Déclaration de Carthage

 

Déclaration de Carthage, pour la protection des artistes en situation de vulnérabilité

 «Considérant que l’Art est une activité indispensable  permettant à l‘Homme de réaliser ce qui est proprement humain en lui, une puissance de révélation et un pouvoir d’influence, une pratique complexe et multidimensionnelle qui lui offre un champ de possibilités inattendues qui peuvent changer sa perception du monde (…) »,  expose en préambule, cette Déclaration de Carthage portée par un groupe d’artistes, universitaires et militants tunisiens réunis pour défendre les droits des artistes .

 Cette initiative a vu le jour, en novembre 2015 aux Journées Théâtrales de Carthage. Lassaad Jamoussi, le directeur de ce festival explique :«Constatant l’errance des artistes de Syrie, d’Afrique, d’Ukraine et d’ailleurs, il est important que la communauté internationale s’engage à les protéger.»
« Nous vivons dans “la  nuit du monde“, selon les mots de Martin Heidegger, et dans un système capitaliste sauvage,  ajoute Meriam Bousselmi, avocate et dramaturge, qui a contribué avec lui à la rédaction de ce projet ( avec l’universitaire Hamadi Redissià ). L’expression artistique est fabuleuse dans les pays au bord du chaos. Face à  la sauvagerie, c’est elle qui peut ramener à l’humain », c’est pourquoi, l’artiste doit être protégé par la communauté humaine ! Il convient de réfléchir, et non de réagir (…) réfléchir dans un monde de violence et de répression c’est possible en Tunisie. »

Pour Souhayr Belhassen, il  faut  multiplier des statuts spécifiques pour des catégories spécifiques (femmes, enfants, journalistes, etc. ). Bête noire du Président Ben Ali, cette journaliste et militante a dirigé la Fédération internationale des Droits de l’Homme (FIDH) de 2007 à 2013 et, dans ce contexte, elle a rédigé, en 2012 le courageux Appel des femmes arabes pour la dignité et l’égalité. Cette charte selon elle, jette les bases d’un statut international pour les artistes et s’inscrit en droite ligne de la Déclaration universelle des Droits de l’homme de 1948.

L‘exception tunisienne, soulignent les trois intellectuels réunis à la table ronde, a jusqu’ici permis de sauvegarder la liberté d’expression et d’élaborer ce projet, au sein de la société civile. Qu’est ce qu’un artiste ? Qui a droit à cette protection ?  Ils répondent : «Est artiste toute personne qui créée et participe à la création ou à la recréation d’une œuvre d’art. La communauté artistique reconnaîtra les siens, et non les distributeurs de cartes qui créent des artistes “officiels“». Dans la charte, cette protection inclut la propriété intellectuelle, telle que l’UNESCO l’a définie.

 Validée par le gouvernement, et signée par nombre de personnalités et institutions du monde de la culture, la Déclaration est actuellement soumise à l’Organisation des Nations Unies en vue d’une reconnaissance internationale. Dans ce sens, des réunions avec des artistes tunisiens et la rapporteuse spécialisée dans les droits culturels, au Conseil des droits de l’homme sont prévues d’ici 2017.

Il faut maintenant d’élaborer une stratégie bien claire, faire un travail national et international  de mobilisation de la société civile dans les différents pays. Pour Souhayr Belhassem, ces démarches passent par l’Europe mais il faut surtout retenir l’attention de personnalités de renommée mondiale comme Wei Wei, artiste chinois, qui sont, à elles seules, de puissants médias.

 Mireille Davidovici

La Déclaration de Carthage pour la protection des artistes en situation de vulnérabilité a été présentée, le 15 octobre à l’Institut des cultures d’islam à Paris, en présence de Lassaad Jamoussi, Meriam Bousselmi et Souhayr Belhassen.

Pour signer en ligne : http://jtcfestival.com.tn/declaration-de-carthage/

Journées Théâtrales de Carthage 2016 du 18 au 26 novembre


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Grands Prix de littérature dramatique et de littérature dramatique Jeunesse 2016


Grands Prix de littérature dramatique et de littérature dramatique Jeunesse 2016:

M.ElKhatib© Droits réservésSous l’égide d’ARTCENA, le jury a retenu pour le premier de ces deux prix, Finir en beauté de Mohamed El Khatib, écrivain français de 39 ans, d’origine marocaine. Sa troisième pièce créée au festival Actoral à Marseille en 2014  puis reprise avec succès au festival off d’Avignon, est le récit de la mort de sa mère  en soins palliatifs pour un cancer du foie, à l’hôpital d’Orléans.
Après avoir fait Sciences Po à Rennes, il a commencé une thèse de sociologie puis a été conseiller théâtre et danse à la DRAC de Haute-Normandie.Il est, depuis la rentrée, artiste associé du Théâtre de la Ville; et deux de ses pièces Finir en beauté et Moi Corine Dadat seront joués le mois prochain au Monfort.

papin_nathalie_© Laurence GarcetteNathalie Papin, elle, a reçu le prix de littérature dramatique Jeunesse pour  Léonie et Noélie. Née en 1960, elle a été formée  au Centre des Arts et Techniques du Cirque, puis a écrit son premier récit, Le Tout-Contre en 1995. Elle a ensuite écrit nombre de pièces de théâtre pour enfants comme : Mange-moi, Debout, L’Appel du Pont, Yolé Tam Gué, Le Pays de Rien, Camino, Petites formes, publiés à l’École des loisirs,

La remise de ces prix s’est déroulée au Conservatoire national supérieur d’art dramatique, dont des élèves, dirigés par Robin Renucci, ont lu des extraits des huit textes  retenus par le jury, dont La Baraque d’Aiat Fayez, Des cow-boys de Sandrine Roche, Et dans le trou de mon cœur, le monde entier de Stanislas Cotton, et Seuls les vivants peuvent mourir d’Aurore Jacob.
Et pour le prix de littérature Jeunesse, Münchhausen?  de Fabrice Melquiot, et Stroboscopie de Sébastien Joanniez.

