pas des meilleures pour les yeux.

Une expérience sensorielle qui rappelle celle de la danseuse américaine Loïe Fuller ; en 1892, elle faisait éclairer son solo par des projecteurs aux gélatines colorées avec sans doute un pouvoir hypnotique évident. Là aussi c’était il y a  plus d’un siècle déjà une expérimentation artistique de tout premier ordre sur la nature de la lumière et sur les ondes qu’elle dégage sur des spectateurs. Même si ; à l’époque, ils étaient assis dans un espace traditionnel.

Deux autres pièces mais moins intéressantes sont aussi présentées dans de petits espaces avec le même système d’ampoules leds rouges et bleues : Reflection, on Patterns and Signs v2 et Dial, White-Red White-Blue v2. Mais ne ratez surtout pas cette installation qui ouvre de belles perspectives aux scénographes, metteurs en scène et chorégraphes…

Philippe du Vignal

Fondation Groupe EdF, impasse Récamier, Paris VI ème, tout près du métro Sèvres-Babylone. (Entrée gratuite), jusqu’au 3 février.

 


Archive de l'auteur

Mallé en son exil, un film de Denis Gheerbrant

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Mallé en son exil, un film de Denis Gheerbrant

Le cinéaste, après avoir fait l’I.D.H.E.C. , ex F.E.M.I.S., a tourné, il y a trente ans, son premier film, Printemps de square avec les jeunes d’un quartier du XV ème arrondissement de Paris.Jusqu’en 1990, il  a été directeur de la photo, et réalise aussi des documentaires que l’on connaît bien maintenant comme Amour rue de Lappe (1984), Question d’identité (1986),  Et la vie (1991), La Vie est immense et pleine de dangers (1994). Grands comme le monde (1998), Le Voyage à la mer (2002), Après un voyage (dans le Rwanda) (2004), La république Marseille, une suite de sept films en six heures (2009).

 Et le très remarqué On a grèvé ( 2014) sur les femmes de ménage  d’une grande chaîne hôtelière à Paris, qui refusaient de continuer à se laisser exploiter plus longtemps. Un cinéma disons, pour faire vite: social, où il pointe toutes les difficultés du vivre ensemble et les conflits qui révèlent des injustices criantes dont les chers énarques  ne soupçonnaient même pas l’importance.

Comme d’habitude, il filme seul et reste très discret, voire presque invisible (il s’est juste, l’espace d’un instant, montré caméra à l’épaule dans un miroir comme avec une signature à la Hitchcock) Et c’est lui qui pose des questions apparemment anodines mais en fait très précises. On voit d’abord Mallé, un travailleur émigré malien en plein hiver, dans un Paris enneigé et une banlieue pauvre, puis dans un RER au petit matin, plein d’émigrés africains levés très tôt, pour que les immeubles d’habitation, les bureaux des ministères, les grandes banques des Champs-Elysées soient bien propres à 9 h. Et cela pour un salaire minimum.

Le cinéaste a travaillé à faire émerger doucement la parole de Mallé que l’on voit dans sa pauvre petite chambre de foyer qu’il partage avec un autre Malien. Il l’a filmé pendant cinq ans et on sent une certaine complicité entre eux, attentifs l’un à l’autre. Ils ont travaillé ensemble pour dire la vie de ces hommes que les Français aperçoivent dans le métro, tassés de fatigue, et à qui ils ne parlent jamais. « Quand je filme seul, dit le cinéaste, ce qui m’intéresse, c’est de casser le flux du vécu. » (…)  » Mon regard ne soutient plus la relation. C’est le fait de filmer qui est la relation. C’est violent, c’est beau et c’est fort, et là on fait un film pour les autres, qui n’en est jamais l’enregistrement. »

Et les images aussi anodines sont en réalité d’une grande force. «La manifestation de la vérité implique l’incarnation de la parole dans la chair des images, dit Marie-José Mondzain.» Ici, le visage de Mallé, aux traits souvent énigmatiques, la lumière dans les feuilles d’arbre, la nourriture sommaire dans un bol plastique, son beau costume pour les sorties dans une housse accroché une au mur… On l’entend parfois mal mais il s’exprime dans un français impeccable avec beaucoup de nuances…
 On entend la conversation qu’il a au téléphone, avec sa femme au Mali qu’il engueule mais dont  il nous dit qu’il l’aime, même s’il ne l’a pas vue depuis sept ans qu’il n’est pas retourné chez lui. Il ne se plaint pas, gagne peu avec des journées interminables: on le voit nettoyer des halls d’immeuble, sortir et rentrer sans fin les poubelles à Paris, comme à Montreuil où il habite. Son honneur à lui, le noble dans son pays et l’esclave ou presque, en France: envoyer chaque mois de quoi faire vivre sa famille. Il fera tout, dit-il, pour que ses enfants puissent faire des études et ne connaissent jamais ce qu’il a dû subir en France.

