Alain Foix – Bernard Bloch Le ciel est vide par Christine Friedel

ciel.jpgAlain Foix – Bernard Bloch Le ciel est vide

Au départ, il y eut « l’affaire Dieudonné », image minable de l’antagonisme qui s’est développé à l’échelle mondiale surtout au cours du vingtième siècle entre juifs et « maures ». À la question que lui posait là-dessus Bernard Bloch, Alain Foix a répondu en invitant dans une sorte de paradis visité par la mémoire du monde les deux étrangers du théâtre de Shakespeare, Othello et Shylock, le Maure et le Juif. Tous deux sont de Venise, la ville des échanges et du commerce, où l’on a des chances de rencontrer – et de mépriser – tous les peuples de la Méditerranée. Tous deux souffrent dans leur amour : Othello a soupçonné et tué Desdémone, Shylock a été volé, abandonné et renié par sa fille Jessica. Cela ne fait pas d’eux des frères, pour autant. Les deux fantômes féminins entrent en scène à leur tour, moins difficilement complices. Mais la mort ne réconcilie pas, et, dans la séparation, l’idée affleure que le véritable étranger, l’autre radical, c’est pour l’homme la femme…
Alain Foix réinvente un lyrisme très ambitieux, parfois obscur. La mise en scène et la scénographie (de Didier Payen) – une longue table de biais, répondant à l’écran où le monde vient se rappeler à nous (images de Domnique Aru) -, presque trop belles, nous maintiennent à distance. Peut-être fallait-il oser (surtout pour les femmes) une diction moins respectueuse, pour ne rien perdre de l’énergie du propos.

 

Christine Friedel

 

Avec Anna Azoulay, Philippe Dormoy, Hassane Kouyaté, Morgane Lombard

 


Archive de l'auteur

Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre Le Roland par Christine Friedel

Un point de départ : la violence, la guerre, la barbarie, c’est « le moyen âge ». Or, quelle guerre nous est mieux racontée que celle de Charlemagne contre les Sarrazins ? La Chanson de Roland vous a un côté G.W.Bush  contre le terrorisme très tentant pour la troupe du “Théâtre irruptionnel“. Maintenant, plus que la guerre sanglante, la guerre économique enflamme le monde. Dans la réécriture de Hédi Tilette, Roland et Olivier, les beaux-frères ennemis devenus frères de sang à la vie à la mort (lire à ce sujet Victor Hugo) deviennent cadres sup’, chacun son style, dans l’entreprise Magne (Charles), « trahie » par un Ganelon passé à la concurrence. Ça se tiendrait, sans le tour de passe-passe qui fait qu’on ne sait plus où est l’ennemi.
Mais peu importe : les idées ludiques ne manquent pas. Ainsi, la guerre, c’est la boucherie. Donc l’équipe se sert fort justement des gants et tabliers de cottes de mailles fabriqués pour protéger les boucher d’aujourd’hui des inévitables glissements de couteaux. Et c’est là que ça va de moins en moins bien :  ces beaux objets pleins de sens sont à peine utilisés, comme les poulets crus qui auraient dû nous montrer la crudité de la guerre (?), mais dont personne ne sait trop quoi faire, comme le public sur le plateau, tout juste soumis à un tir de pistolet à eau, comme ces « spectateurs » (ou amateurs complices ?) longuement retenus sur scène, pour leur plus grande fierté, certes, mais pour l’ennui certain du public…
Conclusion, hélas pas nouvelle : les « zidées » ne font pas le théâtre.

