Mariano Fortuny

Mariano Fortuny dans actualites fortuny

Mariano Fortuny, un homme de théâtre visionnaire.

 

 Mariano Fortuny, né à Grenade en 1871, était le fils du peintre espagnol mort à trente-six ans, Mariano Fortuny y Marsal qui appartenait à une famille d’artistes travaillant au service du roi  et de Cecilia de Madrazo.  Sa mère quitta alors Rome avec lui pour Paris;  dès son plus jeune âge, il  va grandir en fréquentant les ateliers d’Auguste Rodin, où il y découvre la sculpture. Il apprend également la peinture, sous l’influence de son oncle,  le peintre Raimundo de Madrazo, et,  à  neuf ans, réalise déjà une copie d’un tableau de Velasquez…
C’est en découvrant les ballets de l’Eden et ses coulisses, que naît
sa passion pour le théâtre. Il étudie alors l’électricité et l’optique pour l’éclairage scénique, et la  construction des maquettes de  décors  et costumes.  Il s’installera à Venise avec sa mère en  1889 au Palazzo Martinengo et se passionnera  pour  le théâtre et  l »opéra. Il découvre l’éclairage indirect et dépose en 1900 son premier brevet de «système d’illumination par la lumière indirecte » qu’il applique  la même année à l’opéra Tristan et Yseult créé à la Scala de Milan .
Par la suite, il mettra au point la célèbre coupole Fortuny. « Je construisis, dit-il, ma coupole en plâtre d’un diamètre de cinq mètres, où on projetait de la lumière indirecte et où on faisait ensuite défiler d’autres lumières colorées ; les effets de fusion, de mouvement et de variétés des teintes ne pouvaient que frapper les visiteurs».  L’ancêtre du cyclorama cher entre autres à Bob Wilson et à  de nombreux  scénographes était né. Fortuny invente aussi la première cabine de régie disposant d’une série d’interrupteurs  commandant les lumières selon les effets voulus.
Sarah Bernhardt et  Isadora Duncan sont ses plus célèbres ambassadrices, et il est admiré par le grand metteur en scène Adolphe Appia et par Gabriele d’Annunzio. Il travaille et vit au Palazzo Pesaro degli Orfei, devenu aujourd’hui  le musée Fortuny. Plissage, photographie, peinture, création et couture des costumes de théâtre, , menuiserie, gravure y avaient chacun un local.
Il rencontre à Paris en 1902,  Henriette Negrin qui  devient sa compagne  et sa collaboratrice pour  la création et la fabrication des tissus Fortuny qui le rendront  encore plus célèbre. L’héroïne de Marcel Proust dans La Prisonnière et dans Albertine disparue,  porte ainsi  des robes de Mariano Fortuny. C’est en 1907, qu’il  crée avec sa  femme les premiers tissus imprimés  pour  des vêtements  qui  furent  présentés à Berlin,  ainsi que  les châles en soie de la marque Knossos inspirés des céramiques crétoises.
En 1909, il dépose le brevet d’un appareil pour le plissage des tissus de soie puis crée Delphos, un vêtement féminin en soie  (dont le couturier Issey Miyake s’inspirera pour sa collection Pleats please en 1989).  En 1911, à l’exposition des Arts déco du Louvre,  il a un succès phénoménal avec sa collection de tissus et vêtements imprimés. La même année, il crée la société Mariano Fortuny et des boutiques vont alors s’ouvrir à Paris, Londres, Madrid,  New-York…
En 1922, il décide d’installer sa production sur l’île de la Giudecca près de Venise et d’y ouvrir une usine de fabrication. En 19 44,  il offre les décors représentant  la cité des Doges pour une pièce de Goldoni montée au Théâtre de la Fenice. Il lègue ses biens à son épouse et meurt chez lui en 1949.
En 1965, après le décès de sa femme,  la ville de Venise reçoit en héritage le Pesaro degli Orfei qui devient ainsi le musée Fortuny. Dans un des plus beaux palais vénitiens, on peut découvrir ses ateliers encore imprégnés de son esprit, ses meubles personnels, des centaines de toiles  de lui, ses dispositifs d’éclairage y compris les fameuses lampes Fortuny, des photographies, et quelques-uns des costumes de scène qu’il avait conçus.
Aujourd’hui, la direction de l’entreprise a été confiée à Giuseppe Ianno pour conserver l’exigence et l’état d’esprit de Fortuny, et son directeur artistique, Pietro Luneta, a pour mission d’en faire perdurer l’âme,  à travers des créations empreintes de l’esprit de ce visionnaire connu dans la cité des Doges sous le nom de « magicien de Venise ».

Nathalie Markovics

Fortuny.com  
Fortuny.visitmuve.it 


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Adieu Patrice Chéreau,

Adieu Patrice Chéreau,

Adieu Patrice Chéreau, dans actualites patrice-chereauPlutôt que vous infliger la n ième biographie comme il y en a dans tous les journaux, nous avons préféré vous donner les témoignages des critiques du Théâtre du Blog qui, pour la plupart, et depuis une quarantaine d’années,  ont vu presque tous ses spectacles.
Chéreau, que l’on ait aimé parfois davantage le metteur en scène que le cinéaste et l’homme, aura en tout cas marqué des générations de spectateurs. C’était une figure emblématique du théâtre français, dans ses mises en scène d’auteurs contemporains ou classiques…

Ph. du V.


 

 

 

Le dimanche 3 novembre, à 20h,  au Théâtre de l’Odéon, Paris.

De nombreux amis et  des proches qui l’ont accompagné  rendront un hommage à l’homme de théâtre, de cinéma et d’opéra. Avec amitié, tous viendront partager un souvenir, un texte…
La soirée sera ponctuée d’extraits de ses films et de documentaires sur son travail, ainsi que d’œuvres musicales qu’il aimait particulièrement.
 Entrée libre dans la limite des places disponibles.

Le film était à la fois osé, sordide, et  bouleversant …L’Homme blessé  était une descente dans les bas-fonds d’une sexualité qui ne pouvait  se montrer à l’époque. Patrice Chéreau a ouvert une plaie qui suintait la douleur et surtout il nous a présenté un merveilleux acteur, Vittorio Mezzogiorno.
Je n’ai jamais oublié ni l’acteur, ni la grande sensibilité de Patrice Chéreau, directeur d’acteurs…

Alvina Ruprecht,  correspondante de Théâtre du Blog, à Ottawa.

