Rosa la Rouge

Rosa la Rouge, une épopée musicale de Claire Diterzi et Marcial di Fonzo Bo, mise en scène de Marcial di Fonzo Bo .

    rosa.jpgRosa Luxembourg fut une brillante théoricienne marxiste et socilaiste allemande. Née en Pologne en 1870, elle fonda la Révolution spartakiste et écrivit plusieurs livres consacrés à la Révolution russe qu’elle considérait comme l’événement le plus considérable de la première guerre mondiale. Elle prit parti pour l’action de Trostsky et critiqua Lénine en qui elle voyait l’organisation d’une dictature, alors que pour elle, la Révolution devait devait absolument être l’oeuvre des masses populaires. Mais en 1919, l’insurrection spartakiste qu’elle mit en place se solda par un échec; elle fut emprisonnée, puis assassinée avec son ami Karl Liebknetch et son corps jeté dans un canal.
Le destin tragique de cette femme exceptionnelle avait déjà été évoqué sur scène par André Benedetto avec Rosa Lux en 70. Puis par Pierre Bourgeade ,avec Etoiles rouges ; Maragrethe von Trotta lui consacra aussi un film, avant qu’Anouk Grinberg ne lise ses Lettres à l’Atelier. Enfin, le premier album du groupe alternatif Rosa Luxembourg raconta sa vie en chansons.
Et c’est maintenant Claire Diterzi, auteur et compositeur notamment du chorégraphe Philippe Découflé et des spectacles de Marcial di Fonzo Bo qui a décidé de se lancer dans l’aventure…  Sur la grande scène nue du Rond-point, des images vidéo en très gros plan de corps de danseur musclé et de fesses en slip rouge de danseuse avec musique de percussions et de synthé. Bon..
Puis l’on passe sans transition à une projection de photos de Rosa Luxembourg et à une petite biographie très édulcorée, et à quelques phrases de ses textes également projetées  où son combat politique apparaît vraiment très peu et la jeune chanteuse décline- sans conviction-quelques extraits de ses lettres. Et l’on a droit à des vues de HLM de banlieue parisienne en bordure de Seine sur grand écran. De jeunes gens  peignent soigneusement sur les murs un slogan révolutionnaire.
Et Claire Literzi chante, assise au bord d’un praticable,  quelques chansons et lit des passages de lettres de Rosa Luxembourg en prison. Tiens , comme c’est curieux, comme c’est bizarre et quelle coïncidence, on voit alors des images de couloir de prison avec une femme qui semble casser des portes. Il y a aussi un petit film avec une maquette de pavillon de banlieue qui s’ouvre pour laisser voir la vie d’un jeune couple avec des aller et retour fiction filmée et réalité de personnages sur scène, emprunté aux choréraphies de José Montalvo.  Mais le clou de la chose est ce long extrait de La Révolte de Spartacus  avec Kirk Douglas et des centaines de figurants rasés de près et tout propres sur eux.
Il y a aussi, entre autres divertissements, un petit film sur grand écran toujours, où des rouge-gorge  chantent sur les  branches d’ un arbre mort. Et l’on annonce  de façon très sobre, après quelques airs de chanson rock, l’assasinnat de Rosa Luxembourge et Karl  Liebknetch. Avant que l’on ait droit toujours à contempler sur grand écran  toujours ,mais cette fois-ci en fond de scène,le corps nu d’une jeune femme sur lequel tombe la neige, et pour faire bon poids, quelques mesures de l’Internationale jouées par les trois musiciens, avec un éclairage latéral violent. De quel couleur l’éclairage? Vous ne devinerez jamais!!!!!! Que dire devant ce salmigondis spectaculaire, au demeurant bien réalisé, avec des moyens conséquents mais où l’on serait bien en peine de trouver le moindre sens et la moindre pensée.
Pourquoi Marcial di Fonzo Bo, excellent acteur, s’est-il laissé  entraîner  dans cette chose pathétique dont il revendique portant la paternité avec Claire Diterzi.Le programme indique que Rosa la Rouge est née de la rencontre entre eux deux , de leur admiration réciproque et de leur désir de travailler ensemble. Si, si, si c’est marqué!   » Rouge gorge Place Rouge, Viande rouge et Du vin rouge Feu rouge Choeurs de l’armée rouge Moulin rouge Et carton rouge Liste rouge La Croix Rouge Rouge Le petit chaperon rouge Je n’ai pas peur et je veux tout », chante Claire Diterzi.
Nous aussi, on  veut bien tout , d’autant qu’elle sait  ce que chanter veut dire  avec rythme et sens de la scène et que ses trois musiciens jouent et l’accompagnent avec rigueur et générosité… Mais ce concert rock aurait dû rester un concert rock,  et ne pas être  transformé en spectacle avec des images aussi débiles, où le second degré rejoint vite le premier!
On avait compris dès les premières minutes que c’était sans aucun espoir! Alors à voir? A entendre seulement, si vous appréciez la belle voix et la musique de Claire Diterzi mais pour le reste, autant en emportent le vent et les « épopées musicales » de ce tonneau. Aucune épopée et pas plus de véritable Rosa Luxembourg,  dont le nom a simplement servi de prétexte. Et cela, c’est tout à fait dommage! La vie exemplaire de courage politique de Rosa Luxembourg méritait quand même autre chose…

Philippe du Vignal

 

Théâtre du Rond-Point jusqu’au 22 mai.


