COMMUNIQUE 2 DE CASTELLUCCI

Le Théâtre de la Ville nous a fait parvenir le communiqué de presse suivant que nous vous invitons à lire. Compte-tenu de la gravité de la situation, puisque le spectacle de Castellucci est ensuite programmé au Cent-Quatre et risque fort de subir les mêmes agressions, nous tenons à exprimer notre solidarité à Emmanuel Demarcy-Motta et à toute son équipe, tout à fait déterminés, qui ont eu absolument raison de ne pas céder au chantage et aux menaces d’un groupuscule fascisant. Les comédiens et le metteur en scène ont aussi eu à cœur, dans les conditions que l’on imagine, de ne jamais arrêter la représentation ce dont ils  ne peuvent qu’être félicités.   Philippe du Vignal et l’ensemble des critiques du Théâtre du Blog

Romeo Castellucci au Théâtre de la Ville – Paris

 

Actes violents pour empêcher un spectacle à Paris.
Le directeur et l’équipe du Théâtre de la Ville ne cèdent pas aux intimidations.

 

Depuis le 20 octobre, les représentations du spectacle de Romeo Castellucci, « Sur le concept du visage du fils de Dieu », au Théâtre de la Ville, sont systématiquement perturbées par des groupes organisés, se réclamant en partie de l’Action française et du Renouveau français. L’Agrif  (association contre le racisme anti-blancs et anti-chrétiens) avait demandé par voie de justice l’interdiction du spectacle et avait été déboutée de sa demande par le Tribunal de Grande Instance le 18 octobre 2011.

 

Nous considérons qu’il ne s’agit pas de la simple perturbation d’un spectacle, mais d’actes violents visant à interdire l’accès du public au Théâtre de la Ville en s’en prenant aux personnes et aux biens.

 

Devant les nombreuses menaces collectives ou personnelles que nous avons reçues depuis plusieurs semaines, faisant suite à la campagne menée par Civitas, j’ai demandé à la Mairie de Paris de prendre des mesures susceptibles de garantir la sécurité du public, du personnel et des artistes tout en nous permettant d’assurer le maintien des représentations.

 

Procédures mises en place dès la première représentation :

 

-       La présence des forces de police devant le théâtre permet d’empêcher des groupes de manifestants, dont certains sont particulièrement violents, d’accéder au théâtre, et de garantir l’accès du public.

 

-       Lorsque la scène est envahie par des personnes munies de billets leur permettant d’entrer dans la salle, je leur demande de la quitter. En cas de refus et dans l’impossibilité d’obtenir ce départ dans le calme et sans violence, avec notre propre personnel et nos agents de sécurité, et afin de prévenir un affrontement entre les manifestants et le public, je demande, en ultime recours, l’intervention des forces de l’ordre. Je suis en effet déterminé à ce que chaque représentation puisse se dérouler jusqu’à son terme.

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-       Comme j’en informe le public avant chaque représentation, le Théâtre de la Ville a décidé de porter plainte de façon systématique lorsque les représentations sont perturbées au titre de l’article 431-1 du Code Pénal qui stipule :

 

Le fait d’entraver, d’une manière concertée et à l’aide de menaces, l’exercice de la liberté d’expression, du travail, d’association, de réunion ou de manifestation est puni d’un an d’emprisonnement et de 15000 euros d’amende.

 

Le fait d’entraver, d’une manière concertée et à l’aide de coups, violences, voies de fait, destructions ou dégradations au sens du présent code, l’exercice d’une des libertés visées à l’alinéa précédent est puni de trois ans d’emprisonnement et de 45000 euros d’amende.

 

* * *

 

Avant d’arriver en France, le spectacle a été présenté en Allemagne, en Belgique, en Norvège, en Grande-Bretagne, en Espagne, en Russie, aux Pays-Bas, en Grèce, en Suisse, en Italie et en Pologne. Il n’a pas suscité la moindre réaction analogue à celles que nous déplorons aujourd’hui.

 

Le Théâtre contre le fanatisme

 

Ces agissements à caractère fascisant sont absolument inadmissibles.
Mes collaborateurs et moi-même, en plein accord avec Romeo Castellucci et son équipe, ainsi que l’ensemble du personnel du théâtre, ne céderons sous aucun prétexte à ces menaces et à cette intimidation. Nous entendons défendre au-delà même du spectacle de Romeo Castellucci, la liberté d’expression, la liberté des artistes, la liberté de pensée contre ce nouveau fanatisme. Nous entendons exercer pleinement nos droits et réclamer aux fauteurs de trouble réparation des dommages et préjudices importants qu’ils nous occasionnent.

- Après plusieurs jours de troubles, le Théâtre de la Ville a mis en place un comité de soutien, le Théâtre contre le fanatisme, mercredi 26 octobre. Le texte de ce comité, accompagné d’une première liste de signataires a été mis en ligne sur notre site Internet (www.theatredelaville-paris.com).

 

 

 

- Une déclaration est en préparation pour être envoyée aux lieux d’art et de culture afin d’y être affichée

Je tiens à saluer l’attitude du public lors des représentations. Face à l’agression verbale, puis physique dont il est l’objet, il réagit avec calme et observe avec patience les mesures de contrôle que nous avons été contraints de mettre en place.

Le Théâtre de la Ville est producteur exécutif de ce spectacle à Paris, et le présentera jusqu’au 30 octobre; puis il sera repris – dans le cadre de notre partenariat – au Centquatre, du 2 au 6 novembre.

Je souhaite que le public continue à venir découvrir le travail d’un grand artiste que nous sommes fiers de soutenir et d’accompagner.

La ville de Paris « condamne avec la plus grande fermeté ce type d’action, qui a pour but d’entraver le principe de la liberté de création », et « réaffirme son soutien à Emmanuel Demarcy-Mota, directeur du Théâtre de la Ville, à Romeo Castellucci et aux artistes et au personnel du théâtre ». Le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand condamne l’acte de ces fondamentalistes chrétiens.

