Appel à danser par Nadia Vadori-Gauthier

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© Nadia Vadori-Gauthier

Appel à danser de Nadia Vadori-Gauthier

La chorégraphe, à l’origine d’Une Minute de danse par jour, un pari qu’elle tient depuis 2014, nous appelle à danser une minute et à diffuser notre performance filmée sur Facebook ou Instagram, comme lors du premier confinement (voir Le Théâtre du blog). Cette fois, elle s’adresse aux «professionnels de la Culture, pour défendre la dimension éthique et collective, de l’art, impliquant par nature des rapports de réciprocité et de résonance basés sur un partage des sensibilités. »

Une action présentée comme un manifeste affirmant la nécessité d’interagir et de s’engager pour l’art.  On pourra ainsi rejoindre plus de cent personnes, beaucoup de danseurs et chorégraphes comme Mourad Merzouki et son équipe, Sylvain Groud… Mais aussi le photographe Tadzio, la musicienne Isabelle Duthoit, Camille Enault, directeur technique adjoint au Théâtre National de Chaillot, Anne de Amezaga, productrice de théâtre, Laurent Auzet, musicien et metteur en scène. Des comédiens: Hervé Pierre de la Comédie-Française en camisole verte, Lucas Hérault qui fait partie de l’Académie de la Comédie-Française, dansant face à la mer. Et nombre d’autres…

Une petite visite s’impose. Chacun y va de sa petite chorégraphie en musique. Il est bien sympathique de retrouver ainsi ceux que l’on connaît, et découvrir d’autres personnalités… Une bouffée d’air qui donne envie d’entrer, nous aussi dans la danse!  Mode d’emploi : se filmer une minute environ avec une caméra ou un smartphone, seul, à deux ou en équipe, avec ou sans musique, en plan horizontal.
Pour partager cette chorégraphie, trois options: l’envoyer à: uneminutededanseparjour@gmail.com Ou sur la page Facebook en titrant votre vidéo: Une minute de danse pour l’art et la culture ou encore la poster sur Instagram en titrant votre vidéo : Une minute de danse pour l’art et la culture @oneminuteofdanceaday

Mireille Davidovici

https://www.facebook.com/uneminutededanseparjour/
instagram@oneminuteofdanceaday.


Archives pour la catégorie actualites

Livres et revues:

 

Livres et revues

Journal intime de Richard Burton, traduction d’Alexis Vincent et Mirabelle Ordinaire

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Ce livre a été publié en anglais en 2012. Richard Burton (1925-1984) est né Jenkins.  Burton est le nom de son professeur d’anglais au lycée qui l’encouragea à faire du théâtre. Il tint  ce Journal de quatorze ans jusqu’à à pratiquement la fin de sa vie, avec des interruptions; sans doute aussi  en effet y-a-t-il eu des cahiers ou des feuillets tapés à la machine qui furent perdus. Et ces presque six cent pages couvrent seulement les années soixante, celles qu’il partagea avec la vedette hollywoodienne Liz Taylor ( 1932-2011)cdont il fit la connaissance lors du tournage de Cléopâtre (1963) à Cinecittà. Elle jouait le rôle-titre; lui, Marc-Antoine et Rex Harrison, Jules César…

On abordera la lecture du journal chronologiquement, en suivant la table des matières, ou bien en picorant dans l’index. Un Gotha impressionnant mais où Carol Reed est classé à Carol: et non à : Reed, son patronyme… Le grand acteur y avoue son penchant pour la dive bouteille: «En parlant de boisson, Michel Jazy vient de remporter le record mondial du 1.500 mètres à la nage et d’après Le Figaro, il boit un quart de vin rouge par jour!» Mais il n’insiste pas sur les conséquences de l’abus de boisson: tensions, empoignades, séparations suivies de réconciliations avec celle qui devint sa seconde épouse… Ce qui rendit sans doute encore plus crédible le couple qu’ils jouaient dans La Mégère apprivoisée de William Shakespeare de un film de Franco Zefirelli (1967) et dans une adaptation de Qui a peur de Virginia Woolf d’Edward Albee, réalisée par Mike Nikols (1966)…

Il profite sans culpabilité de la fortune et de la gloire que cette association lui procure : un don du ciel fait à ce fils de mineur gallois. «J’ai établi qu’avec une chance raisonnable, nous serions fin 1969, riches de douze millions de dollars à nous deux. Environ trois millions pour le moment en diamants, émeraudes, biens immobiliers, tableaux de Van Gogh, Picasso, Monet, Utrillo… Notre revenu annuel tournera donc autour d’un million de dollars. S’il plaît à Dieu et sans guerre ni krach comme en 1929 ! »

Et l’acteur montre un talent de portraitiste : son goût pour la littérature et la poésie ne font pas de doute et les références qu’il donne, paraissent convaincantes.  Il a un bon sens de l’humour quand il égratigne un comédien mais ce n’est jamais bien méchant… Il fait partie de la confrérie de ceux qui sont passés par le théâtre shakespearien et fit ses premières armes à l’Old Vic à Londres. Il admirait Rex Harrison pour son élégance : « Il a essayé (mon manteau en vison) et j’ai eu quelques difficultés à le lui faire ôter. Il lui va superbement bien, évidemment. Il porte les vêtements comme seul, un porte-manteau peut le faire. » Il est un  peu plus sévère avec Warren Beatty : «Il ne transmet pas ce sentiment d’énergie vibrante comme Rex, ni de dynamisme léthargique comme Marlon. »

Nommé plusieurs fois aux Oscars, il évalue sa situation : «Ma seule chance : je suis lié à l’équipe Kennedy-Adlai Stevenson et je suis une «colombe». John Wayne, lui, est un « faucon » républicain, membre de la John Birch Society.» Mais ce dernier remportera la statuette cette année-là… Richard Burton ne semble pas apprécier la télévision où il  travailla dans les années cinquante : « Je suis toujours snob au sujet de ce média. Dieu merci, je peux me permettre de l’être, mais, pour moi, il reste le plus bas de gamme et le plus vulgaire des médias pour les arts du spectacle. » Richard Burton  a joué avec Romy Schneider, en particulier avec elle et Alain Delon dans L’Assassinat de Trotski (1972), un  film de Joseph Losey. Mais il sait ce couple dangereux pour celui qu’il forme avec Liz Taylor. Alain Delon peut lui ravir sa femme et la comédienne allemande est aussi une séductrice…

Burton réfléchit à son jeu: «Je peux être fasciné par une idée, mais la réaliser m’ennuie. Je crois qu’à cause de ça, quand, par exemple, j’explique le génie particulier de certains acteurs, j’imite ce que je pense qu’ils auraient dû faire, plutôt que ce qu’ils ont réellement fait. Je suis un meilleur apologiste de Gielgud, Swinley, Ainley, Scofield ou Brando, qu’ils ne le sont eux-mêmes. » Il a dû estomper son accent natal pour la scène puis pour le cinéma. Et ce qu’il dit du phrasé des speakers de la B.B.C. est juste et sensible : «Les accents précis et excessivement onctueux, le bruit des parasites est ce que je préfère et donne l’impression que les voix sont portées par-dessus la mer, les fermes et les Alpes par un vent incertain et solitaire. » Sur Shakespeare, il note : « Ai lu hier soir le premier acte de Beaucoup de bruit pour rien avant d’éteindre la lumière. Délicieux. Il faut que je lise William, plus souvent, au lieu de me contenter de le citer. On tire une satisfaction particulière de voir, sur la page, les mots défier toute mortalité. »

Nicolas Villodre

Journal intime de Richard Burton vient de paraître aux éditions Séguier, Paris. 592 pages. 24,90 €.

