L’Invocation de l’Enchantement

Festival de la Mousson d’été:

L’Invocation de l’Enchantement, de Yannis Mavritsakis. Lecture dirigée par Véronique Bellegarde,  traduction de Michel Volkovich.

A l’Abbaye des Prémontrés de Pont-à-Mousson, la 22ème édition du festival  a fait la part belle aux écritures d’Amérique du Sud. Créé en 1994, il occupe une place importante dans la découverte et la diffusion des écritures dramatiques contemporaines d’Europe et d’ailleurs. Les lectures ont permis à de nombreux textes d’aboutir à une mise en scène. 

 Yannis Mavritsakis, lui est grec; né à Montréal, il  vit à Athènes. D’abord comédien, il se consacre depuis 2004 à l’écriture et est invité ici pour la cinquième fois.Le Point Aveugle est sa première pièce mise en lecture à  La Mousson d’été ».  Puis, il y eut  en 2011, Boulot de merde,  et en 2013, Vitrioli,mis en scène par Olivier Py au Festival d’Avignon 2014, et en 2014 Décalage vers le rouge.

 La lecture de L’invocation de l’enchantement, dirigée finement par  Véronique Bellegarde, confirme une fois de plus, le talent et la modernité de l’écriture dramatique de cet auteur. L’univers de la pièce se partage entre raison et pressentiment, conscient et inconscient, réalité et fantasmes.… Rapports de séduction, de force, ensorcellement et perversité, fascination.  Ici, la tension dramatique progresse lentement  et donne ainsi avec l’usage d’une « parole-action » (selon les termes du  Michel Vinaver), corps à cette fiction théâtrale.Le rythme, souvent lent et répétitif de l’écriture, semblait agir de façon , envoûtante sur les spectateurs.

La structure  est classique. Mais l’agencement des séquences, indépendantes les unes des autres, finit par former une seule et même pièce. Les cinq tableaux  comportent tous deux personnages : Le passant et la mère  Le monsieur et la fille, la bête volante et le chien , Le dresseur et le père et La fille .Le public relève avec surprise et d’un tableau à l’autre, la présence d’un personnage présent déjà qui a juste changé de nom. Ainsi dans le tableau 2, Le Passant est devenu Le Monsieur et la situation dramatique où  il se situe, diffère. Ou bien encore, La Fille, dans le Tableau 2 que l’on retrouve  à la fin.

Au fil de la lecture, les séquences s’agencent comme dans un puzzle et à l’écoute, « plus que par la langue, la poésie se produit surtout par la composition dramatique ».La fin de chacune de ces fictions reste ouverte, comme dans le troisième Tableau où le personnage Chien s’adresse à  Bête :Chien : « Quelle image ? Montre-moi. Je veux voir.Silence.Rien de tout cela n’existe.Silence.Si cela existe, montre-moi. Je veux voir. A nous spectateurs, d’imaginer la suite; comme le remarque Dimitra Kandylaki ,traductrice et dramaturge, l’action est, et ici aussi « (…) statique, tout tarde, tout se passe « à l’intérieur » en laissant apparaître une situation où tout à l’air d’être comme avant, mais où rien n’est plus pareil » 

Loin  d’une écriture réaliste, ou du quotidien, ou bien du théâtre documentaire,  Yannis Matvritsakis se sent proche, de la tragédie antique (rares sont ses œuvres  à plus de deux personnages, petit clin d’œil du poète dramatique à Eschyle) : « Oui, dit-il, c’est la base de mon théâtre. Elle m’a influencé. Pourquoi ? Je ne peux pas rationaliser ce sentiment, au début dans mon œuvre, il était inconscient, et à présent, il devient de plus en plus conscient ».

Mais pour Yannis Matvritsàkis, rien de définitif, il a fait part de son projet, plus proche d’une écriture épique. Et si les dieux ont déserté l’Attique, comme l’exprime sublimement Friedrich Hölderlin, l’écriture théâtrale de cet écrivain ne cesse d’être un dialogue entre l’homme et ce qui le dépasse. L’écriture a, dit-il, « cette fonction, elle est une conversation avec « Dieu », entre guillemets. J’essaye de communiquer à la fois, avec ce que j’ai de plus profond en moi et avec ce qui est au-dessus . Je déteste systématiquement tout ce qui a attrait au quotidien, au concret, au tangible ».

Dans ses pièces, le genre de la tragédie n’est pas mort. L’invocation de l’enchantement, et l’ensemble de ses textes en témoignent. Avec Yannis Mavritsakis, la tragédie prend forme dans un contexte esthétique et éthique reflétant notre monde consumériste. En témoigne cette mise en lecture aboutie, tout en résonance avec une parole dramatique déconstruite où « Les personnages isolés, vulnérables, vacillants, cèdent l’un après l’autre à la séduction d’une forme polymorphe, issue de nulle part mais qui s’enracine dans leur présent et grandit en absorbant leur précieuse substance humaine ».