Puis Denis Gheerbrant qu’on sent alors un peu mal à l’aise, pose la question du statut de la  femme au Mali. «Il y a deux choses là-bas que les Français sont contre ça, dit Mallé, la polygamie et l’excision. » Autrement dit: nous sommes chez nous et ne vous mêlez pas, vous les ex-colonisateurs, de notre façon de vivre, de notre sexualité et de nos coutumes. « La revendication d’égalité devant la loi entre les hommes et les femmes, écrivait déjà Juliette Minces, il y a plus de vingt ans, dans Le Coran et les femmes,  le désir de justice et de liberté, tout ce qui fonde nos valeurs et qui s’est révélé universel, est soudain mis sous le boisseau au nom du respect de la différence. »  Et les grands puissances laissent faire: la démocratie a ses limites. Et Mallé n’éprouve aucune gêne pour dire que dans son pays, la règle absolue est la nécessité d’avoir un supérieur. Il a donc là-bas une famille d’esclaves à sa disposition, qu’il a reçue en héritage de son père. Mallé explique aussi que la polygamie et l’excision sont une bonne chose et un héritage de ses ancêtres nobles: les Soninké, des hommes libres, que l’on doit respecter. Et il trouve ces pratiques -encore très fréquentes- absolument normales, même s’il précise bien qu’elles ne sont pas obligatoires !

Intelligent et débrouillard, Mallé vit depuis quelque vingt ans en région parisienne et les déplacements en bus et métro comme la vie quotidienne ne lui posent plus aucune difficulté. Curieux et informé, il a la culture d’un homme du XXI ème dans une grande agglomération occidentale mais il a aussi celle de ses ancêtres qui fonde son identité. Et il  avoue que sa femme et ses filles aient été excisées! Là, cela bloque: Denis Gheerbrant, très pudique, ne dit rien mais, malgré leur complicité, il lui dit très franchement qu’en France, c’est un crime. Mallé reste sur ses positions, et ne veut en aucun cas renier ce qu’il nomme: respect de la tradition et des ancêtres. Il parle beaucoup mais a bien du mal à soutenir l’insoutenable. Jusque là, sympathique, l’homme le devient alors  beaucoup moins.

Une  tension perceptible monte alors dans le dialogue et l’empathie en prend un coup. «Mais il m’ébranle, remarque Denis Gheerbrant, je me dois et je lui dois de m’exprimer. J’essaie de faire ce que j’attends d’un film : qu’il change mon regard, qu’il me permette de rendre à l’autre sa complexité de personne et de sujet. » En une heure quarante, le cinéaste, caméra à l’épaule, réussit avec une grande maîtrise, cette difficile épreuve où un étranger ouvre son univers face caméra, et où il nous plonge dans un monde très éloigné de nous, pourtant géographiquement si proche. «Une différence qui ne fournit rien à l’esprit, n’est pas une différence, disait déjà Goethe ». Et là, on est comblé. Ne ratez pas ce film bien réalisé dont un des grands mérites est de poser des questions auxquelles ni Mallé ni les spectateurs ne peuvent apporter de vraie  réponse…

Philippe du Vignal

Film vu au festival Cinéma du réel, le 21 décembre, Centre Georges Pompidou, Paris IV ème.


A partir du 16 janvier, Espace Saint-Michel, 7 Place Saint-Michel, Paris V ème.

 

Adieu Guy Rétoré

Adieu Guy Rétoré

JACQUES WINDENBERGER / SAIF IMAGES

JACQUES WINDENBERGER / SAIF IMAGES

Il avait quatre-vingt quatorze ans, et fut un des pionniers de la décentralisation, non pas en province mais… dans un arrondissement sans théâtre de la Capitale, le XX ème, où il réussit à créer le T.E.P. (Théâtre de l’Est Parisien). Employé à la SNCF, il avait fondé  à Ménilmontant où il avait toujours vécu, la Guilde, une compagnie d’amateurs. Et il monte en 1956 (il avait trente-deux ans), La Vie et la mort du Roi Jean d’après Le Roi Jean, une pièce peu connue de Shakespeare qui y peint un monde politique marqué par l’ambiguïté et le compromis.