Je me souviens d’Hamlet et  de l’arrivée retentissante du spectre à cheval dans la cour d ‘honneur du Palais des papes de Gérard Desarthe et des autres comédiens. Je me souviens de Phèdre et la douloureuse fracture de Dominique Blanc,  seule au milieu des spectateurs des ateliers Berthier. Je me souviens de la folle énergie  des jeunes comédiens du Conservatoire national dans  Richard III à la Manufacture des œillets  à Ivry.
Plus récemment, je me souviens de son  salut, lorsque nous nous croisions au Théâtre de la Ville. Tous ces lieux, alors que  j’étais  en études théâtrales à la faculté de Nanterre ont marqué pour la vie, ma mémoire et mon lien de simple spectateur avec Patrice Chéreau.
Aucun mot ne sera assez fort pour exprimer notre manque définitif aujourd’hui…

Jean Couturier

On l’avait  connu aux Théâtre des Trois  Baudets  géré en 67 par Maurice Delarue de Travail et Culture; il y créait L’Affaire de la rue de Lourcine de Labiche, et nous,  avec le Théâtre de l’Unité,  on jouait Apollinaire à la guerre, le mardi,  jour de relâche.
Nous l’avions invité à dîner un soir à Meudon chez le père de Jacques Livchine. Il  y  avait  donné tous ses coups de fil sans aucune gêne, et déclaré que, dès qu’il pourrait, il laisserait « sa troupe actuelle pour embaucher de vrais comédiens »…
Nous avions vu ensuite  Les Soldats de Lenz à Chaillot au concours des jeunes compagnies, et je me souviens encore de Melly Touzoul, devenue l’épouse de Paul Puaux. Puis ensuite, nous étions allés en voiture, de nuit,  au Piccolo Teatro de Milan voir sa mise en scène de Splendeur et mort de Joaquin Murieta. Epuisée, j’avais un peu dormi, pendant le spectacle mais j’ai encore des images dans la tête. Et  j’avais tout de même réussi à publier un article.
D’autres souvenirs forts: son remarquable Dom Juan au Théâtre du VIIIème de Lyon. Comme  j’avais fait quelques réserves, il m’avait dit:  « Quand est-ce que tu arrêteras d’écrire des articles de merde dans ton journal de chiottes  ( c’était France Nouvelle)!
Encore quelques images: son très beau Richard II à l’Odéon avec Gérard Desarthe et La fausse Suivante aux Amandiers-Nanterre avec Jane Birkin,  et aussi Massacre à Paris de Marlowe  au Théâtre du VIIIe  et  Combat de Nègres et de chiens de Bernard-Marie Koltès à Nanterre.
C’était, je crois, un grand artiste, mais… pas une très belle personne.

Edith Rappoport

De quoi se souvient au juste, d’un si long parcours et dont nous avons pratiquement tout vu, sauf Wagner à Bayreuth! Alors, en vrac: D’abord Les Soldats de Lenz en 66, à la salle Gémier à Chaillot-il avait 23 ans!- qui allait obtenir le prix des jeunes compagnies. Coiffant au poteau et c’était justice, Jean-Pïerre Miquel qui l’avait très mal accepté…
Patrice Chéreau, alors très jeune metteur en scène, avait été élève au lycée Louis-le-Grand; ses copains étaient Jean-Pierre Vincent et Jérôme Deschamps! Si, si, c’est vrai! Il avait un sacré culot: mettre en scène une pièce quasi-inconnue en France, possédé d’une envie d’en découdre avec le théâtre  souvent poussiéreux de l’époque. Et il avait pris des risques, en recomposant le personnage principal de la pièce, une jeune femme très enrobée, dont tombaient amoureux les soldats.
Il nous souvient que Bernard Dort, grand critique et universitaire, notre ancien professeur, n’était pas très satisfait de ce traitement qui, selon lui , rendait moins crédible la pièce, mais le spectacle, malgré des défauts,  avait une énergie peu fréquente, et tout à fait prometteuse.
Je me souviens  de notre première rencontre dans un café pour une interview quand il répétait son très beau Richard II dans une des salles de l’ancien cinéma Gaumont,  place de Clichy. Pas très bavard, fatigué et terriblement anxieux, il disait cependant des choses très justes sur l’univers de Shakespeare.
Je me souviens aussi un dimanche après-midi, de son Dom Juan avec Marcel Maréchal dans l’ancien théâtre de Sartrouville (Yvelines) envahie de bruit parce que situé au-dessus d’un  marché couvert que l’on nettoyait, puis de Peer Gynt qui  nous avait séduit  par sa belle picturalité, mais ne nous avait pas entièrement convaincu, puis de son formidable Hamlet avec la remarquable scénographie de son ami Richard Peduzzi qui l’aura accompagné toute sa vie.
Je me souviens très bien aussi des Paravents de Jean Genet à Nanterre, brutalement interrompu par une panne de courant, et surtout de  Combats de nègre et de chien dans un génial dispositif bi-frontal de  Richard Peduzzi, avec une petite caravane sous une bretelle d’autoroute au Théâtre des Amandiers, et du trio Michel Piccoli, Philippe Léotard et Myriam Boyer. Je me souviens aussi de la radicalité et de la formidable jeunesse qu’il avait su redonner à La Dispute de Marivaux, à l’époque très peu jouée.
Richard Peduzzi est pour beaucoup, on l’oublie trop souvent,  dans les réussites de Patrice Chéreau. Dont une de ses dernières mises en scène, Rêves d’automne de Jon Fosse, avec des fausses/plus que vraies toiles de maîtres dans des salles de musée  parquetées où  le scénographe nous  avait servi de guide après la représentation.
Côté opéra, comme Christine  Friedel, je me souviens de la course à l’échalote pour avoir des places pour son remarquable Lulu à l’Opéra, où des étudiants mexicains avaient passé la nuit  dans leur hamac accroché aux grilles du théâtre pour être sûrs d’être les premiers à l’ouverture des guichets!
On le disait volontiers cassant et dur en affaires… Peut-être, mais il n’empêche: il avait défendu l’Ecole du Théâtre National de Chaillot quand son existence était menacée par Ariel Goldenberg, ci-devant directeur du Théâtre. C’est cette image que nous garderons aussi de lui!
Merci, Patrice Chéreau, pour le formidable coup de jeune, empreint de générosité et de compréhension radicale des textes que vous  aurez apporté au théâtre français. Une vie de critique dramatique au quotidien, c’est aussi celle des metteurs en scène qui nous accompagnent et que nous accompagnons.
Patrice Chéreau, une chose est sûre, faisait partie, et depuis très longtemps, de notre paysage mental et artistique.

Philippe du Vignal

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Qui n’aurait pas aimé son œuvre flamboyante, du théâtre au cinéma en passant par l’opéra ; la splendeur des images (Peer Gynt), la beauté des corps (La Reine Margot, Intimité),  la profonde compréhension des œuvres (Marivaux, William Shakespeare, Bernard-Marie Koltès, Jon Fosse …). Lui qui jouait, comme un peintre de la lumière et l’obscurité.
Mille images surgissent dans le kaléidoscope de notre mémoire. On se souviendra aussi de sa présence puissante et souple, quand il donnait lui-même corps aux textes, incarnant Richard ll, ou Dans la Solitude des champs de coton et, tout dernièrement, donnant vie au Coma de Pierre Guyotat.
Nous serons nombreux à nous rendre au Théâtre du Rond-Point à  partir du 15 octobre, pour voir Les Visages et les corps, mise en scène et interprétée par Philippe Calvario, et tirée du journal intime de Patrice Chéreau.
Il y livre sa vision de l’art; à l’automne 2010, il avait été  invité au musée du Louvre…

