Fabrice Di Falco, une voix lyrique au-delà des mers, un film de de Julien Faustino

 

Fabrice Di Falco, une voix lyrique au-delà des mers, textes de Margaux Eskenazi et Fabrice Di Falco,  un film de Julien Faustino

Ce grand contre-ténor est d’origine italienne par son père et martiniquaise par sa mère. Le mariage du Vésuve et de la Montagne Pelée, comme il le dit avec humour! A dix-sept ans, il rencontra Barbara Hendrix de passage en Martinique pour un concert. Elle l’auditionna et lui conseilla d’entrer dans un conservatoire. Il débarqua ainsi trois ans plus tard en métropole, le commencement d’une belle aventure: « Une révélation, dit-il, je pensais que les Noirs ne chantaient que du Zouk ou du Ragga mais j’ai réalisé qu’ils pouvaient aussi chanter l’opéra ».

Il remportera en 1999 à l’unanimité du jury, le premier prix de chant du Conservatoire national de Boulogne-Billancourt. À sa sortie, il interprète Cupidon dans deux opéras de Haendel, Sémélé et Sextus dans Jules César. Puis Néron dans Le Couronnement de Poppée de Monteverdi qui le lança en 2001. Et depuis, il a fait une carrière dans le monde entier… Mais il chante aussi La Métamorphose d’après Kafka ou Les Nègres d’après Jean Genet du compositeur contemporain Michael Lévinas et a rendu aussi hommage à Aimé Césaire au Forum d’Avignon de 2012, avec un slam-opéra. Il a aussi chanté en solo au Théâtre du Gymnase, Farinelli et Michael Jackson. Puis  en 2014, il interprète Quai Ouest de Régis Campo, à l’Opéra National du Rhin.  Et des chansons avec le chanteur Raphaël pour son disque Anticyclone ou est aussi sur scène avec le saxophoniste jazz-rock électro Guillaume Perret…

Ici  Fabrice Di Falco parle de l’opéra, de la musique classique mais aussi bien entendu  la traditionnelle biguine à Saint-Pierre en Martinique. C’est une sorte de promenade dans la ville et les ruines du théâtre qui, à la suite d’un cyclone, avait été reconstruit,  puis anéanti le 8 mai 1902 quand le volcan de la Montagne Pelée se réveilla. Le premier  avait été dessiné -selon la légende- sur le modèle de l’opéra de Bordeaux mais de dimensions plus réduites. C’était l’orgueil des Pierrotins  et il  offrit des représentations dès 1779! « Il y avait une vie culturelle extraordinaire à Saint-Pierre, dit Fabrice Di Falco.  Dans Bigin the Biguine que j’ai créé il y a deux ans au cabaret Le bal Blomet à Paris, je parlais déjà de cette vie culturelle très métissée, du public martiniquais qui aimait aussi bien la biguine que l’opéra. » 

Après avoir vu le spectacle, les responsables d’Axe Sud et Greg Germain, le directeur de la  Chapelle du Verbe Incarné à Avignon avec Marie-Pierre Bousquet qui est aussi productrice de cinéma, ont eu l’idée d’en faire un film. Pas ou si peu d’exotisme aux images parfois un peu complaisantes et au texte souvent emphatique. Pourquoi aussi cette manie des gros plans et des images faites par drone. Mais comme il a une impeccable diction et qu’il est bon conteur, il sait nous parler avec amour de son Saint-Pierre et il interprète à merveille les grands airs d’opéra, Haendel,Purcell, Pergolèse, Vivaldi et Bach, parfois revisités par le swing, la pop, le tango et la mazurka martiniquaise. Accompagné par le Di Falco quartet (batterie,  piano, contrebasse et flûte martiniquaise) qu’il a créé. Mais il y aussi des airs de biguine, de jazz  et des  chansons.

Fabrice Di Falco  s’adresse  à des personnages disparus ou contemporains. Notamment à M. Saint-Val, créateur de l’opéra de Saint-Pierre, au chevalier de Saint-George (1745, 1799), escrimeur, violoniste, compositeur et chef d’orchestre. Ce Guadeloupén  participa à la révolution française  et à l’émancipation des esclaves. Et à Christiane Eda Pierre, la grande soprano native de Fort-de-France comme à ceux qui ont compté pour lui: sa mère,  des  gens de sa famille vivants et morts qu’il a aimés. Et il retrace avec émotion l’histoire du Grand-théâtre de Saint-Pierre en Martinique rasé par l’éruption de 1902…  une tragédie qui, plus d’un siècle après, le bouleverse quand il chante dans les ruines de ce lieu dont on devine encore le plan de la salle et de la scène. Le plus beau moment du film.

Il évoque aussi à la nouvelle génération de chanteurs lyriques qu’il faut aider et accompagner. Fabrice di Falco entend  aider les jeunes contre-ténors qu’il a repérés et pour qui il représente un modèle. Il finance donc lui-même chaque année des concours qui après une première sélection insulaire, les trente demi-finalistes, concourent dans leurs régions respectives,  puis bénéficient de master-classes à Paris prodiguées par Fabrice di Falco et son équipe qui  organiser des concerts pour attirer le public mais aussi des professionnels. Les deux lauréats recevront une formation gratuite pour préparer leur entrée dans un Conservatoire, puisqu’il n’en existe ni en Guyane, ni en Martinique, ni en Guadeloupe!
Ne ratez pas Fabrice Di Falco, une voix lyrique au-delà des mers. Le film tourné à la fois en partie à Paris mais surtout en Martinique, permet, malgré ses défauts, d’écouter ce chanteur lyrique exceptionnel chez lui à Saint-Pierre mais aussi d’avoir une première approche de l’histoire  musicale de cette île française. Il sera aussi cette année au festival d’Avignon.*

 Philippe du Vignal

Le film, coproduit par Axe Sud Production et France Ô. sera diffusé dans le cadre de la semaine Cœur Outre-mer de France-Télévisions, sur France Ô, dans l’émission Multiscénik, le jeudi 27 juin  à 23h 25.

 *Chantez et dansez ! #1 de l’opéra à la biguine de Fabrice di Falco et Julien Leleu, mise en scène et chorégraphie de Fabrice di Falco et Margaux Eskenazi, avec Fabrice di Falco (chant lyrique), Jonathan Goyvaertz (piano), Julien Leleu (contrebasse), Aurélien Pasquet (batterie) se jouera à la Chapelle du Verbe Incarné  à Avignon du 6 au 10 juillet.

Les Sauvages
CD chez Sony Classical.

 


Archive de l'auteur

Retour et Le Père de l’Enfant de la Mère, de Fredrick Brattberg, mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia

Retour et Le Père de l’Enfant de la Mère de Fredrick Brattberg, mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia

©pascal victor

©pascal victor

Ce jeune auteur et compositeur norvégien a obtenu le prix Ibsen pour Retour. Et son écriture fait souvent penser à une longue phrase musicale écrite en boucle pour exorciser la longue obsession qu’il semble avoir des relations entre enfants et parents. Ici, avec Retour sur le thème d’un amour filial avec des contradictions insolubles: attention et colère chez la mère, inquiétude et bienveillance du père… L’auteur met à nu avec précision mais comme en filigrane et cela dans ces deux pièces, les rapports de force entre les parents. Bref, les amoureux d’autrefois ont changé. Pourquoi ont-ils voulu cet enfant ? Pourquoi  la mère sans doute lasse, sombre-t-elle si souvent dans une colère froide? Pourquoi le père est-il si renfermé?
 
