After, conception et chorégraphie de Tatiana Julien

After, conception et chorégraphie de Tatiana Julien

Didier Deschamps va quitter la direction de Chaillot qu’assumera en avril prochain le chorégraphe Rachid Ouramdane. Dans son éditorial de saison, L’Instant d’avant, il  relatait ce qui s’est passé, avant et se passera après cette crise sanitaire (voir Le Théâtre du Blog). La chorégraphe,  avec cette nouvelle création, évoque, elle, ce qui se passerait après la fin de notre monde, à la suite d’un désastre écologique.

A la recherche d’un sens pour figurer une renaissance, elle a laissé huit danseurs livrés à eux-mêmes …pendant deux trop longues heures. Avec une référence évidente aux spectacles hors-normes du metteur en scène Vincent Macaigne: Tatiana Julien travaille ici avec Julien Peissel, le même scénographe. Manquent seulement les mares d’eau et le sang factice à profusion chers à Macaigne. Décor post-apocalyptique : une baraque délabrée et des  choses non essentielles, témoins de notre civilisation passée comme sac de golf, réfrigérateur, trophées sportifs, transats, tondeuse à gazon, écran de télévision… que les interprètes, en criant très fort, jettent pêle-mêle sur le plateau.

© Herveì Goluza

© Herveì Goluza

L’un des danseurs nous prend à témoin: «Je vois que le monde est mort.» Organiser le désordre: la chorégraphe sait faire. Trop systématique, cela pourrait être agaçant mais, dans le contexte actuel de frustration artistique, cet After est bienfaisant. Il y a a une belle énergie chez les danseurs et une riche bande-son, avec extraits de discours politiques sur le climat, bruits de manifestations, paroles de Démons de Minuit du groupe Images… Lointains souvenirs… Avec, ici, une certaine nostalgie et cette chanson, presque insignifiante, prend un autre sens aujourd’hui:  «Rue déserte, dernière cigarette, plus rien ne bouge, juste un bar qui éclaire le trottoir d’un néon rouge, j’ai besoin de trouver quelqu’un, j’veux pas dormir, je cherche un peu de chaleur, à mettre dans mon cœur. »

La chorégraphe nous incite ainsi à un réveil des corps et des esprits, aujourd’hui menacés par un virus. Faut-il prendre le risque de vivre et d’en mourir ? Vaste question qu’aucun grand auteur n’a encore résolue. Une renaissance est encore possible après la crise écologique que nous avons provoquée. A la fin de cette pièce, un texte bouleversant de Pablo Servigne, un ingénieur agronome de Gembloux Agro-Bio Tech (Belgique) qui s’est consacré à la transition écologique. Un texte qu’il avait dit à la manifestation d’Extinction/Rébellion en mars 2019, à Paris.

Jean Couturier

Présentation réservée aux professionnels vue le 12 février, au Théâtre National de la Danse de Chaillot, 1 Place du Trocadéro, Paris (XVI ème). T. : 01 53 65 30 00.
A suivre: prochaines représentations de ce spectacle dans ce même théâtre.


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Des petits cadeaux (suite et non fin)

Des petits cadeaux ( suite et non fin)

 

Diffusion de Fanny et Alexandre d’Ingmar Bergman, mise en scène de Julie Deliquet

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Une captation du spectacle créé salle Richelieu à la Comédie-Française il y juste deux ans a été réalisée en mai 2019 par Corentin Leconte. Bergman considérait cette œuvre comme testamentaire. A l’origine, un roman qu’il adapta pour une série télévisée et dont il tira un film qui reçut quatre Oscars en 1984! Julie Deliquet, dans la première partie du spectacle, fait revivre sur le plateau la vie réelle d’une compagnie théâtrale. A la fin d’une représentation, Oscar, le fils d’Helena Ekdhal (Denis Podalydès) annonce qu’il a pris la succession de sa mère à la direction du théâtre. Et il offre au public et à toute son équipe, ses meilleurs vœux de Noël. Il dit aussi qu’il va faire une mise en scène d’Hamlet. Derrière un rideau de tulle, on voit la joie de cette grande famille de comédiens réunis pour fêter Noël. Buffet largement garni, on boit du champagne et on chante. La fête finie, on mettra une « servante » pour éclairer le plateau, quand tout est éteint dans le théâtre. Oskar va commencer les répétitions d’Hamlet et on le voit en fantôme du Roi apparaissant soudain à son fils Hamlet. Il lui dit qu’il a été la victime d’un crime perpétré par Claudius… Mais Oskar va mourir subitement en scène… comme Molière! Fin de la première partie.

Après l’entracte, sa veuve Émilie Ekdhal (Elsa Lepoivre) qui est aussi une actrice s’adresse au public pour lui dire qu’après la mort d’Oscar, elle a abandonné la direction de la troupe et qu’elle va épouser un évêque, Edvard Vergerus (Thierry Hancisse). Elle ira vivre chez lui avec ses enfants: Fanny (Rebecca Marder) et Alexandre (Jean Chevalier) pour essayer de redonner un sens à son existence. Et Julie Deliquet nous conte l’histoire d’une famille mal recomposée, avec catastrophe annoncée et que la troupe des Ekdal- ce sont ici les mêmes acteurs- aurait pu jouer sur son plateau… Dans une haute chambre aux murs carrelés, aussi sinistres que lui et évoquant une ancienne boucherie, cet évêque luthérien, un triste et violent pervers, ne supporte ni Fanny ni le très jeune Alexandre qui lui résiste et qu’il fouettera jusqu’au sang. On n’est pas loin de l’univers de Charles Dickens et d’August Strindberg…

Pour la metteuse en scène, «la matière de Bergman -par sa dimension psychanalytique et surréaliste parfois- autorise à aller jusqu’au bout d’une telle démarche artistique. » Pourquoi pas mais cela donne quoi ? De l’excellent et aussi du pas très bon. D’abord une troupe exceptionnelle: avec en plus de ceux déjà cités: Dominique Blanc, Hervé Pierre, Noan Morgenstern, Gilles David, Anne Kessler que l’on reconnaît à peine en vieille dame, Véronique Vella, Cécile Brune, Laurent Stocker, Julie Sicard, Anne Cervinka, Gaël Kamindi… Brillants et tous impeccables, que ce soit dans les grands ou petits rôles, dans la première ou la seconde partie.  Direction d’acteurs, unité de jeu, scénographie, lumières, tout est dans l’axe et les acteurs du Français se font visiblement plaisir. Un plaisir que le public semblait partager…

Cela dit, comment entrer dans les considérations esthético-philosophiques et un peu prétentieuses de Julie Deliquet. Elle semble une fois de plus découvrir la mise en abyme, le théâtre dans le théâtre, le thème de la fausse vie et de la vraie fiction. Denis Podalydès, spectre d’Hamlet revient dans la seconde partie en fantôme du père, avec allées et venues des comédiens dans la salle,  adresses au public… Bref, il y a ici une sorte d’anthologie de procédés vus un peu partout depuis quelque trente ans. «Et puisqu’ on a dévoilé toutes les ficelles, tous les rouages, tous les artifices du théâtre dans la première partie, je n’ai pas l’impression de passer dans la deuxième, à un mode de représentation «classique» mais plutôt à l’exploration d’un théâtre inédit pour moi.»