A ce jour, 7 représentations ont été données au Théâtre de la Ville. Toute l’équipe du Théâtre de la Ville s’est mobilisée à mes côtés pour permettre aux représentations d’avoir lieu dans leur intégralité, malgré les violentes tentatives d’intimidation dont nous faisons l’objet. Qu’elle soit ici remerciée.

Emmanuel Demarcy-Mota
Directeur du Théâtre de la Ville

 

LES FAITS JOUR PAR JOUR

Jeudi 20 octobre 2011

-       Avant le spectacle :
o   tentative violente d’intrusion par des militants organisés, avec usage de gaz lacrymogènes ;
o   enchaînement des portes de la salle dans le but d’en empêcher l’accès ;
o   utilisation de boules puantes ;
o   distribution de tracts dénonçant le prétendu caractère « christianophobe » du spectacle, reposant sur des allégations entièrement mensongères ;
-       Pendant le spectacle : o   envahissement de la scène du théâtre par 9 activistes (qui avaient valablement acheté leurs places) interrompant la représentation. o   devant l’impossibilité d’obtenir leur départ dans le calme et sans violence, et afin de prévenir tout affrontement avec les spectateurs, j’ai demandé, après 20 minutes d’interruptions, l’intervention des forces de police, afin d’évacuer les agresseurs

o   après leur évacuation, la représentation a repris et s’est poursuivie jusqu’à son terme

-       Procédure judiciaire : Dépôt de plainte du Théâtre de la Ville pour violences volontaires en réunion auprès du Commissariat de Police du 17ème arrondissement. 9 personnes en garde à vue.

Vendredi 21 octobre 2011

-       Avant le spectacle :
o   deux  activistes se hissent sur la corniche située au dessus des entrées du hall, jettent des œufs sur le public et l’aspergent d’huile de vidange. Plusieurs spectateurs ont leurs vêtements et cheveux souillés, nous sommes en contact avec eux pour la suite à donner à ces agissements.
o   nous sommes contraints d’aménager l’entrée du public par une sortie de secours située sur le côté du bâtiment, ce qui occasionne de grandes perturbations dans le théâtre pour garantir la sécurité et l’accueil des spectateurs.

-       Pendant le spectacle :
o   la représentation démarre à 21h40 et se déroule normalement jusqu’à son terme.

Samedi 22 octobre 2011

-       Avant le spectacle :
o   dispositif policier renforcé à l’extérieur du théâtre
o   sécurisation du lieu par la mise en place de contrôles renforcés (portiques de sécurité) et présence accrue du personnel du théâtre ;

-       Pendant le spectacle :
o   deuxième envahissement de la scène du théâtre par un groupuscule de 8  personnes (qui avaient valablement acheté leurs places) interrompant brutalement la représentation, menaçant le personnel et le public ;
o   à la demande du théâtre, intervention des forces de l’ordre, les agresseurs sont évacués dans le calme
o   la représentation reprend après une interruption de 10 minutes et se poursuit normalement jusqu’à son terme.

-       Procédure judiciaire : Dépôt de plainte du Théâtre de la Ville pour entrave à la liberté d’expression déposé auprès du Commissariat de Police du 4ème arrondissement. 8 personnes en garde à vue.

Dimanche 23 octobre 2011

-       Avant le spectacle :
o   procédure de sécurisation renforcée avec contrôles accrus

 -       Pendant le spectacle : o   troisième envahissement de la scène du théâtre par un groupuscule de 7 personnes (qui avaient valablement acheté leurs places) interrompant la représentation. o   les agresseurs sont calmement remis par les agents de sécurité aux forces de l’ordre.

o   reprise du spectacle après une interruption de 7 minutes et poursuite jusqu’à son terme.

-       Procédures judiciaires : o   dépôt de plainte du Théâtre de la Ville pour entrave à la liberté d’expression déposé auprès du Commissariat de Police du 9ème arrondissement. 7 personnes en garde à vue. o   dépôt de plainte par Christophe Girard pour la Mairie de Paris

Lundi 24 octobre 2011

-       Location des places Romeo Castellucci :
o   Tentative de blocage de la vente en ligne sur le site Internet du Théâtre de la Ville par réservation massive de toutes les places disponibles.

-       20h30, déroulement du concert d’Anouar Brahem, musicien tunisien, prévu dans la programmation

Mardi 25 octobre 2011

-       Emmanuel Demarcy-Mota, directeur du Théâtre de la Ville et son équipe mettent en place un comité de soutien « Le théâtre contre le fanatisme », texte sur le site du théâtre (www.theatredelaville-paris.com).

-       Avant le spectacle :
o   heurts violents aux abords du théâtre. 138 interpellations.

-       Pendant le spectacle :
o   pas d’interruption de la représentation.

Mercredi 26 octobre 2011

-       Avant le spectacle :
o   300 manifestants au centre de la place du Châtelet.
o   premières interpellations devant les portes du théâtre avant le spectacle.

-       Pendant le spectacle :
o   première intervention par un groupuscule qui crie et vocifère dans la salle. Evacuation rapide par le personnel du théâtre, le spectacle n’a pas été interrompu.
o   deuxième intervention par un groupuscule restant dans la salle et utilisant des sifflets. Jet de boules puantes sur le public. Evacuation rapide par le personnel du théâtre. Le spectacle n’a pas été interrompu.
o   troisième intervention avant la fin de la représentation, cris et vociférations.
o   malgré ces trois agressions, le spectacle n’a jamais été interrompu, les acteurs ayant suivi les consignes données de continuer à jouer quand cela était possible.