De temps à autre, une intervention musicale, jamais illustrative, renforce la tension dramatique de ces courts récits. Peu à peu prend forme un univers d’étrangeté, quelque peu angoissant, mais aussi teinté d’humour, et plusieurs éléments ou personnages appartiennent au monde du cirque : le dompteur, la cabine, l’action du dressage, le bestiaire, l’espace du vide aussi ! … et le titre , L’invocation de l’enchantement, se suffit à lui-même. Ici, ces deux espaces artistiques, la tragédie et le cirque, ne sont pas si éloignés l’un de l’autre et créent cette atmosphère décalée, hors du commun entre onirisme et réalité.

 Véronique Bellegarde et Marie Desgranges, Guillaume Durieux, Marcial Di Fonzo Bo, Philippe Fetun, Alain Fromager, Camille Garcia, Charlie Nelson et le musicien-compositeur Philippe Thibault, ont réussi cette  mise en voix d’un texte fort mais complexe de par sa construction dramaturgique et sa densité poétique et spirituelle. Cette écriture exige d’eux une écoute et un travail particulièrement subtils.

Cet écrivain, qui « n’aime pas cette vie, voilà pourquoi j’essaye d’en inventer d’autres… » s’inscrit  avec  sa sensibilité et son rapport au théâtre, dans un espace esthétique proche de celui d’Antonin Artaud pour qui « Le théâtre (…) doit être considéré comme le Double non pas de cette réalité quotidienne et directe dont il s’est peu à peu réduit à n’être que l’inerte copie, aussi vaine qu’édulcorée, mais d’une autre réalité dangereuse et typique « .

Malgré une chaleur accablante, le public fut surpris, dérangé, et très ému. Sans doute l’un des moments les plus forts de cette Mousson d’été 2016.

Elisabeth Naud

Festival de la Mousson d’été 2016, du 23 au 29 Août. A l’Abbaye des Prémontrés, Pont-à-Mousson. Région Lorraine.


Archive de l'auteur

Viktor une pièce de Pina Bausch

 

Viktor une pièce de Pina Bausch par le Tanztheater Wuppertal.

IMG_2552Raimund Hoghe, dramaturge de Viktor, écrit dans son Histoires de théâtre dansé à propos des répétitions à Rome : «Dans une indication de mise en scène pour son film Mama Roma, Pier Paolo Pasolini note : “Elle regarde dans le lointain pleine de nostalgique attente“. » Attente que connaît aussi le public du Tanztheater Wuppertal. Malgré les longueurs de certaines pièces de Pina Bausch —et celle-ci en contient beaucoup—, il reste fidèle car ses danseurs et ses images lui sont familières et nécessaires. De nombreux spectateurs ont vécu leurs premières émotions de théâtre avec ces artistes, et ils reviennent les voir inlassablement, tandis que les plus jeunes, curieux, découvrent la chorégraphe. Lors de la première, deux garçons d’une dizaine d’années, au premier rang, semblaient passionnés par les différents tableaux beaux et tristes, compréhensibles ou obscures qui se déroulaient devant eux.

La scénographie de Peter Pabst nous plonge dans ce qui pourrait être une carrière, une mine, ou des catacombes. Durant les trois heures quinze du spectacle, un homme, Andrey Berezin, lance des pelletés de terre sur le plateau tandis que les danseurs, en solo en duo ou en groupe, viennent nous prendre à témoin de leurs fêlures ou de leur instinct de survie. «Insatiable, je m’accroche à notre vie, car il n’y a qu’une seule chose au monde qui ne s’épuise jamais», écrit Pier Paolo Pasolini.

Des moments fulgurants du spectacle, nous retiendrons la lente procession des danseurs qui, en couples, traversent le parterre au milieu des spectateurs ; les trois avancées successives vers le public de la danseuse Breanna O’Mara, rythmées par l’ondulation de sa chevelure rousse ; la présence énigmatique de Dominique Mercy, sorte de démiurge accompagnant sur scène les actions de ses amis, ou encore les deux séquences de vente aux enchères publiques qui permettent toutes les excentricités. De belles parties dansées des femmes en robe longues et talons hauts se répètent pendant la pièce, elles témoignent du style de Pina Bausch que l’on retrouvera dans d’autres chorégraphies par la suite.

