Cuando vuelva a casa voy a ser otro

 marianopensotti İbeniamin boar_0Cuando vuelva a casa voy a ser otro(Quand je rentrerai à la maison je serai un autre), texte et mise en scène de Mariano Pensotti (spectacle en espagnol sur-titré)

 

Le passé ne peut ni se saisir ni se rattraper, variable et fuyant à l’infini ; à chaque fois qu’on tente de se l’approprier, il se rétracte et n’est plus accessible. Révélateur de ce temps qui passe pour ne jamais plus revenir, le tapis roulant plutôt comique du dispositif scénographique de Mariana Tirantte, installé de jardin à cour sur le plateau, participe d’ un spectacle pétillant et facétieux.
Santiago Gobernori, Andrea Nussembaum, Mauricio Minetti, Agustin Rittano et Julieta Vallina, joyeux et enthousiastes, défilent sous les yeux du public amusé par ce travelling cinématographique impromptu, du théâtre animé fait d’apparitions et disparitions.
Pourtant, le cadre initial de ces vies répertoriées: un père, son fils, une chanteuse de rock et un militant de gauche, ces derniers quarantenaires, prend sa source pendant la dictature militaire argentine, en 1976.
Le père redécouvre quarante ans après les avoir enfouis dans le jardin parental, des trésors de guerre, des documents politiques compromettants, cachés pour sa survie d’opposant politique. Mais la vie et ses jours irréversibles nous échappent : « 
Nous sommes tous faits de récits, nous sommes ce que nous racontons de nous-mêmes. »
Qu’est devenu le combat du père dans ce présent amoindri et assoupi ? Le fils tente de ressaisir cet esprit subversif qui œuvrait dans le risque pour changer le monde et initier des aventures nouvelles et régénératrices, politiques et sociales. Le présent désenchanté et sans risques s’annonce décevant, sans idéal collectif ou même individuel : l’héritier de cette histoire fondatrice a lui-même connu un certain succès avec
El Rio, un spectacle qu’il a écrit et mis en scène, voici quinze ans déjà.
Depuis, il travaille pour des campagnes électorales et des partis approximativement de gauche. Il utilise dans ces aventures commerciales une chanson retrouvée dans le sac politique paternel, dont l’origine est perdue. La chanteuse de rock reconnaît dans cet air une composition de son père disparu, et rencontre un compagnon de route du défunt. Quant au dernier militant de gauche, il a renoncé à la politique, et en quête désœuvrée de lui-même, a usurpé l’identité de l’auteur de
El Rio.
La réflexion de Mariano Pensotti s’attache à cette reconnaissance identitaire et à la figure du double qui serait un autre soi-même à traquer et à retrouver pour exister.
La scène accumule des éléments d’arts visuels et de cinéma, des techniques narratives du roman, des restes légendaires du Musée Archéologique de Patagonie disparu que l’auteur a visité dans son enfance. Avec images vidéo, musiques rock,  vignettes  commentant les scènes successives,  parades enfantines de petits objets de collectionneurs obsessionnels et facétieux, et acteurs toniques qui changent d’aspect en tourbillonnant, jusqu’à incarner des  travestis paraguayens chantant les Beatles. L’interrogation esthétique et philosophique se fait ici le lieu juste du théâtre.

Véronique Hotte
Maison des Arts de Créteil, du 10 au 13 février. T: 01 45 13 19 19. Théâtre de Nanterre-Amandiers, du 17 au 20 février. La Filature de Mulhouse, les 25 et 26 février.


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Blé, Clinic Orgasm Society

Blé conception et direction artistique de Ludovic Barth et Mathylde Demarez

  e4c6030d6ad999c2e534f235e3399fb2 Le collectif belge Clinic Orgasm Society s’est lancé, depuis quelques années, dans un triptyque autour du concept de  normalité.
Blé, créé au Manège de Mons en 2013 en constitue le deuxième volet (après Pré et avant Fusée ) .
«Le jeu est de faire un spectacle avec des gens qu’on ne connaît pas et qui ne savent rien de ce qui va se passer, expliquent les metteurs en scène. (…) Ils ne le sauront toujours pas à la fin du spectacle. C’est très excitant pour nous de monter sur scène chaque soir et de découvrir ces nouvelles personnes. Leur corporalité, leur voix, l’énergie du groupe. »

Ludovic Barth et Mathylde Demarez expliquent le principe de la «reconstitution» à laquelle nous sommes conviés. Puis, sans pour autant disparaître du plateau, laissent la place à cinq comédiens amateurs, censés les représenter tous les deux, c’est-à-dire le père et la mère, ainsi que d’autres membres d’une famille.
Recrutés au hasard des tournées, et différents chaque soir, affublés de casques,  ils vont découvrir, au fur et à mesure,  texte, déplacements et gestes qui leur seront dictés. Ils investissent cuisines et dépendances, sous l’œil inquiet des deux metteurs en scène qui s’agitent (beaucoup !) en contre-champ, l’un fournissant des accessoires à leur recrues, l’autre, maître du temps et des cérémonies, tournant les aiguilles de la pendule, ou dépeçant un lapin promis à la casserole.