-       Procédures judiciaires :
o   dépôt de plainte du Théâtre de la Ville pour entrave à la liberté d’expression déposé auprès du Commissariat de Police du 18ème arrondissement. 19 personnes en garde à vue.
o   dépôt de plainte par Christophe Girard pour la Mairie de Paris.

Jeudi 27 Octobre 2011

-       Avant le spectacle :
o   300 manifestants au centre de  la place du Châtelet, scandant « Castellucci, retourne dans ton pays »

-       Pendant le spectacle :
o   pas d’interruption de la représentation

A ce jour, 4 432 personnes ont assisté aux représentations au Théâtre de la Ville. Des places sont encore disponibles pour les trois dernières représentations.

Vendredi 28 Octobre 201

-       représentation prévue à 20h30
-       l’Agrif est une nouvelle fois déboutée par le Tribunal administratif de Paris de sa demande d’interdiction des représentations au CENTQUATRE
-       un texte de solidarité sera envoyé aux lieux d’art et de culture afin d’y être lu et/ou affiché.

Samedi 29 Octobre 2011
-       représentation prévue à 20h30

Dimanche 30 octobre 2011
-       représentation prévue à 15h


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Théâtre 71 de Malakoff.

40 ans d’existence et  20 ans de label scène nationale, soirée anniversaire du Théâtre 71 de Malakoff.

 

  jr0.jpgOn a mis un peu de temps mais nous vous avons réservé une petite surprise à la fin de l’article…
« Les années nous viennent sans bruit comme l’écrivait Ovide dans Les Fastes, et c’est à peine croyable: oui, le Théâtre 71, ainsi baptisé en souvenir de La Commune de Paris, où nous sommes allés si souvent, a bien quarante ans!
Le metteur en scène  Guy Kayat, qui avait mis en place la Maison de l’Enfance à Malakoff , puis, toujours avec l’appui du maire, Léo Figuière, décédé il a quelques mois, reçut du Ministère de la Culture une mission de préfiguration en 69, puis inaugura le Centre d’Action Culturelle, quand l’Etat décida de mettre en place une véritable politique de décentralisation théâtrale à la fois, comme on disait encore, en province mais aussi dans la banlieue immédiate de Paris dont Malakoff fait partie.
En 92, le Théâtre 71 fut parmi les premières structures à recevoir le label « scène nationale », ce qui correspondait à une reconnaissance d’intérêt général et qui lui permettait de bénéficier des subventions du Ministère de la Culture, comme des collectivités locales, en l’occurrence le conseil général des Hauts de Seine.
Pour fêter  cet anniversaire, il y avait tout du beau monde, en particulier la Maire de Malakoff,  l’efficace Catherine Margate, et son adjointe à la Culture, la non moins efficace Dominique Cordesse qui ont beaucoup œuvré toutes les deux pour que le Théâtre 71 occupe une place importante sur le territoire.
Patrick Devedjian, président du Conseil général, s’était fait excuser et  représenter par une des ses adjointes
Guy Kayat resta directeur jusqu’ à sa mort brutale en 83; il  avait, du haut du ciel, délégué son épouse Claire-Lise Charbonnier qui a rappelé qu’à ses débuts, le théâtre avait reçu à deux reprises le grand Tadeusz Kantor. Les directeurs qui lui ont succédé: Edith Rappoport, co-directrice avec Pierre Ascaride, (oui, c’est la même qui signe des articles dans Le Théâtre du Blog)a souligné combien le théâtre  contemporain n’était pas un vain mot, puisqu’ ont été invités Le Royal de Luxe, Ilotopie, Le Théâtre de l’Unité, ou encore l’Odin Teatre d’Eugenio Barba.
Avec Pierre Ascaride, ils ont introduit  le théâtre en appartements à Malakoff, et  l’option Théâtre au lycée de Montrouge, avec Jeanne Champagne , metteuse en scène  qui habite Malakoff et Denise Bonal, auteur  et dramaturge.   Pierre Ascaride, qui fut aux manettes 27 ans durant, lui,  a souligné  l’importance de la création, et en particulier de la création théâtrale, comme par exemple Wajdi Mouawad ou Anne-Laure Liégeois, tous deux accueillis à plusieurs reprises et avec grand succès. « Nous avons étés attentifs, dit-il,  à articuler les désirs et le cheminement des artistes avec les interrogations du public: nous avons ainsi accueilli le Groupa Secundo cubain, Cesaria Evora ou le  jongleur  Jérôme Thomas. Avec des créateurs présents sur le terrain, attentifs aux autres,  nous avons voulu faire vivre un théâtre  soucieux de transmission, est certainement un lieu d’échanges et de paroles, indispensable dans la Cité pour poser les questionnements sur le devenir de la communauté humaine. Mais le théâtre 71 est en dehors de Paris et cela a un impact sur les comportements des publics et sur la politique de programmation, comme des spectacles de marionnettes et du théâtre d’objets avec   le festival MAR.T.O qui draine aujourd’hui une grande partie de spectateurs de Malakoff et des environs.» Pierre François Roussillon, le nouveau directeur depuis quelques mois maintenant  a souligné qu’il entendait bien ouvrir le théâtre  à toutes les formes d’art contemporain, y compris le cinéma et  la musique.
Ce que montre bien une belle exposition de photos retraçant la vie  riche du Théâtre 71 depuis plus de 40 ans, avec ses affiches dont de nombreuses signées Roman Cieslewicz, le grand graphiste polonais qui habitait aussi Malakoff. . Et il y a eu, venons-y, l’intervention de Jack Ralite,  a soulevé l’enthousiasme du public qui l’a applaudi pendant de longues minutes. Jack Ralite, chaleureux  et généreux,  (ce qui ne l’a pas empêché de mettre le doigt où cela fait mal avec un humour cinglant!),  a relaté  les débuts des théâtres de banlieue à une époque où l’ Etat, en l’occurrence le Ministère de la Culture, se préoccupait d’autant moins de l’aide qu’il  pouvait donner aux municipalités  soucieuses de mettre en place des structures culturelles que des villes comme Saint-Denis, Aubervilliers, ou Malakoff étaient communistes. (Malakoff l’est d’ailleurs resté). Ce qui ne plaisait guère au pouvoir alors en place!  Il nous souvient d’avoir entendu à l’époque un énarque égaré au Ministère de la Culture, ignare et borné, qui répétait souvent:  » On voit bien qu’il sont d’extrême gauche: ils jouent du Brecht ». (Sic) Rappelons le rôle important qu’eut Jack Ralite, au plan local et national, d’abord comme maire d’Aubervilliers,  comme ministre de la Santé sous  Mauroy, puis sénateur. Sans lui, on peut dire que  le paysage culturel français n’aurait pas été ce qu’il a été depuis cinquante ans. Voici, grâce à Sandrine Bellonie, quelques extraits de cette remarquable intervention, qui se boit comme un verre d’excellent Champagne, loin de la bouillie que nous servent certains ministres de la Culture :

