La Visita, par la compagnie Peeping Tom, mise en scène de Gabriela Carrizo

La Visita, par la compagnie Peeping Tom, mise en scène de Gabriela Carrizo

 Ces danseurs, acrobates et contorsionnistes qui jonglent avec l’insolite dans des ambiances surréelles (voir Le Théâtre du blog) nous entraînent pour la première fois dans une aventure hors les murs. Le spectacle a été créé à la Collezione Maramotti, à Reggio Emilia (Italie): «Tout est parti du Musée royal des beaux-Ars (KMSKA) à Anvers où nous sommes en résidence», dit Gabriela Carrizo. Avant de le reprendre dans ce musée qui rouvre après dix ans de travaux, le collectif de danse-théâtre fondé et installé à Bruxelles depuis 2.000 par la danseuse argentineet le danseur français Franck Chartier, a investi, à l’invitation du Théâtre de la Ville, la chapelle Saint-Louis à l’hôpital de la Salpêtrière: « La performance se déroule dans une sorte d’atelier de restauration où on répare les œuvres et guérit les blessures humaines…».
Construite sur ordre de Louis XIV d’après les plans de Louis Le Vau réalisés après son décès brutal par Libéral Bruant, elle est en forme de croix grecque à quatre nefs identiques et en alternance, quatre chapelles à pans coupé, et située au cœur de l’hôpital où le docteur Charcot mena ses expériences sur la folie. Cela commence par une distribution de bougies au public avant qu’il soit accueilli par un acteur sur un skateboard, image de la modernité. Il porte une chandelle et nous invite au recueillement.
Nous découvrons sur des sellettes la réplique des statues de saints qui s’alignent dans les quatre nefs menant à une chapelle centrale avec un dôme octogonal. Certaines sont en cours de fabrication ou de réfection par une sculptrice (ou infirmière ?)… L’imagerie des tableaux qui ornent les quatre chapelles, a trouvé une traduction iconoclaste dans la scénographie d’Amber Vandenhoeck et les costumes et accessoires de Nin Lopez Le Galliard.
Une rencontre entre kitch contemporain et grands tableaux la plupart du XVII ème siècle. Et des sculptures imitent le vivant et, parallèlement, les humains se statufient. La vie devient art, l’art devient vie, les frontières s’estompent.

Le public se promène librement d’une chapelle à l’autre, au gré de mini-événements imaginés en accord avec les thématiques du soin hospitalier et de scènes religieuses : une descente de croix, une scène d’hystérie mystique, la folie meurtrière d’un forcené, les douleurs d’une parturiente… Nous avons aussi tout loisir d’explorer cette architecture où résonnent chants religieux, morceaux d’orgue, chuchotis de confessionnal…

Dans ces lieux chargés d’histoire, spectateurs et interprètes cherchent leurs repères mais, lors de cette déambulation d’une heure, nous retrouvons avec bonheur la chanteuse Eurudike De Beul en nonne austère, Yichun Liu qui se fige en sculpture, puis Charlotte Clamens, Marie Gyselbrecht, Brandon Lagaert, Romeu Runa. Une étrange visite où le réel, les personnages et les œuvres d’art s’entrelacent comme dans un rêve, avec l’humour décalé des Peeping Tom…

 Mireille Davidovici

Jusqu’au 1er octobre, Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière, 47 boulevard de l’Hôpital, Paris (XIII ème)

Théâtre de la Ville : T. : 01 42 74 22 27.


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Sang d’encre : une tragédie royale…

Sang d’encre : une tragédie royale…

 Charles d’Angleterre a vécu royalement, même au temps où il n’était que prince, si l’on en croit le New York Post. Surnommé «pampered prince » (prince choyé), il menait grand train. Il demandait, par exemple, qu’on lui cire les pompes, comme un vulgaire Aquilino Morelle, ex-conseiller de François Hollande en 2014. Ce qui avait entraîné plus tard son éviction de l’Elysée… Charles voulait qu’on lui repasse les lacets à bien à plat et ne voyageait jamais sans sa lunette perso de toilettes…

charles dégaine son propre styloIl a été contraint à plusieurs obligations, en attendant son couronnement et il a dû se plier, entre autres, au rituel de la cérémonie solennelle de proclamation au palais Saint-James, à Londres. Il a renouvelé ses engagements envers le peuple britannique et après une première signature du document officiel de proclamation par le Conseil d’accession, Charles III s’est présenté à eux, aux côtés de son épouse Camilla et de William, son fils. Cette cérémonie avec discours, actes, signatures et contre-signatures ,autrefois discrète, est maintenant montrée en direct et mondovision par la BBC.

À l’oral, aucun problème, Charles assure : il a autrefois pratiqué le théâtre… Mais à l’écrit ! Il a pris son stylo personnel, déchargé pour ne pas tacher sa jaquette et en a trempé la plume dans l’encrier posé devant lui et que William et Harry lui avaient offert, quelques mois auparavant... Puis il a signé le serment imprimé sur deux parchemins format « royal » (50 cms x 63,5 cms environ) donc occupant presque toute la console prévue à cet effet.
Et il nous a enfin livré son nom de scène : Charles III. Un nom qui n’a rien de neuf  et a déjà servi à d’autres monarques européens : Charles III le Simple, Charles III le Gros, Carlos III roi d’Espagne et des Indes). Nous découvrons que son fils William, l’un des signataires du document, est gaucher. Mais, au moment de parapher le second folio, Charles voit un plumier avec stylos de secours, qui aurait été susceptible d’altérer sa graphie. Et au lieu de le déplacer avec simplicité (comme le fera ensuite William, il a indiqué du doigt, à la surprise générale, le dit plumier et a montré les dents…

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Gag à répétition (running joke, disent nos amis Anglais : trois jours plus tard, au moment de signer un nouveau truc officiel en Irlande du nord, le protocole avait, par précaution, chargé d’encre -mais sans doute un peu trop- un stylo qui s’est mis à fuir! Alors désorienté, le roi Charles III antidata pare erreur l’événement, puis se leva brusquement, refila le bébé à Camilla, la Reine-consort et sortit.
Question : cette double fuite serait-elle le signe de l’hémophilie, malédiction royale depuis la reine Victoria?