Philippe du Vignal

ARTCENA , Centre national des arts du cirque, de la rue et du théâtre
SignatureMailArtcenaaccueil@artcena.fr www.artcena.fr
68, rue de la Folie Méricourt, 75011 Paris et 134 rue Legendre, 75017 Paris

Finir en beauté est publié par Les Solitaires intempestifs et sera jouée au Monfort, du 8 au 26 novembre à 19h30,  et Moi Corinne Dadat les 18, 19, 25 et 26 novembre à 21h.
Léonie et Noélie est une pièce éditée, comme les autres textes de Nathalie Papin, à L’Ecole des loisirs.

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Yohji Yamamoto, défilé

Yohji Yamamoto, défilé de la semaine de la mode, rentrée 2016.

FullSizeRenderLa couleur noire, constante chez ce créateur de mode, lui est directement inspirée par sa mère, Fumi Yamamoto. Couturière et veuve de guerre, elle a précédé son fils unique au Bunka Fashion College de Tokyo. Né en 1943, il crée sa propre marque en 1971 et montre sa première collection à Paris en 1981. Il entretient un lien intime avec l’image d’une femme mythique, qu’il cherche à protéger du regard des hommes. «Tout ce que les hommes cherchent dans le sexe opposé, c’est un chaud réceptacle mettant leur virilité en valeur, … ils ne supportent pas d’être dépassés et n’aiment qu’eux-mêmes, … Les femmes finissent par chérir l’attendrissante faiblesse des hommes…», écrit-il dans son autobiographie My Dear Bomb. En développant des vêtements unisexes, il réalise un mélange de genres antinomiques. Au croisé de différentes disciplines artistiques, grâce à une collaboration étroite avec les cinéastes Wim Wenders et Takeshi Kitano ou la chorégraphe Pina Bausch, il crée des modèles d’une grande théâtralité.

Dans sa collection femme pour l’hiver 2016- 2017, présentée au Théâtre National de Chaillot on retrouve les constantes de son travail: amplitude des formes, asymétrie des coupes, mixité des tissus utilisés pour chaque veste déstructurée et les incroyables maquillage des mannequins : visages blancs sans expression surmontés d’une mèche noire gominée. De longues silhouettes androgynes, avec une tache de sang noir coagulé sur la veste, côté cœur, déambulent dans le grand foyer du théâtre. Ces costumes fluides, proches de tenues de scène, que l’on pourrait croiser dans un opéra de Wagner dirigé par Bob Wilson, habillent des êtres en noir et blanc, mi-anges, mi-fantômes, venus d’un autre monde, séduisants et dangereux. Pour sa présentation de septembre 2016, à la bourse du commerce de Paris, des créations de couleurs rouge et blanche sont apparues.

Après les costumes créés pour Madame Butterfly à l’Opéra de Lyon en 1990, nous attendons impatiemment que ce discret désigner décide de se tourner de nouveau vers la scène.

Jean Couturier

Défilé de la semaine de la mode femme été 2017 le 30 septembre.


www.yohjiyamamoto.co.jp

 

Issey Miyake, la Semaine de la Mode.

Issey Miyake, défilé pour la Semaine de la Mode.

IMG_8620Souvent spectaculaire, le défilé de ce créateur de soixante dix-huit ans est toujours très attendu . Né à Hiroshima en 1938, il perd sa mère, irradiée, trois ans après l’explosion de la bombe atomique. Après avoir travaillé chez Givenchy et Guy Laroche, Issey Miyake montre sa première collection à New-York, en 1971. Depuis lors, il n’a cessé de surprendre. Alliant tradition et nouvelles technologies, il recherche constamment de nouvelles textures apportant fluidité et légèreté aux vêtements, sans renoncer aux matières ancestrales comme le raphia ou le papier japonais whasi.

Au printemps dernier, au National Art Center de Tokyo, une grande exposition, que nous espérons voir un jour en France, témoignait de son inventivité. Interactive, elle présentait les étapes de son travail de conception, ses influences, et leurs mises en œuvre pratiques. En mai 1968, il disait «vouloir créer des vêtements du quotidien portés par la plupart des gens». Les coûts de production de ses créations l’ont détourné de cet objectif initial! Cependant, tout le monde connait ces vêtements plissés commercialisés sous le nom de Pleats Please, en 1993, Nous savons moins qu’Issey Miyake a créé toutes les tenues de l’équipe lituanienne pour les Jeux Olympiques d’hiver de 1992. En 1999, le couturier présentait sa dernière propre collection, depuis, ses équipes de créateurs perpétuent son état d’esprit à travers les nouvelles collections qui sont en vente dans cent trente-trois boutiques au Japon et quatre-vingt onze à l’étranger.

Son entrée dans l’univers de la danse remonte à 1980, avec Casta Diva de Maurice Béjart ; il poursuit avec William Forsythe et le ballet de Francfort, en 1991, pour The Loss et The small Details là il se fait remarquer au Théâtre du Châtelet par ses costumes plissés. En 2013, il produit avec son équipe une courte chorégraphie de Daniel Ezralov et des gymnastes. Issey Miyake résume ainsi son itinéraire: «Mon travail est une réflexion au long court sur la manière dont les gens s’habillent, c’est une recherche de techniques et de matières pour concevoir de nouveaux vêtements.» Quelle que soit la période, le mouvement a toujours fait partie intégrante de ses créations. Un mouvement perpétuel qui anime en permanence nos vies : en cela Issey Miyake est d’une grande modernité.

Jean Couturier

Défilé le 30 septembre.

www.isseymiyake.com

 

Esther Louise Dorhout Mees

 

Esther Louise Dorhout Mees, un défilé de couture entre mode et opéra.