Jeu,revue de théâtre n° 175

 Ce numéro de rentrée, sous la direction de Raymond Bertin et Sophie Pouliot, s’ouvre avec Nouvelle Décennie, un dossier rigoureux et bien documenté où les auteurs essayent de voir ce que nous réservent les dix prochaines années dans le théâtre contemporain quant au jeu des acteurs et chez les auteurs, metteurs en scène, concepteurs lumière et  créateurs de costumes.

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A lire aussi entre autres, un entretien avec des représentantes de la jeune génération de metteuses en scène québécoises comme Alexia Bürger, Solène Paré, Alix Dufresne et Marie-Ève Milot. Elles ont une approche différente du plateau. Solène Paré a envie de monter un texte quand il recèle un mystère ou qu’il lui procure un certain effroi :«J’ai alors l’impression que je dois percer des dimensions irrésolues de la pièce ou trouver pourquoi elle me fait sentir une telle émotion.» Alexia Bürger d’abord comédienne, a ensuite mis en scène notamment Barbelés d’Annick Lefebvre au Théâtre de la Colline. Puis 21 de Rachel  Graton à Montréal. Pour elle, texte et mis en scène sont indissociables : « J’aime quand ces deux formes d’écriture dialoguent dès le départ et s’éclairent sans arrêt. »

 Il y a aussi un riche article de Raymond Bertin Les Directions artistiques en mouvement. C’est apparemment un problème aussi épineux au Québec qu’en France, où les tenants d’un poste ont aussi tendance à s’accrocher, même après une bonne dizaine d’années. Au détriment bien sûr des jeunes générations qui piaffent d’impatience  et voudraient bien aux aussi diriger un lieu. «Le plus dur dans ce métier, disait Antoine Vitez, est de parvenir à entrer dans la forteresse! » Bien vu. Suivent de courts portraits de douze jeunes créateurs dont sept sont des femmes et de quelques jeunes compagnies de théâtre et  de danse.

Un article sur Les Paradoxes du voyage par notre consœur Caroline Châtelet pose le problème des possibles dérives en France de ce qu’on appelle les « voyages de presse », c’est à dire aller voir un spectacle hors Paris tous frais payés. Que dire, quand on va parfois loin voir un En attendant Godot pas bien fameux sur lequel les critiques étaient malheureusement unanimes quant à la médiocrité de la mise en scène? Un confrère nous disait : « Oui, mais ils nous ont payé l’hôtel ! » Et alors,  comment faire autrement ? On n’allait pas passer la nuit dehors sous la lune près de la mer à attendre le premier TGV…  La seule et moins mauvaise solution : être juste sans être méchant et amer d’avoir perdu son temps pour aller voir un spectacle médiocre. Après tout, l’exigence n’a jamais tué aucun critique dont le rôle n’est jamais d’assurer la promotion d’un spectacle… Il y a des chargé(e)s de diffusion pour cela.

Égalementdans ce numéro, un papier sur la grande comédienne québécoise Andrée Lachapelle disparue l’an passé. Et un bon dossier sur les courants queer et néo-burlesque… “Le terme queer est englobant et peut qualifier toute personne se reconnaissant une différence de sexe ou de genre, ou se situant à l’intersection de diverses formes de minoration. C’est sa nature même : en ébranlant le bloc monolithique de la «normalité», la critique queer fait apparaître dans les fissures de nombreuses propositions relatives à la performativité du genre, qu’il s’agisse des personnes intersexes, asexuelles, polyamoureuses, demi-sexuelles, bi-spirituelles, non binaires, etc. Sortir de la dualité homme-femme traditionnelle conduit à une multiplicité des possibles. Cette fluidité trouve dans les arts un terreau fertile, surtout dans le contexte de la postmodernité qui, elle, déconstruit le sujet et l’objet artistique. »

Bref, un numéro de Jeu marquant comme toujours, mais riche et d’une grande acuité, avec une iconographie de tout premier ordre. »

Philippe du Vignal

En vente dans les librairies théâtrales en France.

 

 

 

La Comédie-Française continue!

La Comédie-Française continue!

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Toute la troupe se mobilise pour garder le lien avec son public et offre plusieurs programmes en ligne. «Dans la lignée de notre web TV, dit Eric Ruf, nous continuons! Et nous lançons Comédie d’automne : une programmation composée d’une émission hebdomadaire d’actualités en direct, de lectures et de créations théâtrales exclusives. » Quelle comédie réunit le lundi, en direct, à 19 heures, des invités autour du micro de Béline Dolat pour évoquer les actualités du Français et présenter la pièce de Théâtre à la table diffusée le samedi suivant. En fin d’émission, quelques minutes de la répétition qui ont été captées, en donnent un avant-goût.


Un programme au long cours nous attend du mardi au samedi en direct à 19 heures, avec l’intégrale d’A la recherche du temps perdu de Marcel Proust. A tour de rôle, les acteurs en lisent quelques pages pendant une cinquantaine de minutes. Entre sociétaires et pensionnaires, ils sont cinquante-cinq : de quoi couvrir ce récit-fleuve pendant encore plusieurs confinements… Stéphane Varupenne (le narrateur du spectacle de Christophe Honoré d’après Du côté de Guermantes) a ouvert le tir et on peut le réécouter comme Didier Sandre, Laurent Stocker, Rebecca Marder et les autres: chacun avec sa sensibilité nous fait entrer dans l’intimité de l’écrivain. C’est aussi une occasion de se familiariser avec les individualités de la Maison dans leur approche particulière de cette œuvre inépuisable. Et d’en avoir une version polyphonique.

Théâtre à la table, tous les samedi à 20 h 30, propose l’exploration d’une œuvre par une équipe de comédiens après six jours de travail à la table. « On découvre alors, dit Eric Ruf, le travail préalable aux répétitions en scène, où naissent premières trouvailles et envolées». Il a inauguré ce cycle avec Bajazet de Jean Racine ; suivra par Hervé Pierre Juste la fin du monde de Jean-Luc Lagarce…

Si on rate ces initiatives en direct, on peut toutes les retrouver sur le site du Français. «Ce confinement ne ressemble pas à l’autre, conclut Eric Ruf. La situation est différente aujourd’hui, nous travaillons, les spectateurs travaillent mais cette qualité-là du «ici et maintenant», la Comédie-Française souhaite la préserver avec, à nouveau, un projet de théâtre que nous n’aurions pas fait si, les uns et les autres, nous ne traversions pas cette époque si trouble et séparante. »

(A suivre)

Mireille Davidovici

 À voir en direct sur Facebook puis en « replay » sur YouTube et en « podcast » sur Soundcloud
samedi 21 novembre à 20h 30 Les Fausses cinfidences  de Marivaux directtion artistique Nicolas Lormeau.

