Jean Moulin de Jean-Marie Besset, mise en scène Régis De Martrin-Donos.

 Jean Moulin de Jean-Marie Besset, mise en scène Régis De Martrin-Donos.

© Charlotte Spillemaecker

© Charlotte Spillemaecker

La scène ressemble à une brocante, encombrée de meubles anciens. Eléments essentiels de la scénographie, des armoires posées sur des plateaux mobiles, déplacés par les comédiens, deviennent à l’occasion des habitacles pour un dialogue entre les personnages….

Le récit débute par l’ annonce de la mort de Jean Moulin, le 8 juillet 1943 et se termine par son supplice, sous la torture administrée par Klaus Barbie, chef de la Gestapo à Lyon. La scène,parfois envahie de fumée, est souvent dans la pénombre. Les tableaux se succèdent durant plus de deux longues heures. Le jeu des comédiens qui interprètent plusieurs personnages, est inégal.

Mais le plus gênant: la liberté que prend l’auteur avec l’Histoire. La pièce, sous-titrée une fiction historique, offre une vision peu reluisante de la Résistance. Des membres de l’association Libération-Nord, résistants de la première heure, qui ont vu ce « spectacle » n’étaient pas d’accord avec les raccourcis opérés par Jean-Marie Besset. Ils sont en effet ici présentés comme incapables de se coordonner entre eux mais aussi et d’un réseau à l’autre. L’homosexualité de certains est mise en avant comme un facteur de dissensions! On entend Jean Moulin dire qu’ «une grande partie des Français sont devenus résistants pour échapper au S.T.O .», le service du travail obligatoire instauré par les Allemands en 1943. Seuls les liens qui unissent Jean Moulin et le général de Gaulle à Londres, semblent plus conformes à la réalité.

Un travail de dramaturgie plus précis aurait évité de tomber dans la caricature. Le texte souffre de nombreuses faiblesses et trivialités du genre : «Je vais faire couler votre sang pour faire jaillir la vérité!» ; «Il va falloir partir à la castagne !» ; «Moi, Moulin, je suis un chien du genre épagneul !» ; «Il y a de l’or, Laure!» etc. Cette chronique historique, raccourcie et débarrassée de ses scories pourrait à l’extrême rigueur, faire l’objet d’une dramatique radio et aurait mérité un débat sur le combat patriotique qui a permis et accompagné l’arrivée des Alliés en France et contribué à la libération du pays.

Jean Couturier

Quelle tristesse en effet! Quel ennui! Que sauver de ce désastre que nous avons vu en compagnie de quelque quarante cinq spectateurs qui s’ennuyaient ferme? A cause d’une scéno prétentieuse- et des costumes minables- et sans aucune efficacité, les comédiens se transforment en déménageurs toutes les cinq minutes et ne sont absolument pas crédibles. En particulier les deux nazis qui parlent avec un drôle d’accent un français impeccable! Seul Stéphane Dausse en de Gaulle s’en sort  à peu près, mais on voudrait bien savoir pourquoi il imite le Général à certains moments et à d’autres pas… Et  Jean-Marie Besset a conçu une dramaturgie faite de très courtes scènes qui ne tient pas la route.
Quand on s’attaque à ce monument de l’Histoire de France qu’a été la Résistance, il faut avoir une honnêteté intellectuelle absolue, écrire un texte solide et le faire mettre en scène avec intelligence. Sinon on court à la catastrophe, et on est à la limite du théâtre amateur: comme ici… La vie est courte et nous n’avons pas eu la patience de rester jusqu’au bout; après une heure, nous avons abandonné la partie.

Philippe du Vignal

Théâtre Déjazet 41 boulevard du Temple, Paris III ème, jusqu’au 17 novembre.


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Le Gardien du Temple et La Machine conception et mise en scène de François Delaroziere

François Delarozière

François Delarozière

Le Gardien du Temple et La Machine conception et mise en scène de François Delaroziere

«Nous attachons une attention particulière à ne pas transfigurer la machine, à lui laisser une esthétique mécanique brute. C’est l’intervention humaine de la manipulation, du discours, de la musique ou de la danse qui donne vie aux machines. » Telle est la philosophie de François Delaroziere Sur la piste d’envol de la légendaire Aéropostale, après Antoine de Saint-Exupéry, René Guynemer et les autres, ce nouveau pionnier essuie les plâtres d’un projet colossal. Bien connu pour avoir conçu la famille des Géants de Royal de Luxe – qu’il accompagne de 1983 à 2005- puis Les Machines de l’Île à Nantes, le metteur en scène et scénographe s’apprête à inaugurer, à Toulouse, la Halle de La Machine.

Ce grand bâtiment, construit avec des subsides de Toulouse-Métropole et de la Région Occitanie abritera ses créations quand elles ne seront pas en tournée. Le quartier de Montaudran, autrefois banlieue industrielle, sort de terre autour de l’Aéropostale désormais baptisée La Piste des Géants. La métropole entend ainsi le doter d’un équipement culturel et touristique . « Le financement de la Halle de la Machine ( 12 millions d’euros) dépend des services de l’urbanisme, précise François Delaroziere :  « Une façon d’ouvrir la porte à l’art dans l’urbanisation de la cité. »

La piste d’aviation de 2,5 kms reste telle qu’elle, bordée des «jardins de la ligne», plantés d’essences végétales issues des pays traversés jadis par l’Aéropostale. Malheureusement, on ne peut pas y mettre les pieds, remarque le metteur en scène. Non loin, on trouvera un musée  consacré à la mémoire des pionniers. Mais rien de muséal dans cette Halle des machines : « les mécaniques animées de la compagnie prendront vie sous les yeux du public grâce à une équipe technique et artistique et à travers un large éventail de récits ». La Symphonie mécanique, Les  Mécaniques savantes, L’Expédition végétale, Le Dîner des petites mécaniques et Une nouvelle forme de vie non répertoriée, seront mis en mouvement pour les visiteurs et, entretenus, prêts à repartir jouer aux quatre coins du monde.

Grâce à un contrat de délégation de service public de dix ans avec Toulouse-Métropole et un budget de fonctionnement de 632. 000 euros, l’association La Machine emploie trente-cinq personnes et fait appel, pour la construction d’objets de spectacle atypiques, à de multiples professions : des métiers d’art, à l’industrie et aux technologies de pointe. Comédiens, techniciens, marionnettistes, musiciens et décorateurs se chargent de les animer : «Le mouvement est un langage, une source d’émotion. »

Dehors, dans le “manège carré“, se croiseront La Marche des buffles, La Ronde des insectes et Les Poissons…

Le Gardien du Temple

©Mireille Davidovici

©Mireille Davidovici

Dans le même temps, des dizaines de techniciens, mécaniciens,  acteurs, musiciens s’activent aux répétitions du spectacle inaugural.
Le Gardien du Temple se donnera du 1er au 4 novembre dans les rues de la Cité rose : Saint-Cyprien, Le Capitole, Esquirol, les quais de la Daurade, Port Viguerie, Matabiau, Alsace- Lorraine, Carmes, Salin, boulevard Carnot autant de labyrinthes, terrains de jeu où une araignée articulée de 13 m. de haut et 20 m. de diamètre retrouvera le Minotaure (47 tonnes pour  quatre mètres de large, et jusqu’à 14 m. de haut).

Telle Ariane, la fileuse le sortira de son souterrain… Cette épopée, conçue à raison de trois épisodes de deux heures par jour, s’inspire du mythe d’Ariane, mais revu et corrigé par la plume de Jorge-Luis Borges : dans La Demeure d’Asterion, nouvelle du recueil L’Aleph, l’écrivain donne la parole au Minotaure.

 Un étrange ballet se prépare, accompagné d’un orchestre, perché sur quatre plateformes mobiles à huit mètres du sol et dirigé par Mino Malan, auteur de la musique. Un ténor donne voix à la complainte du Minotaure : «  On me prend pour un fou/ On me traite de monstre /Tout ça n’est que mensonge (…) Mes ailes retrouvées/ qui sait ce que je ferai » …Pour le metteur en scène de cet opéra de marionnettes géantes, dont il a écrit le livret, le monstre n’est qu’un malheureux paria, mis à l’écart du monde parce que différent : mi-homme, mi-taureau  ! Un personnage poétique et pathétique qui s’ennuie et aspire à sortir des «couloirs sans fin et des corridors vides ».

Ariane, fille de Minos et de Pasiphaé – ici une araignée -, utilise ses pouvoirs magiques pour le guider vers sa future demeure, le temple dont il deviendra le gardien… Telle une danseuse, elle évolue avec grâce, chacune de ses huit pattes activée par un humain. Ses yeux et sa tête bougent  grâce à trois manipulateurs. Elle bave et crache de la vapeur, tandis que le Minotaure, mu par dix- sept personnes, se cabre, rugit et lance des flammes sur son passage.