IMG_9121En mars dernier, pour sa première venue à la semaine de la mode parisienne, la jeune créatrice néerlandaise avait marqué la mémoire de son public.
Avec un travail qui se situe à la lisière du théâtre et de la mode, elle a créé un univers onirique singulier. La scénographie de ses présentations utilise tous les codes d’une salle de spectacle, et un de ses défilés s’est déroulé dans un théâtre à l’italienne accompagné d’un orchestre classique associé à de nombreux effets lumineux.
Le défilé de mars dans le couvent des Récollets, nous avait  transporté dans le monde d’Ophélie et de ses amies de William Shakespeare. En ouverture, une vidéo qui a reçu de nombreux prix, présentait des jeunes femmes perdues dans une nature envahissante portant les créations de la couturière.
Le défilé se terminait par l’apparition d’Ophélie dans la pénombre, vêtue d’une longue robe de plumes. Ce jour-là, les mannequins rehaussés de cothurnes stylisés, portaient des lentilles noires accentuant leur coté animal, qui allait de pair avec les vêtements dont les motifs rappelaient des peaux de bêtes.

Le lien entre féminité et animalité a souvent été souligné, on pense au film La Féline de Jacques Tourneur (1946), et souvent décliné sur scène par Alfredo Arias dans Peines de cœur d’une chatte anglaise ou dans des comédies musicales comme Cats. Toutes ces robes lourdes et difficiles à porter dans la vie courante, contribuent à créer des personnages oniriques inaccessibles propices à l’évasion.E le défilé de cette créatrice sera très attendu. Elle peut emboiter le pas de ses illustres prédécesseurs, comme Yves Saint-Laurent avec Roland Petit, Issey Miyake avec William Forsythe ou Christian Lacroix qui maintenant s’oriente définitivement vers la création de costumes de scène.

Jean Couturier

Défilé le 2 octobre. Modeaparis.com www.dorhout-mess.com

Les Journées du matrimoine 2016

Les Journées du matrimoine 2016

 

Rue_PernelleUne manifestation festive, en forme de manifeste. Objectif : mettre en lumière les créatrices du passé et leurs œuvres, parallèlement aux Journées du patrimoine (voir Théâtre du Blog ).
L’égalité entre homme et femme sur le front intellectuel et artistique passe par la revalorisation de cet héritage trop absent des livres d’histoire. L’inégalité reste flagrante : même si depuis dix ans, à l’issue du rapport de Reine Prat, la tendance s’inverse lentement : 26% des femmes signent les mise en scène du réseau conventionnée contre 22% en 2006 ; 21% dirigent des Centres dramatiques nationaux, contre 16% en 2006. À quand la parité ? Quand les femmes constituent 60% des étudiant(e)s des enseignements artistiques supérieurs.

 Pour cette deuxième édition, les différentes branches de la fédération nationale H/F pour l’égalité dans les arts et la culture, mobilisent de nombreux partenaires : en Bretagne ( Rennes), en Normandie (Rouen) et surtout en Auvergne-Rhône-Alpes, avec pas moins de seize événements (expositions, parcours urbains et conférences), du Rhône à la Haute-Loire, de Lyon à Bourg-en-Bresse, en passant par Montluçon et Annecy.

 H/F Île-de-France, pour sa part propose de nombreux événements aux côtés de nouveaux partenaires : Les Éditions de Femmes-Antoinette Fouque qui ont entamé cette réflexion depuis 1973 et ont sorti récemment l’imposant Dictionnaire Universel des Créatrices : 5000 pages couvrant quarante siècles de création dans le monde et dans tous les domaines. La jeune et florissante association AWARE ( Archives of Women Artists, Research and Exhibitions ) fondée en 2014 pour la diffusion des artistes femmes dans les musées et les universités. Des compagnies de théâtre, des lieux de spectacle, des musées et des bars et des cafés les rejoignent pour une programmation étoffée et festive.
À la Maison des Métallos, une exposition interactive sur L’Étoffe des femmes nous attend, avec nos morceaux de tissus, tandis que sept musées ouvrent leur fond au féminin : Jeu de Paume, Musée d’Art Moderne de Paris, Musée Carnavalet, Centre Pompidou, Musée d’Orsay, Petit Palais, Mac/Val (le seul à respecter un parité dans ses acquisitions). Au gré de parcours urbains dans Paris, agrémentés de musiques et de lectures, on découvrira des femmes savantes brûlées comme sorcières, depuis Hypathie la mathématicienne d’Alexandrie au lVe siècle, jusqu’à Pernelle Flamel, l’alchimiste du XVlème siècle… Des interventions artistiques dans le tram T3, une promenade-lecture du restaurant de la Coupole au Cimetière Montparnasse, sur les lieux de prédilections de Simone de Beauvoir et de sa sœur Hélène peintre méconnue … Autant de rendez vous pour évoquer Communardes et compagnonnes, peintres et autrices, poétesses et «scandaleuses », militantes du mouvement de la paix et résistantes, toutes combattantes, inventrices ou créatrices qui ont fait l’histoire en y laissant si peu de traces.

 

Mireille Davidovici

 

17 et 18 septembre : programme complet sur les sites :

www.matrimoine.fr

http://hfauvergnerhonealpes.wixsite.com/matrimoine

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L’avenir d’une crise/ Une décennie de transformation dans le spectacle vivant

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L’Avenir d’une crise/Une Décennie de transformation dans le spectacle vivant par Martial Poirson et Emmanuel Wallon, article publié dans la Revue d’Histoire du Théâtre n° 267

