Too much Time/Women in Prison d’après Jane Evelyn Atwood, adaptation et mise en scène de Fatima Soualhia Manet

 

 Too much Time/Women in Prison d’après les photos et le texte de Jane Evelyn Atwood, adaptation et mise en scène de Fatima Soualhia Manet

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©Jane Evelyn Atwood

Dans la pénombre du plateau vide, devant un grand écran où seront projetées les clichés de Jane Evelyn Atwood, six comédiennes (dont le metteuse en scène) donneront voix, une heure durant, à des femmes que la photographe a rencontrées derrière les barreaux de 1989 à 1998. Une immersion dont elle n’est pas sortie indemne :  «Il m’a fallu beaucoup de temps “pour sortir de prison“ dit-elle dans un extrait filmé, au début du spectacle. Quand ce reportage a été achevé et publié,  j’avais les cheveux gris et tout le monde utilisait un téléphone portable .» 

Après une plongée dans l’univers des prostituées rue des Lombards à Paris il y a une trentaine d’années, la photographe américaine «fascinée par les mondes clos» et la vie des exclus, se rend dans une quarantaine de prisons en Europe comme aux Etats-Unis. Elle réussit à pénétrer dans les pires établissements, jusque dans les quartiers des condamnées à mort et en est revenue avec des images saisissantes et des témoignages des prisonnières et de leurs gardiens. Dans Trop de peine/Femmes en prison, avec cent-cinquante clichés en noir et blanc, elle montre le quotidien de ces femmes privées de liberté…

Pour Fatima Soualhia Manet, il ne s’agissait pas de reproduire le livre mais de mettre en perspective les paroles croisées des détenues, de l’administration pénitentiaire et de la photographe. Et d’ouvrir ainsi l’espace de la prison, en apportant au public leurs points de vue. Les comédiennes se déploient ensemble, avant de faire entendre chacune:  Gwen, Linda, Brenda, Lynn, Karen… Comment en sont-elles arrivées là, et comment survivent-elles à la culpabilité d’avoir tué leur enfant ou leur conjoint… Comment aussi sont-elles considérées et traitées, et avec quelle différence par rapport aux hommes… Leurs confidences donnent à réfléchir, autant que nous choquent les propos cyniques d’un préposé au couloir de la mort, ou les statistiques sur les délits  féminins, portées par le seul homme de la distribution…

Plus parlantes que tout témoignage, les photos, à la fois réalistes et poétiques, apportent une clarté bienvenue à la noirceur de ces vies recluses. Le jeu des actrices, d’une grande sobriété, évite le pathos, et le spectacle nous interpelle sur des questions souvent passées sous silence. Nous découvrons aussi la beauté des images de cette grande artiste, installée en France depuis 1971, solidaire des grandes causes, et qui, par la suite, avec Les Sentinelles de l’ombre (2004) dénonça les ravages des mines anti-personnelles, après quatre ans d’enquête au Cambodge, Mozambique, Angola, Kosovo et Afghanistan. «Avec des photos provocantes, accompagnées de témoignages de prisonnières, écrit la militante américaine Angela Davis, Jane Evelyn Atwood présente un portrait complexe des conditions où vivent les femmes derrière les barreaux, »

En attendant leur ouverture dans quelques semaines, Les Plateaux sauvages, établissement culturel de Ville de Paris,  jouent hors leurs murs. Ce théâtre-documentaire fait bouger notre regard sur ces femmes en (trop) longues peines. Il faudrait que la justice prenne en considération les souffrances qui ont provoqué leur passage à l’acte. En France, on a fait quelque chose en ce sens, quand  Jacqueline Sauvage, condamnée à dix ans de réclusion pour le meurtre de son mari, a été graciée en 2016.

Mireille Davidovici

Le spectacle a été joué au Cent-Quatre, Paris XIXème du 27 au 29 mars.
La Loge, 77 rue de Charonne, Paris XIème du 17 au  20 avril.
Les Plateaux sauvages, 5 rue des Plâtrières Paris XX ème. T. : 01 40 31 26 35.

Trop de Peines, femmes en prison  a été publié chez Albin Michel  (2000).


Archive de l'auteur

Les Ménines d’Ernesto Anaya, mise en scène de Sylvie Mongin-Algan,

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(C) Emile Zeizig

 

Les Ménines/Las Meninas d’Ernesto Anaya, traduction d’Adeline Isabel-Mignot, mise en scène de Sylvie Mongin-Algan, (en français et espagnol sur-titrés)

Peu de tableaux ont été autant commentés, mais aussi recomposés par d’autres artistes, comme en John Singer Sargent  en 1879  ou Pablo Picasso qui dans la seule année 1957, a peint cinquante-huit toiles différentes sur le thème des Ménines.  Une gravure de Richard Hamilton (1973) s’inspire à la fois des toiles de Pablo Picasso et  de Diego Velázquez.

L’auteur mexicain Ernesto Anaya, lui, ne prétend pas analyser à la lumière de l’histoire de l’art ou de l’Espagne la dernière œuvre du peintre réalisée entre 1656 et 1657. Le célèbre tableau s’anime sous sa plume, trempée dans la verve iconoclaste et déjantée propre aux artistes sud-américains. Il nous transporte  non dans l’atelier du peintre mais dans un espace mental où prennent corps  cinq personnages… Un palais hanté par un pouvoir catholique raciste et criminel, où s’ébattent la jeune princesse Marguerite et ses deux  ménines (suivantes), emmenées par une naine, Maribarbola, mi-oracle, mi sorcière.