Nicolas Villodre

A voir: Alain Chabat, Jamel Debbouze et Léa Drucker ont parodié cette scène déjà fameuse où  le nouveau roi s’énerve à cause de ce stylo.

Écho de Vanasay Khamphommala

Écho de Vanasay Khamphommala

 Pauvre petite Écho! La jolie nymphe a détourné par ses bavardages l’attention de Junon, quand Jupiter se livrait à ses amourettes. En punition, la parole lui sera ôtée et elle pourra juste répéter les derniers mots qu’elle aura entendus. Un jour dans un bois, elle voit le beau Narcisse et en tombe éperdument amoureuse. Elle le poursuit… Il pouvait l’entendre mais quand elle répète les dernières syllabes entendues, elle leur donne un sens trop bien… entendu. Et Narcisse aura horreur de cet amour: «Plutôt mourir que de te laisser toucher mon corps!», dit-il. «Toucher mon corps », réplique-t-elle, exprimant son plus haut désir, refusé par l’autre.

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©Pauline Le Goff

Vanasay Khamphommala parle de la honte qui accompagne les chagrins d’amour, et  les perdants, les perdus. L’acteur, indiscutablement homme mais tout aussi femme, s’expose calme et nu, dans toute sa beauté vulnérable, forte et fragile Vénus pudica. « On dit que la honte est intime, c’est nier qu’elle est un outil de contrôle social d’autant plus puissant, qu’il est intériorisé ». Le rejeté, le mal aimé devrait se cacher, c’est pourquoi, il le montre au théâtre…

Il-elle joue ce qu’est perdre sa voix, jusqu’à la retrouver peut-être. Seule, au micro, cette nouvelle Echo émet quelques sons à peine distincts, à à la limite de la perception, avec d’infimes mouvements des yeux ou des lèvres. Ce moment parfait d’incertitude et d’une grande délicatesse, parle et touche infiniment plus, que les mots ne le feraient. Mais  ils viendront, s’inscrivant sur l’écran au lointain, avec la performance d’écriture de Théophile Dubus. Quelle grâce prennent alors les mots des poètes et ceux banals des sentiments, à s’imprimer tout vifs devant nous, non sans humour et parfois hésitants, parfois corrigés, brouillés et superposés ! À leur façon, ils gracient la nymphe condamnée et ramènent le spectateur sur le chemin du sens et de la réconciliation. Il y a ici une belle idée de théâtre et le plaisir de voir une technique utilisée au plus juste.

© Pauline Le Goff

© Pauline Le Goff

La nouvelle Écho n’est pas seule et viennent se mêler de son histoire, Caritia Abell, Natalie Dessay et Pierre-François Doireau qui, lui, impose l’image d’une sorte de Caliban, faunesque. Ils commencent par enterrer Echo sous une bâche de plastique et trois sacs de terreau, puis lui rendent les honneurs funèbres, entre gag et cauchemar, jusqu’à faire la sieste sur sa tombe.
« Les gens heureux ne vont pas au théâtre, ils font des pique-niques », y compris dans les cimetières. Mais la tombe respire… Et une voix revient. À Natalie Dessay qui a mis fin à sa carrière de cantatrice pour devenir comédienne (l’on a vue récemment aux Plateaux Sauvages dans
Hilda), Vanasay Khamphommala fait écouter un air de Mozart du répertoire que la cantatrice avait enregistré. Peu à peu, un petit raclement de gorge bien présent, vient troubler notre écoute respectueuse, la voix rejoint le chant puis se superpose à celui de l’enregistrement, le déborde … L a voix humaine, miraculeuse a été rappelée à la vie. Unn moment sublime.

Mais ici tout n’est pas de cette eau et il y a des actions parfois confuses. À la fin, au nom d’une image de l’amour ou de la rencontre (?), des spectateurs -complices -montent sur le plateau. Une idée, peut-être mais peu claire.. Comme si la fin du spectacle était la gestation, dans l’obscurité, d’une mise en scène en train de se faire, mais qui n’aurait pas encore trouvé son dessein.
Après Vénus et Adonis, Orphée aphone, et Le Bain de Diane, Echo est le quatrième volet d’un grand projet inspiré par Les Métamorphoses d’Ovide. Entre théâtre et performance, il y a parfois dans cette recherche, des moments exceptionnels. A suivre…

Christine Friedel

Jusqu’au 24 septembre, Les Plateaux sauvages , 5 rue des Plâtrières, Paris (XXème). T. : 01 83 75 55 70.

Du 4 au 7 octobre, Théâtre Olympia-C.D.N. de Tours (Indre-et-Loire), et du 18 au 22, TnBA-Bordeaux (Gironde).

Du 6 au 7 décembre, Halle aux Grains-Scène nationale de Blois (Loir-et-Cher); les 13 et 14, Maison de la Culture-Scène nationale d’Amiens (Somme).