Guy Rétoré remporte un an plus tard avec ce spectacle le Prix du concours des jeunes compagnies institué par le Ministère de la Culture. Ce qui avait valeur d’adoubement dans la profession, avec à la clé, une enveloppe. Il put ainsi aménager rue du Retrait à Ménilmontant un petit théâtre qu’il voulait populaire dans une salle de paroisse. L’Histoire connaît parfois de curieux dérapages : au moment où Guy Rétoré nous quitte, l’église catholique, propriétaire de cette salle, la fait fermer pour des raisons financières…

Dans la ligne éthique et esthétique du T.N.P. de Jean Vilar, Guy Rétoré, discret et infatigable, ne fit aucune concession  et accomplit un véritable travail de terrain en montant les pièces de grand auteurs. Et en 1963, il réussit à emmener sa troupe dans un ancien cinéma, rue Malte Brun. Où il créa ce T.E.P. /Maison de la Culture qu’inaugura par André Malraux, alors ministre de la Culture sous le règne de de Gaulle. Et  en 1972,  le T.E.P.  était promu Centre dramatique national puis reçut le label suprême de Théâtre national. Guy Rétoré qui réalisa, accompagné d’acteurs comme, entre autres Jacques Alric, Gérard Desarthe, Arlette Thépany décédée en août dernier, de nombreuses mises en scène avec des auteurs comme Brecht avec L’Opéra de quat ’sous  (1969) qui fut un grand succès populaire, Sainte Jeanne des abattoirs (1972), Maître Puntila et son valet Matti, La Résistible ascension d’Arturo Ui (1988).  Mais aussi Poussière pourpre du grand écrivain irlandais alors peu connu chez nous, Sean O’ Casey et des pièces d’écrivains contemporains comme,  en 1968, Les 13 soleils de la rue Saint Blaise d’Armand Gatti, puis Le Chantier de Charles Tordjman, Clair d’usine de Daniel Besnehard, Entre Passion et Prairie de Denise Bonal, Dissident il va sans dire de Michel Vinaver. En 1974, il transforme une laverie automatique en seconde salle, le petit T.E.P. où Jacques Lassalle crée Travail à domicile de F.-X. Kroetz, et où fut jouée Fin de partie de Samuel Beckett en 1980.

Puis quand le Ministère décida de construire le Théâtre de la Colline à la place du T.E.P., Guy Rétoré alors proche de la retraite, préféra alors sagement en quitter la Direction et s’installa pas très loin dans une ancienne salle de répétition, avenue Gambetta. Mais le Ministère le poussa vers la sortie en 2002 mais pas de façon très élégante, comme souvent. Dans la droite ligne de Jean Vilar, avec discrétion mais pugnacité, il aura été un des bons artisans de la décentralisation, dans un quartier loin des théâtres bourgeois où, lui aussi, conquit un public populaire. Il était le père de Catherine Rétoré, et le grand-père d’Odja et Sara Llorca, toutes trois comédiennes.

Philippe du Vignal

 

Kanata- Episode 1-La Controverse, mise en scène de Robert Lapage

Kanata- Episode 1-La Controverse,mise en scène de Robert Lepage

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kanata la controverse
photo Théâtre du Soleil

«Il y a tellement de vents contraires», dit Miranda. La jeune artiste française, installée à Vancouver prépare une exposition:  des portraits de femmes autochtones assassinées par un tueur en série canadien. Son projet aura-t-il lieu ?  Prise en étau entre son désir de témoigner au nom de ces victimes, et l’opposition d’associations autochtones, une non native peut-elle légitimement s’exprimer en nom et place des Premières Nations ?

 Ces vents contraires, Robert Lepage, les a subis, quand, à l’invitation d’Ariane Mnouchkine, il a voulu créer Kanata (ce nom en huron-iroquois signifie village et serait à l’origine du nom Canada). Le metteur en scène québécois  se proposait d’explorer l’histoire des premières nations de son pays avec les comédiens du Théâtre du Soleil. Sa pièce fut interdite au Canada, les associations d’artistes et intellectuels autochtones dénonçant une appropriation culturelle et l’absence sur scène de d’acteurs de leurs communautés. Contre vents et marées, Ariane Mnouchkine et  Robert Lepage ont maintenu leur projet, quitte à perdre des financements et une tournée outre-Atlantique. Et  le metteur en scène, pour lever toute ambigüité, a eu l’intelligence d’intégrer cette polémique à son spectacle.

La pièce s’est construite avec les comédiens du Théâtre du Soleil. « Ils sont venus au Québec. » (…)  « Nous avons passé du temps dans l’Ouest canadien, pas uniquement sur les territoires des tribus, mais aussi dans les centres urbains, pour essayer de comprendre cette problématique en milieu citadin.  A l’issue de ces explorations et d’improvisations, aidé par l’écrvain Michel Nadeau, Robert Lepage a tissé les fils d’une saga de deux heures trente, faite de nombreux tableaux. D’Ottawa à la Colombie britannique, des quartiers populaires de Vancouver à une porcherie sordide, des personnages se croisent, des itinéraires s’imbriquent : histoires d’amour, d’amitiés, crimes, vies gâchées et retrouvailles funèbres…

