Les spectacles face au Coronavirus/2

Les spectacles face au Coronavirus /2

Que le spectacle continue !

 Malgré de nombreuses inquiétudes concernant l’avenir, le moral des troupes ne semble pas flancher du côté des établissements culturels, artistes et compagnies: en témoigne un communiqué de Territoires de cirque. Fondée en 2004 à la suite de L’Année des Arts du cirque par ceux qui deviendront six ans plus tard les premiers Pôles nationaux des arts du cirque, cette association rassemble près de cinquante structures. Cette association est engagée dans le soutien à l’émergence, la création et la diffusion du cirque : Scènes nationales ou conventionnées, théâtres de ville, services culturels, lieux de patrimoine, ou établissements de production. Son président  Philippe le Gal, directeur du Carré Magique de Lannion (Côtes-d’Armor) envoie une message d’espoir aux circassiens: «Ne pas rompre les liens, penser demain, assumer aujourd’hui avec humilité et conscience que la lutte se mène là, tout de suite, sous nos yeux, ailleurs que dans nos théâtres, nos chapiteaux, nos espaces de création. »

 « Je sens que les gens prennent la situation avec philosophie», dit Olivier Saksik, attaché de presse qui, avec Elekronlibre, accompagne théâtres, compagnies  et  artistes. « Il y a a dit-il, quelques bonnes nouvelles : les rencontres Wet (voir Le Théâtre du blog)  auront finalement bien lieu au Théâtre Olympia, Centre Dramatique National de Tours du 16 au 18 octobre. Le festival Rencontre des Jonglages (voir Le Théâtre du blog), lui, se tiendra aussi à l’automne. «Les artistes essayent d’inventer d’autres  manière de travailler dit-il, et des projets sont nés du confinement. « 

une minute de danseEt bien dansez maintenant !

Ainsi, Une minute de danse par jour : la danseuse et chorégraphe Nadia Vadori Gauthier lance à tous, sans restriction d’âge ou de pratique, un appel à danser une minute par jour. « Danses de confinement /mode d’emploi. Sur Facebook : 1. Filmez-vous en plan fixe, cadre horizontal (comme au cinéma) pour une durée d’une minute et quelque (entre une min.et une min. 59 secondes, chez vous, dans votre chambre, salon, cuisine, espace de travail, boutique fermée, balcon, jardin, etc.  2. Ecrivez la date, le lieu et l’heure ; ajoutez  #uneminutededanseparjour et le @uneminutededanseparjour ; 3. Postez vidéo+texte sur la page Facebook. Une minute de danse par jour, en haut de page. Votre danse sera repostée chaque jour, dans le fil d’actualité. Sur Instagram : 1. Au format vidéo que vous voulez (horizontal, vertical ou carré) avec: #uneminutededanseparjour et le @oneminuteofdanceaday2. Une quinzaine de danses sont repostées chaque jour … »

 

A vos plumes et vos claviers ! Solitude(s)

Laëtitia Guédon, directrice des Plateaux Sauvages à Paris  avait initié, en partenariat avec la Comédie de Caen-Centre Dramatique National de Normandie, un projet d’écriture en direction de lycéen·ne·s de Paris, Aubervilliers et Hérouville-Saint-Clair.
Avec pour thème Solitude(s) : un sujet d’actualité. Elle invite donc tout le monde à écrire : « Il paraît, dit-elle, quand Shakespeare s’est retrouvé en quarantaine pour cause de peste à Londres, il s’est retiré à Stratford et a écrit Le Roi Lear. Dans cette période de retraite nécessaire, nous invitons chacun·e à écrire un court texte sur la thématique de la solitude et à nous envoyer son écrit. ». Ces témoignages seront mis en voix la saison prochaine. Les textes sont à envoyer : bientot@lesplateauxsauvages.fr

 A suivre…

 Mireille Davidovici

 https://territoiresdecirque.com/

https://www.elektronlibre.net/

https:// www.lesplateauxsauvages.fr

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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Face au Coronavirus, les établissements culturels solidaires des artistes

 

Face au Coronavirus, les établissements culturels solidaires des artistes

  »Annulez tout, mais payez tout le monde ! » lit-on  sur  le site Documentation.arts. Dans le même esprit, l’USEP-SV, l’Union syndicale des Employeurs du Secteur public du Spectacle vivant rassemblant Les Forces Musicales, Profedim, Syndeac et SNSP, en appelle à la solidarité demande au ministère de la Culture de jouer son rôle de prescripteur, dans le cadre d’une politique harmonisée avec l’ensemble des financeurs publics : «Nous demandons que les fonds de soutien conséquents et les dispositifs d’activité partielle mis en œuvre, s’adressent à l’ensemble des entreprises de notre secteur, afin que chacune soit en mesure d’assumer ses responsabilités (employeurs, frais engagés, droits d’auteur, etc.»

Une initiative exemplaire : celle  du Centre Dramatique National de Besançon « Les contrats d’achats de spectacles seront payés aux compagnies et ce malgré l’annulation de leur venue, à moins de trouver une solution de report avant la fin de l’année en cours. Les frais réels déjà engagés par les équipes artistiques seront remboursés et ce même s’il y a un report à court terme du spectacle. Les contrats de travail signés ou non avec les artistes et techniciens intermittents seront honorés jusqu’à leur terme. Pour les activités annulées pour lesquelles aucune embauche n’avait été encore planifiée : des embauches avec contrat de travail seront réalisées, comme si les activités s’étaient déroulées « normalement ».

 Samuel Churin, l’une des figures du mouvement des intermittents et précaires, rappelle que « le paiement des spectacles, événements, activités est une directive du ministre de la Culture». Pour honorer les engagements auprès des artistes, l’USEP-SV demande donc aux tutelles le versement immédiat et intégral des subventions. « La crise sanitaire sans précédent qui touche notre pays frappe de plein fouet les acteurs de la culture. Nous devons tout mettre en oeuvre pour assurer leur survie. C’est l’avenir même de notre modèle culturel qui est en jeu » a indiqué le ministre, Franck Riester. Il annonce 22 millions d’euros d’aides d’urgence (dix pour la musique, cinq pour le spectacle, cinq pour le livre et deux pour les arts plastiques) qui seront suivies par  »d’autres mesures spécifiques », pour   »répondre au risque de disparition des structures culturelles, notamment les plus fragiles ».