Dans Retours, cela se passe en Norvège dans un milieu bourgeois. Cuisine avec table et trois chaises en stratifié des années cinquante et salon figuré par un gros canapé et une plante verte. Il y a eu récemment une violente tempête de neige et on voit un père et une mère désespérés. On apprend vite qu’ils n’ont jamais revu leur fils, Gustav. En promenade sur une barque, il a disparu un soir et n’a plus donné de ses nouvelles à ses parents ou amis. Et personne ne l’a même aperçu. Sans doute est-il mort ou malade quelque part. Mais un jour,  au moment du dîner, on  sonne à la porte: l’adolescent est là, en parka sale et en  piteux état. Incapable d’expliquer les raisons de son absence. Et exigeant, voire odieux et agressif dès les premiers mots : «Pourquoi vous n’avez pas mis de couvert pour moi ? »

Mais les parents, ravis qu’il soit revenu, sont aux petits soins pour lui.  Trop sans doute: ce qui exaspère cet ado rongé par une sourde colère. Envers ses parents, la société  et lui-même ? Un peu de tout cela… Et sans cause apparente, il ne tardera pas à les quitter une nouvelle fois. Quelques jours plus tard, Gustav arrivera  cette fois blessé et presque mourant mais ressurgira comme par miracle. La mère ne montre de façon très curieuse aucun empressement à appeler le SAMU! Il s’enfuira puis reviendra, disparaîtra une nouvelle fois, etc. Ses parents à chaque retour, n’en peuvent plus mais se sentent incapables de réagir correctement. Elever et éduquer un enfant avec amour et tendresse, mission impossible? Comment faire pour éviter la lassitude et une sorte de perversité à la limite du sadisme que l’on sent poindre chez la mère? Et la colère chez un père qui regrette d’avoir conçu un bébé devenu un aussi insupportable ado? Comme le disait cyniquement le bon docteur Freud à une jeune maman qui lui demandait des conseils: “De toute façon, madame, cela sera raté !”

 Frederik Brattberg nous le démontre en cinquante-cinq minutes. C’est souvent brillant et drôle, parfois longuet quand il répète la même scène jusqu’à plus soif. Le système dramaturgique n’est pas neuf (voir Eugène Ionesco, etc.) et même s’il y a de bons moments, entre autres quand le fils débarque la première et la seconde fois  mais on se lasse assez vite. Heureusement, il y a Camille Chamoux, crédible dès sa première entrée sur le plateau. Excellente en mère abusive, mais aussi attachante quand elle est au bout du désespoir. La comédienne, que l’on connaît depuis longtemps, a une riche palette et  joue aussi à merveille les épouses crispantes. Et Jean-Charles Clichet en mari las et désabusé est aussi parfait, même s’il a moins de grain à moudre côté texte. Comme Dimitri Doré, tout à fait crédible et concentré dans un rôle mineur, mais pas facile à tenir.

Puis on nous soumet à un changement de ce décor très construit pendant de trop longues minutes et sans véritable nécessité dramaturgique… Mais de toute façon, on ne comprend pas non plus la nécessité d’avoir mis en scène cette seconde pièce, pas très passionnante, sinon pour compléter la soirée. On a maintenant affaire à un intérieur figuré par une table quelques chaises et de grands châssis ourlés de lumière douce. Comprenne qui pourra. Frederik Brattberg nous parle encore famille: un jeune couple a des rapports  très ambivalents  avec leur bébé dont chacun des époux voudrait conquérir et monopoliser l’amour. Et Frédéric Bélier-Garcia est ici beaucoup moins à l’aise  pour mettre en scène cette répétition du même texte avec quelques variantes; cela tourne au procédé et n’a rien de très convaincant… Notamment quand sept ou huit fois, la jeune femme revient du marché avec son vélo chargé de provisions et demande à son mari de l’aider à monter l’escalier. On commence alors  à regarder sa montre, alors que s’est juste écoulée une trentaine de minutes…

Là encore Camille Chamoux fait des miracles comme Jean-Charles Clichet, en réussissant à interpréter correctement ces dialogues faiblards et assez conventionnels. On se demande avec effroi ce qui se passerait s’ils n’étaient pas là! Dimitré Doré lui, habillé de noir, manipule avec un certain savoir-faire, une marionnette grandeur nature d’une petite fille de deux ans dont il imite à la perfection les pleurs et gémissements.
Mais on comprend mal le choix du metteur en scène. Cette piécette sur le thème des rapports conflictuels dans ce jeune couple  fait long feu… Un long sketch d’une vingtaine de minutes aurait largement suffi pour nous démontrer que le modèle de la cellule familiale est en faillite. Plus qu’avant? En tout cas, il n’était pas besoin d’en mettre une seconde couche et la soirée est longuette, même si, encore une fois, les acteurs sont  exemplaires. Autrement dit : le compte n’y est pas tout à fait et on sort de là déçu. Maintenant, si le cœur vous en dit, allez découvrir ce nouvel aspect du théâtre norvégien. Au moins là, on sourit parfois…

 Philippe du Vignal

Jusqu’au 30 juin, Théâtre du Rond-Point, 1 avenue Franklin Roosevelt, Paris (VIII ème).

 

Entretien avec Hassane Kassi Kouyaté

 

Les Francophonies-Des écritures à la scène : deux Festivals  annuels…

 

Entretien avec Hassane Kassi Kouaté

© Brigitte AZZOPARD

© Brigitte AZZOPARD

 Le nouveau directeur de ce festival francophone, unique en France,  a été nommé en janvier dernier. Il a fait évoluer le nom de cette manifestation et son calendrier, afin de l’inscrire plus clairement dans le paysage culturel hexagonal. Depuis l’annonce, en septembre dernier par le Ministère de la Culture, de la création de «pôles francophones» (voir Le Théâtre du blog). Désormais, il y aura  deux festivals sur onze jours consacrés pour Les Zébrures du printemps en mars, aux écritures et à ses auteurs, et pour Les Zébrures d’automne fin septembre-début octobre,  au spectacle, aux arts visuels et à leurs artistes.

 Ce changement de nom n’indique pas une rupture : «Être à Limoges me permet de poursuivre ce projet essentiel et de rendre hommage à ceux qui l’ont mené : Pierre Debauche, Monique Blin, Patrick Le Mauff et Marie-Agnès Sevestre. «Comment parler du monde autrement, par d’autres fenêtres, sous d’autres angles »,  C’est, pour Hassane Kassi Kouaté, l’enjeu principal.  
Il lui  fallait se positionner : «Depuis un an, beaucoup de choses ont changé l’intérêt déclaré du Président de la République pour la Francophonie. Avec la  fermeture du Tarmac et la création par le  Ministère de la Culture de trois pôles francophones.» À cette différence près! A côté des Francophonies de Limoges et de la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon, le pôle parisien n’est plus, comme prévu, Théâtre Ouvert qui.  migrera vers l’ex-Tarmac à la Villette. Et la Cité internationale des Arts à Paris dirigée depuis 2015 par Bénédicte Alliot, doit prendre le relai. Actuellement,  cette Cité se définit surtout comme un lieu «de résidence et de recherche» (1.200 séjours par an). Y  sont aussi organisés quelques expositions et des événements de toutes les disciplines liés aux activités des artistes qui y habitent. Le rôle de l’O.N.D.A. qui devait s’impliquer comme facilitateur entre ces trois entités restant à définir…

Visuel-Franco-Zebrures - copie Dans ce contexte mouvant, Hassane Kassi Kouyaté doit arriver à tenir le cap et  à«rendre visible tout le processus de création : depuis le travail de recherche et de découverte des écritures émergentes jusqu’à la scène.»  Et il a  envie de donner plus d’importance à la Maison des auteurs dont l’activité restait un peu trop confidentielle :  «Qui va faire aujourd’hui sortir les Hakim Bah, les Aristide Tarnagda… sinon nous ? C’est sur ce créneau que je veux rester.» Les autrices, trop peu nombreuses, sont une priorité et seront accompagnées par des parrains et marraines dans leur pays et pourront faire plusieurs séjours à Limoges.