 

 

Adieu Michel Robin

Adieu Michel Robin

Michel Robin au théâtre dans Les Méfaits du tabac, d’après Anton Tchekhov, en 2014 JACQUES DEMARTHON/AFP

Les Méfaits du tabac, d’après Anton Tchekhov, en 2014 Jacques Demarthon/AFP

Ce grand acteur aussi efficace que discret, est mort à quatre-vingt dix ans, des suites du covid-19… Il a beaucoup joué au théâtre,  d’abord chez Roger Planchon dès 1957, -notamment dans Georges Dandin mais aussi Les trois Mousquetaires, Falstaff sans  doute la première fois où nous l’avons vu- mais aussi dans Richard III, Henry IV, Troïlus et Cressida, ertc. Il joua aussi chez Jean-Louis Barrault, Claude Régy, Alfredo Arias et Jérôme Savary… Roger Blin en 70, l’engagea pour interpréter Lucky dans sa seconde mise en scène d’En attendant Godot de Samuel Beckett qu’il avait créé en 1953 dans une petite salle au fond d’une cour, boulevard Raspail. Un rôle fait pour lui. Puis dans Fin de partie, une autre aventure beckettienne  dans la mise en scène de Guy Rétoré en 80, qui se poursuivra avec Marcel Maréchal mais surtout Alain Françon,il y a neuf ans. Il avait la passion de la scène et des auteurs et passait en virtuose de David Mamet, à L’Imposture de Georges Bernanos, mise en scène par Brigitte Jaques. Puis il entra à la Comédie-Française et joua en 98 dans le rôle-titre, Le Bourgeois gentilhomme de Molière, mise en scène de Jean-Louis Benoît. Il joua aussi Feraponte dans Les Trois sœurs de Tchekhov sous la direction d’Alain Françon. mais aussi Les Méfaits du tabac dirigé par Denis Podalydès Et pour son dernier rôle, encore et toujours son très cher Tchekhov,  il y a dix ans  déjà le vieux Firs dans La Cerisaie

On l’a vu aussi souvent au cinéma dans de très nombreux rôles secondaires, Les Aventures de Rabbi Jacob (1973)  ou Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain (2000)  et  à la télévision, entre autres dans des séries  comme en 1975 dans Spendeurs et misères des courtisanes  de Maurice Cazeneuve , Fraggle Rock (1983) et plus récemment,  il y a cinq ans dans Minute vieille de Fabrice Maruca. Adieu et merci Michel Robin, vous êtiez, sous les apparences d’un personnage fantasque et hautement poétique, un comédien d’une grande rigueur. Vous aurez illuminé la scène française pendant quelque soixante ans dans de grands spectacles et sous la direction des meilleurs metteurs en scène…

Philippe du Vignal

Rabudôru, poupée d’amour, écriture et mise en scène d’Olivier Lopez (à partir de douze ans)

Rabudôru, poupée d’amour, écriture et mise en scène d’Olivier Lopez  (à partir de douze ans)

Cela se passe dans une petite ville de la province française où comme souvent, hélas, les industries locales sont durement touchées par la concurrence asiatique. Comme cette entreprise de jouets qu’un groupe japonais, la Rabudôru Industry, va racheter pour fabriquer des « love dolls »: le terme est assez explicite… Ces poupées en silicone à taille et à peau presque humaine et à vagin amovible, sont vendues là-bas à des milliers d’exemplaires…

© Alban Van Wassenhove

© Alban Van Wassenhove

Deux jeunes employés de cette petite entreprise, Nora et Thierry, vont avoir un enfant mais la jeune femme refuse de fabriquer ces curieuses femmes-objets au nom du danger moral que cela représente pour la société toute entière.  Quoi qu’il en coûte, dirait le Macron… Un point de vue sans doute occidental! Pour nous, cet objet a sans doute quelque chose d’ambigu, puisqu’il se situe entre un rêve de possession sentimentale et l’usage sexuel d’une substitut de femme fabriquée industriellement et lui niant toute identité,  puisqu’il la ravale au rang de denrée consommable. C’est aussi la question même de l’objet fantasmé qu’aborde aussi Olivier Lopez. Mais Nora va quand même réussir à créer un mouvement social dans l’entreprise qui n’avait pas besoin de cela, aux dires de Thierry en désaccord avec sa compagne. Crise dans le couple: ambitieux, Thierry ne résiste pas aux sirènes de la Direction qui lui offre un poste de cadre. Et pour montrer l’exemple, il achète une de ces poupées pour réconforter son père qui a un sérieux début d’Alzheimer…

Certains de ses collègues approuvent la lutte de la jeune femme et la soutiennent. Mais d’autres croient que cette nouvelle orientation pourra les sauver d’une faillite menaçante. Mais si la fabrication est au point et fonctionne bien, les ventes ont beaucoup de mal à décoller… Différence de culture, prix élevé du produit, mauvaise anticipation d’un marché plus limité que prévu, dissensions dans le personnel…Bref, rien n’est vraiment dans l’axe!
Mais Thierry s’accroche, croit beaucoup à ce concept, révolutionnaire selon lui. Miracle en effet : son père, depuis qu’il a sa poupée  semble aller un peu mieux… Le médecin de la famille qui veut se reconvertir comme chanteur et a besoin d’argent, est « acheté » par Rabudôru Industry… Il va en effet vanter les bienfaits du produit auprès de personnes seules et/ou malades. Et Thierry lui,  investit son argent personnel dans l’aventure. Au grand effroi de sa compagne qui voit s’envoler l’espoir d’une maison bien à eux, avec sans doute à la clé, la mort de son couple. Mais tout d’un coup, les ventes commencent à se développer…Thierry reprend espoir mais elles retombent et l’entreprise n’y survivra pas…

© Virginie Meigné

© Virginie Meigné

La pièce, dit Olivier Lopez, interroge aussi la place que nous accordons à ces objets qui cherchent à nous représenter (… ) et d’une possible délégation du corps à l’objet. En ces temps de pandémie où on limite le présentiel, où la distanciation physique entre les êtres fait office d’antidote, cette inquiétude est soudainement devenue plus prégnante. Notre récit s’inscrit dans un contexte économique instable qui convoque les notions de relocalisation industrielle, chômage partiel et reprise d’activité de production. »