C’est un dimanche ordinaire, chez des gens banals, entre 16 heures 07 et 23 heures 06. La mère cuisine, les enfants jouent, le père cherche le chien, la grand-mère tire les cartes… Ils échangent des propos d’une absolue platitude… Il ne se passe rien, jusqu’au dénouement, tragique, qui transforme cette histoire en fait divers sanglant, objet de cette reconstitution .
  L’écriture s’est faite au plateau, à partir d’improvisations réécrites par une auteure (Marielle Pinsard), puis enregistrées. Le texte est assez sobre, minimaliste, mais sans aucun relief, ennuyeux. Les «casqués», chacun téléguidé par un instructeur, réagissent aux ordres de manière décalée, ce qui les rend un peu bizarres avec des allures d’aliens ahuris. Ne les comparent–on pas à des intrus, des zombis, à l’instar de Boucle d’or dans la maison des trois ours? Trop normaux pour être normaux ?
Mais cet effet de Verfremdung, d’inquiétante étrangeté, ne dure qu’un temps et, malgré une musique rappelant celle des films de David Lynch, le rythme devient pesant à force de fadeur…
Le non-jeu des comédiens cobayes, d’abord fascinant, voire amusant, finit par lasser, et les nombreux temps morts ne ménagent aucun suspense.
Les comédiens amateurs suivent les consignes, que pourraient-il faire d’autre ? Pour leur plus grand plaisir et celui du public, semble-t-il. La plupart ont apprécié cette aventure, et certains se disent troublés d’avoir pris goût à être télécommandés.
Mais à quoi bon cet exercice ? Que veut-on démontrer ? Que la banalité engendre la folie meurtrière ? Que toute famille porte en elle ses propres névroses ? Que la manipulation est chose dangereuse ?
Concept séduisant, dispositif sophistiqué bien rôdé, mais on sort de cette expérience plutôt perplexe…

Mireille Davidovici

Le Tarmac Paris  jusqu’au 13 février. T. 01 43 64 80 80

 

Kabarets Kassés 1/2

Kabarets Kassés 1/2, de Bruno Edmond et Franca Cuomo

 

548-bigIls le savent, eux aussi, qu’il faut interroger le passé pour comprendre le présent, et peut-être même, si l’on est  un peu  optimiste, pour protéger l’avenir. On se dit parfois qu’il n’y a plus rien à protéger, quand les déçus de la politique se réfugient dans la haine et se livrent pieds et poings liés au pire, pourvu que leur passion de revanche et de nuisance soit satisfaite…
Bon sang ! Nous ferions mieux d’être citoyens, et de prendre les choses en main, plutôt que de croire au père Noël et de lui en vouloir de cadeaux qui se paient cher ! Bref, le collectif Lamachinerie est revenu aux sources de l’histoire, avec la Grande guerre et la montée du nazisme.
Et ça fait mal. Ils ont choisi la forme la plus libre, la plus désespérée, la plus drôle aussi, celle que  Karl Valentin et  ses amis avaient trouvée pour tourner la censure. Ils lui ont donné le style qui s’impose, expressionniste, en hommage à Grosz, Otto Dix, et quelques autres qui partagent avec eux la force et la justesse du trait.
Capable d’un subtil « sprechgesang » (parlé/chanté),  ils sont aussi rigoureux et saisissants musiciens qu’ils sont comédiens exacts, et historiens scrupuleux. Et surtout linguistes, car toute la politique est là,  avec le sens donné aux mots, et dans celui qu’on leur ôte, subrepticement, pour mieux prendre le pouvoir sur les hommes, jusqu’à faire régner la barbarie.
Ils se sont nommés: Angst (Markus Fisher) et Zorn (Françoise-Franca Cuomo); ils jouent et chantent avec une précision infernale cette peur (Angst) et cette colère (Zorn), en nous regardant droit dans les yeux. Christiane Bopp, au trombone et Cyril Trochu, au piano et à l’accordéon, Sylvain Kassap, aux clarinettes, les « accompagnent » au sens plein du terme.
Il les soutiennent, dialoguent avec eux, apportent la note d’humour qui fait grincer et rire en même temps. À quoi tient le charme de ce cabaret anguleux ? À une nostalgie bien comprise, à un pessimisme joyeux, à leur amour inconditionnel de la musique, et à l’amitié qui passe, entre eux, et entre nous. C’est ainsi : la sorcière est dans la cuisine : nous savons que les contes pour enfants sont cruels, mais qu’ils ne trompent pas leur monde. Lamachinerie a déjà visité le monde pas si enfantin de Lewis Caroll : attendez-les au tournant, vous ne serez pas déçus.