Certains solos sont trop longs comme la séquence du danseur, au souffle amplifié au micro; à ce propos, selon Raimund Hoghe, Pina Bausch disait en souriant : «Une chose avec votre souffle, c’est beau quand on voit vivre quelqu’un.» Trois allusions à la danse classique sont déclinées ici : l’avancée vers le public du corps sans bras de Julie Shanadan sur la musique de la Belle au bois dormant de Tchaïkovski, le solo d’une danseuse sur pointe qui applique avec précaution une escalope dans ses chaussons, et la leçon de danse décalée et drôle donnée par Cristiana Morganti. Deux séquences révèlent les multiples talents de ces artistes, impressionnants d’énergie : pour les hommes, leurs mouvements de bascule du torse et les arrondies des bras lorsqu’ils progressent vers l’avant-scène, ou leur maîtrise de l’espace dans la scène collective débridée où ils manipulent des planches de bois leur servant de guides ou de passerelles. Au début du spectacle une voix off fait dire à une danseuse, «Je m’appelle Viktor, je suis de nouveau là, et ce que je peux rester ici». De lui nous ne saurons rien de plus.

Les musiques de Lombardie, de Toscane, de Sardaigne ou d’Italie du Sud nous rappellent que cette pièce a été créée en mai 1986, après une résidence d’un mois au Teatro di Roma. Trois danseurs, présents à l’époque sont toujours là : Julie-Anne Stanzak, Dominique Mercy et Jean-Laurent Sasportes. Selon ce dernier, son personnage de vieille femme qui cherche à se débarrasser des morceaux de cœur transformés en pierre par les choses de la vie, est identique à celui de la création. Pour lui, les thèmes abordés dans la pièce, dont ceux de l’être humain en proie à ses désirs et à ses peurs, restent brûlants d’actualité. Il a aimé le travail de transmission de cette chorégraphie à de jeunes danseurs et s’apprête d’ailleurs à transmettre son propre rôle.
En cela, le Tanztheater Wuppertal a réussi son pari audacieux de passation artistique qui permet à un nouveau public de découvrir cette pièce telle qu’à son origine, avec ses défauts et ses qualités.

Jean Couturier

Au Théâtre du Châtelet avec le Théâtre de la Ville du 3 au 12 septembre.  

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La Reine de beauté de Leenane

 La Reine de beauté de Leenane de Martin Mcdonagh, traduction de Gildas Bourdet, mise en scène de Sophie Parel

 

DAK_4729Comédie noire, humour grinçant, cynisme cinglant, La Reine de beauté de Leenane de Martin Mcdonagh, dramaturge britannique d’origine irlandaise, propose sur la scène une danse vivante et virevoltante, mêlée d’amertume que mènent deux diablesses – une mère et sa fille - ; la traduction de Gildas Bourdet en accentue encore le propos trivial qui mime apparemment un parler rustique trop approximatif.

 

Deux démones font la pluie et le beau temps, plutôt le mauvais temps : deux sorcières, deux femmes insupportables, deux spécimens dégradés de la gent féminine, deux figures dépréciées de l’humanité : d’un côté, la mère désagréable, revêche, rabat-joie, cœur fermé, chaussettes de laine et chaussons aux pieds, assise sur son fauteuil roulant, et de l’autre, la fille, image exactement inversée de la première, impudique, glamour et sexualisée avec petite robe exagérément courte.

 « Trou du cul… » : les deux femmes s’invectivent, s’injurient et s’insultent sans répit.
Entre amour et haine, la plus âgée empêche la plus jeune de vivre et de s’épanouir. La fille sacrifiée, Maureen, incarnée avec un bel engagement par la metteuse en scène Sophie Parel, a atteint ses quarante ans, une victime dont la peine journalière est de soutenir les moindres instants tyranniques de son bourreau de mère, Mag, interprétée par la grande Catherine Salviat : « Tu crois qu’c’est quoi, mon bonheur ? De rester collée ici avec toi à sécher sur pied comme une vieille ? »

 Le contexte est celui d’une Irlande appauvrie et affamée où les paysans des campagnes et les ouvriers des villes n’ont pour planche de salut que l’émigration anglaise ou américaine. La vision idéalisée du pays des origines est partagée entre le mythe embelli et la dépréciation de l’ennui – une attirance et un rejet instinctif qu’il est difficile de contrôler et de raisonner quand il est l’espace de l’enfance de chacun.

 Ray Dooley, le jeune frère de Pat Dooley, l’homme dont est amoureuse Maureen, résume le regard porté sur son pays : « Ben vous avez qu’à r’garder par la fenêtre, pis vous la verrez l’Irlande. Et ça va pas être long à vous gonfler. Tiens un veau. » 

Décidément, rien ne va où l’on soit, ou bien tout va de travers, il faut quitter les lieux.

