De la scène à la rue: lieux multiples, art unique

De la scène à la rue, lieux multiples, art unique…

Jean Digne, Pascale Goetschel, Fabien Garnier et Jean-Marie Songy étaient réunis pour affronter la question autour d’Arnaud Balme, journaliste qui les mettait sur le grill. Pour Jean Digne qui a lancé la génération des arts de la rue en  70 avec Aix,  ville ouverte aux saltimbanques, l’instinct théâtral se révèle dans des espaces insolites. Pascale Goetschel,  historienne, rappelle le sens civique de l’art hors-les-murs,et  pour elle, l’art et les lieux sont liés.
  Jean-Marie Songy, directeur du festival d’Aurillac fait remarquer que l’inspiration de l’espace n’est pas anodine, et que  le théâtre n’est devenu un bâtiment qu’il y a seulement …trois siècles. Fabien Granier, lui, administrateur du  Footsbarn, compagnie née dans la campagne de Cornouailles, précise qu’ il n’y avait aucun théâtre dans la région voilà quarante ans,  et que le Footsbarn continue à voyager à travers le monde en alternant  ventes de ses spectacles et représentations au chapeau,  non pas par choix mais par nécessité…
  Jean Digne, quand il était directeur de l’Association Française d’Action artistique (devenu l’Institut Français), avait affrété un cargo pour Le Royal de Luxe, Philippe Genty, la Mano Negra etc…; le cargo a ainsi  emmené La véritable Histoire de France. Le spectacle a ainsi circulé  en Amérique du Sud, de port en port. On avait pu voir défiler un Napoléon ridicule à la tête de son armée, sur Le neuf de Julio, immense artère de Buenos Aires.
Jean Digne précise que  » les théâtres à l’italienne servaient surtout à la haute société pour  boire du champagne dans les loges, avoir une double vie et vagabonder… Le mot rue me fatigue, il est trop restrictif. À Aix-en-Provence, il y avait une Maison de la Culture, mais c’est la ville qui était devenue elle-même une Maison de la Culture.
Il faut aller dans les endroits interdits! Les affiches de mai 68 ont généré du théâtre sans les paramètres de tristesse.. Il faut partager l’espace public avec l’espace privé, le théâtre doit venir là où on ne l’attend pas ! Les zones piétons ont été installées pour faire chic, il faut remplir ce vide. Il faut utiliser les échelles visibles et invisibles de la ville ».

  Jean Digne avait organisé une caravane culturelle en Provence-Côte d’Azur où plusieurs centaines de personnes débarquaient dans des villages de 3.000 habitants. C’était, dit-il,  une subtile subversion qui avait du sens…Depuis le théâtre de rue et ses festivals ont beaucoup perdu de leur sens et ne représentent plus la diversité ! Il faut chercher là où la vie vous tend les bras, engager des discussions avec la Fondation SNCF qui fait des appels d’offres pour les gares. Les gradins de Marseille valent bien ceux d’Odessa… »
Jean-Marie Songy, lui,  n’oppose pas les différentes manières de faire du théâtre. Il aime fréquenter les salles  où l’on peut s’abandonner et s’endormir. Dans la rue, on est pris par l’air, les intempéries, la chaleur et le bruit, et  l’on n’a jamais la bonne position. On choisit la complication pour pouvoir attraper tout le monde. La période post-68 a donné beaucoup d’énergie. Songy rappelle que « les Actionnistes Viennois ont placé  leurs revendications humanistes à travers la mise en risque des corps et une subversion insupportable aux yeux de certains. Nous devons, nous, répondre à l’architecture contemporaine. A la façon des Indignés à la Défense, la rue, c’est le lieu où l’on donne rendez-vous aux gens pour manifester. Aurillac, ville de 30.000 habitants accueille 100.000 personnes pendant Éclats, festival de cinq jours. On se bouscule dans les rues,et  la bataille se livre au niveau de la prise de parole dans la ville. Et personne n’a envie que le Festival s’arrête ! Il faut jouer dans des lieux habités, Le Monfort en est un, comme le Boulon de Valenciennes, lieu de diversité d’espaces ».
  Fabien Granier travaille, lui,  à Montluçon  avec Le Footsbarn, « où l’on rencontre toujours les mêmes gens. La compagnie, dit-il, gagne de l’argent dans des lieux officiels pour pouvoir faire des tournées dans les salles des fêtes de l’Allier avec des spectacles cabaret. Mais une enquête a révélé que nos publics n’avaient vu qu’un seul spectacle en trois ans…
La Cartoucherie, l’Espace périphérique de la Villette,  sont des endroits vides sur  cadastre qui ont tendance à disparaître peu à peu. Nous aimerions bien en trouver  davantage et nous sommes donc amenés à jouer de plus en plus sur les parkings de supermarchés. Les élus sont un peu frileux  sur la question du cadastre.
Mais L’avenir proche est plutôt radieux après deux années catastrophiques. Notre désir de théâtre est intact, mais nous sommes inquiets du développement effrayant des villes en Europe. Le pire, ce sont les voisins qui nous tuent autant que les architectes. Il ne faut pas perdre de vue l’urgence qu’il y a à mettre la population en relation avec le théâtre ».