Sur le plateau, Leyla, conservatrice du musée d’Ottawa, commente pour  son homologue du musée du Quai Branly à Paris, le portrait d’un mystérieuse Indienne, Josephte Ourné, peinte par Joseph Légaré (1795 -1855) peintre québécois… D’origine indienne, elle a été adoptée par une couple iranien. On assiste ensuite au massacre à la tronçonneuse d’une belle forêt, pour se retrouver plus tard dans les bas-quartiers de Vancouver, empire de la drogue, voué à la gentrification par des promoteurs, issus de l’immigration chinoise… Un couple français, Miranda et son compagnon, apprenti-comédien, s’installent  là où  dealers et prostituées font leurs petits trafics pour survivre. Des femmes disparaissent. Toutes autochtones dont Tanya, une jeune héroïnomane qui s’est liée d’amitié avec Miranda…

 Les décors défilent, vite installés, vite escamotés. Un peu trop nombreux, parfois inutiles, et d’une esthétique peu recherchée. Les séquences sont jouées par une trentaine de comédiens dynamiques et inventifs de toutes les nationalités, avec des dialogues, parfois un peu bavards et relâchés, mais des personnages touchants auxquels on ne peut rester indifférent. Leur destin tragique évoque le sort de ces peuples démembrés, et victimes de l’ethnocide des blancs : colons, soldats et prêtres qui ont volé leur terres, les ont  parqués dans des réserves inhospitalières,  les ont abandonnés à l’alcool et au chômage, et ont enlevé leurs fillettes pour les élever dans des orphelinats. Ils ont aussi éradiqué les langues et coutumes des Premières Nations. Constat terrible qu’il était urgent d’établir.

Merci à Ariane Mnouchkine d’avoir tenu bon face à «une intimidation inimaginable dans un pays démocratique », exercée en grande partie sur les réseaux sociaux. Bravo à Robert Lepage d’avoir donné une réponse artistique à ces  tentatives de censure. On peut comprendre la colère de ces peuples, et leurs revendications mais ce spectacle ne trahit en aucun cas leur cause et ouvre un important débat. Et Ariane Mnouchkine a mis sur pied des rencontres et envisage un festival de théâtre autochtone à la Cartoucherie. Il faut aller voir ce spectacle. On peut aussi se restaurer sur place, les mets sont bon marché, délicieux, l’ambiance toujours aussi chaleureuse, et les livres en vente à la librairie,  susceptibles de combler nos lacunes sur les questions indigènes.

 Mireille Davidovici

 Jusqu’au 17 février, Théâtre du  Soleil, route du Champ de manœuvre, Vincennes (Val-de-Marne)  T. :01 43 74 88 50

Hamlet , opéra d’Ambroise Thomas, mise en scène de Cyril Teste, direction musicale de Louis Langrée

Photo Vincent Pontet

Photo Vincent Pontet

Hamlet, opéra d’Ambroise Thomas, livret de Michel Carré et Jules Barbier,  d’après William Shakespeare, mise en scène de Cyril Teste, direction musicale de Louis Langrée

Photo Vincent Pontet

Photo Vincent Pontet

Le metteur en scène de Festen, spectacle que avions apprécié (voir Le Théâtre du blog), met son talent au service d’une œuvre lyrique à la française, créé le 9 mars 1868,  à l’Opéra Le Pelletier à Paris. Dans cette nouvelle production de l’Opéra-Comique, Louis Langrée dirige l’orchestre des Champs-Elysées et remet au goût du jour, la partition romantique un peu oubliée du compositeur, célèbre pour son Mignon (1866).

La musique épouse un livret de style convenu: Jules Barbier et Michel Carré, célèbres pour le Faust de Gounod , marqués par l’influence de Victor Hugo, et surtout l’Hamlet d’Alexandre Dumas et Paul Meurice (1847), se focalisent sur l’idylle Hamlet-Ophélie, plus que sur les intrigues du pouvoir. Adroits adaptateurs, ils versifient habilement mais sans poésie, bien loin de William Shakespeare. La structure dramatique reste cependant cohérente et concise : Laërte (ténor), voit son rôle réduit, comme celui de son père Polonius (baryton basse). Sont privilégiés les conflits intimes:  entre Hamlet et Ophélie,  entre Claudius et Gertrude,  et entre Hamlet,Ophélie et Gertrude, et enfin la grande scène de l’acte III Hamlet-Gertrude…

La partition d’Ambroise Thomas possède une certaine force expressive, mais reste sans grand éclat : « Il y a trois sortes de musique, ironisait Emmanuel Chabrier: la bonne, la mauvaise et celle d’Ambroise Thomas. » Elle ménage pourtant quelques innovations, comme l’introduction d’un solo de saxophone, instrument nouvellement inventé. Aux rafales de cordes dramatisantes, succèdent de jolis solos de cor anglais, clarinette, flûte et trombone. A noter de petit joyaux comme la chanson d’Ophélie à l’acte lV, interprétée magnifiquement par Sabine Devieilhe, alors que son corps s’estompe dans les flots grâce au cinéma.