Archive de l'auteur

Un Roi Arthur

Un Roi Arthur d’après Henry Purcell et John Dreyden, par la Compagnie des Grooms, arrangements d’Antoine Rosset et Serge Serafini, mise en scène d’Etienne Grebot.    18.jpgGerald Châtelain a eu la bonne idée de faire venir Les Grooms au Théâtre des Sources à Fontenay-aux-Roses. Quelques dizaines de tables dans la grande salle, où le public peut boire un coup: pour la première fois depuis sa création au Festival de Châlon, les Grooms ont choisi de présenter leur spectacle dans une salle, et non plus à l’extérieur.
La légende du Roi Arthur a été, on le sait,  source d’inspiration pour de nombreuses pièces, opéras et films mais l’adaptation qu’en ont tirée la Fanfare des  Grooms est un savant mélange de jeu sur scène et dans  le public , et d’interprétation rigoureuse et à la fois ludique de l’oeuvre que Purcell écrivit en 1691 quelques années avant de mourir à trente six ans…

   Il y a une chanteuse soprano:  Macha Lemaître, un contre-ténor Damien Ferrante qui va bientôt quitter les Grooms pour Les Arts florissants… Jacques Auffray, baryton et trombone, Danièle Cabasso, soprano et saxo,  Antoine Rosset bariton et et saxo, Serge Serafini ( tenor et saxo, Bruno Travert saxo et alto et Christophe Rappoport ( trompette). Tous excellents interprètes,  et comédiens.
 Cela commence par  de petites interventions dans la salle, dont une chanson zouloue, en attendant (soi-disant…) que des spectateurs très attendus soient là, histoire de chauffer le public, puis  l’un des Grooms raconte vite fait l’histoire de la création de l’opéra baroque de Purcell  : humour et gentillesse, sens inouï de l’échange avec le public  mais  aussi de l’interprétation chorale.
  Le cocktail a été dosé et testé depuis 1984 par Les Grooms qui ont joué un peu partout dans le monde et ont face à toutes les situations avec  un savoir-faire que n’ont pas toujours bien des compagnies de théâtre dans la rue. Il  ont plusieurs spectacles au chaud dont  La Flûte en chantier et La Tétralogie de Quat’Sous,  où Wagner et Mozart tiennent  compagnie à ce Roi Arthur dans cette reconquête de la musique d’opéra.
C’est à la fois simple- les Groomes ne se prennent pas au sérieux mais font les choses  sérieusement… Dans ce spectacle bien construit,  il y a des moments encore plus poétiques que d’ autres, comme l’arrivée de la princesse aveugle avec son grand bâton blanc, un mini-concert de flûtes, des abeilles qui butinent des fleurs derrière les chanteurs assis, ou bien encore la disparition de la princesse dans une coffre de toile..
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 Que l’on arrive à suivre ou non le scénario du Roi Arthur , ce n’est pas grave, de toute façon , on est  séduit tout de suite par cette musique à la fois complexe et populaire que l’on croit connaître et qui reste magique, et par ce théâtre qui n’en est pas vraiment, puisqu’il  a lieu à la  fois sur scène et dans la salle, avec un remarquable sens de la répartie et de l’improvisation,  sans que les comédiens/ chanteurs/ interprètes ne tombent  dans  la facilité.
Etienne Grebot a su diriger Les Grooms avec beaucoup d’intelligence mais aussi d’invention et d’efficacité: aucun décor,  sinon une dizaine de chaises avec housses , quelques accessoires et une machine à fumée. Il y a bien quelques petites longueurs  sur la fin et  un hors d’oeuvre qui mériterait d’être revu,   mais l’ensemble du spectacle assez court (une grande heure) est une belle réussite.  Les Grooms se baladent beaucoup en France comme à l’étranger : si vous voyez programmé ce Roi Arthur , n’hésitez pas…

Philippe du Vignal

Spectacle vu au Théâtre des Sources de Fontenay-aux-Roses.
 Le 22 mai à St Rémy de Provence; le 29 mai à Dax; le 5 juin à Mayence; le 6 juin à Hachenburg; le 8 juin à Equerdreville; le 12 juin à Clamart; le 4 juillet à Blandy-les-Tours et du 7 au 10 juillet à Rennes; le 12 juillet à Pigna ; le 17 juillet à Sarlat. Puis du 5 au 8 août à Haselt ( Belgique); le 5 septembre à Mably et du 3 au 5 novembre à Charleroi et le 11 décembre à Istres.

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Avril 08, conte moderne

Avril 08, conte moderne, écriture et mise en scène de Fabrice Dauby.