Jack Ralite (extraits de l’intervention de Jack Ralite):

 

  Sur les 25 communes indiquées comme ayant une activité culturelle intéressante ( dans une enquête du Monde d’août 64), 17 étaient communistes ». Pour me limiter à Malakoff et à Aubervilliers, ces deux théâtres ont été construits sans un sou de l’Etat. Soyons totalement objectifs: pour Malakoff, c’est totalement vrai. Pour Aubervilliers non-puisque c’était sous le temps de Malraux- c’était sous la forme d’un prêt provisoire de 60 projecteurs et deux tables à repasse. Nous avons protesté et sommes allés au Ministère, où le prêt est devenu définitif. Je me souviens avoir commenté cette » avancée », vous entendez ces guillemets: « Chez moi comme chez mes voisins, les ampoules grillent! ».  Cette petite anecdote avance à quel point la banlieue était oubliée. Nous étions les « communs de Paris » et rien de ce qui s’y fit ne tomba du ciel du pouvoir.
C’est là que j’ai compris le mot « dignité ». On sous estimait en haut-lieu ces pensées fulgurantes de 1920 de l’immense psychologue Vygotski:  » L’homme est plein à chaque minute de possibilités non réalisées; les hommes et les femmes peuvent se retrouver une tête au-dessus d’eux-même. Georges Canguilhem disait:  » Je me porte bien dans la mesure où je me sens capable de porter la responsabilité de mes actes, de porter la responsabilité de mes actes, de porter les choses à l’existence et de créer entre les choses des rapports qui n’existeraient pas sans moi ».  »
Pour être plus complet, Yves Clot, chercheur en psychologie au Conservatoire National  des Arts et Métiers a cette pensée lumineuse: « On ne vit pas dans un contexte, on cherche à créer un contexte ». Sans  forfanterie aucune encore, avec un un réel bonheur, la population de Malakoff, avec ses artistes et ses élus, ont décongelé la situation et fait fructifier leur  » pouvoir d’agir »..
A réfléchir pour aujourd’hui, même si, en ce temps-là, le Ministère de la Culture, corrigeant son impolitesse à l’égard de la banlieue, nous donna, en tout cas à Aubervilliers, les crédits auxquels la Déclaration des Droits de l’Homme de  1948 dans son article 1:  » Tous les êtres humains naissent libres et égaux en  dignité  et en droit.
Les théâtres de banlieue, notamment des banlieues en friche de leur passé et de leur avenir nous conduisent à être pionniers. « L’homme passe infiniment l’homme »,  disait Pascal et le Théâtre 71 eut sa récompense quand l’immense Kantor est venu ici en 72, Guy Kayat lui  donnant carte blanche pour présenter la pièce de Witkiewicz  Les Cordonniers. (….). Je ressens vivement votre sentiment d’alors. C’est le même que nous avons  ressenti à Aubervilliers quand le Berliner Ensemble est venu interpréter Le Commerce de pain. Sur un souhait de Brecht à la sa femme la Weigel au moment de son grand départ: si tu vis en 71, c’est le 100 ème de anniversaire de la Commune, surtout va jouer à Paris.  (…)
Tout ce vent théâtral de banlieue appartient à la deuxième décentralisation théâtrale;  la première concernait celle des régions qu’on appelait  alors la province, celle de banlieue épousa le propos de Michel Vinaver: « La décentralisation est un esprit. L’esprit consiste à lier le plaisir du théâtre à quelque chose d’ambitieux aux confins du connu dans les matières comme dans les formes, et en même temps à être l’abreuvoir de tous ». (…)
Mais le plaisir de parler de belles choses ne doit pas oblitérer qu’il en est de moins belles et c’est souvent ainsi aujourd’hui où les jours passent et et tout ce qui avait été construit patiemment, se fissure, se casse, va même jusqu’à disparaître.
Le patrimoine dans sa diversité, le spectacle vivant dans sa diversité, le spectacle vivant dans son pluralisme sont en danger. Faute de crédits suffisants, faute de personnel, faute du bouquet de liberté qu’exige la création, faute de temps donné  au traitement de témoignage du temps, faute de négociations, plus généralement de considération et de reconnaissance, faute de transparence, faute d’organisation devenue trop petite pour ceux qui y travaillent.
Comment ne pas voir ou entendre ces malaises qui se répandent chez ceux qui s’entêtent à travailler correctement et récusent la contrainte du ni fait ni à faire, les souffrances qui entament ceux à qui une partie de leur activité est empêchée, les colères de la fonction publique culturelle et artistique, dont les membres ne reçoivent plus leur métier dans ce qu’ils font sur toute la palette de leurs responsabilités.
La R.G.P.P. est devenue la grande tondeuse des services publics. Le Président de la République est devenu le grand éducateur et agit en covoiturage avec les grandes affaires et « nous inflige des désirs qui nous affligent ». Le Ministre de la Culture renonce à être le grand intercesseur entre les artistes et les citoyens . Il répond de moins en moins souvent quand on sonne à sa porte; il a perdu le,pouvoir d’illuminer.
Les collectivités territoriales dont le grand rôle est devenu immense en culture et en art, voient leurs finances brutalisées par Bercy. Le travail dans les grandes entreprises financiarisées, et dans la foulée, malheureusement à l’intérieur des services publics, est tellement livré à la performance  que les personnes se voient ôter la capacité de respiration et de symbolisation..
Tout cela n’est pas tolérable et donne l’impression qu’en haut lieu, beaucoup d’hommes et de femmes de vos métiers sont traités comme s’ils étaient en trop dans la société (…) La politique actuelle chiffre obsessionnellement, elle compte autoritairement, alors que les artistes et les écrivains  déchiffrent et content. Ne tolérons plus que que l’esprit des affaires l’emporte sur les affaires de l’esprit.
J’ai un ami bulgare Predrag Matvejedic, et je ne cesse de me répéter ceci de lui:  » Nous avons tous un héritage et nous devons le défendre mais nous devons nous en défendre. Autrement, nous aurions des retards d’avenir , nous serions inaccomplis ». Et un autre ami Georges Balandier le dit autrement:  » Nous sommes obligés de civiliser les « nouveaux mondes » issus de l’œuvre civilisatrice ».