Le spectacle avait déjà reporté ce mois-ci mais Olivier Lopez et son équipe ont alors mis en place une diffusion filmique par internet pour «venir saisir l’acteur au plus près de ses émotions et développer un jeu qui alliera cinéma et contraintes du plateau. » Donc, si on a bien compris, c’est un essai pour concilier la présence des acteurs dans un théâtre et l’absence de public. Ce qui revient donc à une transformation radicale de l’acte scénique. Ou comment faire théâtre quand il ne peut plus y avoir théâtre, c’est à dire interaction intime entre acteurs/personnages et un public, même limité. Et le résultat? Nous n’avons pu assister à une «représentation» en direct à cause d’un incident technique mais seulement à une retransmission. Le positif: un film de grande qualité, grâce à une remarquable équipe de cadreurs, avec, comme d’habitude dans ces cas-là, un recours presque systématique au gros plan des visages des acteurs. Ce qui privilégie l’intime mais cause souvent une rupture de rythme, malgré tous les efforts du metteur en scène. Au cours d’une représentation normale, le spectateur se fait lui-même ses gros plans, sans jamais cesser d’avoir un plan d’ensemble. Ici, imposés par le metteur en scène devenu réalisateur. Dans le travail d’Olivier Lopez, il y a indéniablement «un moment de pureté, où l’acteur porte sur lui, avec lui, en lui, tous les signes du spectacle» pour reprendre les mots d’Antoine Vitez. Pas d’accessoires  mais juste une belle lumière froide dispensée par des tubes fluo blancs montés sur des châssis roulants rappelant les belles sculptures minimalistes de Dan Flavin (1933-1996). Il y a malheureusement ici dans cette rigueur implicite, une froideur certaine. Comment en effet pouvoir continuer à établir une relation entre les acteurs eux-mêmes, et entre acteurs et public extérieur situé dans un espace qui n’est plus commun (éventuellement à l’autre bout de la planète et donc à un autre horaire). Et cette «représentation» se proclame  un peu vite « acte scénique ».

Le théâtre télévisé ne date pas d’hier : Au théâtre ce soir, la célèbre émission de Pierre Sabbagh fut créée en 1966 à la suite d’une grève et dura jusqu’en 85. Très populaire, elle rassembla des dizaines de millions de téléspectateurs, malgré une critique hostile, avec plus de quatre cent pièces enregistrées, surtout des comédies légères dans un milieu bourgeois ! Un faux direct mais où le téléspectateur pouvait s’assimiler d’une certaine façon, au public parisien et privilégié d’une salle et dans une même pseudo-temporalité… Autre temps, autres mœurs, la réception du texte est fondé sur un autre mode de perception de l’espace avec une distorsion des codes scéniques. Sans échange possible, puisque le public ne participe plus à la constitution même de l’œuvre… Cela dit, ce peut être l’occasion d’une recherche expérimentale. «Que ferons-nous, dit Olivier Lopez, si nous n’inventons pas la suite ? »

Il y aura en tout cas un avant et un après le 15 mars 2020 et sans doute une révision drastique dans le spectacle contemporain. C’est donc une version à la fois théâtrale et filmique, réalisée et montée en direct de façon brillante à laquelle nous avons assisté une heure et demi durant. Avec d’excellents acteurs : Alexandre Chatelin, Laura Deforge, Didier de Neck et David Jonquières, bien dirigés par Olivier Lopez. Mais la pièce, qui se balade entre une fable teintée d’écologie et le réalisme d’une dramatique fermeture d’usine, semble un peu bavarde et le scénario dont on a du mal à cerner le fil rouge, manque de crédibilité, avec une fin téléphonée. Question de rythme? Sans doute aussi… Mais bon comment avoir une idée exacte: il faudra attendre de voir une vraie représentation. Donc à suivre et cette mise en scène évoluera certainement. En tout cas, c’est une bonne occasion de vérifier que le couple théâtral acteurs/public, quel que soit le genre, l’écriture, les comédiens, le style de jeu, l’espace scénique -fermé ou dehors- reste inséparable. Hic et nunc: c’est après tout, le privilège du théâtre d’offrir un vrai petit bonheur à la fois personnel et collectif. Même en ces temps difficiles, il n’y a aucun autre choix…  Jouer veut dire: interpréter une pièce ancienne, moderne ou contemporaine, bien écrite ou pas vraiment, excellente ou bonne, voire un peu juste ou médiocre, dans une mise en scène intelligente ou seulement moyenne, devant un public qui a payé ou pas, installé confortablement ou pas, nombreux ou pas, voire même parsemé comme c’était encore autorisé il y a quelques semaines, mais un VRAI public… « L’œuvre, disait le grand metteur en scène Beno Besson, c’est le spectacle, la rencontre avec le public. Elle sert à découvrir le monde concret, à jouer avec la réalité. »

Philippe du Vignal

Le spectacle aurait dû être créé du 11 au 14 novembre à la Comédie de Caen-Centre Dramatique National et a été projeté en « streaming » le 17 mars.
Kinneksbond, Centre Culturel de Mamer (Luxembourg) et en « ciné live stream » le 30 mars, à l’Archipel /Scène conventionnée de Granville (Manche).
Le 1er avril, Scène nationale de Dieppe (Seine Maritime). Le
8 avril, Théâtre des Halles/Scène d’Avignon (Vaucluse). Le 14 avril, Halle ô Grains/Saison culturelle de Bayeux (Calvados). Le 16 avril, Saison culturelle de Merville-Franceville (Calvados).
Et  à partir du 14 juillet, festival off d’Avignon, Théâtre des Halles/Scènes d’Avignon.

 

 

Le Monde et son contraire de Leslie Kaplan, mise en scène d’Elise Vigier

Le Monde et son contraire de Leslie Kaplan, mise en scène d’Elise Vigier

 93118092-38AF-4678-AAF6-421DE7D235A6C’est très beau de voir se construire, se préciser une scène, dans le théâtre secret d’une répétition : un terme est impropre mais admis, donc on le garde, bien qu’aucun moment n’y répète un autre ; chacun affine, travaille, invente. Quand on a le privilège d’y assister,  on voit une scène qui « monte » comme naît un tableau sous les doigts du peintre. Pas de magie pour autant, elle est régulièrement cassée parce qu’il faut arrêter, refaire, jusqu’à ce que « ça marche » et que se crée une évidence, une complicité totale entre l’espace, le jeu, la lumière, le son.  Pour arriver à la certitude d’un moment juste.

