Du sexe de la femme comme champ de bataille de Matéi Visniec, traduction de Natasha Sideri, mise en scène de Stelios Patsias

Du Sexe de la femme comme champ de bataille de Matéi Visniec, traduction de Natasha Sideri, mise en scène de Stelios Patsias

Peu après la guerre en Bosnie, l’auteur a écrit avec fougue en trente scènes, cet essai théâtral dense où il analyse en détail les pensées, arguments, conclusions  sur la complexité de la psyché avec une tendance à la méchanceté…
Le dramaturge roumain francophone, malgré ses accusations trouve finalement un exutoire dans un scepticisme optimiste qui apaise le traumatisme. Un enfant à naître est toujours innocent et suscite l’espoir de lendemains meilleurs sans calamités, ni sans ni larmes, bref, sans tous les malheurs dus à l’absence coexistence pacifique à l’échelle planétaire depuis l’origine du monde.

Comme l’indique clairement le titre, Du sexe de la femme comme champ de bataille, le thème principal est ici la violence de genre, ses perceptions stéréotypées et les conséquences dévastatrices qu’elle a sur la vie des gens, quelle que soit la situation spatio-temporelle. Les femmes sont totalement dévalorisées et doivent servir  aux objectifs de vengeance, ici révélés les instincts sombres et sexuels. Dans ce conflit civil, le viol de la femme par un ou plusieurs combattants, est une tactique militaire écœurante pour humilier moralement l’ennemi.

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Les deux femmes ici expriment la solidarité contre la maltraitance, retraçant toutes les étapes de l’obscurité, à la lumière. Dorra a été violée et porte dans son ventre un enfant: son père est la guerre et sa mère, dans l’horreur. Au fil des séances avec la psychologue américaine Kate, confrontée elle aussi à ses propres blessures, elles prendront les décisions qui changeront leur vie.
Nous avons relu le texte en français et la traduction en grec de Natasha Sideri est solide. Stelios Patsias le met en scène avec ingéniosité, en soulignent l’esthétique du texte, partant du réalisme jusqu’au rêve-fantaisie, à un absurde à la limite du grotesque, voire du macabre.
L’espace scénique (décor et costumes de Maria Palanza) est simple : au centre du plateau, un lit d’hôpital et au sol, une ligne claire délimitant le lieu d’action: comme la mosaïque de l’institution thérapeutique ou les tranchées. Nicole Dimitrakopoulou (Dorra) et Sophia Palanza (Kate) incarnent avec une grande fluidité ces personnages. Elles nous donnent l’impression de mondes psychiques grand ouverts. Leur style de jeu à l’humour caustique, est adapté à une « philosophie du mais » où hypocrisie, racisme,intolérance, suspicion et  duplicité de chaque Balkan à l’égard de son voisin différent, sont mis à nu.

Les personnages lèvent de façon répétée un verre de vin et cela culmine  à la fin avec une chute abrupte du texte. L’alternance d’éclairage-clés de Nafsika Christodoulakou et la composition musicale de Giorgos Kassavetes créent une  menace rampante et une terreur, en renforçant le caractère invisible des mots et de certains événements.
Stelios Patsias met en scène un enfant à naître exigeant nourriture, caresses et affection de sa mère à travers son utérus, menaçant de crier s’il en est privé. Antonis Papadakis et Lefteris Katahanas, à moitié nus, avec un masque sinistre, créent une image puissante… Nous avons alors des sentiments mélangés de compassion pour le fœtus, et de malaise devant le monde misérable qui va être le sien… A ne pas manquer !

 Nektarios-Georgios Konstantinidis

Théâtre Choros, 6-8 rue Praviou, Athènes, T. : 0030 2103426736

https://www.youtube.com/watch?v=JIOxe5xLQ2I


Archive de l'auteur

Kids de Fabrice Melquiot, mis en scène de François Ha Van

Kids de Fabrice Melquiot, mise en scène de François Ha Van

Comment finir une guerre ? On ne sait pas. Même à la fin, un conflit reste toujours la guerre avec ses ruines, ses derniers snipers et ses orphelins. L’auteur a eu l’idée forte d’une pièce sur les orphelins de la guerre de 1992 en ex-Yougoslavie. Une bande d’enfants à la rue: treize ans à dix-sept ans, avec la solidarité d’une cour de récréation. Un garçon et une fille s’aiment ? Oui, avec ardeur et brutalité, là, n’est pas la question. Dans la bande, ils ne se détestent pas non plus, même si l’un est serbe et l’autre, bosniaque. Ils se cognent et vérifient leurs forces, à la mesure de la faim, de la mendicité et du vol. Mais aussi des parades qu’ils jouent pour tirer quelque argent des Casques Bleus. Ils apprennent un anglais basique pour partir d’ici et se donner rendez-vous plus tard… ailleurs.

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La bande a son chef qui s’est imposé tout de suite, et son souffre-douleur. Et de douleur, ils n’en manquent pas mais sujet tabou: on n’évoque pas les  morts et il en faut soudain un parmi eux pour que les sanglots éclatent et le deuil. François Ha Van mène sa troupe avec une énergie inflexible comme l’écriture de Fabrice Melquiot,, jusqu’à la fin du spectacle Ici, rien de superflu dans ce théâtre à l’ancienne avec les costumes que l’on peut : des tenues de sport comme celles de tous les jeunes, venues de la récup’ mais sans un détail de trop : c’est juste, vu la situation.
Quelques cubes pour s’asseoir mais la bande en a peu le temps, une bâche comme abri et et ce petit amphithéâtre devient le terrain de cavalcades pour ces jeunes interprètes. Cela suffit et le jeu collectif a la même rigueur. Les acteurs se donnent constamment à fond. La tension permanente est-elle trop rude, sans nuances? C’est comme ça. Pas de psychologie mais des comportements universels.
Cette bande-là pourrait aussi bien, sous ses oripeaux et avec son langage actuel, être celle du Gavroche des Misérables. On peut avoir le sentiment d’être parfois face à un exercice d’école mais chapeau à Nathan Dugray, Montaine Frégeai, Axel Godard, Yann Guchereau, Hoël Le Corre, Sylvain Le Ferrec, Julie Boulourde (en alternance avec Lara Melchiroi, Manon Preterre)

Christine Friedel

Jusqu’au 6 avril, La Scala, 13 boulevard de Strasbourg, Paris (X ème). T. : 01 40 03 44 30.