Ce sont finalement les jeunes gens – les hommes contre les femmes – qui sauvent la mise, se montrant plus nuancés, plus civilisés, moins triviaux dans cette vision naturaliste d’une humanité souffrante et douloureuse. Les frères sont capables d’émotions vraies et de sensibilité, tels Ray – Arnaud Dupont -, un peu balourd mais sincère, et Pat – Grégori Baquet -, l’amant séducteur à la force rentrée, plein de tact.

L’humour n’est pas absent de la représentation, les rires libérateurs fusent çà et là au milieu de l’horreur, la pièce réglée avec soin ménage son suspens, les attentes et les surprises. Le rythme dramatique est soutenu et le public ne s’ennuie pas.

Le spectacle reste caricatural en tranchant sans ambages dans le vif des chairs.

 

 

Véronique Hotte

 

Le Lucernaire, du 31 août au 16 octobre, du mardi au samedi à 19h, dimanche à 15h. Tél : 01 45 44 57 34.

 

Les Journées du matrimoine 2016

Les Journées du matrimoine 2016

 

Rue_PernelleUne manifestation festive, en forme de manifeste. Objectif : mettre en lumière les créatrices du passé et leurs œuvres, parallèlement aux Journées du patrimoine (voir Théâtre du Blog ).
L’égalité entre homme et femme sur le front intellectuel et artistique passe par la revalorisation de cet héritage trop absent des livres d’histoire. L’inégalité reste flagrante : même si depuis dix ans, à l’issue du rapport de Reine Prat, la tendance s’inverse lentement : 26% des femmes signent les mise en scène du réseau conventionnée contre 22% en 2006 ; 21% dirigent des Centres dramatiques nationaux, contre 16% en 2006. À quand la parité ? Quand les femmes constituent 60% des étudiant(e)s des enseignements artistiques supérieurs.

 Pour cette deuxième édition, les différentes branches de la fédération nationale H/F pour l’égalité dans les arts et la culture, mobilisent de nombreux partenaires : en Bretagne ( Rennes), en Normandie (Rouen) et surtout en Auvergne-Rhône-Alpes, avec pas moins de seize événements (expositions, parcours urbains et conférences), du Rhône à la Haute-Loire, de Lyon à Bourg-en-Bresse, en passant par Montluçon et Annecy.

 H/F Île-de-France, pour sa part propose de nombreux événements aux côtés de nouveaux partenaires : Les Éditions de Femmes-Antoinette Fouque qui ont entamé cette réflexion depuis 1973 et ont sorti récemment l’imposant Dictionnaire Universel des Créatrices : 5000 pages couvrant quarante siècles de création dans le monde et dans tous les domaines. La jeune et florissante association AWARE ( Archives of Women Artists, Research and Exhibitions ) fondée en 2014 pour la diffusion des artistes femmes dans les musées et les universités. Des compagnies de théâtre, des lieux de spectacle, des musées et des bars et des cafés les rejoignent pour une programmation étoffée et festive.
À la Maison des Métallos, une exposition interactive sur L’Étoffe des femmes nous attend, avec nos morceaux de tissus, tandis que sept musées ouvrent leur fond au féminin : Jeu de Paume, Musée d’Art Moderne de Paris, Musée Carnavalet, Centre Pompidou, Musée d’Orsay, Petit Palais, Mac/Val (le seul à respecter un parité dans ses acquisitions). Au gré de parcours urbains dans Paris, agrémentés de musiques et de lectures, on découvrira des femmes savantes brûlées comme sorcières, depuis Hypathie la mathématicienne d’Alexandrie au lVe siècle, jusqu’à Pernelle Flamel, l’alchimiste du XVlème siècle… Des interventions artistiques dans le tram T3, une promenade-lecture du restaurant de la Coupole au Cimetière Montparnasse, sur les lieux de prédilections de Simone de Beauvoir et de sa sœur Hélène peintre méconnue … Autant de rendez vous pour évoquer Communardes et compagnonnes, peintres et autrices, poétesses et «scandaleuses », militantes du mouvement de la paix et résistantes, toutes combattantes, inventrices ou créatrices qui ont fait l’histoire en y laissant si peu de traces.

 

Mireille Davidovici

 

17 et 18 septembre : programme complet sur les sites :

www.matrimoine.fr

http://hfauvergnerhonealpes.wixsite.com/matrimoine

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Chère Amazone

Chère Amazone d’Alicia Roda , mise en scène de Pascal Quignard Cornélien

 

13907106_528152377381915_7656355369676593595_nLes Éclats de Lettres que dirige la metteuse en scène et comédienne Isabelle Erhart-Le Fur, s’engage dans une nouvelle aventure, avec la métamorphose du relais de diligences de Guémené-sur-Scorff dans le Morbihan, et son ancienne poissonnerie attenante, en un lieu culturel. . 

