La Première fois, texte et mise en scène d’Hervé de Lafond et Jacques Livchine

 

 La Première fois, texte et mise en scène d’Hervé de Lafond et Jacques Livchine

Scènes-Vosges a pour mission le développement du spectacle en Lorraine Sud. Née de la volonté de regrouper au sein d’une même ensemble le petit théâtre municipal et l’auditorium de la Louvière à Epinal et le Théâtre de la Rotonde à Thaon-les Vosges. Avec une trentaine de spectacles par saison dont certains créés par des artistes associés des coproductions en théâtre, danse, cirque, chanson française et spectacle jeune public. Scènes Vosges dirigée par Jacky Castaing a été labellisée Scène Conventionnée pour le théâtre et la voix il y a onze ans.

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Début 1900, un groupe d’industriels alsaciens avait décidé de transférer à Thaon-les-Vosges une usine de blanchiment, teinturerie et impression. Armand Lederlin créa la première usine européenne de traitement des textiles, avec jusqu’à 4.000 employés… Et il demanda à l’architecte Desclères en 1913, puis après la guerre, à Hébrard dix ans plus tard, de construire pour son personnel un grand bâtiment susceptible de recevoir à la fois des activités sociales, sportives et culturelles dans de nombreuses salles de réception, restaurants, salles de sport et balnéothérapie. La salle ronde de réception est couverte par une coupole à dix-sept mètres de hauteur qui accueillait aussi des matchs de basket et de catch. Cette Maison de la Culture avant la lettre -Athénée de son nom d’origine- avait été conçue en forme de croix de Lorraine par ses concepteurs alsaciens pour prouver leur attachement à la France. Inscrit en totalité à l’Inventaire supplémentaire des monuments historiques en 1986, le bâtiment comprenait, aussi et surtout, une belle salle de 1.200 places avec une scène aux dimensions proches de celles du Châtelet ou de Chaillot à Paris. Soit 12 m de profondeur et 17, d’ouverture!  Après sa rénovation il y a onze ans, cette belle salle compte actuellement 854 places.

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Le Théâtre de l’Unité avait proposé il y a deux ans à une cinquantaine de Scènes Nationales et autres de faire un travail expérimental avec des amateurs. Cinq réponses seulement dont une seule positive! Celle de Jacky Castaing qui connaissait déjà le travail d’Hervé de Lafond et Jacques Livchine. Ils ont pu recruter une vingtaine de candidats à cette expérience hors-normes et le travail  sur cette Première fois a pu commencer mais là-dessus comme ailleurs, le covid est arrivé et  tout s’est arrêté. Et il a fallu donc que les deux complices, ne doutant de rien, ont reconstitué avec une belle énergie une nouvelle équipe de dix-huit personnes, de soixante-douze à seize ans. Tous comédiens amateurs, enfin pas tout à fait même si ce n’est pas leur métier- puisque plusieurs d’entre eux ont  participé à des stages de théâtre à la Rotonde et/ou ont joué par le passé avec des pros au Théâtre du Peuple l’été au festival de Bussang (Vosges). Des actifs et des retraité -un ancien employé à l’E.D. F. , comme une prof de lettres classiques, trois lycéens, etc. Il faut tous les citer: ils s’appellent: Gérard Albouze, Jeanne Baron, Virginie Bazar, Nicole Bernier, Anne Boye, Christiane Collino, Gérard Cuny, Kévin Degaffet, Nathalie Diné, Monique Ferry, Nadine Guichard, Sabrina Jacquot, Medhy  Kettab, Caroline Michel-Leroy, Marie Montemont, Vincenzo Palmas, Christine Papelier, Christine Pauly, Nadine Petitjean. Bref, un quartier de la société dans l’Est de la France en 2021.

© Jacques Livchine

© J.Livchine

Cette joyeuse petite bande, comme dirait le grand Will, a vite vite compris que travailler avec deux bourreaux de travail demandait ténacité et générosité. Discipline de fer acceptée et répétitions intenses sur deux week-ends seulement! Pour le jeu individuel et collectif comme pour la chorégraphie sous la houlette d’Hervé de Lafond qui ne mâche pas ses mots et qui sait comment faire fonctionner un groupe à la baguette mais toujours avec une grande générosité. Elle et Jacques Livchine ne sont pas arrivés les mains vides mais avec une riche culture théâtrale, une formidable expérience du plateaux quels qu’ils soient et une parfaite maîtrise du travail d’improvisation. Avec l’aide très efficace de toute l’équipe technique de la Rotonde pour les régies son: Chloé Costet-Poirot,  et lumière : François Schneider et coordination : Quentin Bonnell.

Puis viennent des confidences  soutenues par des musiques de films : «Je m’appelle Salvatore, je m’appelle Nadine, etc. Dans la pénombre, un homme déjà âgé raconte cette «première fois» avec une jeune personne séduisante sur les boulevards à Paris qui s’avère être une prostituée et qui l’initiera à l’amour. Et il y a aussi des moments d’intimité dits par deux jeunes filles et un jeune garçon du même âge: tous très justes et, côté diction et gestualité, impeccables dont on voit filmés les visages en gros plan…  Ces quatorze femmes et quatre hommes disent tous leurs premières fois: règles, soutien-gorge, vacances en stop, s’être fait traité de rital, et tout ce qui concerne, comme on dit, le faire l’amour: orgasmes, rencontre avec une pute, amour avec une vieille de dix-sept ans ! (sic), choix de le faire avec un type qui ne me plaisait pas ; je me suis levée, j’avais du sang;  première fois, deuxième fois, troisième fois, alors là ! Mon homme est très bien sur le sexe malheureusement, ce n’est pas le mien, etc. Et aussi ces remarquables souvenirs d’enfance comme les beignets de sa grand-mère somptueusement évoqués par une jeune femme. Ou cet humble et poignant récit de la lente dégénérescence neuronale d’une vieille mère. Mention spéciale à Nadine Guichard et au très jeune Medhy  Kettab.

Il y a ici une solide motivation: travailler ensemble à un projet commun bien préparé et remarquablement réalisé par deux excellents professionnels. Un vrai spectacle- pas une sortie de stage ou d’atelier- joué une seule fois, généreux comme on en voit rarement et d’une rare qualité… ce qui n’est pas incompatible. Reproductible ? Oui, tout est prêt. Cela serait dommage que cette Première fois ne soit pas jouée ailleurs… Avis aux directeurs des lieux du coin ou d’ailleurs. Tiens, Stanislas Nordey, pourquoi n’invitez-vous pas ce spectacle au Théâtre National de Strasbourg? Hervée de Lafond et Jacques Livchine nous diront qu’il y a encore des choses à solidifier mais encore une fois, rares sont les spectacles aussi justes et aussi bien joués par des non-professionnels. Cela change de certains montés à Paris, trop longs, prétentieux,  dotés de moyens importants et nous fait le plus grand bien. Bref, il semblerait qu’il y ait un léger frémissement et que les frontières entre professionnels et amateurs soient en train de bouger…

 Philippe du Vignal

 Unique représentation vue le 13 octobre à la Rotonde, Thaon-les-Vosges (Vosges).

