La treizième Biennale de Dakar: impressions

La treizième Biennale de Dakar: impressions

logo-dakart-300x300Dans une des plus grandes villes d’Afrique: 400.000 habitants dans les années 1970 et maintenant plus de trois millions, soit près du quart de la population du Sénégal, cette Biennale est une très importante manifestation, née de la volonté de l’État et des artistes qui, depuis les années 70, organisaient déjà régulièrement des salons consacrés à la création. Créée en 1989, avec une première édition dédiée aux Lettres l’année suivante, puis à l’art contemporain en 1992, et à la création africaine à partir de 1996.

La première édition de Dak’Art n’avait pas accordé la priorité aux artistes africains mais favorisait déjà la rencontre d’expériences entre eux et les professionnels. Depuis, la Biennale est devenue un lieu d’expression artistique mais aussi sociale: “Les politiques ont majoritairement échoué à transformer la vie de millions d’Africains, dit Hamidou Anne, consultant en communication institutionnelle sénégalais. Ils ont érigé un système inégalitaire qui a failli et qui ne laisse entrevoir aucune solution durable à moyen terme. Bien sûr, notre salut ne viendra pas de l’art car sa vocation n’est pas de nous sauver mais d’ouvrir nos yeux sur l’Afrique telle qu’elle devrait être, ou tout simplement, telle qu’elle est.»

Ce qui a sans doute changé: Dak’Art a, depuis une dizaine d’années, une renommée mondiale, même si cet événement reste encore dépendant d’organismes étrangers. Et si, au Sénégal, il y a des galeries mais pas encore de musée d’art contemporain… Dak’art est aussi appelée L’Heure rouge, en référence à quelques mots d’une courte pièce d’Aimé Césaire. Internationale et programmée dans des lieux officiels, malgré les retards et difficultés financières, elle regroupe les œuvres de quelque soixante-seize artistes africains venus de trente-trois pays: Sénégal bien sûr, Ethiopie, Bénin, République du Congo, Afrique du Sud, Maroc, etc.  Et européens Belgique, France continentale et Martinique  mais aussi méditerranéens: Tunisie, Egypte…

Il y aussi un peu partout une partie Off, avec un guide remarquablement bien édité. Dans des galeries, bien sûr, mais aussi des écoles, institutions, hôtels, entreprises, cours, restaurants ou lieux alternatifs, y compris un ancien marché au sol de sable et aux murs en mauvais état, avec le collectif Agit’Art… Et cela surtout à Dakar mais aussi à Saint-Louis. « La décentralisation engendrée par les sites off, disent ses organisateurs, remet en question l’idée d’un art global et l’existence d’un art contemporain africain monolithique et panafricaniste, comme le In peut prétendre le représenter (…) et en même temps elle multiplie ses pôles, tout en la rapprochant de la population. (…) Tout l’événement se fait alors plus accessible.”

 Laeila Adjovi

Laeila Adjovi

C’est donc un moment riche d’informations et unique au monde. Avec un village de la Biennale, la Galerie nationale, le Musée de l’IFAN-Théodore Monod, l’ancien Palais de Justice, le Grand Théâtre National… Et cette manifestation est aussi l’occasion de remettre des récompenses comme le grand Prix Léopold-Sédar Senghor à la photographe franco-béninoise Laeila Adjovi. Celui de la Diversité, attribué par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et doté de quinze mille euros remis à l’artiste marocaine Souad Lahlou. Le prix spécial de l’Union économique et monétaire ouest-africaine-cinq millions de francs CFA-a été donné à l’Ivoirien Franc Fannie Aboubacar, et celui du Ministère de la Culture, au Nigérian Tejuoso Olanrewague pour son œuvre Oldies and Goodies.

Autre lieu du In de cette biennale: la maison construite en 1978 par l’écrivain Léopold-Sédar Senghor, premier président du Sénégal, décédé en 2001 et qui y a vécu avec sa famille de 1981 à 2001. Il l’appelait « Les dents de la mer ». Achetée par l’État, et réhabilitée pour en faire un musée, elle a été ouverte au public, il y quatre ans et fait penser aux architectures couleur ocre du Mali. Il y a une tapisserie  de la Manufacture des arts décoratifs de Thiès, et des sculptures africaines. Son bureau ouvert sur le parc est resté intact et dans sa bibliothèque: des livres d’écrivains africains, des dictionnaires français, la Bible, le Coran, et des photos de Philippe Maguilen Senghor, son fils mort dans un accident  en 1981, à vingt-trois ans…

Musée de la Femme Henriette-Bathily

Musée de la Femme Henriette-Bathily

Autre lieu emblématique du In,  le Musée de la Femme Henriette-Bathily, une institution conçue dès 1987 par le cinéaste Ousmane William MBaye et lancée en juin 1994. Et présidée par Jocelyne Nugue jusqu’à sa mort. Situé avant 2014 sur l’île de Gorée,  il a été transféré Place du souvenir à Dakar. C’est une sorte d’hommage à la vie de toutes les femmes du Sénégal et d’ailleurs, porteuses d’histoire et animatrices de l’éducation permanente. Le Consortium de Communications Audiovisuelles en Afrique (C.C.A.) dirigé par Annette Mbaye d’Erneville et soutenu par un comité: historiens, sociologues, etc. veut que cette maison de la Femme contribue à la mise en place et au renforcement des instruments indispensables d’éducation, d’émancipation, d’armement moral et scientifique de toutes les femmes sénégalaises. Où a eu lieu pendant cette biennale Dénouées, une exposition d’un collectif de quinze femmes artistes.

 2018-05-08Wakh’Art, (parler art en wolof) a ouvert la Boîte à idées, un lieu culturel dynamique  et facteur de développement fondé  il y a sept ans par Ken Aicha Sy, un jeune designer. C’est une sorte d’incubateur  pour les artistes et les  amateurs d’art peuvent y découvrir les dernières tendances. Dans une maison située quartier Fenêtre Mermoz avec comme décoration: des pneus recyclés comme d’anciens pots de peinture et autres objets récupérés. Les murs couverts de graffs appartiennent aux artistes de passage. Entre autres, le chanteur Faada Freddy, le photographe sénégalais Yace Banks, le peintre camerounais Fred Ebami, ou encore le musicien d’Haïti Jowee Omicil. Et en ce moment, une exposition du Camerounais Gabriel Dia. Il y a aussi une médiathèque et des espaces pour ateliers, expositions, performances, concerts de rap, projections de films, et  déjeuners une fois par mois avec vente de tableaux, sculptures, etc. Dans ce lieu accueillant consacré à la culture alternative, on peut louer à prix raisonnable un studio et une chambre…

Dans la maison du célèbre sculpteur sénégalais, Ousmane Sow décédé en 2016, on peut circuler librement sous les vérandas où ont été installées ses œuvres, celles à la fois connues comme les statues de Nelson Mandela, De Gaulle, Victor Hugo… et d’autres moins connues, ou restées inachevées. Et on peut aussi entrer dans son atelier resté en l’état.

Dak’art est décidément une manifestation importante d’art contemporain, avec plus de peintures que de sculptures, lesquelles surtout créées par des hommes.Mais aussi des vidéos,  œuvres d’art numérique, installations, performances, présentations publiques, concerts, etc. Une biennale sans doute unique en Afrique, dans cette immense ville sans banlieue entourée par l’océan. Le In comme le off sont, pourrait-on dire, un laboratoire des diversités du monde, ce qui nous permet de sortir des préjugés et stéréotypes sur l’art dit « africain ». Au fait, pourquoi  on ne dit jamais « art européen »?  

Guy Lenoir qui était présent à cette Biennale a réussi, avec Migrations culturelles qu’il a crées à Bordeaux vers 1980, à monter  des manifestations et des expositions comme en janvier dernier avec une vingtaine de créateurs africains, vivant ou non en France. « Ils nous aident, dit-il, à déconstruire les préjugés, comme ici la Biennale. Ces actions  artistiques lient les habitants de notre région aux artistes africains qui ont souvent une belle maîtrise de la peinture et des outils technologiques. J’aime leur insolence, leur intelligence. Au Sénégal  des hommes et des femmes à la culture raffinée, et de la trempe de Senghor ont poussé les artistes vers le haut. Le pays a maintenant des centres d’art et de culture, des écoles d’art et une biennale internationalement reconnue. Après avoir fait longtemps cavalier seul aux côtés de l’Afrique du Sud, le Sénégal et sa Biennale se retrouvent au cœur de l’actualité des arts de tout le continent. Malgré le manque de couverture médiatique internationale, elle rayonne bien au-delà des frontières et surfe sur l’engouement actuel de la presse, du public des capitales européennes, des collectionneurs et de la progression du marché. La Biennale bénéficie aussi du travail de commissaires talentueux et du débat actuel sur la restitution des bien par les pays colonisateurs… Dak’art est à l’image d’un pays étonnamment jeune, bouillant et désordonné mais séduisant et passionnant, et est devenue un curseur et un arbitre de la qualité et souligne les points forts des artistes, qu’ils soient du continent ou des diasporas.

