Salle des fêtes

  Salle des fêtes, un spectacle de Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff.salledesfetes4copie.jpg

    Cela fait presque trente ans qu’on les connaît et le premier spectacle Boulifiche et Papavoine de Jérôme Deschamps avait eu lieu dans ce même théâtre quand Antoine Vitez en avait pris la direction…. Depuis la roue a tourné: quelque vingt spectacles, dont plusieurs opéras, (Jérôme Deschamps est devenu directeur de l’Opéra-Comique) dont  Les Précipitations, C’est magnifique, Les Pieds dans l’eau et le très fameux Lapin-Chasseur créé dans cette même salle Jean Vilar;  Canal + s’est fait aussi un plaisir d’aller chercher ces comédiens hors normes dont la plupart  ont fait depuis un beau parcours:  Jérôme Deschamps, bien sûr, Michèle Guigon,  comédienne et metteuse en scène, Philippe Morel, comédien, Yolande Moreau,  comédienne et réalisatrice de films, Olivier Saladin, comédien, Philippe Duquesne qu’on a pu voir récemment dans La Cerisaie, mise en scène d’Alain Françon, et Lorella Cravotta que l’on retrouve dans cette Salle des Fêtes

  Les Deschiens, c’était eux, cette pathétique galerie d’être humains à l’intelligence comme au vocabulaire et à la diction très limités,  à la ridicules et émouvants,  et habillés par Macha Makeïeff d’invraisemblables vêtements à fleurs, à poix ou à rayures, aux couleurs discordantes tels qu’on en voyait dans le catalogue de La Redoute ou de la feue Camif des années 50-60. Et en général, sévèrement dirigés par un patron ou une directrice hurlant ses ordres auxquels ils n’obéissaient jamais, en se contentant de grommeler. Du côté du matériel,, rien n’était non plus dans l’axe: portes à battants que l’on reçoit dans le nez, début d’incendie, fumées, chutes d’appliques lumineuses, et recours fréquent au coup de rouge qui tache,sur fond d’accordéon et de chansons populaires. D’année en année, Jérôme Deschamps, ET Macha Makeïeff à qui ces spectacles doivent énormément pour la scénographie, ont peaufiné leurs méthodes de travail, et il y a peu des spectacles où tout soit en apparence aussi bordélique et aussi magnifiquement mis en scène, joué et chorégraphié, bref, un vrai travail d’orfèvre dont fait partie Salle des Fêtes.
    Le rideau se lève dans un bruit d’enfer; nous sommes dans une espèce de hangar / salle à tout faire dont des fêtes, avec, dans un coin, un petit bar minable avec trois tabourets hauts couverts de skaï rouge, un petite calculatrice à ruban de papier, un poste de télévision de surveillance en noir et blanc un peu partout des bidons de plastique ( dont certains ne sont pas d’époque comme ceux pour poêles à pétrole, on aurait bien aimé ne pas voir cette horrible morceau trapézoïdal de table de conférence  rescapée des greniers de Chaillot et repeint en vert) . Désolé, chère Macha, mais j’ai l’oeil; côté cour, deux portes à battant un peu basses, un petit podium pour  quelques musiciens… Derrière le bar, un gros chien que l’on ne verra jamais, et qui  ne cesse de faire bouger sa chaîne. Et la patronne: madame Cravotta, qui se prend pour la grande chef de cet endroit minable , donne ses ordres par interphone à une tribu de jeunes gens venus probablement là essayer qui, son air de guitare électrique, qui, sa petite chanson ou sa danse dans l’espoir de passer le soir de la fête. Sont convoquées les grands tubes des Rita Mitsouko, Nirvana, mais aussi  des airs disco; Bob Marley aussi bien que Claude François et le fameux  El Condor Pasa de Paul Simon… Bref tout est bon et le public, pas très jeune et ravi de récupérer quelques bribes de sa jeunesse passée,  applaudit pratiquement à la fin de chaque air…
   Quant à Lorella Cravotta, elle joue avec un plaisir non dissimulé son rôle de patronne qui s’emmêle dans ses comptes et qui dicte ses ordres dans le vide , accablant sa pauvre serveuse de sarcasmes et de mépris. L’ancienne élève de  Claude Régy au Conservatoire, qui, à l’époque faisait plutôt dans la tragédie, se livre ici, comme autrefois dans Lapin Chasseur, à un numéro prodigieux d’intelligence verbale et gestuelle. Et il en faut une sacrée dose pour jouer les cintrées de son espèce. Et elle est d’autant plus remarquable qu’elle est presque  toujours seule sur ce plateau qui a 18 mètres d’ouverture… Et elle a cette  maîtrise impeccable du jeu qu’elle impose dès le début, et qui maintient le spectacle en équilibre jusqu’au bout. Deschamps lui doit une fière chandelle comme on dit.
   Mais comme les jeunes comédiens danseurs : Tiphanie  Bovay-Klameth, David Déjardin, Catherine Gavry, Hervé Lassince, Gaël Rouilhac et Pascal Ternisien, ont aussi du talent à revendre, la petite affaire fonctionne à peu près,parce que tout est supérieurement dirigé: on ne rit pas vraiment mais on ne s’ennuie pas non plus, du moins pendant les cinquante premières minutes.  Malgré les gags qui se répètent un peu trop,  il y a quelques moments jubilatoires comme ce lancer  d’oranges qui vont finir dans une lessiveuse pour une sangria douteuse que  va préparer avec  les pieds, Stéphanie, la pauvre serveuse souffre-douleurs, ou cette parodie déjantée de danse africaine. Mais, en général, les dernières quarante minutes  du spectacle ont du mal à s’imposer et révéleraient , s’il en était encore besoin, les défauts de la cuirasse…
  Tant pis: on va jouer aux vieux cons qui en ont beaucoup vu, mais, très franchement, quelle que soit et la qualité de la mise en scène et de la scénographie, quelle que soit le talent de ces comédiens – Cravotta en tête- qui ne quittent pas un instant leur personnage, on a un peu l’impression que Jérôme Deschamps nous recycle ses vieilles recettes qui ont bien marché. Pas un seul gag comique,qu’on n’ait déjà vu chez lui, pas un petite chorégraphie ou une mise en valeur de comédiens qu’il n’ait déjà utilisée, pas un moment d’émotion ou de délire poético-comique qui n’ait déjà servi… Bref, pour dire les choses un peu crûment, il y a un un sérieux manque d’inventivité et les choses  semblent vite plombées.
  Certes le répertoire de gags n’est pas illimité, (chaque artiste comique a allègrement pillé ses prédécesseurs ), puisqu’en général, il s’appuient sur l’inattendu mais, quand même, là, on reste un peu sur sa faim.salledesfetes1.jpg
  De plus,il y a  une erreur de construction qui ne pardonne pas: Lorella Cravotta joue son sketch, puis un des jeunes gens arrive avec son petit air de guitare,  sa chanson ou sa danse, puis on remet le couvert: Lorella Cravotta revient en en maltraitant  sa serveuse, puis une fille improvise une petite danse, etc.. Il y aussi un petit clin d’oeil sur le spectacle contemporain qui réjouit les seuls initiés, c’est à dire une poignée  de spectateurs. Ouf! Tous aux abris! Ce genre de mille-feuilles ne fonctionne pas  et Jérôme Deschamps  a prouvé, surtout jusque vers  les années 2000, qu’il savait faire beaucoup mieux que cela, en créant de véritables scènes presque muettes à plusieurs personnages ,d’un comique tout à fait magistral.
 Mais on dirait qu’absorbé par ses multiples tâches: installation de la Villa Arpel de Mon Oncle au 104, rétrospective Tati à la Cinémathèque française, Direction de l’Opéra Comique- Jérôme Deschamps ait conçu et réalisé ce dernier spectacle dans l’urgence et en utilisant ses bonnes vieilles recettes qui ont autrefois fait la preuve de leur efficacité.Eh! Bien non, le compte n’y est pas vraiment. Il y a aussi une question de dimensions : tout se perd un peu sur cet immense plateau, même quand on en réduit la profondeur, et la salle Gémier,  où il avait créé l’excellent Les Pieds dans l’eau, aurait sans doute été mieux adaptée. Question de durée aussi:  cette heure et demi, on l’a dit, n’en finit pas de finir et l’on quitte la salle en se demandant ce qu’on a bien pu vouloir nous dire en essayant de nous amuser.
  Comme le public hier dimanche après-midi n’était pas trop difficile, cela passait à peu près (mais les applaudissements n’étaient quand même pas enthousiastes) mais, vingt minutes avant la fin, on avait envie de siffler la fin de  partie. En fait, tout se passe comme s’il y avait du troisième degré dans l’air: Jérôme Deschamps regardant ses spectacles d’autrefois qui, eux-même, regardaient une réalité d’autrefois: et là, cela ne fonctionne plus vraiment, malgré la virtuosité des interprètes et un travail technique magistral: rendons hommage aux techniciens remarquables mais invisibles du plateau qui participent à cette mécanique superbement rodée.
  A voir? Oui, si vous n’êtes pas très  exigeant et qu’une grande salle pas trop pleine ne vous fait pas peur quand il s’agit d’un spectacle comique. Mais si  vous ne  connaissez pas encore Macha Makeïeff et  Jérôme Deschamps , invitez plutôt quelques bons copains, offrez-vous une sangria correcte et partagez ensemble la découverte de leurs précédents spectacles devant un grand  écran, ( les DVD ne manquent pas) ;certes, ce n’est pas du spectacle vivant mais, croyez-moi, j’en ai fait l’expérience avec des groupes d’étudiants, cela marche tout à fait bien…Et cela vaut mieux que cette sauce souppe réchauffée… regrets que qui l’enfer se donde disait Apolinnaire.