         contebis.jpg C’est en effet à une sorte de conte auquel nous convie ce jeune auteur-metteur en scène. Avec trois jeunes hommes qui constituent autant de types de la société contemporaine; il y a le jeune employé de bourse, fasciné par les transactions financières et par l’argent au point de vouloir toujours en gagner davantage pour en donner toujours plus à  sa future jeune épouse et,  ainsi, du moins le croit-il la séduire.Il veut à tout prix fonder sa propre société, une fois  qu’il aura réuni assez de capitaux. Tout en sachant probablement que cela ne le mènera pas à grand chose…
   Mais la dite jeune épouse, qui ne parle pas du tout pendant une une bonne partie de la pièce dont les journées sont pour le moins mystérieuses, se rend souvent dans une cave pour y lire et penser. Elle  a un amant, assez violent,  qui travaillait au sein d’une ONG mais qui va finalement s’engager dans la Légion étrangère et mourra en Afghanistan. Il y a aussi le frère jumeau de cette jeune femme, directeur de la communication dans le groupe de sociétés que dirige son père et qui a une passion presque incestueuse pour sa sœur. Et, passe de temps en temps un homme inquiétant un peu âgé , qui vient voir la jeune femme sans prononcer un mot.
  La pièce est construite sur une suite de monologues de chacun des hommes ; la jeune femme est, la plupart du temps couchée sur un lit  couvert d’une couette rouge vif qui occupe le centre de la scène dans un espace noir où il n’y a que quelques miroirs. Les premières images sont de toute beauté, grâce à la scénographie épurée et fort efficace de Grégoire Faucheux mais le système dramaturgique-un peu faiblard- a du mal à fonctionner, sans doute et surtout parce que l’auteur  qui voudrait témoigner de la violence de son époque ne sait pas trop comment articuler  ce récit qui avance par à-coups un peu répétitifs.        
On a quelque mal à entrer vraiment dans ce conte philosophique qui en a la forme mais pas les couleurs, qui ne dénonce ni ne conteste vraiment dans son écriture la situation angoissante où se trouvent aujourd’hui nombre de jeunes gens. La pièce aurait mérité- et c’est souvent le cas dans les écritures  contemporaines en France- un scénario qui tienne  vraiment la route.
  On nous rétorquera sans doute que ce n’est sûrement pas ce qu’a voulu l’auteur-metteur en scène mais ce conte moderne parait quand même bien long; d’autant plus que les acteurs sont dirigés assez mollement, et dans une pénombre presque permanente ,ce qui n’arrange pas les choses.
  Et revient sans cesse cette lancinante question: on a souvent l’impression que les auteurs actuels se soucient peu de s’adresser  à un public et semblent pratiquer une sorte d’exorcisme qui ne profite qu’à eux-mêmes. Y-a-t-il un seul moment où l’on parle de l’Afghanistan comme d’un problème politique français? Alors que l’un des personnages va y laisser sa peau…
  Vous n’avez rien compris une fois de plus , du Vignal:  ce n’est pas du tout le propos.! Mais avouons-le, malgré de belles images, cette invitation « à venir écouter, éprouver, expérimenter ce que la vie a d’incertain, de sensible, de singulier », dit  Fabrice Dauby, ne nous a guère touché. Peut-être aurez-vous plus de chance…
Il nous semble que le théâtre peut dire des choses plus fortes et plus vraies à un moment où beaucoup de choses se dérèglent  dans la société française!

 

Philippe du Vignal

 

Théâtre de la Tempête,
Cartoucherie de Vincennes jusqu’au 6 juin. T: 01-43-28-36-36
 
   

 

Roberto Zucco

Roberto Zucco de Bernard-Marie Koltès mise en scène de Pauline Bureau.

 

fr12736703745235.jpgC’est la dernière pièce de l’écrivain décédé des suites du sida en 88 ; il y évoque la figure de ce très jeune tueur en série italien qui défraya la chronique quand il exécuta d’abord son père et sa mère, puis deux policiers  dont un à Chambéry puis un autre à Toulon, avant de s’asphyxier dans sa cellule avec une bouteille de gaz qu’il avait ouverte dans un sac en plastique.
Koltès s’est emparé de ce fait divers hors norme pour essayer de dire l’indicible. Des meurtres sanglants dont celui d’un enfant, une très  jeune fille violée, sa soeur envoyée sans ménagements faire la pute. Mieux valait en effet  ne pas croiser le chemin de cet être profondément meurtri lui-même et aux irrésistibles instincts de mort et de destruction. La pièce donc inspirée par cette tragédie  fut créée à la Schaubühne de Berlin en 90 puis créée en France par Bruno Boëglin au T.N.P. de Villeurbanne, avec notamment Judith Henry, Myriam Boyer, Hélène Surgère;. Et Cédric Kahn réalisa un film: Roberto Succo  du nom véritable du meurtrier (2001) d’après le livre de Pascale Froment.
Que peut nous dire Roberto Zucco aujourd’hui, vingt ans après la création, de la pièce très souvent montée en France comme à l’étranger? Pour Pauline Bureau, c’est, dit-elle, l’envie de voir sur un plateau « nos images sombres et nos fantasmes inavouables. Nos désirs noirs et les forces complexes qui s’emmêlent en nous. Comment la douceur et la violence , l’amour et la destruction, la vie et la mort peuvent exister ensemble. Parce que l’un ne va pas sans l’autre. Et que d’interroger ça m’aide à l’accepter ».
En fait, Koltès n’entre pas dans une démonstration psychologique du personnage qui était  d’abord un grand malade et il  préfère évoquer en quinze tableaux cette descente aux enfers et ce passage à l’acte de ce jeune homme qui commença sa carrière de tueur à 19 ans seulement… Pauline Bureau s’est enfin débarrassée des facilités et autres vulgarités qui encombraient souvent ses réalisations précédentes, et il y a une rigueur remarquable dans ce travail.  Elle sait diriger avec beaucoup de maîtrise une équipe de  treize comédiens, même si la distribution est très inégale- et c’est un euphémisme!
Grâce à une scénographie intelligente d’Emmanuelle Roy, aux lumières  de Jean-Luc Chanonat, et aux costumes d’Alice Touvet,  elle réussit  bien aux meilleurs moments à créer le climat glauque des lieux: rue déserte, bordel… appartement sinistre où évolue le jeune tueur.
zucco.jpgMais Benoîte Bureau,  soeur et dramaturge de la metteuse en scène a  raison de dire que le spectateur n’a pas accès à l’intériorité du personnage, ce qui donne effectivement un côté assez sec au texte, loin de toute émotion, qui est loin d’ être un  chef-d’oeuvre, et ces quinze tableaux déclinés sur deux heures sont longuets surtout vers la fin, où Pauline Bureau maîtrise moins bien les choses et  peine à  donner le rythme nécessaire à cette pièce  sans doute surévaluée et qui a profité du mythe de ce jeune tueur en série.
Ce qui manque dans ce travail, c’est sans doute une interprétation plus convaincante et un peu plus d’audace dans la mise en scène ,pour que l’on puisse se laisse entraîner dans l’errance et le désespoir de ce jeune homme. Pour  » la tragédie moderne d’un écrivain mourant » , telle que la voit Benoîte Bureau,  désolé, mais il faudra repasser!
Alors à voir?  Si vous voulez découvrir la pièce de Koltès, peut-être, et il l y a de vrais beaux moments – plus picturaux d’ailleurs que véritablement dramatiques – et un sens de la mise en place indéniable chez la jeune metteuse en scène. Mais on aimerait bien que Pauline Bureau nous emmène dans des choix de textes un peu plus originaux… 