Le porche de cette maison à pignon, corniches et gargouilles, mène à une cour intérieure pavée  avec des écuries, en partie détruites. Entourée de jardins en fouillis et de murailles anciennes, la maison aux chambrées majestueuses renferme des cheminées provenant sans doute du château.

 

La vocation de La Diligence est de faire vivre à la fois la culture et la vie locale, de s’ouvrir aux écritures contemporaines, en créant des passerelles entre les publics. On y verra sans doute prochainement la compagnie du pays Pourleth, du nom du pays dont la ville de Guémené-sur-Scorff est le centre.

 Chère Amazone,  pièce à deux personnages féminins, a été écrite par la comédienne Alicia Roda qui joue avec Sara Viot qui incarne une femme occupée par un emploi valorisant et bien rémunéré qui la stresse: elle est devenue victime de son propre pouvoir et de sa volonté à vouloir tout ordonner, agencer, contrôler et maîtriser … À la façon regrettable des hommes qui pensent appréhender l’univers en le jugulant.

 Rêve ou cauchemar, ou  dédoublement de la réalité, pour cette demoiselle nommée Aile – jeu de mot sur le pronom féminin singulier de l’art de la narration -, surgit contre toute attente une antique et somptueuse amazone vivante, une apparition merveilleuse et un refuge ultime de survie et de salut quand on est en manque de repos, de répit et de retour sur soi.

 Pour l’inviter à mieux réfléchir et à prendre la dimension réelle de la valeur des combats qu’elle pourrait livrer en tant que femme, une Penthésilée sensuelle, comme sortie d’une fresque, en habit de guerrière, cheveux au vent, cape et fourrures, lacets de cuir, et silhouette décidée, s’empare du plateau: les pavés de la cour des écuries de la Diligence… Avec un souffle entêtant et majestueux, prête encore à lever et tendre son arc mythique qu’elle finira par transmettre à sa jeune protégée interloquée d’abord, bousculée ensuite, avant d’acquiescer finalement aux vœux de la conquérante. Aujourd’hui comme hier, la lutte continue dans l’engagement de la défense des droits de la femme, hors des compromissions, petites soumissions, lâches acceptations et médiocrités inavouables.

Débat mouvementé, dialectique subtile, discours motivé et persuasif, la justesse de la parole déclamée fait plier enfin celle qui se croyait vivre selon une vision juste. Toutes deux reprennent les armes dans la bonne humeur et la vaillance renouvelée. Le jeu de ce théâtre malicieux étonne le spectateur, saisi par le pertinence de deux époques temporelles antithétiques qui se rencontrent naturellement avec tact. Entre sourires et boutades comiques, la pensée suit son chemin dans la grâce.

 Véronique Hotte

 La Diligence à Guémené-sur-Scorff (Morbihan), le 27 août.

 

 

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Le Corps de mon père

Le Corps de mon père, de Michel Onfray, mise en scène et interprétation de Bernard Saint Omer

 

le-corps-de-mon-pere-de-michel-onfray-par-bernard-saint-omerMichel Onfray, figure médiatique controversée, auteur de nombreux traités de philosophie et d’esthétique ( Puissance d’exister, Traité d’athéologie, Contre-Histoire de la philosophie…) a tourné le dos à l’Université en fondant l’Université populaire de Caen, relayée par France-Culture. Les cinq volumes de son Journal hédoniste exposent un versant plus intime de sa pensée.

Dans le premier tome, Le Désir d’être un volcan , paru en 1996, il consacre un chapitre à son père. Ce texte autobiographique évoque, avec une émotion retenue, l’ouvrier agricole solide et taciturne qu’il était. « Un père digne », dont la rectitude fut son socle et sa leçon de vie. Ses gestes précis, ses mains habiles, sa force, ses biceps saillants impressionnaient le petit garçon.

« Fils de pauvre », Michel Onfray n’a pas oublié les odeurs de son enfance, celle fade du café cuit et recuit le matin dans la cuisine, pièce à vivre, celle du purin et autres sanies animales collant aux vêtements paternels, ou le « sent bon » de l’après rasage, le dimanche. Ni les sons qui rythmèrent ses années passée dans la campagne normande. Non plus la dureté des « chefs du culture » à l’égard des ouvriers, qui forgea à jamais son esprit de révolte : «  C’est là que j’ai appris le monde du travail (…)   La lutte des classes, création des patrons, de leurs sous-fifres et hommes de main… ».

