La salle Gémier à Chaillot-Théâtre National de la danse enfin rénovée

 

La salle Firmin Gémier du Théâtre National de Chaillot enfin reconstruite

 IMG_871Quatre ans de travaux, auxquels plus grand monde n’avait d’abord cru à cause des problèmes architecturaux que cela supposait, mais bon, voilà c’est fait, et Paris peut compter sur une salle à la fois fonctionnelle et chaleureuse qui fait oublier l’ancienne dont avait rêvée Jean Vilar, et que son successeur Georges Wilson avait réalisé en 1967, à la place d’une  caféteria  d’origine donnant sur l’actuel palier où est installé le contrôle.

Concue par Jean de Mailly et Jacques Lemarchand, scénographe, et baptisée du nom de Firmin Gémier, fondateur du Théâtre National Populaire, cette salle-c’est le moins qu’on puisse dire-n’était pas un chef-d’œuvre : piliers de béton d’origine encombrant le fond de scène, peu de dégagements sur le plateau, manque de visibilité sur les côtés au parterre, et au balcon après le premier rang, bruits fréquents de patins à roulettes sur la dalle au-dessus jusqu’à une date récente, fuites d’eau dans les loges en cas d’orage, accès mal commode par les escaliers extérieurs de l’esplanade, jusqu’à ce que Jérôme Savary obtienne du Ministère la création d’un couloir la reliant directement au théâtre, obligation de démonter les sièges du centre quand on voulait faire passer des décors volumineux…

Bref, rien n’était dans l’axe pour le public, les techniciens et les artistes; cela dit, pendant presque cinquante ans, elle aura vu fleurir bien des mises en scène de compagnies théâtrales-et non des moindres-comme celles entre autres, de Stuart Seide, Claude Régy, Roland Topor, et le Magic Circus de Jérôme Savary avant qu’il ne devienne le directeur de Chaillot.

 Après le creusement d’un puits depuis le haut de la dalle, c’est une salle conçue avec beaucoup d’intelligence par l’architecte Vincent Brossy, modulable confortable et reliée au Grand Foyer du Théâtre par un bel escalier. Avec un vaste plateau de 180 m2, un gradinage rétractable de 390 places, un équipement technique de pointe, et un accès décors par  l’avenue du Président Wilson dont la salle Jean Vilar bénéficiera aussi, la salle Firmin Gémier s’avèrera vite indispensable. La création d’un silo technique de 750 m2, contigu à la nouvelle salle, aura un fonctionnement autonome avec des espaces de réserves pour les services techniques. la salle Jean Vilar

Le public pourra aussi accéder aux jardins du Trocadéro par les portes d’entrée d’autrefois, et voir les fresques de peintres célèbres comme Bonnard, Vuillard, Brianchon ; de qualité très inégale, elles témoignent cependant de la peinture française entre les deux guerres. On retrouvera aussi une fresque d’Othon Friez et L’Âme et la Danse, une sculpture d’Armel Beaufils pour laquelle deux danseuses des Ballets russes avaient servi de modèle. En plâtre d’environ trois mètres de haut, elle avait été conçue en 1937 pour Chaillot, puis déposée en 1964 lors de la création d’un bar, et installée un temps, salle Pleyel…

 Ces travaux sont la première tranche d’un schéma directeur de rénovation du théâtre avec notamment l’ouverture d’un restaurant et d’une librairie permanents mais aussi la création d’un gradinage en béton avec en dessous la création d’une salle de répétition aux dimensions du plateau de la grande salle Jean Vilar.

Il y  aura aussi des répétitions ouvertes, bals participatifs, et visites décalées du théâtre. Le public pourra ainsi découvrir la salle dans différentes configurations : répétitions ouvertes, improvisations collectives animées par un panel de jeunes chorégraphes, et bals participatifs animés par Blanca Li.
Les artistes Brigitte Seth et Roser Montlló Guberna feront découvrir ces espaces lors de visites guidées. Et Anne Nguyen, chorégraphe associée à Chaillot, y créera Kata, une pièce de hip hop pour huit interprètes du 11 au 20 octobre.

 Philippe du Vignal

Théâtre National de Chaillot, 1 place du Trocadéro (XVIème). T. : 01 53 65 30 00.

Visites, répétitions et jam sessions : accès libre sur réservation.  Bals : tarif plein 10 €, tarif réduit 8 €, jeudi 14 septembre: 18h et 19h45 visites guidées décalées, 21h bal; vendredi 15 septembre: 21h bal; samedi 16 septembre 11h à 18h visites guidées décalées, répétitions publiques, jam session 21h bal; dimanche 17 septembre, 11h à 18h visites guidées décalées répétitions publiques jam session.


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Extra: La littérature hors du livre au Centre GeorgesPompidou

 

Festival Extra:  La littérature hors du livre au Centre GeorgesPompidou

2017 09 06∏HervÇ Veronese Centre Pompidou-1148Une nouveau festival littéraire est né, lancé par le Centre Georges Pompidou qui « veut être un lieu qui accueille la littérature et au croisement des arts,  a dit son président, Serge Lasvignes». Cette initiative se double de la remise du prix Bernard Heidsieck qui va couronner des auteurs pour « une création littéraire récente, conçue en dehors du livre ». La littérature prend aujourd’hui de nombreuses formes: poésie sonore, performances, conférences « performées », lectures, films-poèmes, créations numériques…

Le sous-sol du Centre Georges Pompidou, aménagé en  salon littéraire aux sièges multicolores, accueille cette manifestation polymorphe, alliant performances en tous genres et causeries radiophoniques en public, relayées par Radio Brouhaha. Un programme imaginé avec la webradio r22 Tout-monde r22 (https://r22.fr/) diffusera trois émissions en direct depuis le Festival Extra, et les archivera pour rediffusion.
Cette « webradio » collaborative, lancée en juin 2014 par Khiasma, plateforme culturelle basée aux Lilas, s’est dotée d’un dispositif portatif d’enregistrement et  diffusion tenant dans une valise. Ainsi les jeunes techniciens peuvent aisément capter documents sonores, lectures, performances, dans les festivals de littérature.

La première émission s’intitule La littérature hors livre : une nouvelle vie littéraire. «Il reste a écrire une autre histoire de la poésie en dehors du livre, explique Alain Vaillant à l’antenne. Historien de la littérature, il plaide pour une histoire de la communication littéraire, comme chantier à ouvrir englobant l’ensemble des formes littéraires et de leurs circuits de diffusion. Selon lui, l’émergence du roman a, au XIXème siècle, marginalisé la poésie qui a trouvé un élan en se délivrant du livre. De Victor Hugo à Mallarmé,  l’oralisation s’affranchit de la page, et renouvelle les esthétiques.
 
Chloé Maillet et Louise Hervé lui emboîtent le pas avec leur Histoire fantasmée de la performance, petit spectacle malicieux où elles tracent une sorte d’archéologie de ces formes hors livre, notamment dans l’espace public. De la mise en œuvre des préceptes de Jean-Jacques Rousseau, aux exhibitions populaires menées par Prosper Enfantin, apôtre de Saint-Simon, en passant par les fêtes de la Révolution en 1790. Ces performeuses historiennes ont puisé dans de nombreuses archives, dont les objets insolites des Saint- Simoniens conservées à la bibliothèque de l’Arsenal à Paris.

 Photo bismuth Credit : agence DRC

Photo bismuth Credit : agence DRC

Pendant ce tour d’horizon riche d’enseignements et d’anecdotes, l’écrivain et plasticien Julien Bismuth nous invite à une performance d’écriture. Assis face à nous, ordinateur ouvert, il enchaîne les phrases d’un texte projeté, pendant vingt-cinq minutes.  « Ces textes improvisés, je les perçois comme une sorte de correspondance, dit-il. Une lettre que l’on écrirait d’un trait sans la revoir, la refaire ou la réécrire. Une lettre écrite dans une sorte d’urgence, celle de répondre à une attente(…) »
«  La question, nous dit Julien Bismuth, est ce qu’on fait en sortant du cadre du livre, comment ouvrir un champ potentiel d’œuvres, plutôt que de retomber dans la problématique de l’avant-garde.» Formé à Los-Angeles, à l’américaine, c’est-à-dire à la fois en littérature et en arts plastiques, il joue sur les deux tableaux. Influencé par des artistes comme Paul McCarthy qui fut son professeur, il travaille entre New York et Paris; il alterne œuvres plastiques souvent minimalistes,  et performances où dialoguent texte, image et objet.