Diego Velasquez apparaît dans ce gynécée, mais, selon Ernesto Anaya, il a cessé de peindre depuis vingt ans: pour être anobli (son obsession), il doit prouver qu’il ne s’adonne à aucun travail rémunéré en dehors d’aposentador (chambellan) du Palais. Le dramaturge s’amuse à imaginer les circonstances qui l’ont amené à reprendre ses pinceaux : Diego Velasquez aurait cèdé à l’insistante demande de l’Infante,  et il aurait eu, en contrepartie son appui pour obtenir la croix de chevalier de l’ordre de Santiagno…

Sylvie Mongin-Algan traite cette comédie baroque et foisonnante de petites actions, avec une efficace simplicité, et s’appuie sur une iconographie et une palette, empruntées à  Diego Velasquez et projetées sur un cyclorama,  au fond et sur les deux côtés de la scène : images de la famille royale, portraits de courtisans défunts, taches colorées… Cet unique décor laissera entrevoir,  grâce à des effets de lumière, des actions en coulisse. Et, comme dans Les Ménines, il donne accès, en contrechamp, par diverses ouvertures, aux regards des personnages vers le centre ou l’au-delà du plateau.

La metteuse en scène choisit aussi de faire entendre les sonorités des deux langues-relayées par des surtitres-avec des comédiens s’exprimant aussi bien en espagnol qu’en français. Ce jeu de miroir linguistique entre en correspondance avec celui opéré dans la toile. De même, les anachronismes ironiques du dramaturge et les adresses au public de Maribarbola et de Diego Velasquez, incitent les spectateurs à entrer dans le jeu, tout comme le regard du peintre qui se représente lui-même les saisit et les invite à entrer  dans le tableau.  

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(C) Emile Zeizig

 

Vêtues de cerceaux de crinolines dévoilant des dessous sexy, les nobles demoiselles habitent cet espace vide de leur fantasmes juvéniles, alimentés par les cruautés de la cour et le fondamentalisme catholique de l’Espagne. Les jeux des suivantes, leurs petites querelles se pimentent de sexe, derrière l’imposante Vénus à son miroir. Les murs suintent la peur et la mort, les couloirs résonnent de présences fantomatiques.

«  Ici / parmi les émanations qui d’élèvent des pieuses salles de torture,/ parmi les caprices d’un roi 100% pouvoir, 0% volonté,/ parmi les obsessions et les cruautés de la pire inquisition, / ici surgit une image remarquable. Impérissable. Un tableau»,  prédit en préambule la naine Maribarbola ( Ana Benito).  Comme une meneuse de revue, cette créature maligne entraînera la princesse (Alizée Bingöllü) et ses compagnes dans un sabbat infernal emprunté aux sorcières de Macbeth, sous les yeux du grand Christ crucifié du Prado, projeté en multiples exemplaires…

 

 Dans ce contexte, le peintre (Jean-Philippe Salério) finira par exaucer le désir de l’infante. Mais celle-ci découvrira avec horreur l’image de ses parents reflétée dans un miroir au fond du tableau… Il n’est pas si facile de s’évader de cet endroit, d’échapper à l’omnipotence du réel, comme le  dit Ludwig Wittgenstein dans une phrase inscrite en exergue du spectacle: « Die Welt ist alles, was der Fall ist » (Le monde est tout ce qui arrive), tirée du son Tractacus logico-philosophicus.

Au terme de cette comédie grinçante bien menée (parfois un peu trop sage mais c’était la première représentation), dans la belle scénographie de Yoann Tivoli, chacun des personnages aura repris sa place après une heure trente de liberté surveillée. Et on aura partagé avec plaisir les variations fantasmagoriques inspirées à Ernesto Anaya par ce tableau mythique sans en avoir épuisé tous les mystères. « Dans la profondeur qui traverse la toile, qui la creuse fictivement, et la projette en avant d’elle-même, écrit Michel Foucault, il n’est pas possible que le pur bonheur de l’image offre jamais en pleine lumière, le maître qui représente et le souverain qu’on représente.»(Les Mots et le Choses1966)

Mireille Davidovici

Le spectacle a été joué du 25 au 27 mars , au Nouveau Théâtre du VIIIème  27 rue du commandant Pégout,  Lyon (VIIIème). T. : 04 78 78 33 30

Monsieur, d’après la véritable vie de Marcel Creton, écriture scénique et mise en scène de Claire Vienne

Monsieur, d’après la véritable vie de Marcel Creton, écriture scénique et mise en scène de Claire Vienne

monsieur_470318Monsieur se réveille dans sa cabane, quitte son grabat: une pile de livres recouverte d’une natte! Il s’étire, tente de jouer sur son violoncelle quelques accords des Variations Goldberg de  Jean-Sébastien Bach. Dans son abri rudimentaire, aménagé avec des meubles de récupération, il fait un brin de toilette, prend son petit déjeuner, en écoutant sur un transistor nasillard, un philosophe disserter sur Aristote et la notion de bonheur.

Ce rituel bien réglé se poursuit mais sans un mot. Il y a du Jacques Tati chez l’acteur et, sur scène, une poétique du quotidien: une rose rouge sur la table de fortune, des reliques et photos de famille exhumées d’un boîte à musique désuète et une guirlande de Noël déployée pour célébrer son anniversaire en solitaire. On sourit à la fantaisie qu’il apporte à une vie sans relief, mais cette belle mécanique va se dérégler pour laisser apparaître solitude et dénuement…

Le Théâtre de la Communauté de Seraing (Belgique) construit ses spectacles à partir de rencontres avec des gens, pour restituer la parole de ceux qui ne l’ont pas. Ses directeurs ont ainsi rencontré  dans un centre d’accueil, Marcel Creton qui exprime le désir de faire du théâtre et de se raconter. Mais… il n’a pas de mémoire, et Claire Vienne alors écrit avec lui Marcel, un spectacle muet qu’il jouera dans les refuges, prisons… jusqu’à son décès en 2015.  Un solo repris aujourd’hui par Luc Brumage. L’absence de paroles fait qu’on s’attache au moindre geste, mis en scène avec une minutie dans les détails: accessoires astucieusement bricolés, mimiques, démarche.