Philippe du Vignal

Théâtre national de Chaillot, jusqu’au 16 mai; et exposition de la Villa Arpel de Mon Oncle,au 104 (Paris 19 ème) et exposition Jacques Tati à la Cinémathèque française: Deux temps, trois mouvements.


Archive de l'auteur

L’Ecornifleur

L’Ecornifleur de Jules Renard, adaptation de Renée Delmas et Marion Bierry, mise en scène de Marion Bierry.

ecornifleur.jpg  Jules Renard (1864-1910) est finalement un auteur que l’on redécouvre de temps à autre, surtout pour son Journal (1905), où les vacheries écrites dans un style ciselé fleurissent, sans aucun état d’âme; sans doute,  Jules Renard a-t-il plus ou moins vécu les situations qu’il décrit dans ses textes , en particulier dans Poil de carotte, quand il dut accepter les rebuffades et les sournoiseries d’une mère qui ne l’aima guère et d’un père indifférent. Quant à cette longue nouvelle qu’est  au départ L’Ecornifleur, c’est l’histoire d’ Henri,un jeune homme, brillant et quelque peu cynique, volontiers misogyne qui s’introduit dans l’intimité d’un couple sans enfants, monsieur et madame Vernet; de visite en visite, puis de dîner en dîner, il devient vite leur compagnon inséparable qui se rend presque quotidiennement dans leur appartement parisien. Bref, en quelques mois,il est vite devenu l’ami proche, voire le confident des époux et il acceptera volontiers d’aller passer deux mois de vacances au bord de la mer avec eux. D’autant plus que la jeune femme n’est pas insensible  à ses charmes, et que son mari a tout du bourgeois benêt et satisfait : « Je vous confie mes bagages et ma femme » lui dit-il, avant de prendre le train suivant.
   Il y a aussi dans cette maison de vacances, cadre de tant de pièces du début du vingtième siècle, Marguerite, une nièce que le jeune homme va discrètement séduire sans trop de scrupules.Le chapitre de la nouvelle  est d’ailleurs intitulé: un demi-viol…  Comme la jeune personne ne demandait que cela, tout va pour le mieux…Même si, dans le texte original,  Henri dit de Marguerite que c’est un animal…. Elégant, non? Comment se sortir de ce guêpier où il s’est mis; il choisit la solution classique  qui ne peut tromper que les naïfs, celle du faux télégramme le rappelant d’urgence à Paris.
  C’est écrit dans une langue raffinée et l’on sent que Jules Renard a pesé chaque phrase d’un dialogue souvent brillant qui fait déjà penser à Guitry, et, où, curieusement, on retrouve parfois le charme des films d’Eric Rohmer. Mais, ici, plus rien de la tendresse et du désir rohmériens ! Dans L’ Ecornifleur, tout est noir: aucun amour véritable, aucune amitié réelle, pas de sympathie mais du cynisme et du mépris au kilomètre et la phrase finale ne laisse aucun doute là-dessus! Henri part en laissant  ce billet à ses hôtes:  » Mes chers amis,une dernière fois merci et adieu; il ne me reste plus qu’à me coller au dos l’étiquette trouvée dans le Journal des Goncourt: A céder: un parasite qui a déjà servi. »
   Marion Bierry a réussi à mettre en scène son adaptation  avec une certaine maîtrise, malgré un décor de bord de plage avec rochers  approximatif. Quant aux comédiens, Sarah Haxaire donne une tonalité bizarre à certaines fins de phrase mais Julien Rochefort, Hugo Seksig et, en particulier la jeune Lola Zidi, s’en sortent assez brillamment. La dernière partie du spectacle s’essouffle un peu, et il aurait sans doute fallu couper quelques dix bonnes minutes de ce qui n’est tout de même qu’une adaptation, et trouver un rythme plus rapide, ce qui, par ailleurs,  aurait nui à cette espèce de nonchalance cynique dont sait user si habilement Jules Renard. C’est toute la difficulté de faire passer sur scène une écriture qui ne lui était pas à priori destinée, et où les personnages n’ont peut-être pas la consistance nécessaire  et tiennent davantage d’aimables silhouettes…
  A voir ? Ce n’est pas le genre de soirée dont on ressort ébloui, mais, bon, si vous avez une vieille petite préférence pour les écrits de Jules Renard, pourquoi pas?