 

 

 

Festival Marto: Une Maison de poupée d’Henrik Ibsen, adaptation et mise en scène d’Yngvild Aspeli et Paola Rizza (en anglais surtitré)

Festival Marto:

Une Maison de poupée d’Henrik Ibsen, adaptation et mise en scène d’Yngvild Aspeli et Paola Rizza  (en anglais surtitré)

Ce spectacle avait été créé au dernier festival de Charleville-Mézières ( voir Le Théâtre du Blog). Yngvild Aspel, sa créatrice, interprète Nora Helmer, et Victor Lukawski: Torvald Helmer, son mari. Ils jouent les personnages de la pièce mais manipulent aussi avec Alix Veugue, dix marionnettes à taille humaine, hyper-réalistes. La scénographie de François Gauthier-Lafaye est rassurante pour  ceux qui ont besoin de repères: un salon bourgeois avec confortable canapé vert à franges, un sapin de Noël, une table et deux chaises. Cette mise en scène éclaire d’un regard neuf la pièce d’Henrik Ibsen (1879). 

© Johan Karlsson

© Johan Karlsson

La créatrice incarne ici parfaitement Nora et il y a de grands moments de manipulation à vue: elle  a pour ses trois enfants-poupées, des gestes maternels d’un exceptionnel réalisme. Puis, quand elle est avec Torvald, le docteur Rank et Christine, une amie, elle passe d’une conversation à l’autre et donne voix à chacun avec une belle fluidité dans le jeu.  Ou quand elle est persécutée par une araignée.  Enfin, il y a un moment de pure folie où la metteuse en scène/Nora à la demande de son mari, évolue avec son double-marionnette. Cette danse de mort annonce le bouleversement final. 

On sent ici le fruit d’une longue maturation et d’un travail en profondeur sur ce drame intime: « Nora, dit Yngvild Aspeli, est connue comme une alouette chantante aux ailes légères. Elle se cogne, tête en avant, contre l’invisible surface en verre de sa propre existence. Une maison de poupée est une vieille maison remplie de fantômes, usés par le temps et qui nous hantent encore. Une histoire sur les rôles que nous jouons, les paris que nous faisons et les illusions dont nous nous entourons. »  Un spectacle qui fera date.

Jean Couturier

Spectacle le 23 mars vu aux Gémeaux-Scène Nationale de Sceaux ( Hauts-de-Seine).
Les 28 et 29 mars, Le Bateau-Feu, Dunkerque (Nord).

Zazie dans le métro d’après le roman de Raymond Queneau, adaptation et mise en scène de Zabou Breitman, musique de Reinhardt Wagner

Zazie dans le métro d’après le roman de Raymond Queneau, adaptation et mise en scène de Zabou Breitman, musique de Reinhardt Wagner

 Le pape de l’Oulipo ne pouvait être mieux servi avec cette comédie musicale enlevée, fidèle à l’esprit du roman et à ses personnages fantasques. «Zazie dans le métro a accompagné de cinq à quinze ans, dit Zabou Breitman. Avant Zabou, pour Isabelle, j’ai eu Zazie.»Avec la même impertinence que l’héroïne, la metteuse en scène, auteure de la scénographie et des paroles des chansons, nous entraîne dans le Paris populaire de 1959 sur la musique de Reinhardt Wagner. Au grand dam de Zazie, le métro est en grève mais d’autres aventures parsèment son voyage initiatique au terme duquel elle pourra dire du haut de ses treize ans :  «J’ai vieilli ».

De petites fenêtres s’ouvrent dans le décor où s’agitent les silhouettes de films animés. À un rythme que l’orchestre présent sur scène et les acteurs tiendront sur toute la durée. Dès que la gamine apparaît sous les traits mutins d’Alexandra Datman, on retrouve avec plaisir sa gouaille communicative et le franc-parler qui imprègne toute l’œuvre. Jeanne, sa mère (Florence Pelly) vient de la confier à Tonton Gabriel, le temps d’un week-end: « J’ai deux jours pour m’envoyer en l’air.», chante-t-elle, avant de disparaître sur un tapis roulant pour retrouver son Jules….«Elle est mordue. » commente Zazie.
Voici oncle et nièce partis en taxi avec le cousin Charles, son conducteur, choqué par le vocabulaire de Zazie qui souligne chacune de ses phrases d’un : «mon cul ». Au café du coin, la Cave où officie l’accorte et rousse Mado P’tits-Pieds (Delphine Gardin), ils retrouvent Turandot, tenancier grognon et le fameux: «Tu causes ,tu causes, c’est tout c’que tu sais faire » lancé à tout-va par son perroquet Laverdure…

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Rien n’étonne Zazie qui explore la ville d’un pied léger, sans s’encombrer des remontrances ou bizarreries des grandes personnes mais toujours fuyant leurs « papouilles zosées » traumatisée par un père violeur, un épisode tragique qu’elle conte tout à trac au premier venu. La modeste tante Marceline (Jean Fürst), ménagère de son état, s’avère être un homme (il-elle chante ses secrets), comme Gabriel qui se révèlera en Gabriella, danseuse de charme au Mont de Piété où se terminera en beauté le périple de Zazie.
Avant, il y aura eu la foire aux puces et l’épisode du bloudjin , la visite de la tour Eiffel, la rencontre avec des touristes en route pour la Sainte-Chapelle, « joyau de l’art gothique », entonnant en chœur Kouavoir à Paris et l’obsession de Zazie à découvrir ce que veut dire: homosessuel, un mot qu’elle a entendu à propos de son oncle en écoutant aux portes..