Il récolte aussi les fruits du travail mené depuis les années 1990 dans le milieu très fermé du monde de l’art: expositions et résidences internationales, apprentissage dans les domaines de l’image et du numérique mais aussi, soutien de fondations, appels à projets, professionnalisation des métiers de l’art, reconnaissance des droits et protection des artistes qui ne sont plus considérés comme des citoyens à part, attrait des chercheurs,  galeristes et acheteurs du monde entier. Pour autant, l’art n’a pas acquis ici toute la popularité souhaitée. Dak’art reste une manifestation surtout suivie par l’élite culturelle et politique mais on  attend que la société  et l’Etat sénégalais assument leurs responsabilités. »

Comme le dit Guy Lenoir, c’est une question récurrente ici et dans nombre de pays africains. Mais sait-on qu’a été construit il y a cinq ans à Ouidah  (Bénin),  le premier musée en Afrique-mis à part l’Afrique du Sud-consacré à l’art contemporain. Une initiative de la fondation créée en 2005 par le financier franco-béninois Lionel Zinsou qui a aussi ouvert un centre artistique à Cotonou, la capitale…

Jean Digne


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Niches et failles d’Alexis Forestier

 

Niches et failles d’Alexis Forestier

flyer-aforestier Du côté de ce qu’on ne voit pas: dans les coins, là où se forme une rupture encore secrète, dans les niches et les failles: là où regarde Alexis Forestier, artiste en continu, malaxant musique poésie, scène et construction d’objets étranges, sous la haute bienveillance de Dante, Kafka, Dada (voir son récent spectacle Modules Dada dans Le Théâtre du blog) et d’André Robillard, pensionnaire à vie de la clinique de la Borde et artiste qui fabrique et peint, entre autres, des fusils avec des couleurs vives.

Morceaux de charpente dont on a oublié la fonction, pieux au rebut, vieilles pompes à huile, ferrailles, pierres trouvée sur place : l’inventaire évoque une décharge sauvage, mais la démarche et le regard d’Alexis Forestier se trouvent exactement à l’opposé. Le prix de ces objets abandonnés? Des matières fortes qui les constituent: métal, bois, laine tassée dans un aquarium, restes de forges… et la trace du travail humain qu’ils portent. L’artiste utilise souvent aussi de petits moteurs de récupération qui leur donnent un mouvement, un rythme et une petite chanson monotone, comme une présence familière.

Dans les différents lieux du château, la modestie de ces œuvres et leur façon de prendre place fermement s’impose. Au hasard du parcours, dans les boves (anciennes étables et remises creusées dans la craie de la falaise) et dans les casemates, ils adoptent les parois humides, alvéolées par l’érosion et visitées par des mousses et algues vertes. L’œuvre et le support, comme l’environnement s’entendent bien, et l‘artiste fait son métier : donner à voir et inciter à regarder.

Mais il attend encore autre chose de cette complicité entre ses artefacts et les lieux : voir comment le climat de ceux-ci vont modifier ceux-là. Il a déjà choisi des matériaux et des formes qui ont vécu, tellement vécu qu’ils ont été rejetés. Mais non, leur vie continue,  comme ce bois pourri ou qui se craquelle, une trace de peinture qui disparaît ou se modifie, des choses qui se tassent.

Rien dans les salons du château: Alexis Forestier ne cherche pas a priori le conflit entre  lieux et pièces exposées. Mais le cabinet de curiosités est fait pour lui : ici, tout est permis comme les naturalia, pourvu que ces productions aient quelque d’étrange, d’insolite, de troublant ou rare. Artificialia, scientifica, exotica (inutile de traduire, toute le monde comprend ce latin-là): chaque objet, devenu précieux, emmène le visiteur vers son histoire –c’est quoi ce truc?- et par effet d’écho, à ses propres émotions. Un fusil bricolé avec un bout de bois et une pièce de pompe à huile, hommage à André Robillard, rappelle l’enfance, en même temps que la violence des temps, et pas seulement du nôtre ; il voisine avec un outil à rien, dont la matérialité est évidente mais la fonction totalement opaque, à côté de purs blocs de matière. Dehors, une forêt clairsemée de pieux pousse dans le gravier, et curieusement cette alliance minimale d’un produit végétal épuisé, et du minéral, respire et nous apaise.

Dans ce parcours large, généreux, avec une confiance dans les éléments et les lieux on écoutera, par exemple avant de les voir, les clochettes (anciennes pompes à graisse) suspendues très haut à la falaise de la Cour d’honneur, les sordida (nouvelle catégorie à ajouter dans les collections des cabinets de curiosité? Ces rebuts ont une véritable poésie qu’Alexis Forestier sait mettre en scène et révéler. Et rendre inutiles les classifications : musicien, metteur en scène, plasticien ? Il est artiste.

Christine Friedel

Château de La Roche-Guyon (Val d’Oise), jusqu’au 1er juillet. T. : 01 34 79 74 42

 

Suzanne Lalique et la scène

Suzanne Lalique et la scène

Maquette en volume pour un décor de théâtre © MAD, Paris

Maquette en volume pour un décor de théâtre
© MAD, Paris

Suzanne Lalique : son nom sonne comme une clochette de cristal. L’artiste  est de la  famille célèbre pour ses vases encore fabriqués à la main à Wingen-sur-Moder en Alsace et ouverte par son père René Lalique en 1921. Ce nom éveille le souvenir enchanté d’une représentation du Bourgeois Gentilhomme en 1951, à la Comédie-Française. La petite fille, qui avait alors huit ans, se souvient de tout : nom des acteurs, ton des voix, habit aux fleurs en-en bas, apporté par son tailleur à ce pigeon de Monsieur Jourdain,  rire de Béatrice Bretty, splendeur de l’escalier et de la galerie dus à la décoratrice au nom sonore. On comprendra que la petite fille, ayant vieilli, courre au musée Nissim de Camondo pour voir Suzanne Lalique et la scène.

Mais cette petite exposition (une seule salle)  avec quelques jolies maquettes en volume, des dessins de costumes avec quelques échantillons de tissu, quelques photos dans une vitrine se révèle vite est assez décevante… Les objets ne sont pas toujours légendés avec précision, ce qu’on ne reprochera pas aux commissaires de l’exposition: maquettes de décor et costumes sont des outils provisoires d’un art éphémère et tout n’est pas conservé, archivé et répertorié… Même la Comédie-Française, au moins depuis la fin des années 70, a été amenée à se débarrasser d’encombrants lots de costumes inutilisés, eussent-ils vêtu ses plus illustres comédiens.

Ce qu’on retiendra quand même de cette visite: la modernité de  Suzanne Lalique qui se documentait comme personne, sur les costumes et la décoration des pièces dont elle avait la charge.  Elle a été l’une de premières à créer des costumes inspirés directement du temps de l’écriture de la pièce, et non de sa fable. Et elle travaillait sur le corps des comédiens, ce qu’ont réinventé plus tard, dans les années 70, des costumiers comme Patrice Cauchetier, en particulier pour Patrice Chéreau ou Patrick Dutertre  pour Phèdre, mise en scène d’Antoine Vitez, (1975). On regrettera que l’exposition plus importante consacrée à Suzanne Lalique d’abord au Musée de Wingen-sur-Moder  puis à Limoges (elle était mariée à Paul Burty Haviland, fils du porcelainier) n’ait pas suffisamment circulé. On se consolera en visitant la collection du mobilier Louis XVI du musée Nissim de Camondo. Et on n’oubliera pas de s’intéresser à la longue et brillante histoire de cette famille anéantie par la déportation.

Christine Friedel

Musée Nissim de Camondo, 63 rue de Monceau, Paris VIII ème. T. : 01 53 89 06 50, jusqu’au 17 juin

 

Picasso et les maîtres espagnols

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Picasso et les maîtres espagnols, réalisation de Gianfranco Lannuzzi, Renato Gatto et Massimiliano Siccardi

 La Carrière de lumières des Baux-de-Provence : un vaste espace souterrain dans le calcaire blanc des Alpilles. De cette carrière, dite des Grands-Fonds, furent extraits, au fil des ans, des pierres pour la construction du château et de la cité des Baux. Les hautes parois lisses portent encore les stigmates de la scie-crocodile qui découpait des blocs de deux m3.  D’autres sites des environs étaient aussi exploités depuis des millénaires pour les constructions, jusqu’à leur fermeture, en 1935. À droite de l’entrée, une grande galerie s’enfonce sur soixante mètres sous la montagne pour aboutir à un gigantesque hall, découpé par d’immenses colonnes laissées par les carriers pour porter le «toit».

Ces piliers naturels entre cinq et dix mètres à la base et de sept à neuf mètres de haut, constituent, comme les murs et le plafond, autant d’écrans de projection. Séduit par le site, le journaliste Albert Plécy, y créa en 1977 Cathédrale dImages et y montra avec un succès croissant, des murs d’images géants.  Mais en 2011, la ville des Baux-de-Provence confie la gestion des carrières à  Cultureespaces, une société qui gère de nombreux musées. En 2012, malgré une bataille juridique acharnée engagée par les ayant-droit de Cathédrale d’Images, elle  rouvre le site sous le nom de Carrières de Lumières et y organise des expositions «numériques et immersives »

Picasso et les maîtres espagnols fait dialoguer des œuvres de Pablo Picasso, Francisco Goya ou encore Joaquin Sorolla, sur ces immenses surfaces calcaires. Un montage numérique impressionnant se déploie du sol au plafond et les images rebondissent sur les piliers. Des détails surgissent au hasard des recoins. On ne sait plus où donner de l’œil, le temps de s’habituer à ce flot incessant d’images rythmé par des musiques.

 Avant d’entrer dans l’univers de Pablo Picasso, nous sommes invités à voir quelques sources espagnoles de son inspiration. De la cour royale, aux scènes champêtres de Francisco Goya, puis  les jardins enchanteurs de Santiago Rusiñol, les portraits typiquement ibériques d’Ignacio Zuloaga et les scènes maritimes du lumineux Joaquin Sorolla. Grand absent, Diego Velasquez et ses Ménines, auxquelles Pablo Picasso consacra pourtant une cinquantaine de tableaux… Mais le montage numérique ne s’encombre ni de pédagogie ni de chronologie dans cette première partie historique.

