Denis Podalydès en une de Théâtral magazine (n°25, juillet-août 2010)

Théâtral magazine : A la Une du n°25 :
Denis Podalydès joue La tragédie de Richard II dans la Cour d’Honneur à Avignon, mise en scène par Jean-Baptiste Sastre. Ce numéro présente les festivals d’été :
Denis Lavant à Grignan dans Le roi s’amuse de Victor Hugo, Romane Bohringer à Avignon dans Un privé à Babylone, Pierre Cardin créateur du festival de Lacoste, Sarah et William Mesguich mis en scène par leur père dans Agatha à Avignon, Claire Chazalcontinue les lectures au festival de la Correspondance de Grignan, Frédéric Potymonte Les enfants du Paradis à Villeneuve en scène, Olivier Sitruk joue le Che à Avignon, Bernard Menez fait de la mise en scène à Bussang…
A Paris, François Marthouret à la Madeleine dans Le Solitaire mis en scène parJean-Louis Martinelli, Guillaume Gallienne, Alain Françon, Marcel Bozonnet, Daniel Colas, Stéphane Cottin, Pierre-Olivier Scotto… et aussi : Daniel Pennac, Jérôme Savary, Jean-Hervé Appéré, Benjamin Lazar, Alexis Michalik, Bruno Schnebelin, Jean-Paul Tribout.
Il y a aussi un dossier sur le  In d’Avignon : Olivier Cadiot et Ludovic Lagarde, Laurent Poitrenaux, Valérie Dashwood, Clotilde Hesme mise en scène par François Orsoni, Stanislas Nordey et Laurent Sauvage, Valérie Dréville, Boris Charmatz, Massimo Furlan, et Hortense Archambault.


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« La police coupable »

 « La police coupable » de l’artiste Pierre Fourny incriminée par l’I.N.P.I. ( Institut National de la Propriété Industrielle)

capturedcran20100601195012.jpgPierre Fourny  a fondé la compagnie A.L.I.S.  que nous avons suivi depuis ses débuts, il y a quelque trente ans déjà. C’est un créateur très  reconnu en France mais aussi à l’étranger. Il a, avec sa partenaire Dominique Soria, créé un théâtre d’images, à la fois très graphique mais aussi chorégraphié. Et il a eu  l’idée  poétique de créer une police de caractères qui coupe les mots en deux de façon à en faire naître de nouveaux. D’où le nom de « police coupable » qui est à la base d’un spectacle La langue coupée en 2 qui a été joué un peu partout et qui le sera l’an prochain au Théâtre de l’Odéon.
En jouant au maximum sur la symétrie, ce qui permet de produire un mots constitué de   la moitié supérieure ou inférieure d’un autre mot ( voir exemple ci-joint): ce qui aurait réjoui Perec… Jusque là aucune difficulté, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes: Pierre Fourny, artiste qui depuis longtemps bénéficie de l’aide de la Drac  Picardie et d’autres instances locales, puisqu’il est installé à Fère-en-Tardenois, le village de papa Claudel.
Mais voilà, il y a quelques mois, Pierre Fourny a eu la très sotte idée de demander l’enregistrement de Police coupable à l’Institut National de la Propriété Industrielle… Ce qui  lui permettrait d’appliquer ce titre à des produits dérivés et de les vendre, de façon à compléter ses subventions qui, en ce moment, comme chacun sait, ont plutôt tendance à diminuer. La  réponse du dit Institut ne s’est pas fait attendre : il  refuse cette homologation!  Au motif qui vaut son pesant de caramels mous:  » considérant que la demande d’enregistrement composée des termes « la police coupable » serait de nature à porte atteinte à l’ordre public et aux bonne mœurs ». C’est signé:  Pour le Directeur général de l’I.N.P.I., L’adjoint au directeur des marques, dessins et modèles, Bruno Douchet. ( Sic)

AU SECOURS, TOUS AUX ABRIS!!!!!!!!

   Bien entendu,  Pierre Fourny a répondu en rappelant que cette fameuse police était, bien entendu et  uniquement,  un outil de création artistique…On aimerait bien savoir par quoi  les membres de cet Institut ont été traumatisés, au point de faire la confusion entre les différents sens du mot: police! Est-on en France et en 2010, ou dans les années 50 en République Démocratique Allemande sur laquelle veillait la bienveillante et toute puissante Stasi, à l’affût de tout et n’importe quoi?
Quelle arrogance! Quelle tristesse! Quelle bêtise!  Ou bien cet Institut applique des consignes venues d’on ne sait où, ce qui serait pour le moins étonnant, ou bien la direction de cet Institut est d’une frilosité exceptionnelle. Au fait,  qu’en pense l’Elysée qui a toujours son mot à dire dès qu’il s’agit de culture? Ou le cabinet du Ministre de la Culture toujours prêt à défendre les artistes. Mais Pierre Fourny ne s’appelle pas Roman  Polanski…On attend les réponses que nous nous ferons un plaisir de vous communiquer.

Philippe du Vignal
 

http://alis-fr.com/lapolicecoupable/

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Dormir au spectacle de René Gaudy

Communication au colloque « La sortie au théâtre »,  mai 2010

5696418.jpgNous côtoyons divers types de dormeurs  dans l’espace public.  Dormeurs des transports (métro, train, avion …). Dormeurs des  assemblées:  parlement,  salles de classe (de préférence contre le radiateur). Dormeurs des rues. Dormeur du val, plus mort que vif. Le dormeur de  spectacle existe, comme tout un chacun  je l’ai rencontré,  j’ai été cet homme. Que celui qui n’a jamais dormi  au spectacle jette la première poignée de sable.   Comment parler de cet individu étrange, ou plutôt de cet état  étrange? Car  la coïncidence entre dormir et spectacle  ne va pas de soi. 

Lieu pour le sommeil/lieux pour le spectacle.  L’humanité a inventé pour  certaines de ses  activités (ou pratiques) des lieux spécifiques.  Avec leur forme, leur mobilier, leurs horaires. Pour le sommeil  a été assigné un  lieu spécifique à l’intérieur  de l’espace familial, privé qu’est la maison:  ce lieu, c’est la chambre. Dans « Espèces d’espaces », Georges Pérec  parle de cet  espace,  signale les  connexions  entre lit  et livre. Il  parodie la première phrase de « A la recherche du temps perdu » :  «Longtemps je me suis couché par écrit ». Le titre d’un autre de ses livres, « Un homme qui dort »  est le début d’une phrase de Proust « Un homme qui dort tient en cercle autour de lui le fil des heures, l’ordre des années et des mondes. Il les consulte d’instinct en s’éveillant ». Si  sommeil et littérature entretiennent depuis longtemps d’étroites relations, car ils sont d’abord affaire privée, il n’est pas de même de sommeil et  spectacle,  le spectacle étant  affaire de pratiques et d’espaces publics.  Pour les activités  publiques, des lieux spécifiques  ont également été inventés. Les grecs ont inventé  deux  édifices spécifiques pour le spectacle, l’un pour   la  pratique et le spectacle des compétitions sportives (le stade, avec la variante hippodrome)), l’autre pour les compétitions artistiques (le théâtre). Les Romains ajouteront l’amphithéâtre. Je parlerai surtout du théâtre , qui aujourd’hui encore reste le cœur du spectacle vivant. Rappelons qu’en grec le théâtre (racine thaw : contempler) c’est le lieu d’où l’on voit, les vieux mythes ne sont plus vécus mais vus, c’est-à-dire  mis à distance et donc soumis à la critique du  regard  citoyen.  Théâtre a la même origine que théorie : faculté de bien voir grâce à la philosophie.