Mireille Davidovici


Mille images vivantes restent des spectacles de Patrice Chéreau,  qui ne sont pas de l’étoffe des rêves, mais d’une sacrée volonté de travail, d’intelligence, de beauté. De la vraie beauté, celle qui naît de la justesse, de l’exactitude, et du courage d’aller jusqu’au bout de cette exactitude.
Dans le kaléidoscope et la bousculade des souvenirs: le pont dangereux de La Dispute de Marivaux au théâtre de la Gaîté lyrique, le blanc glacé et passionné des Soldats de Lenz, le piétinement du cheval fantôme de Hamlet, le couloir de vide tendu entre les deux protagonistes de La Solitude des champs de coton de Bernard-Marie Koltès, Dominique Blanc dans Phèdre, la bagarre pour voir Lulu de Berg à l’Opéra de Paris (et je l’ai vue !)… Et tous les autres souvenirs qui sont, dans la mémoire des spectateurs, dans l’histoire du théâtre.
Parmi tous ces bouleversements, toutes ces admirations, j’ai choisi le Dom Juan de Molière qu il avait mis en scène à Sartrouville en 1969. Quatre ans auparavant, Marcel Bluwal et Michel Piccoli avaient donné un superbe coup de jeune à la pièce, filmée au bord de la mer et aux Salines royales d’Arc-et-Senans.
Patrice Chéreau, lui, était allé beaucoup plus loin. Son Dom Juan n’était pas un séducteur : affaire classée. Gérard Guillaumat, venu de la troupe de Roger Planchon, jouait un être errant, fatigué, au bout de sa liberté. Marcel Maréchal le suivait, Sganarelle ronchon et fidèle, en grand acteur fermement dirigé.
Roséliane Goldstein (qui jouait déjà dans Les Soldats ) était une Elvire mordue par le désir, pliée en deux par la brûlure de son ventre. À l’époque, on avait reproché à Patrice Chéreau,  sa misogynie.
Les paysannes, c’était Michèle Oppenot. Je ne me souviens que d’elle, en haillons, épuisée, avec la dignité de celle qui manque de tout. Patrice Chéreau avait osé une lecture radicale et sérieuse de la pièce. Par exemple, quand Dom Juan joue avec les mains de Charlotte et qu’elle les cache en répondant «Fi, elles sont noires comme je ne sais quoi », ce n’est plus une coquetterie en rose et bleu, c’est la dure vérité d’une fille brûlée par le soleil des champs, salie par la terre. On ne rit plus devant cette figure sortie tout droit des paysans de la Bruyère et de la misère du temps.
Il  s’était occupé de la vérité et de la force de Molière contre Molière lui-même, en supprimant l’humiliante scène de Monsieur Dimanche : allons, occupons-nous plutôt du peuple, de sa force de désespoir et de sa force de travail. Le décor–pour lequel Richard Peduzzi l’assistait pour la première fois- montrait les dessous de la scène, et la mécanique à bras, nécessaire aux prodiges. Le Commandeur était une poupée articulée, une admirable machinerie artisanale. C’était ça, la nouveauté bouleversante : pas d’illusion, le spectacle même de la fabrication du théâtre sollicitant, éclairant l’intelligence par le sensible.
C’est étrange d’écrire une critique quarante-quatre ans plus tard. Comment le souvenir peut-il être encore si précis? Pas seulement l’empreinte des «premières fois», mais aussi un moment d’extraordinaire éclosion du théâtre. Mais ceci est une autre histoire.
Pour aujourd’hui, nous ne remercierons jamais assez Patrice Chéreau pour le degré d’exigence et de beauté auquel il aura porté le théâtre.

Christine Friedel 

Je me souviens, avoir découvert  Bernard-Marie Koltès avec Dans la solitude des champs de coton, en 83, au Théâtre de  Nanterre-Amandiers qu’il co-dirigeait, dans la petite salle, aménagée comme un  hangar, sorte de no man’s land dans la pénombre, avec une scénographie en couloir latéral, où deux personnages s’affrontaient, l’un noir de peau, et l’autre blanc, appelés Le Dealer et Le Client.
Je me souviens d’un huis-clos théâtral aux monologues énigmatiques, interprétés par Isaac de Bankolé et Laurent Malet, pleins de provocation et d’agressivité, d’insolence et de sincérité, entre bluff et rapports de force dans les hostilités.
Je me souviens que l’obscur objet du deal, s’appelait désir. Je me souviens de séduction et d’intimidation, d’étrangeté, et d’une première phrase-clé : «Si vous marchez dehors, à cette heure et en ce lieu, c’est que vous désirez quelque chose que vous n’avez pas, et cette chose, moi, je peux vous la fournir ».

Je me souviens d’obscurité et de violence, de culpabilité et de souffrance, de dépendance, de sexe, et de non-dits.
Je me souviens de dépouillement et haute tension, d’altérité et de conflit, de combat philosophique et politique. «Alors, quelle arme ?» demande à la fin Le Client au Dealer.
Je me souviens d’un théâtre du sens, de force et de poésie, comme un opéra de Wagner…

Brigitte Rémer

 

Il est douloureux–comment ne pas se rappeler La Douleur de Marguerite Duras avec Dominique Blanc-d’admettre la disparition effective d’un ami de cœur, du vertige et du vide que provoque sa perte. Un sentiment de deuil.
Un metteur en scène de génie, avec la pleine connaissance de ce que ce mot veut dire, une sensibilité artistique encline au partage de valeurs universelles. La recherche généreuse de l’humanité, à l’écoute de l’autre – cet autre soi-même qui souffre existentiellement,  dès qu’il est au monde.
D’emblée, le personnage scénique est un être politique, social, économique, moral ; et au plus près de l’acteur, aussi un être de chair. Une réalité où intervient la griffe de Patrice Chéreau, un regard subversif porté sur un théâtre trop conventionnel qu’il va falloir bousculer. Le verbe poétique du dramaturge et le corps de l’acteur si proches avec des gestes et paroles mêlés car les uns ne vont pas sans les autres.
Je me souviens, jeune, de la reprise de La Dispute de Marivaux en 76,  au Théâtre de la Porte Saint-Martin, avec ce couple de jouvenceaux à peine vêtus de linge blanc, les cheveux épars, jouant dans l’énergie et la rage de leur désir de vivre et d’aimer, et pataugeant, comme par inadvertance, dans une flaque d’eau stagnante.
Je me souviens aussi de Loin d’Hagondange de Jean-Paul Wenzel, reprise ces années-là. Je me souviens de Combat de nègre et de chien de Bernard-Marie Koltès à Nanterre, avec un pylône de béton armé au milieu du plateau comme une bretelle d’autoroute dans un brouillard nocturne sous un éclairage glauque  de chantier, une vieille caravane abandonnée pour la femme (Myriam Boyer), les voix rauques des petits blancs incertains-Michel Piccoli et Philippe Léotard-et, dans la nuit, les travailleurs noirs qui venaient en criant, réclamer le corps d’un des leurs.
Un dialogue lancé entre générations et conditions sociales autres, contre les oppressions et toutes les formes d’exclusion, une posture propice à l’apaisement du sentiment de solitude, à travers une urgence à vivre et à comprendre, plaisir et souffrance confondus. La tension intellectuelle est nécessairement liée à la présence du corps et du désir qui en émane ou bien qu’il provoque, la reconnaissance absolue d’une présence au monde.
Je me souviens des Paravents de Genet,  dans une Algérie bruyante, colorée et odorante sur la scène des Amandiers, et dans la salle même, avec Maria Casarès,  Hammou Graïa, Jean-Paul Roussillon, Didier Sandre …
Je me souviens des ballets de rêve sombre, des danses verbales et gestuelles de harcèlement moral et sexuel, que fut Dans la solitude des champs de coton de Koltès, avec Laurent Mallet et Isaac de Bankolé en 87 à Nanterre, puis de nouveau avec Laurent Mallet et Patrice Chéreau en 90 à Nanterre encore, et encore avec Pascal Greggory et Patrice Chéreau à la Manufacture des Oeillets d’Ivry en 95.
Bref, le tournis poétique et chorégraphié d’une même œuvre scénique dont on ne peut se lasser. Je me souviens d’ Hamlet avec Gérard Desarthe en 88 dans la Cour d’honneur du Palais des Papes,  et de Phèdre, en 2000, avec Dominique Blanc et Éric Ruf.
Je me souviens de Rêve d’automne de Jon Fosse en 2010 avec Valeria Bruni-Tedeschi et Pascal Greggory  et de I am the Wind du même auteur, en anglais,  en 2011, au Théâtre de la Ville…
Aujourd’hui, à la Comédie des Champs-Élysées, sous la houlette de Danielle Mathieu-Bouillon, présidente de l’Association de la Régie Théâtrale, Bertrand Delanoë, maire de Paris, a remis le prix du Brigadier 2012/2013 à Didier Sandre, et un Brigadier d’Honneur à Jean Piat et Roland Bertin. Tous ont évoqué la disparition de Patrice Chéreau et plus particulièrement, Didier Sandre et Roland Bertin qui remercièrent, les larmes aux yeux, leurs maîtres, Jorge Lavelli et Patrice Chéreau…

Véronique Hotte

Nous publions ici des extraits d’un texte  de René Gaudy consacré à Chéreau.

