Sous les visages
Sous les visages , scénario, dramaturgie et textes de Julie Bérès, Elsa Dourdet, Nicolas Richard, David Wahl, mise en scène de Julie Bérès.
Julie Bérès, on la connaît depuis presque dix ans quand elle avait créé Poudre son premier spectacle où l’on sentait déjà l’influence de la peinture, du grand Tadeusz Kantor et, disons pour faire vite, de ce que l’on appelle le théâtre d’images: Wilson, Foreman, Monk.
C’est dire que le texte chez Julie Bérès n’est pas l’essentiel, et qu’il n’y a pas véritablement d’histoire , puisque le sens naît davantage de ce collage d’images visuelles qui se fondent, se déplacent pour revenir parfois, avec l’aide d’une bande musicale et sonore extrêmement élaborée ( ici signée David Segalen et Frédéric Gastard). Sous les visages, qui a déjà beaucoup tourné en région, n’avait pas eu jusque là le bonheur d’arriver jusqu’à Paris.
Il y a bien un personnage au centre du spectacle, construit, dit la metteuse en scène, à partir d’entretiens avec des médecins gérontologues et des pensionnaires de maisons de retraite. Ce matériau a servi à imaginer l’histoire d’ une jeune femme victime d’un licenciement mais il n’y a pas de véritable scénario: c’est à prendre ou à laisser; ce sont plutôt des collages d’images à tendance surréaliste qui se succèdent pendant soixante dix minutes,mais l’ on peut entendre des bribes de phrase bateau ou absurdes du genre: » les conditions de travail dans votre entreprise », » tu as accepté l’évaluation des performances », » le dévouement et le sacrifice des hommes », la mollesse qui te tiendra chaud quand tu seras seule », « retrouvons nous à 18 heures autour du buffet de spécialités de la région préparées par Martine. »..
Il y a sept comédiens, tous absolument remarquables à animer ces images: l’on voit ainsi une jeune femme arroser au pulvérisateur des bras, des pieds, voire un cul qui grandissent rapidement de terre, un banquet où une nappe , où est déjà installé le couvert, se déroule d’une grosse malle: les invités profèrent- pas toujours très bien- des phrases très mondaines du genre: « alors la Roumanie, racontez-nous la Roumanie », pendant que des floppées de terreau tombent des cintres sur les invités et le maîtres d’hôtel qui restent tous imperturbables,( mais l’image a déjà beaucoup servi!), un cercueil d’où sort un homme, puis une femme: image qui rappelle celle des ressuscités du jugement dernier sur le tympan de la cathédrale de Conques.
Il y a aussi l’apparition soudaine par deux fois d’un gros nounours, ou ce très beau duo chorégraphié à l’horizontale. C’est parfois aussi odieux que burlesque et Julie Bérès sait très bien manier un certain cynisme dans le rapport qu’elle crée entre ces bribes de phrase et les images qui apparaissent ainsi comme dans un mauvais rêve.
La mise en scène est d’une rigueur et d’une précision irréprochable, comme chez Bob Wilson, ou Philippe Genty, et le plus souvent d’une belle imagination plastique; il y a nombre de références à la peinture surréaliste comme à la sculpture romane, ce qui ne nuit pas au propos de Julie Bérès, bien au contraire. La fin du spectacle avec ces planches du praticable incliné que les personnages soulèvent, est plus conventionnelle et souvent vue mais bon…
Le spectacle possède d’ indéniables qualités scéniques et sonores, malgré une dramaturgie que Julie Bérès voudrait « poétique et sensible » mais qui montre très vite ses limites. On a un peu de mal à trouver dans Sous les Visages une ligne directrice qui s’impose vraiment.
Alors à voir? Oui, si vous voulez découvrir une créatrice qui a su développer un imaginaire et, encore une fois, cousu main- ce qui n’est pas si fréquent et qui donne une grande qualité aux images proposées … Mais il serait sans doute bien que Julie Bérès explore maintenant d’autres voies sinon elle courra vite le risque de se répéter .