 «On a l’impression que beaucoup d’hommes et de femmes des métiers artistiques sont traités, comme s’ils étaient en trop dans la société», écrivait Jack Ralite dans une Lettre ouverte au président François Hollande le 13 février 2014  (à lire dans Le Théâtre du Blog) et que 157 personnalités des milieux culturels cosignèrent. Martial Poirson et Emmanuel Wallon, chercheurs en politique et socio-économie des arts, de la culture et de la création, dressent dans La Revue d’Histoire du Théâtre, un état des lieux des métiers théâtraux, sous un angle socio-économique mais aussi esthétique.
Créée en 1948, cette précieuse publication trimestrielle aborde de nombreuses thématiques et transmet l’histoire des arts du spectacle, du Moyen Âge à nos jours. Elle émane de la Société d’Histoire du Théâtre, créée en 1932 par un petit groupe de professeurs, érudits, collectionneurs et hommes de théâtre : Ferdinand Brunot, Léon Chancerel, Jacques Copeau, Max Fuchs, Félix Gaiffe, Madeleine Horn-Monval et Jacques-Gabriel Prod’homme.
Cette Société perdure vaille que vaille, grâce à sa directrice Rose-Marie Maudouès, et dispose aujourd’hui d’un spacieux centre de ressources, en face de la Bibliothèque Nationale Richelieu; ouvert au public, il donne accès à de nombreux livres, revues, catalogues… Depuis 2013, à côté de son édition papier, sa revue peut aussi être lue en ligne. En annexe, ce n°267: L’Injouable au Théâtre offre une tribune à Martial Poirson et Emmanuel Wallon qui citent donc Jack Ralite, ancien ministre communiste de la Santé sous Pierre Mauroy,  qui ne dissociait pas dans sa Lettre ouverte, «le manque de moyens dans le domaine de la culture et le déficit de reconnaissance du travail humain».

Les chercheurs opposent ces idées humanistes, à la vision gestionnaire d’un François Hollande exprimée au festival d’Avignon 2012, et ils mettent l’accent sur le fait qu’il considère la création artistique comme levier de croissance, source de retombées économiques mais aussi de profits en termes de prestige et de «rayonnement».
 Cette posture risque en effet d’aiguiser «les appétits d’un capitalisme soucieux d’arraisonner la culture à l’économie marchande en développant le luxe, le tourisme, les industries créatives ou de divertissement. Et à long terme, de faire perdre de vue la nécessité anthropologique d’une dépense improductive, tributaire du besoin d’imagination qui habite toute société humaine. »
De plus, faire valoir « la rentabilité de la culture » est, selon Martial Poirson et Emmanuel Wallon, un piège où les professionnels du spectacle peuvent tomber: il n’est pas certain en effet que cette prétendue rentabilité les immunise. En effet,  évaluer la politique de soutien au spectacle, à l’aune de trois objectifs : élargissement des publics, diversité de la création artistique, développement de l’emploi local, et aide à l’attractivité des territoires, pervertit, à terme, l’idée même de liberté de création.
Enfin, les deux chercheurs montrent qu’ainsi «tiraillé entre ses désirs contrariés de liberté et les réalités d’une servitude volontaire, le milieu théâtral se retrouve à la croisée de logiques d’indépendance et d’aliénation. » À l’inquiétude légitime, dûe aux coûts en hausse et aux aides en berne, se joint une anxiété relative quant à la reconnaissance du talent et de l’expérience, mise à mal par les logiques comptables, mais aussi à cause d’une rhétorique empruntée à l’univers du management.
De plus, les médias surexposent les uns et frappent les autres d’invisibilité. Pour ne pas indisposer les chantres du paritarisme (qui sont aussi les principaux gestionnaires des caisses d’assurance-chômage!), les gouvernements successifs ajournent sans cesse,  depuis le conflit de 2003, (voire depuis le rapport du metteur en scène Jean-Pierre Vincent en 1992!) la refonte du régime particulier des intermittents ! Au risque de s’exposer toujours plus aux exigences d’un MEDEF, auquel les paroles d’amour du Premier ministre envers les entreprises ont fait perdre ses derniers complexes.

Au-delà des exigences statutaires, il faut s’armer, disent Martial Poirson et Emmanuel Wallon, contre la rémanence des images sociales, dont celle de l’artiste «parasite». Les modes de production ont changé et leur mutualisation va souvent de pair avec les métissages artistiques. L’autorité du chef de troupe perdure dans maintes compagnies, malgré le refus de la hiérarchie dans les « collectifs », mais celle du metteur en scène est souvent contestée par les jeunes acteurs: d’abord dans les mises en scène où comédiens, danseurs ou circassiens apportent leurs propres idées, ensuite, pendant le spectacle, avec des adresses au public, voire une invite à investir le plateau, au nom de l’effacement du quatrième mur, ou d’un certain militantisme.
Pour se faire entendre des pouvoirs publics, convaincus que les artistes savent surtout se plaindre, il faudrait que ceux-ci mettent autant d’audace à avancer des solutions qu’à inventer des formes. En effet, rien n’est plus difficile à négocier pour les instances professionnelles (syndicats, etc.) que le passage d’une logique revendicatrice à une démarche de projet, car elles redoutent d’affaiblir leurs défenses dans un contexte d’économies… Cet article nous renvoie au cœur de nos questions sur les changements progressifs mais inévitables des métiers du spectacle, et sur leur avenir.

 Mireille Davidovici

 http://www.sht.asso.fr/revue_histoire_theatre_numerique

Société d’Histoire du Théâtre, 58 rue Richelieu 75084 PARIS Cedex 02 ; info@sht.asso.fr T: 01 42 60 27 05.