Philippe du Vignal

Théâtre la Bruyère
 

Trois pièces cuisine

Trois pièces cuisine de Carole Fréchette et Dominick Parenteau-Leboeuf, mise en scène par Pierre Vincent.

 cuisine23.jpg

La Compagnie Issue de secours qui s’est établie à Villepinte à la Ferme Godier a présenté pour quelques représentations au théâtre Paris-Villette trois petites pièces qu’elle a déjà jouées au domicile de spectateurs; Pierre Vincent pense en effet, et avec raison, que les rapports comédiens/ public et les codes imposés depuis des siècles  ne sont plus les mêmes et donnent une autre dimension aux oeuvres: le cadre est très intime,  l’espace scénographique doit être réduit à l’essentiel,la proximité modifie considérablement le jeu,le répertoire et le format ( espace/temps/ nombre de personnages) doit être spécialement adapté,et le public,  limité à deux dizaines de personnes qui se connaissent en général de près ou de loin, est plutôt local, c’est le maître et/ou la maîtresse des lieux qui servent d’ouvreuses, et chacun apporte de quoi boire ou manger, pour dîner après le spectacle: bref, toutes les vieilles habitudes des théâtres parisiens ou banlieusards sont ici bouleversées, et c’est tant mieux…
Serial Killer est une création de l’auteure québécoise maintenant bien connue en France Carole Fréchette qui ne l’avait  pas encore vue mise en scène; cela raconte, au cours d’un repas d’un jeune couple,  la dégradation progressive de leurs amours qui paraissaient pourtant solides, bien que ces deux jeunes gens ne se connaissaient pas depuis très longtemps. C’est d’abord écrit dans une  belle langue, à la fois précise et mordante,  où rien des sentiments n’est éludé, comme une sorte d’autopsie prématurée d’un amour qui commence  à s’effilocher, à cause d’on ne sait pas trop quoi, probablement l’usure du quotidien et une relation peut-être fondée sur quelques malentendus. C’est un peu, comme à l’envers, la si savoureuse Demande en mariage de Tchekov. La scénographie de cette cuisine, toute en polystyrène et mal fagotée,  ne vaut pas un clou mais, qu’importe, pendant cette petite demi-heure,  c’est un vrai plaisir théâtral que nous offrent Nathalie Bastat et Michel Aymard, bien dirigés par Pierre Vincent.
Les deux  petites pièces de Dominik Parenteau-Leboeuf: Vices cachés et 3 1/2 -en réalité un monologue pour chacun des deux comédiens- ne sont tout à fait de la même qualité d’écriture. Peut-être aussi, le monologue, en général plutôt inclus dans un pièce, qui est une très vieille particularité du théâtre occidental,et qui est vite devenu au siècle précédent ( cela fait toujours drôle de dire cela!) jusqu’à investir un peu trop le paysage théâtral, ne trouvait  pas vraiment sa dimension  quand  il prend le ton d’une confidence dans une cuisine; il y faut sans doute un peu plus de distance, alors que le dialogue à deux ou trois fait  souvent merveille, quand, bien entendu, il est adapté au lieu.
Le théâtre d’appartement, qui suppose la maîtrise de bien des paramètres et en particulier le choix des pièces, offre encore de belles opportunités aux compagnies. je me souviens d’un très beau petit spectacle ( dont un  Courteline me semble-t-il) à Villeneuve d’Asq monté par Pierre-Etienne Heymann, et d’une très réjouissante et évidemment déjantée séance Tupperware , écrite et mise en scène par Hervée de Lafond et Jacques Livchine dans une maison ancienne à Montbéliard.
A voir, oui, si vous voulez découvrir cette petite pièce de Carole Fréchette.. et si vous habitez  dans le coin…

 

Philippe du Vignal

 

La Ferme Gôdier 1 ter bd L. et D. Casanova 93420 Villepinte t: 01-43-10-13-89

John Gabriel Borkman.

John Gabriel Borkman de Henrik Ibsen, mise en scène de Thomas Ostermeier.

arno.jpg

La pièce fait partie d’un quatuor composé de Solness le constructeur, Le petit Eyolf et Quand nous nous réveillerons d’entre les morts, quatuor beaucoup moins joué qu’Hedda Gabler ou Maison de Poupée que l’on peut voir presque à chaque saison. Et dans chacun de ses drames, le personnage principal est un homme plus très jeune qui réfléchit à son passé professionnel, architecte, philosophe, sculpteur.. John Gabriel Borkman appartenait, lui, au monde de la banque mais à la suite d’une faillite, il a été condamné et incarcéré plusieurs cinq ans- ce qui est devenu plutôt rare de nos jours…
Avec des conséquences dramatiques pour sa famille.En effet, Gunhild a mis à l’abri du scandale Erhart leur fils en le faisant élever un temps par sa soeur jumelle El
la Renthiem que Borkman a autrefois beaucoup aimée. Borkman sorti de prison vit dans un étage supérieur de la maison où habite Gunhild, sans la voir… Maison qui appartient à Ulla. Un beau soir, Ella vient rendre visite à sa soeur qu’elle n’a pas revue depuis des années et lui annonce qu’elle est condamnée à brève échéance ; elle voudrait qu’Erhart vienne auprès d’elle pour l’aider pour l’accompagner le peu de temps qui lui reste à vivre. Borkman, homme déjà âgé et sans doute quelque peu cassé par ses années de détention rejoindra  alors les deux soeurs pour essayer de se concilier Erhart qui n’est plus le petit jeune homme qu’ils ont connu, même s’il est encore étudiant. Il a sa vie personnelle maintenant et entend bien échapper à cette O.P.A. familiale où il ne se reconnaît pas.
Borkman  en effet, n’a rien d’un héros exemplaire, et l’on apprend qu’il a sacrifié sans beaucoup de scrupules son amour pour Ella pour pouvoir accéder à un poste de tout premier ordre, en d’autres termes qu’il l’a vendue à un homme qui la voulait . La grandeur d’un homme  se mesure souvent à ses renoncements et, là,  Borkman ne vaut pas très cher… Quand Borkman, après s’être réconcilié  avec Ella- ce que l’on peut avoir du mal à admettre, il comprendra trop tard que sa vie aura finalement pris l’allure d’un magnifique ratage malgré quelques années de réussite flamboyante. Mais son coeur usé  n’y résistera pas.
Ostermeier avait monté la pièce il y un peu plus d’un an au Théâtre national de Bretagne.Et sa mise en scène, comme celles des précédents Ibsen qu’il avait créés,  est d’une grande maîtrise; c’est ,d’abord,  un directeur d’acteurs exemplaire et la distribution est de tout premier ordre, jusqu’aux personnages secondaires, notamment Josef Bierbichier ( Borkman, Kirsten Dene ( Gunhild) , Angela Winkler (Ella) et Et Sabasteine Schwarz ( Erhart). Ostemeier sait donner un rythme, ce qui manque le plus souvent à ses confrères français, et une crédibilité  immédiate aux images qu’il créée, dès le moment où les personnages entrent sur scène. C’est presque magique et donne à tout le spectacle une  grande qualité, que la pièce aux allures de mélo- ne possède sans doute pas, malgré de très beaux  dialogues sur la fin …