 Christine Friedel

 Spectacle vu au château de la Roche-Guyon; tournée en Normandie et dans la région parisienne. T: 01 43 55 08 78

Available Light

Available Light, chorégraphie de Lucinda Childs, musique de  John Adams

 

Availaible Light (1983) n’a rien perdu de son originalité et de son énergie. La pièce s’inscrit dans une recherche formelle qui caractérise la danse post-moderne américaine. La chorégraphe new-yorkaise a opté, dès les années 1970, pour le minimalisme, dans le lignée de Merce Cunningham, l’un de ses maîtres.
Pour ce ballet, elle utilise de manière radicale la partition de la scène sur deux plans scéniques proposée par l’architecte Frank Gehry, à qui l’on doit notamment la Cinémathèque française et la fondation Vuitton à Paris.
« J’aimais l’idée de quelque chose qui casserait l’espace, dit Lucinda Childs, mais sans réduire la place réservée à la danse et la seule matière de faire cela, c’était de créer un autre niveau, un étage.» En effet, ce dispositif démultiplie les possibilités de combinaisons chères à la chorégraphe. Les onze danseurs occupent le double plateau : deux en haut, puis un et jusqu’à trois, tandis qu’en contre-bas, les autres danseurs évoluent, tous ensemble, ou alternativement, quatre par quatre, trois par trois, les autres marquant de courtes pauses. Comme des silences à l’intérieur du mouvement.
La musique, elle, ne s’arrête jamais, sauf pendant le noir qui délimite les deux parties de la pièce. John Adams développe une rythmique à huit temps et à six pour les parties plus rapides, avec des thèmes qui se répètent ad libitum,  tout comme les figures simples, empruntées à la danse classique, exécutées à l’identique, à l’unisson ou de manière décalée par chaque  interprète, homme ou femme.
Tous habillés de tuniques rouges, noires ou blanches, jambes nues, ils dessinent dans les deux espaces des tracés géométriques, des lignes horizontales, verticales, diagonales. Ici, nul solo, pas-de-deux, trio ; pas de mouvement au sol, ni de porté,  ni jamais de contact entre les corps.
Chaque interprète est un électron qui navigue dans un champ de forces multidimensionnelles. Un atome de couleur au sein d’un réseau de formes en déplacement, mues par des sons et rythmées par les éclairages, et pris dans un vaste mécanisme savamment agencé.

Totalement épuré, le spectacle fascine, plus qu’il ne séduit, par les infinies combinaisons qu’il propose. Envoûté par la musique entêtante de John Adams, hypnotisé par le mouvement perpétuel des corps dans l’espace, le spectateur part pour une aventure formelle où la danse se fait à la fois concrète et abstraite.
Il faut revoir ou découvrir cette œuvre emblématique avec laquelle Lucinda Childs, John Adams et Frank Gehry ouvraient la voie à bien des chorégraphes contemporains.

 

Mireille Davidovici

 

Théâtre de la Ville jusqu’au 7 novembre: theatredelaville-paris.comT: 01 42 74 22 77

www.festival-automne.com

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La fin de l’homme rouge

La fin de l’homme rouge, ou le temps du désenchantement, de Svetlana Alexievitch, adaptation et mise en scène Stéphanie Loïk

 

La-Fin-de-lHomme-Rouge-ou-Le-Temps-du-désenchantement-Anis-Gras-ciup-704x350Svetlana Alexievitch vient de recevoir le prix Nobel de littérature  et ce prix en dit beaucoup sur ce qu’on attend de la littérature aujourd’hui, qu’on a peut-être toujours attendu et quelquefois trouvé sous les dehors de la fiction et de l’éternelle nature humaine : un témoignage, un travail d’historien du présent ou du passé tout proche. 

