Le Mois Molière Entretien avec François de Mazières, maire de Versailles

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Le Mois Molière Entretien avec François de Mazières, maire de Versailles

Depuis vingt-trois ans, ce festival de théâtre et de musique (une centaine de concerts) se tient du 1er au 30 juin, dans les rues, parcs, théâtres et sites historiques de Versailles (Yvelines). Unique en son genre, il accueille gratuitement chaque année, plus de 100. 000 spectateurs sur des dizaines de sites dans la ville royale. François de Mazières, maire depuis 2008 et ancien Président de la Cité de l’architecture et du Patrimoine en est le fondateur. Il a été désigné en 2017, commissaire général de la première édition de la Biennale d’architecture et du paysage d’Île-de-France qui a lieu à Versailles cette année jusqu’au 13 juillet, un événement réalisé en collaboration avec le Musée du Louvre et le château de Versailles. François de Mazières assure personnellement la programmation de ce Mois Molière.

-Comment est né ce festival ?

- Adolescent passionné par le théâtre, j’ai suivi les cours de Marcelle Tassencourt, alors metteuse en scène et directrice du Théâtre Montansier.  Puis en 1996, alors  adjoint à la Culture, j’ai souhaité faire connaître avec Le Mois Molière, un répertoire de théâtre populaire, en privilégiant les jeunes compagnies et dont l’entrée aux spectacles serait gratuite. A l’époque, Francis Perrin dirigeait le Théâtre Montansier; il a tout de suite donné son accord et a emmené ses acteurs jouer dans Versailles, sur une charrette, de petites pièces du célèbre dramaturge comme La Jalousie du Barbouillé puis Le Médecin volant. Ce qui permettait de rassembler les gens d’un quartier.

J’ai  développé Le Mois Molière et fait ouvrir de nouveaux lieux de représentation -il y a maintenant plus de soixante sites partout dans la ville-  et comme emblématique de cet événement, la Cour de la Grande Ecurie avec six cent cinquante places assises en face du château, mais aussi le parvis de la cathédrale Saint-Louis, la place du marché Notre-Dame, l’Espace Richaud, dernier équipement culturel de la ville ou encore le Potager du Roi et plus généralement les parcs et jardins de la ville, qui deviennent ainsi des espaces scéniques éphémères.

-Vous accueillez des spectacles déjà représentés mais aussi des créations ?

- Oui, il me semble que les deux sont nécessaires et il y a onze ans déjà, j’ai mis au point un système de résidences -une douzaine cette année – dans des appartements et Maisons de quartier pour de jeunes compagnies comme celle d’Anthony Magnier (Le Dindon de Georges Feydeau) ou de Salomé Villiers qui créa ici l’an dernier Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux (voir Le Théâtre du Blog). Avec bien entendu, des salles de répétitions… Je fais en sorte que les spectacles soient gratuits pour tous, Versaillais ou non, et accessibles à tous les âges ou presque. Rançon du succès, il faut faire la queue et on n’est pas toujours sûr d’avoir une place si on arrive tard. Et il y a aussi un certain nombre de spectacles joués par des troupes d’amateurs …

- Et au point de vue financier ?

 - Les spectacles dans leur quasi-totalité sont gratuits. Bien entendu, ce festival a un coût. Sans compter les dépenses liées à l’organisation, nous avons un budget de 260.000 € d’achat de spectacles. L’essentiel du financement est assuré par  la Ville, la Région Ile-de-France (40.000 €), et cette année le Département des Yvelines (20.000 €).Chaque spectacle est acheté aux compagnies; les troupes de plusieurs comédiens reçoivent généralement entre 4.000 et 5.000 € par représentation. Nous avons aussi toute une équipe de plus cent cinquante bénévoles sans lesquels le festival ne pourrait avoir lieu. Et les services techniques de la mairie prennent en charge l’infrastructure  technique (montage des gradins, équipements, communication…) et assurent toute  la logistique des représentations.

-Comment choisissez-vous les spectacles ?

- J’ai à cœur d’offrir une programmation où il y a toujours plusieurs œuvres connues du célèbre auteur dramatique français comme cette année, Les Fourberies de Scapin ou peu connues comme Les Fâcheux. Mais aussi d’auteurs classiques avec Shakespeare, Beaucoup de bruit pour rien ou Macbeth une adaptation de L’Idiot de Dostoiesvki ou encore Le Dindon. J’ai peu de temps disponible mais j’essaye d’aller souvent au théâtre et suis toujours à la recherche de jeunes créateurs. Et comme  nombre d’autres programmateurs, je vais « faire mon marché » chaque année dans le off à Avignon où je vois chaque année plus d’une trentaine de spectacles. Je vais bien sûr parfois aussi dans le in mais cela m’intéresse moins… Cela dit, ces dernières années, j’avais notamment bien aimé le Richard III de Thomas Ostermeier.

