Maison de poupées


Maison de poupées
d’ Henrik Ibsen, traduction et mise en scène de Nils Öhlund.

maison.jpgDe la série de la célèbre pièce d’Ibsen créée en 1879 , et  beaucoup jouée cette saison notamment par Braunschweig et  par Martinelli , cette mise en scène est la dernière à Paris, mais elle avait été créée au Moulin du Roc-Scène nationale de Niort. On ne va pas vous  résumer encore une fois le scénario bien connu de tous. C’est la veille  de Noël : tout le monde est heureux, Nora s’émerveille de la vie et de sa chance d’avoir trois beaux enfants, Torvald, son mari va occuper bientôt la très haute fonction de directeur de banque, et Rank, le médecin et leur meilleur ami, malade  est joyeux, même s’il attend le résultat d’analyses. Il y a bien l’arrivée de Kristine, une ancienne amie de Nora , veuve et pauvre, venue lui demander de l’aide et que Torvald va aussitôt embaucher, après avoir viré Korstad, personnage des plus ambigus, qui a eu des ennuis judiciaires mais  va essayer de faire chanter  Nora- elle  a autrefois fait un faux – pour récupérer son poste à la banque…
Bref, le bonheur des fêtes de Noël va inexorablement imploser et Nora partira, seule, en abandonnant mari, enfants et maison, à la recherche de son identité, bien décidée à bâtir son destin personnel, loin de la famille et de ses inévitables compromissions et petites magouilles en tout genre.
« Il faut aider à transcender les archétypes que chacun des archétypes représentent écrit Nils Ôhlund dont c’est une des premières mises en scène ». Le décor- inspiré de ceux d’un studio de cinéma  est une sorte de salon/ bureau des années cinquante plutôt que soixante comme il le dit. Mobilier en bois et skaï noir, lampadaire en cuivre, moquette marron et meuble radio et disques accroché au mur. Avec dans un coin, un grand sapin en plastique.Le tout baigne dans une lumière crépusculaire. Bref, que de la joie….
Comédien de cinéma surtout- et ceci explique peut-être cela- Nils Öhlund dirige ses camarades plan par plan, et sans qu’il y ait beaucoup d’unité dans sa mise en scène. Fedor Atkine, plus âgé que le personnage de Torvald, s’en sort comme il peut, même s’il surjoue souvent , comme Alexis Danavaras ( Rank) et Bernard Mazzinghi ( Krogstad) mais Olivia Brunaux ( Nora)  semble assez mal à l’aise -comme Emmanuelle Grangé- surtout au début et elle  débite le texte comme ce n’est permis.dans aucune école de théâtre.
Et il faut attendre la grande séance d’explications entre Nora et son mari pour que la pièce commence vraiment à vivre un peu. En bonus,  si l’on peut dire, vous n’échapperez  à quelques morceaux de vidéo croquignolesques sans doute tirés de films d’amateurs pour représenter les enfants du couple que l’on ne verra pas, ou simplement non figuratifs, du genre nuages fuyants. La vidéo encore une fois a donc frappé- c’est vraiment devenu une véritable manie.
Bref et pour faire court, une mise en scène propre sur elle, tristounette  et sans véritable parti pris; les jeunes gens autour de nous  regardaient cela calmement mais sans beaucoup d’intérêt, et ils avaient raison. Alors à voir? Si vraiment vous y tenez vraiment, mais, à cette mise en scène de Maison de poupées- dont le s  final nous échappe, il manque à l’évidence une solide direction d’acteurs  et il faudrait que Nils Öhlund   prenne en charge  à la fois le côté immature de Nora et l’espèce de folie qui  s’empare des personnages. Le grand Ibsen méritait mieux que cette chose un peu ennuyeuse où rien n’est vraiment très convaincant…

 

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Athénée jusqu’au 22 mai.


Archive de l'auteur

La Maison des cerfs


La Maison des cerfs
, texte, mise en scène, images de Jan Lauwers, musique de Hans Peter Dahl, Maarten Seghers excepté Song for the deer house écrit par Jan Lauwers.

