Sélection de spectacles du in, du off au festival d’Avignon, Aurillac, Paris l’Eté, etc.

Sélection de spectacles du in, du off au festival d’Avignon, Aurillac, Chalon, Paris l’Eté, etc.

Comme l’an dernier, sont programmées des centaines de spectacles à Avignon où coexistent dans le off, parfois le meilleur… et souvent le pas bon du tout. De nombreux lecteurs nous  demandent ce que l’on peut voir ! Nous avons donc, pour faciliter vos choix, établi comme l’an passé, une petite liste de spectacles qu’au moins, l’un d’entre nous au Théâtre du Blog a vus, et que nous pouvons vous recommander. Ensuite, à vous de décider…Entre théâtre classique ou contemporain, danse, cirque, etc.

Nous tiendrons à jour cette liste pendant toute la durée du festival d’Avignon et au-delà. Bien entendu, toute l’équipe du Théâtre du Blog vous rendra compte aussi  quotidiennement de ce qui se passe dans le in, et dans le off qui a beaucoup évolué depuis cinq ans et qui, cette année encore, promet de belles surprises. On vous parlera aussi des spectacles de Paris-l’été et ensuite du festival d’Aurillac, mais pas seulement…

Bon été à vous…

Philippe du Vignal

Festival d’Avignon in: 

 *** Saison sèche de Phia Ménard pont.jpg, jusqu’au 24 juillet, à Vedène,  à 18h : ATTENTION : départ de la navette à la gare routière d’Avignon (près de la gare SNCF) à 17h..

*** Le Pays lointain (un arrangement) d’après Jean-Luc Lagarce, mise en scène de Christophe Rauck, du 20 au 23 juillet, à 19h, salle Benoit XII, rue des Lices, Avignon.

****De Dingen die voorbijgaan, d’après Van Oude menschen, de dingen, die voorbijgaan (Vieilles gens et choses qui passent), roman de Louis Couperus, adaptation de Koen Tachelet, mise en scène d’Ivo van Hove, jusqu’au 21 juillet,  à 22 heures, Cour du lycée Saint-Joseph, 51 rue des Lices,  Avignon.

*** Exposition à la Maison Jean Vilar: “Je suis vous tous qui m’écoutez.” Jeanne Moreau, une vie de théâtre.
Maison Jean Vilar, 8 rue de Mons, Avignon, jusqu’au 24 juillet, du lundi au dimanche de 11h à 20h. L’exposition se poursuit jusqu’en avril prochain. T.: 04 90 86 59 64.

*** Fenanoq, conception et interprétation de Pierre Fourny et Cécile Proust
Jardin de la Vierge du lycée Saint-Joseph, 62 rue de Lices, Avignon, jusqu’au 24 juillet à 18 heures.  Et le 6 octobre, à l’Echangeur, C.D.C.N. Hauts-de-France, Château-Thierry.

**** Léonie et Noélie de Nathalie Papin, mise en scène de Karelle Prugnaud, Chapelle des Pénitents blancs, Place de la Principale, Avignon, jusqu’au 27 juillet, à 11 heures,  et 15 heures.

Nous vous conseillons aussi : Ça va ça va le Monde programme R.F.I. : lectures de textes francophones dirigées par Armel Roussel du 14 au 19 juillet à 11 heures. Maison Jean Vilar, (entrée libre), Avignon.

Festival Villeneuve en scène, à Villeneuve-lès-Avignon (Gard), juste de l’autre côté du pont

 *** La Nuit unique par le Théâtre de l’Unité, Plaine de l’abbaye, les 10 et 11, les 13 et 14, 17 et 18, les 20 et 21 juillet de 23 h à 6 h du matin + une heure de petit déjeuner. T : 04 32 75 15 95.

*** Boxons jusqu’à n’en plus pouvoir de Stéphane Jaubertie, mise en scène de Fafiole Palassio et Philippe Ducou, Ecole Montolivet , jusqu’au 21 juillet, à 21 h 30. T : 04 32 75 15 95.

*** L’Absolu de Boris Gibé, texte de Julien Gaillard, du 10 au 22 juillet à 22 h, Clos de l’Abbaye. T : 04 32 75 15 95.

 Festival d’Avignon off:

*** Les Champignons de Paris d’Émilie Génaédig, mise en scène de François Bourcier, Chapelle du Verbe Incarné, rue des Lices, Avignon, jusqu’au 28 juillet à 21 h 35. T. : 04 90 14 07 49.

*** Shakespeare vient dîner de William Shakespeare, mise en scène d’Aude Denis et Thomas Gornet,  Présence Pasteur, 13 rue du Pont Trouca, Avignon, jusqu’au 29 juillet à 19h. T. : 04 32 74 18 54

*** Mu de Fabrice Melquiot, mise en scène de Laetitia Mazzoleni, Théâtre Transversal, 10 rue Amphoux, Avignon, jusqu’au 29 juillet, à 20 h 10. T : 04. 90. 86. 17. 12.

**** Plus grand que moi, texte et mise en scène de Nathalie Fillion, Théâtre des Halles rue du Roi René, jusqu’au 29 juillet à 17 h. T. : 04 32 76 24 51.

*** Cent Mètres papillon de Maxime Taffanel, mise en scène de Nelly Pulicani, La Manufacture, 2 rue des Ecoles, Avignon, jusqu’au 26 juillet à 16h 25. T. : 04 90 85 12 71

**** Bienvenue en Corée du Nord  création collective, mise en scène d’Olivier Lopez, jusqu’au 29 juillet à 14 h, Théâtre des Halles, rue du Roi René, Avignon. T. : 04 90 85 52 57.

*** Bizarres, scénario et mise en scène de Natasza Soltanowicz  (en polonais, surtitré en français), Campus international, 74 rue Louis Pasteur, jusqu’au 20 juillet. T. : 06 24 21 74 49.

*** Bruit de couloir, solo de jonglage chorégraphique de Clément Dazin  (tout public, à partir de dix ans), La Caserne des Pompiers, 116 rue de la Carreterie , Avignon, jusqu’au 23 juillet, à 13 h 30. T. : 04 90 01 90 28.

*** L’Établi d’après Robert Linhart, mise en scène d’Olivier Mellor, du 6 au 28 juillet à 20 h, Présence Pasteur, 13 rue Pont Trouca, Avignon. T. : 04 32 74 18 54.

** Monsieur, d’après la véritable vie de Marcel Creton, écriture scénique et mise en scène de Claire Vienne, du 6 au 29 juillet, à 13 h 10, La Factory,  4 rue Bertrand, Avignon. T. 02 43 36 23 32.

**** Kyz-Zhibek, comédie musicale de Gabit Mousrepov, du Théâtre du Music-hall d’Astana, Kazaksthan, musique d’Evgeni Broussilovski, et mise en scène d’Askat Maemirov, collège de la Salle,  3 place Pasteur, du 19 au 25 juillet, à 21 h 45 (surtitré en français).

*** Love and money de Dennis Kelly, mise en scène de Myriam Muller, 11-Gilgamesh Belleville, 11 boulevard Raspail, Avignon. T. 04 90 89 82 63.

**** Korkut, d’Iran-Gaiup, mise en scène d’Ionas VaÏtkut, Théâtre du drame M. Auezov d’Almaty, (Kazaksthan), collège de la Salle, 3 place Pasteur, du 13 au 17 juillet, à 21 h 45,  (surtitré en français).