Adieu Françoise Dupuy

Adieu Françoise Dupuy

Discrète, elle était peu connue du grand public mais avec son mari Dominique Dupuy, elle aura été à l’origine de la danse contemporaine en France. Ils ont été les premiers à accueillir dans les années cinquante l’immense Merce Cunningham, alors totalement inconnu en France…

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 Françoise Dupuy s’est éteinte à quatre-vingt dix sept ans après une vie toute entière consacrée à cet art à Paris, puis en Provence.
A la fois danseuse, chorégraphe elle a été une pédagogue exceptionnelle avec Jacqueline Robinson et son mari, à l’Institut de formation des rencontres internationales de la danse qu’ils avaient créé de 1978 à 1986. Nommée inspectrice de la danse au ministère de la Culture, elle avait été chargée en 1985 de l’éveil à la danse en milieu scolaire.
Elle a aussi écrit plusieurs ouvrages dont celui collectif L’Eveil et l’initiation à la danse et  Une danse à l’œuvre, Deux à danser, Album, On ne danse jamais seul. Écrits sur la danse,  écrits avec Dominique Dupuy. Notre amie Christine Friedel qui eu le bonheur de travailler avec elle, son mari et leurs  collaboratrices, en parle avec émotion.

Ph. du V.

 

Apprendre la danse, à vingt-cinq ans? Sur le conseil d’une amie avisé, je me suis retrouvée dans le grand studio du 104 boulevard de Clichy de Françoise et Dominique Dupuy avec leurs Ballets modernes de Paris.

Une formidable école, avec non pas un mais cinq ou six professeurs, alternant diverses approches du mouvement, jusqu’à la danse. Avec Dominique, nous pouvions travailler une heure et demie entre la quatrième et la cinquième vertèbre dorsale, ou trouver l’équilibre parfait sur nos pieds qui envoient toute leur énergie au reste du corps.
Avec Brigitte Hyon, c’était un travail très encadré sur le rythme et avec d’autres, c’était l’improvisation et la mémoire du geste. Delphine Rybinski nous enseignait avec efficacité la musicalité de la danse toujours, dès les exercices d’échauffement.

Et avec Françoise, c’était la synthèse de tout cela, par la verticale. Grande, elle nous faisait grandir, et ne laissait échapper aucun relâchement. Elle ne s’occupait pas de notre « niveau», mais veillait à notre degré d’exigence : la signature de cette école, avec le respect de notre corps tel qu’il est, mais à qui on n’en demande pas moins beaucoup. Et cela ne rigolait pas : gaucherie interdite et recherche de la justesse mais dans les limites de nos capacités. Sentir, comprendre comment une jambe s’élève, placer la hanche, le souffle, pour s’en approcher.

Trois heures de cours par semaine, puis six, puis la joie et la gêne de se trouver (au fond de la classe quand même !) avec les danseurs qui allaient former les grandes troupes comme celle de Jean-Claude Gallotta. Nous essayions d’attraper quelque chose de leur vivacité… En même temps, Françoise nous le rappelait: «Tu n’es pas ici pour regarder. C’est ton corps qui regarde et qui écoute, à la vitesse de la lumière, c’est ton geste, dans l’immense volume du studio. Ce volume, c’est l’espace de ton imaginaire, la liberté du mouvement, ta verticale. » Merci, Françoise.

Christine Friedel

 

 

 

Harvey, nouvelle traduction d’Agathe Mélinand, mise en scène de Laurent Pelly


Harvey,
nouvelle traduction d’Agathe Mélinand, mise en scène de Laurent Pelly 

La pièce de la dramaturge américaine (1907-1981) -très connue aux Etats-Unis et qui en a écrit une dizaine d’autres- ne l’est pas du tout en France ! Harvey avait été créée en 1944 au 49th Street Theatre à New York avec, au compteur cinq ans plus tard quelque 1.775 représentations ! Mary Chase avait, en 45, reçu le Prix Pulitzer du théâtre pour cette œuvre ensuite adaptée pour le cinéma et la télévision à plusieurs reprises. Il y eut  notamment un film  sorti en 1950 avec James Stewart et Josephine Hull. Harvey fit aussi l’objet deux téléfilms américains en 1972  et 1996. Cette pièce, restée inconnue en France pour des raisons mystérieuses, a été enfin créée par Laurent Pelly en 2018 à Grenoble et reprise il y a un an au T.N.P. à Villeurbanne.

 

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Edwood P. Dowd, la quarantaine, est un aimable et farfelu célibataire, toujours accompagné d’un grand ami imaginaire -que nous ne verrons donc jamais- Harvey, un lapin de deux mètres. Edwood, qui a tendance à être alcoolique, fréquente trop les bars, donne tout le temps sa carte de visite à des inconnus qu’il invite à dîner chez lui. Ce conte théâtral semi-fantastique pas très loin de Lewis Caroll, et souvent comique, nous parle aussi de la solitude de cet être asocial, isolé avec son Harvey mais qui, en même temps recherche le contact avec les gens. Et Mary Chase veut sans doute nous dire que ce n’est pas incompatible…
Selon Laurent Pelly, « grâce à son charme et sa gentillesse, il est sans doute la part secrète et intime de chacun de nous, il a presque une fonction curative. Elwood ne peut pas être seul, puisqu’il est avec Harvey. Et avec lui, il peut s’accommoder de toutes les situations et de tous les lieux. Même les plus dangereux ou difficiles. »

Mais Harvey est bien plus qu’une comédie légère comme Broadway en a fait naître par centaines. Eldwood à la fois très charmeur mais aussi parfois inquiétant et se fait remarquer par tous ceux qu’il rencontre. «Souvent les gens me regardent et ils sourient, ils disent: « Monsieur, on ne vous connait pas, mais vous avez l’air d’être sympa. » ça nous réchauffe le cœur à Harvey et à moi. » Mais cet être ambivalent qui pourrit la vie de sa sœur Veta qui se décidera à le faire interner dans un hôpital psychiatrique, il a affaire à des personnages un peu falots (c’est sans doute le défaut de la pièce trop axée sur le seul personnage d’Edwood). Et il crée un joyeux capharnaüm, embrasse sur la bouche, la secrétaire qui est à l’accueil, va partout où il a envie d’aller, traite les médecins d’égal à égal… Et bien entendu, il y a une suite de quiproquos et rebondissements.