cerf.jpg               Un plateau au sol blanc avec plusieurs châssis sur le côté où sont accrochés des bois de cerfs en résine synthétique blanche, et en fond de scène des corps de cerfs et  d’animaux également blancs. Des étagères roulantes où sont empilées des dizaines de serviettes éponges d’un blanc immaculé ainsi que des oreilles d’animaux que les comédiens s’accrocheront dans les cheveux.. Côté jardin un portant rond en inox  comme on en voit dans les boutiques où sont suspendus des vêtements dont certains avec de la fourrure artificielle, ainsi que des oreilles d’animaux dont s’affublent les comédiens. Au centre de la scène,  trois praticables munis de roulettes inclinés qui serviront à la fois de scène et de lit. La Maison des cerfs, c’est le dernier volet d’un tryptique dont on avait pu déjà pu voir La maison d’Isabella; c’est à la fois une sorte d’exorcisme d’un événement tragique qui a cassé la vie d’une des danseuses de la Need Company et provoqué un désarroi certain au sein  de la vie de la troupe de Jan Lauwers. Kerem Lawton qui  était le frère de Tijen Lawton, a été tué en 2001, alors qu’il était reporter photo et journaliste en Yougoslavie. Et c’est le thème fondateur de ce spectacle. Jan Lauwers, en peintre qu’il commença par être,  s’est souvenu, comme il le dit,  du  très fameux Guernica de Picasso où une  femme  tient son enfant mort dans ses bras, pieta contemporaine.
La mère, admirablement jouée par Viviane de Muynck, essaye d’habiller le corps nu et raide de sa fille Inge que le reporter photo vient de lui rapporter ; il  lui dit avoir été obligé de l’exécuter, sommé de faire un choix: la mère ou l’enfant. et il tuera donc la mère.. Mais le reporter photo se fera tuer par le mari désespéré de sa victime. Et  la petite fille qu’il avait, croyait-il naïvement réussi à sauver finira par se suicider… Tragédie en série comme dans certaines familles abonnées à une sorte de malédiction où les morts se succèdent aux morts pendant plusieurs années de suite. Mais les morts ici évoqués ne sot pas tout à fait morts puisqu’ils continuent à parler aux vivants.
On voit souvent passer de jeunes femmes nues qui dansent quelques minutes  ou font l’amour parmi les corps des cerfs morts, tandis qu’ un des comédiens joue quelques notes sur un piano noir, et qu’un des personnages se lance dans un monologue d’autiste…  » Les lieux de la communauté, du désir et de la mort sont un seul et même lieu. Etre ensemble, aimer et mourir: tout cela imbriqué dans un même nœud inextricable qui a nom l’existence, écrit ,  dans un très beau texte à propos du spectacle, Erwin Jans ». Effectivement aux meilleurs moments,on sent- les professionnels du spectacle connaissent bien cela cette espèce de complicité mêlé parfois d’une sourde hostilité au sein d’une même troupe, les acteurs et/ et ou danseurs  qui se connaissent souvent depuis très longtemps comme dans la troupe de Tadeusz Kantor entretenant entre eux des liens fusionnels qu’une longue migration de vie de tournée a finit par créer. Si bien que le moindre-ou le plus grave événement survenu à l’un d’entre eux, agit par une sorte de contagion sentimentale sur chacun des autres. Comme au sein d’une famille dont le metteur en scène ou le chorégraphe est le chef  et le seul à pouvoir maîtriser les choses pour que la représentation ait quand même lieu dans les moins mauvaises conditions. C’est sans doute ce qu’a voulu dire aussi Jan Lauwers dans ce spectacle.  » Le théâtre en tant que media, a plus de liens avec la condition humaine, dit-il, parce qu’il est présenté par des humains pour des humains. Le théâtre de qualité fait voir des choses que la vidéo, le cinéma ou les arts plastiques ne peuvent pas offrir ».
Et La Maison des cerfs possède quelques moments de beauté fulgurante quand sont évoqués le mythe de la nature silencieuse et du refuge où rien de mauvais ne peut arriver: la maison des cerfs que l’on est quand même obligé de tuer, parce que c’est l’unique possibilité de survivre … Mais il y a en  même temps la menace permanente de la mort , le bruit et la fureur de la guerre onmiprésente, même si elle est peu visible; à la fin, il y a , référence à Rembrandt et à la tragédie grecque des Atrides:  ces cadavres allongés dont l’un saigne, le visage couvert d’un tissu blanc. Les liens familiaux et le tragique  ont toujours été les sujets favoris de Jan Lauwers depuis les débuts de la Need Company il y a déjà quelque vingt ans.
Et il y a  aussi ce personnage assez étonnant- qui peut faire penser à Cassandre-  dans ce  faux conte de fées, de Grace, la fille handicapée mentale de  Viviane, avec ses gants et son bonnet blanc. Oui, mais, malgré  quelques scènes avec Viviane De Muincke, formidable de présence, malgré la remarquable mise en scène et la solidité de chaque comédien, malgré la beauté des chants choraux et de la musique en général, la machine de la Need Company semble tourner à vide et n’a rien de passionnant. La faute à quoi?  A un récit fragmenté, où s’il y a une souvent une poésie intense mais qui se disperse et qui n’arrive pas vraiment à trouver un accord avec les images plastiques et les fragments de dialogue et de danse mélangés sans véritable unité. « 146 jours, 103 représentations et sept pays visités annonce un des comédiens au début, comme si Jan lauwers devait absolument se justifier  Ce qui parait  déjà suspect …
Quelle déception: Jan Lauwers   propose un spectacle remarquablement mis au point – là dessus rien à dire-mais sans véritable chair  et auquel on a beaucoup de  mal à adhérer. D’autant plus que ce qui pourrait constituer à la rigueur une performance d’une heure,  en dure deux, ce qui n’est absolument pas justifié!
On a souvent l’impression que ni le récit ni l’espace ne sont  en harmonie avec le temps. D’autant plus- soyons honnêtes- l’ensemble, pour rigoureux qu’il soit,  n’est quand même pas d’une grande beauté plastique…Et l’hémorragie de spectateurs commença donc  très vite  et se poursuivit sans arrêt. Quant aux applaudissements, ils furent,  disons,  bien chichement accordés, et couverts par de nombreux sifflets.
Gérard Violette , l’ancien -et remarquable- ancien directeur du Théâtre de la Ville aurait sans doute dit , comme il le faisait souvent, que c’était la faute de la presse qui n’avait pas fait son boulot. Mais là,  c’était le public qui ne semblait vraiment pas d’accord….Et celui du Théâtre de la Ville qui connaît Jan Lauwers depuis longtemps, est généreux mais du genre exigeant. Et vraiment là, il n’y a pas le compte!

 

Philippe du Vignal

Théâtre de la Ville jusqu’au 12 mai ;  puis à Vienne du 13 au 20 juin;  à Hanovre le 3 septembre; à Belgrade le 17 septembre et à New York les 5, 7, et 8 octobre.

