» Je marche pour la Culture « 

« Je marche pour la Culture »
Appel intersyndical à la mobilisation « Je marche pour la Culture »  du lundi  10 février 2014.

Homme-qui-marche--GiacomettiJe marche pour que tous les élu-e-s prennent conscience de l’importance de l’art et de la Culture pour notre société.
Je marche pour les mots oubliés de François Hollande en 2012 : « La Culture n’est pas un luxe dont on peut se débarrasser en période de disette… La Culture c’est l’ avenir… »
Je marche afin qu’une ambition s’exprime pour la Culture.
Je marche pour lutter contre les inégalités culturelles et pour la liberté d expression.
Je marche parce que j’aime mon métier.
Je marche pour la démocratie et la diversité culturelles, je marche pour la cohésion sociale.
Je marche parce que j’aime la Culture à proximité de chez moi, je marche pour la Culture sur mon lieu de travail.
Je marche parce que la Culture enrichit et nourrit mon quotidien.
Je marche parce que je revendique un régime juste et mutualiste pour les salariés intermittents du spectacle à l’occasion de la négociation assurance chômage.
Nous marchons parce que la Culture est un droit, notre droit à toutes et tous.
Nous marchons toutes et tous parce que nous aimons la Culture, tout simplement.

Le 10 Février 2014, nous commençons à marcher !

Des « marches » doivent se dérouler à :
Nantes, Rennes, Metz, Lyon, Montpellier, Marseille, Bordeaux, Toulouse, Clermont-Ferrand, Lille, et enfin Paris.

De plus, l’appel a été lancé sur le site www.je-marche-pour-la-culture.org : vous y retrouverez le détail de chaque événement en région mis à jour au fil des heures.

A Paris, départ 14h00 au Cirque d’hiver, 110 rue Amelot dans le 11e, métro Filles du Calvaire. Beaucoup de lieux de culture de tous les secteurs sont accessibles sur ce parcours Cirque d’Hiver – République – boulevard du crime (détour par la DRAC) – rue du 4 septembre (AFP) – Châtelet – Rivoli – Odéon, 5 ou 6 stations sont prévues et une délégation sera envoyée à Matignon pour une demande d’audience.

En complément du site internet

- Une pétition a été mise en ligne www.petitions24.net/je_marche_pour_la_culture
- La page facebook a été lancée www.facebook.com/jemarchepourlaculture

Premiers signataires :

la CGT SPECTACLE : Fédération du spectacle, du cinéma, de l’audiovisuel et de l’action culturelle et ses syndicats d’artistes et de techniciens ; la CGT CULTURE : Syndicat CGT des personnels des affaires culturelles le SNJ CGT : le Syndicat national des journalistes CGT ;
le SYNDEAC : Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles ;
le PROFEDIM : Syndicat professionnel des producteurs, festivals, ensembles, diffuseurs indépendants de musique ;
le CIPAC : Fédération des professionnels de l’art contemporain ;
la CPDO : Chambre professionnelle des directions d’opéras ;
le SYNOLYR : Syndicat national des orchestres et des théâtres lyriques ;
le SCC – Syndicat du Cirque de Création ;
la CFE-CGC Spectacle – Pôle fédéral CGC spectacle et action culturelle et ses syndicats (SNACOPVA CFE-CGC, SNAPS CFE-CGC, SNCAMTC),
le SNSP : Syndicat national des scènes publiques ;
le SMA : Syndicat national des Musiques Actuelles ;
la F3C-CFDT : Fédération CFDT de la communication, du conseil et de la culture et ses syndicats (Syndicat culture CFDT et le SNAPAC) ;
le SYNAVI : Syndicat National des Arts Vivants,
la FASAP-FO : La Fédération des syndicats des arts des spectacles, de l’audiovisuel, de la presse, de la communication et du multimédia FO…


Archives pour la catégorie actualites

Les Vivants et les Morts

Les Vivants  et les Morts

 Les spectacles des vivants nous prennent beaucoup de temps, à nous critiques, c’est normal et c’est la vie… Mais il faut aussi rappeler ce que furent ces quatre  hommes, tous disparus  en octobre et novembre, qui eurent tous les quatre un rapport  étroit avec le Théâtre national de Chaillot et qui furent, chacun dans son métier, l’honneur de la profession théâtrale. Comme le disait Tchekov:  » Ce sont les vivants qui ferment les yeux des morts mais ce sont les morts qui ouvrent les yeux des vivants » … Nous ne nous les oublierons pas.

