Théâtres et confinement

Chers lecteurs,

Les choses sont enfin claires avec ce nouveau confinement pour essayer de limiter le nombre des contaminations par le coronavirus Et toute les salles de spectacle dans la France entière fermeront cette nuit sans exception! Cela vaut bien entendu pour tous les types de lieux: théâtres petits ou grands, cirques, chapiteaux, cabarets, music-halls et cinémas. Et comme aussi la dernière fois, les théâtre de rue…

La salle Frimin Gémier au Théâtre National de Chaillot, Paris © Yoann Fitoussi

La salle Firmin Gémier au Théâtre National de Chaillot, Paris © Yoann Fitoussi

« Merci au public qui a soutenu nos spectacles en répondant immédiatement présent dès notre réouverture en septembre, merci aux artistes de les avoir repris avec enthousiasme et ferveur malgré toutes les contraintes de ces dernières semaines, merci à l’équipe du théâtre d’être toujours aussi engagée et mobilisée quoi qu’il arrive. » (…) « Nous fermons La Scala Paris, disent leurs directeurs Mélanie et Frédéric Biessy. Alors que venait d’être inaugurée une petite salle de quatre-vingt places en gradins….


C’est un coup très dur pour toute la profession théâtrale que ce soit à Paris ou partout en France et il y aura inévitablement des dégâts collatéraux, notamment pour les petites salles déjà mises en sérieuse difficulté, quelques soient les aides apportées par le Gouvernement. Toute l’équipe du Théâtre du Blog continuera à vous tenir régulièrement au courant dans toute la mesure du possible, d’abord de la Semaine d’art à Avignon qui fermera, elle aussi ses portes ce soir et de ce qui restera de l’actualité artistique…

© Stéphanie Ruffier

© Stéphanie Ruffier

Au Théâtre de l’Unité à Audincourt ( Doubs), le 29 octobre, le camion de 20 m3 était chargé pour aller jouer deux représentations au Fourneau de Brest. « Il y a dix heures de route!  D’autres acteurs y vont en train ou en avion. Nous préparons nos têtes à cette Nuit Unique que nous avons déjà jouée un peu partout (voir Le Théâtre du Blog)…  Mais sept heures de spectacle, cela se prépare comme une épreuve physique.  C’est très dur à vivre, une annulation le jour même.  Très dur. Comme un décès… Dernier repas à la maison Unité, le 29. On se dit au revoir. (…) Rendez-vous début décembre mais économiquement, il est impératif de donner des cachets conséquents aux acteurs pour que leur taux journalier de chômage ne s’effondre pas. En attendant et jusqu’à nouvel ordre, nous allons accueillir des artistes en résidence. Ce sont des professionnels et il faut qu’ils travaillent, qu’ils continuent à préparer l’avenir. Nous attendons en novembre Les Mange-Rouilles, la compagnie Azimut de Montiers-sur-Saulx et le collectif Fléchir le vide de Besançon ( Doubs). »

Le programme du Théâtre du Blog pour le mois de novembre était bien sûr déjà prêt mais bon, nous ne faisions pas beaucoup d’illusions. En tout cas et encore une fois, nous vous remercions de votre fidélité. Nous devions atteindre en novembre le chiffre de 7.000 articles publiés depuis la création du Théâtre du Blog il y a neuf ans… Mais bon, ce sera pour décembre si tout va bien. Croisons les doigts… Les chiffres de fréquentation ce 29 octobre sont équivalents à ceux de mars dernier Cela fait toujours du bien par où cela passe comme disait Homère, Platon, Paul Ricœur et Macron…

 Philippe du Vignal

 

 


Archives pour la catégorie actualites

Perte de Ruthy Scetbon et Mitch Riley

Perte de Ruthy Scetbon et Mitch Riley 

© Chloé Tocabens

© Chloé Tocabens

Des humoristes féminines, il y en a eu depuis longtemps : Annie Fratellini, Zouc… mais aussi celles issues du café-théâtre comme Anémone, ou du boulevard, Jacqueline Maillan ou Sophie Desmarets. Plus près de nous, plusieurs d’entre elles excellentes et singulières qui,  comme avant, se produisent sur une scène ou par le biais des radios, et télévisions,  ou bien maintenant grâce aux réseaux dits sociaux : Anne Roumanoff, Nicole Ferroni, Chantal Ladesou, Michèle Laroque,  Michèle Bernier, Chantal Lauby, Sandrine Sarroche…. On était impatient de découvrir Ruthy Scetbon qu’on nous présentait comme une clownesse. Cette Cendrillon est passée du statut d’ouvreuse au théâtre de la Scala, à celle d’artiste: on lui a offert d’inaugurer la nouvelle petite salle du théâtre de quatre-vingt places, la Piccola (voir Le Théâtre du Blog).