*** Le Jeu de l’Amour et du hasard, de Marivaux, mise en scène de Salomé Villiers,  jusqu’au 29 juillet  à 19 h 05, Théâtre du Roi René, 4 bis rue Grivolas, Avignon. T. : 04 90 82 24 35.

 *** Le Maître et Marguerite, d’après le roman de Mikhaïl Boulgakov, adaptation et mise en scène d’Igor Mendjisky, jusqu’au 27 juillet, à 19 h 40, 11-Gilgamesh Belleville, 11 boulevard Raspail, Avignon. T. 04 90 89 82 63.

*** Une Saison en enfer d’Arthur Rimbaud, mise en scène d’Ulysse di Gregorio,  jusqu’au 26 juillet à 11 h, Théâtre des Halles, rue du Roi René, Avignon. T. : 04 90 85 52 57.

** Respire, Picardie Forever, mise en scène de Clément Montagnier (à partir de huit ans), jusqu’au 27 juillet à 15 h 20, festival Théâtr’Enfants, 20 avenue Monclar, Avignon. T. : 04 90 85 59 55.

*** Les Monstrueuses de Leïla Amis, mise en scène de Karim Hammiche, jusqu’au 26 juillet, 11-Gilgamesh Belleville, 11 boulevard Raspail, Avignon. T. : 04 90 89 82 63.

 *** Stand Up, rester debout et parler de Florence Pazzottu, conception et mise en scène de Rachel Dufour, jusqu’au 27 juillet à 20 h 20, au 11-Gilgamesh-Belleville, 11 boulevard Raspail. T. : 04 90 89 82 63.

*** Les Années d’Annie Ernaux, adaptation et mise en scène de Jeanne Champagne, jusqu’au 29 juillet, à 10 h 50.  Théâtre du Petit Louvre, 23 rue Saint-Agricol, Avignon. T. : 04 32 76 02 70.

*** Gros Câlin de Romain Gary (Emile Ajar), mise en scène d’Hélène Mathon,  jusqu’au 29 juillet à 15 h 50, Présence Pasteur, 13 rue Pont Trouca, Avignon. T. : 06 33 52 65 69.

*** La Magie lente de Denis Lachaud, mise en scène de Pierre Notte, jusqu’au 27 juillet à 19 h 10, Arthéphile, 7 rue du Bourg-Neuf, Avignon. T. : 04 90 03 01 90.

** Pulvérisés d’Alexandra Badéa, mise en scène de Vincent Dussart, jusqu’au 29 juillet à 16 h 40, Présence Pasteur, 16 rue du Pont Trouca, Avignon. T. : 04 32 74 18 54.

*** Penser qu’on ne pense à rien, c’est déjà penser quelque chose » écrit et mis en scène par Pierre Bénézit, jusqu’au 29 juillet à 12 h 45 (à 17 h 35, les 11, 18 et 25 juillet), Théâtre des Béliers, 53 rue du Portail Magnanen, Avignon. T. 04 90 82 21 07.

*** Dévaste-moi spectacle musical, mise en scène de Johanny Bert, le 17 juillet, festival Contre-Courant, complexe du Rond-Point, 2.201 route de l’Islon,  Avignon.

**** Le Voyage de D. Cholb, Penser contre soi-même, jusqu’au 25 juillet à 18 h 30, Le Grand Pavois, 13 rue Bouquerie, Avignon. T. : 06 62 08 61 25.

**** On aura pas le temps de tout dire, portrait d’acteur#1, conception/adaptation d’Eva Vallejo/Bruno Soulier, acteur/textes de Gilles Defacques, jusqu’au 26 juillet à 14 h 30,  La Manufacture 2 rue des Ecoles, Avignon. Le spectacle a lieu à la patinoire: ATTENTION,  navette à 14h  .T. : 04 90 85 12 71.

 Festival Paris-L’Eté :

**** Italienne, scène et orchestre, conception et mise en scène de Jean-François Sivadier, à la MC 93, 9 Boulevard Lénine, Bobigny (Seine-Saint-Denis). T. : 01 41 60 72 60

*** Iliade, d’après Homère, mise en scène de Luca Giacomoni, du 3 août au 3 août, à 14 h au Monfort, Paris XV ème. (Durée: dix heures… avec quatre pauses de vingt minutes, et une heure d’entracte. Ou par séries d’une heure quarante chacune, à : 14 h, 16 h, 18 h, 20 h 45 et 22 h 45 ce même 3 août). T. : 01 44 94 98 00.
 
**** Ça ira (1) Fin de Louis, texte et mise en scène de Joël Pommerat, du 16 au 20 juillet, à 19 h 30, au Cent-Quatre, 5 rue Curial, Paris XIX ème.
 
A Paris
*** Iliade d’Homère, traduction de Jean-Louis Backès, mise en scène de Damien Roussineau et Alexis Perret, jusqu’au 27 août, à 19 h, Théâtre du Lucernaire, 63 rue Notre-Dame des Champs, Paris VI ème. T. : 01 45 44 57 34.
**** Dévaste-moi  spectacle musical d’Emmanuelle Laborit, mise en scène de Johanny Bert, arrangements et compositions d’Alexandre Rochon . Maison des Métallos, 94 rue Jean-Pierre Timbaud, Paris XI ème, du 3 au 8 juillet. T. : 01 47 00 25 20.
Et le 24 juillet, au festival Mimos, Périgueux.

Festival Chalon dans la rue
**** The Woodpeckers  (Les Piverts) réalisation de Marco Barotti, (L’emplacement des Piverts dans Chalon, est indiqué chaque jour sur : marcobarotti.com)
Et ailleurs: 

 *** Le grand Cirque des sondages, par la compagnie Annibal et ses éléphants, mis en scène de Frédéric Fort,
Le 10 août à Bernay (27). Les 11 et 12 août à La Hague (50).
*** Le Film du dimanche soir par la compagnie Annibal et ses éléphants, mise en scène de Frédéric Fort, le 23 août, à Beauvais (60) le 25 août

.Festival international de théâtre de rue d’Aurillac:

*** La Nuit unique par le Théâtre de l’Unité, mise en scène d’Hervée de Lafond et Jacques Livchine, les 21, 22 et 23 août, de 23 h à 6 h du matin (+ une heure de petit déjeuner). T. : 04  71 43 43 70. 

 


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Festival quatre chemins (suite et fin)

 

Festival Quatre Chemins (suite et fin)

 Entretien avec Guy Régis Jr.

 guy régisGuy Régis Jr. a pris la direction artistique de ce festival en 2014, à la suite  de la Fokal, qui l’avait fondé à la demande d’artistes haïtiens: comédiens, musiciens, plasticiens, réunis en collectif, sous la houlette de Daniel Marcelin, metteur en scène et directeur du Petit Conservatoire jusqu’à sa fermeture en 2014. Le jeune artiste revenait d’un séjour de six ans en France. « J’ai quitté Haïti, dit-il pour croiser mon travail avec d’autres artistes, ici, je continue ».