  61032_12723099_460x306Alain Recoing, metteur en scène, marionnettiste et fondateur du Théâtre aux main nues, avait 89 ans  et était connu pour sa remarquable technique de la marionnette à gaine. Il travailla notamment en 1948 avec Gaston Baty, mais aussi pour la télévision, notamment avec Jean-Christophe Averty, Jean-Paul Carrère et Pierre Tchernia. Et,  en 57, il mit en scène  La petite Clef d’or d’Alexis Tolstoï, au  Vieux-Colombier avec Antoine Vitez qu’il suivit au Théâtre des Quartiers d’Ivry puis ensuite à Chaillot.
Il fonda et présida le Centre National de la Marionnette et  fut chargé de cours à l’Ecole Supérieure Nationale des Arts de la Marionnette 87 à 99 et à l’université de Paris III – Sorbonne Nouvelle.  Il créa  et anima aussi dans le 20 ème à Paris,  l’Ecole de l’acteur marionnettiste.
Et on peut dire que, sans lui, l’art de la marionnette en France, si peu considéré il y a une quarantaine d’années, ne serait pas celui qu’il est maintenant, de très haute qualité,  reconnu à l’étranger et consacré comme un élément majeur du spectacle contemporain.

  bob_escrime01Bob Heddle-Roboth avait  86 ans, et fut un des maîtres les plus remarquables de l’escrime en France, en particulier de l’escrime  artistique  à laquelle il vouait une véritable passion. Il travailla avec nombre  de metteurs en scène, dont  Jérome Savary et Marcel Marceau, et fut,  plus de quinze ans, le maître d’armes de l’Ecole du Théâtre national de Chaillot où il forma de nombreux élèves, qui lui vouaient un véritable culte et qui étaient conscients de lui devoir beaucoup.
Avec des méthodes pédagogiques très au point, et un grande vigilance quant à la sécurité, dans un art où il y a toujours des risques et aucune place pour l’improvisation, cet homme d’expérience leur enseignait, ainsi qu’à de nombreux comédiens confirmés, la simulation de combat (fleuret, épée,sabre, etc… mais aussi bagarres) indispensable dans de nombreux spectacles et films avec attaques, désarmements, parades, déplacements… Et souvent proche d’une chorégraphie qui doit parfaitement s’intégrer à une mise en scène.
D’une générosité sans  bornes, il était très sollicité mais n’hésitait jamais à passer de nombreuses heures à mettre ses compétences au service d’un élève qui passait une audition, ou d’une jeune compagnie désargentée. Bob laissera le souvenir d’un maître d’armes et d’un enseignant exemplaires.

 bruno-sermonneBruno Sermonne était né en 41.  L’homme  était modeste, exigeant envers lui-même, mais avait un caractère bien trempé, voire, dit-on, pas commode. Il avait une présence en scène fascinante, avec un regard et une voix  inimitable qui marquèrent ses très nombreux rôles.
A  peine sorti de l’Ecole de la rue Blanche ( ENSATT).et chaque année depuis 1963,  il ne joua pas moins  – parcours impressionnant- dans une  voire , dans plusieurs  créations . D’abord, sous la direction de Jean Gillibert,  Roméo et Juliette,  Phèdre , Les Perses d’Eschyle, Gardien du tombeau d’après Kafka… Puis,  avec Henri Ronse  dans Une Saison en enfer Le Pélican d’August Strindberg. On le vit aussi dans  Père avec Otomar Krejca à Chaillot,  avec Ariane Mnouchkine dans Méphisto de Klaus Mann et  avec  Antoine Vitez  dans  La Mouette de Tchekhov et Le Héron de Vassili Axionov. Il jouera aussi avec Alain Olivier Yanniis Kokkhos pour La Princesse blanche de Rilke,  Oncle Vania de Tchekhov, mis en scène par Benedetti. Et encore avec Brigitte Jaques.  Il travailla aussi beaucoup avec Olivier Py d’abord  dans Les Aventures de Paco Goliard,  puis  Les Vainqueurs , Le Visage d’Orphée, Les Enfants de Saturne et L’Orestie. Bref, un parcours impressionnant d’acteur, à la fois modeste et efficace, qui sut se mettre humblement au service de la scène.