 Un début de spectacle prometteur :sur la scène vide d’un théâtre, arrive la femme de ménage  qui va faire son travail, seule, comme tous les jours après la représentation. Un personnage qui rappelle celui de La Balayeuse qu’avait incarné il y a une vingtaine d’années, une mime issue de l’école Marcel Marceau, la brillante Néerlandaise Janica Draisma. Cette nuit-là, cette femme de ménage voit le public présent dans la salle… » Nous avons voulu, disent les auteurs, créer une pièce à partir d’un personnage seul, dans un espace vide. Qui est-elle ? Où est-elle et pourquoi est-elle là? Comment réagit-on quand nous sommes vus, regardés ? Comment passe-t-on de la solitude, à la compagnie,  et de l’ombre, à la lumière ? Dans quelle mesure a-t-on besoin des autres et a-t-on vraiment besoin d’eux pour exister? Tout en travaillant autour de thématiques comme la solitude, les relations humaines, le rêve, l’imagination, la réalité. Nous avons simplement pensé, et si cette femme recevait le regard d’un public, si quelqu’un prenait le temps de l’écouter, si elle avait soudain l’opportunité de s’exprimer, de parler de choses et d’autres, de toutes ces choses qui seraient restées d’ordinaire enfermées au plus profond d’elle-même ? »

Ruthy Scetbon fait appel à la pantomime qu’elle a apprise à la célèbre école Jacques Lecoq où elle acquit les techniques d’expression corporelle. Mais assez vite, l’art du mime laisse ici la place à un texte un peu chiche en mots d’esprit, en suspense et en chutes :  ce qu’on appelle des vannes. Il nous a semblé que -sauf erreur de notre part- trois spectatrices riaient (presque!!!) spontanément à la moindre occasion… Et malgré aussi  la présence de camarades-acteurs et la bienveillance du public, ce monologue de quelque soixante minutes n’est pas assez convaincant. Fait encore défaut à Ruthy Scetbon, la parole d’un auteur. A suivre…

Nicolas Villodre

La Scala, 13 Boulevard de Strasbourg, Paris (Xème). T. : 01 40 03 44 30, jusqu’au 30 octobre, les jeudis et vendredis à 18 h 30;  à partir du 3 novembre, les mardis et mercredi à 18 h 30, jusqu’au 26 novembre.


Pour les autres spectacles de la Scala: Attention aux horaires Castex !!!! qui risquent encore d’être modifiés après la déclaration du Macron…

Grande salle : Une Histoire d’amour d’Alexis Michalik à 19 h (horaire inchangé).

 Sirbalalaïka concert du Sirba Octet, dimanche 29 novembre à 11 h et à 18 h, et lundi 30 novembre à 19 h.

 L’Art du rire et l’Art 2 du rire de Jos Houben, à partir du 15 novembre, les dimanches à 15 h et 17 h (horaires inchangés)

 Picolla : 21e ème seconde de Jason Brokers, les samedis 16 h 30 et 18 h30, et dimanches à 18h 30. Représentation exceptionnelle, mardi 17 novembre à 18 h 30.

Concert Nathanël Gouin, mercredi 21 octobre à 19 h.

 Étienne A de Florian Pâque, à partir du 6 novembre, les jeudis et vendredis à 19 h.

 

 

Festival Scènes de rue à Mulhouse: La Tournée du Coq sous le regard d’Hervée Delafond

Festival Scènes de rue à Mulhouse: Chantier! La Tournée du Coq sous le regard de Mariya Aneva Bogdanova et Hervée Delafond