  Pascale Goetschel rappelle l’action de Firmin Gémier en 1911, qui avait réussi à conquérir un public dans les campagnes, loin des snobs et des coteries.
Un débat a suivi avec une intervention de la présidente de la Fédération des arts de la rue qui rappelle « qu’ils sont victimes de leur succès, qu’il faudrait des saisons des arts de la rue, réinventer le festival d’Aurillac pour retrouver les habitants. L’association Hors les murs devrait permettre ainsi un décloisonnement du paysage artistique. Il faut organiser le désordre… »

Edith Rappoport

Lundis du Grand Palais, 25 juin juin 28 2012


Archives pour la catégorie actualites

Melos-tempo

Melos-tempo dirigé par Marc Togonal et Le Théâtre de l’Unité.

Aubades, sérénades, infiltrations poétiques, occupations illicites en tout genre, pas de micros, pas de sonos… avec la participation du conservatoire de musique du Pays de Montbéliard et le soutien de la Ville d’Audincourt.
“De l’aube au crépuscule, de la musique douce, douce, douce”… c’est une vraie profession de foi réalisée par  deux équipes qui ont mis toute leur énergie créatrice dans un dialogue avec les « petites gens », riches en humanité et  qui n’adorent pas le veau d’or. A 7 heures du matin, ce 21 juin, on pouvait voir les huit musiciens de Melos Tempo,  à l’arrêt des bus,  perchés sur des promontoires interpréter du Tchaïkovski, pendant que la brigade rouge d’intervention poétique du Théâtre de l’Unité s’allongeait par terre devant le flot des gens qui partaient au travail déconcertés par cette tentative de ralentissement du monde ! Pendant que les  musiciens jouaient de grands morceaux classiques, la brigade entrait dans les bus pour en sortir aussi vite, hélait les voitures pour les faire ralentir, se couchait sur des capots, quelques fumeurs goguenards écoutaient surpris, d’autres ne tournaient pas la tête sauf quand La fanfare des Grooms montait dans les cars. Ils  écoutaient alors, surpris La Petite Musique de nuit de Mozart..
La brigade partait ensuite pour une aubade à la poste centrale d’Audincourt, puis entonnait un chœur de chants orientaux et suivait le facteur Laurent Schwarz pour sa tournée en vélo dans la rue principale, pour dire des poèmes de Prévert dans des salons de coiffure, ou chanter dans une banque. On pouvait  suivre au Super U, à Intermarché et chez Grand Frais, cette brigade rouge qui conduisait une file de caddies  ou faisait la queue aux caisses en entonnant une chanson devant des clients et des caissières réjouies. À Super U, le responsable de magasin  sans doute inquiet d’une chute possible des ventes, faisait grise mine.
On partait ensuite pour le beau quartier rénové des Montanots. Beaucoup d’enfants couraient sur la belle pelouse centrale, et  Marc Togonal jouait  du violon devant les fenêtres ouvertes des maisons et pour les promeneurs assis sur les bancs. Il y  avait ensuite un bon repas  et une  maman avait apporté d’excellentes crêpes pendant  chantait un chœur d’enfants de la maternelle voisine.
Puis on partait pour l’ usine Faurecia, où 800 employés fabriquent des pare-chocs pour le monde entier; usine très surveillée:  il fallait suivre une certaine Émilie sur un parcours précis, et en ne dépassant pas  les lignes blanches !
Puis,  ce fut l’Ouverture de La Traviata de Verdi et La Valse de Chostakovitch (bien connue grâce à une pub) jouées sur une pelouse pendant la pause des chercheurs de l’usine , puis  des chansons des Beatles et d’Offenbach devant  l’atelier 60, quand  les ouvriers  faisaient eux aussi leur pause. Sur une chaîne de montage, résonnaient  les mêmes musiques; belle émotion: cela rappelait le climat des  usines occupées en 1968… Une ouvrière avouait n’avoir jamais vu ça en quarante  ans de maison !
On repartait pour la rue centrale où Marc Togonal jouait du violon en visitant des jardins . On pouvait aussi assister à un concert de clarinettes à Litrimarché, puis suivre deux violonistes  sur le bateau d’un sauveteur en mer, le long du Doubs. Le ciel devenait menaçant, il fallait repartir vers l’Hôtel de Ville où  un podium était dressé, avec un piano abrité par un auvent. L’orage éclata en effet,  et le public se réfugia dans l’entrée, pour entendre un concert de violes de gambe par l’ensemble de Belfort-Montbéliard .D’autres orchestres ont aussi joué du Borodine, etc…
Pour clore la soirée, avec le beau temps revenu, on a pu apprécier l’orchestre junior d’Audincourt accompagné d’un choeur d’adultes, puis un émouvant ensemble à cordes des enfants des Buis, (un an seulement de formation collective!), garçons et filles de moins de dix ans en grande tenue, concentrés sur leur instruments, dirigés par leur jeune chef Vincent Nommay dansant avec sa baguette. L’Alleluia de Haendel retentissait entonné par un chœur d’adultes,et les familles enthousiastes de ces enfants d’émigrés étaient enthousiastes. Melos Tempo a entamé un travail exceptionnel d’irrigation musicale dans la région,  avec un festival encore modestement soutenu à Saint-Hippolyte. Ce  travail de formation très prometteur a trouvé une belle alliance avec le Théâtre de l’Unité présent depuis 1991 dans la région. La fête de la musique avait  retrouvé ici son sens originel !