Encore moins dans l’exploration de l’univers foisonnant de Pablo Picasso qui suit. Grâce à des musiques évocatrices, nous plongeons avec le Köln Concert de Keith Jarett dans La Joie de Vivre (1946) et ses figures mythologiques. On passe imperceptiblement au cubisme, avec Les Demoiselles d’Avignon (1907), qui se met en place tel un puzzle sur les parois. Les personnages apaisants des périodes rose et bleue du peintre se teintent de mélancolie avec Les Gnossiennes nº1,2,3 d’Éric Satie. Après un noir, apparaissent les premiers éléments du célèbre tableau Guernica (1937) accompagnés d’extraits de presse et de photos de ruines. Le parcours se termine sur une touche sentimentale: la représentation des compagnes  du peintre,  dont Jacqueline. « Du début jusqu’à la fin, sa vie est ponctuée par les rencontres avec les femmes. Nous avons souhaité mettre en valeur leurs portraits avec ce final», précise  Gianfranco Lannuzzi. Pour ce dernier volet, Luca Longobardi, chargé de l’illustration musicale, a choisi l’aria Casta Diva de Norma de Vincenzo Bellini, par Maria Callas. Des morceaux bien connus rythment ainsi les images de séquence en séquence, et favorisent l’accès du grand public à ces œuvres, en les rendant familières. L’agencement iconographique compense largement le peu d’inventivité de la bande-son, et la légèreté de l’introduction aux maîtres espagnols. Un bel hommage offert à Pablo Picasso qu’il ne faut pas manquer, si vous passez par là. En évitant les heures d’affluence…

Cette exposition multimédias s’inscrit dans la manifestation Picasso-Méditerranée, à laquelle participent de nombreux musées, dont à Marseille, le MUCEM et celui de la Vieille Charité à Marseille.

Mireille Davidovici

Carrières de Lumières, Les Baux-de-Provence (Bouches-du-Rhône) jusqu’au 6 janvier.  

T. : 04 90 49 20 03 carrière-lumières.com

Inégalités entre les femmes et les hommes dans les arts et la culture : petit tour d’horizon

egalite-femmes2Inégalités entre les femmes et les hommes dans les arts et la culture : petit tour d’horizon… 

 Rapport du Haut Conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes

A la veille du 8 mars, journée consacrée aux luttes pour le droit des femmes, le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes a publié un rapport: Inégalités entre les femmes et les hommes dans les arts et la culture, acte II : après dix ans de constats, le temps de l’action. Statistiques et conclusions restent accablantes et ce, malgré la prise de conscience induite par les rapports de Reine Prat, en 2006 et 2009: «Majoritaires sur les bancs des écoles d’art puis mises aux bans des institutions, les femmes subissent encore pleinement le mythe de la toute-puissance du «génie créateur masculin. (…) Aujourd’hui plus nombreuses  que les étudiants, puis progressivement, à l’image d’un processus d’évaporation, elles deviennent moins actives, moins payées, moins aidées, moins programmées, moins récompensées, et enfin, moins en situation de responsabilités que leurs homologues masculins. Elles représentent aujourd’hui: 6/10èmes du corps étudiant, 4/10èmes des artistes effectivement actif ; 2/10èmes des artistes aidés par des fonds publics ; 2/10èmes des artistes programmé(e)s; 2/10èmes des dirigeants; 1/10èmes des artistes récompensés; et, à postes égaux et compétences égales, une artiste gagne en moyenne 18 % de moins qu’un homme. »

 A l’occasion de cette publication qui tombe à pic pour le 8 mars, les E.A.T. (Ecrivains associés du théâtre) ont organisé le 5 mars une table ronde à la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques, sur la question de la place des femmes au cinéma et au théâtre. Dominique Paquet, auteure et ancienne directrice de théâtre, commente ces chiffres et rappelle que l’un des premiers auteurs de théâtre, au Moyen-Âge en Europe, fut une Allemande: Hrosvita de Ganderscheim (930 et 935, et encore vivante en 973). Aujourd’hui oubliée, elle écrivit des pièces à partir de celles de Plaute et de Térence.

Sophie DESCHAMPS

Sophie DESCHAMPS

Même sort, rappelle la scénariste Sophie Deschamps, pour Alice Guy (1873-1968) qui, absente des manuels, réalisa pourtant des centaines de films, dont historiquement le premier de l’histoire du cinéma! La Fée aux choux (1896) qui donc précéda le célèbre L’Arroseur arrosé (1897) des frères Lumière. Et aussi des westerns, aux Etats-Unis, où elle termina sa carrière et mourut. Depuis toute petite, Sophie Deschamps, elle, rêvait de faire du théâtre: «J’ai abandonné le métier d’actrice, car on ne peut pas vieillir dans ce métier après trente-cinq ans. Ce qui m’a blessée, dans ma carrière, c’est de devoir séduire, l’obligation d’être la plus belle pour aller danser». Elle s’est donc tournée vers l’écriture dramatique puis le scénario: «C’est très jouissif d’écrire, car on tient les manettes». Il y a beaucoup de scénaristes-femmes, dit-elle, car « c’est un métier de l’ombre ». En revanche, les réalisatrices ne sont que 17 % à la télévision, et 25% au cinéma, et leurs films ne reçoivent pratiquement jamais de récompenses. «Les budgets de production pour les femmes sont très inférieurs, parce que les commissions d’attribution ne sont pas paritaires: le système  actuel exclut doucement les femmes. Pourquoi 85% des budgets de la Culture vont-ils aux hommes ? ».

 Du côté de la réalisation, «c’est plus lent, dit Cécile Tournesol, metteuse en scène de la compagnie L’Art Mobile, et plus difficile pour les femmes de monter des projets.» On leur fait moins confiance et la discrimination perdure: l’homme est l’artiste, la femme, sa muse. Et elles n’accèdent toujours pas à la direction des Centres Dramatiques Nationaux. «Quand Aurélie Filipetti a essayé de nommer plus de femmes dans les Centres Dramatiques Nationaux, elle s’est pris une volée de bois vert, précise Dominique Paquet. La ministre actuelle a décidé de faire des quotas et, a été alors votée à l’unanimité, une progression obligatoire de 5% par an, jusqu’à la sortie du seuil d’invisibilité (33%).

  »Pour les comédiennes, il n’existe pas d’étude “genrée“, mais on peut se demander où sont les actrices de cinquante ans? Seules 8% d’entre elles travaillaient en 2015, et en 2016, c’est encore pire», dit  Tessa Volkine, actrice et membre de L’A.A.F.A. (Actrices et Acteurs de France associés). «Avec ma voix grave, on m’a dit que je ne travaillerai pas avant quarante ans. On nous met dans des cadres. On fait peur par notre caractère engagé, par notre côté garçon manqué. Quand nous donnera-t-on la parole, à nous, les actrices?»

Il faudrait faire appel à l’imaginaire des autrices et auteurs, pour qu’ils écrivent des rôles pour elles. Pour que cessent les représentations stéréotypées des femmes dans les fictions. H/F* publiera sur son site à la fin mars, des consignes destinées aux formateurs, les incitant à déconstruire les stéréotypes sexués, mais aussi à rétablir les femmes au sein du patrimoine culturel.

 H/F : rencontre avec Sylvie Mongin-Algan

Sylvie Mongin-Algan © Carmen Mariscal

Sylvie Mongin-Algan © Carmen Mariscal

 Pendant longtemps, dans un milieu des Arts et de la Culture pourtant considéré, par nature comme émancipateur et égalitaire, animé par des valeurs humanistes et universelles, les inégalités entre hommes et femmes n’ont pas été un sujet de controverses. Devenues visibles, ces inégalités ont alors suscité de nombreuses réactions, dont la création de H/F, à l’initiative de quelques femmes de théâtre dont Sylvie Mongin-Algan qui dirige à Lyon le Théâtre Nouvelle Génération, un collectif d’artistes. «A l’issue d’une discussion avec Reine Prat, et d’une réunion à la Direction du théâtre du Ministère de la Culture, qui rassemblaient quelques directrices de lieux, pour nous inciter à postuler à des directions, j’ai proposé à des amis de réfléchir : comment se faire entendre par les professionnels du théâtre? D’où la création, en 2008, d’H/F comme les micros H.F. et non pas F/H.» Depuis l’idée a fait des petits, et H/F-Île-de-France a suivi,  et un réseau s’est constitué, à l’occasion du festival d’Avignon 2011, en Fédération inter-régionale du Mouvement HF qui compte aujourd’hui quatorze collectifs régionaux regroupant mille adhérent-es. Avec comme objectif: le repérage des inégalités des droits et pratiques entre hommes et femmes dans les milieux de l’art et de la culture, toutes fonctions confondues (artistiques, administratives et techniques) ; l’éveil des consciences par la sensibilisation des professionnels, des responsables institutionnels, des élus et de l’opinion publique, et l’orientation des politiques vers des mesures concrètes.

Un mouvement, qualifié d’évènement au regard de son caractère spontané et inattendu, par la philosophe Geneviève Fraisse. «C’est une aventure où on riait beaucoup, avec un plaisir à la subversion. Puis, il y a eu le travail sur le langue, le matrimoine, avec des chercheuses comme Aurore Evain. Le vocabulaire dérangeant, ça me plaît». Ainsi la Bolognaise Christine de Pizan, écrivaine féministe (1364-1431)-alors que la polémique sur la place des femmes dans la société faisait rage, se fit la défenseuse du «matrimoigne». À l’époque, quand il y avait mariage, les futurs conjoints déclaraient leur patrimoine (transmis par le père) et leur matrimoine (transmis par la mère). Pourtant, comme celui d »autrice »,  le mot fut effacé des dictionnaires…

 Auteure ou autrice ?

Aurore EvainFemme de théâtre et chercheuse, Aurore Evain a découvert par hasard, dans les registres du XVIIème siècle de la Comédie-Française, le terme « autrice » : «Je me suis engouffrée dans cette quête, jusqu’à épuiser les index et dictionnaires afin de débusquer sa trace sous les différentes orthographes de l’ancien français: auctrix, auctrice, authrice, autrice. Avec ce mot «autrice», remontait à la surface une longue généalogie littéraire de femmes qui l’avaient porté, de lointaines devancières en qui puiser notre autorité et notre légitimité de créatrices. 

