La Pomme dans le noir

©Christophe Raynaud de Lage

©Christophe Raynaud de Lage

La Pomme dans le noir, d’après Le Bâtisseur de ruines de Clarice Lispector, traduction de Violante Do Canto  adaptation et  mise en scène de Marie-Christine Soma

 Christy Mahon du Baladin du monde occidental (1907) de J.M. Synge arrive dans un village irlandais. En fuite, il claironne  qu’il a tué son père, de l’autre, avec Le Bâtisseur de ruines (1961). Et chez Clarice Lispector, Martin, en fuite pour le meurtre-similaire-de sa femme, mais lui le tait, et raconte son voyage initiatique, de la grande ville jusqu’à l’exploitation rurale d’une campagne brésilienne perdue, et sa révélation existentielle à travers la rencontre de deux femmes.

S’exerce alors la fascination pour le crime, qu’il soit révélé ou bien caché,  même si le meurtrier du Bâtisseur de ruines s’abandonne,  à l’expérience fondatrice de la saisie de soi. Sur le plateau, un homme à tout faire et deux femmes dans la ferme. L’auteur a un regard  sur le héros sans admiration, mais sans mépris ni volonté morale d’exclure le mal, l’innocence ou la culpabilité. En échange, s’impose la valeur d’une vie davantage ressentie. A travers une écriture sensible et attentive aux émotions de l’énigme d’être au monde, entre silences et interrogations.

« Cette histoire commence au cours d’une nuit de mars, obscure comme l’est la nuit quand on dort »,  dit Clarice Lispector dont l’écriture est proche de celle de Virginia Woolf, James Joyce ou Katherine Mansfield, et elle privilégie le monologue intérieur d’un être en crise, et avec une discontinuité narrative de celui qui s’observe : fragments de vie et sensations inconstantes. Entre l’angoisse douloureuse et l’illumination heureuse, Martin cherche à préserver  sa solitude mais désire aussi  parler avec l’autre : dire «non» revient même à dire «oui», ce qui est déjà contenu dans la négation…

Marie-Christine Soma, qui a mis en scène en 2010 Les Vagues de Virginia Woolf, rend à la lumière les sinuosités du soliloque intérieur de La Pomme dans le noir, et sait créer des scènes éloquentes et significatives, en  jonglant avec les non-dits, les implicites, les silences, et les états d’âme qui durent. L’errance de Martin dans le désert brésilien avant qu’il échoue dans une ferme isolée dont il découvre l’étrange propriétaire Victoria, accompagnée de la jeune veuve Ermelinda. Il va adapter ses pas à une méditation rétrospective sur le crime commis.

L’arrivée du narrateur et locuteur depuis les hauteurs de la salle est comme retardée : le public entend une voix d’abord dans la nuit profonde du théâtre, et depuis l’arrière des gradins, Pierre-François Garel surgit dans la lumière, descendant sur le plateau au rythme heurté de ses doutes et de ses peurs.  Il incarne l’ouvrier agricole payé par le gîte et le couvert, travaillant durement : construction d’un puits, d’un chemin; il extrait à la pelle la terre  aidé dans ses travaux de force par le gardien observateur et taiseux, (Carlo Brandt) à la belle voix grave.

La scénographie de Mathieu Lorry-Dupuy, chaleur, sécheresse, parois de bois, ferraille et gouttes de pluie sonores, révèle une sensualité terrienne. Un paysage d’intérieur/extérieur à la fois lointain et proche, indécidable et ordinaire, pleinement habité par les acteurs dont Mélodie Richard (une jeune séductrice légère et inquiète), au jeu équivoque entre naïveté et calcul et Dominique Reymond ( la propriétaire agricole méfiante) : une énigme féminine fascinante avec voix posée, dignité du maintien, autorité naturelle et grâce.

Véronique Hotte

MC 93 – Maison de la culture de Seine-Saint-Denis Bobigny, du 20 septembre au 8 octobre. T : 01 41 60 72 72

MC2 : Grenoble, du 11 au 13 octobre. Théâtre Olympia –Centre Dramatique National de Tours, du 17 au 21 octobre.

Le texte est édité dans la collection L’Imaginaire – Gallimard.

 


Archive de l'auteur

La Pitié dangereuse de Stefan Zweig

Gianmarco Bresadola

©Gianmarco Bresadola

 

La Pitié dangereuse de Stefan Zweig, mise en scène et adaptation de Simon McBurney

 Attaché à la culture d’Europe centrale, Stefan Zweig (1881-1942), bourgeois viennois juif et  pacifiste opposé à la première Guerre mondiale, est horrifié par le nouveau conflit qui se profile à partir des années 1930, l’arrivée des nazis au pouvoir signifiant pour ce citoyen du monde la mort de la civilisation européenne. Zweig fuit l’Autriche pour l’Angleterre dès 1934, part pour New-York en 1940 puis s’enfuit au Brésil en 1941.

 La Pitié dangereuse (1936-1938), le seul roman, récit psychologique, qu’ait écrit le célèbre nouvelliste, est une confession où l’intendant Hofmiller, le héros-narrateur, raconte une expérience amère, à travers un cheminement mémoriel à rebours. Avec   une lucidité âpre, il traque les agissements dont il se sait coupable, afin de s’en délivrer.