 Mais cee n’est ni Hedda Gabler ni Maison de Poupée et les enjeux de la pièce ne sont plus ceux qui nous préoccupent actuellement, en ces temps de crise financière mondiale. Par ailleurs on ne voit pas vraiment la nécessité de mettre un plateau tournant pour changer un décor d’une grande rigueur où il n’y a qu’une table et quelques sièges,pour un autre où ne figurent qu’un petit canapé , un fauteuil et une chaise. De temps à autre, le plateau est envahi d’écharpes de fumigène, sans aucune nécessité dramaturgique. A ces réserves près, Ostermeier, par ailleurs , directeur de la Schaubühne de Berlin , reste un bon metteur en scène . Alors à voir? Oui , si l’on est un inconditionnel d’Ostermeier mais très franchement ,si c’est toujours réconfortant de voir un spectacle bien monté , la pièce d’Ibsen , surtout pendant la première demi-heure assez ennuyeuse, ne mérite sans doute pas le détour…

 

Philippe du Vignal

 

Théâtre de l’Odéon; c’était jusqu’au 11 avril et ensuite en tournée

 

œuf de Pâques

oeuf.jpg     En guise d’œufs de Pâques, Cette  délicieuse friandise en récompense de votre fidélité.  Vous ne viendrez pas vous plaindre en disant que vous n’êtes pas gâtés… Enfin vous avez toujours le droit de faire vos commentaires. La fréquentation de votre blog préféré  augmente chaque mois. Ce n’est qu’un début, continuons le combat, comme disait autrefois le petit Nicolas….

Philippe du Vignal

 Lettre adressée à Antoine Vitez, (alors directeur du Théâtre National de Chaillot)       

 A Paris, ce jeudi 23 mai 1985.

Monsieur le Directeur, 

Directrice d’un collège de jeunes filles, j’ai assisté récemment à une représentation de « Ubu Roi » afin de me rendre compte de visu si ce spectacle conviendrait aux tendres ouailles dont j’ai la charge. Qu’est-ce que j’ai vu sur la scène même où triompha naguère le grand Jean Vilar? J’ai vu des EXCREMENTS  Mon voisin n’a-t-il pas dit à sa femme: « Tiens, des étrons, les acteurs vont bouffer de la merde » Textuellement. Eh bien non, Monsieur ce sont les innocents spectateurs qui ont été obligés de » bouffer de la merde ». Vous rendez-vous compte, Monsieur le Directeur, que vous faites appel aux instincts les plus vils des spectateurs, ceux-là mêmes que votre mission est d’éduquer  mais que vous vous faites un malin plaisir de corrompre, et cela avec un cynisme peu commun. Pour comble d’horreur, l’un des acteurs s’est dévêtu et a exposé ses FESSES NUES au regard apeuré et horrifié de quelques centaines d’assistants, (1) dont mes deux nièces. L’une d’entre elles fait sa communion solennelle dans quinze jours, l’autre commence son noviciat chez les clarisses de la Fête-Dieu. . Elles étaient TOUTES VELUES.( 2) je suis laissé dire que vous étiez communiste. Ceci explique cela. De ma vie je n’ai jamais  vu pareille chose.
 Monsieur le Directeur, je vous somme de réfléchir avant de continuer votre œuvre diabolique. Il y va de votre âme immortelle. Pensez aux souffrances de Notre Seigneur sur la Sainte Croix, à celles de Sa Très Sainte-Mère. Pensez à Jeanne d’Arc dont l’insigne pureté continue d’être une source d’inspiration pour nos jeunes filles.
 Je vous avertis par la présente que je viens de composer à l’intention du Ministre de la Culture, Monsieur Robert Abirached (3)  dans un mémoire dans lequel je le prie de faire en sorte que les deniers publics ne soient plus consacré à l’étalage sur la place publique de ces nouvelles écuries d’Augias.
 Que Dieu dans son infinie miséricorde vous pardonne le mal que vous faites à notre belle jeunesse française, et veuillez, Monsieur le Directeur, agréer l’expression de mon horreur de chrétienne, et de catholique.
 ( Mademoiselle)   (sic)  X….   Y…, directrice de collège, officier dans l’ordre national des Palmes académique, membre du tiers ordre des franciscaines de Paris.

P.S. Dimanche prochain je réciterai une dizaine de chapelets à votre intention.

Cette lettre manuscrite  authentique est retranscrite telle quelle : fautes d’orthographe et  de ponctuation, sens archaïque (1) , fautes de syntaxe (2),   et erreurs comprises ( 3). Robert Abirached n’était pas en effet ministre mais l’excellent directeur de la Direction des Spectacles;  le Ministre de la Culture était à l’époque  Jack Lang depuis 1981 et qui  le resta jusqu’en 1986.

Avec le couteau le pain

Avec le couteau le pain, texte et mise en scène de Carole Thibaut

lepain.jpg

Carole Thibaut avait achevé ce texte en 2004 et n’avait pu le monter qu’il y a deux ans; à part quelques représentations au Lavoir Moderne Parisien, puis au T.E.P., elle le remonte encore à Confluences. C’est l’histoire d’une jeune fille encore presque gamine qui doit subir à la fois d’abord l’autoritarisme monstrueux du père et la bêtise passive de la mère, avant d’être la proie du grand méchant loup en la personne de Norbert, le fils d’un très bon ami de son père qui vient lui donner des leçons de maths. Et qui ferait bien un gendre parfait mais la gamine pense que cette fois-ci, il faut dire stop.. à cette machination familiale où le fameux Norbert a tendance à reproduire le système monstrueux d’oppression qu’elle a dû subir auparavant. Voilà pour la trame de l’histoire qui fait souvent penser aux contes des Frères Grimm ou à ceux de Lewis Caroll.
Carole Thibaut sait admirablement défendre le texte à l’écriture très épurée de Carole Thibaut auteur. Et sa mise en scène est d’une précision absolue pour rendre les arcanes d’un univers à la fois enfantin et proche du cauchemar , d’abord parce qu’elle n’en est pas à son coup d’essai, et qu’elle utilise au mieux les techniques du théâtre d’ombres humaines ou de marionnettes, ( On sait que les choses sont encore plus convaincantes quand on les devine seulement.) mais aussi celles beaucoup plus sophistiquées et tout à fait remarquables de la voix amplifiée et de la création sonore ( Pascal Bricard) ou d’une partition lumière ( Didier Brun),qui sculpte littéralement l’espace et le temps. En fait, tout se passe comme si deux univers se juxtaposaient: celui des parents et de Norbert, et celui de la gamine qui voit les objets de la vie quotidienne comme démesurés: le fusil de papa est gigantesque, les verres de vin sont dix fois leur taille, et la très grande table familiale sert aussi d’espace où les comédiens évoluent la plupart du temps… La scénographie imaginée aussi par Carole Thibaut, femme orchestre, est ainsi intelligemment mise au service de cette charge contre un système parental qui obéit aux normes formatées de la société , qui est en fait très violent, et dont la gamine n’a aucune chance de s’échapper sinon par… la violence.
Carole Thibaut n’accuse personne mais constate la formidable emprise des valeurs familiales, en développant une écriture théâtrale très précise où le pathos n’a pas droit de cité; elle semble œuvrer avec distance, sans avoir l’air d’y toucher,ce qui rend les choses encore plus efficaces. D’autant qu’elle ne commet aucune erreur quant à la direction d’acteurs: Marylin Even, Claude Baqué, Karen Ramage, Charly Totterwitz, et Sarah Espour , en coulisses pour les ombres, sont tous remarquables. Avec une  préférence pour Karen Ramage( la gamine) qui possède une présence et une gestuelle de tout premier ordre.
Le seul léger reproche: Carole Thibaut devrait, dans une aussi petite salle que Confluences, ne pas demander à Claude Baqué de crier autant mais ce spectacle, brillantissime, qui- tant pis, si elle se sent écrasée par la comparaison- possède tant sur le plan dramaturgique que plastique , les mêmes qualités que ceux du grand Kantor. Même simplicité du texte, même maîtrise de la scénographie à la fois du côté du plateau que des accessoires, même intelligent recours aux techniques du son et de la lumière pour renforcer la prise de parole, même qualité du jeu… Espérons que le spectacle se rejouera encore, sur une plus longue série. Surtout, n’hésitez pas à le voir s’il passe près de chez vous. Avec le couteau le pain démontrerait , s’il le fallait encore, que la beauté théâtrale peut surgir de l’horreur humaine!