Pendant des siècles, l’Académie française a travaillé à rendre «autrice» invisible : désormais, on cherche à le rendre inaudible, en ajoutant un discret appendice à auteur-e… Aujourd’hui, nous sommes de plus en plus nombreuses à brandir ce mot comme un étendard et à adopter la requête des dames déposée à l’Assemblée nationale en 1792 : «Le genre masculin ne sera plus regardé, même dans la grammaire, comme le genre le plus noble, attendu que tous les genres, tous les sexes et tous les êtres doivent être et sont également nobles».

 Le rapport du Haut Conseil conclut : «L’affaire Harvey Weinstein et la vague de dénonciations des violences sexistes et sexuelles ont jeté une lumière crue sur les difficultés spécifiques que rencontrent les femmes-artistes et sur les inégalités systémiques entre femmes et hommes dans le domaine de la culture. Si ce secteur ne fait certainement pas exception, il n’en demeure pas moins que les récents évènements (…) appellent à une action déterminée pour faire reculer les violences sexistes et les inégalités entre femmes et hommes. Dans cette prise de conscience qui doit se poursuivre et dans les actions qui doivent en découler, le Ministère de la culture a toute sa place à prendre.» Mais pour Sylvie Mongin-Algan, «les associations militantes doivent aller au-delà de la propositions des politiques. Rester inventives. Ça n’avance, que parce qu’on pousse. Dès qu’on relâche, les politiques mettent des cales.  Nous sommes des lanceuses d’alertes. »

 Mireille Davidovici

Le 5 mars, Table ronde à la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques, rue Ballu, Paris VIIIème.


Les Femmes et la culture, quelle place, quels outils pour sensibiliser et favoriser égalité et émancipation
?, le 8 mars, de 9 h à 16h 45,  Maison des Métallos, 94 rue Jean-Pierre Timbaud, Paris XI ème.

Le 11 mars, Parcours : Les Dames du tram, de 15h 30 à 17h, station (T3) Delphine Seyrig.
Du 11 au 13 mars, Paris des femmes, Théâtre des Mathurins, rue des Mathurins, Paris VIII ème.
Le 12 mars, table ronde : La Place des femmes dans le monde de la culture, de 19h à 22h, à la mairie du XIV ème, 2 place Ferdinand Brunot, Paris XIVème.
Le 26 mars, de midi à minuit, cinquante-trois autrices liront leurs pièces au Théâtre 14 Jean-Marie Serreau, 20 avenue Marc Sangnier, Paris XIVème

www.HF-idf.org ;  https://www.sacd.fr où-sont-les-femmes-dans-la-culture-toujours-pas-là

-Les Femmes ou les silences de l’Histoire de Michèle Perrot, Flammarion.

-Histoire d“autrice“ de l’époque latine à nos jours, d’Aurore Evain, revue SÊMÉION, Travaux de sémiologie n° 6, Femmes et langues, février 2008, Université Paris-Descartes et sur siefar.org

-Théâtre de femmes de l’ancien régime d’Aurore Evain, Garnier Classique.

-Qu’est-ce que la matrimoine ? d’Aurore Evain.
https://auroreevain.com/2017/11/23/quest-ce-que-le-matrimoine/

Lettre à Madame la ministre de la Culture


Nous avons reçu cette lettre que Robin Renucci et d’autres directeurs de Centres Dramatiques Nationaux vont adresser à Françoise Nyssen, Ministre de la Culture et que, bien entendu, nous publions.
Vous pouvez la transmettre aux amis, à votre réseau et d’abord envoyer avant ce mercredi soir votre signature à Frédéric Perouchine: perouchinef@gmail.com, secrétaire général de l’Association des Centres chorégraphiques nationaux, de l’Association des Centres dramatiques nationaux et de l’Association des Centres de développement chorégraphique nationaux, 12-14 rue Léchevin 75011 Paris. T: +33 (0)6 63 17 49 51.

Philippe du Vignal

 

Madame la Ministre de la Culture,

Vous avez convié certain.e.s d’entre nous à la fin de l’automne à un dîner pour parler de nos différentes actions auprès des exilé.e.s qui cherchent actuellement refuge en France. Nous vous avons proposé alors d’organiser une commission dont nous étions prêt.e.s à prendre la charge, afin d’établir un dialogue avec le ministère de l’Intérieur. Nous avons insisté sur la nécessité et l’urgence d’ouvrir ce dialogue entre les artistes, les acteur.trice.s culturel.le.s et le ministère de l’Intérieur, dialogue sans lequel tous nos efforts, tout notre travail en direction des milliers d’exilé.e.s restent une goutte d’eau dans l’océan des violences qu’ils et elles subissent aujourd’hui sur notre territoire, dans cette France qui pour elles et eux représentait pourtant la patrie des droits de l’homme, une terre d’asile et de refuge, et qui n’est plus aujourd’hui, pour ces femmes, ces enfants et ces hommes, qu’un endroit de violence et de rejet.
Notre demande est restée lettre morte.

Vous avez lancé récemment un appel au milieu culturel et artistique à faciliter aux éxilé.e.s l’accès à la culture, à développer des ateliers artistiques avec elles et eux, pour les aider à patienter le long des files d’attentes administratives.
Madame la Ministre, sachez que voici des mois, des années, que nous menons ces actions, que nous faisons, nous, artistes, acteurs et actrices culturelles, tout ce qui est en notre pouvoir pour soulager la misère, l’impact des violences subies, à tous les endroits où nous pouvons agir, que ce soit en tant que directeur.trice.s de structures culturelles, de lieux de création, que ce soit en tant qu’artistes. Quels que soient nos moyens, nous sommes des milliers en France à tenter d’agir avec d’autres citoyen.e.s et des associations qui luttent quotidiennement, pour aider, soutenir, accompagner ces vies blessées, ces parcours meurtris, ces frères et sœurs humaines qui ont tout perdu, tout laissé derrière eux, non pas pour « profiter » des « pavés dorés » de notre République, mais par nécessité vitale. On ne quitte pas son pays, ceux qu’on aime, son histoire et sa vie, par envie de confort, mais parce qu’on ne peut pas faire autrement.

Nous ne menons pas ces actions parce que nous sommes artistes et gens de culture, nous le faisons, Madame la ministre, parce que nous sommes avant tout des citoyen.ne.s, qui, comme des milliers d’autres citoyen.ne.s, de tous bords, de tous milieux, voient en ces exilé.e.s des frères et sœurs humains en souffrance. Nous le faisons en ayant chaque jour un peu plus honte de notre pays, de la façon dont ce pays que nous aimons et dont nous défendons avec fierté et force l’expression culturelle, trahit ses engagements, sa devise et son histoire, ampute son avenir. Nous le faisons en ressentant de la honte devant l’étonnement et le désespoir de ces femmes et hommes qui ne parviennent pas à comprendre que ce soit ça, la France, un pays où on fait la chasse aux éxilé.e.s, aux réfugié.e.s, où on brutalise des enfants, où on use de la matraque contre eux, où on détruit les pauvres tentes dans lesquelles se réfugient des familles, ces tentes posées au milieu de l’hiver glacé sur l’asphalte de nos grandes villes, au milieu de nos illuminations de Noël.

On ne mène pas un atelier de théâtre, de danse, d’art plastique, d’écriture, de vidéo, avec des enfants en exil pour ensuite les remettre dehors dans le froid, sans se soucier de ce qu’ils mangeront le soir, et s’ils dormiront dans la rue. On n’accueille pas des femmes et des hommes à un spectacle ou à un film pour ensuite les mettre à la porte sans se soucier de la faim et de la peur qui les tenaillent. On ne monte pas une chorale avec des femmes et des enfants pendant des mois, pour ensuite leur tourner le dos quand ils reçoivent contre toute attente une injonction de reconduite à la frontière, vers la prison, la faim, les tortures, le viol ou une mort certaine. (…)

Un frère ou une sœur, et encore d’avantage un enfant, on ne le laisse pas à la rue une fois la rencontre faite. On ne le laisse pas se débrouiller seul.e devant des policiers qui chargent, qui gazent, devant des circulaires qui font la chasse à l’homme. Non ! On l’aide comme on peut, on l’accompagne, on l’héberge, on lui ouvre nos théâtres, nos salles de répétition, nos maisons, pour le ou la protéger de la rue et de ses violences, on évite les contrôles de police avec lui ou elle, on le fait ou la fait changer de domicile en pleine nuit, quand on sait qu’il va y avoir une descente de police, on monte des dossiers, des recours, on le ou la cache, on l’aide à circuler, à trouver de quoi manger. On noue des solidarités, avec tel.le policier.e qui vous prévient anonymement qu’un tel va être arrêté, avec tel.le enseignant.e qui fait l’impossible pour empêcher qu’un enfant soit retiré de son école, qui passe son temps libre à donner bénévolement des cours de français, avec telle famille qui va accueillir chez elle un mineur isolé sans papier et tenter de l’accompagner dans la jungle administrative actuelle, avec tel médecin, qui va soigner sans rien demander en retour, et surtout pas les «papiers».

Aujourd’hui il ne s’agit pas de faire des ateliers de théâtre ou de dessin. Aujourd’hui, Madame la Ministre, nous luttons contre les pouvoirs publics, contre les injonctions et les blocages kafkaïens des administrations, contre les contrôles, contre les refus de protection des mineur.e.s, contre les violences policières. Aujourd’hui, nous nous retrouvons dans l’obligation morale de désobéir, pour compenser l’indignité d’une politique migratoire parmi les plus inhumaines de notre histoire contemporaine.
Aujourd’hui, nous sommes, nous, artistes, acteurs et actrices du monde de la culture, en lutte et en résistance contre l’Etat français, par solidarité humaine, par fierté d’être de ce pays, non pas de la France qui rejette et pourchasse, violente et opprime les plus démuni.e.s, les plus pauvres, celles et ceux qui demandent aide et assistance, mais la France terre d’asile, la France pays des droits humains, la France telle que l’ont imaginée ces milliers d’éxilé.e.s, ces milliers de personnes fuyant la violence sous toutes ses formes et qui trouvent ici une violence qu’ils ne comprennent pas et qui les terrorise. Nous le faisons aussi, parce que l’histoire nous jugera et que le jugement de nos enfants et de nos petits-enfants sera terrible, si nous ne faisons rien.
Aujourd’hui nous sommes devenus, par la force des choses, coupables de délit de solidarité, nous sommes passibles de sanctions pour aider, soutenir, de toutes les manières possibles, des gens en souffrance qui sont pourchassés de manière inique par l’État français. Aujourd’hui, donc, Madame la ministre, nous nous dénonçons.