- Vous semblez préférer le théâtre de texte… Comment voyez-vous l’évolution du Mois Molière ?

-Oui, je suis plus intéressé par les grandes œuvres du répertoire classique français et étranger que disons, le théâtre de rue ou d’autres formes de spectacle plus actuelles. Le théâtre, dit de texte, me paraît bien ancré chez nous et c’est ce qu’attend le public versaillais. Une chose est sûre, nous n’irons pas vers des spectacles du genre son et lumière…

-Que pensez-vous  du théâtre français actuel ?

- Par rapport  à nos voisins étrangers, il me semble  ne pas se porter si mal. Même s’il y a actuellement, dans les grands théâtres publics, une sorte d’institutionnalisation culturelle avec un souci de rentabilité évident que l’on peut regretter. Ce qui va, bien entendu, à l’encontre du théâtre vivant… Je souhaite avant tout faire émerger de jeunes troupes et c’est notre ligne : le Mois Molière est depuis pas mal d’années une sorte d’incubateur et fournit donc une subvention à la création… Notre festival n’est pas aidé par le Ministère de la Culture, même s’il l’a été pour son lancement par la D.R.A.C. alors dirigée par René Gaschet et une aide peut être apportée par cet  à ces compagnies en résidence chez nous.

 Philippe du Vignal

Versailles, le 25 juin.

Prochain spectacle à la Grande Ecurie : La Vie Parisienne de Jacques Offenbach, les 28 et 29 juin à 20h 30 et le 30 juin à 17h.  www.moismoliere.com

 


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Le Musée juif de Berlin

Le Musée juif de Berlin

 

Une mise en espace de la mémoire conçu par Daniel Libeskind… Rares sont les musées qui font appel par leur architecture-même, aux sensations et à l’émotion des visiteurs : celui-ci propose une véritable scénographie  “immersive“ pour une mémoire de l’holocauste. Inauguré en 2001, c‘est le premier édifice imaginé par cet architecte américain d’origine polonaise qui a conçu des cheminements fléchés, parcours sensibles sur les traces de la Shoah.  Between the Lines (Entre les Lignes)  est pour lui comme le troisième acte de Moïse et Aaron, un opéra inachevé d’Arnold Schoenberg, un acte de silence ». Et il se réfère aussi à Sens unique (Einweg Strasse) de Walter Benjamin pour qui on ne peut mieux connaître une ville qu’en s’y perdant : «Ne pas trouver son chemin dans une ville, ça ne signifie pas grand-chose; mais s’égarer dans une ville, comme on s’égare dans une forêt, demande toute une éducation »…

On est en effet déconcerté par cette architecture au bout d’une allée, qui semble impénétrable, derrière une façade en acier inoxydable aux angles vifs et sans ouverture sur l’extérieur : on n’y entre pas directement mais par un vieux bâtiment, auquel il est accolé : l’ancienne Cour de Justice de Prusse. Selon Daniel Libeskind : «Le musée juif est conçu comme un emblème où l’invisible et le visible sont des éléments structurels qui ont été assemblés dans cet espace de Berlin et révélés dans une architecture où l’innommable rappelle le nom de ceux qui ont disparu. » Son plan biscornu, pour épargner les arbres du sites, se déploie au sol en forme d’éclair (les Berlinois l’ont surnommé Blitz ),  et il évoque une étoile de David éclatée.

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On se perd aussi dans un dédale de couloirs : après être descendu par un profond puits en béton, chacun peut choisir son parcours, suivant l’un des trois axes qui se recoupent et qui s’enfoncent en pente douce vers des «voids» (vides). L’Axe de l’Exil mène au Jardin de l’Exil, L’Axe de la Continuité débouche sur Le Vide de la Mémoire et L’Axe de l’Holocauste mène à La Tour de l’Holocauste. Plafonds bas, éclairages artificiels et parois aux arêtes vives créent un certain malaise physique : cette architecture impose des trajets déroutants et contraint les corps, qu’ils aient pris le chemin de l’Exil, de l’Holocauste ou de la Continuité, à revivre la tragédie du peuple juif. Plus que les mots et les images, l’émotion nous fait regarder autrement les objets et documents de la collection permanente, témoins muets et présentés dans des vitrines le long de trois couloirs.

