Wakan Tanaka

Wakan Tanaka, d’après des contes amérindiens, ou Flecha et les chiens esprits, mise en  scène de Gilles Cuche.

flechasurchienesprit.jpg  La culture amérindienne est, comme on le sait orale, et les contes et légendes se sont transmis de génération en génération depuis dess siècles, avec comme thème essentiel, un respect inconditionnel pour la Terre nourricière.  » Les Anciens disaient que viendrait une époque difficile où les inventions et la vie moderne détruiraient l’air et les océans et brûleraient la Terre ». Pas mal vu bien avant Tchernobyl, etc..
Gilles Cuche a conçu une aire de jeu  ronde qui , plus tard, sera recouverte de sable et  les 150 enfants sont assis tout autour. Wakan Tanaka, reprend une de ces anciennes légendes,  où un petit garçon  incarné ici  par une marionnette ,pour aider ses grands- parents adoptifs qu’il voit vieillir,  part pour un long voyage qui prend la forme d’une quête initiatique, chercher un beau cheval esprit. Le vieillard du lac qui le reçois, masqué et couvert de lianes comme la marionnette du cheval et petit enfant sont d’une très belle qualité poétique. .

 Il y a trois conteurs musiciens (Herman Bonet, Bernard Cheze, Karine Tripier) qui vont donner vie à ce petit garçon et à son cheval de façon magique; ils passent de  la flûte, des percussions à  la voix parlée ou  chantée, avec aisance et efficacité. Pas d’effets inutiles de lumière ou de son: tout se déroule simplement, dans un calme et une paix propices à l’écoute d’un conte. Les percussions sont faite avec des calebasses, morceau de bois ou colliers de coquillages. Et les enfants sont subjugués par cette histoire simple mais qui dit aussi beaucoup de choses: immense respect pour la nature et la culture des produits indispensables à la vie,nécessaire  transmission des valeurs fondamentales aux enfants, solidarité absolue avec ceux qui devenus âgés, après avoir  donné toutes leurs forces  au bien- être de leurs proches: tout est dit ,avec une place importante consacrée à la musique jouée et chantée.
 Au chapitre des petites réserves: les percussions sur les calebasses couvrent un peu la voix du conteur musicien, l’espèce d’encens fumigène est inutile et fait tousser les enfants; quant aux  panneaux de lames de bois tressé qui encerclent l’espace circulaire, il est fort douteux qu’ils aient été traités avec des produits bio. Le respect de la nature et des être humains  commence aussi par là ; mille regrets, mais ce n’est pas la peine que les enfants respirent ces saloperies, même à toute petite dose pendant  l’heure que dure le spectacle. Allez , un effort, Gilles Cuche, demandez à votre scénographe de vous trouver autre chose…
 A part cela, à voir sans restriction; à partir de six/ sept ans.

Philippe du Vignal

Vaux-le-Penil le 13 et 14 mars; Vert-le-Petit le 31 mars; Marolles -en -Hurepoix les 28 et 29 mai et Boussy Saint Antoine le 13 juin. La compagnie de l’Atelier de l’Orage aussi , à son répertoire, d’autres spectacles pour enfants récents que nous n’avons pas encore pu voir.


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D’un carnaval à l’autre: Liestal et Bâle / morgenstraich

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D’un carnaval à l’autre: Liestal et Bâle, mise en scène  de la population,  des autorités municipales et des pompiers.

Comme chacun sait, les carnavals sont une des spécialités suisses, et il y a peu de villes qui échappent à cette tradition. Premier arrêt: Liestal, chef lieu du canton de Bâle, avec ses vieilles et petites rues et maisons à colombages. Vers quinze heures, le premier dimanche de mars depuis le Moyen-Age, sans doute pour enterrer l’hiver, sur nombre de places de la  cité ancienne, des fanfares avec trompettes, trombones et grosses caisses jouent des airs de variétés ou des musiques traditionnelles du canton. Mais avec une maîtrise et une qualité de musique absolument parfaite, les quelque vingt participants par fanfare (appelée aussi clique), tout âge et sexe confondus, masqués de gueules d’animaux, ou tête nue, jouent sans partition devant un très nombreux public venu de la Suisse entière mais plutôt de la partie germanophone.
Aucun flic à l’horizon, des tonnes de confettis par terre et des saucisses qui grillent un peu partout. A la nuit tombante, quelque vingt chariots en fer remplis de bûches empilées arrivent d’un peu partout dans les rues, conduits par des hommes et quelques femmes, masqués le plus souvent de têtes d’animaux avec des lanternes en papier couvertes de dessins humoristiques qui vont se rassembler en haut de la ville.
But de l’opération: faire descendre ces chariots avec leur cargaison de bois auquel on a mis le feu,  dans la rue principale, après avoir franchi l’étroite porte d’entrée de la ville surmontée d’une tour. Toutes les lumières électriques de la ville publiques ou privées ont été éteintes auparavant; il y a des milliers de spectateurs entassés qui attendent le passage de ces foutus chariots qui dégagent une incroyable chaleur. Ils sont précédés et suivis par d’une centaine de  petits groupes d’hommes et de quelques femmes et enfants casqués  qui portent sur l’épaule des espèces de torches faites des mêmes bûches de bois. Les comédiens stagiaires nigériens du Théâtre de l’Unité regardent sans y croire….
Vous n’avez pas dit impressionnant? Si, si, c’est impressionnant, les images sans doute simples  sont de toute beauté, quand on voit ces chariots de  feu avancer et pénétrer après un arrêt, dans la ville . Même si, ( on est en Suisse), tout se passe dans le calme mais avec quand même  une armada de pompiers qui arrosent, avant chaque passage des chariots,  la voûte de la vieille porte et veillent au bon déroulement des opérations: la voiture citerne n’est jamais très loin et l’ambulance attend portes ouvertes son premier brûlé. Il faut dire que les flammes de la plupart des chariots atteignent facilement le deuxième, voire le troisième étage des maisons. A quoi cela sert? A rien ou à tout, d’abord à enterrer l’hiver mais aussi à être convaincu que, comme disait Gaston Bachelard, dans La Psychanalyse du feu: « La conquête du superflu donne une excitation spirituelle plus grande que la conquête du nécessaire ».

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Il est minuit; très courte nuit de deux heures, et l’on repart pour Bâle pour être sur la grande place  ce premier lundi après les Cendres… A  quatre heures pile, horlogerie suisse oblige, la ville entière éteint ses lumières… Quelque deux cent fameuses cliques  se mettent alors en marche. Une vingtaine de musiciens par clique, tous costumés et masqués, souvent de têtes d’animaux,  avec tambours et fifres aigus que  l’on entend dans toutes les rues. Depuis trois heures du matin, cafés , échoppes et bars vendent des cafés, de la bière et de la Mehlsuppe, une espèce de soupe à la farine, ni bonne ni mauvaise, ni chaude ni froide, saupoudrée de fromage râpé. Les masques fabriqués industriellement et vendus un peu partout, parfois retouchés ne sont pas toujours d’une grande qualité esthétique,  mais  l’ensemble  de la clique est impressionnant.
Les trottoirs et les rues du centre ville sont envahis de spectateurs. Les cliques avancent lentement dans la foule, avec des lanternes en papier et de grandes boîtes éclairées à l’électricité de l’intérieur, couvertes de dessins et de caricatures politiques en dialecte bâlois donc qui nous échappent quelque peu… Là aussi, comme à Liestal, mais, en plus urbain,  l’image de cette ville, sans lumière et livrée à cette débauche de cliques qui jouent souvent les mêmes thèmes musicaux dans un calme et un silence complet, est hors normes. Il y aura aussi plus tard dans cette même journée de lundi, une centaine de schnitzelband, sorte de sketches poétiques et burlesques joués dans les restaurants et brasseries.