Oncle Vania à la campagne

onclevania.jpg

Voici les prochaines dates d’un spectacle  créé il y a déjà quatre ans que nous avions beaucoup aimé et revu depuis à Villeneuve-lès-Avignon: Oncle Vania à la Campagne,  mis en scène par  le Théâtre de l’Unité et qui  doit aller maintenant sur ses 80 représentations… Pour un spectacle en plein air avec quelque vingt comédiens, ce n’est pas rien… Comme disait Hervée de Lafond,  co-auteur du spectacle avec Jacques Livchine:  » On s’est planté , c’est trop lourd et cela ne marchera jamais!
Mais on sait bien que les meilleures et les meilleurs des gens de théâtre ne sont pas de bons prophètes…

Philippe du Vignal

 

Lundi 3 et mardi 4 mai : Oncle Vania à la campagne à Bayonne (64)
Vendredi 7 et samedi 8 mai : Oncle Vania à la campagne à Gradignan (33)
Dimanche 9 mai : Gourmandisiaque à Paris Xème
Vendredi 14 et samedi 15 mai : Oncle Vania à la campagne à Vienne (38)
Vendredi 21 mai : Oncle Vania à la campagne à Saint Genis Laval(69)
Samedi 22 mai : Oncle Vania à la campagne à Saint Priest (69)
Lundi 24, mardi 25 et mercredi 26 mai : Oncle Vania à la campagne à Grasse (06)
Vendredi 28 et samedi 29 mai : Oncle Vania à la campagne à Chalette-sur-Loing (45)
Samedi 5 juin : Oncle Vania à la campagne à Saint Quentin (02)
Mardi 8 juin : Oncle Vania à la campagne à Montbéliard (25)
Vendredi 11 et samedi 12 juin : Oncle Vania à la campagne à Fos-sur-Mer (13)

 

Morphine

Morphine de Mikhaïl Boulgakov, adaptation et mise en scène de Thierry Atlan.

 Du célèbre écrivain russe ( 1981-1940), on connaît surtout son grand roman., Le Maître et Marguerite.  Médecin pendant le Révolution d’Octobre, il se tourna ensuite vers le journalisme et la littérature. Mais il garda ses distances avec le régime révolutionnaire, même si c’est   Staline qui lui procura un travail alimentaire.
Dramaturge reconnu, il écrivit notamment La Vie de Molière qui parut longtemps censuré. Très apprécié par Stanislawski, Il n’avait pas que des amis, et le moins  que l’on puisse dire, est que  Meyerhold,  Maïakowski et Taïrov, ne furent pas tendres avec lui…
Il a écrit aussi nombre de nouvelles dont Morphine qu’il écrivit dix ans après qu’il ait été envoyé- en 1917- diriger un petit hôpital de campagne loin de Moscou. Et pendant ces deux années d’isolement, il était bien placé pour se droguer facilement à la morphine. Son épouse réussit à le délivrer de son addiction.  La nouvelle relate à la fois l’ addiction à cette drogue puis sa  libération. Trois personnages: le docteur Bomgard lit le journal de Poliakov en proie à un mal-être -solitude, obsession de la mort- dont il est une sorte de double, et la jeune femme de Poliakov, l’ange protecteur qui le sauvera de la déchéance.. Le tout sur fond de révolution russe.
Oui, mais voilà, comment faire passer le climat de la nouvelle et les obsessions de Boulgakov au moment où il l’écrivit- à la fin des années vingt- sur un plateau de théâtre. Au début, il y a toute l’intimité de l’intérieur d’un pauvre médecin russe , avec son bureau, une autre table avec les médicaments et un lit en fer. Donc côté scénographie, c’estdonc plutôt bien bien vu et parfaitement crédible.
Mais la dramaturgie, la  mise en scène comme la direction d’acteurs de Thierry Atlan sont  trop conventionnelles pour que l’on s’intéresse un instant à ces personnages assez pâles… On n’échappe pas à la petite vidéo de service- en noir et blanc, comme un vieux film-pas si mal faite,  mais dont on se demande vraiment ce qu’elle vient faire là.
Thierry Atlan essaye maladroitement de rythmer le spectacle par de nombreux noirs, ce qui  n’arrange pas les choses et finit -même en une heure dix- par distiller  un ennui irréversible, d’autant plus que le scène est faiblement éclairée et que les comédiens ne semblent eux-même pas vraiment croire à ce qu’ils font.
Résultat: un spectacle sans doute propre, mais tristounet et  sans grand intérêt, même et surtout pour les amoureux de Boulgakov, et  qui ne mérite vraiment  pas le détour!

Philippe du Vignal

Théâtre du Lucernaire jusqu’au 12 juin.

La 24 ème nuit des Molières

 La 24 ème nuit des Molières à la Maison des Arts de Créteil.