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Deuxième essai d’un spectacle déjà vu en répétition en Franche-Comté sur le lieu d’implantation de la compagnie. Une grande structure pyramidale en bois liées avec des filins retenus par des sacs de sable. On range les bancs, car on ne sait pas  si le spectacle  aura le droit d’être joué vu   la pandémie… Une fille salue. On entend un vacarme musical, tout le monde s’agite et parle en même temps. Musique assourdissante… Trois acteurs veulent créer du lien social sur les racines du monde d’après et du présent. « C’est l’élévation d’un lieu qui nous appartiendra à tous, le Préau. Nous croyons à la création collective. Les associations sont le moteur de la vie citoyenne. (…) Depuis la nuit des temps, les hommes n’ont cessé de construire… »  Ce chantier participatif théâtralisé est fondé sur de grands thèmes comme la transmission des savoir-faire, le rapport au travail, au collectif, à toute cette citoyenneté à réinventer. L’objectif de cette création est d’ériger avec le public, dans ce temps court et suspendu du théâtre, une bâtisse en bois d’utilité générale. Une construction, sorte de « Maison du Peuple », qui tentera l’aventure « d’une démocratie par le faire, disent les acteurs-concepteurs du spectacle Baptiste Faivre, Césaire Chatelain, Mathias Jacques. (…) « Étant tous fils de charpentiers, l’envie d’un spectacle théâtralisé fédérant comédiens et spectateurs autour d’un ouvrage commun nous trotte dans la tête depuis déjà quelques années… Ce sera un chantier avec des destins qui se cherchent, une aventure collective qui se construit et se raconte par le faire ». Une camionnette tire les sacs de sable sans succès, un homme tombe dans un trou, tout monde s’affole et lui pose des questions : « ça va, dit-il,  on continue ! » On entend un discours incompréhensible : »Bedout ! » Les spectateurs doivent se rassembler et s’emparer des cordes. Le fronton se lève mais reste incliné. Le bégayeur se fait siffler, puis retrouve une parole normale : « Périclès en haut du temple, nomme des chefs de groupe: » Sans esclaves, votre civilisation ne tiendrait pas. Il y a quelque chose de pourri au royaume de Grèce. Peuple des opprimés, suivez moi ! ».  Bagarre et on ligote une fille sur une musique de film. « Le poteau là, est plus court que l’autre, on n’est plus charpentier mais enfileur de boulons. Faut aller plus vite ». Une comédienne scie un morceau de bois : « J’ai grandi dans les Vosges! » A jardin, trente personnes relèvent la deuxième paroi : « On va continuer avec le Moyen-Age ». Musique religieuse: on monte la tour centrale qui tourne : « Cathédrales, filles de la cité et des moissons. La bataille de Bouvines restera dans l’histoire, la bataille qui a fait la France. (…) Tout le monde déteste Childéric ! ». Escalades et descentes vertigineuses des acteurs sur des câbles, accompagnés encore par la musique religieuse. La troisième paroi se lève et tous font une prière à genoux. « On pourrait réfléchir à ce qu’on pourrait faire tous ensemble à l’intérieur de votre préau… ». Engueulades : « Réglez vos comptes ailleurs ! On est sur un chantier, la boîte, elle, a coulé ! En deux ans, le patron aura foutu en l’air soixante ans de son existence. » Les sept acteurs boivent un coup sur la travée du haut: «  Et voilà encore un projet qui ne se terminera pas. Ce n’est pas le chemin qui est difficile, c’est le difficile qui est le chemin ! » Un spectacle vertigineux encore en cours de répétition mais  qui a toutes les chances de marquer les esprits. Edith Rappoport

Spectacle en répétition vu à Mulhouse (Haut-Rhin), le 17 octobre.

Oblomov de Nicolas Kerszenbaum, d’après le roman d’Ivan Gontcharov, mise en scène de Robin Renucci

 Oblomov de Nicolas Kerszenbaum, d’après le roman d’Ivan Gontcharov, mise en scène de Robin Renucci

 Aboulie, apathie et manque de désir, sinon celui de se réfugier sur un tas d’oreillers et peluches : ce mal du siècle serait-il celui du nôtre, en ces temps incertains ? Comme dans une interminable adolescence ? Pour le héros, si l’on peut dire, tout se révèle une montagne à escalader. Gérer sa propriété, pour commencer ? Mais plutôt dormir. L’argent tombe, de moins en moins ? On verra plus tard… Cette image de l’aristocrate ruiné hante la littérature russe du XIX ème siècle. Honnête, mais sans projet ni autorité, vaguement « progressiste », il ne fait pas un geste, bercé, en éternel enfant, par un vieux serviteur dévoué qu’il oublie de payer. Oblomov est  le cousin du Gaev de La Cerisaie et d’André, le frère des Trois sœurs…

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Ce roman foisonnant, à la fois réaliste, satirique et philosophique fait vivre tout un monde… Nicolas Kerszenbaum a radicalement élagué le texte pour en faire surgir une pièce très structurée, d’une pureté presque classique et resserrée autour du champion de la sieste et de la légende de l’enfant au brochet qui, pour avoir été bon une fois, reçoit en récompense tout ce qu’il désire. Sous l’amicale pression de son ami Stoltz (« fier » en allemand), Oblomov finit par quitter son divan. Il rencontre Olga, une délicieuse jeune fille à la voix d’ange. Ils tombent amoureux : pour lui, une piqûre de vie et un éveil enchanté à un avenir possible. Pour elle, la jouissance d’avoir trouvé dans son art, une âme sœur et sans doute aussi d’avoir réveillé un cœur endormi (le Prince au bois dormant ? ) Mais, mais… La vie à deux n’est pas si confortable, les projets s’embourbent dans la procrastination. Oblomov s’aperçoit qu’il ne cherchait pas une compagne mais une nounou…  Qu’il trouve dans la cuisine et non dans les exaltations musicales…