 

Entretien avec Dominique Bluzet

Entretien avec  Dominique Bluzet

 Dominique Bluzet Agnes_Mellon- Vous êtes maintenant, après un long parcours dans le métier, à la tête d’une grosse boutique, unique en France, que l’on pourrait assimiler à une sorte de maison de la Culture : le Théâtre du Jeu de Paume et le Grand Théâtre de Provence à Aix, et le Théâtre du Gymnase et celui des Bernardines à Marseille?  Ce n’est pas un hasard…

 -Non, bien sûr, j’ai d’abord été acteur, puis j’ai préféré « fabriquer » du théâtre plutôt que d’en jouer (c’était, du moins pour moi, assez restrictif). Et, à 23 ans, je suis devenu le plus jeune directeur de théâtre en France, celui du petit théâtre Essaïon à Paris!
 Puis, en 1985, j’ai fait des mises en scène d’opéra, d’abord au Châtelet avec Stéphane Lissner, puis  un peu partout en France. Et j’ai ensuite travaillé avec l’architecte Patrick Bouchain, sur la célébration de la bataille de Valmy puis sur le quarantième anniversaire de de la Déclaration des droits de l’homme, avec François Mitterrand.
  Et, en 1993, Robert Vigouroux, maire de Marseille, m’a alors proposé de diriger le Théâtre du Gymnase. Je ne connaissais pas la ville mais j’avais envie de ne plus être à Paris, et de repartir à zéro, loin des schémas établis de la capitale.
Mais que fait-on d’un théâtre quand on peut y être vingt-quatre heures sur vingt-quatre, si on veut ? Après Marcel Maréchal de 75 à 81, le lieu avait été fermé, et grâce au mécène américain Armand Hammer, avait été restauré et rouvert en 86 par Patrick Bourgeois qui l’avait laissé en faillite. On appelait le Gymnase, la Comédie-Francaise provençale: il recevait en effet la Comédie-Française et des spectacles de tournée!
Je suis arrivé en 90 avec Jacques Baillon qui est parti après trois ans, et je suis resté seul et…très heureux. 
  Il n’y avait plus d’argent, plus de public, plus d’équipe, etc. Marcel Maréchal était en pleine gloire au Théâtre de la Criée, Roland Petit dirigeait la Ballet de Marseille. Et la ville n’avait donc rien de très créatif… Aucune grande compagnie ne venait à Marseille : Marcel Maréchal  ne voulait pas d’ombre…
J’ai donc décidé que le théâtre serait une terre d’accueil pour l’Odéon de Paris, le Théâtre des Amandiers de Nanterre, etc. et j’ai fait venir les spectacles de Bernard Sobel, Georges Lavaudant ou Patrice Chéreau mais aussi ceux de Bartabas sous un chapiteau. Et hors de l’emprise de l’Etat.
En 1996, la ville d’Aix-en-Provence m’a demandé de réhabiliter son Théâtre du Jeu de Paume, un beau bijou architectural du XVIIIe siècle. Mais question: a
-t-on le droit de vivre quand on n’a pas avec soi le mot: « national » ?
Jack Lang et François Mitterrand avaient pensé que les grandes institutions du type Comédie-Française, Opéra de Paris ne pouvaient représenter seuls le champ de la culture française, qu’il fallait l’ouvrir au rock, à la photo, au cirque, à la BD ou à la danse contemporaine. Ce qui, à l’époque, était révolutionnaire.

Aujourd’hui, contrairement à ce qu’ils avaient rêvé, les moyens financiers restent concentrés sur la région parisienne, avec de grandes maisons-vitrines de la Culture comme la Philharmonie imaginée par Jean Nouvel, etc. C’est très bien pour Paris et… moins bien pour le reste de la France. En trente ans, nos rêves ont été gommés, et la gauche porte la lourde responsabilité d’avoir créé une certaine aristocratie culturelle.

– Mais ce jacobinisme n’est quand même pas dû à la seule gauche ?

-Non, sans doute, mais souvenez-vous de ce premier renoncement : le candidat Lionel Jospin avait proposé son programme culturel au Théâtre Edouard VII aux côtés de Bernard Murat et semblait donc prendre ses distances avec la notion de service public… Et la première chose qu’a faite Cécile Duflot, une fois nommée ministre de l’Écologie: distribuer des Légions d’Honneur. Comme si la gauche s’était moulée avec beaucoup d’aisance dans les institutions et les ors de la République.
Jack Lang avait dit que le Ministère de la Culture serait celui de la Maison des artistes mais qui, en fait, est devenu celui des comptables et de la norme, des dossiers et des chiffres!
 
– Vous êtes maintenant à la tête d’un grand ensemble culturel qui, avec quelque 200 emplois, génère plus de 4 millions d’euros de recettes propres, et  rassemble chaque saison, plus de 200.000 spectateurs dont 20.000 abonnés. Quelles sont vos relations avec la puissance étatique ?

-Pas mauvaises mais à titre individuel: ses hommes et ses femmes ne sont pas plus responsables que nous, qui avons eu très jeunes, de vrais moyens et qui n’avons pas eu envie de les lâcher au profit des générations montantes. Plein de vieux, notre profession ! Les spectateurs ont souvent l’âge des acteurs et dans les bureaux, ce n’est guère mieux!
J’explique souvent, que, dans les années 90, les jeunes femmes prenaient pour elles et leurs proches amies quelque 70% des abonnements; une des raisons ? Elles voulaient voir en chair et en os de beaux acteurs comme Bernard Giraudeau ou Francis Huster qui n’hésitaient pas à partir six mois en tournée pour se faire un public !

Et Charles Aznavour dans les années soixante, chantait trente soirs de suite au Gymnase ! Et remplissait beaucoup plus qu’à l’Olympia à Paris : toute la communauté arménienne était là. On s’y fabriquait un public…
  A l’heure actuelle, tout a changé: les acteurs de cinéma connus, de trente ans, n’ont pas envie de quitter Paris quand ils y ont du succès et préfèrent jouer dans de grandes salles. Ce lien avec le public a disparu et c’est aussi par notre faute. Comme en politique, nous avons perdu nos marqueurs idéologiques ! Des militants comme Laurent Terzieff, il n’y en a plus !
Nous n’avions pas alors le même rapport à l’argent : tout le monde se foutait de savoir ce que gagnait le couple Renaud-Barrault… et si l’on gagnait bien sa vie, on considérait que c’était très bien. L’argent n’était un marqueur, ni dans un sens ni dans l’autre.
Aujourd’hui, on vous stigmatise quand vous en gagnez trop  mais aussi quand vous vous mettez dans une situation inconfortable où on n’en gagne pas assez.
En fait, nous n’avons pas su, à un moment donné, aller chercher chez les générations montantes, ceux qui pouvaient savoir parler à un public plus jeune. Nous avions intégré l’idée que le public ne constituait pas forcément un facteur de réussite. Combien de fois ai-je entendu : «Votre Gymnase est plein parce qu’on y fait de la merde ! », ou «Quand un théâtre fait des choses intéressantes, il faut aussi accepter l’idée qu’il soit presque vide !» Cette idée a plombé beaucoup de choses et, en particulier, le renouvellement du public. Nous avons le plus souvent affaire à des gens qui ont du temps!
Nous vivons maintenant ce que la musique classique a vécu dans les années 60: la disparition d’un public adolescent. Alors qu’un Djamel Debbouze, lui, sait toucher les jeunes et a des salles bourrées, même quand les places ne sont pas données. Des pays comme le Canada, eux, se sont mieux débrouillés avec, par exemple, un Festival du rire rassemblant plein de jeunes qui, en fait, attendent souvent d’un spectacle qu’on leur raconte une histoire, ce que le théâtre actuel ne sait plus vraiment faire.