 

Philippe du Vignal

 

Théâtre de la Tempête, Cartoucherie de Vincennes jusqu’au 6 juin . T: 01-43-28-36-36

 

Maison de poupées


Maison de poupées
d’ Henrik Ibsen, traduction et mise en scène de Nils Öhlund.

maison.jpgDe la série de la célèbre pièce d’Ibsen créée en 1879 , et  beaucoup jouée cette saison notamment par Braunschweig et  par Martinelli , cette mise en scène est la dernière à Paris, mais elle avait été créée au Moulin du Roc-Scène nationale de Niort. On ne va pas vous  résumer encore une fois le scénario bien connu de tous. C’est la veille  de Noël : tout le monde est heureux, Nora s’émerveille de la vie et de sa chance d’avoir trois beaux enfants, Torvald, son mari va occuper bientôt la très haute fonction de directeur de banque, et Rank, le médecin et leur meilleur ami, malade  est joyeux, même s’il attend le résultat d’analyses. Il y a bien l’arrivée de Kristine, une ancienne amie de Nora , veuve et pauvre, venue lui demander de l’aide et que Torvald va aussitôt embaucher, après avoir viré Korstad, personnage des plus ambigus, qui a eu des ennuis judiciaires mais  va essayer de faire chanter  Nora- elle  a autrefois fait un faux – pour récupérer son poste à la banque…
Bref, le bonheur des fêtes de Noël va inexorablement imploser et Nora partira, seule, en abandonnant mari, enfants et maison, à la recherche de son identité, bien décidée à bâtir son destin personnel, loin de la famille et de ses inévitables compromissions et petites magouilles en tout genre.
« Il faut aider à transcender les archétypes que chacun des archétypes représentent écrit Nils Ôhlund dont c’est une des premières mises en scène ». Le décor- inspiré de ceux d’un studio de cinéma  est une sorte de salon/ bureau des années cinquante plutôt que soixante comme il le dit. Mobilier en bois et skaï noir, lampadaire en cuivre, moquette marron et meuble radio et disques accroché au mur. Avec dans un coin, un grand sapin en plastique.Le tout baigne dans une lumière crépusculaire. Bref, que de la joie….
Comédien de cinéma surtout- et ceci explique peut-être cela- Nils Öhlund dirige ses camarades plan par plan, et sans qu’il y ait beaucoup d’unité dans sa mise en scène. Fedor Atkine, plus âgé que le personnage de Torvald, s’en sort comme il peut, même s’il surjoue souvent , comme Alexis Danavaras ( Rank) et Bernard Mazzinghi ( Krogstad) mais Olivia Brunaux ( Nora)  semble assez mal à l’aise -comme Emmanuelle Grangé- surtout au début et elle  débite le texte comme ce n’est permis.dans aucune école de théâtre.
Et il faut attendre la grande séance d’explications entre Nora et son mari pour que la pièce commence vraiment à vivre un peu. En bonus,  si l’on peut dire, vous n’échapperez  à quelques morceaux de vidéo croquignolesques sans doute tirés de films d’amateurs pour représenter les enfants du couple que l’on ne verra pas, ou simplement non figuratifs, du genre nuages fuyants. La vidéo encore une fois a donc frappé- c’est vraiment devenu une véritable manie.
Bref et pour faire court, une mise en scène propre sur elle, tristounette  et sans véritable parti pris; les jeunes gens autour de nous  regardaient cela calmement mais sans beaucoup d’intérêt, et ils avaient raison. Alors à voir? Si vraiment vous y tenez vraiment, mais, à cette mise en scène de Maison de poupées- dont le s  final nous échappe, il manque à l’évidence une solide direction d’acteurs  et il faudrait que Nils Öhlund   prenne en charge  à la fois le côté immature de Nora et l’espèce de folie qui  s’empare des personnages. Le grand Ibsen méritait mieux que cette chose un peu ennuyeuse où rien n’est vraiment très convaincant…

 

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Athénée jusqu’au 22 mai.