Délire total d’une ville assez sévère comme on en voit rarement en Europe, même la nuit de notre fête de la musique. Dans la vieille ville, des gens se baladent en attendant que le jour veuille bien se lever sur le Rhin… Il est temps de repasser la frontière en direction de Villars-les-Blamont…

Philippe du Vignal
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Pour Liestal et Bâle, il faut dormir la veille sur place; mais prenez vos précautions( mais vous avez le temps de vous préparer):  vêtements bien chauds, un peu d’argent suisse pour Liestal, où on ne prise guère les euros, aucun objet précieux vu la foule. Mieux vaut aussi ne pas avoir le moindre soupçon d’agoraphobie mais l’envie irrésistible de passer une nuit blanche. Cela vaut le coup de voir la chose au moins une fois dans sa vie, et les TGV, comme leur nom l’indique, vous emmèneront très vite à Bâle puis à Liestal par le train.

La carte postale que  vous écouterez est signée Sylvie Gasteau, créatrice de sons, qui avait notamment conçu et réalisé  une très belle émission sur Yvette Horner à France-Culture l’été dernier, et que nous remercions mille fois.

Philippe du Vignal

 

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54 ème kapouchnik

54 ème kapouchnik, par le théâtre de l’Unité, à Audincourt, mise en scène d’Hervée de Lafond et Jacques Livchine.

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Jacques Livchine annonce plutôt fièrement à un public de plus de 300 personnes: c’est notre  54 ème kapouchnik.

Kapouchnik  en russe signifie soupe et désigne aussi le pot-pourri  de sketches, chansons, etc…que des comédiens concoctent pour fêter un anniversaire, un départ à la retraite,… Livchine d’origine russe  et de Lafond, grands spécialistes du théâtre d’improvisation, sont basés depuis 2.000 à Audincourt dans la banlieue de Montbéliard,  après avoir dirigé le Théâtre d’art et de Plaisanterie de ce même Montbéliard , ville aujourd’hui durement  frappée par la récession et par la mévente des voitures Peugeot . Ils se sont souvenus des petits spectacles préparés dans l’urgence, que donnaient  des comédiens professionnels américains qui ,sinon, auraient été au chômage , au moment de la grande dépression économique des années 30: The Living newspaper .En utilisant les seuls articles de  la presse courament vendue. En France, selon le même principe mais il y eut aussi  le fameux groupe Octobre avec Jacques Prévert et celle qui deviendra la grande prêtresse du « casting » Margot Capelier .Ils réalisaient  alors en quelques jours  de petits spectacles à visée politique; puis, José Valverde dans la mouvance du Parti communiste.Puis enfin le Théâtre du Soleil, avec des principes similaires dans les années 75 pour dénoncer les différenst poids et mesures de la justice de notre cher pays.

Hervée de Lafond et Jacques Livchine  ont expérimenté leur projet, quand ils dirigeaient des stages professionnels à l’Ecole du Théâtre national de Chaillot que M. Goldenberg, ex-directeur du lieu, n’a jamais voulu reconnaître et que les pauvres  gens du Ministère de la Culture, sauf une plus lucide et plus généreuse,  ont méprisé au-delà de toute attente. Comme quoi, une Ecole de théâtre, cela peut aussi et cela devrait être surtout un lieu d’expérimentation.Enfin, passons; la bêtise est le lot universel du genre humain…

Donc , les deux compères armés d’une des plus solides expériences  de théâtre d’impro  qui soient en Europe , ont imaginé de réunir, une fois par mois, une bande de vingt comédiens venus d’horizons et de régions différents pour réaliser un spectacle d’une quinzaine de sketches à partir d’extraits d’articles de quotidiens, hebdomadaires papier et magazines ou blogs  Internet. Principe absolu: les faits rapportés, souvent étonnants, sont absolument exacts et précis, et traitent de l’actualité la plus récente, à la fois sociale, politique et économique, en France et à l’étranger; par les temps qui courent, la matière ne manque pas.
Mais Jacques Livchine tient absolument à faire remarquer que le Théâtre de l’Unité a sa  sensibilité sociale qui  n’est dictée par aucun parti. «  Nous avons nos colères, notre vision de la société, et nous frappons aussi bien à droite qu’à gauche. Contrairement ce que croyait Souvet, (ex-sénateur-maire UMP de Montbéliard , n.d.l.r ),  rien ne nous inféode à Moscovici et si ce dernier déconne, nous le clamerons haut et fort. C’est ça le contre-pouvoir des citoyens .  C’est aussi la liberté des artistes. »

Et ils ne sont jamais gênés- et  ne se gênent toujours pas – pour  faire de ces articles de véritables pamphlets, avec, quatre ou cinq  comédiens qui changent à chaque sketche. Les conditions matérielles et financières sont un peu  rustiques mais le Théâtre de l’Unité a toujours su vivre de peu : cela se passe dans un grand hall où, autrefois, étaient assemblées les fameuses petites machines à écrire Japy, et que leur a octroyé généreusement la Municipalité d’Audincourt qui a eu le nez fin. Bien entendu, les directeurs de grandes structures de la région comme celui du Théâtre national de Strasbourg  n’ont jamais daigné inviter l’Unité ni même envoyer un émissaire voir ce qui se passait  à Audincourt.

Qu’importe, à une époque où l’on parle souvent dans les dîners parisiens de lien social et autres fadaises, s’il y avait un prix, disons d’une rencontre théâtrale mensuelle du samedi soir, à des années-lumière d’un quelconque  système expérimental cache-misère, le Théâtre de l’Unité l’aurait sans discussion possible. On ne pas vous refiler encore une fois la fameuse phrase de Jean Vilar, mais à Audincourt, on n’est d’un véritable théâtre populaire.

Une petite scène frontale, pas de coulisses, une régie réduite à l’essentiel; aucun décor, pas de véritables costumes, quelques petits accessoires, juste un petit air de fanfare enregistré  entre chaque séquence mais… un public de plus en plus  nombreux et enthousiaste, et  socialement assez mélangé. Une représentation unique, jamais deux , histoire aussi de créer l’évènement.Tiens, tiens :  unique / Théâtre de l’Unité. Ce concept d’unité qu’ Aristote- le premier théoricien du théâtre- considérait  comme très important. …
Pourquoi le public d’Audincourt viendrait-il  à ce rendez-vous mensuel,   avec tant de plaisir s’il ne trouvait pas justement  une unité à ce qu’on lui  propose.?Et d’où vient cette unité ? Sans doute et d’abord, de la qualité du texte et du  jeu : même si ce vrai spectacle est  préparé  et répété une longue journée dans l’urgence, ce n’est jamais dans la médiocrité ni dans une interprétation  approximative (  derrière l’urgence, il y a, bien entendu ,comme un bon paratonnerre , quelques dizaines d’années d’expérience  et de rigueur absolue) et Hervée de Lafond n’a pas l’habitude de faire des cadeaux aux comédiens  à l’heure du bilan …

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Qualité donc mais aussi  quantité  pesée pour chacun des sketches. Aucun amateurisme dans l’écriture, même si- c’est la loi du genre-ils sont  parfois inégaux. Ni trop, ni trop peu, c’est comme pour la pâtisserie… Mais aucun remords possible, puisqu’il n’y a pas de seconde représentation Et c’est d’une précision millimétrique, dans la relation établie entre chaque partenaire mais aussi entre les comédiens et le public . Le  mode de fonctionnement scénique  s’est rodé au cours des années : les faits rapportés sont exacts,  le dialogue  parfois en partie  d’origine est bien construit. Comme il  n’y a aucun miracle au théâtre , c’est dans cet espace / temps  bien défini et pesé que la sensibilité du public peut s’exercer..

Rappelons encore une fois, quitte à paraître gâteux,  la belle phrase de Chikamatsu Monzaemon ( 17 ème siècle ) : « L’art du théâtre se situe dans un espace entre une vérité qui n’est pas la vérité et un mensonge qui n’est pas un mensonge ». Au théâtre de l’Unité,  ce qui est imaginé, donc mis en images  n’est ni vrai au sens strict du terme ni mensonger  mais frappe au  plus juste.Et l’on voit rarement un public, installé tant bien que mal , suivre  un spectacle d’une heure et demi avec autant d’attention. Il y a  au premier rang du public , une  jeune femme devenue récemment aveugle qui ne perdait  pas une réplique. du spectacle…et qui a apporté en remerciement un cadeau  au  Théâtre de l’Unité : une  belle corbeille en osier à plusieurs couleurs qu’elle a tressée elle-même…Cela ne s’invente  pas!         