Claude Alexandre

www.net1901.org/association/ASSOCIATION-POUR-LE-DEVELOPPEMENT-ARTISTIQUE-MELOS-TEMPO

Ventes de Folie (suite et fin)


Ventes de Folie (suite et fin) dans actualites image002Un grand nombre de nos lecteurs ont été attentifs à notre précédent article; aucune vente de costumes de scène, n’avait en effet connu autant d’engouement et de passion, depuis que l’Opéra de Paris en 99, avait vendu une partie de son stock de costumes, dispersé dans une scandaleuse cohue qu’aucun responsable de   la chose  n’avait prévu…
Aucune cohue lors de ces trois journées de vente aux enchères de la collection d’Hélène Martini, ancienne directrice des Folies Bergère, grâce à la remarquable organisation de la maison Bailly-Pommery et Voutier. Et ce n’est pas une fièvre acheteuse qui a créé cette atmosphère, mais une réelle passion de la scène et d’un mythe que le public a partagé, dans un grand moment d’émotion. Tout d’abord dans ce lieu magique qu’est le Palais de la Bourse puis dans un vaste entrepôt de la ville de Bagnolet.
Nulle présence, semble-t-il, du Centre national du costume de Moulins lors de ces trois journées ! Comme si le music-hall qui a porté l’art de la scène française au-delà des frontières était un art mineur ! Les collections de l’Opéra de Paris ou de la Comédie-Française, entre autres, sont conservées et présentées régulièrement au Centre national du costume. Mais pour quels visiteurs, vu sa situation géographique,  à l’écart de l’agglomération de Moulins ! Costumes bien protégés, mais qui ne revivront sans  doute  plus jamais sur scène…
Ici, ceux qui ont été vendus sont pour beaucoup assurés d’avoir une autre vie, grâce aux acheteurs français ou étrangers. Quel bonheur que de voir une jeune compagnie acquérir des portants entiers de costumes avec un réel engouement ! Ou un monsieur de quatre vingt ans repartir avec quelques tenues de scène, plein de rêves anciens dans la tête…
Une partie du patrimoine des Folies-Bergère a  aussi été préservée, grâce aux achats du Musée des Arts Forains ou du Moulin-Rouge qui a acquis le rideau de scène à paillettes rouges, dessiné par Erté, pour 23.125 euros, le prix le plus élevé; une robe-fourreau, copie d’un modèle porté par Joséphine Baker: 1875 euros;  une robe-bustier et un boa jaune 875: euros; un ensemble de robes léopard 1063 euros. Et la vente des deux premiers jours avait déjà totalisé 413.212 euros !
Des créateurs de mode, en acquérant certains lots, sont venus chercher ici de nouvelles inspirations… Philippe Decouflé, lui, est reparti heureux avec une sérigraphie d’Erté. Tous les participants: acheteurs ou simples spectateurs auront en tout cas vécu un moment unique. Ces costumes ont en effet une mémoire et une part d’animisme enfouie en eux, ce qui a sans doute, pendant quelques heures, réveillé la scène des Folies-Bergère, hors de son espace d’origine, dans une bulle de légèreté et d’insouciance.

