Elle pas princesse, lui pas héros de Magali Mougel, mise en scène de Johanny Bert (à partir de huit ans) )

 

Elle pas princesse, lui pas héros de Magali Mougel, mise en scène de Johanny Bert (à partir de huit ans)

 Un déconfinement progressif: seuls 15% des élèves ont regagné leur école!  Le Théâtre 14 reprend pour les familles dans une visée sociale et artistique, ce spectacle créé en 2016 au Théâtre de Sartrouville (Yvelines),  avec ses artistes associés. En alternance: Yuming Hey, Olga Mouak, Estelle N’ Tsendé et Mathieu Touzé. Soit trois fois par jour soit 72 représentations de cette pièce pour jeune public d’une auteure contemporaine

Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.

Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.

« JE suis Tarzan./ Donc TU n’es pas Tarzan./ IL n’est pas Tarzan./ ELLE est une princesse./ NOUS sommes les meilleurs./VOUS avez perdu./ ILS sont vraiment trop jaloux. », Elle et Lui: Leïli et Nils racontent leur histoire, chacun à leur manière, depuis qu’ils ont six, huit ans, etc… Puis ils se rencontrent pour observer que, ce qu’ils croyaient être leur fragilité, s’associe à celle de l’autre. Magali Mougel parle de l’identité garçon/fille avec deux récits qui se font miroir pour déconstruire les clichés sur les goûts. Leïli, se pose ainsi beaucoup de questions sur les attributs dévolus au statut traditionnel de la petite fille : sa mère l’installe d’emblée dans une autonomie précoce afin qu’elle sache vivre plus tard et se débrouiller, quand elle sera enfin mature…

 Foin de sandales dorées ou des petites robes légères de princesse: Leïli chaussera des godillots pratiques  et virils et elle portera des vêtements pour balades et  jeux d’aventures, lui permettant d’escalader et de se salir à souhait. Mais souriante, elle a- ironie- un cartable rose bonbon sur le dos. La comédienne malicieuse assise sur un fauteuil de la salle, joue face public, apparaissant, puis disparaissant, s’amusant d’un jouet enfantin trouvé là…  Elle ne s’embarrasse guère du qu’en dira-t-on, exprime sa vérité et joue à la fois son propre rôle, et ceux de sa mère et de la maîtresse, souveraines et lointaines. Leïli pourra  vite s’en sortir dans la vie mais pas Nils, un garçonnet plutôt malingre, pas héros du tout et réservé. Son père s’inquiète pour lui, sa mère le protège, sa grand-mère le bouscule et l’amuse, cigarette à la bouche, plutôt mécanicienne dans sa décapotable.

 Mathieu Touzé joue de sa chevelure blonde coiffée avec soin sous une casquette quand il joue Nils et son père et il l’enlève quand il incarne sa mère ou sa grand-mère. A l’aise dans toutes les situations avec un art volatil du changement, de la perspective et des rigidités mises à mal. Il se saisit d’un drap qui traîne et s’en coiffe; il apparait alors une longue chevelure féminine et gracieuse.  Puis il s’en libère, grimpe sur les gradins, en mimant des mouvements enfantins.

 Ces représentants d’une différence toute relative vont se retrouver sur les bancs de l’école, assis l’un à côté de l’autre, par défaut. Ce qui va se révéler être d’une force insoupçonnée, lors d’un jeu de piste ou d’une orientation festive dans les champs et les bois: Nils se découvre en un Tarzan impressionnant et Leïli s’identifie à une jolie princesse, façon Pocahontas. Donc armés de façon complémentaire contre Cédric, un pseudo-cador populaire et vantard. Ces héros devenus inséparables malgré eux, sont maintenant capables d’affronter enfin le regard des autres et les représentations convenues : «Leïli et moi, nous sommes tombés en amour, avoue Nils… Tellement en amour, l’un pour l’autre, que nous ne nous sommes jamais séparés. Leïli, c’est bien la vie avec elle. »  Un spectacle plein de fraîcheur et de sourires qui remet les compteurs à zéro…

 Véronique Hotte

Un autre point de vue.

Les salles de théâtre restent pour la plupart closes;  certaines sont  rouvertes pour permettre aux artistes de répéter. Mais assister à une représentation est loin d’être acquis. Ou alors sous certaines conditions, contraignantes et difficilement applicables. Dès la mi-mai, Mathieu Touzé et Edouard Chapot, les directeurs du Théâtre 14, ont fait un pari un peu fou :  ouvrir leurs portes au public. « L’idée de proposer quelque chose est née aux alentours du 15 mai et les répétitions ont commencé le 25 mai, six jours en tout. » Au programme, le choix d’un texte de Magali Mougel, retravaillé pour l’occasion en spectacle de cinquante minutes. Et le 2 juin, la première représentation de la pièce, était à l’affiche, trois fois par jour : 11 h, 14 h, 17 h jusqu’au 28 juin. Une cadence soutenue par les artistes associés du Théâtre 14: Yuming Hey, Olga Mouak, Estelle N’Tsendé et Mathieu Touzé, tous merveilleux dans cette fiction théâtrale pleine d’émotion et d’une véracité peu commune. Pari artistique gagné et mission de service public accomplie grâce à l’ingéniosité et l’imagination des directeurs, de leur équipe et du metteur en scène Johanny Bert.

Créé en 2016 au Théâtre de Sartrouville (Yvelines) par le même metteur en scène, ce spectacle est une re-création et non une reprise au sens propre. Johanny Bert, sous la contrainte des gestes barrières et pour rendre compte  de l’intimité du texte, a proposé « d’inverser les attentes, en plaçant dix spectateurs sur le plateau et les comédiens dans la salle. Nous pouvons ainsi respecter les gestes barrières en plaçant des chaises espacées d’au moins un mètre les unes des autres. Le sens de la circulation a été revu :  entrée et sortie par le jardin où une billetterie  est ouverte. » Une configuration peu ordinaire mais reçue avec enthousiasme par un public restreint. Samson et Alexandre (huit ans) ont trouvé cela «vraiment chouette!» et ont remarqué qu’ils avaient «plus senti l’histoire… comme si on était avec Nils et Leïli.  » En effet, une belle complicité prend corps au fil de la représentation entre  spectateurs et personnages. 