Mai 66.  Un petit groupe stationne sur le trottoir devant le Théâtre des trois Baudets à Pigalle. Encore dans le rythme, la légèreté, la lumière crue, la plasticité du spectacle. C’est  L’affaire de la rue de Lourcine  de Labiche, mise en scène par un jeune inconnu.
Je suis là avec ceux qui font alors la critique théâtrale: Bernard Dort, Emile Copferman, Françoise Kourilsky, Renée Saurel, Raymonde Temkine. Il y a aussi le metteur en scène Hubert Gignoux. Quelqu’un lance : «Un nouveau metteur en scène est né ». Tous d’approuver. La force de l’évidence.
Aussitôt, tous nous faisons  ce  que nous avons  à faire, ce que Jack Lang, Bernard Sobel et  Travail et Culture  ont fait avant nous:  nous soutenons le jeune inconnu. Raymonde Temkine parle bien de cette découverte dans  Mettre en scène au présent.
Le maire communiste de Sartrouville, Auguste Chrétienne,  fait de même: il accueille le prodige et sa compagnie. Ainsi Patrice Chéreau rejoint pour un temps la petite noria des pionniers du théâtre hors les murs, Gabriel Garran, Bernard Sobel, Guy Rétoré, Raymond Gerbal, Pierre Debauche.
Les Soldats de Lenz tiennent les promesses du Labiche.  Tous nous étions «bluffés ». A la fois la jeunesse de l’animateur et de son équipe, l’insolence, la « méchanceté ».  Un style. Les SoldatsLa Cuisine d’Arnold Wesker  par  Ariane Mnouchkine et Le Théâtre du Soleil, le Bread and Puppet de Peter Schumann. Une autre façon de faire du théâtre. Les prémisses de mai.

Les papas de Chéreau

  Avec le recul,  on identifie mieux les composantes du style Chéreau. Un manteau d’Arlequin cousu à partir de  diverses pièces: chorégraphie de Jacques Garnier, costumes de Jacques Schmidt, lumière d’André Diot, décor de Richard Peduzzi.
Sans parler des comédiens Hélène et Jean-Pierre Vincent, Jérôme Deschamps… A l’arrière- plan, nous le savons maintenant, il y a un modèle, un «patron» : le Piccolo Teatro de Strehler avec son décorateur Damiani. Les Soldats de Patrice Chéreau «copient» l’esthétique de Barouf à Chioggia de Strehler/Damiani présenté peu avant à l’Odéon.  L’artiste a  le droit de copier,  le critique,  le devoir  de témoigner.
A l’époque, presque personne n’a noté la filiation, alors qu’un peu plus tard, il n’échappe à personne que  les chariots de 1789 viennent d’Orlando furioso de Luca Ronconi. Par la suite,  Patrice Chéreau ne fera pas  mystère de sa dette envers Giorgio Strehler. Après Sartrouville, il prendra sa suite à Milan.
(….)
Koltès
Heureusement, il y a eu Bernard-Marie Koltès.  En se couplant avec un poète,  Patrice Chéreau a trouvé modernité et rejoint le Panthéon des couples mythiques metteur en scène/auteur. Jean-Louis Barrault/Paul Claudel. Roger Blin/Samuel Beckett et Jean Genet. Giorgio Strehler/Goldoni et Pirandello.
Koltès l’Africain.  Combat de nègres et de chiens,  le dessous d’une autoroute en construction dans la jungle africaine, gigantisme de l’arche en béton, petite cabane de chantier, silhouette noire. Le tranchant nature/béton, noir/blanc, Europe/Afrique, exploiteurs/exploités…  Koltès le poète. « Dans la solitude des champs de coton ». Ivry, pas de fleurs dans cette ancienne usine d’œillets métalliques.  Murs de brique, lumière blafarde. Deux hommes dans la nuit.  Que me veux-tu ? Que veux-tu? De la drogue ? Du sexe ? Un peu d’humanité? Ambiguïté. Equivoque. Trouble. Le spectateur s’interroge. Le regard torve et perdu de  Patrice Chéreau. Débit saccadé, visage mangé de tics,  reniflement. C’était lui, vraiment. Nu. Dégagé de la gangue du décor,  pure présence du poète. 
A quelque temps de là, je le vois dans la caféteria de ce même lieu d’Ivry, devenu pour un temps  une annexe de l’Ecole des arts déco dirigée par Richard Peduzzi. J’ai envie de lui parler, est-ce qu’il va me reconnaître? Je m’approche, je dis sans réfléchir : «Il y a  longtemps que nous ne nous sommes  vus». Il répond: «Très ». Et s’éclipse. Je  reste avec ce « très ». Une seule syllabe.  Pas grand-chose. Mieux que rien,  après tout.
Disons que je suis fier que l’illustre après tant d’années ait reconnu l’ancien critique qui l’avait soutenu, quand il  débutait… 

René Gaudy

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C’est l’usine !

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C’est l’usine ! exposition-installation de Nabil Boutros

4_img_4250 dans actualitesLa résidence artistique de Nicolas Frize, à l’usine PSA Peugeot Citroën de Saint-Ouen où il travaille depuis plus d’un an, permet au compositeur de mener une expérience artistique singulière, mêlant plusieurs disciplines.
Grand témoin, Nabil Boutros, plasticien et photographe qui accompagne le musicien depuis le début du projet, s’en fait la chambre d’écho avec cette première restitution, sous forme d’images.
La seconde, création musicale de Nicolas Frize intitulée Il y a un chemin, ou Intimité, concert public donné dans plusieurs lieux de la ville, est programmée début 2014.
Que se passe-t-il derrière les murs austères de l’usine PSA Peugeot Citroën,  située en plein cœur de Saint-Ouen ? Ensemble, ils sont allés voir,  recueillir la parole, sentir, réagir,  et rencontrer ceux qui fabriquent les pièces. La direction leur a ouvert les portes, les travailleurs ont donné leur confiance.