Cela commence en effet assez mal : Sanderson, un jeune psychiatre prend Veta pour Elwood qui a déjà une influence sur le personnel hospitalier et sur le docteur Chumey qui dirige l’établissement. Cela complique donc la vie de tout le monde mais pas celle d’Elwood. Les psychiatres  décident de lui faire une piqûre pour en faire un « être humain parfaitement normal ». Une vieille tentation de l’époque : le remède miracle pour soigner et enfin guérir les malades mentaux, même ceux qui souffrent de pathologies légères… Mais la psychiatrie depuis quatre-vingt ans quand Mary Chase a écrit la pièce- a beaucoup évolué… Veta se demande finalement si elle ne préférerait pas garder Elwood comme il est …
Et lui, Elwood? « Je me suis battu contre la réalité tout ma vie, docteur. Et je suis heureux de l’avoir emporté .»

Cette leçon de vie est remarquablement mise en scène par Laurent Pelly dans une scénographie ambulante de Chantal Thomas: un appartement bourgeois, un peu ridicule avec appliques lumineuse en satin rose et nombre de véritables croûtes accrochées aux porte-manteaux ou sur les murs: un portrait de femme, des paysages et cinq petits tableaux de vases de fleurs. L’hôpital psychiatrique est lui suggéré par des éléments blancs aseptisés: accueil, sièges, bureau du docteur… La pièce (une heure cinquante) est un peu longuette et Agathe Mélinand aurait pu élaguer certaines scènes sans dommage. Mais comme  le spectacle bénéficie d’une interprétation d’une rare qualité, cela passe …
Omniprésent, Jacques Gamblin, dont la présence et le jeu tout en nuances sont fabuleux, mène le bal sur toute la pièce. Mais sans jamais se mettre en avant. Une belle performance d’acteur! Et tous ses camarades, surtout Christine Brücher dans le rôle de la sœur, sont tout aussi épatants et crédibles, dès qu’ils entrent sur le plateau. Mais dans la grande salle du Rond-Point, l’acoustique, on le sait, est variable et on entend parfois mal les acteurs quand ils sont en fond de scène. Mais Laurent Pelly devrait pouvoir rectifier cela.Un spectacle enfin drôle en cette rentrée théâtrale un peu morose.
Vous avez peut-être vu le film avec James Steward mais cette recréation théâtrale vaut largement le coup…

Philippe du Vignal

Jusqu’au 8 octobre, Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, Paris (VIII ème).
Représentations du jeudi 29 septembre et dimanche 2 octobre en audiodescription.

Le 11 octobre, Théâtre des Cordeliers, Annonay ( Ardèche); le 14, Théâtre de Cachan-Jacques Carat (Val-de-Marne)). Le 18, Théâtres des Sablons, Neuilly (Hauts-de-Seine). Le 21, Théâtres en Dracénie, Draguignan (Var). 

Les 24 et 25 novembre, Théâtre de Mâcon ( Saône-et-Loire) .                      

Les 13 et 14 décembre, Le Bateau-Feu-Scène nationale de Dunkerque ( Nord).     
           
Du 4 au 6 janvier, MC 2 , Grenoble (Isère). Les 10 et 11, Antipolis-Théâtre d’Antibes (Alpes-Maritimes). Le 18, Espace Jean Legendre, Compiègne (Oise). Le 21, Espace Marcel Carné Saint-Michel-sur-Orge (Essonne).

Le Menteur de Corneille, adaptation et mise en scène de Marion Bierry

Le Menteur de Corneille, adaptation et mise en scène de Marion Bierry

Richelieu meurt en 1642 puis Louis XIII, lui, à quarante-trois ans seulement l’année suivante suivante où Pierre Corneille écrit cette pièce quelque peu autobiographique. Né à Rouen, il y était revenu après la querelle du Cid et son triomphe exceptionnel en 1637. Il voit dans sa ville natale une représentation de La Vérité suspecte de Juan Ruiz de Alarcón,  un des grands dramaturges du Siècle d’or espagnol avec Tirso de Molina, Calderon et Lope de Vega mais moins connu en France. Et il s’en inspirera beaucoup pour écrire Le Menteur. Une pièce très applaudie par l’aristocratie qui s’imposait de plus en plus…

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Le beau et jeune Dorante, lui, est de Poitiers, (pour ne pas dire Rouen?  une ville citée neuf fois  par lui et par les autres personnages!   Le Menteur est la dernière des six comédies (dont la merveilleuse Illusion comique) de Corneille qui, ensuite, n’écrira plus que des tragédies.
L’argument, au départ simple, est ensuite truffé d’imbroglios souvent farcesques … Dorante, qui a fini ses études en province, revient à Paris et, avec Cliton, son valet, se promène aux Tuileries où il fait la connaissance des jeunes et belles Lucrèce et Clarice. Pour se faire mousser et les séduire, il s’invente une somptueuse carrière militaire. Et il dit aussi -assez mythomane- qu’il mène la grande vie : «J’avais pris cinq bateaux pour mieux tout ajuster. Les quatre contenaient quatre chœurs de musique, Capables de charmer le plus mélancolique. Au premier, violons ; en l’autre, luths et voix ; Des flûtes, au troisième ; au dernier, des hautbois, Qui tour à tour dans l’air poussaient des harmonies Dont on pouvait nommer les douceurs infinies. Mais face à son ami Alcippe comme à son père, Dorante va être obligé de mentir de plus en plus. Avec bien sûr, des quiproquos en rafale. Plus de deux siècles avant, Eugène Labiche, Georges Feydeau, puis le théâtre de boulevard ne sont pas loin! 