 Les Zébrures de printemps proposeront pendant dix jours, des mises en lecture de textes (une quinzaine dont ceux issus des résidences). Si possible, en avant-première d’une future création à l’automne. Et des stages autour des écritures mais aussi des colloques… Et pour représenter les écritures de créateurs du monde entier liés à la francophonie, il y aura un focus par an. En 2020, l’Afrique. En 2021, le Moyen-Orient:Iran, Irak, Liban, Syrie et l’Asie : Viet Nam, Inde, Chine, Japon…

Les Zébrures d’automne présenteront idéalement des créations ou des premières représentations en France. Outre les partenaires et les salles habituels, le festival s’égayera dans les bars de Limoges, avec un programme d’apéros-spectacles : Un instrument, une voix. Il y aura aussi  des projections de documentaires en lien avec la création de la francophonie. L’espace public accueillera les arts de la rue et la fédération des commerçants et la Bibliothèque francophone sont d’accord pour s’ouvrir à La Nuit francophone, fête de clôture du Festival d’automne.

Enfin, Les Zébrures d’Automne vont investir la  caserne Marceau, un vaste bâtiment acquis par la ville de Limoges. Tout s’y délocalisera, y compris les bureaux et la librairie. S’y dérouleront concerts, rencontres, projections et certains spectacles et un restaurant sera accessible au public comme aux artistes. Dans la vaste cour,  il y aura un chapiteau de quatre-cent cinquante m2. Du cirque est prévu, et dans les prochaines années, un partenariat avec le festival Sirque de Nexon (Haute-Vienne). Cela permettra de  mettra en valeur des artistes venus d’Afrique où le nouveau cirque reste à développer. Même s’il est déjà présent dans quelques festivals  comme à Abidjan ou au Burkina Faso…

 Les Francophonies – Des écritures à la scène vont continuer à rayonner, au printemps et à l’automne, au-delà de Limoges, chez les partenaires déjà existants comme les villes de Bellac, Saint-Junien, Uzerche et dans la grande Région de Nouvelle Aquitaine, jusqu’à Bordeaux et à la Maison Maria Casarès en Charente (voir Le Théâtre du Blog)…  Beaucoup de projets restent à construire et la recherche de nouveaux publics se poursuit, en diversifiant les lieux de représentation. Et il y aura aussi des actions dans les lycées, en particulier avec le prix Sony Labou Tansi qui rassemble de plus en plus d’établissements scolaires.

Mais Hassane Kassi Kouyate n’oublie pas sa casquette de metteur en scène et prépare pour 2021, Congo, une histoire de David Grégoire Van Reybrouck, écrivain belge d’expression néerlandaise. Mohamed Kacimi s’est, lui, attelé à l’adaptation de cette vaste fresque de six cents pages pour huit comédiens et trois musiciennes…

« Être curieux de l’autre est un gage d’enrichissement » :  Hassane Kassi Kouyaté  retrouve Limoges où il est venu à ses débuts d’artiste, pour nous faire partager ces richesses, découvertes aux quatre coins de la planète francophone. Nous pourrons revoir avec plaisir Jours tranquille à Jérusalem de Mohamed Kacimi assister à trois créations : Le Pire n’est pas toujours certain, de Catherine Boscowitz,  Cœur minéral de Matin Bellemare, mise en scène par Jérôme Richer, Pourvu qu’il pleuve, de Sonia Ristic mise en scène d’Astrid Mercier, suivre un stage de marionnettes à gaine, ou entendre une conversation avec l’écrivain israélien Joshua Sobol dont le texte Étranges Étrangers sera mis en scène par Jean Claude Berutti.  Sans compter la remise de trois prix littéraires… A suivre.

 Mireille Davidovici

 Entretien réalisé le 21 juin.

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cour de la caserne Marceau

 

Vivre ! Jérusalem, portraits sensibles de Bernard Bloch

Vivre ! Jérusalem, portraits sensibles (titre provisoire) de Bernard Bloch

lectrue L’auteur et comédien a fondé le Théâtre de la Reprise, de l’Attroupement, du Scarface Ensemble et a créé en 1996 Le Réseau (théâtre). Sa compagnie est implantée à Montreuil et dispose d’un lieu de production, de recherche et de présentation qu’elle partage avec  la compagnie Le Cartel. Au cinéma et à la télévision, il a travaillé  avec entre autres Ken Loach, Bernard Sobel, Yves Boisset, Philippe Garrel, Roman Goupil…

 Il est  allé à Jérusalem dans le cadre d’une résidence Médicis hors les murs et en est revenu avec une soixante d’entretiens menés avec des habitants de Jérusalem, juifs ou arabes israéliens, Palestiniens de Jérusalem-Est de toute confession, femmes, hommes, jeunes et vieux.  Leur seul point commun était de vivre ou de travailler dans cette ville.Bernard Bloch y a aussi retrouvé des membres de sa famille perdus de vue.

Il a réécrit, transformé ces entretiens qui sont le matériau à partir duquel il est en train d’écrire le texte de son prochain spectacle qu’il devrait créer en octobre 2.020 avec une douzaine de comédiens et musiciens pour incarner une parole publique sur cette ville mythique déchirée par d’insolubles contradictions religieuses… «C’est sur la frontière qu’on fait la guerre, mais c’est aussi sur la frontière qu’on fait la paix!» “Ce qui est anti-israélien, c’est de laisser Israël dans l’impunité » écrivait Michel Warschawski, journaliste et militant pacifiste d’extrême gauche cofondateur et président du Centre d’information alternative de Jérusalem et ancien président de la Ligue communiste révolutionnaire marxiste israélienne…Cette lecture était faite avec talent par Bernard Bloch, Eric Coquereau, Rania El Chanati, Camille Granville et Daniel Koenigsberg. Une présentation prometteuse…

Edith Rappoport

Lecture présentée le 19 juin, au Nouveau Théâtre de Montreuil (Seine-Saint-Denis).
Et le 23 juin, au Théâtre du Soleil, Cartoucherie de Vincennes (Val-de-Marne).
Festival d’Avignon : le 16 juillet, Théâtre des Halles, puis Théâtre du Cabestan et le 17 juillet, Théâtre de l’Entrepôt, puis Théâtre de l’Oulle. 

Festival des écoles du théâtre public : EDT 91 (Ecole départementale de l’Essonne) Les Médaillons, de Thibault Fayner, mise en scène Anne Monfort

DR

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Festival des écoles du théâtre public, EDT 91 (Ecole départementale de l’Essonne)

Les Médaillons de Thibault Fayner, mise en scène d’Anne Monfort.

Dix ans de Festival des écoles, «dix bougies d’avenir», selon les mots de François Rancillac qui le reçoit une fois encore au Théâtre de l’Aquarium. Dix ans d’une fête frémissante, risquée, dans ce lieu utopique qu’est la Cartoucherie de Vincennes. Quoi qu’il advienne ensuite de leur carrière, ces jeunes comédiennes et comédiens auront trouvé là un moment intense et la joie de créer ensemble peut-être plus qu’un spectacle: la réunion unique de leurs énergies, de leurs désirs, de leur travail devant un public curieux, et à priori bienveillant, si possible pas trop indulgent.

Avec Les Médaillons, les élèves de l’EDT 91 ont eu la chance de rencontrer un auteur qui a été formé lui-même à l’E.N.SA.T.T. (École Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre, à Lyon). Et il a suivi dès son ouverture en 2003 la classe d’écriture dramatique. Enfin, sous le parrainage de l’écrivain Enzo Corman, une école qui revendiquait une formation pour les auteurs… C’est en effet un métier, ça s’apprend aussi, avec les acteurs sur un plateau.

Écrivant pour eux, Thibault Fayner a retrouvé ses questionnements d’alors, la discipline, la fièvre de l’école -écrire, encore et encore, pour tel ou tel groupe d’élèves-comédiens, répondre à la commande- et surtout, à ce moment charnière, se poser la question vitale : que faire de ses rêves? Avec un bel humour, réaliste et modeste, il imagine le C.V. d’un rêveur qui ne peut étaler aucune compétence négociable mais qui dessine pourtant en creux, à côté, une vie tendre et riche.