Le silence révèle la richesse intérieure du personnage, portée avec une grande sensibilité par le comédien. Passant de la résignation sereine, à une montée de désespoir, ce Monsieur nous touche et nous donne une leçon de vie: beauté et  délicatesse ne sont pas affaire de riches et tout être humain recèle en lui une capacité de résister à la déchéance. Mais nous devons aussi entendre son appel au secours qu’il nous écrit, SOS muet adressé à notre conscience. Sans commentaires !

Ce solo, joué devant des enfants d’école élémentaire a su les amuser mais aussi les émouvoir et il a suscité chez eux beaucoup de questions. Un spectacle mettre entre toutes les mains et une belle leçon pour nous…

Mireille Davidovici

Spectacle vu le 26 mars au Centre Wallonie-Bruxelles 46 rue Quincampoix, Paris  IVème

du 19 au 23 avril,La Cité 11,  Jemeppe (Belgique), 

du 6 au 29 juillet,Festival d’Avignon off La Factory, 4 rue Bertrand,  T. : 02 43 36 23 32 ,

Hektor, conception et mise-en-scène d’Olivier Meyrou

Hektor  conception et mise-en-scène d’Olivier Meyrou

  matias-pilet-dans-hektor-la-nouvelle-creation-dolivier-meyrouDans les jardins du Montfort, sous un chapiteau, le public regarde, perplexe, une tente, unique décor, puis dans le noir, attend impatient de découvrir le spectacle dont la magie opère dès  que l’espace s’éclaire, et sur une musique burlesque au piano, style film muet de Charlie Chaplin, apparaît Hektor courant sur place à toute vitesse. En manteau de flanelle gris, sac au dos, bouteille d’eau et pancarte Freedom  à la main, il s’enfuit. Mais vers où ?

 Une suite de situations burlesques ou tragiques attend notre héros d’hier et d’aujourd’hui,  déjà exilé ou migrant. L’entrée d’Hektor, comme la scène après la tempête, ou bien encore celle du chien: autant de moments de poésie, d’humour et de mélancolie. Mais aussi de réflexion sur notre monde qui ne tourne pas rond ! Seul en scène, Matias Pilet ne cesse magnifiquement de danser, jouer, et ruser avec sa tente. Cet abri se transforme soudain en une sorte de tortue et autres…  Cette complice d’Hector partage avec lui les intempéries mais aussi celle de son cœur, ses émerveillements,  angoisses et espoirs…

Pas une parole mais des bruitages, sons, et musiques au piano ou encore joué a l’accordéon Emportés par la foule, et Your’re all the world to me chanté par Fred Astaire,  ou vers la fin,  L’Agietto de La Symphonie n°5 de Gustave Mahler, comme un rappel dela fin bouleversante de Mort à Venise de Luchino Visconti), donnent à l’existence  d’Hector, et à son voyage, un écho universel. Sa vie peut un jour devenir la nôtre…

Dans une mise en scène sensible et toute en lumière et grâce à la présence de Matias Pilet, ce spectacle réunit une fois de plus le cinéaste Olivier Meyrou et l’acrobate. Le duo nous avait déjà étonné, notamment avec TU en 2017, au Cent-Quatre. Avec presque rien comme scénographie, et une énergie sans pareil,  Matias Pilet possède une puissance acrobatique et corporelle impressionnante.  Comme dans Emportés par la foule à l’accordéon !  Cette création nous touche et nous fait rire aussi.  Il y a de la beauté : celle d’Hektor et de sa fuite, celle de la vie coûte que coûte… Et une grande poésie dans ce spectacle original et politique, à la fin particulièrement belle. Intelligence et émotion sont au rendez-vous, et le cinéma partage avec subtilité la piste du chapiteau. Olivier Meyrou continue à nous surprendre et à nous réjouir. Un peu à la manière d’un magicien, il sait faire partager les bruits du monde, des plus légers aux plus graves, et toujours au plus proche du monde contemporain.

Elisabeth Naud

Spectacle joué au festival (Des) Illusions: Théâtre, Danse, Cirque, jusqu’au 25 mars, au Monfort théâtre, 106 rue Brancion Paris XVème. T. : 01 56 08 33 88.

 

Notre Innocence, texte et mise en scène de Wajdi Mouawad

 Notre Innocence, texte et mise en scène de Wajdi Mouawad

©Simon Gosselin

©Simon Gosselin

Une histoire de saison : le printemps, c’est la jeunesse, et le directeur du Théâtre de la Colline l’a voulu ainsi avec comme parti-pris : suivre les saisons de l’année. Naguère, au printemps 68, il y eut sous les pavés, la plage, et une jeunesse en couleurs surgie de l’après-guerre. Aujourd’hui,  ce vieux printemps est devenu suspect, ou au moins problématique : laissons-le donc aux débats en cours.

Notre Innocence est aussi une histoire de rencontre : Wajdi Mouawad travaillait avec des élèves du Conservatoire National d’Art Dramatique en novembre 2015, et s’est trouvé consigné avec eux dans leur salle de répétitions. Nous aussi, sortant d’un théâtre,  nous avions appris la nouvelle des attentats, ne sachant que faire, atterrés et prenant finalement le dernier métro… désert.
 Et cet événement est devenu fondateur pour ce groupe d’élèves. Plus tard, le travail a évolué avec des échanges, entre autres, de jeunes comédiens québecois. Créer Notre innocence sur le grand plateau du Théâtre National de La Colline doit être pour eux une énorme responsabilité et une immense joie…

 Ces vingt garçons et filles ont à témoigner, à travers une histoire tragique, des attentes, frustrations et révoltes de leur génération, mais aussi des reproches qu’ils font à leurs parents. Pour cela, ils ont inventé ensemble une histoire où un appartement peut être hanté. Autrefois, avant que les bâtiments deviennent des salles de spectacle, on abattait les bêtes à la Villette et l’un des tueurs habitait là… Victoire, l’héroïne envolée par la fenêtre, n’a sans doute pas pu supporter tout ce sang fantôme. Et ses amis, qui n’ont rien vu venir et qui n’ont rien fait pour l’aider ? Et pour sa fille ? Après un chœur parlé, en quatre chapitres inégaux : La Viande, La Chair, Le Corps, L’Esprit où s’invitent les grands mythes de dévoration (Chronos, Thyeste…), on assiste à un grand vidage de sac, chacun parlant de sa relation avec la morte, ou avec sa mort. Racontée ou fantasmée, personne n’est coupable ni innocent.