Or, reste gravé à vie dans la conscience tout ce qu’on aurait voulu forcément oublier.Proche de Sigmund Freud, Stefan Zweig porte dans ses écrits une attention particulière au cheminement mental de ses personnages. Lieutenant en uniforme de l’armée hasbourgeoise, soumis au code de l’honneur militaire, Hofmiller se révèledit Jacques Le Rider « un faible qui cède à la jouissance du sentiment de « pitié » que lui inspire une jeune fille infirme, et un lâche qui renie les engagements qu’il a contractés, causant le suicide de la malheureuse qu’il a fuie après s’être fiancé avec elle. Ses camarades de garnison n’auront de cesse de le couvrir de leurs sarcasmes.

La pitié, sentiment altruiste qui porte à éprouver une émotion pénible au spectacle des souffrances d’autrui et à souhaiter qu’elles soient soulagées, se révèle un attendrissement équivoque qui aurait plutôt à voir avec une inclination perverse. Face à la paralytique, cet officier éprouve une fascination inavouable, entre sentiment idéalisé et désir dévoyé. Et dans ce monde étriqué, les êtres ne sont pas ceux qu’on croit : Edith Kekesfalva ne dévoile pas son infirmité en cachant d’abord ses béquilles, et son père fortuné, le châtelain Kekesfalva est d’une origine juive misérable, selon le médecin Condor. L’auteur associe l’infirmité filiale à la judéité honteuse du père.

La mise en scène de Simon McBurney, mouvementée, bruyante et furieuse pour retracer  ces temps obscurs de 1913, l’esprit d’une bourgade militaire et de son château. A la fin, la monarchie hasbourgeoise sombrera dans la Première Guerre mondiale. Pour imposer cette cacophonie, chaos des êtres et des espaces, existences en déshérence, les comédiens de la Schaubühne de Berlin: Robert Beyer, Marie Burchard, Johannes Flaschberger, Christoph Gawenda, Moritz Gottwald, Laurenz Laufenberg, Eva Meckbach interprètent à vue et au son dans un bel amusement, les différents personnages du roman, s’échangeant les rôles, les doublant et les redoublant dans le vertige étrange d’une mise en abyme.

Le narrateur invite le  public à le suivre dans son aventure sur la scène tandis qu’un autre acteur incarne son propre personnage plus jeune sur le plateau, et les deux figures d’un même personnage peuvent se frôler et se croiser, mêlant les temps de l’action – un passé si proche qu’il relève absolument de ce présent inouï. Autour des deux protagonistes en miroir, les autres comédiens, interprètes des dames du château comme des soldats de garnison, du médecin et du châtelain, esquissent une chorégraphie savante, mimant les tempêtes qui les font tous plier.

Dans des mouvements d’ensemble dansés, ils semblent pousser de toutes leurs forces des tables à roulettes qui pourraient être des brancards des hôpitaux de guerre, et un imaginaire des tranchées à venir, entre bruits sourds de coups de canon et des images vidéo qui donnent à voir l’anéantissement noir et blanc des arbres calcinés.Entre la vitrine muséale d’habit militaire et les chariots mobiles, toute stabilité semble perdue, sinon l’horreur existentielle du vide.

L’emballement des actions et la perte de contrôle des esprits égarés se manifeste dans une sobriété calculée avec  tout un travail délicat sur l’ombre, et un rayonnement lumineux spectaculaire.

Véronique Hotte

Théâtre Les Gémeaux à Sceaux, dans le cadre des saisons hors-les-murs du Théâtre de la Ville, du 14 au 24 septembre à 20h45, dimanche 17h, relâche lundi.

La Maison Maria Casarès

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La Maison Maria Casarès

 

images« Maria Casarès, comme vous le savez, a eu une carrière exceptionnelle. Son enfance fut assez tragique. Elle était la fille du Premier ministre de la jeune république espagnole.(…). Avec sa famille, elle dut s’enfuir. L’exil, donc. La France. Paris. Très vite, le théâtre. (…) Un jour, c’était vers la fin de la guerre, quelqu’un lui présenta un auteur de théâtre jeune et séduisant. (…). Elle fut engagée pour jouer dans sa première pièce qui s’appelait Le Malentendu. Elle y fut très intense, vibrante,(…) . Albert Camus tomba sous le charme.
Elle joua aussi à la création, des Justes. Et puis dans État de siège quelque temps plus tard. Il l’adorait toujours.(…). Et puis un jour, Camus est mort. Dans un accident de voiture. Pour Maria, ce fut un évènement terrible. Elle commença à dépérir (…) Quelques amis ont alors eu l’idée de lui faire acheter une maison. »

 Ainsi commence Les Fantômes d’Alloue, conte imaginé par Rémi de Vos pour accompagner une visite théâtralisée dans le domaine de La Vergne, lors du premier festival d’été de la Maison Maria Casarès. Cinq hectares de prés et d’îles au bord de la Charente. Une grande maison flanquée de tours, des communs qui délimitent une vaste cour intérieure ombragée. Située au cœur de la Charente limousine, à équidistance de Poitiers, Angoulême et Limoges, le lieu tient son nom des vergnes, c’est-à-dire des aulnes, le long de la nonchalante rivière.