La Maison des cerfs


La Maison des cerfs
, texte, mise en scène, images de Jan Lauwers, musique de Hans Peter Dahl, Maarten Seghers excepté Song for the deer house écrit par Jan Lauwers.

cerf.jpg               Un plateau au sol blanc avec plusieurs châssis sur le côté où sont accrochés des bois de cerfs en résine synthétique blanche, et en fond de scène des corps de cerfs et  d’animaux également blancs. Des étagères roulantes où sont empilées des dizaines de serviettes éponges d’un blanc immaculé ainsi que des oreilles d’animaux que les comédiens s’accrocheront dans les cheveux.. Côté jardin un portant rond en inox  comme on en voit dans les boutiques où sont suspendus des vêtements dont certains avec de la fourrure artificielle, ainsi que des oreilles d’animaux dont s’affublent les comédiens. Au centre de la scène,  trois praticables munis de roulettes inclinés qui serviront à la fois de scène et de lit. La Maison des cerfs, c’est le dernier volet d’un tryptique dont on avait pu déjà pu voir La maison d’Isabella; c’est à la fois une sorte d’exorcisme d’un événement tragique qui a cassé la vie d’une des danseuses de la Need Company et provoqué un désarroi certain au sein  de la vie de la troupe de Jan Lauwers. Kerem Lawton qui  était le frère de Tijen Lawton, a été tué en 2001, alors qu’il était reporter photo et journaliste en Yougoslavie. Et c’est le thème fondateur de ce spectacle. Jan Lauwers, en peintre qu’il commença par être,  s’est souvenu, comme il le dit,  du  très fameux Guernica de Picasso où une  femme  tient son enfant mort dans ses bras, pieta contemporaine.
La mère, admirablement jouée par Viviane de Muynck, essaye d’habiller le corps nu et raide de sa fille Inge que le reporter photo vient de lui rapporter ; il  lui dit avoir été obligé de l’exécuter, sommé de faire un choix: la mère ou l’enfant. et il tuera donc la mère.. Mais le reporter photo se fera tuer par le mari désespéré de sa victime. Et  la petite fille qu’il avait, croyait-il naïvement réussi à sauver finira par se suicider… Tragédie en série comme dans certaines familles abonnées à une sorte de malédiction où les morts se succèdent aux morts pendant plusieurs années de suite. Mais les morts ici évoqués ne sot pas tout à fait morts puisqu’ils continuent à parler aux vivants.
On voit souvent passer de jeunes femmes nues qui dansent quelques minutes  ou font l’amour parmi les corps des cerfs morts, tandis qu’ un des comédiens joue quelques notes sur un piano noir, et qu’un des personnages se lance dans un monologue d’autiste…  » Les lieux de la communauté, du désir et de la mort sont un seul et même lieu. Etre ensemble, aimer et mourir: tout cela imbriqué dans un même nœud inextricable qui a nom l’existence, écrit ,  dans un très beau texte à propos du spectacle, Erwin Jans ». Effectivement aux meilleurs moments,on sent- les professionnels du spectacle connaissent bien cela cette espèce de complicité mêlé parfois d’une sourde hostilité au sein d’une même troupe, les acteurs et/ et ou danseurs  qui se connaissent souvent depuis très longtemps comme dans la troupe de Tadeusz Kantor entretenant entre eux des liens fusionnels qu’une longue migration de vie de tournée a finit par créer. Si bien que le moindre-ou le plus grave événement survenu à l’un d’entre eux, agit par une sorte de contagion sentimentale sur chacun des autres. Comme au sein d’une famille dont le metteur en scène ou le chorégraphe est le chef  et le seul à pouvoir maîtriser les choses pour que la représentation ait quand même lieu dans les moins mauvaises conditions. C’est sans doute ce qu’a voulu dire aussi Jan Lauwers dans ce spectacle.  » Le théâtre en tant que media, a plus de liens avec la condition humaine, dit-il, parce qu’il est présenté par des humains pour des humains. Le théâtre de qualité fait voir des choses que la vidéo, le cinéma ou les arts plastiques ne peuvent pas offrir ».
Et La Maison des cerfs possède quelques moments de beauté fulgurante quand sont évoqués le mythe de la nature silencieuse et du refuge où rien de mauvais ne peut arriver: la maison des cerfs que l’on est quand même obligé de tuer, parce que c’est l’unique possibilité de survivre … Mais il y a en  même temps la menace permanente de la mort , le bruit et la fureur de la guerre onmiprésente, même si elle est peu visible; à la fin, il y a , référence à Rembrandt et à la tragédie grecque des Atrides:  ces cadavres allongés dont l’un saigne, le visage couvert d’un tissu blanc. Les liens familiaux et le tragique  ont toujours été les sujets favoris de Jan Lauwers depuis les débuts de la Need Company il y a déjà quelque vingt ans.
Et il y a  aussi ce personnage assez étonnant- qui peut faire penser à Cassandre-  dans ce  faux conte de fées, de Grace, la fille handicapée mentale de  Viviane, avec ses gants et son bonnet blanc. Oui, mais, malgré  quelques scènes avec Viviane De Muincke, formidable de présence, malgré la remarquable mise en scène et la solidité de chaque comédien, malgré la beauté des chants choraux et de la musique en général, la machine de la Need Company semble tourner à vide et n’a rien de passionnant. La faute à quoi?  A un récit fragmenté, où s’il y a une souvent une poésie intense mais qui se disperse et qui n’arrive pas vraiment à trouver un accord avec les images plastiques et les fragments de dialogue et de danse mélangés sans véritable unité. « 146 jours, 103 représentations et sept pays visités annonce un des comédiens au début, comme si Jan lauwers devait absolument se justifier  Ce qui parait  déjà suspect …
Quelle déception: Jan Lauwers   propose un spectacle remarquablement mis au point – là dessus rien à dire-mais sans véritable chair  et auquel on a beaucoup de  mal à adhérer. D’autant plus que ce qui pourrait constituer à la rigueur une performance d’une heure,  en dure deux, ce qui n’est absolument pas justifié!
On a souvent l’impression que ni le récit ni l’espace ne sont  en harmonie avec le temps. D’autant plus- soyons honnêtes- l’ensemble, pour rigoureux qu’il soit,  n’est quand même pas d’une grande beauté plastique…Et l’hémorragie de spectateurs commença donc  très vite  et se poursuivit sans arrêt. Quant aux applaudissements, ils furent,  disons,  bien chichement accordés, et couverts par de nombreux sifflets.
Gérard Violette , l’ancien -et remarquable- ancien directeur du Théâtre de la Ville aurait sans doute dit , comme il le faisait souvent, que c’était la faute de la presse qui n’avait pas fait son boulot. Mais là,  c’était le public qui ne semblait vraiment pas d’accord….Et celui du Théâtre de la Ville qui connaît Jan Lauwers depuis longtemps, est généreux mais du genre exigeant. Et vraiment là, il n’y a pas le compte!