 Les intermittents et précaires sont dans l’expectative. Les syndicats d’employeurs demandent d’adapter les dispositifs de chômage partiel pour les contrats d’intermittents pour faire face à leurs engagements moraux, ce qui n’est pas encore prévu. Le S.N.E.S.  (Syndicat national des Entrepreneurs de Spectacle) représentant le spectacle privé précise que le secteur est essentiellement constitué de petites entreprises (moins de cinq à dix salariés permanents) qui emploient des artistes et des techniciens intermittents. Ceux-ci bénéficient d’une assurance-chômage spécifique, vu leur activité discontinue. Ils doivent réaliser 507 heures de travail en douze mois pour pouvoir être éligibles aux annexes 8 (techniciens) et 10 (artistes) de l’UNEDIC. Selon Pôle emploi, en 2017, le nombre de salariés intermittents du spectacle s’élevait à près de 272. 000 personnes et générait 2,4 milliards d’euros de masse salariale, pour un total de 108 millions d’heures travaillées. Cette année-là, 108.000 employeurs relevaient du champ d’application des annexes 8 et 10 de l’Assurance chômage. La moitié des contrats était effectuée dans le champ du spectacle vivant, et un tiers dans l’audiovisuel.

Le 19 mars, la Ministre du travail Muriel Pénicaud et le Ministre de la culture Franck Riester ont annoncé des « mesures exceptionnelles » pour les intermittents et les salariés du secteur culturel. Le gouvernement a décidé de  neutraliser, c’est-à-dire de ne pas prendre en compte le temps de confinement (depuis le 15 mars et jusqu’à une date inconnue), dans le calcul de la période de référence ouvrant droit à l’assurance-chômage pour les intermittents. De même, cette période sera neutralisée pour le versement des indemnités : ainsi, les intermittents et autres salariés du secteur culturel arrivant en fin de droits continueront à être indemnisés jusqu’à la fin de la période de confinement.

 Si le gel du calcul des droits offre un répit, les créateurs n’en restent pas moins inquiets. «Ces dispositifs permettent des lissages de trésorerie, guère plus. Aucun dispositif d’aide ne concerne spécifiquement les artistes », déplore Grégory Jérôme, membre du groupe Economie Solidaire de l’Art.  Le gel  a affolé tout le monde », dit Samuel Churin, au nom des intermittents et précaires mais il nous rassure : « Cela ne signifie pas que les heures ou cachets déclarés ne compteront pas. Il faut donc qu’une bonne fois pour toute, vous effaciez le mot: « gel » de votre vocabulaire. » (…) « Cette mesure-pansement signifie que l’on repousse la date anniversaire pendant le confinement. » Samuel Churin déplore que « certains administrateurs ne veulent pas déclarer les intermittents sous prétexte d’illégalité. Disons-le tout net : nous avons la garantie que c’est possible. L’arrêt des contrôles a été décrété. Nous sommes en période de crise. Il n’y a absolument aucun risque à déclarer un intermittent pendant ce confinement. »

 En l’absence de directive technique écrite et précise, le syndicaliste poursuit: « Du 1er mars 2020 au 15 mars 2021, à chaque date anniversaire (donc à chaque renouvellement), on regarde la situation de l’allocataire :
Cas 1 : les 507 heures (ou les critères d’accès des autres régimes) ont été effectuées : il y a donc renouvellement et c’est l’assurance chômage qui prend l’allocation en charge, avec ses règles de calcul habituelles. Cas 2 : Les 507 heures (ou les critères d’accès des autres régimes) ne sont pas trouvées, il y a donc renouvellement pour une nouvelle période de douze mois, à compter de cette date, sur la base du taux de la période précédente. »

 Il souligne qu’il n’est pas envisageable de faire payer la crise à la seule assurance- chômage. Il serait logique que l’État prenne sa part de rattrapage : « Selon un dispositif qui a déjà été effectif en 2004 et qui a fait ses preuves : un fonds provisoire.  Techniquement facile à mettre en place, il a prouvé son efficacité. Il y a transparence pour l’allocataire, qui percevra ses indemnités journalières de Pôle Emploi ».

Les indépendants et auto-entrepreneurs pourront recourir à l’aide de 1. 500 euros mise en place par le Fonds de solidarité. A condition d’avoir une baisse de chiffre d’affaires de plus de 70 % entre mars 2019 et mars 2020. L’U.R.S.A.A.F, qui gère le recouvrement des cotisations sociales des artistes-auteurs, a, de son côté, reporté l’échéance de paiement des cotisations dues normalement au 20 mars. Mais le secteur déjà en crise risque de faire les frais de ces épisodes successifs : mouvement des Gilets Jaunes, grèves contre la réforme des retraites et pour couronner le tout, arrêt des activités pendant le confinement. Et au-delà impossibilité de préparer les festivals d’été…

 Appel à la solidarité:  les théâtres demandent aux spectateurs qui ont acheté leur billet de reporter leur venue sur un événement de la saison prochaine. Ou mieux, ils les invitent à considérer le paiement de leur place comme un don, en soutien au secteur sinistré. Espérons que beaucoup répondront présents…

A suivre…

 Mireille Davidovici

 

 

Des nouvelles du théâtre confiné

Les Consultations poétiques du Théâtre de la Ville

Emmanuel Demarcy-Mota et Fabrice Melquiot réinventent aujourd’hui Les Consultations poétiques pour un théâtre ouvert et partagé qui s’adapte à la situation que nous vivons tous, avec et la troupe du Théâtre de la Ville. A l’heure où il n’est plus possible pour les consultants poétiques du Théâtre de la Ville de venir à votre rencontre dans les bibliothèques, les écoles, les cafés, les jardins, les centres commerciaux… ce temps d’échange suspendu et de poésie partagée s’offre par téléphone, du lundi au samedi de 10h 30 à 11h 30 et de 17h à 18h, jusqu’à la fin du confinement. C’est gratuit et pour tous les âges

Plus d’infos et inscription sur le site internet du Théâtre de la Ville, rubrique temps-fort https://www.theatredelaville-paris.com/fr/spectacles/saison-2019-2020/temps-forts/consultations-poetiques-par-telephone

