Ressac,de Gabriel Gozlan-Hagendorf, mise en scène de l’auteur et de Pierre-Thomas Jourdan

Ressac de Gabriel Gozlan-Hagendorf, mise en scène de l’auteur et de Pierre-Thomas Jourdan

En octobre 22, nous avions vu ce jeune élève-acteur dans la cadre des Croquis de voyage,  aux Théâtre des Amandiers-Nanterre. Comme ses camarades, il était parti quelque part et racontait son séjour… dans ce qu’on appelle communément, la jungle de Calais. Il avait voulu aller aider -ce qui ne manque ni de générosité ni de panache- les bénévoles de l’association humanitaire Utopia 56 qui se chargent d’apporter soutien moral et réconfort physique à tous les émigrés clandestins essayant de rejoindre la Grande-Bretagne, le plus souvent victimes des passeurs sans scrupule. En quête d’une vie meilleure que celle de leur pays en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie… Ressac, comme ces flux et reflux perpétuels de ceux qui tentent la traversée depuis Calais. Sans arrêt repoussés et sans arrêt recommençant, le plus souvent au risque de leur vie, dans des embarcations de fortune.Après déjà avoir subi une ou plusieurs traversées périlleuses en Méditerranée.

 

© ©Géraldine Aresteanu

© ©Géraldine Aresteanu

Sur la plage, Camille, jeune bénévole plein de bonne volonté joué par l’auteur, va faire l’expérience de son impuissance à changer les choses et à éradiquer la violence quotidienne que subissent ceux qui vivent dans ce camp, surtout les femmes. Il rencontre Anna, une jeune Africaine en exil qui veut à tout prix traverser la Manche. Camille lui explique qu’il ne veut pas la voir mourir: « Cinq-cent personnes par jour arrivent à Calais Cinq-cent personnes chaque jour tentent le passage J’en ai vu comme toi confiants se précipiter sans penser au danger et ne pas revenir


Mais Anna persiste à vouloir tenter sa chance:
« Dieu est là, je n’ai pas besoin de gilet. On viendra me chercher. On sera cinquante-deux on m’a dit. Vingt-six et vingt-six De chaque côté. Dieu sera là, avec moi, Parmi nous,Et nous filerons droit. » Arrive alors un policier intransigeant qui applique les règles de l’État. Il n’écoute pas et applique le règlement avec un racisme non dissimulé Tolérance zéro envers ceux qui profitent largement selon lui des aides financières accordées aux immigrés. « Moi, j’ai du mal à comprendre pourquoi on jetterait un briquet plein de gaz par terre aux pieds d’un agent si c’est pas pour le faire exploser. A moins que ce soit une blague ? A moins que tu prennes le sol pour une poubelle? On t’a pas appris que le sol n’est pas une poubelle ?

Anna, traquée et donc traumatisée-elle a déjà été rançonnée puis violée- est lucide et voit vite qu’elle ne pourra compter sur personne. Pas sur Camille qui n’a aucun pouvoir, ni sur ce flic qui les a tous ou presque.La mise en scène est encore brute de décoffrage et on oubliera le tapis de cent plaques de mousse blanche qui ne sert à rien et un éclairage maladroit. Pas grave… On oubliera aussi l’inutile fumigène qui envahit scène et salle et clôt la pièce. Le premier de 2026 mais il y en aura d’autres!
Flora Chéreau, Axel Godard et Gabriel Gozlan-Hagendorf ont une excellente diction, n’ont pas de micro H.F. ,ne crient pas et sont crédibles. Ce qui devient rare… Et le texte, précis et juste, est vraiment intéressant. Dans le Théâtre des Amandiers maintenant refait à neuf Christophe Rauck a bien fait d’accueillir dans la petite salle, ces trois jeunes acteurs.Il faudra les suivre.

Philippe du Vignal

Jusqu’au 17 janvier, Théâtre des Amandiers, 7 avenue Pablo Picasso, Nanterre (Hauts-de-Seine). T. : 06 07 14 81 40 ou 06 07 14 47 83.


Archive de l'auteur

Clap de fin pour le Théâtre de l’Unité (1)

Clap de fin pour le Théâtre de l’Unité ( 1)

Les critiques du Théâtre du Blog sont encore émus quand ils évoquent le travail du Théâtre de l’Unité, une compagnie que Jacques Livchine et Hervée de Lafond fondent en 72 avec le scénographe Claude Acquart. Ils en ont quitté la direction le 31 décembre. Nous avons rassemblé ici nos souvenirs, à la fois identiques et jamais tout à fait les mêmes, vu le nombre de leurs créations depuis cinquante ans… Ci-dessous, premier tour de piste avec le témoignage de Jean Couturier. Suivront ceux de Philippe du Vignal et de Christine Friedel.

Ph. du V. 

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©x La 2CV Théâtre

Premier contact: je lis un papier élogieux de Jean-Pierre Thibaudat dans Libération en juillet 1980 sur La Femme-Chapiteau et La 2CV-Théâtre, programmés au festival in d’Avignon. Puis, à celui de 92, je découvre L’Avion devant le musée du Petit Palais avec une cinquantaine de spectateurs transformés en passagers, victimes des turbulences de l’appareil. Jacques Livchine était le commandant de bord… Les plateaux-repas valsaient. Dans le fond, un avion reconstitué avait explosé et on évacuait des passagers blessés sur des brancards; à la fin, le public était prié de se couvrir d’un immense linceul blanc… Saisissant de vérité. Un spectacle prémonitoire… conçu bien avant le crash en janvier 92 d’un Airbus A 320 d’Air-Inter en provenance de Lyon,  près du mont Sainte-Odile, en Alsace. Bilan: 87 passagers et membres d’équipage morts sur le coup ou quelques heures plus tard; neuf seulement avaient survécu. Un spectacle qui provoquait un choc visuel, comme l’avait été devant le Palais des papes à Avignon, La Véritable Histoire de France par le Royal de Luxe.
En Etudes théâtrales à Paris X Nanterre, je fais un D.E.A. dirigé par Robert Abirached, sur cet iconoclaste Théâtre de l’Unité. Hervée et Jacques viennent d’être nommés à la tête de la Scène Nationale de Montbéliard qu’ils rebaptisent Centre d’Art et de Plaisanterie. Dans l’ancien hôtel particulier de Sponeck où sont leurs bureaux, un grand salon avec des canapés, des livres et l’hiver, un feu de bois dans une belle cheminée. On pouvait y boire gratuitement un bon vin chaud… mais il il fallait payer le verre. Habile esquisse de la loi, puisque le Théâtre de l’Unité n’avait pas la licence boissons alcoolisées. Un clin d’œil bien dans  son style…

Une longue aventure théâtrale à laquelle j’ai participé comme dramaturge à la création de Térezin: une évocation de ce camp (Tchécoslovaquie) où, entre 41 et 45, plus de 140.000 juifs furent internés par les nazis. La plupart y moururent, ou furent déportés à Auschwitz et gazés. Un camp utilisé comme vitrine avec des conditions de vie « normales »: en juin 1944, une délégation de la Croix-Rouge Internationale n’avait rien remarqué de suspect !