  Condition sine qua non: il faut s’inscrire bien à l’avance si on veut être sûr d’avoir une place  mais on ne paye « content », comme dit Livchine qu’à la sortie:on donne ce que l’on veut et  la recette varie donc en fonction du  plaisir qu’ aura pris le public. Recette  ensuite partagée à égalité entre chacun des acteurs qui dînent tous ensemble dans la maison chaleureuse du Théâtre de l’Unité qui jouxte la salle.

  Un coup de fanfare et les comédiens se présentent , les uns après les autres , en quelques phrases; Hervée de Lafond décline sans état d’âme son identité et son âge :Hervée Gervais de Lafond de Turin de Montvel , 65 ans depuis avant-hier ; Allichina Allakaye, un des trois comédiens stagiaires nigériens accueillis par l’Unité, dit qu’il est père de douze enfants,  dont quatre neveux qu’il a adoptés après le décès de son frère.Jacques Livchine avoue qu’il se remet mal du décès de quatre de ses proches en dix jours. Marjorie Heinrich nous fait part de ses  horribles ennuis de vision: en tournée, elle a oublié de prendre  avec elle ses indispensables médicaments. Aminatou Assaka, raconte avec un rire communicatif qu’elle a rapporté des boîtes d’aliment pour le chat de sa mère à Niamey mais que les enfants du voisin, entre temps , avaient tué le chat pour le manger…

Bref, la vie, la  maladie, la mort, clle des hommes et des animaux, les soucis quotidiens de tout un chacun  en France comme en Afrique: cette rapide présentation a le grand mérite de créer une cohésion presque immédiate entre le public et les  vingt acteurs.
Les thèmes des sketches varient: cela va dune scène avec Sarkozy , qui est un peu la « vedette » du spectacle, absolument furieux d’un incident technique survenu lors d’un tournage sur la 2 : il parlait à vide depuis une minute….Nonce Paolini , le directeur de la chaîne  fut obligé de se fendre d’une lettre d’excuses à notre cher Président  … Interprèté  par un comédien de grande taille qui marche  à genoux- ce qui rend le choses complètement dérisoires- hurlant  des injures et qui finit par virer tous les responsables du plateau.

On évoque aussi la mort de Gilbert , mort seul et retrouvé quinze jours après son décès : un jeune homme s’occupa de faire une collecte auprès des voisins., pour qu’il puisse avoir un enterrement décent.Il y a  quelques belles répliques d’Hamlet quand on retrouve le crâne de Yorrick le bouffon du Roi. Qu’importe que le public ait reconnu la pièce  de Shakespeare, le silence qui se fait dans le public en dit long sur son attention.dscn1083.jpg Une fois de plus, même en Français, les répliques du grand Will sont tout à fait exemplaires: en quelques mots tout est dit sur notre grande peur à tous  de la mort.

Dramatiques aussi deux histoires : l’une relative à une excision au Niger qui prend ici tout son sens, puisqu’il y a  trois comédiens nigériens en scène.Il y aussi cette triste aventure d’une pauvre vieille japonaise de 84 ans qui  finit par poignarder quelqu’un dans la rue pour pouvoir être mise en prison, où elle trouvera enfin  gîte et couvert,  puisqu’un simple vol ne suffit plus et qu’’il n’ y aucune institution pour la recueillir.

Dans un pays riche où 48% des plus de 65 ans vivent avec l’équivalent du R.M.I…. l’avocate commise d’office lui fait remarquer qu’ils sont 30.000 dans ce cas et que cela ne peut plus durer ! Il y a, juste après , un sketch formidable avec un monstrueux lancer de chaussures et d’injures sur le pauvre Sarko  isolé sur le petit plateau, seul président sans doute à avoir été affublé par la presse d’autant de surnoms méprisants…Et puis Livchine fait, avec beaucoup de sérieux et d’humour,  sa démonstration habituelle à chaque  kapouchnik: « Les chiffres  de Jacques ». Vite fait bien fait, il donne une petite leçon d’économie politique , en comparant les deux miliards de bénéfice de la Société Générale et les trois milliards  de la B.N.P.  aux 260 ou 360 milliards( cela dépend des journaux) de prêt accordés par  Sarkozy aux banques. Ce prêt , dit-il,  rapporte 1, 4 milliard mais est fondé sur un emprunt fait aux banques… et devrait être consacré au social, ce qui ferait environ 22 euros par Français….Livchine voudrait bien comprendre- et nous aussi.

Il se demande enfin pourquoi le prix du blé a diminué de 50% , alors que celui  des pâtes a augmenté de 11%.  Il y a aussi l’inoubliable effet d’annonce de Sarkozy : la gratuité des études dans les lycées français à l’étranger, alors que l’on sait bien que le déficit serait considérable et impossible à tenir…. Toujours courageux mais pas téméraire, Kouchner élude! Livchine donne toujours des des chiffres précis  qui, à chaque fois, obligent les spectateurs à se poser quelques questions! Brecht n’aurait pas fait mieux…

Actualité oblige : pour le dernier sketch : on passe par la case Guadeloupe , où la situation sociale et politique  est crûment rappelée en quelques dialogues bien sentis : au pourquoi vous vous en prenez à l’EDF ? », se succède un «  Pourquoi vous mangez des bananes » ?  Plus loin,  un skieur  à Mégève près de sa Carlita ; il téléphone à Jégo ne hurlant: J’ai déjà acheté un forfait de remontées mécaniques ,débrouille toi tout seul. C’est énorme, mais tout est dit en quelques mots sur la lamentable gestion de cette crise.Et le public n’en finit pas de rire.
Y aller ?  Oui, si vous êtes dans le coin, absolument,et sans restriction, vous ne le regretterez pas… Cette formule a suscité une concurrence … qui  reste  très loin de ce formidable cabaret politique.Le 55  ème kapouchnik aura lieu les samedi 18 avril dans ce même lieu et à la même heure. De plus, la Franche-Comté est un région magnifique et vous pourrez franchir la frontière pour aller acheter en euros du chocolat suisse

On dit à  Audincourt que madame Albanel viendra en personne voir ce fameux kapouchnik dont Carlita lui rebat les oreilles et pour savoir si on ne  pourrait pas créer un partenariat avec  la Comédie-Française, la Maison de la Culture de Bobigny et le Théâtre de l’Unité, sous la houlette de Jack Lang qui ,du coup vu les enjeux ,renoncerait à sa mission à Cuba, mais ce doit être une fausse rumeur. sans fondement.. Mais Hervée de Lafond n’a pas démenti… Alors, allez donc savoir!

       Pour finir, citons tous les comédiens:  comme cela, on ne fera pas de jaloux : Alichina Allakaye, Patrick Barbenoire, Nicolas Geny, Aminatou Issaka, Rahila Omar , sont venus prêter main forte à la  B.I.T. ….Brigade d’Intervention Théâtrale composée de: Zeki Aslan Amedine Bello, Audrey Donzelot, Clément Dreyfus, Youssri el Yaakoubi, Marjorie Heinrich, Magali Jacquot, Hervée de Lafond, Michèle Lautrey, Jacques Livchine, Nathalie Mielle, Gaetan Noussouglo, Marilyn Pape , Fred Goobi Patois, Eric Prevost, Fatima Seddiki, avec l’aide précieuse d’Aurélien Pergolesi et de Fabrice Bouteiller.

