Les Journées du matrimoine 2016

Les Journées du matrimoine 2016

 

Rue_PernelleUne manifestation festive, en forme de manifeste. Objectif : mettre en lumière les créatrices du passé et leurs œuvres, parallèlement aux Journées du patrimoine (voir Théâtre du Blog ).
L’égalité entre homme et femme sur le front intellectuel et artistique passe par la revalorisation de cet héritage trop absent des livres d’histoire. L’inégalité reste flagrante : même si depuis dix ans, à l’issue du rapport de Reine Prat, la tendance s’inverse lentement : 26% des femmes signent les mise en scène du réseau conventionnée contre 22% en 2006 ; 21% dirigent des Centres dramatiques nationaux, contre 16% en 2006. À quand la parité ? Quand les femmes constituent 60% des étudiant(e)s des enseignements artistiques supérieurs.

 Pour cette deuxième édition, les différentes branches de la fédération nationale H/F pour l’égalité dans les arts et la culture, mobilisent de nombreux partenaires : en Bretagne ( Rennes), en Normandie (Rouen) et surtout en Auvergne-Rhône-Alpes, avec pas moins de seize événements (expositions, parcours urbains et conférences), du Rhône à la Haute-Loire, de Lyon à Bourg-en-Bresse, en passant par Montluçon et Annecy.

 H/F Île-de-France, pour sa part propose de nombreux événements aux côtés de nouveaux partenaires : Les Éditions de Femmes-Antoinette Fouque qui ont entamé cette réflexion depuis 1973 et ont sorti récemment l’imposant Dictionnaire Universel des Créatrices : 5000 pages couvrant quarante siècles de création dans le monde et dans tous les domaines. La jeune et florissante association AWARE ( Archives of Women Artists, Research and Exhibitions ) fondée en 2014 pour la diffusion des artistes femmes dans les musées et les universités. Des compagnies de théâtre, des lieux de spectacle, des musées et des bars et des cafés les rejoignent pour une programmation étoffée et festive.
À la Maison des Métallos, une exposition interactive sur L’Étoffe des femmes nous attend, avec nos morceaux de tissus, tandis que sept musées ouvrent leur fond au féminin : Jeu de Paume, Musée d’Art Moderne de Paris, Musée Carnavalet, Centre Pompidou, Musée d’Orsay, Petit Palais, Mac/Val (le seul à respecter un parité dans ses acquisitions). Au gré de parcours urbains dans Paris, agrémentés de musiques et de lectures, on découvrira des femmes savantes brûlées comme sorcières, depuis Hypathie la mathématicienne d’Alexandrie au lVe siècle, jusqu’à Pernelle Flamel, l’alchimiste du XVlème siècle… Des interventions artistiques dans le tram T3, une promenade-lecture du restaurant de la Coupole au Cimetière Montparnasse, sur les lieux de prédilections de Simone de Beauvoir et de sa sœur Hélène peintre méconnue … Autant de rendez vous pour évoquer Communardes et compagnonnes, peintres et autrices, poétesses et «scandaleuses », militantes du mouvement de la paix et résistantes, toutes combattantes, inventrices ou créatrices qui ont fait l’histoire en y laissant si peu de traces.

 

Mireille Davidovici

 

17 et 18 septembre : programme complet sur les sites :

www.matrimoine.fr

http://hfauvergnerhonealpes.wixsite.com/matrimoine

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Archive de l'auteur

Chère Amazone

Chère Amazone d’Alicia Roda , mise en scène de Pascal Quignard Cornélien

 

13907106_528152377381915_7656355369676593595_nLes Éclats de Lettres que dirige la metteuse en scène et comédienne Isabelle Erhart-Le Fur, s’engage dans une nouvelle aventure, avec la métamorphose du relais de diligences de Guémené-sur-Scorff dans le Morbihan, et son ancienne poissonnerie attenante, en un lieu culturel. . 

Le porche de cette maison à pignon, corniches et gargouilles, mène à une cour intérieure pavée  avec des écuries, en partie détruites. Entourée de jardins en fouillis et de murailles anciennes, la maison aux chambrées majestueuses renferme des cheminées provenant sans doute du château.