Paupière/rideau. Il y a bien des rapprochements entre l’œil et le théâtre. L’architecte Claude-Nicolas Ledoux a dessiné le théâtre de Besançon à l’intérieur d’un œil. Ce dessin sert d’illustration à la couverture du traité de scénographie de Sonrel. Un faisceau lumineux part du haut de la salle, traverse l’iris et la pupille et vient tomber plus bas que l’œil en s’élargissant.  Cet œil est  à la  fois l’œil du spectateur et de l’acteur.

On compare depuis longtemps la paupière à un  rideau. Les Romains connaissaient l e rideau de théâtre, mais Ovide  écrit qu’il était dans le sol et se levait à la fin des actes. Comme la paupière de la poule.  Ce qui  est le plus proche de la paupière, c’est le mécanisme du rideau à l’allemande,  levé verticalement en début de spectacle et baissé à la fin.  La métaphore  paupière/ rideau  signale bien que le spectateur est censé ouvrir les yeux au début et  les fermer à la fin « Rideau ! »,  plus rien à voir. C’est d’autant plus vrai qu’en Grèce  lors des concours dramatiques, la dernière tragédie se terminait à la fin du jour. Et  l’action de la tragédie était censée se terminer  aussi à la fin du jour. Selon Aristote, contrairement à l’épopée, dont la durée peut aller jusqu’à une vie,  « la tragédie essaie autant que possible de  tenir dans une seule révolution  du soleil ». Quelques heures à peine, le temps qu’une crise atteigne son maximum et se dénoue.  A plusieurs titres, le moment théâtral coïncide avec le moment du jour,  de  la vie éveillée.

Certains  baissent le rideau avant la fin, ils tombent dans le sommeil « Mourir, dormir » (monologue d’Hamlet). Que dire de ce phénomène ?  Je vais  aborder le sujet par deux  côtés. Le côté du spectateur.  Le côté de celui qui produit le spectacle (lieu, metteur en scène, scénographe, acteur…)  Voyons d’abord la phénoménologie du dormeur et  les facteurs individuels,  les causes internes au sommeil dans cette circonstance précise.

I. Du côté du spectateur

Endormi ou pas ?  D’abord  comment diagnostiquer le dormeur ? Il ne suffit pas que j’aie les yeux fermés. Inversement, certains dorment dit-on les yeux ouverts. Non, je ne dors pas, je me concentre. J’ai besoin de fermer les yeux pour me concentrer sur le  texte (au concert, il y a de nombreux yeux fermés). Ou je somnolais, je sommeillais.  C’était l’« écoute flottante ». Quelques indicateurs assez fiables : signes avant-coureurs : baillements, regards sur la montre. Puis  léger affaissement  sur le siège, respiration régulière,  avec de temps en temps  ouverture des yeux accompagnée  d’un « Hein ? Qu’est-ce qui se passe ? »… Meilleur indicateur : le ronflement mais il ne touche qu’une partie de la population.

Daumier.  Le plus ancien témoin  sur le dormeur au spectacle que j’ai trouvé,  c’est Daumier. Dans l’ouvrage « Honoré Daumier les gens du spectacle », de  Jacqueline Armingeat (Ed Michèle Trinckvel, 1982), j’ai repéré sept dessins montrant des dormeurs au théâtre.  Deux dessins ne concernent pas les spectateurs. C’est « l’orchestre pendant qu’on joue une tragédie » on voit trois musiciens qui dorment, un autre baille. Et « le contrôle pendant qu’on joue une tragédie » » :  un homme s’ennuie, un autre baille, le troisième assis au  centre dort.   Concernant les spectateurs,  il y a un dessin avec des  endormis dans une file d’attente devant le théâtre : « Des Parisiens dans l’attente du plaisir -Deux heures de queue à un théâtre quelconque ». Ce qui prouve si besoin était que l’on peut dormir debout. Un autre dessin montre des spectateurs endormis dans le foyer pendant l’entracte. Les trois  dessins qui montrent des spectateurs pendant le spectacle sont plus intéressants . Ils ont un point commun :   c’est le contraste  dans l’attitude des spectateurs.  « Physionomies de spectateurs de la porte Saint-Martin pendant une représentation de Richard III ». Quatre hommes au premier plan : le premier semble distant, le deuxième intrigué, peut-être amusé , le troisième est nettement effrayé ou  révulsé, le quatrième (à droite du dessin) dort. « Une loge au théâtre Ventadour  pendant la représentation d’une tragédie italienne ». Quatre spectateurs très attentifs, dont un debout ; le quatrième (à droite encore) est de profil, sa tête n’est pas tournée vers la scène, bouche ouverte, il dort. Troisième dessin « Le cinquième acte à la Gaité » : au premier rang,  accoudé à la balustrade un enfant dort, alors que les autres spectateurs sont soit en larmes (deux femmes), soit abattues.  Ces dessins de Daumier  mettent en valeur le  poids du facteur  individuel. Essayons d’aller au-delà de l’individuel.

Quels sont les  facteurs déclencheurs ou  accélérateurs du  sommeil au théâtre ?

L’âge. Un jeune enfant va s’endormir naturellement si c’est son heure ou si le spectacle n’est pas adapté à son âge, à moins qu’il ne chahute.  Le  sénior  a des accès de somnolence, il voit  et entend  moins bien. J’ai vu Aragon dormir à « Catherine », d’après les cloches de Bâle, monté par Vitez à Ivry, pourtant il était à l’honneur.  

Aliments et alcool.  Le spectateur a  tendance depuis longtemps à  diner après le spectacle. Il arrive donc souvent à jeun  au théâtre. Il y avait le  bar de l’entracte, il y a maintenant  la  cafétéria, on mange léger sur place avant le spectacle, ou à l’entracte, à la cartoucherie et ailleurs. Y -a-t-il des conséquences sur le sommeil ?  Il est évident qu’une prise excessive de nourriture et d’alcool   facilite le sommeil.  Brecht a pourfendu  « l’opéra culinaire », où le public bourgeois vient digérer après un bon repas.

Fatigue. La fatigue physique joue son rôle. Comment être réceptif à une pièce qui demande attention et réflexion, si j’ai 10 ou 12 heures de travail dans les pattes?  Contre-argument :  à 20h30, le prolétaire regarde la télé jusqu’à 22 heures. Mais d’abord il est chez lui, il regarde la télé, il n’a pas fait la démarche de sortir pour aller voir une pièce de théâtre. L’argument de la fatigue n’est pas plus convaincant que l’argument du prix des places.

Le spectateur captif. La sortie au spectacle est souvent affaire de couple, il n’est que de regarder  un public moyen. Mais le désir de chaque membre du couple n’est pas toujours de même intensité.  Il y a des spectateurs captifs. Ce qui explique  le sommeil de l’un, les coups de coude de l’autre.