Oui, mais voilà, les improvisations ou pour faire actuel, la trop fameuse « écriture de plateau» ne fait pas naître grand chose d’intéressant sur le plan textuel. Si, on est d’abord ébloui par la générosité et la justesse du jeu, la suite de ces soixante-dix minutes nous a paru longuette. Et dans la seconde, le texte d’Ingmar Bergman, même  remanié, a du mal à s’imposer. Heureusement, Thierry Hancisse, tout à fait remarquable, est un inquiétant évêque. Mais le court moment où il fouette jusqu’au sang le pauvre Alexandre, n’est pas très bien mis en scène et il faut se pincer pour y croire. Au théâtre, le réalisme passe souvent mieux par la suggestion.

Et on ne retrouve pas ici les qualités du film. Le très grand réalisateur de cinéma,  n’était sans doute pas un aussi bon auteur de théâtre… Nous ne croyons pas du tout comme Julie Deliquet que «l’hyper-matière du texte né des improvisations, nous sert à aller vers Bergman. » Elle dit avoir voulu voir « comment lui et la troupe de la Comédie-Française se rejoignent. » Quant aux parties improvisées où elle essaie « de dégager certains parallèles, certaines provenances, certaines similitudes dans les doutes et les questionnements que peuvent avoir des acteurs du Français sur leur propre carrière »… Cette thématique nous concerne-t-elle? Pas vraiment…

Mais ce spectacle est bien dirigé avec Véronique Vella, Thierry Hancisse, Anne Kessler, Cécile Brune, Florence Viala, Denis Podalydès, Laurent Stocker, Elsa Lepoivre, Julie Sicard, Hervé Pierre, Gilles David, Noam Morgensztern, Anna Cervinka, Rebecca Marder, Dominique Blanc, Gaël Kamilindi, Jean Chevalier et Noémie Pasteger, Léa Schweitzer de l’académie de la Comédie-Française: tous exceptionnels et au jeu sobre et rigoureux. La captation de cette pièce peut-elle tenir la route? Pour le savoir, rendez-vous ce soir… « Amis du noir, bonsoir », comme disait Eric Emptaz, l’actuel rédacteur en chef du Canard Enchaîné, pour annoncer autrefois sa chronique à France Culture.

Philippe du Vignal

Ce soir, lundi 15 février à 21 h 05, sur Culturebox (canal 19).

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L’autrice, compositrice et interprète suédoise Fredrika Stahl ( trente-six ans) a déjà publié six albums  dont le premier paru en 2006 en France mais aussi en Suède, Finlande, Allemagne, Turquie, Belgique, Suisse, Japon… Elle a gardé de son pays natal « une  habitude d’introspection quand le soleil disparaît et « a reconstruit ce mouvement, chaque jour qui passe. » Dans Natten (la nuit), son dernier album, elle nous entraîne dans « des univers à la fois mystérieux et romantiques, traversés de lumière et de douceur… »

Ph. du V.

 Espace Cardin/Les Trois Baudets. Le 16 février à 21 h: en direct sur Youtube.

L’Oiseau-Lignes de Chloé Moglia, création sonore de Marielle Châtain

 

Festival Les Singuliers

Oiseau Lignes 5 (c) Vinvella Lecocq

© Vinvella Lecocq

 L’Oiseau-Lignes de Chloé Moglia, création sonore de Marielle Châtain

Poème dramatique et sonore, cette performance lie intimement musique, graphisme et acrobatie. «Marielle pratique le son, dit Chloé Moglia, et moi, la suspension. Nous avons en commun d’être également présentes. » Elle  travaille depuis longtemps sur l’imaginaire véhiculé par les disciplines aériennes et élargit le champ de sa pratique par une réflexion sur la tension entre légèreté et pesanteur, envol et chute. Et ici, entre horizontalité des lignes et verticalité des oiseaux, évoquées par des dessins enfantins.

Sur un grand tableau, Chloé Moglia  trace avec lenteur une ligne brisée blanche, symétrique à une longue barre métallique suspendue aux cintres, horizontale mais coudée par endroits. Ces lignes de fuite créent un parcours dans le sens de l’écriture. Suivant le tracé blanc sur la paroi noire, elle dessine à la craie des bonshommes schématiques que d’énormes oiseaux noirs, esquissés à l’éponge, viennent avaler. Naissance et effacement des signes soutenus par une voix enfantine et  les notes lancinantes de Marielle Châtain au synthétiseur.

Comme ses oiseaux, Chloé Moglia prendra son envol, escaladant le mur et se lovant doucement tout au long de l’agrès suspendu entre ciel et terre… Jouant de la pesanteur qui la relie au sol et des forces corporelles qui l’élèvent.  Dans sa réflexion sur son art, elle cite volontiers Vladimir Jankélévitch qui parle de: «celui qui fait l’ange, qui n’est qu’un charlatan, et qui retombe pesamment au sol».

Nous suivons cette lente progression où se combinent avec douceur l’imaginaire d’un art naïf et une extrême maîtrise de la gestuelle acrobatique. « Dessiner, écrivait Paul Klee, serait suivre une ligne partie en promenade.» Et c’est bien à une promenade poétique entre horizontal et vertical, entre légèreté et pesanteur, que nous convient ces artistes comme dans ces rêves où l’on quitte le sol pour voler…

 Mireille Davidovici

Représentation pour les professionnels vue le 6 février au Cent-Quatre, 5 rue Curial Paris  (XIX ème).

Le 13 avril, Le Manège, Maubeuge (Nord).

Du bonheur domestique

 

Du bonheur domestique:

Hervée de Lafond et Jacques Livchine, codirecteurs du Théâtre de l’Unité à Audincourt (Doubs)

H. de L.

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 Regardons les choses en face. Les scientifiques nous disent que cette pandémie va durer, peut-être même ne pas s’arrêter et que, probablement d’autres sont à venir, plus terribles encore. Cette catastrophe pourrait faire disparaître les grands festivals de musique et de théâtre et… certains lieux ne rouvriraient jamais!
En coréen, il existe trois mots pour signifier le théâtre. Kuk-jang: le bâtiment, kong-Yeon, la représentation et Yeon-kuk,l’œuvre. En ce moment les kuk-jang sont fermés, il n’y a donc pas de kong-jeon. Restent donc les yeon-kuk…

 Nous sommes obligés de nous poser la question. Allons-nous assister à la mort d’un certain théâtre, celui qui se joue dans des bâtiments? Selon un sondage, les Français à qui on demandait quel était le métier le plus utile, ont répondu à 98 %: les métiers de la Santé. Et le plus inutile, à 91%: artiste.
Une claque de plus! Qu’avons-nous fait, pour nous mettre à ce point en marge de la société? Cette pandémie serait-elle une occasion unique pour tout remettre à plat et envisager d’écrire et faire autrement du théâtre.