L’auteur pratique ici, avec une belle maturité, une écriture “de soi“, en ce qu’il part de son expérience pour aller au devant de celle de ses personnages, pas à pas, sans prétention, avec le souci d’une parfaite sincérité. Un chemin pour atteindre sinon l’universel, du moins ce que nous avons en commun, une approche pertinente pour un travail de troupe. Nous suivrons donc l’apprenti-acteur, le jeune universitaire pas toujours à l’aise avec ses étudiants, la famille qui voit mourir sa grand-mère… Ce qu’il y a là d’autobiographie, est absorbé, intégré dans un théâtre-récit illustré de “médaillons“, focus successifs sur un moment ou un personnage, le temps d’une scène ou d’un monologue.

La  metteuse en scène s’empare de ces changements d’échelle, de cette dialectique de l’individuel et du collectif au service des élèves: jouez “choral“ et en même temps distinguez-vous par votre réaction propre au récit. Elle tente de créer des moments de théâtre simultané, un groupe faisant écho, pianissimo, à la scène centrale et elle peut vider le plateau le temps d’un solo, vite balayé par la vague du groupe. Ce théâtre, qui invente sa propre mémoire, résonne parfois d’échos tchekhoviens, avec une Nina en robe blanche, des scènes de famille entre émotion, rire et gravité. Le temps du spectacle, se seront construits un passé commun et une société partagée.

« Nous sommes de l’étoffe dont sont faits les rêves et notre petite vie est entourée de sommeil»: ces Médaillons donnent aux mots de Prospero dans La Tempête de Shakespeare) un sens vital pour les jeunes  acteurs d‘aujourd’hui. Il ne s’agit pas seulement d’acquérir un savoir-faire. Oui, le rêve est nécessaire, il faut avoir rêvé pour construire sa vie, même si elle vous réserve un tout autre destin. Cette étoffe-là ne sera jamais perdue. Une vision positive, adulte, débarrassée des leurres et des illusions, c’est le moins que l’on puisse offrir à  ces jeunes à l’instant de leur envol.

Christine Friedel

Théâtre de L’Aquarium, Cartoucherie de Vincennes, Route du Champ de manœuvre, Vincennes (Val-de-Marne),  du 20 au 23 juin. T. : 01 43 74 99 61.

À lire: Apprendre à écrire du théâtre (histoire et méthodes des enseignements de l’écriture théâtrale en France), éditions Les Solitaires intempestifs.

Les pièces de Thibault Fayner sont publiées aux Editions espaces 34 et Morgane Poulette, mise en scène d’Anne Monfort, se jouera du 5 au 24 juillet, à La Manufacture, Avignon.

La quadriennale de la scénographie à Prague (suite et fin): les Ecoles

 

La Quadriennale de la scénographie à Prague (suite et fin)

Les Ecoles

Dans un autre grand pavillon consacré aux travaux des Ecoles,  on pouvait voir le travail réalisé par des équipes d’étudiants en scéno, souvent associés à ceux d’Ecoles d’art et de Conservatoires de théâtre et/ou de musique. Là aussi, l’impression d’une sorte de supermarché sympathique, jamais identique d’un jour à l’autre, souvent passionnant. Avec des réalisations d’une autre intelligence: les étudiants plus en phase sans doute avec notre époque, ont une conception virulente de ce que peut être un travail scénographique destiné à des êtres vivants, en l’occurrence des acteurs ou des artistes. Les élèves déjà expérimentés conçoivent des installations en prise directe avec l’actualité. Entre autres ceux de cette école de Catalogne imaginant de très hauts grillages qu’essayaient de franchir des Africains représentés par des mannequins. Une belle idée qu’aurait apprécié  le grand Tadeusz Kantor…

Discrète un peu à l’écart, une belle petite installation/performance due à une école allemande: une mini-boutique vendant cigarettes, gâteaux, sacs de bonbons, petits magazines et objets sexe tenue par deux travestis et où on pouvait entrer. Là encore une scénographie très réussie  et qui sonnait déjà comme le début d’un spectacle, à créer avec les visiteurs.

213D5DDC-5C4F-42A0-9D9E-21EAC3B5BD6AMais sans aucun doute, le meilleur projet qu’on ait pu voir parmi des dizaines, et qui a été dûment récompensé  pour son imagination, était The Imaginometric Society conçus par une équipe milanaise.  Avec ce cube au design très épuré et bourré d’électronique, les visiteurs pouvaient découvrir une possible «sonification»  de leur propre imaginaire.

 Si on a bien compris les explications donnés par un des étudiants, le candidat une fois admis, un membre de l’équipe l’aide à se poser sur le corps une batterie de capteurs biométriques enregistrant ses ondes cérébrales pendant trente secondes; à la fin de ce processus, les testeurs seront enlevés et il sera muni d’écouteurs transmettant l’énergie via la paroi osseuse crânienne. Dans une seconde étape, le visiteur prend place dans l’espace blanc cubique où il évoluera pendant deux minutes avec cinq performeurs pendant qu’un paysage sonore lui sera retransmis grâce à ses écouteurs. Troisième étape, il sort de l’aire de jeu et sera contrôlé. Et quatrième et dernière étape, il recevra un numéro d’identification personnel. Cela fait un peu froid dans le dos ! Mais on nous rassure, les enregistrements  seront ensuite détruits. Cette réalisation déjà très réussie sur le plan plastique fait preuve d’une véritable recherche et d’un travail en commun d’élèves d’une école de photo, du Conservatoire de musique et de la section scénographie de la réputée Académie milanaise. Une réussite exemplaire

Des élèves d’une école russe ont recréé en photos la douloureuse répression du Printemps de Prague en 1969 quand Jan Palach, un jeune étudiant s’était immolé place Venceslas, pour protester contre l’invasion de  son pays par les blindés du Pacte de Varsovie.  Ce suicide réussira à déclencher une prise de conscience, mais il faudra attendre vingt ans pour qu’à une commémoration de la mort de ce martyr tchèque, de grande manifestations aient lieu. L’écrivain Vaclav Havel avait été condamné à neuf mois de prison ferme mais la dictature fut mise à bas quelques mois plus tard.

Pour représenter la France: celui d’une Neuvième Ecole, une sorte de lieu utopique créé avec huit élèves issus chacun d’un établissements d’enseignement supérieur formant à la scénographie: École nationale d’architecture de Nantes, École Nationale Supérieure des Arts décoratifs de Paris, École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre à Lyon, École nationale supérieure d’architecture Paris-Villette où a récemment  eu lieu une belle exposition dirigée par Mahtab Mazlouman, consacrée aux scénographies contemporaines d’Hamlet, École nationale supérieure d’architecture Paris-Malaquais, Haute école des arts du Rhin), École du Théâtre national de Strasbourg  et Université Sorbonne Nouvelle-Paris III .

© Eva Kořínkov

© Eva Kořínkov

C’est un ancien petit car toujours roulant mais convoyé jusqu’ici par camion avec les éléments de l’installation de Philippe Quesne. Constitué par une cabine avec plate-forme numérique diffusant sons et musiques dans l’autre partie de ce lieu ouvert au public et où on peut s’asseoir sur de gros blocs de mousse. Le résultat tient d’un concept pédagogique intéressant : réunir pour travailler ensemble quelques mois, des étudiants choisis par leur école mais qui ne se connaissaient pas pour travailler sur une proposition artistique précise.  Un concept pas neuf mais qui permet d’associer des pensées et des formes de travail différentes, celle d’écoles d’art et de comédiens. Ainsi  Claude Nessi, un enseignant de la section scéno des Arts  déco avait réussi à faire œuvrer ensemble et de façon remarquablement efficace, ses élèves et ceux de l’Ecole du Théâtre National de Chaillot pour un projet sur L’Odyssée d’Homère.