 

 

 

  

 

 

 

 



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Danse «Delhi » pièce en sept pièces d’Ivan Viripaev, traduction de Tania Moguilevskaia et Gilles Morel, création musicale de Viviane Hélary,mise en scène de de Gaëlle Hermant

 

 

Danse «Delhi » pièce en sept pièces d’Ivan Viripaev, traduction de Tania Moguilevskaia et Gilles Morel, création musicale de Viviane Hélary, mise en scène de de Gaëlle Hermant

© simon gosselin

© Simon Gosselin (Catherine et la vieille dame)

La pièce, qui avait été mise en scène par Galin Stoev au Théâtre de la Colline il y a dix ans, est toujours aussi forte. Cela se passe- (chapeau au passage à Margot Clavières, la scénographe) dans la sinistre petite salle d’attente d’un hôpital avec quelques sièges en série séparés d’un couloir par une cloison en plastique ondulé orange…  Que nous avons tous connu à un moment ou un autre de notre vie… Le minimum pour attendre, encore attendre et en général du pas gai du tout. Ici, vont se rencontrer une infirmière, Andreï, un homme encore jeune avec un peu de ventre, sa femme Olga, la belle et jeune Catherine, amoureuse folle de lui qui a de curieux rapports avec sa mère,  et une femme déjà âgée d’une rare élégance. Un microcosme où il n’y a qu’un seul homme… Et on devine aussi derrière une cloison une violoniste et musicienne qui reliera les sept moments-variations où ces personnages vont tour à tour se haïr mais aussi parfois se rejoindre, voire se rapprocher.


Ces variations sont comme autant de petites pièces juxtaposées où ils vont revivre une même histoire mais avec, à chaque fois, de nouveaux indices sur leur souffrance intérieure, leur sentiment d’être coupable ou leur cynisme, et l’angoisse de la mort d’un proche qui plane inexorablement. Et à chaque nouvel épisode,  le  décès, de l’un d’entre eux. La belle et jeune infirmière- -ordonnatrice de la Mort en blouse blanche immaculée-  apparait à chaque fois, pour consoler et surtout faire signer par un proche du défunt les indispensables papiers administratifs.

Il y a parfois des situations de boulevard mais l’auteur sait très bien imposer une distance et même parfois un certain humour. Très bien dirigés par Gaëlle Hermant, Christine Brücher, Jules Garreau, Marie Kauffmann, Kyra Krasniansky et Laurence Roy sont là, tous avec un jeu impeccable, bouleversants de vérité pour dire cette litanie de la mort imaginée avec élégance par Ivan Viripaev. Mention spéciale à Manon Clavel: comment résister à l’émotion quand elle incarne cette jeune Catherine, ancienne danseuse qui, raconte comment sur un marché en Inde, elle a découvert la misère. Et comment elle s’est brûlé la poitrine avec un morceau de fer chauffé pour être au plus près de ces gens. Comment elle a imaginé une chorégraphie, Danse Delhi admirée par tout le monde. A deux mètres de nous, elle est aussi là, à pleurer un amour qui, au début, n’est pas réciproque…

La pièce pourrait avoir quelque chose de répétitif mais non, le dramaturge russe a un incomparable savoir-faire pour entrelacer à chaque fois de nouveaux éléments dans un texte apparemment identique ou presque… Avec une écriture brillantissime. Et comme la mise en scène de Gaëlle Hermant est impeccable, malgré un contexte douloureux, le public ne s’y est pas trompé et a longuement applaudi. Si vous le pouvez, allez à Saint-Denis, vous ne le regretterez pas… C’est sans doute un des meilleurs spectacles d’une rentrée pas très enthousiasmante…

 Philippe du Vignal

 Jusqu’au 22 octobre, Théâtre Gérard Philipe, boulevard Jules Guesde, Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).

Le spectacle sera en tournée à partir de janvier, à Marseille, Plaisir et Saint-Quentin-en-Yvelines.

 Les textes d’Ivan Viripaev sont publiés aux Solitaires Intempestifs.

 

 

 

Condor de Frédéric Vossier, mise en scène d’Anne Théron

Condor de Frédéric Vossier, mise en scène d’Anne Théron

© J.L. Fernandez

© J.L. Fernandez

Difficile de se retrouver pour un frère et une sœur, après plusieurs décennies sans s’être vus. Pourquoi vient-elle le rencontrer ? Pourquoi entrer dans son bunker vide et nu ? Lui, l’homme au fusil, qui tue les oiseaux -à l’exception des condors à tête rouge de sang-, bourreau, homme de main des bourreaux, fier de son corps sportif, à soixante-douze ans, de soldat du néant. Elle, elle veut entendre à nouveau les oiseaux, le matin. Ne rien oublier, ne rien laisser passer. Pour cette liberté, elle a été du côté des insurgés, des « subversifs » d’autrefois. Paul (nom propre et impropre de n’importe qui, Pierre, Paul, Jacques) n’a, lui, rien allégé et est toujours prêt à en découdre. Anna, elle, a tout gardé : mémoire, cauchemars et terreurs, hélicoptères de la mort lâchant dans l’océan de jeunes corps torturés… En état de veille, elle tient ferme, lucide et directe dans ses questions et réponses. Mais les ombres reviennent, avec un frisson d’inceste et son dégoût des ricanements de son frère. Quand elle croit le rouer de coups, elle ne se bat, de tout son corps, que contre un fantôme. …

Le titre Condor renvoie à l’Operación Cóndor, au milieu des années 1970 : une alliance secrète entre six dictateurs  d’Amérique Latine:  Chili, Argentine, Bolivie, Brésil, Paraguay et Uruguay, avec le soutien tacite des États-Unis. Chacun s’engageant à éliminer les  subversifs des cinq autres, en échange des siens ! Combien ont disparu ? Plusieurs centaines de milliers de femmes et d’hommes ? Sans compter les enfants volés, donnés aux tortionnaires et que réclament toujours leurs mères sur la Place de mai à Buenos-Aires. C’est cette mémoire-là, cette conflagration : se jeter à l’eau dans la joie de la plage, être jeté à l’eau pour y mourir qui donne à Anna sa densité : le poids du manque. Que vient-elle chercher auprès de celui qui dit :« on » ou « nous », en parlant des bourreaux ? Lui, esquive, danse autour de son vide, provoque, joue à être inquiétant et essaye d’être dangereux… Finalement, ce ne sera pas une danse de mort mais un affrontement pour le pire entre frère et sœur. Entre un faible qui croit à la force mais ne sait que se dérober, et une résistante, terrifiée et lucide. À la fin, elle, au moins, s’en sortira…

Condor a presque la forme d’une tragédie classique jouée dans un seul décor : un bunker souterrain et une dune de sable, le jardin public qui le recouvre, imaginé par Barbara Kraft. Cette nuit pourrait durer vingt-quatre heures, entre deux « extérieurs jour ». Plus que jamais, ce théâtre se situe à la rencontre entre l’intime et le politique. Avec comme enjeu, le traumatisme de toute une génération… Ce duo frère/sœur concentre des milliers d’autres histoires tragiques de survivants des deux côtés, sans réconciliation possible mais avec quand même, une ultime respiration.

