L’homme qui a voulu être roi de Ignacio Garcia May

L’homme qui a voulu être roi,  « El hombre que quiso ser rey«  texte et mise en scène Ignacio Garcia May au Centre Dramatique National Maria Guerrero de Madrid du 20 novembre 2008 au 4 janvier 2009  par Irène Sadowska Guillon

hommbrequequiso.jpg Ignacio Garcia May est un auteur à part dans la génération des dramaturges « quadras » espagnols à la fois par la diversité de ses sources d’inspiration, l’interrogation des divers aspects de notre civilisation, mise souvent en perspective d’époques lointaines, mythiques ou projetée dans un futur probable et par le registre extrêmement vaste des formes auxquelles il recourt dans son écriture.
Deux pièces de Ignacio Garcia May Les vivants et les morts et Série B sont déjà publiées en France aux Éditions de l’Amandier.
Dans L’homme qui a voulu être roi il s’inspire d’un récit de Rudyard Kipling dont John Huston a tiré en 1975 son célèbre film L’homme qui voulait être roi avec Michael Caine et Sean Connery. Ignacio Garcia May met le récit de Kipling en abîme d’un conte raconté à des touristes dans un bazar par un marchand de tapis.
C’est l’histoire de deux soldats de l’armée coloniale britannique qui décident d’aller à la recherche du trésor et de la cité mythique d’Alexandre le Grand au Kâfiristân, quelque part à la frontière de l’Afghanistan et du Pakistan. Après moult aventures ils finissent par trouver le trésor et la cité antique d’Alexandre. L’un deux, Daniel, devient roi de la tribu qui y vit et se proclame Dieu. Le nouveau roi et son compagnon, Peachey, tentent de développer le pays, les péripéties s’enchaînent. Au bout de quelques années de règne Peachey veut rentrer chez lui, Daniel, le roi, veut se marier. Le mariage fera sa perte. Sa divinité démythifiée il est décapité. Son ami crucifié ressuscite. Au vu de ce miracle la tribu le laisse partir avec la tête de l’ex roi qui le guidera sur son chemin de retour. On se retrouve à la fin dans la boutique du marchand de tapis qui termine son récit en faisant la quête dans le public.
Dans sa mise en scène d’une grande simplicité et rigueur Ignacio Garcia May multiplie les mises en abîme : de la boutique du marchand qui propose au public – touristes dans un bazar, d’acheter ses tapis, jusqu’aux divers lieux des aventures des deux soldats. Sur scène quelques accessoires dont on fait un usage multiple : une malle : on en sortira à un moment un crâne, un narguilé qui devient serpent, cornemuse, une statue d’Alexandre cachette du trésor.
Un espace mental du conte où quelques signes suffisent pour que la magie du théâtre opère en suscitant l’imaginaire des spectateurs. Dans le même esprit, les costumes jouent sur quelques éléments évocateurs du style afghan : pantalons, tuniques et uniformes de l’armée britannique.
Deux musiciens sur le côté du plateau, l’Espagnol (Eduardo Aguirre) et l’Iraniens (Majid Javadi) jouent d’instruments perses et occidentaux et interviennent dans l’action. La musique originale de Eduardo Aguirre, inspirée par des motifs perses, afghans, pakistanais, joue un rôle fondamental dans la dramaturgie scénique, elle crée un espace sonore et les effets dramatiques.
Les deux acteurs Marcial Alvarez en marchand conteur, soldat, etc. et José Luis Patiño en roi, éblouissent par la maîtrise exceptionnelle de la technique et du registre du jeu, du comique au tragique, toujours en nuances, précis, jamais surchargé.
Mais ce conte sous une allure légère, laisse transparaître des contenus métaphoriques, politiques. Les deux soldats dont la relation peut rappeler certes celle de Don Quijote et Sancho Panza, n’évoquent-ils pas aussi des soldats contemporains, des marines américains dans une expédition néocoloniale, voire une guerre « civilisatrice » peut-être celle d’Irak ou celle d’Afghanistan ?
Animés par le rêve utopique d’un trésor, d’une cité perdue, d’une conquête à la Alexandre le Grand, nos braves soldats du conte, sympathiques par ailleurs, véhiculent « l’idéologie » colonialiste : foi en la supériorité de la race, de la civilisation, de la religion occidentale, en la nécessité de les imposer aux barbares, stratégie de manipulation des peuples indigènes et d’intervention dans les conflits locaux pour s’emparer ou conserver la richesse et le pouvoir.