 « La maison de Maria Casarès, poursuit Rémi de Vos, c’est ça : un puissant antidote au chagrin, à la douleur d’aimer, à la perte irrémédiable. Parfois, dans la maison, on entend des bruits étranges. On sent une présence. Là-haut, dans la bibliothèque, il y a des livres d’Albert Camus. Certains sont dédicacés. (…) . »Selon le conte, d’autres fantômes peupleraient les lieux : Jean-Paul Sartre, Paul Claudel et Jean Genet « qui ne se fréquentaient pas de leur vivant, et s’ignorent tout autant fantômes. Et comme Maria est ici, ils sont bien obligés de venir ! (…). Le dernier auteur qui hante parfois ces murs s’appelle Bernard-Marie Koltès(…). Bernard-Marie Koltès avait vu Maria Casarès jouer Médée quand il était jeune et sa vie en avait été transformée. (…) C’est elle qui lui avait inoculé la passion du théâtre à vingt ans et là, des années plus tard, elle créait une de ses pièces sous la direction de Patrice Chéreau. Pas mal ! Il vient pour Maria qui le retrouve dans ce théâtre qu’elle n’a pas connu. »

 Aujourd’hui  un théâtre a été créé dans l’ancienne grange, ainsi que des logements pour accueillir de jeunes équipes de création. Quand Maria Casarès, sans héritiers, fit don de La Vergne, à la commune d’Alloue, bourg de cinq cents habitants, pour « remercier la France d’avoir été une terre d’asile  », le maire, en toute logique, chercha conseil auprès de la Maison Jean Vilar, à Avignon, étant donné le long compagnonnage de la comédienne avec le Théâtre National Populaire. Ainsi naquit et prit corps, impulsée par sa directrice Véronique Charrier et son président François Marthouret, un centre de résidence et de création la Maison des Comédiens Maria Casarès …

 Depuis janvier 2017, Mathieu Roy et Johanna Silberstein, fondateurs de la compagnie du Veilleur à Poitiers, se partagent la direction du lieu avec des projets plein les cartons. « Quatre axes de développement, explique Johanna Silberstein : théâtral, agricole, pédagogique et numérique, afin d’ouvrir la maison vers l’extérieur, et de favoriser les rencontres entre les acteurs de ces différents domaines culturels  »

 L’axe théâtral se décline en saisons : au printemps des équipes de jeunes créateurs choisies par un jury répètent leur spectacle pendant un mois et le montrent à l’issue de cette résidence. A l’automne, ils reviennent, présenter des maquettes aux “Rencontres jeunes pousses“, devant un public local et des professionnels. Cette première année, après un appel à projet, les dossiers de soixante-quinze candidats, sortis des écoles nationales ou privées depuis moins de cinq ans, ont été examinés par les jurés, et quatre ont été retenus. Les équipes bénéficient ensuite d’un accompagnement artistique et administratif, pour la diffusion de leur spectacle.

En été un festival, « pour sortir du laboratoire et ouvrir sur le territoire », permet au public de la région, Charentais et vacanciers, de découvrir ce lieu de mémoire tout en assistant à des spectacles. Il a été inauguré cette année avec trois productions issues du répertoire de la compagnie du Veilleur, exploitées pendant un bon mois. Mille cinq cents entrées. Johanna Silberstein n’exclut pas d’inviter bientôt d’autres compagnies.

L’axe agricole en gestation verra la mise en place des expériences de permaculture sur le domaine, avec des associations de paysans et des lycées agricoles. La plantation d’un « jardin remarquable » est à l’étude. L’axe pédagogique se met en place: d’ores et déjà, des élèves visitent le domaine, et la maison est associée à l’université de Poitiers. Culture et agriculture, ces deux domaines d’enseignement font ici bon ménage. Un travail de mémoire est aussi entamé : un groupe d’architectes urbanistes et paysagistes va établir l’inventaire du bâtiment, du mobilier et du paysage, afin d’étudier comment la mémoire de Maria Casarès cohabite et se prolonge avec les projets futurs

 Le quatrième axe, encore en jachère, se situe dans le domaine du numérique, en association notamment avec le pôle d’images animées d’Angoulême. Il s’agirait d’accueillir de jeunes artistes, en lien ou pas avec de projets théâtraux, la création numérique étant de plus en plus présente sur nos scènes, de manière pas toujours bien maîtrisée .

 Avec cet ambitieux programme, Mathieu Roy, metteur en scène et Johanna Silberstein, comédienne et enseignante, à la tête d’une toute petite équipe, visent à créer un site polyculturel ouvert au public au rythme des saisons, pour s’inscrire dans une action territoriale, grâce au rayonnement qu’offre la grande région Nouvelle Aquitaine. A ce titre, l’Office artistique région Nouvelle Aquitaine (OARA) y installe une antenne poitevine. La maison Maria Casarès veut aussi s’ouvrir à l’international car elle bénéficie de deux labels : elle s’inscrit dans le réseau des Centres culturels de rencontre ( comme par exemple la Chartreuse de Villeneuve lez Avignon) et celui des Maisons des illustres ( à l’instar de la Maison Jean Vilar). On y accueille des écrivains dans le cadre de d’échanges internationaux : cette année un réalisateur syrien, l’an prochain un dramaturge iranien…

Productions artistiques, agricoles, enseignement, échanges et transmission, ainsi le jeune et généreux binôme envisage-il les divers productions de La Casa Casarès.