Le SNES, Syndicat National des Entrepreneurs de Spectacles, salue les mesures d’aides à la filière musicale et au secteur du théâtre, annoncées ces derniers jours par le ministre de la Culture.  En cette période très difficile, il lui paraît essentiel qu’une solidarité s’installe entre tous les acteurs du secteur du spectacle vivant, touchés par les conséquences actuelles et futures de  cette épidémie… Le secteur surtout constitué de petites entreprises (moins de cinq à dix salariés permanents) qui, pour leurs spectacles, emploie surtout des artistes et techniciens en C.C.D. d’usage. Vu la crise actuelle,  les contrats de cession sont reportés en priorité, ou annulés. Dans un esprit de solidarité, le SNES propose aux structures d’accueil subventionnées de prendre en charge si possible tout ou partie, les coûts des plateaux artistiques et techniques,  les frais engagés et non récupérables des structures de diffusion (compagnies, entrepreneurs de tournées, producteurs…).

 Cela devrait préserver ainsi la rémunération des intermittents du spectacle et permettre aux entreprises qui diffusent les spectacles en tournée, de faire face aux dépenses engagées. Le SNES, deuxième syndicat représentatif du spectacle vivant privé, représente et défend près de 300 entreprises : producteurs, entrepreneurs de tournées, compagnies et lieux de spectacles (théâtre, variétés, humour, danse, opéra, musique classique, musiques actuelles, chanson, rock, jazz, cirque, jeune public…) Il demande aux pouvoirs publics, aux collectivités territoriales et aux professionnels concernés de favoriser ces mesures de solidarité.

Syndicat National des Entrepreneurs de Spectacles, 48, rue Sainte-Anne, Paris (II ème) T. : 01 42 97 98 99 syndicat@spectacle-snes.org / www.spectacle-snes.org Et les festivals, et la 74 ème édition du festival d’Avignon?

Ils ne sont pas annulés, du moins pour le moment mais impossible qu’il n’y ait pas de sérieuses répercussions sur leur programmation. Et Olivier Py le directeur ddu festival d’Avignon, en annoncera la programmation le mercredi 8 avril à 14 h. Le moment très attendu qu’est la conférence de presse à Avignon comme à Paris, ne pourra évidemment avoir lieu. Et toute la profession se demande comment arriver à résoudre la quadrature du cercle: les compagnies pourront-elles avoir le temps de répéter, puisque, Edouard Philippe l’a annoncé aujourd’hui, le confinement est prolongé… Comment monter des décors souvent importants dans la Cour d’honneur? Qu’en sera-t-il en juillet, alors que le public est d’habitude partout en rangs serrés dans les rues comme dans les salles ou les supermarchés dans le off comme dans le in? Et sera-t-il au rendez-vous, s’il doit travailler pour récupérer les heures de travail perdues ? Comme les petites compagnies très sévèrement touchées, aura-t-il bien même les moyens financiers de venir?

L’association qui gère le festival off d’Avignon a déjà décidé de retarder la date-butoir pour les inscriptions. Les compagnies, dit Pierre Beffeyte, ont désormais jusqu’à fin avril pour valider leur participation. Après, il faudra lancer l’impression du gros catalogue des spectacles… Il y en avait près de 1.600 l’an dernier. » Mais de nombreuses compagnies annulent leur venue. Une chose est au moins sûre: si le festival off et in a quand même lieu, ce qui reste à prouver: ce sera en dimension réduite et c’est le gouvernement qui en décidera vu la situation sanitaire de la France et de l’Europe dans deux mois.

Des questions lancinantes, quelle que soit la dimension des festivals d’été en juillet et août; qu’ils soient « de rue » comme ceux de Châlons ou d’Aurillac, ou de salles souvent en plein air comme Avignon ou Grignan, ne change rien à une situation encore trop floue. Mais on va sans aucun doute vers un certain nombre d’annulations, les reports étant impossibles pour des raisons de disponibilité du public… Paul Rondin, le directeur administratif du festival d’Avignon se veut rassurant: « Une compagnie d’Afrique du Sud qui devait répéter en Allemagne ne pourra pas venir. Mais les autres montent leur création comme elles peuvent, en répétant par Skype, par visioconférence, ou avec les moyens du bord.  »

« Il fallait du temps et il en faudra encore, dit-il mais il nous est vital de rester en conversation avec vous, dit Olivier Py, notre activité n’existe que par le collectif et nous apprenons dans ces temps d’isolement nécessaires à tisser autrement les liens qui nous permettront de nous retrouver au plus vite et de partager «en présence». Toutes les équipes, tous les métiers, cherchent, inventent dans ce contexte inédit. Vous dire ce jour et à cette heure comment se présentera exactement la 74e édition est difficile, mais il nous parait important de vous raconter celle que nous avons rêvée. « 

 Festival-Avignon.com, facebook avec des paroles d’artistes, des extraits d’œuvres et des questions-réponses Ph. du V.

Chers lecteurs

 

 


Photo Jim Caldwell

Photo Jim Caldwell

Chers lecteurs,

Nous recevons plein de beaux cadeaux de la part de théâtres ou de compagnies, à savoir des extraits de captations. Meredith Monk nous en a ainsi envoyé un d‘Atlas, un bel opéra qu’elle avait écrit et mis en scène et dont  nous avions vu autrefois la création à Houston (Texas). Et nous tenions à vous faire partager ces quelques minutes de bonheur visuel et musical:

 This week, we look back on Atlas, an opera in three parts (1991). Watch « Choosing Campanions from the 1992 performance of Atlas at Brooklyn Academy of Music and listen to Atlas on Spotify ECM Records, 1993.

Voilà, histoire de dire que nous ne vous oublions pas… Suivront aujourd’hui et les jours suivants régulièrement informations, interviews, textes sur le théâtre, la danse et le spectacle en général.