Bernard Saint Omer s’empare de ce texte sensuel et cérébral, à bras le corps : joignant le geste à la parole, il s’active sur la petite scène encombrée d’outils: il pétrit du pain, qu’il cuit et distribue aux spectateurs, scie des tiges de métal projetant des gerbes incandescentes, fait siffler des flèches tirées à l’arc… Il est à la fois le narrateur, mais aussi par ses actions habiles et incessantes, rend hommage aux gestes simples et efficaces du père, à ce faire qui fascine le fils … Il attise nos sens par les odeurs, les sons, et mouvements qu’il produit. Changeant de costume, il est tour à tour celui qui dit, le fils, bavard, et celui qui fait, taiseux, le père : « Dans le monde où mon enfance se déplie, la tendresse ne se disait pas, écrit Michel Onfray ».

 Ce parti-pris affirmé tout au long par la comédien- metteur en scène- sculpteur évite certes le pathos et le convenu de cet exercice d’admiration, mais tend à parasiter un texte dense et qui se serait suffi à lui-même. « Comment lui dire mon amour ? (…) Le silence est le tiers qui accompagne nos rencontres, écrit le philosophe.»  Espérant peupler le laconisme du père l’acteur habite un peu trop le personnage en creux auquel s’adresse ces paroles d’amour. Reste une mise en scène rigoureuse qui permet de remonter aux années de formation d’un intellectuel aussi contesté fût-il.

Mireille Davidovici

 

Le spectacle, créé à Avignon en 2013 a, depuis, largement tourné. Avec son passage à Paris il commence une seconde vie.

 

Théâtre Essaïon Du 25 Août au 1er octobre 2016 à 19h45
Les jeudis, vendredis et samedis
Du 10 octobre au 1er novembre 2016 à 21h30
Les lundis et mardis

T. 01 42 78 46 42 ; accueilessaion@free.fr

 

 

Lady First, texte de Sedef Ecer

Festival de Bussang:

 

Lady First, texte de Sedef Ecer,, mise en scène de Vincent Goethals

Lady7506-Photo J. Jacques Utz« Une république bananière  d’aujourd’hui, quelque part, du côté de l’ancienne Mésopotamie, où il y a quelque chose de pourri…»: telles sont les premières didascalies de la pièce  de la comédienne et auteure dramatique d’origine turque, Sedef Ecer.

 Lady First, personnage éponyme  est la première dame du régime autoritaire d’un Moyen-Orient où ont lieu des révolutions «qui n’ont pas fini de transformer le monde ».
Pour parler d’une société troublée, Sedef Ecer évoque l’intimité de la dame en majesté.  dont son tyran d’époux s’est évidemment enfui à l’étranger, comme ses enfants égoïstes. La First Lady n’a rien des mouvements d’opposition et des marches rebelles dans les rues bruyantes de la ville. Les instances gouvernementales qui la manipulent lui ont manifestement caché une menace qui se rapproche toujours davantage du Palais d’été présidentiel…

 Pour calmer le peuple en colère, les conseillers en communication du régime ont proposé que la dame soit interviewée par une journaliste locale bien sous tous rapports, avec port du voile, au prénom persan de fleur: Yasmine (le jasmin, symbole de la révolution). L’interview se fait via Skype, Facebook, Twitter, et autres réseaux sociaux. Les deux femmes se rencontrent à peine, et par écrans interposés, la réalité fuyant toujours plus loin, dans une relecture irréelle et potentielle d’un monde qui leur échappe, sur  un no man’s land de plateau et d’imaginaires en question.

La First Lady vit au plus près de ses désirs compulsifs de consommation luxueuse: robes et atours, bijoux… (Autant de clichés rebattus!). À ses côté, sa première femme de chambre Gazal, (il faut entendre: ma gazelle, d’autant que la costumière et esthéticienne se réclame d’un transgenre assumé, preuve vivante de l’ouverture à la différence d’une First Lady opprimée.

 Gazal raconte sa vie à tout va, livrant sans pudeur ses atermoiements d’enfance, désirant être précisément la petite fleur des montagnes qu’était la jeune Yasmine : « Quand je voulais descendre dans la rue. Pour devenir leader du mouvement LGBT dans ce pays d’homophobes fascistes ! Mais attention, pas question de négliger mon « look », je voulais aussi avoir les cheveux dans le vent et les mains manucurées tout en criant des slogans : Pédés/gouines/queers/trans tous-unis-tous-à-la-rue/Toutes-à-la-rue ! »

 Pas de surprise: la pièce ne livre aucune clé, si ce n’est celles débattues au café du commerce,  mettant en vain le doigt sur les souffrances, sans les désigner plus avant. Le monde semble divisé entre ceux qui prient et ceux qui achètent : nulle sortie. Que déplore finalement la dame incomprise, et dépassée par les événements ?« Les nouveaux pharaons construiront partout des temples et des commerces pour que vous passiez vos journées à prier et à acheter… L’Occident fermera les yeux et s’arrangera avec eux. Certains s’en accommoderont, d’autres regretteront notre ex-petite tyrannie artisanale et familiale mais ça sera trop tard. » … Et pour que le monde change, il y faudra, attendue encore une autre révolution, avec la déploration d’autres sacrifices obligés de civils – enfants, femmes et vieillards.