 Mireille Davidovici

 Propos recueillis pendant les rencontres jeunes pousses du 18 septembre, auprès de Johanna Silberstein.

 Maison Maria Casarès, Domaine de la Vergne 16490 Alloue. T. 05 45 31 81 22 www.mmcasares.fr

 

Tarkovski, le corps du poète

 

Tarkovski, le corps du poète, texte original de Julien Gaillard, extraits de textes de Antoine de Baecque et Andreï Tarkovski, mise en scène, montage de textes et scénographie de Simon Delétang

 

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©Jean-Louis Fernandez

 La démarche est poétique, hors de l’unité dramatique conventionnelle et s’accomplit dans la contemplation faite de dévoilements patients et mystérieux.

 Simon Delétang dresse ici  le portrait en fragments et le paysage mosaïque d’un poète visionnaire. Petite table et verre d’eau, une conférencière évoque l’acte de foi et d’orgueil de ce maître solitaire qui ne supporte pas la moindre trahison intérieure et milite pour la vérité : « Pourquoi une cruche de lait explose-t-elle dans Le Sacrifice ? Que fait un chien dans La Zone de Stalker ? Comment un cheval blanc traverse-t-il l’écran dans Solaris ou Nosthalgia ?, selon les commentaires avertis d’Antoine de Baecque.

 Pauline Panassenko, qui parle un beau russe tonique, accorde toute l’intensité, la conviction et l’énergie attendues de la part de l’artiste génial. Puis résonnent les basses profondes des chantres orthodoxes, et le rideau s’ouvre sur la chambre d’une villa italienne aux murs blanchis à la chaux et aux fenêtres de bois sombre qui projettent une lumière solaire sur un sol à damiers. Cela pourrait être un intérieur de Nostalghia (1983), film tourné en Italie, non loin peut-être de de la maison que Tarkovski aurait achetée pour y vivre un jour.

L’absolu reste inaccessible, au-delà de la sentimentalité et de la mélancolie pour une terre natale forcément trop lointaine. Dès 1984, il ne plus retourne plus en URSS.Au lointain, trône un large lit en fer forgé où un drap blanc recouvre le défunt sur lequel est posé une bougie fragile, lumière vivante d’un gisant qui tout à coup se met à parler.  Entre rêveries et souvenirs, Stanislas Nordey, acteur, metteur en scène et directeur du Théâtre National de Strasbourg, incarne Tarkovski dont le monologue exprime la teneur existentielle d’un artiste avisé, habité par une exigence constante. Malade cloué au lit, le créateur solitaire s’auto-analyse (Le Miroir (1974), se lève et marche.

 Surgit un paysan à la belle carrure, interprété (Jean-Yves Ruf)qui à la fois interpelle et veille l’artiste, au nom de la Russie. Quelque chose lie Tarkovski à Ivan de L’Enfance d’Ivan (1962), cette souffrance qui associe le héros aux jeunes russes de la génération des années 1960 dont il exige qu’ils ne s’endorment pas spirituellement. Les images d’eau, un thème récurrent, nourrissent les rêves, les souvenirs de Tarkovski dirigés vers la mère, femme et patrie. Un cabinet de toilette, lavabo et faïence blanche permet à l’un ou l’autre des acteurs de venir boire un verre d’eau.

 Nombreux, les journalistes, critiques et reporters radio viennent interroger le Maître : Que signifient les films Andreï Roublev (1966), Stalker (1979), Nostalghia !1983) … ? De belles énigmes auxquelles nulle réponse objective ou concrète n’est jamais dispensée. Le poète doit avoir l’imagination et la psychologie d’un enfant qui découvre le monde. Seul, il affronte tous les autres, insensé, intransigeant, malheureux et fou.

 Stanislas Nordey, alias Tarkovski, alias Don Quichotte, alias le Prince Mychkine, joue le Stalker dans la Zone, idéaliste affrontant le tragique d’un monde désespéré. Il marche en avant, épaules relevées et rentrées, bras balancés de travailleur soviétique, se tourne, reculant, pas arrière, et observe l’imaginaire déposé. Quelques scènes du film sont reprises qu’inaugure le lancer vif d’un tissu blanc sur le plateau. Thierry Gibault, présence chaleureuse et esprit facétieux, joue L’Ecrivain, et le paisible Jean-Yves Ruf le Professeur physicien. Ce duo beckettien médite sur l’art, la science et la conscience, déroulant une parabole morale aspirant à la beauté.