Un long chemin parcouru depuis la création de sa première compagnie NOUS Théâtre,  avec des chanteurs, dessinateurs, acteurs, musiciens qui jouent dans la rue et sur les places comme beaucoup ici,  faute de salles. Ils rencontrent un vif succès avec Service Violence Série qui va tourner de 2001 à 2005 en France, Belgique, et aux États Unis. Ida, sa pièce la plus connue, souvent montée en Haïti et au-delà, est publiée par Vent d’ailleurs. De 2007 à 2012, en France, il est accueilli en résidence, d’abord aux Récollets à Paris où il écrit Mourir tendre. La pièce sera lue par Anne Alvaro aux Francophonies de Limoges en 2013 (voir Le Théâtre du Blog ), et publiée par les Solitaires Intempestifs comme la suite de ses œuvres…

En rentrant, Guy Regis Jr. rapporte dans ses bagages beaucoup de pièces, les siennes et celles d’autres auteurs, et aussi des artistes européens, dont Valère Novarina, venu mettre en scène  L’Acte inconnu avec les comédiens du NOUS Théâtre, pour une création aux Francophonies en Limousin 2015 (voir Le théâtre du Blog) , avant de jouer à la Maison des métallos puis en Haïti.
Nous retrouverons Guy Régis Jr. en France l’année prochaine, en résidence à la Maison des auteurs des Francophonies en Limousin, puis à la Cité Internationale à Paris pour terminer le premier volet de sa traduction en créole du Du côté de chez Swann de Marcel Proust. Enfin au Centre Inter-mondes de La Rochelle, pour un projet sur l’esclavage, à partir des archives du musée sur le trafic négrier.

  – M.D. : Pourquoi rentrer en Haïti ?

- G.R.Jr : En France, j’ai senti que les gens exerçaient un métier, ici il y a une nécessité à faire du théâtre. Je n’ai jamais rompu les ponts avec mon pays. Toutes les mises en scène que j’ai faites là-bas ont déjà fait étape en Haïti. J’ai surtout travaillé dans le milieu francophone, à Limoges, en Belgique, mais aussi à Avignon.  

 - M.D. :Comment fonctionne le Festival Quatre Chemins ?

4 chemin 2018- G.R.Jr : Il est bâti à partir d’un fil rouge et j’en profite pour organiser un mini-colloque et des ateliers  autour d’un thème. Cette année, la maltraitance des enfants; l’année prochaine « Pays Poëte Poëte Poëte, ou l’art et la politique ne font pas bon ménage ». Les ateliers dans les écoles et à l’institut Français se poursuivent toute l’année, ce qui permet de financer un peu le Festival, de faire travailler l’équipe et de payer les bureaux. Depuis le séisme du 12 janvier 2010, il n’y a plus de salles de spectacle à Port-au-Prince. La plupart des lieux investis autrefois par le Festival sont détruits. Plutôt que de le regretter, on va jouer partout.

Le Festival emploie seulement deux permanents et doit trouver chaque année les trois quarts de son budget pour le volet artistique. Majoritairement la Fokal, mais aussi Wallonie- Bruxelles International et l’Institut Français sont les principaux partenaires financiers de ce festival ouvert sur le monde. Des liens se sont tissés depuis longtemps avec le Québec, et les pays de la zone Caraïbe, mais aussi avec La Réunion.  Nouvellement, avec des artistes de la République dominicaine, le pays voisin en conflit de frontière permanent avec Haïti. Des liens existent, mais on passe son temps à regarder ce qui les délie.»  

 M.D. : Comment s’organise la formation théâtrale en Haïti ?

 G.R.Jr : A mon retour de France, j’ai a été directeur pendant deux ans de l’Ecole nationale des arts, aujourd’hui fermée, mais cela ne marchait pas vraiment. On y apprend un métier,  on ne devient pas forcément artiste.  Ici la formation des comédiens se fait par filiation. Les aînés prennent en main les plus jeunes. Daniel Marcelin a formé plus de deux mille artistes dans son Petit Conservatoire. Lionel Trouillot et Frankétienne m’ont formé :  ”C’est mon fils“ dit-il, à mon propos. Dans cette optique, Quatre Chemins propose aussi des résidences artistiques de recherche dans toutes les disciplines avec l’obligation de travailler en province, afin de décentraliser les activités culturelles. Cette année, un poète, un photographe et  un slameur ont bénéficié d’une bourse d’un mois pour rencontrer d’autres populations. »

 

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 Entretien avec Michèle Lemoine, chargée culturelle à Fokal

Festival quatre chemins (suite et fin) batiment-fokal La Fondation Connaissance et Liberté (Fokal) créée en 1995 est une fondation nationale financée principalement par L’Open Society Foundations, un réseau de fondations et d’initiatives établies à travers le monde par le financier hongrois américain Georges Soros et de promotion des valeurs démocratiques. Fokal reçoit aussi des financements de l’Union Européenne et de la coopération Française. La fondation est née pour favoriser l’accès à la connaissance et à la formation citoyenne. La lecture a été son premier cheval de bataille avec la création d’un réseau de bibliothèques de proximité dans toute l’île (acquisitions, action culturelle, formation d’animateurs). Elle intervient avec des subventions à des personnes ou des associations, dans les domaines de la culture, de l’enseignement, des médias indépendants, de la formation citoyenne, de l’environnement, et dans les secteurs marginalisés comme la paysannerie et les femmes.

Depuis 1999, Fokal soutient des artistes talentueux dans le domaine des arts et contribue au renforcement de la production littéraire et artistique haïtienne par des subventions et le renforcement des institutions locales (musées, fondations, écoles). Elle subventionne depuis le début Le Festival de Théâtre Quatre Chemins. Elle dispose aussi d’une salle de spectacle dans son bâtiment.

 Michèle Lemoine, sous l’égide de cette fondation, a dirigé le Festival Quatre Chemins au départ de Daniel Marcelin, avant de passer la main à Guy Régis Jr.  

 -M.D. : Comment a évolué ce festival depuis sa création en 2003 ?

 - M.L. : Le festival est né grâce à trois partenaires solides, Fokal , l’Institut Français et la Charge du Rhinocéros (association belge de coopération artistique). Depuis, l’Institut Français a peu de moyens, et la Charge du Rhinocéros s’est retirée ; heureusement, Wallonie-Bruxelles international et l’Ambassade de Suisse interviennent aussi. Mais, on le sait, les aides, toujours liées aux personnes à la tête des institutions, sont fluctuantes. Dès sa naissance, le festival réunit des hommes et des femmes de théâtre reconnus tels Syto Cavé, Magali Denis ou Daniel Marcelin, et d’autres, à l’orée d’un parcours artistique prometteur  comme Guy-Régis Jr et sa troupe NOUS. Le tremblement de terre a compliqué les choses  mais il a attiré l’attention mondiale sur Haïti et les artistes en ont bénéficié : des échanges se sont créés entre ceux qui sont venus ici et ceux partis à l’étranger. Pendant quelques années, la direction du Festival est retombée sur notre fondation, mais il fallait qu’elle revienne aux artistes sous forme de subventions à une association indépendante. Guy Régis Jr. a su le faire évoluer. Il a une marge de manœuvre plus large avec un grand réseaux d’artistes en Europe et en Amérique du Nord et du Sud. Il l’a aussi beaucoup ouvert sur la Caraïbe.

M.D. : Comment intervient le Ministère de la Culture ? Exerce-t-il une censure ?