 

La vocation de La Diligence est de faire vivre à la fois la culture et la vie locale, de s’ouvrir aux écritures contemporaines, en créant des passerelles entre les publics. On y verra sans doute prochainement la compagnie du pays Pourleth, du nom du pays dont la ville de Guémené-sur-Scorff est le centre.

 Chère Amazone,  pièce à deux personnages féminins, a été écrite par la comédienne Alicia Roda qui joue avec Sara Viot qui incarne une femme occupée par un emploi valorisant et bien rémunéré qui la stresse: elle est devenue victime de son propre pouvoir et de sa volonté à vouloir tout ordonner, agencer, contrôler et maîtriser … À la façon regrettable des hommes qui pensent appréhender l’univers en le jugulant.

 Rêve ou cauchemar, ou  dédoublement de la réalité, pour cette demoiselle nommée Aile – jeu de mot sur le pronom féminin singulier de l’art de la narration -, surgit contre toute attente une antique et somptueuse amazone vivante, une apparition merveilleuse et un refuge ultime de survie et de salut quand on est en manque de repos, de répit et de retour sur soi.

 Pour l’inviter à mieux réfléchir et à prendre la dimension réelle de la valeur des combats qu’elle pourrait livrer en tant que femme, une Penthésilée sensuelle, comme sortie d’une fresque, en habit de guerrière, cheveux au vent, cape et fourrures, lacets de cuir, et silhouette décidée, s’empare du plateau: les pavés de la cour des écuries de la Diligence… Avec un souffle entêtant et majestueux, prête encore à lever et tendre son arc mythique qu’elle finira par transmettre à sa jeune protégée interloquée d’abord, bousculée ensuite, avant d’acquiescer finalement aux vœux de la conquérante. Aujourd’hui comme hier, la lutte continue dans l’engagement de la défense des droits de la femme, hors des compromissions, petites soumissions, lâches acceptations et médiocrités inavouables.

Débat mouvementé, dialectique subtile, discours motivé et persuasif, la justesse de la parole déclamée fait plier enfin celle qui se croyait vivre selon une vision juste. Toutes deux reprennent les armes dans la bonne humeur et la vaillance renouvelée. Le jeu de ce théâtre malicieux étonne le spectateur, saisi par le pertinence de deux époques temporelles antithétiques qui se rencontrent naturellement avec tact. Entre sourires et boutades comiques, la pensée suit son chemin dans la grâce.

 Véronique Hotte

 La Diligence à Guémené-sur-Scorff (Morbihan), le 27 août.

 

 

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Le Corps de mon père

Le Corps de mon père, de Michel Onfray, mise en scène et interprétation de Bernard Saint Omer

 

le-corps-de-mon-pere-de-michel-onfray-par-bernard-saint-omerMichel Onfray, figure médiatique controversée, auteur de nombreux traités de philosophie et d’esthétique ( Puissance d’exister, Traité d’athéologie, Contre-Histoire de la philosophie…) a tourné le dos à l’Université en fondant l’Université populaire de Caen, relayée par France-Culture. Les cinq volumes de son Journal hédoniste exposent un versant plus intime de sa pensée.

Dans le premier tome, Le Désir d’être un volcan , paru en 1996, il consacre un chapitre à son père. Ce texte autobiographique évoque, avec une émotion retenue, l’ouvrier agricole solide et taciturne qu’il était. « Un père digne », dont la rectitude fut son socle et sa leçon de vie. Ses gestes précis, ses mains habiles, sa force, ses biceps saillants impressionnaient le petit garçon.

« Fils de pauvre », Michel Onfray n’a pas oublié les odeurs de son enfance, celle fade du café cuit et recuit le matin dans la cuisine, pièce à vivre, celle du purin et autres sanies animales collant aux vêtements paternels, ou le « sent bon » de l’après rasage, le dimanche. Ni les sons qui rythmèrent ses années passée dans la campagne normande. Non plus la dureté des « chefs du culture » à l’égard des ouvriers, qui forgea à jamais son esprit de révolte : «  C’est là que j’ai appris le monde du travail (…)   La lutte des classes, création des patrons, de leurs sous-fifres et hommes de main… ».