 Et si la beauté doit sauver le monde,prophétie dostoïevskienne, elle passe aussi par Andreï Roublev (1966), sa Russie du XVème siècle avec la passion pour Andreï Roublev, peintre d’icônes inspiré, habité par l’immensité de la terre et du peuple russes. La beauté advient encore avec l’apparition au lointain d’un détail démesurément agrandi de La Madonna del Parto de Piero della Francesca  : « les yeux tournés/ en dedans toute/ à ce qui vit en elle/ elle voit/ ce qui l’aveugle… », écrit Julien Gaillard.

 Hélène Alexandridis représente la Femme, la Fille et la Mère, prétexte d’une Annonciation où la dame aurait été prise par le vent. Elle incarne aussi Larissa, l’épouse aimée de Tarkovski dont les paroles apaisent le poète épuisé et souffrant : « Ainsi j’ai compris que je n’étais pas seule. Qu’au monde il existait encore une âme. … Comme toi, j’avance sans savoir où je vais. Comme toi, mon pas pèse sur la terre. Comme toi, il ne pèsera bientôt plus… La mémoire des morts est en nous… »

 Des évocations encore du Sacrifice (1986) – l’incendie d’une maison et d’un arbre. Avec la couleur de l’or et du feu, rappel du fond doré des icônes , envahit le dessin des murs de la maison radieuse qui luit au soleil de l’amour, de la foi et de la charité. Le plateau final est jonché de cloches, d’un chien et de bottes , rappels symboliques.

 Tarkovski, le corps du poète de Simon Delétang propose reflets et échos de l’œuvre du cinéaste, prenant le temps de la pause et du silence, laissant les solos, duos et trios advenir tandis que les autres figures scéniques restent immobiles et muettes. Les musiques sacrées de Bach, entre autres, livrent à la fresque poétique sa capacité à sculpter le temps – temps de théâtre, de méditation et de contemplation.

 Véronique Hotte

 Théâtre National de Strasbourg, salle Grüber, du 19 septembre au 29 septembre.

Théâtre Les Célestins à Lyon, du 11 au 15 octobre.

La Manufacture Théâtre des Quartiers d’Ivry, du 2 au 6 mai.

Comédie de Reims à Reims, le 11 mai.

 

Soirée Roland Petit par le Ballet de l’Opéra de Rome.

 

Soirée Roland Petit par le Ballet de l’Opéra de Rome. dans Danse img_9065

©yasuko kageyama

Soirée Roland Petit par le Ballet de l’Opéra de Rome

Alors que les programmateurs français ont tendance à négliger Roland Petit, ses chorégraphies font le bonheur les publics étrangers, en particulier en Russie et en Italie.

Eleonora Abbagnato, danseuse étoile de l’Opéra de Paris, grande interprète du maître et nouvelle directrice du corps de ballet de l’Opéra de Rome a œuvré à la renaissance de trois pièces emblématiques avec l’aide de Luigi Bonino, danseur de Roland Petit alors qu’il dirigeait le Ballet national Marseille. L’Arlésienne, créé en 1976 pour le Ballet national de Marseille, sur la célèbre musique de Georges Bizet, raconte une noce provençale contrariée par une belle Arlésienne dont le souvenir hante le marié. Les deux solistes, Alessio Rezza et Sara Loro, ont du mal à trouver le bon rythme en début de représentation, puis la pièce gagne en fluidité, grâce au danses rituelles d’inspiration provençale interprétées par le chœur de ballet.

Le jeune homme et la mort, est une pièce historique du chorégraphe : sa forte théâtralité lui a été souvent reprochée. De grands artistes ont créé, en 1946, ce tableau chorégraphique montrant un jeune peintre aux prises avec la mort qui l’envoûte sous les traits d’une jeune fille. Jean Cocteau, auteur de l’argument, en signa aussi les costumes avec Christian Bérard, et Georges Wakhévitch conçut le décor de l’atelier et des toits de Paris qui apparaissent par magie après la pendaison du jeune homme.

La partition musicale est empruntée à Johann Sebastian Bach. Créé par Jan Babilée qui l’a dansé en 1967 sur cette même scène, le rôle est tenu ce soir-là par Stéphane Bullion, danseur étoile de l’Opéra de Paris. Il compose avec Eléonora Abbagnato, un duo harmonieux et plein de tension dramatique.

Dans Carmen, c’est la chorégraphie qui l’emporte sur la narration. Créée et dansée par Roland Petit avec Zizi Jeanmaire à Londres en 1949, cette pièce aussi a été adaptée pour la télévision par Mikhail Baryshnikov, avec Zizi Jeanmaire et Luigi Bonino. Les danseurs de l’Opéra de Rome accompagnent avec fougue les excellents solistes Rebecca Bianchi et Claudio Cocino.

L’âme de Roland Petit, disparu en 2011 à Genève, a survolé cette soirée, loin de Paris et de Marseille, pour le plus grand plaisir d’un public enthousiaste.

Jean Couturier

 Opéra de Rome, du 8 au 14 septembre, Operaroma.it

Le Temps d’aimer la danse: Spectre (s)

Le Temps d’aimer la danse à Biarritz

Spectre (s), Christine Hassid Project.