 

 

Christine Friedel

Nouveau Théâtre de Montreuil- CDN puis en tournée

Joël Pommerat Je tremble (1 et 2) par Christine Friedel

tremble2222222.jpgDu cabaret, Je tremble a tous les éléments : le rideau pailleté, le présentateur s’adressant au public au micro, la musique incessante, vouée à créer puis à soutenir l’émotion, le défilé de « monstres » capables d’exploits surnaturels dans des lumières somptueuses. En même temps, Je tremble va droit à l’exact opposé du divertissement promis : le présentateur annonce sa mort à la fin du spectacle, les corps souffrent. La fille qui revient vers une “famille“ empêtrée ne tient plus debout sur ses hauts talons, elle chute et rechute, en ce qui  pourrait être un numéro de clown, réel et tragique. Un corps démembré en (très élégantes) ombres chinoises rappelle le numéro de la « femme coupée en morceaux », mais les morceaux sont définitivement séparés, sans réparation. Par magie (saluons la régie, exemplaire), un jeune corps se substitue au corps vieilli de la femme qui ne peut se croire aimée telle qu’elle est ; et l’homme quitté, perdu,   souffre de son amour volé : la magie a opéré à l’envers, encore une fois du côté de la douleur. Et ainsi des autres « numéros » de ce cabaret très particulier.
Le travail de Joël Pommerat et de la compagnie Louis Brouillard est toujours fondé sur l’écoute des êtres, de la vie ici et maintenant, d’où ils tirent une poésie unique. Cette fois, ils ont volontairement contaminé ce compte-rendu – toujours respectueux – de la réalité du monde par les formes spectaculaires de l’exhibition : c’est d’une grande beauté, ironique et brutale. Le monde offre un tel réservoir de malheur, de monstruosité - ce qu’on appelle l’inhumain, ou le « trop humain ». 

 

 

Christine Friedel

 

Théâtre de Bouffes du Nord, et en tournée.

LE VOYAGE DE PINOCCHIO Théâtre de Cachan 9 octobre par Edith Rappoport

Le voyage de Pinocchio d’après Carlo Collodi, mise scène Sandrine Anglade

Présenté comme un spectacle de théâtre musical, ce Pinocchio met en scène deux comédiens dits professionnels et une vingtaine d’enfants, dont 7 jeunes solistes de la maîtrise de Paris. Pinocchio est interprété par un adulte au fort accent italien, entouré d’une ribambelle d’enfants piailleurs. Arrivée quelques minutes en retard, je n’ai apprécié qu’une courte séquence chantée. Malgré l’entrain des jeunes acteurs, ce Pinocchio m’a déçue.

 

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MADAME DE SADE (176) Théâtre des Abbesses 8 octobre par Edith Rappoport


Madame de Sade De Yukio Mishima, mise en scène Jacques Vincey

J’ai suivi avec intérêt ce spectacle raffiné, très soigné plastiquement. Les actrices perchées sur de très hauts talons,  coiffées d’immenses perruques, se deélacent avec d’immenses robes à panier transparentes, devant un écran. Au fond du plateau, dans un clair obscur, on devine des personnages qui préparent leur entrée en scène. Marilu Marini en Madame de Montreuil, Myrto Procopiou en Anne Prospère, Anne Sée en comtesse de Saint Fond et Hélène Alexandridis en Marquise de Sade sont éblouissantes. Les débauches de Donatien Alphonse marquis de Sade, servies par sa femme, sa belle-soeur et tant d’autres victimes restent une énigme littéraire.

 

 

 

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Parfums de plaisir et mort d’après les œuvres de Li Ang, mise en scène de Rui Frati par Irène Sadowska Guillon