Le thème du « genre  » et de la liberté d’être est le  nœud central de la fable. Ou comment prendre sa place dans la société et face à l’autre, tout en souhaitant réaliser son idéal de vie personnel. Cette pièce jeune public touche, sans être angoissante, avec finesse et pertinence enfants, adolescents et adultes. Le texte, construit sous forme de tableaux, raconte l’histoire de Leïli et de Nils, que tout oppose et qui sont dans la même classe : elle aime les jeux d’aventure et rêve «d’aller chasser des oiseaux dans le ciel » et  sa mère l’habille pratique et tous les ans elle a droit «à de nouvelles chaussures de rando montantes.» Nils, lui, n’aime que les petites choses : «Les poussières petites, les miettes petites. Les histoires petites.» Son père se fait du souci: «Il est maigre comme un bout de fil de fer, coiffé comme une petite fille. » Que va-t-il devenir…

Ils grandissent et notre regard évolue avec eux sur la question du genre, souvent mise en avant dans notre actualité mais rarement traitée avec poésie et intelligence du cœur. Ici avec subtilité, sans discours moralisateur ni parti pris, le spectacle crée un apaisement et plus de clarté, face à un sujet porteur de discorde. La catharsis semble agir sur le public. L’histoire de ces petits amis, des anti-héros, nous montre comment, grâce à leurs différences, va se construire entre eux un lien indestructible. La jeune autrice, -elle souhaitait dans son enfance être un garçon- réussit à traiter de thèmes existentiels et sociaux compliqués, douloureux pour les enfants comme pour les adultes. »C’est un spectacle à voir en famille » insiste le metteur en scène, la qualification de « spectacle jeunesse » n’est pas vraiment appropriée. Intelligence, drôlerie, rêve et réalité font la part belle à cette re-création :  »Dans la classe, dit Nils, c’est l’horreur. En un coup d’œil, je comprends que ce ne sera pas mieux que dans l’autre école. Il y a les mêmes garçons,  avec les mêmes coiffures à la mode que dans l’autre école et les mêmes filles, avec les mêmes trucs à paillettes. C’est pas les mêmes mais c’est les mêmes. Et le drame, c’est que dans la classe, il y a la seule personne au monde que je ne voulais pas recroiser: Cédric, du camp d’été d’aventures au grand air pour les sept-neuf ans,  Cédric, qui m’a enfermé dans la poubelle.  »

Rythmée et  juste dans l‘expression des sentiments, désillusions et espoirs, Johanny Bert nous fait vivre les péripéties traversées par les personnages, en passant du rire, de l’étonnement à la mélancolie, la violence, mais sans jamais d’agressivité: un des points forts dans la construction dramaturgique, l’écriture de la pièce et du spectacle. Autre qualité, esthétique, Johanny Bert  a réussi à imposer une scénographie en se servant de la salle telle qu’elle est. Eclairages et accessoires permettent de configurer les lieux et les situations. Ils apportent aussi, une dimension poétique supplémentaire au texte, sans oublier la grâce et l’humour du choix musical. Puissance de la mise en scène in situ, sans aucun décor. Dans ce contexte social hors normes, la richesse de la corporalité et l’imaginaire des acteurs doivent être, sans faille, au rendez-vous: ainsi naît toute une magie théâtrale!

Un vent de poésie, une promenade pleine d’esprit et de malice, avec  un moment fort sur un thème brûlant et universel… A ne pas manquer. 

Elisabeth Naud

 Théâtre 14, 20 avenue Marc Sangnier, (Paris XIV ème), du mardi au dimanche: à 11 h, 14 h et 17 h, du 2 au 28 juin. T. : 01 45 45 49 77.

Le texte de la pièce est publié chez Actes Sud-Papiers.


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Une Epopée: Entretien avec Johanny Bert

Une Epopée: Entretien avec Johanny Bert

 -Une  épopée, ce n’est pas si fréquent dans le théâtre contemporain surtout si elle a pour thème, la vie actuelle…

300x300_johanny_bert- Oui, mais, comme vous le savez, mes spectacles  s’adressent  à un public qui vient au théâtre en famille. J’avais envie de rappeler une chose essentielle à mes yeux: cela doit constituer un événement. Et  je souhaiterais que la représentation d’Une Epopée ait un parfum d’aventure sur toute une journée.
Cette épopée contemporaine a pour thème le rapport avec l’écologie d’un enfant de huit ans.
Cela revient à poser le question de savoir comment il va grandir dans un monde où il n’ a pas choisi de vivre mais que les adultes  lui donné. Je voudrais que ce théâtre-récit puisse créer au-delà des images un questionnement plus fort.

- C’est, je crois, un ancien projet chez vous?

- J’avais commencé à y travailler il y a deux ans mais la crise du coronavirus m’a rattrapé… En paralysant voire en arrêtant la surproduction et en faisant du bien au climat. Mais je n’aime pas dire que les chose sont actuelles: les grandes œuvres posent toujours les mêmes questions essentielles. Cela je n’ai pas voulu aborder les choses d’un point de vue  écologique mais plutôt social.  J’ai toujours été frappé par la capacité de pensée philosophique des enfants.

-Votre spectacle si on comprend bien, s’adresse aux enfants comme aux adultes mais de façon un peu particulière?

-Le texte de par son écriture et sa façon de parler d’écologie doit  privilégier le lien entre les  différentes générations  et le théâtre doit être un lieu de parole et de transmission. Le spectacle durera six heures et ressemblera à une aventure avec dans un petit sac à dos, une gourde d’eau et un sandwich.
Il comprendra quatre parties entrecoupée le matin et l’après-midi de pauses : entracte-goûter, pique-nique, sieste sonore…
Cette création sera adaptée au rythme de l’enfant, avec un langage théâtral joué par des acteurs mais aussi des marionnettistes. et à midi, aura lieu un grand pique-nique et le public discutera, je l’espère, de ce  qu’il aura vu. Puis on reprendra l’histoire avec une petite sieste acoustique. Avec huit comédiens: Sarajeanne Drillaud, Laetitia Le Mesle, Murielle Martinelli, Guillaume Cantillon, Nicolas Cornille, Côme Thieulin, Térence Rion, et quatre régisseurs.
Je voudrais qu’on sorte des cadres habituels et que l’on arrive à casser les codes des spectacles dits pour enfants dont  les créateurs doivent se soumettre à des budgets très limités et dont le nombre d’acteurs est toujours réduit à deux, voire trois maximum.
Les textes de ce récit épique ont  été écrits par Gwendoline Soublin, Catherine Verlaguet, Arnaud Cathrine et Thomas Gornet. Et c’est à moi, concepteur et metteur en scène du spectacle, à coordonner cette écriture à la fois collective et personnelle, qu’il s’agisse, selon les épisodes, d’un récit ou d’un dialogue, de l’histoire que vont vivre un frère et une sœur redoutant notre monde contemporain avec ce qui se passe sur le ciel et dans l’océan.  Et il y aura des images métaphoriques d’une quête qui va  les faire avancer tous les deux … Mais je ne veux  pas déflorer le scénario.

-Et la scénographie dans tout cela?