Cette histoire encore brûlante, on ne peut pas l’écrire seulement avec des chiffres, avec de l’abstraction, vue de haut. Svetlana Alexievitch la raconte au niveau du corps, des émotions : froid, nourriture insuffisante, discussions à n’en plus finir dans les cuisines, téléphones qui ne sonnent pas, odeurs, sentiment d’être suivi dans la rue, obligation de faire deux boulots -si on peut-pour vivre…
Et mille autres détails qui font l’homo sovieticus, déterminé, forgé par une société qui prétendait faire le bonheur du peuple envers et contre lui-même, avec des magnifiques embellies dans la terreur : la littérature, la poésie, la musique…
On sait comment une démocratie sans principes (mais que reste-t-il des nôtres ?) est tombée sur le dos de ce peuple, comment le patriotisme, trempé dans les millions de morts de la seconde guerre mondiale, a retrouvé un terrain dérisoire, avec l’actuel chef de la Russie. Nostalgiques de l’URSS, déçus de la perestroïka, rouges qui n’ont plus leur place, ultra-riches et ceux qui fouillent les poubelles pour se nourrir (mais chez nous ?) : Svetlana Alexievitch les connaît mieux que nous et les raconte mieux que personne.
Depuis plusieurs années, Stéphanie Loïk travaille, le plus souvent avec de jeunes comédiennes, ce théâtre-documentaire que lui offrent les textes de  cette écrivaine dont elle a déjà adapté pour la scène La guerre n’a pas un visage de femme, Les Cercueils de zinc sur les mensonges de la guerre en Afghanistan,  La Supplication Tchernobyl, chronique du monde d’après l’apocalypse, sur les abandonnés de la centrale explosée.
Elle cherche, (c’est son style, son talent), le corps collectif de ceux qu’elle fait parler. Pour les élèves issus des grandes écoles de théâtre, une expérience unique… Chacun est lui-même, mais dans une chorégraphie presque militaire, sans cesse renouvelée mais toujours présente, et très douce.
 On entend le thrène des espoirs déçus. On voit la marque d’un pays enrégimenté, dont nous reste l’image des 1ers mais avec leurs défilés de masse. Le pays n’est pas que cela, comme nous le font entendre, la langue, la musique, et les chants russes. Beaucoup d’amour passe tous ces désenchantements.
Il faut lire La Fin de l’homme rouge et aussi aller voir comment, avec rigueur et tendresse, un groupe de jeunes comédiens se l’incorpore, fait couler cette histoire, ces êtres qu’il ne faut pas oublier, dans ses veines, dans ses muscles.
Stéphanie Loïk est arrivée ici au sommet de sa tétralogie Svletana Alexievitch.

 

Christine Friedel

 Spectacle vu à l’Anis Gras; Théâtre de l’Atalante, du 4 novembre au 7 décembre. T : 01 46 06 11 90 ou latalante.resa@gmail.com

 


 

 

 

Belle d’hier

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Belle d’hier, dramaturgie et mise en scène de Phia Ménard et Jean-Luc Beaujault, sur une idée originale de Phia Ménard

 

On gardera longtemps en mémoire l’image de ces vingt immenses mannequins, en longs manteaux à capuchon, figés dans leurs atours et leurs gestes éloquents. Ils sont portés précautionneusement en scène par des agents anonymes, en combinaison grise de cosmonautes : ils les tirent un à un de trois chambres froides d’où s’échappent de  grandes nappes de vapeur d’eau.
Tels les soldats d’une armée morte, la horde fantomatique envahit la scène et demeure immobile dans le vrombissement lancinant d’un lointain moteur, puis, petit à petit, parcourus par d’imperceptibles frémissements, les grandes poupées rétrécissent et s’écroulent lentement, les unes après les autres, sur elles-mêmes.
Ces princesses de chiffons, maintenues en forme par la magie de la glace, fondent en eau. Après cet lent dégel, haro sur les mannequins ! Ils seront lavés, dépecés, épluchés, mis en pièces par nos cinq cosmonautes, changés en ballerines énergiques qui, telles des lavandières d’antan, vont leur faire subir un traitement de choc… Avec des gestes machinaux, formant une chaîne ininterrompue, elles déplient, aplatissent, rincent et suspendent les tissus sur de longues perches descendues des cintres.
Pataugeant dans l’eau qui ruisselle, elles s’acharnent à leurs taches répétitives, dans un tempo infernal… Avant de se débarrasser, elles aussi, leurs propres oripeaux. Phia Ménard, après ses pièces de glace, entame ici un nouveau cycle : les pièces de l’eau et de la vapeur. Dans Belle d’hier, ce sont les trois états de l’eau qui interviennent. Elle a imaginé une chorégraphie rythmée, alternant mouvements lents et gestes saccadés, réglée comme une mécanique, et placée sous le signe de métamorphoses successives : les poupées deviennent chiffons, les porteurs de combinaisons asexués se muent en fringantes jeunes filles, la glace se fait eau avant de se sublimer dans un ardent nuage de vapeur, enfer où les cinq femmes s’évanouissent en beauté.
Un spectacle d’un grande force poétique qui réveille des souvenirs littéraires et évoque des mythologies anciennes et modernes. A découvrir, voir et revoir.

 Mireille Davidovici

 

 Théâtre de la Ville, Paris, jusqu’au 9 octobre. Et  du 3 au 6 novembre, Le Lieu Unique scène nationale de Nantes ; les 18 et 19 novembre, le Théâtre/Scène nationale de Saint-Nazaire ; les 24 et 25 novembre, Espace Malraux scène nationale de Chambéry ; les 3 et 4 décembre, Le Cratère scène nationale d’Alès ; les 13 et 14 janvier  Le Carré/Scène nationale de Château-Gontier; les 21 et 22 janvier, Théâtre de Cornouailles/Scène nationale de Quimper.