Votre appel au milieu de la culture et de l’art nous permet de nous avancer à la lumière et d’affirmer haut et clair ce que nous faisons aujourd’hui. Nous sommes fier.e.s et heureux.ses de vous compter parmi nous, comme résistante à la violence actuelle instaurée par l’Etat, car nous comptons sur vous pour aller au bout de la logique de votre appel. Ainsi nous vous invitons à nous prêter main forte en exigeant l’ouverture d’un réel dialogue avec le Ministère de l’intérieur, d’exiger que ses circulaires ne viennent pas détruire tout ce que nous tentons de mener jour après jour, d’exiger au contraire que tous les moyens soient mis en place pour soutenir l’effort des citoyens et citoyennes qui chaque jour partout dans ce pays œuvrent pour tenter de suppléer avec leurs faibles moyens aux manquements criminels de l’État.

Nous demandons à l’état d’ouvrir un véritable dialogue avec la société civile, avec toutes celles et tous ceux qui œuvrent auprès des réfugié.e.s dans notre pays, pour réfléchir et mettre en œuvre concrètement des solutions d’accueil.

Nous en appelons à un réveil de la conscience de celles et ceux qui ont été élu.e.s par le peuple face à ce drame humain et sociétal que l’Etat orchestre à l’intérieur de ses frontières. Nous vous appelons à soutenir nos actions en permettant qu’elles ne soient pas annihilées par des contre-mesures de répression d’État, et à peser de tout votre poids pour cela.
Si notre appel n’est pas entendu, Madame la ministre, sachez que nous poursuivrons notre action et que nous déclarons à présent, nous rendre coupables de délit de solidarité.

perouchinef@gmail.com

Premièr.e.s signataires :

David Bobée, metteur en scène et directeur du Centre Dramatique National de Normandie-Rouen.
Irina Brook, metteuse en scène et directrice du Théâtre National de Nice.
Elisabeth Chailloux, comédienne et metteuse en scène, directrice du Théâtre des Quartiers d’Ivry/ Centre Dramatique National du Val-de-Marne.

Célie Pauthe, metteuse en scène et directrice du Centre dramatique national Besançon-Franche-Comté.
Carole Thibaut, autrice et metteuse en scène, directrice du Centre Dramatique National de Montluçon, Région Rhône-Alpes-Auvergne.

Robin Renucci, comédien et metteur en scène, directeur des Tréteaux de France-Centre Dramatique National.

Le Bis de Nantes

 

Quelques notes sur le Bis de Nantes

 0E3AFB22-3018-49E0-BD75-B7CEFB817FEAHuitième édition  de ce rendez-vous du spectacle en France : théâtre, danse, musique, arts de la rue, cirque… Le monde de la Culture s’est donné une nouvelle fois rendez-vous à Nantes. Avec débats, et en principe, confrontation de pratiques et expériences : réforme des collectivités, reconfiguration des politiques publiques et budgets, éducation artistique et culturelle, etc.
Jacques Livchine, directeur avec Hervée de Lafond du Théâtre de l’Unité (voir Le Théâtre du Blog) y était. Impressions à chaud:

Sous les spectacles, il y a des entreprises avec circulation d’argent et bénéfices. Ici, se donnent rendez-vous ceux qui gagnent des parts de marché, les vraies femmes et hommes d’affaires du secteur! Soit quelque 12.000 personnes. Une immense foire que ce Bis de Nantes, avec, entre autres, quelque quatre-vingt débats. Françoise Nyssen, Ministre de la Culture, était là….

Il y a ici un rassemblement de start-up de toutes sorte et chaque stand de ce salon offre un pot en fin d’après-midi. On discute technique mais aussi idéologie. Il y a des centaines de « sponsors ». Aucun doute : le théâtre privé tente de pénétrer le théâtre public. On lit ici les nouvelles tendances du spectacle en France et les directeurs des Centres Dramatiques Nationaux semblent avoir carrément changé de discours. La Région Pays-de-Loire comme la Maire de Nantes, défendent la Culture. On a l’impression que l’argent déborde de partout, mais quand arrivent les chiffres de la diffusion, on meurt debout; les créations seraient jouées en moyenne 5,4 fois… Un goulot d’étranglement monstrueux: des milliers de productions ne trouvent ainsi pas preneur !

Cécile Backès, directrice de la Comédie de Béthune, regrette amèrement de ne pouvoir dépasser trente représentations par spectacle. Et on ne parle ici que de public empêché, exclu et de la couleur blanche des interprètes. Régine Hatchondo, Directrice Générale de la Création Artistique au Ministère de la Culture et qui le représente ici, est totalement dépassée et paraît incompétente. Heureusement, Jacques Fansten, président de la S.A.C.D., très drôle, anime les débats avec dextérité.

A l’étage des labels-musique, c’est la folie totale,  et on peut voir l’arrogance de tous ces marchands, de tous ces nouveaux petits Bill Gates, Steve Jobs et autres Mark Zuckerberg qui se pressent dans les travées… Je serre beaucoup de mains, mais la Fédération Nationale des Arts de la Rue est la lilliputienne de ce rassemblement: avec nos minuscules parts de marché, nous sommes toisés de très haut.

Et, bien sûr, il n’y a plus une seule place dans les hôtels. Je me retrouve dans une” business room” à l’Hôtel Radisson Blu, installé dans l’ancien Palais de Justice! Les clients prennent repas et petit déjeuner dans l’ancienne salle d’audience de la Cour d’assises. J’hallucine….

Le deuxième jour  de ces Bis, quelqu’un qui me demande : qu’est-ce que toi, tu vas foutre  ici? On parle beaucoup de « communautarisme », un mot que je comprends mal. Dans le milieu théâtral,  nous sommes de toutes petites communautés, et vivons dans de tout petits cercles… Le Théâtre de rue parle au Théâtre de rue, et les Centres Dramatiques Nationaux, les Scènes Nationales et les riches: tous se parlent entre eux. En une demi-siècle de pratique de théâtre, j’ai échangé en tout quatre phrases avec un directeur de C.D.N. J’ai dîné une fois avec un ancien ministre de la Culture, et j’ai échangé quelques mots avec Jack Lang… qui me prenait pour quelqu’un d’autre.

Aux Bis de Nantes, il y a toute la laideur du monde de l’argent mais, au moins, on voit de nouvelles têtes, on écoute ce qui se dit, on sort de son entre soi et de son microcosme. Mais tu mesures aussi à quel point, tu es un moins que rien, avec tes ridicules budgets de création et surface médiatique : il y a-j’exagère à peine-cinquante professionnels qui ont entendu parler de toi!

Il y a eu un phénomène étrange à ces Bis 2018: un bouleversement des valeurs. La fameuse déclaration de Villeurbanne en mai 68 a fait l’objet d’un focus dans le grand auditorium: on entendait un seul son de cloche : «Elargir le public, démocratiser, faire humanité ensemble, ne pas croire que les gens sont incultes, respecter la culture des modestes et de ceux qui ne vont jamais à l’Art. S’occuper du bien commun, mettre en route les intelligences collectives ».Cela en devenait même fatigant !
Le mot création, valeur absolue depuis quarante ans, laissait ici la place à la notion de partage,   de territoire, de faire ensemble, de faire avec, et de la nécessité de nourrir  le public… Du coup, nous étions rangés dans les socio-cul, méprisés pour nos actions de quartier de rue et notre goût du territoire. Bref, nous étions rattrapés par une nouvelle génération de directeurs de Scènes Nationales et de Centres Dramatiques Nationaux.

La ministre de la Culture a prononcé un discours (mais uniquement sur invitation) et n’a pas parlé de création, m’a-t-on dit (je ne faisais pas partie du cercle d’invités et on ne m’avait même pas inscrit au banquet à 32 €!). Et aux grands débats, seul Philippe Saulnier-Borell, directeur du festival  Pronomade(s) en Haute-Garonne représentait le théâtre dit de rue.

 J’ai acheté des revues, amassé divers bulletins que j’ai lus dans le train du retour. Dans celui d’Artcena, je découvre sur cinquante pages, des projets de création en théâtre, théâtre de rue ou cirque, à 80.000, 120.000, 216.0000 € (sic) avec d’interminables listes de co-producteurs. Mais j’ai noté aussi la réduction de la voilure: trois interprètes  en moyenne !
Nous, au Théâtre de l’Unité à Audincourt (Doubs), avec nos spectacles à douze acteurs, nous sommes à côté de la plaque, nous faisons partie d’un autre monde quand nous voulons nier les réalités économiques. Et si cela continue, nous  rejoindrons bientôt le grand cimetière des compagnies disparues…

Jacques Livchine

Jacques Le Marquet

 

Jacques Le Marquet

Jacques Le Marquet, scénographe, né en 1927, est décédé le 30 décembre dernier. René Gaudy, son ami qui a enseigné avec lui à l’ Ecole Nationale des Arts Décoratifs, apprenant qu’il était hospitalisé à Ivry, était allé lui rendre visite. Un dernier dialogue avec lui, et un témoignage fort et émouvant.

portrait par Boris Taslitzky

portrait par Boris Taslitzky

Je le revois encore dans le grand couloir des Arts Décoratifs, rue d’Ulm, au premier étage, le couloir des intrigues, disait-il. Sa voix couvrait l’espace, sa tête dépassait celle des autres. Cheveux souples en arrière, gabardine beige au col relevé (avec en-dessous, une veste de toile noire)  et pantalon à pli impeccable d’où dépassaient des chaussures de luxe taille 45, lustrées… Il concentrait en un point le bout de ses doigts et, d’un ample geste, les portait à son nez: « Mon pif, c’est pas de la décoration ».