  molieres.jpg  D’abord soulignons l’organisation impeccable de la soirée: navettes depuis Paris à l’aller comme au retour en pleine nuit, accueil rigoureux malgré le millier d’invités, places marqués à chaque  nom, etc…La soirée a commencé avec , petite innovation, en ouverture de la retransmission télévisée par France 2,  de Feu la mère de madame, de Feydeau, mise en scène pour la circonstance par Jean-Luc Moreau. Avec Emmanuelle Devos, Patrick Chesnais, Chrstine Murillo et Sébastien Thiéry. Cette courte pièce, un peu légère, qui repose essentiellement sur la chute avec le décor de colonnes blanches légèrement transformé de la remise des Trophées,  semblait perdue sur ce grand plateau. Et le jeu, presque intimiste et sans beaucoup de rythme, semblait davantage destiné au petit écran, puisque destinée à être retransmises dans toutes les chaumières du Cantal Nord comme du cantal Sud, sans oublier l’Aveyron et la Lozère.Bref, pas de la grande mise en scène.
  Puis la soirée , animée par l’inoxydable Michel Drucker et sa nièce Marie, commença avec quelques phrases de Line Renaud, présidente d’honneur, qui rappela,  avec l’humour et la générosité qu’on lui connaît, comment elle passa du music-hall au théâtre, la cinquantaine passée. Ovation debout immédiate de la salle toute entière.
   Puis,  ce fut la remise des trophées qui s’égrena avec, cette fois et sur un rythme un peu plus maîtrisé, tout au long de la soirée. On ne va pas vous les énumérer tous, d’autant que l’on s’y perd parfois dans les catégories forcément un peu artificielles de ces prix et cette distinction qui n’en finit pas de perdurer  entre théâtre public et théâtre privé, avec chacun leur Molière. Le commentaire en serait trop long à faire mais nous y reviendrons.
  Il y eut un formidable moment un peu inattendu: celui où Michel Galabru, Molère 2008 , est venu évoquer, avec beaucoup d’intelligence et d’humour,  Jean Anouilh décédé en 87… En revanche, rien -et c’est plus ennuyeux-sur Vitez mort il y a déjà vingt ans et sans lequel le théâtre contemporain ne serait pas celui qu’il est actuellement.
La page du
programme qui évoque celles et ceux qui nous ont quitté  cette année- dont le metteur en scène Roger Planchon, Jean-Paul Roussillon, l’émouvant  vieux Firs de la Cerisaie dont on se  disait que l’on ne le verrait plus jamais sur scène. Raymonde Temkine qui était la doyenne des critiques et qui continua à aller au théâtre jusqu’à quelques années avant sa disparition. André Benedetto, écrivain et metteur en scène avignonnais, l’un des créateurs du off.
  52860.jpgMais, sans doute une maudite faute de frappe dans le programme !!!! La grande Madeleine Marion, décédée il y a un mois,  est devenue Martine Marion, sosie de Claude François et qui passe régulièrement à la télévision. Aïe!
  En gros, chaque récompense était sans aucun doute méritée, même si,  dans chaque cas de figure, on ne voit pas bien la différence de qualité de jeu entre les quatre, cinq ou six nommés, et que la différence  de voix  a  dû être infime. Mais c’est bien que Laurent Terzieff ( photo plus haut) ait été remarqué pour L’Habilleur et Philoctète,  que la jeune Alice Belaïdi ait été distinguée, tout comme  comme Dominique Blanc; il est bien aussi qu’Alain Françon, visiblement très ému,  ait eu un prix pour sa Cerisaie, comme Joël Pommerat pour Cercles/ Fictions ( voir Le Théâtre du Blog ).
  En revanche, Guillaume Gallienne, acteur confirmé et bien connu de la Comédie-Française, Révélation théâtrale masculine pour son très remarquable solo dans  Guillaume et les garçons à table? Sans doute aurait-il mieux valu décerner le prix à  quelqu’un de moins connu comme Maxime d’Aboville ou  Alexandre Zambeaux. Pourquoi dans certains cas- vu le foisonnement des spectacles et le nombre de très bons acteurs qui les servent, ne pas dédoubler certains prix?
Mais ainsi va la vie d’une remise de trophées que ce soit dans un domaine artistique ou un autre… Forcément pas très équitable!  Michel Fagadau, directeur de la Comédie des Champs-Elysées, s’est plaint d’un manque de transparence quant à l’attribution des prix qui selon lui, n’est pas régie par des règles tout à fait exemplaires, du fait du trop faible nombre de membres du jury qui aient vu un spectacle . Sans doute n’a-t-il pas entièrement tort quand il dénonce cet état des choses.
Mais comment établir une juste répartition quand il y a tellement de productions chaque année. Irène Ajer, la Présidente  a déjà pas mal fait progresser ce qui est devenu, en un quart de siècle, une institution qui reste , malgré toutes les critiques, un formidable soutien de l’Etat et de la profession  toutes catégories confondues,  au théâtre, et au théâtre bien vivant, celui qui se fait parfois difficilement, et pas toujours dans les institutions reconnues…
Le Molière du Théâtre Public, ainsi  que celui du Créateur costumes, a été attribué aux Naufragés du Fol espoir, spectacle du Théâtre du Soleil, ( et sur lequel nos avions émis beaucoup de réserves)- en l’absence d’Ariane Mnouchkine, les dieux pourquoi mais quelques uns des comédiens étaient là.
Par ailleurs, Nicolas Bouchaud , comédiens, a dénoncé, avec juste raison, la mise à mal des droits sociaux dans la profession du spectacle, en partie à cause de la réforme des collectivités territoriales et de la suppression de la taxe professionnelle. Sa prise de parole intelligente et précise fut l’objet de nombreux applaudissements mais n’eut pas l’heur de plaire à Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture  qui n’apprécia pas du tout ce rappel aux réalités. Monsieur le ministre,  visiblement furieux, se leva , demanda un micro et dit qu’il ne pouvait pas être d’accord avec ce qui venait d’être dit et que les portes de son bureau étaient toujours ouvertes, puis se rassit parmi les huées. Celui qu’on entend assez peu d’habitude, avait perdu  ici une belle occasion de se taire, et sa petite leçon de morale a été ressentie comme une claque par les comédiens et metteurs en scène présents.

   Les portes d’un ministre toujours ouvertes? On peut se permettre d’en douter; de toute façon, l’on vous tiendra au courant. Bilan de cette remise des trophées: c’est bien que la cérémonie ait quitté le centre de Paris pour Créteil, même si l’on a l’impression, à part la présence significative du député-maire, que cela se soit passé en dehors de la population locale…
   C’est bien aussi que la soirée ait été plus brève, et globalement, un peu moins compassée que les années précédentes-on aurait très bien pu se passer de ce  Feydeau conventionnel  qui  donnait une image assez vieillotte du théâtre- même si la pièce était jouée en costumes contemporains . Rappelons que l’auteur est mort il y a presque cent ans…
  Et quitte à décentraliser les choses, pourquoi ne pas organiser la cérémonie dans une grande ville ,capitale de région? Ce serait rappeler que le théâtre existe aussi ailleurs qu’à Paris, avec des créateurs et des comédiens remarquables…Enfin, c’est déjà un premier pas, le prix du  Spectacle Jeune Public a été remis à Villeneuve-les-Magulonne à Oh! Boy mise en scène d’Olivier Letellier. Donc affaire à suivre….