Philippe du Vignal

Frontière(s) Projet de territoire à la Maison des Pratiques Artistiques Amateurs

Frontière(s) Projet de territoire à la Maison des Pratiques Artistiques Amateurs

BAL MPAA

Babelle de José Montalvo © Virginie KahnL

 

 

 

La M.P.A.A. établissement culturel de la Ville de Paris, fondé en 2008 pour fournir aux amateurs de théâtre, danse, musique, arts visuels… des équipements adaptés. Une étude, menée en 2006 par la Maison des conservatoires, avait pointé le manque criant de salles de répétition. Depuis son ouverture à l’Auditorium du marché Saint-Germain, la M.P.A.A. a essaimé et ses cinq sites offrent dix-neuf salles de travail avec une équipe de quinze permanents et une quarantaine d’intervenants extérieurs. Elle accueille chaque année environ six cents projets aboutissant à cent cinquante représentations par des professionnels ou des amateurs et qui sont vues par quelque vingt-deux mille spectateurs…

 Sonia Leplat, sa directrice

Sonia Leplat, sa directrice ©

Sonia Leplat, sa directrice depuis 2017, mène une politique active pour élargir les missions de ces lieux et « s’ouvrir  sur les territoires, sur les traces de l’éducation populaire abandonnée aujourd’hui par l’État ». Elle a lancé des projets spécifiques aux quartiers environnants : par exemple, un atelier sur les migrations avec A.T.D. Quart Monde ou des actions culturelles avec le SAMU social. Elle a aussi créé une Brigade d’intervention féministe et programme organise un cabaret du matrimoine*.

«  D’abord il convient de réhabiliter le mot amateur, dit-elle, sans l’opposer à « professionnel“…  Et «Accueillir les envies de pratique, quelle que soit la maturité du projet. Proposer aux plus avancés, des conseils artistiques ou juridiques. »  Où commence le fait d’être professionnel ? Une frontière parfois ténue. La M.P.A.A. propose donc aux compagnies en voie de professionnalisation des espaces de travail : «On ne fait pas dans l’émergence, on est sollicité par l’émergence. » Et aujourd’hui une centaine d’entre elles bénéficie de locaux aux heures où les amateurs ne les utilisent pas. La M.P.A.A fait aussi partie du réseau du festival Impatience piloté par le Cent Quatre et réservé à des équipes d’acteurs qui ont au moins à leur actif un projet professionnel après leur sortie d’école.

 Des liens entre amateurs et professionnels se tissent et une quarantaine d’ateliers sont encadrés par des artistes confirmés. On voit aussi se croiser les disciplines : ainsi des musiciens amateurs vont rencontrer une compagnie de théâtre ou de danse pour créer ensemble un spectacle… Cela bénéficiera aussi aux habitants de la petite Couronne et du Grand Paris. Pour que le public s’y retrouve, la M.P.A.A. met en place une plate-forme informatique référençant les offres en matière de musique, théâtre et arts visuels : cours, ateliers, rencontres, spectacles, festivals, agenda des scènes-amateurs, appels à projet ou à participation … Du pain sur la planche !

 Frontière(s)

Chaque année, une action “de territoire“ est lancée dans un des cinq sites de la M.P.A.A., autour d’une thématique. Des artistes viennent dialoguer et mettre en œuvre des projets avec des personnes ou des collectifs vivant ou travaillant dans  un quartier et au-delà. En février, commence  Frontière(s) à la M.P.A.A./ Saint-Blaise (20 ème), en bordure du périphérique. Un quartier les plus denses d’Europe : quinze mille habitants, et classé en zone de sécurité prioritaire. Avec une grande mixité sociale parfois source de divisions mais qui pourrait être une richesse si la Culture apportait des traits d’union entre les différences de ses habitants. Tout au long de l’année, des artistes invités interrogeront ces frontières, de Gambetta à la place de la Réunion, voire jusqu’à Montreuil et Bagnolet. Ils donneront des ateliers, en lien avec leur création. A la soirée de lancement, sera présentée Version originale, chorégraphie de Sylvain Goud, issue d’un atelier. La manifestation se clôture le 26 septembre par une grande performance urbaine à Saint-Blaise.

Entre temps, Frontière(s) propose ateliers, spectacles et expositions pour tous les âges… Comme Stravinsky Nègre avec des amateurs de seize à soixante-dix ans pour transposer de sa Russie originelle à la forêt africaine,  Le Sacre du Printemps d’Igor Stravinski:  du 22 avril au 26 septembre  à la M.P.A.A. Breguet). Et Quibdó art lab, associera des adolescents colombien·ne·s et francilien·ne·s pour une création bilingue théâtre,  krump et musique ( jusqu’au 26 septembre). 

Mon appartement est un théâtre ira chez des aînés pour partager des histoires de la ville et questionner avec eux le fameux : “ C’était mieux avant »,  en s’appuyant sur J’ai rêvé d’un cafard de Sonia Belskaya (de mars à juin, Saint-Blaise). Danse et musique  pour Voyou, Voyelles à partir d’une texte construit en atelier sur la figure du voyou, et un chœur éphémère chantera et rythmera le texte : Saint-Blaise,  (du 3 mars au 26 septembre). Babil /la musique des langues collecte langues et dialectes dont la matière des mots sera travaillée et mise en musique collectivement pour présenter, un paysage sonore des parlers du 20 ème (du 31 mars au 26 septembre, Saint-Blaise).

Il y aura aussi, en partenariat avec le Théâtre de la Colline, un atelier de théâtre : #placedelaréplique3 pour les jeunes de quinze à trente ans. Difficile parfois de se repérer dans toutes ces propositions… Mais la M.P.A.A. mérite d’être mieux connue des Parisiens et Franciliens : chacun devrait trouver des salles de répétition peu onéreuses, des ateliers à son goût, rejoindre une compagnie d’amateurs ou satisfaire sa curiosité de spectateur à prix modique… 

 Mireille Davidovici.

 Version originale le 29 février et Frontière(s) du 26 février au 26 septembre à  la M.P.A.A. Saint-Blaise.

* Le Mois des femmes du 7 mars au 2 avril :
 A la M.P.A.A./ Saint-Germain,  du 7 et 8 mars, Et ta sœur ? comédie musicale ; le 15 mars  What the femmes! chorale karaoké; le 28 mars Enchantez-vous ! théâtre à partir de dix ans ; le 31 mars, La Princesse au petit pois, théâtre et le 2 avril Presqu’illes, cabaret matrimoine. Ateliers à la M.P.A.A./Breguet : De Femme à femmes, Brigade d’Intervention Féministe à partir du 4 mars. Et du 18 avril au 28 mai ; Levons-nous, théâtre /danse /performance pour les femmes, à partir de seize ans. 