Sous la houlette de Philippe Quesne, le directeur du Centre Dramatique National Amandiers-Nanterre, cet ancien car a été aménagé par les  équipes techniques et les élèves. La note d’intention n’est pas d’une folle originalité et aurait mérité un  coup de relecture: «processus de travail commun qui stimule la créativité par la rencontre de l’autre », « virtuel qui s’immisce dans nos réalités plurielles », « projet grand ouvert sur le monde d’aujourd’hui».

Qu’importe, le travail est là, avec la tenue d’un Journal de bord numérique témoignant de l’évolution du projet. Et, au moins, comme le disait Antoine Vitez, ils se seront rencontrés là et c’est bien l’essentiel… Histoire de voir des projets souvent très éloignés de leur discipline et de se parler autour de thématiques similaires. Ils n’auront sans doute pas, pour la plupart d’entre eux, l’occasion de se revoir mais il y a là un terreau exceptionnel de création, le tout dans le havre de paix d’une ville magnifique. Les jeunes Français de la Neuvième école nous disaient avoir été tout heureux d’avoir pu quitter l’hexagone pour vivre une expérience unique dans leur vie d’étudiant…

Philippe du Vignal

Madame Favart de Jacques Offenbach, mise en scène d’Anne Kessler, direction musicale de Laurent Campellone

 

Madame Favart de Jacques Offenbach, mise en scène d’Anne Kessler, direction musicale de Laurent Campellone

 

 Madame Favart DR S. Brion

Madame Favart (Marion Lebègue) et Charles-Simon Favart (Christian Helmer)
©S. Brion

« Justine Favart, c’était l’incarnation de la chanson française. Un tel sujet ne pouvait qu’inspirer une  comédie à ariettes, agrandie,  développée», écrivait le compositeur à propos de son opéra-comique en trois actes, créé en 1878 aux Folies-Dramatiques à Paris et oublié depuis longtemps. A l’occasion du bicentenaire de la naissance de Jacques Offenbach, le Théâtre de l’Opéra-Comique nous fait redécouvrir cette œuvre singulière et l’héroïne dont elle porte le nom.

 George Sand disait de son arrière-grand-père, le maréchal de Saxe: « Madame Favart est un gros péché dans sa vie, un péché que Dieu seul a pu lui pardonner. » Ce chef de guerre est déjà cité dans Adrienne Lecouvreur (1849) d’Eugène Scribe et Ernest Legouvé, cette diva ayant été, avant  Justine Favart, la grande passion du maréchal. Le “vainqueur de Fontenoy » engagea en 1746 les Favart pour diriger le Théâtre aux armées puis celui de La Monnaie à Bruxelles. C’était  «le plus bel homme de son temps», selon le chroniqueur Melchior Grimm  et il tomba amoureux de la comédienne. Mais Justine résista à son charme et, devant son refus, le maréchal émit à l’endroit du couple des lettres de cachet. Sous la plume des librettistes Alfred Duru et Henri Chivot et avec l’esprit vif de Jacques Offenbach,  cette aventure devient un vaudeville rocambolesque. 

Déguisée en chanteuse des rues, Justine Favart fuit le maréchal de Saxe  et rejoint son mari, caché dans une auberge d’Arras, pour échapper à la Bastille. Les Favart, sous des habits de domestiques se réfugient à Douai chez Hector qui vient d’obtenir le poste de lieutenant de police : la condition pour épouser Suzanne. Justine lui a obtenu cette charge en se faisant passer pour Suzanne et en  séduisant le gouverneur Pontsablé, un vieux beau libidineux. Au deuxième acte, ce vert galant vient réclamer son dû chez Hector, à Douai, auprès de sa prétendue femme. Mais Justine va imaginer divers stratagèmes et, au troisième acte,  use encore de son art du travestissement pour sortir tout le monde d’affaire, dans une cascade de quiproquos et imbroglios. Après moult péripéties,  elle obtient un triomphe en chantant devant le roi La Chercheuse d’esprit, un opéra-comique de son mari. Le souverain lui accordera la révocation de Pontsablé et  nommera Charles-Simon Favart à la tête de l’Opéra-Comique.

 Jacques Offenbach, pour suivre ces aventures picaresques,  a écrit une musique légère,  si on la compare à celle des partitions pléthoriques de Fantasio et des Contes d’Hoffmann. Ici,  il s’adresse à un orchestre réduit. Ce choix stylistique est aussi dicté par l’action dramatique, située au XVIII ème siècle, celui des  guerres et des Lumières, interrogé et mis en perspective par un XlX ème siècle de frivolités. Dans cette œuvre de maturité, le compositeur s’amuse à écrire des morceaux de genre comme les couplets : une  forme du XVIIIe siècle,  une hilarante tyrolienne, une chanson de garnison et des duos d’amour… Mais il excelle aussi à fabriquer quelques tubes comme L’Echaudé,  une chanson aérienne comme le gâteau qu’évoque un délicat jeu des cordes.

 Laurent Campellone assure une direction musicale impeccable : « Madame Favart présente une homogénéité remarquable sur les trois actes, dit-il, et les récitatifs sont parmi les plus accomplis qu’Offenbach ait composés et ils préparent très bien aux  airs et transitions, sans une note superflue. »  Et Anne Kessler montre ici une femme de tête, entreprenante : «Madame Favart est un hymne à la femme, dit-elle, mais pour une fois, moins à l’inspiratrice qu’à la créatrice. On y voit Charles-Simon Favart apprendre le théâtre avec elle.»  Dans la pièce,  cette actrice vedette, auteure et amie de Crébillon et Voltaire, a plus d’un tour dans son sac pour déjouer les hommes de pouvoir et apprend à tous ses complices à changer de rôle comme de costume. Marion Lebègue, à la fois puissante et cocasse,  mène le jeu avec maestria. Sa voix chaude et dynamique, va aussi vers l’émotion avec Je passe sur mon enfance, un beau menuet  sur les âges amoureux de la vie  qu’elle chante, tout en caricaturant une douairière irrésistible de ridicule et flanquée d’un chien minuscule. A côté d’elle, la soprano Anne-Catherine Gillet donne toute sa mesure à une Suzanne ingénue et gracile. Le beau couplet avec son père (Frank Leguérinel) à la fin du premier acte prend avec elle une tendre saveur. Éric Huchet est un marquis de Pontsablé, irrésistible en barbon amoureux et haut fonctionnaire imbécile. Quant à Christian Helmer (Charles-Simon Favart), il excelle autant à  interpréter un valet de comédie qu’un mari amoureux.

©S. Brion  au 1er acte : légende 1/ Madame Favart (Marion Lebègue), chœur de l’Opéra de Limoges

©S. Brion
au 1er acte : légende 1/ Madame Favart (Marion Lebègue), chœur de l’Opéra de Limoges

 Le décor du premier acte, qui reste présent en arrière-plan dans les deux autres parties, ne figure pas l’auberge de Biscotin (Lionel Peintre) mais un atelier de couture  avec machines à coudre et mannequins. Il suggère les coulisses d’un théâtre, effet redoublé au troisième acte, avec la réplique sur la scène du foyer de l’Opéra-Comique. Un choix scénographique loin d’être évident. Pour autant, il met  l’accent sur les nombreux changements de costume dans la pièce. Il renvoie aussi au fait que, selon Charles-Simon Favart, sa femme «  fut la première qui observa le costume : elle osa sacrifier les agréments de la figure à la vérité  des caractères.  J’ose dire qu’elle a été  la première en France qui ait eu le courage de se mettre comme on doit être et on la vit avec des sabots dans Bastien et Bastienne. » La Clairon s’inspira du costume de sultane de Justine pour jouer Roxane dans Bajazet à  la Comédie-Française.

Salué avec enthousiasme, Madame Favart est une vraie (re)découverte, et nous introduit à cette année Offenbach avec bonheur. Un opuscule détaillé et illustré, édité pour cette création, met en perspective cette œuvre avec son époque et avec l’histoire du théâtre des XVIII et XIX èmes siècles.