 

Philippe du Vignal

 

Le texte est publié aux éditions Lanzmann.

 

Théâtre Confluences, jusqu’au 11 avril, ATTENTION , le 11 avril, c’est demain samedi, dans la cadre de la première édition de La Genre Humaine, à Confluences, consacrée à la présentation de spectacles, débats, ateliers, lectures qui ont pour thème l’évolution de la situation des femmes , dans la mesure où le bouleversement des regards, comme dit Carole Thibaut, a suscité des expériences artistiques et humaines radicalement différentes.

Mai 68 est à la fois très loin, et Carole Thibaut n’était pas encore née mais l’on n’en finit pas de mesurer la coupure qui s’est produite en termes artistiques; imagine-t-on un spectacle comme Avec le couteau le pain dans ces années-là? Dans un précédent article, je citais un programme de la Comédie-Française où les actrices du Songe de Strindberg étaient citées sur une liste à part ,après bien entendu , leurs collègues masculins! Bref, on revient de loin…!
Enfin, Dominique Hervieu , Muriel Mayette , Julie Brochen sont directrices de trois des plus grands théâtres nationaux, et on espère de tout coeur que Carole Thibaut qui est candidate à la direction du Centre dramatique de Thionville pourra l’obtenir si on ne lui refait pas le coup fait à Guy Freixes , éliminé après avoir été choisi sur concours à un poste similaire et qui a subi la loi de l’Albanotron ou de l’Elysée, ou des deux, sans aucun ménagement. C’est sans doute ce que l’on appelle en démocratie, le fait de la princesse…

César, Fanny, Marius

César, Fanny, Marius de Marcel Pagnol, adaptation et mise en scène de Francis Huster

Cela commence mal: est affiché en lettres en tubes fluo le titre du spectacle. Mais il devrait commencer par Marius, premier opus de la fameuse trilogie créé en 1929 que suivit très vite en 1931 Fanny. César fut créée pour le cinéma en 1936, puis seulement dix ans plus tard montée au théâtre. Enfin, passons… La trilogie de Pagnol a été beaucoup jouée, beaucoup adaptée au cinéma, notamment en Suède: Längtan till havet en Allemagne, au Japon (trois fois!) et elle est entrée à la Comédie-Française avec Fanny, médiocrement mise en scène par Irène Bonnaud, malgré la présence du grand Andrej Seweryn qui réussissait à rendre crédible son Panisse et de Marie-Sophie Ferdane ( Fanny) .
Comme si Francis Huster voulait bien montrer que César /Weber ou Weber/César ( on choisira) est bien le personnage principal essentiel. Il y a un décor très réaliste où rien ne manque mais, quitte à vouloir se lancer dans une reconstitution, mieux vaudrait le faire dans l’exactitude; à qui fera-t-on croire que les tabourets hauts sont d’époque et qu’il peut y avoir ces grands abat-jours en tôle dans le café de César, etc… Cela sent le décor d’un film tiré d’une opérette américaine bon marché.

Et l’on voit à peine le lointain, alors que Pagnol insiste avec raison sur l’importance du port avec ses tonneaux et ses mâts de bateaux, symbolisant l’appel du large qui fascine Marius ; quant à l’entrepôt de voiles et cordages de Panisse, il bouge dès qu’un acteur s’appuie sur le mur! Et l’éventaire de coquillages d’Honorine avec ses caisses passées au brou de noix,  a des roues caoutchoutées sorties toutes neuves du B.H.V. Il faut se pincer très fort pour croire à toute cette pacotille. Et mieux vaut ne pas parler du bateau à voiles en fond de scène...
On pense à ce qu’un scénographe comme Guy-Claude François aurait pu imaginer. D’autant plus que les didascalies de Marcel Pagnol sont très précises et que l’on a besoin de croire à l’univers marseillais de l’époque, d’autant plus qu’ici, ce n’est, semble-t-il, ni une question d’espace ni d’argent… Comme on a besoin aussi de croire à l’univers sonore du Vieux-Port tel qu’il devait être en 29, aux coups de marteau dans les chantiers de démolition de bateaux, avant que les Allemands ne bombardent le Pont transbordeur et une grande partie du quartier…
Mais ici tout est propret, sans vérité. La moindre des choses aurait été de reprendre vraiment le texte et de le jouer comme il est écrit, sinon on prend tous les risques d’aller droit dans le mur. Cette trilogie dont on ne va pas vous retracer l’intrigue (les amours compliquées du jeune Marius et de la belle Fanny) tant elle est connue, quand elle est montée en France, ne peut guère l’être que si l’on tient compte du temps où Marseille, malgré son port ouvert sur tous les pays du monde, n’était pas une ville bien riche, et où de nombreuses magasins il y a encore une trentaine d’années n’avaient rien de luxueux…

 Et César, patron de petit  bistrot, devait vivre chichement, comme son copain Escartefigue, victime de la modernité représentée par ce pont transbordeur qui lui enlève les clients de son ferry-boat traversant le Vieux-Port du quai de la Joliette à la Rive neuve. Monsieur Brun,lui, jeune vérificateur des Impôts , est d’un autre monde: il est d’abord lyonnais et de l’administration, ce qui lui octroie un statut spécial. Quant à Picoiseau, le mendiant, comme il devait y en avoir beaucoup à Marseille, on ne peut deviner que c’est lui, tant la mise en en scène de Francis Huster est approximative. Et l’adaptation qu’il a tirée de la trilogie n’y aide pas non plus. Comme le metteur en scène a coupé un peu partout et de tripoter les scènes, le texte semble être passé à l’essoreuse, même si après l’entracte, les choses s’améliorent.
C’est en fait tout le spectacle qui manque de rythme et d’énergie et malgré les fameuses scènes-culte dont celle de la partie de cartes -pas trop mal réussie- le temps ne passe pas vite. ( Plus de trois heures avec l’entracte). Sans doute en grande partie, à cause d’une direction d’acteurs bâclée, il n’y a pas d’autre mot convenable. Comment peut-on croire un instant au Panisse de Francis Huster, copain de tente ans de César, mais raide comme un clergyman d’autrefois qui se serait trompé de pièce. Tout se passe comme si Francis Huster avait été plus ou moins obligé d’accepter le rôle, et comme on sait, un comédien qui va à reculons sur une scène, ne fait jamais du bon travail.