La plupart sont professionnels, quelques-un sont amateurs au meilleur sens du terme, mais tous ont une solide expérience des kapouchniks. Et nos trois amis nigériens? Ils n’ont eu aucune difficulté à s’insérer dans le spectacle,ils ont tous en effet l’habitude de jouer dehors, dans des conditions proches de celles du hall Japy, et ils apportent une certaine distanciation ,une autre façon de jouer , sans nuire à la cohésion de l’ensemble.Chapeau!

Le kapouchnik se déplace peu, donc si vous voulez le voir, c’est à deux heures trente de Paris par TGV. Vous aurez toutes les informations sur le site du théâtre de l’Unité.

Philippe du Vignal

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P.S. Pina, une  bonne actrice et grande amie de Jacques Livchine et d’Hervée de Lafond, après treize  ans de fidèle compagnonnage mais aussi de loyaux services dans plusieurs spectacles, est partie; c’était un magnifique et très gentil bouvierimg3464.jpg bernois que nous regrettons tous.

 

la carte postale sonore que vous écoutez est signée Sylvie Gasteau, créatrice de sons et qui avait notamment conçu et réalisé  une très belle émission sur Yvette Horner à France-Culture l’été dernier, que nous remercions mille fois

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Baby Doll


   Baby Doll de Tennesse Williams, mise en scène de Benoit Lavigne.babydollbalanoire.jpg

 

 Tennessee Williams né en 1911, mourut seul, un peu oublié dans une chambre d’hôtel à New York  en 1983 ) alors qu’il  fut à trente quatre ans l‘auteur reconnu et vite célèbre avec sa célèbre Ménagerie de verre ; se succédèrent les autres célébrissimes Un tramway nommé Désir, La Rose tatouée, La chatte sur un toit brûlant, La Descente d’Orphée, Soudain l’été dernier, La Nuit de l’Iguane  que Georges Lavaudant met en scène à la MC 93 de Bobigny, toutes pièces portées à l’écran avec les acteurs les plus prestigieux des Etats-Unis. Mais Baby Doll, le film de Kazan (1956) fut traité par Time magazine » de film le le plus obscène jamais diffusé légalement » et ce crétin de cardinal Spelmann avec ses Ligues pour la vertu ultra cathos réussit à faire interdire le film!  Williams avait écrit le scénario lui-même  pour le cinéma, à partir de deux courtes pièces: Vingt sept remorques  de coton , ( très bien montée récemment en France par Véronique Widocq ) et Le long séjour interrompu. Avec  des acteurs aussi remarquables que  Karl Malden ( La loi du Silence, Un tramway nommé Désir) , Ellie Wallach (qui jouait  Vaccaro), et la merveilleuse Caroll Baker. Tous encore en vie:  les deux premiers ont 96 et 94 ans, elle n’en a que 78 . .. Williams conserve!

 

En 1978, l’auteur  réécrit le scénario d’origine pour en faire une pièce The Tiger tail. Pierre Laville, qui a signé l’adaptation, réduit le nombre de personnages à cinq et semble avoir revu  nombre de dialogues pour en faire une oeuvre plus personnelle mais finalement assez loin du texte d’origine. Et les répliques ont parfois un ton presque boulevardier peu plaisant. Il semble , comme le souligne finement Daniel Loyaza ,le traducteur de La nuit de l’Iguane, pièce  que va mettre en scène Georges Lavaudant à Bobigny que la figure des textes de Williams apparaisse de plus en plus brouillée  par les adaptations que l’on en a fait et que son écriture, pour concrète et vivante qu’elle soit, ait quand même plus  à voir avec le symbolisme  qu’avec le théâtre de boulevard.

  Baby Doll va avoir vingt ans dans deux jours; cette magnifique et pulpeuse jeune femme  a été mariée à dix huit ans par son père mourant-qui voulait la protéger-  à Archie, un entrepreneur de coton assez à l’aise qui avait une belle maison. Avec toutefois,la promesse qu’Archie qui doit avoir la quarantaine, ne  » consommerait » pas le mariage comme on disait autrefois, avant qu’elle n’ait vingt ans. Elle y vit souvent seule, en compagnie de Rose, une vieille tante et de Moïse,un ouvrier agricole noir.
 Mais un jeune voisin d’origine sicilienne,  Silva Vaccaro,   a acheté une nouvelle machine à égrener le coton beaucoup plus performante ,  qui  ruine Archie,  dont la grande maison est déjà vide de meubles qu’il a fallu rendre au magasin. La déchéance est toute proche. Mais Archie n’oublie quand même pas la date anniversaire et  aimerait bien  pouvoir enfin faire l’amour avec sa femme enfant…. qui n’est pas du tout  séduite par cette perspective.Et il ne voit qu’une solution pour échapper à une faillite imminente: aller mettre le feu à l’égreneuse concurrente de Vaccaro.  Ce qu’il fera, mais en faisant jurer à Baby Doll de se taire et en niant les faits  devant lui.

 Vaccaro a vite compris la situation et menacera Baby Doll qui essayera en vain de lui mentir sur l’emploi du temps de son mari le soir de l’incendie; il  lui soutirera un témoignage écrit qui peut envoyer Archie en prison, puis  il  séduira cette proie facile qui ne demande que cela.. .Mais  Archie n’est pas dupe: » Vous me croyez sourd, aveugle et tout le reste » mais Vaccaro se sait en position de force et Baby Doll devient une précieuse  monnaie d’échange. Soit il emmène Baby Doll qui ne demande que cela, soit Archie la garde mais pas pour longtemps, puisque Vaccaro a les moyens de l’envoyer en prison. Et il lui renvoie cyniquement  sa petite phrase quand Archie lui proposait de lui prêter sa machine après avoir incendié la sienne: » entre voisins,  on peut toujours s’arranger ». Fou furieux, Archie, qui a tout perdu , femme et travail, se mettra à tirer des coups de fusil dans toute la maison. Rideau.
 Benoit Lavigne qui avait réalisé  un Roméo et Juliette, et Beaucoup de bruit pour rien au Théâtre 13 , puis  trois petites pièces de Woody Allen au Théâtre de l’Atelier, déborde souvent d’imagination  mais ne dirige pas très bien ses acteurs  qui s’en donnent à coeur joie et sont aux limites du cabotinage. Cela donne quoi pour Baby Doll? Une mise en scène assez conventionnelle  avec un  décor à étage en planches , chichiteux et dangereux pour les comédiens , au réalisme appuyé mais  toc.. L’incendie de la grange , comme la scène de la fin,  quand  Archie pète les plombs, avec une débauche de musique,de coups de feux et de lumière sont vraiment trop  médiocrement traitées.
 Il y a une brutalité et une violence qui irradie  la moindre des scènes de Tennesse Williams,  de Caldwell ou de Faulkner, pour ne citer qu’eux, que l’on ne retrouve pas ici, et qu’avec trois francs six sous, Véronique Widocq avait su, elle, recréer.  Mais le Sud des Etats-Unis, si chers à ces écrivains, est bien absent. Tout est traité ici , sauf à de rares moments, de façon trop gentille, parfois à la limite du boulevard, sur l’air bien connu du mari, de la femme et du futur amant .Et c’est  surtout la direction d’acteurs qui est déficiente:  Xavier Gallais, comédien fétiche de Benoît Lavigne  surjoue les jeunes et beaux siciliens, ténébreux et machos,  sans beaucoup de nuances, et à la limite de la caricature; il y a cependant une très belle scène d’amour sur le capot d’une vieille voiture pourrie où,là, il sait rester sobre et discret.
  Mélanie Thierry ,à 27 ans, a déjà un belle expérience  au cinéma et à la télévision,notamment dans la série produite pour la 2  par Pascale Breugnot, Fête de famille. Et ,même si elle a peu joué au théâtre, elle sait se débrouiller toute seule; et elle a une telle présence et une telle intuition des choses à faire ou pas , qu’elle est toujours crédible. Elle EST Baby Doll sur le plateau avec une sensualité lumineuse , et comment dire,  un mélange de naïveté et de perversité tout à fait étonnant: elle  peut passer d’un sentiment à l’autre d’une façon que pourraient lui envier bien des comédiens plus expérimentés.
  Quant à Chick Ortega qui,lui, aussi a beaucoup tourné au cinéma (Wenders, Jeunet, Gilou), il a  une présence magnifique et fait preuve d’un très solide métier d’acteur, dans le rôle difficile de ce mari beaucoup plus âgé que Baby Doll, aimanté par elle, menteur et roublard,  violent mais pitoyable dans sa déchéance et son malheur. Monique Chaumette joue avec bonheur les vieilles tantes sourdes, tout comme comme  Théo Légitimus, aussi discret qu’efficace: son personnage rappelle que les usines à coton fonctionnaient grâce aux seuls ouvriers noirs.
 A voir? Pourquoi pas, mais seulement  si vous n’êtes vraiment  pas trop difficile et si vous voulez bien considérer qu’il s’agit là d’une adaptation ( l’affiche le précise bien) un peu réductrice, et/ou si vous voulez voir Mélany Thierry et Chick Ortega. Sinon, le DVD du film de Kazan , sorti il y a trois ans,  se trouve un partout.