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©x Macbeth en forêt

J’ai aussi vu, nombre de spectacles du Théâtre de l’Unité : entre autres, Les Chambres d’amour, Mozart au chocolat, Macbeth en forêt, quelques Réveillons de boulons, Histoire d’un soldat et Les petits Métiers dont Le Souffre-Douleur. Hervée de Lafond y demandait qu’un spectateur vienne la rejoindre. Elle lui disait de nommer quelqu’un qui lui était insupportable. Réponse: Jean-Marie Le Pen… Alors, Hervée lui confiait un batte de base-ball et le priait de se défouler, en tapant sur un mannequin… rempli de poches de (faux) sang. Ce qu’on ne savait pas et il devenait vite tout rouge !
Elle concluait sobrement: «Soyez rassurés, ce n’était pas un être humain mais il aurait pu l’être. » Autrement dit: attention, ne vous faites jamais justice vous-même. Silence glacé dans le public qui avait reçu le message cinq sur cinq…

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©x La Nuit unique

Et nous avons aussi vu de vingt trois à six heures du matin à Colombes (Hauts-de-Seine). l’ultime représentation du Théâtre de l’Unité avec aussi, la dernière représentation de La  Nuit unique  qui avait été créée au festival d’Aurillac (voir Le Théâtre du Blog)  A une spectatrice qui voyait cette nuit unique quelque chose d’original, Jacques Livchine répondait: «Non ce n’est pas original mais originel. Dans tout l’Extrême-Orient, comme au Moyen-Orient, on fait des spectacles de nuit qui durent souvent plus sept heures .   

Douloureuse nostalgie. Jacques Livchine avait écrit (voir Le Théâtre du Blog):  » Hervée et moi, maintenant à plus de quatre-vingt ans, métastasés, cabossés, nous sommes sur le point de transmettre notre outil à un trio chargé de poursuivre l’œuvre entreprise. » Voilà c’est fait. Restera une façon iconoclaste de créer un théâtre qui fasse sens en louvoyant sans cesse avec les institutions. Le Théâtre de l’Unité est sans aucun doute la seule compagnie française qui aura eu la plus longue vie (avec Le Théâtre du Soleil dont il était proche). Loin des institutions qui se méfiaient de lui et se refusaient en général à l’accueillir, il est un des rares à avoir  acquis un public populaire, comme en témoigne l’extraordinaire réussite sur quelque vingt ans de ses Kapouchniks, ces cabarets mensuels qui attiraient de nombreux habitants d’Audincourt, pas toujours friands de théâtre…
Longue vie à Hervée et Jacques.

Jean Couturier

La Cage aux folles, musique et paroles de Jerry Herman, livret d’Harvey Fierstein, d’après la pièce de Jean Poiret, traduction en français et mise en scène d’Olivier Py

La Cage aux folles, musique et paroles de Jerry Herman, livret d’Harvey Fierstein, d’après la pièce de Jean Poiret, traduction en français et mise en scène d’Olivier Py (en français, surtitrage en anglais pour les dialogues et chansons, en français pour les chansons)

 

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©Thomas Amouroux

Juste avant l’entracte, Laurent Lafitte -exceptionnel dans le rôle d’Albin/Zaza- interprète sous un arc-en-ciel de tubes fluo, les paroles de la mythique I am what I am : “J’ai le droit d’être moi, un être à part, j’entre en scène et j’ose … Sous les crachats ou sous les roses, que l’on m’acclame où que l’on me blâme. Je sais que je ne suis ni elle, ni lui, ni lui, ni elle”.
Cette confession de Zaza claque comme un manifeste d’ouverture d’esprit dans une France qui en manque souvent. A l’image d’Éric Ruf qui a relevé avec succès au dernier festival d’Avignon, le défit de monter Le Soulier de satin de Paul Claudel, Olivier Py réussit totalement son pari : recréer cette comédie musicale montée à Broadway en 83.
À la création de la pièce originale (1976), son auteur Jean Poiret écrivait avec son humour habituel: « On peut également recevoir la pièce comme un beau drame ou l’homo et l’hétéro (se munir d’un dictionnaire, j’ai omis de vous le dire, pour tout ce qui concerne cet exposé, ou demander tous renseignements à la caisse du théâtre, tous les jours de 11 h à 20 h, sauf le lundi, de 11 h à 18 h), ou l’homo et l’hétéro, disais-je, se livrent bataille dans une déchirante lutte de générations. Le tout dans un sourire poilé de larmes, comme il convient, entre gens de bon ton”.

Cette comédie musicale est une absolue réussite à tous niveaux. La scénographie avec plateau tournant, signée Pierre-André Weitz nous fait voyager de la scène du cabaret La Cage aux folles, à ses coulisses et à l’appartement d’Albin et Georges. Ce même artiste a aussi créé les costumes, dignes des grandes revues années quatre-vingt comme celles de LAlcazar ou du Paradis latin. L’orchestre des Frivolités Parisiennes sous la direction de Christophe Grapperon, plein de fougue, et les exceptionnels danseurs travestis Les Cagelles complètent cette mise en scène parfois grave, mais festive.
Le chorégraphe Ivo Bauchiero mêle avec succès claquettes, jazz, swing et danses de salon et ici, tout est fait pour que le public se sente au cœur du cabaret, avec des lumières rose. Laurent Lafitte (Albin transformée en Zaza meneuse de revue) va au contact des spectateurs, traverse un rang de l’orchestre et, comme un bateleur, les interpelle avec quelques réparties cinglantes : «Bonsoir à toutes et à toutes, et à toutes! Y a-t-il des hétéro dans la salle? Cela fait quoi d’être en minorité? Il y a deux sortes d’hommes, les passifs et les menteurs ! »
Et, à un autre moment, il regarde le poulailler du théâtre : « Coucou là-haut, Elle m’a fait coucou ! Ben, ce ne sont donc pas des places aveugles. » Accompagnant Laurent Lafitte -excellent dans ce genre d’exercice- ses partenaires sont justes, en particulier, l’acteur qui interprète Georges le mari d’Albin qui doit marier son fils et le faire entrer dans une famille chrétienne intégriste, d’où les multiples quiproquos comiques. «C’est un privilège, dit-il, de porter la tendresse en scène, dans le souffle et les pas de Georges.»
En costume d’un blanc éclatant, il ressemble au regretté Jean-Marie Rivière ( 1926-1996) acteurmetteur en scène et exceptionnel homme-orchestre de lAlcazar. Jean Poiret écrivait :«Le tout dans un sourire poilé de larmes. »