Parfums de plaisir et mort d'après les œuvres de Li Ang, mise en scène de Rui Frati par Irène Sadowska Guillon CM+%E6%93%B7%E5%8F%96+11À l’origine de la nouvelle création de Rui Frati et de la troupe du Théâtre de l’Opprimé à Paris la découverte de l’œuvre et la rencontre en 2007 à Taiwan de Li Ang (née en 1952), écrivain femme de renommée internationale, connue pour ses combats politiques et son engagement en faveur des femmes. Dans l’ensemble de son œuvre romanesque elle fait état de la vie et de la condition des femmes taïwanaises en s’attaquant autant aux tabous politiques (l’indépendance de Taiwan) qu’aux coutumes ancestrales et aux interdits, notamment dans le domaine de la sexualité, qui perdurent sous l’apparente modernité dans la société taïwanaise. Invité par le Festival des Droits de l’Homme de Green Island, célèbre prison du régime du général Tchang Kai-Chek, reconvertie aujourd’hui en Centre Culturel, Rui Frati y met en scène, sous forme de théâtre forum, un texte de Li Ang, l’histoire d’un couple de détenus politiques et leur exécution. La collaboration avec Li Ang se prolonge à Paris en avril 2008 par un atelier de travail qu’elle dirige avec la troupe du Théâtre de l’Opprimé et qui débouchera sur la création de Parfums de plaisir et mort. Le spectacle, adaptation de plusieurs œuvres de Li Ang, sur fond de 45 ans d’histoire de Taiwan (1945 – 1990) à travers des permanents allers et retours entre le passé et le présent, resitue l’explosion de la modernité dans les ambiguïtés et les singularités politiques, ethniques et culturelles de la société taïwanaise qui a du mal à s’émanciper des lois ancestrales et des contraintes de la tradition. Trois histoires : celle d’un homme politique résistant au régime dictatorial condamné à la peine de mort commuée en des années de prison dont il conserve le parfum de la soupe de nouilles au bœuf, celle d’une femme qui poussée à bout tue son mari, son bourreau, celle d’une fille d’un intellectuel humaniste rebelle à toute forme de pouvoir oppressif, s’emboitent, s’entrelacent et forment une partition qui met en scène les diverses strates de la société depuis la misère matérielle et morale des habitants du faubourg des pécheurs à l’élite intellectuelle opposée au pouvoir en place et aux puissants hommes d’affaires détenant le pouvoir économique.
Cette partition a pour fil rouge le personnage d’Ayako enfant et femme adulte, dont le parcours, du cocon du jardin paternel au cynisme du monde des affaires, permet d’évoquer l’époque des années 1950, la « terreur blanche », la famine, les répressions politiques et sociales, les exécutions à vue et celle des années 1980 avec l’arrivée du Sida et les débuts de la démocratisation de Taiwan.
Rui Frati tisse sur scène, avec intelligence et clarté, les trois histoires dont les courtes séquences s’imbriquent et s’enchaînent avec une belle fluidité. Une grande économie de mots, des situations finement dessinées, quelques signes ou gestes justes, parfois poétiques, suffisent pour suggérer plutôt que de montrer. Bonne gestion des tons et des rythmes. Le parti pris de distanciation est tenu avec cohérence. Pas de démonstrations de violence sur le plateau, sa présence se ressent d’autant plus intensément. Pas d’incarnation, les sept acteurs jouant plusieurs personnages glissent avec aisance d’une histoire à l’autre. On peut sûrement affiner quelques imperfections du jeu : l’articulation, l’expression par moments excessive.
Le tissage du dialogue et du récit qui parfois glisse dans le chant renforce l’effet de distanciation. Tout comme la musique originale très belle de Arrigo Barnabé, interprétée en direct par Toninho do Carmo (guitare) et Brenda Ohana (percussions) intervient tantôt comme partenaire du jeu tantôt en contrepoint.
Un spectacle qui, sans didactisme, sans afficher des messages, est un plaidoyer poétique et poignant pour la démocratie réelle, le respect des libertés, l’émancipation de la tradition oppressive dont notamment les femmes sont les victimes.

Irène Sadowska Guillon

Parfums de plaisir et mort d’après les œuvres de Li Ang, mise en scène de Rui Frati au Théâtre de l’Opprimé à Paris du premier au 18 octobre 2008 reprise en avril 2009