– Pour vous, cette politique de l’offre, un peu simpliste, correspond à l’idée que, si les gens sont intelligents, ils doivent venir au théâtre…

 -Exactement, et avec un corollaire: «S’ils ne viennent pas, ce sont des cons ! » Quelle naïveté ! J’ai fondé un festival de musique classique avec Renaud Capuçon qui dit une chose intelligente : «A un concert, quand des gens applaudissent entre les mouvements, les minets de la musique classique sont outrés de beaufitude. Formidable! cela prouve que ces gens ne connaissent pas les codes, et sont donc de nouveaux spectateurs ».
Nous, on nous a expliqué pendant des années qu’il fallait former le public. Quelle connerie ! Cela veut dire qu’avec cette conception, nous allions avoir un public formaté.
Aujourd’hui, voilà ce qui compte à mes yeux: comment le théâtre peut-il encore surprendre, proposer une aventure et faire découvrir à des gens quelque chose qu’ils ne connaissent pas ? Sinon, on finira, bien entendu, par avoir toujours le même type de public…
  Que faire ? On ne va pas rester dans un état dépressif à bouffer du lexo ! Comment opérer un changement radical ? On en revient à l’idée que le théâtre peut être politique, mais à un endroit différent… Pourquoi en fait-on? Auparavant, le rapport du politique au théâtre était celui du verbe au spectateur (Brecht, etc.) et une grande partie du public venait par le biais des comités d’entreprise, eux-mêmes dépendant de la C.G.T.  pour laquelle la classe ouvrière devait s’approprier les moyens culturels pour prendre demain le pouvoir politique

-Cela correspondait en gros aux schémas de pensée de ce qu’on a appelé longtemps la décentralisation ?

-Tout à fait, mais il n’y a plus de militants de cette sorte et il nous faut donc bien déplacer le curseur du politique vers un autre endroit, pour que les gens aient envie de se retrouver ensemble dans une agora. Nous nous sommes lancés dans une aventure à l’échelle d’un territoire : Aix et Marseille, pour réenchanter auprès des habitants l’idée qu’ils se font du théâtre.
Nous ressemblons donc à une sorte d’agence de voyage imaginaire où nous programmons du jazz  mais aussi des pièces avec de grands acteurs comme Pierre Arditi, des concerts de musique classique, du cirque ou des spectacles pour jeune public.
 Chez nous, il n’y a pas d’abonnement par genre mais pour une programmation de saison. Je veux juste offrir au public ce qu’il a envie de voir, et qui peut être différent pour lui d’un moment à l’autre. Et rire n’est pas ici un gros mot: on va donc lui offrir cette opportunité.
Mais on fait aussi tout un travail  avec de jeunes créateurs : c’est essentiel pour une structure comme la nôtre; nous ne voulons absolument pas revendiquer le titre d’institution mais pouvoir avec un outil protéiforme répondre à différentes attentes et esthétiques, et proposer un plateau à des artistes qui ont un projet solide. On ne va pas dire: tiens, on va mettre untel qui est peu connu, au petit théâtre des Bernardines ;  non pas du tout, j’y programme aussi Nathalie Dessay !

 « Il ne faut pas donner aux gens ce qu’ils ont envie de voir ou ce qu’il aiment, disait Jérôme Savary, mais ce qu’ils pourraient aimer.» On n’est pas sur un site de rencontres mais à un endroit où on ne sait pas de quoi sera fait demain sera fait. Entrer dans une salle de théâtre, c’est être impatient de ce que l’on va voir et mieux vaut y aller, non par peur mais par désir. 
Êtes-vous capables, vous, artistes, de susciter ce désir ? Voilà la vraie question. On s’est tellement ennuyé  dans les salles, et c’est encore politiquement incorrect de formuler cette pensée ! Notre profession a inventé  tant de Tartuffes !  Quand je discute avec des metteurs en scène ou des directeurs de structure, je suis étonné de voir qu’un grand nombre regarde des séries à la télé. Mais ils ont moins d’enthousiasme pour parler des derniers spectacles qu’ils ont vus !
Je ne veux pas d’un théâtre qui soit contraint mais qui fasse l’objet d’un choix. A la place qui est la mienne, comment puis-je redonner l’envie de ce choix. Notre espace est aussi celui d’un territoire, d’un quartier. Comment y créer un totem culturel ? On a occupé un ancien resto pour en faire un bar, et on va transformer un vieil hôtel pour le transformer en résidence d’artistes. Quand, dans les années 90, je l’ai dit, les abonnements étaient pris surtout par des groupes de femmes, la notion d’apéro entre elles n’existait pas, maintenant si. Le café sur le coup de 19h  est maintenant devenu un endroit féminin. Il faut tenir compte de tout cela. Comment réenchanter le fait d’aller au théâtre et toucher le public de façon différente ? Cela passe par plein de paramètres, dont les nouveaux outils de communication (tablettes, portables, etc.)