Elise Vigier et Leslie Kaplan  n’en sont pas à leur premier travail ensemble (Louise, elle est folle, entre autres). Celui-ci est né de l’idée de portraits d’acteurs. Et c’est devenu  le portrait pour un acteur : Marc Bertin, à la source du projet. Il jouait déjà dans Kafka dans les villes, un théâtre-cirque musical mis en scène l’an passé par Elise Vigier et Frédérique Loliée.  Leslie Kaplan lui a trouvé une ressemblance avec Kafka et a écrit pour et par lui, pourrait-on aussi bien dire.
Le Monde et son contraire devait être joué à partir du 9 novembre aux Plateaux sauvages (Paris XXème). Nous avons pu en voir un filage, une ultime répétition, en attendant que le public puisse y mettre la dernière main. Même sans public, cette fois, tout fait sens, au delà de la séduction du moment de création…

Pour l’autrice, la figure de Kafka se trouve évoquée par et pour le comédien et l’aide à se comprendre lui-même. Voir la Lettre au père, par exemple et surtout La Métamorphose qui éclairent si bien surtout  les garçons sur leur malaise à l’adolescence. La voix qui mue, n’est-ce pas une métamorphose, une verwandlung ? C’est aussi le travail de l’acteur qui endosse la carapace du personnage sans se perdre. Marc Bertin, fidèle des Lucioles, a aussi travaillé dans des zones risquées aux limites du théâtre, avec Alexis Forestier et Cécile Saint-Paul (déjà Kafka). Le défi de ce portrait: travailler à partir de soi-même. Il ose le faire, réservé, intérieur, “extériorisé“ par le danseur Jim Couturier, libre lui de prendre l’espace, de faire exploser le rythme, là où l’acteur est contenu.

En même temps Leslie Kaplan travaille sur La Métamorphose et l’adjectif : kafkaïen. On n’a pas besoin d’avoir lu Kafka pour le comprendre et l’utiliser: il suffit de se mesurer aux angoissantes contradictions des administrations qui oublient leur mission pour « s’auto-servir », au détriment de l’usager. Les dégâts vont  bien plus loin qu’une phobie administrative et  l’humain est étranglé par une chaîne de papiers. Non, la bureaucratie n’est pas une tyrannie douce. «Je ne connais pas ce dossier»,  avait dit Maurice Papon à son procès. En effet, peut-on conduire à la mort une «non-personne» ?

L’acteur et le danseur explorent et exposent cette oppression déjà présente dans le rythme de l’écriture, en courtes phrases essoufflées. Marc Bertin joue l’usager s’efforçant de suivre les consignes, comme nous… Et le danseur défoule ce que lui refoule, et il lui offre la respiration dont il a besoin. Tout cela dit avec des mots aussi simples  que vermine, par exemple. Y a-t-il pire mot pour humilier et détruire…  Les dessins  agrandis, presque géométriques, tirés du Journal de Kafka, structurent l’espace et tracent les lignes de la chorégraphie, soulignant la singularité du lieu. Ici, deux fenêtres créent sur le “vrai“ monde une belle et inquiétante ouverture, et secouent la fiction : un bol d’air et une  légère bouffée d’angoisse. Le spectacle est fait pour être joué partout. Du moins partout où pourra être diffusée la musique très délicate d’Emmanuel Léonard et Marc Sens : elle “écoute“ les acteurs et donne jusqu’au bout à Marc Bertin son équilibre sur le fil. La pièce finit par : « Je me bats, je me bats »… Ce n’est pas un combat épique, seulement la lutte pour être juste. Par exemple, dénoncer le management  (pas de terme en français), la pyramide du deuil  et autres humiliations qui vous transforment en vermine… « Écrire, c’est sauter en dehors de la rangée des assassins », dit Leslie Kaplan. Pas facile. Cela donne du théâtre, sensible et fragile.

Christine Friedel

Filage vu aux Plateaux Sauvages, Paris (XX ème)

L’Aplatissement de la terre et autres textes, suivi de Le Monde et son contraire de Leslie Kaplan  paraîtra aux éditions P.O.L. en février prochain.

Les résidences aux Plateaux sauvages comportent un moment de transmission artistique.  Avec Métamorphose-moi !  un projet de Marc Bertin, Jim Couturier et Leslie Kaplan, on invite un groupe de volontaires, en partenariat avec la MMPAA (maison des pratiques artistiques amateures) à s’interroger sur l’autorité et la contrainte, et à expérimenter le passage de l’écriture au jeu et à la danse.  Mais pourra-t-il avoir lieu ?

 

Entretien avec Aude Lebrun

Entretien avec Aude Lebrun

-Comment êtes-vous entrée dans la magie ?

-J’avais vingt ans et, avec mon acolyte de scène, Lili Douard, nous avons monté Râteau un spectacle déjanté Nous jeunes femmes brindezingues chantions et jouions la comédie à cent à l’heure. Lili écrivait les textes  et moi, la musique. Une période folle… Un des fils rouges du spectacle : un pauvre poussin (faux bien entendu !) était notre souffre-douleur et nous lui en faisions voir de toutes les couleurs. Nous avons même utilisé des effets spéciaux pour le faire exploser ! Le metteur en scène nous a présenté Claude de Piante qui dirigeait la compagnie du Scarabée Jaune et il a créé pour nous des trucages géniaux. C’était mon entrée dans le monde, inconnu pour moi, de la magie.

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-Comment avez-vous appris ?

 -Je viens du théâtre contemporain et j’ai aussi fait des études en arts du spectacle. Mais j’ai saturé et j’ai alors appris à vivre fortement les personnages de l’intérieur. C’est une base qui reste très ancrée en moi. Et indispensable pour toute personne sur une scène… Puis j’ai ensuite intégré la compagnie Fiat Lux qui pratiquait un théâtre burlesque muet. Le corps était le seul langage et je complétais donc là le travail intellectuel précédent. Cela a libéré beaucoup de choses en moi. Puis j’ai vite rejoint Le Scarabée Jaune, une compagnie underground, énigmatique et passionnante. On n’y entre pas comme ça. Je pense qu’une  étincelle immédiate s’est produite entre nous. Une vingtaine d’artistes d’univers différents: magie, comédie, marionnettes, burlesque, chant, etc. constituent une grande famille géniale à laquelle j’ai la chance d’appartenir. Le vrai travail de magie a commencé là. Claude de Piante a fait comme avec les autres: il m’a proposé de créer un personnage inspiré de ma vie et a tiré ce qu’il y a de meilleur en moi.  Ainsi est née Eve Opchka…

 

-Qui vous a aidé et quel évènement vous a-t-il freiné ?

-Claude de Piante a le don de vous proposer un personnage haute-couture. Vous ne savez pas quelle part de création, il veut y mettre; ni quelle part de vous, vous allez y placer. Mais il y a une alchimie aboutissant pour chacun à un personnage qui est au fond, nous-même, mais en mieux ! On a donc créé ensemble Eve Opchka, une voyante et j’y travaille maintenant depuis quinze ans. De la grande illusion, en passant par la télépathie jusqu’au mentalisme, elle existe et a une histoire, une famille, un passé tellement fort que je peux le jouer en toutes circonstances. Claude de Piante est aussi doué pour la construction, la narration des spectacles comme de numéros, avec leur sens direct et indirect, inconscient. J’apprends énormément à ses côtés.

 Sinon, rien ni personne ne m’a jamais freiné… Je me suis vite éloignée de ceux qui ont essayé de le faire. Et j’ai toujours  eu la chance d’être entourée de gens bienveillants. J’ai toujours admiré ceux qui, solaires, portent une énergie dont on veut et peut apprendre. Alors de ceux-là, oui, je me suis rapprochée. Comme femme, je n’ai jamais été arrêtée par des barrières, quelles qu’elles soient. Une grande chance. Sans doute ai-je la prétention de croire que je suis comme les autres et que tout est donc possible. Le seul être qui peut me freiner est moi-même! Nous avons tous nos contradictions et nos incertitudes… Sans parler de ce fameux syndrome de l’imposteur… Alors il faut  faire avec tout cela et essayer de le transcender dans une création.