Paul-Louis-MignonEnfin, Paul-Louis Mignon, critique dramatique, professeur, producteur de télévision et historien du théâtre contemporain,  nous a  aussi quitté à 83 ans. Lui aussi eut un parcours exemplaire. Etudiant, il fit ses classes comme acteur aux Théophiliens, groupe de  théâtre médiéval de la Sorbonne, concurrent du Groupe de théâtre antique auquel collabora longtemps Jean Gillibert (voir plus haut).
Puis il devint le secrétaire de Charles Dullin. Il fut aussi proche  de Louis Jouvet, de Jean-Louis Barrault, et de Jean Vilar… Paul-Louis Mignon fut engagé en 44 comme responsable de l’information théâtrale et de la critique dramatique à la Radiodiffusion française et  devint le directeur des émissions dramatiques de la Radiodiffusion; pendant plus de quarante ans, il fut critique a Journal télévisé et dans les années 60 à  L’Avant-Scène Théâtre.
On sait moins qu’il  créa en 75 le Prix du livre Inter et  qu’il était  un grand spécialiste de la vie théâtrale pendant l’Occupation allemande. Et il parlait magnifiquement, et avec une grande simplicité  et  beaucoup de justesse de la vie de Louis Jouvet dans un  documentaire qui lui avait été consacré. Resteront  de lui ses articles et les films auxquels il a collaboré. Ce qui n’est pas rien…

Philippe du Vignal

Le Forum Culturel de Blanc-Mesnil fête ses vingt ans

 Le Forum culturel du Blanc-Mesnil fête ses vingt ans.

 

spectacle en répétition

spectacle en répétition

  Vingt ans, le bel âge… et surtout de la belle ouvrage ! Le Forum Culturel, scène conventionnée du Blanc Mesnil vient de souffler ses bougies au cours d’une soirée participative et festive.
Le maire, Didier Mignot et son équipe, accompagné de Daniel Feurtet, maire honoraire qui, vingt ans auparavant, avait fait ce choix politique de donner l’accès à la culture et à la création pour tous, dans une ville populaire de banlieue, poursuit les mêmes objectifs.
Cette politique mise en œuvre par l’élu à la Culture, Hervé Bramy, passe par le développement des équipements: médiathèque, conservatoire de musique et de danse, cinéma, forum culturel, « un bien commun de tous les habitants » et par la création d’une université citoyenne qui permette la rencontre avec les publics, dans et hors les murs.
Xavier Croci, le maître d’oeuvre, directeur imaginatif du Forum, pose des actes artistiques, poétiques et politiques, et s’engage auprès des habitants en tissant une programmation exigeante et ouverte. Spectacles, expositions, concerts, projections, rencontres et débats d’idées s’y déclinent dans une sensibilité interculturelle. Et le mot accueil a un sens fort ici, avec l’accompagnement de chorégraphes, comédiens et plasticiens, et de compagnies en résidence, mêlés à la vie du Forum, qui coproduit et diffuse leurs travaux.
Inséré depuis trois ans au Blanc-Mesnil, Le Théâtre Irruptionnel présentait en cet anniversaire, un spectacle conçu et réalisé avec les habitants, Le grand Ici. Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre en a écrit le texte, à partir de la parole collectée, et a rassemblé un chœur d’une cinquantaine d’habitants, dans une mise en scène qui signait aussi la fin de résidence de sa compagnie.
Des gradins pour le chœur, cinq pupitres pour les comédiens, des petites lumières comme des étoiles, un écran à l’arrière, l’essaim d’une ville : « Une ville de banlieue, vieille, jeune, grande, petite. J’y suis né. J’ai vécu ici, je ne peux aimer que ça, on se connaît tous…». Et le texte rapporte avec humour et fantaisie les péripéties du RER B toujours en retard, où l’homme perd ses repères, surtout s’il le compare au RER A qui dessert les banlieues chic de l’Ouest ; le bus 148 qu’on passe plus de temps à attendre qu’à emprunter, la ville coupée en deux et l’absence de centre ; les incidents, les jeunes, la racaille, les voyous, la bagarre, les cités, la police, les quartiers: la liste est longue et s’accélère et les images à l’écran  accompagnent cette accélération.
L’énumération se poursuit avec les rapatriés d’Algérie et l’arrivée des Pakistanais, l’idée d’un couvre-feu à 18h pour les filles, les femmes de la cité des Tilleuls, le linge qui sèche cité Casanova, le buffet à volonté du restaurant chinois, et avec Serge Reggiani qui chante Les Loups.
« J’aime cette ville mais je suis en colère. Ici, on fait des progrès en tolérance et en hospitalité… Manque un café sympa, comme à Paris… C’est quoi l’avenir ? Ici on se bat, le cœur bat ». Chaque petite étoile se rallume, un homme en kilt écossais fait battre la poitrine de chaque choriste  avec une mélodie au violon. « Ici, c’est la diversité puissance dix, plus l’infini, plus le mélange ».
La soirée se poursuit avec une pièce musicale,
Grand Bazar interprétée par le conservatoire régional départemental, et un concert de l’Orchestre national de jazz, intitulé The Party, sous la direction de Daniel Yvinec. L’utile et l’agréable sont au rendez-vous, et les habitants aussi.