Après des répétitions tenues secrètes, le public pourra bientôt admirer ces géants dans les rues de Toulouse. Le premier jour est celui de l’apparition des machines et les jours suivants, on les verra évoluer dans différents quartiers. Pour éviter les bousculades, seul le point de départ de chaque journée sera communiqué.

On retrouvera les deux protagonistes du Gardien du Temple, apaisés, dans la Halle des machines et sur la piste de l’Aéropostale à Montaudran. L’Araignée embarquera sur son dos une dizaine de personnes, et le Minotaure une cinquantaine.« Ces sculptures vivantes transforment le regard que nous portons sur nos cités conclut le maître d’œuvre. Le théâtre que nous pratiquons est un théâtre de rue et d’action dans la rue. Il nous permet ainsi d’envisager, dans l’espace public, un acte fédérateur. »

Mireille Davidovici

Le Gardien du Temple du 1er au 4 novembre dans les rues de Toulouse

Et du 9 au 11 novembre, week-end d’inauguration de la Halle de La Machine.
3, avenue de l’Aérodrome de Montaudran, Toulouse

www.halledelamachine.fr

 

Entropie, chroniques parisiennes, de Eric Da Silva, Henri Devier, Frédéric Fachéna

Entropie, chroniques parisiennes, d’Eric Da Silva, Henri Devier et Frédéric Fachéna

 

ob_47c96f_resized-entropie-v1-920011Entropie n.f. En physique : fonction exprimant le principe de la dégradation de l’énergie ; processus exprimé par cette fonction. Augmentation du désordre ; affaiblissement de l’ordre.

Il était une fois trois mousquetaires, ou quatre ou plus, c’est variable, autour d’Eric Da Silva en d’Artagnan. Pour cette fois, un pour tous et tous pour un, ils explorent Paris, avec leurs chroniques d’une ville secouée par un attentat. Secoués, ils le sont tous les trois, ce qui les rend ultra-sensibles et réactifs. Et on a envie de dire perméables au monde, aux sons, à la musique, aux mots pris aux mots, d’autant que leur costume est fait d’un imperméable tagué comme un mur qui parle. On les suit dans le présent d’émotions et d’impressions qui n’oublient jamais le monde autour d’eux. Au contraire : ils le répercutent de la façon la plus percutante qui soit, vive, rapide.

C’est de cela que ça parle. Comment nous avons, que nous le voulions ou non, le monde et la ville dans la peau, comment notre «moi», notre identité s’étirent ou se rétrécissent, tiraillées par les vibrations de ce milieu dans lequel nous baignons. Où suis-je ? Au coin de la rue, dans le métro, sur l’écran. Et je n’y suis pas «de passage», j’y suis, je commence à chaque instant à y exister. Houlà ! Nous voilà en pleine métaphysique ! N’ayons pas peur, elle revêt ici parfois des nez de clowns ou prend la forme d’un jeu d’enfants : on dirait que ce serait ton tour d’être le garçon avec qui on ne veut plus jouer et que tu serais mort pour dix minutes, par exemple.

Eric Da Silva, Henri Devier, Frédéric Fachéna nous font vivre un spectacle qu’on pourrait qualifier (avec toutes nos excuses pour la trivialité, mais comment dire autrement ?) d’autonettoyant. Rien que du v : relations entre eux, dans l’instant, paroles et images, maniement des outils comme l’ordinateur ou le téléphone portable, les trois gaillards ne laissent passer aucune approximation, aucun bluff. Le spectacle ne ment jamais : impossible quand on traque à ce point le vivant. De la vie, ils nous en distillent goutte à goutte autant qu’ils nous en balancent à la figure. Une façon de s’exposer à tout ce que la ville renvoie, de l’expérimenter, avec des images fragiles et mouvantes, dans une réelle précarité qu’il faut bien prendre à bras le corps. Une façon de réinventer le théâtre : sous la double raison sociale du Melkior théâtre et de l’Emballage théâtre, ils renaissent une fois de plus tel le phénix, brûlants, légers, inquiets, rapides.

Une première version, lue aux Collectif Douze, durait trois heures ; il ne nous en laissent qu’une heure vingt-cinq, mais cela suffit à nous déployer la ville dans toutes ces circonvolutions tourmentées et joyeuses. On n’en dira pas plus : il faut découvrir ce théâtre singulier, vécu en direct par «des gens de trente ans qui en ont soixante», ce défi contemporain. Et fraternel, de surcroît.

Christine Friedel

Spectacle vu  à l’Anis Gras. L’Échangeur, à Bagnolet, du 16 au 20 novembre, relâche le dimanche 18. T.: 01 43 62 71 20

 

Orphée et Eurydice de Christoph Willibald Gluck mise en scène d’Aurélien Bory.

©-Pierre-Grobois

©-Pierre-Grobois

Orphée et Eurydice de Christoph Willibald Gluck mise en scène d’Aurélien Bory.

Devant cette version du mythe d’Orphée, remaniée par Hector Berlioz en 1859, nous nous souvenons du sublime spectacle de Pina Bausch à l’Opéra Garnier où le héros tente de ramener Eurydice des enfers. Pour Aurélien Bory  Pina Bausch est une référence : « Pina Bausch a été très importante dans mon parcours et reste, à mes yeux, une artiste majeure de la seconde moitié du XXe siècle, qui a totalement renouvelé notre rapport à la scène théâtrale». Le metteur en scène s’est engagé dans cette aventure à la demande de Raphaël Pichon qui assure la direction musicale de l’œuvre et d’Olivier Mantei directeur de l’Opéra-Comique : «J’aborde le théâtre comme un art de l’espace».

A chacune de ses créations, Aurélien Bory change les repères habituels de la scène comme avec Plexus ou Espæce, (voir Théâtre du Blog). Pour cet Opéra dont la deuxième partie se situe dans le monde des morts il utilise une technique d’illusion datant de la fin du XlXe siècle : le Pepper’s Ghost. Un cadre de 12 mètres de haut et 9 mètres de large, suspendu aux quatre coins du grill et tendu d’une toile en plastique : suivant son angulation elle peut être transparente ou réfléchissante reflétant alors la salle, la fosse d’orchestre avec les musiciens de l’Ensemble Pygmalion, les cintres ou le plateau.

Pendant la première partie, l’image d’une toile peinte de Jean-Baptiste-Camille Corot, datant de 1861 qui s’étale au sol surprend. Elle représente Orphée ramenant Eurydice des Enfers. Le tableau ainsi que les interprètes présents se reflètent en fond de scène. Un bel effet, surtout quand Orphée plonge dans les enfers comme dans un siphon sans issue ! Pour Aurélien Bory : «Ce dispositif optique, qui retourne l’image qu’il reflète, peut évoquer, par sa surface tantôt transparente tantôt reflet, la séparation ténue entre le monde des vivants et des morts. Il crée littéralement sur le plateau un au-delà, non seulement par l’image, mais aussi par l’acoustique, puisque son empreinte crée un éloignement». Les voix des chanteurs se trouvent ainsi modifiées suivant leurs positions.

  Aux trois rôles principaux : Orphée (Marianne Crebassa), Eurydice (Hélène Guilmette) et Amour (Lea Dessandre), se joignent les membres du chœur. Des danseurs et des artistes circassiens se mêlent aux chanteurs de cet ensemble. Ainsi le metteur en scène donne à ce groupe un corps matériel différent par sa mobilité inhabituelle. Là encore Aurélien Bory bouscule avec bonheur les repères de la scène, résultat d’une direction de jeu précis.

Ce spectacle a très vite affiché complet, comme les nombreuses productions de l’Opéra-Comique. Les abonnements sont déjà ouverts pour 2019 avec, au programme, des metteurs en scène tels qu’Olivier Py, Anne Kessler, Michel Fau ; ou Valérie Lesort et Christian Hecq, de retour après le succès du Domino Noir vu la saison dernière.

Jean Couturier

A l’Opéra-Comique 1 Place Boieldieu 75002 Paris, joué du 12 au 24 octobre, puis en tournée du 2 au 12 juin 2019 à l’Opéra de Lausanne et la saison prochaine 2019 à l’Opéra Royal de Versailles, l’Opéra Royal de Wallonie, le Théâtre de la ville de Luxembourg et l’Opéra de Zagreb.

 

CIRCa 2018 31e Festival du cirque actuel

 

 

photo auch

CIRCa 2018

31e Festival du cirque actuel

 

L’aventure du cirque, à Auch, débute en 1975. L’abbé de Lavenère-Lussan, enseignant au collège Oratoire Sainte-Marie, organise un atelier cirque dans les greniers de l’établissement pour apprendre aux jeunes à vivre ensemble. Le Pop Circus, école de cirque d’Auch, est né.