Dans L comme litote, par exemple, quatre actrices récitent le même monologue de six manières différentes. L’artiste teste aussi les limites du langage, en faisant dire par un ventriloque In dieser grossen Zeit, un article de Karl Krauss où il explique pourquoi, face au bruit et la fureur de la guerre, et à la cacophonie du monde, l’écrivain ne peut que se taire… La performance d’écriture en public, que mène Julien Bismuth depuis deux ans donnera peut-être lieu à un projet plus vaste…

Le prix Bernard Heidsieck
Les aficionados de la poésie sonore connaissent les «poèmes-partitions», de Bernard Heidsieck (1928-2014) et son œuvre plastique, dont ses planches d’ « écritures-collages », et ses abécédaires réalisés avec du matériau « sonore ». Pourtant, il reste peu connu du grand public. Constatant, dès la parution de son recueil Sitôt dit, (1955) l’état moribond de la poésie, cantonnée selon lui à l’espace blanc de la page, Bernard Heidsieck entreprit de sortir le poème de la page imprimée et fonda en 1959, avec François Dufrêne, Gil J. Wolman et Henri Chopin le mouvement de la poésie sonore » puis la « poésie action » en 1962. « Ce que je cherche toujours, dit-il, c’est d’offrir la possibilité à l’auditeur/spectateur de trouver un point de focalisation et de fixation visuelle. (…) je propose toujours un minimum d’action pour que le texte se présente comme une chose vivante et immédiate, et prenne une texture quasiment physique. Il ne s’agit donc pas de lecture à proprement parler, mais de donner à voir le texte entendu. »

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Photo agence DRC : au centre Jean-Jacques Lebel à côté de la lauréate Caroline Bergvall

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 Proche des courants Beat, Fluxus et des minimalistes américains, il utilise, dès 1959, le magnétophone comme moyen d’écriture, s’ouvrant à des champs nouveaux. Un modèle suivi par des générations de poètes. Une partie des œuvres est archivée à la bibliothèque Kadinski du Centre Georges Pompidou.

Jean-Jacques Lebel, président du jury, proclame les résultats tout en rappelant que le Centre Georges Pompidou a souvent mis en valeur la poésie orale, comme lors du festival Polyphonix et qu’ici-même, Bernard Heidsieck reçut de Jack Lang en 1991, le grand prix national de la poésie… le prix Bernard Heidsieck revient cette année à Caroline Bergvall pour ses performances sonores. Ecrivaine et artiste franco-norvégienne, vivant en Angleterre et formée aux Etats-Unis, elle se trouve à la croisée de trois langues. Elle définit son  « champ de travail comme la translation d’une identité à une autre, dans la rupture et le meurtre linguistiques. » Eprouvant, comme bien des exilés, ce que parler couramment veut dire : « Des voix distantes et rapatriées, c’est cela mon travail. »

Dans la foulée, John Giorno, né en 1936, figure majeure de la beat génération reçoit le prix d’honneur pour l’ensemble de son œuvre. Avec ses «poem paintings» il a fait sortir la poésie dans les rues et les galeries d’art de New York et créé Dial-a-poem, un standard téléphonique diffusant des poèmes enregistrés. Lamberto Pignotti, né en 1926, pionnier dès les années quarante, des poésies sonores et visuelles,  et des performances faisant appel à tous les sens, se voit, lui, attribuer la mention spéciale de la Fondazione Bonotto…

De nombreux événements sont programmés au cours de cette quinzaine littéraire, une poésie à prendre comme elle vient, dans tous ses états: à deviner sur le bout des lèvres, jouée par des acteurs, ou accompagnée par des peintures improvisées ou des images projetées… Laurent Poitrenaux fera ainsi entendre les textes-partitions de Bernard Heidsieck, et Jean-Yves Jouannais proposera un chapitre de son Encyclopédie des guerres, entreprise depuis 2008.

Mireille Davidovici

Forum -1 Centre Georges Pompidou, Paris IV ème T. :01 44 78 12 33 jusqu’au 16 décembre. (Entrée libre);

Prochaines émissions de Radio Brouhaha: La littérature hors livre : sur scène, au salon ou à l’écran avec Roger Chartier, François Bon, Elitza Gueorguieva, Emmanuelle Pireyre, David Desrimais ; La littérature hors livre : périphérique ou centrale ? avec Claire Finch, Olivier Marboeuf, directeur de l’espace Khiasma, collectif chôSe, Antoine Pietrobelli, Elom 20ce.
webradio r22 Tout-monde : r22 https://r22.fr

Sévigné épistolière du Grand Siècle

Sévigné épistolière du Grand Siècle, au château de Grignan, commissaire de l’exposition : Chrystelle Burgard, scénographie de Jérôme Dumoux

 

"La marquise de Sévigné" de Claude Lefèbvre, tableau prêté par le musée parisien Carnavalet au château de Grignan.

« La marquise de Sévigné » de Claude Lefèbvre, tableau prêté par le musée parisien Carnavalet au château de Grignan.

Visiterions-nous ce château, y verrions-nous du théâtre, l’été, si la marquise de Sévigné n’y avait séjourné  et si la collégiale Saint-Sauveur, adjacente, n’y accueillit sa sépulture, en 1696, à son décès survenu lors de son quatrième voyage? Pourtant la demeure est indissociable de la fameuse épistolière depuis qu’elle connut, sans la chercher, une gloire posthume. On la célèbre ici tous les ans avec un festival de la Correspondance.

Comment le mythe sévignéen  s’est-il forgé? Quel rapport entre la mondaine parisienne et la demeure de son gendre, le comte François de Castellane-Adhémar de Monteil de Grignan (famille qui donna son nom à la ville de Montélimar) ? Elle y a pourtant passé peu de temps mais c’est là qu’ont été expédiées la plupart des 674 lettres à sa «bien-aimée» fille, qui suivit son mari en Provence, en 1671.

 L’exposition Sévigné épistolière du Grand Siècle retrace un parcours chronologique de la vie de la Marquise, via les demeures qu’elle a habitées -notamment à  Paris, et en Bretagne-, ses voyages, sa famille et ses fréquentations. Parcours illustré par de nombreux documents, et ponctué par des citations et des lettres dont les étapes se retrouvent dans un catalogue exhaustif, réalisé par des spécialistes.

 La Provence qu’elle considère d’abord comme un lieu inquiétant qui lui a «volé» sa fille, deviendra, au fil de ses quelques séjours, un endroit familier où elle a ses appartements et surtout,  à raison de deux ou trois lettres par semaine, l’occasion d’ «une conversation en absence» portant sur l’histoire familiale et les événements de son temps. Une mine pour les historiens, un plaisir pour les lecteurs.

 La scénographie met en scène une abondance d’éléments, en les superposant, selon la mode du XVII ème siècle : portraits de familles, gravures, miroirs,  mais aussi objets de la vie quotidienne au château comme vaisselle, chaussures, meubles… Parmi eux, une petite pharmacie de secours ou des instruments de chirurgie.

Cette accumulation nous restitue une époque mais il serait vain de vouloir tout explorer en une seule visite. A chacun de faire son choix. De nombreuses gravures montrent le château à diverses époques, depuis sa fondation au Moyen-Âge, jusqu’au au temps de sa magnificence : « une belle vue… un bel air » ou même « une ville », une « république », selon la marquise. Puis en ruines après la Révolution, avant sa restauration au début du XXème siècle.