Donc, nous voilà face à ces vingt jeunes comédiens qui mettent tout leur talent à s’enfermer dans une fonction relative à ce suicide supposé : Celle qui n’arrive pas à croire au suicide, Celui qui n’a pas pitié, Celui qui dort tout le temps… Pas ou guère de rencontres entre eux, et chacun cherche à poser un geste (mais n’est-ce pas déjà prendre la pose ?) et tente de bien faire, dans un collectif parfaitement réglé.

Sans doute l’auteur et metteur en scène attendait-il beaucoup de son équipe, peut-être restée trop admirative devant le maître, qu’il ait souhaité l’être ou pas. Raidis dans une mise en place impeccable, ils ont perdu ce qu’ils avaient pu apporter de vivant, d’authentique et venu d’eux-mêmes : peut-être la chose la plus difficile qu’un jeune comédien puisse faire à ses débuts ! Bref, une rencontre manquée, un malentendu…

Malgré des fulgurances poétiques, le texte reste lourd et traité en imprécation collective contre nous, les soixante-huitards à cheveux gris qui peuplent les salles (on peut s’en aller si on gêne !). On ne va pas entrer dans le débat sur les commémorations plus ou moins âcres de mai 68, ni dans l’évaluation de cet épisode historique. Mais, cette colère qu’on nous envoie en pleine figure, nous l’aurions voulue grave, splendide, théâtrale. En fait, nous n’avons que le mime d’une colère qui doute d’elle-même.

Et la scénographie contribue à la raideur du spectacle, avec un fond de scène qui s’approche ou s’éloigne, exerçant ainsi une pression sur l’espace ; comme à la parade, impeccables, les chaises s’alignent ou se désordonnent, et puis ? Pas grand-chose, sinon l’apparition parfaite d’une petite fille, à la fin: n’ayant rien à prouver, elle est présente, simplement, incarnant la génération suivante qui renvoie à l’inutile, celle qui s’est évertuée sur le plateau. Aïe ! Si c’était ça, le message…

La jeunesse aura une vraie chance de s’exprimer à l’occasion du colloque À quoi jouez- le 14 avril au Théâtre National de la Colline. « Presque paritaire, le groupe organisateur de la première édition du Colloque Jeunesse est composé de huit membres d’une moyenne d’âge d’un peu plus de 22 ans »  dit le dossier de presse : nous irons donc  écouter ces garçons et ces filles qui ont déjà investi à leur façon ce théâtre: photos, ateliers, débats, reportages… À eux la parole.

Christine Friedel

Théâtre National de la Colline, 1 rue Malte Brun, Paris XXème jusqu’au 11 avril. T. 01 44 62 52 52.
Puis en tournée

Victoires de Wajdi Mouawad qui a inspiré en partie Notre Innocence, est publié aux éditions Actes Sud, (2017).

Les Emigrants d’après le roman de Winfried Georg Sebald, adaptation et mise en scène de Volodia Serre

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Les Emigrants d’après Les Emigrants, roman de Winfried Georg Sebald, traduction de Patrick Charbonneau, adaptation et mise en scène de Volodia Serre

 Winfried Georg Sebald (1944-2001) a consacré des récits, toujours accompagnés de photos, surtout aux émigrés qui, comme lui, ont quitté leur pays pour essayer de trouver une nouvelle vie. Lui aussi, est parti d’Allemagne, son pays, à vingt-deux ans  donc en  1966, refusant la conspiration du silence sur les crimes nazis de l’après-guerre qui pesait sur toute la société allemande. L’écrivain retrace dans ce roman cinq vies dont celle du narrateur puis tire les fils d’une pérégrination qui lui fit traverser Allemagne, Lituanie, Suisse, Angleterre… puis arriver à New-York. Il fait de l’émigration une nécessité existentielle, une tradition instinctive de survivance.

Le narrateur relie symboliquement sur le plateau les fils rouges de ces déplacements entre grandes cartes géographiques. Comme une sorte de double littéraire de l’auteur lui-même, il retrace le parcours de personnages qui, inconnus de lui, ont réellement existé et qui lui sont liés. Ce  narrateur et chasseur de fantômes relie les vivants aux morts à travers des parcours semblables, pour préserver une existence d’abord, et la reconstruire ensuite ailleurs, coûte que coûte.

Ce spectacle, construit à partir d’une adaptation du roman, relève d’un théâtre-documentaire mais aussi d’une fiction sur fond réaliste. Les destinées chaotiques des personnages sont arrachées à l’oubli, via d’abord le roman, et ici le théâtre, dans une réparation métaphorique d’un trauma dû  à l’arrachement  d’avoir dû quitter son pays natal. Un trauma fondateur que partagent le narrateur et ses quatre acolytes, dont trois se sont donné la mort, comme s’ils ne pouvaient plus se sentir autorisés à vivre.

©Pierre Grosbois

©Pierre Grosbois

Le premier de ces fantômes est  celui qui a logé le narrateur dans les années 1970, un médecin juif lituanien vivant en solitaire au fond de son jardin, dans la campagne anglaise du Norfolk; son épouse, une femme d’affaires, elle voyageant à son gré… Pour dire cela scéniquement:  sur une grande table noire rectangulaire, juste  six  pommes rouges dans une corbeille posée sur un carré de gazon  synthétique que l’on déroule, et le chant printanier des oiseaux.