Irène Sadowska Guillon


Archive de l'auteur

Scènes de novembre du Teatro Astillero

Scènes de novembre du Teatro Astillero à Madrid par Irène Sadowska Guillon

Alors que le Festival d’Automne de Madrid, vitrine théâtrale nationale et internationale (on pouvait y voir des spectacles des stars depuis Peter Brook à Krystian Lupa, etc.) s’achevait avec Les bonnes de Genet mise en scène de Luc Bondy, s’ouvrait la deuxième édition des Scènes de novembre (du 17 au 21 novembre) consacrées aux découvertes des dramaturgies actuelles européennes. Initiative de ce type unique en Espagne, proposée et organisée par un groupe d’auteurs du Teatro Astillero. Teatro Astillero, fondé et animé au départ par un noyau de jeunes auteurs : Luis Miguel Gonzalez Cruz, Juan Mayorga, José Ramon Fernandez, Raul Hernandez Garrido et Guillermo Heras, est devenu une structure d’essai, d’échanges, de réflexion et de création vouée uniquement à l’écriture contemporaine, qui s’est dotée d’une édition et s’est ouverte depuis plusieurs années aux auteurs d’autres pays européens.
Plus qu’une ouverture, l’échange, la rencontre, la promotion et la diffusion des dramaturgies d’aujourd’hui sont à la base des Scènes de novembre qui pour cette deuxième édition ont accueilli des traducteurs de France, Angleterre, Italie, Allemagne, Portugal, Slovaquie, Hongrie mais aussi des traducteurs traduisant vers l’espagnol. La dramaturgie espagnole et française avec des auteurs français invités : Enzo Cormann, Rémi de Vos, David Lescot, Jean René Lemoine, ont été à l’honneur. Du Portugal est venu Armando Rosa dont la pièce L’eunuque d’Inès de Castro a été présentée en lecture. Des lectures et des spectacles en espagnol de L’enfant froid de Marius von Mayenburg pour l’Allemagne, de Genova 01 de Fausto Paravidino d’Italie et le spectacle Glengarry Glen Ross de David Mamet pour la dramaturgie anglophone, donnaient un panorama à la fois des tendances dominantes et des parcours particuliers, personnels de certains auteurs.
Un programme très riche qui aux lectures, mises en espace et spectacles présentés au Centre Culturel El Torito et à l’Institut Français, associait une partie plus théorique organisée en collaboration et à l’Université Carlos III : exposés, études sur les dramaturgies contemporaines européennes, rencontres avec les auteurs et un atelier de traduction vers d’autres langues sur la pièce De putas de Luis Miguel Gonzalez.
Des pièces d’auteurs espagnols rendaient compte de la diversité des formes dramatiques, des problématiques abordées ainsi que de la recherche de nouveaux langages scéniques dans l’écriture théâtrale actuelle en Espagne.
Le rapport à la mémoire et à l’histoire récente de l’époque franquiste était abordé différemment dans Raccord (Puzzle) de Rodolf Sirera (tentative de reconstruire l’histoire à travers des fragments de mémoire et de vies de personnages appartenant à trois générations différentes) et dans Todos los que quedan (Tous ceux qui restent) de Raul Hernandez Garrido (recherche de la vérité sur la disparition d’un père, républicain espagnol interné au camp de Mauthausen, par sa fille, qui rejoint ici la mémoire collective).
Questionnement de la déshumanisation des rapports dans notre société contemporaine basés sur l’offre et la demande à travers la métaphore de la prostitution dans De putas (De la putasserie) de Luis Miguel Gonzalez. La relation avec la terre, la famille, l’environnement, l’immigration et l’identité sont autant de thèmes d’actualité brûlant que le très jeune auteur Paco Bezera traite dans Dentro de la Tierra (À l’intérieur de la Terre).
Quant aux auteurs français, on restait dans « je me souviens «  traité avec un regard pertinent sur un certain conditionnement de la jeunesse communiste dans la France d’après-guerre dans La commission nationale de l’enfance de David Lescot interprété avec finesse et grâce par l’auteur, ou dans un certain nombrilisme dans Face à la mer de Jean René Lemoine, l’éternel conflit avec la mère sur fond de bouleversements en Afrique. Music-hall de Jean-Luc Lagarce dans la mise en scène inventive de Luis Miguel Gonzalez Cruz, qui nous plonge encore dans l’intimité de la vie d’artistes de music-hall, n’est pas loin de l’obsessionnelle auto contemplation qui hante les auteurs français.
Loin d’être seulement une vitrine des propres auteurs du Teatro Astillero les Scènes de novembre se sont affirmées comme un espace de partage et d’émulation.
La prochaine édition du 21 au 29 novembre 2009 s’articulera particulièrement sur la dramaturgie allemande tout en restant ouverte aux écritures dramatiques des autres pays européens.