©Jean Couturier

©Jean Couturier

Belle découverte que ce triptyque, composé de variations autour du Spectre de la Rose, d’après un poème de Théophile Gautier. Christine Hassid ajoute une touche personnelle très originale à cette pièce mythique des Ballets Russes, créée par Michel Fokine le 19 avril 1911 à l’Opéra de Monte-Carlo avec Tamara Karsavina dans le rôle de la jeune femme et Vaslav Nijinski dans celui du spectre… et reprise depuis par de nombreux chorégraphes.

Cette création est un petit bijou d’intelligence scénique, servi par un beau travail de lumière, signé Alberto Arizaga pour le premier duo espagnol  et Francois Menou pour le deuxiéme duo; une partition musicale de Clément Doumic vient s’insérer,  dansdes morceaux du Songe d’une nuit d’été de Berlioz et de l’Invitation à la danse de Carl Maria Von Weber…

Première femme à reprendre ce Spectre, Christine Hassid s’est entourée de trois jeunes danseurs du groupe basque Dantza, qui apportent une fraicheur et une légèreté à la première partie du spectacle. Puis, inversant les rôles du livret original, la chorégraphe a confié celui du spectre de la fleur à une femme, Andrea Loyola, qui apparait en costume beige,  et ici,  la Rêveuse est un homme : Agustin Martinez, torse nu et en tutu rouge. Ces  fougueux espagnols se cherchent, se touchent, se mordent parfois et se repoussent, sur un rythme lent.

Troisième partie magique. Danseurs exceptionnels, Aurélien Houette et Mohamed Toukabri, entament un dialogue gestuel d’une grande sensualité évoquant le souvenir de ce parfum de rose. L’un vient de l’Opéra de Paris, l’autre de la compagnie de Sidi Larbi Cherkaoui et de la Need Company de Jan Lauwers. Et leurs styles se complètent parfaitement. Mouvements précis et doux, les appuis légers, et sauts défiant la pesanteur.

La voix de Georgia Ives nous livre le poème de Théophile Gautier par fragments, comme dans un rêve : «Soulève ta paupière close qu’effleure un songe virginal. Je suis le spectre d’une rose que tu portais hier au bal/ O toi qui de ma mort fus cause. Sans que tu puisses le chasser toute la nuit, mon spectre rose à ton chevet viendra danser.»

Un moment rare, plein de poésie qu’on aimerait voir sur d’autres scènes hexagonales et internationales.

 Jean Couturier.

Spectacle vu au Colisée le 16 septembre. www.letempsdaimer.com

 

No Border (titre provisoire), texte de Nadège Prugnard

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No Border (titre provisoire), texte de Nadège Prugnard

De la parole et du sens, voilà en substance ce que nous offre Nadège Prugnard, préleveuse de mots dans le terreau du réel, comme d’autres carottent la banquise. Il y a deux ans, Guy Alloucherie avait confié à celle qui dirige la compagnie Magma Performing Théâtre, un nouvel arpentage : la jungle de Calais.

Il prépare avec sa compagnie Hendrick Van Der Zee une exploration circassienne de cette grande tragédie de toujours, intensément contemporaine, la migration. Pour cela, il s’appuie sur une auteure de talent. Attention, rien de la posture de l’artiste qui descend de sa tour d’ivoire pour ausculter de loin les êtres en souffrance. Nadège Prugnard a usé ses semelles dans les bars, et sur les routes du Cantal (voir Le Théâtre du Blog),  et a rencontré femmes en lutte, militant-e-s ruraux pour amplifier avec superbe leurs maux souvent tus. Elle se pose résolument la question de la frontière entre l’autre et soi, de l’intime et de l’impudeur, et n’hésite pas à se confronter à sa propre impuissance, à ses exils, à ses errances.

Quand nous l’avons écoutée une première fois à la Chartreuse (profitons-en pour saluer cet admirable lieu de résidences d’écriture), elle en était encore à une étape de défrichage, face à des monceaux de rushs sonores. Sa proposition se vivait comme un jet, comme une sorte de poème ininterrompu où se mêlent des centaines de voix d’hier et d’aujourd’hui, voix d’exils, traduites par fragments, comme tombées d’une tour de Babel à la démocratie branlante. La simplicité d’un : «Je suis perdu» nous transperce. Il y a ceux qui ne veulent pas parler, ni être pris en photo. Il y a la litanie des prénoms, des pays d’origine, des mots à pleurer, de l’anglais de cuisine, la langue de la bricole.

Il y a l’avis des gens qui savent, qui disent qu’on «ne fait pas de théâtre avec de bons sentiments». Il y a la beauté comme vaccin contre le fascisme. Nadège Prugnard creuse la terre et la boue, en exhume le vers, ce versus latin, ce sillon de la charrue, plaie béante à ciel ouvert. Elle y décèle les bombes pernicieuses de l’ultra-libéralisme qui nous tue tous, qui enfume salement nos impuissances et nos révoltes. «Je fais remonter le poème avec les doigts», dit-elle. Et explose à intervalles réguliers ce refrain: « nos tremblements couronnés et trahis», puis surgit comme une fusée de détresse, la peur d’Idir : « Je me sens pas réel. »

IMG_6146C’est un grand texte debout, un écrit au tissage cosmopolite qui entrelace les témoignages de migrants, mais aussi ceux d’habitants et de bénévoles, qu’on entend moins souvent.  Dans un style irrigué par la rue et le rock, ses terres d’élection.