Dorante, sans aucun scrupule et au mépris même de la parole donnée et de l’amitié, pratique le mensonge comme discipline artistique à part entière, exigeant nerfs solides, cynisme absolu, sens de la répartie, confiance en soi, imagination sans bornes… Le pauvre Cliton désarmé, comme Sganarelle avec Dom Juan, n’est en rien dupe : « Les gens que vous tuez, se portent assez bien. » Et il le met en garde mais en vain contre ses mensonges à répétition : «Si vous vous en tirez, je vous tiens habile homme. »

D’un autre côté, les jeunes femmes ne sont pas dupes de ses prouesses. « Dorante avec chaleur, fait le passionné, dit Lucrèce, Mais le fourbe qu’il est, nous en a trop donné, Et je ne suis pas fille à croire ses paroles. Et à Dorante qui lui réplique : « Pour vous ôter de doute, agréez que demain/ En qualité d’époux je vous donne la main. » Clarice réplique sans illusion : « Eh ! Vous la donneriez en un jour, à deux mille. Et quand Sabine, sa servante lui confie: « S’il vous mentait alors, À présent il dit vrai ; j’en réponds corps pour corps. » , Clarice, très lucide, refuse d’entrer dans ce jeu de dupes : « Peut-être qu’il le dit mais c’est un grand peut-être.» Fabuleux jeu de mots…

Ces très jeunes femmes -et Dorante quand il essaye de les séduire, va s’en apercevoir à ses dépens- savent aussi très bien jouer au jeu du mensonge pour faire avancer leurs pions sur le grand échiquier de l’amour.
Et la figure du père est aussi constamment là pour rappeler que fantasmes, mensonges et supercheries, cela va bien un moment et qu’il y a des limites à ne pas franchir si on veut être respecté..
. A vouloir simuler par la parole et la gestuelle, un personnage qu’on n’est pas, même le très habile Dorante risque fort de le payer cher. Même si tout le monde ment et vit dans l’apparence et la leçon reste des plus actuelles… Et les quelque cinq jeunes spectateurs semblaient savourer ces alexandrins du vieux Corneille dont ils ont sans doute seulement étudié Le Cid au collège .

Dorante fait preuve de virtuosité dans le mensonge comme à un concours de menteurs dont il sortira, pense-t-il, malgré tout vainqueur. Mais non, il n’aura pas l’épouse qu’il souhaitait… A la fin du spectacle, Cliton dira seulement en conclusion de cette histoire de dupes assez grinçante et qui aurait plus mal tourner: « Comme en sa propre fourbe, un menteur s’embarrasse ! Peu sauraient comme lui s’en tirer avec grâce. Vous autres qui doutiez s’il en pourrait sortir, Par un si rare exemple apprenez à mentir.  »

Marion Bierry a situé les choses pendant le Directoire avec des personnages, estimant cette période historique plus proche de nous, ce qui n’est pas si sûr. Et elle a supprimé tous les personnages secondaires dont Philiste qu’elle juge un peu trop sérieux. Pourquoi pas ? De toute façon la pièce est un peu trop longue et surtout comment les faire entrer aussi nombreux en même temps sur cette petite scène… Et elle repiqué quelques moments de La Suite du Menteur au début et à la fin. Si elle n’avait pas honnêtement prévenu, on ne s’en serait pas aperçu.
Et il y a de bonnes scènes notamment entre Dorante (remarquable et très crédible Alexandre Bierry qui ne quitte pas le plateau) et son père (Serge Noël, acteur et musicien d’expérience). Ou entre le jeune homme et son valet Cliton (Benjamin Boyer, lui aussi très crédible dans ce rôle de valet qui dit ses quatre vérités à son maître). Ou encore entre Dorante et son ami Alcippe (Brice Hillairet). Tous quatre disent parfaitement les alexandrins  et c’est un délice d’en entendre la musique. Et leur parlé-chanté sur des musiques de chansons récentes sont savoureuses. lMais, quitte à prendre le risque de nous faire métouiser, cette distribution est inégale… Anne-Sophie Nallino (Clarice) et Mathilde Rey ( Lucrèce) n’ont pas vraiment l’âge des jeunes Clarice et Lucrèce. Elles ont une très bonne diction mais ne semblent pas très à l’aise et sont peu crédibles.
Sans doute, en partie à cause d’une scénographie qui n’est pas du bois dont on fait les flûtes et qui n’aide en rien les acteurs, surtout sur un aussi petit plateau. Imaginez deux grand paravents montés sur roulettes avec des fenêtres et des portes sur le côté qui se replient selon les scènes. Et des petits caissons où très souvent, Marion Bierry les fait monter sans véritable raison… Alexandre Bierry, déjà grand, a ainsi la tête qui touche presque le plafond de scène ! Et les costumes bricolés façon vaguement Directoire, sont tous d’une laideur prononcée (les quatre hommes portent des bottes de caoutchouc noir!). Tous aux abris !

Bref, même si la mise en scène de ce Menteur est inégale, reste ici le plaisir d’entendre ces alexandrins écrites dans une langue qui reste encore accessible quatre siècles plus tard…. Et la quarantaine de personnes d’une certain âge semblait y trouver du plaisir. Corneille a vraiment le sens du dialogue et de la réplique. Allez, une dernière pour la route… A  Dorante qui prétend connaître dix langues, Cliton, réplique : «Vous auriez bien besoin de dix des mieux nourries,/Pour fournir tour à tour à tant de menteries /Vous les hachez menu comme chair à pâtés. /Vous avez tout le corps bien plein de vérités, /Il n’en sort jamais une. »
Malgré une mise en scène approximative, recommandons ce Menteur aux élèves des écoles de théâtre (il y a sûrement des tarifs réduits). Ils y entendront comme rarement la musique de ces alexandrins, un trésor de la langue dramatique française… restituée ici avec bonheur.

Philippe du Vignal

Théâtre de Poche-Montparnasse, 75 boulevard du Montparnasse, Paris (VI ème). T. : 01 45 44 50 21.