 Mireille Davidovici

 Les 20, 22, 24, 26, 28 et 30 juin,  Opéra-Comique, 1 Place Boieldieu, Paris (II ème) T. : 1 70 23 01 31. 

 

La quadriennale de la scénographie à Prague

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Notes sur la Quadriennale de Prague

Un peu d’histoire, cela ne peut pas faire de mal. Cette manifestation internationale a fêté ses cinquante ans : créée en 1967 dans le pavillon de la Tchécoslovaquie à l’Exposition universelle de Bruxelles en 1958 qui avait été reconstruit à Prague. Il y avait déjà quelque vingt pays dont la France. La Quadriennale, organisée par le ministère de la Culture et l’Institut des Arts et du Théâtre tchèques, malgré l’invasion des chars russes et la période difficile qui a suivi, s’est maintenue et développée grâce à l’écrivain Václav Havel (1936-2011). Organisée par le ministère de la Culture et l’Institut des Arts et du Théâtre tchèques malgré l’invasion des chars russes et la période difficile qui a suivi, elle s’est maintenue et développée grâce à  Václav Havel  mais aussi à ce génial scénographe que fut Joseph Svoboda et aux excellents metteurs en scène Alfréd Radok et Ottomar Krejca. Les installations multimédias des deux premiers Laterna Magika et Polyekran avec acteurs et projections de films, les firent connaître au plan international, il y a déjà quelque soixante ans. Et en 1967, Joseph Svoboda créa l’un de ses plus célèbres effets spéciaux, un pilier de lumière tridimensionnel…

En 1968, le  fameux Printemps de Prague ne dura pas longtemps et le pays subit l’invasion des troupes du Pacte de Varsovie. Il y eut alors un durcissement politique et cette république fédérale resta aux mains du Parti communiste qui était aux ordres de Moscou: interdiction de sortir du territoire, censure des journaux et omniprésence d’une redoutable police d’Etat. Une mienne consœur qui était allée faire une interview de Václav Havel, comprit vite qu’elle était surveillée de près. En 1989, le Parti abandonnera enfin le pouvoir après la Révolution dite de velours…

 Václav Havel fut une des grandes figures de l’opposition et un acteur essentiel de cette Révolution de velours. Il devint président de la République de 89 à 92 et fit beaucoup pour la culture de son pays. La Quadriennale a attiré en 2015 quelque 180.000 visiteurs! Mais en qui concerne la participation de la France, il y eut quelques malentendus mais elle y revient cette fois après seize ans d’absence… Avec un pavillon placé sous l’égide d’Artcena dirigée par Gwenola David, et de Philippe Quesne, directeur de Nanterre-Amandiers qui présentait un dispositif scénographique personnel participant en fait davantage d’une installation. Même s’il est en relation avec ses récentes mises en scène.

Trois thématiques rappelées en grandes lettres à l’entrée de la halle principale: Imagination, Transformation, Mémoire. Et aussi trois espaces consacrés aux Pays et régions, aux Ecoles  et aux Architectures  du spectacle. Une immense ruche où tout est magistralement organisé par une équipe des plus compétentes. Impossible de tout relater mais on peut essayer d’en donner quelques images. Cette immense manifestation dans deux halles et un parc de plusieurs hectares permet à de nombreux artistes responsables d’écoles et de sections de scénographie, de se rencontrer, voire d’élaborer des projets communs. C’est un grand événement international avec de nombreux pavillons, des créations artistiques, des symposiums et des performances parfois in situ comme celles de jeunes acrobates hongrois avec Vertical Dance/The Flock Project qui escaladaient une des façades du Mama Shelter, un ancien bâtiment de l’ère soviétique reconverti en hôtel par Jalil Amor et son équipe, à la déco un peu rétro-bobo et tape-à-l’œil mais sympathique.
En fait, il faudrait mieux ici parler de scénographie au sens large du terme, voire d’installations  d’art contemporain et d’actions dans certains cas avec participation du public.

VerticalDance-The-Flock-Project-

VerticalDance-The-Flock-Project-

 La Quadriennale a  toujours su réunir un très large public : scénographes expérimentés de grands théâtres nationaux ou directeurs d’une agence, étudiants  dans cette discipline et en arts du spectacle, peintres, sculpteurs, créateurs de costumes et de masques, critiques de théâtre, chercheurs travaillant sur les interactions entre art et informatique…  Sur des milliers de m2 dans deux immenses halles d’un centre d’expositions, le Výstaviště Praha, situé à la périphérie de cette ville au très riche et célèbre paysage architectural où vécurent notamment Amedeus Mozart qui y créa Don Giovanni, Franz Kafka,  Smetana, Mucha… etc. plus récemment des écrivains bien connus chez nous comme Hrabal, Milan Kundera et Václav Havel !

Impossible de tout voir en détail malgré quelques journées dans ces halles et donc de bien parler de cette riche manifestation, unique en son genre, à laquelle participaient cette année soixante-dix neuf pays quelque huit cent artistes avec  six cent évènements, le tout sur onze jours! Avec des invités comme l’illustratrice anglaise créatrice d’animaux fantastiques Olivia Lomenech Gill, le scénographe italien d’opéra Stefano Poda, ou le Français bien connu Romain Tardy qui crée des fresques lumineuses et projections illusionnistes.

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Il y a, difficile à trouver car, au bout du grand parc, une entreprise archéologique intéressante : deux jeunes archéologues qui ont récemment obtenu leur doctorat, Carolina Esperosanto et Emmanuelle Gangloff,  ont  essayé de remonter le temps de cette Quadriennale en s’installant avec une tente sur les ruines d’un pavillon belge détruit après un incendie puis rasé. C’est là que Josef Svoboda  et Alfréd Radok avaient présenté Laterna Magika. Mais de ce pavillon, on ne discerne plus qu’une grande surface carrelée, quelques restes de murs et bizarrement une grande étendue de sable confiée par ces jeunes femmes à chaque jour,  à un ou une artiste, scénographe ou non comme Gilone Brun, Murielle Delamotte… Ces archéologues ont mis aussi tout un outillage à disposition et demandé  aux artistes auxquels étaient alloués environ deux m2,  pour essayer de retrouver quelques traces enfouies et en constituer une œuvre. Des  fragments d’objets qui ensuite font l’objet d’analyse comme sur n’importe quel chantier de fouilles.
Carolina Esperosanto et Emmanuelle Gangloff ont aussi effectué des recherches à l’Institut des Arts et du Théâtre à Prague et les photocopies de documents trouvés ont été soigneusement classés et sont consultables sur tables, soigneusement archivés dans des boîtes en carton qu’elles ont collecté sur l’histoire des relations entre la France et cette Quadriennale. On voit ainsi que l’historien du théâtre et chercheur  au C.N.R. S. Denis Bablet faisait partie du jury en 71, puis vingt ans plus tard Yannis Kokkos, le grand scénographe d’Antoine Vitez. Malheureusement, mal fléchée, cette intervention, pourtant tout à fait intéressante, avait peu de visiteurs,  mais nous avons réussi à la trouver grâce à un scénographe américain…

Très simple, une exposition de quelques costumes et masques, de toute beauté du jeune créateur arménien Arshak Sarkissian. Conception remarquable, richesse des couleurs, invention magistrale de formes. Cela s’apparente, dit son auteur, à une recherche anthropologique. Mais aussi un peu plus loin, un ensemble poétique de grosses et petites cloches au Pavillon de la Mongolie.
Très simple aussi cette belle installation venue du Costa Rica: une accumulation au sol de T shirts, pantalons surtout bleus, mais aussi de toutes nuances de vert ou jaune fatigué que n’aurait pas désavoué Christian Boltanski. Sans aucun doute une évocation efficace de la tragédie que vivent les migrants d’Amérique du Sud vers les Etats-Unis. Avec des moyens pauvres, une belle réussite.
Dans le musée national dit Lapidarium donc consacré à la minéralogie, du Suisse Thom Luz, metteur en scène et compositeur qui a déjà présenté des spectacles à Nanterre-Amandiers, une belle installation Unusual Weather-Phenomena Machine, une installation où il fait circuler en l’air  sur de grandes bobines, des bandes magnétiques avec   la musique et effets lumineux. A mi-chemin là encore entre scénographie et sculpture.
Aussi simple mais très efficace au Pavillon danois, une sorte d’installation/scénographie  mais loin d’une maquette mais grandeur nature d’une belle jeune fille presque nue dans une cage de verre lumineuse tournant lentement.