La structure du musée se fonde sur des espaces vides impressionnants qui ponctuent la visite. Pour Daniel Liebeskind, le vide «renvoie fondamentalement à ce que l’on ne pourra jamais montrer de l’histoire des juifs de Berlin, et renvoie aussi à tout ce qui a été réduit en cendres. » Au sortir de L’Axe de l’Exil, on se retrouve à l’air libre devant un ensemble de colonnes en rangs serrés: «Quarante-huit colonnes remplies de terre de Berlin symbolisent la création de l’Etat d’Israël en 1948 et une colonne remplie de terre de Jérusalem symbolise la ville de Berlin elle-même. »

On pénètre dans La Tour de l’Holocauste par une lourde porte puis on se perd dans l’immensité d’un puits obscur, éclairé par un rai de lumière et plongé dans un silence où parviennent les rumeurs lointaines de la ville. Encore plus impressionnant, Le Vide de la Mémoire : avant d’y arriver, en suivant L’Axe de le Continuité, on entend des sons inquiétants : portés par leur écho, ce sont les pas des visiteurs sur un amas de visages en métal. Fallen Leaves (Feuilles mortes), une installation de l’artiste israélien Menashé Kadishman comportant  «10.000 visages découpés dans de l’acier, afin de commémorer les victimes de l’Holocauste, mais aussi toutes les victimes des guerres et des violences à travers le monde entier ». Bouleversant !

 A l’instar du Mémorial aux juifs assassinés d’Europe de la Porte de Brandebourg, ce musée, au-delà d’une expérience spatio-sensorielle éprouvante, représente un geste esthétique élégant et de haute portée symbolique. Il prend, parmi les nombreux monuments de la capitale allemande, toute sa dimension.

Mireille Davidovici

Musée juif de Berlin, Lindenstraße 9-12, 10969 Berlin.

 

 

Mélancolie des Collines, une installation photographique d’Alain Willaume

crédit photo Alain Willaume

crédit photo Alain Willaume

Mélancolie des Collines, une installation photographique d’Alain Willaume

La photographie s’invite au cœur du théâtre de la Colline: dans les pages de l’almanach, sur les affiches de la saison 2018-19 et habille maintenant de noir et blanc les murs du bar, jusqu’à la fin de l’année. «S’il n’y avait pas eu Wajdi dans cette maison, dit Alain Willaume, il n’y aurait pas eu ces images. (…) Elles viennent aussi de lui.» Issues de différentes séries, prises au fil des années, lors de lointains voyages, ou au plus proche, ces images se parcourent comme autant de jalons dans l’œuvre de l’artiste. L’installation joue sur différentes échelles : grands formats occupant un mur entier et débordant sur les portes, petits formats plus intimes, sagement alignés.

Les noirs et blancs peuvent être contrastés ou fondus en grisaille comme dans l’ensemble Echo de la poussière et de la fracturation (2012). Dans quel désert, cette vapeur blanche sur la route rectiligne qui s’enfonce vers le ciel ?  Un petit cartouche, d’abord invisible, nous renseigne: dans la région du Karoo, en Afrique du Sud où la société Shell menace d’exploiter, par fracturation des roches, du gaz de schiste. On perçoit alors, comme par infusion, sur la photo d’à côté, une anxiété dans le regard de cet homme debout, seul, au milieu d’un nulle part apaisé.

Chaque cliché est ainsi empreint d’une sérénité inquiète et ouvre un espace énigmatique à déchiffrer. Où va cet escalier tronqué qui se dresse en colimaçon, opposant sa noirceur verticale à un horizon nébuleux ? Que nous disent ces visages muets d’inconnus ? Quelles questions ? On passe ou l’on s’attarde devant telle vue d’un cratère bouillonnant… Ici, l’espace se creuse. Là-bas, l’horizon s’éloigne.

«Montrer n’est pas toujours obscène, écrit Wajdi Mouawad, quand montrer est offrir du mystère, inviter les regard à revenir pour raconter mille histoires, pour se perdre dans la puissance des formes (…). » Le poète dramatique rejoint ici le photographe dont l’œil a su capter l’infinie profondeur des paysages et des visages, sans besoin d’autre commentaire. En écho à la mélancolie que diffuse cette installation, un «accrochage littéraire» : les mots de l’écrivain Gérard Haller, sur treize petits feuillets détachables, déclinent par entrée alphabétique le mot P.H.O.T.O.G.R.A.P.H.I.E.R, de P comme partage à R comme regarder.  Offerts au visiteur qui emportera avec lui un souvenir de ce regard partagé dans la lumière, le temps d’une pause : « (…). lumière, lumière dans noir. Poussière éblouie. Partage sans fin de la lumière. »

Mireille Davidovici

Jusqu’au 31 décembre, Théâtre National de la Colline,  15 rue Malte-Brun, Paris XX ème.  T. 01 44 62 52 52.