C’est l’usine ! témoigne du monde ouvrier. En immersion totale et aux aguets, le photographe a observé les opérateurs en action, à leur  poste de travail, capté leurs gestes et mouvements qu’il ré-interprète par différentes méthodes de traitement de l’image. L’exposition-installation restitue sa traversée, livre ses trouvailles, ouvre sa boîte à idées autant que sa boîte à outils et fait la part belle à la place de l’homme face aux machines.
Le lieu d’exposition a l‘allure d’une usine. Au rez-de-chaussée les murs sont tapissés de papiers dessinés à la main et collés à la manière de papiers peints, qui en donnent la perspective et l’illusion. L’artiste a lui-même conçu et réalisé la scénographie et parle du lieu et du geste.
Une première série de photos en couleurs placées en hauteur, décrit la circulation animée à l’intérieur de l’usine, par superposition, décomposition des mouvements et démultiplication des personnes. La série  du dessous suggère les gestes des travailleurs, et une installation vidéo montre en gros plan leur précision, ainsi que l’objet en cours de transformation sur la chaîne en mouvement.
Au premier étage, dans un autre beau volume d’exposition, sont présentées les figures : une série d’images faites de graphismes et de photographies qui  souligne la place de la figure humaine dans l’univers rationalisé de la production. On dirait un univers de bande dessinée à la Peeters et Schuiten.
Des photographies de lieux, ou d’objets trouvés ça et là, sont posées en vis-à-vis, objets décontextualisés qui prennent la dimension de personnages ; plus loin, des ombres et objets de l’usine sont projetés dans la force de leur interprétation et de procédés photographiques complexes. Ils touchent au fantastique, au rêve, au poème et témoignent de la force créatrice de l’artiste, qui met en perspective ces objets en principe très ordinaires, ou trop précis. Et toujours, la présence de l’homme, comme cette série  de photos de gants de travail posés en fin de service sur les outils,  qui complètent les images défilant sur l’écran.
Cette écriture d’images avec ses pleins et ses déliés, le trait et la couleur qui dans l’usine fonctionne par codes comme le rappelle Nabil Boutros, humanisent le lieu de travail où se répètent et se superposent les gestes, où se concentrent les visages.
A partir d’un sujet aride et complexe, l’usine, le photo-scéno-graphe joue d’inventivité aussi bien dans l’habillage et l’interprétation de l’espace que dans la jonction du bas avec le haut où l’on accède comme au cœur d’un mastaba aux parois d’images imaginées à partir du réel.
Le geste artistique, dans son amplitude, les différentes techniques mises en action et concordance, la fidélité au sujet dans lequel il taille sa liberté d’expression(s), rendent compte de cet univers du travail, avec justesse, humanité et sensibilité.

Brigitte Rémer

Espace 1789, 2/4 rue Alexandre Bachelet, métro: mairie de Saint-Ouen ou Garibaldi, jusqu’au 15 février 2014, du lundi au vendredi, de 10h à 12h et de 14h à 17h30, samedi et dimanche, de 14h30 à 18h.

Voyage au pays des Lilikans

Voyage au pays des Lilikans dans actualites photo-2

 

 

Voyage au pays des Lilikans, le plus petit théâtre du monde : le théâtre Ten’

photo-1 dans actualitesLe plus petit théâtre du monde est à Moscou, et est devenu un théâtre d’état après avoir été le premier théâtre familial de la nouvelle Russie à la fin des années 1980. Honoré de neuf Masques d’or depuis sa création, il reçoit dans sa forme  à l’italienne,  au maximum six spectateurs.
Pas de billetterie pour les spectateurs qui sont considérés comme des invités privilégiés de ce lieu hors du temps, un vaste appartement  avec  plusieurs pièces dont un salon d’accueil des hôtes, où le thé et les petits gâteaux les attendent. Une comédienne va ainsi leur faire découvrir l’univers des Lilikans à travers son récit, ensuite elle invite ces spectateurs à se rendre au grand théâtre royal de Lilikani.
Comme pour la Russie, le spectateur a besoin d’un passeport qui lui est fourni et d’un visa tamponné. Nous découvrons alors un petit théâtre entouré de six chaises, au sol  recouvert de particules de liège pour mieux nous faire changer de repères. Pour cet authentique théâtre à l’italienne, tout est présent, l’affiche miniature du spectacle, le lustre central, le rideau rouge, l’orchestre dans sa fosse et les spectateurs habitants de Lilikani.
Nous suivons la représentation à travers les fenêtres du théâtre, la musique retentit, pour suivre l’action nous avons des oreillettes qui nous font entendre les commentaires en voix off. Le rideau se lève, de petites marionnettes à tige de la taille d’une phalange sont en place, le spectacle débute. Ce théâtre a un répertoire  qui va d’opéras d’une durée de quatre  à huit  minutes, de Carmen à Don Juan, au ballet classique, avec Casse-noisette, etc…
.  Anatoli Vassiliev y a créé un Misanthrope, et  le danseur du Bolchoï Nikolaï Tsiskaridze y a proposé un mini spectacle original en faisant jouer son propre pied gigantesque dans  ce cadre de scène de 25 X 35 cm. Chaque metteur en scène  peut proposer sa propre création. Cet après midi, nous avons découvert une histoire pleine de poésie et d’effets spéciaux, qui a reçu un «Masque d’or», imaginée  par Macha Litvinova et Slava Ignatov. Tout les artifices du théâtre à l’italienne du XIX ème siècle sont présents, des trappes s’ouvrent, les décors en perspective se succèdent, un monstre envahit la petite scène, (une marionnette à gaine en forme de tête de lion), la fumée envahit parfois le plateau.
Les petites marionnettes virevoltent avec une précision de manipulation extrême. A l’entracte, une boisson et un mini gâteau sont servis dans de la vaisselle de la taille d’un ongle. Le spectateur émerveillé redevient un enfant, et  l’animisme joue tout son rôle.  Maya Kranopolskaya et Ilya Epelbaum fondateurs de ce concept travaillent actuellement avec une dizaine d’artistes, alors que le plus grand théâtre de marionnettes de Moscou Obraztsov emploie  300 personnes…
La jauge réduite ne permet pas de satisfaire toutes les demandes. Afin de palier cela, il a été créé un théâtre ambulant à l’intérieur d’une camionnette, une scène à l’italienne avec ses dorures et ses parures rouges qui  accueille deux personnes pour des courtes séances d’Opéra.  Cette structure joue pour les festivals ou à la demande de municipalités, en particulier durant les fêtes de Noël. Ce concept est le plus exploitable pour les programmateurs, car le théâtre voyage avec son moyen de transport. Parmi leurs projets fous Ilya et Maya travaillent actuellement sur un cabaret Shakespeare qui serait joué à leur domicile, chaque spectateur attablé choisissant dans le menu telles ou telles pièces de l’auteur anglais, adaptées aux petites marionnettes.
Le théâtre Ten’ est un lieu à part de convivialité vraie, loin du gigantisme de la capitale russe.

Jean Couturier

www.tttttttttt.ru

Les trésors de la bibliothèque de la SACD

Les trésors de la bibliothèque de la SACD.