Comme nous ne faisons rien, nous sommes tous débordés, bien entendu! Mais ce grand moment de vide devrait être propice à une réflexion collective. On me dit, mais Hervée toi, que proposes-tu? Rien! En fait, je suis perdue, comme les autres mais je crois juste en l’intelligence collective…

Macron a réunit des artistes pour discuter et réfléchir à comment réagir. Sauf que, pour représenter le THEATRE, il a convoqué les acteurs, directeurs, metteurs en scène des bâtiments, comme s’ils pouvaient être tout le théâtre français… En fait, ils ne représentent qu’eux-mêmes et en France, des centaines de troupes jouent hors des bâtiments! Dans les champs, forêts, anciens tunnels et usines, friches, bus, bars, etc… Cela s’appelle le Tiers-Théâtre, comme, en 1789, il y avait le Tiers-Etat.

Il faudrait donc organiser de vrais Etats Généraux du Théâtre, en n’oubliant personne: ceux qui jouent dans les bâtiments mais aussi ce Tiers-Théâtre… Et discuter longtemps pour inventer quelque chose, pour changer ensemble ce que cette pandémie nous intime de changer (tiens, on ferait ça le 4 août, ce serait rigolo!) Voilà, je n’ai pas d’idées, je contemple le désastre à venir et voudrais le prendre de vitesse…

J. L.

Il fait 3° à Villars-lès-Blamont, un petit village du Doubs. Je me disais: le bonheur domestique, ce n’est pas pour moi. Mais bien obligé! J’ai cru que je n’y arriverai jamais: je ne suis pas du genre à regarder les séries, films ou à jouer aux mots fléchés! Ainsi je me passionne pour un poêle à bois Austria. Un investissement majeur dans ce pays montagneux.

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Alors, quand je n’en peux plus de voir les émissions de la 15, dans un fauteuil à bascule et face au paysage des flammes je lis Romain Gary, Annie Ernaux et Camille Kouchner. L’Anomalie d’Hervé Le Tellier, le dernier Goncourt et Mais la vie continue de Bernard Pivot  et encore La Voyageuse de nuit de Laure Adler.

Rien ne me plaît vraiment, exception faite d’un texte d’un grand auteur du XIX ème (secret personnel) que j’apprends par cœur depuis huit mois, pour un spectacle singulier au possible et qui ne craint ni raffinement ni confinement…

Jacques Livchine

Ce dimanche 7 février à Villars-lès-Blamont (Doubs).

Festival Les Singulier.e.s: Stallone, mise en scène de Fabien Gorgeart

© c-huma-rosentalski

© Huma Rosentalski

 Festival Les Singulier.e.s

Stallone, mise en scène de Fabien Gorgeart

Cette cinquième édition  révèle de nouvelles créations transdisciplinaires, avec des portraits ou autoportraits et prend cette année une couleur très féminine… Stallone, incarné par Clotilde Hesme  propulse le spectateur dans la vie de Lise, un double ordinaire de Rocky. Dans une mise en scène sobre, cette actrice lumineuse et le  compositeur Pascal Sangla irradient la scène de leur complicité. Lui joue tous les personnages proches de l’héroïne: médecin employeur, ami, père, frère, mari… Ils donnent chair à la langue claire d’Emmanuèle Bernheim (1955-2017), romancière, essayiste et scénariste. Une visite fébrile dans la culture populaire des années quatre-vingt.

Cette première création de Fabien Gorgeart, présentée au Cent Quatre l’an passé, est livrée comme un combat. Et Pascal Sangla invente un décor sonore, livrant « la réplique à un rythme précis, tel un uppercut en pleine mâchoire ». L’occasion de revisiter, pour un public intrigué, l’histoire de Sylvester Stallone, cette icône populaire internationale, . Acteur, scénariste et cinéaste américain né à New York en 1946, il a eu une enfance difficile et instable. Renvoyé de quatorze écoles en onze ans, il réussit néanmoins ses études grâce à une bourse que ses capacités d’athlète lui ont permis d’obtenir. Après  des petits boulots alimentaires, il entreprendra une carrière d’acteur mais avec des rôles décevants.

Comme il a besoin d’argent, il écrit en trois jours les grandes lignes d’un scénario adapté à sa personne, Rocky. L’histoire d’un boxeur pauvre qui réussit à devenir une vedette malgré tous les obstacles. Cette adaptation par John Avildsen en 1976 où Sylvester Stallone incarne le rôle principal, aura un grand succès commercial et récoltera trois Oscars. Depuis vedette confirmée, il s’est spécialisé dans des personnages très physiques mais peut aussi assurer des compositions plus difficiles et nuancées, comme celle d’un syndicaliste corrompu dans F.I.S.T.  de N. Jewison (1978) dont il est aussi le co-scénariste. La même année, il écrit et réalise un film étrange, aux personnages attachants et au baroquisme séduisant: La Taverne de l’enfer. Et il sera dirigé par John Huston en 1981 dans A nous la victoire.

 Mais progressivement Stallone devient répétitif et caricatural dans le jeu et le choix de ses personnages. Co-scénariste, voire réalisateur, il se cantonne dans un rôle fabriqué sur mesure et auquel il semble s’identifier: le redresseur de torts idéologique investi d’une mission, lutter contre le communisme et les forces du Mal. Ancien combattant du Viêt Nam qui fait sa propre justice dans la série Rambo, il triomphe surtout par sa force physique. Malgré un succès commercial dans le monde entier, la morale primaire et le manichéisme sur lesquels Stallone s’appuie, son jeu sans nuances de champion d’un reaganisme exacerbé, posent le difficile problème de son renouvellement.

Il suit les traces de son rival Arnold Schwarzenegger dans l’auto-parodie mais n’a pas résolu la question. La médiocrité et le caractère emprunté de l’acteur peu à l’aise dans la comédie, comme dans L’Embrouille est dans le sac de J. Landis (1991) ou d’Arrête ou ma mère va tirer de Roger Spottiswoode la même année, aboutiront fatalement à des échecs commerciaux. Stallone devra revenir dans Cliffhanger de Renny Harlin (1993) aux vieilles recettes d’une œuvre à l’action monolithique pour que le succès soit à nouveau au rendez-vous. Après avoir été la vedette de Daylight de Rob Cohen (1996), un film-catastrophe presque anachronique, il fait une surprenante composition de flic sonné, vieillissant et ventripotent, dans Cop Land  de James Mangold (1997).*

Lise, l’héroïne de ce spectacle, voit au cinéma Rocky 3, de et avec Sylvester Stallone: un champion du monde de boxe qui se laisse aller, perd son titre mais qui, en se ressaisissant, le regagne. Dans ses hauts et bas, la femme libre et forte, marche dans les pas du  héros, encaisse les coups, «vole dans les cordes et apprend, en dépit de tout, à tenir sa garde ». L’admiratrice de Stallone ira voir en cachette tous ses films : un geste privé qu’elle n’avoue pas aux siens. Lise piétine sur le plateau en jouant de ses pieds bondissants comme de claquettes, à un rythme sonorisé. Une transposition de la gestuelle des bras et mains propre à la boxe…

La secrétaire médicale met fin à une activité professionnelle inappropriée, pour réamorcer ses études de médecine abandonnées, un projet que ses parents dénigrent. Elle coupe tout lien avec eux puis fait de la boxe et arrête ce sport dont tous se moquent quand il s’agit d’une femme. Quand elle a vu ce film limpide, sincère et efficace, Lise prend conscience de la médiocrité de sa vie et, tout comme Rocky, essaye de se ressaisir. Elle prend un studio plus modeste puis emménage chez un ami -son époux et père de ses enfants- qui est médecin. Elle pense devoir cette nouvelle vie à Stallone et veut s’acquitter de cette dette envers lui : le film et le personnage ont fait écho à ce qu’elle voulait entendre… Le déclic qui modifie une existence.