Quand Achille Zavatta installe sa remise d’hiver à Auch, en 1986, la ville s’oriente vers la création d’un Pôle-cirque et va accueillir les rencontres de la Fédération Française des Ecoles de Cirque (FFEC) dès 1989, sous divers chapiteaux. Mais en 1996  le Festival ouvre ses portes aux compagnies professionnelles pour devenir aujourd’hui un lieu incontournable où se croisent écoles de cirque, artistes et programmateurs (trois cent cette année !). Depuis 2012 l’association CIRCa dispose d’un site dans une ancienne caserne : le CIRC (Centre d’Innovation et de Recherche Circassien), inauguré par le théâtre équestre Zingaro lors du vingt-cinquième festival. Autour du Dôme de Gascogne, chapiteau permanent pouvant accueillir les spectacles en frontal ou en circulaire, le CIRC possède une salle de répétition de 480 m2, un restaurant d’insertion (la Cant’Auch), des bureaux, des ateliers et espaces de stockage. Les vastes terrains alentour permettent de dresser des chapiteaux itinérants pendant le festival qui s’étend aussi dans plusieurs lieux de la ville. Cette année la plupart des quarante spectacles affichent complet-  et tout le monde se retrouvent dans les buvettes et restaurants sur la vaste esplanade du CIRC.

 Point d’orgue d’actions culturelles et pédagogiques régionales ainsi que de résidences de création menées tout au long de la saison, le festival était, à l’origine, porté par des bénévoles : il a gardé ce lien avec la population en mobilisant pendant dix jours, aux côtés des dix-sept salariés permanents et de nombreux intermittents, quelque deux cents volontaires. Ils conduisent notamment les navettes entre les dix-sept salles et chapiteaux disséminés en ville, et emmènent les artistes et programmateurs vers les gares et l’aéroport.

 Dans le cirque contemporain, comme on le verra dans l’échantillon que nous présentons, peu d’animaux mais des corps en action. Une recherche dramaturgique et esthétique à la croisée des disciplines circassiennes, du théâtre, de la danse, de la musique, des arts plastiques. Souvent sous-tendue par un fil narratif (Red Haired Men) et le souci d’une esthétique forte (L’Absolu). La scénographie joue un rôle important (O let me weep) et la musique s’insère souvent dans les acrobaties (Dans ton cœur). On trouvera quand même quelques formes plus traditionnelles avec une suite de numéros (Saison de cirque).

 Cette édition se focalise sur la question du cirque au féminin  : North Face  propose une version féminine d’un spectacle masculin : réplique adaptée aux corps des porteuses et voltigeuses (voir Théâtre du Blog, festival Ciam) ; Me mother met en scène la maternité et ses implications dans le métier. Projet.PDF (Portés de femmes) décline en un show brillant les préoccupations et les capacités physiques infinies des circassiennes.

 Comme chaque année, CIRCa accueille les travaux de différentes écoles sous l’égide de la FFEC : Fédération Française des Ecoles de Cirque, créée à Auch en 1988. Ils s’avèrent d’un excellent niveaux et annoncent de futurs professionnels de talent. Cette fédération structure l’enseignement des arts du cirque pour la pratique amateure et professionnelle. Elle réunit douze fédérations régionales et 136 écoles soit 27. 000 licenciés de tous âges.

 

 

Dans ton cœur mise en scène de Pierre Guillois avec la compagnie Akoreacro

 P 10 Dans ton coeur - Akoreacro ©RICHARD HAUGHTON (2)Pendant une heure quinze, huit acrobates et quatre musiciens entremêlent leurs corps, et leurs accessoires dans une fuite en avant électro-ménagère : les frigos voltigent, les fours à micro-ondes explosent,  et une course poursuite effrénée s’engage entre des amoureux bientôt coincés dans la routine familiale et l’enfer consumériste.

Claire Aldaya voltige entre biberons et machine à laver, ou d’un partenaire à l’autre. Une parodie de la vie moderne d’un couple à la page menée tambour battant aux rythme d’un petit orchestre volant et polyvalent (batterie, flûte, saxophone, contrebasse, violoncelle, clavier…) prêt à réaliser des figures extravagantes. On jongle avec les corps, les objets, dans des portés impressionnants.

Le metteur en scène d’Opéraporno ( voir Le Théatre du Blog) construit sa pièce sur le fil ténu de la rencontre amoureuse et le devenir du couple. En contrepoint, des moments music-hall et paillettes avec une drag queen au trapèze Washington. Dans ce feu d’artifice mouvementé, on a du mal à tout saisir : les gestes parfois s’éparpillent et se perdent. Mais on reste séduit par ce brillant spectacle au rythme endiablé. Ce jour-là, un porteur blessé a été remplacé au pied levé sans que l’économie générale du spectacle n’en pâtisse. Un bel exploit pour ce collectif d’artistes après le succès de leur précédente création, Klaxon.

 Du 22  au 30 novembre : Le Quartz Brest ; du 14  au 18 décembre : Le Volcan Le Havre ;  du 17- au 20 janvier : Circonova / Quimper ; du 25 janvier  au 10 février : Espace Cirque d’Antony ;
Du 11  au 17 mars : Festival la Piste aux Espoirs Tournai (Belgique) ; du 28  au 31 mars : Bègles ( Gironde).
Du 4  au 10 avril : L’Agora / Pôle National Cirque de Boulazac ( Gironde)

Du 2  au 8 mai: La Coursive,La Rochelle  et du 15  au 26 mai : La Villette à Paris

www.akoreacro.com

 

 L’Absolu conçu et interprété par Boris Gibé

l_absolu« Comme dans un théâtre anatomique, j’avais envie que ce spectacle soit vu du dessus, en circulaire, pour que le public se retrouve dans une réalité supérieure au sort de l’homme mis en scène. » Ainsi, Boris Gibé voir (Le Théâtre du Blog) entraîne le public dans un espace vertigineux, en forme de silo. Ce cylindre de tôle de neuf mètres de diamètre et douze mètres de haut comporte un escalier à double révolution qui s’enroule autour de la piste. Les spectateurs s’installent sur un rang, sur des tabourets collés aux parois, en surplomb de la scène circulaire.

Tout là-haut, un corps s’agite dans la transparence aqueuse du plafond avant de chuter brutalement pour disparaître au fond du puits. Par terre, l’acrobate s’arrache au sol tourbeux dans un jeu de lumières et de miroirs oniriques. Ses évolutions au bout d’un agrès aérien sont menacées par des matériaux tombant des hauteurs… Allusions à la condition humaine : l’individu aux prises avec des éléments hostiles airs, eau, feu… Tel Sisyphe, dans une lutte absurde et toujours recommencée.

Jouant sur le haut et le bas, déployant des illusions d’optique et un travail poétique sur les matières, l’Absolu ouvre un univers inquiétant, halluciné et hallucinant. On se passerait volontiers du texte qui accompagne ce beau spectacle, tant les images et les impressions suscitées sont fascinantes et parlantes. La compagnie Les Choses de rien, implantée à Paris depuis sa naissance en 2004 poursuit avec Boris Gibé une recherche autour de la perception du monde, comme dans cette pièce d’une heure dix à portée philosophique.

 

Du 8  au 13  et les 15  et16 janvier : Biennale des arts du cirque / Scène nationale de Cavaillon ; 24-27 janvier ; 1-3 et 8-10 février : Biennale des arts du cirque au Théâtre du Centaure / Marseille ; 23 -28 et l3 avril
Du 2-4 mai : NestThéâtre /CDN de Thionville ; du 13 au 31 mai ,Théâtre de la Cité & 2R2C, Paris

 

Red Haired Men d’après Daniil Harms mise en scène d’Alexander Vantournhout

 

P 21 red_haired_men__bart_grietens__1Quatre compères : deux “jumeaux“, un athlète aux cheveux rouges et l’acrobate et jongleur belge Alexander Vantournhout qui mène la troupe. Il s’inspire de micro-récits absurdes de Daniil Harms pour construire un spectacle burlesque mariant cirque, contorsion, marionnettes, tours de magie et ventriloquie.

« There was a red-haired man who had no eyes or ears. He didn’t have hair either, so he was called red-haired theoretically. He couldn’t speak, since he didn’t have a mouth.(…) (Il était un homme roux qui n’avait ni yeux ni oreilles. Il n’avait pas de cheveux non plus, mais on l’appelait théoriquement le rouquin. Il ne pouvait parler car il n’avait pas de bouche…) »

La pièce plonge d’emblée dans un univers de « non-sens » cher au poète russe : pour braver la censure, il empruntait à l’absurde  et par ce biais en disait long sur une société inique, brisée par le totalitarisme. (…) Les personnages se métamorphosent dans des postures grotesques, disparaissent par des tours de passe-passe. Les textes de Daniil Harms, courts et denses, ponctuent une chorégraphie acrobatique proche de l’illusionnisme forain ; nous voilà de l’autre côté du miroir, dans un univers extravagant à la Lewis Carroll. Quelques longueurs dans les parties dansées alourdissent le rythme général d’un spectacle poétique et dépouillé.