Les trésors de la bibliothèque de la SACD dans actualites affiche-sacd-logoAu fond d’une allée, à quelques encâblures de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD) fondée par Beaumarchais en 1777 pour que les auteurs perçoivent des droits, se trouve une bibliothèque, créée en  1829. Ses rayons furent enrichis douze ans plus tard par une acquisition de 13.000 volumes.
Bien qu’ouverte au public depuis quelques années, la bibliothèque est encore peu connue et mérite de l’être.Qu’y trouve –t-on ? Qui la fréquente ? Comment vivent les fonds ? Quel intérêt présentent ses archives ?
Pour répondre à ces questions, une journée d’étude a été organisée, rassemblant les bibliothécaires et des chercheurs du Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines (CHCSC), laboratoire de l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines. Outre les archives historiques de la Société, elle compte aujourd’hui environ 200 000 documents : 62 000 pièces, scénarii, partitions (dont 8.500 fictions contemporaines!); 45.000 programmes, dossiers de presse… Des lettres, autographes, gravures, photos, films…

Une véritable mine pour les chercheurs comme pour les artistes (auteurs, metteurs en scène, cinéastes) en quête d’éléments pour leurs futures réalisations. Un travail de fourmi pour les bibliothécaires. Les fonds se sont étoffés au fil des ans grâce aux œuvres déposées par les membres de la SACD. Les legs des auteurs et de leurs héritiers constituent aussi une de ses richesses. Pour exemple, les archives de Jean Vauthier.
Décédé en  1992, il a laissé derrière lui des brouillons, correspondances, projets divers réalisés ou restés dans ses cartons, et de nombreux livres annotés, ainsi que des manuscrits assemblés avec des pinces à linge de couleur ; la partie immergée de son œuvre enfin mise à jour ! Il a fallu la patience de la bibliothécaire, Florence Roth, et la collaboration précieuse de la donatrice, Monique Bertin, pour vider deux appartements, trier, identifier, choisir, classer. Soit  71 boîtes et 130 pages d’inventaire. Grâce à ce travail long et minutieux, l’inventeur du Capitaine Bada est enfin passé à la postérité. D’autant que, grâce à ces nouvelles sources, l’université d’Aix-Marseille a pu organiser un grand colloque pour le centenaire de la naissance de Jean Vauthier.
Depuis, ce fonds a permis de nombreuses expositions et rencontres qui contribuent à la pérennité de celui qui a  rêvé de « souder son siècle à celui d’Elisabeth », et  y parvint.

Autre exemple des richesses insoupçonnées de l’établissement, les archives Bernard :Tristan et ses trois fils dont le cinéaste Raymond Bernard. Grâce à un scénario retrouvé à la SACD, il a été possible de restaurer les Misérables réalisé par ce dernier en 1934 avec Harry Baur, Charles Dullin, Marguerite Moreno. Jusqu’ici la meilleure adaptation du roman de Victor Hugo.
Faute de temps, nombre de dépôts ne sont pas encore mis en rayons; l’archivage électronique viendra-t-il à la rescousse des bibliothécaires débordés, on peut en douter… Les supports électroniques  se dégradent en effet beaucoup plus vite que le papier ou la pellicule argentique et l’on peut craindre que le tout informatique entraîne des pertes irréparables. Il reste donc aux archivistes du pain sur la planche.

Mireille Davidovici

Bibliothèque de la SACD 5 rue Ballu du lundi au jeudi de 14 à 18 h et le vendredi de  14 à 17 h.   T: 01 40 23 45 20 bibliotheque@sacd.fr Pour en savoir plus, un moteur de recherche multi-critères permet des interrogations par auteur, titre, nombre de personnages, etc.

La Mécanique des Dessous

La Mécanique des Dessous, une histoire indiscrète de la silhouette,  scénographie de Constance Guisset .

La Mécanique des Dessous dans actualites thumb-la-mecanique-des-dessous-une-exposition-indiscrete-aux-arts-decoratifs-7355Théophile Gautier écrivait en 1858 : «L’on fera des salons plus grands, on changera la forme des meubles et des voitures, on démolira les théâtres ! La belle affaire ! Car les femmes ne renonceront pas plus à la crinoline qu’à la poudre de riz».
Depuis des centaines d’années, les « dessous » ont occupé paradoxalement  le devant de la scène.  C’est à ces artifices utilisés par les femmes et par les hommes du XIV ème siècle à nos jours, pour dessiner leur silhouette,  que cette riche exposition est consacrée.
   Mais la pénombre, qui donne au lieu une dimension magique, tout en protégeant de la lumière les pièces fragiles,  n’aide pas à la lecture des indications incrustées dans les parois en verre qui les protègent.
Dans une exposition essentiellement consacrée  aux parures féminines, cela commence par… la braguette rembourrée de la Renaissance, dont Montaigne disait que c’était «un vain modèle et mutilé d’un membre». Rembourrage en tissu ou proéminente braguette métallique intégrée dans les armures, font face aux corsets métalliques des femmes du 16 ème siècle destiné à donner  une belle taille.
Cette même fonction étant dévolue au pourpoint de l’homme ou au pourpoint espagnol féminin qui rigidifie la silhouette. Nous découvrons ensuite, quatorze mannequins avec des exemples de « corps à baleine » du  17 ème  et  18 ème siècle, un vêtement, qui se pose par dessus la chemise entourant le tronc des épaules aux hanches, pour ici encore, donner plus de rigidité au corps.
 Le corps à baleine surprend  car il est aussi destiné aux femmes enceintes et aux enfants !  Vers les années 1770, le corps à baleine s’enrichit de la robe à paniers, et  une  femme de  la Cour,  possède  une taille fine,  grâce à un jupon baleiné appelé panier qui étend  sa silhouette sur les côtés à partir des hanches.
Cinq robes à paniers sont exposées,  dont une étonnante robe à la polonaise qui, à l’aide de tirettes,  permet de retrousser en arrière les pans de la robe
. Un espace vidéo permet de redécouvrir des extraits de film dont Les liaisons dangereuses de Stephen Frears  (1988) avec de beaux exemples de robes à panier. Y fait suite un espace/essayage où fraise, bustier ou crinoline transforment les visiteuses en personnages d’une chorégraphie de Philippe Decouflé.
 Le deuxième étage de l’exposition, nous transporte sous le Directoire et le second Empire avec l’apparition de la crinoline, (un jupon baleiné), avec son évasement de la silhouette, d’autant que le corset crée une «taille de guêpe». Après 1870, la crinoline est remplacée par la tournure-dite aussi faux-cul-une protubérance du postérieur, qui donne à la femme un profil d’oie ! La suite de l’exposition est consacrée à la période 1900- 2013 avec l’apparition du premier soutien-gorge, jusqu’au push-up qui redonne du volume à de petites poitrines, en passant par les gaines des années 30.
Des vidéos de publicités évoquent cette évolution. Dans un coin, avant la sortie,  nous redécouvrons la parure masculine  avec le slip Kangourou, sa ceinture abdominale et ses très récents slips à rembourrage.
La dernière salle est passionnante comme l’ensemble de cette exposition: elle nous montre sur différents mannequins en tissu noir l’évolution de la taille féminine du XVIII ème  au XXI ème siècle. Il y a aussi un hommage aux grands créateurs de haute couture, Christian Lacroix, Jean-Paul Gauthier, Versace, etc…  qui,  par leurs créations,  ont tous fait référence à cette incroyable «mécanique des dessous».

Jean Couturier

Musée des Arts Décoratifs à Paris jusqu’au 24 novembre .

Concert, pour la Journée internationale de Nelson Mandela

Concert, pour la Journée internationale de Nelson Mandela, avec le KwaZulu-Natal Philhamonic Orchestra et la chorale communautaire de Clermont.