Les chansons de Zabou Breitman s’inspirent de l’argot de Raymond Queneau et les styles musicaux de la partition leur donnent une petite touche désuète, avec songs à la Kurt Weill, en passant par jazz, java, cha cha cha et chansons réalistes, comme les costumes. Mais du rétro vu par le prisme de notre époque, Raymond Queneau, en visionnaire, dénonce le sort de la ménagère, le viol en famille… Et dans sa naïveté, son héroïne épingle la bourgeoisie, le patriarcat, l’Église, l’école, l’armée… Seul interdit : on ne touche pas à un enfant.

Avec ses personnages ancrés dans le Paris populaire mais aux identités troubles qui changent de nom et de sexe sans crier gare, cette version de Zazie dans le métro est un régal d’humour. Dans une mise en scène très travaillée, Zabou Breitman fait entendre chaque mot et chaque tournure repris au bond par les comédiens-chanteurs. Franck Vincent, tonton bon enfant, devient l’incandescente Gabriella. Fabrice Pillet joue le cousin Charles et endosse toutes les identités de Trouscaillon, un homme qui change de nom et d’aspect comme de chemise. Florence Pelly fait un malheur en veuve Mouaque dans un twist endiablé, plébiscité par le public. Remarquables, les musiciens jouent aussi certains personnages.
Les costumes stylés d’Agnès Falque et les perruques élaborées de Cécile Kretschmar contribuent à donner tout son brillant à ce spectacle proche du music-hall… Il n’y a pas toujours de quoi rire dans cette histoire, comme une certaine nostalgie pour le transformiste tristounet mais les gros mots de Zazie, jamais vulgaires, et son insatiable énergie sont là pour nous dérider.  A voir.

 Mireille Davidovici

 Jusqu’au 23 mars, MC93, 9 boulevard Lénine, Bobigny (Seine-Saint-Denis). T. : 01 41 60 72 72.

Les 27 et 28 mars, L’Azimut , Antony-Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine) ; les 3 et 4 avril, Le Volcan, Le Havre (Seine-Maritime).

Du 10 au 13 avril, Théâtre de Liège (Belgique) ; du 16 au 18 avril, Anthéa, Antipolis-Théâtre d’Antibes (Alpes Maritimes) ; le 24 avril, Equilibre Nuithonie, Fribourg (Suisse).

Les 2 et 3 mai, Scène Nationale Sud-Aquitaine, Anglet (Pyrénées-Atlantiques); les 14 et 15 mai, La Coursive, La Rochelle (Charente-Maritime)

Du 22 au 25 mai Théâtre National Populaire, Villeurbanne (Rhône).

 Zazie dans le métro de Raymond Queneau est publié aux éditions Gallimard.

 

 

Krach, Chroniques acides des injustices ordinaires de Simon Grangeat, direction artistique d’Emma Utges, mise en scène de Nicolas Raymond ( dès douze ans)

Krach,  Chroniques acides des injustices ordinaires de Simon Grangeat, direction artistique: Emma Utges, mise en scène de Nicolas Raymond (à partir de douze ans)

Avec cette création (2018) de la compagnie M.A. basée à Lyon, ces acteurs, chanteurs et marionnettistes Emma Utges et Christophe Mirabel, avec Patrick Guillot à l’accordéon, nous régalent d’un monde où leurs petites poupées et eux-même, nous parlent avec des saynètes, d’un triste monde qui ressemble furieusement.. au nôtre ! Celui que le président des riches, gaffeur  invétéré et son Darmanin de service, n’ont pas envie et ne veulent surtout pas voir… (selon sa célèbre phrase, « Maintenant, hôtels, cafés, restaurants, je traverse la rue, je vous en trouve ! « (du travail ).
Un monde où des étrangers
qui, sans avoir commis la plus petite faute, sont enfermés puisque non Français, entassés dans des centres d’accueil qui ressemblent plus à des prisons, celui où des ouvriers meurent, victimes d’un accident du travail sur un chantier. «C’était un Portugais mais quand même, nous avait un jour un grutier de la Tour Fiat alors en construction, à propos d’un maçon bousculé par une banche emmenée par une grue et qui était tombé, empalé sur une ferraille.» Cela fait froid dans le dos…. Et Simon Grangeat nous parle aussi d’étudiants sans aucun espoir de logement, condamnés à vivre dans la rue…

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Krach, un bruit régulièrement rappelé par l’accordéoniste, celui des victimes d’une situation économique où domine la spéculation et où les pauvres sont chaque année plus démunis, où les Restaus du cœur affichent plus que complet, mais où les riches circulent en jet privé sans aucun état d’âme. Où le premier ministre va en avion spécial du Gouvernement à Montbéliard (voir Le Théâtre du Blog)  le même qui appelle à la décarbonation…Et où les