M.L. Il est théoriquement partenaire, mais on ne sait jamais s’il va tenir ses engagements. Avec les troubles politiques, les caisses sont vides. Mais il n’exerce aucune censure. Les sectes religieuses protestantes parfois font parfois pression pour interdire telle ou telle manifestation, au nom de la morale…

 Mireille Davidovici

Festival Quatre Chemins à Port-au-Prince, du 20 novembre au 3 décembre. www.festival4chemins.com www.Fokal.org

La face cachée de la lune, conception et mise en scène Robert Lepage

 

La face cachée de la lune, conception et mise en scène Robert LepageLa Face cachée de la lune, conception et mise en scène de Robert Lepage

 

On ne cherche plus à marcher sur la lune : c’est fait, il n’y a rien à y voir, sinon les cicatrices de sa face mutilée par des accidents de météorites. Les petits hommes verts et la planète rouge, les satellites inédits lui ont pris la vedette. Mais l’astre des nuits n’a  rien perdu  de sa force d’attraction un peu mélancolique. La reprise de La Face cachée de la lune est un événement “historique“ :il  a été sacré “culte“ à sa création, en 2000. Or, après Jules Verne, après les années cinquante du vingtième siècle qui y ont tant rêvé et l’ont tant redoutée, c’est précisément l’an 2000, clôturant le millénaire, qui a mis fin aux rêves et aux illusions.

La face cachée de la lune évoque la lutte titanesque entre les USA et l’URSS pour la conquête spatiale : une période cruciale pour l’équilibre du monde. Mais voilà, Robert Lepage regarde la géopolitique par le prisme des souvenirs d’enfance, et avec les yeux d’un personnage lunaire, qui nous emmène dans la légende. Il était une fois, donc, deux frères. L’un, éternel thésard en philosophie des sciences, éternel malchanceux et inadapté, part en quête des savants soviétiques et des anciens cosmonautes qui avaient lancé les premiers programmes et les premiers animaux dans l’espace. Non sans quelques dégâts, mais enfin cela permit à Youri Gagarine de faire le grand saut. Et il n’oublie pas les missions Apollo et le «grand pas pour l’humanité» gagné par l’Amérique.

Son frère,  à des années-lumière des tourments de son aîné, présente la météo à la télé, à l’aise dans son costume croisé. Ils ont en commun notre planète bleue, et la mort de leur mère. D’où : soucis, partages, rangements, réveil de vieilles rancunes, mais tout cela n’est que la poussière du deuil. En vérité,  un volcan d’où naissent, pour le philosophe, toutes les interrogations métaphysiques, et pour l’homme mal dans sa peau, les tentatives pour reprendre sa vie en main. Le hublot de la machine à laver devient la matrice du monde, le sas par où le cosmonaute se jette dans l’infini comme le bébé est jeté en ce monde, le tourbillon du big-bang et celui des pensées dans la tête, l’appel du gouffre… La planche à repasser se démantibule en machine à musculation ou en tentative pour remettre à plat une vie et une sensibilité froissées.

Yves Jacques, prodigieux interprète unique des deux frères, n’est pas seul sur la scène de la Grande Halle : les objets, et même un être vivant, un litigieux poisson rouge dans son bocal, l’accompagnent, lui donnent la réplique, le relancent. Avec un bazar magique, en perpétuelle transformation avec jeux de miroirs, bouts de documentaires nostalgiques en noir et blanc, apparitions et disparitions d’objets, le comédien imprègne le spectacle de son humour et de sa tendresse, jusqu’à s’envoler lui-même en apesanteur. On aurait envie de tout raconter, et l’on aurait tort, tant le spectacle sait à la fois nous fasciner et nous surprendre.

En hommage aux exploits des cosmonautes et astronautes, ceux qui croient, les uns à l’ordre de l’univers, et les autres  à son expansion infinie et aux savants d’un XXème siècle qui a déjà basculé du côté des mythes, voilà un spectacle généreux, bienveillant, qui ne craint pas de voir grand.

Christine Friedel

Grande halle de la Villette jusqu’au 2 décembre, (programmation hors les murs du Théâtre de la Ville, et du festival Le Québec à la Villette : du 24 novembre au 31 décembre). T.: 01 40 03 75 75

 

 

Festen, mise en scène de Cyril Teste

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Festen, mise en scène de Cyril Teste, d’après Festen, un film de Thomas Vinterberg, co-scénariste Mogens Rukov, adaptation de  Bo Hr. Hansen, traduction française de  Daniel Benoin

 

«Quand on fête ses soixante ans, on n’a plus vraiment de projet (…) On peut regarder en arrière (…) On peut être fier de sa famille. (…).  » Dans le noir, on entend la voix du père qui nous convie à un banquet en son honneur. A la fin, on verra qu’il aura été servi… mais pas comme il l’entendait ! Le rideau s’ouvre sur une immense pièce où trône une longue table nappée de blanc ornée de bouquets de fleurs. Les domestiques s’affairent et les convives arrivent, suivis par une caméra, entre la cuisine où se prépare le repas d’anniversaire, le vestibule où l’on pose son manteau, et la grande salle à manger-salon. Avec allers et venues des personnages dans des plans-séquences et gros plans en alternance, projetés sur un écran au centre.

La caméra s’attarde, au dessus du piano, sur l’étrange scène bucolique du tableau de Jean-Baptiste Camille Corot (1796- 1877), Orphée ramenant Eurydice des enfers. Ce sera aussi la dernière image du spectacle. Toute une ambiance… Ici l’Enfer s’apparente à ce repas de famille où, en pleines festivités, Christian, le fils aîné, va faire tomber les masques, et dévoiler au grand jour les crimes d’un père incestueux qu’il tient pour responsable du suicide de Linda, sa sœur jumelle. Pour Thomas Vinterberg, «Festen établit un lien entre la montée du fascisme dans un pays et la pression du mensonge structurant tous les membres de cette famille ».

 Mais ce drame familial jusque là bien caché et brutalement mis à nu est aussi une histoire de fantôme, d’un lieu hanté par les démons du passé et par une soeur Linda qui a laissé derrière elle une lettre expliquant son geste et corroborant les révélations de Christian, d’abord fermement démenties par ses parents. La jeune fille, de temps en temps apparaît sur l’écran, vue du seul Christian et, bien sûr, du public, par le truchement de séquences préenregistrées, les seules du spectacle.

 La scénographie de Valérie Grall permet au chef-opérateur de se transporter dans tous les espaces de cet hôtel particulier cossu : le spectateur devient ainsi voyeur et découvre l’envers d’un décor d’apparat, jusque dans les chambres, où l’on débusque des scènes intimes entre les personnages… et les secrets, nombreux, qui pèsent sur la famille. Ce sont les coulisses de la fête, analogues à celles du théâtre, en attente de l’action principale.

 Après le remarquable Nobody (voir Le Théâtre du Blog), Cyril Teste avec cette nouvelle  «performance filmique», s’empare de l’un des deux premiers films-culte labellisés Dogme95 : Festen de Thomas Vinterberg (1998) avec Les Idiots (Idioterne) de Lars von Trier, les instigateurs de ce mouvement. Premier-nés de la Nouvelle Vague danoise dont l’esthétique participe d’une sobriété formelle, avec tournage,  caméra à l’épaule, en son direct, et enregistrant sans artifices, des situations brutes. Leurs auteurs adoptent un style vif, nerveux, brutal et réaliste.

 Comme Lars von Trier et Thomas Vinterberg, Cyril Teste, le directeur artistique du collectif MxM,  s’est lui aussi donné des règles strictes :  “cette performance filmique  doit être tournée, montée et réalisée en direct sous les yeux du public. Musique et son doivent ainsi être mixés en temps réel, et les images pré-enregistrées ne doivent pas dépasser cinq minutes et sont utilisées pour des raisons pratiques (…) »

Homme de théâtre autant qu’artiste plasticien, Cyril Teste, revisite sur un plateau qui devient à la fois scène et studio de cinéma, la théâtralité d’une réception, en trois chapitres. Il tient bien son spectacle et nous offre une plongée d’une heure cinquante dans un univers dramatique et plastique où théâtre et cinéma cohabitent dans la plus grande complémentarité.  Avec un travail méticuleux de tournage et montage en direct, réalisé par une habile équipe. Seize excellents comédiens jouent magistralement le jeu, pour la caméra comme pour la salle. Le film, par écran interposé, et avec une sonorisation constante, opère une distance entre public et acteurs, une  «déréalisation»,  comme si  manquait parfois la présence réelle des corps et les voix. Quelques spectateurs sont invités chaque soir à partager le repas cuisiné, servi et dégusté le temps de la représentation, mais cela ne nous inclut pas pour autant dans le vif.