La mise en scène d’Anne Théron, metteuse en scène associée au Théâtre National de Strasbourg, est d’une grande perfection. «J’ai voulu, dit-elle montrer ce que je ressens profondément de cette pièce.» Mireille Herbstmeyer et Frédéric Leidgens jouent tout ce qu’ils ont à jouer, avec une précision absolue. Cela ne vient pas d’un désir formel mais de l’aboutissement de leur travail. Ils donnent corps à leurs personnages avec chacun, sa singularité. Elle, plus retenue, plus tenace, quoique tremblante, secouée soudain d’un spasme-chorégraphie de Thierry Thieû-Niang. Lui, avec une légèreté de danseur, ses pas de biais, apparitions et disparitions subites et le visage de folie qu’il se donne parfois. Nous ne dirons pas «monstre sacrés» : leur humanité sans complaisance et sans ornement nous touche, et rares sont les spectacles où chaque moment de jeu parvient à une telle plénitude.
Ce frère et cette sœur nous emmènent exactement là où il faut dans leurs peurs et leurs troubles, soutenus par de brèves vidéos de terreur signés Mickaël Varaniac-Quard et le travail sur le son de Sophie Berger, d’une parfaite précision de matière et de rythme, et d’une violence sans concessions ni excès gratuits.  Anne Théron, avec cette mise en scène où tout est très coordonné et qu’on dira classique -ce n’est pas un un reproche- nous emmène vers l’effroi et la catharsis. On l’aura compris : Condor va loin au large, sans craindre de nous renvoyer à une histoire et à une géographie hantées par le spectre des dictatures. Nous en sommes sortis impressionnés et avec un sentiment rare de gratitude. A ne pas manquer, cela va de soi…

Christine Friedel

Spectacle créé le 26 septembre à la Scène Nationale du Sud-Aquitaine à Bayonne et joué au Théâtre National de Strasbourg, jusqu’au 23 octobre. T. : 03 88 24 88 00.

MC 93 de Bobigny (Seine-Saint-Denis) du 18 au 28 novembre. T. : 01 41 60 72 72.

La pièce est publié aux éditions Les Solitaires intempestifs, Besançon.

Henry Vl de William Shakespeare, traduction de Stuart Seide, mise en scène de Christophe Rauck

Henry VI de William Shakespeare, traduction de Stuart Seide, mise en scène de Christophe Rauck

 Spectacle de sortie pour la sixième promotion de l’École du Nord à Lille: seize filles et garçons jouent cette fresque en trois épisodes sur un demi-siècle avec cent-cinquante personnages. Une pièce -douze mille vers!- rarement montée dans son intégralité…  Les metteurs en scène lui préfèrent Richard III, suite de la troisième partie de cet Henry VI où nait le personnage de Richard. Ici, se succèdent trahisons, assassinats, renversements d’alliances, guerres fratricides, coups d’Etat et émeutes populaires…

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© Simon Gosselin

La guerre des Deux-Roses, une lutte sans merci pour le trône d’Angleterre, oppose les Lancaster et les York, en mettant le pays à feu et à sang, surtout sous le règne d’Henri VI, un roi bon et confiant en son prochain mais faible. Son épouse va-t-en guerre et ses courtisans mèneront donc facilement leurs intrigues… «Je voulais un texte qui soit une vraie aventure pour eux », dit Christophe Rauck, directeur jusqu’à cette année, du Théâtre du Nord et de son école, avant d’être nommé à la tête du Théâtre des Amandiers-Centre Dramatique National à Nanterre. Pour donner des outils à ces jeunes acteurs qui se confrontent ici à une grande épopée… Une belle gageure… (…) Pour moi, jouer Shakespeare, c’est faire l’ascension de l’Himalaya.» Dans la traduction du fondateur de cette école, les comédiens se lancent à l’assaut d’un texte efficace et sans afféteries, ici heureusement réduit pour épargner interprètes et spectateurs. Cécile Garcia-Fogel qui a enseigné à l’École et en connaît bien les élèves, a collaboré à la mise en scène et a réuni une distribution équilibrée….

 Dans la première partie, sur fond de guerre de Cent-Ans, Shakespeare met en scène le début du règne de d’Henry VI, qui fut couronné enfant et marié, encore adolescent, à la princesse de France Marguerite d’Anjou pour mettre fin au conflit où l’armée anglaise, affaiblie par les divisions de ses chefs, devait faire face à la « sorcière » Jeanne d’Arc. Menant les troupes du dauphin de France et futur Charles VII, d’abord victorieuse  la « sainte » sera  emprisonnée et brûlée, ici, sans autre forme de procès. Dans la deuxième partie, feront rage les luttes entre grands seigneurs anglais et émeutes populaires de Jack Cade. Le dernier volet traite de la guerre civile : déposition puis restauration puis assassinat d’Henry VI dans la tour de Londres…par Richard de d’York,  futur Richard III…

Ce texte épique aux violents affrontements verbaux est ici joué sans micro et traité comme un feuilleton où s’enchaînent les intrigues à un rythme soutenu et où les acteurs entrent avec une belle énergie… Le metteur en scène multiplie les focus:  mort d’un personnage relayée sur écran, flash d’information sur une bataille ou une émeute, combats au lointain dans la brume. Jeanne d’Arc s’envolant dans les airs comme les héroïnes de films de cape et d’épée chinois…Les nombreuses péripéties sont interprétées dans un style dépouillé, très physique et les combats sont menés sur la musique d’une batterie.

© Simon Gosselin

© Simon Gosselin

De quoi faire expérimenter ici tous les styles de jeu par les acteurs dont nous reconnaissons certains, vus dans Croquis de voyage (voir Le Théâtre du Blog). On retrouve la mélancolie de Louis Albertosi (Henry Vl), la vigueur de Mathilde Auneveux (la Reine Marguerite) ou Pierre-Thomas Jourdain tout en nuances quand il est le sombre duc d’York, père de Richard III. Antoine Huillet joue un Louis XI de France fantaisiste et décalé, ou le matois Humphrey de Lancaster. Paola Valentin est une Jeanne d’Arc lumineuse et fanatique, brandissant l’épée. Joachim Fossi campe un lord Talbot matamore et Maxime Crescini joue John Cade, le tisserand rebelle et Richard III, le contrefait. Et nous citerons aussi ceux qui interprètent plusieurs autres rôles: Orlène Dabadie, Simon Decobert, Adèle Choubard, Joaquin Fossin, Nicolas Girard Micheletti, Solène Petit, Constance de Saint-Rémy, Noham Selcer, Nine d’Urse …

 Un grand plateau tournant donne un véritable élan aux déplacements et bagarres. En fond de scène, les acteurs jouent à différents niveaux sur des gradins en bois brut et quelques éléments de décor symbolisent les insignes du pouvoir et délimitent les espaces. Sur un écran, s’affichent les lieux où les événements se déroulent en France et en Angleterre, comme les noms des nombreuses batailles qui jalonnent la pièce, en particulier dans la troisième partie. Mise en scène et direction d’acteurs rigoureuses : le spectacle nous nous tient en haleine et révèle l’énergie de tout un collectif.  A voir comme une série: par épisodes, ou en version intégrale de quatre heures.