Pour Olivier Py, « La Cage aux folles est une leçon de tolérance qu’on aime car il n’y a pas de sermon. Elle se contente de nous faire rire, puis pleurer et rire encore, jusqu’à pleurer de rire. » Un exemple dans l’histoire du spectacle et pour le plus grand bonheur du public qui, chaque soir, offre une ovation debout à ces artistes en chantant avec eux : « On ne vit qu’une fois… Carpe diem, carpe diem. Entre le baptême et le Requiem. La vie, c’est peu de choses. Aussi fragiles que les roses, les roses, les roses. » Il faut espérer que ce spectacle sera repris.


Jean Couturier


Jusqu’au 10 janvier, Théâtre du Châtelet, 1 place du Châtelet, Paris ( Ier). T. : 01 40 28 28 40.

 

Et je pleure, et je pleure, et je pleure; en une soirée, j’ai pleuré autant qu’en dix ans

Hervée de Lafond et Jacques Livchine ont quitté le 31 décembre la direction du Théâtre de l’Unité. Nous ne pouvions malheureusement être à la grande fête qu’avaient préparée leurs collaborateurs. Les mots de Jacques ci-dessous sont particulièrement émouvants. Nous reviendrons sur la longue aventure de cette compagnie hors-normes, sans laquelle le théâtre contemporain en France et à l’étranger, n’aurait jamais été le même….

Ph. du V. 

Et je pleure, et je pleure, et je pleure… En une soirée, j’ai pleuré autant qu’en dix ans. Parfois, le rideau de larmes laissait la place quelques secondes à un soupçon de sourire. Hervée et moi, nous n’avions pas voulu être associés à la préparation de cette soirée, pour bien affirmer que, pour nous, c’était fini. Nos successeurs: Eric Prévost, Catherine Fornal et Estelle Chardon  nous  ont offert  le 31 décembre le plus incroyable que l’on puisse imaginer: une déferlante d’amour illimitée a envahi la grande halle de l’espace Japy à Audincourt ( Doubs). Un seul refrain sortait : « Vous nous avez été essentiels. »
Mais comment ça, mais où ça ? Des cadeaux nous arrivent, même pas signés: fleurs, compliments écrits, œuvres d’art, boîtes de chocolats. etc. Mais surtout des étonnements et surprises. Sylvie Lalaude que j’ai tant aimée et qui a été notre  assistante pendant dix ans, arrive de Bordeaux,  et Céline Poulain, je ne sais d’où. Marie-Leila nous bichonne: champagne, vatrouchka, fauteuil, couverture. Nos collègues du théâtre de rue: Larderet, Jean- Luc et Pierre Prévot et aussi la compagnie Générik Vapeur  avec Pierrot Berthelot, et Cathy Avram de Marseille sont là. Et Gilles Rhode, comédien et metteur en scène, fondateur de la Transe Express. Et des artistes de la promotion n° 77 de la F.A.I.A.R.  (Formation Avancée Itinérante des Arts de la Rue). Et Léna Breban, fontaine  à compliments, du genre: si vous aviez le rôle que vous avez joué dans ma  vie.  Mais Léna, tu collectionnes les Molière, tu as fais une mise en scène à la Comédie- Française… Qu’as-tu à faire de nous? Son épître est convaincante mais elle ne pourra pas la lire : il y avait une surdose d’éloges incroyables. Je regarde tous ces acteurs qui nous font la fête et qui répètent que nous avons été essentiels pour eux.

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Mais jamais, nous n’avons eu le  désir de transmission de quoi que ce soit!  Il y a malentendu: jamais cela n’a été dans mon  ADN. Nous aimions juste foncer sur des chemins vierges, changer les paramètres de représentation, jouer pour deux personnes ou pour 4.000, dehors ou à l’intérieur, partout… Et là, devant nous ils sont une centaine à nous dire merci à leur manière. Chacun raconte le moment où sa vie a basculé à cause de nous! Mais je pressens  qu’ils retiennent de nous,  ce que nous étions,  des “voyeurs-voyants-voyous”, champions des chemins de traverse et décalages, ne craignant pas le : « Rater  mieux”. Ou  »La vie est la farce à mener par tous”. Chacune et chacun transformaient à sa manière  mes adages, du genre: « Pour trouver, il faut se perdre”. Ou : « N’aie pas honte d’avoir honte.”

J’adorais les apophtegmes  que je ramassais  (merci à Stéphanie  R. qui m’a appris des mots savants). Ils étaient là, hurlant: ‘Vous êtes nos parents de théâtre, Merci papa ! Merci maman, ça frôlait le gnangnan, mais c’était d’une sincérité imparable. Dans de multiples apparitions imprévues, le Rappoporchestra, mon orchestre de famille avec cymbalum, accordéon, clavier, bratsch, batterie, trombone… Et mes enfants, mes petits-enfants, mes nièces, mon frère, ma sœur…  Je ne les attendais pas, j’hallucinais en pleurant!  Ils avaient monté  en secret, ce commando et m’avaient tous affirmé que, le 31, ils avaient mieux à faire que d’aller à Audincourt.
 Et puis, au sommet des émotions, les » femmes puissantes » , des amatrices de la région qu’Hervée  dirigeait. Les larmes aux yeux, elle lui ont dit un déchirant:  « Ne nous quitte pas”. Et Marcel, notre acteur et ami togolais a tenu à être là, alors qu’il vient de perdre son fils de vingt-cinq ans… Je serre son  bras et suis très ému! Gaétan lit un texte sur son téléphone : vous avez changé ma vie. Et puis les jeunes des Ruches, nos ateliers annuels et ce fou de Michaël qui est arrivé sans le sou depuis Calais.
 Tout a commencé  par une chorégraphie déjantée et violente sur des tables, préparée par Constance Biasotto  venue d’Arles. Notre acteur Pancho se jette sur les tables et lance un feu d’artifice d’une violence tectonique!  On croit que la Maison Unité, avec des flammes de plusieurs mètres de haut, va prendre feu. David Mossé, notre bien-aimé régisseur est venu avec Eric Billabert, créateur son mais aussi éclairagiste venu de Marseille, donner un coup de main. Il ne cesse de me glisser dans l’oreille : je vous aime. Je suis perdu, prends la main d’Hervée et lui glisse à l’oreille:  » C’est dingue, c’est nous, c’est notre esprit, cela nous ressemble  et ce n’est plus nous. »
 