 -Comment travaillez-vous ?

 -Le Scarabée Jaune est une sorte de grand atelier où nous essayons tout, vraiment tout. On a le droit de se tromper mais on a de grandes chances de réussir. Les artistes que j’y côtoie sont talentueux et j’apprends énormément à leur contact, et encore aujourd’hui, alors que cela fait quasiment vingt ans que je les fréquente. J’aime cette famille comme aucune autre et vous ne pouvez pas savoir quel bonheur, nous avons de nous retrouver. Une sorte de grande colonie de vacances en somme… Un jour, alors que nous intervenions dans une convention de psychiatres, l’un d’eux nous a dit : «Nous, nous faisons du curatif et vous, du préventif ». Le plus beau compliment… Nous présentons nos spectacles sur des scènes ou pour des festivals et galas de magie, dans des lieux historiques : châteaux, abbayes… Ou encore dans ma caravane pour le travail de voyance. Les formes sont diverses mais l’essence reste la même.

 -Quels sont les styles de magie qui vous attirent ?

 -J’adore et adorerai toujours le grand Voronin, un modèle pour moi. On n’est pas alors dans de la magie pure et dure mais quelle présence, quel charisme ! J’admire sa rythmique, son langage corporel et son sens du temps : il est capable de traverser la scène d’un pas si lent que l’on se dit : « Non ! Il ne va pas aller jusqu’à l’autre bout comme ça ? » Mais si ! Et la construction de son personnage est incroyable… Quelle audace, quel talent ! Cet artiste a la capacité de vous emmener loin de notre quotidien. Un autre magicien que j’apprécie est Jean Merlin : difficile d’avoir croisé quelqu’un de plus libre que lui. Je ne sais pourquoi je suis si attachée à cette notion de liberté qui possède une grande valeur à mes yeux. Il faut beaucoup de force et de courage pour être libre et je trouve que Merlin en a toujours été l’incarnation même.

Et Juan Tamariz : avec lui, j’ai eu pour la première fois l’occasion de passer dans une autre dimension, de ne plus savoir où j’étais exactement. Et là encore, il y a la construction d’un personnage fort, un mixte de lui-même avec un style où la personnalité est aussi mise en avant. A bien y réfléchir, l’humanité du magicien et parfois même son apparente faiblesse, sont ce qui me touche le plus. Ce ne sont pas des héros brillants qui contrôlent  tout mais plutôt des hommes aux prises avec la magie et qui en sortent, malgré tout, victorieux.

-Vos influences artistiques ?

 -Une barcarolle de Tchaïkovski peut me tirer des larmes,  Les Racines du ciel de Romain Gary m’emmener  très loin de la terre, et une prestation comme celle de Viktor Kee au Cirque du Soleil, me happer totalement. Les Raboteurs de Caillebotte au Musée d’Orsay est peut-être le tableau pour lequel j’ai la plus grande fascination depuis que je suis enfant. Mais je suis aussi influencée par les comédies musicales qui remplissent mon corps de dopamine. Et j’aime un vêtement bien taillé et bien porté, une actrice d’une grande classe comme Ute Lemper ou une belle architecture… Autant de réservoirs d’émotions et sensations.

 -Des conseils à un magicien débutant ?

 -Je serais bien en peine de conseiller quelque chose. Sinon cela : soyez juste ce que vous êtes, au plus profond de vous-même. Pas un autre, pas une copie… mais vous. Et quelle tâche déjà d’être soi-même !  La plus belle voie et de loin, la plus intéressante qui soit. Vous ne vous en lasserez jamais et vous ne lasserez jamais les autres… dont vous ne pouvez tout attendre. Ne cherchez pas la reconnaissance qui ne flatte finalement que l’ego. J’ai des amis artistes rongés par l’angoisse: ils ont l’impression de ne pas être reconnus par les professionnels ou par les institutions. Cela en fait des gens tristes et aigris. Et pourtant ils sont talentueux. Un vrai paradoxe…. Ils ne voient pas les milliers d’étoiles qu’ils ont allumées dans les yeux du public quand il leur accorde des bravos. Et c’est cela le plus important. Même et surtout, si deux ou trois personnes seulement s’émerveillent devant un magicien au coin d’un rue. C’est le seul repère, la seule mesure véritable de l’art de l’enchantement. Alors faites de votre mieux, observez les étoiles et soyez votre meilleur ami…

 -Et la magie actuelle ?

 -Aujourd’hui, elle est riche, performante, et spectaculaire comme elle ne l’a jamais été. Les magiciens ne sont plus vus comme des ringards mais parfois comme de véritables stars. Notre  art est devenu plein de promesses incroyables et nous devons transformer l’essai qui lui permettra d’être équivalent à la littérature, au théâtre ou au cinéma. Mais pour cela, il faudra explorer nos forces mais aussi nos faiblesses. La magie doit être brillante mais aussi explorer les zones d’ombre. Dans La Voyante, j’essaye de montrer une femme traversée par ses doutes, plus que par des certitudes. Son humanité et son côté faible m’intéressent plus que son apparente performance. Elle véhicule les traditions des gens du voyage, leurs croyances, leurs ruses et leurs échecs. Elle ne se moque pas de la crédulité humaine, même si elle en rit parfois et dénonce le charlatanisme des voyants… qui furent aussi les premiers psychologues. La poésie de la magie est un art de ré-enchanter le monde et nous, les femmes,  avons un autre regard à apporter, plus complexe, plus subtil et plus humain…

On a brûlé les sorcières, non pour leurs pratiques diaboliques -c’était un prétexte- mais parce qu’elles connaissaient l’art de soigner mieux que personne. Ce pouvoir faisait peur aux hommes et on interdira ensuite pendant longtemps aux femmes d’exercer la médecine. La magie est un art de la sensibilité, plus qu’une performance et ne deviendra «actuelle», que si elle retrouve son âme féminine. Qu’elle soit exercée par des hommes ou par des femmes… Et on ne doit pas oublier que sa fonction première fut de soigner les corps et les âmes. Il est bon de savoir d’où nous venons, pour comprendre où nous allons. Elle a encore un peu de chemin à faire pour devenir un art majeur mais est sans doute sur la bonne voie, celle d’une poésie qui donne un sens au chaos. Et n’est-ce pas la fonction d’un chaman ?

 -Quelle est selon vous l’importance de la Culture dans l’approche de la magie ?

 -Immense. Nous apprenons à l’école de la vie et plus on apprend, plus on est grand. S’ouvrir, être curieux, découvrir, rencontrer, se tromper mais réessayer, inventer…La magie doit puiser son inspiration dans le théâtre, le cinéma, la musique, la littérature, la poésie mais aussi l’anthropologie, l’Histoire, les spiritualités, la physique quantique, la science, l’économie, les nouvelles technologies…

 -Et en dehors, que faites-vous ?