Un récit elliptique à la troisième personne  sur quatorze ans, rythmé par l’existence de Lise à travers les films de Stallone, de Rocky 3 à Cap Land, une filmographie qui articule le drame. Un spectacle ludique avec des comédiens facétieux et libres, au jeu décalé qui emportent la victoire.

Véronique Hotte

 Représentation professionnelle vue le 5 février au Cent Quatre, 5 rue Curial, Paris (XIX ème).

Festival Les Singulier.e.s, du 29 janvier au 13 février, au Cent Quatre à Paris. *Dictionnaire du Cinéma de Jean-Louis Passek, éditions Larousse.

 Sous réserve, du 23 février au 6 mars, Théâtre National Bordeaux Aquitaine(Gironde). Du 9 au 11 mars : La Passerelle-Scène nationale de Saint-Brieuc (Côtes d’Armor).

Du 15 au 16 mars, La Soufflerie-Scène conventionnée de Rez (Loire-Atlantique). Du 17 au 18 mars, Le Grand R-Scène Nationale de La Roche-sur-Yon (Vendée). Le 23 mars : Théâtre Charcot, Marcq-en-Barœul (Nord). Du 24 au 26 mars, La Rose des Vents-Scène Nationale Lille-Métropole, Villeneuve-d’Ascq avec la Salle Allende, Mons-en-Barœul (Nord). Le 30 mars, MA Scène Nationale, Montbéliard (Doubs).

Du 1er au 2 avril, Points Communs – Nouvelle Scène nationale de Cergy-Pontoise et du Val-d’Oise avec le Centre culturel L’Imprévu, Saint-Ouen-l’Aumône (Val d’Oise). Du 7 au 8 avril, Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines, Scène Nationale (Yvelines).

Le 9 avril, Espace Marcel Carné, Saint-Michel-sur-Orge (Essonne). Du 13 au 15 avril : L’Étincelle-Théâtre de la Ville de Rouen (Seine-Maritime). Du 26 au 28 avril, Théâtre Auditorium de Poitiers-Scène Nationale (Vienne). Le 29 avril, L’Avant-Scène, Cognac (Charente).

Le 11 mai : Le Champ de Foire, Saint-André-de-Cubzac (Gironde). Du 18 au 19 mai : Scène Nationale du Sud Aquitain, Bayonne-Saint-Jean-de-Luz (Pyrénées-Atlantiques). Du 26 au 28 mai, Comédie de Reims (Marne).

Du 2 au 12 juin, Les Célestins-Théâtre de Lyon (Rhône).

 

 

 

 

 

Adieu Jean-Claude Carrière

Adieu Jean-Claude Carrière

Il avait quatre-vingt neuf ans. Natif de Colombières-sur-Orb, un village de l’Hérault où il vécut enfant, avant que ses parents ne s’installent à Montreuil (Seine-Saint-Denis). D’abord élève à l’Ecole Normale Supérieure de Saint-Cloud, il voulut entrer en littérature comme on disait alors et publia, à vingt-six ans, un premier roman Lézard et plusieurs autres chez Fleuve noir dont La Tour de Frankenstein, Le Pas de Frankenstein, La Nuit de Frankenstein, Le Sceau de Frankenstein… Puis  il travailla avec les cinéastes Jacques Tati et Pierre Etaix. Il partaga avec ce dernier en 1962 un Oscar pour leur court-métrage Heureux Anniversaire. Et deux ans plus tard, ce fut le commencement d’une riche carrière au cinéma: avec Luis Buñuel, il adapta Le Journal d’une femme de chambre d’Octave Mirbeau. Suivirent sans doute son film le plus connu d’entre eux, Belle de Jour avec Catherine Deneuve d’après le roman de Joseph Kessel et Le Charme discret de la bourgeoisie. Il travailla aussi avec Milos Forman pour Valmont d’après Les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos.

© AFP

© AFP

Et il écrivit le scénario de La Piscine de Jacques Deray  avec Alain Delon et Romy Schneider et de Borsalino avec, de nouveau, Alain Delon mais aussi Jean-Paul Belmondo. Et un peu plus tard en 1966, il travailla avec Louis Malle sur un film adapté du Voleur de Georges Darien. Mais il écrivit aussi le scénario du Tambour réalisé par Volker Schlöndorff  en 79, adapté du roman éponyme de Günter Grass. Et encore celui du Retour de Martin Guerre du même réalisateur. Le Tambour  reçut la Palme d’or à Cannes en 1979 et l’Oscar du meilleur film étranger, l’année suivante. Auteur du scénario de Sauve qui peut la vie de Jean-Luc Godard (1980), il adapta aussi pour le cinéma les célèbres Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand (1989) et Le Hussard sur le toit de Jean Giono (1995), des films réalisés par Jean-Pierre Rapeneau. Et un Oscar d’honneur  pour l’ensemble de son œuvre lui fut décerné il y  sept ans, ce qui n’est pas si fréquent pour un artiste français…

Au théâtre, il travailla régulièrement notamment avec André Barsacq puis Jean-Louis Barrault qui mit en scène avec Madeleine Renaud son adaptation en 73 du film Harold et Maude de Colin Higgins. Mais nous l’aurons surtout connu pour avoir été le fidèle dramaturge de Peter Brook pendant quelque trente-sept ans au Théâtre de Bouffes du Nord. Pour, entre autres, des œuvres classiques qui furent de grands succès comme en 81, La Tragédie de Carmen d’après Prosper Mérimée et Georges Bizet, le très beau Timon d’Athènes en 74 ou La Tempête en 90 et au Théâtre de la Ville, Le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare. Jean-Claude Carrière aura ainsi contribué à la mise en valeur de la parole du célèbre dramaturge, en français.

©x Le Mahbarata

©x Le Mahbarata

Mais on doit aussi à cet homme infatigable de très bonnes adaptations: toujours dans les mises en scène de Peter Brook à la carrière Boulbon pour le festival d’Avignon en 85 du Mahabharata, la fameuse épopée et un des éléments fondateurs de la civilisation indienne, puis de la non moins fameuse et magnifique Conférence des oiseaux, d’après une œuvre de Farid al-Din Attar, un auteur persan du XIII ème siècle. Deux remarquables spectacles qui furent sans doute avec le 1789 du Théâtre du Soleil, parmi les plus emblématiques de la fin du XX ème siècle… Il écrivit aussi plusieurs pièces dont en 99, La Controverse de Valladolid que mit en scène Jacques Lassalle, avec Jacques Weber et Lambert Wilson au théâtre de l’Atelier. Et on le vit aussi acteur dans de petits rôles: Le Journal d’une femme de chambre, La Voix lactée de Luis Buñuel ou encore Un peu de soleil dans l’eau froide de Jacques Deray.