 

I mean heaven (On peut dire paradis)

I mean heaven (On peut dire paradis), installation conçue par Skappa & associés. 04-skappa1

Ah ! Le septième ciel… Pour qui rêve d’y accéder, le Théâtre de la Criée offre actuellement une ascension qui mêle les rouages du rêve à ceux d’un patient pèlerinage.
Emerveillement ! La compagnie dirigée par Isabelle Hervouët et Paolo Cardona est devenue experte en organisation de voyages aussi sensoriels qu’intellectuels.
Pratiquant depuis quinze ans un travail délicat de  fildefériste, elle a conçu ce parcours in situ comme une ingénieuse déambulation plastique et théâtrale.

Première création du projet  Les Paradis  qui s’étendra jusqu’en 2018, cette visite est une gourmandise hors du temps, dont les saveurs se dégustent deux par deux, en cheminant. Jouant avec la sonorité du célèbre refrain de Chick to chick,  le titre: I’m in heaven  souligne malicieusement la subjectivité de la notion de paradis.
Aussi, dès le début du chemin, balisé par des lampes de type « servantes » et des potelets, entend-on diverses voix nous murmurer leur conception du bonheur: « Retrouver son chemin après s’être perdu», «Boire le soleil», «Se donner le temps», «Un repas préparé pour moi», «La chapelle Sixtine»… Chacun a sa définition du moment d’éternité.
A moins que ça ne soit les conditions et les plaisirs de la création artistique elle-même qui soient ainsi implicitement décrites.
Les premières étapes du voyage pourraient ressembler à un enfer moderne avec sa file d’attente labyrinthique dotée de haut-parleurs, sa salle d’attente immaculée où l’on remplit un formulaire administratif, son étrange ascenseur …
Mais le ton est si cotonneux, si intimiste, si bienveillant (on vous demande si vous avez croqué récemment la pomme, on prend soin que de vous faire patienter derrière la ligne :« ne pas trépasser », on vous appelle par votre prénom…) qu’on se laisse transporter.
Que découvre le visiteur ? Le paradis des artistes, bien sûr.
Et ça tombe à point car le Théâtre National de Marseille a été fraîchement rénové. Mille petites idées ingénieuses nous invitent à déambuler dans cet étonnant labyrinthe de couloirs et de passages dérobés. La terrasse est l’occasion de mirer le ciel, sous un parapluie translucide doté d’un casque audio.
Une plasticienne songeuse cherche à reproduire ses teintes mouvantes sur une bâche. Plus loin, les loges apparaissent comme un milieu brumeux et muséal, figé sous le plastique. Le ciel de chaussons bleus et blancs d’hôpital est-il là pour nous rappeler les inquiétudes du monde du spectacle, les risques d’aseptisation et de fossilisation qui le guettent ?
Ne dévoilons pas toutes les surprises méta-théâtrales de cette délicate déambulation qui joue sur la visite de lieux cachés ou interdits. Car c’est bien là que se niche le plaisir, derrière la porte: Privé.
Acrobates, sculpteurs, poètes, les passeurs vêtus aux couleurs de la maison, avec costume sombre et petite cravate de cuir, rendent hommage à la transdisciplinarité. Sont-ils toujours comédiens ?
Certains, un peu fonctionnaires, comme cette chanteuse distraite, ne dégagent pas le mystère et la présence puissante et insolite attendus dans de tels lieux. Chaque seuil à franchir, chaque jardin à visiter devrait offrir une halte bienheureuse. On se sent parfois un peu pressé mais certains personnages sont heureusement très convaincants et impliqués comme  la guide d’un subtil et féérique cabinet de curiosités botaniques, le technicien qui nous incite à plonger dans le grand bain et le concierge qui nous rend nos âmes.
Que de micro-surprises fantaisistes, que de bricolages de génie, que de clins d’œil! On entraperçoit, par exemple, le plateau du spectacle d’Angélica Liddell. Autant de ricochets dans le cœur du visiteur. Est privilégiée une poésie simple tant tactile (plongée d’une main dans un bocal de pépins de pomme) que visuelle (observation d’une parade nuptiale de lampes articulées). Atmosphère à la Amélie Poulain.
Les cartels qui décrivent de petites sculptures surréalistes sous loupe sont sonores et oniriques à souhait : «Globulaire, tragopogon…» (du moment qu’on ne se retourne pas sur la triste réalité d’un méchant panneau «amiante sous la peinture grise résinée»). Le monde souterrain du technicien est aussi (en)chanté. Tel Alexandre le Bienheureux dans le film d’Yves Robert, il apparaît comme un flegmatique tireur de ficelles. Une allégorie de Dieu lui-même.
Et le paradis, alors ? (c’est aussi l’autre nom du poulailler).
On pourrait s’attendre à un final sur le gril au-dessus de la scène. C’est ailleurs qu’on connaîtra une extase glorieuse, quasi mystique. Un vrai moment de joie. Pour peu que le visiteur s’implique… Mais chut !
C’est sous un rideau de pluie fine que s’achèvera le retour au réel.
Peu importe, Fred Astaire et Ginger Rogers guident encore nos pas. Et puis les portes du paradis ne resteront pas closes longtemps. Skappa &Associés proposera bientôt au jeune public, à partir de trois ans, de répondre à la question: Comment prendre racine ? en compagnie d’un comédien seul en scène.
Quant à la troisième et dernière forme du cycle Paradis, elle mêlera trois adultes et deux enfants pour exaucer nos rêves de réconciliation humaniste. Au terme de résidences au Liban, en Égypte et en Chine, tel Candide, elle nous révélera comment cultiver ensemble notre jardin.

