Pièce d’actualité n°15 : La Trêve, conçu par Olivier Coulon-Jablonka Sima Khatami etAlice Carré.

Pièce d’actualité n° 15 : La Trêve, conçu par Olivier Coulon-Jablonka, Sima Khatami et Alice Carré

 

imageLe metteur en scène avait mis en scène au Théâtre de la Commune d’Aubervilliers en 2015, une première pièce d’actualité, 81 avenue Victor Hugo, récit d’un collectif de sans-papiers occupant un ex-bâtiment de Pôle Emploi. Cette  nouvelle pièce d’actualité a pour thème les Tours des Gendarmes construites sur le site du Fort d’Aubervilliers et où était logée jusqu’en 2015 la Gendarmerie nationale. Elle a été ensuite temporairement reconvertie en foyers de travailleurs et en centre d’hébergement d’urgence…

 Ces cinq tours, gérées par des organismes différents, accueillent à la fois demandeurs d’asile, travailleurs sans papiers et sans-abri. «Une cité dans la ville, dit  la dramaturge Alice Carré. Sima Khatami, cinéaste, ajoute que leur collectif artistique a pénétré dans l’une des tours, la cité Myriam- qui reçoit des personnes en situation d’urgence.  Elles vivaient dans la rue et sont arrivées ici après avoir appelé le 115. Soit quelque deux cent  personnes en hiver et cent vingt en été. Certaines  pérennisées mais d’autres devant partir à la fin de la trêve hivernale pour que l’on puisse accueillir ensuite d’autres résidents. Covid oblige, cette  trêve du 31 octobre au 31 mars, a été repoussée cette année, jusqu’au 1er juillet. A la manière du cinéma documentaire, les trois intervenants se sont placés en immersion dans les lieux pendant plusieurs mois, avec une caméra posée dans le hall, attentifs au rythme de la vie quotidienne avec ses longs moments d’attente et ses explosions.

 Qui sont ces occupants vivant à l’écart de la ville ? La Trêve nous invite à nous asseoir avec eux, au cœur de l’urgence de leur vie. La caméra s’arrête souvent aux abords extérieurs de la tour, plus rarement dans le hall d’entrée… On fait connaissance avec ces personnes de toute nationalité: bulgare, chinoise, etc. souvent filmées à côté du metteur en scène. Elles livrent leur parole brute sur un muret à l’extérieur ou dans une salle. Le Bulgare Asan Shisev est particulièrement émouvant, visage jeune mais ravagé par la vie, empreint d’une mélancolie profonde dont il se libère de temps à autre par l’humour et une gestuelle comique… Il imite ainsi une assistante sociale de bonne volonté, excessivement positive, en  jupe courte et fumant une cigarette. Et qui acquiesce un peu trop vite aux dires de son interlocuteur ironique,

Olivier Coulon-Jablonka invite Asan Shisev à s’exprimer avec un peu plus d’optimisme: il lui parle de sa jeunesse et lui dit que la vie s’ouvre devant lui, malgré cette douloureuse étape à laquelle il a été forcé. Le spectacle est dédié à sa mémoire, apprendra-t-on, à la fin de La Trêve. Yasmina, mère de onze enfants dont elle est séparée, chante à merveille un chant traditionnel rom, beau et grave, qui a une dimension universelle  ressentie par toutes les communautés. Elle dit sa nostalgie d’un pays perdu, d’une famille laissée au pays ou éclatée, d’un amour disparu…  Elle materne Elizabeth, une jeune fille bouleversée et déroutée, rivée à la musique de ses écouteurs. Quant à Yuerong Ni, il ne parle pas du tout français mais essaye en vain de se faire comprendre, avec la traduction par google sur son téléphone portable, d’un long message en chinois… Le metteur en scène dit qu’il l’aidera à lui trouver un interprète.

 Le spectacle alterne entre le film à l’écran, et la scène et des personnages surgissent des coulisses pour un monologue introspectif. Faouzia Ndoy conte ainsi son aventure après l’assassinat pour des raisons politiques de son père; elle a été forcée de quitter le Congo-Kinshasa pour le Congo-Brazzaville. Enfin, passée brièvement par le Brésil où elle a été violentée, elle arrivera jusqu’à l’hôpital Lariboisière à Paris. Elle aussi a appelé le 115 et a le projet professionnel de devenir plombière, un vrai métier qui n’est pas réservé aux hommes. Toute jeune fille, Ferima Denie, venue d’Afrique occidentale, a été mariée par sa famille contre son gré, telle une monnaie d’échange, à un homme bien plus âgé. Un vendredi, jour de la prière à la mosquée, elle a pu s’enfuir  et aller en ville mais  ses frères l’ont reconnue et battue. Elle a fui encore pour se retrouver en France, chez l’amie d’une amie… Elle a appelé le 115.

 Pascal Fiel a, lui, toujours vécu à Aubervilliers mais a été victime d’un incendie dans son appartement et a perdu son emploi. Il vit aussi dans la tour Myriam et sans vraies perspectives réelles. Le Camerounais Aloune a vingt-huit  ans et son père est diplomate. Il a vécu en Iran d’où il a quitté une école trop difficile et est venu à Paris chez un ami qu’il a connu là-bas. Mais il voudrait être autonome et travailler: lui aussi a appelé le 115. Comme Boualem, un ancien militaire: il a connu la guerre et en garde des séquelles psychologiques tenaces contre lesquelles il se bat : il habite aussi la Tour Myriam. Des vies fracassées qu’il faut dépasser pour vivre, comme en rêvent ces êtres sincères et pudiques..

 Mais l’inquiétude est bien présente : sur les 36 hectares du Fort d’Aubervilliers où se trouvent ces tours, il y a un projet de Zone d’Aménagement Concertée (Z.A.C), porté par Le Grand Paris Aménagement avec 2.000 logements vendre (station ligne 15 du métro et piscine olympique). Les acteurs de ce projet sont Plaine Commune, la ville, Grand Paris Aménagement mais aussi le Préfet de Paris qui doit trancher sur l’expulsion prochaine des habitants des tours. Filmé lui aussi, il joue le jeu de la participation et de son attachement à la Seine-Saint-Denis. Mais il rétro-pédale vite quand l’un des habitants sur la scène accuse l’Etat de son peu d’engagement. Un jugement rapide et définitif, dit le le Préfet, attentif selon lui à l’implication réelle de l’Etat mais aussi à l’investissement moral et physique des travailleurs sociaux présents sur ces territoires en difficulté…

Une voix off dans le noir : comment pourra-t-on reloger ces 460 occupants précaires ? Si le projet se concrétise, on les expulsera et on les poussera encore plus loin à la périphérie de Paris: mission impossible! Un spectacle émouvant qui livre toute l’amertume  d’être au monde.

 Véronique Hotte

La Commune, Centre Dramatique National d’Aubervilliers, 2 rue Edouard Poisson, Aubervilliers ( Seine-Saint-Denis), jusqu’au 25 septembre. T. : 01 48 33 16 16.

 


Archive de l'auteur

Candide de Voltaire, mise en scène d’Arnaud Meunier, collaboration artistique d’Elsa Imbert, version scénique et dramaturgie de Parelle Gervasoni.

Candide de Voltaire, mise en scène d’Arnaud Meunier, collaboration artistique d’Elsa Imbert, version scénique et dramaturgie de Parelle Gervasoni.

 

©Sonia Barcet

©Sonia Barcet

 Le héros endosse le costume du voyageur-philosophe. Méthodiquement, à l’allemande, il épuise le catalogue des misères humaines, écrit René Pomeau qui retrouve dans ce conte philosophique (1759)  pour grands enfants, les Confessions de Jean-Jacques Rousseau…

 Une revue plutôt navrante de nos misères où l’émotion tourne à l’ironie amère, et un chef-d’œuvre d’une absolue nécessité, à l’écriture brillante et juste. Guerres en Bulgarie, tremblement de terre à Lisbonne, naufrage, condamnation par l’Inquisition, autant d’invites que nous fait Voltaire à interroger la place des femmes, le colonialisme, la religion, la guerre, l’origine du mal et la recherche du bonheur. Une comédie amère sur les puissants, la bêtise humaine et l’égoïsme avec une critique d’avant-garde de l’esclavagisme et les formes d’oppression. 

Comme l’auteur, Candide avait cru, «naïvement », que tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais le naïf a dû bientôt déchanter  et se rendre à l’évidence des faits. Et cette sagesse bien terre à terre se contente de peu : «Mlle Cunégonde est devenue bien laide et Mme Denis bien grosse, on se chicane ferme à Constantinople, comme à Genève ou à Paris, mais c’est une bien belle chose que de cultiver son jardin ».

