La Critique de l’Ecole des femmes
La Critique de l’Ecole des femmes de Molière , mise en scène de Clément Hervieu-Léger.
L’Ecole des Femmes vient de connaître en 1662 un immense succès dans le petit Paris de l’époque qui est quand même la capitale de la royauté et de l’art dramatique français, même si ses chers collègues reprochent à Molière d’avoir écrit cette longue pièce en en cinq actes et en vers, sans guère respecter les règles classiques. et de plus, faute impardonnable, de traiter le thème du mari trompé avec désinvolture, ce qui ne plaît guère aux esprits chagrins de son temps. Y compris à des auteurs réputés comme les deux frères Thomas et Pierre Corneille.
En 1663, Molière reprend L‘Ecole des femmes et la fait suivre de cette Critique où il répond à ses détracteurs. Quelques personnages se retrouvent chez Uranie et discutent entre eux en reprenant les arguments pour et contre la pièce; chose absolument nouvelle à l’époque que cette mise en abyme, puisque cette petite comédie d’un heure a pour seul thème une autre pièce de théâtre jouée un an à peine auparavant… Comme le souligne, à juste raison, Clément Hervieu-Léger: si Molière l’avait voulu, il aurait pu répondre aux critiques par une préface ou par n’importe quelle forme d’ écrit, mais il choisit de le faire sous la forme d’une comédie qui, dit-il : » est révélatrice de la puissance qu’il accorde à l’écriture dramatique ». Effectivement bien vu: on assiste à une discussion en temps réel, où il n’y a pas de grands discours et où la diction, pour être soignée, reste celle de la conversation et n’a rien d’emphatique, où les personnages ne forcent jamais le ton, comme Molière le recommandait à ses comédiens.
Dans la mise en scène de Clément Hervieu-Léger, tout sonne juste; les personnages ont des costumes contemporains, cela se passe dans une sorte de remise comme il existe dans tous les théâtres qui peuvent à l’occasion servir de salle de travail, même si c’est un peu encombré de toiles peintes roulées et de meubles qui ont déjà servi pour une autre mise en scène. Il y a là, deux jeunes cousines: Uranie (Clotilde de Bayser) et Elise (Georgia Scalliet) et sans doute un peu plus âgée, plus mûre aussi, Climène (Elsa Lepoivre), un jeune homme, Dorante (Loïc Corbery) mais aussi un marquis, assez infatué de lui-même (Serge Baldassarian) qui n’aime pas la pièce, alors que Dorante lui trouve de belles qualités, puisqu’il défend la peinture des hommes d’après nature et lance la fameuse réplique: « C’est une étrange entreprise que celle de faire rire les honnêtes gens ». Et il y a aussi l’auteur, un certain Lysidas, visiblement en retard et pressé de repartir lire sa pièce ailleurs, impayable caricature d’un auteur contemporain aux grosses lunettes et un peu égaré en K way bleu, sa brochure sous le bras, (formidable Christian Hecq qui commence à faire rire le public à peine entré en scène!). Et enfin Galopin (Jérémy Lopez), un valet qui serait maintenant un tout jeune régisseur de plateau…
Théâtre dans le théâtre: Uranie sent aussitôt « qu’il se passe des choses plaisantes dans notre dispute » puisqu’elle trouve « qu’on pourrait bien faire une petite comédie, et que « ce ne serait pas trop mal à la queue de L’Ecole des femmes« . Et Climène souhaiterait « que cela se fît, pourvu qu’on traitât l’affaire comme elle s’est passée ». Clément-Hervieu a sans doute eu raison d’ajouter quelques citations de L’Ecole des femmes dont le texte n’est pas forcément connu de tous les spectateurs.
Il y avait encore parfois des baisses de rythme à la première mais cela devrait se roder. Cette courte pièce reste d’une incroyable modernité, alors qu’elle est historiquement bien ancrée dans son siècle. Molière ne résiste pas à l’occasion de tisser des relations entre chacun des personnages, et on a a vraiment l’impression que l’on a affaire à des gens qui se connaissent bien: c’est nouveau, éblouissant d’intelligence et de virtuosité.Et il y a aussi, malgré le bruit régulier du métro, le plaisir que l’on a d’entendre cette langue magnifique qui est encore la nôtre, n’en déplaise aux gens bornés qui n’apprécieraient pas plus La Critique de l’Ecole des femmes que La Princesse de Clèves… Suivez mon regard, comme disait le philosophe Olivier Revault d’Allonnes.