 Mireille Davidovici

 Du 15 au 24 octobre, Théâtre Nanterre-Amandiers, 7 avenue Pablo Picasso, Nanterre (Hauts-de-Seine). T. 01 46 14 70 00.

 

 

 

 

 

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Roméo et Juliette d’après Shakespeare, mise en scène de Tim Etchells

Roméo et Juliette d’après Shakespeare, mise en scène de Tim Etchells

 

Forced Entertainment est un collectif britannique avec, à sa tête Tim Etchells. Il a choisi de mettre en scène les trente-six pièces de Shakespeare en une heure ou un peu moins, avec un seul  de ses acteurs: Robin Arthur, Jerry Killick, Richard Lowdon, Claire Marshall, Cathy Naden, Terry O’Connor.. Des tragédies comme LeRoi Lear, Richard II et Richard III,  Hamlet mais aussi des comédies comme Les Joyeuses commères de Windsor, La Tempête, Beaucoup  de bruit pour rien, Peines d’amour perdues etc. Aucune pièce ne manque à l’appel.

© Hugo Gendinning

© Hugo Gendinning

Sur le plateau, une scénographie remarquable. Dans le fond un rideau rouge et côté jardin et côté cour, deux étagères à montants métalliques avec sur, cinq rayons des centaines de flacons en verre et en plastique de toute couleur, des petites bouteilles de limonade et ketchup, des lampes de poche, un verre mesureur, etc. Tous ces objets insignifiants soigneusement alignés et tous ou presque de forme verticale ont une véritable présence et forment comme un second public. Une partie de ces objets est disposée sur des caisses de chaque côté d’une table pliante en bois de pin nu. 

Terry O’Connor en robe noire est déjà debout sur le plateau avant le spectacle. Puis assise à la table, elle va les prendre successivement non pour jouer la pièce mais en faire un récit. Simplement en déplaçant ces petites bouteilles, flacons, Juliette étant incarnée si on peut dire par un petit bocal empli d’une matière vert pâle et Roméo par une lampe de poche en plastique rouge. Très impressionnante cette performance en une heure d’une maîtrise absolue sur le plan de l’oralité comme de la gestuelle. Minimaliste et plein d’humour, le récit dit par Terry O’Connor fascine la centaine de spectateurs très attentifs au moindre déplacement des «personnages»  de la célèbre pièce qui ont comme une identité propre à chacun. Nous pensons à Stuart Sherman, cet artiste performeur tué par le sida en 2001. Sur les trottoirs de New York dans les années soixante dix, il avait conçu une vingtaine de petits spectacles fondés sur une sorte de polysémie, en déplaçant de petits objets du quotidien sur une table pliante de camping… Dans le silence plus total et dans le bruit le plus infernal du trafic urbain.

«Vous regarderez une boîte d’allumettes en y cherchant un signe de la culpabilité d’un protagoniste, dit Tim Etchells, vous fixerez une grande bouteille de colle à bois pour y trouver le dilemme d’un personnage secondaire, ou vous vous interrogerez sur le destin et les motivations d’un bocal de quatre-épices. C’est la recherche d’une intériorité spéculative, captivante et déroutante à la fois, l’énigme qui est au cœur de la manipulation des marionnettes, et peut-être au cœur même du jeu d’acteur.»
Bien vu et ces objets-marionnettes acquièrent une sorte d’autonomie passionnante…Un seul bémol: ces spectacles sont joués, nous dit-on « en anglais basique et facilement compréhensible». Nous ne sommes pas très doués mais désolé, ce n’est pas évident de suivre ! Cette excellente actrice raconte avec un art consommé les différentes scènes mais assez vite, alors mieux vaut, pour s’y retrouver, être anglophone… Elémentaire, mon cher Will! Mais comment disposer un surtitrage, alors que ce spectacle est aussi très visuel ? 

Philippe du Vignal

La série de ces spectacles Table Top Shakespeare a été jouée dans le cadre du Festival d’Automne, au Théâtre de la Ville-Espace Cardin, 1 avenue Gabriel, Paris (VIII ème), du 7 au 16 octobre.

Le Bonheur, texte et mise en scène de Tatiana Frolova (en russe sur-titré)

Le Bonheur, texte et mise en scène de Tatiana Frolova (en russe sur-titré)

A Komsomolsk-sur-l’Amour (Sibérie Orientale), une agglomération industrielle de 400.000 habitants, construite avant la dernière guerre par les prisonniers de goulags, Tatiana Frolova fonde en 1985 (donc six ans avant la fin de l’U.R.S.S) -elle a vingt-quatre ans- dans la petite salle d’un pauvre immeuble, le théâtre KnAM.  Sans aucun soutien financier, seulement aidée par quelques copains. Ce théâtre privé de vingt-cinq places, a gardé plus de trente ans après un public fidèle -et cela doit représenter un sacré défi au quotidien- pour cette compagnie qui ira aussi pour la cinquième fois au festival Sens interdits à Lyon.
Ce spectacle créé à Besançon est une sorte de théâtre documentaire qui se veut aussi une réflexion sur le bonheur. La metteuse en scène nous parle de la réalité des Russes qui ont vécu la peur d’être dénoncés par un voisin ou même par un proche. Et nombre de familles comptent sans doute encore à la fois des victimes de la surveillance politique omniprésente mais aussi des policiers et enquêteurs. Soit une évocation, avec des fondamentaux communs à tous, d’un passé que certains semblent regretter, du moins en partie. La formidable aventure de Gagarine avait donné un élan à toute une population.

Bref, un court voyage au cœur des contradictions dans un immense pays. Comme le dit notre ami Gérard Conio (voir Le Théâtre du Blog), les Russes passent sans cesse d’un régime à l’administration très autoritaire, à un autre plus «démocratique » et ils ont en même temps une soif permanente de liberté. «En vingt ans, nous avons perdu non seulement la conquête spatiale, mais aussi l’idéalisme et la foi dans la coopération – les fusées de notre enfance ont rouillé et rappellent aujourd’hui les miradors du Goulag, comme un symbole de cette Russie où nous sommes de nouveau revenus.»  