Réclamant la liberté pour les esprits, Voltaire milite pour qu’on permette à chacun d’adorer ou de ne pas adorer Dieu, à sa manière et rêve d’une humanité réconciliée. Une générosité utopique qui tend vers une religion naturelle de la vie.  Des questions éloquentes encore aujourd’hui à l’aune d’une actualité déconcertante. L’esprit libre et sarcastique  de l’écrivain a pénétré tous les esprits, rendant intolérables superstitions et abus du clergé. La tolérance religieuse est une conquête définitive et Voltaire a vulgarisé un esprit critique « qui ne s’en laisse pas conter ». Le même esprit incisif a inspiré Arnaud Meunier, avec un théâtre-récit qui met en valeur les éclats éblouissants de l’acteur-conteur dont les rôles vont d’un jusqu’à plusieurs personnages, animant l’histoire avec jubilation. Cette œuvre initiatique ne vise pas  pas uniquement l’ « élite » intellectuelle mais aussi le « grand public ». Et son ton irrévérencieux en fait un matériau privilégié pour le théâtre. Le metteur en scène reste attentif à la situation du jeune héros dans un contexte de guerres et d’atrocités commises aux quatre coins du monde : massacres, autodafés… depuis la Westphalie, la Bulgarie, la Hollande, Paraguay, jusqu’à Bordeaux, Lisbonne, Cadix, Surinam, Venise, Constantinople…

 Ce Candide est un projet de la  troupe de la Comédie de Saint-Etienne qu’Arnaud Meunier dirige depuis 2011, un chant joyeux et salutaire qui nous invite à cultiver notre jardin, au moment où l’injonction du « vivre ensemble » va des prétendues élites vers les déclassés ». Mais c’est aussi une aventure épique et musicale, grâce aux musiciens sur le plateau : Matthieu Desbordes, à la batterie et Matthieu Naulleau, au piano. Et cet univers scénique inspiré des illustrations impertinentes et malicieuses de Candide par Joann Sfar dans sa Petite bibliothèque philosophique.

Tout, ici, est dans l’axe :  scénographie somptueuse, lumières subtiles d’Aurélien Guettard, costumes à la belle griffe d’Anne Autran, perruques de Cécile Kretschmar, fresques colorées et éloquentes de la vidéo de Pierre Nouvel, avec un ciel où des fumées s’échappent dans un faux firmament, tempête majestueuse d’une catastrophe naturelle avec des vagues violentes: le spectateur se croit sur un bateau.

 Notre regard  plonge sur ce plateau d’une de blancheur immaculée où officient les musiciens et  nous assistons à la lecture vivante d’un beau livre d’images. Avec des soldats aux uniformes d’époque, le Grand Inquisiteur, le Juif commerçant et négociant, l’Imam, des figures non épargnées, si ce n’est le derviche qui apparaît en vidéo (Emmanuel Vérité) et un sage paysan turc…

Les acteurs s’amusent manifestement au cours de cette épopée fascinante et acidulée : Tamara Al Saadi est une Cunégonde facétieuse et pleine d’élan. Romain Fauroux, issu de l’Ecole de la Comédie de Saint-Etienne, incarne un Candide vif mais innocent qui veut comprendre le monde et  s’en remettre toujours à Plangloss son philosophe de prédilection (Philippe Durand). Cécile Bournay dessine un personnage comique des plus attachants, enthousiaste et ludique : une vieille chanteuse et accordéoniste déclamant ses vérités… malgré les épreuves. Jacques l’Anabaptiste (Gabriel F. ) et le bon Martin (Sylvain Piveteau) accompagnent et réconfortent le pauvre Candide dans sa traversée du monde et dans les épreuves douloureuses qu’il doit subir.  Un spectacle esthétisant et rieur, placé du côté de la raison et de la dignité humaine…

 

 Véronique Hotte

 Spectacle vu au Théâtre Jean Vilar, Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) le 6 mars.

Les Scènes du Jura-Scène Nationale, les 11 et 12 mars. Comédie de Colmar, Centre Dramatique National d’Alsace, du 18 au 20 mars. Théâtre du Gymnase, Marseille (Bouches-du-Rhône) , du 24 au 26 mars.

Théâtre du Beauvaisis-Scène Nationale, les 1er et 2 avril. Théâtre de Villefranche, Scène conventionnée, les 8 et 9 avril. Théâtre de Montbéliard-Scène Nationale, le 16 avril. Théâtre de la Ville, du 21 avril au 7 mai.

Adieu Agnès Varda et le TNP : Bon pour le cahier-photos

 

113648832 Agnès Varda  et le T.N.P. : Bon pour le cahier-photos…

 Nous étions enfants, nous avions de la chance : le lycée, car les privilégiés que nous étions- les professeurs n’arrêtaient pas de nous le rabâcher- nous offrait l’occasion extraordinaire d’aller en groupes organisés au T.N.P., pardon: au Théâtre National Populaire installé au Palais de Chaillot. Et de pouvoir nous évanouir de bonheur -c’était avant les yéyés et les idoles- en admirant Gérard Philipe dans Le Cid, en se laissant traverser par sa voix (qu’on trouve moins écoutable aujourd’hui). Le programme était gratuit mais on pouvait acheter  le texte de la pièce, qu’on avait parfois déjà, mais en “petits classiques“. Ce qui en donnait une lecture toute différente : ils étaient vieillots mais les livrets du T.N.P. étaient modernes, avec le beau graphisme de Jacno qui signait aussi les fameuses affiches des spectacles.

(C)Agnès Varda

(C)Agnès Varda

Mais, quelquefois, nous devions  attendre le cahier-photos d’Agnès Varda. Car, en ce temps-là, il fallait développer les photos, les imprimer et les opérations techniques étaient longues. Et alors, aux premières représentations, le texte paraissait seul mais on y trouvait un bon pour obtenir ces photos en noir et blanc. Et on les aimait d’autant plus  qu’on les avait ainsi attendues. Notre Gérard était-il aussi beau que dans nos propres yeux ? Peu importe ; nous ne savions rien de l’art de la photo, mais nous sentions quelque chose, ces images étaient vivantes. La signature : photos Agnès Varda signifiait qu’on était dans la vraie vie, sur le plateau et à côté. Jean Vilar, répétant  sous le soleil à Avignon, dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes, en salopette de travailleur, Jean Vilar en profil de médaille, en parallèle avec celui de Maria Casarès, c’est tout le théâtre, artisanal et hiératique, cousu main et sacré. Et tout le chemin entre l’un et l’autre et la traversée d’un personnage par un comédien (et réciproquement), et le verre qu’on boit ensemble, toute cette vie est captée, reçue par l’œil et la boîte noire de cette petite bonne femme qui rencontra  Jean Vilar et sa bande et qui les a aimés. Photos Agnès Varda : nous aussi, on l’aimait. C’était bien la première fois, à douze ans, qu’on avait une pensée pour la photographe, cette chanceuse si proche des comédiens, au-delà de  la photo à faire signer par le magnifique acteur, à la sortie des artistes.

 On donnera, pour finir, la parole à Jean Vilar, le bâtisseur de théâtre, c’est à dire d’édifices faits d’une réalité volatile qui peut animer longtemps les mémoires. « Si la mort plaque sur le visage du comédien le masque d’une vérité sans illusions, sans flatterie, si ce visage cruel et vrai ment à nos songes, ainsi la réalité crue fait, au théâtre, le désert en nos cœurs. Elle heurte ce besoin d’une imagination qui nous flatte, elle heurte ce gai souci de se croire autre que nous ne sommes. Car le théâtre est, me semble-t-il, irréalité, songe, magie psychique, mythomanie ; et s’il est aussi réalité, du moins il faut qu’elle nous dope, nous enivre, nous jette hors du théâtre le cœur vif, l’esprit plein de merveilles, le cœur vivant. » De la tradition théâtrale (1950).

Couvrez donc le visage du comédien mort.

 Christine Friedel

Les obsèques d’Agnès Varda auront lieu, mardi 2 avril, à 14 heures, au cimetière du Montparnasse à Paris. Un hommage lui sera rendu ce même 2 avril à 11 h, à la Cinémathèque française, 51 rue de Bercy, Paris (XII ème).