Concert, pour la Journée internationale de Nelson Mandela dans actualites nmdnodateC’est à l’ombre de l’imposante Marianne en bronze des frères Morice, inaugurée le 14 juillet 1883, que s’est tenu ce grand concert à ciel ouvert, en hommage à Nelson Mandela. Qu’imaginer de mieux pour cette personnalité hors du commun, si ce n’est l’ombre des trois allégories qui y occupent une place d’honneur : Liberté, Egalité et Fraternité ?
Une grande tribune a été montée sur la place de la République joliment rénovée, pour fêter la Journée internationale Nelson Mandela, qui est aussi la date de son quatre-vingt-quinzième anniversaire.
Plus de cent trente musiciens et choristes de toutes nationalités, venus à Paris dans le cadre des Saisons Afrique du Sud–France 2012 & 2013, ont donné pendant deux heures trente un prodigieux concert, sous la baguette de Laurent Petitgirard.
Au coucher du soleil, une marée d’auditeurs-spectateurs assis à même le sol et beaucoup d’autres debout, ont suivi le parcours commenté de manière fort sympathique, par le chef d’orchestre, et les lumières de scène, petit à petit, ont pris le relais.
Après La Force du destin de Verdi en introduction, beau symbole en soi, on a entendu en première partie Ushaka KaSenzangakhona, un poème épique écrit par Themba Msimang et composé par Mzilikazi Khumalo, retraçant, à travers la carrière mouvementée du roi Zoulou Shaka, «l’histoire du peuple zoulou vue par le peuple zoulou». Solistes, choristes et orchestration tenaient, tour à tour ou tous ensemble, le rôle du narrateur.
La seconde partie comprenait des extraits de La Trilogie de Mandela, sur un livret de Michaël Williams et une écriture musicale d’Allan Stephenson, Mike Campbell et Peter Van Dijk. Même ferveur et intensité, entre de magnifiques solistes en dialogue avec le chœur,  et la brillante interprétation de l’orchestre.
nokia-1-026 dans actualitesAprès ces épisodes liés aux héros d’Afrique du sud, des arrangements furent proposés, de Haubrich et de Bosman, ainsi qu’un adagio de Khatchaturian.
Un final fulgurant, avec Yvonne Chaka Chaka, connue dans toute l’Afrique et surnommée la «Princesse Africaine», qui s’est produite pour plusieurs chefs d`Etat, dont Mandela,  et qui a fait swinguer toute la place de la République.
Pleine d’entrain, elle fait la synthèse des chants choraux xhosa, zulu et sotho, des musiques rurales, du ragtime et du blues. Le rythme qu’elle apporte et sa joie de vivre furent, ce soir-là, contagieux, sans oublier le «happy birthday» chanté pour Madiba-Mandela.
L’ovation finale et les rappels, à l’attention des instrumentistes, de noir vêtus, des choristes, habillés de blanc, des solistes, tous remarquables et du chef, en disait long sur un public qui ne voulait pas, malgré l’heure tardive, quitter la République. Laurent Petitgirard a alors spontanément offert sa baguette à un confrère chef d’orchestre sud-africain, qui, de main de maître, a dirigé l’hymne de son pays. Belle émotion, belle fraternité.

Brigitte Rémer

18 juillet, Place de la République, Festival Paris quartier d’été. www.quartierdete.com

Saisons Afrique du Sud – France : www.france-southafrica.com,

Festival d’Avignon: La FabricA

Festival d’Avignon: inauguration de La FabricA.

Festival d'Avignon: La FabricA dans actualites avignon-s-agrandit-naissance-de-la-fabricam115413Le festival d’Avignon ne disposait pas de lieu de répétition et de résidence pour les compagnies qui y créent des spectacles, disent Vincent Baudriller et Hortense Archambault, et dès leur premier mandat il y a presque dix ans déjà,  les deux directeurs ont tout fait pour que le lieu devienne réalité.
Conçue par l’architecte Maria Godlewska-qui a réhabilité  les Théâtre de Bayonne et de Cusset-et le scénographe Thierrry Guignard, et inaugurée le 6 juillet, La FabricA a été construite à un kilomètre environ des remparts, à l’intersection des quartiers populaires de  Monclar et Champfleury.
Habitants de barres d’immeubles et des petites maisons,  super-marché Leclerc auront donc pour nouveau voisin ce très bel ensemble architectural aux faux airs d’architecture industrielle,  réalisé après seulement un an de travaux: soit une surface  plus de 3.900m2, avec  un belle salle rectangulaire de 900 m2 aux dimensions de la scène du du Palais des papes, et  des locaux techniques attenants de 400m2,  et une série de dix-huit logements…
Le grand cube noir de la salle: 38m X 23 m avec une hauteur sous grill de 12m et des passerelles tout autour  est impressionnant de  rigueur et de fonctionnalité.  Sagement rangés sur un des deux plus petits côtés,  des plates-formes rétractables de  six cent sièges  attendent aussi  le public. Hiver comme été… Il y a aura aussi bientôt, à l’issue d’une deuxième tranches de travaux, des ateliers de construction. Coût total: 10 M  €, hors taxes, financé à parts égales par l’Etat, la ville d’Avignon, le Département et la Région.
Côtés studios: l’extérieur tout en bois, est réussi  mais mieux vaut être discret quand on rentre le soir; on se croirait chez Ibis dont l’architecture n’a  jamais  été exemplaire! Tous les studios à plan carré d’environ 18m 2 donnent en effet sur une passerelle extérieure au premier étage, laquelle donne sur un beau patio! Au rez-de chaussée, là aussi discrétion obligatoire:  il y a une grande  cuisine et une salle-à-manger. Comprenne qui pourra. Maria Godlewska a sûrement de bonnes raisons mais elles doivent être plus esthétiques que fonctionnelles.
Une fois entré dans le logement, on a le droit d’aller dormir sur la mezzanine si l’on consent à monter- et à en redescendre!- par une échelle de bateau:  très amusant pour des ados mais les comédiens plus âgés devront se contenter du canapé en bas sinon le Samu sera vite débordé…
La FabricA, comme l’a rappelé Aurélie Fillipetti, dans un discours  laborieux, truffé de lieux communs et de stéréotypes visiblement écrit vite-fait par un de ses collaborateurs,  a plusieurs vocations: d’abord d’être un espace de répétitions et de résidence , un lieu de représentations mais aussi un lieu de rencontre entre les artistes et les habitants.
Michel Vauzelle, président de la Région, a, lui, souligné que le théâtre avait  valeur de résistance face aux dangers de le numérisation tous azimuts et que ce nouvel outil de travail en symbolisait bien l’esprit.
Tous les intervenants ont remercié Hortense Archambault et Vincent Baudriller, qui furent chaleureusement applaudis pour le travail exemplaire qu’il sont assuré pendant dix ans à la tête du plus important festival du monde. Vincent Baudriller  succèdera à René Gonzalès récemment décédé, à la tête du Théâtre Vidy-Lausanne et,  elle,  rejoindra Stanislas Nordey « à la tête d’un lieu important ». Traduction: le Théâtre National de Strasbourg.
Et on ne peut que que se réjouir qu’Avignon soit maintenant doté d’un tel lieu de travail (quelques années tout de même après le Festival d’Aurillac),  et dont Vilar disait que c’était ce qui manquait le plus en Avignon. Il y  aura quand même fallu près d’un demi-siècle!
Restent quelques questions soigneusement écartées pour ne pas nuire à la fête de famille. Au-delà des formules toutes faites: » projet exemplaire, requalification urbaine des quartiers Ouest en mutation, mutualisation des moyens, lieu de vie et de création, espace à dimensions humaines, rencontres entre  les artistes et le public, diffusion de spectacles, équipement culturel dans la cité, contact avec la création », on en passe et des meilleures dans ce cortège de louanges, rien n’a été dit sur les véritables relations entre ce nouveau lieu et les habitants de ces quartiers »….
Il ne faudrait en tout cas pas qu’ils le considèrent comme une enclave réservée ou presque à d’autres, plus fortunés. Dommage,  par exemple, que madame l’architecte n’ait pas, semble-t-il, pensé à mettre en place quelque chose qui ressemblerait à un café ouvert à tous…
Attention, danger! Olivier Py, quand il arrivera dans quelques semaines au gouvernail du Festival, ne pourra faire l’économie de la question! Pas facile….
Comment faire pour que ces quartiers trouvent aussi leur compte dans l’implantation de ce nouveau lieu? Visites guidées, voire ateliers de théâtre ouverts à des gens dont on peut être sûr qu’il n’ont  jamais vu les spectacles du festival, dont le  public  reste  en majorité extérieur à la ville d’Avignon…  Peut-être, mais cela ne sera pas suffisant.