Sur la terrifiante musique klezmer de notre spectacle Térézin, Céline Chatelain dit un texte de  Charlotte Delbo. Catherine Fornal orchestre l’ensemble, telle une capitaine dans la tempête et les numéros s’enchaînent sans une longueur. Ma dopamine (la molécule du plaisir) se déchaîne. Je plane, je ne sens plus mes métastases. Moi qui écrivais: cela va bientôt finir, j’écris maintenant : cela va continuer.
Martial Bourquin, le maire d’Audincourt, Jean Cadet, le président du théâtre de l’Unité et Christophe Châtelain, codirecteur du Pudding Théâtre, avec un texte de Frédéric Fort, s’adressent à nous depuis les fenêtres de la Maison Unité. Une 2 CV, conduite par Goobi, vient nous chercher! Mais ce n’est pas fini : une manche à air de Xavier Julliot  culmine à  quinze mètres de hauteur  et crache des plumes…
 Quatre heures du matin: Clément et Maksouille sont aux manettes et on danse : Faim soif cris danse danse danse danse. Haie d’honneur pour notre départ…  Un refrain galope dans ma tête : mais comment ont-ils pu  réaliser tout cela ? Bien sûr, j’oublie beaucoup de monde et impossible de tout raconter. Il y a Sophie Dufouleur et son « otchi chornia », Emilie et Bastien Charleri, accordéoniste indomptable, Goobi qu’on a arraché à Peugeot, Youssri, l’imitateur d’Hervée dans nos Kapouchniks, ces cent-vingt cabarets mensuels,  Brigitte Cottier, notre L.F.I. préférée
 Kamel Rebai,  de la mairie d’Audincourt filme toute la fête. Et tous ceux avec leurs souvenirs qui ont participé aux Kapouchniks. Mais aussi Jean-Pierre Marcos et Sylvie, venus d’Amiens qui ont tant fait pour nous, Hélène Jouvelot au bar, MC Galette qui revient du Cambodge avec une femme dans ses bagages, Valérie Moureaux,  comédienne et formatrice qui fait partie de la Ligue d’Improvisation depuis vingt-huit ans et qui a joué dans la salle mythique du Bataclan…
Mais j’en oublie, Catherine va me passer la liste peut-être, Sarat, le danseur de Montbéliard lâche les chevaux, dans une danse effrénée. J’ai surtout une pensée pour notre chère Irène K.  qui nous a suivi:  le cancer l’a achevée il y a à peine un mois. Et pour celui qui est resté chez lui: l’ours Claude Acquart, notre scénographe et indispensable compagnon de notre trio pendant cinquante ans! Claude n’aime décidément pas les mondanités…
Jacques Livchine, co-directeur avec Hervée de Lafond du Théâtre de l’Unité, à Audincourt  (Doubs).

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

    

Le Lac des cygnes, musique de Piotr Ilitch Tchaïkovski et du Groupe 79 D, chorégraphie d’Angelin Preljocaj

Le Lac des cygnes, musique de Piotr Ilitch Tchaïkovski et du Groupe 79 D, chorégraphie d’Angelin Preljocaj


Comme le rappelle Serge Lifar dans La Musique par la Danse : «Le ballet eut une destinée navrante : il a été créé le 4 mars 1877 au Grand Théâtre de Moscou, au bénéfice d’une demoiselle Karpakova dont le nom ne figure pas autrement sur les tablettes de la danse… La chorégraphie est d’un certain Julius Reisinger, encore un inconnu ! et l’orchestre dirigé par un amateur, un certain Riabov qui confessa n’avoir jamais encore vu de partition aussi compliquée (!). Décors et costumes empruntés aux vieux ballets du répertoire”.
Cette œuvre remontée par Marius Petipa et Léon Ivanov, après la mort de Tchaïkovski en 1895, obtint cette fois un triomphe qui perdure. Serge Lifar le considérait comme l’auteur  par excellence, de chorégraphies : « On trouve toujours dans sa musique, un mouvement de danse, une valse ou une ronde populaire russe”.

© J.C. Carbonne

© J.C. Carbonne

Ici, Angelin Preljocaj alterne musique originale et musique électronique du Groupe 79 D  et nous propose une version écologique de l’œuvre: les cygnes sont menacés par le réchauffement climatique à cause de l’activité humaine. Les vidéos de Boris Labbé sont explicites : à l’emplacement du lac, se construit une mégapole avec tours gigantesques…
Nous perdons actuellement vingt millions d’oiseaux en Europe par an (source L.P.O.) et les lacs de cygnes se font de plus en plus rares. Siegfried (Leonardo Crenaschi), le Prince est ici l’héritier d’une entreprise spécialisée dans la vente de plates-formes de forage. Rothbart (Redi Shtylla), le Sorcier, est un homme d’affaires qui veut exploiter une source d’énergie fossile, près du fameux lac. Odette (Mirea Delogu) se méfie de cette perspective mais Rothbart la transforme en cygne dès le prologue. Angelin Preljocaj va nous faire découvrir de sombres tableaux d’une grande beauté plastique et nous offre la vision d’un monde contemporain marqué par la dureté des rapports humains. En ce 31 décembre, supposé être festif, cette noirceur impressionne le public…
Les danseurs du ballet Preljocaj ont une technique d’une grande rigueur. Mirea Delogu (Odette et Odile) a une présence impressionnante et avec un corps athlétique, une grande sensualité dans ses mouvements. «C’est un rôle difficile qui requiert, dit Angelin Preljocaj, des qualités opposées, en termes de virtuosité et interprétation. Il faut vraiment un travail intense pour trouver l’équilibre entre ces deux personnages, sans rien céder sur une nécessaire exigence”.
Les remarquables costumes des cygnes d’Igor Chapurin cassent les codes habituels : tutus… Malgré plusieurs styles de chorégraphie en fonction des tableaux, l’ensemble est fluide et réserve de belles surprises que nous avons goûté avec grand plaisir.