 

Philippe du Vignal

Théâtre de la Ville jusqu’au 12 mai ;  puis à Vienne du 13 au 20 juin;  à Hanovre le 3 septembre; à Belgrade le 17 septembre et à New York les 5, 7, et 8 octobre.

Oncle Vania à la campagne

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Voici les prochaines dates d’un spectacle  créé il y a déjà quatre ans que nous avions beaucoup aimé et revu depuis à Villeneuve-lès-Avignon: Oncle Vania à la Campagne,  mis en scène par  le Théâtre de l’Unité et qui  doit aller maintenant sur ses 80 représentations… Pour un spectacle en plein air avec quelque vingt comédiens, ce n’est pas rien… Comme disait Hervée de Lafond,  co-auteur du spectacle avec Jacques Livchine:  » On s’est planté , c’est trop lourd et cela ne marchera jamais!
Mais on sait bien que les meilleures et les meilleurs des gens de théâtre ne sont pas de bons prophètes…

Philippe du Vignal

 

Lundi 3 et mardi 4 mai : Oncle Vania à la campagne à Bayonne (64)
Vendredi 7 et samedi 8 mai : Oncle Vania à la campagne à Gradignan (33)
Dimanche 9 mai : Gourmandisiaque à Paris Xème
Vendredi 14 et samedi 15 mai : Oncle Vania à la campagne à Vienne (38)
Vendredi 21 mai : Oncle Vania à la campagne à Saint Genis Laval(69)
Samedi 22 mai : Oncle Vania à la campagne à Saint Priest (69)
Lundi 24, mardi 25 et mercredi 26 mai : Oncle Vania à la campagne à Grasse (06)
Vendredi 28 et samedi 29 mai : Oncle Vania à la campagne à Chalette-sur-Loing (45)
Samedi 5 juin : Oncle Vania à la campagne à Saint Quentin (02)
Mardi 8 juin : Oncle Vania à la campagne à Montbéliard (25)
Vendredi 11 et samedi 12 juin : Oncle Vania à la campagne à Fos-sur-Mer (13)

 

Morphine

Morphine de Mikhaïl Boulgakov, adaptation et mise en scène de Thierry Atlan.

 Du célèbre écrivain russe ( 1981-1940), on connaît surtout son grand roman., Le Maître et Marguerite.  Médecin pendant le Révolution d’Octobre, il se tourna ensuite vers le journalisme et la littérature. Mais il garda ses distances avec le régime révolutionnaire, même si c’est   Staline qui lui procura un travail alimentaire.
Dramaturge reconnu, il écrivit notamment La Vie de Molière qui parut longtemps censuré. Très apprécié par Stanislawski, Il n’avait pas que des amis, et le moins  que l’on puisse dire, est que  Meyerhold,  Maïakowski et Taïrov, ne furent pas tendres avec lui…
Il a écrit aussi nombre de nouvelles dont Morphine qu’il écrivit dix ans après qu’il ait été envoyé- en 1917- diriger un petit hôpital de campagne loin de Moscou. Et pendant ces deux années d’isolement, il était bien placé pour se droguer facilement à la morphine. Son épouse réussit à le délivrer de son addiction.  La nouvelle relate à la fois l’ addiction à cette drogue puis sa  libération. Trois personnages: le docteur Bomgard lit le journal de Poliakov en proie à un mal-être -solitude, obsession de la mort- dont il est une sorte de double, et la jeune femme de Poliakov, l’ange protecteur qui le sauvera de la déchéance.. Le tout sur fond de révolution russe.
Oui, mais voilà, comment faire passer le climat de la nouvelle et les obsessions de Boulgakov au moment où il l’écrivit- à la fin des années vingt- sur un plateau de théâtre. Au début, il y a toute l’intimité de l’intérieur d’un pauvre médecin russe , avec son bureau, une autre table avec les médicaments et un lit en fer. Donc côté scénographie, c’estdonc plutôt bien bien vu et parfaitement crédible.
Mais la dramaturgie, la  mise en scène comme la direction d’acteurs de Thierry Atlan sont  trop conventionnelles pour que l’on s’intéresse un instant à ces personnages assez pâles… On n’échappe pas à la petite vidéo de service- en noir et blanc, comme un vieux film-pas si mal faite,  mais dont on se demande vraiment ce qu’elle vient faire là.
Thierry Atlan essaye maladroitement de rythmer le spectacle par de nombreux noirs, ce qui  n’arrange pas les choses et finit -même en une heure dix- par distiller  un ennui irréversible, d’autant plus que le scène est faiblement éclairée et que les comédiens ne semblent eux-même pas vraiment croire à ce qu’ils font.
Résultat: un spectacle sans doute propre, mais tristounet et  sans grand intérêt, même et surtout pour les amoureux de Boulgakov, et  qui ne mérite vraiment  pas le détour!