Philippe du Vignal.

P.S.  1. Vous pourrez en passant  rendre son sourire  à Charles Dullin , autrefois grand metteur en directeur de ce merveilleux petit théâtre, dont la photo est accrochée derrière le contrôle et qui est mort il y a soixante  ans cette année.

P.S. 2   » Si le créateur n’avait pas tout ordonné pour le mieux, du moins avait-il accordé un don inestimable aux animaux, en les privant de la faculté inquiétante de réfléchir sur l’avenir  » Pas mal non ?  C’est signé du grand T. Williams…


Théâtre de l’Atelier,du mercredi au vendredi à 21 heures; le samedi à 17  et à 21 heures; le dimanche.

Non, je ne veux pas chanter


 Non, je ne veux pas chanter d’Anne Baquet, mise en scène et chorégraphie de Claudine Allegra.

  Cela se passe dans le seul théâtre du 16 ème arrondissement, petite  salle autrefois privée d’un monsieur richissime qui l’avait fait construire pour son plaisir personnel près de son hôtel particulier aujourd’hui détruit . Au-dessus de la porte  d’entrée du théâtre, il avait fait apposer cette maxime en latin:   mihi amicisque meis ( pour moi et mes amis)… Vous  avez dit égocentrisme?
Bref, une sorte de monument historique  de la grande bourgeoisie de Passy-La Muette de style Renaissance avec un salon muni d’une fausse cheminée en pierre.
p7260534l.jpg Mérite le détour comme on dit dans les guides touristiques.
  Mais revenons à  Anne Baquet,  que l’on  connaît bien et depuis un bon moment. Après son premier spectacle: J’aurai voulu dev’nir chanteuse, elle a renouvelé son répertoire- et c’est tout à fait intelligent- en s’adressant à d’autres auteurs et compositeurs pour constituer une sorte de collage musical: cela va de François Morel, Juliette, René de Obaldia, Jean-Jacques Sempé, Jacques Prévert , Roland Topor, etc.. pour les textes. Elle a fait appel  à Serge  Rachmaninov, Francis Poulenc, Frédéric Chopin, Charles Gounod, Léonard Bernstein mais aussi à Roland Vincent, Claude Bolling , Marie-Paule Belle, pour la musique d’origine et à François Rauber , le collaborateur entre autres de Juliette Greco, pour les arrangements.. Elle a ainsi constitué une sorte de patchwork  très varié, mais d’une absolue précision. Avec,  dans le rôle du partenaire qui est plus qu’un accompagnateur: le jeune pianiste et compositeur : Grégoire Braumberger.
 C’est une sorte de voyage musical avec 24 chansons auquel nous convie Anne Baquet , visiblement  heureuse d’être là sur la petite scène du Ranelagh, espiègle et pétillante comme une petite fille qui a envie de faire un bon tour, pleine d’humour , excellente diseuse et à l’impeccable gestuelle. Les chansons s’enchaînent sans à- coups et  il y a de véritables petites merveilles comme,  entre autres, cette parodie de rapp qu’elle réalise sur les cordes basses du piano à queue ouvert, ou cet air de Juliette de Gounod qu’elle essaye, sans y arriver bien sûr , de chanter faux. Quoi qu’elle fasse, ce qui est admirable chez elle, c’est le manque de prétention, l’intelligence des textes  et la maîtrise absolue quelle garde,et de sa voix et de son corps, bref: une grande leçon de sensibilité et de technique à la fois.
 Cela dit, il faudrait sans doute revoir une mise en scène assez approximative qui n’ôte rien à son grand talent et à celui de son partenaire mais qui parasite certains moments du spectacle, surtout quand les deux complices se mettent à jouer la comédie– ne serait-ce qu’un court dialogue- cela sonne faux . On comprend bien l’intention  de Claudine Allegra : aérer un peu les choses mais ,très franchement , cela n’a  pas une grande utilité.  Il y a aussi une chose que l’on pourrait rectifier, c’est la balance entre le son du piano qui, par moments,  écrase souvent  la belle voix de soprano d’Anne Baquet, et dans des chansons difficiles , en particulier  Vertu virtuose de Philippe Decamp sur une musique de Chopin; elle devrait aussi surveiller davantage sa diction car on peine parfois à la comprendre. C’est dommage, car on a tellement envie de  recevoir ce qu’elle nous donne avec tant de générosit…A ces réserves près, c’est vraiment impeccable, et c’est un beau cadeau à offrir.
 A voir? Oui, vraiment  au Ranelagh ou en tournée.

P.S. Profitons-en pour rendre hommage à son papa le comédien violoncelliste et par ailleurs alpiniste,  Maurice Baquet disparu en 2004, qui aurait été fier du spectacle imaginé et chanté par sa fille.

Philippe du Vignal

Théâtre du Ranelagh, du mercredi au samedi à 21 heures, et à 11 heures le dimanche, 5 rue des Vignes. Métro La Muette ou à la rigueur Passy.

Avant hier après demain


Avant hier après demain (nouvelles du futur) de Gianina Carbunariu, mise en scène de Christian Benedettiavanthier.jpg

«   Ce n’est pas une pièce, dit Christian Benedetti, c’est un essai. c’est un matériau brut et sophistiqué » . On ne peut pas dire qu’un n’aura pas été prévenu; le spectacle commence  avec une sorte de performance où trois hommes et trois femmes parlent tous en même temps;  à nous , d’essayer de capter, comme dans une foule anonyme, quelques fragments de ces six monologues. C’est plutôt drôle même si cela a déjà beaucoup servi.

Puis une jeune femme, très agressive,  réalise un entretien à la télévision avec un vieux monsieur allemand  en fauteuil roulant  qui a tout connu du vingtième siècle: guerre, exil en Roumanie, puis aux Etats-Unis où il a rencontré une femme qui fumait de l’herbe comme lui; ils se sont mariés, ont eu des enfants mais ont fini par divorcer, et il est reparti pour l’Europe… Le visage du vieux monsieur est flouté et sa voix est déformée pour qu’on ne le reconnaisse pas. La présentatrice est d’une vulgarité absolue, et le vieux monsieur plutôt pitoyable: cette caricature  mise en scène et jouée par Christian Benedetti est assez bien vue.

Mais les choses se gâtent vite… Un comédien  se présente: Vincent Teprnowski qui débite tous les numéros de ses cartes d’identité,passeport, Assedic, banques diverses, pass Navigo, etc…Cela pourrait être drôle mais tombe complètement à plat! Puis il y a, entre autres, une séquence avec deux hommes en équilibre sur une baignoire en équilibre sur une balancelle en inox, qui doivent  tuer un cochon mais l’un égorgera l’autre avec un grand couteau. Il y a aussi des images vidéo avec un visage de femme démultipliée; une autre femme apporte alors  une petite boîte à musique où figure un père Noël qui joue d’un saxo. Et  un personnage cite une belle phrase de Gilles Deleuze et une autre d’Aimé Césaire. On nous parle, puisque nous sommes dans le futur , d’un parc d’attractions reconstituant la guerre entre Israël et les Palestiniens.