 Dure perspective en ces temps difficiles! Ici Sedef Ecer expose des idées  qu’on aimerait voir débattues dans l’urgence d’une politique nouvelle à initier, mais dommage! elle n’imprime guère d’une griffe personnelle, ce bel engagement… Malgré le jeu de bons acteurs dirigés avec précision par Vincent Goethals: Bernard Bloch (le chef de cabinet machiavélique), Anne-Claire (la First Lady), Angèle Baux Godard (la journaliste) et Sinan Bertrand (le conseiller personnel de la First Lady).

 Véronique Hotte

Bussang, les 6, 10, 11, 12, 13, 17, 18, 19, 20, 24, 25, 26 et 27 août. T: 03 29 61 62 47 reservation@theatredupeuple.com

Le texte de la pièce est publié aux éditions L’avant-scène théâtre.

 

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Festival Interceltique de Lorient (FIL) – concert de Joan Baez

 

Festival Interceltique de Lorient (F.I.L.):

 Joan Baez

 

7784357718_l-artiste-joan-baez Aux côtés de Bob Dylan, à ses débuts et dans la fidélité  à une indépendance toujours revendiquée, Joan Baez reste l’inspiratrice à la jolie voix de soprano et au timbre à l’élégance ailée, de la musique folk des années 1960 à 1970.  Symbole de la chanson de protestation et militante des droits civiques.

 La muse de temps historiques a défendu la cause des Noirs avec détermination, marchant avec Bob Dylan aux côtés de Martin Luther King, et chantant We shall overcome (Nous n’avons pas peur) avec 350.000 personnes le 28 août 1963 à Washington, le jour où  il a prononcé son célèbre I have a dream.

Joan Baez reste à l’écoute atemporelle de ce discours-phare du pasteur baptiste afro-américain, militant non-violent pour les droits civiques des Noirs aux États-Unis, pour la paix et contre la pauvreté, assassiné le 4 avril 1968 à Memphis. Elle a chanté à Woodstock, rassemblement emblématique de la culture hippie en 1969, mais aussi à Hanoï sous les bombes en 1972, luttant sans relâche contre toutes les guerres et les conflits, le Vietnam d’abord, l’Irak ensuite, soutenant entre temps Solidarnosc  en Pologne, le dissident André Sakharov en Russie, les mères de disparus en Argentine et au Chili, etc. Elle fait toujours patiemment sienne la défense paisible des dissidents, réfugiés…

 A l’Espace Marine, le public retrouve l’icône de toute une époque, avec la politisation d’une jeunesse très engagée pour la paix et le soutien des opprimés. Joan Baez, la jeune brune d’autrefois à la dignité royale et aux cheveux d’argent, est restée fidèle à ses convictions,  encore plus perceptibles en ces temps troublés de guerres, de crise migratoire et d’attentats meurtriers.  S’accompagnant de sa guitare folk, une jeune chanteuse parfois à ses côtés, et deux musiciens dont son fils Gabriel Harris aux percussions, elle reste la figure légendaire d’une génération politisée et porteuse d’humanisme.
We shall overcome fait évidemment partie de la soirée, mais aussi Farewell Angelina d’un Bob Dylan, attentif aux «mitraillettes qui rugissent» et aux «démons qui clouent des bombes à retardement aux aiguilles des horloges». Joan Baez commente au préalable ses chansons, invite le public à refuser la guerre et à s’ouvrir à la tolérance et à l’arrivée des migrants, réfugiés et autres déportés, pour des raisons politiques et économiques.  Ils nous apportent bien plus que nous ne leur donnons en échange: avec un renouvellement spirituel, l’appréhension d’autres cultures, et la reconnaissance des valeurs universelles.

 Joan Baez chante en français le fameux poème antimilitariste Le Déserteur  de Boris Vian,  après avoir déjà entamé dans la langue de Molière, avec le public et dans un tonnerre d’applaudissements, la Chanson pour l’Auvergnat de Georges Brassens, dont les paroles  font mouche: «Elle est à toi, cette chanson, Toi, l’Auvergnat qui, sans façon, M’as donné quatre bouts de bois Quand, dans ma vie, il faisait froid… »

Hommage aussi  à Simon et Garfunkel, et à John Lennon avec Imagine : » Imagine no possessions… Imagine all the people Sharing all the world» Aux saluts et à la reprise, Here’s to you fait le bonheur des 4.500 spectateurs réunis à Lorient, chanson écrite en mémoire des anarchistes américains d’origine italienne, Sacco et Vanzetti.  Elle chantera aussi Another World, une quête politique d’un autre monde avec arbres, abeilles et humanisme retrouvé.
La grande dame est restée égale à elle-même, absolument radieuse…

 Véronique Hotte

 Festival Interceltique de Lorient le 6 août.