Louis Langrée nous restitue sans afféteries le charme de la musique, et la mise en scène contribue aussi à la magie de ce spectacle. « Cette œuvre nous met au défi : définir points de vue et cadrages, construire des plans, et monter des scènes.», dit Cyril Teste. L’écriture scénique qu’il a mise au point, depuis 2011, avec le Collectif MxM (tournage, montage, étalonnage et mixage en temps réel, sous le regard du public), correspond à l’univers onirique de William Shakespeare. Théâtre et cinéma font ici excellent ménage. La caméra de Nicolas Dorémus saisit au plus près chaque personnage. De séquence en séquence, dans la scénographie élégante de Ramy Fischler, une symbiose s’installe entre cinéma, théâtre, chant et orchestre. Chaque acte commence par un film, puis Cyril Teste nous plonge au cœur des conflits. Des films enregistrés nous emmènent hors-champ dans les coulisses pour l’entrée en scène des protagonistes.

Le Spectre du père se balade de la scène à la salle, sur des écrans démultipliant sa présence ombreuse, alors qu’il apparaît aussi en chair et en os au milieu des spectateurs : Jérôme Varnier, à la voix de  basse impressionnante. « Pour moi, il est clair que le Spectre a écrit la  pièce, dit Cyril Teste (on sait d’ailleurs que Shakespeare jouait ce rôle). Le Spectre demande à Hamlet de mettre en scène Le Meurtre de Gonzague. » Comme un véritable chef-opérateur, le Prince se met alors à diriger les acteurs de ce théâtre dans le théâtre:  «Le théâtre sera la chose où je prendrai la conscience du roi, explique le héros » (acte II, scène II). Ici le cinéma renverse l’image du pouvoir construite par l’usurpateur Claudius et sa clique, après le meurtre du Roi et les noces de Gertrude, mère d’Hamlet, avec son beau-frère.

Stéphane Degout, Hamlet élégant gracieux, à l’aise dans ses baskets, a une voix claire et puissante de baryton qui s’unit à merveille à la soprano Sabine Devieilhe et à celle de Sylvie Brunet-Grupposo; elle campe, mezzo soprano, une Gertrude énergique. L’articulation vérité et représentation, au cœur de la problématique shakespearienne, fonctionne à fond dans ce théâtre d’ombres et de lumière où s’ouvrent d’infinies mises en abyme. On retrouve ici le dramaturge élisabéthain, au travers d’un opéra qui s’était un tant soit peu éloigné de sa source originelle. Un grand bravo à tous les artistes et à leur metteur en scène.

Mireille Davidovici

Opéra Comique, 1, place Boieldieu, Paris II ème. T. : 01 70 23 01 31.

 

 

Hiroshima mon amour de Marguerite Duras, adaptation et mise en scène de Bertrand Marcos

Hiroshima mon amour de Marguerite Duras, adaptation et mise en scène de Bertrand Marcos

 

Crédit photo : Carole Bellaïche

Crédit photo : Carole Bellaïche

Au printemps 1958, la société Argos sollicite Marguerite Duras : elle avait produit Nuit et brouillard d’Alain Resnais, et avait passé commande au cinéaste d’un long métrage sur Hiroshima et les effets de la bombe atomique. Le cinéaste veut donner à son film un éclairage féminin, et, après avoir pensé à Françoise Sagan et à Simone de Beauvoir, choisira Marguerite Duras.L’année de la parution de Moderato Cantabile, elle écrit le synopsis d’Hiroshima mon amour, en collaboration avec Alain Resnais et Gérard Jarlot.

La sortie du film, tourné en août et en septembre au Japon, puis en décembre à Nevers, avait été prévue pour le festival de Cannes 1959. Mais non retenu par la commission de sélection, il sera projeté hors festival : un succès ! La grande réussite du scénario tient à ce que Marguerite Duras a compris que, face à un tel thème, elle était confrontée à l’indicible : «J’ai voulu imposer l’impossibilité d’accrocher, d’amarrer l’événement d’Hiroshima à la catastrophe fantastique que représente Hiroshima, une affabulation quelconque.»  Quand elle fait dire au début : «Tu n’as rien vu à Hiroshima », cela signifiait pour elle : tu ne verras jamais rien, tu n’écriras rien, tu ne pourras jamais rien dire sur cet événement. A partir de l’impuissance de parler de l’inouï, elle dit avoir fait le film.