On apprend que Grignan devint un lieu de pèlerinage romantique, dès les années 1770, d’abord pour les Anglais. Un touriste suisse témoigne, en 1787 : « Tous ceux qui ne sont pas étrangers à la littérature Françoise, doivent connaître le château de Grignan par les lettres de Madame de Sévigné […] La bise souffle là avec une telle violence qu’elle enlève le gravier de la terrasse et le lance jusqu’au second étage avec assez de violence pour casser le vitres. On comprend donc que Madame de Sévigné pouvait plaindre se fille d’être exposée aux bises de Grignan.»

 L’exposition s’ouvre sur un majestueux portrait de 1665, signé Claude Lefèvre. Bien en chair, sobrement vêtue, l’œil malicieux, Marie, née Rabutin-Chantal, a la trentaine épanouie. Veuve depuis 1651, elle peut donc vivre librement, voyager à loisir, et fréquenter artistes et milieux littéraires, comme Madame de Lafayette et Mademoiselle de Scudéry dont on voit la Carte du Tendre.

La visite se clôt sur l’épopée que fut la diffusion posthume de sa correspondance grâce à son cousin Roger de Bussy-Rabutin et  à sa petite-fille Pauline de Simiane qui censura certaines missives.

 Si Lorenzzacio, qui se joue dans la cour du château (voir Le Théâtre du Blog) vous mène jusqu’à Grignan, ne manquez pas cette exposition : elle  nous plonge en images au cœur d’une époque, d’une région, et dans  la vie intime et littéraire d’une femme qui, sans le chercher, passa à la postérité, et fit de ce petit bourg drômois un lieu de pèlerinage et de mémoire.

 Mireille Davidovici

 Château de Grignan, (Drôme) tous les jours jusqu’au 22 octobre. T.04 75 91 83 50

 Le catalogue est publié aux Éditions Libel à Lyon

Petite sélection pour le festival off d’Avignon

Petite sélection pour le festival off d’Avignon

 

indexDe nombreux lecteurs nous demandent ce qu’il faut voir dans ce festival parallèle au in, qui, depuis quelques années, a grimpé en flèche et accueille des spectacles, plus ou moins importants en nombre d’acteurs, mais souvent d’un très bon niveau. Des régions comme,entre autres, les extra-marines à la Chapelle du Verbe Incarné, ou des pays comme la Belgique au Théâtre des Doms. Elle ont maintenant leur site à Avignon, comme entre autres, la Caserne des Pompiers, qu’investit la région Champagne-Ardennes depuis presque vingt ans  qui loue aussi  sept autres lieux pour accueillir les compagnies qu’elles subventionnent… Le off, avec un épais catalogue remarquablement précis, est devenue une grosse machine… qui fait aussi le bonheur financier de nombreux propriétaires de petites salles…

Des théâtres privés se sont aussi offert une sorte de succursale d’été comme le Théâtre de Belleville au Gilgamesh en plein centre d’Avignon. Et un Théâtre comme le Golovine fonctionne maintenant toute l’année. Bref, le paysage du off a beaucoup changé depuis vingt ans, et n’a plus rien à voir avec celui des années 70, où il y avait seulement quelques spectacles, notamment au Théâtre du Chêne noir dirigé déjà par Gérard Gelas ou celui de la place des Carmes avec à sa tête, le bon poète qu’était André Benedetto.

Et il y a aura, cette année comme les précédentes, plus de 1.300  spectacles! (avec beaucoup de solos et de duos) de théâtre, marionnettes mais aussi de danse, magie, cirque, etc. Ce que l’on pourrait appeler le in du off, attire donc à de prix très abordables dans des théâtres bien équipés et climatisés, un très grand nombre de spectateurs, souvent assez jeunes, et loin de tout élitisme, ce que n’a pas toujours réussi à faire le in où les places restent d’un prix élevé… comme l’âge du public.

Voici donc des spectacles du off que les neuf critiques du Théâtre du blog qui assureront une permanence au Festival du début jusqu’à la fin, peuvent vous recommander (voir Le Théâtre du Blog ) mais nous publierons  aussi chaque jour, dans cette même rubrique, à mesure que nous les verrons, une sélection du off, de façon à ce que vous n’attendiez pas que l’article sorte.

 

 -Histoire d’une femme de Pierre Notte avec Muriel Gaudin, au Théâtre des Trois Soleils.

-Maintenant que je sais, texte et mise en scène d’Olivier Letellier, à la Maison du Théâtre pour enfants.

-Flammes, texte et mise en scène d’Ahmed Madani, au Théâtre des Halles.

-La Vie trépidante de Laura Wilson de Jean-Marie Piemme, mise en scène de Jean Boillot au 11 Belleville, Gilgamesh Théâtre.

 -Oncle Vania d’Anton Tchekhov, mise en scène de Philippe Nicaud, au Théâtre de Corps-Saints.

-Le Roman  de Monsieur Molière  d’après Mikaïl Boulgakov, Molière et Lully, mise en scène de Ronan Rivière, Petit Louvre.

-La Baie des Anges de Serge Valetti, au 11 Belleville, Gilgamesh Théâtre.

-Micro-crédit, texte et mise en scène de Pauline Jambet, Arthéphile rue du Bourg-Neuf.

-Séisme de Duncan Macmillan, mise en scène d’Arnaud Anckaert, Arthéphile, rue du Bourg-Neuf.

-Candide. Qu’allons-nous devenir par le Théâtre à Cru. La Manufacture 2a rue des Ecoles. -De si tendres Liens, de Loleh Bellon, mise en scène Laurence Renn-Penel, Petit Louvre.

-Une aventure théâtrale, trente ans de décentralisation, un film documentaire de Daniel Cling. Cinéma Utopia, Avignon ATTENTION : seulement le mardi 18 juillet à 11h.

-Le voyage de Dranreb Cholb, texte et mise en scène de Bernard Bloch, Théâtre du Cabestan, 04 94 86 11 74.

-Néant, une performance-solo de Dave Saint-Pierre, Théâtre de l’Oulle 19 place Crillon, Avignon.

-Plus léger que l’air de Frederico Jeammaire, Le Petit Louvre, 23 rue Saint-Agricol, Avignon.

-Le Cercle des Utopistes anonymes d’Eugène Durif, mise en scène de Jean-Louis Hourdin, Maison de la Poésie

 

Philippe du Vignal et l’équipe du Théâtre du Blog

 

 

Le Cœur, installation de Christian Boltanski

Le Cœur, installation de Christian Boltanski

xz1p05lhbqaw1dkiwdh1 Chaque année, la péniche la Pop arrimée Quai de la Loire propose de découvrir  une œuvre d’art “dont le son est l’un des éléments constitutifs, voire l’enjeu central de sa conception”. Comme l’an passé, avec Kollaps de Claude Lévèque, une installation créée en 99 au Consortium à Dijon. Soit une plongée dans le noir absolu avec ce que cela peut comporter de perturbation des sens: sur un sol en mousse qui déséquilibrait la marche, on devait aussi se soumettre à la présence des autres, puis à un vent violent, et enfin subir le bruit assourdissant de trois hélicoptères au décollage!

L’installation de Christian Boltanski se voit aussi dans le noir absolu. On connaît ses obsessions de cet artiste, considéré actuellement comme l’un des plus importants d’Europe, et qui avait été invité à investir le pavillon français à la Biennale de Venise 2011. La mémoire, l’enfance et surtout la mort, l’attente de la mort: celle des autres et la sienne… Des thèmes essentiels dans son œuvre qu’il a traités au moyen de la photo, du cinéma et de la vidéo.

Nous nous souvenons encore avec émotion des Objets de la vieille dame exposés sous vitrine vers 1975 et qui avait fait s’évanouir une de nos étudiantes! Ses œuvres récentes participent aussi de cette même obsession assumée de la mort comme  Les Archives des cœurs  dans l’île de Teshima au Japon, ou La vie de C.B ou Le Pacte avec le diable de Tansmanie, Australie. Commencée en 2010, et dont le point final sera la disparition de son auteur, sa vie est filmée en continu par quatre caméras dans son atelier à Malakoff. Les images de ces vidéos sont ensuite retransmises dans une caverne en Tasmanie et stockées sur DVD.