Bernard Saint Omer s’empare de ce texte sensuel et cérébral, à bras le corps : joignant le geste à la parole, il s’active sur la petite scène encombrée d’outils: il pétrit du pain, qu’il cuit et distribue aux spectateurs, scie des tiges de métal projetant des gerbes incandescentes, fait siffler des flèches tirées à l’arc… Il est à la fois le narrateur, mais aussi par ses actions habiles et incessantes, rend hommage aux gestes simples et efficaces du père, à ce faire qui fascine le fils … Il attise nos sens par les odeurs, les sons, et mouvements qu’il produit. Changeant de costume, il est tour à tour celui qui dit, le fils, bavard, et celui qui fait, taiseux, le père : « Dans le monde où mon enfance se déplie, la tendresse ne se disait pas, écrit Michel Onfray ».

 Ce parti-pris affirmé tout au long par la comédien- metteur en scène- sculpteur évite certes le pathos et le convenu de cet exercice d’admiration, mais tend à parasiter un texte dense et qui se serait suffi à lui-même. « Comment lui dire mon amour ? (…) Le silence est le tiers qui accompagne nos rencontres, écrit le philosophe.»  Espérant peupler le laconisme du père l’acteur habite un peu trop le personnage en creux auquel s’adresse ces paroles d’amour. Reste une mise en scène rigoureuse qui permet de remonter aux années de formation d’un intellectuel aussi contesté fût-il.

Mireille Davidovici

 

Le spectacle, créé à Avignon en 2013 a, depuis, largement tourné. Avec son passage à Paris il commence une seconde vie.

 

Théâtre Essaïon Du 25 Août au 1er octobre 2016 à 19h45
Les jeudis, vendredis et samedis
Du 10 octobre au 1er novembre 2016 à 21h30
Les lundis et mardis

T. 01 42 78 46 42 ; accueilessaion@free.fr

 

 

Lady First, texte de Sedef Ecer

Festival de Bussang:

 

Lady First, texte de Sedef Ecer,, mise en scène de Vincent Goethals

Lady7506-Photo J. Jacques Utz« Une république bananière  d’aujourd’hui, quelque part, du côté de l’ancienne Mésopotamie, où il y a quelque chose de pourri…»: telles sont les premières didascalies de la pièce  de la comédienne et auteure dramatique d’origine turque, Sedef Ecer.

 Lady First, personnage éponyme  est la première dame du régime autoritaire d’un Moyen-Orient où ont lieu des révolutions «qui n’ont pas fini de transformer le monde ».
Pour parler d’une société troublée, Sedef Ecer évoque l’intimité de la dame en majesté.  dont son tyran d’époux s’est évidemment enfui à l’étranger, comme ses enfants égoïstes. La First Lady n’a rien des mouvements d’opposition et des marches rebelles dans les rues bruyantes de la ville. Les instances gouvernementales qui la manipulent lui ont manifestement caché une menace qui se rapproche toujours davantage du Palais d’été présidentiel…

 Pour calmer le peuple en colère, les conseillers en communication du régime ont proposé que la dame soit interviewée par une journaliste locale bien sous tous rapports, avec port du voile, au prénom persan de fleur: Yasmine (le jasmin, symbole de la révolution). L’interview se fait via Skype, Facebook, Twitter, et autres réseaux sociaux. Les deux femmes se rencontrent à peine, et par écrans interposés, la réalité fuyant toujours plus loin, dans une relecture irréelle et potentielle d’un monde qui leur échappe, sur  un no man’s land de plateau et d’imaginaires en question.

La First Lady vit au plus près de ses désirs compulsifs de consommation luxueuse: robes et atours, bijoux… (Autant de clichés rebattus!). À ses côté, sa première femme de chambre Gazal, (il faut entendre: ma gazelle, d’autant que la costumière et esthéticienne se réclame d’un transgenre assumé, preuve vivante de l’ouverture à la différence d’une First Lady opprimée.