Puis un homme arrive avec un électrophone à disque vinyl et modifie la vitesse de la chanson:  pour faire drôle, mais cela ne l’est pas vraiment… De temps à autre, revient cette même litanie:il y a six mois, il y a un an, il y a dix ans, etc… » J’ai eu peur pour quelqu’un » ou autre phrase du même genre. Cela se veut exaspérant: pari tenu, c’est bien exaspérant!  Mais sans grand intérêt, et du genre usé jusqu’à la corde… On nous parle aussi d’êtres humains à louer avec maison de vacances. Il faut bien faire passer le temps!  Et à la fin de cette interminable heure quarante, on apporte un tableau noir où sont affichés des extraits de presse, dont celui d’un fait divers récent: une femme a subi l’ablation d’un sein à cause d’une tumeur sur son autre sein. Et Christian Benedetti annonce fièrement : « On se retrouve tous au bar avec les comédiens ». Peu des vingt-et-un spectateurs n’ont vraiment envie de franchir la porte…

Le spectacle est plutôt bien mis en scène et  bien interprété par des comédiens- en particulier, par Ingrid Jaulin -qui disent un texte où il y a quelques instants intéressants, le tout agrémenté si l’on peut dire, d’improvisations qui auraient plus leur place dans des exercices d’acteur mais qui n’ont rien à faire là. Gianina, dit aussi Christian Benedetti « demande à chacun d’être auteur, d’interroger l’endroit de l’écriture. Comment dire le monde aujourd’hui? Comment affronter les images du passé et la réalité d’un présent impossible pour construire un futur envisageable et acceptable? Chaque soir, nous essayerons  de nous confronter à cette réalité  et à ses effractions mettant en péril et en dialogue notre savoir-faire et notre certitude de théâtre…  Et il ajoute sans  scrupule: « Nous ne ferons peut-être que nous tromper. En espérant changer tous les jours, notre façon de nous tromper ». 

 Quel cynisme! Tous aux abris! Le théâtre de laboratoire devient de plus en plus un bon alibi; certes, tout le monde a le droit de se tromper mais il y a des limites au manque de clairvoyance. Christian Benedetti ferait sans doute bien de réfléchir à la façon dont il pourrait « mettre en péril et en dialogue son savoir-faire et sa certitude de théâtre » …mais tout  seul avec ses six comédiens, et  avec quelques amis .Et de préférence sans argent public! 

Comment être concerné par de telles fadaises. On se demande aussi  de quelle baguette magique,  Gianina Carbunariu s’est servie, pour refourguer ce semblant de pièce qui aurait dû rester dans son ordinateur. On pouvait à la rigueur en tirer quelques petits sketches mais faire durer la plaisanterie une heure quarante,  en prétendant que » sa nouvelle pièce porte un regard mordant sur les ombres de notre temps » (sic), il ne faut pas manquer d’aplomb.
A voir? A FUIR, même si on vous y invite… et même si vous habitez tout près.

Philippe du Vignal

Théâtre- Studio, 16 Rue Marcelin Berthelot, Alfortville  (Val-de-Marne). T. : 01 43 76 86 56 .

Petit Navire

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Petit Navire de Normand Chaurette, mise en en scène d’Olivier Lopez.

 Petit Navire est la seule pièce destinée aux enfants de Normand Chaurette, auteur québécois, connu en France surtout par Les Reines créée par Joël Jouanneau en 97 et Le Passage de l’Indiana en 96; Petit Navire a déjà été mise en scène par Pascale Daniel-Lacombe en 2003 et par Dominique Catton en 2007. La pièce, un peu surprenante et elliptique, est plutôt  destinée, non pas à des petits enfants mais  à  des spectateurs de dix/douze ans ou à des adultes.
 C’est l’histoire d’un jeune garçon nommé Petit Navire et de  sa petite soeur Roxane, âgés de dix ans qui n’ont plus de parents avec eux et qui sont élevés par deux personnages assez curieux: Marie-Laure, une lavandière et le vieux  Monsieur Wreck;  de temps à autre, ils reçoivent une carte postale où leur mère raconte ses expédition en montagne, mère qui reste toujours aussi mystérieusement absente; en fait Marie-Laure et Monsieur Wreck font tout pour cacher aux enfants que leur mère fait de fréquents séjours à l’hôpital. Mais on n’en saura guère plus.Petit Navire se met à écrire sur ce qu’ il perçoit de la vie qui est devenue la sienne: en pensée avec sa mère mais sans elle, pressentant sans doute très bien comme tous les enfants qu’on lui cache quelque chose de grave; quant à Roxane, elle ramène un pauvre mouton destiné à la vivisection… qui finira par mourir.
 L’écriture de Normand Chaurette est à la fois  simple et ciselée comme peu d’écritures contemporaines le sont,  sans doute parce que l’auteur est québécois, et l’on sait l’importance de la langue française au Québec qui est une composante majeure de l’identité de ses habitants face au mur impitoyable de l’anglais omniprésent. Et quand il s’agit d’un texte où la présence de la mort est envahissante comme toujours chez Chaurette, même si cette fiction un peu noire  comporte une bonne dose d’humour. Alors comment traiter cette sorte d’ovni de la scène théâtrale? Sans doute pas,  avec un jeu réaliste. Olivier Lopez a choisi ,dit-il,  de « dédramatiser l’aspect fictionnel du récit » et de faire en sorte que  » les enfants aient pleinement conscience de la part de convention nécessaire à toute entreprise théâtrale » et  il a sans doute eu raison de s’emparer du texte de cette façon là.
 Il a commencé par demander à sa scénographe Marie La Rocca de lui imaginer un décor de cuisine des années cinquante , avec table en Formica et tabouret carré couvert de lino comme on commence à en voir chez les antiquaires, et plancher en grosses lattes peintes en blanc gris, sur la partie  cour de la scène. Et  Olivier Lopez  a imaginé (ce qui n’es pas prévu à l’origine par Normand Chaurette)  de demander  Pascal Zavaro de composer une oeuvre pour violons, altiste et violoncelle,  pour que la musique puisse ponctuer la série de séquences dramatiques imaginée par l’auteur. Il y a dans l’air quelque chose qui rappelle singulièrement Atlas, le très bel opéra que Meredith Monk avait créé il y a une quinzaine d’années à Houston.
Dès le début du spectacle,Olivie Lopez installe clairement  la distanciation: on présente chaque comédien et chaque musicien ( Amélie Clément ,qui joue la petite  fille,  dit qu’elle attend pour bientôt son premier enfant, ce qui rééquilibre sans doute les choses par apport à cette menace de mort un peu envahissante). Le septuor à cordes est  installé sur scène,  à côté de la cuisine, face public et Pascal Zavaro a réussi à écrire une musique où l’absence , la maladie, le mal-être sont évoquées par un subtil jeu de cordes où le rythme  de la composition  compense le côté vite ensorcelant du violoncelle ,des violons et de l’alto.
  La mise en scène d’Olivier Lopez est d’une grande rigueur et les quatre comédiens: Yvon Poirier, Amélie Clément, Elios Noël et Joanne Génini-Béguin , bien dirigés ,encore un peu tendus le soir de la première, font un travail de grande qualité car la, partie n’est pas facile, on s’en doute. En fait, Olivier Lopez – place la barre assez haut et sa mise en scène est d’une toute autre qualité que celles des spectacles pour enfants où tout ,en général, est à peine correct .    L’idée du mouton transformé en gros chien  poilu n’est vraiment pas l’idée du siècle mais, à cette réserve près,ce spectacle ambitieux, malgré quelques longueurs, a reçu un bon accueil le soir de la première où il y avait plus d’adultes que d’enfants, lesquels ne devraient  pas pourtant  y être insensibles.
 Allez du Vignal, en conclusion de Petit Navire, ressortez nous encore une fois votre petite phrase de Tchekov… Mais très volontiers, madame  Albanel:  » Ce sont les vivants qui ferment les yeux des morts mais ce sont les morts qui ouvrent les yeux des vivants ».