Coordonnées 72/18 monographie d’Alain Willaume, éditions Xavier Barral. www.tendancefloue.net

Chers lecteurs


Chers lecteurs,

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Étude de Charles Cambon

Le Théâtre du Blog a maintenant dix ans et nous avons publié à ce jour  5.818 articles soit  en moyenne quarante-huit par mois. Ce qui est à la fois beaucoup mais  pas toujours suffisant-nous en sommes conscients- pour traiter de l’ensemble de l’actualité française et étrangère. Nous savons que vous êtes friands de ce qui se passe dans les pays proches mais aussi en Grèce, en Russie, au Japon,  au Canada et nous continuerons à vous en rendre compte.

2018 n’aura pas connu de grands bouleversements, que ce soit sur le plan théâtral, chorégraphique ou circassien, à Paris ou en régions. On notera cependant la montée en puissance de la danse au Théâtre national de Chaillot avec de remarquables spectacles mais malheureusement aux dépens du théâtre. Par ailleurs, on ne comprend pas bien  le scénario  de la programmation des travaux au Théâtre de la Ville. Rappelons que cela fait déjà plus deux ans que cet établissement-phare de la Ville de Paris est fermé et on n’imagine pas un instant qu’il pourra rouvrir en 2019!

Les grands festivals comme ceux d’Avignon, Aurillac ou Chalon se portent, eux à merveille et font toujours le plein de spectateurs. Comme le tout petit mais très pointu festival de Villerville… Du côté du théâtre privé à Paris, la situation n’est pas des meilleures. La faute à quoi? Probablement à un public vieillissant qui hésite à se déranger même quand il y a une ou deux vedettes dans la distribution (comme dans le théâtre public !) mais aussi à un répertoire loin d’attirer les jeunes, et à un prix des places dissuasif. Et enfin à des temps perturbés à Paris depuis quelques semaines… Cela fait effectivement un ensemble d’éléments négatifs!

Du côté mise en scène, pas de révélations majeures mais on peut saluer la maîtrise de plus en plus évidente de Cyril Teste avec Festen à l’Odéon et Hamlet à l’Opéra-Comique, le seul qui ait réussi à intégrer avec une grande intelligence, le cinéma dans un spectacle. Les autres jeunes -ou moins jeunes!- créateurs se contentant la plupart du temps, d’images-relais d’une rare banalité. On notera aussi le nombre croissant de compagnies qui s’appuient sur la notion de collectif comme pour se rassurer mais rarement pour le meilleur et souvent pour le pas très intéressant du tout!

Il y a aussi un phénomène frappant surtout à Paris : l’augmentation récurrente du nombre de solos, purs et durs, ou camouflés avec une voix off… Pour des raisons qui n’ont rien à voir avec une quelconque raison esthétique mais essentiellement financières. Augmentation aussi du nombre de spectacles-fleuves de plus de cinq heures dans les théâtres publics. Donc par définition élitistes puisque réservés à ceux qui ne sont pas obligés de se lever tôt ! Mais aussi ce qui reste inquiétant, le nombre très limité de représentations de spectacles à la création: le plus souvent une dizaine à peine! Tout se passe comme si  la plupart des théâtres parisiens, surtout les petits ou moyens servaient de vitrines d’exposition, avec un public de plus en plus souvent, majoritairement professionnel…

 On note aussi les adaptations de plus en plus fréquentes de romans et nouvelles, classiques ou contemporains, célèbres ou inconnus par les jeunes metteurs en scène qui préfèrent jouer les écrivains, au lieu de faire appel à l’un d’entre eux. Pour  un résultat très approximatif et avec le plus souvent la béquille d’images-vidéo utilisées de la pire façon!