 Gazal raconte sa vie à tout va, livrant sans pudeur ses atermoiements d’enfance, désirant être précisément la petite fleur des montagnes qu’était la jeune Yasmine : « Quand je voulais descendre dans la rue. Pour devenir leader du mouvement LGBT dans ce pays d’homophobes fascistes ! Mais attention, pas question de négliger mon « look », je voulais aussi avoir les cheveux dans le vent et les mains manucurées tout en criant des slogans : Pédés/gouines/queers/trans tous-unis-tous-à-la-rue/Toutes-à-la-rue ! »

 Pas de surprise: la pièce ne livre aucune clé, si ce n’est celles débattues au café du commerce,  mettant en vain le doigt sur les souffrances, sans les désigner plus avant. Le monde semble divisé entre ceux qui prient et ceux qui achètent : nulle sortie. Que déplore finalement la dame incomprise, et dépassée par les événements ?« Les nouveaux pharaons construiront partout des temples et des commerces pour que vous passiez vos journées à prier et à acheter… L’Occident fermera les yeux et s’arrangera avec eux. Certains s’en accommoderont, d’autres regretteront notre ex-petite tyrannie artisanale et familiale mais ça sera trop tard. » … Et pour que le monde change, il y faudra, attendue encore une autre révolution, avec la déploration d’autres sacrifices obligés de civils – enfants, femmes et vieillards.

 Dure perspective en ces temps difficiles! Ici Sedef Ecer expose des idées  qu’on aimerait voir débattues dans l’urgence d’une politique nouvelle à initier, mais dommage! elle n’imprime guère d’une griffe personnelle, ce bel engagement… Malgré le jeu de bons acteurs dirigés avec précision par Vincent Goethals: Bernard Bloch (le chef de cabinet machiavélique), Anne-Claire (la First Lady), Angèle Baux Godard (la journaliste) et Sinan Bertrand (le conseiller personnel de la First Lady).

 Véronique Hotte

Bussang, les 6, 10, 11, 12, 13, 17, 18, 19, 20, 24, 25, 26 et 27 août. T: 03 29 61 62 47 reservation@theatredupeuple.com

Le texte de la pièce est publié aux éditions L’avant-scène théâtre.

 

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Festival Interceltique de Lorient (FIL) – concert de Joan Baez

 

Festival Interceltique de Lorient (F.I.L.):

 Joan Baez

 

7784357718_l-artiste-joan-baez Aux côtés de Bob Dylan, à ses débuts et dans la fidélité  à une indépendance toujours revendiquée, Joan Baez reste l’inspiratrice à la jolie voix de soprano et au timbre à l’élégance ailée, de la musique folk des années 1960 à 1970.  Symbole de la chanson de protestation et militante des droits civiques.

 La muse de temps historiques a défendu la cause des Noirs avec détermination, marchant avec Bob Dylan aux côtés de Martin Luther King, et chantant We shall overcome (Nous n’avons pas peur) avec 350.000 personnes le 28 août 1963 à Washington, le jour où  il a prononcé son célèbre I have a dream.

Joan Baez reste à l’écoute atemporelle de ce discours-phare du pasteur baptiste afro-américain, militant non-violent pour les droits civiques des Noirs aux États-Unis, pour la paix et contre la pauvreté, assassiné le 4 avril 1968 à Memphis. Elle a chanté à Woodstock, rassemblement emblématique de la culture hippie en 1969, mais aussi à Hanoï sous les bombes en 1972, luttant sans relâche contre toutes les guerres et les conflits, le Vietnam d’abord, l’Irak ensuite, soutenant entre temps Solidarnosc  en Pologne, le dissident André Sakharov en Russie, les mères de disparus en Argentine et au Chili, etc. Elle fait toujours patiemment sienne la défense paisible des dissidents, réfugiés…

 A l’Espace Marine, le public retrouve l’icône de toute une époque, avec la politisation d’une jeunesse très engagée pour la paix et le soutien des opprimés. Joan Baez, la jeune brune d’autrefois à la dignité royale et aux cheveux d’argent, est restée fidèle à ses convictions,  encore plus perceptibles en ces temps troublés de guerres, de crise migratoire et d’attentats meurtriers.  S’accompagnant de sa guitare folk, une jeune chanteuse parfois à ses côtés, et deux musiciens dont son fils Gabriel Harris aux percussions, elle reste la figure légendaire d’une génération politisée et porteuse d’humanisme.
We shall overcome fait évidemment partie de la soirée, mais aussi Farewell Angelina d’un Bob Dylan, attentif aux «mitraillettes qui rugissent» et aux «démons qui clouent des bombes à retardement aux aiguilles des horloges». Joan Baez commente au préalable ses chansons, invite le public à refuser la guerre et à s’ouvrir à la tolérance et à l’arrivée des migrants, réfugiés et autres déportés, pour des raisons politiques et économiques.  Ils nous apportent bien plus que nous ne leur donnons en échange: avec un renouvellement spirituel, l’appréhension d’autres cultures, et la reconnaissance des valeurs universelles.