Il faut saluer ici un remarquable travail d’équipe, cohérent et très bien réglé : il aura fallu deux ans au metteur en scène pour élaborer ce projet. Le collectif MxM confirme ici sa capacité d’invention et la beauté formelle de ses réalisations. Le public a réservé à ce brillant exercice de style, un accueil enthousiaste. Ne le manquez pas…

 

Mireille Davidovici

Spectacle créé du 7 au 10 novembre à Bonlieu, Scène nationale d’Annecy.

Du 24 novembre au 21 décembre, Odéon-Théâtre de l’Europe, Paris.

Du 10 au 12 janvier, Le Quai, Centre Dramatique National d’Angers-Pays de la Loire. Du 23 au 27 janvier, MC2 de Grenoble .
 Le 11 février, Théâtre du Nord, Centre Dramatique National de Lille-Tourcoing-Hauts de France. Du  20 au 24 février, Théâtre National de Bretagne, Rennes.
Les 8 et 9 mars, Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines ; le 15 et 16 mars, Le Liberté, Toulon; les 20 et 21 mars, Comédie de Valence ; les  29 et 30 mars, Le Parvis, Tarbes.
Les 3 et 4 avril, Théâtre de Cornouaille,Quimper; du 10 au 13 avril, Comédie de Reims ; les 17 et 18 avril, Equinoxe, Châteauroux; du 24 au 26 avril, TAP, Scène nationale de Poitiers.
Du 12 au 16 juin, Les Célestins, Théâtre de Lyon.

Amour, conception et mise en scène de Guillaume Barbot.

Amour, conception et mise en scène de Guillaume Barbot.

Que signifie « amour », aujourd’hui ? Ce spectacle ambitieux résulte d’un an d’enquêtes et recherches sur le sens de ce mot. Des artistes, musiciens, comédiens et danseurs répondent en toute liberté à la question. Une heure avant, et une heure après le spectacle, le public est invité à  parler sur ce thème avec les comédiens, pendant quatre minutes dans de petites cabines intimes ou autour d’une table, ou au Foyer du théâtre.

compagnie-coup-de-poker-685x1030Cela rappelle Les Chambres d’amour, un spectacle du Théâtre de l’Unité  où  on  vous chuchotait un poème à l’oreille dans des chambres d’hôtel, (voir Le Théâtre du Blog).  Le décor ressemble à une salle de bal qui aurait été colonisée par la nature : des touffes d’herbe sortent du tapis de danse, «comme si la nature reprenait ses droits», dit le metteur en scène.
Le spectacle se compose de textes d’Alain Badiou, Roland Barthes, Charb…, de questionnements personnels des artistes, et de réflexions recueillies auprès du public. Des variations chantées, dansées ou jouées, évoluant d’une  représentation à l’autre, en fonction du retour du public. Avec quatre témoignages vidéo, très puissants, dont ceux de deux jeunes enfants, et celui d’une veuve qui vécut cinquante ans d’un amour unique, avec son défunt  mari. Mariko Aoyama, une ancienne danseuse de Pina Bausch et ses partenaires nous font vivre des moments d’amour éphémères.

Il ne s’agit pas ici de peindre un tableau exhaustif autour du thème universel de l’amour, mais de se laisser porter par des récits intimes. «Je n’ai gardé pour cette pièce, dit  Guillaume Barbot, que des choses politiquement naïves et tendres. »

Jean Couturier

Théâtre de la Cité Internationale, boulevard Jourdan Paris XIVème, jusqu’au 20 novembre.

Le Pas de Bême, écriture et mise en scène Adrien Béal

 

©Martin Colombet

©Martin Colombet

Le Pas de Bême, écriture et mise en scène d’Adrien Béal

 Cette pièce avec Olivier Constant, Charlotte Corman et Etienne Parc, s’inspire de L’Objecteur (1951) de Michel Vinaver. L’objecteur de conscience est celui qui, en temps de paix ou de guerre, refuse d’accomplir ses obligations militaires,  au nom de ses convictions d’ordre moral ou religieux qui lui enjoignent le respect absolu de la vie humaine.

La création d’Adrien Béal-une écriture collective-met en scène Bême, un lycéen qui,  aux devoirs sur table, rend systématiquement copie blanche. Horreur ! Le refus d’obtempérer  d’un élève sans problème, apparaît  d’autant plus incompréhensible, qu’il n’exprime ni colère ni révolte. En échange, ce non-consentement ouvre un abîme, et remet en question l’ordre établi et les relations sociales. L’objection discrète reste forcément subversive.

 Professeurs, parents, élèves, tous plus ou moins étonnés et incrédules, apportent leur contribution à la recherche d’un sens qui leur échappe. Pour quelles raisons implicites contrevenir et transgresser ? Comment use-t-on de l’indiscipline, de l’insoumission et de la résistance?  Pour le philosophe Alain, la désobéissance est un essai de liberté et de courage. Savoir dire non: une part non négligeable de l’art existentiel…  Mais c’est aussi savoir vivre seul.

 Les comédiens vont dans la salle et prennent place avec agilité au milieu du public, sur un siège du premier rang d’une scénographie quadrifrontale; assis ou debout, changeant de rangée puis descendant  sur la scène, ils jouent tous les rôles et alternativement. Ils explorent ainsi toutes les facettes possibles de la posture choisie par l’élève: selon des circonstances initiales obscures, si ce n’est une durée vérifiée des trois mois, sans que personne des autorités enseignantes n’ait jamais osé s’exprimer sur ce refus qui dérange tout le monde.

 Chacun des protagonistes prend peu à peu conscience de cette situation inédite, parle avec l’autre qui ne partageant pas le même point de vue que lui, et cela à l’infini.Les uns comprennent avec empathie, les autres rejettent la superbe du geste. Le spectateur pris à partie, écoute, sensible  au propos. Un spectacle propice à la réflexion dans une atmosphère ludique et joueuse.

 Véronique Hotte

 Le spectacle s’est joué au T2G -Théâtre de Gennevilliers, du 3 au 14 octobre.

Le Chevalier du temps perdu, La Saga des Géants. Mise en scène Jean-Luc Courcoult, Cie Royal de luxe

 

 

 

La Saga des Géants: Le Chevalier du temps perdu, par le Royal de luxe, mise en scène Jean-Luc Courcoult

 

royal-de-luxe-la-petite-geante-nantesSurprenante vision sur le lac de Genève d’où l’on aperçoit un chevalier en armure ! Tout droit venu du grand siècle, il vogue dans la légendaire Marmite de Genève ! Nous sommes à la veille du réveil des Géantes  : La Grand-mère (H: 7,30m ) et de la Petite Géante (H: 5,50m)… Prologue à ce nouvel épisode de La Saga des Géants:  Le Chevalier du temps perdu.