Quant à Jacques Weber, il a souvent une diction approximative, Dieu sait pourquoi, et perd souvent son accent marseillais en route, ce qui fait plutôt désordre.Il surjoue et cabotine, comme s’il pouvait tout se permettre. Alors qu’il pourrait être dix fois meilleur s’il était dirigé. Enfin au moins et heureusement,il est là et, quand il veut bien ne pas en faire de trop, il a un jeu assez  nuancé.

Mais là où cela ne va pas du tout, c’est quand Stanley Weber, fils de Jacques ,essaye de jouer Marius, le personnage essentiel de la pièce! S’il a en bien l’âge, il semble traîner son personnage comme un pensum, à tel point que cela en devient gênant pour le spectacle qui n’avait pas besoin de cela. Quant à Charlotte Kady, ( Honorine) en robe à fleurs et collants blancs (si, si! ), elle criaille et a bien du mal à rendre crédible son personnage de marchande de coquillages. 1cesar.jpg
Quant à Hafsia Herzi,( Fanny) qui était si juste dans La Graine et le mulet d’Abdel Kachiche, elle semble un peu perdue et il aurait fallu qu’elle soit vraiment dirigée, ce qui est loin d’être le cas. A 22 ans, elle a à peu près l’âge du rôle mais cela ne suffit pas et l’on sent bien qu’elle est plus habituée aux plateaux de cinéma qu’à une scène; en revanche, Urbain Cancelier (Escartefigue ) et Eric Laugerias ( M. Brun) sont d’un excellent niveau et donnent un peu de corps à un travail qui reste peu convaincant. Heureusement qu’ils sont là, eux-aussi

  Mais la vraie question est sans doute ailleurs: était-il besoin de monter en la réduisant, la plus grande partie de cette trilogie? Pourquoi pas Fanny, sans doute la plus achevée des trois pièces? Par ailleurs, tout se passe comme si Francis Huster ,qui n’est quand même pas n’importe quel acteur, avait un peu perdu l’habitude diriger ses confrères; sa dernière mise en scène à Paris devait être Faisons un rêve de Sacha Guitry, il y a plus de dix ans… Désolé, mais ici, c’est vraiment  trop approximatif; que l’on aime ou non Marcel Pagnol (assez mal vu dans les sphères intello), c’est un théâtre populaire qui vaut largement beaucoup de pièces actuelles et qui méritait le respect.
A voir? Non, pas du tout, d’autant plus que les places au parterre sont à plus de cinquante euros! Revoyez plutôt, si vous le pouvez, la trilogie filmée par Pagnol avec le très grand Raimu et Charpin, même si le jeu d’Orane Demazis est un peu crispant..

 Philippe du Vignal

Théâtre Antoine

Le Pas de l’Homme

Le Pas de l’Homme, texte et mise en scène de Farid Paya.

pasdelhomme.jpg  Farid Paya nous avait déjà asséné des monuments d’ennui mais cette fois c’est encore pire. »Ce texte a été écrit rapidement, comme s’il était déjà prêt en moi. Bien qu’étant un récit, le retour qui m’a été le plus donné est la qualité théâtrale de ce texte », écrit-il avec superbe. On ne sait de qui est venu ce retour, sans doute d’amis très proches mais, pour qu’il y ait un véritable retour comme il dit, aurait-il encore fallu qu’il y ait …un aller, ce qui est loin d’être le cas .

En effet, Farid Paya, dans son texte,  fait souvent référence à l’Apocalypse, à Marc ou à Job, et ne se prive pas de dire que ses guides secrets ont été René Char et Saint-John Perse. Désolé, mais on est très très loin du compte et à relire  Eloges  paru il y a déjà quelque cent ans ou Anabase qui date de 1924, on est bien loin du compte et la prose de M. Paya fait figure de très mauvais pastiche. De Saint-John Perse, on admire encore la merveilleuse dimension incantatoire des versets d’un poète qui s’identifiait à la nature, au désert comme à l’océan et qui avait gardé de ses voyages en Chine le goût de l’infini. Un siècle après, ces pages font encore rêver . La prose de Paya, elle,  distille un ennui de premier ordre, sans doute parce qu’il y manque , et le souffle indispensable, et une véritable écriture. Bourrée d’ adjectifs, ce qui n’est jamais  bon signe, cette bouillie insipide fait  semblant d’être de la poésie. Mais il y a tromperie sur la marchandise. Il s’agit de trois récits et si on a bien compris, où l’on dit la violence pour aller vers une certaine paix intérieure.

  Mais,  comme Paya enfile les formules toutes faites, les stéréotypes , et n’arrive même pas à mettre en cadence ses pauvres phrases, on est ,dès les premières minutes envahi et cassé  par une espèce de logorrhée qui dure plus de deux heures… la terre, le sexe, les marées, le désert, le sang répandu, le soleil couchant, les viandes,la nuit, les pierres, etc… mais ce que disent la Bible ou Homère en trois mots justes et précis, Paya nous le tartine pendant de longues minutes…

  Et c’est sans espoir, et quand il n’y a aucun espoir au théâtre, on s’ennuie tout de suite. Et dire que Paya prétend  s’entourer de trois conseillers à la dramaturgie…. Tous aux abris! Il y a sur les côtés de la  scène ,quatre groupes de trois masques posés au sol aux couleurs et aux formes plus que médiocres, mais cela commence plutôt bien et on est agréablement  surpris par ce ciel d’aurore où l’on voit se mouvoir des silhouettes d’être humains. C’est à la fois simple et beau, comme peut l’être une image du grand Bob Wilson…

Mais on ne perd rien pour attendre,  et dès que les neuf comédiens entrent en scène, on comprend  que l’on va vivre deux heures de souffrance.Habillés dans des espèces de robes/ pantalons faites de cuir et de tissu- brodé pour certains, avec beaucoup de foulards, ( du sous-sous Christian Lacroix d’une rare laideur, ils prennent des poses, surjouent, roulent des yeux en récitant leur texte façon chant grégorien mais là aussi sans aucune grâce ni harmonie , soit en solo soit en groupe.Et Paya ,qui ne doute de rien,  ne nous épargne rien non plus : hurlements, minauderies, petits pas rythmés, halètements, mimiques ridicules, gestes des mains  vaguement inspirés par la danse indienne bahrata natyam.