Jean Couturier

 www.bpv.fr

Vente de Folie

Vente de Folie

Vente de Folie dans actualites FBA un moment où les hommes politiques, plus déprimants les uns que les autres, vous demandent de renforcer leurs pouvoirs en déposant votre bulletin de vote, on pourra revivre la frivolité et le superflu des Folies-Bergère, aussi léger qu’une plume, à l’occasion de l’exposition-vente qui aura lieu dans l’ancien temple de la finance, le Palais Brongniart à Paris. Des crinolines, des robes à paillettes: en tout,  6000 costumes, mais aussi  des affiches, des programmes de spectacle, des dessins d’Erté (estimés de 500 à 2.000 euros), et des partitions musicales seront donc mis en vente.
Mes Nuits sont plus belles que vos jours de Raphaëlle Billetdoux, est en quelque sorte le résumé de la vie d’Hélène Martini, ancienne directrice de cabarets parisiens et maîtresse du lieu de 1974 à 2011 qui met donc en vente son patrimoine. Durant trois jours, le public pourra venir respirer l’âme d’un lieu unique, dont  la scène accueillit Maurice Chevalier, Mistinguett, Fernandel ou l’unique Joséphine Baker qui, en 1926, y fit scandale en dansant habillée d’une simple ceinture de bananes.
Corsets, chapeaux, chaussures fabriqués à la main sont accessibles dès vingt euros. L’exposition se poursuivra pendant la vente; ce qui nécessitait un grand et bel espace, d’où le choix de l’ancien Palais de la Bourse. Jules Renard disait « Ajoutez deux lettres à Paris: c’est le paradis »; les Folies-Bergère faisaient partie de ce lieu mythifié par les poètes il y a bien longtemps …

Jean Couturier

Palais de la Bourse du 8 au 11 juin
http://www.art-et-communication.fr

Grand prix international du disque lyrique Orphées d’or 2012

Grand prix international du disque lyrique Orphées d’or 2012

Grand prix international du disque lyrique Orphées d'or 2012  dans actualites orpheeL’association de l’Académie du disque lyrique a procédé le 14 mai à sa remise annuelle des Orphées d’or, prix destinés à couronner les meilleurs enregistrements de musique lyrique. Sous la présidence de Pierre Bergé, la cérémonie s’est déroulée à l’auditorium Olivier Messiaen.
Très remarqué, le label polonais Dux a remporté l’Orphée attribué à un éditeur pour l’ensemble de ces productions. Il a aussi été honoré du prix Charles Münch pour L’Opéra Omnia de Mikolaj Zielenski. Spécialisée dans la musique classique polonaise, cette maison fondée en 1992 s’est imposée dans la diffusion des œuvres de compositeurs polonais, encore trop méconnus et rarement interprétés, à l’exception de Chopin et du trio contemporain : Penderecki, Lutoslawski et Gorécki. Le chant issu de la tradition orale, glorifié dans Chants d’Orient et d’Occident par Rachid Ben Abdeslam, a reçu le Prix spécial.
Dans le domaine de la musique contemporaine, Laurence Equilbey, à l’occasion de la sortie de Best 20 Accentus s’est vue décerner l’Orphée Spécial. Patricia Petibon a été sacrée meilleure interprète pour la Lulu dirigée par Michael Boder. D’autres cantatrices ont été aussi décorées : Renée Fleming pour l’album Poèmes, Véronique Gens pour Tragédiennes, Nino Madchaidze pour le meilleur récital d’airs d’opéra Romantic Arias, et surtout Sara Mingardo pour l’enregistrement de l’œuvre intime et désespérée de Mahler, les Kindertotenlieder.
Un Orphée spécial a été décerné à la cantatrice Anja Silja, en sa présence, pour ses prestations exceptionnelles sur les scènes mondiales. La personnalité de Leyla Gencer illustre cantatrice turque qui avait commencé sa carrière en même temps que la Callas a aussi été évoquée. Légende du chant, Leyla Gencer est désormais connue mais par un nombre restreint de spécialistes et de musicologues. Moins sulfureuse et scandaleuse que la Callas, devenue alors l’icône de l’art lyrique, Gencer resta quelque peu  dans l’ombre.
La soirée aurait pu être laborieuse sans les interludes musicaux et la présence charismatique de Jordi Savall à la fin de la cérémonie . Le maître de la musique baroque a témoigné de ses quarante sept années passées avec sa muse Montserrat Figueras, cantatrice à l’humanisme éclairé, touchée par la grâce, délicate et inspirée, disparue en 2011. Montserrat Figueras, le timbre le plus pur du répertoire de musique ancienne et, de toute évidence, la voix de l’émotion…

Rosa Ferreira

Opéra Bastille, 14 mai 2012.