 -Des claquettes, du chant mais j’aime aussi bricoler voir pousser les plantes et les enfants. J’ai une grande passion pour le calme et le silence mais, comme toute maman d’aujourd’hui, je n’ai pas vraiment l’occasion de la pratiquer !

 Sébastien Bazou

Un-Cover de Sun-A Lee

Un-Cover de Sun-A Lee

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Cette pièce brève en forme de longue variation, a fait l’objet d’une captation au festival SIDance de Séoul qui a été diffusée sur internet en accès libre il y a quelques jours. La danseuse-chorégraphe nous emmène dans un monde crépusculaire faunesque. Vêtue de noir et portant un masque de bouquetin avec barbiche et cornes, elle se détache juste d’un décor tout aussi noir. D’abord immobile côté jardin et rivée à une chaise, Sun-A Lee nous offre en prélude des gesticulations animalières. Les quatre fers en l’air et petons dénudés, elle s’exprime surtout par de gracieux jeux de mains. Sans aucune parole, sans un chuchotement ou un cri. Avec les doigts, elle esquisse d’éphémères et délicieux mudras, signes dont nous avons perdu le sens mais beaux en soi. Elle évolue ainsi sur un premier thème de la composition musicale intemporelle de Hyun Hwa Cho et Nathan Davis, avec légers tintements de clochettes et percussions discrètes et réitérées.

La deuxième partie du solo commence sur un andante. Après en avoir pris le temps, la danseuse finit par se mettre debout. Une séquence techniquement et esthétiquement très au point. Toute en micro-mouvements, en ondulations et oscillations dosées de façon subtile. Juste retour des choses, l’animal se met ensuite à mimer l’homme. La gestuelle de Sun-A Lee n’a rien de bestial et sa démarche est fuselée et déliée. L’ambulation s’alentit, jusqu’à l’apesanteur et l’immobilité. Une diagonale, à peine suggérée par un rais de lumière tombant sur l’obscur tapis de danse, guide ses pas et l’aide à élargir son champ d’action et à marquer son territoire.

En une vingtaine de minutes qu’on ne sent pas passer, Sun-A Lee a une rare qualité de mouvements et la structure de sa pièce obéit à la mathématique. Le suspense est donc ménagé. Avant de s’estomper dans la pénombre, la danseuse ôte son masque théâtral mais garde son masque sanitaire. Lui aussi, noir…

 Nicolas Villodre

Le Fil d’Ariane du Théâtre de la Colline

 

 

Le Fil d’Ariane du Théâtre de la Colline

 Face à la coupure  que représente ce deuxième confinement pour tout citoyen et, en particulier, pour les artistes privés de contact avec le public, Wajdi Mouawad entend garder un lien avec lui. Il a donc imaginé plusieurs dispositifs ludiques aux titres attrayants Après les Poissons pilotes qui ont accompagné le premier confinement (voir Le Théâtre du Blog). Familier de la mythologie, il reprend la figure d’Ariane guidant Thésée hors du Labyrinthe. Il file ainsi la métaphore dans un manifeste poétique : « Si le sens est un horizon, voilà que sa ligne semble s’être défaite de son sillon et, voilà qu’elle se relâche brutalement et sous le choc, s’emberlificotant, se tortillant, s’entortillant autour de nous, elle est devenue labyrinthe, dédale. Perdant toute possibilité de rêver le temps, de rêver le futur, l’horizon nous tient désormais prisonnier. » 

© jean-louis_fernandez-1

© Jean-Louis Fernandez


Le metteur en scène et dramaturge déplore la situation mais n’abandonne pas pour autant le terrain, qu’il veut collectif : « Personne ne saurait lutter seul contre l’incertitude. Il faut alors avancer ensemble. Chacun devenant l’appui de l’autre dans un dédale dont nul ne connaît la superficie. Quand en sortirons-nous ? Nul ne peut répondre. Mais avancer chacun dans la capacité qui lui est propre. La nôtre, ici, consiste à être dans le récit, dans les histoires, dans le conte, dans l’oralité, dans la parole, dans la poésie de ce que parler veut dire.» Un combat par les textes, les mots, la poésie : « Avec la parole d’artistes et de spectateurs comme fil d’Ariane, (…) il s’agit de faire de La Colline, un métier à tisser engagé contre nos déchirures.» L’équipe du théâtre et de nombreux artistes associés ne manquent pas de ressources et reste à choisir entre des propositions de participation interactive à distance.

Comme écouter une émission hebdomadaire L’Autre horizon: un rendez-vous avec des artistes, en direct sur Facebook, tous les mardis soirs: « Depuis des pays différents, ils décrivent en temps réel, à celles et ceux qui écoutent, ce qu’ils voient depuis leur fenêtre, qu’elle soit réelle ou imaginaire ». Un cycle qui sera inauguré par Wajdi Mouawad, le 24 novembre à 21 h.

Participer à un récit collectif. Avec Bouche à oreille, on fait circuler par téléphone une histoire, inventée par Wajdi Mouawad. Un premier interlocuteur entend le texte et le transmet à un deuxième, qui le transmet à son tour… Les variations introduites par chacun constitueront un récit final qui sera restitué au théâtre. (A partir du 18 novembre). Il suffit de s’inscrire et d’attendre que le téléphone sonne…Dans le même esprit du jeu du cadavre exquis, il y a un récit fictionnel à plusieurs voix, en vidéo. A la manière des surréalistes qui l’inventèrent, chacun, artiste ou spectateur, doit poursuivre l’histoire à partir de la dernière image de son prédécesseur. Chaque fragment de vidéo sera diffusé sur les réseaux sociaux du lundi au vendredi; et le samedi, on pourra voir l’intégralité de l’histoire. A partir du lundi 23 novembre.

 Avec Poésie en boîtes, La Colline propose de recevoir dans notre boîte aux lettres une enveloppe contenant quelques lignes écrites à la main et choisies par de jeunes volontaires amis du théâtre. Des extraits de textes anciens ou contemporains qu’ils adressent à un destinataire inconnu. Le théâtre propose aussi des travaux manuels poétiques avec Papiers brodés : un puzzle géant de mots à assembler… Chaque participant recevra la poste un mot à broder accompagné d’un fil et d’une aiguille. Les deux cent premiers brodeurs et brodeuses seront invités à la Colline pour assembler chaque mot et faire renaître le texte.