Les explications côté spectateur ne suffisent pas, on le voit bien. Il y a des spectacles où personne jamais ne s’endort. Voyons du côté de ceux qui font les spectacles, du côté du producteur.

II. Du côté du producteur

L’architecture du théâtre.  Après le théâtre en gradins,  le théâtre du moyen-âge, puis le théâtre élizabéthain   construisent  des maisons à étages (les « mansions »), autour d’une place centrale, qui deviendra le parterre.  Le théâtre  est une place urbaine où chacun  est là pour voir et être vu.  Le théâtre à l’italienne ensuite, à partir du 18e a été construit ainsi. La majorité des spectateurs sont davantage face à face que face à la scène. Les  spectateurs de marque  occupent une position centrale. Ils sont  au dessus de la scène (th. élizabéthain), sur scène  (références  aux marquis chez Molière, ils gênent le jeu),  dans la loge de l’empereur (collée tout contre la scène). Il existe de nombreuses références,  dans la littérature des 18e et 19e, à des situations où les spectateurs sont ainsi sous le regard de la société.  A  la fin des « Liaisons dangereuses »  par exemple, la Merteuil , deshonorée,  se rend à la comédie italienne  où elle  avait sa loge  « Elle y était seule et, ce qui dut lui paraître extraordinaire, aucun homme ne se présenta pendant tout le spectacle ». L’invention  des loges au 18e  produit des effets contradictoires.  Ce sont  des lieux  que les occupants ont achetés. Ils viennent là pour montrer leur statut social. Ce sont aussi des  espaces privés, à Venise notamment, les propriétaires ont  des clés, ils  aménagent  le lieu comme ils l’entendent, avec des sofas, des lits, pour dormir ou autre …L’extrême opposé de cette configuration, ce sont les places aveugles, pour les plus pauvres, tout en haut (le paradis) et sur les côtés. Le spectateur ne voit pas la scène, il n’est pas vu non plus (il est hors jeu social).

Wagner  balaie  ce système. Il revient  à l’ espace grec en gradins, éteint la salle, creuse la fosse d’orchestre d’où va sortir la musique. Il plonge l’ensemble scène/ salle dans « l’abîme mystique ». Place à Nietzsche,  « naissance de la tragédie ». Le spectateur  n’est plus un être social,  il n’est plus un être pensant. Il oscille entre le dionysisme et l’apollinisme, entre l’ivresse et le rêve. Par la musique et la danse, il est plongé dans la transe, la « mania » des Grecs,   communion avec le groupe, avec le cosmos, sentiment océanique. Par la vision de l’espace théâtral, du décor, de la lumière, des acteurs, des costumes, il vit une situation de rêve. Ce double mouvement  met le spectateur dans un état  proche de l’hypnose (c’est la période des découvertes de  Charcot sur l’hystérie et  son traitement par l’hypnose). Aujourd’hui, Claude Régy est le continuateur de ce courant.

 Parallèlement,  un autre courant de pensée, rationaliste celui-là, s’est développé avec le constructivisme russe, le bauhaus, Brecht et Piscator.   Brecht a  théorisé à ce sujet sur les techniques  pour faire du spectateur un être actif, critique, les yeux ouvertrs.  De nouveaux  dispositifs scène/salle ont vu le jour  -Jacques Poliéri en a fait l’inventaire dans « Scénographie/sémiographie »). Le mouvement du théâtre  hors des théâtres (Kantor, Grotovski, Le Living, Orlando furioso, théâtre du soleil, Faust Salpétrière, Engel/Rieti…) et le théâtre de rue (Bread and Puppet)  ont  beaucoup imaginé, expérimenté pour enrichir la relation   acteurs/spectateurs . Jusqu’à la participation directe du spectateur (on dirait aujourd’hui interaction), qui est devenue aujourd’hui courante, notamment dans les expositions.

La proxémie

Depuis le travail de Edward Hall sur la proxémie (« La dimension cachée »), on sait que  les distances  physiques entre les gens  jouent  un rôle essentiel dans leurs relations. Il distingue quatre distances : intime (jusqu’à 40 cm),  personnelle  (de 45 cm à 125 cm), sociale (de 1,20 m  à 3,60) , publique (plus de 3,60 m).  Parfois l’acteur va jusqu’à la distance intime avec le spectateur .  on l’a vu dans des spectacles du théâtre de l’Unité, comme « La 2cv théâtre » à l’intérieur d’une 2cv,  ou « Mozart au chocolat » qui reconstituait un salon de musique au temps de Mozart. A l’inverse,  écrit Hall, « Les acteurs  savent fort bien qu’à partir d’une distance de 9 mètres la subtilité des  nuances de signification donnée par la voix normale échappe, au même titre que les  détails de l’expression des gestes. (…) A cette distance l’individu humain  peut sembler très petit et, de toute façon, il est partie intégrante d’un cadre ou d’un fond spécifique. (…) A ce stade, les humains ont la taille d’une fourmi, l’idée d’un contact possible avec eux devient impossible » ( op. cit p. 157).  On dit que le spectateur doit pouvoir  voir bouger les lèvres de l’acteur. Ce qui explique que dans le spectacle vivant, les places  les plus chères  sont les places les plus près de la scène. N’empêche : on voit des spectateurs endormis au premier rang.

 La position : assis/debout. En Grèce antique et à Rome, les théâtres étaient à ciel ouvert et les représentations  avaient lieu de jour,  les sièges n’étaient pas confortables,  pas individualisés (sauf  pour les officiels). On peut donc supposer que les dormeurs étaient moins nombreux qu’aujourd’hui.  Ensuite au moyen-âge et  à l’époque élizabéthaine, on a continué à jouer de jour, de plus une bonne partie des spectateurs étaient  debout. La position debout et le mouvement  sont privilégiés par les ennemis du théâtre, par exemple Rousseau qui dans sa « Lettre à d’Alembert sur les spectacles »  écrit « Donnez les spectateurs en spectacle, rendez-les acteurs eux-mêmes ».  Au cirque, il est impossible de dormir, sinon on tombe sous les gradins.   De plus, le  public est assis sur des bancs de bois, les places ne sont pas numérotées, même pas délimitées à l’avance.  Seules les places les plus chères, près de la piste, sont individuelles. A l’opposé, pour la conception des nouveaux sièges de  salles de spectacles, notamment sièges de cinéma, la tendance est  à l’hyper-confort, assise, dossier, largeur. Il en est de même pour les sièges de voiture ou de train.  Il s’agit de donner au passager/voyageur, l’impression qu’il est chez lui, l’espace privé  pénètre  de plus en plus l’espace public.  A l’inverse, la RATP a mis en place dans certaines stations de métro des sièges où l’on ne peut ni s’asseoir, ni s’allonger, juste  s’adosser. Spécial anti sdf. Certains scénographes conçoivent des sièges dissuasifs  anti-sommeil, spécialement étroits ou durs. Les sièges du « Masque de Robespierre » de Jourdheuil étaient la réplique des bancs de la convention de 1793. Pour « La mort de Tintagiles », de Maeterlinck, Claude Régy et son scénographe  Daniel Jeanneteau avaient conçu des  sièges très étroits, collés les uns aux autres, de façon à créer  une  proximité/ promiscuité maximum. Si un spectateur s’endort, c’est tout le rang qui dort. Dans cette logique du  public à l’unisson , on pourrait imaginer un dispositif semblable à ce qui existe dans la cabine du conducteur de métro ou de train. S’il s’endort ou s’il a un malaise, le train s’arrête.  Le spectacle  reprend dès  que le dormeur a été réveillé. Ou un détecteur de sommeil, comme les détecteurs de fumée  déclenche automatiquement  une alarme. Après l’alarme incendie, l’alarme sommeil.