Ici, sur un plateau où il y a le minimum d’accessoires et cette sobriété est tout à l’honneur de cette compagnie. Il ya de bons moments comme des banderoles de papier déroulées avec des slogans comme :« Enfermer les pauvres » Ou : « Ce pognon de dingue qu’on a mis ( un silence)… dans ce décor », cette parodie de flashs de journal radio, aussi absurdes qu’incompréhensibles. Ou ce couple riche qui joue en bourse et se parle, leur seule tête de poupée sortant du mur du salon, ou cette dégringolade sur une pente de petites marionnettes, victimes des multinationales Amazon, Orange, etc. gentiment conduites par Christophe Mirabel. qui, après un saut provoqué, finiront leur vie dans un grand panier que tend Emma Utges. Et, à la fin, la femme se lamente sur ses vingts ans de crédit encore à payer.  De belles trouvailles….
Oui, mais le texte est souvent un peu léger et la mise en scène n’est pas du bois dont on fait les flûtes : lumière sépulcrale tout au long de la pièce, sérieux manque de rythme, diction souvent incertaine surtout celle de l’accordéoniste, dramaturgie approximative avec sketches trop brefs, manque de véritable ligne rouge et cerise sur la gâteau (les vingt-sixièmes au compteur depuis janvier:  deux jets de fumigène, absolument inutiles comme d’habitude.. Cela fait quand même beaucoup d’erreurs! Ce spectacle déjà ancien qui a peut-être mal vieilli, manque de virulence, est décevant, et pas à la hauteur de ceux que programme le Mouffetard… Dommage.

 Philippe du Vignal

Jusqu’au 31 mars, Le Mouffetard, 73 rue Mouffetard, Paris (V ème).

Musée-Théâtre Guignol le 4 mai, Brindas (Rhône).

 

 

Lisbeth’s de Fabrice Melquiot mise en scène de Valentin Rossier

Lisbeth’s de Fabrice Melquiot, mise en scène de Valentin Rossier

Au début, c’est Chabadabada…Un homme et une femme, comme dans le film éponyme de Claude Lelouch. Coup de foudre dans un café à Tours, un jour de pluie. Lui, est représentant de commerce et elle, vend des bijoux. Pietr et Lisbeth, plus jeunes ni très beaux, cèdent à un désir fulgurant. Au fil de leurs rencontres de ville en ville, de chambre d’hôtel en chambre d’hôtel, s’insinue dans leurs étreintes enflammées, une sensation d’inquiétante étrangeté… La mémoire de Lisbeth flanche et Pietr doute : peut-il encore se fier à elle?  Ils redeviendront des inconnus l’un pour l’autre…

 

©Carole Parodi

©Carole Parodi

Le récit à deux voix de cette aventure a commencé et finira à la gare de la Rochelle quelques mois après leur rencontre, alors qu’ils ont rendez-vous sur le quai pour un long week-end consacré à faire un enfant. Pietr ne la reconnait pas Lisbeth. Ses baisers, son rire sont les mêmes mais ce n’est plus sa voix, ni son corps…
C’est une autre Lisbeth, d’où le pluriel du titre. Marie Druc et Valentin Rossier incarnent ce récit, habilement tissé entre passé et présent. Fabrice Melquiot multiplie les procédés narratifs entre subjectivité et objectivité et passe du :« je  », au «il » ou «elle  », selon les changements de focale. Valentin Rossier a choisi de traiter la pièce comme un oratorio et a mis en espace l’écriture par le traitement des voix.
Les interprètes à deux mètres l’un de l’autre, arrimés à leur micro sur pied comme à des mâts de navire, tanguent sur place, enveloppés par les douces nappes sonores créées par David Scrufari qui s’emballent parfois pour simuler leurs étreintes. Et elles soulignent de quelques vibrations insolites, la confusion des sentiments….En parfaite harmonie, les interprètes donnent libre corps à cette prose musicale, susurrent ou déclament la passion amoureuse et son érotisme incandescent, tel un chant parlé.

Valentin Rossier, ombrageux et comme rongé par le doute, ménage le suspense, laissant planer une violence meurtrière rentrée…. Marie Druc, elle, joue la légèreté et l’insouciance, son corps souple irradié par le désir. Le travail au micro donne au texte le rôle principal, sans effacer les corps parlants. Lisbeth’s est servi avec élégance et intensité par ces comédiens genevois. Une épure à voir, à entendre et à lire.

 Mireille Davidovici

 Jusqu’au 11 mai, Manufacture des Abbesses, 7 rue Véron, Paris (XVIII ème). T. : 01 42 33 42 03.

 La pièce a été publiée chez l’Arche Éditeur (2006).

 

Le Malade imaginaire de Molière, mise en scène de Tigran Mekhitarian

 Le Malade imaginaire de Molière, mise en scène de Tigran Mekhitarian

Pour le jeune metteur en scène et comédien d’origine arménienne, le grand homme homme de théâtre  tient une place à part dans  ses créations. Au festival de Villerville, créé il y a dix ans à l’initiative d’Alain Desnot, était programmé en 2020, Dom Juan de Molière mis en scène par Tigran Mekhitarian… Une belle découverte ! (voir Le Théâtre du Blog). Il avait déjà  créé sa compagnie en 2018, L’illustre théâtre avec laquelle il créera Les Fourberies de Scapin, puis L’Avare en 2019 et Don Juan, l’année suivante.