Brigitte Rémer

Fête du 16 novembre 2013, au Forum Culturel du Blanc-Mesnil, 1/5, Place de la Libération. www.leforumbm.fr

Claire Lasne-Darcueil

Claire Lasne-Darcueil,  nommée directrice du Conservatoire national.

Claire Lasne-Darcueil dans actualites a-45-ans-claire-lasne-darcueil-s-offre-un-nouveau-challenge_276051_536x381pEnfin une bonne nouvelle dans les nominations à la tête de grands établissement nationaux … A 47 ans, Claire Lasne-Darceuil  sera la première femme-pas trop tôt! -à diriger le Conservatoire national.
Cela n’allait plus du tout, et depuis trop longtemps, entre l’équipe de professeurs  et le directeur du Conservatoire national.  Daniel Mesguisch avait sans doute accumulé trop d’erreurs de tir et de  réformettes inutiles, si bien que l’on ne voyait plus très bien la ligne pédagogique de cette école. Et les petites phrases assassines se succédaient donc à un rythme soutenu. Plus grave,  Mesguisch avait récemment subi les attaques  régulières et impitoyables des élèves auxquelles il avait répondu de façon plus que maladroite. Il était donc grand temps qu’Aurélie Filipetti, ministre de la Culture, règle la chose!
Nous avons tous en mémoire le Platonov de Tchekov que Claire Lasne-Darcueil-et elle n’avait pas trente ans- avait monté au Paris-Villette et qui l’avait aussitôt consacrée comme une excellente metteuse en scène.
Elle avait ensuite, de 98 à 2010, dirigé le centre dramatique de Poitou-Charentes où elle avait innové en créant des spectacles sous chapiteau puis elle fut ensuite à la tête de la Maison du comédien Maria Casarès.
Claire Lasne-Dracueil avait dirigé un stage Tchekov associé à un autre stage consacré à des exercices physiques à L’École du Théâtre national de Chaillot il y a quinze ans, et un des ex-élèves rencontré par hasard aujourd’hui, quand nous lui annoncions la bonne nouvelle, se souvenait encore de tout ce qu’elle avait,
une semaine, apporté d’énergie et d’efficacité pédagogique. C’est un signe qui ne trompe pas!
  Elle en aura bien besoin pour ramener la paix et relancer cette école au passé prestigieux qui commençait aussi à souffrir  de la concurrence des autres écoles et conservatoires français, faisant preuve de plus d’imagination… Mais on sait que diriger une école de théâtre et en particulier celle-ci-pourtant richement doté- n’est pas toujours un cadeau. Bon vent Claire Lasne-Darcueil, vous avez largement le potentiel indispensable pour réussir.