La lumière.  Jusqu’à Wagner, on n’éteignait pas la lumière dans la salle. Les bougies, puis le lustre central continuaient de brûler (célèbre texte de Baudelaire sur le  lustre). Conséquence : le spectateur était en permanence « sous les projecteurs », à la vue des autres spectateurs.  L’électrification des théâtres a permis de produire une lumière beaucoup plus vive à la fois dans la rue, dans le hall, dans la salle, sur  la scène. Et de varier à l’infini les effets, par la variation de l’intensité lumineuse.  Le metteur en scène peut  faire le « plein feux » s’il veut que le spectateur  soit bien « éclairé » sur ce qui se passe, c’est ce que demande Brecht et à sa suite Strehler, Vilar, Planchon… on  est  dans la philosophie des lumières.  A l’inverse un spectacle peut culminer à 25 watts,  ce qui favorise doublement le sommeil, le  spectateur  ne voit rien, en plus  personne ne le voit dormir.

Le son.  Le b-a :  ba de l’art de l’acteur, c’est la  diction.  Faire entendre le texte, articuler.  Si le spectateur n’entend pas, il est tenté de décrocher. A l’inverse,  le metteur en scène peut envoyer de la musique  pour faire office de réveille-matin, voire d’électrochoc.  Le cirque ne se prive pas de ces effets.  L’  acteur qui perçoit une  baisse d’attention peut aussi, pour réveiller le public, donner un coup de gueule  ou un coup de talon. On pourrait parler aussi du rythme, de la nécessité de varier le rythme, accélération, ralentissement, pour maintenir constante l’attention. En fin de compte, tout l’art du théâtre est d’empêcher le spectateur de s’endormir, même les yeux ouverts.

La température. Difficile de s’endormir quand il fait froid. Par contre une salle surchauffée est propice au sommeil.

Les horaires.   Ils sont variables selon les théâtres.  Le plus souvent à 20h30. « Ma vie commence à 20h30 » est le titre d’un livre de Jérôme Savary. C’est l’heure de la fin du JT, c’est aussi une heure magique pour moi, celle où les rideaux s’ouvrent ». Depuis quelques années, on observe des  changements. C’est Vilar, je crois qui avait commencé à avancer l’heure des spectacles pour que la France qui se lève tôt vienne à Chaillot en gardant son compte de sommeil. Les  séances à 18h, les matinées sont excellentes, il y a  cependant des dormeurs en matinée, surtout après le déjeuner de famille du dimanche. 

La durée.   C’est évidemment un facteur  important. En Orient, certains spectacles ou rituels durent plusieurs jours et  nuits.  Les spectateurs parlent, entrent, sortent, mangent, boivent, dorment.  La mode des  spectacles longs , voire marathon est arrivée avec  « Le regard du sourd » de Bob Wilson (1970) qui durait  sept  heures  et c’était l’un des plus courts. Le mouvement est venu  je crois de la musique répétitive et des happenings, du pop art (films de Andy Warhol…)  Ensuite, il y a eu le « Mahabarata » de Peter Brook (1985)  et « Le Soulier de satin » de Claudel, par Vitez (1987) qui s’est terminé vers  9 heures du matin dans la Cour d’honneur du Palais des papes. Les spectateurs avaient des couvertures, pour le froid, combien sont restés  éveillés de bout en bout? ( si, si du  Un ami me racontait récemment qu’il s’était endormi plusieurs fois et qu’il se réveillait quand il entendait la voix d’une comédienne qu’il aime beaucoup. 

On aura compris que c’est le producteur qui joue le rôle décisif dans la réception du spectacle. « L’œil suit les chemins qui lui ont  été ménagés dans l’œuvre », écrivait Klee, que cité  par Pérec en préambule à « La vie mode d’emploi ». «  La première de toutes les considérations, c’est celle d’un effet à produire » ( Genèse d’un poème, Edgar Poe). Je  suis maintenant  persuadé que si un  spectateur dort, c’est  que le metteur en scène « quelque part » l’a voulu, ou est indifférent à  la  chose.

Quelques questions

 En fin de compte,  dans  « Dormir au  spectacle », où est la question ?

 Il y a plusieurs volets. Economique et social, juridique, philosophique et politique.

 Côté  économique.  Si j’ai dormi pendant les moments importants, j’ai perdu de l’argent, j’aurais mieux fait de rester chez moi.  Et si mes  proches me disent que  « C’était super, tu n’as pas trouvé ? », je perds aussi en  Q.I.  

Côté social, le dormeur du théâtre n’a pas bonne presse, il est « en proie aux autres » comme dit Sartre, surpris dans son intimité. Et il  produit de lui-même une image -physique et mentale- dégradée. Si le dormeur est aussi un ronfleur, il  devient à son insu un élément  du spectacle. Il  perturbe celui-ci et déclenche  l’hostilité ( « Faites quelque chose, secouez-le »), ou  le rire. 

 Côté juridique. Le sommeil réparateur ou le droit au sommeil. Parfois, le spectacle est mauvais,  mais  je ne peux  pas quitter la salle (je suis accompagné ou je suis ami du metteur en scène), je ne veux pas manifester contre, chahuter.  Par ailleurs  je suis tellement  gêné  par le  spectacle lui-même que je n’arrive pas à me concentrer sur mes idées.  Si j’arrive alors  à m’endormir,  c’est une bénédiction.  Un  ami que j’interrogeais récemment  me disait  que dans la vie il  est atteint de  troubles du sommeil : quand il dort au spectacle, c’était un bon signe, signe qu’il se sent bien, qu’il  est détendu.  On dit aussi que bailler est un signe de bien-être On  peut donc revendiquer  le droit au sommeil au spectacle, comme Lafargue revendiquait pour les ouvriers le droit à la paresse. 