Avec lui, disparaît un homme, curieux passionné, auteur d’une œuvre prolifique la fois  au cinéma, au théâtre mais qui fut un inlassable témoin de son époque. Il y a cinq ans – l’année des attentats contre Charlie Hebdo et l’hyper marché Casher de Vincennes! il stigmatisait dans Croyance, les nombreuses et actuelles dérives religieuses. «Bien que je ne sois pas croyant, écrivait-il dans Le Monde, je me suis toujours intéressé à l’histoire des religions. Du point de vue anthropologique, c’est en effet un instrument d’étude unique : la religion est le domaine d’activité qui couvre le plus large éventail de comportements humains possibles, de la sainteté absolue à la cruauté totale. La religion nous en apprend beaucoup sur nous-même, sur nos frustrations, nos désirs secrets, nos regrets, nos ambitions… Et sur cette dimension surnaturelle qui nous manque cruellement et que nous nous sommes inventée. »

Philippe du Vignal

 

Amis, il faut faire une pause de Julien Fournet

 Amis, il faut faire une pause de Julien Fournet

 

© subsistances

© subsistances

L’Amicale, une coopérative d’artistes devait nous inviter à la table de sa cuisine, en novembre à La Bellone, un lieu de réflexion et recherche pour les artistes, danseurs et chorégraphes à Bruxelles. Autour de thèmes comme la solidarité, le rapport au public et le rôle de l’art par les temps qui courent. Comme la pandémie, cela les a mis sur la voie d’un « art doux »  avec  productions atypiques et formats modulables. 

Dans cet esprit, Julien Fournet nous propose de faire une pause dans un espace  où cuisent deux marmites au fumet agréable. Comme un animateur de Club Med’, Jean Le Peltier qui a construit le spectacle avec lui, accueille chaleureusement le public et se présente comme «guide des situations». En short et T.shirt blancs, assis sur un gros ballon de plage, il nous invite à «une plongée rocambolesque dans cette incroyable situation qu’est le spectacle!» Et il en compare le déroulé à une descente en kayak:  «C’est quoi, un spectacle? C’est comme un paquet de sensations qui nous soulèvent et qui entraînent une modification de notre perception du monde; il y a un avant, un pendant et un après. »

Pour illustrer cette métaphore, Julien Fournet, philosophe de formation, a demandé à Sébastien Vial des visuels qui s’articulent avec la scénographie d’Arnaud Verley dont une rivière surgissant en cascade de la montagne puis serpentant parmi les collines jusqu’à la plaine et au rivage marin… Comme des élèves en classe verte, nous sommes invités, après avoir quitté nos chaussures, à faire une petite sieste sur le plateau et à nous amuser avec des origamis et de la pâte modeler, en buvant une tisane. Une bande-son évoque la nature avec bruissements de la mer sur la plage et cris de mouettes…

L’auteur-metteur en scène aime les chemins de traverse et Amis il faut faire une pause répond à une commande.  On lui avait demandé une conférence sur le spectacle vivant qu’il a transformé en un parcours sensoriel ludique. L’acteur est convaincant quand il nous emmène dans une relâche amicale qui nous repose des tensions du monde extérieur et  nous y participons sans rechigner.

Julien Fournet veut questionner en filigrane l’avenir de la Culture et son rôle dans nos vies mais aussi la remettre au centre du débat. Son but premier étant de créer des liens. Avec cette sympathique récréation, il n’apporte pas de réponse mais offre simplement un partage d’expérience et nous renvoie aussi de façon ironique, à la pause infligée au spectacle vivant. Douloureuse, celle-là…

 Mireille Davidovici

Représentation pour les professionnels le 29 janvier, Festival Les Singulier.e.s au Cent Quatre, 5, rue Curial, Paris (XIX ème).

En février, Le Cent Quatre (sous réserve).
En mars, Château de Goutelas, Marcoux (Loire), Théâtre de Poche, Hédé-Bazouges (Ile-et-Vilaine).
En avril, aux Ateliers, Bruxelles (Belgique).

 

 

Entretien avec Esmée, magicienne

Entretien avec Esmée, magicienne

-Quel a été votre parcours ?

-A l’époque, j’étais comédienne et jongleuse. Je revenais d’un long voyage en Inde. Et un peu par hasard, il y a dix-huit ans j’ai reçu de mon amie Agnès Samsoën, une magicienne, un beau cadeau d’anniversaire : une initiation à sa discipline… Au début, je n’étais pas emballée et même dubitative mais en  pratiquant devant les enfants, j’ai vite senti quel en était le potentiel d’émerveillement et cela m’a beaucoup plu.

 -Qui vous a aidé?

Esmée la magicienne-C’est grâce donc à Agnès Samsoën, une élève de Dominique Duvivier, que j’ai pu commencer. J’ai eu aussi la chance aussi d’avoir les précieux conseils de Quoc Tien Tran puis j’ai rejoint l’association Magie à l’hôpital et j’ai participé à des stages avec Sébastien Bessières, Gaëtan Bloom, Benoit Rosemont, Peter Din, Sylvain Mirouf…
Mais j’ai eu aussi de sérieux coups durs! J’avais une colombe que je faisais apparaître; très apprivoisée, elle était devenue ma compagne de jeu mais a malheureusement eu un accident. J’avais plusieurs dates à honorer et il a fallu que je m’adapte et me réinvente. Et un jour lors d’un voyage, ma valise de magie s’est envolée mais je m’en suis rendue compte sur le lieu de ma prestation… Heureusement, j’avais un jeu de cartes avec moi et surtout plus d’un tour dans mon sac !

 -Comment travaillez-vous ?

-Surtout pour les enfants dans les écoles mais aussi dans les centres de loisirs, petits théâtres et chez des particuliers. J’interviens aussi régulièrement en close-up pour animer des banquets dans des lieux prestigieux.

-Quels sont les artistes qui vous attirent?

-Yann Frisch avec son numéro Baltass, du grand art! J’aime que la magie se mêle à d’autres disciplines comme le théâtre et la musique. J’apprécie beaucoup la magie de scène et suis très influencée par le cinéma burlesque et onirique de Charlie Chaplin et de Federico Fellini.

-Un conseil aux débutants?

-Ne jamais oublier que la magie est en chacun de nous et qu’il faut avant tout la développer. Et que, par la seule pratique répétée des techniques, nous devenons sûrs de nous: une chose absolument indispensable… J’aime le mélange des cultures, des disciplines et je même si la Culture la dénigre un peu, la magie a un grand atout : être une fantastique ouverture sur un monde qui nous dépasse et avec lequel nous devons essayer de nous reconnecter. Soyons les enfants de tous les possibles dans un monde à réinventer !

-Et à part cela?

-La musique: je joue de l’ukulélé et des percussions, j’aime le chant et la danse flamenco, la nature et avoir des relations avec les autres…

Sébastien Bazou

Interview réalisée le 20 janvier.  https://esmereve.wixsite.com/esmee

 

LES PLATEAUX MARIONNETTES 2021

 

Les Plateaux Marionnettes 2021

 Le Théâtre-Halle Roublot dirigé par Grégoire Cailles est à la fois un lieu et une compagnie implanté à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne) où il défend les arts de la marionnette avec, à la fois des créations et accueils de compagnies en résidence, des formations professionnelles et ateliers d’initiation. Grégoire Cailles propose des spectacles de grands noms et de jeunes talents pour enfants mais aussi pour adultes…

Après le succès des journées professionnelles l’an passé,  Grégoire Cailles a renouvelé cette expérience pour offrir un véritable soutien aux marionnettistes et renforcer la coopération entre ces trois Lieux-Compagnies Missionnés pour le Compagnonnage (LCMC) en Île-de-France que sont La Halle Roublot, Le Théâtre aux Mains Nues à Paris (XX ème) dont  Pierre Blaise est le directeur, avec une Ecole de l’acteur marionnettiste, des chantiers de création et actions culturelles. Et dirigée par Jean-Louis Heckel, La Nef-Manufacture d’utopies à Pantin (Seine-Saint-Denis) qui possède un grand espace de jeu et un atelier de création de marionnettes.