L’auteur de la pièce décrit la courbe ascendante et descendante d’un amour mais parle aussi vraiment de la peur de vivre, de la peur du risque. Comme Ivan Gontacharov, il ne condamne pas  ses personnages mais est sans indulgence pour l’égoïsme d’Oblomov, l’honnête homme qui finit par vivre avec sa servante pour être sûr d’être servi. Du reste, il n’est pas ingrat.  Mais Olga, aveuglée par le fantasme de l’amour souverain qu’elle aurait enflammé ? Mais Stoltz, qui récupère la dite Olga et met leur vie au carré, en bon Allemand? Il a un regard  sur eux compréhensif et navré : chacun fait ce qu’il peut… Quant aux serviteurs, « ceux d’en bas », ils n’ont pas le loisir d’être égoïstes!

Et pourtant on les aime tous et cela, on le doit aux comédiens. Une scène particulièrement touchante, dans son économie : celle où l’escargot sorti par force de sa coquille (Xavier Galais), découvre le coup de foudre et il le bafouille à la jeune femme dont la voix l’a traversé (Pauline Cheviller). Une autre scène où modestement, la servante  (Emmanuelle Bertrand) donne à Olga l’enfant qu’elle a eu de Monsieur, pour qu’il ait une vie meilleure. Mère porteuse de l’amitié et de l’amour… Valéry Forestier et Gérard Chabanier, tous deux comédiens formateurs à l’ARIA*, sont avec délicatesse, le vieux serviteur et l’ami qui soutiennent le vacillant Oblomov…

La scénographie de Samuel Poncet fonctionne bien: une chambre ouverte ou fermée, un écran pour visions idylliques et écrin de l’inertie du héros, occupe, on pourrait presque dire encombre, le centre de la scène, comme cet Oblomov qui ne sait pas quoi faire de lui-même. Le metteur en scène n’a pas cherché particulièrement à faire russe : c’est dit et cela suffit. Il ne développe pas non plus une psychologie démonstrative : les comédiens jouent les situations, avec leurs pièges et contradictions. L’émotion affleure et l’on rit, comme chaque fois que le théâtre nous offre un moment de vérité humaine.

Mais on se demande pourquoi l’excellente violoncelliste Emmanuelle Bernard quitte son instrument pour incarner la servante, avec un jeu discret et avec ce que la sincérité apporte de profondeur… Côté cour, comme il se doit. Olga, elle, évolue plutôt côté jardin mais aussi  face public. Bien sûr, les contraintes économiques jouent. Mais cette double présence sur le plateau contient aussi un message secret : et si Oblomov avait été touché par une autre musique, celle -métaphorique- de la servante ? Et si sa vie n’était pas aussi ratée qu’il le croit ? Au point de se laisser mourir: et cela clôt toute inquiétude. On s’aperçoit que rien n’est simple et qu’on n’est pas dans un conte de fées. On n’attribuera pas forcément ces rêveries sur l’art secret d’une prolétaire aux intentions du metteur en scène mais merci à lui de nous en avoir donné l’occasion. C’est aussi le travail du spectateur d’ouvrir les failles qui se dessinent dans cet Oblomov sensible, et généreux en ce qu’il ne laisse aucune place à l’ironie mais tout à l’humour et à la tendresse. Bref, on ne repart pas les mains vides…

Christine Friedel

Spectacle vu aux Tréteaux de France en tournée à Compiègne (Oise).

Le 14 novembre, salle des fêtes, Verneuil-sur-Avre (Eure) ; le 24 novembre, Théâtre de l’Esplanade, Draguignan (Var), les 27 et 28 novembre, Scène Nationale de Châteauvallon (Var).

Le 9 décembre, Théâtre de l’Union, Limoges (Haute-Vienne).

Le 2 février, Espace culturel des Corbières, Lézignan (Aude).

*A.R.I.A.: Association des Rencontres Internationales Artistiques. Les vingt-troisièmes rencontres auront lieu du 18 juillet au 14 août prochains. Cette association d’éducation populaire fondée en 1998 par Robin Renucci en Corse propose des formations et stages de théâtre se concluant par des représentations en plein air dans plusieurs lieux du patrimoine.