Irène Sadowska Guillon

Le gros et le maigre (El gordo y el flaco) de Juan Mayorga

Le gros et le maigre (El gordo y el flaco) de Juan Mayorga au théâtre Cuatra Pared à Madrid, mise en scène Carlos Marchena, compagnie Teatroa, par Irène Sadowska Guillon


À 43 ans Juan Mayorga, Prix National de Théâtre à plusieures reprises, est un auteur incontournable aujourd’hui non seulement en Espagne où ses pièces se jouent dans les plus importants théâtres mais aussi sur le plan international.
En France Christian Fregnet a créé en 2007 sa pièce Copito, testament d’un singe et Jorge Lavelli après sa remarquable mise en scène de Himmelweg, chemin du ciel (2007) va créer en mars 2009 Le garçon du dernier rang. France Culture diffusera en 2009 5 pièces de Mayorga dans un cycle consacré à cet auteur. Les Éditions Les Solitaires Intempestifs ont déjà publié quatre de ses p
elgordo.jpgièces, deux autres sont à paraître en 2009.
Le théâtre de Mayorga n’est ni facile ni commercial, le succès et la présence importante dont il bénéficie sur les scènes s’expliquent à la fois par les thèmes qu’il aborde, l’originalité de leur traitement et une écriture très personnelle, d’une grande exigence, sans concession aux facilités et aux modes.
Dans Le gros et le maigre, de facture franchement humoristique, Juan Mayorga s’inspire du célèbre couple Laurel et Hardy et du cinéma muet qui lui servent de métaphore pour explorer, à travers le rire et le jeu corporel, les divers conflits dans la relation à deux. Les contraintes et les limitations de la vie à deux dans notre société, qu’il s’agisse d’un couple amoureux, d’amis, de complices, etc. … Rapports de domination, de force, de supériorité, contradictions entre son propre plaisir, le besoin de l’affection de l’autre et le besoin de cet autre de se réaliser…
Juan Mayorga, suivi en cela rigoureusement par le metteur en scène Carlos Marchena, distancie ses personnages de son modèle cinématographique et, laissant toute l’ambiguïté sur leur identité, ouvre la lecture de la pièce. Ce sont peut-être Laurel et Hardy qui, tombés dans l’oubli, sans emploi, résistent à l’infortune, espérant toujours ensemble une offre ? Peut-être s’agit-il de deux acteurs qui se prennent pour Laurel et Hardy ou qui, les prenant pour modèle, rêvent de réussir eux aussi ? Ils attendent dans une chambre d’hôtel en vain un appel d’engagement en répétant les numéros et les célèbres scènes comiques de leurs héros. À ces numéros répétés se mêlent leurs propres conflits : attitude tyrannique de l’un, esquives et ruses de l’autre, rancunes, reproches, habitudes, agacements, empêchements d’un vieux couple, rêves et doutes sur leur alliance, sur sa solidité… Que peut chacun seul ? Sont-ils toujours plus forts ensemble ?
Un décor simple : une chambre d’hôtel dépouillée, un lit, une porte, une cheminée et un poste de télévision. Les thèmes musicaux, références aux films de Laurel et Hardy et de Chaplin, ponctuent le mouvement dramatique, les scènes s’enchaînent avec une parfaite fluidité. Les gags empruntés au cinéma muet, les scènes « de ménage », des affrontements et les moments de tendresse, de complicité, s’alternent. Deux acteurs superbes Victor Dupla (le gros) et Luis Moreno (le maigre) toujours sur le fil entre le comique et le tragique, ne surjouent jamais, confèrent aux personnages à la fois une certaine naïveté, une sincérité et une profondeur humaine. Beau dosage de l’expression gestuelle, des mouvements et du texte. Dans la salle on rit intelligent et beaucoup.
Car tout en incarnant ces deux figures célèbres du cinéma, ils font penser parfois à Bouvard et Pécuchet, à d’autres couples connus et surtout à nos propres tentatives et aux difficultés de vivre à deux, de partager un but, de réussir ensemble.
Au-delà de cette thématique de l’équilibre impossible, des compromis dans la vie à deux on peut y voir, inscrite en filigrane, la réflexion sur le théâtre, sur l’acteur, le jeu, l’alliance et l’équilibre entre la parole et les mouvements.
Une mise en scène sobre, juste, qui, respectueuse du texte, l’interprète sur scène avec intelligence et subtilité. Un spectacle qui ne devrait pas craindre les frontières linguistiques. Je lui souhaite long voyage pour le plus grand bonheur de tous les publics.