M.P.A.A./La Canopée, Forum des Halles, Paris (Ier)   T. :01 85 83 02 10.
M.P.A.A./Saint-Germain, 4 rue Félibien, Paris (VIème)  T. : 01 46 34 68 58.
M.P.A.A./Breguet 17/19 rue Breguet, Paris (XI ème)  T. : 01 85 53 03 50.
M.P.A.A ;/Broussais, 100 rue Didot, Paris (XIV ème) T. :01 79 97 86 00.
M.P.A.A./Saint-Blaise, 37/39 rue Saint-Blaise  Paris (XX ème) T. :01 46 34 94 90. 

mpaa.fr.

Adieu Pierre Guyotat

Adieu Pierre Guyotat

 

© Jean-Luc Bertini

© Jean-Luc Bertini

Mort il y a deux nuits à Paris, il était né en 1940 d’un médecin de campagne français et d’une mère polonaise , il a seulement seize ans quand il envoie ses poèmes à René Char qui l’encourage. Comme tant d’autres et ce qui le marquera,  à dix-huit ans seulement il est «appelé» pour aller faire du «maintien de l’ordre» en Algérie comme on disait alors. Mais il sera vite inculpé  qui aux ordres du gouvernement se livrait à une guerre coloniale: pour atteinte au moral de l’armée, complicité de désertion, possession de livres et journaux interdits et envoyé dans une unité disciplinaire. A partir de 63, il sera lecteur aux éditions du Seuil, publiera des articles dans Arts et spectacles, France Observateur puis responsable des pages Culture dans cet hebdo devenu ensuite Le Nouvel Observateur.

Tombeau pour cinq cent mille soldats  paraît chez Gallimard en 67, accompagné d’un certain scandale -la guerre coloniale d’Algérie n’était pas si loin et les relations sexuelles entre hommes absolument tabous dans l’armée et les milieux conservateurs ; le général Massu, avec l’esprit de finesse qui le caractérisait, fit donc interdire le livre dans les casernes françaises en Allemagne… A une époque où nombre de soldats du contingent, dont certains presque illettrés, ne lisaient le plus souvent que de petites BD….    

Antoine Vitez, devenu directeur du Théâtre National de Chaillot, montera aussitôt en 81 ce texte. Ami de Philippe Sollers, Jacque Henric et Catherine Millet, l’écrivain s’intéresse à l’art contemporain et fréquente le groupe Tel Quel. Il fut arrêté deux fois en mai 68 et adhérera au Parti Communiste pendant quelques années. Il sera invité à Cuba avec d’autres écrivains français et fera ensuite de nombreux séjours en Algérie de 67 à 75. En 70, était paru chez Gallimard Eden Eden Eden avec une préface de Michel Leiris, Roland Barthes et Philippe Sollers mais l’ouvrage sera aussitôt interdit à l’affichage, à la publicité et même à la vente par le Ministre de l’Intérieur, sous le règne de Georges Pompidou. Il y eut très vite une pétition  de soutien signée de nombreux écrivains et artistes : entre autres, Jean-Paul Sartre, Pier Paolo Pasolini, Max Ersnt, Joseph Kessel, Pierre Dac…

Le metteur en scène Alain Ollivier crée Bond en avant en 73 avec Marcel Bozonnet, François Kuki, Jean-Baptiste Malartre et Christian Rist au festival de la Rochelle, dans une halle de marché où les acteurs jouaient parmi des morceaux de carcasses d’abattoir… Puis en version plus réduite mais moins convaincante au Théâtre de la Tempête, à la Cartoucherie de Vincennes.

Souvenirs, souvenirs… En 73, il vient chez nous en voiture un dimanche soir  pour que nous fassions une interview de lui mais 9h, 9h 30, 10h… point de Pierre Guyotat. Il arrivera quand même tout essouflé vers 10h 30. Terriblement gêné, disait-il, d’arriver sans rien. Il avait cherché en vain une bouteille de vin dans une épicerie sur les boulevards extérieurs… Même après un bon repas, très angoissé, il s’allongera sur le canapé et demandera à ce que l’on ouvre toutes les fenêtres pendant cette interview. Il nous remercia gentiment pour le dîner mais oubliera son écharpe d’un beau bleu. Et quand je le revis en 81 à la première de Tombeau, il me demanda gentiment s’il pouvait venir chercher cette écharpe à laquelle, disait-il, il tenait beaucoup car elle avait appartenu à son père…. Bien entendu, nous avions complètement oublié l’existence  de cette écharpe disparue et proposions de lui en offrir une autre, mais, non, il voulait retrouver celle-là…

Pierre Guyotat revendiquait  son homosexualité et ne craignait pas de s’engager avec une grande générosité,  là où on risquait des coups pour des comités de soldats, la défense des immigrés, etc. Bref, tous ceux qui dérangeaient comme lui, l’Ordre établi, en particulier l’église et l’armée, et en 75 paraît chez Gallimard  Prostitution. La même année, il écrit Vive les Bouchères de l’interdit dans Libération, en soutien aux prostituées qui occupaient une église à Lyon.

Il connaîtra  ensuite plusieurs graves dépressions nerveuses et sombra dans le coma en 81, avant de retrouver la santé des années plus tard. Et en 1986 Michel Guy, le directeur du festival d’Automne lui passa commande d’un texte, Bivouac. Et en 88, il travaille avec le peintre américain Sam Francis à un livre d’artiste dont il écrit le texte. Et aux éditions Léo Scheer parut le tome 1 (1962-1969) de ses Carnets de bord. Il écrivit aussi Formation (2007), un récit sur son enfance et sur l’entrée dans la Résistance de plusieurs de ses parents. De 2001 à 2004, Pierre Guyotat, nommé professeur associé à l’Institut d’études européennes de  Paris VIII, lira et commentera des textes de la littérature française et étrangère depuis le Moyen Âge.