Mais David Walsh, un milliardaire qui a gagné une immense fortune au jeu et acheteur de cette œuvre-performance, n’a pas le droit d’en faire quoi que ce soit, du vivant de Christian Boltanski qui a choisi en effet de lui vendre en viager sur huit ans. La forme de ce contrat étant du jamais vu dans le monde artistique,  mais aussi  sa durée  dans le monde de l’immobilier!  « Si je meurs dans trois ans, dit-il, il est gagnant. Si je meurs dans dix ans, il est perdant. Il m’a assuré que je mourrai avant huit ans, puisqu’il ne perd jamais. Il a peut-être raison. Je m’occupe peu de ma santé. En tout cas, je vais essayer de survivre. On peut toujours se battre avec le diable ».

Pour le moment, ce diable australien (55 ans) verse donc à l’artiste, le viager prévu. Et le MONA, son musée souterrain en Tansmanie attire toujours de nombreux visiteurs, avec une importante   et reconnue collection d’œuvres d’art contemporain, comme entre autres le fameux Cloaca de Wim Delvoye, cette machine à fabriquer scientifiquement de la merde à partir d’aliments qu’on lui injecte.  Il y a aussi, Pulse Room de Rafael Lozano-Hemmer qui, curieusement, rappelle cette installation de Christian Boltanski, avec des pulsations cardiaques matérialisées par une ampoule clignotante parmi d’autres. Et Monanisme, un expo permanente consacrée au sexe et à la mort.

 Quant au diable français (72 ans), il se porte toujours bien, et dans un an, si on sait compter, il aura gagné ce pari. Lequel, sur le plan financier? On ne sait pas trop, mais qu’importe… En tout cas, cette installation fascinante, déjà un peu ancienne et prêtée par son propriétaire, est d’une rigueur et d’un minimalisme tout à fait remarquables…

Une fois que l’on a  descendu quelques marches dans cette péniche-ancien pétrolier, on entre sur la gauche et aussitôt, on est plongé dans un univers absolument noir, où  on découvre ensuite de nombreux petits miroirs rectangulaires accrochés au murs. Et, au plafond, une ampoule à incandescence, héritière très contemporaine de celle qu’en 1879, Thomas Edison mit au point après des milliers d’essais! Elle nous éclaire un peu autant qu’elle éblouit à chaque pulsion et au un rythme très invasif, presque insupportable, du bruit très amplifié, très prégnant des battements du cœur de Christian Boltanski.

Dans ce noir absolu, ce bruit que fait ce muscle essentiel à notre fonctionnement exprime la vie, et le  message visuel lancé par ces éclairs blancs de lumière répétitive, signifie l’angoisse liée à toute existence humaine. A mi-chemin entre les arts plastiques et la scène… Le personnage e Thomas Edison avait déjà fasciné Bob Wilson  et il en avait fait un spectacle!  Cela rappelle aussi que l’œuvre de Christian Boltanski a souvent eu à voir avec le théâtre, notamment au plan scénographique cimme cette très belle Installation de vieux vêtements au Grand-Palais à Paris et il avait aussi exposé autrefois une série des marionnettes au Théâtre du Ranelagh.

Allez voir/écouter cette magnifique installation, (entrée gratuite) mais attention: n’y emmenez pas votre vieille cousine: effet angoissant garanti, et claustrophobes s’abstenir.

Philippe du Vignal

La Péniche Pop, face au 32-34 quai de la Loire, Paris XIXème. Métro Jaurès. T : 01 53 35 07 77, du mercredi au dimanche de 13h à 19h, jusqu’au 30 juin.

 

 

 

Livres et revues

Livres et revues:

Les Théâtres francophones du Pacifique Sud d’Alvina Ruprecht

IMG_0671Notre correspondante à Ottawa Alvina Ruprecht, critique et professeure émérite de l’Université Carleton, rattachée au département d’Études théâtrales de l’Université d’Ottawa. Et spécialiste des théâtres de la Caraïbe, de l’océan Indien et du Pacifique Sud. Elle qui connait bien le théâtre anglophone de son pays mais est aussi une spécialiste du théâtre dans les Caraïbes, de l’Océan indien et du pacifique Sud; elle connait bien le paysage politico-culturel de ces territoires d’Outre-mer où on l’oublie trop souvent on parle, on écrit aussi en français des pièces, que ce soit en Polynésie ou en Nouvelle-Calédonie… Que nous critiques,  connaissons très mal, uniquement, quand les compagnies peuvent venir au festival d’Avignon, à la Chapelle du Verbe Incarné.

Dans une excellente introduction, Alvina Ruprecht, analyse ce que peut recouvrer le mot théâtre, puisque comme elle le rappelle justement par exemple, il n’existe pas dans les langues kanak… Dans ces conditions, comment ce concept occidental peut-il garder une véritable signification, se demande-t-elle avec raison? Mais très lucidement, elle rapproche ce « théâtre », proche de pratique rituelles de la notion de performance devenue courante depuis une trentaine d’années en arts plastiques…  L’auteure rapproche dans une intéressante réflexion anthropologique, ces pratiques du spectacle, de celles des troupes marginales à l’époque aux Etats-Unis mais cultes en Europe, que furent le Théâtre environnemental de Richard Schehner, le Living Theatre de Judith Malina récemment décédée et Julian Beck (voir Le Théâtre du Blog), ou en Pologne, le Théâtre Laboratoire de Jerzy Grotowski, et celui d’Eugenio Barba. Tous empruntèrent nombre de leurs pratiques à des rituels indiens, africains, vaudous, etc. Ce qui nous oblige à avoir une approche plus fine des spectacles créés si loin de la métropole et le plus souvent ignorés d’elle

Plusieurs institutions jouent donc un rôle fondamental dans la création et la recherche  comme le Théâtre de l’Île, le Centre d’Art, le Centre Goa Ma Bwarhat à Hienghène, le Centre culturel Jean-Marie Tjibaou à Nouméa, ou La Maison de la Culture, et le Conservatoire artistique de la Polynésie française à Papeete. Donc le plus souvent, au croisement de pratiques rituelles ancestrales, très ancrées dans ces territoires, et du spectacle contemporain européen, et au croisement du français, langue véhiculaire  de la population d’origine  métropolitaine mais aussi administrative et d’autres langues comme le tahitien ou des vingt-huit autres qui sont celle de l’archipel mélanésien…

Alvina Ruprecht rappelle l’incroyable influence négative des missionnaires catholiques qui ont patiemment détruit tout un patrimoine culturel local, d’où une grande difficulté pour réactiver ensuite la mémoire collective kanak et donc la création. Bref, nos actes nous suivent… Elle présente ensuite Kanaké, un jeu scénique conçu par le grand chef dramaturge kanak que fut Jean-Marie Tjibaou, mis en forme scénique par Georges Dobbelaere, scénariste et metteur en scène belge, qui fut, nous dit-elle, d’une grande  importance sur l’évolution de la culture kanak et qui a inauguré des rapports entre une forme hybride de théâtre et les  théories de Richard Schechner et d’Eugenio Barba. Comme pour Jean-Marie Tjibaou, le théâtre selon eux, pouvaient transformer la culture d’un pays.