Un des acteurs a aussi « des souvenirs très vifs de moments heureux de mon enfance : les beignets… Je marche dans la rue avec ma mère et je sais que je LA verrai bientôt : la machine à fabriquer des beignets qui frappe mon imagination. (…) Une femme formidable avec une coiffe blanche les attrape avec une longue baguette et les met dans un énorme cornet de papier, avant de les saupoudrer de sucre… Et avec ce cornet dans les mains, tu sors doucement dans la rue, et tu emportes avec toi cette odeur délicieuse…

Mais  il y a aussi des témoignages glaçants sur l’ère soviétique : «J’ai été arrêté le 13 décembre 1937. Ils m’ont amené dans le bureau de l’enquêteur et ils m’ont torturé pendant plusieurs jours, en exigeant que je signe des aveux, que je dise que j’étais un espion. Je ne pouvais pas signer ce mensonge… C’était de la torture à la chaîne. Les enquêteurs, Bolchakov et Pastanogov ne le laissaient pas sortir de la pièce, – ils lui ont donné à manger une seule fois en quatre jours- et ils l’empêchaient de dormir en l’obligeant à rester assis en permanence sur un tabouret. Quand il s’endormait, ils le frappaient. Ils avaient instauré un manège: sept agents se relayaient pour le frapper, en répétant : » Écris tes aveux… Tu vas finir par les écrire. »

« Mon arrière-grand-père Mikhaïl Loukianenko a été arrêté en 1937, et sans procès ni enquête, a été fusillé par le NKVD. Puis réhabilité soixante-six ans plus tard, mais l’État n’a jamais demandé pardon pour ce crime ni pour tous les millions d’autres… Il ne reste rien de mon arrière-grand-père, même pas une photo… Il a disparu, comme de la poussière, comme s’il n’avait jamais existé… Et c’est très douloureux… »

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Il y a ici, au-delà d’un devoir de mémoire, une revendication pour libérer les prisonniers politiques actuels : « Dans presque chaque famille, il y a eu des paysans dépossédés de leurs biens, des gens morts de faim au goulag, et tant que nous n’en prendrons pas conscience, tant que nous ne ramasserons pas ces ossements, au moins mentalement, pour les enterrer dignement, la Russie ne connaîtra rien de bon. Et c’est pour ça qu’on est empêtré comme ça, coincés entre le communisme d’hier et la dictature criminelle actuelle. » Suit une critique rapide du pouvoir en place : «Et regarde les députés… Qu’est-ce qu’ils font de tout cet argent ? Ils achètent des avions, des yachts, et des voitures, cinq ou six… À quoi bon autant d’argent ? Je ne comprends plus les gens aujourd’hui… »
Et le présent ne s’annonce pas vraiment radieux pour Tatiana Frolova : « Qu’est-ce qui nous est arrivé ? Pourquoi avons-nous choisi le confort plutôt que la liberté ? Pourquoi on ne rêve plus de la conquête spatiale, mais d’un réfrigérateur et d’un canapé ? Que restera-t-il après nous ? Un profil bidon sur les réseaux sociaux ? Huit paires de baskets ? Et pourquoi a-t-on si peur d’aimer ? »

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Et il y a un court moment où, dans une vidéo, un journaliste met Poutine face à ses contradictions. « En 96, vous avez déclaré, je cite : «On pense tous que si on remettait de l’ordre, d’une main de fer… « Honnêtement, moi aussi parfois, je me dis que si on remettait de l’ordre d’une main de fer, on vivrait tous mieux, avec plus de confort et de sécurité. Mais en réalité, ce confort disparaîtrait très vite, parce que cette main de fer se mettrait rapidement à nous étouffer. » – Le Journaliste : « Elle a déjà commencé à nous étouffer ? Et Poutine conclut en 2021 : «C’est moi qui ai dit ça ? – « Oui, c’est vous, en 1996. » – « Je n’ai pas cette impression… » Et il y a ces phrases assez surréalistes de Volodine, président du parlement de la Fédération de Russie : «Tant qu’il y a Poutine, il y a la Russie. Pas de Russie sans Poutine. (…)Après Poutine, il y aura Poutine. »

« L’événement le plus important de ma vie, dit un des acteurs, a été la rencontre avec le théâtre KnAM, il y a 28 ans. Travailler avec des gens pour qui la création est plus importante que le souci de son petit bien-être personnel, créer des spectacles transgressant les traditions théâtrales, c’était un bonheur réel et sans fin, même si tout autour régnaient le chaos, la criminalité, la pauvreté.. Mais nous étions libres ! Et puis Poutine est arrivé. Notre théâtre était né comme une entité indépendante, en réponse à un système qui contrôlait absolument tout. Il n’y avait alors que des théâtres publics qui jouaient ce que le ministère de la Culture et les agents du KGB autorisaient. Sur scène, nous voulions jouer ce qui nous plaisait, ce qui nous semblait important. Et nous jouions, même si l’État refusait de nous aider. Et aujourd’hui, trente ans après, on nous dit : « Vous ne ferez que ce que nous autorisons, sinon, on vous enlève tout. Et si vous n’obéissez pas, vous irez en prison ». Du reste, on nous a presque tout repris. Sans s’en rendre compte, on s’est de nouveau retrouvé en URSS. »

Et à la fin, arrive une belle image de film de Gagarine recevant les dernières consignes, avant son vol spatial : de quoi nourrir la nostalgie, même et surtout chez ceux qui n’étaient pas encore nés à cette époque. En chœur, les acteurs disent avec une coloration tchekhovienne : «Chaque personne a une vie individuelle très courte et une vie collective très longue. Sa vie collective, c’est la vie de la nation (…) Cette entité permanente est composée non seulement d’individus vivants, mais aussi d’une grande lignée de morts qui étaient leurs ancêtres. Les morts sont les seuls maîtres incontestés des vivants. »

Tatiana Frolova semble avoir découvert avec délice, les merveilles de la technologie vidéo  et on peut la comprendre… Depuis vingt ans, les metteurs en scène européens en ont usé et abusé, le plus souvent sans grande efficacité. Elle filme donc un à un -mais elle aussi beaucoup trop-, ses acteurs assis au premier rang du public dont on voit en très gros plan sur un écran  leur visage. Quant au surtitrage, il s’y affiche aussi  ou est traduit directement par une actrice assise à une table côté jardin. Et on peut voir agrandis de petits objets filmés sur un rectangle de tourbe…
Quant aux textes sur la notion de bonheur, assez bavards, ils font souvent appel aux grands sentiments -ce qui n’a jamais fait du théâtre intéressant- et le spectacle part un peu dans tous les sens. La mise en scène conformiste manque d’unité mais il y a le jeu d’une précision exemplaire, des plus anciens acteurs du KnAM: Dmitri Bocharov, Vladimir Dmitriev mais aussi de Guerman Iakovenko, Ludmilla Smirnova et Irina Tchernousova, tous impeccables. Et Célie Pauthe a bien fait d’inviter le Knam: Tatiana Frolova nous offre ici une belle occasion de voir comment on fait du théâtre à 11.000 kms de la France… Donc à ne pas rater.

Philippe du Vignal

Du 12 au 16 octobre, Centre Dramatique National de Besançon-Franche-Comté.
Et au festival Sens Interdits à Lyon, du 23 au 30 octobre.

 

Djénane, écriture et mise en scène de Blekéïr Djénane

Focus Magie

Djénane, écriture et mise en scène de Belkéïr Djénane

A neuf ans, il avait déjà une passion pour les exercices d’illusionnisme avec des cartes, dans le quartier des Halles ou à Saint-Germain-des-Prés à Paris. Belkheïr Djénane, dit Bébel le magicien, est devenu un spécialiste de ce que on appelle la cartomagie. On l’a vu au cinéma, à la télévision et au théâtre et il a été lauréat de la Colombe d’Or à Juan-les-Pins. Il a aussi conseillé le grand Yann Frisch, lui aussi carto-magicien (voir Le Théâtre du Blog).