Meaulnes (Et nous l’avons été si peu), d’après Le Grand Meaulnes d’Alain-Fournier, conception et mise en scène Nicolas Laurent

CDN Besançon Saison 2018-19MEAULNES  (ou nous l'avons été si peu)Avec Max Bouvard, Camille Lopez, Paul-Émile Pêtre

Meaulnes (Et nous l’avons été si peu) d’après Le Grand Meaulnes d’Alain-Fournier, conception et mise en scène de Nicolas Laurent

« Je m’étais fait de ce jour tant de joie à l’avance ! Tout paraissait si parfaitement concerté pour que nous soyons heureux. Et nous l’avons été si peu ! Que les bords du Cher étaient beaux pourtant ! Qu’il faisait beau, mon Dieu! Alain-Fournier a su, comme personne, parler des tourments de l’adolescence. Dans un monde réaliste, l’école, les carrioles à cheval sur les chemins de campagne, il a fait entrer le merveilleux. Il faut passer une forêt et s’y perdre pour entrer dans le monde du rêve. Et ce monde là, c’est la vérité des personnages du Grand Meaulnes, imprimée à jamais dans leur mémoire et dans leur cœur. Il faut se lier par des serments de fer pour être digne d’exister.

François Seurel, donc, voit arriver dans l’école dirigée par son père, un nouvel élève, exceptionnel, Augustin Meaulnes, garçon mystérieux, séduisant, qui accepte l’amitié du garçon modeste et bancal qu’il est. Cela ira jusqu’à la dévotion. Un soir, passons sur les circonstances, Augustin s’égare dans la forêt jusqu’à perdre tout repère, et tombe sur une fête étrange, où les enfants sont rois, où l’on se déguise, où l’on mange comme à la noce de madame Bovary, mais sans noce : la fiancée n’est pas venue!

Mais deux destins se tisseront ensemble : en un regard, Augustin est tombé amoureux d’Yvonne de Gallais et s’est lié d’une amitié loyale avec son frère Franz, avec promesse de lui ramener sa fiancée… François, les brumes de la fête dissipées, a lui promis à Augustin de lui retrouver Yvonne. On n’en racontera pas plus : le roman est maintenant dans le domaine public et mérite d’être relu.

Fidélité en amitié, trahisons, engagement total dans une quête absolue mais refus de l’engagement amoureux: les adolescents d’aujourd’hui s’y reconnaissent sans doute, même sans ombrelles ni barques sur l’eau. Nicolas Laurent, jeune artiste associé au Centre Dramatique National de Besançon, a déjà une bonne expérience du théâtre. Il a choisi avant tout une « adaptation libre“ et la simplicité du récit. Pas d’illustration, sinon quelques image de la forêt brumeuse du film de Jean-Gabriel Albicocco (1967) adapté du roman, et quelques séquences tournées avec les acteurs du spectacle. Ici, pas de performance d’acteurs qui en restent aux indications minimales nécessaires à la situation et à la réaction psychologique qu’elle appelle. Le spectacle tient plutôt d’une enquête sur ce que peut être le passage à la scène d’un roman aussi connu…

Meaulnes (et nous l’avons été trop peu) retourne toutes les coutures du théâtre. Le metteur en scène intervient en tant que tel, dès le commencement du spectacle. Autrement dit: rassurez-vous, vous êtes au théâtre et tout ce que vous voyez est pure fabrication. Et on nous le montre : par moments, les acteurs parlent en leur nom propre, ou se livrent mais en vain, bien sûr, sur Google Earth à une localisation du fameux domaine perdu. Le même Google (il serait temps de passer aux systèmes libres!) fournit aussi de réjouissants tableaux produits par le logiciel tropes d’analyse sémantique et stylistique par statistiques d’emploi, empilements, occurrences et bulles significatives.

Nous aurons aussi droit à des extraits de chansons des années 70 sur le Grand Meaulnes: Hugues Auffray, Richard Anthony, Michel Sardou, etc. qui du reste, n’avaient pas été des tubes…. Evidemment, c’est drôle et sérieux à la fois. On est content de partager les sources, la documentation d’un travail de mise en scène. Entre deux moments pédagogico-ludiques, on a le plaisir de revenir un tant soit peu au théâtre, et de constater son effet magique : même cassé et distancié, le récit revient et nous rattrape. Il y a pourtant une question de proportions : trop d’analyses, démontages, parodies, le tout mis en scène en abyme aux dépens de l’objet étudié et promis au public. Lequel ne s’en plaint pas : le spectacle ce soir de première remporte un triomphe.

La leçon de mise en scène donnée sur le vif n’échappe pas plus à la mitraillette que la fiction en elle-même: quoi, c’est avec d’aussi grosses ficelles et de si simples bricolages qu’on nous manipule? Eh! Oui, braves gens. À se demander si le rire n’est pas ici une stratégie de défense contre le risque d’émotion. Car ce risque est là: heureusement, on l’a vu, on l’a senti… Cette peur partagée avec un public complice, c’est aussi le trac du metteur en scène. On a envie de lui dire : vas-y, fais-toi confiance. Joue «les mains en bas», sans prouesses formelles, sans armure. Ce sera beau…

Christine Friedel

Nous avons vu la seconde de ce spectacle, et nous serons nettement plus sévère que notre amie Christine. Cela commence avec l’arrivée subite du metteur en scène sur le plateau; il va commenter, diriger les acteurs, etc. On nommait cela autrefois le théâtre dans le théâtre et en termes pédants maintenant : la para-théâtralité. Mais ce n’est pas nouveau : Shakespeare, Corneille, Molière, etc.

On peut penser ce que l’on veut de ce Grand Meaulnes (1913), un roman inégal paru un an avant la mort au front de son auteur et qui a fasciné des générations, alors qu’aujourd’hui, il tombe souvent des mains des adolescents. Mais Nicolas Laurent semble nous dire : je vais vous raconter comment je ne suis pas arrivé à monter une adaptation de ce livre mythique, donc vous allez voir ce que vous allez voir, et prière de rire à mes petites trouvailles… Quand c’est Les Chiens de Navarre qui font du théâtre dans le théâtre, ce  n’est pas toujours convaincant mais bien mené. Et quand Jacques Livchine et Hervée de Lafond revoient en partie L’Avare de Molière, c’est drôle et d’une grande intelligence. Mais ici il y a ici dans cette volonté de dérision un côté facile et racoleur assez déplaisant, avec usage fréquent d’images-vidéo comme béquille.

Et, bien entendu, le croisement permanent entre images déjà filmées, lecture, récit, courtes incarnations mal jouées des personnages et interventions du metteur en scène sur le plateau, ne peut pas fonctionner. Nicolas Laurent avance avec de gros sabots mais se prend les pieds dans les tapis des stéréotypes, et rien ne nous sera épargné: récit (faussement ?) mal dit du texte, travail à la table des comédiens et du metteur en scène comme à une vraie répétition, petites séquences filmées d’interviews de retraités sur l’aire d’autoroute du Grand Meaulnes, recherche sur Google Earth du château, parodies en scène d’un moment du texte sur fond de feu dans une maison paysanne, course dans la forêt des trois comédiens et du metteur en scène dans une belle forêt, arrivée de Franz sous les traits du metteur en scène avec grosses lunettes noires ( ah! ah!ah!), mort d’Yvonne de Galais étendue au sol, morte, nimbée de lumière (on vous laisse deviner la couleur !) avec séquences filmées de ses bras et jambes, et à la fin,  les quatre compères assis en haut d’une colline regardant une belle plaine. Et lui (photo ci-dessus) assis dans l’escalier de la maison des parents d’Alain-Fournier transformé en musée.  Ouf ! Tout cela pèse des tonnes.

 En fait le metteur en scène semble davantage faire dans l’exorcisme d’un passé douloureux, comme dans le roman dont il se sert, mais il tombe le plus souvent dans la facilité et les clichés actuels. Et les images filmées ne peuvent donc jamais être très intéressantes (que Nicolas Laurent relise Gilles Deleuze !) et il n’y a pas ici la moindre trace d’émotion. Dommage.
Les acteurs semblent peu à l’aise et pour cause. Et il y a une fausse fin,  ce qui n’arrange rien. Quant à ces tas -assez laids- de fausse mousse verte sur le sol blanc, que les acteurs repoussent ensuite sur le côté jardin  (le metteur en scène ne tarit pas d’éloges sur la scéno mais pas nous, cela signifierait selon certains : le vrai et le faux, le réel et l’imaginaire, le passage à l’âge adulte… Tous aux abris !