«Monsieur Le Marquet…vous êtes réveillé ? ».  Il tend vers moi sa grande main qui serre fort: «Mets-toi dans la lumière, que je voie ton visage, tes yeux ». Il prend la lampe, la braque sur moi: »Tu avais les cheveux noirs…».  Après la main, la voix. Grave et forte, avec des phrases tranchées net.  C’est bien lui.  

 «Avec Jean Nouvel, on a fait une trentaine de concours, on en a gagné quelques-uns, comme l’Opéra de Lyon, Minneapolis… C’est déjà pas mal. Il a un talent énorme… J’ai toujours beaucoup travaillé en amont, je produisais une centaine de pages de notes, avec des dessins. Une fois pour une salle de spectacle, j’avais fait un projet avec uniquement des formes de coquilles Saint-Jacques uniquement :  la forme des théâtres antiques grecs et romains. Mais cela a été refusé, dommage, c’était excellent…

Si cela ne plaît pas, tant pis, je ne discute pas, je passe à autre chose. Je n’ai jamais été jaloux de la réussite des autres; au contraire, j’aime que les autres réussissent. J’ai fait quatorze scénographies  pour Claude Régy,  seize pour Jean-Paul Roussillon et plusieurs pour Georges Wilson mais peu pour  Jean Vilar, mort trop jeune. Le metteur en scène est toujours  au premier plan et le scénographe derrière, caché. Mes archives sont à la Bibliothèque Nationale. Mes maquettes ? Je les ai brûlées, des flammes de six mètres de haut…

R.G. : Je me souviens d’une exposition sur les masques funéraires du Congo dont tu avais fait la scénographie. Le public était dans le noir, seuls, les masques étaient éclairés.  D’où venait la lumière, on ne savait pas, les morts étaient bien là et nous regardaient…Tu disais toujours aux étudiants: la scénographie,  cela part de la sculpture.

 L’aide-soignant apporte le goûter. Sur le plateau,  cinq morceaux  de gruyère disposés comme les doigts de la main. « Le comté, tu le sors du frigo, tu le mets cinq secondes au micro-ondes, il est à point. »  

 R.G. : En 1968, les élèves de la section : décor de théâtre des Arts déco se sont révoltés contre  l’enseignement qui y était donné. Un élève t’avait demandé de venir enseigner, et tu as créé une section scénographie, une nouvelle ère pour l’école

Lui : Oui, j’ai dit tout ça à Anaïs Dupuy-Olivier, c’est dans sa thèse. Je n’ai jamais fait de cours aux Arts Déco mais j’accompagnais ces jeunes et il y a deux filles qui ont obtenu la bourse de la villa Médicis. Une autre, quel que soit l’exercice demandé, se débrouillait toujours pour être à poil! Les garçons, eux, n’avaient pas le même  talent et certains étaient  à l’état gazeux!

R.G. : Comme coordonnateur de la section, tu n’étais pas directif. Tu  soutenais nos projets, sans rien imposer. J’ai toujours tes notes de service. Une au moins par semaine, parfois plusieurs pages. Et écrites avec de grandes lettres noires, comme ton ombre portée. Cela venait de Jean Vilar, non?  De ses notes de service au personnel du T.N.P. ?

J. L. M. : Ces notes étaient un troisième volet de mon travail, en plus de l’écriture personnelle et de de la scénographie. Je n’ai jamais choisi entre l’écriture et le dessin… J’ai aussi commis trois pièces d’abord Jardins à la française, une autre  montée par Patrice Kerbrat avec Jacques Seiler, et La Garde, ma meilleure: j’y ai mis tout ce que j’avais voulu dire dans mes autres textes: une histoire de faux Gardes républicains.» A la fin, j’écrivais des poèmes mais ils n’ont pas été publiés.

 R.G. : J’avais pris ta succession comme coordonnateur de la section scénographie. Le nouveau directeur  de l’Ecole, Richard Peduzzi, a alors organisé une très officielle « Journée de la scénographie », assez méprisante à notre endroit et à celui de Jacques Le Marquet. J’y avais présenté le bilan de la section Scéno: «Jacques Le Marquet est parti hier; il a retiré son nom sur son casier. Je le salue ici comme  le créateur de cette section et du studio de scénographie qui est un bel instrument d’étude (comme on dit un violon d’étude) mis à la disposition des élèves. Il avait une certaine éthique,  avec un savant dosage de rigueur dans le suivi des travaux et d’ouverture sur toutes les approches du spectacle. Ce qu’il a mis en place ici, restera un point d’appui essentiel pour demain.» Et j’ai demandé à Richard Peduzzi que ce studio porte le nom de Jacques Le Marquet mais il a refusé !

R.G: Tu as fait partie comme moi, de la cellule communiste des Arts déco, la cellule Léon Moussinac. Tu en étais le trésorier, je te revois nous distribuant nos timbres, tout en pestant contre la trésorière du V ème arrondissement. Pendant ce temps,  Boris Taslitzky nous dessinait…

J. L. M. : Boris…Quelqu’un de très fin…sa façon de dessiner les arbres,  chaque branche, comme un corps : magnifique. 

R.G. : Il a fait un portrait de groupe de la cellule qu’on peut voir sur le site créé par sa fille… Au centre du tableau, tu trônes, bien droit dans un fauteuil mauve, d’où jaillit ton costume de velours vert Véronèse.  

J.L.M: Oui mais pas ressemblant. Ce que je demande en premier, à un portrait, c’est la ressemblance.  (…) Mon père s’appelait Marquet. Un nom franc-comtois. Peut-être le passage des Espagnols. Marquez… Peut-être la famille de l’écrivain Garcia-Marquez. Mon père était de la région de Vesoul, et ma mère,  du Valois. J’ai rajouté : Le. Comme une particule; à la campagne autrefois, on disait : Le Untel. Mes prénoms sont Jacques Lucien et cela fait donc  toujours : J L M. Notre seul nom : celui qu’on se donne. Casanova dit cela, Casanova, un homme d’une intelligence prodigieuse… » 

 Jacques Le Marquet était-il don Juan, Casanova ? Non, plutôt un personnage  de la Renaissance. Il admirait Charles-Quint: «Le seul homme d’Etat qui ait démissionné de son plein gré». Alors, homme de pouvoir, condottiere, Machiavel?

R.G. : Tu disais souvent que tu aimais les gens méchants, et qu’avec eux,  on savait à quoi s’en tenir.

J. L. M : Plutôt ceux qui jouent les méchants. Le plus important pour moi : le simulacre, la mimésis. Je mets un masque, je me protège et derrière ce masque, j’attaque. Les autres se sentent coupables de rester silencieux. Cela fait sortir la vérité. Parfois. 
 

Il cite souvent le journal de Pontormo, «l’artiste subtil et tourmenté de la Renaissance finissante » Tourmenté, subtil. C’est lui. Pour lui, ce qui est premier : la forme, surtout si cette forme saigne et crie. A la fin de ma visite, détendu il me demande où j’habite, ce que j’écris et  pourquoi je suis venu le voir:« Tu vas écrire quelque chose? ». Il ne le dit pas mais a deviné. 

R.G. : Y-a-t-il des choses dans ta vie que tu n’as pas faites ? Que tu regrettes de ne pas avoir faites? Que peut-être, tu aurais voulu faire? Il réfléchit quelques secondes: «Non». Bruit d’assiettes dans le couloir, c’est l’heure du repas.
Je lui dis au revoir. Il sourit.
Je pense aux célèbres vers de Jean de La Fontaine. «La mort ne surprend point le sage/Il est toujours prêt à partir/S’étant su lui-même avertir/Du temps où l’on se doit résoudre à ce passage».

 René Gaudy 

  

De quelques considérations sur les tarifs des spectacles

 

De quelques considérations sur les tarifs des spectacles

 OHtix2Nombreux sont nos lecteurs qui nous demandent ce que nous pensons des tarifs des spectacles, à Paris et en province. Tentons d’y voir plus clair avec quelques exemples. Dans notre capitale chérie, la moyenne des prix tourne autour de 30 €, mais dès qu’il y a un spectacle de cirque donc plus coûteux, comme entre autres chez Zingaro, que c’est une comédie musicale, ou qu’il vient de l’étranger, ou qu’il y a une vedette, ou que c’est un spectacle hors programmation habituelle, ou encore que c’est-vieille et sale habitude-Noël ou le 31 décembre surtout dans les théâtre privés et même chez Zingaro!- les prix peuvent vite s’envoler… Il y a bien les multiple sites de billets à réduction mais pas toujours voir jamais pour les  places et les jours des spectacles convoités…

 A y regarder de plus près,  cela ressemble une jungle où il n’est pas facile de se repérer. Même si dans l’ensemble, les théâtres subventionnés ont plutôt une politique à long terme et une vraie volonté de s’adresser à un plus large public. Ainsi le Théâtre National de la danse à Chaillot, vise plusieurs objectifs : d’abord maintenir un socle d’abonnés fidèles- vieille hantise déjà de Jean Vilar et donc une fréquentation satisfaisante, ce qui n’est pas évident, compte-tenu de la jauge de la grande salle Jean Vilar (environ 1.000 places). Même si Chaillot a maintenant conquis un large public de danse, et malheureusement plus que de théâtre, donc sur une durée d’exploitation assez courte, cela bien entendu complique les choses, quant à un soupçon de rentabilité, la place dans les théâtre subventionnés coûtant toujours beaucoup plus cher que le prix payé!