 

En Belgique : 17 novembre: Centre Culturel De Werf / Aalst ; 22 novembre : De Warande / Turnhout ; 27-29 novembre: STUK / Leuven ; 30 novembre: C-mine / Genk ; 18 janvier : Centre Culturel Ter Dilft / Bornem ; 23 janvier: Kunstencentrum nona / Mechelen ; 26 janvier: Schouwburg / Kortrijk ; 2 février : Centre Culturel De spil / Roeselare / ; 8 février: De Grote Post / Oostende ;15 février : Malpertuis / Tielt ; 19 février : Stadsschouwbrug / Sint-Niklaas ; 1 et 9 mars: Centre Culturel De Schakel / Waregem ; 4 mai : Centre Culturel Vondel / Halle ; 7 mai : Centre Culturel Berchem / Berchem ; 15 mai: Cultuurcentrum / Brugge.

En France : 4-6 décembre: Le Maillon / Strasbourg ; 30 janvier : Prato / Lille / FR

15 mars : Festival Spring / Théâtre de l’ Arsenal du Val-de-Reuil ; 22-24 mars: Les Subsistances / Lyon ; 26 mars: Ma Scène Nationale / Montbeliard

https://www.alexandervantournhout.be/

 

 Me, Mother mise en scène de Kristina Dekens et Albin Warette

2-Me-Mother-Kristina-Dekens-Albin-Warette-1200x800 Quel est l’impact de la maternité sur la vie professionnelle et privée des circassiennes ? Comment vivre le bouleversement physique d’une grossesse et d’un accouchement quand le corps est l’instrument principal de son art ? Créée par dix personnes à partir de récits personnels et d’improvisations, la pièce est jouée ici par cinq artistes, enceintes ou jeunes accouchées ; l’une d’elles, pas encore certaine d’être maman. Elles racontent ces moments de vie si particuliers qui précèdent et suivent l’enfantement. Issues de diverses compagnies et disciplines, elles viennent partager leurs expériences autour de la naissance. « Les répétitions ne sont pas focalisées sur la technique, mais bien sur les différents parcours et témoignages des artistes ». « Faire un bébé dans ce métier, c’est presqu’une trahison, dit l’une ». «J’ai peu de ne plus avoir de travail », réplique une autre. Histoire de montrer que la grossesse et la maternité ne sont pas une malédiction pour les circassiennes, chacune  exécute un court numéro, selon sa spécialité et son état physique (tissu aérien, hula-hoop, acrobatie au sol ou voltige, mât chinois…) .Dans la salle, des bébés, bienvenus pour l’occasion, assurent une bande-son authentique.

Cette pièce – forcément éphémère – , construite en douze jours, constitue un partage d’expériences, une dénonciation des tabous autour de la grossesse, une revendication face aux préjugés. Il est question de règles, de fausses couches ( “une grossesse sur cinq aboutit à une fausse-couche“) de césariennes imposées («  la césarienne, on te coupe au milieu ») et des douleurs de l’enfantement (« les douleurs de l’accouchement comme un tourbillon pendant neuf heures » ) De fait, cela peut paraître bavard et anecdotique, pavé de bonnes intentions, même si, pour élargir leurs propos à la condition féminine en général, les interprètes livrent quelques statistiques accablantes.

 Ce spectacle joyeux et léger joue sur la connivence avec un public majoritairement composé de circassiens et de de jeunes parents… Issu d’une résidence à CIRCa entre septembre et octobre 2018, il y a parfaitement sa place, plutôt qu’ailleurs.

 

 

Projet. PDF /Portés de Femmes, mise en scène de Virginie Baes

P 20 Projet PDF Portés de femmes@Pascal PERENNEC_300DPI PDF : sous cet acronyme, dix-sept femmes et une heure quinze d’énergie pure, entre danse, théâtre et cirque. Ce collectif réuni autour du porté acrobatique, présente une création hors norme, entre prouesses physiques et réflexions sur la condition féminine. Mutines, elles se lancent dans une parade glamour pour dénoncer l’image de la femme fatale. Moqueuses, elle se déguisent en rugbymen pour un match endiablé. Mais se montrent aussi romantiques, dans un défilé à la Pina Bausch, ou provocatrices en exhibant leurs seins, ou singeant l’hystérie… Quelques paroles de prostituées refroidissent l’ambiance festive. Les séquences s’enchaînent dans un rythme soutenu, on passe de l’humour à la provocation parfois forcée, comme cet épisode dans les rangs du public, un peu racoleur. Des images fortes naissent dans de beaux éclairages, vite effacées par des saynètes plus anodines.

Mais d’un bout à l’autre, la parfaite maîtrise des numéros et l’ambiance festive l’emportent. On les sent complices et solidaires ; malgré leur disparité, elle on su trouver un langage commun pour porter leur engagement. Elles n’ont pas froid aux yeux, leur nombre fait leur force et un vent de liberté souffle sur le théâtre.

 

Les 7 et 8 novembre 2018 : Alè̀s ; 16-17 novembre: Saint-Ouen ; 6 décembre : Châteauroux /

8 – 9 décembre 2018 : Douai ; 15 décembre : Mende ; 12 mars : Alençon ; 25 avril 2019 : Lannion ; 27 avril : Saint-Herblain

www.cartonsproduction.com

 

Saison de cirque, conception de Victor Cathala et Kati Pikkarainen, Cirque Aïtal

P 22 Saison de cirque © Loll Willems (3)« Sur la route nous avons rencontré des gens de cirque, des artistes très différents, tous passionnés de ce métier. Nous avons eu envie de les rassembler autour d’une même piste (…). A la frontière du traditionnel et du contemporain ; Aujourd’hui. » Avec Saison de Cirque, les deux fondateurs du cirque Ataïl en 2004 ouvrent leur chapiteau à d’autres artistes. Virtuoses des portés acrobatiques ce couple atypique – le grand costaud et la fluette – a su séduire les spectateurs du monde entier avec un duo main à main La piste là (en tournée durant plus de quatre ans) et l’histoire d’amour burlesque de Pour le meilleur et pour le pire, joué quatre cents fois.

Sous la houlette mi autoritaire mi complaisante de Victor Cathala, les numéros s’enchaînent sans temps morts car le spectacle se passe aussi dans les coulisses, dévoilant les préparatifs des artistes : la vie d’une équipe sur la piste et hors scène. Les Kanakov, quatre acrobates excellent à la barre russe, courte perche souple horizontale qui leur permet des rebonds spectaculaires. Le jongleur canadien Matias Salmenaho joue de la hache ou des massues : sa stature imposante, sa longue barbe rousse contrastent avec sa dextérité et son ironie. Moins à l’aise, le voltigeur équestre n’apporte pas grand chose mais on apprécie la présence de deux chevaux, clin d’œil à la tradition. Toujours aussi alerte, la fluette Kati Pikkarainen nous étonne par sa virtuosité, et sa rigueur contraste avec l’humour de ses postures souvent clownesques.

Autour du rebord de piste, le portique marquant les coulisses tourne et dévoile son envers où les artistes prennent leur pause. Pendant une heure trente on sourit aux aléas de la vie d’un cirque, tout en appréciant le haute technicité des performances, accompagnées par un orchestre aguerri.

 

30 novembre -16 décembre : Pôle Cirque – Théâtre Firmin Gimier – La Piscine / Antony ; 28 décembre -1er janvier: Lavrar O Mar / Monchique (Portugal) ; 24 – 27 janvier: Biennale Internationale des Arts du Cirque / Marseille ; 2 -5 mai : Cirque théâtre Elbeuf ; 30 mai- 2 juin : Carré Magique / Lannion

http://www.cirque-aital.com/

 

O let me weep de Colline Caen et Serge Lazar , compagnie Les Mains sales

 

©Jeff HUMBER

©Jeff HUMBER

Un homme et une femme, les yeux bandés. Confiance aveugle l’un envers l’autre. Il faut du cran à Colline Caen pour escalader le portique et marcher à tâtons sur la traverse à des mètres du sol, puis rejoindre son partenaire un peu plus bas à un agrès fixe pour qu’il la maintienne au-dessus du vide à bout de bras jusqu’à épuisement. Accompagnant la voltigeuse et son porteur, le violoncelle sensuel et plaintif de Hannah Al-Kharusy soutient cette tension extrême, accentuée par la proximité des artistes. Le public disposé autour d’une petite piste entre dans l’intimité de ces corps suspendus l’un à l’autre.