La pièce est peu jouée mais, si vous avez une heure à employer, vous verrez qu’elle n’a rien d’insignifiant. Et qu’ici elle est très bien dirigée et bien mise en scène et qu’elle vaut largement un épisode de ces séries télévisuelles dont on nous rebat les oreilles et où les comédiens surjouent leurs personnages en disant des phrases d’une platitude exemplaire. Les jeunes gens qui étaient ce soir-là dans la salle semblaient en tout cas apprécier que l’on ne les prenne pas pour des demeurés, même si le texte a plus de trois siècles. Comme dirait Christine Friedel, l’une et non des non moindres critiques du Théâtre du Blog, cela vaut le détour…
Philippe du Vignal
Studio de la Comédie-Française, Galerie du Carrousel, Paris (Ier) jusqu’au 8 mars.T. : 01 44 58 15 15.


Cette nouvelle fait partie des quelques centaines que le jeune Tchekhov écrira après ses études de médecine à partir de 1884… Cette » banale histoire » est celle de Nikolaï Stepanovitch, un vieux professeur à l’Université de médecine qui a perdu toutes ses illusions. Malade, pas bien riche, il a juste de quoi vivre et il ne supporte plus sa femme qu’il a autrefois tant aimée, ni sa fille et son amoureux qui a tendance à s’incruster chez lui.
Cela se passe en Argentine en 2002; qui ne peut absolument faire face à sa dette extérieure; et la situation devient d’autant plus explosive, que le F.M.I. ne veut pas accorder une nouvelle aide et que la Banque Mondiale refuse aussi d’aider le pays considéré comme peu fiable. Cela ira des émeutes urbaines aux pillages, jusqu’à l’attaque de la mairie de Cordoba… Bref, l’Argentine connaît une explosion sociale sans précédent.
Pourquoi jouer Le Barbier de Séville, Le Mariage de Figaro et La Mère coupable dans une même soirée? Sophie Lecarpentier a eu l’idée de monter une adaptation de cette épopée en trois épisodes, écrite sur quelque vingt ans ( 1775, 1785, et 1792) où l’on retrouve dans chacune de ces pièces le même et célèbre personnage de Figaro, d’abord dans sa jeunesse à 27 puis à 30 ans et enfin à 50 ans, c’est à dire un âge pour l’époque beaucoup plus avancé que maintenant. La metteuse en scène s’appuie sur les mots mêmes de l’auteur qui, dans la préface de La Mère coupable, écrivait: « J’approuve l’idée de présenter, en trois séances consécutives, tout le roman de la famille Amalviva, dont les deux première époques ne semblent pas, dans leur gaieté légère, offrir de rapport bien sensible avec la profonde et touchante moralité de la dernière; mais elles ont , dans le plan de l’auteur, une connexion intime ».
Ce sont deux jeunes garçons Razou et Radieux, qui, très jeunes, ont été placés comme disait alors à l’Assitance Pupbluqe et on sait que la vie des enfants-là a rarement été rose et que , souvent ballottés d’un endroit à un autre, sans repères, voire maltraités dans leur famille d’accueil, ils ont eu le plus grand mal à construire leur identité. Razou, incapable de de le faire veut que Radieux lui parle de sa vie à lui au cours d’une cérémonie qui ressemble fort à une sorte d’exorcisme, et qui peut faire penser par moments à celui des Bonnes de Jean Genet.
Life and times ( le titre reprend le début de celui d’un spectacle des débuts de Bob Wilson d’une toute autre dimension Life and times of Joseph Staline) est donc tiré d’une série de conversations téléphoniques d’une durée de 16 heures, transmises mot pour mot y compris les erreurs, bégaiements et ratés, (cette durée peut mais peut seulement faire penser à Warhol) qui défilent sur sur l’écran de traduction simultanée où s’inscrit aussi le texte en américain… Phrases plates, bribes de mots à propos de l’école maternelle, puis du cours élémentaire :petits événements du quotidien joyeux et tristes comme dans tout commencement de vie de tout citoyen de n’importe quel pays. Soit le dérisoire, le banal, le minuscule portés au rang de spectaculaire, puisqu’on nous dit que c’est du théâtre sur les affiches.