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Ici dans la petite salle du Rond-Point, il emmène le public -malheureusement pas très nombreux comme dans beaucoup de salles- là où il veut ! Sur le plateau, il est assis à une table rectangulaire nappée de noir avec au-dessus, deux caméras pour retransmettre ses tours sur un grand écran. Le tout remarquablement éclairé! Traduisez: juste ce qu’il faut et pas n’importe où… la lumière étant un précieux atout dans la réussite des numéros  Mais nous devrons choisir entre voir Belkéïr Djénane bien là à quelque mètres de nous et l’image projetée en vidéo où, de ses seules mains (ou presque?), il travaille en expert incontestable avec les cartes. Entre autres -c’est mission impossible de tout raconter en détail, Belkeïr Djénane fait apparaître les quatre as qui sortent d’un paquet comme par miracle et qui se transforment en quatre rois, le temps d’un éclair, ou encore une dame de pique, sa préférée semble lui obéir, arrivant tout d’un coup dans sa main gauche qu’il a levée face à nous. La carte était bien quelque part mais où? En tout cas, semble-t-il, pas dans sa manche, puisqu’il ne porte pas de veste… Très impressionnant, puisqu’il réussit à nous faire douter -et comment! -de notre perception immédiate…

Un paquet de cartes très vite et majestueusement étalé par Belkéïr Djénane disparait d’un seul coup et il montre aussi vite un jeu de tarots d’où il réussira, entre autres tours, à faire sortir une carte du jeu précédent… Nous sommes fascinés, troublés, incapables de savoir quand notre mémoire n’a pas capté la minime mais pourtant cruciale, manipulation.  Même si, à de très courts instants, semble-t-il, la table ne semble pas seulement servir à poser les cartes… La magie est aussi fondée aussi sur un certains nombres de trucages et ce n’est pas d’hier… Le fameux vase grec du VI ème siècle avant J. C. -que l’on peut voir au Louvre- où on pouvait sans fin verser de l’eau, était muni d’un siphon! Notre ami Sébastien Bazou, grand spécialiste de magie (voir Le Théâtre du Blog),  sait tout de ces disparitions, réapparitions, envols, etc. mais n’en dira rien. Respectant la règle d’or chère aux vrais professionnels de la discipline. Une performance technique qui joue aussi sur la frustration et comme on en voit peu, sinon chez Yann Frisch…

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Anne Artigau qui a réalisé la mise en scène avec lui, «confie aux cartes le rôle principal, organise avec lui un voyage unique dans un effarant imprévisible.» (sic). On veut bien mais le début est un peu cahotant : Djénane se contente souvent de manipuler ses cartes sans dire grand chose: cela crée comme un vide et c’est dommage. Anne Artigau a imaginé aussi des projections sur grand écran en fond de scène avec de grandes baies vitrées par lesquelles on voit une vidéo de ciel bleu avec nuées noires dans un fracas d’orage . Il y  a aussi une voix off et une carte qui vole pour arriver,  bien entendu, dans la main droite de Belkéïr Djénane.

Tout cela parasite le spectacle et rien à  faire quand on voit un artiste aussi doué: l’un des meilleurs au monde dans sa spécialité, dit Sébastien Bazou, cette prothèse que constitue un écran, nuit forcément à la communication avec un public. Pourquoi -il  y avait la place suffisante- n’avoir pas utilisé juste le plateau pour réunir public et magicien? Et comment croire une seconde à ce charabia prétentieux: «Tels des entomologistes, ils interrogent la magie sur ses conditions d’existence: ils font des découvertes inattendues. Le simple retournement d’une carte peut exprimer le drame, l’impressionnant, l’humour, l’émouvant, dire le fond de son âme sans le secours des mots. Pour ce nouveau spectacle, Bébel et Anne créent une partition dramaturgique (sic) composée des sensations que dessinent les cartes. Avec pour inspiration, le rapport mystérieux et charnel que les cartes entretiennent avec Bébel! Bébel et la metteuse en scène Anne Artigau s’allient, pour faire voler en éclats les systèmes, peut-être même les lois qui régissent les tours, et ainsi, bâtir les fondements d’une pratique où l’effet magique est langage.» Tous aux abris…  Un peu de simplicité ne nuirait pas et non, les cartes en elles-même ne procurent pas de « sensations », non il n’y pas de partition dramaturgique, non l’effet magique n’est pas langage mais élément d’un spectacle… Mais qu’importe! Comme dit la Bible, « Et le vent les emporta, sans qu’aucune trace n’en fut trouvée. » Reste quand même ici un solide et brillant exercice de cartomagie et pour qui n’en a jamais vu d’aussi près, cela vaut le coup d’aller faire un tour au Théâtre du Rond-Point…

Et cela peut être une occasion pour tous les créateurs de réfléchir à ce que peut être un spectacle de magie ou ou autre où il faut absolument créer une parenthèse vécue dans un présent absolu -un tour chasse l’autre sans répit- et une sorte de rupture avec la vie réelle, pour créer un moment exceptionnel grâce à une volonté d’empathie… Comme ailleurs -mais ce n’est pas toujours le cas ici -il doit y avoir une unité dramaturgique, relevant de l’action, du temps et de l’espace… Ce qu’avait sûrement bien compris Belkéïr Djénane, quand il jouait dans la rue… Rien à faire, c’est toujours dans les vieilles casseroles qu’on fait les meilleurs spectacles. Et dans tous les cas, mieux vaut bien déterminer le lieu d’action- ce que tous les grands dramaturges ont senti depuis des siècles et ensuite harmoniser les modes de communication verbale, non verbale, spatiale, etc.

Philippe du Vignal

Jusqu’au 16 octobre, Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, Paris (VIII ème). T. : 01 44 95 98 21.

*A suivre dans le cadre de Focus Magie: Que de bonheur dans vos capteurs, conception et interprétation de Thierry Collet, mise en scène de Cédric Orain,  du 19 au 23 octobre et du 26 octobre au 6 novembre.

Et Le Bruit des Loups, création et interprétation d’Etienne Saglio, du 3 au 23 novembre.

LUCA GIACOMONI Hamlet

LUCA GIACOMONI  Hamlet

Vous avez bien lu : ce LUCA GIACOMONI Hamlet (sic), adapté du chef-d’œuvre théâtral absolu, est avant tout le fait de ce metteur en scène qui dirige douze acteurs professionnels et non-professionnels. Et il propose dans une note d’intention aussi bavarde que prétentieuse, « une partition théâtrale et musicale et le matériau d’une réflexion sur le rapport au réel, et le point de départ d’une recherche théâtrale sur l’invisible. » ( sic)   Après Iliade (2016), créé avec le centre pénitentiaire de Meaux, et Métamorphoses (2020), avec la Maison des femmes de Saint-Denis, des spectacles que nous n’avions pas vus,  Luca Giacomoni a collaboré avec des personnes ayant eu des expériences dites psychotiques. «Hamlet, dit-il, travaille la question de la perception du réel, les frontières invisibles entre vrai et illusoire – matériau éminemment théâtral, mais que le spectacle aborde, aussi, littéralement, à travers les expériences vécues de ses interprètes. Construit comme une symphonie en trois mouvements, mêlant récit et musique, cet Hamlet fait du plateau le laboratoire d’une interrogation vivante sur le sens même de l’expérience théâtrale ». Mais Luca Giacomoni mélange tout, les acteurs rament et bien entendu, le spectacle  du genre très laborieux, fait du sur-place pendant deux heures et demi.