Pour la seconde enquête, le narrateur revient dans l’Allemagne de son enfance, et cherche à découvrir ce qui a poussé son maître d’école pédagogue inventif et tant admiré, à se suicider   de retour dans ce pays qu’il avait quitté. Grande cartes de géographie et fenêtre ouverte sur la campagne, dans la salle de classe, les enfants vivent une belle vie….

La troisième étape concerne l’oncle de l’auteur-narrateur, émigré aux Etats-Unis,  au tournant du XIX ème siècle, devenu majordome, et proche d’un riche héritier avec lequel il voyagea jusqu’à Jérusalem et avec lequel il fréquenta  les jeux de roulette dans les casinos,  en Suisse et à Deauville. Et le quatrième personnage, lui encore vivant, est Max Ferber : un nom fictif, inspiré de celui du peintre Franck Auerbach, reclus dans son atelier de Manchester et œuvrant à la résurrection des visages enfouis.

Ce processus théâtral est comparable à celui l’écriture de l’auteur,  rendant à la lumière des destins significatifs oubliés, à la fois confus et éloquents. Juif allemand, Max Ferber, enfant, a émigré avec sa famille en Angleterre et apprendra plus tard le destin tragique de ses parents restés au pays. Son père était marchand d’art mais aussi peintre passionné et marqué par son histoire…

Nous sommes dans un studio de radio dont la  table servira aussi de praticable aux quatre comédiens. Cette émission réalisée sur le plateau de la petite salle du théâtre de la Bastille est aussi diffusée sur les ondes*. Les acteurs figurent des intervenants qui éclairent l’œuvre et nous en explicitent l’esthétique. Aussi entend-on s’exprimer et commenter, les ombres surgies ici via l’écriture, de personnages plongés dans une grande solitude et coupés des leurs. Olivier Balazuc, Gretel Delattre, Pierre Mignard et Volodia Serre incarnent alternativement ces êtres déplacés, la parole du récit allant et venant, parmi eux.

Les chansons de Marianne Faithfull sur une musique de Nick Cave: There is a ghost, Sing me back home, In Germany before the war… scandent les  différents moments du spectacle. Le fond de l’espace scénique est composé de placards fermés par des rideaux de plastique translucides: un tout petit abri de SDF, des étagères avec des vêtements bien rangés en pile ou pendus, ou pleines de verrerie, ou encore de livres et documents. Il y a aussi un écran où Volodia Serre place quelques jeux d’ombres. Cet espace suggère, bien entendu, les  camps d’internement des parents et grands-parents de ces fantômes. Avec une lumière parfois très limitée et des ombres humaines au loin, Volodia Serre réussit à créer un sentiment impressionnant de claustrophobie,

De petites photos anciennes, des cartes postales et des cartes géographiques sont accrochées aux parois  en une sorte de patchwork poétique,  avec des traces du temps visibles mais non linéaires, accumulées au hasard des événements et rencontres. De nombreuses photos, ce qui est rare, illustrent aussi le roman Les Emigrants. Les quatre comédiens-dont le metteur en scène-très engagés dans cette restitution de petites histoires inscrites dans la Grande, sont justes et délicats, et ont tous une présence intense. Témoins sensibles et réservés mais parfois extravagants, ils emportent l’adhésion du public. Ils incarnent très bien ceux qui ont eu à  subir des épreuves existentielles mais parlent au besoin de cette histoire avec une sorte de second degré, en restant eux-mêmes… Une interprétation remarquable d’un spectacle d’actualité sur le présent de nos voisins, nos contemporains.

Véronique Hotte

imageNous confirmons mais il nous faut insister : le spectacle  conçu et mis en scène par Volodia Serre, est d’un haut niveau et a été longuement applaudi par le public. Le metteur en scène est, mieux qu’avant (voir Le Théâtre du Blog) un remarquable directeur d’acteurs. Ici, pas de vidéos aussi vaines qu’inutiles, pas d’effets sonores insupportables ni de lumières latérales rasantes accompagnées de fumigènes en rafales, pas de criailleries au micro ni jeu dans la salle; bref, rien de ces trucs stéréotypés dont se servent avec ravissement et naïveté, de trop nombreux jeunes metteurs en scène.

Mais une sobre et remarquable scénographie, comme un peu artisanale mais précise, signée Mathis Baudry, et de très bons acteurs-belle présence, excellentes diction et gestuelle. Ils sont à la fois humbles et généreux, au service d’un texte souvent poétique pas toujours facile mais qui reste formidable, même après adaptation et traduction, grâce à une mise en scène des plus rigoureuses : «Je vois les fils du télégraphe montant et descendant devant les fenêtres du train, je vois les alignements des maisons de Riga, le bateau dans le port, et le recoin sombre du pont où, autant que l’entassement le permettait, nous avions installé notre campement familial. »

Il s’agit donc à la fois d’une sorte de théâtre-document auquel se prête bien un roman,ce qui est rare mais pas seulement! Les Emigrants participe aussi en effet d’une enquête et d’une fiction où le narrateur, double de l’écrivain, réussit à faire revivre des êtres séparés de leur patrie et donc nostalgiques, sans espoir et malmenés par la  vie… Et ce spectacle, bien tissé, qui tient la route sur plus de deux heures, nous raconte une histoire dont on ne se lasse pas.

On pense à Catherine, un théâtre-récit, d’après aussi un roman: Les Cloches de Bâle d’Aragon, qu’Antoine Vitez avait mis en scène autour d’une grande table rectangulaire et dont nous gardons encore un souvenir précis, plus de quarante ans après l’avoir vu. Même simplicité, même rigueur, même envie de faire revivre une histoire où se mêlent dialogues incisifs, discours des personnages, et ici incursion du narrateur qui, au micro d’une radio, n’a aucune supériorité sur eux. Comme chez Aragon, il  s’agit aussi de guerre, comme si l’Histoire bégayait encore une fois. Dans un studio de radio, lieu intime à la fois des plus fermés mais aussi des plus ouverts, puisqu’il reçoit en général de nombreux chroniqueurs et invités successifs et va être celui de la transmission d’une parole jusqu’à l’autre bout de la planète.