 Cette mise en scène, par moments racoleuse, frôle l’indigence sémiologique. Le dérisoire, l’anecdote et la parodie ont ici leurs limites, ou alors il faudrait aller plus loin, et faire beaucoup plus court. Le soir de la seconde représentation, la plupart des collégiens trouvaient cela drôle et applaudissaient à cette déconstruction laborieuse mais heureusement, pas tous. Le spectacle n’est pas digne en tout cas d’un grand Centre Dramatique National… Et le titre frise déjà le pas très honnête. Que va-t-on voir? Y-a-t-il un rapport réel avec l’œuvre d’Alain-Fournier ? Pas vraiment… Est-ce un essai de mise en abyme et si, oui, dans quelle intention ? Là-dessus Nicolas Laurent n’est guère bavard…

 Le Grand Meaulnes semble revenir à la mode, il y en a plusieurs éditions, et plusieurs adaptations en cours ; on attend qu’un(e) jeune metteur(e) en scène essaye de traduire scéniquement quelques moments-clé du roman où l’auteur décrit de façon prosaïque, voire réaliste la vie d’un bourg rural avec ses artisans et agriculteurs à la fin du XIX ème siècle mais raconte aussi l’aventure fabuleuse chargée d’onirisme vécue par le Grand Meaulnes, une sorte de double de Julien Seurel. Sur fond de souvenirs personnels de jeunesse, de bonheur perdu et d’érotisme avec la rencontre d’Yvonne. Possible mais pas facile: la matière de ce récit initiatique peut ouvrir, comme celle d’autres romans, sur de belles perspectives théâtrales… A condition de ne pas tricher.

 Philippe du Vignal

Centre Dramatique National de Besançon, jusqu’au 19 janvier. T.: 03 81 88 55 11

Les 14, 15 et 16 février, Théâtre de Sartrouville et des Yvelines-Centre Dramatique National.
Le 16 mai à MA Scène Nationale-Pays de Montbéliard.

 

Rebibbia d’après L’Université de Rebibbia de Goliarda Sapienza, mise en scène de Louise Vignaud

 

rebibbia

© Rémi Blasquez

 

Rebibbia, d’après L’Université de Rebibbia de Goliarda Sapienza, adaptation d’Alison Cosson et Louise Vignaud, mise en scène de Louise Vignaud

Après une création remarquée du Misanthrope de Molière, au Théâtre national populaire de Lyon et, en mars dernier, Phèdre de Sénèque, au Studio-Théâtre de la Comédie-Française, que nous avions salué (voir Théâtre du blog), la jeune metteuse en scène se lance dans l’adaptation d’un récit de Goliarda Sapienza (1924-1996).

© Rémi Blasquez

© Rémi Blasqez

 L’écrivaine et comédienne italienne passe quelques jours à Rebibbia, à la suite d’un vol de bijou, en 1980. Moralement épuisée, elle va, dans cette vieille prison romaine, renaître à elle-même en découvrant, au contact de ses codétenues, un nouvel appétit pour la vie. Paradoxalement cette expérience hors du monde parmi des exclues, la réconcilie avec la société humaine : elle découvre la solidarité des femmes les plus modestes, les plus abîmées, et la clairvoyance radicale parfois cyniques des ”politiques”.

 Sous des lumières crues, la scénographie, fonctionnelle, ménage des circulations d’un espace à l’autre, de la salle d’eau aux couloirs communs, jusqu’aux cellules où plusieurs prisonnières partagent leur intimité. Ces camerotti, étagées en fond de scène, où elles s’entassent à plusieurs, sont leurs territoires privés, masqués par des rideaux blancs qui serviront à l’occasion d’écran de projection. Des tubulures et les escaliers métalliques constituent un environnement sonore qui nous parvient amplifié.

La pièce conserve la langue sensuelle et imagée de l’écrivaine. Organisée en dix-sept tableaux, elle dévoile un univers de moins en moins hostile au gré des rencontres de Goliarda . D’abord prostrée et isolée, très vite, elle n’aura de cesse d’écrire pour restituer son vécu. Autour de Prune Beuchat, qui joue Goliarda, quatre comédiennes endossent plusieurs rôles de détenues : de la jeune droguée en manque à la rebelle ou la rêveuse. Femmes du peuple et intellectuelles gauchistes se côtoient et, malgré leur solidarité, les hiérarchies sociales perdurent dans la prison. Les gardiennes se fondent dans l’obscurité, discrètes et bienveillantes. Seule l’une d’elles sera représentée.

 La mise en scène parvient à recréer l’expérience sensible de l’autrice par les sons, lumières, ambiances, parlers régionaux et accents des personnages. Ni galerie de portraits, ni étude sociologique de l’univers carcéral, le récit nous entraîne dans un microcosme où Goliarda opère un passage de l’ombre à la lumière dans « ces lieux que dehors on croit conçus seulement pour quelques repris de justice et quand on est dedans, on découvre de vraies grandes villes. » Elle n’est restée que huit jours en prison, mais on a l’impression qu’elle y a passé beaucoup de temps, car son récit constitue un précipité d’expériences fortes : « Je voulais seulement prendre le pouls de notre société, savoir à quel point en sont les choses, écrit-elle. La prison a toujours été et sera toujours la fièvre qui révèle la maladie du corps social. »

 Pour incarner d’autres femmes évoquées dans L’Université de Rebibbia, quelques portraits vidéo sont projetés, accompagnés de voix off. Mais faute d’interaction scénique entre les films et les actrices, on perd cette ambiance intime et le fil de ce récit poignant et tendu. Dommage. Mais après cette première représentation, le spectacle devrait trouver son rythme.

 Il faudra suivre le travail de Louise Vignaud. Intégrée – avec trois autres jeunes artistes — pendant trois ans au Cercle de Formation et de Transmission du Théâtre National Populaire (TNP), elle a pu faire ses preuves dès sa sortie du Département mise en scène de l’ENSAAT. Elle dirige aujourd’hui le Théâtre des Clochards Célestes à Lyon où elle va mettre en scène Agatha de Marguerite Duras en mars prochain.

Mireille Davidovici

 Jusqu’au 30 novembre TNP- Villeurbanne 8 place Lazare Goujon Villeurbanne T. 04 78 03 30 00 L’intégrale de l’œuvre de Goliarda Sapienza (éditée en Italie à titre posthume) est publiée aux éditions Le Tripode

 

Jean Moulin de Jean-Marie Besset, mise en scène Régis De Martrin-Donos.

 Jean Moulin de Jean-Marie Besset, mise en scène Régis De Martrin-Donos.

© Charlotte Spillemaecker

© Charlotte Spillemaecker

La scène ressemble à une brocante, encombrée de meubles anciens. Eléments essentiels de la scénographie, des armoires posées sur des plateaux mobiles, déplacés par les comédiens, deviennent à l’occasion des habitacles pour un dialogue entre les personnages….

Le récit débute par l’ annonce de la mort de Jean Moulin, le 8 juillet 1943 et se termine par son supplice, sous la torture administrée par Klaus Barbie, chef de la Gestapo à Lyon. La scène,parfois envahie de fumée, est souvent dans la pénombre. Les tableaux se succèdent durant plus de deux longues heures. Le jeu des comédiens qui interprètent plusieurs personnages, est inégal.

Mais le plus gênant: la liberté que prend l’auteur avec l’Histoire. La pièce, sous-titrée une fiction historique, offre une vision peu reluisante de la Résistance. Des membres de l’association Libération-Nord, résistants de la première heure, qui ont vu ce « spectacle » n’étaient pas d’accord avec les raccourcis opérés par Jean-Marie Besset. Ils sont en effet ici présentés comme incapables de se coordonner entre eux mais aussi et d’un réseau à l’autre. L’homosexualité de certains est mise en avant comme un facteur de dissensions! On entend Jean Moulin dire qu’ «une grande partie des Français sont devenus résistants pour échapper au S.T.O .», le service du travail obligatoire instauré par les Allemands en 1943. Seuls les liens qui unissent Jean Moulin et le général de Gaulle à Londres, semblent plus conformes à la réalité.

Un travail de dramaturgie plus précis aurait évité de tomber dans la caricature. Le texte souffre de nombreuses faiblesses et trivialités du genre : «Je vais faire couler votre sang pour faire jaillir la vérité!» ; «Il va falloir partir à la castagne !» ; «Moi, Moulin, je suis un chien du genre épagneul !» ; «Il y a de l’or, Laure!» etc. Cette chronique historique, raccourcie et débarrassée de ses scories pourrait à l’extrême rigueur, faire l’objet d’une dramatique radio et aurait mérité un débat sur le combat patriotique qui a permis et accompagné l’arrivée des Alliés en France et contribué à la libération du pays.