Philippe du Vignal

Théâtre des Cordes  jusqu’au 24 février, puis à Tourlaville le 6 mars et à Allonnes le 10 mars.

Très chère Mathilde

trescheremathilde1.jpgTrès chère Mathilde d’Israël Horovitz, mise en scène de Ladislas Chollat

 La création en France de la dernière des quelque cinquante pièces d’Horovitz qui sont jouées un  partout dans le monde. Ici, on on connaît surtout L’Indien cherche le Bronx  autrefois  montée par  Laurent Terzieff qui nous  avait fait découvrir cet auteur, et Le Premier, le Baiser de la Veuve, Quelque part dans cette vie et un très beau petit texte Trois Semaines après le paradis qui relate la tragédie personnelle qu’a failli connaître l’auteur,  le fameux 11 septembre à New York, quand il n’avait aucune nouvelle d’un de ses fils…Horovitz est aussi le scénariste d’Author, author avec El Pacino) et comédien.
 Très chère Mathilde est l’histoire de Mathias, un New Yorkais  frisant la cinquantaine.  Il arrive à Paris, après le dernier de ses trois divorces, sans enfant, sans emploi, sans argent , sans autre bagage qu’un  sac, mais avec tout son mal-être qui pèse des tonnes. Avec  l’intention de vendre un appartement donnant sur le Luxembourg que son père lui a légué. En attendant il entend bien y résider. Mais, petite surprise, Mathilde, une vieille dame de 88 ans qui en avoue 86, autrefois professeur et directrice d’une école d’apprentissage du français pour étrangers, y habite depuis très longtemps et n’a aucunement l’intention d’en partir.  Comme l’y autorise le testament.

 D’autant plus qu’elle y vit avec sa fille Chloé, qui frise aussi la cinquantaine comme Mathias et qui enseigne dans cette même école pour étrangers. Et elle n’a pas non plus la moindre envie de quitter les lieux et le dira sans ménagements à Mathias… à qui la très chère Mathilde a quand même  proposé une chambre. Contre sa montre tout de même, puisqu’il n’a pas un euro en poche. La situation se complique et il va y avoir quelques séances d’explications orageuses. On apprendra que Mathilde, mariée avec le père de Chloé, a eu avec celui de Mathias une relation passionnée qui a duré jusqu’à sa mort. La cohabitation promet d’être difficile et  le devient effectivement…
 Mathias apprendra à Mathilde que son père n’était pas aussi franc du collier qu’il le paraissait et que, pour lui, il ne fut jamais un bon père. Il lui révélera aussi que sa mère n’est pas morte de maladie comme il l’avait prétendu,  mais qu’elle s’est suicidée d’un coup de revolver, agonisant dans les bras du jeune Mathias… Chloé, après  discussions et mises au point  avec Mathias, s’apercevra qu’il n’est pas l’être aussi ignoble qu’elle imaginait,  qu’ils ont le même âge et même bien des points communs…

Devinez la suite: ils finiront par passer la nuit ensemble. Et  il n’est donc plus question que Mathias s’en aille. Mathilde est évidemment ravie. Mais- Horovitz a sans doute pensé à Tchekov- la mère et la fille entendent un coup de feu dans la pièce à côté. Horreur et stupéfaction!  La  dame à côté de moi s’est exclamée: il s’est tué! Mais non, Mathias revient le fusil d’une main et une tête de facochère de l’autre (le mari de Mathilde était un grand chasseur!) et dit en riant avec son accent américain à couper au couteau: « J’ai tué le cochon ».  Horovitz conclut la pièce par cette habile pirouette.
  Ouf! On avait eu très très peur….. Comme vous l’avez sans doute compris, les ficelles de l’intrigue ressemblent plutôt à des câbles,  avec un dernier acte assez pleurnichard. Et Horovitz ne se prive pas de mots d’auteur ou de répliques  faciles. Mais, malgré nombre de petites invraisemblances, il  sait y faire pour raconter une histoire et  dire le temps qui passe, les amours d’autrefois, les mariages bancals mais inoxydables, bref, et pour faire vite, les relations compliquées entre deux êtres humains qui ont un peu sacrifié leurs enfants pour leur passion. Encore énergique, Mathilde est la seule survivante du quatuor d’origine.
 Ladislaw Chollat,  jeune metteur en scène,  aurait pu mieux choisir son scénographe qui  a absolument voulu se servir de la tournette. L’on voit d’abord une série d’arbres en bac qui finissent en  fond de scène plus bas, comme s’ils étaient vus d’un deuxième étage. Pendant que le décor de l’appartement descend calmement des cintres;  les murs en tulle marron- assez laids-  permettent de deviner selon la lumière, la présence de quelqu’un dans une autre pièce. Ainsi, on peut voir la chère Mathilde en train d’espionner la conversation entre Mathias et Chloé, ou bien voir la même Chloé s’envoyer au goulot un petit coup de liqueur. C’est pas une idée, ça?

Il y a aussi, de temps à autre, un châssis transparent suspendu qui circule de cour à jardin avec une vidéo d’ombres à la fois prétentieuse et inutile mais, à l’heure actuelle, on dirait qu’un spectacle n’incluant pas quelques minutes au moins de vidéo,  est indigne. de vivre.. Et pour faire plus vrai, il y a même un poêle Godin  qui rougeoie…. A qui fera-t-on croire que, de nos jours,  puisque l’on parle en euros, dans un appartement même ancien donnant sur le Luxembourg, on se chauffe encore avec un Godin…
  On peut  pardonner à Ladislaw Chollat ces surlignages  agaçants et sans intérêt, parce que sa direction d’acteurs est d’une grande rigueur; bien choisis, ils sont tous les trois d’une sensibilité remarquable, et absolument crédibles . Et il a su créer, ce qui est sans doute le plus difficile, une véritable unité de jeu :  Samuel Labarthe incarne avec beaucoup de précision et d’intelligence ce personnage d’Américain mal dans sa peau,  au début  insupportable mais qui devient  finalement assez sympathique. Peut-être pourrait-il gommer un peu son fort  accent  pour qu’on le comprenne mieux. Raphaëline Goupilleau a d’abord tendance à bouler  son texte puis réussit à imposer un personnage un peu ingrat; la palme revient à Line Renaud, saluée triomphalement à la fin avec ses camarades par le public, encore ébloui par l’énergie qu’elle dispense généreusement, sans jamais se mettre en avant. Concentrée, toute en nuances, elle sait tout dire: la colère, la nostalgie, la perfidie, le refus, l’amour, la culpabilité … A plus de quatre-vingt ans, elle irradie le plateau; heureuse d’être là, elle nous rend heureux d’être avec elle, comme le faisait encore, à peu près au même âge, l’autre Renaud, prénom Madeleine , qui joua longtemps sur cette même scène du Marigny.
 A voir? Oui, absolument: les bonheurs de ce genre ne sont pas si fréquents, que ce soit dans le théâtre public ou privé. Mais les places ne sont pas données : 53,5 à 33,5 euros! Le dernier prix: celui du deuxième balcon n’est guère plus élevé qu’une place à Chaillot ou à la Comédie-française… et l’on y voit aussi bien.

Philippe du Vignal

Théâtre Marigny, Paris (VIII ème) jusqu’au 18 avril.

BORIS VIAN, JUSTE LE TEMPS DE VIVRE


BORIS VIAN,  JUSTE LE TEMPS DE VIVRE, chansons et textes, montage François Bourgeat, mise en scène Jean-Louis Jacopin.