 

 

 

Le Tambour de soie, un Nô moderne de Kaori Ito et Yoshi Oïda

Le Tambour de soie, un Nô moderne de Kaori Ito et Yoshi Oïda

 Histoire de faire comprendre au public que cette Semaine d’Art est un peu différente de l’atmosphère estivale un petit crachin tombe sur la ville, ce premier jour. La direction du festival a bravé d’autres contraintes plus importantes : règles sanitaires drastiques, couvre-feu de dernière minute, changement d’horaire des représentations, etc, avant de réussir à constituer ces neuf jours attendus.

© Ch. Raynaud de Lage

© Ch. Raynaud de Lage


Nous suivons depuis longtemps la danseuse Kaori Ito, (voir Le Théâtre du Blog) qui s’associe pour la deuxième fois avec un comédien mythique de la troupe de Peter Brook, Yoshi Oïda. Accompagnés par le musicien Makoto Yabuki sur des instruments traditionnels japonais, ces  artistes interprètent une pièce de théâtre nô adaptée par Jean-Claude Carrière.  La danseuse répète devant un vieil homme qui fait le ménage dans un théâtre. Elle le séduit et le défie. En vain : celui-ci ne parvient pas à relever le pari qu’elle lui lance: faire résonner un tambour de soie.  « J’ai eu envie de danser, ce que je n’avais jamais fait, dit Yoshi Oïda. Mon rêve était de danser avec mon contraire. » `Même en temps de pandémie, il n’est pas interdit de rêver ; le théâtre permet toutes les audaces, le rêve de l’artiste est communicatif. Cet acteur de quatre-vingt-sept ans dansera une danse funèbre pathétique, face à la folle réponse chorégraphique de Kaori Ito. Rituels de mort et de vie se mélangent dans la Chapelle des Pénitents blancs.

C’est seulement la troisième représentation de cette pièce initiée juste avant le confinement.Aujourd’hui, publics et artistes doivent apprendre à jouer avec le temps, à être patients, à s’attendre mutuellement pour que le plaisir reste entier. Des épreuves sépareront encore ces deux mondes mais le rituel théâtral ne sera pas brisé. L’année 2020/2021 va être riche pour Kaori Ito qui va reprendre nombre de ses anciennes pièces.

 Jean Couturier

 Spectacle vu le vendredi 23 à 15 h et les 24, 25 et 26 à 11 h. Chapelle des Pénitents blancs, Place de la Principale, Avignon (Vaucluse) T. : 04 90 14 14 60.

 

Du 29 octobre au 1er novembre, Théâtre de la Ville, Espace Cardin, Paris (VIII ème).
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Du 17 au 18 décembre, Maison de la culture d’Amiens (Somme)  ; le 26 février,  Théâtre Ducourneau, Agen (Lot-et-Garonne)

La Peste c’est Camus mais la grippe est-ce Pagnol ? Performance conçue par Jean-Christophe Meurisse.

La Peste, c’est Camus mais la grippe est-ce Pagnol ? Performance conçue par Jean-Christophe Meurisse

Avant le couvre-feu, les acteurs de plusieurs générations des Chiens de Navarre et des invités exceptionnels se réunissent pendant une heure pour jouer ou lire, dans la plus totale improvisation, une pièce, différente à chaque fois. Dans une société malade de multiples troubles qui la détruisent peu à peu, l’irrévérence n’est plus de mise et  sur le plateau des Bouffes du Nord, cette parole libre fait du bien. L’humour permet toutes les audaces.

Devant des malles et  costumes de scène qui… ne seront jamais utilisés, six comédiens à la table, munis de micros, feuilles blanches,  gel hydro-alcoolique et masques chirurgicaux. Derrière eux, d’autres attendent leur tour de parole  Ce spectacle rappelle les exercices d’improvisation que beaucoup ont connus dans les cours d’art dramatique. Ces petits-enfants du Théâtre de l’Unité d’Hervée de Lafond et Jacques Livchine sourient de leurs délires et nous avec.

 

© Stéphane Capron

© Stéphane Capron

La pièce qui change de style à mesure des improvisations, aime se moquer du théâtre lui-même ou soit de son enseignement : «Je comptais faire du théâtre, pas me faire violer ». Soit des thèmes de prédilection comme ceux d’Anton Tchekhov : «Il pleut à la fenêtre » ; « Une chèvre s’est suicidée », « Piotr, tu me dois cinq roubles. »c«  J’aimerais tellement aller à Moscou. » Les artistes s’adaptent aussi à la réalité politique : «Je me méfie des gens du Sud; tout ce que vous pouvez dire avec votre accent, ne vous permet pas d’être légitime.» Parfois l’actualité les rattrape! «Je suis la liberté d’expression, je vais prendre la parole et on me décapite.» Pendant une heure, cette forme d’irrévérence salutaire incite une fois de plus à retourner au théâtre.