Jean Couturier

Quelle tristesse en effet! Quel ennui! Que sauver de ce désastre que nous avons vu en compagnie de quelque quarante cinq spectateurs qui s’ennuyaient ferme? A cause d’une scéno prétentieuse- et des costumes minables- et sans aucune efficacité, les comédiens se transforment en déménageurs toutes les cinq minutes et ne sont absolument pas crédibles. En particulier les deux nazis qui parlent avec un drôle d’accent un français impeccable! Seul Stéphane Dausse en de Gaulle s’en sort  à peu près, mais on voudrait bien savoir pourquoi il imite le Général à certains moments et à d’autres pas… Et  Jean-Marie Besset a conçu une dramaturgie faite de très courtes scènes qui ne tient pas la route.
Quand on s’attaque à ce monument de l’Histoire de France qu’a été la Résistance, il faut avoir une honnêteté intellectuelle absolue, écrire un texte solide et le faire mettre en scène avec intelligence. Sinon on court à la catastrophe, et on est à la limite du théâtre amateur: comme ici… La vie est courte et nous n’avons pas eu la patience de rester jusqu’au bout; après une heure, nous avons abandonné la partie.

Philippe du Vignal

Théâtre Déjazet 41 boulevard du Temple, Paris III ème, jusqu’au 17 novembre.

Le Gardien du Temple et La Machine conception et mise en scène de François Delaroziere

François Delarozière

François Delarozière

Le Gardien du Temple et La Machine conception et mise en scène de François Delaroziere

«Nous attachons une attention particulière à ne pas transfigurer la machine, à lui laisser une esthétique mécanique brute. C’est l’intervention humaine de la manipulation, du discours, de la musique ou de la danse qui donne vie aux machines. » Telle est la philosophie de François Delaroziere Sur la piste d’envol de la légendaire Aéropostale, après Antoine de Saint-Exupéry, René Guynemer et les autres, ce nouveau pionnier essuie les plâtres d’un projet colossal. Bien connu pour avoir conçu la famille des Géants de Royal de Luxe – qu’il accompagne de 1983 à 2005- puis Les Machines de l’Île à Nantes, le metteur en scène et scénographe s’apprête à inaugurer, à Toulouse, la Halle de La Machine.

Ce grand bâtiment, construit avec des subsides de Toulouse-Métropole et de la Région Occitanie abritera ses créations quand elles ne seront pas en tournée. Le quartier de Montaudran, autrefois banlieue industrielle, sort de terre autour de l’Aéropostale désormais baptisée La Piste des Géants. La métropole entend ainsi le doter d’un équipement culturel et touristique . « Le financement de la Halle de la Machine ( 12 millions d’euros) dépend des services de l’urbanisme, précise François Delaroziere :  « Une façon d’ouvrir la porte à l’art dans l’urbanisation de la cité. »

La piste d’aviation de 2,5 kms reste telle qu’elle, bordée des «jardins de la ligne», plantés d’essences végétales issues des pays traversés jadis par l’Aéropostale. Malheureusement, on ne peut pas y mettre les pieds, remarque le metteur en scène. Non loin, on trouvera un musée  consacré à la mémoire des pionniers. Mais rien de muséal dans cette Halle des machines : « les mécaniques animées de la compagnie prendront vie sous les yeux du public grâce à une équipe technique et artistique et à travers un large éventail de récits ». La Symphonie mécanique, Les  Mécaniques savantes, L’Expédition végétale, Le Dîner des petites mécaniques et Une nouvelle forme de vie non répertoriée, seront mis en mouvement pour les visiteurs et, entretenus, prêts à repartir jouer aux quatre coins du monde.

Grâce à un contrat de délégation de service public de dix ans avec Toulouse-Métropole et un budget de fonctionnement de 632. 000 euros, l’association La Machine emploie trente-cinq personnes et fait appel, pour la construction d’objets de spectacle atypiques, à de multiples professions : des métiers d’art, à l’industrie et aux technologies de pointe. Comédiens, techniciens, marionnettistes, musiciens et décorateurs se chargent de les animer : «Le mouvement est un langage, une source d’émotion. »

Dehors, dans le “manège carré“, se croiseront La Marche des buffles, La Ronde des insectes et Les Poissons…

Le Gardien du Temple

©Mireille Davidovici

©Mireille Davidovici

Dans le même temps, des dizaines de techniciens, mécaniciens,  acteurs, musiciens s’activent aux répétitions du spectacle inaugural.
Le Gardien du Temple se donnera du 1er au 4 novembre dans les rues de la Cité rose : Saint-Cyprien, Le Capitole, Esquirol, les quais de la Daurade, Port Viguerie, Matabiau, Alsace- Lorraine, Carmes, Salin, boulevard Carnot autant de labyrinthes, terrains de jeu où une araignée articulée de 13 m. de haut et 20 m. de diamètre retrouvera le Minotaure (47 tonnes pour  quatre mètres de large, et jusqu’à 14 m. de haut).

Telle Ariane, la fileuse le sortira de son souterrain… Cette épopée, conçue à raison de trois épisodes de deux heures par jour, s’inspire du mythe d’Ariane, mais revu et corrigé par la plume de Jorge-Luis Borges : dans La Demeure d’Asterion, nouvelle du recueil L’Aleph, l’écrivain donne la parole au Minotaure.

 Un étrange ballet se prépare, accompagné d’un orchestre, perché sur quatre plateformes mobiles à huit mètres du sol et dirigé par Mino Malan, auteur de la musique. Un ténor donne voix à la complainte du Minotaure : «  On me prend pour un fou/ On me traite de monstre /Tout ça n’est que mensonge (…) Mes ailes retrouvées/ qui sait ce que je ferai » …Pour le metteur en scène de cet opéra de marionnettes géantes, dont il a écrit le livret, le monstre n’est qu’un malheureux paria, mis à l’écart du monde parce que différent : mi-homme, mi-taureau  ! Un personnage poétique et pathétique qui s’ennuie et aspire à sortir des «couloirs sans fin et des corridors vides ».

Ariane, fille de Minos et de Pasiphaé – ici une araignée -, utilise ses pouvoirs magiques pour le guider vers sa future demeure, le temple dont il deviendra le gardien… Telle une danseuse, elle évolue avec grâce, chacune de ses huit pattes activée par un humain. Ses yeux et sa tête bougent  grâce à trois manipulateurs. Elle bave et crache de la vapeur, tandis que le Minotaure, mu par dix- sept personnes, se cabre, rugit et lance des flammes sur son passage.

Après des répétitions tenues secrètes, le public pourra bientôt admirer ces géants dans les rues de Toulouse. Le premier jour est celui de l’apparition des machines et les jours suivants, on les verra évoluer dans différents quartiers. Pour éviter les bousculades, seul le point de départ de chaque journée sera communiqué.

On retrouvera les deux protagonistes du Gardien du Temple, apaisés, dans la Halle des machines et sur la piste de l’Aéropostale à Montaudran. L’Araignée embarquera sur son dos une dizaine de personnes, et le Minotaure une cinquantaine.« Ces sculptures vivantes transforment le regard que nous portons sur nos cités conclut le maître d’œuvre. Le théâtre que nous pratiquons est un théâtre de rue et d’action dans la rue. Il nous permet ainsi d’envisager, dans l’espace public, un acte fédérateur. »

Mireille Davidovici

Le Gardien du Temple du 1er au 4 novembre dans les rues de Toulouse

Et du 9 au 11 novembre, week-end d’inauguration de la Halle de La Machine.
3, avenue de l’Aérodrome de Montaudran, Toulouse

www.halledelamachine.fr

 

Entropie, chroniques parisiennes, de Eric Da Silva, Henri Devier, Frédéric Fachéna

Entropie, chroniques parisiennes, d’Eric Da Silva, Henri Devier et Frédéric Fachéna

 

ob_47c96f_resized-entropie-v1-920011Entropie n.f. En physique : fonction exprimant le principe de la dégradation de l’énergie ; processus exprimé par cette fonction. Augmentation du désordre ; affaiblissement de l’ordre.

Il était une fois trois mousquetaires, ou quatre ou plus, c’est variable, autour d’Eric Da Silva en d’Artagnan. Pour cette fois, un pour tous et tous pour un, ils explorent Paris, avec leurs chroniques d’une ville secouée par un attentat. Secoués, ils le sont tous les trois, ce qui les rend ultra-sensibles et réactifs. Et on a envie de dire perméables au monde, aux sons, à la musique, aux mots pris aux mots, d’autant que leur costume est fait d’un imperméable tagué comme un mur qui parle. On les suit dans le présent d’émotions et d’impressions qui n’oublient jamais le monde autour d’eux. Au contraire : ils le répercutent de la façon la plus percutante qui soit, vive, rapide.