Pour la première fois en Suisse! Le lendemain, sur la place de Plainpalais, la Grand-mère Géante salue et s’adresse à la foule réjouie : « Genevoises, Genevois, c’est avec un immense carillon de bonheur que j’ai traversé les 14 milliards d’années- lumière qui me séparaient de vous. »

L’idée enchanteresse de la venue des Géants est de Jean Liermier, metteur en scène et directeur du Théâtre de Carouge à Genève : « (…) J’ai pensé aussi que Genève avait besoin d’un événement de cet ordre, que nous nous mettions tous à regarder dans la même direction. L’horizon des géants. »

Le rêve, l’utopie sont pour lui des outils indispensables à la vie et la direction d’un théâtre. Que le rêve se concrétise !  Il envoie donc un message au Royal de Luxe, pour inviter La Petite Géante à skier sur le toit de son théâtre ! Jean-Luc Courcoult, « timonier » du Royal de Luxe, est séduit par cette invitation hors du commun. Les dés sont jetés, l’aventure est lancée,  artistique et urbaine mais aussi humaine et citoyenne.

Dans cette ville, fief de l’horlogerie, une des plus belles au monde, a eu lieu du 29 septembre au 1er octobre, un événement de taille, la Saga des Géants En 1993, Jean-Luc Courcoult, auteur et metteur en scène, au caractère bien trempé et imaginatif à l’image de ses tenues bigarrées, invente ces personnages surdimensionnés : Les Géants. A ne pas confondre avec des marionnettes.  Ceux du Royal de Luxe, sont des personnages dramatiques de nature unique, prégnante de théâtralité et d’humanité ! Aucun atome crochu avec les êtres monstrueux, fils de la Terre et foudroyés par Jupiter.

Ces géants bienveillants, eux, viennent des lointains, plus exactement de l’autre côté du mur de Planck (Max Planck, physicien allemand, un des fondateurs de la mécanique quantique). La Grand-Mère Géante, évoque avec délice ses souvenirs derrière le mur de Planck : « Quand, je me vis dans la glace, je découvris une jolie grand-mère, pétillante d’espoir. J’étais toute fière et belle, comme les bouquets de ballons qu’on vend dans les fêtes foraines qui soulèvent les hippopotames dans le ciel. »

 En ce début d’automne, toute la ville, à l’annonce de cette nouvelle aventure des Géants, s’interroge et s’impatiente. « Je voulais trouver un langage qui me permette de m’adresser à toute une ville »,  dit le metteur en scène,  telle fut l’idée fondatrice de La Saga des Géants. Après son réveil, le soir du 29 septembre, avec émotion et vivacité, la Grand-mère Géante lance l’invitation: « Genevoises, Genevois, allons dès maintenant parcourir les trottoirs et les pavés de la ville qui, pour peu qu’on les entende, rayonnent de bruits lointains comme les vibrations d’un volcan enterré, toujours vivant. Que commence la fête ! ».

Aussitôt dit, aussitôt fait, la fête pendant trois jours s’est emparée de la cité genevoise avec un enthousiasme sans faille ! Soudain il était possible d’inventer un autre rapport aux êtres, à la ville que nous côtoyons quotidiennement et au système social, éducatif qui nous contraint : «La rue est à nous, les mouvements les paupières de la Grand-mère et de la Petite Géante, tous les détails, c’est fascinant comment ils mettent le vivant en marche ! » s’émerveille un des habitants, horloger de profession.  “Cela nous connecte à l’enfance et à ce qui n’existe pas concrètement, c’est de la poésie, des regards bienveillants. C’est aussi une expérience des sens, et ces géants dégagent de la sérénité », déclare une étudiante en sciences politiques. Mais aussi un père de famille pour qui : « Cela sert à rien, c’est ça qui est super », sans oublier la joie provoquée par cette univers inattendu : « Inventivité, joyeux, astucieux, ça rend heureux » ou bien encore les mots de cet urbaniste retraité de Lausanne, venu pour les Géants : « C’est formidable d’arrêter le ville, de la mobiliser pour la culture et le rêve. Pas toujours le sport! Autre chose bravo ! »

Oui félicitations: une telle épopée ne se réalise pas en un jour. Ce projet, complexe mais aussi passionnant dans son élaboration, réclame une grosse logistique et une grande dextérité. Chaque création de Jean-Luc Courcoult et du Royal de Luxe mobilise un nombre de personnes considérable. Pour cette traversée urbaine hors du commun, la joyeuse bande du Royal de Luxe (équipes techniques, musiciens, régie, production etc.) collabore avec des habitants de la ville bénévoles qui  deviennent le temps de cette saga des « Lilliputiens ».

Reconnaissables à leur livrée en velours frappé rouge vermillon-un clin d’œil aux vêtements des courtisans du XVII ème siècle, ils nous émerveillent par leur agilité, comparable à celle des acrobates, et leurs mouvements s’apparentent à une chorégraphie réalisée ici, à Genève, de mains de maître, par Matthieu Bony, directeur des manœuvres de la Grand-mère, et Susana Ribeiro, directrice de celles de la Petite Géante. Chapeau bas ! Pour la musique, qui occupe une place déterminante, saluons le talent de Michel Augier,  compositeur et interprète: sans lui les Géants seraient orphelins. Et l’envolée dionysiaque qui s’est emparée de la ville cet automne, n’aurait pas eu une telle ampleur.

 La Saga des Géants a pu aussi se concrétiser grâce à différents participants plus institutionnels,  comme ceux de l’Etat (services de sécurité, de voirie, de secours, de police etc.). Gratuite, cette manifestation théâtrale, musicale, et plastique nécessite des financements conséquents. La ville, en ce domaine ne semble pas avoir occupé le premier rang. Pourtant, vu l’ampleur du dispositif et des moyens techniques exigés, trouver des capitaux était une des priorités pour cette mise en fête spectaculaire et culturelle de Genève. Au total : 80% des fonds ont été levés par l’Association pour la venue des Géants  et 20%  ont été accordés par les pouvoirs publics. Sans cette association créée en 2016 et présidée par François Passard, directeur et fondateur de L’Abri, et sans tout le travail accompli par Jean Liermier, la rencontre avec ces êtres surdimensionnés, et paradoxalement si proches de nous et si émouvants, n’aurait sans doute pas vu le jour.

La venue des Géants serait restée une utopie: on aurait alors dit adieu aux charmantes  histoires de la Grand-mère Géante, si variées, aux titres évocateurs de la culture et de l’histoire de Genève : Les souvenirs de la Grand-mère derrière le mur de Planck , Gargantua, La Bataille des échelles, Recette de la fondue savoyarde par des Genevois d’Afrique équatoriale, Tram 12… Adieu aussi au doux et malicieux regard de La Petite Géante, à sa danse si joyeuse sous le regard attendri de La Grand-mère buvant son whisky, adieu, Adieu encore à nombre d’autres trouvailles ingénieuses, pleine de rêve et de poésie. Une fois encore et depuis vingt-quatre ans, Le Royal de Luxe continue à nous surprendre. La magie des Géants demeure intacte.  Ils réussissent par le rêve, l’humour et la poésie à rassembler, toutes générations confondues, les passants d’une ville pour un voyage hors du temps, ici et maintenant !

 Elisabeth Naud

 Spectacle-performance de rue vu à Genève du  jeudi 28 septembre  au dimanche 1er octobre.