- J’ai choisi une scénographie frontale et de jouer sur de grands plateaux où les comédiens seront accompagnés par des marionnettes et des objets. La partie musicale étant assurée par Thomas Quinart multi-instrumentiste qui sera sur scène.

-Comment avez-vous préparé le spectacle en cette période difficile?

- Comme tous les créateurs et responsables en même temps d’une compagnie: c’est souvent compliqué quand il faut arriver à gérer plusieurs de nos spectacles qui étaient prévus en juin, juillet et août. Cela bouffe pas mal d’énergie quand il faut arriver à gérer annulations et reports…
Côté personnel, j’ai assez bien vécu ce confinement. J’ai beaucoup lu de romans et vu des films. Comme entre autres Le Voyage de Chiro, un film d’animation écrit et réalisé par Hayao Miyazaki (2001) dont le scénario est très intéressant : c’est l’histoire d’une fillette de dix ans qui  se rend en famille vers sa nouvelle maison et entre dans le monde des esprits. Après la transformation de ses parents en porcs par la sorcière Yubaba, Chihiro prend un emploi dans l’établissement de bains de Yubaba pour retrouver ses parents et le monde humain. Le film a eu un très grand succès au Japon mais aussi dans le monde.
Côté internet, j’ai aussi été très étonné de la réactivité des acteurs de la Comédie-Française et de leur énorme projet de théâtre en ligne.

Actuellement nous répétons cette épopée à La Cour des Trois Coquins-Scène vivante de Clermont-Ferrand, puis au Bateau-feu à  Dunkerque où le spectacle sera créé. Avec toutes les indispensables mesures sanitaires. Il va falloir comme tout le monde, nous adapter, faire face aux contraintes et trouver des solutions dans les différents théâtres où nous allons jouer. Au Théâtre 14 à Paris, pour  Elle pas princesse/ Lui pas héros, j’ai choisi d’inverser le rapport scène-salle. Avec seulement  dix spectateurs  sur le plateau  et les comédiens dans les gradins.
Au-delà du spectacle lui-même, je voudrais avec cette Epopée, poser aussi la question de  la place politique  que nous donnons à la création familiale et aux écritures jeunesses dans nos théâtres….

Philippe du Vignal

Une Epopée: Spectacle à voir en famille (à partir de huit ans). En séance scolaire : du CE2 à la 6ème.
Création au Bateau-Feu Scène nationale de Dunkerque ( Nord)  du 3 au 10 octobre.
Thonon-les-bains, (Haute-Savoie) les 16 et 17 octobre.
Clermont-ferrand (Puy-de-Dôme du 14 au 22 novembre.Tournée à suivre

Au Théâtre national de Strasbourg, la saison d’après le covid 19

TNS Visuel de saison 20-21 avec Marie NDiaye par Jean-Louis Fernandez

Marie Ndaye © Jean-Louis Fernandez

Au Théâtre national de Strasbourg, la saison d’après le covid 19

en visio-conférence avec Stanislas Nordey

« On redémarre en se disant : les artistes, on est toujours là, on a des choses à dire et on va les dire. » Stanislas Nordey a présenté sa prochaine saison qui sera pour lui l’avant-dernière au T.N.S. Il précise que rien n’est encore gagné : « On est encore dans le combat, pour que le milieu culturel ne soit pas oublié. On continue à être vigilant sur la question de l’année blanche. Pour nous, l’essentiel a été de protéger les artistes et les techniciens en assurant leurs cachets, même pour ceux qui n’avaient pas encore signé leur contrat.  Nous avons aussi aidé des auteurs en passant commande de douze textes, pour les acteurs du Groupe 45 de l’Ecole. »

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Avec l’interruption de l’une des plus belles saisons en termes de fréquentation et compte-tenu des frais induits, le coût de cette crise s’élève à 400.000 euros. Mais  l’été au T.N.S. sera « apprenant et culturel », comme l’a suggéré Emmanuel Macron. Malgré les polémiques et l’indignation soulevées par la proposition présidentielle, Stanislas Nordey l’envisage comme un moyen de « faire revivre le théâtre et de donner du travail aux artistes qui ont besoin de bosser, avec des choses que l’on fait déjà. On a construit un projet de médiation culturelle avec les spectateurs qui ne partent pas en vacances. On n’allait pas cracher sur ces crédits ! On aura besoin de renforcer l’équipe et ce sera des salaires en plus pour des artistes et des techniciens ». Avec un budget prévisionnel de l’ordre de 300.000 euros, dont il espère obtenir au moins la moitié en subsides supplémentaires, c’est le seul Théâtre National à avoir postulé à ce dispositif, alors que de nombreuses compagnies l’ont fait. Les arbitrages seront rendus rapidement, paraît-il…

 L’équipe, en télétravail, a pu construire un programme de substitution pendant le confinement : Le T.N.S. chez vous*, sur le site du théâtre où les artistes ont réalisé des lectures en ligne. Il a fallu, en même temps, sauver les créations engagées sur la prochaine saison, tout en reportant celles en cours de production. La continuité pédagogique de l’Ecole a aussi été assurée ainsi que le recrutement de la nouvelle promotion d’élèves. Quant au spectacle du groupe 45, Dekalog, il devait se jouer au festival de Montpellier mais il verra le jour en février 2021. Pour leur sortie d’école, Julien Gosselin a adapté le scénario des dix films de Krzysztof Kieslowski portant sur les Dix Commandements, sans se référer aux films : « J’ai abordé le Dekalog comme une œuvre littéraire, à partir du texte publié aux éditions Ballan » dit le metteur en scène, artiste associé au T.N.S.

 Au théâtre, les répétitions ont repris depuis le 16 mai, aménagées en suivant les consignes sanitaires, ce qui s’avère compliqué: le premier protocole de 43 pages était « consternant et inapplicable ».  Les théâtres, publics et privés ont pris rendez-vous avec le ministre de la Culture pour que les jauges soient ouvertes plus largement après l’été : « On demande qu’on nous fasse confiance, qu’on nous traite comme des responsables : on sait gérer le public, une file d’attente … L’essentiel, dit Stanislas Nordey, est que le public se sente en sécurité . »

 La saison 2020-2021 s’annonce avec neuf créations dont trois reportées à cause du Covid, et cinq productions maison. Un programme résolument contemporain  à l’exception de quatre propositions originales autour de Racine. Mithridate, par Eric Vigner avec Stanislas Nordey dans le rôle-titre, un Andromaque à l’infini, à la sauce Gwenaël Morin qui devait être créé au festival d’Avignon avec une distribution de jeunes sortis du programme de formation Ier Acte (des acteurs issus de la “diversité“ ). Bajazet en considérant le théâtre et la peste d’après Antonin Artaud et Racine, mise en scène de Frank Castorf,  Phèdre! du Suisse François  Gremaud, succès d’Avignon  2019 (voir Le Théâtre du Blog). Et aussi  Antigone de Sophocle, mise en scène par Jean-Pierre Vincent. 