Un jour de 8 mai 2012

 

Un jour de 8 mai 2012 dans actualites NS-FH-045

 

Un jour de mai 2012

 

« Cédons lui ce pouvoir que je ne puis garder » Phèdre de Racine. Drôle de pays qui met en scène involontairement la passation de pouvoir le jour où nous commémorons la fin de la deuxième guerre mondiale qui a coûté tant de vies humaines. Très belle dramaturgie que même les auteurs les plus féconds ne pouvaient imaginer.
Le tout avec une certaine bonhomie, quelques serviteurs zélés de chacun des deux camps, enjoués et affables, d’autres plus sévères et déjà ailleurs. Ainsi évolue ce pays entre comédie et drame.
Un pays républicain qui fait vivre ses hommes de pouvoir dans des palais dorés. La comédie politique, les électeurs la connaissent depuis longtemps, le drame certains le vivent déjà, d’autres vont peut être le découvrir ou pas ! Harold Pinter  dit  dans : Art, vérité et politique: « La majorité des hommes politiques à en croire les éléments dont nous disposons, ne s’intéressent pas à la vérité mais au pouvoir et au maintien de ce pouvoir. Pour maintenir ce pouvoir, il est essentiel que les gens demeurent dans l’ignorance, qu’ils vivent dans l’ignorance de la vérité, jusqu’à la vérité de leur propre vie. Ce qui nous entoure est donc un vaste tissu de mensonges ».

Jean Couturier

 

NS-FH-080 dans actualites

SOIRÉE POUR CASSANDRE

Une soirée pour Cassandre.

La revue Cassandre qui vient de publier un très beau numéro 89 À lire en cas d’urgence a organisé une rencontre avec ses principaux complices, artistes, philosophes, journalistes, au Théâtre Montfort, beau lieu de vie, animé avec originalité par Laurence de Maghalhaes et Stéphane Ricordel .Cassandre y avait fêté ses 15 ans à l’automne dernier en compagnie de nombreux artistes amis.
Cette fois devant un plateau tonique, nous n’étions qu’une centaine d’aficionados séduits par un très beau plateau. L’ineffable Christian Paccoud souvent compagnon du verbe de Valère Novarina clamait à l’accordéon et sans micro ses chansons splendides qui rythmaient cette soirée présentée par Nicolas Romeas et Valérie de Saint-Do.
  Plusieurs penseurs, philosophes et artistes eurent des paroles souvent exprimées dans Cassandre : Roland Gori évoqua la démocratie véritable, distribution égalitaire de la pensée et critiqua la religion du marché où seuls comptent les chiffres, ce gouvernement au cœur métallisé qui nous inflige des désirs qui nous affligent : “Face au chiffrage de la vie, nous sommes le chiffrage des rêves”.
  Julien Blaine clama :”C’est ridicule, nous sommes ridicules, c’est à gerber : l’art et la littérature sont des maladies endémiques de la France. Comment trouver des insultes convenables ? Insultez Guéant en le traitant de Sarkozy ! Ils nous infligent des désirs qui nous affligent “. On entendit retentir le verbe d’Henri Michaux “Je vous construirai une ville avec des loques, moi !” clamé à l’accordéon par l’auteur des Petites théories jetables.
Puis Jean-Claude Amara,  le fondateur du DAL qui avait accueilli Cassandre un temps sans logis, poète infatigable dans les luttes, chanta avec Paccoud, lui aussi sans micro. Didier Calleja qui retrouvait Blandine Scelles  fit une tentative infructueuse avec une bizarrerie sonore que le micro fit échouer. Mais l’enthousiasme revigorant du public salua la grande poétesse qui poursuit son combat inlassable.

Edith Rappoport

http:wwww.horschamp.org

interview d\’Edith Rappoport pour les 15 ans de Cassandre du 30 juin 2011

Le poème, terre de la langue arabe

Le poème, terre de la langue arabe

Pour une anthologie de la langue arabe

 

 

« J’ai construit un mur immense pour me séparer de mon peuple : certains ont pensé que j’avais peur et que je cherchais la protection d’un mur, mais ces imbéciles n’ont pas imaginé que j’aime mon peuple et que ce mur sert à le protéger de ma colère ». Zakaria Tamer, Ecrivain syrien vivant à Londres. 22 février 2012.