Boris Vian, né en 1920, est mort  d’unvian.jpg arrêt cardiaque en 59, quelques minutes après  qu’ait commencé la première projection du  film  J’irai cracher sur vos tombes , son roman, écrit sous le pseudonyme de Vernon Sullivan, qui fut très vite condamné pour outrage aux bonnes moeurs. A l’origine, Boris Vian ,élève au lycée Condorcet comme Gainsbourg et… du Vignal , sortit Ingénieur de Centrale, puis devint le parolier de plus de 500 chansons et poèmes chantés, dont la célèbre Le déserteur, en 1954; la liste de ses interprètes donne le tournis : Serge Reggiani, Henri  Salvador,  Jacques Higelin, Mouloudji, Michel Piccoli, Enrico Macias, Judith Magre, Jean Rochefort, Christiane Legrand, Serge Gainsbourg, Les Têtes raides, Bernard Lavilliers, etc…
 Compositeur, chanteur , acteur à l’occasion… La chanson, il la connait bien, puisqu’il travailla dans une maison de disques.Il écrivit aussi ces romans qui le rendirent célèbre dans les années 68:  L’Automne à Pékin, L’Ecume des Jours et l’Arrache-coeur. Passionné de jazz , il écrivit aussi quelques pièces comme L’Equarissage pour tous, le Goûter des généraux et les Bâtisseurs d’empire qui ne sont plus guère jouées . Il fut aussi traducteur de textes américains: tout cela, en ayant eu quand même deux enfants,  et , en quelque à peine vingt ans à peine.. Ainsi,  fut la courte vie de Boris Vian, dans le Paris encore bohème du Saint-Germain-des-Prés de l’époque, mort il y a déjà cinquante ans. Juste , ou plutôt à peine, le temps de vivre,comme dit le titre du spectacle.
 Une  lumière rouge est allumée face public….Silence:on assiste à l’enregistrement d’une émission sur Boris Vian. Ils sont trois sur scène: Gabrielle Godart, Arnaud Laurens et Susanne Schmidt qui chantent  tous les trois ensemble , en duo ou en solo mais elles jouent aussi du piano, de l’accordéon, et lui, du saxo et de la guitare électrique. Les chansons se succèdent: celles que l’on connaît depuis toujours: « Fais moi mal , Johny »,  « On n’est pas là pour se faire engueuler », « Je bois pour oublier » , « Je voudrais pas crever « ,  « Je suis snob avec ce dernier vers étonnant: « Et quand je serai mort, je veux un suaire de chez Dior. ».. et d’autres moins connues et quelques citations de poèmes, pages de romans et extraits de son  inachevé Traité du civisme, pas toujours aussi convaincants. Il y a aussi de merveilleuses pubs d’époque dites en voix off: Omo lave plus blanc, La pointe Bic avec ses trois kilomètres d’écriture, et  Cette chanson vous était offerte par Frigidaire.
  Atteint de rhumatismes articulaires quand il était enfant, Boris Vian eut vite des complications  côté coeur, et on le sent obsédé par ce gros muscle défaillant chez lui -il intitule un de ses romans L’arrache-coeur-  et par la mort qui rôde à chaque instant : la plupart de ses chansons en portent la marque et il se savait sans doute condamné à courte échéance. Le spectacle , dont le montage est dû à François Bourgeat , qui a été mis en scène par Jean-Louis Jacopin, est du genre réjouissant et il y  a un très  beau travail musical qui mérite d’être salué.

Les colères, l’humour corrosif et la poésie de Vian sont en tout cas bien là. Côté éléments de décor et costumes, c’est beaucoup plus  approximatif mais,  bon… Dans les conditions difficiles qu’imposent une salle et une scène médiocres,  les trois interprètes, au solide métier,  réussissent pourtant à s’imposer: il y a encore quelques longueurs et baisses de rythme mais tout cela devrait pouvoir se caler après quelques représentations.
 A voir? Oui, si vous avez envie de retrouver Boris Vian chanté devant vous, là- haut à Ménilmontant.

Philippe du Vignal

Théâtre de Ménilmontant, jusqu’au 15 mars 2009.

Parmi plusieurs biographies de Boris Vian,  citons la dernière: V comme Vian de Marc Lapprand aux Presses de l’Université Laval, 2006; quant aux oeuvres de Boris Vian, elle sont éditées pour la plupart chez Fayard; pour les chansons, vous avez l’embarras du choix dans les disques édités.

Le voyage du P’tit Zygo

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Le Voyage du P’tit Zygo de Chloé Houdart

Dix heures trente à Montreuil, dans la banlieue de Paris, une grosse ville peuplée de dizaines de nationalités,  où il y a beaucoup d’enfants. Ils sont là, se tenant par la main, sagement assis et paisibles dans le hall du théâtre. Plutôt réconfortant, cette France de demain, si mélangée…

 Le voyage du P’tit Zygo , comme nombre de spectacles pour enfants, fondé sur une sorte de promenade initiatique, est l’histoire d’un muscle: le petit zygo, celui qui fait sourire et qui habite dans le corps d’un petit garçon de six ans et demi. Mais le dit petit garçon vient d’avoir une petite soeur et il en a perdu le sourire. le p’tit Zygo va donc l’emmener faire un voyage à l’intérieur du corps humain pour lui apprendre à grandir.

Ils vont d’abord voir  Sa Majesté le Cerveau, ici figuré par un petit castelet  d’ombres de tout format, puis ils affrontent à un étrange personnage: Monsieur Stomac, représenté par un aquarium rond empli d’eau, puis rendent visite aux poumons, figurés par une sorte de sculpture en fils de cuivre suspendue à un cadre noir, et enfin à Monsieur le Cœur, une petite marionnette sur table. L’histoire est racontée par Chloé Houdart, à la fois interprète et manipulatrice des différentes marionnettes ou figurines, et qui a conçu ce spectacle au croisement d’une histoire écrite pour les enfants, d’une exploration des mécanismes du vivant qui, c’est vrai,  fascine toujours les humains et en particulier les enfants, puisqu’ils ne connaîtront jamais, sauf exception pour les médecins et surtout les chirurgiens, l’intérieur de leur propre corps, alors qu’ils en sont les uniques propriétaires.
 Oui, mais voilà: on nous annonce en fanfare un spectacle inspiré par « les œuvres d’Annette Messager, René Magritte ou (pourquoi ce ou?) Salvador Dali ». Désolé, les figures et diverses sculptures d’Annette Messager ont une invention et une véritable charge poétique qui n’ont rien à voir avec ce qui est installé sur le plateau et quant aux deux célèbres peintres surréalistes, on ne voit pas très bien non plus pourquoi on a sollicité leur bénédiction post-mortem…

 Chloé Houbart a une excellente diction et est une bonne manipulatrice  mais on reste sur sa faim: le texte est d’une platitude et d’une mièvrerie affligeante, et les images, assez pauvres,  n’ont guère d’intérêt. Le compte n’y est vraiment pas du tout. Un mois de prison avec sursis, dirait Jacques Livchine. Heureusement, la mauvaise plaisanterie ne dure que quarante minutes mais c’est déjà beaucoup trop. A voir?  la réponse est évidemment  non…. Y emmener des enfants ? SURTOUT PAS.

Mieux vaut retrouver cette série de dessins animés des années 80 sur l’exploration du corps humain qui s’appelait Il était une fois la vie où enfants et adultes peuvent apprendre plein de choses, même si c’est parfois un peu difficile à appréhender. Les enfants devraient bénéficier du plus magnifique des cadeaux théâtraux, mais… bien obligé de constater que c’est rarement le cas.

  Il y avait autrefois dans des temps moyenâgeux ( c’est à dire dire vers 1968! ) une jeune femme: Catherine Dasté, la fille de Jean et Marie-Hélène Dasté et la petite-fille de Jacques Copeau. Elle avait créé,  avec sa compagnie de la Pomme verte, des spectacles pour enfants d’une incroyable force théâtrale : L’Arbre sorcier, Jérôme et la Tortue, etc… Elle avait la foi des humbles, la probité scrupuleuse des artisans et une sorte de génie pour emmener les enfants dans des voyages merveilleux, avec des images d’une grande beauté.. Une occasion de lui rendre l’hommage qui lui est dû.

Philippe du Vignal

Spectacle vu à Montreuil; puis en tournée…

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