 Joan Baez chante en français le fameux poème antimilitariste Le Déserteur  de Boris Vian,  après avoir déjà entamé dans la langue de Molière, avec le public et dans un tonnerre d’applaudissements, la Chanson pour l’Auvergnat de Georges Brassens, dont les paroles  font mouche: «Elle est à toi, cette chanson, Toi, l’Auvergnat qui, sans façon, M’as donné quatre bouts de bois Quand, dans ma vie, il faisait froid… »

Hommage aussi  à Simon et Garfunkel, et à John Lennon avec Imagine : » Imagine no possessions… Imagine all the people Sharing all the world» Aux saluts et à la reprise, Here’s to you fait le bonheur des 4.500 spectateurs réunis à Lorient, chanson écrite en mémoire des anarchistes américains d’origine italienne, Sacco et Vanzetti.  Elle chantera aussi Another World, une quête politique d’un autre monde avec arbres, abeilles et humanisme retrouvé.
La grande dame est restée égale à elle-même, absolument radieuse…

 Véronique Hotte

 Festival Interceltique de Lorient le 6 août.

 

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Smashed

 

Smashed par la compagnie Gandini Juggling

 www.quartierdete.com    Il est des pièces où le spectateur ne devrait pas lire les indications portées sur la feuille de salle ; de même, un article doit garder un certain mystère avant la découverte d’une œuvre.

Cette création a été conçue juste après la mort de Pina Bausch, en 2009, en forme d’hommage humoristique à la chorégraphe.
Nous y retrouvons sa ronde rituelle, la tonalité nostalgique des musiques, et les clins d’œil complices aux spectateurs. La troupe, deux femmes et sept hommes, emporte habilement le public en jonglant avec des pommes.

Avec une maîtrise de l’espace parfaite, les tableaux s’enchaînent, accompagnés de quelques allusions à la misogynie ordinaire entre les deux femmes et leurs partenaires mâles. Après quarante-cinq minutes, la représentation (en une heure) devient plus explosive et surprenante. Le jonglage, se déstructure, sans atteindre la folie gestuelle des sketches des Monty Python et intervient de façon gratuite, sans être amené par l’objet lui-même, alors que l’on observe quelques ratages voulus dans les séquences précédentes.

Fondée par un jongleur, fils d’une Irlandaise et d’un Italien, et par une ancienne championne de gymnastique rythmique finlandaise, cette troupe sympathique aurait pu approfondir sa lecture de la pièce. Mais elle se contente d’un spectacle léger,  à découvrir dans la magnifique cour intérieure du Centre culturel irlandais.

Jean Couturier

Paris Quartier d’Eté, au Centre culturel irlandais jusqu’au 29 juillet à 20h.

www.quartierdete.com

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Paris Quartier d’Été Framed (Encadrés)

Paris Quartier d’Été

 

Framed (Encadrés) chorégraphie de Johanne Saunier et Ines Cleas, textes de Martin Crimp et Georges Aperghis

 

Avec leur « Ballets confidentiels », fondframed-3é en 2012, les deux chorégraphes belges aiment mettre la danse partout et, à la demande du festival, investissent cet été plusieurs lieux parisiens pour des performances insolites. Dans la cour de la bibliothèque historique de le Ville de Paris, elles se sont adjoint Richard Dubelski pour quarante minutes de variations sur le thème de la surveillance.

 

Partout des caméras nous épient, des vigiles nous fouillent, des portiques nous scannent… Nos images peuplent les écrans… Tous réputés coupables, nous sommes pris au piège d’un œil géant et omniprésent. Encadrer quelqu’un, en anglais, to frame someone, signifie rassembler des preuves contre lui. Jouant sur les mots, les interprètes manipulent des cadres de couleurs et de tailles différentes pour suggérer, selon le modèle, des plans larges ou serrés sur le corps de leurs partenaires : un main, un tête, un sein, une hanche, se découpent : corps-objets fragmentés dans les viseurs de Big Brother.