Seront notamment accueillis Sœurs de Pascal Rambert et Les Innocents, Moi et l’Inconnue au bord de la route départementale de Peter Handke par Alain Françon  et Nickel de Mathilde Delahaye et Pauline Haudepin, mise en scène de Mathilde Delahaye  (voir Le Théâtre du Blog).

Les autrices seront en première ligne avec sept titres au programme : « J’ai décidé, jusqu’à la fin de mon mandat, annonce Stanislas Nordey, de ne monter que des autrices. Il faut faire bouger les choses, leur donner leur place sur les grands plateaux. » Il mettra en scène Berlin mon Garçon, une commande à propos du jihad, qu’il avait passée à Marie Ndiaye, artiste associée au T.N.S. et qui sera aussi présente avec Les Serpents dans la mise en scène de Jacques Vincey. Et réalisera Au bord de Claudine Galéa (Grand Prix de littérature dramatique 2011)  avec Cécile Brune, tout juste remerciée par la Comédie-Française ! L’écrivaine fera l’objet d’un focus dans le prochain numéro de la revue Parages. On découvrira aussi Superstructure de Sonia Chiambretto, mise en scène d’Hubert Colas et Le Père de Stéphanie Chaillou, d’après L’homme Incertain, adapté par Julien Gosselin. Enfin, Mauvaise d’une dramaturge anglaise, Debbie Tucker Green, qui cartonne outre Manche…

 En marge de cette programmation, et en parallèle, L’Autre Saison initiée il y a quatre ans, se poursuit. Elle présente gratuitement spectacles, lectures, rencontres thématiques, performances, débats et travaux de l’école… « Le TNS s’engage sur plusieurs fronts : la parité, avec des Etats généraux proposés à l’ensemble de la profession ;  le développement durable avec un événement ressemblant artistes, climatologues, sociologues et des commandes sur la question passées à six autrices; la diversité, au cours d’une soirée qui mettra en exergue toutes les initiatives menées au T.N.S. ; le handicap …

 Pour conclure, à la question de son rapport avec le politique, le directeur répond : « Quand on est un Théâtre National, on a un lien plus fort avec les politiques, On les a interpellés.  La seule question : protéger les intermittents. On n’a pas encore de détail sur un éventuel plan de relance. Dans six mois, on verra ce qui se passe.

Ce qui l’a le plus frappé, déstabilisé, dans cette crise ? « C’est notre regard sur tous les petits métiers invisibles, au théâtre.  Par exemple, le bureau de la responsable de l’entretien du bâtiment est au sous-sol ! Et plus largement, la question de l’invisibilité dans notre société. » « Il y a aussi le fait de devoir programmer très à l’avance, cette rigidité : actuellement, on est obligé, pour des questions budgétaires, de prévoir deux ou trois saisons en amont, :  les coproducteurs sont plus difficiles à convaincre surtout pour le répertoire contemporain …  Il y a aussi, avec la multiplication des spectacle proposés en vidéo pendant le confinement et la crainte que le virtuel ne prenne le pas sur le spectacle vivant. Qu’on pense qu’une bonne captation le remplace… ça m’a fait peur, tout comme le mot “présentiel“.»

Une “présentation digitale de la saison“ sera proposée au public le 12 juin à 19 h, en attendant son ouverture en musique, dès septembre avec le festival Musica, où Joris Lacoste livrera Suite no 4 le dernier opus de son  Encyclopédie de la parole (en cours depuis 2007, voir Le Théâtre du Blog )

 Mireille Davidovici

 #TNSChezVous

Théâtre national de Strasbourg, 1 Avenue de la Marseillaise, 67000 Strasbourg. T. : 03 88 24 88 00. www.tns.fr

La Culture est loin d’être sauvée ! Et la C.G.T. organise une manifestation nationale

La Culture est loin d’être sauvée ! Et la C.G.T. organise une manifestation nationale 

6juin

 Un mois après les mesures annoncées par Emmanuel Macron et confirmées par Franck Riester, aucun écrit officiel n’est venu compléter leurs déclarations orales, aucun décret n’a été présenté puis adopté, aucune décision budgétaire n’a été prise. Seul a été annoncé pour les intermittents du spectacle un report de la « borne au 31 août 2.021 » et qui a été acté par un amendement du Sénat.

Conformément aux annonces du Président de la République relatives à la prolongation de l’indemnisation des artistes et techniciens intermittents du spectacle jusqu’à la fin août 2021,  cet amendement fixe au 31/08/2021 (en lieu et place du 31/05/2020 pour les autres demandeurs d’emploi), le terme maximal de la période au cours de laquelle la fin des droits doit être constatée pour permettre l’allongement de la durée d’indemnisation.

Cet amendement « prévoit, dans ce cadre, la possibilité d’adapter les modalités d’application de ce dispositif de prolongation des droits pour les artistes et techniciens intermittents du spectacle. » Mais cela ne signifie nullement que toutes les questions sont réglées et suscite la plus grande inquiétude des professions de la Culture.

101020543_2877240785836261_3206678684056420352_o« Seule la mobilisation du plus grand nombre, déclare la C.G.T. -Spectacle, permettra de sortir les professionnels de la situation catastrophique qui est la leur et elle demande entre autres: « l’ouverture d’une concertation au niveau professionnel sur l’adaptation des règles de l’assurance-chômage qui prolonge les droits des intermittents du spectacle de douze mois augmentés de la période durant laquelle il est impossible de travailler. »

Avec d’abord un plan de refinancement des structures chargées par l’Etat et les collectivités territoriales de missions de services public et qui portent la culture et la diversité artistique auprès des populations partout en France. Et un plan de relance de l’activité, notamment pour le secteur marchand, qui soit doté de moyens comparables à ce qui a été accordé au secteur automobile ou au tourisme. Enfin l’abandon du démantèlement du service public audiovisuel marqué par les baisses de financement de Radio France et de France Télévisions, comme par la suppression de France 4 et France Ô.»

Mireille Davidovici

La manifestation de la C.G.T. Spectacle est prévue à Paris, le samedi 6 juin à midi .

 http://www.fnsac-cgt.com/article.php?IDart=1638&IDssrub=214

 

Avignon : les guides- conférencier.e.s à la porte du Palais

 

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 Avignon : les guides- conférencier.e.s à la porte du Palais

Pas de festival d’Avignon cette année mais, ce mardi 2 juin, le Palais des Papes ouvre ses portes aux visiteurs, avec une Cour d’Honneur qui sera en deuil de ses artistes. Et guides et conférenciers qui font découvrir cet imposant patrimoine aux touristes, restent eux aussi sur le pavé. Ils manifestent sur le grand parvis du Palais… Un peu d’animation  digne des parades théâtrales qui brilleront cette année par leur absence.