Stéphanie Ruffier

Tout public, à partir de 5 ans. Jusqu’au 10 octobre, Théâtre de la Criée de Marseille. T: 04-96-17-80-34

Intrigue et amour

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Intrigue et amour, de Friedrich Schiller, mise en scène d’Yves Beaunesne

 

C’est une bonne idée de monter aujourd’hui cette pièce qui révolutionna l’Allemagne, juste avant la Révolution Française de 1789, et ce spectacle avait été créé au Théâtre du Peuple de Bussang en juillet dernier.
Intrigue et amour oppose
violemment  un peuple intègre et soumis à des puissants corrompus et pervers, et de l’autre, une jeunesse intègre, exigeante, soumise elle à des parents dominateurs, pour le bien ou pour le mal.
 Il est évidemment tentant de voir dans le jeune Schiller (il a vingt-quatre ans, quand il écrit Kabale und Liebe) un prophète de la situation actuelle, avec ces «baby boomers» qui ne veulent rien lâcher, face à une jeunesse précarisée. Là s’arrête la comparaison, car les révoltes sont tout autres.
L
a pure et innocente Louise, fille d’un modeste musicien, tombe amoureuse de Ferdinand, et réciproquement. Tout irait bien, si celui-ci n’était le fils du Président von Walter, lui-même séide d’un Prince qu’on ne verra jamais. Leur mariage est donc hors de question.
 D’où le piège, l’intrigue où est enfermée Louise, le chantage exercé sur elle par l’intermédiaire de son père adoré, emprisonné pour crime de lèse-majesté, nous dirions maintenant pour délit d’opinion. Face à la perversité des dominants et d’un Iago germanique, et face aux contradictions d’une Milady moins méchante que celle d’ Alexandre Dumas mais très racinienne (plutôt tuer celui qu’on aime que de le laisser à une autre), l’amour ne pourra triompher que dans l’apothéose de la mort. Dans la tragédie, ce sont les pères qui tuent leurs enfants, plus ou moins indirectement…
Il y avait donc là de quoi faire. Malheureusement, Yves Beaunesne s’est trompé de chemin. Aujourd’hui nous ne marchons plus qu’à la dérision ! Et il a donc grossi le trait, appuyé la caricature, enfermé les comédiens dans une distance qui n’est plus de la distance, mais un geste de connivence.  Du genre : plus on appuie sur le rire, plus c’est gros, plus ça passe. Eh bien, non, cela ne passe pas..malgré quelques instants de bon rire de sympathie, avec la salutaire insolence du vieux musicien, par exemple.

Certes, Yves Beaunesne a le mérite de rendre lisible cette intrigue tordue (dont on vous fait grâce), malgré une scénographie volontairement brouillonne. Ces bouts de rideau qui pendent, ces échelles qu’on monte et qu’on descend arbitrairement, ces châssis qui tombent (sans danger) à côté des comédiens, ça nous raconte quoi ? Que le théâtre est mort ?
 Certes, Ferdinand (Thomas Condemine) a un bel instant politique quand son père lui reproche de souiller, par amour pour une petite-bourgeoise, l’épée qu’il a reçue du Prince : « Non pas du Prince, mais de l’État par sa main ». Il y a aussi de jolis et modestes moments de musique donnés en direct par les comédiens. Mais les éclaircies sont brèves. Intrigue et amour est une pièce satirique : on peut en juger par les noms donnés aux traîtres ou aux fantoches comme wurm  (ver) et kalb (veau), mais la satire demande la force de la conviction.
Un indice : souvent, on n‘entend pas les acteurs ; même la voix de Jean-Claude Drouot (le Président), qui pourtant joue au premier degré (il a raison !) pour pouvoir passer au second, se perd quelquefois dans l’indécision.

Voilà, c’est beaucoup de travail pour une occasion manquée.

 Christine Friedel

 Théâtre 71 à Malakoff. T: 01 55 48 91 00, jusqu’au 16 octobre.