 Comme le note Bernard Pingaud (Inventaire), le film «n’est pas l’histoire d’un amour ou de deux amours, ni celle d’un bombardement»  mais celle  d’un oubli. Ainsi, se souvenir de l’être aimé comme de l’oubli de l’amour même, ou penser à cette histoire comme à l’horreur de l’oubli : «On croit savoir et puis, non jamais.» Le nombre de tués par l’explosion, la chaleur et la tempête de feu consécutive, n’est pas déterminé, mais le Département de l’Énergie des États-Unis l’évalue à 70.000 à Hiroshima le 6 août 1945, et 40.000 à Nagasaki, trois jours plus tard. Face à tous ces morts, l’histoire de la mort d’un seul amour est racontée par Elle qui n’en finit pas de souffrir « qu’avec le temps va tout s’en va.» Elle (Fanny  Ardant), belle silhouette élancée à la robe noire et aux épaules nues  et Lui , en voix off, grave, calme et imposante« Quatre fois au musée de Hiroshima. J’ai regardé les gens. J’ai regardé moi-même pensivement, le fer. Le fer brûlé, Le fer brisé, le fer devenu vulnérable comme la chair. J’ai vu… Des peaux humaines flottantes, survivantes, encore dans la fraîcheur de leurs souffrances. Des pierres. Des pierres brûlées. Des pierres éclatées… » Elle dit n’avoir rien inventé, il rétorque qu’elle a tout inventé, mais elle nie encore.

 Comme dans l’amour, existe cette illusion de pouvoir ne jamais oublier, de même la femme a eu l’illusion devant Hiroshima de n’oublier jamais, amour et mort liés. A la fois majestueuse et fragile, Fanny Ardant fait quelques pas, perchée sur ses talons de ville, puis s’arrête pour une pause furtive, assise sur une chaise, et se relève encore pour s’accroupir plus tard. Avant de s’allonger, étendue et comme gisante, repliée dans la douleur et abandonnant son corps à une ultime passion dévorante. L’homme, l’amant d’Hiroshima, la questionne. Elle, est originaire de Nevers et toute jeune fille, est tombée amoureuse d’un soldat allemand -son premier amour- lors de la Seconde Guerre mondiale. On lui rasa les cheveux pour l’humilier puis, cachée par sa mère dans une cave, elle entend les cris de joie et de fête de la Libération. Objet de honte, elle est dite « morte » par sa famille méprisante, et ne sort que la nuit, dans le jardin.

Elle quittera Nevers à jamais pour la grande ville qu’est Paris, d’où elle ira à Hiroshima. Le cœur gros, elle associe inextricablement, face à son nouvel amant, les deux figures d’un désastre existentiel : la bombe d’Hiroshima qui a tué les vivants sans compter, et la mise à mort de l’amant, l’ennemi de la France, tué dans un jardin à Nevers. L’amour et la mort tombent dans un oubli irréversible, si ce n’est la douleur qui reste. Une performance d’actrice dont la puissance est au service de la musique de Marguerite Duras.

 Véronique Hotte

Théâtre de l’Atelier, 1 place Charles Dullin, Paris XVIII ème, jusqu’au 31 décembre. T. : 01 46 06 49 24.

La version d’Hiroshima mon amour, scénario et dialogues, est éditée chez Gallimard.

 

A Love Suprême de Xavier Durringer, mise en scène de Dominique Pitoiset

A Love Suprême de Xavier Durringer, mise en scène de Dominique Pitoiset

 

A Love supreme_© Mirco Magliocca__DSC4090-1 L’écrivain et réalisateur de cinéma revient à ses premières amours, le théâtre, avec un solo pour femme, écrit sur un tempo digne de John Coltrane. Dominique Pitoiset lui en a passé commande pour le premier acte d’un cycle qu’il entame «sur l’homme blanc et la femme blanche de plus de cinquante ans».

Bianca est sous le choc. Virée sec: «Ils veulent que j’arrête. Ils veulent que j’arrête. C’est venu comme ça sans prévenir, sans le moindre signe (…) C’est dingue. J’ai rien vu venir même pas une réflexion avant, pour que je me prépare à ça. Rien d’avant-coureur, rien d’apparent que j’aurais pu voir venir ou sentir… Rien senti. Rien compris. Ils n’ont rien changé dans leur comportement. Rien. Que de la routine. (…) Et une balle dans la tête. C’est comme si on m’avait craché en plein visage, et que personne ne bouge, personne ne fasse attention. Je suis comme un mollard qui flotte et qui se disloque au fil de l’eau. J’ai honte. Ils veulent que j’arrête.»

 Tout de go, elle déballe son histoire et son linge sale devant les machines d’une laverie automatique. Jeune provinciale désargentée, apprentie comédienne dans les années mille neuf cent quatre-vingt, elle travaille dans un peep-show, A Love Suprême… et y restera trente-deux ans. Elle raconte la Pigalle mythique qui n’est plus,  «Pigalle la Blanche », celle de Claude Nougaro,  les folles nuits du Palace et des Bains-Douches où elle se produisait nue, en pleine gloire et beauté. La vie d’artiste. Elle évoque les filles du strip-club, les amours transitoires… Mais le temps a passé, son corps s’est flétri. Internet a dévoré le marché du sexe et les danseuses du nu sont prêtes à tout pour se faire une place à la barre de pôle-danse.