Jean Couturier

Jusqu’au 24 octobre, Théâtre des Bouffes du Nord, 37 bis boulevard de la Chapelle, Paris (X ème). T. 01 46 07 34 50..

 

Plateaux d’Harris Gkekas

 Plateaux d’Harris Gkekas

 Bien fait ! est  le titre de la manifestation de rentrée à Micadanses. Il s’applique à cette pièce qui a inauguré ce nouveau cycle de Micadanses. La question esthétique du mélange des genres est résolue sous une forme, disons opératique, mixant musique pop et danse contemporaine. Harris Gkekas, natif de l’Olympe par définition béni des dieux, a, depuis toujours, sans doute «voulu être un artiste». Doué pour la musique, il intervient ici  efficacement , en mode rock progressif des années soixante-dix, aux côtés de l’excellent batteur Didier Ambact, adepte d’un rythme ternaire destiné à pulser ce qu’il faut et comme il faut. Passant de la lyre orphique électrique à la danse, Harris Gkekas s’affirme aussi comme chorégraphe.

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Il juxtapose en les stylisant  et parfois, en les étirant, des exercices de style : solos, portés et travail au sol avec Jamil Attar, Lee Davern, Harris Gkekas et la remarquable soliste Vera Gorbatcheva. Entrées et sorties itératives contribuent à rythmer l’écoulement, autant sinon plus que les parties percussives. Un danseur s’improvise batteur mais…sans la technique d’un Fred Astaire dans A Damsel in distress et dans Daddy Long Legs, ou encore d’un Patrick Belda dans le court métrage Béjart de François Weyergans. La séquence la plus réussie  est sans doute celle des tableaux vivants ou plutôt de sculptures en mouvement. Chaque geste, chaque enchaînement et chaque agencement ont été fignolés. Et interprétés sans le moindre accroc. Nous avons été particulièrement sensible à l’art, la technique et la musicalité de Vera Gorbatcheva. La danseuse, élégante et subtile a été la révélation de la soirée.

Nicolas Villodre

Spectacle vu à Micadanses  20 rue Geoffroy l’Asnier, Paris ( IV ème).

 

Étranges jardins : exposition Arnaud Sauer

Étranges jardins : exposition Arnaud Sauer

 

La médiathèque de Fontenay-aux-Roses rend justice à Arnaud Sauer, artiste et scénographe disparu en 2018, avec une superbe exposition reprenant le titre d’une précédente rétrospective à Lorgues (Vaucluse). On y découvre la vie et l’œuvre aux multiples facettes et aux changeantes matières, au cours d’une quarantaine d’années.

Nous l’avons connu scénographe de spectacles de danse chorégraphiés par sa compagne de toujours, la danseuse Dominique Rebaud et le découvrons réellement maintenant, à l’occasion de cet hommage qui lui est rendu par le maire, Laurent Vastel et l’adjointe à la Culture, Muriel Galante-Guilleminot  de Fontenay-aux-roses, ville d’adoption du couple et où est né leur fils, le compositeur électro-acoustique Félix Rebaud-Sauer qui y a fondé siège sa compagnie, la bien nommée Camargo.

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L’accrochage est une réussite. Les deux grandes salles latérales du rez-de-chaussée donnent une idée de la fécondité du travail d’Arnaud Sauer, de ses recherches formelles, de ses expérimentations graphiques, picturales et photographiques, de ses « périodes »….Naturellement, Nous avons été plus sensibles à certaines propositions qu’à d’autres. Mais l’impression de prolixité domine. En touche-à-tout talentueux, l’homme passe des coulisses du spectacle, au premier plan de la scène. La première salle est vouée au dessin, à la peinture et à la sculpture. Avec un grand nombre de techniques : crayon papier, craie, pastel, lavis, plâtre, résine, acier, etc. Les formats sont tout aussi variés.  Présentés avec soin sur des cimaises ou protégés dans des vitrines. L’éclairage a été finement dosé, comme il se devait, pour faire honneur à un spécialiste de ce domaine.

Le deuxième espace est éblouissant et des projections multi-écrans, donne une idée de la richesse de la production photographique et vidéographique l’art visuel de Sauer. Deux gigantesques mosaïques de diapositives auto-éclairées permettent de suivre la généalogie de l’œuvre, qui va des transparents peints à la main, aux photos analogiques, retouchées ou non, des images d’esprit op-art (à la Bridget Riley) aux images de synthèse réalisées sur ordinateur Atari à la fin des années  quatre-vingt, qui font songer aux expériences des précurseurs californiens James et John Whitney et de l’animateur hongrois Peter Foldès.