 

Philippe du Vignal

3 Little affaires


3 Little affaires
: Nous y voilà de Dorothy Parker, Tout ce que tu voudras de Cathy Celesia, L’homme qui ne savait pas danser de Jason Katims.

affaires.jpgCes trois courtes pièces sont montées en épisodes: c’est à dire que chaque texte est interrompu pour faire place au suivant, et pour reprendre ensuite… Ce qui,  sur le plan dramaturgique, est loin d’être évident! .
C’est d’abord l’évocation d’un  voyage de noces en train d’un jeune couple  dans les  années 30,  pas très à l’aise dans cette nouvelle intimité, et qui, très vite se met à se disputer; le texte a été écrit par une des scénaristes d’Alfred Hitchcock qui fut aussi poète et journaliste, et qui mourut dans l’oubli en 67. Le  dialogue est acide mais la tendresse affleure parfois;  il faut être honnête: c’est sans grand génie.
La seconde petite pièce est de  Cathy Celesia, dramaturge américaine qui met en scène  les retrouvailles de deux jeunes femmes pour un déjeuner,  où Lynette avoue à Rachel qu’elle a vraiment besoin d’une aventure extraconjugale;  Rachel joue les effarouchées jusqu’à avouer à son amie qu’elle est amoureuse d’elle… Là aussi,  ce gentil bavardage un peu  léger  ne semble avoir été écrite que pour la chute.
Quant à L’Homme qui ne savait pas danser, c’est l’histoire d’ une jeune femme qui  présente son bébé qui dort dans sa chambre,  à  Eric,  son ex-amant venu dîner,  qui  lui explique les raisons pour lesquelles il l’a quittée. Jason Katims travaille beaucoup comme scénariste  pour des séries télé. Et c’est sans doute la mieux ficelée de ces trois piécettes: il y a même une scène émouvante entre les deux jeunes gens , et très  bien jouée par  la comédienne américaine Kristina Sherwood.
Mais  comme  l’ensemble- déjà pas fabuleux- n’est pas vraiment mis en scène par ce collectif , que  la direction  est des plus flottantes, et que les textes sont   interprétés à la louche,  on n’arrive guère à se passionner pour ces trois petites histoires de couple…
Alors à voir? Non pas vraiment, c’est un peu  léger pour cette soirée d’une heure dix , même si l’endroit est  agréable. Question sans réponse: pourquoi y avait-il , dans les quelque quarante  spectateurs,  seulement sept hommes?  

 

Philippe du Vignal

 

La Folie Théâtre, 6 rue de la Folie Méricourt, jeudi, vendredi, samedi à 20 h 30 et dimanche à 16 h 30. T: 01-43-55-14-80

Mon cœur caresse un espoir

 Mon cœur caresse un espoir, création et mise en scène de Valérie Antonijevich, d’après les archives de l’Occupation et Déposition, Journal de guerre 1940-1944 de Léon Werth.

    moncoeur70.jpg Le beau titre du spectacle » Mon cœur caresse un espoir et nous partons pleins d’ivresse » est l’un des messages codés envoyé par Radio-Londres annonçant le débarquement en Normandie, et le commencement de la fin d’un cauchemar de plus de quatre ans pour de millions de Français, et c’est en lisant le Journal de guerre de Léon Werth, (1878-1955) , qui fit la guerre de 14 et devint un pacifiste convaincu,  que la metteuse en scène eut l’idée de ce spectacle qui est une comme une sorte de chronique  au quotidien,  de la vie de  ceux qui entraient secrètement dans la Résistance, mais aussi ceux qui n’hésitaient pas à collaborer avec l’occupant, sous l’influence du maréchal Pétain, et tous les autres qui, surtout dans la France rurale de l’époque avaient peu d’informations et attendaient que les choses se calment, sans vouloir prendre parti.
  « La mise en scène, écrit Valérie Antonijevich , met à distance la reconstitution d’une vérité historique, exclut tout naturalisme et s’appuie sur une métaphore de la mémoire ». Donc un plateau nu, dans le bel espace du Théâtre de l’Epée de Bois avec ce grand mur de fond aux pierres apparentes, et, avec de chaque côté , des portants pour les costumes, quelques chaises et tables. La metteuse en scène pense que « ce plateau dépouillé exhausse l’éphémère et la fragilité tangible  d’existences disparues ».On veut bien mais cela ne fonctionne pas du tout.
Sur le mur du fond apparaissent des textes, notamment de Pétain… où il y a un savant mélange de flatterie, mais aussi de naïveté douceâtre chez ce vieil homme ( né en 1854!  ))qui ne voulait -pouvait?  pas voir ce qui allait se passer. Et,  en contre-point, ceux de Ribbentrop, Goebbels, qui sont précis et menaçants. 