 

Oncle Vania d’Anton Tchekhov, mise en scène de Philippe Nicaud

 

Oncle Vania d’Anton Tchekhov, mise en scène de Philippe Nicaud

onclevaniaNous avions dit tout le bien de ce spectacle quand il a été joué en janvier dernier. Nous persistons et signons…

La pièce, écrite en 1897  mais jouée deux ans plus tard, a précédé Les Trois sœurs  et La Cerisaie donc sept ans avant la mort d’Anton Tchekhov ; les quatre actes, sans indication de scène, racontent la fin du séjour l’été, d’un professeur  à la retraite, Sérébriakov et de son épouse Eléna (27 ans) dans la propriété agricole de Sonia, la nièce du professeur où vit aussi leur beau-frère Vania qui a travaillé toute sa vie dans ce domaine dont elle a hérité de sa mère, pour aider financièrement Sérébriakov. Vania, lui, a perdu ses illusions  sur celui qu’il prenait pour un génie et lui en veut. Et, comme il est amoureux d’Eléna, cela n’arrange pas ses rapports avec son mari qui se plaint tout le temps et supporte mal de se voir vieillir …

Quant à la belle Elena qui admirait aussi le professeur et en était amoureuse, elle avait fini par se marier avec lui. Désabusée, elle n’est plus amoureuse de cet insomniaque qui exaspère tout le monde avec ses prétendues maladies et qui voudrait imposer son rythme de vie aux autres  Elle s’ennuie et se laisserait bien séduire par Astrov, le médecin de campagne qui, fasciné par elle, vient souvent au domaine pour la voir. Il en a assez de courir chez ses patients, pense qu’il n’est plus utile et, visionnaire respectueux de la Nature, s’inquiète du sort de sa région dévastée par les coupes de bois. Mais il noie son mal de vivre dans la vodka…

Sonia, elle, profondément seule, est aussi amoureuse folle de ce très beau et séduisant Astrov mais, en larmes, finira par comprendre que c’est sans espoir. Sérébriakov voudrait vendre le domaine pour réaliser une opération soi-disant juteuse; bien entendu, Vania n’accepte pas et une violente dispute va les opposer. Sérébriakov et Elena, après une réconciliation de façade, partiront à jamais… laissant Sonia désespérée, Astrov encore plus amer et Vania accablé de tristesse, enfin débarrassés du professeur mais tous encore plus seuls avec eux-même.

La pièce, admirablement construite, comprend en plus des cinq personnages cités plus haut, Maria, la grand-mère de Sonia et mère de Vania et de la première femme de Sérébriakov, Téléguine, un propriétaire ruiné qui vit là, aux crochets de Sonia et Vania, Marina, la vieille nourrice, et un valet. Bref, une communauté de gens qui se sont toujours connus et qui vivent étroitement les uns avec les autres, maîtres et domestiques, dans un microcosme coupé du monde, surtout pendant les longs hivers russes. Sur fond de tristesse et de solitude mais aussi de moments joyeux comme Anton Tchekhov tenait à le souligner.

Philippe Nicaud a éliminé tout folklore du genre : samovar, costumes d’époque et neige qui tombe, et a donc éliminé les autres personnages secondaires et a recentré la pièce sur les cinq principaux, sans doute pour des raisons financières. Oncle Vania y perd de ce côté grande famille qui est un peu la marque de la fabrique Tchekhov mais y gagne sans doute en intimité. Sur le petit plateau de la cave voûtée de l’Essaïon, juste une table de bois, quelques tabourets, une étagère avec quelques assiettes, des bouteilles de vin et de vodka, une cafetière électrique qui répand son fumet, et dans le fond, une autre table pleine des papiers et livres en fouillis du professeur. Et quelques lampes de chevet. Sur des cintres accrochés au mur, trois robes d’Eléna. Et les cinq personnages tous présents sur scène restent discrets, quand il ne jouent pas dans une scène. «J’ai voulu  cela, dit Philippe Nicaud, pour recréer cette atmosphère étouffante». En fait, cela ne fonctionne pas très bien et fait convention post-brechtienne des années 70 et le début a un peu de mal à se mettre en place. Mais qu’importe ces réserves, rien de grave.

Oncle Vania a souvent été montée ces dernières années, notamment par Eric Lacascade, Pierre Pradinas, Christian Benedetti, Jacques Livchine et Hervée de Lafond qui l’avaient joué en plein air et l’une des meilleures mises en scène que nous avions toutes vues, et il y a deux mois par Julie Deliquet (voir Le Théâtre du Blog). Mais ce spectacle bien rodé, est à la fois simple, (pas de criailleries, de micros HF,  d’effets inutiles, pas non plus de grossissement vidéos, pas de musique, sinon quelques airs à la guitare chantés par Astrov) mais exigeant, avec un grand respect du texte, même s’il a été élagué, et une bonne direction d’acteurs. Tous les personnages sont très crédibles, que ce soit Céline Spang (Eléna) (photo plus haut), Bernard Starck (le professeur) et Philippe Nicaud (Astrov) mais surtout Fabrice Merlo (Vania) et Marie Hasse (Sonia). Tous les deux exceptionnels et sublimes de justesse (photo ci-dessus). La grande classe…

Quand les  choses s’accélèrent vers la fin, et qu’Astrov et Eléna échangent de longs baisers, juste au moment où arrive le pauvre Vania avec son bouquet de roses ! Quand, désespérée, la pauvre Sonia  voit son bel amour s’écrouler et sanglote… On a beau en avoir vu des scènes de Tchekhov fortes et pathétiques mais là, et croyez-nous-et c’est vraiment rare dans une vie de critique-on en a plus que les larmes aux yeux. Une absence de prétention, une très bonne diction, et un travail approfondi de Philippe Nicaud et de ses acteurs sur les personnages aux costumes simples mais justes! Résultat: une vérité et une émotion palpable devenus rares dans le théâtre contemporain!

Cette compagnie ne joue certains jours! Sans doute une histoire de finances, mais si vous le pouvez, allez-y, vous ne regretterez pas cet Oncle Vania qui a été aussi  joué à Avignon  où nous n’avions pu le voir. Le public a applaudi longuement et avec raison cette mise en scène. Reste aux directeurs-des grands et moins grands-théâtres parisiens à accueillir ce remarquable spectacle sur le plateau d’une petite salle. Des noms, du Vignal ? Allez en vrac : Le Théâtre des Abbesses, le Théâtre de Paris, le Paris-Villette, le Théâtre de Belleville, le Grand Parquet, le Théâtre de la Tempête…Ne répondez pas tous en même temps!
Mais ce serait en effet dommage que ce formidable spectacle ne soit pas plus largement vu…il le mérite.

Philippe du Vignal

En ce moment au Théâtre Essaïon, 6 rue Pierre au Lard. T: 01 43 78 46 42. Le spectacle avait été  joué jusqu’au 14 janvier 2017. 

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Stadium

 

Stadium, de Mohamed El Khatib

 

el-khatib-stadium-c-fed-hockeCe n’est pas du théâtre : des « vrais gens » sont sur scène,pas en “amateurs“ venus modestement prêter main forte (et justification ?) à un spectacle. En effet, ils ne jouent rien, ils sont là en personne, parce qu’elles et eux ont quelque chose à dire. Et ils le font avec confiance et grande maîtrise, parce que c’est du théâtre ; sur une scène organisée dans l’espace et  le temps comme pour tout spectacle, il y a un commencement, une fin (encore que…), et un suspense, dans l’attente non d’un dénouement mais d’une rencontre et d’un nouage. On peut “spoiler“ : la rencontre se produira.