Ces deux belles planches contact ou composites de diapos format 6 x 6 et 24 x 36 sont belles en tant que telles. Mais certaines étaient destinées à être agrandies, pour offrir un nouveau cadre aux arts de la scène, grâce à des  carrousels Kodak, comme le firent, au milieu des années 60, aussi bien Alwin Nikolaïs pour le ballet, qu’Andy Warhol pour des « light-shows » pour les concerts rock du Velvet Underground et les pistes de danse.  Et le soir du vernissage, le danseur Wu Zheng s’est fondu/enchaîné aux trames, motifs et matières projetés sur le mur du fond de la salle. Sa performance était soutenue par la musique répétitive et planante de Félix Rebaud-Sauer diffusée par smartphone, amplifiée par la sono.
Le diptyque vaut à lui seul le détour. Réalisé spécialement pour cette exposition-manifestation, des « images pour un film infini », selon  l’expression du réalisateur d’avant-garde Paul Sharits qui avait, comme le cinéaste structurel autrichien Peter Kubelka, réalisé des tableaux avec des photogrammes de ses propres films.

Nicolas Villodre

Médiathèque de Fontenay-aux-Roses ( Hauts-de-Seine), jusqu’au 31 octobre, 6 place du Château Sainte-Barbe. les
mardi : 14:00–19:00, mercredi:   10:00–12:30, 14:00–18:00, jeudi 14:00–19:00 vendredi 14:00–18:00 et samedi    10:00–12:30, 14:00–18:00

 

 

L’Art de conserver la santé d’Ondine Cloez

L’Art de conserver la santé d’Ondine Cloez

Un objet théâtral dansé très original où  la chorégraphe a inventé, au sens où celui qui découvre un trésor est réputé être son  « inventeur» un texte savoureux Ensemble de préceptes d’hygiène et de soin de l’École de Salerne.  Ce recueil de quelque soixante-dix poèmes rédigés en alexandrins  a été compilé au XIII ème siècle puis traduit en français par Monsieur Levacher de la Feutrie au XVIIIe siècle. Les curieux, mis en appétit -car il y est question de l’art de se nourrir, bien sûr– pourront le trouver sur Gallica, le site de la Bibliothèque Nationale.

Ondine Cloez et ses  consœurs Clémence Galliard et Anne Lenglet se sont posé la question : bougeait-on au XIII ème siècle comme aujourd’hui ? Le langage du geste était-il le même ? Plus qu’aujourd’hui, la langue est riche en occurrences du mot : tomber… Amoureuse, enceinte, en pâmoison, en extase, en décrépitude ou Dieu sait quoi.
Ces chercheuses expérimentant pour notre plus grand plaisir toutes sortes de chutes bien maîtrisées. Se serrait-on la main pour se dire bonjour ? Le geste semble attesté depuis l’Antiquité grecque mais sait-on jamais… Elles esquissent des saluts, testent différentes démarches et rappellent au passage qu’il y eut au moyen âge d’illustres femmes médecins (médecines ?), dont La Trotula à Salerne (Italie). Elles goûtent quelques tisanes. Mais le plus délicieux, ce sont les chansonnettes écrites sur les fameux préceptes de bonne santé.

Et pour commencer : « L’art ne saurait des hommes éterniser les jours / Et  le mal quelquefois brave tous les secours. / Si tu veux de tes ans, prolonger la durée / Soupe peu ; du vin pur ménage la verrée / Marche après le repas, ne dors point dans le jour. » Ou encore plus simple : « Es-tu sans médecin, je t’en vais donner trois /Gaîté, diète, repos ; obéis à leur lois ». Le reste est à l’avenant et de bon sens : on dirait un manuel « bio » du bien vivre d’aujourd’hui. Connaître son corps et ses limites mais aussi en explorer la liberté, prendre plaisir à des gestes insolites et bienveillants, regarder autour de soi et se pencher sur les « simples », mot beaucoup plus joli pour désigner les herbes qui soignent que « plantes médicinales ». Bref, vivre en bonne camaraderie avec la Nature, sachant que nous en faisons partie.