C’est de cela que ça parle. Comment nous avons, que nous le voulions ou non, le monde et la ville dans la peau, comment notre «moi», notre identité s’étirent ou se rétrécissent, tiraillées par les vibrations de ce milieu dans lequel nous baignons. Où suis-je ? Au coin de la rue, dans le métro, sur l’écran. Et je n’y suis pas «de passage», j’y suis, je commence à chaque instant à y exister. Houlà ! Nous voilà en pleine métaphysique ! N’ayons pas peur, elle revêt ici parfois des nez de clowns ou prend la forme d’un jeu d’enfants : on dirait que ce serait ton tour d’être le garçon avec qui on ne veut plus jouer et que tu serais mort pour dix minutes, par exemple.

Eric Da Silva, Henri Devier, Frédéric Fachéna nous font vivre un spectacle qu’on pourrait qualifier (avec toutes nos excuses pour la trivialité, mais comment dire autrement ?) d’autonettoyant. Rien que du v : relations entre eux, dans l’instant, paroles et images, maniement des outils comme l’ordinateur ou le téléphone portable, les trois gaillards ne laissent passer aucune approximation, aucun bluff. Le spectacle ne ment jamais : impossible quand on traque à ce point le vivant. De la vie, ils nous en distillent goutte à goutte autant qu’ils nous en balancent à la figure. Une façon de s’exposer à tout ce que la ville renvoie, de l’expérimenter, avec des images fragiles et mouvantes, dans une réelle précarité qu’il faut bien prendre à bras le corps. Une façon de réinventer le théâtre : sous la double raison sociale du Melkior théâtre et de l’Emballage théâtre, ils renaissent une fois de plus tel le phénix, brûlants, légers, inquiets, rapides.

Une première version, lue aux Collectif Douze, durait trois heures ; il ne nous en laissent qu’une heure vingt-cinq, mais cela suffit à nous déployer la ville dans toutes ces circonvolutions tourmentées et joyeuses. On n’en dira pas plus : il faut découvrir ce théâtre singulier, vécu en direct par «des gens de trente ans qui en ont soixante», ce défi contemporain. Et fraternel, de surcroît.

Christine Friedel

Spectacle vu  à l’Anis Gras. L’Échangeur, à Bagnolet, du 16 au 20 novembre, relâche le dimanche 18. T.: 01 43 62 71 20

 

Orphée et Eurydice de Christoph Willibald Gluck mise en scène d’Aurélien Bory.

©-Pierre-Grobois

©-Pierre-Grobois

Orphée et Eurydice de Christoph Willibald Gluck mise en scène d’Aurélien Bory.

Devant cette version du mythe d’Orphée, remaniée par Hector Berlioz en 1859, nous nous souvenons du sublime spectacle de Pina Bausch à l’Opéra Garnier où le héros tente de ramener Eurydice des enfers. Pour Aurélien Bory  Pina Bausch est une référence : « Pina Bausch a été très importante dans mon parcours et reste, à mes yeux, une artiste majeure de la seconde moitié du XXe siècle, qui a totalement renouvelé notre rapport à la scène théâtrale». Le metteur en scène s’est engagé dans cette aventure à la demande de Raphaël Pichon qui assure la direction musicale de l’œuvre et d’Olivier Mantei directeur de l’Opéra-Comique : «J’aborde le théâtre comme un art de l’espace».

A chacune de ses créations, Aurélien Bory change les repères habituels de la scène comme avec Plexus ou Espæce, (voir Théâtre du Blog). Pour cet Opéra dont la deuxième partie se situe dans le monde des morts il utilise une technique d’illusion datant de la fin du XlXe siècle : le Pepper’s Ghost. Un cadre de 12 mètres de haut et 9 mètres de large, suspendu aux quatre coins du grill et tendu d’une toile en plastique : suivant son angulation elle peut être transparente ou réfléchissante reflétant alors la salle, la fosse d’orchestre avec les musiciens de l’Ensemble Pygmalion, les cintres ou le plateau.

Pendant la première partie, l’image d’une toile peinte de Jean-Baptiste-Camille Corot, datant de 1861 qui s’étale au sol surprend. Elle représente Orphée ramenant Eurydice des Enfers. Le tableau ainsi que les interprètes présents se reflètent en fond de scène. Un bel effet, surtout quand Orphée plonge dans les enfers comme dans un siphon sans issue ! Pour Aurélien Bory : «Ce dispositif optique, qui retourne l’image qu’il reflète, peut évoquer, par sa surface tantôt transparente tantôt reflet, la séparation ténue entre le monde des vivants et des morts. Il crée littéralement sur le plateau un au-delà, non seulement par l’image, mais aussi par l’acoustique, puisque son empreinte crée un éloignement». Les voix des chanteurs se trouvent ainsi modifiées suivant leurs positions.

  Aux trois rôles principaux : Orphée (Marianne Crebassa), Eurydice (Hélène Guilmette) et Amour (Lea Dessandre), se joignent les membres du chœur. Des danseurs et des artistes circassiens se mêlent aux chanteurs de cet ensemble. Ainsi le metteur en scène donne à ce groupe un corps matériel différent par sa mobilité inhabituelle. Là encore Aurélien Bory bouscule avec bonheur les repères de la scène, résultat d’une direction de jeu précis.

Ce spectacle a très vite affiché complet, comme les nombreuses productions de l’Opéra-Comique. Les abonnements sont déjà ouverts pour 2019 avec, au programme, des metteurs en scène tels qu’Olivier Py, Anne Kessler, Michel Fau ; ou Valérie Lesort et Christian Hecq, de retour après le succès du Domino Noir vu la saison dernière.

Jean Couturier

A l’Opéra-Comique 1 Place Boieldieu 75002 Paris, joué du 12 au 24 octobre, puis en tournée du 2 au 12 juin 2019 à l’Opéra de Lausanne et la saison prochaine 2019 à l’Opéra Royal de Versailles, l’Opéra Royal de Wallonie, le Théâtre de la ville de Luxembourg et l’Opéra de Zagreb.

 

CIRCa 2018 31e Festival du cirque actuel

 

 

photo auch

CIRCa 2018

31e Festival du cirque actuel

 

L’aventure du cirque, à Auch, débute en 1975. L’abbé de Lavenère-Lussan, enseignant au collège Oratoire Sainte-Marie, organise un atelier cirque dans les greniers de l’établissement pour apprendre aux jeunes à vivre ensemble. Le Pop Circus, école de cirque d’Auch, est né.

Quand Achille Zavatta installe sa remise d’hiver à Auch, en 1986, la ville s’oriente vers la création d’un Pôle-cirque et va accueillir les rencontres de la Fédération Française des Ecoles de Cirque (FFEC) dès 1989, sous divers chapiteaux. Mais en 1996  le Festival ouvre ses portes aux compagnies professionnelles pour devenir aujourd’hui un lieu incontournable où se croisent écoles de cirque, artistes et programmateurs (trois cent cette année !). Depuis 2012 l’association CIRCa dispose d’un site dans une ancienne caserne : le CIRC (Centre d’Innovation et de Recherche Circassien), inauguré par le théâtre équestre Zingaro lors du vingt-cinquième festival. Autour du Dôme de Gascogne, chapiteau permanent pouvant accueillir les spectacles en frontal ou en circulaire, le CIRC possède une salle de répétition de 480 m2, un restaurant d’insertion (la Cant’Auch), des bureaux, des ateliers et espaces de stockage. Les vastes terrains alentour permettent de dresser des chapiteaux itinérants pendant le festival qui s’étend aussi dans plusieurs lieux de la ville. Cette année la plupart des quarante spectacles affichent complet-  et tout le monde se retrouvent dans les buvettes et restaurants sur la vaste esplanade du CIRC.

 Point d’orgue d’actions culturelles et pédagogiques régionales ainsi que de résidences de création menées tout au long de la saison, le festival était, à l’origine, porté par des bénévoles : il a gardé ce lien avec la population en mobilisant pendant dix jours, aux côtés des dix-sept salariés permanents et de nombreux intermittents, quelque deux cents volontaires. Ils conduisent notamment les navettes entre les dix-sept salles et chapiteaux disséminés en ville, et emmènent les artistes et programmateurs vers les gares et l’aéroport.