 « Avignonnais, Avignonnaises, visiteurs de passage, enfants curieux, dit leur tract, vous ne nous connaissez pas mais pourtant, vous nous avez tous et toutes déjà croisés… Vous nous avez peut être suivis lors d’une visite guidée, ici ou ailleurs. Oui, nous rendons vivant ce qui ne l’est plus mais nous vantons aussi ce qui est animé : les mérites de notre ville, son art de vivre, ses monuments, ses boutiques, ses commerçants, ses musées, ses théâtres

  Aujourd’hui, beaucoup de salarié.e.s ne bénéficient pas du chômage partiel, et pour les autres, les aides de l’Etat compensent à peine les pertes de revenus crées par cette crise. Et de nombreu.x/ses guides conférencier.e.s que vous croisez dans Avignon, vont devoir partir et/ou se réorienter. Pourtant, nous sommes présent.e.s pour faire fructifier les recettes de l’Etat (56,3 milliards d’euros/an de recettes touristiques) et celles des sociétés qui nous embauchent. Mais aujourd’hui, qui est présent pour nous ? Nous sommes seul.e.s et sans ressources. »

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 Leur métier, peu connu et surtout mal reconnu, requiert un solide bagage et surtout un sens de l’improvisation en public, un talent de comédien en quelque sorte. Les guides-conférenciers sont, comme bien d’autres, des artisans de la Culture, en marge des artistes et techniciens qui bénéficient, eux du statut d’intermittent. Cet été pas d’embauche pour ces précaires avignonnais qui sont salariés saisonniers, auto-entrepreneurs, vacataires: pas de chômage ni d’indemnité. Cette année est pour eux une année blanche…

Cette situation n’est pas particulière au site d’Avignon. Beaucoup de villes qui ont perdu cette année leur festival, voient ceux qui travaillent en marge de la Culture laissés au bord du chemin et sans interlocuteur… Le doute plane sur l’avenir de ces « invisibles »,  à l’instar des « artisans du spectacle» réunis en collectif (voir Le Théâtre du Blog) et qui réclament, eux aussi, l’attention des pouvoirs publics.

 Mireille Davidovici

 #Guidesdavignon  #Guideconferencier  #2020jevisitelafrance                        .

Les Francophonies, c’est reparti pour l’automne ! Entretien avec Hassane Kassi Kouyaté

 

Les Francophonies,  c’est reparti pour l’automne ! Entretien avec Hassane Kassi Kouyaté

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Le festival limougeaud, qui va fêter ses trente-sept ans avec une grande exposition en septembre, se décline maintenant en deux saisons (voir Le Théâtre du blog). Il lui a fallu cette année, corona virus oblige, renoncer à son volet littéraire: Les Zébrures de printemps, prévues  en mars. Elles ne pouvaient être reportées pour diverses raisons, explique son directeur : d’abord faute de lieux disponibles;  aussi parce que réaliser ce focus de dix jours sur les écritures en automne et en même temps que les créations, aurait brouillé la visibilité de textes qui doivent exister indépendamment.

« J’ai adoré certains en les entendant, dit Hassane Kassi Kouyaté, mais j’ai souvent été déçu par leur mise en scène. Je ne veux pas opposer les deux mais mettre en lumière les textes eux-mêmes et le travail de la Maison des Auteurs qui contribue à leur diffusion. Par ailleurs, au printemps prochain, ce ne pourra être les mêmes auteurs en jeu : «  Je veux montrer des écritures en cours de création. Or, la plupart de la programmation 2020 concernait des textes qui sont maintenant montés. » Dernière raison invoquée :   » J’avais déjà aussi pris des engagements pour le printemps 2021 en Asie et au Moyen-Orient et passé des commandes d’écriture. » Cependant,  les artistes, techniciens, prestataires de service qui devaient opérer aux Zébrures de Printemps 2020 ont tous été dédommagés. »

 Les spectacles que nous verrons aux Zébrures d’automne, africains pour l’essentiel, sont prévus depuis longtemps et, dit Hassane Kassi Kouyaté : « 90 % des propositions ont pu être sauvées mais nous avons dû refaire des distributions, remplacer les artistes venant d’Afrique qui devaient intervenir,  par des acteurs et musiciens de la diaspora en France. » Il y aura donc neuf créations et trois encore en suspens,  des accueils de spectacles et des événements dont une grande exposition sur l’histoire de ce festival créé en 1983 par Pierre Debauche.  Organisée en partenariat avec la Bibliothèque de Limoges, pôle associé à la Bibliothèque Nationale de France pour  le théâtre et la poésie francophones. Auront aussi lieu des rencontres sur les relations Sud/Nord…Le menu définitif nous sera dévoilé à le fin du mois de juin. 

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 Après trois mois de télé-travail avec son équipe, Hassane Kassi Kouyaté éprouve une certaine frustration : « Cela prend beaucoup plus de temps et s’avère très fatigant, sans compter les incertitudes! Et le résultat n’est pas conforme à nos rêves, même si on invente autrement. Il y a ainsi des projets qui ne verront jamais le jour, comme ceux du Burkina Faso et de Tunisie : l’année prochaine, il n’y aura malheureusement pas de place pour eux ! »

Au-delà de sa propre expérience, le directeur des Francophonies remet en question le fonctionnement du théâtre en France : « C’est notre modèle qui pose problème et le corona virus met en lumière l’impasse où nous sommes: on gère la Culture comme des produits manufacturés! Il faut tout programmer à l’avance pour obtenir des subventions, il faut tout détailler… Alors que la création devrait prendre le pas sur la bureaucratie (comme à l’hôpital !).  On est dans un système marchand.  »

 Et en attendant de faire bouger les lignes, comme le souhaiteraient de nombreux responsables de lieux, festivals et compagnies qui réfléchissent en réseau (voir Le Théâtre du Blog) et en concertation avec ses interlocuteurs étrangers, Hassane Kassi Kouyaté  coiffe sa casquette de metteur en scène pour une nouvelle création qui sera à l’affiche du festival.