  C’est tout le pays qui ne sait plus du tout où il en est,  et les faits sont bien connus: compromissions avec l’armée allemande, marché noir, mais aussi manque de nourriture permanent dans les villes,  amours de jeunes femmes avec des officiers ennemis, qui seront tondues sans pitié après la victoire, familles dispersées,  bombardements, exécutions sommaires, graves conflits  quant à l’attitude à avoir, position des plus ambigües du gouvernement, débâcle  sur les routes vers le Sud qui voyait arriver des milliers de réfugiés, soldats faits prisonniers en Allemagne pour de longues années séparés des leurs * et,  de l’autre côté de la Manche, la revanche de de Gaulle  et le salut de la France qui se préparaient. Oui, il faut se rappeler que notre pays il y a quelque soixante ans a vécu cela… Et au moins, un  spectacle comme celui-ci  peut y contribuer.
  Oui, mais voilà! Comment dire les choses  maintenant, alors que pour nombre de spectateurs, cette époque, à part quelques grands faits, doit être synonyme de Moyen-Age ou presque, et que faire vivre ce genre d’épopée sur un plateau de théâtre n’est pas du genre facile… Il y faut évidemment une dramaturgie et une mise en scène de premier ordre, claire et efficace, des dialogues forts, et des personnages  convaincants, et une interprétation des plus solides.
   Mais, comme il n’y a rien de tout cela, le spectacle s’enlise dès les premières minutes, et il y en a pour presque deux heures de saynètes sans intérêt et bien mal jouées. D’autant plus que  l’éclairage est des plus parcimonieux… Sans doute pour faire plus tragique? Bref, que peut-on sauver de ce spectacle qui a des allures de B D mal fagotée.? Sans doute les textes qui s’affichent: là au moins, on est bien dans le concret le plus impitoyable, et non dans la petite illustration de scènes qui se succèdent donc  sans beaucoup d’unité, et si l’ on parle tout le temps de l’armée allemande, on ne voit pas le moindre uniforme et l’ on n’entend même pas les ordres qui étaient hurlés dans les rues!  Dans les villes du moins, l’armée allemande imposait une présence permanente et obsédante,  de jour comme de nuit avec couvre-feu obligatoire.
   On veut bien que le spectacle soit mis sous le haut patronage de François Marcot, historien et spécialiste de la Résistance mais Valérie Antonijevich  qui assure, avec un sérieux inimitable  » que la violence n’est pas dans l’acte mais dans la potentialité de l’acte » ne s’est pas beaucoup fatiguée pour rendre  les choses crédibles un instant, et il y a loin des intentions affichées au médiocre spectacle proposé. Et des extraits du Journal de Léon Werth dits en voix off n’ont guère plus d’efficacité!
   Quand il s’agit d’une période tragique que beaucoup de Français vivants ont connu, on ne traite pas les choses aussi légèrement. Désolé, mais mieux vaut dire les choses, on n’a pas le droit de faire n’importe quoi dès lors que l’on veut faire du théâtre et que l’on dispose d’une belle scène et de quelques moyens.
  Que Valérie Anronijevich relise Antonin Artaud et Roland Barthes. Mais de toute façon, c’était sans doute un faux bon sujet que la metteuse en scène aurait mieux fait d’éviter, au lieu de nous infliger cette épreuve; mieux vaut donc relire  Léon Werth, et son analyse lucide et désespérée d’une des époques les plus dures que la France ait jamais connues….

* Une des histoires que l’on chuchotait dans la petite ville où ma famille habitait: le mari d’une jeune  femme  avait été fait prisonnier et envoyé en Allemagne où il  travaillait dans une ferme. Mais il avait été porté disparu. Et la jeune femme s’était donc retrouvée présumée veuve. Oui, mais voilà, quelques années après la fin de la guerre, un habitant de cette petite ville avait croisé par hasard  et bien reconnu cet homme-qui avait sans doute refait sa vie avec une autre femme- dans une rue d’un village allemand…
  Il me souvient aussi de cette autre jeune femme, mère d’une amie,  dont le mari officier était mort au combat, alors que son beau-frère, lui, milicien, avait été fusillé à la Libération… Pas très belle,  la vie de l’époque…

Philippe du Vignal

 
Théâtre de l’Epée de bois. Cartoucherie de Vincennes.  

Les Oiseaux

Les Oiseaux d‘Aristophane, traduction, adaptation et mise en scène d’Alfredo Arias.