Ainsi va être porté à la scène le célèbre roman Le Grand Meaulnes d’Alain Fournier, livre-culte du XX ème siècle autrefois adapté au cinéma par Jean-Gabriel Albicocco en 67, puis par Jean-Daniel Verhaege en 2006. Mais qui tombe maintenant des mains des adolescents… Lesquels, curieusement mais avec logique, tombent parfois sous le charme des grands classiques comme Eschyle, Sophocle ou Euripide, Molière, ou Marivaux comme on l’a encore vu cet été à Versailles, joué en plein air par de jeunes acteurs inconnus, ou au Théâtre de la Tempête. Cela veut dire quoi? Sans doute que tout reste possible au théâtre mais à la condition de ne pas tricher…

Nous aurons encore une pensée pour Jacques Lassalle et Guy Rétoré qui nous ont quitté cette année.

Nous vous souhaitons une année théâtrale enrichissante.

Philippe du Vignal

 

 

Oui, la France est agitée….

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Oui, la France est agitée….

“Oui, la France est agitée, mais franchement, n’est-ce pas mérité? Quels gens stupides que nos ministres! Le syndicalisme est la grande force d’aujourd’hui. Ne valait-il pas mieux lui donner raison, que de dire bêtement: « Nous ne céderons pas?  »

Les députés ont peur. Ils vont être méprisés par le dernier des électeurs. La grève des votes. Mais la République n’est pas en danger. »

Journal de Jules Renard (1908)

 

 

 

Adieu Nabil El Azan

Adieu Nabil El Azan

4A2179A5-3338-4C2B-8C28-00615A1967FEIl avait gardé de Beyrouth sa ville natale, un doux accent quand il parlait cette langue française qu’il aura tant servie comme metteur en scène mais aussi comme écrivain et traducteur. Il laisse derrière lui un grand nombre de réalisations appréciées de tous: homme discret, il s’était moins mis en avant que les pièces qu’il a nous fait aimer. Toujours à l’affût d’écritures singulières, il découvrit nombre d’autrices et auteurs de langue française mais aussi arabe, construisant un pont entre les pays de la francophonie et du monde arabophone. Entre Paris où il s’installe en 1978, et le Liban qu’il retrouve à la fin de la guerre.

Nous avions rendu compte de son Ilik va Baalbak (A toi, Baalbeck), vu au festival d’Aix-en-Provence et joué ensuite à l’Institut du monde arabe à Paris en 2017. Un hommage poétique à ce festival qui renaît peu à peu de ses cendres, avec des textes en français et arabe et des musiques des deux rives de la Méditerranée. Dernièrement, Les Pâtissières du Belge Jean-Marie Piemme (festival d’Avignon 2017) a fait suite à Chinoiseries de la Québécoise Evelyne de la Chenelière et à L’Analphabète de la Suisse Agota Kristof (voir Le Théâtre du blog). Passeur de textes, à Jérusalem il montera en 2008 Le Collier d’Hélène de Carole Fréchette avec la troupe du Théâtre National Palestinien, après l’avoir mise en scène à Beyrouth en 2002 où il réalisait depuis quelques années des spectacles comme en arabe libanais comme en français. Avec entre autres: Le Renard du Nord de Noëlle Renaude, des pièces de Daniel Danis, Abla Farhoud, Enzo Cormann, Claudine Galea, Christian Rullier ou encore Jean Louvet (L’Aménagement et Jacob Seul) et Bernard-Marie Koltès.

Grâce à ses traductions, nous avons exploré le répertoire contemporain  islandais avec Anges et Les Proscrits de Johan Sigurjonsson (Editions Théâtrales), Déjantés d’Olafur Haukur Simonarson ou encore Tatto de Sigurdur Palsson (traduis avec Raka Asgeirdottir). Il a aussi eu à cœur de partager avec nous des textes du Palestinien Riad Masarwi Les Impuissants (Editions Théâtrales) ou du Syrien Amre Sawah Secret de famille, (Editions Lansman). Il a aussi écrit, publiées aux Editions de la Revue phénicienne, des pièces comme May Arida, Les Rêves de Baalbeck, et Vingt-six lettres et des poussières, un recueil de poèmes délicats et lumineux, où l’on reconnaît toute la sensibilité de cet infatigable découvreur. Nabil nous a quitté trop tôt. Un grand merci à lui de nous avoir fait autant, et aussi bien, voyager…

Mireille Davidovici


Un hommage sera rendu à Nabil El Azan, grand défenseur de la francophonie et artisan de la circulation des textes des auteurs dramatiques français à l’étranger, le lundi 3 décembre à 19h au Hall de la Chanson à Paris 211 av. Jean-Jaurès (Parc de la Villette)

Adieu Alain Léonard

 

Adieu Alain Léonard

 

© La provence

© La Provence

Il avait quatre-vingt ans. Avec lui, disparaît celui qui avait réussi à donner depuis 1982, le coup de fouet professionnel  indispensable pour être vraiment reconnu. Il fonda l’association Avignon Public Off en 1982  pour fédérer ce festival bis fondé dans son petit Théâtre des Carmes par André Benedetto en 66. et qui, à l’époque ne devait pas  comporter plus d’une quarantaine de spectacles dans des lieux non climatisés, voire dans des cours de petits immeubles. Avec la volonté de lui donner une certaine unité et de rassembler  toutes les compagnies aux profils très divers et dont le nombre ne cessait d’augmenter. Et actuellement, de l’ordre de plus de 1.500  chaque année! 