Philippe du Vignal

Exposition Rudolph Noureev

Exposition  Rudolf Noureev au Centre National du Costume de Scène de Moulins.

 

  Exposition Rudolph Noureev dans actualites photo-21«Je souhaite (…) voir mon nom perpétué sous la forme d’un musée ou d’une galerie d’exposition commémorant mon style de vie et ma carrière en tant qu’individu et danseur, carrière au cours de laquelle je me suis également investi dans les domaines de la chorégraphie et de la musique… ». Ces dispositions du testament  de Rudolf Noureev, qui figurent à l’entrée, deviennent  une réalité avec cette nouvelle exposition qui sera permanente au CNCS.
Vingt ans après la mort d’un des plus grands danseurs du XXème siècle, la fondation Noureev en collaboration avec le CNCS et sa directrice Delphine Pinasa, ont réalisé son souhait.
C’est son ami, le décorateur et costumier Ezio Frigerio,  aidé de Giuliano Spinelli,  qui a conçu la scénographie de ce lieu exceptionnel qui  plonge directement le public dans un décor de théâtre.

Dans la première salle, au sol  en parquet comme sur une scène  et aux  cloisons en bois découpées comme pour un décor en perspective, nous découvrons Rudolf Noureev danseur avec ses cinq pourpoints, en particulier ceux d’Ezio Frigerio ou de Nicholas Georgiadis, éclairés d’une faible lumière, afin de mieux les préserver.
De même, costumes, photos et autres documents originaux  subiront une rotation tous les trois mois, pour mieux les conserver.
Le musée dispose d’une trentaine de costumes du danseur, entre son fond propre venant de l’Opéra de Paris et celui de la fondation Noureev.  Le danseur avait un rapport étroit avec son costume, il ne portait qu’un collant surmonté d’un pourpoint qu’il avait modifié en lui enlevant les trousses.

On découvre aussi Noureev chorégraphe, qui, à 25 ans seulement, remonte les ballets de Marius Petipa,  à travers les costumes des étoiles de l’Opéra qui ont dansé pour lui: entre autres, le tutu porté par Noëlla Pontois  créé par Franca Squarciapino en 1984 pour Le Lac des Cygnes, qui a pour caractéristique d’être tombant car il n’aimait pas voir les fesses de ses danseuses…
Il  remonte ou crée quinze ballets, en particulier quand il est directeur de la danse à l’Opéra de Paris entre  83 et  89,  et dont beaucoup sont encore aujourd’hui au répertoire. Dans ce même espace,  sont aussi exposées  trois reproductions des maquettes de  décor et  sont aussi projetés des extraits de Noureev danseur.
La deuxième salle retrace quelques éléments biographiques, dont les années russes de cet homme né en 1938 en Bachkirie,  en ex-Union Soviétique. Lors d’une tournée du Kirov, il décida en 61 de choisir l’exil et la liberté en demandant l’asile politique à la France. De belles photos de sa formation à la célèbre école de danse Vaganova de Leningrad (Saint-Petersbourg aujourd’hui),  ou de ses débuts dans le ballet du Kirov.
La troisième salle-passionnante-nous fait entrer dans la vie intime de ce personnage hyperactif, multiple et mégalomane selon certains. Artiste mondain, star internationale et collectionneur, il danse partout dans le monde et devient très riche, accumule les demeures, (sept en tout!) et les œuvres d’art. Le séjour de son appartement quai Voltaire est reproduit ici en partie avec  ses meubles, ses peintures et ses objets d’art. Cet endroit traduit bien son goût du baroque et de l’opulence, que l’on retrouve encore aujourd’hui  chez certains de ses compatriotes.
  A retenir particulièrement:  son châle Kenzo de 75 que l’on voit sur de nombreuses photos,  qui le protégeait  du froid et qui traduit son goût des beaux tissus  que l’on retrouvera plus tard sur sa tombe  avec un kilim en mosaïque  conçue par Ezio Frigerio et inaugurée en 96, dont on voit ici une maquette,.
Rudolf Noureev avait souhaité être enterré à Saint-Geneviève-des-Bois mais le plus loin possible de Serge Lifar… Lifar qui lui avait offert en 61 à l’Opéra de Paris le prix Nijinsky. Dernier objet  très émouvant: sa mallette de tournée qui comporte l’étiquette UK tour 1991, deux ans avant son décès du sida en 93, et qui  témoigne du côté nomade d’ un homme qui passait d’un appartement à un autre, d’un pays à un autre et de scène en scène dans une perpétuelle turbulence .
Boulimique de la vie, Noureev  a vécu sans entraves, au maximum de ses possibilités psychiques et physiques, à une époque où la notion de risque était accessoire. Pour paraphraser le titre d’une célèbre pièce d’Alexandre Galine mise en scène par Lev Dodine,un an après la mort du danseur, il a vécu comme «une étoile dans le ciel matinal».