La pièce se construit à partir de O let me weep d’Henry Purcell, le lamento de Junon à l’acte 5 de l’opéra The Fairy Queen : « O let me weep (…) He’s gone, his loss deplore/ and I shall never see him more (…) O let me weep! forever weep ( O, laissez moi sangloter/ il n’est plus, je déplore sa perte / et je ne le reverrai plus jamais) De sa voix chaude, la longiligne mezzo soprano belge Pauline Claes entre en jeu et se fond à ce ballet mélancolique qui dit la relation contradictoire au sein du couple, faite de tendresse, de confiance, de risques et de peurs. La fragilité et la force de cette union, racontées à travers des corps dans une proximité troublante avec les spectateurs. Colline Caen et Serge Lazar, duo de cadre aérien travaillent ensemble depuis 2008, tout en participant à d’autres créations. Ils nous offrent ici quarante-cinq minutes d’émotion dense et recueillie.

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Du 15 au 17 novembre : L’Atelier du Plateau, Paris XX ème.

http://www.atlastlabel.com/oletmeweep

 

Le festival s’est tenu du 18 au 28 octobre CIRCa Allée de Aarts Auch (Gers) T. :  05 62 81 65 00 www.circa.auch.fr

L’artiste et son monde, Une journée avec Ohad Naharin.

L’artiste et son monde, Une journée avec Ohad Naharin.

©Jean Couturier

©Jean Couturier

Denis Lavant était l’invité surprise d’Ohad Naharin, pour cette journée consacrée au chorégraphe israélien. Avant ce temps d’échange entre les deux artistes, coordonné par Sonia Schoonejans et Didier Deschamps, un atelier «Gaga Classe» s’est tenu dans la matinée. Denis Lavant raconte : «J’ai débuté par le geste inspiré par l’exemple de Marcel Marceau, quand j’ai voulu passer au verbe, c’était compliqué, du coup mon seul repère c’était l’émotion, Si l’émotion est en phase avec le texte, le texte sort bien». Pour lui, le personnage de théâtre nait dans une relation entre le comédien et l’auteur. Issu du texte, il se compose progressivement en tenant compte des contraintes comme le costume et le lieu. Ohad Naharin explique qu’il a, lui , beaucoup de mal avec le verbe même si parfois un écrit accompagne son œuvre : par exemple celui de Peter Handke dans Naharin’virus, (voir Théâtre du Blog). Pour l’acteur le geste du danseur peut être contrôlé alors que chez lui la parole s’échappe. Questionné sur le fait que son studio est un sanctuaire impénétrable, le chorégraphe répond que toute personne peut y venir du moment qu’il danse. Pour lui chacun a la capacité de danser : «Nous avons tous cette compétence dès l’enfance, le mouvement se transmet par écho dans le corps, avec l’éducation et le passage à l’âge adulte cette capacité se perd, nous avons une tendance à bloquer ce flux émotionnel. Si je suis attendri par un danseur, c’est qu’il a en lui cette faculté de développer cet écho, écho que Denis a bien sûr en lui aussi». Il le montre en invitant deux spectatrices sur le plateau pour quelques mouvements improvisés. Prenant l’exemple d’une pierre que l’on jette, il nous fait ressentir le retentissement du geste dans notre corps, au niveau du bassin et du thorax. 

©Jean Couturier

©Jean Couturier

Selon lui le triptyque nécessaire pour créer comprend, la passion, le pouvoir de l’imagination, et cette compétence de sentir l’écho du mouvement en soi. Les spectateurs ont ensuite assisté à la répétition de Venezuela, un travail de précision et d’écoute de l’autre. Le chorégraphe avoue avec une belle sincérité qu’il tombe régulièrement amoureux de l’interprétation de ses danseurs et ses pièces sont le résultat des récits intérieurs de chacun d’eux. Le public a partagé avec bonheur cette intimité avec l’acte créateur.

Jean Couturier

Théâtre National de la Danse de Chaillot, 1 place du Trocadéro Paris XVI ème, vu le 20 octobre, «Tous Gaga» jusqu’au 27octobre.

The Idiot conception et chorégraphie Saburo Teshigawara.

Japonismes Festival d’automne

The Idiot, conception et chorégraphie de Saburo Teshigawara.

 

©Jean Couturier

©Jean Couturier

Ce chorégraphe dont nous avions apprécié le travail sur  plusieurs grandes scènes parisiennes (voir Le Théâtre du blog) découvre la nouvelle salle Firmin Gémier, bien adaptée à ce duo intimiste d’une heure, inspiré de L’Idiot de Fiodor Dostoïevski. «Je savais, dit-il, qu’il était impossible de créer une chorégraphie tirée d’un tel roman. » Pourtant, il réussit, en dansant avec sa muse, Rihoko Sato, à rendre remarquablement lisibles la solitude du personnage et ses fractures intérieures…

 Saburo Teshigawara, ici danseur et chorégraphe, a aussi conçu le collage musical, les costumes, les lumières. Il fait bouger nos repères habituels, en mettant tous ces éléments en mouvement pour produire un concentré d’émotion vraie.

Les musiques de Serguei Prokofiev, Piotr Tchaïkovski, etc., se chevauchent et reviennent en boucle comme pour une valse éternelle, et les lumières changeantes soulignent une danse en constante mobilité. Rihoko Sako, en robe longue ou en costume de tulle, semble voler, gracieuse et fluide. Saburo Teshigawara hume les effluves parfumées de cette dame en noir qui tournoie autour de lui : il la cherche, la perd et la retrouve. Quand il reste seul dans la pénombre, traversé de convulsions incontrôlables, sa douleur, communicative, nous émeut profondément. Fragiles et solitaires, les danseurs, transformés parfois en pantins désarticulés, nous impressionnent par l’humanité qu’ils  donnent à leurs personnages.
Nous retiendrons surtout de cette belle performance les gestes d’amour : des mains qui se frôlent, une tête qui se penche, une hanche qu’un bras accompagne tendrement… Une soirée exceptionnelle conclue par des saluts d’une extrême délicatesse, avec une danse généreuse, toute de désespoir et de passion. A recommander aux amoureux du spectacle…

Jean Couturier

Théâtre National de la Danse de Chaillot, 1 place du Trocadéro, Paris XVI ème jusqu’au 5 octobre.

 

Chandâla, l’impur, Mise en scène, texte et traduction (tamoul/français) de Koumarane Valavane.

©Cristophe Pean

©Christophe Pean

Chandâla, l’Impur, mise en scène, texte et traduction de Koumarane Valavane. (en français et en tamoul, surtitré en français)

«Cher Monsieur Shakespeare, nous allons jouer votre pièce dans le contexte des castes», annonce une voix, avant que ne retentisse la célèbre musique de  Shigeru Umebayash pour le film In the Mood for love de Wong Kar-Wai. Avec cette adaptation haute en couleurs de Roméo et Juliette,  une histoire d’amour entre un Intouchable et une jeune Brahmane, le Théâtre Indianostrum de Pondichéry, nous offre un magnifique spectacle qui dénonce, sous les formes traditionnelles du théâtre indien revisitées à l’aune de la modernité. la violence sociale contemporaine.

Selon le livre sacré de Manou, créateur de l’humanité : «Au sommet de la pureté, se trouvent les Brahmanes, au-dessous d’eux, les Ksatriya, les guerriers, puis les Vaisya, les marchands, enfin les Sûdras, les serviteurs.  Une cinquième catégorie, les Chandâla, les Intouchables, sont exclus, car susceptibles de polluer la pureté des lieux, de l’air, des objets» . Aujourd’hui en Inde, ils sont deux cents millions (18 % de la population!), à être victimes de nombreuses discriminations et condamnées aux viles tâches : éboueurs, égoutiers, chargés de la crémation des corps… Comme le père de Jack notre Roméo, tombé amoureux de Janani (Juliette), fille de Brahmanes ultra-conservateurs. Aux destinées des jeunes gens, préside le dieu Amour: descendu du ciel avec son arc et ses flèches, qui conduira le cortège nuptial au guidon d’un rickshaw.