Common ground[s] • Le Sacre du printemps musique d’Igor Stravinsky, chorégraphie de Pina Bausch, Germaine Acogny et Malou Airaudo

Common ground[s] Le Sacre du printemps musique d’Igor Stravinsky, chorégraphie de Pina Bausch, Germaine Acogny et Malou Airaudo

 En 2013, le Théâtre des Champs-Elysées fêtait son centenaire et, en même temps, celui de l’œuvre de Stravinsky, créée le 29 mai 1913. A cette occasion, le Tanztheater de Wuppertal offrit la version du Sacre du Printemps devenue mythique chorégraphiée par Pina Bausch en 75. Entrée depuis au répertoire de l’Opéra de Paris en 1997. Un choc pour tout amoureux de la danse…
Cette re-création par Germaine Acogny et Malou Airaudo pour l’Ecole des Sables au Sénégal était très attendue. Conçue pour la saison Africa 2020, elle avait a été reportée à cause de l’épidémie de covid. Germaine Acogny, fondatrice avec Maurice Béjart et directrice de Mudra Afrique (1977-1982) a créé avec son mari en 1998 l’Ecole des Sables. C’est à la fois une école d’enseignement théorique et pratique, un laboratoire de recherches mais aussi un lieu de rencontres, d’échanges, conférences, et résidences artistiques.
Malou Airaudo, née en 1948, commença à danser à  huit ans, à l’Opéra de Marseille.
À 17 ans, elle entre au Ballet Russe de Monte-Carlo où elle devient soliste auprès de Léonide Massine. Au début des années 1970, elle s’installe à New York pour travailler avec Paul Sanasardo et Manuel Alum. Elle y rencontra Pina Bausch. Entrée au Tanztheater de Wuppertal en 1973, elle devint une interprète majeure de la chorégraphe. Avec Germaine Acogny, qu’elle appellera « sa sœur », elle accompagne cette réalisation avec plus de trente danseurs africains.

© Maarten Vanden Abeele

© Maarten Vanden Abeele


Igor Stravinski avait écrit la musique de ce ballet chorégraphié par Vaslav Nijinski, sur un argument de Nicolas Roerich qui avait aussi créé les costumes et décors.
P
our lui, en 1912, la partition «donne la sensation d’un contact direct avec la terre. Malgré l’absence totale d’approche ethnographique, elle est imprégnée de la ferveur des temps préhistoriques ».
Remarque prémonitoire : cette danse tellurique imaginée par Pina Bausch renoue ici avec l’Afrique, terre d’origine de l’humanité.

Common ground[s] Le Sacre du printemps affiche complet… L’émotion nous envahit devant la ferveur, l’énergie et l’engagement physique des jeunes danseurs pour la recréation de cette œuvre que le public a applaudi debout. Un grand moment pour le nouvel Espace Chapiteaux de la Villette, inauguré à cette occasion et qui peut accueillir plus de mille spectateurs.

Dans le livret accompagnant le DVD du Sacre du Printemps, l’ancienne danseuse Jo Ann Andicot écrit, à propos du rôle de l’Élue : «Il fallait que je fasse des mouvements d’une bien plus grande amplitude (…). Dépasser ma propre limite. Oublier les pas et la danse. N’écouter que la musique -ne faire qu’un avec Stravinski et le combat contre la mort .» Pina Bausch lui avait dit : « Tu dois mourir, et pas jouer La Mort du Cygne. »

 Jean Couturier

Programmation hors les murs du Théâtre de la Ville à Paris, jusqu’au 30 septembre, à l’Espace-Chapiteaux de la Villette, 215 avenue Jean Jaurès, Paris (XIX ème).

 

Portraits Hôtel, textes et mises en chambres de Clara Bonnet, Angélique Clairant, Etienne Gaudillère, Aurélia Lüscher, Eric Massé, Sacha Ribeiro, Alice Vannier

Portraits Hôtel, textes et mises en chambres de Clara Bonnet, Angélique Clairant, Etienne Gaudillère, Aurélia Lüscher, Eric Massé, Sacha Ribeiro, Alice Vannier

Le Théâtre du Point du jour quitte les hauteurs du cinquième arrondissement lyonnais pour nous donner rendez-vous dans les chambres de trois établissements aussi différents que le modeste hôtel des Savoies, près de la gare Perrache, le prestigieux Fourvière Hôtel, ancien couvent de la Visitation sur la colline, et le vieillot et mythique Phénix Hôtel, en bord de Saône, bien connu des artistes en tournée à Lyon.
Angélique Clairant et Eric Massé, directeurs du Théâtre, ont proposé à trois jeunes compagnies associées d’imaginer des solos à jouer en chambre. Et chacun d’eux en a aussi conçu un. 
L’hôtel, objet de tous les fantasmes : ses couloirs, ses clients, son personnel, ses décors luxueux ou interlopes ont inspiré nombre d’intrigues, en littérature comme au cinéma… Au théâtre, il y a eu l’inoubliable Kafka Théâtre complet, une adaptation de La Colonie Pénitentiaire créée par André Engel (1979): une déambulation dans un hôtel reconstitué dans un grand immeuble administratif de Strasbourg.