Tigran Makhitarian nous invite  à redécouvrir Le Malade imaginaire, comédie-ballet écrite en 1672, ultime œuvre de l’auteur. Le 17 février 1673, après un malaise en pleine représentation, Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, meurt dans son lit, rue de Richelieu à Paris. Il souffrait de tuberculose pulmonaire et se sentait très affaibli. Son théâtre est d’abord fondé sur des états  psychologiques principalement, comme l’avarice, la dévotion, la prétention ou l’hypocondrie… Ici, le personnage principal, Argan est isolé et a une idée fixe : la maladie. De là, naît la tension dramatique et il va  s’opposer au mariage des amoureux Cléante et Angélique. L’angoisse et la croyance d’être en mauvaise santé, le poussent à avoir un comportement absurde… Riche bourgeois entouré de médecins, il s’invente toutes sortes de maladies, croit à tous les médicaments possibles, et à la dernière scène, est incapable de reconnaître sa servante déguisée en médecin.
Il ira
jusqu’à vouloir marier sa fille Angélique à Thomas Diafoirus, médecin et fils de médecin. Mais Angélique aime Cléante et l’avoue à la servante Toinette. Béline, la seconde femme d’Argan, fait venir un notaire pour rédiger le testament de son mari . Son but : hériter de sa fortune, et elle aimerait bien voir les filles du premier mariage d’Argan, Louison et Angélique, entrer au couvent. Toinette surprendra la manœuvre et  aidera Angélique.

Tigran Mekhitarian reste fidèle à son éthique: donner accès au théâtre à un large public et en particulier, à celui qui n’y va pas ou très rarement. Important pour lui, d’actualiser les grandes œuvres classiques, en faisant appel en partie au contemporain, pour la musique, chansons, costumes, gestuelle et diction. Éléments déjà présents dans cette comédie-ballet du XVIIème s. Le metteur en scène  est allé puiser dans des œuvres artistiques de la culture grand public de notre temps. Ce geste souvent calamiteux dans les réalisations actuelles est ici mené de main de maître.
Il a choisi d’introduire, entre autres, du rap, comme pour chacun de ses Molière. Mais ici utilisé à bon escient -parmi d’autres genres- quand soudain les interprètes se mettent à danser… Ou quand lui-même joue Argan, de façon remarquable avec un timbre de voix, au rythme du rap. Et pendant les changements de décor, exécutés par des personnages bizarres  tout en noir et cagoulés. Le public, en rien agacé par cet essai de modernité, partage la solitude d’Argan, un Argan dépressif, ou l’indépendance d’esprit d’Angélique défendant coûte que coûte, au risque de finir au couvent, la liberté de choisir son futur époux.

©Laura Bousque

©Laura Bousque

Grâce à un jeu piquant, à une direction d’acteurs sensible, à l’écoute pertinente de l’histoire, la modernité de Molière resplendit… Les personnages prennent vie avec légèreté, espièglerie ou gravité: joués par des acteurs excellents dont Étienne Paliniewicz (Monsieur Fleurant, Monsieur Bonnefoy, Monsieur Purgon et Thomas Diafoirus), qui passe sans effort d’un personnage à l’autre.
Pour tous les actes, Georges Vauraz a imaginé un mobilier modulable,
blanc et rectangulaire. À partir de ce sobre élément, comme par magie prennent forme une salle de bains, salle à manger et de réception, chambre et lit de ce malade imaginaire. Et, avec une création-lumière subtile, Denis Koransky réussit à installer un climat entre  ridicule, joie et  mélancolie, tragique et comédie….
Quant à la partition sonore et musicale de Sébastien Gorki, variée et si juste, tout en nuances, elle contribue à retenir l’attention du public. Aucune longueur, aucun moment de répit: on se laisse emporter par l’histoire. Aucun effet de mode non plus dans cette actualisation de la pièce. Et les ajouts de texte, issus de l’imaginaire poétique du metteur en scène, revigorent  l’œuvre.  
Le public reçoit avec enthousiasme ce spectacle  et ressent l’intemporalité de la pièce, sa violence comme ses moments d’espoir et de mélancolie. L’âme humaine et ses multiples facettes prennent corps et cette construction théâtrale rafraîchit ce Malade imaginaire écrit il y a quatre siècles…

Les plus grands artistes, que ce soit en théâtre, peinture, musique, cinéma, danse… se sont pour la plupart inspirés des œuvres du passé et les ont fait résonner esthétiquement et socialement avec leur époque. Pablo Picasso a peint Les Ménines  en référence à Diego Velázquez (1599-1660), un contemporain de Molière.
Comme Tigran Mekhitarian: pour lui, sans aucun doute, si l’art ne remet pas en question ce qui a été fait, il ne reste qu’une  pauvre illustration, une copie. Cette mise en scène répond à cette nécessité au théâtre: donner  du plaisir au public mais aussi tout en ouvrant ses yeux sur notre temps.
Actualiser une pièce de Molière ne suffirait pas à convaincre et réjouir une salle. Molière, «Athlète complet du théâtre » selon le mot de Jacques Audiberti : comédien, auteur, chef de troupe et déjà metteur en scène quand ce métier n’existait pas vraiment…  Il suggère à quel point monter aujourd’hui une de ses pièces demande un travail minutieux et complexe,  comme pour l’ensemble du théâtre classique. 

La perception que Tigran Mekhitirian a du théâtre de Molière, sa lecture du Malade imaginaire, son invention poétique et l’intelligence de sa mise en scène sont remarquables. La force du spectacle réside beaucoup dans le jeu des acteurs. Il saisit avec esprit, audace et foi, les trésors de cette langue, sa mécanique et son fonctionnement. Il sait en faire jaillir toute la dynamique, en ayant conscience qu’il faut avoir un rapport concret, charnel au corps. Il a aussi senti la nécessité incontournable de faire rire, et, comme Molière, dans Le Malade imaginaire, de réussir à faire rire de soi…

Quand notre grand dramaturge écrit sa dernière pièce, il se sait gravement malade. C’est une comédie mais chaque acte se termine par une évocation de la mort. Et derrière le personnage d’Argan, (interprété par lui-même à la création et ici, par le metteur en scène), il y a Molière mourant qui joue avec la souffrance et la mort. Le tragique dans la vie, devient ici comique. Le risque dans l’interprétation du texte: s’exposer au ridicule, est ici totalement assumé.
Le génie de Molière reste intact et Tigran Mekhitirian est absolument fidèle à la dimension tragique, à l’humour mais aussi à la violence du texte. L’âme et ses folies, le moderne et l’ancien, s’harmonisent en toute intelligence. Quand ici, l’apollinien rejoint le dionysiaque, l’extase prend vie. Un petit clin d’œil à La Naissance de la tragédie de Nietzsche?  Bravo !