CHANDALA:2

©Christophe Pean

« Nous adaptons chaque élément de la pièce de Shakespeare au système des castes», dit Koumarane Valavane. Tout y est, mais transposé : la rencontre au bal masqué se fait dans un cinéma porno; la scène du balcon a lieu sous les jupes de la nourrice, jouée par l’hilarante clown et danseuse française,  Marie Albert, qui a rejoint la troupe indienne pour la création de Chandâla, l’impur et qui appris le tamoul.
Le spectacle convoque tous les arts du théâtre indien. Pour la scène nuptiale, les comédiens dénudent avec délicatesse leurs effigies de bois et d’étoffe, imaginées par le maître des marionnettes K. Periyasamy. Le chorégraphe Sathish Kumar réussit à mêler danse traditionnelle, kathakali et hip-hop en passant par quelques citations de West Side Story ou des comédies de Bollywood. La musique de Saran Jith puise aux racines des percussions du Kerala. Les chants gaana de David Salamon, proches du rap, proviennent de la communauté des Intouchables. Ces deux musiciens interprètent les compagnons de Jack. La plupart des comédiens excellent dans la gestuelle traditionnelle à l’instar de Purisai Sambandan : ce grand maître de therou kouthou, une forme de théâtre qui mêle le chant, la danse et le jeu, et qui  a collaboré avec Ariane Mnouchkine pour  Une chambre en Inde. Et Vasanth Selvam, un des fondateurs du Théâtre Indianostrum…

Le cinéma où se déroulent certaines séquences, sert aussi de toile de fond à la pièce, avec des intermèdes extraits de bandes-annonce de films d’action calqués sur les blockbusters hollywoodiens ou des publicités projetées pendant les entractes dans les salles obscures indiennes. Cette violence du septième art fait écho à celle de la société, présente en arrière-plan de la pièce, et de la fable shakespearienne. On entend à plusieurs reprises le témoignage de Kwasalya, une jeune femme dont l’amoureux a été assassiné par des tueurs, sur l’ordre de ses parents. Elle a porté plainte et son père a été condamné à mort pour avoir commandité le meurtre. «C’est la première fois, précise Koumarane Valavane, et cette jeune fille est en train de se battre pour une loi contre les crimes d’honneur.»

Car, au pays où Ram Nath Kovind, un Intouchable, a été élu président de la République en 2017, les crimes d’honneur persistent. La forme bon enfant et un peu kitsch que prend ici la tragédie shakespearienne avec des séquences dansées,  des couleurs vives, des cortèges fleuris n’est que la  façade ironique de drames quotidiens et bien réels. Pour le metteur en scène: «Le spectacle touche un sujet sensible, et le texte reste très documenté ; quatre-vingt dix pour cent des éléments contenus dans la deuxième partie sont vrais mais les Indiens ne les connaissent pas.» Il craint de choquer des communautés par certains détails, quand ils joueront en Inde, « car il y a des allusions à d’autres castes qui se reconnaîtront ».

 Le Théâtre Indianostrum, créé en 2007, veut promouvoir un théâtre moderne dans une continuité culturelle. Il possède aujourd’hui une petite scène, à Pondichéry, la salle Jeanne d’Arc,  un ancien cinéma français. D’où son nom complet: Indianostrum Pathé-Ciné Familial. Koumarane Valavane, franco-indien et ancien membre du Théâtre du Soleil, a invité en 2015 Ariane Mnouchkine et son École Nomade. Naîtront de ces échanges, la création d’Une chambre en Inde par le Théâtre du Soleil, et celle d’un diptyque amoureux Chandâla, l’impur puis Dounia, mon amour ! par le Théâtre Indianostrum.

 A l’issue de trois heures avec entracte, cette troupe polyvalente et généreuse a reçu un accueil enthousiaste à Limoges. Mais dommage, le spectacle, coproduit par le Théâtre du Soleil, les Francophonies en Limousin et le Théâtre de l’Union, ne se jouera que trois soirs à la Cartoucherie de Vincennes. Raison de plus pour s’y précipiter !

 Mireille Davidovici

Spectacle vu le 30 septembre le au Théâtre de L’Union à Limoges.

Et du 5 au 7 octobre, Théâtre du Soleil, Cartoucherie de Vincennes, route du Champ de manœuvre.  Et en novembre et  décembre au Théâtre Indianostrum à Pondichéry et dans plusieurs villes indiennes.

Les Francophonies en Limousin se poursuivent jusqu’au 5 octobre

Sélection de spectacles du in, du off au festival d’Avignon, Aurillac, Paris l’Eté, etc.

Sélection de spectacles du in, du off au festival d’Avignon, Aurillac, Chalon, Paris l’Eté, etc.

Comme l’an dernier, sont programmées des centaines de spectacles à Avignon où coexistent dans le off, parfois le meilleur… et souvent le pas bon du tout. De nombreux lecteurs nous  demandent ce que l’on peut voir ! Nous avons donc, pour faciliter vos choix, établi comme l’an passé, une petite liste de spectacles qu’au moins, l’un d’entre nous au Théâtre du Blog a vus, et que nous pouvons vous recommander. Ensuite, à vous de décider…Entre théâtre classique ou contemporain, danse, cirque, etc.

Nous tiendrons à jour cette liste pendant toute la durée du festival d’Avignon et au-delà. Bien entendu, toute l’équipe du Théâtre du Blog vous rendra compte aussi  quotidiennement de ce qui se passe dans le in, et dans le off qui a beaucoup évolué depuis cinq ans et qui, cette année encore, promet de belles surprises. On vous parlera aussi des spectacles de Paris-l’été et ensuite du festival d’Aurillac, mais pas seulement…

Bon été à vous…

Philippe du Vignal

Festival d’Avignon in: 

 *** Saison sèche de Phia Ménard pont.jpg, jusqu’au 24 juillet, à Vedène,  à 18h : ATTENTION : départ de la navette à la gare routière d’Avignon (près de la gare SNCF) à 17h..

*** Le Pays lointain (un arrangement) d’après Jean-Luc Lagarce, mise en scène de Christophe Rauck, du 20 au 23 juillet, à 19h, salle Benoit XII, rue des Lices, Avignon.

****De Dingen die voorbijgaan, d’après Van Oude menschen, de dingen, die voorbijgaan (Vieilles gens et choses qui passent), roman de Louis Couperus, adaptation de Koen Tachelet, mise en scène d’Ivo van Hove, jusqu’au 21 juillet,  à 22 heures, Cour du lycée Saint-Joseph, 51 rue des Lices,  Avignon.

*** Exposition à la Maison Jean Vilar: “Je suis vous tous qui m’écoutez.” Jeanne Moreau, une vie de théâtre.
Maison Jean Vilar, 8 rue de Mons, Avignon, jusqu’au 24 juillet, du lundi au dimanche de 11h à 20h. L’exposition se poursuit jusqu’en avril prochain. T.: 04 90 86 59 64.

*** Fenanoq, conception et interprétation de Pierre Fourny et Cécile Proust
Jardin de la Vierge du lycée Saint-Joseph, 62 rue de Lices, Avignon, jusqu’au 24 juillet à 18 heures.  Et le 6 octobre, à l’Echangeur, C.D.C.N. Hauts-de-France, Château-Thierry.

**** Léonie et Noélie de Nathalie Papin, mise en scène de Karelle Prugnaud, Chapelle des Pénitents blancs, Place de la Principale, Avignon, jusqu’au 27 juillet, à 11 heures,  et 15 heures.

Nous vous conseillons aussi : Ça va ça va le Monde programme R.F.I. : lectures de textes francophones dirigées par Armel Roussel du 14 au 19 juillet à 11 heures. Maison Jean Vilar, (entrée libre), Avignon.

Festival Villeneuve en scène, à Villeneuve-lès-Avignon (Gard), juste de l’autre côté du pont

 *** La Nuit unique par le Théâtre de l’Unité, Plaine de l’abbaye, les 10 et 11, les 13 et 14, 17 et 18, les 20 et 21 juillet de 23 h à 6 h du matin + une heure de petit déjeuner. T : 04 32 75 15 95.

*** Boxons jusqu’à n’en plus pouvoir de Stéphane Jaubertie, mise en scène de Fafiole Palassio et Philippe Ducou, Ecole Montolivet , jusqu’au 21 juillet, à 21 h 30. T : 04 32 75 15 95.

*** L’Absolu de Boris Gibé, texte de Julien Gaillard, du 10 au 22 juillet à 22 h, Clos de l’Abbaye. T : 04 32 75 15 95.

 Festival d’Avignon off:

*** Les Champignons de Paris d’Émilie Génaédig, mise en scène de François Bourcier, Chapelle du Verbe Incarné, rue des Lices, Avignon, jusqu’au 28 juillet à 21 h 35. T. : 04 90 14 07 49.

*** Shakespeare vient dîner de William Shakespeare, mise en scène d’Aude Denis et Thomas Gornet,  Présence Pasteur, 13 rue du Pont Trouca, Avignon, jusqu’au 29 juillet à 19h. T. : 04 32 74 18 54

*** Mu de Fabrice Melquiot, mise en scène de Laetitia Mazzoleni, Théâtre Transversal, 10 rue Amphoux, Avignon, jusqu’au 29 juillet, à 20 h 10. T : 04. 90. 86. 17. 12.