Seule en scène, portée par l’écriture rythmée et imagée de Xavier Durringer, Nadia Fabrizio nous entraîne avec brio dans le passé de cette femme, sous les feux des projecteurs, ou dans l’intimité des cabines d’un peep-show. Du sordide sublimé par l’éclat des tubes fluo. Du clinquant qui claque et qui nous touche aussi. L’écriture ciselée et staccato de Xavier Durringer porte le jeu de la comédienne et inspire au metteur en scène des flashs d’images et de sons. Les hublots de la laverie se font médaillons où apparaissent les séquences de films de l’époque : Les Valseuses à Paris-Texas, ou Opening Night, sur fond de tubes de Bob Dylan, ou  Should I stay or Should I go  de Joe Strummer, des Clash, et bien sûr, A Love Supreme de John Coltrane.

Il faut souhaiter longue vie à ce joli spectacle, émouvant et sobre. Et quand Bianca dit : «Je suis bonne pour la casse! », au-delà de son propre destin, elle évoque celui des femmes de plus de cinquante ans, notamment les actrices qui, au sein de  l’A.A.F.A. (Actrices Acteurs de France Associés) se sont mobilisées sur la question du “tunnel de la comédienne de cinquante ans“.(Voir Le Théâtre du Blog)

Mireille Davidovici

 Spectacle vu le 17 décembre, à Bonlieu-Scène nationale d’Annecy. T. : 04 50 33 44 11.

 Du 20 mars au 5 avril, Théâtre Marigny, Paris.

Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand, mise en scène de Jean-Philippe Daguerre

Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand, mise en scène de Jean-Philippe Daguerre

AF14DB22-794D-432A-89F6-24AE80470974Cette pièce mythique créée en 1897 -Edmond Rostand n’avait pas trente ans!- est parfois boudée des intellos mais adulée par de nombreux créateurs, comme entre autres Denis Podalydès, Jérôme Savary, Dominique Pitoiset etc. Au cinéma, en 1990,  Jean-Paul Rappeneau avait confié le rôle de Cyrano à Gérard Depardieu. La pièce a sans doute des longueurs et des facilités de rimes mais quel progression dramatique, quels personnages! Et elle continue à attirer les jeunes metteurs en scène, entre autres, Jean Liermier, Lazare Herson-Macarel (voir Le Théâtre du Blog).

La reprise de réalisation (2016) commence plutôt bien, avec pour ce théâtre dans le théâtre, l’utilisation des premières loges au parterre de cette salle style XVIIème mais on déchante très vite: direction d’acteurs floue, interprétation des plus limites et manquant singulièrement d’unité. Et même les rôles principaux ne sont pas bien tenus. Charlotte Matzneff  (Roxane) n’a pas l’âge du rôle, ni une diction correcte. Stéphane Dausch, affublé d’un long nez et d’un bonnet noir, joue son rôle de façon mécanique et sans grande sensibilité. L’acteur qui joue Christian n’a pas non plus l’âge du rôle, et semble s’ennuyer un peu; on se demande comment Roxane a pu en tomber amoureuse…

On sait l’importance des différentes musiques dans Cyrano. Ici, Il y a un violoniste en scène, lui aussi affublé d’un nez noir postiche comme Cyrano, les Dieux savent pourquoi; il accompagne très souvent les dialogues, comme si le metteur en scène avait besoin d’une béquille musicale pour faire passer le texte. Un procédé bien connu et facile, utilisé dans les cours de théâtre mais insupportable dans un spectacle professionnel. Bref, rien ici n’est vraiment dans l’axe et tout cela manque singulièrement de rythme et de vraie poésie… On va encore nous dire que nous ne sommes pas venus un bon jour, mais le public a toujours droit au meilleur, et non à l’approximatif comme ce soir-là!

Côté dramaturgie, le texte est mal coupé, surtout au début et la belle scène du Non merci  très écourtée. Probablement faute d’un budget suffisant, les cadets de Gascogne sont réduits à la portion congrue, et il n’y aucune trouvaille un peu intelligente, sauf l’utilisation d’un balcon de la salle pour la fameuse scène d’amour, malgré un mauvais éclairage et peut-être la seule qui puisse être sauvée de cette bérézina programmée. Et celle du siège d’Arras est bâclée, et la fin, (on ne peut le savoir quand on ne connait pas la pièce) quinze ans se sont écoulés depuis l’acte précédent. Ici, on ne sent en rien l’écoulement du temps, une chose que Jérôme Savary avait si bien réussie. Au Berliner Ensemble, suprême raffinement où pour figurer le temps passé dans Mère Courage, les personnages avaient, à la fin, des costumes portant des traces manifestes d’usure! Et à la mort de Cyrano, qu’il est pourtant difficile de rater, il n’y a aucune émotion et pourtant quelle scène!