 Côté  philosophique et politique,  peut-on  n’assigner  au dormeur que la place du mort ?  On sait  maintenant que la perception passe par des canaux longtemps insoupçonnés. Le fœtus perçoit des sons, voire des impressions tactiles.  Dans certaines phases du sommeil, il y a porosité avec l’environnement. Et déplacement, transfert, de la perception à la production de scènes mentales, comme dans la vie éveillée avec le fantasme. Un jour ma mère me dit « Ce matin j’entendais des cloches de vaches, j’étais dans la campagne.  Ca m’a réveillée : c’était ton père qui m’apportait ma tasse de thé au lit. Ce que j’ai pris pour des cloches de vaches, c’était le bruit de la  cuiller qui tintait dans la tasse » . On sait qu’il y a  plusieurs phases dans le sommeil, c’est surtout  au cours de la dernière phase (le sommeil paradoxal) que se produit le rêve. Le dormeur de théâtre parvient rarement à cette  phase.  Cependant,  quelque soit la phase, le son continue de parvenir à ses oreilles,  celles-ci on le sait  n’ont pas de paupières. D’où les expériences qui visent à  plonger le  public dans le sommeil ou somnolence de façon à  manipuler son cerveau à une fin ou une autre. On est ici dans un domaine à cheval entre spectacle et médecine.  Expériences de  Franz Anton Mesmer  sur le magnétisme, ce fluide qui passe d’une personne à une autre. Recherche  d’ états de transe ou de rêve, tels que les a décrits Nietzsche. On peut aller plus loin :  travailler  à  manipuler, voire  modeler les cerveaux. C’est  le sens des travaux du  neveu de Freud, Edward Bernays. L’un des pères de la publicité et de la propagande. L’homme qui a  convaincu l’ opinion états-unienne d’entrer en guerre en 1917, convaincu les femmes des USA de fumer,  inspiré Goebbels.

 Goya. Vous connaissez  la gravure de Goya. Elle montre un homme endormi environné d’un félin et d’oiseaux  de nuit qui le menacent.  Sa tête et ses bras  reposent sur une stèle. Sur la stèle est écrit : « Le sommeil de la raison produit des monstres ». Je suis de près les expériences théâtrales et autres qui recherchent  à créer de nouvelles relations public/ spectacle. Tout en continuant d’exercer un œil critique (le maître-mot)  sur tout ce qui dévalorise les lumières.  Je reste convaincu que le théâtre (une grande partie de celui-ci) doit rester fidèle à ses origines, être un lieu où la société se regarde et se critique, un lieu où il exerce sa raison. Les yeux  ouverts.

Histoire de dormeur. Je termine par une histoire de dormeur que m’a racontée un comédien. Je vous prie de m’excuser, elle ne concerne pas  la salle, mais la scène. C’est une histoire  authentique qui est arrivée à  l’acteur Jean Desailly. Il jouait dans une pièce où il y avait un mort. Ce mort était joué par le gardien du théâtre, un petit rôle. Pas très compliqué  à jouer. Sauf que  le gardien dans son rôle de mort un moment s’est endormi. Brusquement il se réveille, se redresse, se demandant où il est, il avait oublié qu’il était en scène. Il se recouche, mais le public éclate de rire, sauf que c’était une tragédie. Impossible de continuer, il a fallu arrêter, reprendre plus haut, mais à mesure qu’on s’approchait du moment où le mort s’était réveillé, ou plutôt avait  ressuscité, le public riait de plus en plus fort. Il a fallu reprendre la pièce plus loin pour arrêter les fous rires. Le gardien a été licencié.

René Gaudy, mai 2010

Communication faite au colloque de la Sorbonne: La sortie au théâtre mai 2010.

 

 

La saison 2010-2011 au Théâtre de la Ville.

La saison 2010-2011 au Théâtre de la Ville.

parisvilletheatre1.jpg Paris est quand même une ville bien  bien faite: nous avons pu aller dire un dernier adieu à Alain Ollivier à l’Eglise Saint-Roch,paroisse des artistes,  et deux stations de métro plus loin arriver,  sans trop de retard, à la conférence de presse d’Emmanuel Demarcy-Motta.
Le successeur de Gérard Violette à la tête de la prestigieuse institution de la Ville de Paris a tout de suite situé sa nouvelle saison sur le plan international et sur l’importance pour lui de créer des liens avec l’étranger et les grands théâtres européens comme le Piccolo Teatro de Milan, le Berliner ensemble venu deux fois cette saison, et nombre d’autres comme le Théâtre Alexandrinsky de Saint Petersbourg  présentera  ainsi Le Mariage de Nicolas Gogol mis en scène par Valery Fokine  et La Compagnie Soudrama  Studio viendra avec La Noce du jeune metteur en scène russe Vladimir Pankov.  La compagnie anglaise de Matthew Lenton présentera un spectacle presque silencieux d’après L’Intérieur de Maurice Maeterlink. Enfin d’après deux textes du  grand Tanizaki, ce sera la première en France  de Shun-kin du metteur en scène anglo-saxon Simon Mc Burney. Et la Compagnie  chilienne Teatrocinema présentera le deuxième volet de sa trilogie, L’Homme qui donnait à boire aux papillons. Le volet international est cette saison particulièrement brillant…

 Patrice Chéreau a précisé qu’il n’avait jamais abandonné le théâtre et qu’il se réjouissait de retrouver le Théâtre de la Ville où il avait créé autrefois Peer Gynt et qu’il retrouvera pour  monter,  après neuf avant-premières au Musée du Louvre,  Rêve d’automne de Jon Fosse. Emmanuel Demarcy-Motta a aussi souligné combien était importante à ses yeux la collaboration avec des auteurs et metteurs en scène  contemporains qui sont depuis longtemps ses compagnons de route: Ludovic Lagarde ,  Fabrice  Melquiot qui créera Bouli année zéro et reprendra Wanted Petula.  Michel Didym dans le cadre d’un partenariat avec Théâtre Ouvert qui  créera Le Tigre bleu de l’Euphrate. Philippe Minyana  sera aussi présent avec cinq textes inédits.
 Histoire de ne pas oublier les classiques, Emmanuel Demarcy-Motta a demandé à Victor Gautier-Martin de  monter Docteur Faustus de  Marlowe et à Lilo Baur Le Conte d’hiver ; lui-même remontera le Rhinocéros , tandis que Cristophe Feutrier créera Délire à deux , de Ionesco. En partenariat avec la Maison de la Poésie, Cécile Garcia-Fogel présentera Fous dans la Forêt,   d’après des chansons et sonnets de Skakespeare…
 C’est peu de dire que le Théâtre de la Ville intensifie sa politique théâtrale. Puisqu’il y a  autant de spectacles de théâtre que de danse où l’on retrouve les grands classiques du Théâtre de la Ville de Maguy Marin,  Joseph Nadj, Anna Teresa de Keersmaker, Forsythe, Sasha Walz, et bien sûr , la compagnie de Pina bausch décédée il y a un an déjà, et nombre de créations de plus jeunes chorégraphes , dont le québécois  Dave Saint-Pierre avec Un peu de tendresse bordel de merde qu’il avait créé en 2009, au festival d’Avignon. Emmanuel Demarcy Motta a aussi  bien fait de conserver la partie Musiques du Monde qui est un des fleurons du Théâtre de la Ville depuis longtemps.
 Le Théâtre de la Ville  étend incontestablement son territoire théâtral , à quelques centaines de mètres du Théâtre de l’Odéon et de la Comédie-Française, avec une des programmations les plus riches et les plus intéressantes qui soient. C’est bien et Bertrand Delanoé ne  peut que  se réjouir de ce dynamisme… Mais les banlieusards que cette riche programmation devront franchir le périphérique. Vous avez dit déséquilibre?