 Congo Jazz Band de Mohamed Kacimi 

« Je me posais la question : “ Est-ce que c’est nécessaire de créer pour moi ? – Oui, me suis-je dit, si je fait autre chose.  » Descendant d’une lignée de griots, qu’il considère comme des médiateurs et des historiens de la société, il estime qu’il y a urgence aujourd’hui à parler de l’immigration sous forme d’un théâtre documentaire : «  Il y a une méconnaissance profonde de son origine : la colonisation avec à la clé, pillage des richesses des territoires. Si 10 % des matières premières y restaient, les peuples n’auraient plus besoin de bouger. L’Européen moyen ne comprend pas que les gens sont morts vivants chez eux. C’est mon rôle de griot moderne de parler de ces choses. »

 À cet égard, la colonisation du Congo est, pour lui, exemplaire. À la Conférence de Berlin en 1878, les puissances européennes se sont partagées le continent africain et le roi Léopold II de Belgique reçut cet immense territoire: « Mohamed Kacimi a écrit une fiction historique, une sorte de conte moderne que nous allons aborder du côté musical. Un orchestre sur scène jouera des tubes africains et racontera des histoires… »  Inversion ironique : « Les instrumentistes seront des femmes, et le chœur, des hommes  ! »

Cette comédie musicale, où des personnages fictifs croisent des figures historiques, ira ensuite en Guadeloupe, Martinique et sur plusieurs scènes de l’Hexagone et d’Afrique.

À suivre…

 Mireille Davidovici

 Les Zébrures d’automne, des écritures à la scène  du 23 septembre au 3 octobre.

Les Francophonies, de l’écriture à la scène : 11, avenue du Général de Gaulle, Limoges (Haute-Vienne). T. : 05 55 10 90 10.

 

Arrêtons un moment…

Dans l’abondant courrier que nous recevons, il y a deux lettres qui nous ont particulièrement touché, d’abord celle de Marion Coutris, actrice et codirectrice du Théâtre des Calanques à Marseille. En quelques mots, elle nous dit ce qu’elle ressent de la vie d’un théâtre où ses spectateurs n’ont plus le droit de venir. Et tout l’espoir qu’elle met aussi dans de prochaines retrouvailles quand la machine théâtrale, qu’elle soit petite ou importante, se remettra à fonctionner.

Et Philippe Fourel, le directeur de La Petite Scène à Montélimar (Drôme) ne manque pas d’humour quand il se demande comment un spectacle pourra continuer à être joué, vu les conditions draconiennes actuelles d’accueil du public. Ces deux courtes lettres en disent plus long sur le désarroi et en même temps sur l’espoir de temps meilleurs de directeurs de théâtres que bien de longs communiqués ou déclarations ministérielles. Nos amis allemands sont pragmatiques (voir plus bas) . Mais mieux en avoir les moyens et quant au climat de la salle… il y a sans doute mieux comme rapport avec les acteurs sur le plateau, eux-aussi soumis à des gestes barrière…

Philippe du Vignal

Arrêtons un moment…

C’est par ces mots que commence la Bérénice de Jean Racine. C’est le moment du théâtre qui les convoque et c’est bien du théâtre aussi que ces mots nous parlent. Ils s’adressent aux spectateurs rassemblés. Ils disent le temps qui se suspend et la réalité qui dure. Ils disent que la fable commence…

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Dès le jour où vous, spectatrices et spectateurs, avez déserté par force, les salles de spectacle, le théâtre a cessé d’exister. Parce que votre présence est indissociable de notre action. Nous sommes acteurs d’un jeu de société qui vous comprend, vous toutes et tous. Le théâtre, c’est un art public, en ce sens noble et trivial, et dans la triangulation que constituent l’œuvre, l’artiste et le spectateur, il ne peut manquer un élément pour qu’ait lieu la représentation.

Eh! Oui : nos destins ont partie liée, et même si on sait, on sent votre présence dans le noir de la salle devenue silencieuse, on ne connaît parfois rien de vous. Mais vous nous manquez. Et sans vous, imaginer une saison théâtrale, un événement, une création, est difficile. À vrai dire, cela n’a pas de sens. Car ce n’est pas un métier, spectateur, c’est un désir. Et vous êtes, chacune et chacun, étudiant ou enseignante, médecin ou commerçante, musicienne ou infirmier, chercheuse ou agriculteur, artiste peintre, chauffeur de taxi, architecte, coach sportif, retraité, responsable d’association, séminariste, poète, chômeur, critique de théâtre, coiffeur, employé, chef d’entreprise, commissaire de police, aventurier…

Vous êtes vous, et vous aimez le théâtre, vous représentez le monde, la cité antique, la ville moderne ou le monde rural. Vous êtes autre et vous êtes le sujet du théâtre. Surtout, vous aimez venir retrouver d’autres gens dans cette salle, attendre de nous quelque chose qui provoquera une émotion particulière, ou une réflexion différée. Vous aimerez ou vous n’aimerez pas, ou plus tard. Mais vous reviendrez toujours avec le même désir renouvelé, jamais éteint. Et toujours libre, dans votre capacité de jugement, votre imaginaire, votre participation, votre envie.

Cette liberté inouïe provient bien de la simultanéité d’un moment partagé, qui ne vivra que par l’instant présent.
Ce moment que, seuls, le théâtre, la danse, la musique osent suspendre à l’instant où la lumière diminue dans la salle, vous laissant avec vos correspondances sensibles, vos rêves, vos jardins secrets. Sachez que nous attendons ce moment avec impatience, nous comptons sur vous, pour que la machine humaine du théâtre se remette en marche et que se poursuivre notre Odyssée commune née à Athènes cinq siècles avant notre ère. Nous nous dirons peut-être alors, comme Winnie dans Oh les beaux jours ! de Samuel Beckett :« Oh! Le beau jour encore que ça aura été. Encore un. Après tout. Jusqu’ici.»

Marion Coutris

Bonjour,

 Chic, nous pouvons ré-ouvrir ! Cette annonce mérite une nuance : en espaçant les spectateurs d’un mètre, nous pouvons accueillir 20% du public! Pour notre petit lieu, la-petite-scene-montelimarcela signifie qu’avec seulement 20% de la recette nous ne pouvons payer que la S.A.C.E.M., pas les artistes et ni les techniciens. A moins de demander au public de payer cinq fois plus cher sa place ?

Donc, les théâtres sont ouverts, sans qu’il soit encore possible d’y jouer des spectacles… En attendant de pouvoir accueillir notre jeune public, nous continuons en mode semi-confiné, et voici le troisième épisode du Canapé show : https://www.facebook.com/la.petite.scene.montelimar/. Et les grands peuvent télétravailler en écoutant la Playlist des Chanteurs de La Petite Scène https://soundcloud.com/user-201152517/sets/les-chanteurs-de-la-petite

covidement.

Philippe Fourel

 

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Comparaison n’est pas raison! Le Berliner Ensemble a quelque peu modifié sa salle Afin de respecter les distances physiques, un rang sur deux a été démonté. et les places par deux seront réservés aux personnes appartenant à un même foyer. Elémentaire mon cher Bertolt!