Portraits hôtel jongle entre réel et imaginaire, reposant à la fois sur les personnages de fictions joués par chaque acteur et actrice qui ont écrit un des sept modules d’un quart d’heure et une enquête des artistes auprès de personnes qui séjournent ou travaillent dans des hôtels. Un appel à témoignage a été lancé, des spécialistes du sommeil, un thanatopracteur…. ont été consultés. Une comédienne s’est glissée parmi des femmes de chambre… Sept modules d’un quart d’heure ont été écrits par les interprètes, mais chaque hôtel en accueille quatre.  C’est à l’hôtel des Savoies que l’équipe on essuie les plâtres.  Les spectateurs répartis en petits groupes vont passer d’une chambre à l’autre, et s’assoir au chevet de chaque interprète. Suivons notre guide…

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Sacha Ribeiro © Théâtre du Point du jour

 Chantons sous la nuit de Sacha Ribeiro

 Chambre 2. Trois heures du matin. Les rues sont calmes. Un homme en attend un autre qui ne viendra pas : le veilleur de nuit qui s’est entiché d’un client de passage, revient sur cette rencontre d’un soir, réelle ou imaginée, chante son amour et son désespoir. Séduit et abandonné ! Vieille rengaine… Ici sous forme de comédie musicale à l’humour décalé. On se laisse émouvoir par ce personnage tendre et romantique. Les hôtels en ont abrité de ces amours folles ou désespérées… 

 

  Au Plafond de Clara Bonnet

Chambre 4. Sagement répartis autour d’un lit grande taille, nous distinguons une femme qui s’agite dans le noir. Des ombres la menacent, le gardien de nuit la rassure au téléphone et elle s’endort. Elle cauchemarde de nouveau. Les lieux semblent hantés et on tressaille quand la bouilloire se met à siffler, qu’une ampoule clignote ou que des pas cognent au plafond… Nous sommes les fantômes qui la harcèlent…

Visuel 4

Alice Vannier © Théâtre du Point du jour

Qui m’aime, me suive d’Alice Vannier

Cendrillon est en plein déménagement. Depuis la chambre 3, en attendant de s’envoler pour la Californie, la célèbre influenceuse s’adresse à ses « followers» sur youtube. Elle débite, face caméra, ses tranches de vie à dormir debout. Mais dans l’obscurité de la chambre où elle officie, nous sommes dans les coulisses d’un tournage burlesque où la starlette de pacotille déprime entre deux annonces publicitaires. Alice Vanier a su capter l’essence et le langage de cette très jeune femme craquant sous ses paillettes. Une belle performance...

 

Coup de feu d’Angélique Clairand

 Marie-Ange, la gouvernante, inspecte la chambre 1. La bande-son débite le message publicitaire de l’Hôtel des Savoies. Ses quarante-quatre chambres, toutes catégories confondues, les attraits de Lyon, la ville lumière, etc. «Je veux que ça brille comme un miroir de bordel» dit cette employée modèle qui gouvernait les femmes de chambre «comme elle aurait aimé gouverner sa vie». Malgré son zèle, une tache tenace dans la salle de bains aura raison d’elle. Une parodie acerbe de l’aliénation des petits chefs…

Ce parcours nous emmène dans des univers contrastés et l’intimité de personnages hauts en couleurs. Des liens se tissent entre groupes de spectateurs qui réagissent et commentent. Chaque séance en accueille une soixantaine venues, selon les organisateurs, d’horizons différents et attirées par l’originalité de la proposition: clients de l’hôtel, habitants du quartier… A raison de deux représentations par soir, chaque artiste joue en boucle huit fois. Une expérience ludique d’une heure dix, à recommander.

 Mireille Davidovici

Spectacle vu le 19 septembre à l’Hôtel des Savoies, 80 rue de la Charité, Lyon (II ème).

Les 25 et 26 septembre, à 18h et 20h, Fourvière Hôtel, 23 rue Roger Radisson, Lyon (V ème).

Le 2 octobre à 16 h et 18h, Phénix Hôtel, 7 Quai de Bondy, Lyon (Vème).

Théâtre du Point du Jour, 7 rue des Aqueducs, Lyon (V ème). T. : 04 78 25 27 59

 

Amore de Pippo Delbono

 

Amore de Pippo Delbono

Sur le plateau rouge sombre, juste un arbre desséché, citation du fameux arbre sec imaginé par Alberto Giacometti pour la création en 1951 d’En Attendant Godot de Samuel Beckett par Roger Blin. Avec Amore, Pipo Delbono veut fêter le Portugal avec des airs de fado et des poèmes dans une sorte de chant d’amour avec  quatorze interprètes sur des musiques originales  et aussi entre autres des poèmes du Brésilien Eugenio de Andrade.

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Pippo Delbono entre dans la salle en beau costume blanc imposant, prend la pose, attend qu’on le salue et s’assied parmi le public. Bon ! A la fin, il racontera l’histoire d’un jeune moine qui chaque jour s’en va à l’aube dans la montagne pour arroser un arbre qui reste toujours  sec. Trois ans après ce rituel quotidien, il trouve les branches de l’arbre couvertes de fleurs…

Guitaristes, chanteurs et chanteuses, notamment la belle Angolaise Aline Frazão, se succèdent sans trop de fil rouge mais avec parfois de très belles images comme ce bal étonnant où cinq femmes et deux hommes, en costumes et masques blancs d’animaux, dansent face public. Ou cette ronde de gens d’un village autour de l’arbre sec dont les ombres noires se projettent sur le mur rouge du fond. Des scènes à la fois tristes et gaies jusqu’au récit final de Pipo Delbono.

L’ensemble est techniquement très au point, même si le son via des micros HF  envahissant est beaucoup trop fort, ce qui nuit au spectacle. Décliné sous toutes ses formes  de chant et de récit, cet Amore sur le thème de la soif,  de la joie, du manque ou de la violence, a du mal à s’imposer et cette heure parait longuette. Le public était partagé: ovation debout de certains, applaudissements feutrés  pour d’autres. A Paris, Pippo Delbono a toujours ses fans -il est venu de nombreuses fois au Théâtre du Rond-Point avec sa compagnie- mais semble avoir du mal à se renouveler. Un spectacle décevant, malgré les beaux accents du fado et quelques images flamboyantes.
A voir? Peut-être mais à condition de ne pas être trop difficile…

Philippe du Vignal

Le spectacle s’est joué au Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin Roosevelt, Paris (VIII ème), du 8 au 18 septembre.