 

Philippe du Vignal

Décès de Marie-Odile Wald.

rn33354611px470.jpgDécès de Marie-Odile Wald.

 

Marie-Odile Wald, directrice adjointe du Théâtre national de Bretagne depuis 2002 dont a la charge François Le Pillouër,  après avoir lutté courageusement contre un cancer qui la minait depuis quelque temps, s’est éteinte lundi à 57 ans. C’était une femme intelligente et efficace, aussi discrète que brillante, que nous avons bien connue surtout à ses débuts en 83,  quand elle dirigeait avec François Le Pilllouër le festival Nouvelles Scènes à Dijon; elle  le rejoindra ensuite à Rennes, après avoir été l’administratrice de la compagnie de Dominique Pitoiset, directeur du Centre dramatique de Bordeaux.
Marie-Odile Wadl connaissait bien toutes les ramifications  du théâtre contemporain et  avait un jugement exemplaire sur la création et sur les metteurs en scène. Elle aura contribué à l’émergence de nombreuses compagnies et aura joué un rôle important au Théâtre national de Bretagne.
La profession théâtrale perd quelqu’un d’important. Adieu, Marie-Odile.

 

Philippe du Vignal

Le TNP s’ouvre en grand


 

Le T.N.P. s’ouvre en grand

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Christian Schiaretti, directeur du TNP depuis  dix ans,  avait décidé de revoir  l’architecture du bâtiment et, du coup, la conception même de cette salle devenue mythique. Le nouveau théâtre sera inauguré le 11 novembre prochain.  Roger Planchon  reçut en 58 la mission de diriger ce « Théâtre de la Cité ouvrière » qui prit en -suite le nom de Théâtre de la Cité, auquel , Jacques Duhamel, ministre des Affaires culturelles comme on disait alors, décida en 1972 d’attribuer le fameux sigle  T. N. P. ,  jusque là  dévolu au Théâtre de Chaillot. Planchon s’entoura alors de Patrice Chéreau,  puis en 86 de Georges Lavaudant, et c’est Christian  Schiaretti qui lui succèdera. Il aura la volonté de poursuivre le travail de ceux qui l’on précédé avec à la fois, la mise en scène des grands classiques comme L’opéra de quat’sous,   Coriolan ou L’Annonce faite à Marie et montera aussi sept farces et comédies de Molière, ou encore Créanciers et Mademoiselle Julie de Strindberg, et enfin Par-dessus bord de Michel Vinaver et invitera Valère Novarina, Jöel Pommerat ou Olivier Py.
Il créera aussi une troupe permanente de douze comédiens pour la plupart issus de l’ENSATT, dont deux- Olivier Borle et Jérôme Quintard, d’abord passés par l’Ecole du Théâtre national de Chaillot. Christian Schiaretti a beaucoup insisté dans sa conférence de presse sur la notion de transmission et d’histoire du T.N.P. qui dépasse, dit-il avec raison, celle des individus: la sienne, celle de ceux qui l’ont précédé ou qui lui succéderont. Et on le sent un peu obsédé de travailler déjà sa propre succession  » en rendant une lecture claire de notre histoire » pour préserver l’outil de travail qu’il a réussi, au fil des années, à mettre en place. Un livre Les Aventures du T.N.P.  dirigé par André Degaine, malheureusement décédé entre temps, a quand même vu le jour avec des textes de Jean-Pierre Jourdain et des illustrations de Jean-Pierre Desclozeaux.
Le directeur du T.N.P. , peu de temps après avoir avoir pris  ses fonctions, a aussi vu que cette transmission à laquelle il tenait tant, ne pouvait aller sans une profonde rénovation du bâtiment existant conçu par Môrice Leroux, bâtiment qui a  80 ans , et qui a fait partie d’un aménagement urbain du centre de Villeurbanne avec six immeubles dits gratte-ciels et  deux tours d’habitation,  et un Hôtel de Ville. Même si Roger Planchon avait fait rénover la salle, un nouvel aménagement  du théâtre s’avérait indispensable, et, après plus de trente mois de travaux, le nouveau théâtre et la place  ont été complètement réhabilités; l’aménagement  a fait l’objet d’un concours remporté conjointement par le cabinet d’architecture Fabre/ Speller et Massimo Scheurer de l’agence milanaise A rassociati.
Les deux architectes n’en sont pas à leur coup d’essai ( Fabre fut l’ élève du du grand architecte américain Aldo Rossi) et ont restructuré le Théâtre de la Cité Internationale de Paris, La Fenice de Venise, le Théâtre-Opéra Marinsky de Saint-Petersbourg. Et ils travaillent actuellement à la rénovation du cinéma Le Louxor à Paris.