Alain Léonard mit aussi en place un gros programme, payant pour les compagnies qui veulent toutes y figurer mais gratuit pour le public, et remarquablement conçu.  Il a aussi créé  la « carte  du Off”   permettant d’obtenir des tarifs réduits dans toutes les salles répertoriées. Et il y a trente ans déjà, il crée la Maison du Off, un lieu de rencontres pour les professionnels comme pour le public qui a pris une importance  comparable à celle du Cloître Saint-Louis pour le In. Avec vente de places, forums de discussion et remarquable service de presse. Alain Léonard quittera la direction d’Avignon public Off en 2004.
Le nombre de spectacles proposés par le off n’a cessé d’augmenter. Et
toutes les compagnies mais aussi le festival in qui bénéficie indirectement de la très importante fréquentation du off doivent beaucoup à cet homme discret mais d’une redoutable efficacité. 
Adieu et merci, Alain Léonard, pour ce long et patient travail théâtral accompli.

Philippe du Vignal

Musée de Lodève: Faune, fais moi peur ! Images du faune de l’Antiquité à Picasso

Musée de Lodève: Faune, fais moi peur ! Images du faune de l’Antiquité à Picasso

 

Lalique

Lalique

Pour sa réouverture, après quatre ans de travaux, ce Musée d’art moderne, d’archéologie, de paléontologie et de sciences naturelles,  situé dans l’ancien hôtel particulier du Cardinal Hercule de Fleury depuis 1987, propose d’explorer les représentions du Faune à travers les siècles depuis sa naissance dans l’Antiquité gréco-latine. En complicité avec le Musée Picasso, cette exposition rassemble des œuvres d’art figurant faunes, satyres et autres créatures hybrides, à l’instar du dieu Pan, mi-hommes, mi-animaux équidés ou caprins… Ce parcours convoque des artistes de toutes disciplines, y compris la littérature, la musique et la danse. Il s’est construit en regard des nombreuses peintures et sculptures consacrées par Pablo Picasso à ces êtres bondissants, à la fois facétieux et inquiétants.

Accueilli par le grand Faune de Paul Dardé (1888-1963), une statue monumentale taillée dans la pierre brute, propriété du Musée, le public entame une promenade illustrée. Le Faune, viril par excellence, se trouve souvent en présence de nymphes, prêt à les dénuder et à les séduire dans des jeux érotiques ambigus, comme en témoignent des vases grecs, et des sculptures (Le Faune à l’Arc d’Auguste Rodin) ou la célèbre estampe de Pablo Picasso, Faune dévoilant une dormeuse. Parmi ces vierges des sources des bois et des arbres, Syrinx, la nymphe, qui, selon Ovide, se métamorphosa en roseau, quand Pan, le lubrique aux cornes et pattes de bouc, voulut l’étreindre. D’où la flûte (ou syrinx), l’attribut de Pan… Les faunes, assimilés par les Anciens à ce dieu, apparaissent souvent en musiciens chez Pablo Picasso !

 Claude Debussy a rendu hommage à ces créatures avec Prélude à l’après-midi d’un faune, composé en 1895 pour accompagner une lecture de l’églogue de Stéphane Mallarmé, L’Après-midi d’un faune. On découvre avec émotion la matrice de ce poème grâce à un manuscrit autographe de 1873, intitulé Monologue d’un faune, et à un exemplaire d’une édition illustrée par Henri Matisse en 1930. Vaslav Nijinski fut aussi séduit par ce personnage, qu’il rencontra grâce à la musique de Claude Debussy. Le danseur cherchait dans l’art grec – particulièrement les vases à figures rouges sur fond noir du musée du Louvre – un style nouveau quand Serge Diaghilev lui confia sa première chorégraphie, en lui imposant la partition de Prélude à l’après-midi d’un faune. Il tenta alors de faire coïncider la gestuelle géométrique inspirée des figures hélleniques du satyre poursuivant des nymphes, avec la musique ondoyante de l’orchestre. Ce qui introduit une disruption entre les mouvements saccadés des danseurs et la fluidité des instruments à vent et à cordes.  De cette pièce, créée au Théâtre du Châtelet par les Ballets russes en 1912, on découvre une reconstitution filmée en 1982 et interprétée par Serge Noureev (dans le rôle de Vaslav Nijinski) dans les décors et les costumes originels de Léon Bakst. Pour dessiner une fresque linéaire sans profondeur, les danseurs évoluent de cour à jardin, têtes et jambes de profil, par rapport au public, bustes et bras de face. Les mouvements s’inscrivent dans une esthétique angulaire et un rythme saccadé d’une grande modernité. Des photos de Vaslav Nijinsky en faune, réalisées en studio par Adolphe Meyer en 1909 restituent l’esprit de cette création.