Pas de décors, ce qui n’est pas un inconvénient, sinon un banc rustique et une petite table à roulettes pour figurer l’auberge de Raguenau, bon… Côté costumes, mieux vaut oublier ces guêtres avec chaussures de ville contemporaines au lieu de cuissardes que portent les cadets de Gascogne, bien peu crédibles, ou la triste robe de Roxane d’une laideur absolue qui ne l’avantage guère. Ces deux heures et quelque sont assez ennuyeuses, et le public n’avait pas l’air enthousiaste! Après les saluts, Charlotte Matzneff vient, de la bouillie dans la bouche, recommander au public de parler de ce spectacle s’il l’a aimé, mais sinon d’éviter de le faire… Et puis quoi encore? On va se gêner peut-être après cette soirée ratée! Comme si on allait vous conseiller d’aller voir cette médiocre chose!

 Philippe du Vignal

 Théâtre du Ranelagh, 5 rue des Vignes, Paris XVI ème, jusqu’au 13 janvier. T. : 01 42 88 64 44.

 

 

Si loin si proche, une saga franco-algérienne d’Abdelwaheb Sefsaf

Si loin si proche, une saga franco-algérienne d’Abdelwaheb Sefsaf

© Renaud Vezin

© Renaud Vezin

Cela raconte  l’histoire et la vie au quotidien dans les années 1970-80 d’une famille  nombreuse immigrée dans l’Est de la France. Déchirée entre l’Algérie et la France, elle compte tout centime par centime, et vit très pauvrement, pour pouvoir s’offrir une belle maison au bled…  Le père, la mère et les dix enfants,  vont s’embarquer pour un voyage de 2.700 kms, tassés dans une vieille Estafette Renault pour aller en plein été;  fêter le mariage de Wahid avec Zanoubatou. Et bien entendu, l’Estafette tombera en panne en Espagne. Avec arrêt obligatoire de dix jours sur un parking, le temps de faire venir la précieuse pièce indispensable à la réparation. Enfin miracle, la famille pourra continuer le voyage et, après bien des péripéties, finira par arriver au bled…

Hélas, le mariage sera un échec et Wahid après six mois ne s’installera pas en Algérie et repartira pour la France. Ce récit-concert participe à la fois d’une petite épopée familiale de gens pauvres mais dignes. Abdelwaheb Sefsaf raconte cette histoire,  comme un conte moderne, plein d’humour et parfois d’émotion, dans une langue et une diction absolument impeccables. Et on voit, comme si on les avait accompagnés, ces personnages, tout au long de ce drôle de voyage.

 En même temps, le  spectacle participe aussi d’un théâtre musical, puisque Abdelwaheb Sefsaf est accompagné de deux musiciens-chanteurs. Ces allers et retours entre récit et musique sont parfois un peu cahotants -on aimerait que le récit soit plus détaillé quand toute la famille arrive dans son village. Cependant il y a ici une telle générosité que le public en grande partie d’origine algérienne, est vite emporté par cette saga lumineuse. Philippe Mourrat qui vient de quitter la direction de la Maison des Métallos, a bien fait de présenter ce beau spectacle, et ce n’est pas si fréquent surtout dans le centre de Paris, très populaire.

Philippe du Vignal

Maison des Métallos, 34 rue Jean-Pierre Timbaud, Paris XIème jusqu’au 23 décembre

 

Jean-Louis Trintignant,Mille, Piazzolla mise en scène d’Alexandre Vernerey

Trintignant, Mille, Piazzolla, mise en scène d’Alexandre Vernerey
©Alexandre Isard

©Alexandre Isard

Assis sur une chaise haute, Jean-Louis Trintignant est accompagné par Daniel Mille, son fidèle accordéoniste et par son quintette à cordes qui joue des airs d’Astor Piazzolla.  Il dit -très bien- des textes de Jules Laforgue, Guillaume Apolinaire, Allain Leprest, Jacques Prévert, Boris Vian, Gaston Miron, Robert Desnos… « Eternité, tu m’as embrassé, de nous deux, qui est l’homme de couleur ? »

Et on éprouve un vrai plaisir à écouter des poèmes autrefois appris par cœur, comme La Chanson du mal aimé de Guillaume Appolinaire dont les vers continuent à résonner dans nos têtes, ou Je voudrais pas crever de Boris Vian. Le célèbre comédien fait allusion- «J’affirme en mon amour que tu existes ! » à sa fille Marie, tuée voilà quinze ans par son amant Bertrand Cantat qui a purgé sa peine mais les polémiques n’ont jamais cessé et il a du mal à se produire. Il aurait  récemment à Bruxelles, sous-entendu qu’il mettrait un terme à sa carrière sur scène.

Un spectacle honnête, à la fois musical et poétique mais finalement décevant, et aux places vendues assez cher: 35€! On est dans le théâtre privé! La salle se vide rapidement pour laisser place à Tartuffe, monté par Peter Stein.

Edith Rappoport

Théâtre de la Porte Saint-Martin, 16 boulevard Saint-Martin, Paris X ème. T. :  01 42 08 00 32.

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