Ça pue le vrai, le vivant, la douleur et la joie. Ça embaume aussi: métaphore enivrante et omniprésente de Vénus, étoile, guide, besoin d’amour, «comme on frappe un amoureux, comme on embrasse un monstre ». Alain Bashung rôde.

Mots crus en intraveineuse, langues tout en en cris, larmes et tambours, rythme enflammé par la lave de l’émotion… Nadège Prugnard éruptive et sensible, sait nous parler d’eux, de nous. Elle nous réapprend à écouter ce grand hurlement de l’Histoire, là, tout proche. Nous suivrons de très près la création qui suivra.

Stéphanie Ruffier

Quarante quatrièmes rencontres d’été de la Chartreuse, Villeneuve-Lez-Avignon, lecture par l’auteure. T:  06.85.98.50.63.

Lire aussi le bel ouvrage collectif Décamper aux éditions La Découverte.

Sopro (Souffle), texte et mise en scène de Tiago Rodrigues

 

Sopro (Souffle), texte et mise en scène de Tiago Rodrigues

 

©Christophe Raynaud de Lage

©Christophe Raynaud de Lage

Par définition, la respiration du théâtre n’est ni visible ni saisissable mais Tiago Rodrigues a imaginé qu’il pouvait la montrer à travers la création d’un spectacle, en faisant du même coup, l’éloge de la souffleuse qui monte sur scène, égrainant les petites histoires du temps.

 Du début à la fin, cette dame digne et  toute en noir, est présente sur le plateau, texte  à  la main, suivant dans une rare discrétion, les personnages, qui, un à un, entrelacent leurs petites histoires vécues, et celles, fictionnelles, transcendées par l’art du théâtre.Cristina Vidal travaille en effet comme souffleuse depuis plus de vingt-cinq ans au Teatro Nacional D. Maria II à Lisbonne. Un métier en voie de disparition, ou déjà disparu. Et pour Tiago Rodrigues, elle  possède donc à elle seule, une fonction de mémoire, de discipline et de protection, avec humilité:  toujours dans les coulisses!

 Au plus près des comédiens, la souffleuse pleine d’humanité a comme naturellement et instinctivement, une posture singulière: « Elle est en eux, un peu comme la main du marionnettiste, dans la poupée de chiffon.»Cela se passe en 2080, dans les ruines  du Théâtre National; cette fiction a lieu dans un bâtiment recélant en lui des métiers artisanaux, des fonctions nobles et cachées, bref, une âme.L’idée, avoue le metteur en scène, celle d’une troupe avec un dispositif de spectacle autour de la souffleuse, est romantique, voire un rien mièvre dans sa forme,

 

Isabel Abreu, Beatriz Bras, Sofia Dias, Vitor Roriz et Joao Pedro Vaz, tous plus jeunes que cette femme de théâtre, sont des plus touchants et jouent autour d’elle, de leur présence, avec délicatesse, ouverture et bonheur d’être là. Imaginées par Thomas Walgrave qui aussi conçu les lumières, des herbes hautes et des  roseaux jonchent le parquet de bois, comme des traces du Temps, vainqueur de toutes choses…

 Une méridienne, objet de théâtre et de rencontre par excellence, est posée à jardin. Pourront ainsi se faire entendre dans la grâce et le sourire, des bribes, entre autres, de la Bérénice de Jean Racine, de L’Avare de Molière et des Trois Sœurs d’Anton Tchekhov …Face à cette installation plastique, à la fois subtile et rudimentaire, le public s’attend à ce que la représentation commence. Mais non! Et malgré la présence des comédiens, le théâtre n’arrive jamais: nous sommes déçus, comme si l’art de la souffleuse pouvait être à lui seul, un trésor vivant, une fin en soi à admirer.

Les meilleures intentions, on le sait, ne suffisent pas à investir un plateau, d’un souffle théâtral, qu’on l’appelle génie ou inspiration. Tiago Rodrigues semble nous donner une leçon de théâtre mais sans véritable nécessité intérieure, en s’enfermant dans des clichés convenus et bon marché, sur la mémoire du théâtre et l’art de sa transmission.

 Une manière de tourner en rond entre soi, sans toucher au monde vivant alentour!

 Véronique Hotte

 

 Cloître des Carmes, jusqu’au 16 juillet à 22 heures.

 

Nu dans le bain

 

©Dauphiné libéré

Nu dans le bain d’Andréa Kuchlewska, traduction de Grégoire Courtois, mise en scène de David Géry

 

Le peintre et son modèle : un couple qui hante l’histoire de l’art. Turbulences de la vie (voir les multiples infidélités de Pablo Picasso à ses compagnes successives et à ses modèles) calme impérial, énigmatique de la toile (voir la Saskia dorée de Rembrandt). Le modèle, presque toujours nu, est une femme.
Comme le rappelle l’auteure : un modèle habillé: un mécène, paie pour avoir son portrait ! Mais on paye un modèle pour poser nu, c’est donc un travail. Cette fille, dont nous ne saurons pas le nom, réputée  pour être un «bon» modèle,  ne sait pas pourquoi. Elle qui ne connaissait rien au monde de l’art,  y entre avec une question qui la tourmente : comment et où, Renée Monchaty, modèle et maîtresse de Pierre Bonnard, s’est-elle suicidée, après qu’il eut épousé Marthe ?