Didier Deschamps entend aussi ne pas exclure les publics les plus démunis, et en même temps attirer les jeunes… Comme essayent de le faire tous les théâtres, concurrencés sans exception, par d’autres modes de spectacle et par les jeux vidéo et Internet en général. Le théâtre étant souvent considéré par les enseignants des collèges et lycées comme non prioritaire ! En même temps, il faut aussi remplir la nouvelle salle Gémier (400 places) et permettre au public de naviguer dans les espaces de circulation autrefois fermés. Ce qui augmente aussi les dépenses de fonctionnement : surveillance, nettoyage, électricité…

Alors que les subventions du Ministère de la Culture ne sont pas extensibles ! Bref une sorte de quadrature du cercle et donc une nouvelle « approche»-pour rester poli-de la grille ! A Chaillot, la dernière revalorisation des prix des places plein pot et  hors abonnement remonte à trois ans et celle des abonnements, à six ans : soit plus 6% environ 37 et 41€, et pour les groupes et les plus de 65 ans, de 8 à 10% : 29 et 34€. Mais les prix des tarifs pour les jeunes, pour l’éducation artistique et culturelle, et les plus défavorisés, eux,  n’ont pas bougé : de 18 à 13 €.

Mais bon malgré tous leurs efforts, les grands théâtres surtout à Paris et moins semble-t-il, dans les grandes villes de province, ont toujours quelque difficulté à faire venir un public de moins de quarante ans. Question d’intérêt mais pas que…  Et les tarifs dépassent et de loin ceux du cinéma à Paris…. Il nous souvient que Gabriel Garran nous avait raconté à l’époque; c’était en 1969, quand il était directeur du Théâtre de la Commune à Aubervilliers, situé tout près de nombreux HLM, à titre d’expérience-il ne pouvait se le permettre qu’exceptionnellement !- il avait décidé de la gratuité pour Les Clowns mise en scène d’Ariane Mnouchkine. Et aussitôt, le théâtre avait été plein de spectateurs de tout âge qui n’avaient pas et n’auraient jamais les moyens d’un tel luxe: aller voir un spectacle! Alors que la salle était en face de chez eux… Et si à Chaillot comme ailleurs, les ouvreuses et ouvreurs sont rémunérés par le théâtre, en revanche, les consommations au bar sont chères. Mieux vaut apporter sa bouteille d’eau !

L’Odéon-Théâtre de l’Europe, cet autre grand théâtre parisien, avec deux belles salles,  se veut au service de tous les publics, dit Stéphane Braunschweig qui a remporté un succès certain l’an  passé avec des avant-premières à 50% moins cher. Opération renouvelée cette année encore, pour tous les spectacles bénéficiant de séries longues, avec  deux représentations en avant-première soit 10 .000 places à moitié prix*. « Je l’ai annoncé mon arrivée à l’Odéon : je souhaite ouvrir le théâtre à un plus large public, à tous ceux qui ne sont pas en mesure de payer le plein tarif ou de s’engager en souscrivant à un abonnement. Pour cela, j’ai voulu proposer nos spectacles en avant-première et à moitié prix. »  D’abord cette saison, avec Les Trois Sœurs d’après Anton Tchekhov, mise en scène de Simon Stone, artiste associé de notre théâtre.

L’occasion, dit Stéphane Braunschweig, de partager avec un nouveau public, l’émotion si particulière qui entoure la première des spectacles. On veut bien… mais c’est surtout le prix normal : 40 €, 28€, 18 €  et 14 € qui reste beaucoup trop élevé ! Mais là aussi c’est la quadrature du cercle, et faire venir des spectacles de l’étranger est toujours coûteux! Bref, il n’y a pas de solution miracle! Mais il nous semble que cet effort intelligent vers un public jeune et majoritairement étudiant, va dans le bon sens, celui qu’avait initié avec succès, Olivier Py quand il était directeur de ce même théâtre. mais les places au festival d’Avignon qu’il dirige maintenant restent chères pour un public jeune ou qui ne peut pas investir dans un TGV,quelques nuits d’hôtel, etc. En quelque vingt ans, on a vu un changement indéniable!

Dernier venu dans la tribu parisienne, Le Treizième Théâtre, place d’Italie à Paris XIIIème, une structure privée donc non subventionnée, avec une programmation diversifiée : “Ouvrir un nouveau théâtre à Paris , est un choix important, un acte fort, la preuve d’une démocratie un peu plus solide, disent ses directeurs Gilbert Rozon et Olivier Peyronnaud. Pourquoi un théâtre et pourquoi un de plus ? Nous croyons, modestement, qu’il y a encore de la place pour un théâtre différent, un théâtre moderne et décalé, qui brise les codes établis, les règles écrites, et les théories récurrentes. (…)Nous ferons de ce nouveau théâtre un lieu de rencontre, un lieu d’art et de divertissement pour tous, un lieu de vie. » Mais au-delà des bonnes intentions, il faut un certain courage pour se lancer dans une aventure pareille : une salle-ancien cinéma de 900 places peut plutôt accueillir de grands spectacles.

Mais il s’agit d’être concurrentiel et mieux vaut jouer sur des valeurs sûres: comme le fameux cirque québécois Eloise (voir Le Théâtre du Blog) ou prochainement, le non moins fameux Slava’ SnowShow russe. Il y a aussi une petite salle de 130 places mais par définition peu rentable. Chaque spectacle doit donc avoir un mode de financement et donc de recettes différent, ce qui implique des prix de place variables. Il y a même, comme dans certaines clubs privés, un Carré Or…
 Les directeurs ont conçu une «carte adhérent» qui devrait, selon eux, être attractive avec des avantages classiques mais dont certains ne coûtent rien au théâtre comme participations aux bords de scène, rencontres avec les équipes artistiques, et réservations prioritaires  pour les  grands évènements ou invitations aux répétitions et visites des coulisses du théâtre. Les réductions sur les spectacles de la saison, et tarifs préférentiels et offres privilégiées sur les services (restaurant, chauffeur, baby-sitting). Soit avec cette carte payante, 30€ ou tarif réduit pour les habitants du XIII ème : 15€. Ce qui n’est pas quand même donné! Mais bon, si on rentabilise cette foutue carte comme dans certains surfaces de bricolage, en y allant souvent,  le prix se rapproche  alors de ceux pratiqués dans les théâtre publics.

Côté privé encore, La Seine Musicale, implantée sur l’Ile Seguin, longtemps fief des usines Renault en bordure de la ville de Boulogne-Billancourt,est un grand ensemble de bâtiments en forme de vaisseau, consacré à toute la musique et aux spectacles mais pouvant aussi accueillir des manifestations variées. Donc si on a bien compris, ouverte à la location d’espaces… Issu d’un partenariat entre des sociétés privées et le Conseil départemental des Hauts-de-Seine, ce nouveau complexe culturel, construit sur un terrain de 2.35 hectares cédé par le département des Hauts-de-Seine, est l’œuvre des architectes Shigeru Ban et Jean de Gastines. Les prix des places est sans variable mais pour West side story, il faut compter 105€ au parterre! ou à la mezzanine, ce qui est bien cher pour une vision disons, des plus éloignées avec un son de micros HF ! Et jusqu’à 25 € sur les côtés ! Et cerise sur le gâteau, on retire gratuitement  (sic !!!!) les billets dans un des nombreux points de vente. Et on peut aussi acheter un e-billet collector sur carte plastifiée qui, munie d’un hologramme et d’un code barre. permet un accès direct à l’événement! Vous avez dit progrès? En tout cas,  il faut le payer!

Mais bon, vu le gigantisme de cette salle peu chaleureuse, aux sièges en  bois moulé et aux murs noirs,  mieux vaut investir dans une bonne paire de jumelles!  Et, si on a bien compris les indications du site, la direction de cette Seine musicale entend rentabiliser les choses au maximum, avec réservation par Internet et même si le département des Hauts-de-Seine est assez riche, la recherche d’un nouveau public ne semble pas être ici une priorité !

Du côté des petits-mais importants pour la création-théâtres comme le Théâtre Studio d’Alfortville en banlieue parisienne? Christian Benedetti annonce tout de suite la couleur : «Ce n’est pas un théâtre au sens de l’économie, mais au sens étymologique : l’endroit d’où l’on regarde, et au sens politique.Un théâtre de la distance, (comme l’image a besoin de la distance pour être vue, le théâtre a besoin de distance pour faire son travail). (…)
Le temps théâtral n’est pas le temps de la productivité de l’économie de marché. Il est celui, singulier, de la respiration et du regard de celui ou celle qui conduit le projet et de l’énergie du sens. » Un théâtre de recherche comme celui-là, on l’aura vite compris, a toute sa légitimité et se doit d’avoi une politique des prix très adaptée : un plein tarif à 20 €, et un tarif réduit à 15 € pour tout le monde ou presque : seniors, demandeurs d’emploi, intermittents, enseignants, étudiants, moins de trente ans, abonnés des théâtres partenaires. Et à 10€ pour  bénéficiaires du RSA, moins de 16 ans, Alfortvillais et le réseau Ticket Théâtre proposant un tarif unique de 12€ pour ses adhérents.

Autre exemple, le TnBA-Théâtre du Port de la Lune à Bordeaux, comme de nombreux centre dramatiques nationaux-Jean Vilar avec le célèbre T.N.P. ,avait déjà donné l’exemple il y a quelque soixante-dix ans- a adopté une politique d’abonnements et de cartes spéciales donc à prix réduits sauf spectacles majorés. Même si cela donne un peu le tournis, vu le nombre d’offres : 5 € par spectacle à partir de quatre personnes  et tarif réduit à 9 € le spectacle à partir de trois. Il y a aussi des carte pass solo et duo, des chèques-théâtre à échanger  contre un billet vendus 170 € par carnet de 10, au prix de 17 € la place

Mais il y a aussi un plein tarif qui ne doit pas concerner beaucoup de monde ! Soit  25 €  et tarif réduit 12 € (sauf spectacles majorés,  Théâtre en famille : plein tarif :12 € tarif réduit : 8 € Tarif dernière minute : plein tarif 17 €  et tarif réduit 10 € (sauf spectacles majorés).  Tarif collectivités et CE partenaires  7 € (sauf spectacles majorés) sur présentation de la carte CLAS, Cézam, TER Aquitaine, CNRS, MGEN, CE Pôle Emploi.