En 2014, il publie chez Gallimard Joyeux animaux de la misère où  il dépeint les aventures de trois personnages dans sept mégapoles,puis une suite de ce roman Par la main dans les enfers, deux ans plus tard. Et en 2018,  Idiotie, un récit autobiographique sur sa jeunesse où il connut la misère  financière et la guerre d’Algérie. L’an passé, on put voir des dessins de lui à la galerie Azzedine Alaya à Paris.

Très discret, Pierre Guyotat, souvent injurié par l’extrême droite, conserva l’intransigeance et l’honnêteté intellectuelle qui auront été les siennes tout au long de sa vie, ce qui n’est pas si fréquent. Amoureux de la langue française, il n’aura eu de cesse de l’apprivoiser, quitte à en rendre la lecture souvent difficile. Mais il aura aussi grandement aidé, en faisant porter à le scène des textes à-priori non dramatiques, à modifier le paysage du théâtre actuel… «Cet orfèvre des lettres, véritable virtuose, poète possédé par les mots, était un artiste unique, déterminé et exigeant» a dit Jack Lang. Bien vu…

Philippe du Vignal

 

Adieu Claude Régy

Adieu Claude  Régy

Photo Pascal Victor/ArtComPress

Photo Pascal Victor/ArtComPress

Il s’est éteint tout à l’heure à quatre-vingt seize ans. Une coïncidence, un signe du destin. Nous pensions à lui il y a deux jours, en rangeant des livres de théâtre… Nous tombions sur le texte de La Chevauchée sur le lac de Constance de Peter Handke qu’il avait superbement monté. en 72; ce spectacle lançait le tout jeune Gérard Depardieu  et il le fit encore jouer dans plusieurs de ses spectacles.

Plus de soixante ans de carrière et autant de spectacles! Nous l’avions souvent interviewé, notamment dans son petit appartement de la rue Beaubourg. Ce qui frappait chez lui : la grande élégance de son langage plein d’humour mais aussi la précision quand il parlait de son travail, essentiellement sur des œuvres d’auteurs contemporains et en même temps son rapport au temps, à la lumière qu’il voulait souvent faible, au corps, au silence qui pour lui faisait partie du spectacle. « Le silence dans la parole est une ouverture sur l’infini ; c’est le moment où l’imaginaire trouve sa place et où le spectateur peut ressentir la profondeur de l’esprit, du questionnement. La respiration fait partie de la traduction du texte, elle met en valeur la ponctuation. » (…) « C’est la jouissance du texte.  » Tous éléments qu’il savait imposer au public qui avait fini par le suivre, malgré certains textes un peu obscurs depuis une dizaine d’années qui nous fascinaient moins.

Son exigence scénique était assez rare et les jeunes metteurs en scène la remarquaient aussitôt. Comment  tout détailler de cette si longue carrière? Nous avons vu la plupart de ses mises en scène mais nous garderons surtout en mémoire Les Viaducs de la Seine-et-Oise de Marguerite Duras en 62. Puis ensuite et Claude Régy nous fit découvrir des  œuvres d’auteurs étrangers comme La prochaine fois je vous le chanterai de James Saunders ou Témoignage irrecevable de John Osborne. Et en 66 et 67, Le Retour et L’Anniversaire d’Harold Pinter et encore la même année, cette pièce au titre magnifique: Rosencrantz et Guildenstern sont morts de Tom Stoppard, une peu longuette mais remarquablement interprétée.

Et surtout des années plus tard Trilogie du revoir et  Grand et petit qui firent découvrir Botho Strauss au  public avec la fascinante Christine Boisson. Et quelques années plus tard, un texte difficile mais-intéressant avec en 83 Par les villages de Peter Handke avec Andrej Seweryn et de nouveau Christine Boisson, puis Des Couteaux dans les poules de David Harrower. Mais toujours aussi exigeant, il monta aussi  des auteurs considérés comme plus difficiles… Sarah Kane, Jon Fosse, Arne Lygre… Et il savait choisir ses acteurs entre autres: ceux que nous avons cités mais aussi Isabelle Huppert, Delphine Seyrig, Jean Rochefort, Michel Bouquet, Jean-Pierre Marielle ou Pierre Brasseur… Un feu d’artifice!

Il avait créé son dernier spectacle Rêve et folie de Georg Trakl il y a trois ans, au Théâtre de Nanterre-Amandiers. « Comment mieux dire l’absence de Dieu et la solitude absolue de l’homme? Le poète évoque le poids sur ses épaules, d’une race maudite: celle de la faute et du péché, écrivait notre amie Véronique Hotte dans Le Théâtre du Blog.  Après une telle expérience, on relit Claude Régy: «Il y a un courage dans la vitalité, incompréhensible, fabuleux, de vivre jour après jour. (…) Il y a, probablement, une force de vie qui est en nous, qui est déposée, qui fait qu’on encaisse tout, parce qu’on a besoin de continuer.» Rêve et Folie témoigne de cette persévérance à être, et à exister malgré tout, grâce à Georg Trakl, Claude Régy et Yann Boudaud. »

Merci à Claude Régy d’avoir apporté une curiosité et une rigueur exceptionnelle dans  ses mises en scène, ce qui n’était pas un luxe dans le théâtre français de l’époque. Ces dix dernières années, nous avions eu un peu de mal à le suivre dans des mise en scènes disons expérimentales qui n’aurait pas dû être rendu publiques. Mais  il aura mené tout au long de sa vie un travail exemplaire surtout dans la recherche de textes étrangers et dans sa direction d’acteurs, cela n’est pas si fréquent et mérite d’être encore salué, au moment où il nous quitte à jamais.

Philippe du Vignal

Théâtre Ouvert à la Cité Véron : dernier focus…

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

 

Théâtre Ouvert à la Cité Véron : dernier focus…

On va laisser de côté la nostalgie pour cet endroit charmant et poétique, une trouvaille de Lucien et Micheline Attoun, ses premiers directeurs, où tout près dans des maisons voisines du Passage, planent les ailes de Jacques Prévert et de Boris Vian. La coupole qui vit naître et grandir Théâtre Ouvert/Centre National des Dramaturgies Contemporaines, va entrer dans la panoplie des divertissements du prospère Moulin Rouge, propriétaire des lieux. Mais on va soigner le souvenir, en particulier de ce dernier focus. Nous n’avons pas assisté à tout (voir Le Théâtre du Blog) et nous ne donnerons pas la liste des auteurs présents: les fidèles, les historiques,  les nouveaux… Donc, nous avons picoré.