 Suivent dix-neuf entretiens,de qualité inégale mais pour  la plupart très intéressants qu’elle réalisa avec avec des femmes et hommes de théâtre  en Nouvelle-Calédonie et Polynésie française. Comme entre autres Dominique Clément-Larosière, directeur du théâtre de l’Ile à Nouville, une petite île où se trouvait le bagne de Nouvelle-Calédonie.  Avec un éclairage particulier sur les habitudes d’un public souvent plus concerné par le théâtre de boulevard de la métropole, alors qu’existent des auteurs kanak reconnus comme Pierre Gope. Le destin commun entre kanaks, kaldoches et européens étant décidément bien compliqué , en particulier quand il faut emmener en tournée les spectacles quand il n’y  a pas ou très peu des structures pour les accueillir…

Il y a aussi un bel entretien avec Emmanuel Kasarhérou, directeur du Centre culturel Jean-Marie Tjibaou à Nouméa qui depuis trois ans est directeur du Département du patrimoine et des collections du Musée du quai Branly. sur le théâtre en Nouvelle Calédonie, et aussi un entretien avec Tumata Robinson, directrice et chorégraphe à Tahiti.
En quelque trois cent vingt pages, le livre offre un très bon éclairage sur  un paysage du théâtre francophone à des milliers de kms  de l’hexagone…

Philippe du Vignal

Collection Lettres du Sud, dirigée par Henry  Tourneux, Editions Karthala, 26€.

Parages n°2, revue du Théâtre National de Strasbourg,

 Cette revue de création et de réflexion présente son deuxième numéro  réaffirme un désir d’être ensemble, à travers la rencontre et le partage. Priorité est donc donnée à la pluralité, au « singulier pluriel », et Stanislas Nordey, le directeur du T.N.S.,  metteur en scène et acteur, ouvre l’espace de la revue aux singularités et autres rôdeurs. Avec, pour maître de cérémonie, Frédéric Vossier, chef d’orchestre qui agence les différents textes.

 Avec un humour grinçant, Christophe Fiat évoque en un poétique défilé de mots et d’expressions, un autre défilé, celui des femmes se déhanchant sur les estrades de tous les pays, depuis l’invention historique du bikini français… en 1946. A partir «du nom de l’atoll situé en plein Pacifique dans les Îles Marshall situées où les Etats-Unis viennent de tester la bombe H… », jusqu’au concours Miss Monde, à côté de Mister Univers, quand James Bond/Sean Connery s’amuse avec des starlettes, bombes sexuelles en bikini, en quête de coquillages sur la plage. Avec, chemin faisant, en 2011, la catastrophe japonaise de Fukushima. Décidément, le monde n’est plus si sexy. Mais plutôt absurde  avec la rencontre d’une Miss monde musulmane à Jakarta disant: «C’est toujours bien d’approfondir sa foi en cette occasion, même s’il est surtout question de promotions, de médias et d’avoir l’air jolie. »

 Claudine Galea, elle, se penche sur  l’expérience d’une lycéenne qui assiste à une séance de cinéma dans la salle polyvalente de l’établissement. Elle se souvient des sièges de velours rouge qui se rabattent, comme au cinéma. Là, elle a vécu quelque chose, «un truc», et, dans sa mémoire, l’image d’un garçon et d’une fille : «Ce n’est plus moi, maintenant. Le garçon, je l’ai oublié, il m’a oubliée. Dans la rue, on ne se reconnaîtrait pas. Le temps a passé. Tout le monde a oublié. Cela s’est perdu. Dès qu’on a allumé la salle, dès qu’on l’a quittée, ça s’est perdu. Mais les mots continuent à faire exister les choses. Les mots viennent du noir. Tout est là dans le noir… » Claudine Galea, de son côté, invite Jean-René Lemoine à traverser Parages : elle aime, comme lui, que remontent à travers les mots patients, les « trous d’enfance ».

Et Alexandra Badea et Anne Théron correspondent dans un échange affectueux : «Aimer, c’est politique… », écrit Alexandra à Bucarest, et Anne lui répond depuis Paris : «Oui, aimer, c’est politique… L’autre est un accroissement d’être. L’autre nous invite à dépasser notre finitude pour concevoir avec lui des espaces qui échappent à notre singularité… L’amour est la force qui permet de construire, se construire. » Et même si Anne Théron dit ne pas aimer le monde, elle a décidé de ne plus pleurer pour écrire un autre monde.

Suit une correspondance amoureuse inventée entre Eric Noël et Christophe Pellet que l’affinité de tristesses communes bouleverse: «J’ai si souvent, Victor, cru choisir la liberté. Alors que c’est l’amour, toujours, qui a décidé pour moi. T’abandonner, oui, il y a quatre ans, séduit et effrayé… Et t’écrire aujourd’hui, geste entièrement libre, pétri d’amour, sache-le. D’amour impossible, de par la distance, de par le temps, de par mes dépendances… » L’amant disparu revient pourtant, et traverse l’océan pour retrouver les mots et les frissons de l’autre, consubstantiels à son existence à lui. Qu’en adviendra-t-il ?

Dans ce numéro, Céline Champinot, invitée de David Lescot, s’emploie elle avec d’autres à refaire le monde, mais en le défaisant préalablement. Dans sa Bible, Vaste entreprise de colonisation d’une planète habitable, l’auteure associe la ville cosmopolite de Shangaï à «une fiction nourrie par la réalité d’une ville hissée dès sa création à la proue du Levant et qui braque sur le monde des phares cosmopolites. » Un poumon économique et financier extrême-oriental…

Marie-Amélie Robilliard, elle, estime que le théâtre de Fabrice Melquiot incarne la mélancolie, quand il fait un Portrait de Rudolf Rach en treize pièces détachées. Le jeune éditeur y raconte ainsi sa visite à Thomas Bernhard… Une relation loin d’être évidente avec l’écrivain autrichien, dont la mort les empêchera de se rencontrer comme prévu. Mais, grâce à la journaliste Krista Feischmann, proche du dramaturge, l’éditeur apprend que celui-ci a repris son propre nom à pour l’un des personnages, un signe prometteur et un geste d’affinité et de réconciliation.

 A relever encore Amor Mundi, un portefolio de Jean-Louis Fernandez qui met en lumière les lieux  à Paris de L’Arche Editeur, avec Rudolf Rach et Katharina von Bismarck.

Véronique Hotte

Parages est publiée aux Solitaires intempestifs.

 

 Quarante huit entrées en scène d’Eric Vigner

 quarante-huit-entrees-en-scene-De Clarté à Signes, en passant par Silence, Langue ou encore Yeux bleus  ou Reconnaissance, Eric Vigner livre, en vrac, ses préceptes, sentiments et conseils sur le théâtre. Ici, pas d’ordre alphabétique pour ces thèmes qui sont comme autant d’entrées en matière. Le metteur en scène entend nous faire partager son expérience, en quarante-huit textes courts, en une centaine de pages. Au lecteur de le suivre, dans un parcours au premier abord erratique.

Au chapitre Entrée, il évoque Elvire Jouvet 40, créé en 1986 par Brigitte Jaques, qu’il joua avec Philippe Clévenot et Maria de Medeiros, peu après sa sortie du Conservatoire national d’art dramatique. Depuis, à l’instar de Louis Jouvet qui, dans cette magnifique leçon de théâtre, fait recommencer à son élève, l’entrée de la scène II du Dom Juan de Molière, Eric Vigner se focalise là-dessus: «Arriver à bien entrer en scène, ça veut dire avoir déjà la totalité du rôle. Tu sais pourquoi tu entres, tu sais ce que tu fais ». 

La mer est pour ce Breton de souche, une belle métaphore du théâtre. A la fois bleue et verte, une seule couleur la désigne en gaëlique : «Il y a dans le flux et le reflux quelque chose qui s’inscrit d’une façon éphémère, comme le théâtre». «Vecteur d’imaginaire», on la retrouve dans nombre de ses réalisations comme Mer. Encore sur le littoral, les Roches noires à Trouville, sont intimement liées à sa rencontre avec Marguerite Duras, et à son spectacle mémorable, La Pluie d’été (1993), puis à Pluie d’été à Hiroshima (2006).