**** Plus grand que moi, texte et mise en scène de Nathalie Fillion, Théâtre des Halles rue du Roi René, jusqu’au 29 juillet à 17 h. T. : 04 32 76 24 51.

*** Cent Mètres papillon de Maxime Taffanel, mise en scène de Nelly Pulicani, La Manufacture, 2 rue des Ecoles, Avignon, jusqu’au 26 juillet à 16h 25. T. : 04 90 85 12 71

**** Bienvenue en Corée du Nord  création collective, mise en scène d’Olivier Lopez, jusqu’au 29 juillet à 14 h, Théâtre des Halles, rue du Roi René, Avignon. T. : 04 90 85 52 57.

*** Bizarres, scénario et mise en scène de Natasza Soltanowicz  (en polonais, surtitré en français), Campus international, 74 rue Louis Pasteur, jusqu’au 20 juillet. T. : 06 24 21 74 49.

*** Bruit de couloir, solo de jonglage chorégraphique de Clément Dazin  (tout public, à partir de dix ans), La Caserne des Pompiers, 116 rue de la Carreterie , Avignon, jusqu’au 23 juillet, à 13 h 30. T. : 04 90 01 90 28.

*** L’Établi d’après Robert Linhart, mise en scène d’Olivier Mellor, du 6 au 28 juillet à 20 h, Présence Pasteur, 13 rue Pont Trouca, Avignon. T. : 04 32 74 18 54.

** Monsieur, d’après la véritable vie de Marcel Creton, écriture scénique et mise en scène de Claire Vienne, du 6 au 29 juillet, à 13 h 10, La Factory,  4 rue Bertrand, Avignon. T. 02 43 36 23 32.

**** Kyz-Zhibek, comédie musicale de Gabit Mousrepov, du Théâtre du Music-hall d’Astana, Kazaksthan, musique d’Evgeni Broussilovski, et mise en scène d’Askat Maemirov, collège de la Salle,  3 place Pasteur, du 19 au 25 juillet, à 21 h 45 (surtitré en français).

*** Love and money de Dennis Kelly, mise en scène de Myriam Muller, 11-Gilgamesh Belleville, 11 boulevard Raspail, Avignon. T. 04 90 89 82 63.

**** Korkut, d’Iran-Gaiup, mise en scène d’Ionas VaÏtkut, Théâtre du drame M. Auezov d’Almaty, (Kazaksthan), collège de la Salle, 3 place Pasteur, du 13 au 17 juillet, à 21 h 45,  (surtitré en français).

*** Le Jeu de l’Amour et du hasard, de Marivaux, mise en scène de Salomé Villiers,  jusqu’au 29 juillet  à 19 h 05, Théâtre du Roi René, 4 bis rue Grivolas, Avignon. T. : 04 90 82 24 35.

 *** Le Maître et Marguerite, d’après le roman de Mikhaïl Boulgakov, adaptation et mise en scène d’Igor Mendjisky, jusqu’au 27 juillet, à 19 h 40, 11-Gilgamesh Belleville, 11 boulevard Raspail, Avignon. T. 04 90 89 82 63.

*** Une Saison en enfer d’Arthur Rimbaud, mise en scène d’Ulysse di Gregorio,  jusqu’au 26 juillet à 11 h, Théâtre des Halles, rue du Roi René, Avignon. T. : 04 90 85 52 57.

** Respire, Picardie Forever, mise en scène de Clément Montagnier (à partir de huit ans), jusqu’au 27 juillet à 15 h 20, festival Théâtr’Enfants, 20 avenue Monclar, Avignon. T. : 04 90 85 59 55.

*** Les Monstrueuses de Leïla Amis, mise en scène de Karim Hammiche, jusqu’au 26 juillet, 11-Gilgamesh Belleville, 11 boulevard Raspail, Avignon. T. : 04 90 89 82 63.

 *** Stand Up, rester debout et parler de Florence Pazzottu, conception et mise en scène de Rachel Dufour, jusqu’au 27 juillet à 20 h 20, au 11-Gilgamesh-Belleville, 11 boulevard Raspail. T. : 04 90 89 82 63.

*** Les Années d’Annie Ernaux, adaptation et mise en scène de Jeanne Champagne, jusqu’au 29 juillet, à 10 h 50.  Théâtre du Petit Louvre, 23 rue Saint-Agricol, Avignon. T. : 04 32 76 02 70.

*** Gros Câlin de Romain Gary (Emile Ajar), mise en scène d’Hélène Mathon,  jusqu’au 29 juillet à 15 h 50, Présence Pasteur, 13 rue Pont Trouca, Avignon. T. : 06 33 52 65 69.

*** La Magie lente de Denis Lachaud, mise en scène de Pierre Notte, jusqu’au 27 juillet à 19 h 10, Arthéphile, 7 rue du Bourg-Neuf, Avignon. T. : 04 90 03 01 90.

** Pulvérisés d’Alexandra Badéa, mise en scène de Vincent Dussart, jusqu’au 29 juillet à 16 h 40, Présence Pasteur, 16 rue du Pont Trouca, Avignon. T. : 04 32 74 18 54.

*** Penser qu’on ne pense à rien, c’est déjà penser quelque chose » écrit et mis en scène par Pierre Bénézit, jusqu’au 29 juillet à 12 h 45 (à 17 h 35, les 11, 18 et 25 juillet), Théâtre des Béliers, 53 rue du Portail Magnanen, Avignon. T. 04 90 82 21 07.

*** Dévaste-moi spectacle musical, mise en scène de Johanny Bert, le 17 juillet, festival Contre-Courant, complexe du Rond-Point, 2.201 route de l’Islon,  Avignon.

**** Le Voyage de D. Cholb, Penser contre soi-même, jusqu’au 25 juillet à 18 h 30, Le Grand Pavois, 13 rue Bouquerie, Avignon. T. : 06 62 08 61 25.

**** On aura pas le temps de tout dire, portrait d’acteur#1, conception/adaptation d’Eva Vallejo/Bruno Soulier, acteur/textes de Gilles Defacques, jusqu’au 26 juillet à 14 h 30,  La Manufacture 2 rue des Ecoles, Avignon. Le spectacle a lieu à la patinoire: ATTENTION,  navette à 14h  .T. : 04 90 85 12 71.

 Festival Paris-L’Eté :

**** Italienne, scène et orchestre, conception et mise en scène de Jean-François Sivadier, à la MC 93, 9 Boulevard Lénine, Bobigny (Seine-Saint-Denis). T. : 01 41 60 72 60

*** Iliade, d’après Homère, mise en scène de Luca Giacomoni, du 3 août au 3 août, à 14 h au Monfort, Paris XV ème. (Durée: dix heures… avec quatre pauses de vingt minutes, et une heure d’entracte. Ou par séries d’une heure quarante chacune, à : 14 h, 16 h, 18 h, 20 h 45 et 22 h 45 ce même 3 août). T. : 01 44 94 98 00.
 
**** Ça ira (1) Fin de Louis, texte et mise en scène de Joël Pommerat, du 16 au 20 juillet, à 19 h 30, au Cent-Quatre, 5 rue Curial, Paris XIX ème.
 
A Paris
*** Iliade d’Homère, traduction de Jean-Louis Backès, mise en scène de Damien Roussineau et Alexis Perret, jusqu’au 27 août, à 19 h, Théâtre du Lucernaire, 63 rue Notre-Dame des Champs, Paris VI ème. T. : 01 45 44 57 34.
**** Dévaste-moi  spectacle musical d’Emmanuelle Laborit, mise en scène de Johanny Bert, arrangements et compositions d’Alexandre Rochon . Maison des Métallos, 94 rue Jean-Pierre Timbaud, Paris XI ème, du 3 au 8 juillet. T. : 01 47 00 25 20.
Et le 24 juillet, au festival Mimos, Périgueux.

Festival Chalon dans la rue
**** The Woodpeckers  (Les Piverts) réalisation de Marco Barotti, (L’emplacement des Piverts dans Chalon, est indiqué chaque jour sur : marcobarotti.com)
Et ailleurs: 

 *** Le grand Cirque des sondages, par la compagnie Annibal et ses éléphants, mis en scène de Frédéric Fort,
Le 10 août à Bernay (27). Les 11 et 12 août à La Hague (50).
*** Le Film du dimanche soir par la compagnie Annibal et ses éléphants, mise en scène de Frédéric Fort, le 23 août, à Beauvais (60) le 25 août

.Festival international de théâtre de rue d’Aurillac:

*** La Nuit unique par le Théâtre de l’Unité, mise en scène d’Hervée de Lafond et Jacques Livchine, les 21, 22 et 23 août, de 23 h à 6 h du matin (+ une heure de petit déjeuner). T. : 04  71 43 43 70. 