Ce qui frappe, quand on voit les photos, c’est la prise en compte intelligente de l’ensemble architectural : rénovation des façades telles qu’elles étaient en 1930 , mais aussi création d’un véritable outil  de travail mis au service du spectacle vivant : agrandissement de la cage de scène, avec un gril situé à plus de 31 mètres du plateau, ascenseur de scène, création d’une zone de coulisses qui n’existait pas avant et ,dans la salle dont la jauge est de 667 places , conservation de la forme en coquille Saint-Jacques mais suppression des allées. En plus du petit théâtre ouvert en 2009, ont été créées quatre salles de répétition,qui pourront éventuellement recevoir du public le lieu d’une activité dense où travaillent les acteurs dit Schiaretti, et un atelier de costumes et un espace de stockage. Et encore un restaurant, à des prix abordables, ce qu’il n’y a plus à Chaillot, berceau du T.N.P.  depuis longtemps déjà! avec une scène de cabaret. Le financement ? 1/3 Ville, 1/3 Etat, et 1/3 Région Rhône-Alpes et Grand Lyon. Ce qui représente à la fois une volonté commune et sans doute pas mal d’efforts de Schiaretti et des ses collaborateurs pour faire aboutir le projet. L’équipe comprendra 50 permanents, et  nombre d’intermittents.   Au programme de cette rentrée exceptionnelle, la création le 11 novembre prochain de Ruy Blas, la pièce mythique de Victor Hugo qui,  rappelle justement Christian Schiaretti,  a utilisé les trois mots: théâtre, national et populaire dans la préface de Marion Delorme en 1930, soit juste un siècle avant la construction de la salle  de Villeurbanne. « Il  y a dit-il, , une opposition entre les forces surpuissantes  qui amène à dépasser la simple lecture historique ou politique » .
La nouvelle saison s’ouvrira aussi par l’exposition temporaire de la collection personnelle de  masques, notamment asiatiques, de Ehrard Stiefel,  le remarquable concepteur des masques du Théâtre du Soleil. Il y a aussi une autre initiative que revendique Schiaretti, c’est d’associer l’aventure du T.N.P. à celle des Tréteaux  de France maintenant dirigés par Robin Renucci, qui organiseront une tournée de ce  Ruy Blas, et un partenariat avec le T.N.S. et sa directrice Julie Brochen déjà débuté en juin 2011 avec la création de la première partie de l’intégralité du Graal Théâtre qui continuera  en 2012, une manière de saluer Firmin Gémier , le créateur du T.N.P. et son théâtre ambulant.
Le répertoire du T.N.P.  sera aussi mis à profit avec les farces et comédies de Molière, Mademoiselle Julie et Les Créanciers de Strindberg, Don Quichotte, La Jeanne de Delteil… et plusieurs coproductions dont le livre XI des Confessions de Saint-Augustin par Denis Guénoun.
On ne peut que souhaiter longue vie à ce  nouveau T.N.P… et on vous tiendra au courant.

 

Philippe du Vignal

 

T.N.P. : www.tnp-villeurbanne.com

« Chance » de Christian Boltanski

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« Chance » de Christian Boltanski

 Biennale de Venise

« Nous ne sommes pas remplaçables, mais nous serons remplacés »  a déclaré Christian Boltanski,  qui représente la France à la 54éme exposition internationale d’art de la  Biennale de Venise et offre au public une mise en scène inattendue et cinématographique  « Chance ». Installation gigantesque et spectaculaire  qui aborde   ses thèmes favoris : le hasard et le destin, la chance et la malchance.
Quatre chambres: dans  la première La roue de la chance , défile un ruban de photographies de nouveau-nés, quand la sonnette retentit, un portrait, choisi au hasard ,apparaît sur un écran:  sa destinée sera faite de bien ou de mal….tout est à écrire ou à subir. Les chambres numérotées 2 et 4,Dernières nouvelles des humains, sur  un cadran , un chiffre géant représente  soit en vert le nombre de naissances dans le monde, soit en rouge le nombre de tous ceux qui meurent. Et enfin, dans la  la troisième chambre Être à nouveau,  il y a une projection de photos de soixante nouveau-nés polonais et de cinquante deux Suisses décédés qui  défilent sur un écran à grande vitesse et vont se recomposer pour former une multitude de visages hybrides.
Boltanski nous propose alors un jeu: un bouton est à disposition,  et nous pouvons appuyer dessus, et si, par chance,  un visage se forme et que les trois parties appartiennent à la même personne, une musique est jouée et on gagne l »œuvre… Autour du pavillon français, des chaises magiques sont disposées, si on s’asseoit dessus la chaise nous pose une question: « est-ce la dernière fois? ».
A  chaque moment de notre vie, la question peut se poser…. et le destin décide.  Christian Boltanski nous rappelle que l’important , ce n’est pas « nous » en tant qu’individu mais la continuation de la vie. Il cite avec humour cette phrase de Napoléon regardant des milliers de morts sur le champ de bataille à Austerlitz: « Quelle importance ! Une nuit d’amour à Paris va réparer tout cela! »  Si vous le pouvez, allez à Venise pour ce conte universel sur le déroulement de la vie.

 

Nathalie Markovics.

 

54éme Biennale de Venise jusqu’au au 27 novembre 2011.

 

Pendant toute la durée de la Biennale vous pouvez jouer avec Boltanski sur : www.boltanski-chance.com si vous gagnez,  une surprise vous sera envoyée par le maître lui-même!!!