 Signes, dernière entrée de ce livre, n’est pas une conclusion, mais plutôt une ouverture : «Je crois aux signes. Une image, une phrase devient soudain une énigme (…) Je crois à ces choses et ça devient de plus en plus précis avec le temps (…) Je pense que le jour où je vais mourir, à la seconde même de ma mort, tout va s’éclairer ». Ainsi, les derniers mots du livre renvoient à la première tête du chapitre Clarté. L’apparent désordre thématique de l’ouvrage obéirait-il à un ordre intime, dicté par une recherche perpétuelle de l’équilibre entre des forces contraires, entre la lumière et l’ombre ?

Eric Vigner se pose en artiste et tisseur de matières : «Mon travail constitue à enlever les ronces, le lierre, les mauvais herbes (…) La clarté ne peut pas être délivrée d’emblée ». C’est à partir de cette complexité, mais avec le désir de «poser des actes clairs, l’un après l’autre » qu’il travaille. Avec une prédilection pour les textes de Marguerite Duras, et de belles réussites comme La Maison d’os de Roland Dubillard. Ou comme son adaptation de Tristan, ou Chatting with Henri Matisse, entretien théâtralisé du peintre qu’avait interviewé en 1941, le critique d’art suisse Pierre Courthion (voir Le Théâtre du Blog).

 Peinture, musique, écriture, et bien d’autres sujets font ainsi l’objet d’une entrée dans ce livre, né de conversations entre son auteur et deux amis de longue date, David Sanson et Jean-Louis Perrier. Connaissant son travail, ils «ont souhaité l’interroger à partir de “48 mots-clefs“, pour témoigner d’une expérience de vie et de théâtre. » Au lecteur ensuite de plonger au hasard, et de trouver son propre cheminement dans ce parcours sensible mais raisonné.

 Mireille Davidovici

 Le texte est publié aux Solitaires Intempestifs.

 

La Mouette d’Anton Tchékhov, préface de Roger Grenier, traduction d’Elsa Triolet 

 indexQuand on parle d’Anton Tchékhov, dit Roger Grenier, on pense aussitôt à La Mouette (1896) dont les ailes déployées restent l’emblème du Théâtre d’Art de Moscou. Quand on veut répertorier les Mouette qui ont été montées ces derniers temps, l’entreprise est presque impossible: de nombreux metteurs en scène s’en sont emparés avec une vision très personnelle. La fin du deuxième acte résume bien cette pièce mythique: «Une jeune fille vit depuis son enfance au bord d’un lac (…) ; elle aime le lac comme une mouette, heureuse et libre comme une mouette. Mais un homme passe par là, la voit, et par hasard, par désœuvrement, lui prend la vie, comme si elle était une mouette».

 L’action a lieu dans une propriété de campagne où sont en vacances, Arkadina une actrice de seconde jeunesse, avec son fils Tréplev, et son compagnon Trigorine, un écrivain connu. Treplev lui aussi écrivain, en quête de formes nouvelles, aime Nina, fille d’un propriétaire voisin. Mais elle rejoindra Trigorine en ville, avant d’être délaissée et de suivre un parcours d’actrice médiocre. Treplev retrouve, à la fin de la pièce, une Nina éplorée rôdant sur ses terres d’enfance et il essaye de la consoler: «Vous avez trouvé votre voie, vous savez où vous allez, tandis que moi je flotte encore dans un chaos de rêves et d’images, sans savoir pourquoi j’écris et qui en a besoin. Je n’ai pas la foi, et je ne sais pas en quoi consiste ma vocation. »

L’écrivain russe reconnaît que sa pièce transgresse les lois théâtrales : «C’est une comédie : trois rôles de femmes, six rôles d’hommes, quatre actes, un paysage (vue sur un lac), beaucoup de conversations littéraires, peu d’action, cent kilos d’amour.  Ce nouveau théâtre, sans construction apparente «semble fait de l’heure qui passe, de choses tues, d’un peu de musique ». La souffrance d’exister se débat dans l’indifférence, l’écriture suit l’hésitation de la vie, l’impression trouble d’instants ratés :«Leur succession laisse un goût d’inaccompli qui est le vrai sujet. On sait que rien ne va changer, que tout va se répéter. »

Pleurer sur le passé, parler de l’avenir sans y croire ; la vie est absurde, les jours passent sans que rien n’arrive : «Le temps qui est devenu le personnage principal du roman moderne, est déjà une conquête du théâtre tchékhovien», note Roger Grenier. Où la vie intérieure des personnages n’affleure pas dans les dialogues: ils rêvent leur existence et l’imaginent plus qu’ils ne la vivent. Malheureux, ils se débattent sans comprendre leur douleur ; le dramaturge porte le regard sur ces êtres blessés; et leurs faiblesses, leur nostalgie et leurs espoirs déçus tissent l’étoffe même de toute humanité.

Les dialogues, apparemment anodins, obéissent donc  à une musique qui tait l’essentiel, et surgie de cette insignifiance, fuse, çà et là, la poésie de l’existence, «ce qui sort librement de l’âme ». Un détail banal, un paysage se lève dans l’imaginaire… Voilà pourquoi nous ne nous lassons pas d’assister à La Mouette.

 Véronique Hotte

 La pièce est publiée aux éditions Gallimard, Folio Théâtre N°174,  3,50 €

Colloque Rodin : l’onde de choc

 

Colloque  Rodin : l’onde de choc

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Vers 1913 terre cuite

 Les participants de ce colloque organisé en résonance avec Rodin, l’exposition du centenaire au Grand Palais, ont examiné  sous un nouveau jour, la réception et le rayonnement de l’œuvre du sculpteur (1840-1917) dans le monde, et notamment en Europe.

A chaque génération, des artistes se sont en effet inspirés de son œuvre, quitte parfois en prendre le contrepied, ou à en prélever des éléments, pour l’inclure dans une autre logique formelle. Sous la présidence de Catherine Chevillot, directrice du musée Rodin, ce fut une réunion européenne joyeuse, variée, traversée par le savoir et la passion.

«Entre la grandeur de la France et la petite France, il faut choisir, écrivait Stéfan Sweig. La France est grande, quand elle ouvre sur son sol des foyers cosmopolites, réunissant artistes et penseurs. J’ai vu ce répandre… cette plaie des plaies, le nationalisme qui a empoisonné la fleur de notre culture européenne. Connaissez-vous la nationalité de ceux qui œuvrèrent à la Grotte de Lascaux ? »

Historiens d’art et archivistes français avaient été rejoints par leurs confrères des pays voisins: Danemark, Allemagne, Belgique, Italie, Suède, Croatie, Finlande, Pologne, Angleterre… Cette Europe de la culture qui passe trop souvent inaperçue, offrit des pensées vivantes, et on parla avec ses connaissances mais aussi avec son cœur. « En art, disait Emmanuel Kant, l’émotion est à l’origine de la pensée plastique ». Il  y a en effet une raison de l’art, différente de celle de l’économie. Chaque discours  est fondé sur un découpage et un montage, mais l’émotion, spontanée, précède la parole. Chaque penseur de l’art dispose ainsi en propre d’un potentiel plastique qu’il lui revient de « travailler ».