 

 

Te haré invencible con mi derrota

Te haré invencible con mi derrota (« je te rendrai invincible avec ma défaite »), texte et mise en scène d’Angélica Liddell /Atra Bilis Teatro

 

« Pourquoi ? » Angélica Liddell, seule en scène, littéralement exsangue, somme Dieu de s’expliquer sur la présence du mal dans le monde. Maladie, souffrance, mort… pourquoi ? Initialement crée en 2009, ce solo rare (son sujet comme l’implication physique qu’il requiert, ne supportent guère la répétition), intériorise le défi que la philosophie pose légitimement à la théologie.
Incarné, hurlé, expulsé douloureusement du corps, il le rend spectaculaire. Car c’est bien dans la catégorie spectacle  que le festival Actoral classe cet étonnant objet scénique, théâtre-limite à la frontière du genre performatif et du réel.
Rendant hommage à la violoncelliste Jacqueline du Pré, décédée d’une sclérose en plaques à 42 ans, l’actrice madrilène part à la rencontre de celle qui semble une âme-sœur, avec po
liddell par susana paivaur  viatique : « Pourquoi moi, je suis toujours vivante, alors que Jacqueline, non. » Entre sculpture et broderie, elle élève une sépulture à la musicienne.
Mais là où la deploratio antique puise dans les mots sa force de suggestion, ici, c’est le corps de la performeuse qui sert de matériau. La chair se fait tombeau poétique.
Sur le plateau dénudé, un espace en triptyque. Au pied d’une chaise vide, une ligne centrale de cinq violoncelles est bordée, à jardin, par un avatar de paradis perdu, arbre-crème et pré carré de pains ronds, et à cour par un enfer où tout brûle ; arme à feu, chalumeau, micro-ondes.
« Pourquoi tant de douleurs, si Dieu ne donne pas aux humains la force de les supporter ? » La proposition radicale d’Angélica Liddell qui donne à voir la souffrance, nous invite pourtant à la supporter, dans les deux sens du terme, accepter et soutenir. Dans la grande tradition des mortifications méditerranéennes (on pense au catenacciu portant sa croix et ses chaînes sur son chemin de croix, ainsi qu’à cet autre rituel corse, le voceru, chant chargé de colère), le corps supplicié entre en lamentations. Aiguilles, rasoir, tessons de bouteille… Le public dit averti est pourtant mis à rude épreuve. Elle sollicite notre regard, ce qui fait redouter le pire, mais Angélica Liddell ne joue pas la surenchère.
Figure christique de plus en plus vacillante,  en robe blanche, elle déroule sa pelote avec méthode, poumons encombrés, démarche enivrée (elle vide une bouteille de whisky, dont une partie sur ses blessures).. Comme l’autrichien Hermann Nitsch qui pratiquait des rituels sanglants qualifiés de «prières sur le mode esthétique », elle semble prendre à la lettre la théorie aristotélicienne de la catharsis.
Ici aussi, la musique retentissante (le violoncelle de Jackie ) est une expérience existentielle pour rejoindre le primitif. Elle nourrit l’extase. Il s’agit finalement pour elle, de parvenir à éliminer la fascination morbide pour Jackie en même temps que la tentation du suicide.
Si cette exhibition de la douleur qui  puise dans des épreuves intimes, pourra toucher les âmes sensibles, elle ne fera guère frémir les admirateurs du marquis de Sade, ni les familiers de la performance artistique. On se souvient des dérapages semi-contrôlées du « trompe-la-mort » Chris Burden, des entailles que Gina Pane* s’infligeait. En utilisant déjà les symboles chrétiens du sang, du feu, du lait,  elle proposait une réflexion similaire sur l’effet purificateur de la douleur ritualisée. Marina Abramovic, bien sûr, fait aussi de son corps un matériau artistique de questionnement de la violence. Ici, les craintes et les fantasmes les plus cruels du spectateur-voyeur sont démentis par des formes d’agressivité de plus en plus symboliques.
La qualité paradoxale de la proposition d’Angélica Liddell tient à l’absence d’escalade dans la cruauté, quitte à perdre en rythme et en efficacité dramaturgique. Nous sommes dans une esthétique pointilliste, de l’ordre de l’acupuncture. La majeure partie du public est d’ailleurs située trop loin, et il faut l’artifice d’un mouchoir blanc pour qu’apparaisse le sang des stigmates. Une jauge plus réduite créerait sans doute plus d’intimité.
Mais est-ce nécessaire ? Nous sommes face à une représentation, une image. S’agit-il moins de compatir que de prendre de la distance ? Le dispositif, en particulier la somptueuse et très esthétisante mise en lumière, semble veiller à distinguer regardants et regardée. L’absence de salut final, pourtant, brouille les pistes. Et le spectateur  est comme invité  à aller voir une autre facette de l’artiste,après avoir  digéré ce geste ambigu et iconoclaste,.
L’ensemble adopte la lenteur, parfois complaisante, des étapes du deuil. Restent quelques belles images comme cette main qui fond sous la flamme du chalumeau, puissante évocation de la peau qui brûle sous l’effet de la sclérose en plaques, cette tunique de Nessus. Et cette femme-violoncelle tirant les fils de son angoisse…
Ce travail ravira donc ceux qui aiment l’univers de la créatrice d’Atra Bilis,  et qui veulent remonter à sa source. Mais il décevra les autres. Il porte en germe la tentation de l’autofiction, la genèse d’une recherche sur l’intimité sans filtre, une relation à la scène souvent primaire, teintée de sadomasochisme.  Le spectacle cherche sa formule. Si les créations suivantes (El Año de Ricardo, You are my destiny), ont su se dégager de cette gangue brute, créer une savante mise en fiction, Te haré invencible con mi derrota nous place au seuil d’une œuvre et d’une forme artistique, et distille le plaisir de la découverte d’une colère encore archaïque.

