Roberto Zucco
Roberto Zucco de Bernard-Marie Koltès mise en scène de Pauline Bureau.
C’est la dernière pièce de l’écrivain décédé des suites du sida en 88 ; il y évoque la figure de ce très jeune tueur en série italien qui défraya la chronique quand il exécuta d’abord son père et sa mère, puis deux policiers dont un à Chambéry puis un autre à Toulon, avant de s’asphyxier dans sa cellule avec une bouteille de gaz qu’il avait ouverte dans un sac en plastique.
Koltès s’est emparé de ce fait divers hors norme pour essayer de dire l’indicible. Des meurtres sanglants dont celui d’un enfant, une très jeune fille violée, sa soeur envoyée sans ménagements faire la pute. Mieux valait en effet ne pas croiser le chemin de cet être profondément meurtri lui-même et aux irrésistibles instincts de mort et de destruction. La pièce donc inspirée par cette tragédie fut créée à la Schaubühne de Berlin en 90 puis créée en France par Bruno Boëglin au T.N.P. de Villeurbanne, avec notamment Judith Henry, Myriam Boyer, Hélène Surgère;. Et Cédric Kahn réalisa un film: Roberto Succo du nom véritable du meurtrier (2001) d’après le livre de Pascale Froment.
Que peut nous dire Roberto Zucco aujourd’hui, vingt ans après la création, de la pièce très souvent montée en France comme à l’étranger? Pour Pauline Bureau, c’est, dit-elle, l’envie de voir sur un plateau « nos images sombres et nos fantasmes inavouables. Nos désirs noirs et les forces complexes qui s’emmêlent en nous. Comment la douceur et la violence , l’amour et la destruction, la vie et la mort peuvent exister ensemble. Parce que l’un ne va pas sans l’autre. Et que d’interroger ça m’aide à l’accepter ».
En fait, Koltès n’entre pas dans une démonstration psychologique du personnage qui était d’abord un grand malade et il préfère évoquer en quinze tableaux cette descente aux enfers et ce passage à l’acte de ce jeune homme qui commença sa carrière de tueur à 19 ans seulement… Pauline Bureau s’est enfin débarrassée des facilités et autres vulgarités qui encombraient souvent ses réalisations précédentes, et il y a une rigueur remarquable dans ce travail. Elle sait diriger avec beaucoup de maîtrise une équipe de treize comédiens, même si la distribution est très inégale- et c’est un euphémisme!
Grâce à une scénographie intelligente d’Emmanuelle Roy, aux lumières de Jean-Luc Chanonat, et aux costumes d’Alice Touvet, elle réussit bien aux meilleurs moments à créer le climat glauque des lieux: rue déserte, bordel… appartement sinistre où évolue le jeune tueur.
Mais Benoîte Bureau, soeur et dramaturge de la metteuse en scène a raison de dire que le spectateur n’a pas accès à l’intériorité du personnage, ce qui donne effectivement un côté assez sec au texte, loin de toute émotion, qui est loin d’ être un chef-d’oeuvre, et ces quinze tableaux déclinés sur deux heures sont longuets surtout vers la fin, où Pauline Bureau maîtrise moins bien les choses et peine à donner le rythme nécessaire à cette pièce sans doute surévaluée et qui a profité du mythe de ce jeune tueur en série.
Ce qui manque dans ce travail, c’est sans doute une interprétation plus convaincante et un peu plus d’audace dans la mise en scène ,pour que l’on puisse se laisse entraîner dans l’errance et le désespoir de ce jeune homme. Pour » la tragédie moderne d’un écrivain mourant » , telle que la voit Benoîte Bureau, désolé, mais il faudra repasser!
Alors à voir? Si vous voulez découvrir la pièce de Koltès, peut-être, et il l y a de vrais beaux moments – plus picturaux d’ailleurs que véritablement dramatiques – et un sens de la mise en place indéniable chez la jeune metteuse en scène. Mais on aimerait bien que Pauline Bureau nous emmène dans des choix de textes un peu plus originaux…
Philippe du Vignal
Théâtre de la Tempête, Cartoucherie de Vincennes jusqu’au 6 juin . T: 01-43-28-36-36

De la série de la célèbre pièce d’Ibsen créée en 1879 , et beaucoup jouée cette saison notamment par Braunschweig et par Martinelli , cette mise en scène est la dernière à Paris, mais elle avait été créée au Moulin du Roc-Scène nationale de Niort. On ne va pas vous résumer encore une fois le scénario bien connu de tous. C’est la veille de Noël : tout le monde est heureux, Nora s’émerveille de la vie et de sa chance d’avoir trois beaux enfants, Torvald, son mari va occuper bientôt la très haute fonction de directeur de banque, et Rank, le médecin et leur meilleur ami, malade est joyeux, même s’il attend le résultat d’analyses. Il y a bien l’arrivée de Kristine, une ancienne amie de Nora , veuve et pauvre, venue lui demander de l’aide et que Torvald va aussitôt embaucher, après avoir viré Korstad, personnage des plus ambigus, qui a eu des ennuis judiciaires mais va essayer de faire chanter Nora- elle a autrefois fait un faux – pour récupérer son poste à la banque…

D’abord soulignons l’organisation impeccable de la soirée: navettes depuis Paris à l’aller comme au retour en pleine nuit, accueil rigoureux malgré le millier d’invités, places marqués à chaque nom, etc…La soirée a commencé avec , petite innovation, en ouverture de la retransmission télévisée par France 2, de Feu la mère de madame, de Feydeau, mise en scène pour la circonstance par Jean-Luc Moreau. Avec Emmanuelle Devos, Patrick Chesnais, Chrstine Murillo et Sébastien Thiéry. Cette courte pièce, un peu légère, qui repose essentiellement sur la chute avec le décor de colonnes blanches légèrement transformé de la remise des Trophées, semblait perdue sur ce grand plateau. Et le jeu, presque intimiste et sans beaucoup de rythme, semblait davantage destiné au petit écran, puisque destinée à être retransmises dans toutes les chaumières du Cantal Nord comme du cantal Sud, sans oublier l’Aveyron et la Lozère.Bref, pas de la grande mise en scène.
Mais, sans doute une maudite faute de frappe dans le programme !!!! La grande Madeleine Marion, décédée il y a un mois, est devenue Martine Marion, sosie de Claude François et qui passe régulièrement à la télévision. Aïe!
Ces trois courtes pièces sont montées en épisodes: c’est à dire que chaque texte est interrompu pour faire place au suivant, et pour reprendre ensuite… Ce qui, sur le plan dramaturgique, est loin d’être évident! .