  Il y a, en  tout cas, urgence, par les temps qui courent, à ne pas faire dans une programmation élitiste, et il serait normal que le festival soit davantage ancré dans la population  avignonnaise…

Philippe du Vignal

 

La FabricA, avenue du Président Eisenhower, Avignon.

L’intermittence en question

L’intermittence en question dans actualites 143-manifestation_d_intermittents_en_2003

A quelle sauce vont-ils être mangés ? L’intermittence en question

 Une assemblée générale d’information s’est tenue le 17 juin au théâtre de la Colline, à l’appel d’un comité de suivi composé de : CGT Spectacle, Coordination des Intermittents et Précaires, Fédération des Arts de la rue, Société des Réalisateurs de Films, SUD Culture Solidaire, SYNAVI, SYNDEAC, Syndicat des Musiques Actuelles, UFISC.

Les informations les plus contradictoires circulent au sujet du régime d’assurance-chômage des métiers de l’audiovisuel et du spectacle. D’un côté, la Cour des comptes lui attribue un déficit d’un milliard d’euros. De l’autre, le rapport Gille dément catégoriquement ce déficit. Ce député, à la suite d’une étude très précise, fait en outre observer  » la charge que constituerait l’attribution du revenu de solidarité active aux intermittents du spectacle si ceux-ci étaient exclus de l’indemnisation du chômage « . Fort de ce rapport, Michel Sapin déclare que le régime est pleinement légitime. Que les intermittents du spectacle ne représentent que 100.000 allocataires, soit 3% des chômeurs indemnisés. Pour le ministre du travail,  » il y a une forme d’incompréhension de la logique même du système assurantiel. »
Incompréhension, certes, il y a, dans  l’opinion publique, relayée par la presse, qui considère les intermittents comme des privilégiés, sans connaître la réalité des métiers du spectacle et de l’audiovisuel et la précarité de ceux qui les exercent.
Il s’agissait d’évoquer les prochaines négociations relatives à l¹assurance chômage et spécifiquement aux annexes 8 et 10 qui doivent se tenir d’ici la fin de l’année 2013. De dresser un état des lieux et de proposer une plateforme commune de revendications, à savoir : annexe unique pour les artistes et les techniciens ; indemnisation sur 12 mois pour 507 heures travaillées en 12 mois ; plafonnement du cumul salaires et indemnités.
Jusqu’à présent, le gouvernement ne s’est pas positionné sur les principales revendications de cette plateforme.
Cependant, les récentes communications ministérielles, les préconisations du rapport Gille, laissent à penser que l’Etat se satisferait d’un statu quo. La Cour des comptes propose, elle,  de durcir les conditions d’accès,  voire de supprimer l’annexe des techniciens ; le M.E.D.E.F, lui, verrait d’un très bon œil la fin de ce régime jugé « trop généreux « , à l’instar du F.M.I et de la commission européenne !
Or la situation est déjà catastrophique : les règles de l’assurance-chômage sont obscures depuis la disparition des Assedic spectacle: les textes sont complexes et les agents de Pôle emploi mal informés. Un soupçon de fraude pèse en permanence mais, malgré les fréquents contrôles, seulement 3% de fraudes ont été relevés. Quant aux « permittents », ils ne représentent que 4% des intermittents. Fragilisés, isolés, fustigés, les intermittents sont plus contrôlés que leurs employeurs
et renoncent souvent à se battre contre le harcèlement de l’administration. Ainsi, comme les autres bénéficiaires de l’assurance chômage, moins d’un intermittent sur deux se voit indemnisé.

Sans compter la fonte des budgets de la culture tant de la part de l’Etat que des collectivités territoriales qui ont d’ores et déjà une incidence sur l’emploi dans un secteur où les deux tiers des salariés ont le statut d’intermittent. Les petits lieux sont les premiers à disparaître et on assiste au délitement progressif d’une structure sociale et associative.
La partie risque donc d’être serrée à l’automne, aussi le comité de suivi envisage-t-il plusieurs actions : lecture d’un texte au lever de rideau pendant les festivals pour informer le public ; rassemblements à la date des négociations. Pour commencer, il accueillera la marche des chômeurs, à son arrivée, le 6 juillet car, même s’ils bénéficient d’un régime spécifique lié à la spécificité de leur travail, les intermittents ne doivent pas rester isolés ni se distinguer des autres chômeurs.

 Mireille Davidovici

Pour en savoir plus et suivre l’actualité  www.syndeac.org;  CGT spectacle : www.fnasac-cgt.com Site intermittents et précaires d’Ile-de-France : www.CIP-IDF.org et apport Gille : http://www.assemblee-nationale.fr

Genesis

Genesis de Prune Nourry.


Genesis dans actualites photoAutour de la Biennale de Venise qui a lieu jusqu’au au 24 novembre, l’Alliance  Française et The Invisible Dog Art Center de New-York ont donné carte blanche à Prune Nourry pour un  nouveau projet. Vingt-huit ans , diplômée de l’école Boulle, Prune Nourry se sert de  la sculpture, de  la photographie et de la vidéo pour traiter de questions de sociologie et d’éthique  mêlées d’inspiration religieuse, et vit aujourd’hui à Brooklyn. Performeuse, elle avait ainsi abandonné ou détruit ses sculptures sur les toits de Paris et dans la rue, pour qu’elles aient une deuxième vie.
En 2011, Prune Nourry avait  dénoncé, avec son exposition Holy Daughters, la fragilité de la condition féminine et les avortements sélectifs en Inde  comme l’ont rappelé de récents faits divers, avec des sculptures de petites filles à tête de vache sacrée, qu’elle a exposées dans des espaces publics aux regards des hommes. Elle a aussi détourné la fête de Holy River destinée à magnifier la fertilité et fréquentée par une majorité d’hommes,  en général ivres, en y faisant participer des petites filles.
Au printemps dernier, à Paris, la maison Bernardaud, créatrice de porcelaines, a  demandé  pour célébrer ses cent cinquante ans, à une douzaine d’artistes contemporains, dont Prune Nourry et  à un photographe de rue  J. R. de créer  un service de table: “Je te mangerai dans la main”.  Les mains représentant pour elle, l’outil le plus essentiel de l’homme.
Le 14 juin prochain,  elle  sera à Venise au casino Venier, célèbre  architecture du 18ème siècle et  siège de l’Alliance française, pour une  performance chorégraphiée de  trois heures,  autour d’une barre de pole-dance, sur une musique de Vivaldi, avec Katsuni, célèbre actrice franco-vietnamienne de films pornographiques. Avec pour  thème, un détournement de la statuaire italienne classique.
Prune Nourry défend toujours la cause des femmes,  qu’elle  travaille en  Chine, en Inde,  en Europe ou aux  Etats-Unis.  Elle traite de la sexualité et de ses ambivalences,  notamment avec cette chorégraphie qui risque de surprendre! Une dégustation, assortie à la performance,  sera offerte au public, mais de quel ordre? Le mystère reste entier.  
Entre provocation et dénonciation, la frontière est en effet très mince…

Nathalie Markovics

www.prunenourry.com
www.afvenezia.it

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