Philippe du Vignal

Théâtre du Lucernaire jusqu’au 12 juin.

La 24 ème nuit des Molières

 La 24 ème nuit des Molières à la Maison des Arts de Créteil.

  molieres.jpg  D’abord soulignons l’organisation impeccable de la soirée: navettes depuis Paris à l’aller comme au retour en pleine nuit, accueil rigoureux malgré le millier d’invités, places marqués à chaque  nom, etc…La soirée a commencé avec , petite innovation, en ouverture de la retransmission télévisée par France 2,  de Feu la mère de madame, de Feydeau, mise en scène pour la circonstance par Jean-Luc Moreau. Avec Emmanuelle Devos, Patrick Chesnais, Chrstine Murillo et Sébastien Thiéry. Cette courte pièce, un peu légère, qui repose essentiellement sur la chute avec le décor de colonnes blanches légèrement transformé de la remise des Trophées,  semblait perdue sur ce grand plateau. Et le jeu, presque intimiste et sans beaucoup de rythme, semblait davantage destiné au petit écran, puisque destinée à être retransmises dans toutes les chaumières du Cantal Nord comme du cantal Sud, sans oublier l’Aveyron et la Lozère.Bref, pas de la grande mise en scène.
  Puis la soirée , animée par l’inoxydable Michel Drucker et sa nièce Marie, commença avec quelques phrases de Line Renaud, présidente d’honneur, qui rappela,  avec l’humour et la générosité qu’on lui connaît, comment elle passa du music-hall au théâtre, la cinquantaine passée. Ovation debout immédiate de la salle toute entière.
   Puis,  ce fut la remise des trophées qui s’égrena avec, cette fois et sur un rythme un peu plus maîtrisé, tout au long de la soirée. On ne va pas vous les énumérer tous, d’autant que l’on s’y perd parfois dans les catégories forcément un peu artificielles de ces prix et cette distinction qui n’en finit pas de perdurer  entre théâtre public et théâtre privé, avec chacun leur Molière. Le commentaire en serait trop long à faire mais nous y reviendrons.
  Il y eut un formidable moment un peu inattendu: celui où Michel Galabru, Molère 2008 , est venu évoquer, avec beaucoup d’intelligence et d’humour,  Jean Anouilh décédé en 87… En revanche, rien -et c’est plus ennuyeux-sur Vitez mort il y a déjà vingt ans et sans lequel le théâtre contemporain ne serait pas celui qu’il est actuellement.
La page du
programme qui évoque celles et ceux qui nous ont quitté  cette année- dont le metteur en scène Roger Planchon, Jean-Paul Roussillon, l’émouvant  vieux Firs de la Cerisaie dont on se  disait que l’on ne le verrait plus jamais sur scène. Raymonde Temkine qui était la doyenne des critiques et qui continua à aller au théâtre jusqu’à quelques années avant sa disparition. André Benedetto, écrivain et metteur en scène avignonnais, l’un des créateurs du off.
  52860.jpgMais, sans doute une maudite faute de frappe dans le programme !!!! La grande Madeleine Marion, décédée il y a un mois,  est devenue Martine Marion, sosie de Claude François et qui passe régulièrement à la télévision. Aïe!
  En gros, chaque récompense était sans aucun doute méritée, même si,  dans chaque cas de figure, on ne voit pas bien la différence de qualité de jeu entre les quatre, cinq ou six nommés, et que la différence  de voix  a  dû être infime. Mais c’est bien que Laurent Terzieff ( photo plus haut) ait été remarqué pour L’Habilleur et Philoctète,  que la jeune Alice Belaïdi ait été distinguée, tout comme  comme Dominique Blanc; il est bien aussi qu’Alain Françon, visiblement très ému,  ait eu un prix pour sa Cerisaie, comme Joël Pommerat pour Cercles/ Fictions ( voir Le Théâtre du Blog ).
  En revanche, Guillaume Gallienne, acteur confirmé et bien connu de la Comédie-Française, Révélation théâtrale masculine pour son très remarquable solo dans  Guillaume et les garçons à table? Sans doute aurait-il mieux valu décerner le prix à  quelqu’un de moins connu comme Maxime d’Aboville ou  Alexandre Zambeaux. Pourquoi dans certains cas- vu le foisonnement des spectacles et le nombre de très bons acteurs qui les servent, ne pas dédoubler certains prix?
Mais ainsi va la vie d’une remise de trophées que ce soit dans un domaine artistique ou un autre… Forcément pas très équitable!  Michel Fagadau, directeur de la Comédie des Champs-Elysées, s’est plaint d’un manque de transparence quant à l’attribution des prix qui selon lui, n’est pas régie par des règles tout à fait exemplaires, du fait du trop faible nombre de membres du jury qui aient vu un spectacle . Sans doute n’a-t-il pas entièrement tort quand il dénonce cet état des choses.
Mais comment établir une juste répartition quand il y a tellement de productions chaque année. Irène Ajer, la Présidente  a déjà pas mal fait progresser ce qui est devenu, en un quart de siècle, une institution qui reste , malgré toutes les critiques, un formidable soutien de l’Etat et de la profession  toutes catégories confondues,  au théâtre, et au théâtre bien vivant, celui qui se fait parfois difficilement, et pas toujours dans les institutions reconnues…
Le Molière du Théâtre Public, ainsi  que celui du Créateur costumes, a été attribué aux Naufragés du Fol espoir, spectacle du Théâtre du Soleil, ( et sur lequel nos avions émis beaucoup de réserves)- en l’absence d’Ariane Mnouchkine, les dieux pourquoi mais quelques uns des comédiens étaient là.
Par ailleurs, Nicolas Bouchaud , comédiens, a dénoncé, avec juste raison, la mise à mal des droits sociaux dans la profession du spectacle, en partie à cause de la réforme des collectivités territoriales et de la suppression de la taxe professionnelle. Sa prise de parole intelligente et précise fut l’objet de nombreux applaudissements mais n’eut pas l’heur de plaire à Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture  qui n’apprécia pas du tout ce rappel aux réalités. Monsieur le ministre,  visiblement furieux, se leva , demanda un micro et dit qu’il ne pouvait pas être d’accord avec ce qui venait d’être dit et que les portes de son bureau étaient toujours ouvertes, puis se rassit parmi les huées. Celui qu’on entend assez peu d’habitude, avait perdu  ici une belle occasion de se taire, et sa petite leçon de morale a été ressentie comme une claque par les comédiens et metteurs en scène présents.