Ma-Scène nationale à Montbéliard ( Doubs) le 15 octobre.

Théâtre Molière -Scène nationale de Sète (Hérault) du 23 au 24  mars.

Bonlieu-Scène nationale d’Annecy, ( Haute-Savoie) du 10 au 11 mai.

 

Jours de joie d’Arne Lygre, traduction de Stéphane Braunschweig et Astrid Schenka, mise en scène de Stéphane Braunschweig

Jours de joie d’Arne Lygre, mise en scène de Stéphane Braunschweig

 Le metteur en scène et directeur de l’Odéon connait bien l’œuvre du dramaturge norvégien et a déjà monté Jours souterrains, Je disparais, Rien de moi et Nous pour un moment (voir Le Théâtre du Blog). Ici en automne, un lieu paisible, sans doute un jardin public mais sans enfants près d’un cimetière et d’une rivière. Le plateau nu est tapissé d’un épais de matelas de feuilles mortes et un long banc à lattes en bois mais d’une longueur inhabituelle, capable d’accueillir huit personnes. Une très belle image qui fait penser à certains tableaux de René Magritte. Il y a d’abord ici une mère à la fois douce mais souvent fielleuse (remarquable Virginie Colemyn) avec sa fille ( Chloé Réjon, tout aussi remarquable) qui habite à l’étranger et à qui elle reproche de ne pas la voir très souvent.

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Mais comme les autres personnages qui se succèderont, mère et fille n’ont ni prénom ni nom de famille. Elles retrouveront  leur fils et frère qui en un: Askle, comme son compagnon: David. Et d’autres femmes et hommes les rejoindront sur ce banc où la mère les invite à s’asseoir. Ils ne se connaissent pas, ou très peu mais ont envie de partager une certaine joie de vivre, même si on la sent empreinte de nostalgie. C’est le lieu des confidences et proclamations d’amour mais aussi des regrets: la Fille dit qu’elle ne pourra jamais avoir d’enfants et des reproches…La Mère n’a pas de mots assez durs pour la famille de son mari.
Arrive un voisin avec son ex-femme pour une séance d’explications. Puis une femme qui a récemment perdu son mari, avec ses enfants venus voir ensemble le lieu où il a décidé d’être enterré. Askle (Pierric Plathier) n’est toujours pas là. Il y a donc ici trois groupes qui semblent appartenir à une même communauté de sentiments, même s’ils ne se connaissent pas.  Et ces personnages se parlent beaucoup et avec sincérité, comme s’ils n’avaient rien à perdre en confiant leur intimité à des inconnus. Avec en filigrane, un grand besoin de tendresse. Pas loin de Tchekhov…

Arne Lygre sait très bien dire cela dans une langue précise et subtile, presque celle de tous les jours, que ce soit en Norvège ou en France. Avec, comme dénominateur commun entre ces gens si proches de nous, la mort, l’éloignement ou la disparition d’êtres chers. Aksle arrive enfin mais il fait part d’une décision irrévocable chez lui : disparaître de son milieu habituel, couper les ponts et rompre avec David, son amoureux qui l’a abandonné. Comme le héros de John Updike dans Cœur de lièvre
Le dramaturge norvégien tresse habilement ces retrouvailles et, pour Stéphane Braunschweig, lui parait intéressant le travail « sur le rapport au bonheur, surtout quand on sent à quel point les spectateurs cherchent en ce moment au théâtre à retrouver de l’énergie positive. (…) Chacun des personnages est entièrement dans son univers mais cela n’empêche pas que se produise un point de rencontre entre eux. Et alors, tout à coup, même avec leur part de solitude, ces individus forment un monde, un paysage. »

Et ces jours de joie promis par le titre ? Peut-être de simples moments comme ceux où des femmes et des hommes ont plaisir à se retrouver ensemble, qu’ils se connaissent bien, un peu, voire même pas du tout. Le covid est passé par là… «Jouissez chaque jour des joies que la vie vous apporte, disait déjà l’immense Eschyle il y a vingt-cinq siècles… Toute cette première partie doit beaucoup à l’intensité du langage et au pouvoir de mots mais aussi à une direction d’acteurs très soignée. Cécile Coustillac, Alexandre Pallu, Lamya Regragui Muzio, Grégoire Tachnakian, Jean-Philippe Vidal sont tous remarquables.

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Puis un mur blanc avec une seule porte descend des cintres et les accessoiristes apportent un grand canapé d’angle très confortable -la réplique domestique du grand banc- et une table avec deux chaises. Nous sommes chez David, au centre de cette seconde partie. Et les mêmes acteurs, comme l’a voulu l’auteur, jouent d’autres personnages comme la sœur et la mère de David, une voisine, trois amis d’enfance, la mère d’Askle. Elle a quitté son mari infidèle et arrive pour retrouver son fils. Dans la dernière scène, il y a une certaine connivence entre ces deux êtres abandonnés par leur conjoint.
Et il y a une sorte de chœur des voisins mais le texte assez bavard (la mise en scène reste aussi subtile) n’a pas le rythme des séquences précédentes. Sans doute, les répliques des personnages ( peut-être aussi sont-ils moins intéressants…) n’ont-elles pas non plus la même force et tout se passe comme si Arne Lygre  avait eu quelque difficulté à faire tourner cette  partie autour d’une  disparition.
Malgré cette seconde partie, à l’évidence trop longue  (la pièce dure deux heures vingt sans entracte), cette «tragédie des relations brisées» et la recherche de la joie vécue en commun vaut le déplacement, surtout si vous ne connaissez pas le théâtre d’Arne Lygre.

Philippe du Vignal

Jusqu’au 14 octobre, Odéon-Théâtre de l’Europe, place de l’Odéon, Paris (VI ème). T. : 01 44 85 40 40.
Le texte de la pièce est publié chez L’Arche éditeur.

 

 

 

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