Philippe du Vignal
Théâtre des Abbesses jusqu’au 5 juin.



Mehmet Ulusoy était né en Turquie en 1942, et après avoir été stagiaire chez Roger Planchon à Villeurbanne, puis au fameux Berliner Ensemble dans les années 60, il avait suivi les cours de Bernard Dort à l’Institut d’Etudes Théâtrales de Paris III . Après encore un détour comme stagiaire chez Giorgio Strehler au Piccolo Teatro de Milan, il était reparti pour Istanbul où il fonda plusieurs groupes de théâtre militant. Notamment pour répondre à la menace de destruction d’un quartier d’Istanbul. C’était en 70 à une époque où cela ne devait pas être si simple de jouer dans la rue…
Rosa Luxembourg fut une brillante théoricienne marxiste et socilaiste allemande. Née en Pologne en 1870, elle fonda la Révolution spartakiste et écrivit plusieurs livres consacrés à la Révolution russe qu’elle considérait comme l’événement le plus considérable de la première guerre mondiale. Elle prit parti pour l’action de Trostsky et critiqua Lénine en qui elle voyait l’organisation d’une dictature, alors que pour elle, la Révolution devait devait absolument être l’oeuvre des masses populaires. Mais en 1919, l’insurrection spartakiste qu’elle mit en place se solda par un échec; elle fut emprisonnée, puis assassinée avec son ami Karl Liebknetch et son corps jeté dans un canal.
Gerald Châtelain a eu la bonne idée de faire venir Les Grooms au Théâtre des Sources à Fontenay-aux-Roses. Quelques dizaines de tables dans la grande salle, où le public peut boire un coup: pour la première fois depuis sa création au Festival de Châlon, les Grooms ont choisi de présenter leur spectacle dans une salle, et non plus à l’extérieur.

C’est la dernière pièce de l’écrivain décédé des suites du sida en 88 ; il y évoque la figure de ce très jeune tueur en série italien qui défraya la chronique quand il exécuta d’abord son père et sa mère, puis deux policiers dont un à Chambéry puis un autre à Toulon, avant de s’asphyxier dans sa cellule avec une bouteille de gaz qu’il avait ouverte dans un sac en plastique.
Mais Benoîte Bureau, soeur et dramaturge de la metteuse en scène a raison de dire que le spectateur n’a pas accès à l’intériorité du personnage, ce qui donne effectivement un côté assez sec au texte, loin de toute émotion, qui est loin d’ être un chef-d’oeuvre, et ces quinze tableaux déclinés sur deux heures sont longuets surtout vers la fin, où Pauline Bureau maîtrise moins bien les choses et peine à donner le rythme nécessaire à cette pièce sans doute surévaluée et qui a profité du mythe de ce jeune tueur en série.
De la série de la célèbre pièce d’Ibsen créée en 1879 , et beaucoup jouée cette saison notamment par Braunschweig et par Martinelli , cette mise en scène est la dernière à Paris, mais elle avait été créée au Moulin du Roc-Scène nationale de Niort. On ne va pas vous résumer encore une fois le scénario bien connu de tous. C’est la veille de Noël : tout le monde est heureux, Nora s’émerveille de la vie et de sa chance d’avoir trois beaux enfants, Torvald, son mari va occuper bientôt la très haute fonction de directeur de banque, et Rank, le médecin et leur meilleur ami, malade est joyeux, même s’il attend le résultat d’analyses. Il y a bien l’arrivée de Kristine, une ancienne amie de Nora , veuve et pauvre, venue lui demander de l’aide et que Torvald va aussitôt embaucher, après avoir viré Korstad, personnage des plus ambigus, qui a eu des ennuis judiciaires mais va essayer de faire chanter Nora- elle a autrefois fait un faux – pour récupérer son poste à la banque…