 

Les artistes se mobilisent : un réseau de réflexion

Les artistes se mobilisent : un réseau de réflexion

 Alors que certains pensent reprendre leurs activités comme avant le confinement, des artistes de toutes disciplines ont lancé un appel à la rencontre et à la discussion. Une importante démarche en cours a lieu actuellement sous forme de groupes de réflexion et d’initiatives. Sous l’impulsion des artistes et des compagnies, ils se multiplient en France autour de théâtres, pour interroger et penser métiers et pratiques. Des groupes qui se déploient en un rhizome de rencontres transdisciplinaires « pour expérimenter et définir de nouveaux modèles plus justes, plus solidaires et plus en phase avec les urgences du monde actuel. »

Capture d’écran 2020-05-31 à 17.45.06Selon un communiqué collectif : «Ils désirent s’inscrire ensemble et maintenant dans des réflexions et recherches qui conduisent les saisons à venir et les programmations des lieux culturels. » Ont déjà mis en ligne leurs activités,  des associations comme le Conseil National de la Nouvelle Résistance, A.S.S.I.T.E.J. Scène d’enfance,  Circuit court Artistes et territoire mais aussi  le Centre Dramatique National de Montluçon, la MC 93 à Bobigny  ou  le Théâtre Universitaire de  Nantes. Et l’Office National de Diffusion Artistique, la Fédération des Pirates du Spectacle Vivants. Et des syndicats comme  le S.Y.N.A.V.I. , le groupe “danse“ du S.Y.N.D.E.A.C… Des appels ont été lancés pour que soient réalisés des Etats généraux du off d’ Avignon par les artistes et théâtres d’Occitanie (voir Le Théâtre du Blog). Des rencontre sont aussi prévues par les Gilets Jaunes Intermittents Chômeurs Précaires, HF/ Rhône-Alpes,  ou l’université d’été du Théâtre André Malraux à Chambéry… Cette liste, non exhaustive, s’allonge rapidement et  concerne l’ensemble du territoire comme en témoigne une carte qui recense ces initiatives : appels, tribunes, groupes de réflexion, commissions, rassemblements.. «   Il s’agit de repenser la culture, l’art et le service public à l’ère de la COVID -19. » Une mise à jour se fera en fonction de ceux qui rejoindront le mouvement… Chacun pourra ainsi trouver, dans sa région, de quoi repenser et rendre la culture plus  vivante.

 Mireille Davidovici

http://umap.openstreetmap.fr/fr/map/initiatives-et-groupes-de-reflexion-culture-et-ser_460607?fbclid=IwAR2cxidfKWxiZ2H3y4lpM_RwEerp2osAYuKUCVZ_9ojWw4UW1Lw1arVBGnQ#6/47.205/6.042

Entretien avec Denis Lecat, directeur du festival Humour et Eau salée

Entretien avec Denis Lecat, directeur du festival Humour et Eau salée de Saint-Georges de Didonne

Comédien et auteur, il fut chargé de mission pour le Développement culturel en milieu rural à la Communauté de communes du bassin de Marennes en Charente-Maritime puis a été chargé de programmation de spectacles au Conseil départemental des Côtes-d’Armor de 2004 à 20113. Et il a ensuite dirigé de 2011 à 2013 l’association Le Nombril du monde, dans les Deux-Sèvres.
Il est depuis quatre ans directeur de l’association culturelle CREA, du  nom charentais de l’esturgeon…

image-Vous avez plusieurs missions dont celle d’imaginer et  de gérer pendant une semaine au début août  le festival Humour et Eau salée…

– Oui, cette association contribue depuis 1986 au rayonnement culturel du territoire, avec d’abord, ce festival à la fois dedans et dehors, dont j’assure la direction depuis trois ans. Et une saison culturelle avec trente à quarante spectacles  à la salle Bleue de Saint-Georges de Didonne  (276 places) et à la Salle multiculturelle de Breuillet (300 places). Nous avons aussi Le Relais, un cinéma classé Art & Essai, et labellisé Jeune Public, Patrimoine et répertoire, Recherche et découvertes; il est membre du réseau Cinéma Europa, à la salle Jacques Villeret. Et depuis l’an passé, nous avons le  cinéma Le Cristal à Ronce-Les-Bains. Et chaque année, un évènement festif, participatif et citoyen à la rentrée de septembre: Et toujours en été… et un festival de cinéma Jeune Public, Les P’tits devant l’écran !

- Et cette année, vous avez quand même pu programmer le festival Humour et Eau salée?

– Oui, mais nous allons, comme les autres, devoir nous adapter, même si ce n’est pas simple. Nous attendons, de toute façon, les directives concernant les mesures sanitaires rendues obligatoires par le gouvernement. Pour le moment, comme vous le savez, les salles restent fermés au public. Et le rapport du professeur François Bricaire, chef de service honoraire d’infectiologie, remis à l’Elysée il y a un mois, a été commandée par le groupe Audiens pour imaginer les grands principes permettant au secteur culturel, de reprendre ses activités après le déconfinement. Il propose des mesures très strictes: le plus difficile étant de protéger les spectateurs surtout dans des lieux clos: un mètre cinquante entre chacun, port du masque obligatoire, nettoyage et ventilation des théâtres… Cela dit comment s’assurer que le port du masque sera bien respecté quand une salle est dans le noir ! C’est aussi à chaque spectateur de prendre ses responsabilités…

Emma la clown  Photo X

Emma la clown
Photo X

Les festivals et manifestations culturelles rassemblant plus de 5.000 personnes ne pourront se tenir avant le 31 août prochain.  Nous sommes une manifestation avec de petites jauges de public donc tout va bien mais nous allons bien sûr diviser le public d’une salle par deux ou trois! Et par exemple, Emma la clown fera sa création à l’extérieur, c’est à dire dans les jardins du Phare.

02-HH-Producties-theaterbureau-voor-theater-straattheater-circus-en-spektakel-voorstellingen-Delinus-Delinus-03Nous sommes une équipe de dix salariés dont quatre projectionnistes mais il y a environ 80 bénévoles qui viennent nous aider. Comme comme les regroupements sont interdits, il n’y aura, bien entendu, pas de buvette.
Et nous avons dû renoncer à un spectacle comme Le Grand débarras. Petit-vide grenier nocturne et pas pareil de Pascal Rome avec douze comédiens et il va nous proposer autre chose. Impossible aussi de présenter Delinus 03, d’une compagnie néerlandaise avec son minibus pour deux personnes, sans vraiment d’horaires mais qui fournit un excellent service et où il y a toujours de la place pour un de plus !