De Noëlle Renaude dont l’écriture est liée de façon presque organique à Théâtre Ouvert, nous avons écouté un moment des Abattus, roman en trois parties : Les Vivants, Les Morts, Les Fantômes, à paraître aux éditions Rivages Noir en février prochain, lu par ses fidèles alliés: on ne va pas dire complices  (où est le crime, sinon d’écriture vivante?) Christophe Brault et Nicolas Maury. On a hâte de l’avoir en main, ce livre si parlé, si riche de traversées des corps et de la ville.  De Guillermo Pisani, Je suis perdu-Pièce N°1 a été lu par Caroline Arrouas, Boutaïna El Fekkak et Arthur Igual et nous nous a mis dans le même état d’impatience : comment peut-on faire rire avec les grandes questions de l’identité, de l’accueil des étrangers ? Comme ils le font… en étant incisifs et vrais, avec peu de mots mais justes.

Pas de regrets inutiles : les beaux textes qu’on n’a pas entendus, on les lira dans les livres et tapuscrits, édités par Théâtre Ouvert. Nous serons bien obligés d’attendre la publication et le retour sur scène d’Une Pierre de Frédéric Vossier. Où un homme écrit à son frère, sans recevoir jamais de réponse. Il lui parle de son désarroi de vieil orphelin à la mort de leur mère, de sa place difficile dans la maison où il a laissé s’imposer un intrus opaque et violent. Et il essaie de ne pas se plaindre mais la détresse passe entre ces lignes si retenues.

Les souvenirs remuent pas mal de brutalités, le monde est présent, de loin, de biais. L’Afrique, les Noirs, la guerre et les hurlements du grand-père, la grand-mère violée et mariée… « Maman détestait beaucoup de gens, j’étais un cancre, je te battais… » De lettre en lettre, la place des souvenirs d’enfance grandit, se précise puis recule, avec toujours le même ton d’excuses et l’expression de la même fragilité, de la même solitude, avec toujours cet appel à une réponse qui ne vient pas et à la douceur. « J’ai peur je perds l’équilibre parfois je crie dans les bois j’ai peur mais les arbres me rendent forts. » Mais la peur revient. Dormir, rêver peut-être ? «Ça m’a fait plaisir de t‘écrire», jusqu’à une fin tragique, suspendue.

Ce pourrait être aussi un roman par lettres. Stanislas Nordey les dit à sa juste place : ni auteur, ni destinataire de ces lettres -jetées comme un appel, une bouteille à la mer, on ne saura jamais si elles sont parvenues-  celle d’un homme qui prend connaissance du texte. Mais vraiment et sans crainte d’aller au cœur des mots et de ce qui les a incité à les dire. L’émotion ne vient pas d’un signe extérieur d’empathie mais située entre les lignes et dans son articulation ferme et soucieuse de respect.

L’acteur s’adresse au public mais en quelque sorte au-dessus de nous, à ces êtres fragiles, marginalisés qui ont inspiré l’écrivain. Voilà une forme rare de fraternité entre un auteur, un comédien, un public et le monde qui leur arrive par ce biais. Une Pierre est née d’une phrase du Journal de deuil de Roland Barthes (en date du 24 novembre 1978) : « le chagrin comme une pierre… (à mon cou, au fond de moi ». Eh ! Bien, voilà, cette pierre, Frédéric Vossier et Stanislas Nordey l’ont déposée avec tendresse devant nous. Cela fait des souvenirs qui résonnent longtemps et de l’attente. Alors, Théâtre Ouvert pourra déménager et emmènera avec lui ses auteurs et autrices (l’ordre alphabétique règle cet ordre des entrées…), ses textes, fantômes et boîtes à outils, c’est selon. Et sa riche mémoire.

Christine Friedel

Frédéric Vossier dirige la revue Parages du Théâtre National de Strasbourg. Ses textes sont publiés aux éditions Quartett  et aux Solitaires intempestifs  (six volumes dont : Stanislas Nordey,  Locataire de la Parole).  Et C’est ma maison, Rêve de jardin et Ciel ouvert à Gettysburg sont édités en tapuscrits  au Centre National des Dramaturgies Contemporaines.

Hommage à Aziz Chouaki

Hommage à Aziz Chouaki

DR

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Le Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis a consacré une soirée unique en hommage à l’écrivain et auteur dramatique Aziz Chouaki, brutalement décédé en avril dernier. Bien que placé sous l’égide d’une institution nationale,  cet hommage fut marqué par la simplicité, sans discours ni évocations mémorielles. Initié par la fille de l’auteur, Maera, comédienne, accompagnée par son frère Joar, guitariste, ce moment a pris la forme d’une promenade rêveuse dans l’œuvre de leur père.

«Je me replonge dans ces textes dont la plupart ont bercé mon enfance, j’en découvre certains et je décide d’axer cet hommage autour de thèmes et d’aspects littéraires qui font sens à mes yeux et qui me touchent profondément» annonce-t-elle dans le programme. Elle a proposé l’aventure à une dizaine de jeunes comédiens qui ont découvert, avec elle, une œuvre qui leur était inconnue. Ainsi au fil d’une soirée d’une heure environ, la plupart des thèmes chers à Aziz Chouaki, ont résonné face à un public nombreux et concerné.