Irène Sadowska Guillon

MAUVAISE JOURNÉE DEMAIN

MAUVAISE JOURNÉE DEMAIN  Guichet Montparnasse par Edith Rappoport

 

D’après Dorothy Parker, mise en scène Alain Prioul, compagnie des Épices

Laurence Guatarbès et Yves Buchin brossent des nouvelles sur la haute société américaine entre les deux guerres, l’inutilité des soirées quotidiennes consacrées à d’ennuyeux cocktails, la frivolité, le mépris des petites  gens surtout s’ils sont noirs. On reste attentif, vaguement écoeuré par cette vanité égoïste. La petite salle du Guichet est pleine d’un public entre deux âges

 

S’AGITE ET SE PAVANE

S’AGITE ET SE PAVANE Nouveau théâtre de Montreuil  par

 

D’Ingmar Bergman, mise en scène de Célie Pauthe

Carl, interné dans un hôpital psychiatrique est obsédé par Schubert, il s’y identifie, quand le médecin arrive , il lui fait part de cette obsession. Sa jeune fiancée, une pianiste talentueuse qu’il a tenté d’étrangler le soutient néanmoins, l’aide à quitter l’hôpital et à tourner un film financé par la femme de son voisin de chambre. Le film sera présenté par une froide nuit d’hiver, devant un maigre auditoire, suite à un incendie, c’est le théâtre qui prendra la place du film. Grâce à une belle distribution, étonnant Marc Berman avec ses sautes d’humeur, étrange Philippe Duclos, douze comédiens en scène, ça fait du bien, le spectacle m’a tout de même captivée malgré des obscurités. On retrouve des lointains souvenirs de Cris et chuchotements, des naïvetés d’enfance. Quoique à moitié vide, la salle de spectacles et plutôt réussie, mais le reste du bâtiment a tout d’un funerarium de pyramide égyptienne

Edith Rappoport

L’IMMORTEL Le Chat noir 16 novembre par Edith Rappoport

 De Jose Luis Borgès, par Airy Routier

 

  Airy Routier, magnifique comédien, avait joué Les mémoires d’un fou de Flaubert et un Faust, en solo au Théâtre Paris Villette, il y a une dizaine d’années. Après avoir travaillé avec d’autres compagnies et s’être consacré au cinéma, il nous emmène dans un étrange voyage dans cette oeuvre de Borgès dont j’avais lu quelques pages en espagnol au cours d’un voyage en Argentine en 1992. Dans le sous-sol minuscule du Chat noir, devant des spectateurs médusés, il impose la force du verbe de Borgès, un chemin initiatique mythologique. “Être immortel ne signifie rien, car à part l’homme tout ignore la mort…J’ai été Homère, bientôt je serai comme Ulysse, je ne serai personne, je serai mort !” Il faudrait rouvrir ce livre, et en attendant se précipiter à Chat noir 76 rue JP Timbaud, les dimanches soirs à 19 h