Les Emigrants partcipent d’une narration du déracinement et de la fragilité d’être en terre inconnue,  avec parfois des apartés, des histoires à l’intérieur de l’action principale, comme l’exil de la famille juive lituanienne du docteur Henry Selwyn en Angleterre. L’écrivain, pour l’évoquer en fait surgir une  autre image comparable, celle de ce guide de montagne, ami de jeunesse du docteur  disparu en 1914 et dont le squelette fut restitué par un glacier sept décennies plus tard…

Mieux vaut, si vous le pouvez, voir l’intégrale de ce spectacle, joué avec un entracte de quinze minutes. Même s’il y a quelques petites longueurs, vous serez vite plongé dans une sorte d’univers fascinant, à la limite du rêve éveillé. Et la fin a tout d’une courte installation-performance d’art contemporain. Avec douceur, les comédiens se passent une dizaine de seaux en plastique noir emplis de gravier blanc que l’un d’entre eux fait couler en tas sur la grande table, tandis que la lumière descend doucement…Métaphore du temps qui passe et remarquable fin pour un remarquable spectacle.

Allez encore pour la route, quelques mots de ce romancier qui fut aussi poète: « Difficiles à découvrir en effet, déposés entre les lames de schiste, les vertébrés ailés de la préhistoire. Mais quand j’ai sous les yeux, sur un tableau, les nervures de la vie qui passe, je  me dis toujours que cela a quelque chose à voir avec la vérité. »

Philippe du Vignal

Théâtre de la Bastille, 76 rue de la Roquette XI ème Paris, jusqu’au 31 mars. Attention :  spectacle en alternance: partie 1 : les 27 et 29 mars. Partie 2: les 23, 28 et 30 mars. Et encore une seule  intégrale: le 31 mars. T : 01 43 57 42 14. Sinon, patience, cela serait étonnant que ce spectacle ne soit pas repris…

*Petit miracle: chaque représentation est diffusée en temps réel depuis theatre-bastille.com . Pour se connecter, code: ghostchaser. On peut donc écouter le spectacle en direct-cela vous évitera de lire cet article!-ou réécouter durant vingt-quatre heures, la représentation de la veille…

Le roman de Winfried Georg Sebald est publié chez Actes-Sud.

Cosmos 1969 – La bande originale de la mission Apollo 11, conception et direction de Thierry Balasse

©Thomas Leblanc

©Thomas Leblanc


Cosmos 1969-La bande originale de la mission Apollo 11
, conception et direction de Thierry Balasse

 

Entre 1958 et 1975, cette aventure humaine et technologique a mobilise plusieurs  dizaines de milliers de personnes pour aboutir à son point culminant en juillet 1969 avec l’exploration  à physique de la lune Tenant en haleine des millions d’auditeurs et spectateurs pendant les quelques jours de la mission. Neil Amstrong, Edwin Aldrin et Michael Collins, sont les trois astronautes de cette étape centrale du programme permettant  au deux premiers de se poser sur la lune, d’y  faire des expériences et d’y prélever des échantillons de sol. Michael Collins lui les attendait dans le module en orbite autour de la lune.
 A Houston (Texas) dans la salle de contrôle, se relayaient quatre équipes, dont une ( Flight) en charge du décollage dirigée par Gene Kranz. On demande aux responsables des postes de surveillance de la mission la confirmation de l’étape suivante à déclencher : « go » ! ou « no go » ! Se font entendre alors , comme venues de loin des voix en américain, toujours aussi audibles, celles de chacun des chargés de communication avec le mobile de navigation et avec le module lunaire, du médecin, de la navigation du module lunaire,  du contrôle des trajectoires, de l’ordinateur de bord,   et du dialogue avec les astronautes. Une équipe technique et scientifique nombreuse et efficace.

 Les regards du public sont captés par les synthétiseurs et appareils électro-acoustiques de Thierry Balasse, en pantalon sombre et chemise blanche. La machine infernale et musicale clignote de ses petites lumières colorées, avec Eric Groleau à la batterie et Eric Lohrer à la guitare, musiciens-chanteurs, vêtus de leur combinaison spatiale et de chaussures de sécurité. Au lointain, sont projetées des images d’archives, dont le départ de la navette spatiale aux moteurs vrombissants et laissant surgir des volumes impressionnants de fumée.

Dans les airs, l’équilibriste et trapéziste Fanny Austry joue comme avec l’apesanteur, se tourne et se retourne, avec sauts arrière et avant, dans une lenteur étudiée. Un spectacle aérien de grande maîtrise, accompagné de chansons contemporaines à l’événement et interprétées par Elisabeth Gilly, Cécile Maisonhaute et Elise Blanchard: Set the control for the heart of the sun et Echoes des Pink Floyd, Space Oddity de David Bowie, Epitaph de King Crimson, Ilyana et Armstrong de Thierry Balasse, Because des Beatles. Et O Solitude d’Henry Purcell (1684).

Une plongée vertigineuse dans une machine musicale à remonter le temps. «C’est, a dit alors Neil Armstrong, un petit pas pour un homme, un bond de géant pour l’humanité. »

Véronique Hotte

Spectacle vu le 23 mars au Théâtre de la Cité internationale, 17 boulevard Jourdan Paris XIVème.