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Et sur le plateau nu où il y a une véritable brocante : baignoire, tapis persan, lustre,piano, grande table en bois, miroir ancien, fauteuil… Luca Giacomoni pense que ces objets sont métaphoriques mais quelle illusion! Et nous n’avons rien vu de tout cela, qu’un inutile et encombrant bric-à-brac qui ne sert en rien à revisiter la célèbre pièce. La pauvre Ophélie est attachée à des câbles élastiques dont elle essaye de se délivrer, Gertrude a un bandeau sur les yeux,  Nathalie Morazin chante en s’accompagnant aupiano, piano dont elle enlèvera ensuite tous les panneaux qui peuvent s’enlever puis allongée au sol, frappera les corde avec un petit maillet ! Bon… Côté musique, c’est un petit cocktail pas très convaincant: valse, un air de Ligeti semble-t-il, un peu de pop et du Vivaldi: cela ne mange pas de pain…

Comme tous les acteurs ont un très mauvaise diction, sauf bien sûr la grande Valérie Dréville (Gertrude), on entend mal le texte, donc on s’ennuie à ce vieil happening-théâtre poussiéreux… Et de toute façon, mieux vaut connaître la pièce si on veut arriver à comprendre l’intrigue de ce pitoyable avatar d’Hamlet. Tant pis pour les autres. Cela dit, peu de spectateurs sont sortis avant la fin. Nous n’avons pas saisi les pistes que le metteur en scène a voulu suivre. Sinon celle d’une recherche très, très, très personnelle : «Je veux travailler avec des hommes et des femmes pour qui ce trouble-là, ces thèmes-là sont réels. Cruellement réels. Concrets, ni fantasmés, ni théoriques, ni joués, ni pensés. Je cherche une aspérité brute. Il s’agit pour moi d’aller voir des femmes et des hommes qui en savent plus que moi, sur ce que l’on nomme la folie.  » Mais encore une fois Luca Giacomoni confond tout…

Qu’un metteur en scène prenne la pièce comme base pour un travail de laboratoire qu’il veut ensuite montrer aux amis des acteurs et à quelques professionnels, pourquoi pas, c’est parfaitement son droit et ce ne serait pas la première fois. Antoine Vitez proposait déjà à ses élèves de préparer en dix minutes à et à partir de leur seuls souvenirs, un Hamlet de leur choix: un excellent exercice pédagogique… Mais ici, nous avons affaire à un spectacle pour un public, ou du moins proposé comme tel par le Festival d’automne qu’on a connu mieux inspiré Et ces deux heures et demi de ce «théâtre de la verticalité et de l’invisible» sont interminables. La dramaturgie comme la mise en scène nous ont laissé perplexe et que nenni de « la folie avec la splendeur qu’elle mérite» revendiquée par Luca Giacomoni… Tant pis!  Et vous pouvez vous abstenir…

Le Monfort, Paris (XIV ème) jusqu’au 9 octobre.

 

 

La Question d’Henri Alleg, mise en scène de Laurent Meininger

 La Question d’Henri Alleg, mise en scène de Laurent Meininger

Le contexte: la  guerre d’indépendance de l’Algérie, colonie française depuis 1830, avait  éclaté le 1er novembre 1954 avec une série d’attentats commis par le Front de Libération Nationale qui revendiquait  l’indépendance comme de nombreux pays après la seconde guerre mondiale. Cause indirecte mais celle-là économique- on l’oublie trop souvent-  la découverte trois ans plus tôt de riches gisements de pétrole et de gaz!  Et cette  guerre d’abord larvée, puis de plus en plus violente, baptisée « événements ».  Un  cadeau pour René Coty, élu président de la République en 54 et les gouvernements successifs: la guerre dura  huit ans! 1955: proclamation de l’état d’urgence et l’armée française, notamment les parachutistes, arrive en Algérie. Et ce fut un combat sur tout le territoire algérien entre les indépendantistes face aux Français, partisans de l’Algérie française. La loi-cadre votée en février 58 : L’Algérie est partie intégrante de la République française, ne changea rien et la même année, ce fut l’arrivée au pouvoir de de Gaulle, puis les accords d’Evian et l’indépendance de l’Algérie en 1962. La majeure partie des pieds-noirs rejoint l’hexagone -que pour la plupart, ils ne connaissaient pas- dans des conditions souvent lamentables et plus de 60.000 harkis, en plus des 60 000 algériens militaires réguliers et de plus de 153 000 supplétifs, qui avaient combattu -souvent de force- avec la France, soit furent massacrés ou parfois cachés par leurs compatriotes, soit regroupés dans des camps parfois misérables dans le sud de l’hexagone comme à Rivesaltes…

© Lila Gaffiero

© Lila Gaffiero

Une  bien triste histoire , avec entre temps des dizaines de milliers de morts des deux côtés. Avec à la clé, des exécutions capitales et de nombreux cas de torture perpétrés par l’armée française pour obtenir des renseignements des opposants français comme algériens. La Question,  ce petit mais grand livre a été écrit en prison sur du papier toilette par Henri Alleg, militant communiste et journaliste, rédacteur en chef d’Alger républicain. Transmis clandestinement à ses avocats, il avait paru en 58 mais fut aussitôt interdit par le gouvernement français de Félix Gaillard, Président du Conseil dont le Ministre de la Défense et des armées était Jacques Chaban-Delmas et et le ministre de l’Intérieur Maurice Bourgès-Maunoury et le ministre de l’Algérie (sic) Robert Lacoste. Etudiants à la Sorbonne, nous lisions en totale clandestinité, à la fois affolés et impuissants, ce livre-bombe, évidemment tabou comme dans les familles… et à la fac: les profs comme leurs assistants ne parlaient jamais de cette guerre d’Algérie, sauf le grand Etiemble qui trouvait contradictoire cette association des mots : Algérie et Française…

Henri Alleg décrit les séances de torture qui lui ont été infligées par les services spéciaux de l’armée française à Alger et cite nommément des militaires comme: Charbonnier, Erulin, Lorca, Debisse, Jacquet. Cela se passait au courant électrique et/ou en faisant avaler de force de l’eau à leurs victimes. Avec, sans aucun doute, des morts que l’on maquillait en suicides… Assistaient à ces séances, dit-il, des officiers calmement assis en vidant des bières… Vive la France…

Stanislas Nordey raconte face public constamment debout sur un simple plateau légèrement  incliné, avec dans le fond, un double rideau de fils qui s’agitera à un moment et quelques fumigènes: deux effets pas vraiment indispensables.. Mais aucune lumière sophistiquée, aucun accessoire ni vidéo, heureusement. L’acteur, seul pendant plus d’une heure, est remarquablement mis en scène par Laurent Meininger. Grande présence, gestuelle et diction impeccables : cela fait du bien quand sur les plateaux parisiens, l’interprétation est très souvent approximative… Et il dresse ce constat glacial sans aucun pathos, sans cri, ce qui rend encore les choses encore plus insoutenables à entendre: «Brusquement, je sentis comme la morsure sauvage d’une bête qui m’aurait arraché la chair par saccades. Jacquet m’avait branché la pince au sexe. Les secousses qui m’ébranlaient étaient si fortes que les lanières qui me tenaient une cheville se détachèrent. On arrêta pour les rattacher et on continua. » « Et (…) des jeunes filles dont nul n’a parlé : Djamila Bouhired, Elyette Loup, Nassima Hablal, Melika Khene, Lucie Coscas, Colette Grégoire et d’autres encore : déshabillées, frappées, insultées par des tortionnaires sadiques, elles ont subi, elles, aussi l’eau et l’électricité. »