Stéphanie Ruffier

 

A Genève, du 19 au 23 janvier 2016.
* sur l’histoire de la performance: La Performance : du futurisme à nos jours, de Rose Lee Goldberg,Thames & Hudson, 1988.

Sérénades

Sérénades, théâtre musical, livret d’Arnaud Cathrine, avec la collaboration de Ninon Brétécher et Anna Mouglalis, musique de Vincent Artaud, mise en scène de Ninon Brétécher

 

IMG_3663Dans sa forme la plus ancienne qui survit aujourd’hui, la sérénade est une composition jouée sous les fenêtres d’une dame  pour l’honorer, la divertir et la séduire. Le spectacle confidentiel se donne en soirée, selon l’origine de son nom, avec la forme réduite d’un concert donné la nuit en extérieur. L’instrumentarium de la sérénade comprend des vents auxquels se joignent contrebasse et alto qui permettent de «peser » dans le jeu, surtout en plein air.
À travers le livret d’Arnaud Cathrine,  le compositeur et musicien Vincent Artaud joue de la basse électrique; ici, la situation classique est inversée puisque c’est la dame-objet de séduction, en général-qui s’oblige, en toute humilité et impudeur, à débiter ses Sérénades sous la fenêtre éclairée ou bien voilée, à un homme qu’elle dit avoir croisé dans l’escalier.
Pour Arnaud Cathrine, la forme musicale et poétique de la sérénade reste une déclaration d’amour : « l’un prend le risque de se déclarer à l’autre. S’en suit, dans le meilleur des cas, une histoire d’amour. » Ninon Brétécher saisit l’occasion d’une performance amoureuse pour accorder toute sa dimension morale et physique à la peine d’amour, la rupture de cœur, l’abandon sentimental et le chagrin, un instant existentiel qui détruit l’être.
En Colombie, l’éconduit(e) peut, après le temps du despecho (la maladie d’amour) reconquérir l’aimé(e) en recourant aux musiciens, aux paroles et chansons, à la mélodie, seuls capables de toucher les bourreaux de cœur indifférents. Comment séduire, exercer un charme ou un attrait puissant ?
Anna Mouglalis interprète le rôle prémédité d’une séductrice active et vindicative, incarne la femme rêvée, audacieuse et battante, d’où s’exhale un charme puissant, «une de ces créatures qui entraînent, qui enivrent, qui ensorcellent, et qui ne vous disent ni pourquoi, ni comment, écrivait Gobineau.
Au fond du plateau, un bel arbre de la création trône, les branches dessinées depuis le tronc, et porte les fleurs blanches et vives des arbres fruitiers au printemps.
Anna Mouglalis,  erre sur le plateau dans l’ombre des fumigènes, répète avec les mêmes pas arpentés une danse de quémandeuse obstinée, se jette à terre, bras en croix, façon Georges Bernanos. Comment attirer, captiver et fasciner l’être aimé qui refuse de se montrer à la fenêtre et que l’on geint en bas ?
Gaston Bachelard, dans L’Eau et les Rêves, disait «Le visage humain est avant tout l’instrument qui sert à séduire. En se mirant, l’homme prépare, aiguise, fourbit ce visage, ce regard, tous les outils de la séduction. » L’actrice déclame et lance sa sérénade au micro H F, égrainant reproches et supplications d’amoureuse ardente. Avec une voix posée, profonde et gouailleuse, elle assure le goujat qu’elle ne se donnera pas la mort, éloignée du dépit et des images à la Roméo et Juliette.
Anne Mouglalis scrute excessivement la même fenêtre éclairée dans les hauteurs, soumettant ses beaux yeux bleus, à une douche lumineuse cruelle. Tendue, elle ne se risque pas à jeter le moindre coup d’œil alentour ni à voyager d’un regard libre dans l’espace scénique. Elle ne retrouvera son naturel qu’au moment des saluts, et on respire avec elle…

 Véronique Hotte

 Le Monfort Théâtre, du 6 au 10 octobre.

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