 

Longueur d’ondes, mise en scène de Bérangère Vantusso, inspiré du documentaire radiophonique Un Morceau de chiffon rouge

©JM Lobbe

©JM Lobbe

 

Longueur d’ondes, mise en scène de Bérangère Vantusso, inspiré du documentaire radiophonique Un Morceau de chiffon rouge de Pierre Barron, Raphaël Mouterde et Frédéric Rouziès

En mars 1979, au cœur du bassin sidérurgique, Radio-Lorraine-Coeur d’Acier, l’une des premières radios libres, a été fondée par la C.G.T. à Longwy (Meurthe-et-Moselle) pour lutter contre les fermetures d’usines sidérurgiques et suppressions d’emploi en rafales prévues sans état d’âme par le gouvernement Raymond Barre, sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing. Elle commence à émettre, animée par deux journalistes professionnels, Marcel Trillat et Jacques Dupont.
Radio-Lorraine-Coeur d’Acier diffusait quelques heures par jour mais illégalement, à partir de la mairie de Longwy-Haut, à parti d’un émetteur placé sur le clocher de l’église… À chaque tentative d’évacuation par les CRS, on sonnait le tocsin, et des milliers de personnes venaient alors protéger le studio dont la chanson Le Chiffon rouge de Michel Fugain et Maurice Vidalin était l’emblème. Mais, à l’été 80, les nouveaux dirigeants de la CGT évincent les deux journalistes et modifient le contenu de cette station qui perd de son influence et qui sera évacuée début 1981 par les C.R.S. François Mitterrand, nouveau Président de la République, va enfin à Longwy en octobre de la même année pour soutenir les ouvriers sidérurgistes mais il les trahit ensuite, préférant suivre une décision européenne! Après six mois de luttes intenses, les ouvriers ont pu partir à cinquante ans avec 90% de leur salaire.

Il y a deux ans, la biennale Odyssées en Yvelines passait commande à Bérangère Vantusso, comédienne et marionnettiste, d’une pièce pour adolescents. Et elle choisit alors de faire dire une histoire remontant à son  enfance dans le bassin minier lorrain, en s’inspirant de la tradition du kamishibai japonais, une pièce de théâtre sur papier, ici mise en images par Paul Cox. Un narrateur conte une histoire en faisant défiler de grands dessins dans un cadre en bois, sorte de roman graphique que l’on effeuille, tout en parlant.On voit ici des paysages de ruines, on entend l’interview d’un orphelin de guerre…
Hugues de la Salle et Marie-France Roland jouent avec des châssis aux beaux dessins «naïfs » évoquant les luttes ouvrières, la naissance des premières radios libres, dites pirates.Le spectacle retrace le parcours de cette formidable station ouverte  à tous sans distinction, sauf à l’extrême-droite, qui était une  source d’espoir, avec mots d’ordre, photos, dessins. On y découvrait la force de la solidarité, la libération de la parole des femmes: on parlait sexualité, travail  mais aussi déjà nécessité de protéger les immigrés.

Trois radios associatives ont travaillé sur les archives et on a fêté en 2011, les trente ans des radios libres. Au débat qui suivit la représentation, Marcel Trillat a rappelé que les usines sidérurgiques était aussi un enfer pour les ouvriers…
Un spectacle bien servi par Bérangère Vantusso, et à à ne pas rater, quand il sera repris.

Edith Rappoport

Le spectacle s’est joué au Studio-Théâtre de Vitry,  du 23 au 25 mars. T. : 01 46 81 75 50.

-Un Morceau de chiffon rouge, documentaire audio réalisé par Pierre Barron, Raphaël Mouterde et Frédéric Rouziès,  Editions Vie Ouvrière, 2012.

-Lorraine cœur d’acier,  film de David Charrasse, Rodolphe Di Sabatino, et Denis Pierron.

-Une radio dans la ville, film  d’Alban Poirier et Jean Serres.

 

Congés payés de Jean-Baptiste Maillet et Romain Bermond

Festival (Des) Illusions 

 Congés payés de Jean-Baptiste Maillet et Romain Bermond

photos: JM Besenval / dessins: STEREOPTIK

photos: JM Besenval / dessins: STEREOPTIK

Comme au temps du cinéma muet, ce spectacle s’accompagne de musique improvisée, et d’images projetées sur écran géant. A partir de films d’amateurs, récoltés auprès d’habitants de la Région-Centre, Jean-Baptiste Maillet et Romain Bermond, dessinateurs, bruiteurs, hommes-orchestre et projectionnistes, fabriquent Congés payés en direct, bricolant dans un ingénieux mini-laboratoire à cour,  ou jouant de leurs instruments, à jardin. 

 Ici, les souvenirs de vacances tournés en super 8, deviennent dessins, les personnages  en noir et blanc se teintent de couleurs et s’animent sous le pinceau rapide des artistes. Les découpes en carton permettent de recadrer les images projetées, comme le pare-brise d’une voiture positionné sur une route où défilent des véhicules d’antan. Sur la mer, s’esquissent, en surimpression, un petit bateau ou un poisson qui saute, pendant qu’une famille s’ébat dans les vagues. Et les tableaux s’enchaînent: on suit parfois quelques personnages, comme ce trio qui s’en va danser, petites marionnettes de papiers prélevées sur une photo de plage, ou ce pauvre gars en panne de mobylette, qui, de temps à autre, revient à l’écran. Sons et images se croisent et se répondent.

Romain Bermond et Jean-Baptiste Maillet, tous deux artistes, et musiciens créent leur compagnie Stéréoptik en 2008,  avec la création d’un spectacle  homonyme, À partir d’une partition écrite et construite à quatre mains, chacune de leurs pièces prend forme sous le regard du public et ils redonnent vie à des scènes d’un autre âge, avec tendresse, et beaucoup d’humour.

Ce spectacle sans parole de trente minutes est un petit bijou où l’on prend plaisir tant à voir le processus technique qui conduit à la naissance des images qu’aux images elles-mêmes. Pour à tout âge, et à vraiment ne pas manquer.