Jean Couturier


Le spectacle a été créé au Théâtre des Champs-Elysées, 15 avenue Montaigne Paris ( VIII ème) du 21 décembre au 4 janvier.


Du 7 au 9 janvier, Maison de la Culture, Amiens (Somme).

Du 10 au 14 février, Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône).

Festival du Merveilleux au Musée des arts forains

Festival du Merveilleux au Musée des arts forains

Parisiens et visiteurs du monde entier vont rêver dans ce musée. Comme chaque année, Jean-Paul Favand, maître des lieux, invite des artistes au Musée des arts forains proprement dit, le Théâtre du merveilleux mais aussi au Salon vénitien et au Magic Miror.
Il faut aussi voir les manèges et éléments forains historiques que Jean-Paul Favand a collectionné et remis en fonctionnement avec une équipe technique très spécialisée. Manèges de chevaux de bois, vélocipèdes, gondoles mais aussi billards japonais ou hollandais, tables à élastiques et les fameuses courses de chevaux, de bateaux et de garçons de café, un ensemble d’attractions exceptionnel. Ce lieu unique au monde est sans doute un des plus grands musées privés du spectacle vivant.

 

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Thème de cette année: les costumes. On découvre, entre autres, ceux, fabuleux, de clown, créés par la maison Vicaire, des coiffes de cabaret et music-hall, d’une grande richesse, une robe de Brigitte Bardot dans Boulevard du Rhum (1970) de Roberto Enrico, une création d’Yves Saint Laurent pour le ballet Turangalila (1968) et une chapeau de Joséphine Baker (1973).

Au Théâtre du Merveilleux, opéras et ballets sont à l’honneur avec cinq pièces uniques d’une grande beauté dont Les Bandar Log (chorégraphie de Georges Skibine et costumes de Jacques Dupont (1968), Obéron (1954) costumes de Jean-Denis Malclès, Le Lac des Cygnes (1960), costumes de Dimitri Bouchene, chorégraphie de Vladimir Bourmeister. Yous ces spectacles furent créés à l’Opéra de Paris.
Enfin il faut aussi découvrir la parade et les performances musicales de la compagnie Demain on change tout, avec des marionnettes géantes. Il est bon de se perdre dans cet endroit hors du temps…

Jean Couturier

Jusqu’au 4 janvier, Musée des arts forains, Pavillon de Bercy, 53 avenue des Terroirs de France, Paris (XII ème). arts-forains.com

 

 

 

Livres et revues : Frictions n°40

Livres et revues

Frictions n°40

En ouverture de ce nouveau et très bon numéro, en blanc sur une page noire, quelques mots prémonitoires de Jean Jaurès le 25 juillet 14 : ««Le capitalisme porte en lui la guerre, comme la nuée porte l’orage. », donc juste avant qu’àla suite de l’assassinat le 28 juin à Sarajevo de l’archiduc héritier d’Autriche-Hongrie François Ferdinand, la France appelait le 1er août 14 à la mobilisation générale et deux jours plus tard, l’Empire allemand déclarait la guerreà la France et le lendemain, le Royaume-Uni à son tour la déclarait à l’Empire allemand.
Suit un édito
Bas les masques où Jean-Pierre Han qui cite un article de Jean Jourdheuil de juillet 94 paru dans Libération : « Les spectacles de théâtre se présentent (…) comme sur les rayonnages d’un super marché . Et le paysage théâtral, malgré sa diversité, perd son relief. » Et il critique avec raison ce qu’est devenu le festival d’Avignon où on ne retrouve guère la pensée de Jean Vilar son créateur et où la préoccupation de son directeur Tiago Rodrigues, semble être la recherche de financement. Et dit Jean-Pierre Han, il y a deux ans, avait été mis en place un système de places à 150 et 300 € ! pour spectateurs privilégiés avec prestations ad hoc comme pour les grands matchs de foot !
Jean-Pierre Han s’étonne aussi et avec raison que la part de création passe après les modes de production. Et nombreux sont les spectacles qui, en effet, ont déjà pu être vus ailleurs… Bref, le festival est devenu avant tout une vitrine nationale mais aussi internationale !  Et un marché : ainsi sept spectacles du festival sont programmés à la Scène nationale de Clermont-Ferrand…
Et cette évolution vers un capitalisme théâtral n’est sûrement pas saine. Autre temps, autre mœurs : c’était il y a à peine un siècle une conversation entre Gaston Baty, directeur du Théâtre Montparnasse et Charles Dullin, directeur de l’Atelier : » Alors Gaston, cela va, la saison a été bonne pour toi ? » «Oui, très bonne. Et toi Charles ? » - »Mauvaise et j’ai des dettes! » -«Ecoute, Charles, si tu as besoin, je peux t’aider. » Surréaliste en 2025 où les coûts de production et d’administration explosent, ce qui n’est sûrement pas sain. Ainsi dans un Centre Dramatique National de moyenne importance, la collaboratrice du directeur perçoit un salaire (brut) de 5.000 € par mois.

Ainsi nombre de banques françaises subventionnent des festivals importants. Sans contre-partie? Mais ce genre de mariage entre théâtre et capitalisme est très rarement dénoncé par la presse.C’est bien qu’une revue comme Frictions le fasse avec courage et lucidité.  Il y a une en ce moment une espèce de fascination des metteurs en scène pour le théâtre privé… Où ils ne sont pas toujours les maîtres absolus, la vedette dictant parfois ses choix quant à la  distribution… 
Dans le même ordre d’esprit, il y a dans ce numéro un long article de Michel Simonot; il pense qu’il faudrait retisser le rapport entre art et politique. Et où de plus en plus,« peut se mesurer l’engagement démocratique d’un élu, d’un responsable politique à la liberté artistique qu’il permet, dont il garantit les
conditions concrètes ». Et il y a actuellement un signe qui ne trompe pas : des acteurs et actrices autour de la cinquantaine, pourtant issus du Conservatoire national ou des meilleurs écoles de théâtre, se demandent s’ils vont pouvoir continuer à vivre de leur métier. Le temps où une démarche artistique avait une existence propre semble révolu et comme le souligne Michel Simonot, il y a urgence où les rapports entre activité artistique et responsabilité sociale soient plus clairs…
A signaler aussi un article de Jean Lambert-wild sur son expérience de scène hippo-tractée, une roulotte transformée en tréteaux de théâtre, renouant avec l’esprit de Firmin Gémier…
Et il y a entre autres, une espèce de bilan personnel fait par Anton Arrufat, écrivain et dramaturge cubain,
Le Théâtre et moi où il explique ses méthodes de travail et met en valeur les rapports qui s’établissent entre une pièce et le public. Ce texte intéressant est extrait de de La Pomme et la flèche à paraître chez Actualités éditions.