– Vous  croyez finalement plus aux moyens technologiques qu’au bouche à oreille ?

 - Non, mais dites vous bien qu’ici, nous ne sommes pas à Paris avec son bassin de population de quelque huit millions d’habitants. Nous n’avons pas beaucoup de trentenaires qui sortent. En province, ils ont tendance à partir pour  avoir des boulots plus créatifs.
Les autres, très souvent mariés, deux enfants, ont une qualité de vie formidable. Mais il n’y a pas cette solitude des trentenaires qui, à Paris, du coup, les pousse à sortir en bande pour aller au spectacle. 
Nous devons donc créer des possibilités de retrouvailles, innover et inventer des opérations pour toucher différents segments de public, et le théâtre est un de ces lieux où on peut lutter contre la solitude, y compris celles des personnes âgées. Nous avons créé un binôme de places, avec réduction pour un jeune qui en accompagne une. 
Et comme ici, les transports en commun ne fonctionnent pas bien, du coup, on a mis en place des covoiturages entre voisins.  Comme susciter du lien social en inventant aussi une vie autour du théâtre? Comment recrée-t-on une communauté de spectateurs de générations différentes ? C’est bien là l’enjeu pour nous.  Diriger plusieurs lieux, ce n’est pas un cumul de mandats (je ne suis pas payé davantage !) mais je voudrais créer une offre la plus large possible qui permette à des gens de se rencontrer autrement.
 Aller dîner chez des amis à Marseille ou à Aix, cela veut dire quarante minutes de bagnole mais,  si on se retrouve ensemble pour aller voir un spectacle me parait plus ludique.Et en face du Grand Théâtre de Provence, il y a un parc de stationnement à deux euros le soir. Quand nous programmons de la musique ou de la danse classiques, ou du cirque, on s’aperçoit  alors que les déplacements de notre public d’une ville à l’autre sont très importants (plus de 60%)…
 
– Tout cela me paraît participer d’un projet politique, au meilleur sens du terme, appliqué au domaine du spectacle ?
 
– Soyons clairs : nous devons justifier aujourd’hui cette mission de service public! Faire du théâtre, oui, mais pour qui, avec qui et comment ?  Et plutôt que se poser encore et toujours le rapport au plateau, posons nous celui du rapport à la cité… Comment recréer une circulation entre deux théâtres situés à 150 m de distance, celui du Gymnase, et celui de l’Odéon ?  Comment reprendre des fonds de commerce en déshérence pour en  faire des sites culturels ? Comment donner une identité forte à un quartier, un peu comme là où les New Yorkais ont Broadway, les Londoniens, le West End, les Parisiens d’autrefois, les grands boulevards ? Comment faire de ce territoire vivant, un emblème du spectacle, là où il y a la fac de droit, le lycée Thiers, le conservatoire de région, trois théâtres, deux librairies et plusieurs résidences étudiantes : bref, comment allons-nous en faire un symbole de cette idée : échanger des savoirs est un plaisir.
  Par exemple, créer des événements comme cette chasse aux œufs à Pâques pour que les enfants s’approprient tous ces lieux de culture, comme le lycée Thiers, où Marcel Pagnol fut élève, et où le dimanche, le carillon Pagnol sonne à chaque heure de façon spéciale. Resacraliser une entrée sur une scène ou dans la cour d’un lycée, cela n’a rien d’un acte anodin…
  Le  Gymnase, le plus vieux théâtre de Marseille (1802), est en effet un théâtre de la mémoire et beaucoup y sont venus avec leurs parents, avec leurs grands-parents. Dans les années cinquante, des médecins profs à la fac (et musiciens) venaient accompagner des vedettes en tournée comme entres autres Chuck Berry, et toutes les générations s’y retrouvaient.
 Comment restaurer cela ? On n’est pas dans la nostalgie et nous ne  devons pas baisser les bras mais au contraire, inventer le nouveau centre de demain pour que ses habitants aient la fierté d’y habiter.

Théâtre du Gymnase, Marseille, 5 février 2016.

Philippe du Vignal


Le Théâtre de la Cité internationale, quel avenir ?

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Le Théâtre de la Cité internationale, quel avenir ?

 Depuis que Pascale Henrot en a quitté la direction, en mai 2014 déjà (le Théâtre de la Cité internationale avait cette année-là proposé vingt spectacles et quatre festivals, avec, au total, 196 représentations et 327.000 billets) pour prendre les rênes de l’Office National de Diffusion Artistique, le théâtre navigue à vue…
Avec un budget sérieusement amputé et un bilan mitigé : fréquentation en baisse, (les étudiants, même ceux de la Cité Universitaire fréquentent assez peu ce théâtre), ligne artistique et programmation assez floues, loin d’un véritable travail de fond.

La Fondation nationale de la Cité internationale universitaire a décidé de couper sa subvention de moitié. Avec 880.000 euros par an, c’était l’un de ses principaux partenaires, après le ministère de la Culture/ DRAC Île-de-France (1.230.000 euros) et la Ville de Paris (240.000 euros). Avec trois salles : 428, 207 et 140 places, le lieu a continué à vivre mais avec une direction par intérim, et un directeur artistique en contrat à durée déterminée…
«Resté longtemps muet sur l’avenir de ce théâtre qui défend les arts de la scènes toutes disciplines confondues et surtout la jeune création, dit Stéphane Gronard, délégué du personnel, le ministère de la Culture a entretenu une inquiétude parmi les vingt-neuf salariés. » Malgré une pétition signée par plus de sept mille personnes, ils n’ont obtenu, pendant de long mois, aucune réponse des financeurs.
Aujourd’hui, la situation semble  se débloquer mais huit emplois seraient de toute façon menacés avec un plan de départ volontaire et plusieurs contrats à durée déterminée non renouvelés… »
Les fusions étant à la mode, il a été question, dans un premier temps, d’un rapprochement du Théâtre avec l’Ecole supérieure d’art dramatique de Paris. Mais pourquoi, comment et à quel horizon, le flou artistique reste total.
Une délégation du personnel a été reçue par la Direction Générale de la Création Artistique au Ministère de la Culture, suite au préavis de grève lancé par l’équipe du Théâtre le 12 février. Après cette entrevue, elle a voté en majorité pour la grève, mais, afin de ne pas pénaliser les jeunes compagnies programmées dans le cadre de l’opération JT16, a décidé que cette grève ne serait pas effective.
Les discussions avec les tutelles concernant l’avenir continuent mais l’équipe n’estime pas satisfaisantes les réponses apportées. Elle s’est réservé la possibilité de reporter ce préavis de grève et reste très vigilante : quelles solutions le Ministère entend-il trouver pour maintenir l’activité du Théâtre pendant la période de transition, avant la mise en place d’un nouveau projet ? 
La nouvelle ministre de la Culture, Audrey Azoulay a maintenant constitué son cabinet, on peut donc  espérer en savoir plus assez vite. Une certaine cohérence serait en tout cas la bienvenue, (ce qui n’a pas souvent été le cas à la Direction Générale de la Création Artistique), surtout à un moment où il faudra confirmer ou nommer les directeurs de grandes structures comme Chaillot ou la Colline…