D’autres pensées traversent la femme nue et immobile, sculptée, à chaque changement de pose, par la main de l’artiste : le bras un peu plus étendu, les doigts un peu plus écartés… La liste des choses à faire et des questions à se poser : suivre ou non l’injonction du peintre d’aller au musée, comment a-t-elle été injustement chassée de son travail de serveuse ;  et pourquoi le peintre la paie-t-elle pour poser chez lui, en plus de l’école ?

Agnès Sourdillon offre son corps gracile et gracieux, au personnage. David Géry a pris soin de mettre le public en condition, en faisant distribuer feuilles et crayons : mieux qu’aucune parole, ce geste impose un regard respectueux sur le corps nu de la femme. Mais sa parole paralyse le dessin ; l’actrice, puisant sa force dans sa fragilité, impose une telle présence, toute simple, que les crayons tombent, et que l’on boit ses paroles, tout aussi simples.

David Géry, en peintre concentré sur son travail, la place, la guide, la remercie sans paroles, ou presque : ils forment un superbe duo professionnel. Du trouble et de l’innocence de ce corps exposé, de son souffle et presque du sang qui bat sur la peau, naît alors une émotion étrange, dont on a envie de remercier longtemps Agnès Sourdillon et son partenaire. Elle parle, il la soutient et, en silence, le public accompagne cette rencontre essentielle entre l’art du théâtre et celui de la peinture.

David Géry a créé Nu dans le bain,  après deux résidences à La Chartreuse/Centre national des écritures du spectacle. Il y a transporté son atelier de peintre et y expose un choix de toiles de Retour de Chine et Nuits noires. On pense bien sûr à Pierre Soulages, et puis on l’oublie : outre la lumière du noir, David Géry travaille sur la profondeur du tableau. D’un angle de vue à un autre, l’œuvre change, s’agrandit, d’une longue contemplation et s’approfondit. Il y a là quelque chose de puissant et de serein que l’on retrouve, avec des couleurs plus claires, dans le spectacle. Tout au bout du cloître de la Chartreuse, il faut aller à l’atelier de David Géry apprécier ce moment à part, qui remet la tête en place, loin du bruit, et qui ouvre le regard.

Christine Friedel

Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon, les 11, 12 et 13 juillet à 16h et à 20h. T. : 04 90 15 24 24

Est-ce que vous pouvez laisser la porte ouverte en sortant ?


 

2m6emhqnfe3eFestival d’Avignon

Est-ce que vous pouvez laisser la porte ouverte en sortant?  d’Antoine Lemaire, mise en scène de Sophie Rousseau

 

 Dans la maladie d’Alzheimer,  la dégénérescence neuronale  nous empêche le patient de programmer  des actions,   et entraîne assez vite une altération des facultés cognitives : mémoire, langage, raisonnement …

 Les lésions cérébrales causent des troubles qui réduisent progressivement l’autonomie de la personne avec une disparition progressive des capacités d’orientation dans le temps et  l’espace, et de la reconnaissance des objets comme des proches … Antoine Lemaire met en scène un couple d’un certain âge dont l’épouse est atteinte de la maladie d’Alzheimer ; le public assiste,  en une vingtaine de tableaux, à sa progression irréversible. Mais son époux, très vite épuisé par l’aide permanente qu’il doit fournir, va être aussi dans l’ impossibilité d’agir.

 Sont ici privilégiées des scènes quotidiennes de la vie quotidienne : lui, a préparé un repas improvisé pour elle qui revient dans la nuit.  Mais il  refuse la réalité et la pathologie qui accable sa femme. Elle, de son côté, ne supporte pas la trop grande douceur de son  mari qui lui montre un amour qu’il veut inaltérable.

 La mise en scène de Sophie Rousseau, d’une délicatesse extrême, expose avec des images précises, les situations éprouvées par ce couple. A mesure que la maladie se développe et avance vers l’inéluctable, plus oppressant est le rythme scénique.Comment affronter le mal de façon légère et raisonnée ? Il fallait la grâce, l’humour et l’allant de Murielle Colvez, une des meilleures comédiennes (Anton Tchekhov, Maxime Gorki…) d’Eric Lacascade, pour imposer un personnage aussi vivant et aussi épanoui, touché par un mal qui la dépasse. Le plateau de théâtre est sa maison, et la belle actrice, mène la danse, quand bien même, tout son être est fragilisé.

 L’auteur joue lui, ce mari un peu fébrile, à la parole saccadée et heurtée, et mis à mal dépassé par l’état de sa femme.La mise en scène est solidement construite, orientée  sur la douleur, et sur le malheur final que l’on voit arriver. Un très beau travail.

 Véronique Hotte

 La Manufacture, jusqu’au 26 juillet (relâche les 12 et 19 juillet).

 

 

 

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