 Dans le cirque contemporain, comme on le verra dans l’échantillon que nous présentons, peu d’animaux mais des corps en action. Une recherche dramaturgique et esthétique à la croisée des disciplines circassiennes, du théâtre, de la danse, de la musique, des arts plastiques. Souvent sous-tendue par un fil narratif (Red Haired Men) et le souci d’une esthétique forte (L’Absolu). La scénographie joue un rôle important (O let me weep) et la musique s’insère souvent dans les acrobaties (Dans ton cœur). On trouvera quand même quelques formes plus traditionnelles avec une suite de numéros (Saison de cirque).

 Cette édition se focalise sur la question du cirque au féminin  : North Face  propose une version féminine d’un spectacle masculin : réplique adaptée aux corps des porteuses et voltigeuses (voir Théâtre du Blog, festival Ciam) ; Me mother met en scène la maternité et ses implications dans le métier. Projet.PDF (Portés de femmes) décline en un show brillant les préoccupations et les capacités physiques infinies des circassiennes.

 Comme chaque année, CIRCa accueille les travaux de différentes écoles sous l’égide de la FFEC : Fédération Française des Ecoles de Cirque, créée à Auch en 1988. Ils s’avèrent d’un excellent niveaux et annoncent de futurs professionnels de talent. Cette fédération structure l’enseignement des arts du cirque pour la pratique amateure et professionnelle. Elle réunit douze fédérations régionales et 136 écoles soit 27. 000 licenciés de tous âges.

 

 

Dans ton cœur mise en scène de Pierre Guillois avec la compagnie Akoreacro

 P 10 Dans ton coeur - Akoreacro ©RICHARD HAUGHTON (2)Pendant une heure quinze, huit acrobates et quatre musiciens entremêlent leurs corps, et leurs accessoires dans une fuite en avant électro-ménagère : les frigos voltigent, les fours à micro-ondes explosent,  et une course poursuite effrénée s’engage entre des amoureux bientôt coincés dans la routine familiale et l’enfer consumériste.

Claire Aldaya voltige entre biberons et machine à laver, ou d’un partenaire à l’autre. Une parodie de la vie moderne d’un couple à la page menée tambour battant aux rythme d’un petit orchestre volant et polyvalent (batterie, flûte, saxophone, contrebasse, violoncelle, clavier…) prêt à réaliser des figures extravagantes. On jongle avec les corps, les objets, dans des portés impressionnants.

Le metteur en scène d’Opéraporno ( voir Le Théatre du Blog) construit sa pièce sur le fil ténu de la rencontre amoureuse et le devenir du couple. En contrepoint, des moments music-hall et paillettes avec une drag queen au trapèze Washington. Dans ce feu d’artifice mouvementé, on a du mal à tout saisir : les gestes parfois s’éparpillent et se perdent. Mais on reste séduit par ce brillant spectacle au rythme endiablé. Ce jour-là, un porteur blessé a été remplacé au pied levé sans que l’économie générale du spectacle n’en pâtisse. Un bel exploit pour ce collectif d’artistes après le succès de leur précédente création, Klaxon.

 Du 22  au 30 novembre : Le Quartz Brest ; du 14  au 18 décembre : Le Volcan Le Havre ;  du 17- au 20 janvier : Circonova / Quimper ; du 25 janvier  au 10 février : Espace Cirque d’Antony ;
Du 11  au 17 mars : Festival la Piste aux Espoirs Tournai (Belgique) ; du 28  au 31 mars : Bègles ( Gironde).
Du 4  au 10 avril : L’Agora / Pôle National Cirque de Boulazac ( Gironde)

Du 2  au 8 mai: La Coursive,La Rochelle  et du 15  au 26 mai : La Villette à Paris

www.akoreacro.com

 

 L’Absolu conçu et interprété par Boris Gibé

l_absolu« Comme dans un théâtre anatomique, j’avais envie que ce spectacle soit vu du dessus, en circulaire, pour que le public se retrouve dans une réalité supérieure au sort de l’homme mis en scène. » Ainsi, Boris Gibé voir (Le Théâtre du Blog) entraîne le public dans un espace vertigineux, en forme de silo. Ce cylindre de tôle de neuf mètres de diamètre et douze mètres de haut comporte un escalier à double révolution qui s’enroule autour de la piste. Les spectateurs s’installent sur un rang, sur des tabourets collés aux parois, en surplomb de la scène circulaire.

Tout là-haut, un corps s’agite dans la transparence aqueuse du plafond avant de chuter brutalement pour disparaître au fond du puits. Par terre, l’acrobate s’arrache au sol tourbeux dans un jeu de lumières et de miroirs oniriques. Ses évolutions au bout d’un agrès aérien sont menacées par des matériaux tombant des hauteurs… Allusions à la condition humaine : l’individu aux prises avec des éléments hostiles airs, eau, feu… Tel Sisyphe, dans une lutte absurde et toujours recommencée.

Jouant sur le haut et le bas, déployant des illusions d’optique et un travail poétique sur les matières, l’Absolu ouvre un univers inquiétant, halluciné et hallucinant. On se passerait volontiers du texte qui accompagne ce beau spectacle, tant les images et les impressions suscitées sont fascinantes et parlantes. La compagnie Les Choses de rien, implantée à Paris depuis sa naissance en 2004 poursuit avec Boris Gibé une recherche autour de la perception du monde, comme dans cette pièce d’une heure dix à portée philosophique.

 

Du 8  au 13  et les 15  et16 janvier : Biennale des arts du cirque / Scène nationale de Cavaillon ; 24-27 janvier ; 1-3 et 8-10 février : Biennale des arts du cirque au Théâtre du Centaure / Marseille ; 23 -28 et l3 avril
Du 2-4 mai : NestThéâtre /CDN de Thionville ; du 13 au 31 mai ,Théâtre de la Cité & 2R2C, Paris

 

Red Haired Men d’après Daniil Harms mise en scène d’Alexander Vantournhout

 

P 21 red_haired_men__bart_grietens__1Quatre compères : deux “jumeaux“, un athlète aux cheveux rouges et l’acrobate et jongleur belge Alexander Vantournhout qui mène la troupe. Il s’inspire de micro-récits absurdes de Daniil Harms pour construire un spectacle burlesque mariant cirque, contorsion, marionnettes, tours de magie et ventriloquie.

« There was a red-haired man who had no eyes or ears. He didn’t have hair either, so he was called red-haired theoretically. He couldn’t speak, since he didn’t have a mouth.(…) (Il était un homme roux qui n’avait ni yeux ni oreilles. Il n’avait pas de cheveux non plus, mais on l’appelait théoriquement le rouquin. Il ne pouvait parler car il n’avait pas de bouche…) »

La pièce plonge d’emblée dans un univers de « non-sens » cher au poète russe : pour braver la censure, il empruntait à l’absurde  et par ce biais en disait long sur une société inique, brisée par le totalitarisme. (…) Les personnages se métamorphosent dans des postures grotesques, disparaissent par des tours de passe-passe. Les textes de Daniil Harms, courts et denses, ponctuent une chorégraphie acrobatique proche de l’illusionnisme forain ; nous voilà de l’autre côté du miroir, dans un univers extravagant à la Lewis Carroll. Quelques longueurs dans les parties dansées alourdissent le rythme général d’un spectacle poétique et dépouillé.

 

En Belgique : 17 novembre: Centre Culturel De Werf / Aalst ; 22 novembre : De Warande / Turnhout ; 27-29 novembre: STUK / Leuven ; 30 novembre: C-mine / Genk ; 18 janvier : Centre Culturel Ter Dilft / Bornem ; 23 janvier: Kunstencentrum nona / Mechelen ; 26 janvier: Schouwburg / Kortrijk ; 2 février : Centre Culturel De spil / Roeselare / ; 8 février: De Grote Post / Oostende ;15 février : Malpertuis / Tielt ; 19 février : Stadsschouwbrug / Sint-Niklaas ; 1 et 9 mars: Centre Culturel De Schakel / Waregem ; 4 mai : Centre Culturel Vondel / Halle ; 7 mai : Centre Culturel Berchem / Berchem ; 15 mai: Cultuurcentrum / Brugge.