 On retrouve la rigueur des gestes de Johanne Saunier, acquise auprès d’ Anna Teresa de Keersmaeker et un sens de la mise en scène hérité de sa collaboration avec des artistes comme Guy Cassiers, George Aperghis, Ictus Ensemble, Luc Bondy. Ine Claes, elle, intéressée par les rapports entre mouvement, voix et arts visuels, apporte son talent de chanteuse aux textes qui, dans la pièce, reproduisent les méandres des discours intérieurs des personnages. Les chorégraphes ont réuni des extraits de La République du Bonheur de Martin Crimp, morcelés par des phrasés suivant les mouvements et répétés en vo et vf ; à l’instar du parlé-chanté haché des compositions textuelles de Georges Aperghis qu’elles ont choisies.

Malgré la gravité du propos, on reste dans la légèreté. Pas de discours paranoïaque : l’humour est au rendez-vous dans cette performance élégante et drôle, où mots et gestes se marient agréablement, réglés au millimètre. Une composition savante d’une grande finesse. Des éclairages auraient peut-être souligné davantage les images subtiles qui naissent derrière ces cadres multiples : à la lumière naturelle, elles semblent se diluer…

 

Mireille Davidovici

 

On retrouvera les Ballets Confidentiels le 30 juillet à Villetaneuse Plage

le 4 août au jardin des Tuileries et les 5 et 6 août au square des Amandiers (75020)

 

La compagnie propose aussi Pop up dans la ville : du jeudi au vendredi, des impromptus chorégraphiques dans plusieurs arrondissements de Paris : renseignements sur le site du festival.

T. 01 44 94 98 02 www.quartierdete.com

 

Festival Scènes de rue à Mulhouse

 

Festival Scènes de rue à Mulhouse

indexJour de clôture de ce festival avec une trentaine de spectacles dont deux, vu l’état d’urgence prolongé après par la tuerie de Nice, deux spectacles susceptibles de troubler l’ordre public ont été annulés, dont Zéro Avril : « Pour mourir, rendez-vous sur place 15 minutes avant le spectacle »…
Heureusement, Le dimanche entre nous, rue de la Navigation dans le beau quartier Drouot en briques rouges, le long de la rivière, a été maintenu, avec des expériences singulières autour de la nourriture qui se termineront par un banquet de plusieurs centaines d’artistes et spectateurs réunis autour d’une très longue tablée. Cela se prépare dès le début de l’après-midi…

Autour du pain par le collectif Quignon sur rue, performance artistique et gustative de Peggy Dalibert, Laurent Lebarbé, Charlotte Cabanis, Phil Devaud, Hervé Guinouard, Béatrice Moreno

Dans l’enceinte du festival, dans une clairière où sont disposées des petites tables,  un four est en train de chauffer pour cuire les pains et un comptoir circulaire où il sera ensuite débité. Un oriflamme au-dessus du four proclame: « Un régime sans l’Art m’aigrit ! ». Une énorme boule de pâte est pétrie avec énergie par une matrone, les volontaires se répartissent le partage, avant qu’on mette les pains dans le four quand il sera très chaud. On pourra le déguster lors du banquet.

Pasta y basta par la  compagnie À l’envers, de Benoît Gasnier, scénographie de Guénolé Jezequel

Un groupe d’habitants a préparé des kilos de pâtes que l’on découpe avec de petites machines, et que l’on suspend sur des trépieds pour qu’ils sèchent, avant d’être cuits pour le dîner. C’est ludique, tout le monde s’y met avec la plus grande bonne volonté. Benoît Gasnier et Guénolé Jezequel ont conçu l’installation de ce banquet comme on écrit la trame d’un récit.
Et sous les arbres, avec des lumières multicolores, on dégustera cette pasta en devisant avec nos voisins inconnus, servis dans de vraies assiettes par des chefs de table attentifs , avec des échansons qui circulent pour nous abreuver. Une belle réussite que cette clôture chaleureuse.