Philippe du Vignal

Saison 2010 2011 Au Théâtre National de Chaillot

Saison 2010 2011 Au Théâtre  National de Chaillot – Une saison très « danse »

 photo.jpg Ce soir du 25 mai Dominique Hervieu et José Montalvo, les deux  directeurs du théâtre National de Chaillot, ont présenté au public leur future saison très orientée sur la danse, avec un thème particulier traitant de la mixité entre la tradition et la modernité. Ce qui permet des associations artistiques multiples.
Dans l’art chorégraphique, plusieurs personnalités marquantes de la scène contemporaine sont au rendez vous.  
Philippe Decouflé présent ce soir là, parle de sa création composée de pièces courtes, comme  Merce Cunningham ou Georges Balanchine, pouvaient le concevoir.
Angelin Prejlocaj qui a triomphé l’année dernière dans ce même théâtre avec « Blanche Neige », va travailler, pour un nouveau spectacle avec un plasticien Subodh Gupta, un musicien reconnu Laurent Garnier pionnier de la musique électronique, un styliste russe Igor Chapurin et dix danseurs du Bolchoï.
La nouvelle garde belge de la danse, délaisse le théâtre de la ville pour la colline de Chaillot.
Alain Platel donne un spectacle crée pour le festival d’Avignon cet été et Jan Fabre est présent avec un triptyque pour son comédien fétiche Dirk Roofhooft, plus théâtral que dansé. Des grands ballets composés de nombreux danseurs vont être présent dans la salle Jean Vilar, avec Thierry Malandain et le ballet de Biarritz composé de 20 danseurs, autour de Tchaïkovski et Joëlle Bouvier avec les 22 danseurs du Ballet du Grand théâtre de Genève pour  « Roméo et Juliette » de Prokofiev.
Avec une perspective de faire rencontrer le public et les professionnels, six bals sont prévus, ainsi que des rencontres plus spécifiques autour des œuvres de la saison .
Enfin Dominique Hervieu a  présenté avec José Montalvo son 3eme volet autour de l’œuvre de George Gershwin et a souligné l’étroite collaboration entre le théâtre de Chaillot et le centre National de la danse…
La programmation «  théâtre », ouvre la saison en septembre avec la trilogie de Wajdi Mouawad, ensuite le public va découvrir un metteur en scène de talent et très «  à la mode » Alvis Hernanis qui vient de Lituanie, enfin Denis Podalydès reprend son succès de l’an passé « Le Cas Jekyll ».
Nous pouvons signaler trois temps forts autour du Hip Hop, du Flamenco et de la création contemporaine plurielle avec Anticodes.
 La billetterie  va afficher vite complet, pour l’association de Bartabas et ses chevaux avec un maitre du Buto Ko Morobushi .
Cette énumération n’est pas exhaustive, elle témoigne du fort courant de danse qui envahit et pour longtemps les gradins de ce théâtre National,  même si les directeurs sont amenés à changer.
Signalons que cette présentation a été traduite en langue des signes tout le long de la soirée, une autre forme de chorégraphie du corps. 

Jean Couturier

Alain Ollivier

ollivier.jpgAlain Ollivier nous  a quitté hier matin.

  Malade depuis quelques années déjà, il a été emporté par un cancer contre lequel il lutta jusqu’au bout, Alain Ollivier qui avait 72 ans nous a quitté hier. On l’avait connu comme comédien chez Vitez, Brook  et Lassalle entre autres. Puis il s’était dirigé vers la mise en scène et avait créé, en I972,  Bond en avant de Pierre Guyotat  dans une mise en scène dont la scénographie était tout à fait novatrice. Et c’est à lui que l’on a dû la découverte de Thomas Bernhard. Il monta aussi un remarquable Cid.
 Directeur du Studio-Théâtre de Vitry, où il mit en scène avec beaucoup de finesse L’echange de Claudel éclairé seulement par des centaines de bougies qu’il donna ensuite généreusement à L’ Ecole du Théâtre national de Chaillot  pour un  spectacle en plein air. Il  dirigea ensuite du Théâtre Gérard Philipe de Saint- Denis qu’il sut rapidement remettre à flot. Alain Ollivier était un metteur en scène  entier et exigeant quand il s’emparait des textes qu’il aimait. Il y avait sans  doute du Cuny chez lui, Cuny dont il avait été l’élève.
 Il enseigna  au Conservatoire national comme à L’ENSATT.
Salut Alain et, merci pour  tout  ce que tu auras apporté au théâtre français. Nous embrassons chaleureusement  sa compagne Claire Amchin.

 

Philippe du Vignal

Le Théâtre National de Chaillot en grève…


           Il y a  un bon moment que cela couvait et Dominique Hervieu avait dû sentir que la place n’était pas aussi confortable qu’elle l’avait pensé , puisqu’elle a préféré partir bientôt pour La Maison de la Danse à Lyon. Chaillot est en grève le soir de deux premières dont la création d’Orphée par José Montalvo et Dominique Hervieu… C’est dire que le personnel devait être à bout de nerfs et entendait bien, avec raison,  se faire entendre.
 Pour que M. Hirch, directeur de la D.G.C.A. au ministère de la Culture se soit déplacé aujourd’hui pour essayer de négocier les choses et supplier pour   que les deux représentations aient lieu ce soir,  montre bien l’étendue des dégâts. Sur l’air bien connu: « reprenez le travail, on négociera ensuite ». Quelle belle naïveté!  Le personnel de Chaillot comme celui des grandes institutions n’est pas tombé de la dernière pluie et l’on sait très bien que,  dans ces cas-là, seul le rapport de forces est le seul qui compte…Il devait rendre compte, semble-t-il,  dès ce soir à tonton Frédéric de la situation.
 Mais , au delà du cas Chaillot , c’est bien entendu toute une politique culturelle qui a depuis un bon moment été flinguée par le gouvernement actuel ; il semble naviguer dans ce domaine au doigt mouillé: du genre , on gèle certains crédits pour s’apercevoir ensuite que ce n’est pas possible et qu’il faut donc les rétablir. Et chaque année, le petit pas de danse- c’est le cas de le dire pour Chaillot,  recommence , pathétique et dérisoire…
Depuis quelque temps, non remplacement de postes et recrutement de contractuels moins bien rémunérés, conflit larvé puis ouvert entre  Yves Jouen, le  nouveau directeur technique et son personnel, mise en place par  le nouvel administrateur, Patrick Marijon, d’une politique de rigueur, et d’un recours systématique au mécénat (qui serait appelé à être le grand pourvoyeur de fonds)  et à la location des lieux, avec tout ce que cela suppose de compromissions avec une politique artistique : deux espèces de gangrènes qui s’attaquent avec efficacité à la notion de service public. Bref, la RGPP a encore frappé et  le personnel qui se dit souvent humilié n’est pas à la fête: démissions, arrêts-maladie en rafale, surcharge de travail impossible à gérer, etc…
Désolé, un théâtre ne se gère pas comme une agence de banque privée. Jamais Chaillot n’avait connu cela. José Montalvo est monté au créneau  il y a quelques heures avec courage pour essayer d’apaiser les choses et pour écouter les revendications des salariés. Mais l’on sait bien -et lui le premier- que l’affaire dépasse  nettement le Ministère de la Culture lui-même, puisque c’est l’Elysée qui prend directement les grandes décisions. Même si le petit Nicolas qui ne fréquente guère les théâtres , a , en ce moment, d’autres chats à fouetter…