Exposition One Shot-Art Performance du Festival 2010.

Festival d’Aurillac.

 

Exposition One Shot-Art Performance du Festival 2010.

 

  one.jpgLe Musée d’art et d’archéologie, partenaire du Festival d’Aurillac, présente, grâce à l’initiative de Brigitte Lépine ,une très belle exposition de photos des performances qui avaient eu lieu l’an passé, performances de qualité très inégale, excepté bien évidemment l’évènement phare de Spencer Tunick. Et les deux jeunes créateurs, Matthieu Dussol 31 ans né à Aurillac qui a déjà beaucoup voyagé en Asie du Sud-Est, comme Matthieu Galeyrant, 25 ans,  lui aussi né à Aurillac, tous deux photographes officiels du Festival et Damien Cabriès 24 ans né à Figeac donc pas très loin. Rigueur de la présentation: aucun cadre , profondeur de champ, beauté des couleurs, mise en perspective scénique des images proposées, et un remarquable éclairage : on revoit les performances de Michel Giroud, Joël Hubault, Annie Lann, etc…
Mais aussi et surtout, dans une salle,  les photos magistrales des centaines de personnes qui, pour la performance de Spener Tunick avaient accepté de poser nues comme dans bien d’autres grandes villes du monde entier,. Il y a celle sur très grand format, en passe d’être célèbre, de des dizaines de personnes courageuses qui, dans  le petit froid du matin, juste  abritées par un parapluie noir masquant leur visage, avaient relevé le pari. Dont jean-Marie Songy , le directeur du Festival et Jacques Livchine, qui font penser à autant de trompettes de la mort qui, les bonnes années se ramassent dans les bois proches d’Aurillac.
Celle aussi- de femmes uniquement- marchant dans les vieilles rues de la capitale auvergnate, ou les pieds dans l’eau de la Jordane. Ou encore, comme dnas une sorte de prise de la Bastille , des dizaines de personnes émergeant de brumes blanches( recrées) dans  la gare d’Aurillac vide de trains pour cause de travaux sur la ligne Mais aussi-et c’est aussi passionnant- des images sur les coulisses de cet exploit logistique ( transport des participants, mis en  sécurité des effets personnels, organisation des prises de vue par Spencer Tunick, etc..).
Choquant, malsain, voyeur, dramatique si l’on pense aux camps d’extermination? Même pas, mais le plus souvent , grâce au traitement des images par Dussol et Galeyrant, d’une grande qualité poétique. Un seul regret:  aucun cartel, sinon ceux mentionnant le titres mais quand on n’est pas de la paroisse, cela n’aurait pas été un luxe de suivre les choses avec quelques phrases sur chaque performance.
Il faut aussi voir le montage vidéo de Damien Cabriès, dans une petite pièce ( personnes claustrophobes s’abstenir) d’après les images de quatre spectacles tournés par Marc Guiochet vidéaste du Festival, notamment le remarquable extrait de Voice in moment , performance de Nicola Fangione. Ne ratez surtout pas cette exposition, d’autant plus qu’elle est en plein centre d’Aurillac et… gratuite.

 

Philippe du Vignal

 

Madame Grès : La Couture à l’œuvre.

Madame Grès (1903-1993), La Couture à l’œuvre.

bourdelle035.jpgEn 1935 Madame Grès n’avait pas encore ce nom reconnu dans l’univers de la haute couture, qu’elle imaginait déjà les costumes pour  La Guerre de Troie n’aura pas lieu de Giraudoux avec ses drapés caractéristique. Le Musée Galliera associé au Musée Bourdelle et, grâce au mécénat de la Fondation Pierre Bergé, accueille cette très riche exposition de 80 robes retraçant le parcours de cette créatrice

Les drapés haute couture de Madame Grès comme une centaine de croquis et des photographies originales sont bien mis en valeur dans ce musée consacré au sculpteur Antoine Bourdelle, élève de Rodin. Le public peut les découvrir au milieu de son atelier et de celui du peintre Eugène Carrière restés en l’état et qui semblent encore en fonctionnement.

Sur plusieurs étages d’exposition, la mixité entre sculptures et robes se fait parfaitement en particulier dans la salle des sculptures monumentales, lieu qui a servi d’espace de représentation pour plusieurs chorégraphes dont Jean-Claude Gallotta. Quant aux jardins , ils sont occupés par les œuvres de Bourdelle.

La carrière de Madame Grès est caractéristique de ce que notre pays peut engendrer de pire et de meilleur. Les années de 50 puis 60 furent l’apogée de cette maison de haute couture, qui, en 1987, fut exclue par la chambre syndicale pour « non-paiement des cotisations ». Le dépôt de bilan sera donc prononcé deux ans après:les biens de la maison de couture seront liquidés, et les trois étages vidés en un seul jour….

Mme Grès mourra en 1993 dans une maison de retraite, mais sa fille cachera sa disparition pendant un an.  Allez découvrir l’ émouvant parcours de cette étonnante créatrice de haute couture.

Jean Couturier

Musée Bourdelle jusqu’au 28 août

 24 heures pour Jean Vilar

Wladimir Dimitrievic

Mort accidentelle de Vladimir Dimitrievic.