Rien n’est fini, tout commence: un titre ironique pour ce conteneur imaginé par une équipe belg avec, tout autour, des restes calcinés bien noirs de petits, meubles, vêtements, chaînes hifi… Résidus des produits éphémères, le plus souvent fabriqués à base de matières issus du pétrole  par notre société technologique et trop grande consommatrice. A l’intérieur, juste une plante en pot solitaire et comme démunie, sur une petite table. Sans doute une référence aux graves problèmes écologiques que connaît notre planète. Mais, « petite » contradiction, ce conteneur avait sans doute dû être transporté depuis la Belgique par la route… Comme l’ont été par avion depuis Hong-Kong, une soixantaine de belles maquettes de scénographie et petits écrans vidéo  avec des extraits de spectacles : chacune présentée dans une boîte en fer grillagée! Avec un copieux catalogue offert aux visiteurs comme sur d’autres pavillons. Et l’écologie ? Curieusement, elle était à peu près dans toutes ces réalisations, la grand absente dans cette Quadriennale…
La République tchèque a présenté elle un Campq où  des extra terrestres ont trouvé refuge. Mais nous n’avons pu  aller voir par manque de temps cette installation située sur une île  en hors du site mais les photos donnaient envie.

©eva-korinkova

©eva-korinkova

Philippe Quesne a montré une installation personnelle où dans un grand cube aux parois en verre entrouvertes,  des  sortes de  formes verticales en trois dimensions d’environ 1, 50 m chacune dans un matériau différent: polystyrène expansé , papier kraft, mousse ocre, toile plastique blanche, fourrure synthétique blanche… se mouvaient chacune sur la musique d’un piano droit aux cordes apparentes.  Au fond, une grande photo jaune pâle de montagnes avec des arbres et des rochers rappelant les tableaux de Nicolas Poussin.  On pouvait y voir un souvenir de la scénographie de Swamp Club qu’il avait conçue en 2016 ou celle pour Crash Park, la vie d’une île, deux spectacles créés aux Amandiers. Soit un ensemble de formes intrigantes, remarquablement réalisé mais dont on discerne mal l’intention. Et le rapport à l’espace qui est à la base de ses mises en scène, n’a rien de la forme immersive où il voudrait sans doute nous plonger. Même si les baies vitrées étaient largement ouvertes, non à la visite mais à la vue. «Au-delà de mon propre travail dit-il, l’enjeu ici est de considérer la scénographie comme l’élément central de la démarche d’artistes qui comptent aujourd’hui.» Ce qui semble effectivement une évolution actuelle de cet art… Le jury de la Quadriennale a en tout cas élu Microcosm, meilleur pavillon de la section Pays et Régions. Une récompense qui célèbre cet auteur-scénographe mais aussi sans doute le retour de la France donc absente, on l’a dit, de cette manifestation internationale depuis seize ans !Notre pays avait obtenu  la Triga d’Or en 1967 et André Acquart obtint la médaille d’or en 1983. Et d’autres scénographies  comme celles de Guy-Claude François pour le Théâtre du Soleil. Mais aussi Yannis Kokkos en 1987 pour sa scénographie d’Electre de Sophocle, mise en scène d’Antoine Vitez et enfin Alain Chambon en 1991.  L’installation de Philippe Quesne a reçu le prix de la meilleure exposition des pays et régions avec la Catalogne et la Hongrie, juste avant la Golden Triga d’or qui a été attribuée à la République  de Macédoine du Nord.

D’un autre côté, nombre de créateurs de spectacles revendiquent la possibilité  de mettre juste quelques éléments  de décor sur une scène nue, voire sans pendrillons  ou réalisent eux-mêmes la scénographie, quitte à se faire aider par un constructeur pour la partie technique qu’ils ne maîtrisent pas. Les résultats ? Cela va du correct au très moyen, voire au mal conçu, notamment au point de vue esthétique et  pour  ce qui concerne la circulation des acteurs.

Le stand des Etats-Unis était composé d’une vingtaine d’écrans avec des images de scénographie dans de grands théâtres, sur lesquelles on pouvait cliquer pour en savoir plus. Techniquement bien réalisée mais sans beaucoup d’âme, ce stand était privé de tout être humain susceptible de vous donner quelques explications. Grand miracle de la technologie… La Roumanie présentait Ruines du Théâtre, Ruines de la Cité, un travail de Dragos Buhagiar, d’inspiration nettement surréaliste avec un gros œil monté sur des roues de charrette, une grande main qui se balançait en rythme et cinq violons noirs sur des faux. Une réalisation impressionnante de qualité mais dont on ne saisissait pas bien la portée.
Un projet intéressant : celui présenté par la Suède  où trente six spectateurs-voyeurs pouvaient regarder par des trous ovoïdes trois personnages à l’intérieur d’un cube blanc… Une scénographie qui rappelle curieusement celle de Mozart au chocolat, mise en scène d’Hervée de Lafont et Jacques Livchine. Les personnes qui n’avaient pas réservé leur place suffisamment à l’avance étaient déjà privés de la tasse de chocolat viennois offerte aux cinquante-deux spectateurs  et étaient  condamnés à voir assis sur de tabourets par des trous dans le mur, le compositeur à son piano et les trois chanteurs.

© Kristin Aafløy Opdan

Waka Waka © Kristin Aafløy Opdan

Nous avons aussi remarqué  les magnifiques marionnettes  de taille humaine de Wakka Wakka, du Plexus Polaire. La réalisation présentée au Pavillon d’Israël ne manquait pas d’humour… noir avec une série de tombes de marbre noir (faux bien sûr), celles entre autres de Woody Allen, d’Arthur Miller, etc. dont on pouvait soulever le couvercle pour voir quelques  images évocatrices de chacun… Mais toutes ces installations ou scénographies qui bénéficient à l’évidence de  gros budgets ont quelque chose d’un peu convenu. Et on aurait aimé avoir affaire à plus d’innovation surtout à une époque ou dans les arts du spectacle, tant de choses ont terriblement évolué en une trentaine d’années.
Malgré tout quelques journées passionnantes où on avait l’impression de voir des gens de tous les pays, heureux d’être là ensemble, de parler et souvent avec passion de leur réalisation, et quelle que soit leur langue, arrivant à se comprendre même dans un mauvais anglais. Nous vous parlerons dans un prochain article consacré aux Pavillons des écoles. Avec de belles surprises…

Philippe du Vignal

La Quadriennale de la scénographie a eu lieu à Prague, du 6 au 16 juin.

 

La rue est à Amiens, quarante-deuxième fête de la ville

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La rue est à Amiens, quarante-deuxième édition

Vingt-cinq compagnies, trente-neuf spectacles et quelque quatre-vingt cinq représentations qui mettent la ville en fête. Le Pôle National Cirque et Arts de la Rue est un lieu unique en France où le cirque et les arts dans l’espace public se rencontrent. Disposant de quatre sites situés à Amiens, le Pôle propose de participer à la stimulation des imaginaires de chacun en présentant la diversité de la création contemporaine. Le Cirque Jules Verne, un des derniers cirques en dur, propose des spectacles créés ou adaptés pour la piste, défendant ainsi la notion de circularité dans les arts de la scène. Le Hangar, centre régional des arts de la rue, permet l’accueil d’artistes en résidence ainsi que l’organisation du festival La Rue est à Amiens. L’École du Cirque Jules Verne, centre  est un centre régional de formation professionnelle et le Manège Cascabel est dédié à la création pour le cirque équestre.