Philippe du Vignal

Le n° 40 de Frictions est en vente dans les librairies. 18 €.

L’École supérieure des arts du rire (Esar)

L’École supérieure des arts du rire (Esar)

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Frédéric Biessy, co-directeur avec son épouse Mélanie, du Théâtre La Scala à Paris et en Avignon a voulu créer cette école. Directeur artistique : l’humoriste Jérémy Ferrari. Pour lui, cette école répond à un vrai besoin en France où le « stand-up’ n’est pas ou si peu, enseigné. Et cela, dit-il, lui aurait bien plu de la trouver, quand il était encore tout jeune. Après un petit tour au cours Florent, pour vivre, il a fait en même temps des petits boulots. Puis Jérémy Ferrari écrira et jouer seul des sketchs comiques et assez noirs sur l’obésité, le suicide, le racisme, la xénophobie, la misogynie, les extrémismes religieux, le handicap, les guerres, la misère sociale, les prisons, la solitude, en particulier, celles des personnes âgées… Bref, que du bonheur!
Il sera révélé par l’émission On n’demande qu’à en rire, une émission de Laurent Ruquier de 2010 à 2012. Plus de quatre-vingt sketches ou « stand up », avec un humour toujours aussi noir et une provocation quelquefois facile. Mais cet humoriste a eu du succès et vient de reprendre la gérance du Théâtre Fémina à Bordeaux pour neuf ans…Pour ceux qui ne sont pas de la paroisse, on peut dire que cette abréviation de l’américain: « stand-up comedy » appartient au monologue, un élément  de nombreux pièces, mais pas toujours drôle.
Celui de Figaro, dans Le Mariage de Figaro de Beaumarchais est épatant: «Ô femme! Femme! Femme ! créature faible et décevante! »  De grands auteurs s’y sont même risqué comme Georges Feydeau. Entre autres, dans Les Réformes (1885), il s’attaque, bille en tête, à la Constitution, à l’Armée, aux auteurs, aux acteurs…  et conclut, à chaque fois par cette phrase en boucle: » Vling, vlan, réformons ! » Et dans son Potache, un élève, traite ses profs de crétins…  Et il y a eu plus récemment, Histoire du tigre et autres histoires de Dario Fo, les Six solos de Serge Valletti…

Le stand up a de multiples variétés. Mais  il y a quelques règles: aucun partenaire, décor,  accessoire. Aucun siège -parfois un tabouret- aucune musique ou juste quelques mesures. L’artiste se produit encore parfois dans un cabaret et maintenant, plus souvent dans une grande salle. Prenant le public à témoin de situations familiales ou socio-professionnelles où il s’est (soi-disant?) trouvé et souvent malgré lui et il fait tout pour que ce monologue semble improvisé: c’est aussi un principe de base.
Il y eut une effervescence du genre à Broadway dans les années soixante et au-delà. Quelques acteurs ont osé aborder, seuls, des thèmes socio-politiques, voire raciaux ou sexuels comme Richard Pryor, alors figure emblématique de la contre-culture aux Eats-Unis Suivront  alors, parmi les plus connus: Bob Hop, Dean Martin, Jerry Lewis, Jerry Seinfeld, Woody Allen, Eddie Murphy, Robin WilliamsEllen De GeneresWhoopi GoldbergEddie MurphyJim Carrey

En France aussi et, déjà vers dans les années 1950, dans les cabarets et music-halls, s’imposait le merveilleux acteur que fut Bourvil, puis Fernand Raynaud…Lui ne faisait pas dans la finesse mais était très populaire, à la radio comme à la télévision. Il y eut aussi Robert Lamoureux, Guy Bedos… Et, fin des années cinquante, Raymond Devos arriva avec ses formidables jeux sur le langage qui faisaient l’admiration de philosophes comme Olivier Revault d’Allonnes. Et, bien sûr, le fabuleux Pierre Desproges que Jéréy Ferrari connait bien:  sens de l’absurde, humour noir, anticonformisme patent : il traitait de « fanfaron suicidaire », le criminel Jacques Mesrine ! Vrai mais il savait qu’il prenait des risques…
Pas loin de Voltaire et d’Alphonse Allais,  avec un cynisme absolu il qualifiait Jean d’Ormesson, de «parasite de la société qui trémousse sans vergogne, son arrogance de nanti. »  Et il n’épargnait personne: «Marguerite Duras n’a pas écrit que des conneries. Elle en a aussi filmé! »
Entre 1980 et 1983, Procureur du 
Tribunal des flagrants délires, il se livrait à des réquisitoires sans appel: «Donc, l’accusé est coupable, mais son avocat vous en convaincra mieux que moi.» Ou encore, et sans aucun tabou: «Essayons en vain de cacher notre antisémitisme.» 
« Je crois qu’on a le droit de rire de tout disait-il, mais rire avec tout le monde, ça, peut-être pas. » Il est bon de rappeler ces phrases qui sonnent toujours aussi juste, quarante ans après. Maintenant qui oserait, où, quand et devant quel public, énoncer ce que Pierre Desproges se permettait de dire avec cette incroyable férocité? C’était vraiment une autre époque…
Puis, arriva une nouvelle génération à partir de 68, avec  Coluche, Thierry Le Luron, Alex Metayer. Et dans les années 1980, Pierre Palmade, Jean-Marie Bigard, Patrick Timsit. Mais peu de femmes dont Muriel Robin. Suivirent Gad Elmaleh, Jamel Debbouze, etc.