Une phrase en ouverture : «Au nom de ce qui m’arrive, avec feu, avec délire, je déclare ouverte à l‘éternité, les portes du royaume de mon imaginaire». Et la formule magique ouvrit en effet de nombreuses portes, au fil de neuf extraits, délicatement mis en espace par le groupe, sans commentaire ni tentative de liaison. Au cours de ce voyage, on reconnut Une Virée, Les Oranges, Le Tampon vert  (pièces parues aux éditions Théâtrales), Esperanza (éditions Les Cygnes), le roman L’Etoile d’Alger (éditions Balland), et on découvrit des textes moins connus comme Baya, rhapsodie algéroise (récemment réédité par Bleu autour) et quelques-uns non publiés comme Plan Ouvert, Quoi, Le Lys et le jasmin…

Christiane Chaulet-Achour écrivait dans la revue Diacritik en novembre 2018 : «Avec Aziz Chouaki, quelle que soit la thématique dont l’écrivain s’empare, tout se joue dans la langue donc, non comme exercice de style mais comme manifestation d’un être-au-monde qui, partant de «racines» stérilisantes, parce que définies dans l’étroitesse et l’obligation, s’en échappe pour s’inventer dans le chaos maîtrisé d’un «chaloupage» linguistique constant.»
Nourri en effet de ses explorations de jeune homme dans la littérature française, il le fut tout autant des particularismes du berbère et du parler algérois. Bon guitariste et grand connaisseur de musiques, il infuse aussi à son écriture les rythmes du rock, du jazz, du chaâbi…

Le fondamentalisme islamiste en Algérie, son pays d’origine et la migration clandestine ont alimenté nombre de ses écrits mais il a aussi abordé les contradictions, la drôlerie et l’ineptie des situations liées à l’exil. Installé en France depuis 1991, ce fils d’instituteurs né à Tizi Rached et qui a fait des études de lettres anglaises, avait dû quitter l’Algérie en raison des menaces d’islamistes… En effet, depuis les années 80, il signait chaque semaine dans Le Nouvel Hebdo, une nouvelle inspirée par la montée de l’islamisme. « Il a été menacé de mort et on a dû quitter alors le pays», rappelle son épouse. Après publications de divers romans et pièces de théâtre, Les Oranges (1997) prend place au sein des textes majeurs du théâtre francophone et a été joué à de nombreuses reprises. Jean-Louis Martinelli, alors directeur du Théâtre des Amandiers de Nanterre, lui commanda plusieurs textes (ZoltanCorsicaEsperanza et Une Virée, monté en 2004 et repris les deux années suivantes). Cette pièce sera adaptée en suédois en 2007. Les Coloniaux, autre commande de Jean-Louis Martinelli sera créée en 2009. Compagnon de route de la Mousson d’Eté,  il écrivit aussi, à l’invitation de Michel Didym et Laurent Vacher, une adaptation de Don Juan.

Cette  soirée ne prétendait ni à l’exhaustivité ni à l’hagiographie. Témoignage familial et intime de ses enfants, elle n’en fut pas moins à la hauteur des engagements paternels, à la croisée de l’Algérie et de la France. Et à distance délicate de ce magicien de la langue que fut Aziz Chouaki.

 Marie-Agnès Sevestre

Théâtre Gérard Philippe, Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) le 18 novembre.

 

 

Entretien avec Stéphane Hillel, metteur en scène et directeur du théâtre des Bouffes-Parisiens

 

Entretien avec Stéphane Hillel, metteur en scène et directeur du théâtre des Bouffes-Parisiens

 

Sept Ans de réflexion, une pièce qui a inspiré le célèbre film de Billy Wilder (1955) avec Marylin Monroe. Né cette année-là, Stéphane Hillel est de ceux qui, comme Sacha Guitry, Louis Jouvet, Pierre Fresnay, Marie Bell, Jean-Claude Brialy, Bernard Murat… sont passés du plateau, au fauteuil de directeur d’un théâtre privé. Stéphane Hillel a joué trente pièces, en a mis en scène une vingtaine et en connaît, depuis 2003, les plaisirs et les affres de la direction…

-Comment s’est effectué votre passage du métier de comédien à celui de metteur en scène, puis de directeur?

-J’ai eu de très belles expériences d’acteur comme, entre autres en 1984, avec Les Temps difficiles d’Edouard Bourdet, mis en scène par Pierre Dux, au Théâtre des Variétés, dirigé alors par Jean-Michel Rouzière. Gérard Caillaud me remarqua et m’engagea pour une longue tournée de 89 à 93, dans Les Palmes de monsieur Schutz de Jean-Noël Fenwick. Mais je ne m’amusais plus : quand on joue beaucoup et trop longtemps, on a envie de se régénérer…

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(C) jean Couturier

J’ai eu alors le désir d’avoir un lieu avec les outils nécessaires pour monter mes spectacles. Le Théâtre de Paris a entendu mon envie et en 2003, je suis devenu directeur artistique, puis directeur, un an après. Il appartenait alors  à Alain Duménil et en 2013, Jacques-Antoine Granjon , le directeur de vente-privées.com,  a racheté successivement le Théâtre de Paris, La Michodière, puis Les Bouffes-Parisiens dont je suis devenu avec Richard Caillat et Dominique Dumont, le co-directeur jusqu’en juin dernier.

-Qui a eu l’idée de monter ici Sept Ans de réflexion et quelles ont été les difficultés rencontrées pour créer cette pièce américaine ?

-Cinéfrance, les coproducteurs de La Garçonnière, mis en scène par José Paul, que j’avais programmé au Théâtre de Paris en 2017 avec Guillaume de Tonquédec dans le rôle principal, ont acheté les droits de Sept Ans de réflexion. D’où l’idée de monter la pièce de George Axelrod qui, en 1952 donc trois ans avant le film de Billy Wilder, avait eu un énorme succès à Broadway. L’histoire? Richard (Guillaume de Tonquédec) passe à l’acte, après avoir été séduit par sa voisine du dessus, (Alice Dufour), un rôle que jouait Marylin Monroe : ce qui n’est pas le cas dans le film, à cause de la censure de l’époque ! Mais, comme la pièce bascule en permanence, de la réalité aux fantasmes, il faut que les comédiens et donc le public l’admettent.

L’acteur français a, en général, besoin d’une explication psychologique  pour passer d’un état à un autre. Une particularité qui tient peut-être à l’influence de Descartes mais qui n’existe pas chez les comédiens anglo-saxons qui passent d’un état à un autre plus rapidement. Il nous faut à nous, plus de temps. C’est un beau pari. Nous avons commencé un premier travail avec toute l’équipe dont Gérald Sibleyras l’auteur de l’adaptation, pendant quinze jours en mai et depuis août, nous poursuivons les répétitions dans le décor années cinquante au Théâtre des Bouffes-Parisiens…

Jean Couturier

À partir du 17 septembre, Théâtre des Bouffes-Parisiens, 4 rue Monsigny, Paris  (II ème), T. 01.42.96.92.42/ 44.

 

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