Du côté du NEST,
Centre Dramatique National transfrontalier de Thionville-Grand Est, il y aussi une volonté de s’adapter aux finances du public  avec un tarif plein à 21 €, un tarif réduit à 16 €  pour  les plus de 65 ans, abonnés structures partenaires, CE, demandeurs d’emploi, groupe de dix personnes. Mais aussi un tarif jeune à 8 € et enfin un tarif RSA à 5 €. Mais le Nest propose aussi  une carte adhérent à 15 € avec tous les spectacles à 10  €), une carte saison à 110 € pour douze spectacles + un offert : La Bonne éducation et une carte jeune à 21 € pour trois spectacles de la saison, et 5 €  le spectacle supplémentaire.
Pour son festival de formes brèves en septembre dernier, le NEST a donné la possibilité de prendre un pass journée à 20€ ou à 10€, pour les moins de 26 ans ou wek-end :  30€ et 15€. De même, le festival ados La Semaine extra au printemps prochain sera à 10€ , et tarif jeunes à 5€.

Voilà, de quoi méditer en ces temps où les mises en scène de spectacles deviennent sauf exception de plus en plus techniques et donc de plus en plus coûteux , les partenariats privés/publics se portent comme un charme. Avec toutes les dérives que cela peut occasionner! Aller pour finir de quoi enchanter votre soirée pluvieuse et triste cette belle réflexion de la grande chorégraphe Anne Teresa De Kerresmaeker: Nous sommes dans un monde où les expériences à vivre ensemble deviennent de plus en plus rares. Ce qui rend le spectacle vivant encore plus précieux. » C’est effectivement l’essentiel.A suivre donc…

Philippe du Vignal

*Odéon : ouverture de la location des places en avant-premières à 50% sur toutes les catégories, le 
mardi 31 octobre 2017, pour Les Trois Sœurs d’après Anton Tchekhov, mise en scène de Simon Stone.
Prix : 20€ / 14€ / 9€ / 7€ (séries 1, 2, 3, 4) au lieu de 40€ / 28€ / 18€ / 14€
.
T : 01.44.85.40.40 et sur www.theatre-odeon.eu

 

 

La Maison Maria Casarès

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La Maison Maria Casarès

 

images« Maria Casarès, comme vous le savez, a eu une carrière exceptionnelle. Son enfance fut assez tragique. Elle était la fille du Premier ministre de la jeune république espagnole.(…). Avec sa famille, elle dut s’enfuir. L’exil, donc. La France. Paris. Très vite, le théâtre. (…) Un jour, c’était vers la fin de la guerre, quelqu’un lui présenta un auteur de théâtre jeune et séduisant. (…). Elle fut engagée pour jouer dans sa première pièce qui s’appelait Le Malentendu. Elle y fut très intense, vibrante,(…) . Albert Camus tomba sous le charme.
Elle joua aussi à la création, des Justes. Et puis dans État de siège quelque temps plus tard. Il l’adorait toujours.(…). Et puis un jour, Camus est mort. Dans un accident de voiture. Pour Maria, ce fut un évènement terrible. Elle commença à dépérir (…) Quelques amis ont alors eu l’idée de lui faire acheter une maison. »

 Ainsi commence Les Fantômes d’Alloue, conte imaginé par Rémi de Vos pour accompagner une visite théâtralisée dans le domaine de La Vergne, lors du premier festival d’été de la Maison Maria Casarès. Cinq hectares de prés et d’îles au bord de la Charente. Une grande maison flanquée de tours, des communs qui délimitent une vaste cour intérieure ombragée. Située au cœur de la Charente limousine, à équidistance de Poitiers, Angoulême et Limoges, le lieu tient son nom des vergnes, c’est-à-dire des aulnes, le long de la nonchalante rivière.

 « La maison de Maria Casarès, poursuit Rémi de Vos, c’est ça : un puissant antidote au chagrin, à la douleur d’aimer, à la perte irrémédiable. Parfois, dans la maison, on entend des bruits étranges. On sent une présence. Là-haut, dans la bibliothèque, il y a des livres d’Albert Camus. Certains sont dédicacés. (…) . »Selon le conte, d’autres fantômes peupleraient les lieux : Jean-Paul Sartre, Paul Claudel et Jean Genet « qui ne se fréquentaient pas de leur vivant, et s’ignorent tout autant fantômes. Et comme Maria est ici, ils sont bien obligés de venir ! (…). Le dernier auteur qui hante parfois ces murs s’appelle Bernard-Marie Koltès(…). Bernard-Marie Koltès avait vu Maria Casarès jouer Médée quand il était jeune et sa vie en avait été transformée. (…) C’est elle qui lui avait inoculé la passion du théâtre à vingt ans et là, des années plus tard, elle créait une de ses pièces sous la direction de Patrice Chéreau. Pas mal ! Il vient pour Maria qui le retrouve dans ce théâtre qu’elle n’a pas connu. »

 Aujourd’hui  un théâtre a été créé dans l’ancienne grange, ainsi que des logements pour accueillir de jeunes équipes de création. Quand Maria Casarès, sans héritiers, fit don de La Vergne, à la commune d’Alloue, bourg de cinq cents habitants, pour « remercier la France d’avoir été une terre d’asile  », le maire, en toute logique, chercha conseil auprès de la Maison Jean Vilar, à Avignon, étant donné le long compagnonnage de la comédienne avec le Théâtre National Populaire. Ainsi naquit et prit corps, impulsée par sa directrice Véronique Charrier et son président François Marthouret, un centre de résidence et de création la Maison des Comédiens Maria Casarès …

 Depuis janvier 2017, Mathieu Roy et Johanna Silberstein, fondateurs de la compagnie du Veilleur à Poitiers, se partagent la direction du lieu avec des projets plein les cartons. « Quatre axes de développement, explique Johanna Silberstein : théâtral, agricole, pédagogique et numérique, afin d’ouvrir la maison vers l’extérieur, et de favoriser les rencontres entre les acteurs de ces différents domaines culturels  »

 L’axe théâtral se décline en saisons : au printemps des équipes de jeunes créateurs choisies par un jury répètent leur spectacle pendant un mois et le montrent à l’issue de cette résidence. A l’automne, ils reviennent, présenter des maquettes aux “Rencontres jeunes pousses“, devant un public local et des professionnels. Cette première année, après un appel à projet, les dossiers de soixante-quinze candidats, sortis des écoles nationales ou privées depuis moins de cinq ans, ont été examinés par les jurés, et quatre ont été retenus. Les équipes bénéficient ensuite d’un accompagnement artistique et administratif, pour la diffusion de leur spectacle.

En été un festival, « pour sortir du laboratoire et ouvrir sur le territoire », permet au public de la région, Charentais et vacanciers, de découvrir ce lieu de mémoire tout en assistant à des spectacles. Il a été inauguré cette année avec trois productions issues du répertoire de la compagnie du Veilleur, exploitées pendant un bon mois. Mille cinq cents entrées. Johanna Silberstein n’exclut pas d’inviter bientôt d’autres compagnies.

L’axe agricole en gestation verra la mise en place des expériences de permaculture sur le domaine, avec des associations de paysans et des lycées agricoles. La plantation d’un « jardin remarquable » est à l’étude. L’axe pédagogique se met en place: d’ores et déjà, des élèves visitent le domaine, et la maison est associée à l’université de Poitiers. Culture et agriculture, ces deux domaines d’enseignement font ici bon ménage. Un travail de mémoire est aussi entamé : un groupe d’architectes urbanistes et paysagistes va établir l’inventaire du bâtiment, du mobilier et du paysage, afin d’étudier comment la mémoire de Maria Casarès cohabite et se prolonge avec les projets futurs

 Le quatrième axe, encore en jachère, se situe dans le domaine du numérique, en association notamment avec le pôle d’images animées d’Angoulême. Il s’agirait d’accueillir de jeunes artistes, en lien ou pas avec de projets théâtraux, la création numérique étant de plus en plus présente sur nos scènes, de manière pas toujours bien maîtrisée .

 Avec cet ambitieux programme, Mathieu Roy, metteur en scène et Johanna Silberstein, comédienne et enseignante, à la tête d’une toute petite équipe, visent à créer un site polyculturel ouvert au public au rythme des saisons, pour s’inscrire dans une action territoriale, grâce au rayonnement qu’offre la grande région Nouvelle Aquitaine. A ce titre, l’Office artistique région Nouvelle Aquitaine (OARA) y installe une antenne poitevine. La maison Maria Casarès veut aussi s’ouvrir à l’international car elle bénéficie de deux labels : elle s’inscrit dans le réseau des Centres culturels de rencontre ( comme par exemple la Chartreuse de Villeneuve lez Avignon) et celui des Maisons des illustres ( à l’instar de la Maison Jean Vilar). On y accueille des écrivains dans le cadre de d’échanges internationaux : cette année un réalisateur syrien, l’an prochain un dramaturge iranien…

Productions artistiques, agricoles, enseignement, échanges et transmission, ainsi le jeune et généreux binôme envisage-il les divers productions de La Casa Casarès.

 Mireille Davidovici

 Propos recueillis pendant les rencontres jeunes pousses du 18 septembre, auprès de Johanna Silberstein.

 Maison Maria Casarès, Domaine de la Vergne 16490 Alloue. T. 05 45 31 81 22 www.mmcasares.fr

 

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