   oiseaux.jpg La  pièce parodique fondée sur une satire sociale écrite par le dramaturge grec en 412 avant J. C. , après Les Nuées, Les Guèpes et La Paix , et avant l‘Assemblée des Femmes devait être à l’origine montée par Luca Ronconi qui avait monté avec ses acteurs italiens, dans les années 70,  un magnifique Utopia d’après plusieurs pièces d’Aristophane. dont justement Les Oiseaux. Et , malgré la barrière de la langue, on en garde un souvenir très fort. Mais qu’aurait fait Ronconi avec les acteurs de la Comédie-Française???? En tout cas, le metteur en scène italien étant malade, on a fait appel à Alfredo Arias. Le metteur en scène argentin , avec son groupe TSE, n’est pas n’importe qui,  et a réalisé de formidables spectacles  comme son célèbre Peines de coeur d’une chatte anglaise, La Bête dans la Jungle ou Mortadella,  entre autres.
Mais,  ici, c’est un peu la catastrophe: rien n’est  dans l’axe.  Il y a un magnifique ( mais peut-être justement trop beau) décor de Roberto Platé qui  a reconstitué l’entrée du Palais-Royal et ses colonnades  avec,  à côté, la Comédie-Française et une descente de métro qu’on ne se lasse pas d’admirer. Vraiment de la belle ouvrage.Et les costumes de Françoise Tournafond sont plutôt drôles et réussis…
Mais pour le reste! On veut bien qu’Alfredo Arias s’autoproclame sans trop de scrupules, auteur de la traduction mais très franchement, là il y a tromperie sur la marchandise! Il a cru bon d’ »agrémenter » le texte d’anachronismes faciles ( du genre Edith Piaf, Nicolas Poussin, Pierre Corneille..), et on vous épargnera le reste… Si i l’on peut bien sûr adapter le texte comme l’avait fait Bernard Chartreux pour la mise en scène de Jean-Pierre Vincent, autant ne pas faire n’importe quoi.
 » J’ai essayé, dit-il,  d’aborder la pensée d’Aristophane directement en donnant à voir ma propre interprétation des oiseaux. Comme Aristophane traite d’une réalité immédiate, je voulais faire de même en situant sa pièce dans la réalité d’aujourd’hui » . Sic!  » Comme je vois dans le monde des oiseaux une métaphore du théâtre  et dans leur langue une métaphore de la poésie même, j’ai eu l’idée de charger les comédiens du Théâtre-français d’incarner ces oiseaux. Quant au choix de transposer la pièce sur la Place Colette, il découle de la métaphore et des circonstances ». (Re sic)  Quel verbiage prétentieux! Tous aux abris!
Ronconi avait lui choisi de situer ces Oiseaux pendant  l’entre deux guerres et  c’était prétexte à de merveilleuses images poétiques . Mais là que voit-on?  Pas grand chose! Ce sont deux femmes au lieu de deux hommes comme dans le texte original mais peu importe! Camarade Constance et Belle espérance  en ont assez des humains et décident de rejoindre La Huppe et les oiseaux assimilés à des personnages de théâtre , pour la convaincre de fonder une cité idéale, Coucou sur scène ( ah! ah! ah!)  face à la Comédie-Française. Intermédiaires obligés entre les hommes et les dieux, les comédienzeaux ( sic)affament  et assujettissent les puissants, » XXL des stratosphères », non pas en les privant des fumets des viandes des sacrifices mais en perturbant l’importation des viandes hachées. La guerre est déclarée avec les XXL , tandis qu’afflue sur la place du Théâtre de Coucou-sur-scène, une nuée d’immigrants que les contrôleurs du ciel, en dépit de leurs ailes , ne peuvent maîtriser ». ( Sic).
Plus prétentieux et plus vide de sens, je meurs! Cela ne vole pas très haut – c’est le cas de le dire- dans la transposition…Mais surtout,  quelle vulgarité- on a même  droit à une parodie de Karl Lagersfeld-et quelle lourdeur à la fois dans la direction d’acteurs et dans la mise en scène à l’électrocéphalogramme presque plat où Arais essaye de pousser les choses vers la comédie musicale. Les acteurs crient souvent et surtout, on ne les entend  pas,  pas plus qu’ on ne comprend où Arias veut nous emmener… La fantaisie,  le délire, le grotesque d’ Aristophane sont passés à la trappe, et ce n’est même pas drôle!
Il y a bien- mais cela ne suffit pas- quelques petites chansons interprétées  par le choeur des élèves-comédiens de la Comédie-Française qui ne semblent quand même pas être très à l’aise dans la bouillie concoctée par Arias. Paradoxe pur jus de la maison et qui ne manque pas de saveur: ce sont deux sociétaires aimablement remerciées , et promues sociétaires honoraires: Catherine Salviat ( La Huppe)  en 2006 , et Catherine Hiegel ( Camarade Constance) en janvier dernier qui réussissent à tenir le spectacle. Elles font un travail irréprochable: à la fois humble et très solide.
Le comité qui a viré sans ménagement une actrice de la classe et de la personnalité de Catherine Hiegel a fait une belle connerie et commis une erreur historique;  le Ministre de la Culture avait le pouvoir de rectifier le tir, mais en tout cas, jusqu’à nouvel ordre, rien n’a été fait… Bravo!
Alors y aller ou non? Oui, si vous voulez vous ennuyer pendant une heure et demi, oui, si vous voulez dégoûter à jamais une nièce ou neveu d’âge scolaire du théâtre contemporain ( même s’il y a, les Dieux savent pourquoi,  deux chansons : Black bird  et Quelle étrange nature chantées par Emily Loizeau, avec l’aimable autorisation de Polydor , un label Universal Music France ( sic);  oui, si vous voulez faire un mauvais coup à quelqu’un que vous n’aimez pas ou plus , mais il vous faudra quand même supporter de voir avec lui  cet ersatz de spectacle…Quitte à vous excuser hypocritement après… Sinon, vous pouvez vous abstenir.
Le public qui n’est pas dupe, n’ pas beaucoup apprécié et les commentaires à la sortie étaient acides… Allez , pour vous consoler, on va essayer de vous mettre en ligne ces jours-ci  quelques photos de scènes  d’Utopia  de Luca Ronconi . Vous verrez : plus de trente ans après, elle n’ont rien perdu de leur fraîcheur et de leur efficacité.

Philippe du Vignal

 

Comédie-Française, salle Richelieu jusqu’en juillet prochain.

Le texte est publié à l’Avant-scène théâtre (n° 1281, avril 2010)

Chroniques des bords de scène, saison 3: USA

Chroniques des bords de scène, d’après Saison 3: USA,  d’après John dos Passos , conception et réalisation de Nicolas Bigards.

    usa.jpgL’an passé, Nicolas Bigards nous avait offert une remarquable promenade à travers plusieurs polars américains; cette fois, il a choisi de nous emmener  voyager dans la célèbre trilogie de Dos Passos ( 1896-1970) : Le 42 ème parallèle, 1919 , La grosse galette qu’il écrivit de 1930 à 1936. Une scène carrée qui sert aussi de salle. Au milieu, une étendue de sable fin avec des chaises rouges de théâtre installées un peu partout, quelques autres en plastique, un lit en fer, un bureau et sur chaque côté, des sortes de mini-scènes qui se ferment avec un rideau plastique translucide blanc et des passerelles construites avec des éléments d’échafaudage métalliques où joueront aussi les acteurs.
Ce sont des sortes de tranche de vie issues de ces trois romans que donne à voir Nicolas Bigards. Des monologues, quelques chansons, et c’est à un portrait de l’Amérique à ses heures les plus sombres que nous sommes conviés. Dos Passos avait en effet un regard assez pessimiste quant à l’avenir politique de son pays, comme si ses compatriotes n’avaient pas vraiment su prendre le tournant d’une véritable modernité après la conquête.
D’un côté les riches, banquiers, hommes d’affaire ou industriels qui, à force de travail et de ruses ont pu très vite prendre le pouvoir  avoir un rôle déterminant dans l’évolution de la société, et de l’autre, un peuple d’ouvriers et de petits employés qui ont fait l’Amérique mais laissés au bord de la route. Pour eux, l’ascenseur social n’a pas  fonctionné et ils ont été jusqu’au bout de leurs désillusions.