  Seuls la musique de Bill Mahder et quelques chants en choeur parviennent à nous tirer de notre hébétude.Et à la fin, il y a un petit film tourné dans un désert par Farid Paya: c’est assez banal et sans grand intérêt  mais au moins cela distrait, même s’il faut encore subir le texte prétentieux de Paya récité par ses neuf comédiens assis sur les côtés. Plus jamais Paya, plus jamais…. Il  nous disait avant le spectacle , et non sans aplomb , que c’était un texte qui divisait: on aimerait savoir dans quelles proportions!  D’autant plus qu’il n’y avait pas foule ce vendredi soir.. On aimerait bien savoir aussi si la Ville  de Paris, Le Ministère de la Culture et le Conseil Régional d’Ile-de-France vont encore aider longtemps Paya à produire des spectacles du même tonneau!  Alors que beaucoup de jeunes troupes auraient bien besoin qu’on s’occupe d’elles. Voilà c’est dit; de toute façon, vous n’irez pas  puisque cela se termine le 5 avril mais si le spectacle est repris, prenez garde…

 

Philippe du Vignal

Le Songe

  Ett Drömpsel ( Le Songe)  d’August Strindberg, mise en scène de Mäns Lagerlöf.

songe.jpg

Le Songe est la dernière pièce du grand Strindberg et fut créée à Stockholm en 1908 quatre ans avant sa mort.  » C’était, disait-il, celle de mes pièces que j’aime le plus, l’enfant de ma plus profonde douleur », qu’il écrivit , après le départ de sa femme un mois après leur mariage. Pièce fétiche d’Ingmar Bergman qui la monta plusieurs fois, elle fut aussi mise en scène en France pour la première fois par Antonin Artaud dès 1928; Le songe fit aussi l’admiration de Kafka,des expressionistes et d’Arthur Adamov.
En France, elle fut aussi montée à la Comédie-française par Raymond Rouleau en 1970; la distribution, où les actrices ne sont citées qu’après les acteurs! -le vent de 68 n’était pas encore passé par la salle Ri
chelieu – ressemble maintenant à un cimetière! Et nous avons bien du mal à en faire ressurgir quelques images; quant à la mise en scène de Bob Wilson avec les acteurs du Théâtre Royal de Stockolm, c’était un pure merveille d’intelligence , d’invention poétique et plastique, où Wilson tressait le texte de Strindberg avec ses souvenirs familiaux du Texas. La pièce avait été montée il y a trois ans par Jacques Osinsky  avec aussi beaucoup de poésie.
Le Songe
tient tout à la fois de la vie la plus quotidienne  mais aussi  de celle que les femmes et les hommes  peuvent  percevoir comme un mystère permanent, où le paradis est tout proche de l’enfer. Et la pièce  est truffée de symboles empruntés aux textes religieux aussi bien chrétiens que boudhiques, et mystiques de tout poil, ainsi qu’à  ceux de son compatriote Swedenborg. Le tout étant bien entendu, sur fond de mysoginie et de crises mystiques,   relié à sa vie personnelle qui fut plutôt du genre errant. Il  habita  en effet dans 22 endroits différents pendant les six années qu’il vécut en dehors de Suède!
De plus,  sa mère mourut  quand il avait treize ans , et plus tard , eut une belle-mère confites en dévotion dans une secte;  il épousa trois femmes dont il divorça, et eut, sa vie durant, l’obsession de la faute  et de la souffrance susceptible de transcender la réalité la plus banale. Bref,  il y avait là un bon terreau pour faire un auteur capable d’écrire une pièce qui  est plutôt  comme un long poème  et un  formidable tremplin pour un metteur en scène qui a envie de  créer des images.
Cela valait donc le coup d’aller voir ce qu’avait pu en faire un metteur suédois comme Mäns Lagerlöf… L’histoire qui sous-tend Le Songe est à la fois simple et terriblement enchevêtrée: La fille d’Indra, dieu hindou, souverain du ciel , devenue Agnès, décide un beau jour de débarquer  sur terre pour se rendre compte de l’état de la condition humaine  (que dirait-elle aujourd’hui! ). Elle va ainsi rencontrer tour à tour un officier, un poète puis un avocat. Mais le paradis annoncé se révélera bientôt n’être qu’un enfer assez insupportable.
Reste à faire vivre sur scène cette étrangeté de la vie quotidienne quand l’homme se met à la percevoir  dans une sorte de mauvais rêve; et il faut dire que Mäns Lagerlöf n’ a pas mal réussi son coup en donnant à la pièce une vision écologique si l’on a bien compris  les choses malgré la barrière de la langue ( je ne parle pas suédois malgré la centaine de mots glané ici et là, personne n’est parfait…). Il y a au-dessus de la scène, un compteur à diodes qui indique précisément en permanence, le nombre de watts dépensés pour éclairer la scène ( la Suède est un des pays où  l’écologie et le recyclage battent  des records: il y a  des grands magasins où l’on ne trouve uniquement que des vêtements, électro-ménager, jouets, vaisselle,  livres,etc… d’occasion tout à fait propres et, dans chaque super-marché sont installées des machines à récupérer bouteilles et canettes qui vous rendent illico 60 centimes d’euro par pièce. Pas mal, non? Cela dit, la Suède compte une dizaine de centrales atomiques, alors qu’il n’y pas 10 millions d’habitants…
Donc , le château du début de la pièce devient ici une usine avec murs de briques ,  grande grille et une porte métallique qui n’ouvrira que sur le noir et le néant; les personnages d’origine  sont conservés mais on est dans les années 70 , à en, juger par les tissus orange et fleuris, et par les cheveux longs des hommes.Et il  y a derrière , en photo agrandie des HLM d’une quinzaine d’étages et une grue qui aide à  construire d’autres tours. Quant à  l’officier , il est plutôt du genre para en treillis, béret rouge et rangers noirs bien astiqués. Et, comme on est en Suède et que les beaux jours sont là, on fait griller  de  grosses saucisses à la chaleur d’un petit barbecue, puis la boisson aidant, on s’asperge copieusement de ketchup en dansant et en chantant plutôt bien des chansons du groupe mythique suédois  Abba ( si j’ai bien perçu). Plus disco, je meurs…
La salle, plutôt quatrième âge en robe et escarpins pour les dames,  ou costume noir, chemise blanche et noeud papillon pour les hommes , et une poignée de nymphettes pas aussi blondes que dans la la légende et souvent d’un blond peroxydé, donc la salle, disais-je,  reprend en choeur les refrains et claque des mains. Rideau et entracte dans le hall de ce théâtre très bourgeois début vingtième avec ses ouvreuses bien comme il faut. On parle doucement pour ne pas gêner le voisin et, à l’entracte, l’on savoure religieusement son  « cafelatte  » avec un petit gâteau à la cannelle, comme dans Millenium, le roman devenu culte de Stieg Larsson.
Le spectacle reprend avec le  plateau  nu ; il y a juste un mur où sont accrochés  21 sacs en papier  que chaque personnage vient décrocher, une femme aveugle accompagnée de sa mère aux cheveux longs arrive sur scène. Annonces d’aéroport. Des gens passent une valise à roulettes à la main puis repassent dans l’autre sens au gré des annonces  ( souvenir /citation d’une célèbre scène d’un film de Tati?) . Puis un jeune homme et une jeune femme sont allongés au soleil  sur des chaises longues au bord d’une plage paradisiaque mais,tout d’un coup, le vent se lève, emporte le parasol, le tonnerre gronde, la mer monte à toute vitesse envahissant la plage et  l’eau véhicule des tas de déchets du genre bouteilles en plastique, gilets de sauvetages rouges,  tôles d’acier: bref cela n’est pas dit mais tout a l’allure des conséquences d’un crash d’avion(  comme celui d’Air France où 95 personnes, dont Brigitte Tricot, une amie hôtesse de l’air,  périrent  un beau jour de septembre 68 au large d’Antibes, frappé en plein vol par un tir de missile, sans qu’aucun ministre ni Président de la République n’ait jamais eu le courage d’avouer la chose : vive l’Etat français et son armée de l’air!). Un homme surgit alors des flots noirs  et offre à Agnès un petit livre de poèmes.  C’est, sur le plan scénograhique, assez fabuleusement réalisé.
Retour au mur de briques du début ; quelques personnes, les pieds dans l’eau tiennent une conférence de presse en  se disputant et en s’envoyant des verres d’eau à la figure puis, c’est le noir absolu. Zéro watt indique le panneau lumineux; il y a  un chandelier avec quelques bougies sur le devant de la scène et des candélabres  électriques dans le  fond  et trois hommes pédalent sur une musique d’orgue électronique, mais  leur vélo fixe est relié à ces candélabres. On s’aperçoit vite que ce sont eux qui fournissent l’électricité nécessaire à l’ éclairage scénique..Mais la pièce de Strindberg ne finit évidemment pas comme cela…
Telles sont quelques unes des images assez fortes que l’on perçoit d’autant mieux que l’on ne comprend pas la langue,  mais, comme chez Wilson, l’on on peut très bien voir la pièce comme cela. D’autant plus que c’est mis en scène avec beaucoup de rigueur et de précision par Mäns  Lagerlöf et que les dix comédiens sont tous impeccables,  tout comme la scénographie de Magnus Möllerstedt. On peut regretter que le metteur en scène, quand on relit le texte, l’ait un peu tiré vers la comédie musicale mais c’est si adroitement réalisé que les deux heures et demi ( avec entracte) passent très vite. Et miracle, vous savez quoi, il n’y a pas le plus petit centimètre carré de vidéo… et la mise en scène’est jamais facile ni vulgaire..
A voir.? Oui, si vous passez par là, ce qui m’étonnerait mais sait-on jamais, le spectacle , après avoir été présenté à Linköpping et à Norrköpping,  va se promener en Suède.