© La Scala-Provence

©x La Scala-Provence

Et l’Esar? « Une formation à temps complet, dit Jérémy Ferrari. Elle comprend des cours de théâtre, écriture, improvisation, rhétorique, sport mais également, puisqu’on est toujours dans le rêve, pourquoi pas pousser, des intervenants renommés qui viendraient chaque mois parfaire nos connaissances. »
Que c
ette école soit « diplômante, accessible aux artistes en formation professionnelle et aux jeunes étudiants, avec des « possibilités d’aides» (ce qui est  du genre flou!), après tout, pourquoi pas? Mais c’est une école privée, à plus de 9.000 € par an! Ce directeur nous a dit et répété que lui avait  fait des petits boulots pour vivre et se payer le cours Florent. On veut bien mais: 1) le prix n’est pas le même. 2) la première année de l’Esar se faisant à Avignon, les chances de trouver un travail hors période estivale sont minces, comme nous l’a confirmé l’administratrice d’une école publique de cette ville pas bien riche. Frédéric Biessy dit que les élèves pourront être ouvreurs à la Scala, quand ils seront la seconde année à Paris, mais comment se loger: le temps des chambres de bonne pas chères, est révolu…

Nous avons  eu un aperçu du travail de cette école, avec sept élèves qui se sont produits sur un podium de deux m2, au café-restaurant du théâtre La Scala. Près des grandes baies vitrées donnant sur la rue, donc « profitant »! de la lumière ultra-blanche d’une enseigne. Mais, bonne expérience, tous les professionnels savent qu’il faut apprendre à jouer partout. Et nous avons connu les spectacles de Patrice Chéreau joués le dimanche après-midi, au-dessus du marché couvert à Sartrouville, où officiaient les bennes à ordures avec un boucan infernal…
Il y avait donc ce soir-là dans ce café-restaurant, six jeunes gens tous barbus, sauf un (les Dieux savent pourquoi!)  et une jeune femme, essayant de séduire et de faire rire une trentaine de spectateurs attablés. Pas question de donner les bons points à l’un ou l’autre: c’est un travail d’école, donc en cours. Tous- et c’est positif- ont une bonne diction, ce qui devient rare! et plusieurs, surtout la jeune femme,  une gestuelle intéressante: il y a donc eu un bon travail en amont. Chacun a huit minutes et passe le relais au suivant avec une fluidité certaine. Cela veut dire aussi qu’au moins, ils savaient quand ils ont été recrutés, ou depuis, on leur a bien appris- à maîtriser un temps imposé. Le public -c’est gratuit- est plutôt bienveillant et rit parfois…

Là, où cela va nettement moins bien: ils vont souvent, et assez laborieusement, racoler les spectateurs à leur table (on suppose qu’il y a un metteur en scène qui les a dirigés vers cette facilité…) usage de micros, inutile et uniformisant une fois de plus les voix! Et surtout, ces monologues sont, en général, gentillets; malgré de temps à autre, une phrase bien sentie, ils restent assez timorés (aucune vague, aucune attaque des mondes politiques, religieux ou intellectuels). Un  élève a osé pourtant critiquer vite fait le montant élevé de la scolarité! On peut se rassurer: ici tout reste sage, propre. Et le public n’est pas ici traité de «bande de légumineuses surgelées du cortex» ou quelque chose d’équivalent, selon la cynique expression de Pierre Desproges.

Quelle presse et quels livres fait-on lire à ces élèves cet « école des arts du rire »? Travaillent-ils sur des textes difficiles? Y-a-t-il un enseignant chargé de l’écriture de ces futurs humoristes? Ce sont des questions qu’on peut se poser, surtout quand le prix de la scolarité annuelle est à plus de 9.000 €! Codirectrice de cette école, Geneviève Meley-Otoniel qui appartenait autrefois aux services des Enseignements artistiques au Ministère de la Culture (lesquels souvent donneurs de leçons, n’étaient guère réputés pour leur efficacité) ferait bien de revoir les choses d’urgence.
Là, il y a un grave déficit. Et une nouvelle école -mais rares sont les familles qui peuvent se permettre d’offrir une telle cotisation à leurs enfants-  doit cocher le maximum de cases si elle veut non pas garantir, mais, au moins, offrir toutes les chances de réussite dans un marché déjà saturé. Les générations passent vite et arrivent même quelques femmes comme Amandine Lourdel qu’on a pu voir dans le off d’Avignon ou Chloé Drouet. Chez les hommes, les plus connu sont sans doute Umut Köker ou l’ancien avocat Sébastien Wust.
Nous irons revoir ces jeunes gens à l’issue de leur scolarité, dans une vraie création, plus longue et bien à eux.
A l’issue de cette présentation de travaux, nous avons entendu une spectatrice demander à son ami: «Mais à quoi, cela sert au juste, une école d’humoristes, il n’y a assez d’écoles de théâtre?» Excellente question… Réponse en juin prochain. D’ici là, si le cœur vous en dit, vous pouvez aller voir ces jeunes gens, chaque lundi dans la petite salle de la Scala…

Philippe du Vignal

Présentation de travaux vue au restaurant de La Scala, 13 boulevard de Strasbourg, Paris  (X  ème). T. : 01 40 03 44 30.

Tempo au Cirque d’hiver Bouglione

Tempo au Cirque d’hiver Bouglione

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© x Les Salto Dancers du Cirque Bouglione avec M. Loyal (Michel Palmer)

Le plus ancien cirque du monde… Inauguré par Napoléon III, le 11 décembre 1852. Grâce au duc de Morny, son demi-frère, fils comme lui d’Hortense de Beauharnais, fut accordé un permis de construire à la place d’un ancien château d’eau, boulevard du Temple. Surnommé boulevard du crime à cause des théâtres comme le Cirque-Olympique, les Folies-Dramatiques, la Gaîté… où étaient représentés des crimes  assassinats, vols… Dès ses premiers spectacles en 1907, la famille Bouglione mettra en scène de grands fauves.

La célèbre La Piste aux étoiles s’installa au Cirque d’Hiver Bouglione de 56 à 78. D’abord présentée par Michel Francini et ensuite par Roger Lanzac, cette émission est entrée dans l’histoire de la télévision et a marqué des générations d’enfants et d’adultes. La famille Bouglione, emblématique du cirque traditionnel, s’est adaptée aux nouveaux règlements européens. En novembre 2021, sera interdite en France: « l’utilisation d’animaux sauvages dans les établissements itinérants à partir du 1er décembre 2028. » Mais les animaux domestiques: chevaux, chèvres, moutons, volailles, lama, dromadaire, chameau sont autorisés… Ici, reste un numéro de haute école équestre. Régina Bouglione, la chef d’orchestre du Cirque familial présente encore des animaux mais ici, elle dirige son cheval.