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Le musée de Lodéve  vaut le détour d’abord pour cette exposition,  mais aussi pour ses collections présentées dans une muséographie qui met la complexe histoire de la Terre et de l’Homme à la portée de tous. Avec trois collections permanentes, dont la remarquable section Traces du vivant, qui s’articule autour des vestiges découverts dans la région de Lodève. Les territoires environnants offrent en effet une illustration condensée des quatre ères géologiques : de -540 millions à -deux millions d’années, et l’on observe, à partir de cette ville située au pied des Causses du Larzac, les allées et venues de la mer, la formation des continents, la surrection et l’érosion des montagnes, les changements climatiques, l’apparition et la disparition des espèces… Une traversée du temps qui met l’histoire humaine en perspective…

 Mireille Davidovici

 Faune, fais-moi peur, jusqu’au 7 octobre, tous les jours, sauf le lundi.

Musée de Lodève, square Georges Auric, Lodève (Hérault). T. : 04 67 88 86 10 www.museedelodeve.fr

“Je suis vous tous qui m’écoutez.” Jeanne Moreau, une vie de théâtre

Festival d’Avignon:

Exposition à la Maison Jean Vilar: “Je suis vous tous qui m’écoutez.” Jeanne Moreau, une vie de théâtre

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©DR

C’est en quelques salles, une sorte de condensé en images visuelles et sonores, de plus de cinquante ans d’une vie théâtrale. L’actrice, né en 1926 et disparue il y a un an aura traversé le vingtième siècle  au cinéma avec quelque cent trente films! Dont plusieurs films-culte,  comme Ascenseur pour l’échafaud, et Les Amants de Louis Malle, Le Journal d’une femme de chambre de Luis Bunuel,  Jules et Jim de François Truffault ( 1962), Moderato Cantabile de Peter Brook, etc.  C’est sans doute l’aspect de sa carrière le plus connu aujourd’hui du grand public.

Mais elle fut aussi, fait moins connu des jeunes générations, une comédienne exemplaire de théâtre, ce qui est plus rare. Elle commença à jouer très jeune, après avoir quitté sa famille sur les plateaux des grands théâtres parisiens. Après avoir été reçue en 1947 au Conservatoire National, elle entra à la Comédie-Française, où elle joua notamment dans Les Caves du Vatican d’André Gide. Puis elle s’engagea pour dans l’aventure du T.N.P. où elle joua en 1951 dans la Cour d’honneur, Le Prince de Hombourg avec Gérard Philipe. Puis elle sera aussi La Chatte sur un toit brûlant de Tennesse Williams, dans la mise en scène de Peter Brook.
Elle joua aussi Le Récit de la servante Zerline d’Hermann Broch, mis en scène par Klaus Michael Gruber,  qui lui valut un Molière. Et encore La Chevauchée sur le Lac de  Constance de Peter Handke (1973) avec Gérérd Depardieu et Samy Frey, mise en scène de Claude Régy.
En 1989, elle interprète dans la Cour d’Honneur, mise en scène par Antoine Vitez, La Célestine de Fernando de Rojas. De grands textes et de grands metteurs en scène : aucun doute, Jeanne Moreau savait bien s’entourer…

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

Ce retour en arrière, avec celle que nous avons si souvent vue au théâtre, a quelque chose de tout à fait émouvant. D’autant plus qu’on entend aussi sa voix inimitable, à la fois  dans de grands textes théâtraux mais aussi quand elle interprète la fameuse chanson: J’ai la mémoire qui flanche. De jeunes étudiantes n’en revenaient pas: “Qu’est-ce qu’elle chante bien!