Stand 2000 installation foraine du Théâtre Group, de Patrice Jouffroy Pio D’Elia et Bernard Daisey

Voilà une vingtaine d’années que Patrice Jouffroy prodigue son inénarrable verve de vieux bonimenteur avec cette installation foraine impressionnante, des centaines de peluches, de la plus petite à l’énorme,  disposérs à l’arrière d’un gros camion. Patrice, chef de la famille Gomez, présente ses complices, Chico, le fils de sa cousine et Kirtcho, venu de Skoplie, à la mine patibulaire.
Il fait entrer les candidats  qui veulent gagner des lots: tout le monde tente sa chance et personne ne repart les mains vides, sous le bagout fleuri et intarissable du chef de troupe. Les spectateurs font la queue, émoustillés par sa verve, la même qu’autrefois. Furieusement et agréablement démodé, cela dure quelque quatre heures avec de petites pauses,(il faut bien boire un coup de temps en temps…)

Germinal par  les Batteurs de Pavé (Suisse) Laurent Lecoultre et Emmanuel Moser

Emmanuel Moser aime démonter les grands textes de la littérature classique, qu’il met en pièces et auxquels il donner une nouvelle vie. Avec son complice Laurent Lecoultre, il interpelle et mobilise les spectateurs pour leur faire interpréter les rôles des fables qu’il raconte. Il fait appel aux CDI, CDD, chômeurs et retraités pour qu’ils se portent volontaires pour les rejoindre sur scène.
« On est dans le Nord de la France en 1885. Dans les mines, il y a un travail harassant, mais c’est du travail ». Les enfants se précipitent pour jouer et répètent avec bonne volonté ce que disent les deux complices. Rapide, caricatural et efficace: le public rit de bon cœur.
Manu Moser organise depuis plusieurs années un festival  de rue attrayant, La Plage des Six Pompes à la Chaux de Fond du 31 juillet au 6 août.

Edith Rappoport

Alors que j’attendais

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Alors que j’attendais, texte et dramaturgie de Mohammad Al Attar, mise en scène de Omar Abusaada en arabe,  surtitré en français

 

Quelque part en Syrie, un jeune homme est plongé dans le coma tandis qu’il continue de vivre au milieu des siens en esprit, éveillé mais invisible à tous. À travers cette présence irréelle, le patient, entre vie et mort, qui a milité pour les droits démocratiques de son pays, observe le quotidien de la vie réduite et empêchée de ses proches.

Le presque fantôme est en compagnie  d’un autre jeune, un DJ ouvert qui a connu la prison et dont l’expérience politique autre est passée par la police politique de Bachar El Assad, d’abord  force conservatrice attisée contre la Révolution en herbe et qui sera bientôt fauchée, puis par les camps djihadistes de Daesh, avant de réaliser que les deux camps mortifères se ressemblaient.
Les deux figures juvéniles qui ont connu la violence physique: torture, tabassage ou prison, sont installées dans les hauteurs, sculptures vivantes au-dessus de la scène, d’où ils observent les leurs qui vivent et existent, un piédestal qui les isole, s’adonnant à la musique dont ils ont fait une passion, bien que le jeune dans le coma descende régulièrement auprès de sa mère, de sa sœur, de sa fiancée et de son ami, sur le plateau, se faufilant derrière chaque personnage sans être vu ni perçu. Ceux-ci s’acharnent à recomposer le film que le jeune homme préparait un série de témoignages de la rue et de l’Histoire – manifestations d’un pays qui bouge et tente.

Les amis n’en finissent pas de réfléchir, de se poser des questions sur le présent et l’avenir du pays, engagés du côté du mouvement sans pourtant agir, produire ni décider pragmatiquement et efficacement : partir ou bien rester ? Pour le metteur en scène Omar Abusaada, cinq ans après la Révolution, le spectacle est l’occasion de faire le point sur la Syrie : le pouvoir en place n’est pas le seul obstacle à l’émergence d’une société nouvelle pour une génération dont les idéaux politiques régénérateurs animent la vie et les projets.

Un défaut manifeste apparaît dans la construction initiale de la société syrienne et son système familial, systématiquement orienté vers la religion et le père, qui est apparemment dans les affaires et la manipulation de l’argent, n’a guère été présent auprès de sa femme et de ses deux enfants. Celle-ci s’est plongée et immergée dans la religion:  lecture fébrile du Coran et port du voile qu’elle a voulu encore imposer à sa fille  qui s’en est libérée en fuyant au Liban.

Les violences commencent dans la famille et le regard qu’on porte sur l’autre – trouver sa raison d’être, une identité d’emprunt pour exister devant l’autre. La justice sociale ne peut être qu’atteinte qu’à l’échelle plus large du monde.Sur la scène, les acteurs sont précis et convaincants, engagés dans leurs convictions politiques d’un renouveau possible et plein d’espoir, même si ce futur immédiat à atteindre se présente comme marqué d’obstacles et de heurts.Le spectacle fait la part belle à la mesure et à la force délicate des attachements.
Saluons Mohamad Al Refai, Mohammad Alarashi, Fatina Laila, Nanda Mohammad, Amal Omran, Moulad Roumieh.