 Mais les personnages de cette fresque sont à peine entrevus qu’ils disparaissent pour laisser place à d’ autres que l’on retrouve un peu plus loin derrière nous ou plus haut sur les passerelles. Il y a par moments  de fabuleuses images dues à la scénographe Chantal de la Coste, et  les dix comédiens font honnêtement leur travail mais il manque le souffle qui existait l’an passé.
Trop de monologues sans doute, un éclairage assez parcimonieux et pas de véritable scénario; certes, on veut bien que dans l’optique de Dos Passos, Nicols Bigards ait choisi le collage,  mais il manque une unité et un souffle dramatiques au spectacle qui, passée la première demi-heure commence à s’étirer… D’autant plus que les spectateurs étant souvent debout, on peine à à voir certaines scènes si l’on n’est pas au premier rang. Et , même s’il y a quelques beaux monologues/récits comme celui de la vie d’Isadora Duncan, l’ensemble n’est pas vraiment convaincant… Dommage.

 Alors à voir? Peut-être, si l’on est fou de dos Passos, mais on est quand même un peu loin de cette peinture géniale de la société américaine de l’entre deux guerres  qu’il avait si bien réussie dans ses trois romans cultes et dans Manhattan Transfer. Peut-être était- ce mission impossible au départ…

Philippe du Vignal

MC 93 à Bobigny jusqu’au 18 avril  à 20 h 30; le dimanche à 15 h 30 et le vendredi à 19 heures.

Kean

Kean, comédie en cinq actes par Alexandre Dumas et Due Hamletmaschine par Heiner Muller, mise en scène de Frank Castorf.

      kean.jpgAlexandre Dumas n’est pas seulement le romancier bien connu des Trois Mousquetaires, du Comte de Monte-Cristo. mais ce fut aussi-on le sait moins- le premier auteur d’un bonne vingtaine de  drames historiques à succès.Où l’action se passe aussi bien dans la Rome ancienne -Caligula- qu’au Moyen-Age- La Tour de Nesle ou au 19 ème siècle comme ce Kean qu’il écrivit en 1836 soit trois ans seulement après la mort du célèbre acteur anglais Edmund Kean qui défraye la chronique londonienne en séduisant l’épouse d’un personnage important. Jean-Paul Sartre en fit une adaptation que joua Pierre Brasseur, puis en 87 Jean-Paul Belmondo. avec Béatrice Agenin.
Quant à   Frank Castorf, l’intendant et metteur en scène du grand théâtre allemand le Volksbühne am Rosa Luxembour-Platz où officièrent jadis de  très célèbres metteurs en scène comme Max Reinhardt, Pisactor et Beno Besson, il ne fait pas à proprement parler une adaptation de la pièce mais se livre à une une sorte de chantier de démolition auquel il associe- en hommage post mortem- le grand Heiner Muller avec des extraits d’ Hamlet-Machine. Mais tout cela ait un peu brouillon et n’ guère de ligne directrice…
Il introduit aussi quelques citations de Goethe et de Kleist, une publicité pour une crème anti-rides, et un faux enregistrement d’une conversation téléphonique d’Andy Warhol avec ses copains de la factory- écrite par Castorf lui-même. Pas vraiment de décor sinon une grande bâche vert acide et trois cabines de plage en carton ondulé, quelques lits et accessoires divers. Castorf s’amuse aussi à braquer pendant de longues minutes une batterie de projecteurs sur le public, et il y a des litres de faux sang généreusement dispersés sur les comédiens.  De temps en temps, un chanteur guitariste rock accompagne une chanson de Kean..Bref, on l’aura compris, Castorf essaye de  se livrer à une provocation tous azimuts quatre heures durant, provocation- on ne voudrait pas être méchant-qui date d’une bonne quarantaine d’années ( Voir Le Living Theater avec  Julian Beck et Judtih Malina qui fut l’élève de Reinhardt, ,justement. Castorf est un incomparable directeur d’acteurs et les siens  sont tous excellents, en particulier Inka Löwendorf, Luise Berndt, Silvia Rieger et  Alexander Scheer. Ce qui frappe surtout, c’est à la fois la personnalité, l ‘humilité et en même temps la solidité du jeu en particulier gestuel, la maîtrise de l’espace,et l’unité de la troupe. Zéro défaut. Ce sont tous des comédiens de grande valeur… Et on ne voudrait pas dire mais on le dira quand même: quel est le théâtre national français qui pourrait aligner une pareille distribution? Ne répondez pas tous à la fois… Du côté de la dramaturgie -on voit mal où Castorf veut nous emmener avec cette mosaïque de textes assez sèche- comme de la mise en scène, c’est beaucoup moins moins réussi et Castorf , à vouloir trop s’amuser, est un peu trop
nombriliste et ne parait guère se soucier du public qui se met vite à somnoler. ce n’est pas pour rien si, après deux heures, la salle s’est en partie vidée. à l’entracte. Et un ex ministre de la Culture qui s’y connaît bien en matière de  théâtre,  n’ a pas résisté, et, en sortant,  avait l’air bien peu convaincu par la démonstration assez prétentieuse de Castorf.
En fait, même s’il y a quelques images très fortes comme cet entassement de corps dans une cabine de bains , ces glissades sur la grande bâche ou ce corps de Christ emmêlé dans des fils de fer barbelé, tout couvert de sang, et les deux autres heures après l’entracte, même si elle sont plus  vivantes , nous laissent quand même un peu sur notre faim.
D’autant plus que la traduction signée Pascal-Paul Harang du surtitrage est bourrée de fautes d’orthographe, et que le fonctionnement de l’engin surtitreur est assez défectueux, ce qui est inadmissible dans un théâtre national… Alors y aller ou pas? Si c’est pour un vrai plaisir théâtral, la réponse est non; si ces quatre heures bien pesées qui passent assez lentement ne vous font pas peur et si vous voulez  savourer un jeu de comédiens exceptionnel, vous pouvez tenter l’expérience. Mais Castorf avait mieux réussi son coup avec Les Mains sales de Sartre il y a quelques années… Voilà; comme dirait du Vignal, vous êtes prévenu…

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Odéon jusqu’au 15 avril. Attention, c’est  à 19 heures. T: 01-44-85-40-40

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