Edith Rappoport

LE SONGE D’UNE NUIT D’ÉTÉ . ateliers Berthier 15 novembre par Edith Rappoport

 

De William Shakespeare, mise en scène Yann-Joël Collin, compagnie La nuit surprise par le jour

“Berthier n’est plus qu’un vaste bazar. Yann-Joël Collin, dès avant l’été avait annoncé son intention de brouiller la distinction entre scène et salle, espaces réservés au public et zone consacrée à l’aire de jeu”…Le songe d’une nuit d’été est ma pièce préférée de Shakespeare depuis le lycée de Saint Germain en Laye, une dissertation pour Madame Boutang et des souvenirs fulgurants parmi d’autres des mises en scène de Mnouchkine au cirque Médrano dans les peaux de chèvre, de la blancheur immaculée de Peter Brook et ses trapèzes au Théâtre de la Ville et plus récemment celle du Footsbarn sous chapiteau à la Cartoucherie dont j’ai parlé dans ce blog.

C’est une vraie troupe qui a escaladé courageusement ce pic avec l’axe bienfaisant du désordre et des acteurs qui se donnent à fond. On pénètre dans une salle en U, un grand bar sert à boire et à manger, on est filmés qur grand écran dans un vacarme de musique pop. Le duc d’Athènes, Hyppolita et Egée sont à la régie, Hermia, Lysandre, Démétrius et Héléna sont convoqués avant de s’enfuir dans leur nuit haletante. Puck est un magicien d’opérette, on transforme la salle pour le dernier acte en rajoutant des bancs et on convoque un spectateur pour tenir de rôle de la lune dans Pyrame et Thisbée joué par les artisans. Malgré toutes les imperfections, ce spectacle encore en devenir m’a ravie.

 

Edith Rappoport

Le songe d’une nuit d’été de Shakespeare mise en scène de Yann Joël Collin – La nuit surprise par le jour. Irène Sadowska Guillon

Ce n’est pas du théâtre de Shakespeare orthodoxe, loin de là. On est dans un Songe d’une nuit d’été revisité par Yann Joël Collin et sa joyeuse bande, épaulés dans cette noble tâche par la traduction adaptation de Pascal Collin, très adéquate au projet. Cette version française de la pièce oscillant entre une langue archaïsante et contemporaine.
D’emblée, à l’entrée de la salle, on nous avertit qu’il s’agit d’une fête et qu’une participation des spectateurs à la réalisation du spectacle est sollicitée. En effet, cela a l’allure d’une fête, d’un bal du samedi soir ou d’une boîte de nuit.


songe.jpg Les gradins entourent de trois côtés l’aire du jeu. Avant que le spectacle ne commence deux bars buvettes se font face, l’ambiance est animée, décontractée, l’orchestre installé dans les gradins joue, des acteurs, des spectateurs flânent. Un acteur avec une caméra filme les arrivants dont les images sont projetées simultanément. Dans le public, beaucoup de jeunes, visiblement ravis. Certes, ils s’y retrouvent : cela ressemble à un show télévisé.
Le spectacle commence par un « et maintenant » à la façon d’un animateur d’émissions, on dirait Michel Drucker. On est dans un divertissement télévisé ou dans une boîte de nuit : jeu de lumières, micros, images d’acteurs en train de jouer projetées, orchestre rock, certaines parties du texte sont chantées, Titania et Oberon dansent en disant leur texte, casting des artisans pour jouer l’histoire de Pyrame et Thysbé sur le mode de « j’appelle un tel », jeu clownesque de Pyrame, espace de jeu éclaté instantanément dans les gradins et dans divers endroits de la salle. Les intrigues et les complications de la pièce, avec quelques ajouts et des commentaires intercalés, se suivent dans une profusion d’images et d’effets : ombres chinoises, personnage suspendu en l’air par une corde, numéros de music-hall etc., etc….
Un jeu ludique débordant d’énergie. Des costumes pour la plupart contemporains. Sur un rythme extrêmement rapide on va de surprise en surprise. Il y a une excellente technique, tout fonctionne à merveille, réglé au quart de poil, comme à la télé.
Certes, pendant quatre heures on ne s’ennuie pas une seconde, mais que retire-t-on de ce jubilant carnaval ?