 Véronique Hotte

 Festival d’Avignon, Gymnase Paul Giéra, jusqu’au 14 juillet.

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D’une chute d’ange, exposition de Johnny Lebigot

Festival d’Avignon:

D’une chute d’angeconception et réalisation de Johnny Lebigot, lumières de Matthieu Ferry 160709_rdl_0013

Collection de végétaux et de graminées, suspensions, accrochages, élévations, sculptures, installations et performances, l’œuvre délicate et expressive de Johnny Lebigot fait du règne végétal, minéral et animal, le refuge d’un destin.
Dans la cave voûtée, le réfectoire, le patio, le salon et le jardin de l’hôtel La Mirande qui jouxte le Palais des Papes, l’exposition est conçue autour de la figure de l’Ange et du patrimoine d’Avignon.
Dans cette installation onirique, Johny Lebigot réalise avec des matériaux bruts et naturels,  des sculptures et des scènes, un monde surréaliste de théâtre d’objets, entre figurines et symboles.
Caverne d’Ali Baba, retraite de brigands, établi, retable et chariot, table de cérémonie, autel païen et sacré, nid, piège,…Le rêve immense s’envole dans les airs.
Le regard est ébloui par la variété des figures et constellations proposées, entre pensée et songe, figures du réel et créatures inventées, un bel entre-deux. Les lignes : toile d’araignée, regard en perspective et en diagonale, écho et miroir, se répondent les unes les autres, privilégiant l’horizontalité mais surtout la verticalité, l’élévation vers les hauteurs dans la projection des rêves et la poursuite de l’attrait céleste intérieur, monde inversé de voûte étoilée avec bois flotté de forêt suspendu.   Mouvements, expansions ou épaisseurs, recherche de légèreté entre l’à-peine vu et l’à-peine dit, la sensation et le geste ineffables, le fil de l’imaginaire se tend à l’infini.

La table de D’une chute d’ange, avec ses figures ailées, s’inspire  de grandes œuvres, comme Le Couronnement de la Vierge d’Enguerrand Carton, détrempe sur bois du Musée Pierre-de-Luxembourg à-Villeneuve lez-Avignon. L’Annonciation du Petit Palais à Avignon sont aussi invitées, accompagnant dans leur danse La Chute des anges rebelles de Brueghel.
Matériaux de récup’ trouvés au coin de la rue ou dans le bois de Vincennes, miracles naturels, dons d’amis – Bourgogne, Guyane, Afrique lointaine et pays exotiques : tout est prétexte à transformation, fabrication, réajustement et ordonnancement, comme s’il fallait à partir de restes végétaux, minéraux et animaux, retrouver les traces ultimes du vivant, de l’expérience extraordinaire et inouïe d’être au monde.

Le descriptif des œuvres imprime l’absolu de la poésie. Le Bestiaire pour Aladin indique « murales, pointes – crins de cheval, coquillages, cheveux, blancs, pierres » et pour les Scènes du monde « Murales – osier et ronce, pierre, lièvre, rongeurs, hérissons, pattes de marcassin, oisillon, mésange ». Et la Chute d’Anges invite au voyage, sur les traces de Charles Baudelaire : « bois flotté, ailes de canard sauvage, noix d’Amérique, divers fruits exotiques, oignon, os arêtes, pinces de crustacés, soles, saint-pierre, bar, os, crânes de divers vertébrés dont rongeurs, grenouilles, mammifère, champignons, orchidées, plumes, roseaux… »

Le premier miracle de toute vie est la capacité de porter le regard sur les merveilles d’être là: voir ce qui a vécu,  et bruit toujours autour de soi, au plus près des battements du cœur qui saisissent d’instinct ce qui continue d’exister dans la trace. Vivre et prendre conscience de la réalité du vivant qui perdure au-delà de la mort…
Un rendez-vous poétique avec soi et le monde sur les chemins des palimpsestes.  

Véronique Hotte   

Hôtel de La Mirande, du 9 au 24 juillet.  

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