Mohamed El Khatib a partagé pendant deux ans la vie du fan club du Racing Club de Lens, a fait des recherches sur la sociologie du football. Il est entré dans ces familles où l’on naît supporteur, où on vit et meurt supporteur aux couleurs sang et or. Il a écouté les “ultras“ et leur parole parfois paradoxale, leurs guerres d’honneur avec les clubs adverses-spécialement le club parisien et ses insultes aux Ch’ti «chômeurs alcooliques consanguins pédophiles», leur sens du respect–oui-et de la solidarité. Ils lui ont raconté leurs ateliers d’ « éléments de langage“, car on n’insulte pas n’importe comment : d’accord, l’arbitre a perdu sa mère la veille, il aura droit à un certain respect, on le traitera donc d’«orphelin de pute». La face plaisante des valeurs de ce club de fans.

L’auteur a recueilli les souvenirs encore proches sur la mine à Lewarde qui a fermé dans les années 90, et devenue aujourd’hui Centre Historique Minier, et le témoignage de l’un des derniers maires communistes de la région. Le séisme politique est encore présent, creusé par l’effondrement industriel: il y eut l’espoir avec la gauche de 2012,  et le basculement en 2017 vers le Front National avec toute la puissance déferlante entraînée par la déception.

Cela pourrait être triste mais non…. Dans un dispositif simple-une petite tribune, un micro, un écran et une baraque à frites, les supporteurs de Lens viennent avec leurs blagues, leurs chansons, les chorégraphies de pom- pom girls, et les familles avec leurs tout petits enfants, fiers de ce que Mohamed El Khatib nous fait découvrir et aimer. À quoi sert le théâtre ? À mettre en scène les invisibles, à écouter ceux qu’on n’entend pas. Y compris dans le débat politique: les lois et règlements anti-hooligans (terme à employer avec une grande vigilance), comportant l’idée de «présomption de culpabilité», seraient un bon terrain d’expérimentation pour l’extension de lois répressives concernant tout le monde. (Voir le récent débat à l’Assemblée Nationale).

Le foot, c’est du bruit, mais aussi des paroles. En direct ou sur écran, les personnes présentes qui ne sont pas des « personnages» mais qui le deviennent, du fait de leur place ici-se moquent gentiment de l’image que le public parisien peut avoir d’elles, et nous dévoilent un monde. Vous croyez qu’il suffit d’installer une succursale du Louvre à Lens pour que les Lensois se l’approprient ? Savez-vous que c’est un métier, d’être mascotte ? Qui se cache dans l’énorme chien en peluche du Racing Club de Lens? Un danseur professionnel qui a dansé avec Pina Bausch et Carolyn Carlson. Où l’on voit que le spectacle du foot n’est pas si éloigné qu’on ne le croyait, de la culture de l’ « élite“. Laquelle, respectueuse comme on l’est au théâtre, reste de bois, quand une jeune fille essaie de l’entraîner dans les chants du club.

Mais les frites de la mi-temps, autrement dit de l’entracte, la fanfare, les moments de rire et d’émotion auront raison de cette raideur. Les supporteurs lensois gagnent cette rencontre, au point que la fanfare ne peut plus s’arrêter, ni les spectateurs quitter la salle. Mohamed El Khatib a gagné son triple pari : mettre en scène le peuple des oubliés, rendre au spectateur son corps et ses émotions, et parler politique, frontalement et  sans métaphores. Est-ce du théâtre ? Cette performance à cinquante n’est pas tout le théâtre, mais un théâtre, passionnant et réconfortant. Cela vaut la peine de suivre le travail de Mohamed El Khatib avec C’est la vie, à Théâtre Ouvert puis au Théâtre de la Ville/Espace Cardin, puis Conversation entre Mohamed El Khatib et Alain Cavalier du 14 au 22 décembre)

Christine Friedel

Théâtre National de la Colline, jusqu’au 7 octobre.

Théâtre Alexandre Dumas à Saint-Germain-en-Laye le 12 octobre. Théâtre de Chelles, le 13 octobre. Théâtre Louis Aragon à Tremblay-en-France, le 14 octobre.
L’Avant Seine, Théâtre de Colombes, le 10 novembre et Théâtre du Beauvaisis, les 16 et 17 novembre.

La Danse de mort de Strindberg, mise en scène de Stuart Seide

 

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La Danse de mort d’August Strindberg, traduction de Terje Sinding, mise en scène de Stuart Seide

La pièce écrite en 1900 et créée cinq ans plus tard à Cologne, a dû attendre sa première représentation en Suède en 1909, non sur une grande scène de Stockholm mais au Théâtre Intime, fondé par August Strindberg lui-même. La critique éreinta l’œuvre. Puis le grand metteur en scène Max Reinhardt la mit en scène en 1912 à Berlin.Avec Père et Mademoiselle Julie, La Danse des morts fait partie des drames d’August Strindberg qui vont bousculer et révolutionner l’art dramatique dans le monde entier.

 Aux Etats-Unis, elle marqua Eugène O’Neill, Tennessee Williams et Edward Albee, et inspire encore l’œuvre de Lars Norén, grand dramaturge suédois d’aujourd’hui qui se désigne lui-même comme l’héritier spirituel d’August Strindberg. La Danse de mort a connu une large diffusion internationale et influencé l’ensemble de l’avant-garde parisienne : Albert Camus et Jean Genet, Samuel Beckett, Arthur Adamov comme Eugène Ionesco.

 Dans la citadelle d’une île de garnison- le petit Enfer-, un capitaine autoritaire et sa femme, une ancienne actrice, préparent la fête de leurs noces d’argent, quand surgit un vieil ami. Le trio infernal joue une valse précipitée et désordonnée, entre tragédie et comédie : folie banale, souffrances tues et petits arrangements. Le jeu de massacre, avec une bonne dose de férocité et de mauvaise foi, dérive entre amour et haine. Une sarabande effrénée qui fuit le creux de l’existence vaine de partenaires maudits, ajoute Stuart Seide.

Cette danse macabre, médiévale ou contemporaine, répond à la vision aiguisée d’une mort fatale et commune aux êtres vivants, qu’on soit capitaine ou femme au foyer. Une manifestation collective, entraînant tôt ou tard les vivants vers le tombeau, d’êtres qui s’essaient à cette danse des morts… Une solidarité étrange sur le chemin des pas inéluctables qui conduisent à la mort, et cheminement immobile, selon Stuart Seide à propos de  cette pièce.

Picturale, littéraire ou poétique, elle est d’abord mentale pour ce couple d’époux amers. Jean Alibert est un Capitaine Fracasse théâtral, autoritaire et cassant, machiste et cynique au possible ; il n’hésite pas à en rajouter sur sa partition méchante et loufoque: voix forte et puissante, postures figées, conquérant assis ou debout,  il fait aussi, impatient, les cent pas sur le plateau.Les yeux exorbités, ce clown farcesque, quand il s’abstrait du monde, tombe brutalement, sans considération pour l’autre. Il fait face à une épouse qu’il n’aime plus (Hélène Theunissen), un peu effacée face au portrait en majesté du Capitaine.

Quant à leur ami ( Pierre Baux), observateur, acteur et commentateur égaré, il est aussi leur confident privilégié mais n’adhère pas à leur comportement immature et à leur désir cruel de blesser et d’humilier. Rage sourde et cris de fureur: la vie à deux fait mal et il n’est guère aisé de fuir.

 Une Danse de mort précise et éloquente, une sarabande divertissante au goût amer.

 Véronique Hotte

 Théâtre de la Reine Blanche, scène des arts et des sciences, 2 bis Passage Ruelle Paris XVIIIème, du 27 septembre au  29 octobre. T : 01 40 05 06 96.

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