 Mireille Davidovici

Spectacle vu au Théâtre Monfort, 106 rue Brancion, Paris XV ème, et présenté jusqu’au 25 mars. T. : 01 56 08 33 88

 

Mille francs de récompense de Victor Hugo, mise en scène de Kheireddine Lardjam

 

Mille francs de récompense de Victor Hugo, mise en scène de Kheireddine Lardjam

 7AF54ECF-5A34-4021-8176-56CB3C5E1B83Après avoir fondé sa compagnie à Oran, et mis en scène des dramaturges arabes comme Abdelkader Alloula, Naguib Mahfouz, Mahmoud Darwich, Kateb Yacine, et français comme Christophe Martin, Pauline Sales, Fabrice Melquiot… Kheireddine Lardjam participe actuellement au travail de la Comédie de Saint-Étienne.

Victor Hugo écrivit cette comédie pendant son exil à Guernesey, entre 1855 et 1870, quand Napoléon III dirigeait la France et avait le soutien du capitalisme et des capitaines des grandes industries. Un histoire simple au départ et finalement assez compliquée, avec de nombreux rebondissements. Dans un appartement sinistre, un vieil homme ruiné et malade, sa fille Etiennette, et sa petite-fille Cyprienne attendent que les huissiers arrivent pour saisir leurs pauvres meubles. Seule possibilité pour eux d’échapper à cette saisie: que la jeune et jolie Cyprienne accepte d’épouser Rousseline, c’est à dire accepte d’être vendue à ce banquier et hommes d’affaires sans scrupules et cynique qui selon lui, arrangera tout: «L’étrange chose que l’homme, et comme c’est peu connu ! On croit que je suis tout intérêt, je suis tout amour-propre. «J’aime l’argent ? Non, j’aime, moi. Je veux plaire ; je veux plaire aux femmes; de gré ou de force, j’entends plaire; malheur si je ne plais pas! »

Mais Cyprienne refuse le marché: elle  aime un commis de banque qui est trop pauvre pour l’épouser.  Surgit alors Glapieu,  un  repris de justice en cavale qui a bon cœur: «Je suis si essoufflé que je n’ai pas eu le temps de devenir vertueux. Chien de sort.» Traqué par la police, il trouve refuge dans une alcôve pendant la saisie. Il entend alors tout, et décide alors de rétablir la justice. On retrouve dans cette  comédie mineure et rarement jouée, l’écrivain qui veut combattre les graves injustices sociales et le pouvoir exorbitant des banquiers sur le pays, au moment de la Restauration et ensuite sous Napoléon III. La société actuelle a peu à voir avec celle du second Empire mais Kheireddine Lardjam voit dans Mille francs de récompense, la peinture d’une société fondée sur les malversations de la finance… et comparable à  la nôtre. «Théâtre engagé, elle est dit-il, une sorte de manifeste tour à tour drôle et glaçant.(…) «Je souhaite faire résonner son message dans et avec le monde d’aujourd’hui. Victor Hugo décrit une société très proche de celle d’aujourd’hui, à deux vitesses en panne d’ascenseur social.» Il refusa de voir jouer cette pièce de son vivant, « tant que la liberté ne serait pas de retour.

Selon Kheireddine Lardjam, « les scènes se succèdent comme des plans cinématographiques et Mille Francs de récompense s’avère étonnamment contemporain.” Oui, mais bon sur le plateau, et au-delà de ces bonnes intentions, cela donne quoi? Pas grand chose de fameux !  D’abord première erreur: une scénographie vraiment très laide et peu efficace, faite de châssis en tôle plastique ondulée sur roulettes qui serviront aussi d’écran à quelques projections d’oiseaux noirs… Et que les acteurs  manipulent sans arrêt… à vous donner le tournis. On veut bien que le metteur en scène “questionne le sujet de la transparence sur scène à travers une scénographie spécifique (…) le plexiglass qui nous permettra de jouer sur ce qui est vu et ce qui ne l’est pas. (sic!).

Autre erreur: une dramaturgie mal fondée. Pourquoi monter cette pièce aujourd’hui? Là est bien la question et de cette façon? Libre à Kheireddine Lardjam de voir un manifeste anticapitaliste drôle et glaçant dans cette comédie gentillette avec, comme personnages principaux,  Glapieu  et  Rousseline qui tire les ficelles. Mais trop bavarde, elle n’a sans doute pas cette ambition et aurait mérité quelques coups de ciseaux. “Je souhaiterais, dit-il, travailler sur cet humour, tout en mettant en avant la violence exercée par une classe économiquement dominante sur une autre classe ». Rousseline, à la fois  séduisant et assez louche, s’adresse au public mais indirectement, en usant d’un monologue intérieur. Pourquoi pas? Mais ici, l’action fait souvent du surplace, les acteurs semblent parfois perdus sur ce grand plateau, et surtout, il n’y a pas de véritable échange avec le public, même si Glapieu va se balader dans la salle, vieux truc des années cinquante usé jusqu’à la corde! Bref, le temps paraît bien long…

 On se demande vraiment pourquoi Kheireddine Lardjam qui a su choisir ses acteurs-c’est déjà cela-les fait crier sans arrêt, même au micro? Cela dit, et heureusement, tous les acteurs Maxime Atmani, Azeddine Benamara, Romaric Bourgeois, Samuel Churin, Étienne Durot, Cédric Veschambre et surtout Linda Chaïb, drôle et tout à fait remarquable dans le rôle de la mère, en particulier dans les scènes avec sa fille (Aïda Hamri), sont de très bon niveau et méritent mieux que cette mise en scène des plus approximatives et sans beaucoup de rythme. On pense à ce qu’aurait pu faire de cette pièce Jean Bellorini, lui qui avait monté avec intelligence Les Misérables! Mais il n’y a ici pas d’unité de jeu et rien  ne fonctionne vraiment: que ce soit la direction d’acteurs, la scénographie, les éclairages, la musique et les effets sonores … autant en emporte le vent! Et conseil aux enseignants: si vous êtes, malgré tout, tentés d’y aller, évitez d’y emmener vos élèves!

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Aquarium, Cartoucherie de Vincennes, jusqu’au 8 avril.
Théâtre Dijon-Bourgogne, du 27 au 29 mai.

 

 

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