Philippe du Vignal

Théâtre de Nörrkopping ( Suède)

La Jalousie du barbouillé, Le Médecin volant et Les Précieuses ridicules

 La Jalousie du barbouillé, Le Médecin volant et Les Précieuses ridicules


moliereneo1copie2.jpg Le directeur du T.N.P. à Villeurbanne  a mis en scène deux programmes consacrés à Molière: l’un avec Sganarelle ou le Cocu imaginaire et  L’Ecole des maris, et l’autre,  trois petites pièces citées plus haut jouées  sur une petite scène à tréteaux, avec fausse chandelles sur le devant ( c’est peut-être du second degré?) posée sur le plateau du Théâtre 71. Sans doute une fausse bonne idée;  ce n’est en effet ni très beau ni très efficace mais bon!  La Jalousie du barbouillé est une  courte  farce inspirée de celles du Moyen- Age où un  mari jaloux met dehors sa femme Angélique, après s’être confié à un docteur aussi ignorant que prétentieux. Il lui ferme la porte mais elle trouve , à son tour, le moyen de le laisser dehors.

Il y a un tirade formidable qui préfigure celle de Sganarelle dans Don Juan où le Barbouillé consulte  un  médecin vantard et  prétentieux qui prononce  une série de courtes phrases-valises assez étonnantes , et comme  la langue de Molière à ses débuts est déjà savoureuse, et que  c’est du genre plutôt bien joué , nous n’avons pas   boudé pas notre plaisir (malgré des costumes bien laids) avec notamment Jérôme Quintard ( Le barbouillé) , Julien Gauthier ( le docteur) et Laurence Besson ( Angélique). On sent qu’il y a un véritable esprit de troupe, ce qui fera plaisir à Edith Rappoport. Et les dix comédiens sortent tous de l’ENSATT à Lyon,  (deux d’entre eux: Olivier Borle et Jérôme Quintard, n’en déplaise à Goldenberg, ex-directeur du Théâtre national de Chaillot,  ont d’abord été élèves à l’Ecole de Chaillot.
Mais la mise en scène  de Christian Schiaretti manque singulièrement de rythme et de force. Comme si, pour reprendre l’expression du grand Bernard Dort, notre maître à beaucoup, avait « perdu ses boulons en route » et la remarque vaut pour les trois pièces. Le Médecin volant  raconte l’histoire de deux amoureux: Valère et Lucile dont Georgibus, son père veut absolument la marier à Villebrequin; Lucile fait semblant d’être malade et Sabine,  sa chère cousine s’en va  chercher un médecin- ridicule et ,comme dans La Jalousie du barbouillé, assez prétentieux. Il n’est autre que Sganarelle, le valet de  Valère. Finalement Gorgibus, reconnaîtra avoir été trompé par cette double identité et  acceptera le mariage des amoureux. Un canevas venant tout droit de la commedia dell arte et là aussi, la petite pièce plutôt bien jouée notamment par Olivier Borle et Jeanne Brouaye est rarement montée  nous laisse un peu sur notre faim. Et là, on ne peut pas reprocher grand chose à Christian Schiaretti, sinon de l’avoir choisie….
 Quant aux Précieuses ridicules, c’est une belle erreur d’installer  sur cette même petite scène à tréteaux où, par définition, il n’y a guère de place. Dès lors, les comédiens passent  et repassent on ne sait trop pourquoi par le châssis en ferraille qui sert de fond aux deux pièces précédentes, et, très franchement, on n’en voit pas bien l’intérêt: les comédiens ne semblent pas  à l’aise sur un espace aussi limité. Jeanne Brouyaie ( Magdelon) et Clémentine Verdier ( Cathos), les  jeunes provinciales snobinardes criaillent et on comprend souvent mal ce qu’elles disent, d’autant plus que le texte est bourré de termes qu’il aurait fallu absolument traduire. Les linguistes ont peut-être les bonnes réponses, mais la pièce a a un vocabulaire  beaucoup moins compréhensible  que celui des grandes  œuvres comme  Tartuffe ou Dom Juan, pour qui n’a pas  étudié au lycée la littérature de cette époque.
 Cela dit, les collégiens, sans être enthousiastes, n’avaient pas l’air de s’ennuyer; peut-être avaient-ils été auparavant cornaqués par leurs profs… Alors, à voir? Pas sûr, le rapport qualité/prix n’est pas évident ( 21 euros plein pot!) , sauf si vous avez envie de voir les débuts  de l’immense Molière.  Celui dont on continue à dire que, quel que soit le texte, quand les élèves d’un cours d’art dramatique en entendent par hasard une bouffée, ils en reconnaissent aussitôt l’auteur.Et le texte écrit dans une langue  admirable. Quant au Programme 1, (Sganarelle ou le Cocu imaginaire, et L’Ecole des Maris)  deux pièces plus longues mais assez mineures, du coup, cela ne donne pas vraiment envie d’y aller  voir. Maintenant , si le cœur vous en dit… Si nous en avons le temps, nous  irons et vous rendrons compte…

Philippe du Vignal

Théâtre 71,  Malakoff ( Hauts-de-Seine)  jusqu’au 10 avril ( les intégrales des deux programmes n’ont plus lieu, ouf!)

1...573574575576577...586

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...