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Charon traversant le Styx de J.Patinier, (1515) Musée. du Prado

La Parole Nochère : ce projet conçu par Wajdi Mouwad et la danseuse Kaori Ito autour de la mémoire des disparus, a dû être annulé mais se poursuit autrement. Par téléphone, les gens peuvent se confier à un artiste quand ils ont perdu un être cher. « Le nocher, dit Wajdi Mouawad, est le navigateur qui, sur sa barque, conduit un passager d’une rive à l’autre. Il est Charon, nocher de l’Hadès. Sa parole serait donc celle qui relie un monde à un autre et qui porte la mémoire de ceux et celles qui nous ont quittés. » (…) « Comment parler de la mort en dehors des statistiques ? Comment aider à faire son deuil ? C’est là une question qu’un théâtre doit se poser ? » Ces paroles, enregistrées sur un disque dur seront enterrées au troisième sous-sol sous la scène, «une présence radioactive au cœur du théâtre»  et ne pourront être exhumées qu’à l’été 2.520. Elles pourront aussi être dispersées, telles des cendres anonymes, depuis le toit du théâtre, lors d’une grande fête, après la levée des restrictions sanitaires. (à partir de samedi 21 novembre).

 En attendant, les artistes travaillent à huis-clos à maintenir le théâtre vivant !

 (à suivre)

 Mireille Davidovici

Théâtre de la Colline, 15 rue Malte-Brun, Paris (XX ème). T. 01 44 62 22 22

https://www.colline.fr/publics/le-fil-dariane

 

 

La Chambre secrète de Janica Draisma

La Chambre secrète de Janica Draisma


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The Secret room, A journey into the universe of Odin Teatret, le dernier film de l’artiste Janica Draisma, est un long documentaire, consacré au travail du metteur en scène italien Eugenio Barba qui fonda le célèbre Odin Teatret en 1964, avec deux candidats refusés au conservatoire d’Oslo, Else Marie Laukvik et Torgeir Wethal. La troupe se transplanta deux ans plus tard dans une ferme près d’Holstebro (Danemark). La Chambre secrète, pour le moment inédit en salles, a été présenté au Nederlands film Festival et pourrait l’être à la prochaine Berlinale, si, du moins elle a lieu…

Janica Draisma s’implique aussi devant la caméra, en se mettant elle-même en scène. Sa longue silhouette s’avance vers l’objectif et en voix off, elle explique sa démarche : un vieil ami à elle, aujourd’hui disparu, avait fait partie de l’Odin Teatret et elle a voulu en savoir plus sur cette compagnie pas tout à fait comme les autres. «  La dédicace finale précisera son nom : Xavier Tan. » Comme au temps du cinéma muet, en pré-générique défilent sur fond noir, de gros plans des protagonistes que nous allons retrouver. Non sans un jeu théâtral de regards et mouvements de tête subtilement chorégraphiés. Avec d’abord comme il se doit, Eugenio Barba. Sous le signe d’un mascaron, ornement architectural représentant une figure humaine parfois effrayante pour éloigner les mauvais esprits, et sur le ton fort en gueule de la commedia dell’arte, une créature, au visage à demi-masqué par un loup, affirme que les secrets du théâtre et de la danse peuvent sembler inaccessibles au commun des mortels.

Un panneau fléché guide les cadreuses Claire Pijman et Janica Draisma, jusqu’à l’Odin où se situe l’action en 2019 quand le film y fut tourné. Les entretiens  sont majoritairement en anglais mais aussi en plusieurs langues, et d’abord en italien. L’effet multi-culturel se retrouve dans les nationalités des acteurs présents. Ils ont vécu sans doute le temps béni des routards, de l’auto-stop et voyages extra-européens notamment en Inde, du plaisir sans entraves, quand on découvrait la culture mondiale, différente de l’actuelle, mondialisée.

Eugenio Barba a viré… barba cool. Comme Jerzy Grotowski, jetant aux orties son costume-cravate, ses lunettes à monture d’écaille et à verres teintés, il semble avoir rajeuni. A l’époque de ses débuts, les tournées théâtrales solidarisaient les membres d’une troupe. Comme le Tanztheater de Pina Bausch, ou la compagnie de Peter Brook qui a écrit la préface de Towards a poor theatre de Jerzy Grotowski… Chez qui Eugenio Barba a fait ses premiers pas artistiques au début des années soixante. Parallèlement à la première exposition d’Arte povera à Gênes, le maître polonais s’engageait dans une réforme cistercienne de l’art scénique sans viser au minimalisme abstrait mais à une élimination du superflu, notamment les moyens audiovisuels comme l’accompagnement musical et la projection d’images et de films.

Le documentaire, assez classique dans sa facture, alterne images actuelles avec archives du passé remémoré en noir et blanc ou en teintes désaturées, comme la bataille d’El Alamein où le père du metteur en scène combattant aux côtés de Rommel, fut victime d’une blessure qui  entraîna sa mort, ou des entretiens avec les membres de la troupe : Kai Bredholt, Roberta Carreri, Jan Ferslev, Elena Floris, Donald Kitt, Tage Larsen, Else Marie Laukvik, Sofia Monsalve, Iben Nagel Rasmussen, Augusto Omolú, Julia Varley, Torgeir Wethal mort en 2010 et Frans Winther.

Le metteur en scène rappelle aussi la mort tragique de son acteur brésilien Augusto Omolú, assassiné devant chez lui près de Bahia. À peine évoquée la mort du père d’Eugenio Barba, la réalisatrice enchaîne sur la séquence où une comédienne de l’Odin, pousse un cri d’effroi étouffé, rappelant celui de l’œuvre célèbre du peintre norvégien Edvard Munch réalisée en cinq versions de 1893 à 1917. De la même façon, la mort d’Omolú est associée à celle d’Othello, son personnage… La première actrice historique de la compagnie, Iben Nagel Rasmussen, interprète un personnage de crieur de rue dans Vestita di bianco, un moyen métrage néo-surréaliste tourné en 1974 à Gallipoli, la ville natale d’Eugenio Barba et à Carpignano, à quarante-cinq kms à l’intérieur des terres. Il sera terminé deux ans plus tard par Torgeir Wethal qui, visiblement, était aussi un cinéaste doué…

Les extraits de pièces plus récentes nous touchent moins mais prouvent que de vieux comédiens peuvent encore «le faire», comme disent les jeunes… On pense ici aux expériences du NDT 2, la compagnie bis de Jiri Kylián; elle continue à danser son répertoire sans se poser la question de la retraite, ou à la reprise en 2000 par des vétérans, du fameux Kontakthof de Pina Bausch. Et quand on voit la pêche qu’avait, fin des années soixante, une Iben Nagel Rasmussen, dont la réalisatrice a retrouvé des solos relevant de l’art corporel, de l’exercice circassien ou gymnique et de la danse, on est admiratif !

Un entretien en français avec Jerzy Grotowski précise ses intentions à l’époque où est sorti son livre Vers un théâtre pauvre que feuillette Janica Draisma. Et Eugenio Barba a dédicacé à la réalisatrice son Dictionary of Theatre Anthropology : The Secret Art of the Performer qui a été réédité plusieurs fois dont une traduite en français. Janica Draisma est elle-même filmée par Claire Pijman, dans une mise en abyme façon sœurs Ripolin. Sans doute est-ce feint, mais Eugenio Barba lui claquera au nez la porte du studio de répétitions et le théâtre conservera ainsi tout son secret…

 Nicolas Villodre

 

 

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