 Mireille Davidovici  et Philippe du Vignal

 

Collectif: Ni guerres ni état de guerre

Notre ami, le critique et écrivain René Gaudy nous a demandé de publier ce texte fondateur du collectif  Ni guerres ni état de guerre, ce que nous faisons bien volontiers. Comme tous les textes généreux, il n’a évidemment pas la prétention de régler les problèmes politiques qui agitent les nations dites civilisées mais il peut agir comme une très utile piqûre de rappel à l’heure où notre pays (par ailleurs l’un des premiers fabricants d’armes au monde!) est engagé dans plusieurs interventions militaires importantes… Et s’il fait prendre conscience que chez nous, dans les plus petits des hameaux de la douce France, une simple conversation sur nos chers téléphones portables ou sur nos ordinateurs, dépend de métaux suffisamment rares et coûteux pour leur fabrication par de très puissants trusts européens prêts à financer des dictatures et des achats d’armes, ce ne sera déjà pas si négligeable…

Ph. du V.

 La France était en guerre bien avant les attentats du 13 novembre, lesquels ont largement servi de prétexte à intensifier ces engagements militaires. Les guerres de pillage pour le contrôle des ressources n’ont pas manqué depuis le début des années 2000, en Irak, en Afghanistan, en Libye, au Mali, en Centrafrique. Ces conflits doivent être désignés par leur nom : ce sont des guerres d’ingérence impérialiste. La France n’a aucun «rôle positif» dans ces interventions, malgré ses prétentions puisées à l’ancien répertoire colonial. Les interventions militaires que mène l’État français sont très largement invisibles dans les médias. Le peu qui en est dit impose un consentement, au nom d’une logique sécuritaire, avec ou sans habillage humanitaire ; le discours belliciste entend anesthésier et tétaniser la population. Pourtant, comment ne pas rappeler les désastres que sèment ces guerres, les millions de morts, de blessés et de déplacés, la misère, le désespoir jetant les populations sur les routes, tandis que s’enrichissent les profiteurs de guerre, les multinationales vendeuses d’armes -la France tenant en la matière le quatrième rang mondial-. Ce sont aussi des dépenses colossales, qui détournent l’argent public de dépenses sociales, culturelles et écologiques vitales. De surcroît, l’État qui mène ces guerres, en pompier pyromane, nous entraîne dans une spirale infernale, ayant pour effet de renforcer la haine qui débouchera sur d’autres attentats. Les avions Rafale tuent des civils aussi innocents que ceux du Bataclan. Ces bombardements sont des bombes à retardement. La guerre devient désormais un moyen de gouverner, et de gouverner par la peur. L’état de guerre proclamé justifie la privation croissante des libertés et des mesures directement inspirées de l’extrême droite comme la déchéance de nationalité. Cette situation, d’une extrême gravité, passe pourtant pour une évidence dans le discours politique dominant, comme s’il s’agissait de banaliser la guerre et de nous habituer à cet état martial et sécuritaire. Car l’état d’urgence vise à museler les colères et les luttes : cette guerre est aussi une guerre sociale. la-fille-c3a0-la-fleurNous nous opposons aux guerres d’ingérence et de spoliation, donc à tous les impérialismes. Mais nous sommes en France et c’est donc en France que nous pouvons nous battre en priorité contre «notre» propre impérialisme. Nous pouvons le faire concrètement, sans abstraction ni proclamation: parce que les questions géopolitiques qui se jouent parfois à des milliers de kilomètres ont des résonances fortes, ici, dans nos quartiers. C’est pour cela que la lutte de notre collectif passe par le combat contre le racisme antimusulman, contre les inégalités et les discriminations, le soutien aux migrants et aux sans-papiers, l’opposition aux mesures d’exception et au contrôle généralisé des populations qui ciblent en priorité les personnes musulmanes ou supposées telles, les quartiers populaires et les mouvements sociaux. Il nous faut donc nous organiser, riposter par une résistance à la hauteur de ce que nous subissons, à la hauteur des guerres qui se font contre les populations, contre nous et en notre nom. C’est pourquoi, nous avons décidé de lancer un Collectif contre la guerre qui: • exige l’arrêt immédiat des interventions militaires françaises, le retrait des bases militaires, la fin des traités et alliances (OTAN…) • dénonce le marché des ventes d’armes qui irrigue entre autres les pires dictatures • combat la militarisation de la société, le quadrillage des territoires et des esprits par le complexe militaro-sécuritaire • soutient le droit à l’autodétermination des peuples, apporte sa solidarité aux forces de résistance et d’émancipation. Nous voulons élargir ce comité, nationalement et localement, à toutes les organisations et toutes les personnes qui se retrouvent dans ce combat.

Pour tout contact et signature : antiguerre16@gmail.com

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