 Elisabeth Naud

 Jusqu’au 31 mars, Théâtre des Bouffes du Nord, 37 bis boulevard de la Chapelle, Paris (X ème). T. : 01 46 07 34 50.

Le 14 mai,  Le Salmanazar, Scène de création et de diffusion, Epernay (Marne). 

Adieu Daniel Martin

Adieu Daniel Martin

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Cela faisait un moment que nous ne nous étions pas rencontrés dans un théâtre. Daniel est mort à soixante-treize ans. Elève d’Antoine Vitez au Conservatoire National, il joua ensuite dans ses Quatre Molière en 1978 au festival d’Avignon puis au théâtre de l’Athénée à Paris où nous l’avions découvert. Et il jouait merveilleusement dans Le Soulier de satin de Paul Claudel, le fameux spectacle d’Antoine Vitez, un Chinois à longue tresse, coiffé d’un petit calot noir.
Il avait travaillé aussi avec Charles Tordjman pour L’Amante anglaise, La Nuit des Rois, L’Opéra de Quat’Sous. Et avec Stuart Seide dans Le Songe d’une nuit d’été, Dominique Pitoiset (de Guiche dans Cyrano de Bergerac, La Résistible Ascension d’Arturo Ui… Mais aussi avec Jean-Pierre Vincent, Jacques Nichet, Brigitte Jaques-Wajeman…

Daniel Martin été le metteur en scène du Mariage de Gombrowicz au Théâtre national de Chaillot, de Jacob et Joseph de Bruno Schulz. Le dernier spectacle que nous avons vu de lui était un très bon Cahin Caha de Serge Valletti(voir Le Théâtre du Blog) qu’il avait mi en scène et joué aux Théâtre des Déchargeurs, avec Jean-Claude Leguay. Puis au Théâtre des Halles à Avignon.

Au cinéma, il avait joué,  entre autres dans Capital de Costa Gravas, Le Dîner de cons de Francis Veber, L’Ordre et la morale de Mathieu Kassovitz. C’était un acteur qui avait un solide métier ; humble et solide, drôle mais il savait aussi rendre le pathétique d’un personnage. Adieu Daniel, et encore merci pour ce que tu auras apporté au théâtre.

Philippe du Vignal

Les Bonnes de Jean Genet, mise en scène de Mathieu Touzé

Les Bonnes de Jean Genet, mise en scène de Mathieu Touzé

Une pièce créée en 1947 par Louis Jouvet, on l’oublie trop souvent. Inspirée par l’affaire des sœurs Papin, un meurtre perpétué au Mans (Sarthe) quatorze ans plus tôt. Mais Jean Genet l’a toujours nié… Elle sera adaptée au cinéma par Nikos Papatakis: Les Abysses (1963). Puis Nancy Meckler a réalisé en 94 Sister My Sister et Claude Chabrol, un an après sur cette même affaire, tourna La Cérémonie avec Isabelle Huppert et Sandrine Bonnaire. Enfin,  Jean-Pierre Denis réalisa Les Blessures assassines en 2000.

Ce crime hors du commun s’était passé en 1933 dans une rue tranquille du vieux Mans, pas loin de là où était située l’Ecole des Beaux-Arts dont une enseignante avait bien connu les protagonistes de ce crime. Lequel avait fait du bruit. Le Mans était à l’époque une petite ville.
Léonie et René Lancelin avaient engagé six ans avant, une cuisinière: Christine Papin et une femme de chambre, sa sœur Léa. Bien payées, bien nourries, logées et blanchies. Aucun différent entre employeur et employées. Et pourtant, un jour vers 17 h30, Christine a dit à sa patronne que le fer à repasser faisait péter les plombs, ce qui expliquait le noir dans la maison. Le ton monte et naît une dispute entre elle et l’aînée des sœurs,  puis une  vraie bagarre.
Christine se met très en colère, tape sérieusement sur Léonie Lancelin et sa fille à qui elle arrache un œil. Puis, Léa arrache aussi ceux de la mère avec ses doigts et, avec un couteau et un marteau, les sœurs tailladent et tapent durement sur leurs victimes, jusqu’à ce qu’elles meurent. Le sang coule : Léa et Christine se laveront puis se mettront tranquillement ensemble au lit. René Lancelin, rentré à la maison, prévient la police. Ausitôt arrêtés, les sœurs Papin, reconnaîtront les faits et dirent qu’elles n’avaient absolument rien à reprocher à leurs patronne. Une grande affection liait Christine et Léa…

Christine sera condamnée à mort pour double meurtre et Léa à dix ans de travaux forcés et vingt ans d’interdiction de séjour, pour meurtre avec collaboration. Christine sera graciée par le président de la République Albert Lebrun  et la peine commuée aux travaux forcés à perpétuité.
Hospitalisée à l’asile public d’aliénés à Rennes, elle devient schizophrène : immobile et muette, elle y meurt à trente deux ans.Léa elle retrouvera sa mère à sa libération en 1943 et travaillera longtemps comme femme de chambre dans des hôtels et meurt à 89 ans, à Nantes.
Malgré de lourd antécédents familiaux : père alcoolique, violences conjugales, inceste sur la sœur aînée, cousin aliéné, oncle pendu… ce crime, restera mal élucidé. Pourquoi cet acharnement sadique? Jacques Lacan en verra l’origine dans une psychose paranoïaque.. Il y aurait aussi dans ce crime, la haine sociale de ces jeunes femmes même bien traitées. Mais humiliées elles sortaient peu, n’avaient aucun amant ou amie, ne connaissaient personne et se sentaient enfermées…