 Premier temps fort de ces journées professionnelles des 21, 22, 25 janvier et celle que nous avons pu voir le 26 au Théâtre-Halle Roublot, suivies en juin, de spectacles au Théâtre aux Mains Nues et en novembre, à la NEF-Manufacture d’utopies. Les compagnies sélectionnées par chacun des lieux peuvent rencontrer les programmateurs autour d’une création ou d’un projet en cours. Une journée riche et variée, impeccablement organisée par Grégoire Cailles et toute son équipe: théâtre d’ombres et de silhouettes, conte avec petits personnages mais aussi marionnettes portées à gaine et à ombres, ou sur table… Et en fin de journée, une courte présentation d’une étape de travail. Ces spectacles seront aussi joués cette saison ou la saison prochaine…

Un constat: l’art de la marionnette est de plus en plus associé à l’écriture théâtrale et au théâtre d’objets mais aussi à la danse, la musique et surtout aux arts plastiques : scénographie, images fixes ou vidéo, lumières parfois sophistiquées. En une cinquantaine d’années, les marionnettes auront acquis avec des formes très diverses ses parts de noblesse dans le théâtre contemporain. Sous l’influence, entre autres, de grands artistes comme Peter Schumann avec son célèbre Bread and Puppet ou le merveilleux Robert Anton -suicidé pour cause de  sida- qui avait inventé un théâtre confidentiel pour une quinzaine d’adultes. Ses poupées d’une dizaine de cms et ses scénarios d’une cruauté d’inspiration surréaliste, avec décervelage, tortures, etc. étaient d’une rare beauté.

Comme lui nombre de créateurs français sont passés par une école de Beaux-Arts. Dans Les Arts de la marionnette en France. Un état des lieux publié il y a quatre ans, Lucile Bodson, l’ancienne directrice de l’Institut International de la Marionnette et de l’École Nationale Supérieure des Arts de la Marionnette, souligne que cet art a connu en quelques décennies une accélération notable avec la création de cet Institut international en 1981, de l’École nationale supérieure en 1987 et du Théâtre de la marionnette à Paris. Pour Grégoire Cailles, marionnettiste hors-pair depuis longtemps, cet art possède de plus en plus un langage poétique, voire socio-politique.

Hématome(s) de Stéphane Bientz, mise en scène de Cécile Givernet et Vincent Munsch (tout public à partir de neuf ans)

© Cie Espace Blanc

© Cie Espace Blanc

Un théâtre d’ombres et  figurines en carton imaginé par la compagnie Espace blanc qui a pour thème le courage et le grand pouvoir de l’amitié avec des personnages emblématiques, servi par un beau texte. Trois enfants qui vont encore à l’école primaire ou au collège de huit ou treize ans, on ne sait pas trop… Il y a Tom, un garçon peureux livré à lui-même, qui s’ennuie et se balade sur une plage où il rencontre Ema, la solitaire. Elle parle moins que les autres et habite avec son père sur une île voisine encerclée par les marées. Il rencontre aussi Dilo, une petite fille assez autoritaire qui prend plaisir à le rudoyer…

Ces trois-là marqués par leur solitude, réussissent à faire une étrange bande et ils parlent, ils se parlent pour essayer de résoudre leur mal-être. « Moi mon père,  dit Tom, il ne peut pas me surveiller quand il est de service au sémaphore, évidemment, alors quand il est de repos, ou en permission c’est encore mieux, il m’apprend à faire plein de choses tout seul. Ça le rassure de savoir que je peux me débrouiller sans lui : cuire des œufs durs, neuf minutes; ôter le calcaire, vinaigre blanc; repérer une crevaison, plonger la chambre à air, dans l’eau. /Même si je préfèrerais qu’il soit là tout le temps, mais ça je ne le lui dis pas, je ne le lui dis pas, il pourrait penser que je suis une frousse. Alors que, non. /Parfois, mais seulement parfois, parfois j’oublie le visage de ma mère, plouf dans le rond de l’oubli, puits sans fond et alors j’ai peur, peur de complètement l’oublier. Ema serre fort la main de Tom. Puis la relâche. Elle fixe sa poupée Tatou : -Le samedi Tatou a peur qu’Ema disparaisse avant que chaque lundi ne recommence. Tom la regarde :-Tu peux dire à Tatou que je vous protégerai, alors. Dorénavant. » 

Mais un jour, Ema disparaît… Tom et Dilo avec une grande connivence veulent absolument la sauver «des griffes du dragon». On devine des choses que Stéphane Bientz sait avec délicatesse suggérer… Comme ce père assimilé à un dragon que l’on peut terrasser grâce à la musique, mais on ne vous dévoilera pas la suite de ce spectacle bien conçu et réalisé avec une  belle poésie. Rondement joué par Cécile Givernet, Jenny Lepage et Vincent Munsch, il fait penser à la fois à un conte pour grands enfants et à une bande-dessinée, fondé avant tout sur le récit à la syntaxe remarquablement travaillée avec répétitions, énumérations et ruptures. Et malgré quelques longueurs, on s’attache vite à cette histoire subtile sur la maltraitance des enfants et à ses personnages… Grâce aussi à un bel univers graphique signé Fred Bide et aux ombres réalisées par  Bruno Michellod. Si ce spectacle passe près de chez vous, ne le ratez pas; emmenez-y aussi vos enfants…

La pièce éditée dans la collection Théâtre jeunesse créée en mai 2009 par les éditions 34, pour enfants du primaire et collège mais pas que…

 La forêt ça n’existe pas de Kristina Dementeva et Pierre Dupont

 Des marionnettes sur table avec Toto, un petit singe et Bradi, un paresseux : mammifère d’Amérique du Sud aux longues griffes, presque toujours suspendu dans les arbres et se déplaçant avec lenteur. Ici deux complices enfermés dans une grande caisse verticale posée sur une table en bois étroite…

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Ils parlent beaucoup: de tout, de rien mais une question  mais sans espoir de réponse les tourmente: ne pas savoir d’où ils viennent. Ils s’interrogent sur le sens de leur existence et tournent en rond en parlant ou en jouant à des jeux pas très futés comme des êtres humains qu’ils ne sont pas… Mais on les sent unis par une grande tendresse. Comme souvent aussi les humains !

Un sketch brillamment interprété avec distance et humour par leurs auteurs, Kristina Dementeva et Pierre Dupont. Grâce aussi à la remarquable construction de ces marionnettes, le paresseux s’exprime comme si les phrases sortaient réellement de son grand museau. Même chose pour le petit singe mais peut-être à un degré en-dessous, la marionnette nous a semblé moins réussie.