 

vladimirdimitrijevic3.jpgDans les environs de  Clamecy dans l’Yonne, près de son dépôt de livres, Vladimir Dimitrievic,  sans doute trop fatigué, seul à bord de sa camionnette, a  percuté un tracteur. Il avait 77 ans et avait fondé, à Lausanne, en 1966, avec une énergie exemplaire, la maison d’édition L’Âge d’homme , et sans lui, c’est toute la littérature et le théâtres de Russie et des pays de l’Est qui nous seraient restés longtemps mal connus , voire inconnus, notamment dans la collection Classiques slaves forte de quelque 500 titres.
Yougoslave d’origine, il quitta son pays en 54 pour la Suisse où il vécut de petits boulots, mais fut tout jeune possédé par le démon de la littérature; grand lecteur, il devint assez vite éditeur, dans des conditions financière  très dures; dans les années 70 , quand ils s’installa aussi à Paris , il dormait dans sa camionnette pour économiser une nuit d’hôtel puis plus tard dans le sous-sol de la rue Férou où il avait installé sa librairie et le siège de sa maison d’édition.. « Un groupe d’amis avait décidé de fonder une maison d’édition. En Suisse, à Lausanne et ouvert au monde. J’étais libraire alors et je cherchais dans les catalogues les livres que j’avais aimés dans mon adolescence belgradoise. Beaucoup y manquaient. Ces titres en puissance étaient ma contribution à ce projet à venir. Et mon lien avec les amis que je m’étais faits en Suisse, les lecteurs qui fréquentaient les librairies où je travaillais. Passionné de littérature américaine, c’est Thomas Wolfe que j’avais apporté dans mes bagages. Comme si l’exil de son Ange exilé avait été déjà inscrit dans ma vie. Et les auteurs slaves, dont le fabuleux Biély, auteurs oubliés, écartés, blasphémés, censurés… autant d’Anges bannis. Ces écrivains se mêlaient, comme maintenant, avec les auteurs suisses, ceux du passé et les contemporains. J’ai eu la chance de les côtoyer, ils sont devenus les compagnons de la maison. Nache dom (« notre maison »), disaient les dissidents et les opposants à l’Est. Mil quatre cents livres d’auteurs suisses y sont eux aussi dans leur maison, au même titre les artistes, les traducteurs, les philosophes, les poètes, les peintres venus de Russie, d’Angleterre, de Pologne, d’Amérique, de Serbie, d’Espagne, de Bulgarie, d’Italie, d’Israël, de Flandre, de Tchèquie, de Grèce ».
C’est bien en effet grâce à lui  que l’on put lire  de grands écrivains polonais Witkiewicz, et Reymont mais aussi les écrits de Kantor comme de Malévitch dont notre ami Gérard Conio assura l’édition. Bouleversé par la disparition de son vieiux complice, il est parti ce matin aux cérémonies d’adieu mais écrira prochainement un article sur son travail d’éditeur.
Loin de s ‘en tenir aux domaines de littérature de l’est, Dimitrievic publia aussi de nombreux écrivains germaniques comme, entre autres Dürrenmatt, suisses ( Ramuz) ou belges Hugo Claus mais aussi espagnols comme Unanumo ou américains comme Thomas Wolfe. C’est encore lui qui édita les œuvres complètes de Jules Lafforgue:  au total quelque 3.000 titres!  Par son ouverture d’esprit et par sa générosité, il réussit une tâche exemplaire. Le théâtre comme la littérature et les arts plastiques, grâce à son immense culture et à ses intuitions, ne serait ps ce qu’ils sont en France si vous n’aviez pas été là.
Encore merci,  M. Dimitrievic pour tout ce que vous avez fait avec patience, ténacité et intelligence. La France vous doit beaucoup.

 

Philippe du Vignal

 

Appartement-Atelier de Tadeuz Kantor à Cracovie


 

  tadeuszkantorboyonabike.jpgConformément au testament laissé par Tadeusz Kantor à sa mort  en  1990, la Cricothèque ,fondée en 1980,  a pour but de créer des « Archives vivantes » en jouant le rôle à la fois d’archives, de musée et de centre de recherche scientifique qui réunit les costumes et objets utilisés dans les spectacles du théâtre Cricot2 (qui constituent une exposition itinérante souvent présentée à l’étranger), ainsi que les écrits théoriques, dessins, vidéos, photos, revues et livres de et à propos de Kantor.
A Cracovie, au 7 rue Sienna, l’appartement-atelier ou l’artiste vécu les trois dernières années de sa vie de 1987 à 1990, est considéré par certains Polonais comme un lieu hanté par son esprit. Rien ne semble avoir bougé depuis sa disparition. Composé d’une chambre, à la fois bureau et atelier, d’une cuisine et d’une salle de bains. La fenêtre de la chambre donne sur l’église dominicaine de Cracovie, ce qui correspond au premier dessin que Kantor y réalisa.  Et le dernier date du 6 décembre 1990.
Scénographe puis metteur en scène et théoricien de l’art, Kantor avait été d’abord-et continuait à l’être-dessinateur et peintre. Une de ses toiles est placée sur un chevalet. Un grand lit fait face à son bureau, où est posé  un agenda de l’année 1990 écrit en français où il annotait quelques détails du quotidien, en particulier sa tension et ses pulsations. La veille de sa mort, le 8 décembre, il inscrit une simple croix rouge…A droite de son lit, une armoire contient l’ensemble de ses médicaments qu’il avait emballé chacun d’un papier craft noir.
Tadeusz Kantor était cardiaque, et est mort brusquement après une répétition. A côté de la porte, sont encore accrochés son chapeau et un gilet. A cet appartement, a été ajoutée, après sa mort ,une petite galerie où sont exposés les dessins préparatoires pour son dernier spectacle Aujourd’hui c’est mon anniversaire . La fondation Tadeusz Kantor est installée à cette même adresse, et dans un autre lieu, rue Kanonica, sont organisées expositions et conférences. Dans ces deux endroits, il est possible d’acheter d’anciens programmes, des DVD et des livres qui retracent son œuvre. En projet, pour 2013, un musée va être construit ainsi qu’un nouveau centre de documentation au sein d’un grand établissement culturel.
L’authentique lieu de vie de Kantor pendant quelques années peut être encore visible quelque temps, n’hésitez pas! Et partez pour la Pologne…

 

Jean Couturier
http://www.cricoteka.pl » www.cricoteka.pl

 

kantor.jpg

 

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