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Tout cela pour dire que ce crime hors du commun a fasciné nombre d’écrivains comme, entre autres, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Paul Eluard, Benjamin Péret et…Jean Genet. Et le fait-divers resté un des intrigants du XX ème siècle, continue à fasciner. Mais l’œuvre qui a presque quatre-vingt ans, n’a sans doute pas bien vieilli et son parfum scandaleux s’est évaporé.
Dans un rituel bien établi,  Claire s’amuse à imite Madame dans sa chambre en compagnie de Solange. Plaisir de la transgression: se retrouver dans un lieu interdit, mettre les robes de Madame, utiliser ses maquillages… Mais Claire écrira aussi une lettre anonyme à la police pour dénoncer Monsieur, l’amant de Madame, qui est un voleur.  Affolement des sœurs qui craignent d’être prises au piège: Madame suspecte quelque chose. Mais finalement, Monsieur sera mis en liberté provisoire…
Elles iront ensuite essayer de faire boire à Madame une tasse de tisane où elles ont ajouté la dose exacte de Gardénal, le somnifère de l’époque, pour éviter de se faire démasquer. Mais Madame ne la boit pas et ira retrouver Monsieur. Claire qui joue le rôle de Madame, boira la tisane empoisonnée et meurt…

 A la création par Louis Jouvet, cela se passait dans un appartement bourgeois. Puis il y eut, en 70,  la mise en scène de Victor Garcia, un jeune Argentin, avec les actrices espagnoles Nuria Espert et Julieta Serrano, chaussées de cothurnes à clochettes. Le spectacle participait d’un rituel baroque d’une rare violence souvent sur un lit rond couvert de soie noire… Une réalisation dont nous nous souvenons encore. Puis il y eut celle d’Alain Ollivier, très dépouillée. La pièce a été ensuite souvent montée, avec plus ou moins de bonheur. Mais avec efficacité par Jacques Vincey.
Jean Genet l’a dit et redit, comme pour exorciser les choses: sa pièce n’est pas un plaidoyer pour les domestiques. Mais il y a bien une couleur lutte sociale dans les dialogues et les didascalies, même si ces bonnes sont assez ambivalentes, fascinées par le luxe de Madame: « Je hais votre poitrine pleine de souffles embaumés. Votre poitrine… d’ivoire ! Vos cuisses… d’or ! Vos pieds… d’ambre ! (Elle crache sur la robe rouge) Je vous hais ! »  Et Madame, quand elle est imitée par Claire, tire aussi à vue: « Ce qui vient de la cuisine, est crachat. »

Matthieu Touzé a voulu, semble-t-il,rajeunir la vieille dame qu’est cette pièce, avec d’abord une scénographie dominée par le blanc : rideaux, nombreux robes de Madame, sol, meubles dont un secrétaire suspendu par des fils (comprenne qui pourra!), accessoires et très longues guirlandes de fleurs en plastique sans intérêt, tout ici est rigoureusement blanc… Mais cela ne fonctionne pas. Dans ce décor assez laid, il y a des marches que ces pauvres bonnes doivent sans arrêt grimper, ce qui nuit au jeu et des praticables enveloppés de tissu blanc et trop hauts, qui empêchent souvent de bien voir certains moments de la pièce.  Ce qui est plutôt ennuyeux…
Dans cet espace réduit et compliqué, Elizabeth Mazev et Stéphanie Pasquet,
 actrices expérimentées, font ce qu’elle peuvent mais n’ont pas l’âge de leur personnage. Et Mathieu Touzé tord le cou au texte et on se demande surtout pourquoi  il  a demandé à Yuming Hey de jouer, travesti, le rôle de Madame. Cet excellent acteur (voir Le Théâtre du Blog) se livre ici à une sorte de performance… qui n’a pas grand chose à voir avec la pièce, mais plus avec un numéro de chez Michou.
Et, à moins de connaître Les Bonnes, le public doit avoir du mal à distinguer la parodie de Madame auxquelles Claire et Solange se livrent, de leur conversation à elles. Il y a un certain flottement dans la direction des comédiennes…Et pourquoi un homme nu traverse-t-il le plateau au début du spectacle? Un clin d’œil mais lequel? Bref, cette mise en scène est trop approximative…

Le public, pas très jeune, dont on a l’impression, à écouter certaines réflexions, que visiblement, il  ne connait ni Jean Genet ni Les Bonnes, semble être venu s’encanailler à ce qui n’est vraiment pas un bon spectacle…  Mais  succès: la petite salle est pleine jusqu’à la fin des représentations…

Philippe du Vignal

Jusqu’au  23 mars Théâtre 14, 40 avenue Marc Sangnier, Paris (XIV ème). T. : 01 45 45 49 77.

Du 9 au 12 avril, Théâtre National de Bordeaux-Aquitaine. 

Du 14 au 16 mai, Théâtre de la Manufacture, Nancy. Le 30 mai, La Maison de Nevers-Scène conventionnée Art en territoire.