En France : 4-6 décembre: Le Maillon / Strasbourg ; 30 janvier : Prato / Lille / FR

15 mars : Festival Spring / Théâtre de l’ Arsenal du Val-de-Reuil ; 22-24 mars: Les Subsistances / Lyon ; 26 mars: Ma Scène Nationale / Montbeliard

https://www.alexandervantournhout.be/

 

 Me, Mother mise en scène de Kristina Dekens et Albin Warette

2-Me-Mother-Kristina-Dekens-Albin-Warette-1200x800 Quel est l’impact de la maternité sur la vie professionnelle et privée des circassiennes ? Comment vivre le bouleversement physique d’une grossesse et d’un accouchement quand le corps est l’instrument principal de son art ? Créée par dix personnes à partir de récits personnels et d’improvisations, la pièce est jouée ici par cinq artistes, enceintes ou jeunes accouchées ; l’une d’elles, pas encore certaine d’être maman. Elles racontent ces moments de vie si particuliers qui précèdent et suivent l’enfantement. Issues de diverses compagnies et disciplines, elles viennent partager leurs expériences autour de la naissance. « Les répétitions ne sont pas focalisées sur la technique, mais bien sur les différents parcours et témoignages des artistes ». « Faire un bébé dans ce métier, c’est presqu’une trahison, dit l’une ». «J’ai peu de ne plus avoir de travail », réplique une autre. Histoire de montrer que la grossesse et la maternité ne sont pas une malédiction pour les circassiennes, chacune  exécute un court numéro, selon sa spécialité et son état physique (tissu aérien, hula-hoop, acrobatie au sol ou voltige, mât chinois…) .Dans la salle, des bébés, bienvenus pour l’occasion, assurent une bande-son authentique.

Cette pièce – forcément éphémère – , construite en douze jours, constitue un partage d’expériences, une dénonciation des tabous autour de la grossesse, une revendication face aux préjugés. Il est question de règles, de fausses couches ( “une grossesse sur cinq aboutit à une fausse-couche“) de césariennes imposées («  la césarienne, on te coupe au milieu ») et des douleurs de l’enfantement (« les douleurs de l’accouchement comme un tourbillon pendant neuf heures » ) De fait, cela peut paraître bavard et anecdotique, pavé de bonnes intentions, même si, pour élargir leurs propos à la condition féminine en général, les interprètes livrent quelques statistiques accablantes.

 Ce spectacle joyeux et léger joue sur la connivence avec un public majoritairement composé de circassiens et de de jeunes parents… Issu d’une résidence à CIRCa entre septembre et octobre 2018, il y a parfaitement sa place, plutôt qu’ailleurs.

 

 

Projet. PDF /Portés de Femmes, mise en scène de Virginie Baes

P 20 Projet PDF Portés de femmes@Pascal PERENNEC_300DPI PDF : sous cet acronyme, dix-sept femmes et une heure quinze d’énergie pure, entre danse, théâtre et cirque. Ce collectif réuni autour du porté acrobatique, présente une création hors norme, entre prouesses physiques et réflexions sur la condition féminine. Mutines, elles se lancent dans une parade glamour pour dénoncer l’image de la femme fatale. Moqueuses, elle se déguisent en rugbymen pour un match endiablé. Mais se montrent aussi romantiques, dans un défilé à la Pina Bausch, ou provocatrices en exhibant leurs seins, ou singeant l’hystérie… Quelques paroles de prostituées refroidissent l’ambiance festive. Les séquences s’enchaînent dans un rythme soutenu, on passe de l’humour à la provocation parfois forcée, comme cet épisode dans les rangs du public, un peu racoleur. Des images fortes naissent dans de beaux éclairages, vite effacées par des saynètes plus anodines.

Mais d’un bout à l’autre, la parfaite maîtrise des numéros et l’ambiance festive l’emportent. On les sent complices et solidaires ; malgré leur disparité, elle on su trouver un langage commun pour porter leur engagement. Elles n’ont pas froid aux yeux, leur nombre fait leur force et un vent de liberté souffle sur le théâtre.

 

Les 7 et 8 novembre 2018 : Alè̀s ; 16-17 novembre: Saint-Ouen ; 6 décembre : Châteauroux /

8 – 9 décembre 2018 : Douai ; 15 décembre : Mende ; 12 mars : Alençon ; 25 avril 2019 : Lannion ; 27 avril : Saint-Herblain

www.cartonsproduction.com

 

Saison de cirque, conception de Victor Cathala et Kati Pikkarainen, Cirque Aïtal

P 22 Saison de cirque © Loll Willems (3)« Sur la route nous avons rencontré des gens de cirque, des artistes très différents, tous passionnés de ce métier. Nous avons eu envie de les rassembler autour d’une même piste (…). A la frontière du traditionnel et du contemporain ; Aujourd’hui. » Avec Saison de Cirque, les deux fondateurs du cirque Ataïl en 2004 ouvrent leur chapiteau à d’autres artistes. Virtuoses des portés acrobatiques ce couple atypique – le grand costaud et la fluette – a su séduire les spectateurs du monde entier avec un duo main à main La piste là (en tournée durant plus de quatre ans) et l’histoire d’amour burlesque de Pour le meilleur et pour le pire, joué quatre cents fois.

Sous la houlette mi autoritaire mi complaisante de Victor Cathala, les numéros s’enchaînent sans temps morts car le spectacle se passe aussi dans les coulisses, dévoilant les préparatifs des artistes : la vie d’une équipe sur la piste et hors scène. Les Kanakov, quatre acrobates excellent à la barre russe, courte perche souple horizontale qui leur permet des rebonds spectaculaires. Le jongleur canadien Matias Salmenaho joue de la hache ou des massues : sa stature imposante, sa longue barbe rousse contrastent avec sa dextérité et son ironie. Moins à l’aise, le voltigeur équestre n’apporte pas grand chose mais on apprécie la présence de deux chevaux, clin d’œil à la tradition. Toujours aussi alerte, la fluette Kati Pikkarainen nous étonne par sa virtuosité, et sa rigueur contraste avec l’humour de ses postures souvent clownesques.

Autour du rebord de piste, le portique marquant les coulisses tourne et dévoile son envers où les artistes prennent leur pause. Pendant une heure trente on sourit aux aléas de la vie d’un cirque, tout en appréciant le haute technicité des performances, accompagnées par un orchestre aguerri.

 

30 novembre -16 décembre : Pôle Cirque – Théâtre Firmin Gimier – La Piscine / Antony ; 28 décembre -1er janvier: Lavrar O Mar / Monchique (Portugal) ; 24 – 27 janvier: Biennale Internationale des Arts du Cirque / Marseille ; 2 -5 mai : Cirque théâtre Elbeuf ; 30 mai- 2 juin : Carré Magique / Lannion

http://www.cirque-aital.com/

 

O let me weep de Colline Caen et Serge Lazar , compagnie Les Mains sales

 

©Jeff HUMBER

©Jeff HUMBER

Un homme et une femme, les yeux bandés. Confiance aveugle l’un envers l’autre. Il faut du cran à Colline Caen pour escalader le portique et marcher à tâtons sur la traverse à des mètres du sol, puis rejoindre son partenaire un peu plus bas à un agrès fixe pour qu’il la maintienne au-dessus du vide à bout de bras jusqu’à épuisement. Accompagnant la voltigeuse et son porteur, le violoncelle sensuel et plaintif de Hannah Al-Kharusy soutient cette tension extrême, accentuée par la proximité des artistes. Le public disposé autour d’une petite piste entre dans l’intimité de ces corps suspendus l’un à l’autre.

La pièce se construit à partir de O let me weep d’Henry Purcell, le lamento de Junon à l’acte 5 de l’opéra The Fairy Queen : « O let me weep (…) He’s gone, his loss deplore/ and I shall never see him more (…) O let me weep! forever weep ( O, laissez moi sangloter/ il n’est plus, je déplore sa perte / et je ne le reverrai plus jamais) De sa voix chaude, la longiligne mezzo soprano belge Pauline Claes entre en jeu et se fond à ce ballet mélancolique qui dit la relation contradictoire au sein du couple, faite de tendresse, de confiance, de risques et de peurs. La fragilité et la force de cette union, racontées à travers des corps dans une proximité troublante avec les spectateurs. Colline Caen et Serge Lazar, duo de cadre aérien travaillent ensemble depuis 2008, tout en participant à d’autres créations. Ils nous offrent ici quarante-cinq minutes d’émotion dense et recueillie.

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Du 15 au 17 novembre : L’Atelier du Plateau, Paris XX ème.

http://www.atlastlabel.com/oletmeweep

 

Le festival s’est tenu du 18 au 28 octobre CIRCa Allée de Aarts Auch (Gers) T. :  05 62 81 65 00 www.circa.auch.fr

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