Mais qu’importe finalement, elle et lui mais elle surtout qui manipule la marionnette du paresseux, discrète juste derrière la caisse effectue un travail tout à fait étonnant, à la fois technique et d’une profonde humanité… «Tout comme l’homme, disait Charles Darwin, les animaux ressentent le plaisir et la douleur, le bonheur et le malheur. » Ce que l’on voit bien ici: en quelque vingt minutes, la messe est dite et ce GRAND spectacle de marionnettistes, aura sans doute été le meilleur de cette journée…

Mauvaises graines, texte de Stéphane Bientz, mise en scène de Bruno Michellod et Stéphane Bientz

© Richard Chapuis

© Richard Chapuis (Les jambes de la vieille dame sont celles des deux interprètes)

La compagnie La Barbe à Maman, avec le même auteur qui assure aussi la mise en scène avec le créateur d’ombres d’Hématomes utilise à la fois des marionnettes portées,, à gaine sur table et de type bunraku (sic). Un peu dingues, en proies à la solitude, pauvres et/ou handicapées, les “mauvaises graines” ces vieilles femmes sont des exclues et en ont conscience :  “Le monde s’est coupé en deux et je me suis retrouvée du mauvais côté : celui des indésirables, comme ils disent.” Il y a là Suzette, vieille dame enfuie de son E.P.H.A.D., Loup, une schizophrène en proie à ses hallucinations. Mais il y a aussi  monsieur Claude, un clochard qui a disparu de  son» trottoir et Andie, qui cherche l’équilibre. Des esquisses de personnages joués par les auteurs et Pascale Goubert.

 Quatre séquences pour essayer de faire vivre ces exclus… Mais bon ici, rien n’est vraiment dans l’axe! Les marionnettes sont plastiquement loin d’être réussies, la mise en scène, sans rythme, fait du surplace, la scénographie assez prétentieuse ne fonctionne pas et on a le plus grand mal à s’accrocher à un scénario qui n’en est pas un. Reste à comprendre comment les deux auteurs d’Hématomes, un précédent spectacle si réussi ont pu bâtir une chose aussi approximative… Et même si c’est un travail en cours, on voit mal comment l’ensemble pourrait un jour progresser et trouver son équilibre.  La fabrication du théâtre a parfois des mystères insondables…

 Lisapo Ongé ! d’Hubert Mahela (à partir de six ans)

  C’est une sorte de voyage initiatique, comme de nombreux contes, au Congo, que raconte seul son auteur, originaire de ce pays… Avec un diction et une gestuelle impeccables, il a quelques petites marionnettes  sur une caisse et un djembé en bois creux recouvert d’une peu tendue avec lequel, par moments, il rythme son récit qu’il dit avec une voix grave. Hubert Mahela sait attirer la sympathie du public en donnant toute sa valeur au texte, ménageant des silences, toujours calme et souriant.

© Corentin Praud

© Corentin Praud

L’histoire est simple: «Dans le village de ma mère, il y avait une petite fille qu’on appelait Esengo. Elle était arrivée là un jour de grande pluie sans que l’on sache comment mais les habitants ne sachant quoi en faire, la confièrent à mama Mambweni qui avait la réputation d’être très gentille. » Ce qui ne se révélera pas vraiment exact et compliquera la vie de cette petite Esengo. Même si elle a un nom signifiant : vie joyeuse, il y a de mauvais esprits qui rôdent…

Elle rencontrera Nkoy la lionne et Ngando le crocodile- remarquablement sculpté- Il y aussi un coq qui chante et le soleil figuré par un miroir et des  rayons en cuivre. Cela peut paraître naïf mais c’est d’une grande rigueur d’une belle poésie sous une apparente rusticité avec juste quelques éléments de décor. En quarante-cinq minutes, Hubert Maala sait emmener son public là où il veut avec ce conte. Sans aucune prétention et avec un grand humour… Un vrai bonheur et, par les temps qui courent, cela fait le plus grand bien.

 En avant toutes, mise en scène de Zoé Grossot et Lou Simon (tout public à partir de douze ans): Travail en cours

CIE BOOM - En avant toute s © Frédéric CombeauCette très jeune femme enfonce le clou mais c’est indispensable : 18% des artistes présentés au Centre Georges Pompidou à Paris sont des femmes et  7%  au Musée d’Orsay ! Par ailleurs, 4% seulement des prix Nobel et 2% des biographies dans les manuels de seconde sont celles de femmes.

Zoé Grossot cite Pénéloppe Bagieu du Collectif Georgette Sand. «Enfant, je me souviens avoir été incapable d’envisager que dessiner puisse être un métier. Et je découvre.. qu’une femme faisait ça. Pour de vrai. C’était Mary Blair. Avant elle, cela ne me paraissait pas hors de portée ou trop difficile pour moi mais n’existait pas, tout simplement. »

  L’auteure et co-metteuse en scène présente des figurines en carton. « Je me reconnais, dit-elle, dans cette parole et je suis metteuse en scène, marionnettiste et directrice de compagnie, parce que j’ai vu d’autres femmes le faire avant moi. Je crois que les imaginaires collectifs transforment la réalité. J’ai longtemps pensé que, si pendant ma scolarité, je n’avais étudié presque aucun texte écrit par une femme, c’est parce que, jusqu’à très récemment les femmes n’écrivaient pas. Non qu’elles n’en étaient pas capables, mais parce qu’elles évoluaient dans un monde où cela n’était pas possible.

Et puis j’ai découvert le travail de Pénéloppe Bagieu et Aude Gogny-Goubert, du collectif Georgette Sand qui racontent l’histoire de femmes tombées dans l’oubli.» Zoé  Grossot rappelle ainsi qu’il y a eu nombre d’autrices, scientifiques, cheffes d’état, exploratrices, guerrières, musiciennes, artistes tout au long de l’Histoire et partout dans le monde… Ainsi Tomoe Gozen (1184-1247), une exceptionnelle samouraï japonaise. Elevée avec le chef de guerre Yoshinaka qui sera plus tard son amant, elle est un de ses principales généraux et dirigera au combat jusqu’à 1.000 hommes. »

« Phillis Wheatley (1753-1784), une poétesse américaine capturée à  sept ans au Sénégal et emmenée aux Etats-Unis pour y être vendue comme esclave. (Wheatley, nom de la famille qui l’achète). Fait exceptionnel : elle bénéficiera d’une bonne éducation avec les enfants de la famille, apprendra le latin et le grec. Et elle publiera son premier poème à treize ans et son premier recueil à vingt ans.

 Nellie Bly, une autre Américaine (1864-1922) devient à vingt-six ans, journaliste au Pittsburgh Dispatch et racontera la vie des ouvrières. Pionnière du reportage clandestin, elle se fait embaucher dans une usine de conserves puis comme domestique, et écrit des articles sur leurs conditions de travail. Et en 1887, elle se fait interner dix jours dans un asile pour femmes de New-York et parle de leur vie inhumaine. Elle réalisera aussi un tour du monde en soixante-douze jours en rencontrant au passage à Amiens, Jules Verne, auteur du fameux Voyage autour du monde en quatre-vingt jours.