Germinal par Les Batteurs de pavés

Au sommet de la citadelle, dans un amphithéâtre et au soleil couchant, une centaine de personnes pour voir cette adaptation plutôt fantaisiste du roman d’Emile Zola avec Manu Moser et Laurent Lecoultre venus de Suisse. Ils nous présentent d’abord des clichés  de leur pays comme  le yoodle, les Robots Migros.  Puis des soit disant personnalités officielles : Madame le Maire,  symbole d’ouverture et de transparence et le président de l’Université depuis plus de  quarante ans. Amiens est pionnier dans l’espace public. « Aujourd’hui en Suisse, il y a une grève pour l’égalité hommes,/femmes…. ». Puis  ces comédiens retracent les grandes pages de Germinal en prenant des petits enfants dans le public pour leur faire interpréter  quelques rôles. Ils se prêtent au jeu de bonne grâce avec un naturel étonnant. Une belle ouverture pour ce festival !

Cirque pour l’espace public

L’Ecole de cirque d’Amiens présente des exercices spectaculaires interprétés par les élèves, en haut de la citadelle. Ils déambulant avec des flips-flaps arrière, debout sur les épaules de leurs partenaires, des roues Cyr, du jonglage avec des cerceaux, bref tout un cirque acrobatique. Ces élèves encore en cours de formation se promènent en faisant des exercices de cerceaux des plus surprenants. Des mises en rue par Ardestop avec les élèves de première année D3SOR3, et Ce qui nous lit par C Victor avec ceux de deuxième année, puis Le Tremplin pour accompagner ces jeunes artistes français et  étrangers dans leur parcours professionnel. Déjà du beau et grand spectacle prometteur.

Le Parlement de rue par le Théâtre de l’Unité

Vingt-cinquième édition  pour ce spectacle sur une jolie place au pied d’une statue du général Leclerc et qui avait été conçu à Etouvie dans la région d’Amiens, pour que les habitants puissent être consultés et écoutés par les politiques. Depuis le début, mille  projets de loi ont été ainsi  recueillis et cela sonnait déjà comme un prélude aux Gilets Jaunes…
Le principe : des propositions faites le public et ensuite rejetées ou acceptées par l’énergique Madame la Provisoire (Hervée de Lafond) assise sur une chaise d’arbitre de tennis. D’abord celle d’une loi pour offrir le permis de conduire à ceux qui obtiennent le bac avec ou sans mention, puis une autre concernant l’interdiction d’absence de solidarité avec les migrants sont acceptées. Comme celles stipulant que les employés décident du salaire de leurs patrons et que les ministres soient payés au S. M.I.C… Mais pour les violeurs, la condamnation à perpétuité est refusée. Quant à la proposition de loi sur la « grossophobie », elle est reportée. Le tout entrecoupé de chansons et de poèmes, accompagnés au violoncelle par Fantasio,  devant un public enthousiaste.

Les Girafes opérette animalière, conception et mise en scène de Philippe Freslon, musique de Benoît Louette et François Joinville

Sur le vaste parvis de la gare d’Amiens, en contrebas des escaliers, une dizaine de très grandes girafes rouges déploient leur long cou et avancent à grands pas sur une musique lyrique entonnée par Irina Tiviane. Nous restons éberlués par les danses de ces étranges géantes animées par des comédiens que nous pouvons voir émerger périlleusement de leurs girafes à la fin du spectacle. Philippe Freslon qui a aussi réalisé la scénographie et que nous connaissons depuis de longues années, arrive à encore à nous surprendre avec ce beau travail  poétique.

Une traversée funambule, conception de Johanne Humblet,  musique  de Deadwood

Sur  un câble suspendu à grande hauteur au-dessus du cirque d’Amiens, cette jeune funambule, fait une traversée incroyable, s’allonge sur le fil, se relève, esquisse des pas de danse, puis reprend sa marche. Terrifiés à l’idée d’une chute possible, nous retenons notre souffle.La musique rythme ce qu’on peut prendre pour un saut de la mort. Heureusement, Johanne Bumblet réussit à parvenir sans encombre jusqu’à une fenêtre en haut du cirque et nous salue. Un magnifique final pour  ce festival…

Edith Rappoport

 Spectacles vus les 14 et 15 juin, à La rue est à Amiens, quarante-deuxième fête de la ville.

 

Electronic City/Notre mode de vie de Falk Richter, mise en scène de François Rancillac

 

Festival des écoles du théâtre public:

Electronic City /Notre mode de vie de Falk Richter, traduction d’Anne Monfort, mise en scène de François Rancillac

4CE960ED-2A5F-4D20-9F55-FACE04C3FD13 «Tom, Joy, et une équipe d’environ cinq-quinze personnes», précise l’auteur. Une distribution idéale pour un groupe et une mise en scène chorale. François Rancillac a réuni vingt apprenti-e.s comédien.ne.s, issu.e.s de plusieurs Conservatoires d’arrondissement de Paris et de l’association 1.000 visages. Il présente ce Collectif éphémère en avant-première du Festival des écoles de théâtre public qu’il a initié en 2010 et qui a lieu pour la dernière fois au Théâtre de l’Aquarium dont il va quitter la direction. Au travail depuis le mois de janvier, les jeunes gens ont répété l’équivalent de quinze jours, pour nous offrir une version éclairante de cette pièce complexe.

Tom, un “golden boy“, circule d’un pays à l’autre et se perd dans un labyrinthe de chambres d’hôtel. Il rencontre Joy, une caissière volante dans un  restaurant de luxe dans un aéroport. L’un et l’autre ne sont plus que des pions à l’intérieur d’ un grand réseau ultra-libéral globalisé : il leur suffira d’un code de porte ou de caisse enregistreuse oublié, pour craquer. Les acteurs interprètent à tour de rôle ces deux personnages au bord de la crise de nerfs, selon une chorégraphie bien réglée où les corps entrent en jeu. Et ces hommes et femmes-machines vont alors  « péter les plombs ». Le stress s’étend à tout le groupe et le Collectif éphémère  s’empare énergiquement d’un texte aux multiples entrées.   

 Le scénario de Falk Richter inclut le tournage d’une série, Joy’s Life, avec des scènes interrompues par des cut et les indications du réalisateur, avant de refaire la prise. Il y aussi une partie documentaire: «Joy, raconte comment c’était, tout simplement.» Joy: «Oui, c’était tout plus ou moins assez traqué, sur-connecté,  sur-globalisé, hyper-rationalisé, on était comme des données et on fonçait dans des réseaux d’information.» Mais la pièce comporte aussi quelques séquences en vidéo. Falk Richter, né en 1969 à Hambourg, rend compte des effets dévastateurs sur l’individu d’un monde devenu fou.  Après Dieu est un DJ (1998) et Nothing Hurts (1999), Electronic City (2003), chœur parlé pour de multiples voix,  montre des êtres dilués dans un tourbillon de codes et de pixels et courant après eux-mêmes. L’intrigue est simple: entre deux voyages, Tom et Joy réussiront-ils à se retrouver quelques minutes «pour de vrai » ? 

Ici, François Rancillac en donne une mise en scène électrique, ponctuée par les chansons d’Eurythmics, un groupe pop anglais des années 1980 dont un superbe karaoké choral sur When to-morrow comes pour clore cette heure vitaminée . On regrette que ce Collectif reste éphémère.

 Mireille Davidovici

Spectacle vu au Théâtre de l’Aquarium, le 15 juin,  Cartoucherie  de Vincennes, route du Champ de manœuvre,  Vincennes (Val-de-Marne)  T. : 01 43 74 99 61,  du 20 au 30 juin.

La pièce est publiée par L ‘Arche éditeur.

 

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