 Dès le début de cette guerre pour l’Indépendance, la torture pour obtenir des renseignements utiles était une pratique courante notamment chez les paras, couverte par les gouvernements français, malgré les nombreux témoignages de jeunes appelés du contingent.  Et dans son ensemble, les politiques avaient laissé faire et François Mitterrand, qui avait été ministre de la Justice de Guy Mollet, s’il critiqua en privé la répression, donna aussi son accord aux sentences de mort prononcées en rafales par les tribunaux d’Alger. Fernand Iveton, membre du Parti Communiste algérien, entre autres militants pour l’Indépendance, fut guillotiné.  Et en 62 il y eut une amnistie générale. Vive la France…
Un spectacle rigoureux, complété à la fin par quelques mots projetés sur les conditions historiques. La plupart  du public -qui, à l’époque n’était pas né-  sort de la salle avec un malaise certain. On peut remettre les choses dans une perspective historique et c’est le rôle des chercheurs, mais comment de telles horreurs ont-elle pu se passer dans cette Algérie qui faisait alors partie de la France? Le gouvernement, l’armée et la police actuels pourraient-elles actuellement se comporter ainsi?  Si le théâtre arrive déjà à susciter de telles interrogations et à nous avertir de rester vigilant, ce n’est déjà pas si mal et Thomas Jolly, le nouveau directeur du Quai-Centre Dramatique National, a eu raison de programmer ce spectacle au festival Go.

Philippe du Vignal

Spectacle vu au Quai d’Angers-Centre Dramatique National, le 2 octobre. T. :  02 41 22 20 20.

Théâtres des Quartiers d’Ivry-Centre Dramatique National du Val de Marne, du 8 au 17 décembre.

Le Quartz-Scène Nationale de Brest-Théâtre du Pays de Morlaix (Finistère), du 8 au 10 mars. Le Granit- Scène Nationale de Belfort, du 17 au 18 mars. Théâtre 14, Paris ( XIV ème) du 22 au 26 mars. L’Archipel-Théâtre de Fouesnant (Finistère), le 29 mars.

Théâtre National de Strasbourg, l’été prochain.

 

 

 

 

 

 

 

 

Ces Filles-là d’Evan Placey, traduction d’Adelaïde Pralon, mise en scène d’Anne Courel

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© Guillaume Ducreux_

Ces Filles-là d’Evan Placey, traduction d’Adelaïde Pralon, mise en scène d’Anne Courel

 Créé en 2017, le spectacle, après cent-vingt représentations, a connu un coup d’arrêt l’an dernier, alors qu’il était programmé dans cette même salle: les douze comédiennes se retrouvent donc ici, accompagnées de huit amatrices. «Dans chaque lieu où nous jouons, dit Anne Courel, un nouveau groupe de jeunes filles rejoint l’aventure sur le plateau au milieu des artistes».  «Parce qu’elles sont expertes en silence, ce silence rend le harcèlement possible. » Car le sujet épineux de Ces Filles là est le harcèlement … L’auteur, qu’Anne Courel a rencontré quand elle a monté sa pièce précédente, Holloway Jones, a pris comme point de départ le suicide de la jeune Canadienne Amanda Todd, après la diffusion sur lnternet de sa photo où elle était seins nus. Avant son geste fatal, elle avait posté une vidéo qui a fait le tour des réseaux sociaux. Muette, elle racontait son drame avec des écriteaux.

Ici, Evan Placey aborde cette douloureuse question sous forme d’une écriture chorale : victime de harcèlement, Scarlett, est indissociable de son groupe de copines. L’auteur la place parmi «les filles de Sainte- Hélène» que nous retrouvons en cinq temps: de la maternelle à l’âge mûr… A l’école, à la piscine, dans une surprise-partie… Bien élevées, insouciantes, dans leur uniforme de collégiennes, elles jouent innocemment à s’épier entre elles, à faire des selfies et désignent Scarlett comme leur souffre-douleur. La grégarité du groupe garantit l’irresponsabilité de chacune, quand sera publiée la photo de Scarlett, nue, image qui deviendra virale sur les réseaux sociaux. Mais l’auteur nous offre une fin ouverte : Scarlett se rebelle, montrant la voie de la résistance et du féminisme… Un dénouement positif où elle reprend à son compte les luttes de ses ancêtres, des femmes libres qui apparaissant entre les scènes de groupe : une suffragette de 1928, une aviatrice pendant la dernière guerre, une jeune fille engagée dans la lutte contre le racisme dans les années soixante…

 La mise en scène est fondée sur une chorégraphie des corps qui se meuvent avec l’énergie de la jeunesse. On décèle à peine les amatrices des professionnelles, tant elles ont réussi à se fondre dans le groupe. D’une séquence dansée à l’autre, les filles papotent, se racontent leurs amours ou leurs complexes physiques mais l’écriture reste concise et efficace, sans démagogie. Aux réactions de la salle pleine de jeunes gens, on sent que les mots et les attitudes font mouche et, si certaines situations prêtent à sourire, d’autres engendrent un silence glacial.

Depuis la création du spectacle, plus de trois cents amatrices entre seize et vingt-cinq ans sont montées sur scène, dit la metteuse en scène. Une particularité de la compagnie Ariadne dont les spectacles parlent aux jeunes qui y participent activement. «Après l’expérience d’Au Pont de Pope Lick, (voir Le Théâtre du Blog), nous avons eu envie de travailler plus avant sur le dialogue possible avec les ados.» Anne Courel, qui dirige l’Espace 600- Scène conventionnée Art-Enfance-Jeunesse à Grenoble, collabore le plus souvent avec des auteurs contemporains: Eugène Durif, Carole Fréchette, Sylvain Levey, Karin Serres… Pour sa prochaine création : S’engager, elle a passé commande à Magali Mougel. Il s’agit d’enquêter auprès de jeunes gens qui ont intégré des écoles de la seconde chance confiées à l’armée, pour l’insertion dans l’emploi (E.P.I.D.E.): « Qu’est-ce qui pousse ces jeunes à opter pour cette orientation singulière? Sont-ils vraiment volontaires ? Paumés? Instrumentalisés? Soutenus ?» Réponse en janvier au Grand Angle à Voiron ( Isère) …

Mireille Davidovici

Spectacle vu le 5 octobre à L’Azimut (ex-Théâtre Firmin Gémier-La Piscine, Anthony/Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine).

Du 12 au 14 octobre, MC2 de Grenoble (Isère).

Le 25 novembre, salle Jean Favre, Langres (Haute-Marne).

 

 

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