 Nzinga (1583-1663), reine du Ndongo et du Matamba, fille du roi Kiluanji qui l’emmène encore enfant quand il gouverne ou fait la guerre. A sa mort, le frère de Nzinga hérite du trône et il l’enverra alors négocier avec les Portugais colonisateurs, le maintien des frontières. Elle exigera que personne ne soit réduit en esclavage. Quand son frère meurt, elle devient reine mais les Portugais ne respectent pas le traité. Elle modernise alors l’armée et les combattra jusqu’à sa mort. »

 *Zoé Grossot voudrait donner une visibilité à ces femmes  et proposer d’autres modèles féminins non stéréotypés.» Elle rappelle aussi que la sœur de Mozart était une très bonne compositrice qui s’est sacrifiée pour gagner de l’argent et ainsi faire vivre son frère, sur ordre de leur père. Et elle se demande combien d’autres femmes ont été oubliées, ignorées ou empêchées, et quelle autre réalité aurait pu s’écrire avec elles… Un travail en cours par une metteuse en scène passionnée qu’il faudra suivre.

Cette riche journée était pourtant comme les autres sans véritable public et réservée vu les circonstances à vingt professionnels, producteurs, diffuseurs et journalistes. Exclusivement, des femmes, sauf deux mâles dont votre serviteur: comprenne qui pourra… Grégoire Cailles aura réussi un coup remarquable. Proche de la retraite, il passera bientôt le relais à Cécile Givernet et Vincent Munsch, les metteurs en scène d’Hématomes...

Philippe du Vignal

Journée réservée aux professionnels le 26 janvier, Théâtre-Halle Roublot, Fontenay-sous-Bois (Val-de- Marne).

* Notre collaborateur expert en histoire de la magie Sébastien Bazou a effectué un travail de recherche sur les magiciennes depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours. « Tout un pan de l’art magique oublié, dit-il, et pourtant, il y a de quoi disserter dessus. »
Cet essai, actuellement en cours de publication par épisodes dans la revue Magicus jusqu’à la fin de l’année, sortira aux Etats-Unis ce mois-ci dans une édition spéciale de Vanish-International Magic Magazine (en anglais). Il sera ensuite publié en français sur ArteFake…

 

 

 

 

 

L’explosion de la haine sur les réseaux sociaux


L’explosion de la haine sur les réseaux sociaux 

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Le philosophe Daniel Bougnoux dans Le Randonneur sur le site du quotidien La Croix relate une expérience intéressante quant au rôle des médias aujourd’hui. Après la publication de son article sur La Familia grande de Camille Kouchner, des correspondants anonymes ont posté des billets venimeux sur Freud et la psychanalyse. Jakob Freud, père de Sigmund, aurait abusé de ses enfants, d’où les troubles hystériques de sa famille, etc… Ils s’appuient sur une lettre du 8 février 1897 de Sigmund Freud à son ami Wilhelm Fliess où il semble accuser son père d’inceste: il est encore alors persuadé à l’époque que l’hystérie est liée à un attentat sexuel souvent commis par un proche.

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Tous les psychanalystes qui connaissent un minimum l’œuvre freudienne le savent : quelques mois plus tard, Freud changera radicalement d’opinion, reconnaissant que TOUS les pères ne peuvent TOUS avoir abusé de leurs enfants, compte tenu du nombre très important de patients hystériques. « Je ne crois plus à ma neurotica», écrit-il à Wilhelm Fliess, le 21 septembre 1897. Cette lettre inaugure les découvertes futures de la psychanalyse. Même si l’on doit reconnaître le rôle des attentats sexuels réels dans de nombreuses pathologies, il faut aussi donner toute son ampleur à celui de la vie intrapsychique, au fantasme, c’est à dire au désir et aux mouvements pulsionnels dans l’édification des troubles de la psyché. 

Le changement radical de perspective amène Freud à reconnaître la place centrale du complexe d’Oedipe dans la vie imaginaire de l’enfant et de l’adulte. Telle est la position freudienne qui semble déranger à l’extrême les tenants d’une théorie purement factuelle qui accuse les pédo-criminels en montrant un enfant innocent, sans désir, sans fantasme ni pensées. Pour eux, le complexe d’Oedipe n’existe pas: c’est une invention absurde et perverse de Freud accusant cet innocent, déniant «la faute cachée du père» sans doute incestueux, minimisant ou ignorant le rôle dévastateur des traumatismes réels que subissent les enfants.

Inutile ici de polémiquer sur l’Oedipe. On le retrouve partout en clinique mais aussi dans notre littérature, notre théâtre et nos plus grands opéras. Freud connaissait Sophocle et Shakespeare; il comprit que la légende grecque était reprise dans Hamlet. Le dramaturge grec nous montre un Oedipe qui passe à l’acte mais aussi que nous référons à la folie, à la psychose. Shakespeare décrit, lui, un Hamlet paralysé et inhibé, ne pouvant agir, figure paradigmatique de la névrose et de l’homme aujourd’hui.

Cette guerre qui a maintenant cent ans, prend aujourd’hui des formes  très violentes dans certains médias qui s’autorisent toutes les insultes et tous les délires. Les réactions au dernier article sur l’inceste de Daniel Bougnoux en est un exemple édifiant: il faut lire les déclarations véhémentes d’un «Spartacus» et d’un «Léon» qui utilisent pêle-mêle les arguments décontextualisés que l’on trouve dans de nombreux ouvrages critiques comme le Livre noir de la psychanalyse de Catherine Meyer (2005), ou sur Internet, pour proférer indifféremment mensonges et insultes envers Freud et les psychanalystes. Certaines affirmations dépassent l’entendement tant la mauvaise foi et le manque d’information paraissent ici évidents. On en vient à penser que le délire est proche et qu’il faut plaindre ces esprits troublés, plutôt qu’argumenter en vain sur des propos absurdes qui expriment sans doute plus de souffrances personnelles que des arguments fondés.

L’extrême violence des réseaux sociaux est aujourd’hui inouïe. Colère et insultes s’expriment librement et la spirale de la vengeance risque d’emporter ceux qui s’y risquent. On peut et l’on doit aujourd’hui s’interroger sur la façon dont on s’exprime sur ces canaux, responsables d’une désinformation de masse et semblant avoir le rôle  d’empêcher de penser. Loin d’être des plateformes ouvertes à la réflexion et à l’argumentation, certains blogs sont aujourd’hui envahis par des tombereaux d’insultes et de haine qui rendent tout débat impossible. 

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Dans C ce soir sur France 5, ce jeudi 28 janvier, Plantu, qui vient de quitter le journal Le Monde, soulignait après la parution de ses dessins, l’importance des messages haineux publiés sur les réseaux sociaux où ne voit pas le visage de celui qu’on insulte.La journaliste Laure Adler lui a fait remarquer tout le poids de l’autocensure qu’il devait maintenant observer pour ne pas avoir à subir le sort des journalistes et dessinateurs de Charlie Hebdo ou celui de Samuel Paty !

Emmanuel Levinas montre combien voir celui de notre interlocuteur limite notre violence, en nous replaçant face son humanité. L’accès au visage est d’emblée éthique. Et l’absence de face-à-face déshumanise la relation à autrui sur les réseaux sociaux, ce qui autorise tout et devient vite un appel au meurtre. Arguments, raisonnements et vrais échanges disparaissent. Reste la haine, celle de l’autre, de soi-même et la tentation de meurtre…

Jean-François Rabain

 

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