 

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Smashed

 

Smashed par la compagnie Gandini Juggling

 www.quartierdete.com    Il est des pièces où le spectateur ne devrait pas lire les indications portées sur la feuille de salle ; de même, un article doit garder un certain mystère avant la découverte d’une œuvre.

Cette création a été conçue juste après la mort de Pina Bausch, en 2009, en forme d’hommage humoristique à la chorégraphe.
Nous y retrouvons sa ronde rituelle, la tonalité nostalgique des musiques, et les clins d’œil complices aux spectateurs. La troupe, deux femmes et sept hommes, emporte habilement le public en jonglant avec des pommes.

Avec une maîtrise de l’espace parfaite, les tableaux s’enchaînent, accompagnés de quelques allusions à la misogynie ordinaire entre les deux femmes et leurs partenaires mâles. Après quarante-cinq minutes, la représentation (en une heure) devient plus explosive et surprenante. Le jonglage, se déstructure, sans atteindre la folie gestuelle des sketches des Monty Python et intervient de façon gratuite, sans être amené par l’objet lui-même, alors que l’on observe quelques ratages voulus dans les séquences précédentes.

Fondée par un jongleur, fils d’une Irlandaise et d’un Italien, et par une ancienne championne de gymnastique rythmique finlandaise, cette troupe sympathique aurait pu approfondir sa lecture de la pièce. Mais elle se contente d’un spectacle léger,  à découvrir dans la magnifique cour intérieure du Centre culturel irlandais.

Jean Couturier

Paris Quartier d’Eté, au Centre culturel irlandais jusqu’au 29 juillet à 20h.

www.quartierdete.com

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Paris Quartier d’Été Framed (Encadrés)

Paris Quartier d’Été

 

Framed (Encadrés) chorégraphie de Johanne Saunier et Ines Cleas, textes de Martin Crimp et Georges Aperghis

 

Avec leur « Ballets confidentiels », fondframed-3é en 2012, les deux chorégraphes belges aiment mettre la danse partout et, à la demande du festival, investissent cet été plusieurs lieux parisiens pour des performances insolites. Dans la cour de la bibliothèque historique de le Ville de Paris, elles se sont adjoint Richard Dubelski pour quarante minutes de variations sur le thème de la surveillance.

 

Partout des caméras nous épient, des vigiles nous fouillent, des portiques nous scannent… Nos images peuplent les écrans… Tous réputés coupables, nous sommes pris au piège d’un œil géant et omniprésent. Encadrer quelqu’un, en anglais, to frame someone, signifie rassembler des preuves contre lui. Jouant sur les mots, les interprètes manipulent des cadres de couleurs et de tailles différentes pour suggérer, selon le modèle, des plans larges ou serrés sur le corps de leurs partenaires : un main, un tête, un sein, une hanche, se découpent : corps-objets fragmentés dans les viseurs de Big Brother.

 On retrouve la rigueur des gestes de Johanne Saunier, acquise auprès d’ Anna Teresa de Keersmaeker et un sens de la mise en scène hérité de sa collaboration avec des artistes comme Guy Cassiers, George Aperghis, Ictus Ensemble, Luc Bondy. Ine Claes, elle, intéressée par les rapports entre mouvement, voix et arts visuels, apporte son talent de chanteuse aux textes qui, dans la pièce, reproduisent les méandres des discours intérieurs des personnages. Les chorégraphes ont réuni des extraits de La République du Bonheur de Martin Crimp, morcelés par des phrasés suivant les mouvements et répétés en vo et vf ; à l’instar du parlé-chanté haché des compositions textuelles de Georges Aperghis qu’elles ont choisies.

Malgré la gravité du propos, on reste dans la légèreté. Pas de discours paranoïaque : l’humour est au rendez-vous dans cette performance élégante et drôle, où mots et gestes se marient agréablement, réglés au millimètre. Une composition savante d’une grande finesse. Des éclairages auraient peut-être souligné davantage les images subtiles qui naissent derrière ces cadres multiples : à la lumière naturelle, elles semblent se diluer…

 

Mireille Davidovici

 

On retrouvera les Ballets Confidentiels le 30 juillet à Villetaneuse Plage

le 4 août au jardin des Tuileries et les 5 et 6 août au square des Amandiers (75020)

 

La compagnie propose aussi Pop up dans la ville : du jeudi au vendredi, des impromptus chorégraphiques dans plusieurs arrondissements de Paris : renseignements sur le site du festival.

T. 01 44 94 98 02 www.quartierdete.com

 

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