La quatrième et dernière édition de Le poème, terre de la langue arabe est, pour la seconde fois consécutive et en écho aux révolutions du Moyen-Orient, mobilisée par l’actualité.
Trois soirées, trois programmes donnent à entendre de nouveaux poèmes à l’encre à peine sèche.La Syrie s’impose aujourd’hui comme une évidence. Le message poétique est précédé d’un message politique,  en présence de l’actrice et militante, Fadwa Suleiman, arrivée quelques jours auparavant de Homs, via la Jordanie sur la défensive , et avec l’aide de la France.
Avec quelques intellectuels, elle s’était rendue à Homs dès le début du siège et fut considérée là-bas comme quelqu’un de normal, y compris dans les quartiers conservateurs musulmans : » Le peuple m’a adoptée, protégée, ils ont vu que je partageais leur sort, les tirs, l’eau et le sel, tout ». Sa tête a été mise à prix (cinq millions de livres syriennes) et la sécurité de ses proches menacée mais elle témoigne et vient porter leurs messages devant le monde.
L’Association Souria Houria,  qui soutient la révolte du peuple syrien, L’Appel d’Avignon à la solidarité avec le peuple syrien lancé l’été dernier,  et l’Odéon-Théâtre de l’Europe, ont organisé cette rencontre-débat qui vise à révéler, au-delà de ce que rapportent à gros traits les médias, la réalité des combats. Engagée au tout début de la révolte avec une poignée d’autres amis et dès les premières manifestations de Damas, Fadwa Suleiman appelait à une révolte pacifique. « Combat perdu  aujourd’hui « , dit-elle. « Le peuple syrien a voulu refuser les armes, il s’est trouvé abandonné face à la machine de guerre et contraint de passer de l’autodéfense à des actions offensives ».
Si le gouvernement et les partis religieux cherchent à déstabiliser la société syrienne et tentent de récupérer le mouvement, Fadwa Suleiman confirme que les protestataires syriens appartiennent à toutes les communautés du pays. Son acte de foi : « La Syrie, pays porteur de civilisation, s’est soulevé pour la liberté, la libre expression, la démocratie, l’Etat de droit. Sa détermination est forte, il est prêt à payer le prix fort ».
Elle lance un appel aux intellectuels, aux artistes, pour être aux côtés du peuple syrien, aux côtés de la liberté et pour s’opposer aux politiques qui montent les peuples les uns contre les autres :  » Je rêve d’un temps où les peuples se retrouveront loin des politiques. Je rêve d’un monde sans combat, sans mort, sans tuerie, sans violence « .
Ses contacts avec les réseaux d’intellectuels et d’artistes dans le monde la désigne naturellement comme interface pour l’Association des artistes syriens, constituée comme force d’opposition. Elle affirme être à la recherche d’un lieu emblématique à Paris, pour que la Syrie libre puisse culturellement exister, un lieu de rencontre, de rapprochement, un lieu pour la paix, « loin de la culture imposée par le régime », consciente qu’il faut aussi « faire tomber le régime à l’intérieur de nous. La guerre, poursuit-elle, a engendré une nouvelle écriture, de nouveaux styles en dessin, littérature, poésie, chansons, en dépit de la répression  de  toutes les formes d’expression ».
Rendez-vous est donné par Emmanuel Wallon, universitaire engagé pour le soutien à la Syrie, mardi 17 avril, jour anniversaire de l’indépendance du pays, pour une manifestation nommée La vague blanche (voir  ci-dessous). Au-delà de la couleur-symbole, le blanc, cette vague, geste pacifique de résistance, signifie qu’elle doit s’étendre à d’autres villes, à d’autres pays ; et montrer que l’opinion internationale n’en peut plus d’être ce témoin passif et qu’un jour, les assassins devront être jugés.