Pour Nicolas Villodre, de la Cinémathèque de la danse, « Deux récentes expositions, l’une à Berlin (August Rodin und Madame Hanako), l’autre à Londres (Rodin et la danse, The Essence of movement) ont montré le goût du sculpteur pour la gestuelle moderne, et la danse dite « primitive », « libre » avec des danseuses comme Loie Fuller, Isadora Duncan, Ruth Saint-Denis. Et ses sculptures, même quand elles ne viennent pas de la danse, dégagent une sensation rythmique. Un élément vient toujours déséquilibrer leur aplomb. Si geste il y a, il est fondu, recomposé, chaque démembrement du corps étant capté, griffonné, modelé, avant de donner naissance aux mouvements synthétiques d’un ballet virtuel. »

Bruno Ferrari, conservateur du musée de Gand, évoqua les liens d’Emile Verhaeren et d’Auguste Rodin qui, dit-il, était attiré par les postures de Dante (comme Samuel Beckett qui est comme une sorte d’Auguste Rodin inversé, avec les minces personnages de ses films).  Selon lui, le sculpteur ne se limitait pas à exposer des figures tourmentées dont certaines surgissent d’un socle presque informe, peuplé de forces se mêlant les unes aux  autres.  Comme dans un ouragan de pierre. Mais des œuvres comme, par exemple, La Main de Dieu, naissent du tohu-bohu d’un sol de marbre. La pierre, dans ses entrailles, génère le surgissement d’une main…

Rainer-Maria Rilke perçut, dès 1907, ce cheminement : « Cette époque a, en elle, une substance qui coule, informe, insaisissable. Il fallait que cet homme la saisisse. Il a saisi tout ce qui était vague, en mutation en formation. » Cette « substance qui coule », n’est-ce pas le flux commun à la sculpture d’Auguste Rodin, et à la danse d’Isadora Duncan? Pour elle, cela précède comme rythme, à la composition du mouvement. Mais cette puissance, source de mutations, n’appartient à aucun art. C’est un à-priori historique de plusieurs arts. Et Emmanuel Kant, le penseur de l’à-priori, décrit dans La Faculté de juger cet ouragan comme le creuset d’une nouvelle manière de penser. 

Dominique Brabant, de l’Université catholique d’Eichstadt-Ingolstadt, cite le philosophe et essayiste allemand Gunther Anders qui parle de « pré-forme ». « Les œuvres d’Auguste Rodin et d’Isadora Duncan naissent en divergeant, de l’écoulement de cette substance sans forme. D’où leurs résonances. Il y a des points communs entre cette sculpture et cette danse.» Leur goût partagé de la liberté s’exprime, par exemple, avec Les Bourgeois de Calais (prisonniers mais se libérant dans des postures décentrées) mais aussi avec L’Etude révolutionaire d’Isadora Duncan. La libération, comme geste et corps modelés…

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Isadora Duncan entre 1916 et 1918• Crédits : Arnold Genthe @New York Public Library

Avec Rodin, avec Isadora Duncan, advient en effet une nouvelle dramaturgie et une conception novatrice de l’expression. Un visage représente une douleur, une angoisse, une joie qui demeurent en même temps invisibles dans un corps. La sculpture comme la danse ne commencent pas par le visage pour exprimer mais s’approchent, se tiennent au niveau du fond d’un corps. Et elles captent non pas une image de douleur, d’angoisse mais une intensité. L’expression est ici première. En séparant la douleur de sa représentation, de sa montée au visage, elle dénaturalise l’affection.

Le socle et  le creux accueillent la douleur comme intensité. La sculpture, comme la danse, vient de cette rencontre avec l’expression intensive du marbre et du corps. Dans cet « informe », il y a des luttes sourdes entre l’angoisse, la tristesse, la beauté et la vitalité. Arthur Rimbaud parlait d’un horrible travail (Lettre à Jacques Démeny, 1871). Mais Isadora Duncan et Auguste Rodin ne sont pas d’horribles travailleurs. Leur élan et leur accumulation de forces, filtrés par la concentration, offrent des nuances, des « retouches infimes » comme le dit Stéfan Zweig.

Auguste Rodin et Paul Cézanne attaquent la solidité des choses. Le peintre parle « d’effondrement de l’assise géologique », et l’œuvre du sculpteur révèle un socle ondulant, des vagues de marbre qui attirent à lui les intensités retenues par la terre. Les couleurs et intensités montent là d’où  naissent de nouvelles formes, irrégulières, un peu déformées. Et il revient à l’homme et à la femme, d’accueillir le monstre et sa secrète tendresse.  Avec  ces deux artistes, nait un nouveau monde: il existe un lien extraordinaire entre la libération des couleurs chez Paul Cézanne, le socle plastique chez Auguste Rodin, et le milieu (de lumière) chorégraphique, extrait du milieu physique, étudié pour la première fois par Auguste Comte.

« L’ensemble du mouvement impressionniste, dit Gunter Anders, a dissout l’univers substantiel en un processus, celui des ondes de la lumière. » Mais cette dissolution représente seulement un premier temps. et il faut que cela tienne, insistait Paul Cézanne. Il faut engendrer un corps d’ondes. Ce qui ne va pas sans danger et cette mise en rapport rythmique d’intensités, de couleurs, suppose patience, goût du détail et audace des contrepoints. Ainsi, chaque sculpture de Rodin apparait deux fois. Avec la gravitation « naturelle » de son poids sur le sol. Mais aussi avec une autre gravitation, interne au marbre, une perspective intime qui souffle discrètement une élévation, une suspension. Pourquoi deux des Bourgeois de Calais tiennent-ils merveilleusement sur une demi-pointe ? Ces statues touchent… et ne touchent pas le sol. Qui touche, et ne touche pas le sol ? La danse! Celle qui nait aux côtés d’Auguste Rodin…

 Tobias Kampf, de l’Université de la Ruhr, mit en relation l’œuvre du sculpteur avec la Lebesnreform (« réforme de la vie »). Passionné, très cultivé, cet historien de l’art et philosophe, bon connaisseur de Husserl, aime la danse et travaille à son rapprochement avec l’histoire de l’art.  Selon lui, cette réforme de la vie n’est pas un courant constitué mais une vision répartie entre plusieurs expériences artistiques: celle d’Isadora Duncan avec ses « écoles de vie », le Bauhaus avec, entre autres, Paul Klee et le scénographe Oskar Schlemmer, et enfin Monte Verita ou au bord du Lac Majeur, une colline se peupla alors d’artistes et de penseurs  : l’écrivain Herman Hesse, Émile-Jaques Dalcroze, Isadora Duncan, Vassily Kandinsky, Hugo Ball, Francis Picabia, Rudolf Steiner, le philosophe Martin Buber… et les chorégraphes Mary Wigman et Rudolf  Von Laban.

Rodin et Isadora Duncan partirent, non pas d’un corps d’ensemble mais « de points quelconques ». Des germes s’ouvrent : croissance du marbre, croissance de mouvements. Qu’est-ce qui fait naître les corps ? Le temps, l’air du temps  chez Sandro Botticelli,  et Samuel Beckett, tout au long de son œuvre, parlera aussi de germes…

Bernard Rémy

Colloque organisé avec le soutien du musée Rodin, de la Réunion des Musées nationaux, de l’Ecole du Louvre et des Amis du musée Rodin,  Auditorium du Grand Palais, Paris VIIIème,  les 22 et 23 mars. Rodin, l’exposition du centenaire au Grand Palais,  jusqu’au 31 juillet.

 

 

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1re édition du Prix des lycéens Bernard-Marie Koltès

re Édition du Prix des lycéens Bernard-Marie Koltès

Actualité au Théâtre National de Strasbourg

 A l’issue des délibérations du mercredi 15 mars, 12 lycéens, représentants des six établissements alsaciens ayant participé au programme, ont dévoilé le lauréat de la 1re édition du Prix des lycéens Bernard-Marie Koltès de littérature dramatique contemporaine. Il s’agit de Des Territoires de Baptiste Amann, en concours avecAu pied du Fujiyama de Jean Cagnard et Paysage intérieur brut de Marie Dilasser.

 

Mercredi 29 mars à 18h : cérémonie publique de remise du Prix en présence de Baptiste Amann au TNS. Une lecture dirigée par Julien Gosselin d’extraits du texte sera portée par trois comédiens Rémi Fortin, Johanna Hess et Maud Pougeoise.

Samedi 1er avril à 16h : une rencontre avec l’auteur Baptiste Amann aura lieu à la Librairie Kléber, 1 rue des Francs-Bourgeois à Strasbourg.

V.H.

 

Adieu, Jean Louis Jacopin

 

Adieu, Jean Louis Jacopin

 

14920_1« La voix est cette partie de soi qui, point de non-retour, marque dans sa mue, la perte de l’enfance. L’entendre, la comprendre, l’écouter, la travailler, lui donner corps, lui reconnaître son corps, dans l’intimité ou sur les scènes, c’est tenter de garder du corps sous les artifices », écrivait Jean-Louis Jacopin dans Voix d’acteurs in Médiation et Information n°9, en 1998. Il y abordait la voix au théâtre, à l’opéra, à la radio et au cinéma, tissant des liens entre des pratiques qu’il connaissait bien. Il était alors enseignant à l’Atelier-Théâtre du Rond-Point.