Pour le championnat d’alpinisme horizontal sur la plage, il sera cette année très encadré et il n’y aura pas d’ascension en duo…

Mais maintenir l’activité de ce festival et bien entendu toute son économie ne me fait pas peur. Même si une troupe japonaise a dû annuler sa tournée: c’était trop compliqué…

-Quand on lit votre programme, on est étonné par le nombre de spectacles gratuits comme autrefois au festival d’Aurillac… Comment vous en sortez-vous ?

-Nous avons des subventions de la ville de Saint-Georges de Didonne, du Département, de la Région, etc. Et nous ne courrons pas après les spectacles de vedettes qui exigent en général d’importants moyens techniques et… des cachets exorbitants. Quand j’ai pris en 2016 la direction du festival Humour et Eau salée, j’ai fait de nouveaux choix et programmé entre autres La Conférence de Joe Houben, mais le titre même de ce remarquable solo avait dû faire peur et il y avait peu de public, alors qu’il est très drôle! J’ai parfois l’impression que dans notre société, tout le monde a peur de tout et de tous mais notre rôle, à nous programmateurs et directeurs de festivals, est, je pense, d’apprendre au public à n’avoir pas peur de ce qui est différent.

Quant à la durée, une semaine du 1 er au 7 août, avec quatre ou cinq spectacles par jour et cette année, de petites jauges d’une cinquantaine de personnes, cela me semble être la bonne mesure. Le public peut prendre du bon temps, en allant à la fois voir des spectacles et se balader. Nous avons le bonheur d’avoir de très grandes et belles plages…

-Quel est le public pour une manifestation atypique de ce genre et comment choisissez-vous les spectacles ?

– Un public à la fois local et de «néo-arrivants», comme on dit en général des retraités  qui ont choisi d’habiter ici mais aussi de Bordelais et Parisiens qui ont à Saint-Georges de Didonne ou à proximité, une résidence secondaire

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frédéric fromet

 Et j’essaye de faire de propositions qui rassemblent les gens. Avec entre autres cette année pour la clôture du festival Frédéric Fromet qui chante l’amour au moins pendant cinq minutes et qui a été révélé au grand public par sa chanson hebdomadaire sur France-Inter. Cet humoriste n’épargne rien ni personne, et, sur scène,  il est encore plus drôle, plus vif, et plus profond aussi.

Mais il y aussi de la place pour la poésie comme avec Nyx du néerlandais Givjs van Bon dont la machine écrit de la poésie émettrice de lumière dans l’obscurité totale, en continu pendant trois heures.

g0030409Lettre après lettre, le texte lumineux s’écoule lentement au sol rougeoyant dans la rue. et que le public lit avec une grande attention. J’essaye que ce festival soir diversifié et cette année il y aura Soli Solo Saga de Bernard Lubat,un spectacle musical, clownesque et néanmoins philosophe… Entre Pierre Desproges et Thélonius Monk avec des chansons « enjazzées » et des textes « entchachés ». Et Fred Tousch, « seule » en scène, réglera tous les problèmes du monde, sans exception. Une performance chantée et narrée par le plus improbable des comédiens, poètes et philosophes de l’absurde, une fable néo-punk déjantée, tout public et gratuite.

Comme à Avignon, la vie l’été reste jeune grâce en partie aux acteurs des compagnies venues jouer. Nous avons environ entre 7.000 et 10.000 spectateurs sur la durée du festival.

 Et comme tous les directeurs de structures culturelles et de festivals, je vais « faire mon marché » comme on dit, dans le off d’Avignon et au festival d’Aurillac, je regarde aussi les vidéos que les artistes m’envoient. J’essaye aussi de proposer des créations après une résidence,  comme cette année après une semaine sera créé le concert d’ouverture par la compagnie Jazzigottos, une rencontre jouissive avec trois géants de l’humour musical.. Hébergements, aide financière, mise à disposition d’un lieu, c’est selon…

-Dernière question rituelle : comment voyez-vous l’avenir du spectacle et du théâtre en salles ou à l’extérieur ?

-Il y aura sans doute un rapport de force entre ceux qui voudraient que les places coûtent moins cher et ceux qui voudraient que les tarifs soient augmentés vu la pandémie et donc le nombre limité de spectateurs. Il me semble que c’est un rapport de force utile, voire indispensable. Nous sommes un pays qui a une force unique : celle de posséder un parc culturel exceptionnel. Il faut à tout prix préserver cette flore artistique et je me bagarre pour qu’ici, le festival se conjugue avec le tourisme.

 17635479Pour qu’un spectacle marche bien,  il n’y a pas de recette miracle mais plusieurs paramètres à respecter: il faut qu’il soit bien choisi, qu’il puisse faire bouger le public et, chose très importante, que le lieu soit suffisamment identifié dans la ville.  Cela dépend d’un désir, de l’air du temps, de l’envie de transmettre quelque chose. Mais un événement peut avoir un beau succès avec, finalement, peu de public comme cette balade de gens nus dans une prairie qui avait aussi eu lieu au festival d’Aurillac… Mais nous avons eu du mal. Peu importe, le fait qu’on puisse à un moment d’un festival faire réfléchir sur la nudité, me semble important. C’est un vrai travail personnel sur le corps qui peut amener les gens à être plus décontractés. Mais bon, le public est parfois un peu frileux et quand il y a eu à Royan une exposition de photos de couples homosexuels ou de couleur, certaines d’entre elles ont été lacérées…

 Philippe du Vignal

Un moment de saturation…

Un moment de saturation…

stage-1248769__340On en arrive à un moment de saturation, où nous, citoyens de base nous n’en pouvons plus de la campagne d’infantilisation à laquelle on voudrait nous soumettre. Après les lois d’urgence, voici  les lois sanitaires… Les crétins sur-diplômés qui  nous gouvernent,  en proposent d’aussi contradictoires qu’absurdes…

Nous lançons ce message aux directeurs de salle et à Franck Riester, ministre de la Culture  : le théâtre n’est pas que le théâtre avec billetterie, réservations et sièges rouges, c’est aussi un art de place publique,  un art  de rue libre,  un art  de place de village, de parvis de cathédrale.

 

Le Grand cirque des sondages par la compagnie Annibal et ses élépants

Le Grand cirque des sondages par la compagnie Annibal et ses éléphants

Il aime s’épanouir librement dans les espaces publics sous le ciel  et nous avons fabriqué à vue  le 26 mai  dernier (voir Le Théâtre du Blog) sur la place de la Révolution à Besançon une grandiose image autour d’un cercueil, symbole pour nous des errements du gouvernement et de ses médecins qui nous empêchent d’enterrer nos morts, mais qui, en même temps, autorisent l’ouverture du parc du Puy du Fou…

Jacques Livchine

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