Après cet Appel de Fadwa Suleiman face au drame syrien, apostrophe indirecte aux candidats à l’élection présidentielle française, un moment fort précédant les lectures, la quatrième édition du Printemps arabe s’ouvre à l’Odéon. La lecture chorale du poème de Mahmoud Darwich, Si nous le voulons et sa mise en musique rattrape le spectateur là où il en était resté lors de l’édition précédente.  » Nous serons un peuple, si nous le voulons, lorsque nous saurons que nousne sommes pas des anges et que le mal n’est pas l’apanage des autresNous serons un peuple lorsque nous respecterons la justesse et que nous respecterons l’erreur « .
Un canapé, deux pupitres, une chaise pour le joueur de oud et compositeur, Moneim Adwan. Une actrice de langue arabe, Hala Omran qui a aussi participé à la préparation du spectacle, et deux acteurs de langue française : Arnaud Aldigé, debout au pupitre, donne des repères  sur les événements, comme un conteur et Jean-Damien Barbin, en duo avec la comédienne, marque le tempo. Les textes sont en arabe et en français;  la conception et mise en scène sont de Wissam Arbache.
Malgré les drames sous-tendus par le contexte politique, les trois soirées sont enlevées, à la fois graves et bon enfant, chargées d’émotion et néanmoins joyeuses. Textes et musiques, contemplations poétiques, blagues et témoignages se succèdent, doublés parfois d’images, caricatures et dessins, petits films, rapportés des différents pays accomplissant leurs révolutions, au Moyen-Orient. Le salon Roger Blin de l’Odéon est plein, attentif et concentré.Hala Mohamed, écrivaine syrienne est présente :  » Le temps n’est plus aux gerbes de myrte »,  écrit-elle. « Une stèle après l’autre, il abat les sépultures et ne veut en garder qu’une seule pour lui « .
Les statuts type Face book interpellent :  » Dites à la liberté que nous sommes venus  » ;  » Et si la liberté était notre enfer ? «  ; « Un oiseau dans la main vaut mieux que dix sur la branche « . Abdel Aziz Mohamed, d’Egypte écrit :  » Nous pensions que nous en avions fini avec les soucis .La lune n’est pas complète dans le ciel, cette nuit « . Hazem Al Azmet, de Syrie :  » Dans un matin époustouflé de printemps, les assassins sont encore libres, là-bas « . D’autres poètes :   » Le paradis ? Un peu plus loin  » ; « La vague a dit…  » ; « Attends-tu que ta révolution saute par la fenêtre ?  » ; « Le présent est un œil dont les prunelles ont été amputées « . « Je parcourrai cette longue route jusqu’au bout de moi-même « .
Un autre poème de Mahmoud Darwich, Plus rares sont les roses, succède aux recommandations du Manuel du tyran arabe pour les Nuls, d’Iyad El Baghdadi, savoureux et tragique. La voix des femmes avec des chants populaires à Damas,  le visage caché pour ne pas être reconnues, apportent de l‘humanité et la séquence  a été  filmée,  » La mort plutôt que l’humiliation  » ; « Laisse mon sang devenir rivière « .
Chanson égyptienne adressée par la révolution égyptienne aux Syriens :  » Comme les vagues de la mer, mes blessures ne se referment pas ». Chant de résistance enfin, avec Norma Braham, grande chanteuse syrienne, invitée à monter sur le plateau rejoindre l’équipe ; c’est un  moment de grâce improvisé, a-capella :  » Oh ma mère ! Je pleure l’amour. L’espoir est en les hommes « .