Rêve d’automne de Jon Fosse mise en scène David Géry au Théâtre de l’Athénée à Paris par Irène Sadowska Guillon

image1.jpgHéritier d’Ibsen et de Maeterlinck, Jon Fosse (né en 1959), un des plus importants écrivains de la jeune génération norvégienne, est auteur d’une vingtaine de pièces traduites dans une trentaine de langues et dont plusieurs ont été créées en France.
Un théâtre singulier, énigmatique, à l’atmosphère étrange, imprégné de mélancolie, sa couleur de base, habité par des personnages sans nom, sans âge, sans adresse, dont on ne sait rien. Mais que savent-ils d’eux-mêmes ? Une écriture sans ponctuation, minimaliste, répétitive, trouée de silences, de pauses, de ruptures, de suspensions, émaillée de questions sans réponse, de non dit, d’attentes, de propos contradictoires.
C’est l’automne, peut-être l’automne d’une vie ? Dans un cimetière un homme assis sur un banc, une femme apparaît, ils se reconnaissent. Elle est de passage, il est marié et père d’un fils. Pris soudain d’une passion fulgurante ils vivent dans ce cimetière une histoire d’am
our hors de toutes les contraintes, dans un temps en suspension, immobilisé pour eux, tandis qu’il passe pour les autres qui autour – les parents et la femme de l’homme – viennent enterrer leurs morts.
David Géry apporte un éclairage nouveau sur le théâtre de Jon Fosse en le libérant, sans rien perdre de sa dimension métaphysique, de l’hermétisme, de la gravité sombre, pesante dans lesquels l’ont enfermé certaines mises en scène. Il décrypte avec une remarquable justesse l’écriture de Fosse, ses tensions, sa vocalité, ses rythmes, ses ruptures, ses sens multiples, les retours de thèmes obsessionnels, en les transposant en partition scénique.
Pour l’interpréter cinq excellents acteurs : Yann Collette (l’homme), Irène Jacob (la femme), Judith Magre (la mère), Simon Eine (le père
), Gabrielle Forest (Gry) qui créent des personnages à la fois consistants et fragiles et, tout en conservant leurs singularités, leurs sensibilités très différentes, leurs sonorités particulières, forment un quintet parfait.
Une absolue maîtrise du jeu temporel, des entrelacements et des superpositions du temps distordu, arrêté, accéléré, condensé comme dans un rêve.
Le décor, le cimetière avec trois pierres tombales, un mur, un banc, du gravier, est à la fois un repère du réel et un lieu où les frontières entre le réel et le rêve, le présent et le passé, la vie et la mort s’estompent. L’histoire qui se déroule devant nous est-elle réelle ou rêvée ? Ses protagonistes existent-ils vraiment, sont-ils dans un rêve où sont-ils déjà morts ? Les mots qu’ils disent se heurtent à l’indicible, tournent autour, reviennent, s’étiolent, révèlent l’impossibilité de dire, d’exprimer, de savoir.
David Géry et ses acteurs traduisent sur scène avec intelligence et une rare intuition ce théâtre de l’incertitude, de la fragilité d’être.

 

Irène Sadowska Guillon

Rêve d’automne de Jon Fosse, mise en scène David Géry
Théâtre Athénée Louis Jouvet à Paris
du 25 septembre au 18 octobre 2008

Fantasio d’Alfred de Musset par Irène Sadowska Guillon

Fantasio d’Alfred de Musset
mise en scène de Denis Podalydès

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Fantasio, jeune homme désabusé, poursuivi par ses créanciers, prend la place du bouffon du roi décédé et sous cette apparence débarrasse la princesse de Bavière d’un mariage politique, pour éviter la guerre, avec l’arrogant prince de Mantoue. La liberté exaltée par Musset a son prix : la prison pour Fantasio, la guerre pour la princesse.
L’emphase du prologue, diatribe contre les vicissitudes du monde, d’une étonnante actualité, en ouverture du spectacle, crée une distance par rapport à l’intrigue de la pièce jouée sur le ton comique infiltré par moments par le farcesque et le mélodramatique.
Pour renforcer la distance Denis Podalydès fait jouer Fantasio par une comédienne (Cécile Brune). C’est convaincant mais par forcément utile.
Le jeu des acteurs est fin et sans complaisance, souvent brillant. Belle maîtrise du rythme et des mouvements scéniques malgré un dispositif – une tournette – qui, pertinent au départ, devient à la longue encombrant.

 

Fantasio d’Alfred de Musset, mise en scène Denis Podalydès.
A partir du 18 septembre 2008, en alternance
Salle Richelieu – Comédie Française

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