On a quand même un reproche à faire à ce spectacle insolite et plein de charme : il faut souvent tendre l’oreille. On veut bien que l’art de conserver la santé  le mérite mais le parler naturel a ses inconvénients : on n’entend pas toujours bien le texte -donc  une impression pour le public d’entre soi et d’être un peu exclu. Eh! Les filles ! On est là. Quoi qu’il en soit, on a bien fait de venir. Avec ces sentences, on a oublie la pandémie et le masque sur le nez. Et une dernière : « Si tu veux être sain, lave souvent ta main ».

Christine Friedel

Festival d’automne. Spectacle joué du 13 au 18 octobre au Théâtre de la Bastille, 76rue de la Roquette , Paris (XI ème).

Les Laboratoires d’Aubervilliers ( Seine-Saint-Denis) du 12 au 15 novembre.

 

Dans la Solitude des champs de coton, de Bernard-Marie Koltès, mise en scène de David Géry

Dans la Solitude des champs de coton, de Bernard-Marie Koltès, mise en scène de David Géry

Quelque part dans une “zone“, un no man’s land, là où il n’y a personne d’autre, dans la nuit, se rencontrent un client et un dealer. Ils savent l’un et l’autre pourquoi ils sont là : ils possèdent ce dont l’autre a besoin, chacun désire le désir de l’autre et il s’agit d’en arriver à un échange. On ne peut résumer la pièce de façon moins abstraite, elle n’est pas autre chose qu’un dialogue sur l’échange. Marché, négociation, diplomatie: toujours les mêmes avancées et reculs, contournements, affrontements et esquives, avant la violence et les coups qui viendront mais hors-champ.

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La pièce est devenue un classique ; jouée, pourquoi pas, par deux femmes, deux comédiennes hors pair: Anne Alvaro et Audrey Bonnet dans un stade du XIV ème à Paris en août dernier, mise en scène de Roland Auzet, voir (Le Théâtre du blog), elle trouve aussi  sa place dans l’espace réduit du Lavoir Moderne Parisien. La matière même du lieu, à la fois disponible, hétéroclite et chargé de passé, se prête bien à l’évocation d’une zone, territoire encore urbain mais banni de la ville. David Géry, qui est aussi peintre, y a ajouté un élément de danger en parsemant le sol d’éclats de verre et de miroirs. Ça craque sous les pas, ça  crisse, ça menace, dans un brouillard de fumerolles.

De cette matière sans forme, naît d’abord le Dealer, puis le Client, longtemps dans l’ombre. Ce qui est une arme dans la négociation : ne pas se « découvrir ». Le dealer a pour lui de s’avancer, d’occuper les positions, puisqu’on parle en termes militaires. Le danseur Souleymane Sanogo lui donne une présence singulière, s’impose avec la rigueur des mots, s’échappe avec la fluidité imprévisible de la danse, revient… Un acteur exceptionnel pour une belle idée. En face de lui, Jean-Paul Sermadiras doit faire bloc, de sa haute stature, s’avance à son tour, calmement, sans perdre de terrain. Ne pas se laisser ébranler. Et pourtant…

Dans la solitude des champs de Coton n’a été joué que quelques soirs au Lavoir Moderne Parisien, rue Léon dans l’un des quartiers les plus métissés de Paris. Ce petit lieu emblématique à la fois de l’histoire du prolétariat – le lavoir de Gervaise dans l’Assommoir ? – et de la création théâtrale contemporaine : théâtre, musique, danse… a failli disparaître au profit d’un projet immobilier. Il a enfin été acheté par la Ville de Paris. Mais il a encore tout un programme à nous offrir. La compagnie Graines de soleil qui l’a tenu et le tient encore à bout de bras nous y convie jusqu’en février 2021 au moins, si tout va bien….

Christine Friedel

Notre amie qui était à une autre représentation que nous, a bien vu la rigueur de construction du spectacle mais nous serons un peu moins généreux quant à la direction d’acteurs. La belle gestuelle de Souleymane Sanogo est souvent trop invasive et parasite le texte. Et pourquoi avoir placé cette espèce de grand lustre en cristal pas très réussi au centre du plateau? Cela maintient en permanence Jean-Paul Sermadiras seul au fond et donne un aspect assez statique à cette mise en scène, loin du danseur, seul à jardin. Et on a répandu des morceaux de vitre  partout sur le sol. Bref, cette scénographie n’est sans doute pas la plus réussie du siècle. Et un plateau nu aurait amplement suffi et aurait permis des déplacements plus réussis et mieux mis en valeur ce beau texte. Mais bon, il s’agit d’un travail encore tout frais… A suivre…

Philippe du Vignal

Le spectacle a été joué du  7  au 11  octobre  au Lavoir Moderne Parisien,  35 rue Léon, Paris (XVII ème). T. : 01 46 06 08 05.

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