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©x Régina  Bouglione

Ce que le cirque a perdu en violence infligée aux animaux dressés contre leur volonté, il le gagne ici en poésie et légèreté. Mais la performance est toujours au rendez-vous et en ces temps de fêtes, il y a quelquefois deux représentations par jour! Cela exige de tous les artistes, une grande force physique et mentale, …
Les Bouglione réussissent là où les politiques de toute obédience ont échoué: faire cohabiter dans un même spectacle, la Troup Empress Passing, un quatuor venu de l’Est avec  Liibov, une sorte de reine sur son trône, menant les hommes à la baguette. Les jongleurs Maksim, Edouard et Dmitri font preuve d’une agilité et d’une originalité inouïes avec des lancers de massues fascinants!  Il y a aussi Guillaume Juncar avec une roue Cyr et des acrobates au main-à main Céline, Joline et Laurène, des sœurs italiennes. Et Housch Ma Housch, un clown ukrainien! Quelle intelligence et quelle beauté! Le tout cornaqué par  Michel Palmer, ce M. Loyal qui officie depuis quatre décennies! Côté public, les enfants avec leurs parents sont bien présents: une bonne façon de leur donner très jeunes le goût de la scène, loin des distractions numériques, souvent abrutissantes.

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©x Acrobates et sapeurs-pompiers

 Il faut aller découvrir ces excellents numéros. Nous retiendrons, entre autres, la fantastique performance de la hongroise Sára Nagyhegyi qui réalise toutes ses acrobaties, suspendue par son chignon: un très ancien numéro de cirque qu’elle fait ainsi revivre…
Sampion Bouglione, lui, unit jonglage et claquettes. Et le clown ukrainien apporte une touche poétique, sans prononcer un seul mot. Malicieux professeur Tournesol, toujours le premier étonné de sa maladresse, il  fait le lien entre les tableaux. Enfin, surprise finale: cordes « espagnoles » et échelles auto-portées de cinq mètres , tout droit sorties de la caserne parisienne Masséna s’invitent par roulement avec cinq de ses trente sapeurs-pompiers,  et quatre acrobates, dans un ballet aérien…

 Jean Couturier


Jusqu’au 26 mars, Cirque d’Hiver-Bouglione, 110 rue Amelot, Paris (XI ème). T. : 01 47 00 28 81.

Je parle, je parle, j’écris, je radote, et un jour, je me dis: tu parles de tout, de rien, mais tu ne parles jamais de tes enfants…

Je parle, je parle, j’écris, je radote, et  un jour, je me dis: tu parles de tout, de rien, mais tu ne parles jamais de tes enfants…

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Pourquoi, Jacques Livchine, ne parles-tu jamais de tes enfants? Tu fais comme si tu n’en avais pas! Pourtant les enfants, cela ça compte? Eh! oui. Chaque fois que l’on me demande quelle a été une des grandes émotions de ma vie, je parle de la naissance de mon premier enfant. J’ai vingt-quatre ans et quitte le Théâtre de l’Epée de bois, alors à Paris; c’est le 31 décembre 68 et j’y joue La Poudre d’intelligence de Kateb Yacine. 

J’appelle l’hôpital - qui n’existe plus- de la Cité Universitaire , depuis le taxiphone du bar-tabac, place de la Contrescarpe.  L’enfant est né, me dit-on, mais, à l’époque, on n’avait pas le droit de dire: fille ou garçon. On ajoute:  » Exceptionnellement, vous pouvez passer ”.
Alors, je roule en 2 CV et c’est incroyable! A minuit, les cloches se mettent à sonner, les voitures klaxonnent. Et je pleure: je crois que c’est pour la naissance de ce bébé que je ne connais pas encore. Je cours dans un long couloir- je le revois encore- et me précipite dans la chambre. C’est une fille! Etrange et grosse émotion que j’ai gardée comme la grande émotion de ma vie: avoir un enfant, minuscule petite boule de trois kgs.
J’aime bien le côté courageux d’Edith qui ne se plaignait pas et qui a fait Dana sans histoire. Je l’avais déposée à l’hôpital vers dix-huit heures avant d’aller jouer. Et puis, voilà, le bébé  nait à vingt-trois heures. Nous l’avons déclaré le 1er janvier 1968. C’était donc,  il y a très bientôt cinquante-huit ans et toutes les images sont encore bien précises dans ma tête.

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©x Avec 

Mais, bizarre, un jour arrive où ton enfant n’est plus ton enfant mais une adulte et on ne s’y attend pas. On croit qu’elle a reçu une éducation exemplaire: elle a fait de bonnes études et est même entrée au C.N.R.S. et y est toujours directrice de recherches.
Et tout d’un coup, patatras, elle lit Le Jour où mon père s’est tu (2008) de Virginie Linhart. Dana pense alors qu’elle a eu des parents qui se sont occupés beaucoup plus que d’elle,  de théâtre et de Révolution. Douche froide. Education ratée!
Et, choc récent, la voilà sur Facebook en entretien privé avec José Ramos Horta, président du Timor oriental.  Alors, comme on fait aujourd’hui, je tape: Dana Rappoport sur Google.  Et c’est une avalanche d’études, articles, publications, éloges… Il y a vingt ans, j’avais acheté son premier livre  Le Chant de la terre aux trois sangs et  nous avions même rejoint notre fille sur un chantier, au pays Toraja. Après, j’avoue m’être davantage préoccupé du Théâtre de l’Unité, que de ses recherches: à la vérité, je ne comprends pas tout et en plus, je n’ai pas de critères d’évaluation.

Donc, tu as une fille extrêmement fêtée et louée dans son milieu, celui des ethnomusicologues, mais tu es dépassé. Elle parle indonésien et sans doute aussi quelques dialectes. Et là, que fait-elle là-bas au Timor oriental avec José Ramos Horta, Prix Nobel de la paix 96 ? Que sais-je vraiment du Timor Oriental?
D’où tient-elle ce goût scientifique de la précision, de la recherche? Certainement pas, de son père.
Peut-être bien de Francis Lebettre, son arrière-grand-père maternel: il parlait cinq langues et ses grammaires d’allemand et d’anglais étaient fort prisées dans les années quarante-cinquante. 
Dana exerce  un métier à haut risques et parcourait en moto un pays accidenté et pauvre. Elle couchait à même le sol chez l’habitant, dans des maisons sans eau ni électricité  et risquait souvent d’attraper le paludisme et autres maladies, Un jour, je lui ai demandé: c’est quoi cette passion dévorante? Et elle m’avait répondu en quatre mots : l’amour de la connaissance…

Jacques Livchine, codirecteur avec Hervée de Lafond, du Théâtre de l’Unité, Audincourt (Doubs)

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