Irène Sadowska Guillon

Le songe d’une nuit d’été de Shakespeare mise en scène de Yann Joël Collin – La nuit surprise par le jour
du 12 novembre au 18 décembre 2008
Théâtre de l’Odéon – Ateliers Berthier à Paris.

LES SIRÈNES DE BAGDAD Théâtre de Vanves

Théâtre de Vanves,de Yasmina Kadra, mise en scène René Chéneaux, compagnie Kick Théâtre

Ces trois voix pour les sirènes de Bagdad, sont celles de Rachid Benbouchta, Farid Bentoumi et Cathrine Le Hénan. Les acteurs se déploient dans un espace bifrontal, sur une piste ocre -les spectateurs doivent se déchausser avant de gagner leur siège-, ils nous content des histoires terribles sur la guerre en Irak, l’assassinat par des marines d’un jeune handicapé blessé que son père emmène au dispensaire, la fuite d’un jeune homme pacifiste parti s’engager après une intrusion humiliante des américains, en pleine nuit dans son foyer familial.. J’ai été simplement saisie

Editn Rappoport

Trois voix pour Les Sirènes de Bagdad de Yasmina Khadra, mise en scène de René Chéneaux par Philippe du Vignal

 

D’abord ,quelques mots sur l’auteur; de son véritable nom: Mohamed Moulessehoul, algérien né à Oran il y a 53 ans.  Officier supérieur dans les rangs de l’armée,il prendra sa retraite et se mettra à écrire un certain nombre de romans, notamment policiers qui auront beaucoup de succès- il a été traduit en trente six langues- grâce à son personnage fétiche le commissaire Brahim Lob. Il ne dévoilera sa véritable identité qu’en 2001, alors qu’il était déjà bien connu des milieux littéraires. Dans Les sirènes de Bagdad que René Chesneaux a adapté au théâtre, Yasmina Khadra retrace  quelques moments de l’itinéraire d’un jeune irakien poussé vers le terrorisme  par les exactions de l’armée américaine et qui accepte d’aller propager un virus qu’on lui a inoculé chez l’ennemi. Mais il finira par renoncer à prendre l’avion… C’est, on l’aura compris, la question qui tenaille de nombreux jeunes tirailllés  par un choix impossible entre Orient et Occident.
  Il y a trois personnages: deux hommes et une femme(  Rachid Benboutcha, Farid Bentoumi et Catherine Le Hénan) qui essayent  plutôt mal que bien de donner vie à une prose qui n’est quand même pas d’une qualité fabuleuse  et qui ne convient pas à une transposition scénique, où le dialogue devrait trouver toute sa place. ll y a bien le récit d’une horrible perquisition dans une pauvre maison: c’est un des rares moments où il y a l’amorce de quelque chose . Mais, finalement, sur cette scène bi-frontale avec deux rangées de chaises de chaque côté ( même pas attachées au mépris des règles élémentaires de sécurité), il ne se passe pas grand chose: sans doute en partie à cause d’une mise en  scène et d’une direction d’acteurs assez flottante.
  L’adaptation d’un roman sur une scène peut, de temps à autre,  produire produire d’excellents spectacles comme le très fameux David Copperfield mis en scène par jean-Claude Penchenat, où jouait notre amie blogueuse Christine Friedel, mais c’est assez rare. Il faut déjà bien viser, et ensuite -on y revient souvent- concocter , après mûre réflexion, une dramaturgie et un scénario de premier ordre, sinon on court tous les risques d’aller droit dans le mur.
  A voir ou pas?  Non, la vie est courte et vous pouvez vous épargner la visite… Malgré la beauté du lieu- ancienne petite usine intelligemment restaurée- deuxième salle du théâtre de Vanves. A lire? Peut-être, si vous aimez les romans de Yasmina Khadra.

Encore aujourd’hui, à 20h30, salle Panopée ( du nom d’une néréide, déesse de l’antiquité grecque), à Vanves.
 

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