 

Larzac! Une aventure sociale racontée par Philippe Durand

Larzac! Une aventure sociale racontée par Philippe Durand

 « Gardarem lo Larzac !» Tout a commencé sur ce Causse des Cévennes en 1971, quand le gouvernement, par la voix du ministre de la Défense Michel Debré, voulut imposer l’extension d’un vaste camp militaire. Radicale, la colère se répand et les paysans, soutenus par la France entière, se mobilisent et signent un document : «Le Larzac restera/Notre terre servira à la vie/ Des moutons, pas de canons/ Jamais nous ne partirons./ Debré, de force, nous garderons Larzac!» La lutte dura jusqu’en 1981 quand, sur décision de François Mitterrand, élu président de la République, ce projet fut vite abandonné. Les paysans avaient vaincu et l’agriculture au Larzac maintenant se porte bien, comme en témoigne Philippe Durand. D’où le point d’exclamation de son titre…

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Après le succès de 1336 (Parole de Fralibs)*, un seul en scène construit à partir d’interviews des ouvriers de Fralib,  » Française d’alimentation et de boissons». Après plus de trois ans de lutte, ils remportèrent une victoire sans précédent sur cette multinationale anglo-néerlandaise d’Unilever qui voulait délocaliser la production…
Ici, l’acteur récidive et donne la parole aux paysans du Larzac. Avec lui, ce ne sont pas les anciens combattants des années soixante-dix qui s’expriment, comme dans le film Tous au Larzac de Christian Rouaud  (2011) mais leurs dignes héritiers. A la suite de leurs aînés, ils n’ont cessé d’inventer des solutions pour garder la main et vivre sur leur territoire. 

 En 1984, ils ont fondé en la Société Civile des Terres du Larzac pour exploiter les 6.300 hectares cédés par l’État, avec un bail emphytéotique jusqu’en 2085. Cette structure gérée collectivement met à disposition ferme et terre agricole à des nouveaux venus,  à condition de les quitter à l’âge de la retraite, pour les transmettre à la génération suivante. Le foncier devenant non comme un capital sur lequel spéculer, mais « un outil de travail à valeur d’usage ».

© Mas Razal

© Mas Razal

L’acteur s’empare des mots des Larzaciens, avec leur phrasé, leurs silences et, derrière, leurs manières de dire. Ce sont eux qui se trouvent devant nous, à nous raconter en personne l’expérience hors du commun de la S.C.T.L. : « On a construit avec les anciens, tu vois/ Donc, c’est vraiment construit avec la mémoire syndicale mais vivante /Pas une mémoire syndicale livresque, tu vois, ouais !/ On a fait des colloques/ On a fait des journées du foncier/ Avec des gens qui venaient de toute la France si tu veux (…) »

Assis à sa table de conférencier, l’acteur fait surgir devant nous une galerie de personnages, sans jamais forcer l’expression, composer ou caricaturer. Une parole brute pour nous dire leur vie sur le Causse, la beauté des paysages, la rudesse du climat et le bonheur d’être son propre maitre.Il est possible de travailler la terre autrement qu’en la possédant, disent-ils aussi: «Et on a obligé les gens à être imaginatif sur quoi produire sur ces fermes/ plutôt qu’d’se dire : «Plus j’ai d’hectares et plus je vais m’en sortir » /c’est ça le raisonnement autour hein !/Et autour/on voit bien que le pays se désertifie quoi /ça a permis/ Qu’on est le seul secteur en France/ où y a plus de paysans aujourd’hui qu’y en avait dans les années 80.»

 «J’ai retrouvé cette langue que j’avais considérée comme un trésor populaire dès mon premier projet Paroles de Stéphanois, dit Philippe Durand. Ils ont le verbe haut, coloré, l’esprit vif, joyeux, le sourire dans les yeux, la poésie sous la langue, la pensée fulgurante de bon sens. » Ce chaleureux spectacle nous transmet la relation de sympathie et confiance que l’artiste a établies avec une quarantaine de femmes et d’hommes, toutes générations confondues. Il est resté longtemps parmi eux, habitant dans une caravane au milieu des champs, pour partager une expérience unique.
Il voit en la S.C.T.L. un laboratoire foncier: «L’outil fait rêver. Il a pu m’apparaître parfois comme un eldorado démocratique. Mais l’aventure de la démocratie est un vrai travail. Elle ne va pas sans difficultés. » Philippe Durand tisse de multiples points de vue, sans nier la complexité de la vie collective. Une nouvelle paysannerie issue des luttes anciennes, n’est plus viscéralement attachée à la terre jusqu’à se faire posséder par elle comme dans La Terre d’Émile Zola.

Ce modèle attire beaucoup de néo-ruraux de toute origine qui n’ont pas à s’endetter à vie , soit une centaine de sociétaires, agriculteurs ou pas. Il y a même une troupe de théâtre. Le plus dur : tout laisser à la retraite mais le collectif envisage des solutions et beaucoup restent au pays. Un modèle social que ce spectacle contribuera à transmettre, à faire découvrir et connaître.

Mireille Davidovici

 Spectacle vu le 15 mars au Théâtre des Sources, Festival des arts de la parole jusqu’au 5 avril, 8 avenue Jeanne et Maurice Dolivet, Fontenay-aux-Roses (Hauts-de-Seine). T. : 01 71 22 43 90.

 Du 20 au 24 mars, Théâtre Jean Lurçat, Scène Nationale d’Aubusson (Creuse) ; du 26 mars au 7 avril,  MC2 Grenoble (Isère).

Du 9 au 11 avril, Mont-Saint-Aignan, Rouen (Seine-Maritime) ; les 19 et 20 avril, Théâtre Le Hangar, Toulouse (Haute-Garonne) ; du 25 au 27 avril, avec l’association Traverse, à Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées) .

Les 2 et 3 mai, dans les villages de la Communauté de communes de la Châtaigneraie (Cantal).

Du 29 juin 21 juillet, Théâtre des Halles, Avignon (Vaucluse).

*Parole de Fralibs est publié aux éditions D’ores et Déjà.

 

 

 

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