 

Festival quatre chemins (suite et fin)

 

Festival Quatre Chemins (suite et fin)

 Entretien avec Guy Régis Jr.

 guy régisGuy Régis Jr. a pris la direction artistique de ce festival en 2014, à la suite  de la Fokal, qui l’avait fondé à la demande d’artistes haïtiens: comédiens, musiciens, plasticiens, réunis en collectif, sous la houlette de Daniel Marcelin, metteur en scène et directeur du Petit Conservatoire jusqu’à sa fermeture en 2014. Le jeune artiste revenait d’un séjour de six ans en France. « J’ai quitté Haïti, dit-il pour croiser mon travail avec d’autres artistes, ici, je continue ».

Un long chemin parcouru depuis la création de sa première compagnie NOUS Théâtre,  avec des chanteurs, dessinateurs, acteurs, musiciens qui jouent dans la rue et sur les places comme beaucoup ici,  faute de salles. Ils rencontrent un vif succès avec Service Violence Série qui va tourner de 2001 à 2005 en France, Belgique, et aux États Unis. Ida, sa pièce la plus connue, souvent montée en Haïti et au-delà, est publiée par Vent d’ailleurs. De 2007 à 2012, en France, il est accueilli en résidence, d’abord aux Récollets à Paris où il écrit Mourir tendre. La pièce sera lue par Anne Alvaro aux Francophonies de Limoges en 2013 (voir Le Théâtre du Blog ), et publiée par les Solitaires Intempestifs comme la suite de ses œuvres…

En rentrant, Guy Regis Jr. rapporte dans ses bagages beaucoup de pièces, les siennes et celles d’autres auteurs, et aussi des artistes européens, dont Valère Novarina, venu mettre en scène  L’Acte inconnu avec les comédiens du NOUS Théâtre, pour une création aux Francophonies en Limousin 2015 (voir Le théâtre du Blog) , avant de jouer à la Maison des métallos puis en Haïti.
Nous retrouverons Guy Régis Jr. en France l’année prochaine, en résidence à la Maison des auteurs des Francophonies en Limousin, puis à la Cité Internationale à Paris pour terminer le premier volet de sa traduction en créole du Du côté de chez Swann de Marcel Proust. Enfin au Centre Inter-mondes de La Rochelle, pour un projet sur l’esclavage, à partir des archives du musée sur le trafic négrier.

  – M.D. : Pourquoi rentrer en Haïti ?

- G.R.Jr : En France, j’ai senti que les gens exerçaient un métier, ici il y a une nécessité à faire du théâtre. Je n’ai jamais rompu les ponts avec mon pays. Toutes les mises en scène que j’ai faites là-bas ont déjà fait étape en Haïti. J’ai surtout travaillé dans le milieu francophone, à Limoges, en Belgique, mais aussi à Avignon.  

 - M.D. :Comment fonctionne le Festival Quatre Chemins ?

4 chemin 2018- G.R.Jr : Il est bâti à partir d’un fil rouge et j’en profite pour organiser un mini-colloque et des ateliers  autour d’un thème. Cette année, la maltraitance des enfants; l’année prochaine « Pays Poëte Poëte Poëte, ou l’art et la politique ne font pas bon ménage ». Les ateliers dans les écoles et à l’institut Français se poursuivent toute l’année, ce qui permet de financer un peu le Festival, de faire travailler l’équipe et de payer les bureaux. Depuis le séisme du 12 janvier 2010, il n’y a plus de salles de spectacle à Port-au-Prince. La plupart des lieux investis autrefois par le Festival sont détruits. Plutôt que de le regretter, on va jouer partout.

Le Festival emploie seulement deux permanents et doit trouver chaque année les trois quarts de son budget pour le volet artistique. Majoritairement la Fokal, mais aussi Wallonie- Bruxelles International et l’Institut Français sont les principaux partenaires financiers de ce festival ouvert sur le monde. Des liens se sont tissés depuis longtemps avec le Québec, et les pays de la zone Caraïbe, mais aussi avec La Réunion.  Nouvellement, avec des artistes de la République dominicaine, le pays voisin en conflit de frontière permanent avec Haïti. Des liens existent, mais on passe son temps à regarder ce qui les délie.»  

 M.D. : Comment s’organise la formation théâtrale en Haïti ?

 G.R.Jr : A mon retour de France, j’ai a été directeur pendant deux ans de l’Ecole nationale des arts, aujourd’hui fermée, mais cela ne marchait pas vraiment. On y apprend un métier,  on ne devient pas forcément artiste.  Ici la formation des comédiens se fait par filiation. Les aînés prennent en main les plus jeunes. Daniel Marcelin a formé plus de deux mille artistes dans son Petit Conservatoire. Lionel Trouillot et Frankétienne m’ont formé :  ”C’est mon fils“ dit-il, à mon propos. Dans cette optique, Quatre Chemins propose aussi des résidences artistiques de recherche dans toutes les disciplines avec l’obligation de travailler en province, afin de décentraliser les activités culturelles. Cette année, un poète, un photographe et  un slameur ont bénéficié d’une bourse d’un mois pour rencontrer d’autres populations. »

 

02 affiche 4C2010

 

 Entretien avec Michèle Lemoine, chargée culturelle à Fokal

Festival quatre chemins (suite et fin) batiment-fokal La Fondation Connaissance et Liberté (Fokal) créée en 1995 est une fondation nationale financée principalement par L’Open Society Foundations, un réseau de fondations et d’initiatives établies à travers le monde par le financier hongrois américain Georges Soros et de promotion des valeurs démocratiques. Fokal reçoit aussi des financements de l’Union Européenne et de la coopération Française. La fondation est née pour favoriser l’accès à la connaissance et à la formation citoyenne. La lecture a été son premier cheval de bataille avec la création d’un réseau de bibliothèques de proximité dans toute l’île (acquisitions, action culturelle, formation d’animateurs). Elle intervient avec des subventions à des personnes ou des associations, dans les domaines de la culture, de l’enseignement, des médias indépendants, de la formation citoyenne, de l’environnement, et dans les secteurs marginalisés comme la paysannerie et les femmes.

Depuis 1999, Fokal soutient des artistes talentueux dans le domaine des arts et contribue au renforcement de la production littéraire et artistique haïtienne par des subventions et le renforcement des institutions locales (musées, fondations, écoles). Elle subventionne depuis le début Le Festival de Théâtre Quatre Chemins. Elle dispose aussi d’une salle de spectacle dans son bâtiment.

 Michèle Lemoine, sous l’égide de cette fondation, a dirigé le Festival Quatre Chemins au départ de Daniel Marcelin, avant de passer la main à Guy Régis Jr.  

 -M.D. : Comment a évolué ce festival depuis sa création en 2003 ?

 - M.L. : Le festival est né grâce à trois partenaires solides, Fokal , l’Institut Français et la Charge du Rhinocéros (association belge de coopération artistique). Depuis, l’Institut Français a peu de moyens, et la Charge du Rhinocéros s’est retirée ; heureusement, Wallonie-Bruxelles international et l’Ambassade de Suisse interviennent aussi. Mais, on le sait, les aides, toujours liées aux personnes à la tête des institutions, sont fluctuantes. Dès sa naissance, le festival réunit des hommes et des femmes de théâtre reconnus tels Syto Cavé, Magali Denis ou Daniel Marcelin, et d’autres, à l’orée d’un parcours artistique prometteur  comme Guy-Régis Jr et sa troupe NOUS. Le tremblement de terre a compliqué les choses  mais il a attiré l’attention mondiale sur Haïti et les artistes en ont bénéficié : des échanges se sont créés entre ceux qui sont venus ici et ceux partis à l’étranger. Pendant quelques années, la direction du Festival est retombée sur notre fondation, mais il fallait qu’elle revienne aux artistes sous forme de subventions à une association indépendante. Guy Régis Jr. a su le faire évoluer. Il a une marge de manœuvre plus large avec un grand réseaux d’artistes en Europe et en Amérique du Nord et du Sud. Il l’a aussi beaucoup ouvert sur la Caraïbe.

M.D. : Comment intervient le Ministère de la Culture ? Exerce-t-il une censure ?

M.L. Il est théoriquement partenaire, mais on ne sait jamais s’il va tenir ses engagements. Avec les troubles politiques, les caisses sont vides. Mais il n’exerce aucune censure. Les sectes religieuses protestantes parfois font parfois pression pour interdire telle ou telle manifestation, au nom de la morale…

 Mireille Davidovici

Festival Quatre Chemins à Port-au-Prince, du 20 novembre au 3 décembre. www.festival4chemins.com www.Fokal.org

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