Sa voix, claire et sensible, on a pu aussi l’entendre sur France-Culture, interprétant des textes de philosophie ou de théâtre  Nombre de ses élèves, se souviendront longtemps de son enseignement  à L’ENSATT, à l’Hippodrome de Douai, et dernièrement au conservatoire régional de musique de Douai. Il sut transmettre son art et apprit à ses élèves à déchiffrer les textes le plus difficiles, comme il le faisait lui-même si bien. Il les initia aussi aux écritures d’auteurs contemporains dont il se fit souvent l’interprète et le metteur en scène, celles de Lars Noren, Sergi Belbel, Roland Topor, Danièle Sallenave, Jacques-Pierre Amette…
Mais aussi à celles Carlo Goldoni, William Shakespeare, Bertolt Brecht…

Depuis 1972, à sa sortie de l’école du Théâtre National de Strasbourg, Jean-Louis Jacopin né en 1946, fut acteur dans une quarantaine de spectacle chez Philippe Adrien, Jean-Pierre Vincent, Roger Planchon, Alain Françon, Richard Demarcy, René Loyon… Puis metteur en scène d’opéras comme  le Don Quichotte de Francesco Conti, Opéra-Bouffe d’Offenbach ou encore Sauvé des os, spectacle musical  d’Erik Satie.

Parti? Pas vraiment. On peut le retrouver sous les traits d’Urbano, son double poétique qui s’exprime au fil des jours, avec  366 mini-histoires (l’année 2013 était bi-sextile): «J’ai beaucoup marché dans les rues de Paris. Je partais chaque jour, pour voir ce qu’à force d’habitude, on ne voit plus. Je n’avais aucune idée préconçue, sinon que, le soir, j’aurais fait un dessin accompagné d’un court texte, une réflexion rapide sur ce qui se serait imprimé en moi. » Ainsi, il continuera à nous accompagner de par les rues, captant les instants fugaces, des scènes banales, les petites joies et les grandes peines…

Un hommage vibrant lui a été rendu ce 6 mars au cimetière du Père Lachaise, par ses amis et les artistes qui l’ont côtoyé.

Mireille Davidovici

 Urbano, almanach poétique, est publié aux éditions Mauconduit

 

 

 

Entretien avec Colette Nucci

Entretien avec Colette Nucci

 

LP/E.S.

LP/E.S.

Après deux ans de travaux de rénovation et de remise aux normes, le Théâtre 13/Jardin a enfin rouvert ses portes; c’est l’occasion pour Colette Nucci, la directrice de faire le point sur ses projets concernant ce  site et celui du Théâtre 13/Seine, près de la Grande Bibliothèque François Mitterrand.

-Comment devient-on directrice de ces deux théâtres, créés et financés par la Mairie de Paris.

-A l’origine, j’étais une jeune comédienne qui sortait du Conservatoire national, puis je me suis mariée et j’ai suivi mon époux à l’étranger puis je suis revenue à Paris. A la fin des années 90, Flavienne Martin, la directrice du Théâtre 13 est partie à la retraite, et Saskia Cohen-Tanugi  a aussi quitté ses fonctions. J’avais présenté ma candidature et j’ai finalement été choisie par la Mairie  en 99, pour  diriger le Théâtre 13 qui existait depuis 1981 et avait une programmation faite par des conseillers artistiques comme Jacques Baillon, Patrick Guffet, et enfin Saskia Cohen-Tanugi.

Le théâtre accueillait nombre de metteurs en scène connus : Pierre Debauche, Laurent Terzieff, Gildas Bourdet et aussi d’autres qui étaient à leurs débuts comme Olivier Py mais j’ai vite choisi  de mettre l’accent sur la découverte de jeunes compagnies et sur la qualité des textes, qu’ils soient classiques ou modernes. Vous êtes souvent venu, Philippe  et vous savez que je suis très attachée à la notion de troupe et d’équipe artistique, et j’ai toujours défendu la possibilité d’une exploitation assez longue d’une trentaine de dates, de façon à faire progresser un spectacle dans de bonnes conditions.

Mais j’ai aussi privilégié  la nécessité d’avoir une véritable politique en matière de relations publiques et de fréquentation. Le Théâtre 13 programme du théâtre à la fois classique mais aussi contemporain, et des semaines de musique avec, depuis 2004, l’ Orchestre de chambre  de Paris.

-Quelques chiffres?

-Les salles ne sont pas très grandes : 220 places rue du Chevaleret qui a ouvert ses portes il y a six ans déjà, et 240 places au Théâtre 13/Jardin, avec quelque  360 représentations chaque année. Nous avons environ 1.000 abonnés, et plus de 50.000 spectateurs par saison, venant surtout de l’arrondissement mais aussi du reste de Paris et de la proche banlieue…

Ces dernières années auront été une période de transition. Le Théâtre 13/Jardin qui vient de rouvrir, sera davantage consacré à de séries longues, avec des pièces plutôt classiques déjà créées soit environ deux cent représentations par an. Le Théâtre13 /Seine sera, lui, davantage consacré à des résidences de création et à des exploitation plus courtes d’une semaine environ. Nous avons eu aussi l’idée d’associer un metteur en scène ou un compagnie à la mise en place de la programmation annuelle.

-Nombre de jeunes metteurs en scène d’origine et de style très divers, ont débuté chez vous ou presque comme Julie Deliquet, Thomas Jolly, Alexis Michalik, Ladislas Chollat, Volodia Serre, Côme de Bellecize… D’abord chapeau mais comment l’expliquez-vous?

– D’abord, ils étaient heureux d’avoir été choisis et je pense qu’ils ont dû trouver avec notre équipe une connivence et la possibilité de mettre en scène chez nous des œuvres auxquelles ils tenaient,  pour les jouer devant un large public, ce qui n’est pas toujours le cas à Paris, sans être soumis à des choix esthétiques qui n’auraient pas été les leurs. Et j’ai toujours essayé de privilégier un théâtre accessible, généreux et sans exclusion.

-Le nom du Théâtre 13 est aussi maintenant associé à un concours de jeunes metteurs en scène ?

– Nous avons organisé ce concours avec jury de présélection qui retient six spectacles sur quatre vingt qui sont ensuite présentés au public et soumis à un jury final. Le lauréat obtient une reprise au Théâtre 13, assortie d’une aide financière.

- On a souvent reproché aux théâtres parisiens d’arrondissement de ne pas voir de n’être pas vraiment impliqués sur leur territoire…

-En ce qui nous concerne, ce n’est pas le cas et nous avons accompagné les professeurs de collège et de lycée dans un travail de sensibilisation à la création théâtrale; il y a aussi une collaboration avec l’Université Paris-Diderot et l’école Estienne.
Nous avons aussi tout mis en œuvre pour être vraiment présents dans le tissu associatif du 13 ème, un arrondissement très vivant. Et chaque année, nous organisons une journée portes ouvertes, avec des spectacles gratuits. Pour la réouverture du Théâtre 13/Jardin, il y a eu ainsi deux journées continues et j’espère bien poursuivre ce genre de projets, en y impliquant le plus possible les équipes artistiques…  

Philippe du Vignal

Théâtre 13/Jardin 103 A, boulevard Auguste-Blanqui  75013 Paris. Métro: Glacière.
Théâtre 13/Seine, 30 rue du Chevaleret 75013 Paris. Métro: Bibliothèque  Nationale de France et RER C.
Actuellement au Théâtre13/ Seine, 9, un remarquable spectacle du Petit Théâtre de pain. Et à partir du 9 mars, la nouvelle création d’Alexis Michalik, Intra Muros.

 

 

 

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