 Et c’est aujourd’hui l’explosion-qui se profilait déjà sous l’ère  de Goldenberg dont la direction n’a certes pas été des plus réussies- c’est le moins que l’on puisse dire- puisqu’il avait , entre autres , réussi sans état d’âme à supprimer l’ Ecole créée par Vitez puis maintenue par Savary pendant dix sept ans. Bravo Goldenberg … Quel courage!   Mais, juste retour des choses, la fin de  son mandat ne fut pas glorieuse, puisque c’est lui qui fut invité à démissionner!
 Le distingué M. Hirch qui ,a dû dans sa longue carrière, gérer d’autres conflits sociaux réussira-t-il  à calmer le jeu? On lui souhaite bien du courage. Mais  le personnel très remonté a bien raison de l’être, et cette fois ,que l’on ne s’y trompe pas, il ne s’agit pas d’une grève sectorielle du plateau,  mais de l’ensemble du  personnel, fait assez rare pour être salué. Ce qui montre bien l’ampleur de la crise.
  Il faudrait sans doute que l’administration de ce grand établissement comprenne d’abord  que les questions de management passent avant tout par une prise en en compte et par le respect  des femmes et des hommes qui  sont les forces vives d’une entreprise. C’est une chose qui s’apprend dans toutes les bonnes écoles de commerce… mais qui semble, en, l’occurrence, être passée à la trappe. C’est aussi sans aucun doute,  toute une politique du personnel qui est à revoir.
 Visiblement, le grave échec dans ce domaine de  France-Télécom avec sa cascade de drames et  de suicides n’a pas été suffisant pour rappeler au Ministre de la Culture qu’il y avait aussi le feu dans sa propre maison. Et la petite phrase ridicule lancée le soir des Molières lui a valu une  une bordée de huées bien méritée.
 Quant à la  D.G.C.A. ( ex DMDTS) , qui avait  été complice de la disparition de l’Ecole de Chaillot, on peut douter qu’elle soit vraiment apte à trouver des solutions, pas plus que ce comité de pilotage présidé par Marin Karmitz, auquel appartient d’ailleurs… Dominique Hervieu.
Des cahiers de doléances vont être remis  par le personnel de Chaillot à M. Hirch mais il a intérêt à ne pas laisser les choses pourrir comme c’est l’habitude dans ce Ministère, et à y répondre de façon concrète et ultra-rapide,  s’il ne veut pas que la contagion atteigne très vite les autres grands établissements culturels. Ce n’est quand même pas si difficile  de comprendre qu’une entreprise ne peut bien fonctionner que si les employés forment un corps uni et possède des conditions de travail correctes, et où l’on ne le met pas sans arrêt devant le fait accompli.

Après tant de coups tordus dont la D.G.C.A. est familière,  rappelons-nous , parmi les plus récents:  la tentative de mettre la main sur la MC 93 de Bobigny, au bénéfice de la Comédie-Française,  le remplacement d’un directeur nommé au Centre dramatique de Vire au bénéfice de quelqu’un d’autre, de par la volonté de la Princesse Albanel, la nomination élyséenne de Jean-Maire Besset à Montpellier: tout cela au mépris des lois les plus élémentaires de la démocratie… la  D.G.C.A. n’a que ce qu’elle mérite. Quant à Dominique Hervieu, elle  a intérêt à reprendre les choses en main,    Les employés de Chaillot ont eu la volonté collective  de se révolter contre les conditions inadmissibles de travail  qui leur étaient faites; On ne peut que saluer leur courage et leur détermination et les soutenir dans leur lutte. Frédéric Mitterrand ferait bien  de prendre garde à cet événement – qui ne va sans doute pas l’empêcher de dormir… Mais , que l’on se s’y trompe pas, il est d’une exceptionnelle gravité et révélateur d’une faillite de l’Etat. Pourtant on le sait , gouverner c’est prévoir!
 De toute façon,   nous vous tiendrons au courant de la suite des événements.

Philippe du Vignal

La Maison de Carlo Goldoni

 

La Maison de Carlo Goldoni (Venise)
    marionnetteteste.jpgCe palais gothique, qui présente aujourd’hui encore les caractéristiques de l’architecture civile vénitienne comprise entre le XIVème et le XVème siècle,  est « une invitation au voyage ».A travers ce lieu nous redécouvrons ce dramaturge surnommé le « Molière italien ». Les Goldoni, originaires de Modène, vinrent y habiter vers la fin du XVIIème siècle  et c’est le 25 février 1707 que nacquit Carlo Goldoni. Il y vécut jusqu’à l’âge de douze ans et garda, malgré les difficultés financières de la gestion de la maison assombrissant l’atmosphère familiale,  un souvenir idéal de cette période passée à Ca’ Centani où s’est dessiné le destin artistique qui l’attendait: « je revois mentalement la maison de Venise, où je suis né: je revois cette grande porte gothique entre le pont de Nomboli et le pont de Donna Onesta, dans la Paroisse de San Tommaso, sur le côté de la Calle di Caccentanni; j’ai l’impression de revoir encore cette haute loggia couverte, que nous appelons dans notre langue, terrazza, où était installé un théâtre de marionnettes très actif, que vous-même, mon Père, et d’autres compagnons à vous actionniez admirablement; et voici que le destin, qui voulait me conduire au théâtre, commençait dès cette époque à en semer les graines dans mon imagination et dans mon cour » (extrait de la dédicace à Antonio Maria Zanetti, 1761). En 1914, naît le désir de dédier cet espace à Carlo Goldoni et à l’art dramatique italien. En 1953, elle sera restaurée et ouverte au public avec l’inauguration d’une Bibliothèque-Musée qui su très vite s’imposer comme un grand centre culturel. A l’issue de considérables interventions d’assainissement et de restauration, elle se présente aujourd’hui avec un tout autre visage: les visiteurs et les chercheurs peuvent y découvrir une vie entière consacrée au théâtre, et consulter les nombreux supports (archives, bibliothèque, instrument multimédia) leur permettant de connaître un théâtre qui a voulu et a su être la vie. Dans le portego (ou grand salon): on trouve l’évocation le théâtre de Carlo Goldoni qui facade.jpgdécrit  avec fidélité et acuité le monde vénitien du XVIIIème siècle avec ses transformations culturelles et les conflits sociaux, le rôle de la femme et son émancipation progressive, la naissance de figures et de rôles inconnus jusque-là. La première salle et la principale nous met au contact du monde de Goldoni : de grandes sérigraphies  reproduisent des gravures illustrant les volumes de la dernière édition de l’ouvre goldoniennne (Venise, Zatta 1788-1795). Il s’agit d’images recréées en une libre association analogique, visant à reconstituer les thématiques autour desquelles gravitent les pièces de Goldoni: masques et personnages, le monde des femmes, le théâtre comique, voyageurs et aventuriers, la famille, les nobles, marchands et hommes du peuple. Une fiche explicative les accompagne et nous explique les principaux points critiques que  Goldoni a voulu et a su aborder, au sein d’une Venise qui occupait encore une place d’avant-garde dans la civilisation théâtrale européenne.  Dans une autre salle, on retrouve son théâtre de marionnettes: « Un délicieux divertissement »  que son père avait fait construire pour son plaisir personnel. Ce théâtre constituait une sorte de « théâtre de chambre », s’opposant au « théâtre de rue », auquel donnaient vie les spectacles de marionnettes qui datent du XVIIIème siècle et qui  proviennent de la collection  que la famille Grimani conservait dans son palais (situé dans le Sestiere de Cannaregio);elles témoignent de l’excellence atteinte par l’artisanat vénitien, raffiné et authentique: richesse des costumes (tissus précieux et coupes à la mode). Les interprètes de la vie cosmopolite vénitienne de l’époque sont en représentation. Le mécanisme des marionnettes est ingénieux et sophistiqué.