   Les portes d’un ministre toujours ouvertes? On peut se permettre d’en douter; de toute façon, l’on vous tiendra au courant. Bilan de cette remise des trophées: c’est bien que la cérémonie ait quitté le centre de Paris pour Créteil, même si l’on a l’impression, à part la présence significative du député-maire, que cela se soit passé en dehors de la population locale…
   C’est bien aussi que la soirée ait été plus brève, et globalement, un peu moins compassée que les années précédentes-on aurait très bien pu se passer de ce  Feydeau conventionnel  qui  donnait une image assez vieillotte du théâtre- même si la pièce était jouée en costumes contemporains . Rappelons que l’auteur est mort il y a presque cent ans…
  Et quitte à décentraliser les choses, pourquoi ne pas organiser la cérémonie dans une grande ville ,capitale de région? Ce serait rappeler que le théâtre existe aussi ailleurs qu’à Paris, avec des créateurs et des comédiens remarquables…Enfin, c’est déjà un premier pas, le prix du  Spectacle Jeune Public a été remis à Villeneuve-les-Magulonne à Oh! Boy mise en scène d’Olivier Letellier. Donc affaire à suivre….

 

Philippe du Vignal

3 Little affaires


3 Little affaires
: Nous y voilà de Dorothy Parker, Tout ce que tu voudras de Cathy Celesia, L’homme qui ne savait pas danser de Jason Katims.

affaires.jpgCes trois courtes pièces sont montées en épisodes: c’est à dire que chaque texte est interrompu pour faire place au suivant, et pour reprendre ensuite… Ce qui,  sur le plan dramaturgique, est loin d’être évident! .
C’est d’abord l’évocation d’un  voyage de noces en train d’un jeune couple  dans les  années 30,  pas très à l’aise dans cette nouvelle intimité, et qui, très vite se met à se disputer; le texte a été écrit par une des scénaristes d’Alfred Hitchcock qui fut aussi poète et journaliste, et qui mourut dans l’oubli en 67. Le  dialogue est acide mais la tendresse affleure parfois;  il faut être honnête: c’est sans grand génie.
La seconde petite pièce est de  Cathy Celesia, dramaturge américaine qui met en scène  les retrouvailles de deux jeunes femmes pour un déjeuner,  où Lynette avoue à Rachel qu’elle a vraiment besoin d’une aventure extraconjugale;  Rachel joue les effarouchées jusqu’à avouer à son amie qu’elle est amoureuse d’elle… Là aussi,  ce gentil bavardage un peu  léger  ne semble avoir été écrite que pour la chute.
Quant à L’Homme qui ne savait pas danser, c’est l’histoire d’ une jeune femme qui  présente son bébé qui dort dans sa chambre,  à  Eric,  son ex-amant venu dîner,  qui  lui explique les raisons pour lesquelles il l’a quittée. Jason Katims travaille beaucoup comme scénariste  pour des séries télé. Et c’est sans doute la mieux ficelée de ces trois piécettes: il y a même une scène émouvante entre les deux jeunes gens , et très  bien jouée par  la comédienne américaine Kristina Sherwood.
Mais  comme  l’ensemble- déjà pas fabuleux- n’est pas vraiment mis en scène par ce collectif , que  la direction  est des plus flottantes, et que les textes sont   interprétés à la louche,  on n’arrive guère à se passionner pour ces trois petites histoires de couple…
Alors à voir? Non pas vraiment, c’est un peu  léger pour cette soirée d’une heure dix , même si l’endroit est  agréable. Question sans réponse: pourquoi y avait-il , dans les quelque quarante  spectateurs,  seulement sept hommes?  

 

Philippe du Vignal

 

La Folie Théâtre, 6 rue de la Folie Méricourt, jeudi, vendredi, samedi à 20 h 30 et dimanche à 16 h 30. T: 01-43-55-14-80

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