Brigitte Remer

Odéon-Théâtre de l’Europe, Salon Roger Blin, du 11 au 13 avril.

Rassemblement pacifique,  Une vague blanche pour la Syrie, mardi 17 avril à 19h à l’Esplanade des Droits de l’Homme (Trocadéro)..Chaque personne portera un signe blanc : vêtement, objet, symbole sur lequel sera marqué : STOP !.. De nombreuses personnalités y participeront. (www.vagueblanchepourlasyrie et www. souriahouria.com)

 

 

 

Musée du théâtre d’Art de Moscou

Musée du théâtre d’Art de Moscou

Musée du théâtre d’Art de Moscou dans actualites P3180338-223x300A Paris les ballets russes ont transformé la danse du début du XXéme siècle, A Moscou dans cette même période Constantin Stanislavski et Vladimir Nemirovitch Dantchenko ont transformé l’art dramatique. Tout amoureux du théâtre de passage à Moscou se doit d’aller visiter le musée du théâtre d’Art de Moscou au sein de cette institution. Nous y retrouvons les témoignages matériels de cette brillante période. De 1898 à 1998 sont présentés les manuscrits, les contrats, les affiches les maquettes de décors, les costumes et les photographies originales des grandes créations du théâtre d’Art. Nous découvrons avec émotion entre autres, la photo de Constantin Stanislavski dans le rôle de Trigorine dans la pièce « la Mouette » de son auteur fétiche Tchekhov, du même auteur un costume de « La cerisaie » de 1904 devant le symbole du théâtre d’Art évoquant une mouette. Une série de costumes du « Revizor » de Gogol datant de 1921 côtoient l’affiche de la pièce de Boulgakov « Les Jours de Tourbiny » écrite en 1926. Les dernières salles correspondent aux productions de la fin du siècle dernier, avec des photos d’Oleg Tabakov, acteur, pédagogue, metteur en scène et directeur artistique du théâtre d’Art. Cette visite est complémentaire de celle de la maison musée de Constantin Stanislavski ( voir article de théâtre du blog du 5 novembre 2010), comme de la découverte d’une des production actuelle de ce théâtre même si il peut parfois y régner un certain académisme dans le jeu des acteurs et dans les scénographies présentées. La découverte des portraits des artistes russes ayant fréquenté ce théâtre comme la découverte de la salle est aussi passionnante. Une citation de Stanislavski résume l’état d’esprit de ses acteurs «  Lorsque vous êtes sur scène, jouez toujours votre propre personnage, vos propres sentiments. Vous découvrirez une infinie variété de combinaisons dans les divers objectifs et les circonstances proposées que vous avez élaborés pour votre rôle, et qui se sont fondus au creuset de votre mémoire affective. C’est la meilleure et la seule vraie source de création intérieure. »

Jean Couturier

art.theatre.ru

 

 

La saison 2012-2013 au Théâtre des Champs-Elysées

La saison 2012-2013 au Théâtre des Champs-Elysées .

   La saison 2012-2013 au Théâtre des Champs-Elysées dans actualites theatre-des-champs-elysees-300x248Une saison riche pour ce centenaire. Cette institution, propriété de la Caisse des dépôts et  consignations, fut fondée par  la volonté d’un seul homme, Gabriel Astruc, qui se ruina dans l’ entreprise. Le bâtiment construit en 1913, avenue Montaigne, avec la participation d’artistes comme Antoine Bourdelle, Maurice Denis et René Lalique a eu d’emblée pour objectif d’accueillir des opéras, des ballets et de la musique symphonique venant du monde entier. La programmation de ce centenaire va rendre hommage aux grandes heures historiques du lieu.

Krzysztof Warlikowski montera la  Médée de Cherubini  en décembre 2012, et  il y aura une  version chorégraphique avec  une musique de Pascal Dusapin et une chorégraphie de Sasha Waltz en novembre 2012. Stéphane  Braunschweig mettra en scène  Don Giovanni en avril 2013.Un grand moment:  la version concert de  Benvenuto Cellini de Berlioz qui fit l’ouverture du théâtre le 31 mars 1913,  sera dirigé  par Valery Gergiev le 1er juin 2013. La première apparition de Joséphine Baker sur scène en 1925 sera célébrée par un bal en juillet. Enfin, une programmation de musique baroque rendra hommage à cette musique, temps fort des trente dernières années. 

 Soit 173 spectacles ! Cinq opéras en version scénique et vingt cinq en concert… L’événement le plus marquant sera la reprise du Sacre du Printemps de Stravinsky, dans sa version d’origine, chorégraphié par Nijinsky et créé en mai 1913,  qui sera joué  en mai 2013 par le Ballet du théâtre Mariinsky. Le  même soir, Sacha Waltz donnera aussi sa propre interprétation. Pour entourer cette reprise,  d’autres versions du Sacre seront présentées en juin 2013, dont celle de Pina Bausch pour quatre soirs avec la troupe de Wüppertal qui n’a jamais joué ici, et une  autre  par  l’Akram Khan dance Company.  
  De multiples concerts rendront hommage à Stravinsky et un colloque de deux jours sera organisé autour du Sacre du Printemps  et de son compositeur. L’opéra, à sa création, avait été l’occasion  d’un grand scandale . Neuf ans plus tard, en  1922,  dans la revue  Théâtre et Comœdia Illustré, on pouvait  lire :« Sa musique, avec des moyens de plus en plus limités, se résume en quelques-unes de ces discordances  polytoniques qui firent scandale lors de l’apparition du Sacre du Printemps, mais qui, en s’appauvrissant, paraissent déjà démodées. Il y a quelque chose de vraiment affligeant dans la destinée de ce musicien dont la forte personnalité, affirmée notamment dans Petrouschka et L’Oiseau de feu, semble céder de plus en plus à une sorte de dégénérescence maladive. N’est-ce pas là le troublant symbole de la Russie elle-même ? ».

 Vive notre hexagone et ses fins analystes… Et bonne saison au théâtre des Champs-Elysées.
Jean Couturier

http://www.theatrechampselysees.fr  

1...2324252627...33

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...