 

Un tableau du XVIIIème siècle , »Le parloir », orne un des murs: un musicien ambulant fait danser, grâce à un fil attaché à la jambe, » trois marionnettes à la planchette ». Les murs latéraux présentent des agrandissements de scènes extraites de célèbres tableaux de Pietro Longhi, qui estimait sincèrement Goldoni et avec qui il partageait de nombreuses affinités culturelles et artistiques.
Dans une autre salle » Goldoni entre la vie et le théâtre sont exposés différents portraits de Goldoni: d’une gravure anonyme à d’autres plus célèbres qui marquèrent sa carrière ( réalisés par le graveur Marco Pitteri sur un dessin de Giambattista Piazzetta). Les différents visages de son existence sont présentées, à même les murs et sont les illustrations d’ouverture de chacun des tomes de l’édition de Pasquali (Venise,1761-1780).
L’auteur avait voulu représenter par ces images, certains moments significatifs de sa vie, racontées par épisodes dans les préfaces générales de chacun marionnettef.jpgdes tomes. Antonio Baratti a réalisé ces gravures, elles semblent encadrées « par un petit rideau de théâtre » accompagnées par une citation latine. Une légende descriptive accompagne les images et nous comprenons combien le parcours de formation et l’exercice de sa profession « écrivain de théâtre » ont été accidentés. Etudiant pas toujours exemplaire, apprenti médecin, fonctionnaire public, consul, avocat; ce n’est qu’à l’âge de quarante ans qu’il se serait entièrement dédié à sa profession d’auteur de théâtre. Des triomphes contrariés sur la scène vénitienne et nationale, à la conquête exaltante de la scène parisienne. Mais le célèbre auteur  finira sa vie dans l’amertume et abandonnera le théâtre.
Au centre de la salle se trouve une reproduction de la carte topographique de Lodovico Ughi (1729), le dernier et le plus détaillé document cartographique et urbanistique représentant la ville de Venise où sont indiqués les différentes demeures où a vécu Goldoni ainsi que les édifices qui, au XVIIIème siècle, faisaient de Venise une des capitales de la vie théâtrale européenne.
Enfin, cette intensité de vie théâtrale vénitienne est illustrée par quelques exemplaires des plus célèbres éditions goldoniennes du XVIIIème siècle ainsi que par le manuscrit du Giustino, une tragi-comédie de ses débuts où nous trouvons le dernier autographe préservé de l’énorme corpus théâtral de Carlo Goldoni. Quand vous irez à Venise, laissez-vous tenter par ce voyage à travers le temps et le théâtre du XVIIIème siècle.
Nathalie Markovics.

 

 

Musée Carlo Goldoni,Santa Croce, San Polo 2794, Venise

 

Madeleine Marion

Adieu Madeleine,
52860.jpgMadeleine Marion est morte avant-hier à 80 ans; nous la connaissions depuis bien longtemps:  elle avait joué autrefois pour  Sacha Pitoëff dans Les trois soeurs, pour Jean Négroni,( Le prince de Hombourg) dont il y a quelques jours, curieusement, une photo du spectacle, signe du destin?  glissa d’un dossier; puis, avec  Antoine Vitez pour qui elle joua  Bérénice et le  célèbre Soulier de satin.  Elle avait joué aussi au cinéma mais très connue dans le milieu professionnel, elle l’était peu de ce  que l’on appelle le grand public.
Elle avait enseigné au Conservatoire national de 88 à 95 puis nous lui avions demandé ensuite  de venir à l’ Ecole  du Théâtre national de Chaillot où elle fut aussi, pendant cinq ans, une remarquable pédagogue, attentive,  très exigeante mais aussi très aimée de tous.
Nous lui avions demandé entre autres de faire travailler les élèves sur L’Echange de Claudel,  et cet atelier- un des plus remarquables que nous ayons connus – fut sans doute l’un de ceux où elle avait su mettre le mieux en valeur les qualités de chaque élève. Puis,  trop prise, après son engagement à la Comédie-Française, elle avait dû nous quitter. Mais elle avait toujours gardé une affection  pour ses anciens élèves et un attachement à l’Ecole dont nous ne pouvons que lui être reconnaissants.
Elle avait monté au Studio de la Comédie-Française une brillante Cantate à trois voix de Claudel. Nous garderons d’elle l’image d’une femme droite,  dont la vie, qui ne lui épargna pas les très mauvais coups,  ne fut pas toujours un long fleuve tranquille, mais elle avait une capacité de résistance, une énergie  et une volonté de se battre qui forçaient le respect.
Adieu, et merci encore, chère Madeleine.

Philippe du Vignal

Invitation Groupe des 20

Le Groupe des 20 théâtres en Ile-de-France a choisi de questionner la place du fait divers dans le paysage théâtral actuel avec

à  16h : une rencontre/ 
discussion entre observateurs–commentateurs, acteurs du réel et acteurs de plateau. Quelles paroles le théâtre redonne-t-il un espace ? Quelles parts d’ombre met-il en lumière? Avec, comme invités : Michèle Bernard-Requin , conseillère à la Cour d’appel de Paris,  Joëlle Bordet ,psycho-sociologue qui  travaille sur  la délinquance et  la lutte contre la violence, Zabou Breitman qui a créé Des gens, inspiré de Faits divers de Raymond Depardon,  Pauline Bureau qui a mis en scène les lettres de B. M. Koltès autour de Roberto Zucco,  Jacques Dor, auteur d’ Acide est le cœur des Hommes,  Arlette Farge, historienne, spécialisée dans l’étude du XVIIIe siècle et des « sans-voix » Lara Persain , actrice du collectif XK Theater Group qui développe une recherche artistique tournée vers les thématiques sociales, Pascale Robert-Diard  chroniqueuse judiciaire au Monde, Gérard Noiriel, historien et  spécialiste de l’immigration ,  Michel Vinaver, auteur qui a questionné dans son œuvre la place du fait divers, et  Daniel Zagury, psychiatre des hôpitaux.

A 20h30, aura lieu une représentation d‘Acide est le cœur des hommes
 de Jacques Dor, écrit à la suite d’une commande du Groupe des 20. Le texte est tiré d’une histoire vraie dont on parle encore aujourd’hui, 30 ans après.  Récit d’un crime et  parole d’une mère en quête d’un impossible deuil. Une vision poétique et lumineuse d’un fait divers pourtant macabre.

lundi 15 mars 2010 /Entrée libre
Maison des métallos . 94 rue J.P.  Timbaud. 75011 Paris Métro Couronnes, bus 96 Reservation@maisondesmetallos.org  t:  01 47 00 25 20

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