Conçue par Laure Adler, cette exposition intelligemment scénographiée par Nathalie Crinière, est un peu à l’étroit dans de petites salles mais mérite qu’on s’y attarde au moins une heure: riche de nombreux documents: archives sonores, lettres, films  et aussi costumes et objets, ce n’est pas seulement la vie artistique de Jeanne Moreau mais tout un pan de l’histoire du théâtre du XX ème siècle que vous découvrirez… L’entrée est payante mais cela vaut le coup.

Philippe du Vignal

Maison Jean Vilar, 8 rue de Mons, Avignon, jusqu’au 24 juillet, du lundi au dimanche de 11h à 20h. L’exposition se poursuit jusqu’en avril 2019. T.: 04 90 86 59 64.

La mise en vente des locaux du Conservatoire National?

250px-Theatre_du_Conservatoire_Paris_CNSAD La mise en vente des locaux du Conservatoire National? 

Tout se paye dans la vie!  Et ce qu’on avait récemment appris, se confirme, le Ministère de la Culture, c’est à dire l’Etat français, c’est à dire vous comme moi mais sans notre avis, veut vendre le site du Conservatoire National! Pour récupérer de l’argent afin d’en financer son déménagement  sur le site Berthier, future Cité du Théâtre… Emmanuel Macron, »président des riches », puisque décidément dans ce pays tout se décide à l’Elysée, a sûrement d’autres soucis, mais cette  affaire donne du ministère de la Culture et de l’Etat français une image lamentable de gestionnaire pur et dur. Alors que les compagnies de théâtre comme de danse ont un mal fou, faute de lieux à pouvoir répéter à Paris dans des conditions normales. (voir la lettre du collectif de compagnies à Françoise Nyssen dans Le Théâtre du Blog). A quel énarque du cabinet de la Ministre de la Culture doit-on cette brillante idée? Tant qu’à faire, l’Etat pourrait lancer un financement participatif ou une loterie! Il faut rester très vigilant : on le sait bien, les coups tordus du Ministère de la Culture sont annoncés à l’extrême fin du festival d’Avignon pour éviter toute contestation et les décisions sont prises en plein mois d’août…Sans aucun doute un hasard du calendrier! Christiane Millet, la présidente de Rue de Conservatoire, relance son appel à la résistance, auquel toute l’équipe du Théâtre du Blog s’associe. Une pétition de plus, pourquoi pas? On ne compte plus les exemples où l’Etat a dû finalement reculer devant une pétition et/ou une manifestation de rue. Alain Juppé en sait quelque chose… Madame Françoise Nyssen ferait bien de  méditer ce vers d’Iphigénie d’Euripide : « Il faut combattre la raison par la raison. »

Ph. du V.

Lettre de Christiane Millet

Chers amis,

Comme beaucoup le savent maintenant, l’Etat a décidé, en contrepartie de la création de la Cité du Théâtre, de mettre en vente les locaux actuels du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique  sauf le Théâtre qui est classé, abandonnant une fois de plus, au coeur de Paris, un élément architectural et artistique absolument unique de notre patrimoine.

Vous êtes nombreux, et non des moindres, à avoir approuvé et signé la Lettre Ouverte que Rue du Conservatoire a adressée à Madame Françoise Nyssen et que nous avons publiée sur notre site.

Je vous en remercie infiniment car nous savons, officieusement, que la spontanéité de cet élan, le poids de vos soutiens et la qualité de vos commentaires n’ont pas laissé notre gouvernance insensible. Mais nous n’avons, à ce jour, reçu aucune réponse de Madame la Ministre de la Culture.

Impuissance, indigence, fatalité…sont les seuls échos qui nous parviennent et c’est dommage, car grâce à vous, à votre engagement à nos côtés et à vos interventions à la dernière Assemblée Générale, nous avons maintenant des solutions à proposer, avec le soutien d’organismes privés s’il le faut et des projets à soumettre. Encore faut-il qu’ils soient entendus…

Notre souhait: que l’édifice soit protégé (non répertorié aux Monuments Historiques, pas même la magnifique salle Louis Jouvet) et qu’il conserve pleinement et durablement sa vocation artistique originelle. C’est une évidence. Et je considère comme notre devoir d’artistes, d’anciens élèves, de créateurs et de responsables pédagogiques de rompre le silence accablé des ministères afin de former ensemble un projet financier et culturel honorable. Je vous invite à continuer notre mouvement.

Christiane Millet, présidente de Rue du Conservatoire

http://www.rueduconservatoire.fr/article/6474/des_nouvelles_du_front/lettre_ouverte_a_madame_la_ministre_de_la_culture

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