Jean Couturier

 CNCS de Moulins

www.cncs.fr                    

Mariano Fortuny

Mariano Fortuny dans actualites fortuny

Mariano Fortuny, un homme de théâtre visionnaire.

 

 Mariano Fortuny, né à Grenade en 1871, était le fils du peintre espagnol mort à trente-six ans, Mariano Fortuny y Marsal qui appartenait à une famille d’artistes travaillant au service du roi  et de Cecilia de Madrazo.  Sa mère quitta alors Rome avec lui pour Paris;  dès son plus jeune âge, il  va grandir en fréquentant les ateliers d’Auguste Rodin, où il y découvre la sculpture. Il apprend également la peinture, sous l’influence de son oncle,  le peintre Raimundo de Madrazo, et,  à  neuf ans, réalise déjà une copie d’un tableau de Velasquez…
C’est en découvrant les ballets de l’Eden et ses coulisses, que naît
sa passion pour le théâtre. Il étudie alors l’électricité et l’optique pour l’éclairage scénique, et la  construction des maquettes de  décors  et costumes.  Il s’installera à Venise avec sa mère en  1889 au Palazzo Martinengo et se passionnera  pour  le théâtre et  l »opéra. Il découvre l’éclairage indirect et dépose en 1900 son premier brevet de «système d’illumination par la lumière indirecte » qu’il applique  la même année à l’opéra Tristan et Yseult créé à la Scala de Milan .
Par la suite, il mettra au point la célèbre coupole Fortuny. « Je construisis, dit-il, ma coupole en plâtre d’un diamètre de cinq mètres, où on projetait de la lumière indirecte et où on faisait ensuite défiler d’autres lumières colorées ; les effets de fusion, de mouvement et de variétés des teintes ne pouvaient que frapper les visiteurs».  L’ancêtre du cyclorama cher entre autres à Bob Wilson et à  de nombreux  scénographes était né. Fortuny invente aussi la première cabine de régie disposant d’une série d’interrupteurs  commandant les lumières selon les effets voulus.
Sarah Bernhardt et  Isadora Duncan sont ses plus célèbres ambassadrices, et il est admiré par le grand metteur en scène Adolphe Appia et par Gabriele d’Annunzio. Il travaille et vit au Palazzo Pesaro degli Orfei, devenu aujourd’hui  le musée Fortuny. Plissage, photographie, peinture, création et couture des costumes de théâtre, , menuiserie, gravure y avaient chacun un local.
Il rencontre à Paris en 1902,  Henriette Negrin qui  devient sa compagne  et sa collaboratrice pour  la création et la fabrication des tissus Fortuny qui le rendront  encore plus célèbre. L’héroïne de Marcel Proust dans La Prisonnière et dans Albertine disparue,  porte ainsi  des robes de Mariano Fortuny. C’est en 1907, qu’il  crée avec sa  femme les premiers tissus imprimés  pour  des vêtements  qui  furent  présentés à Berlin,  ainsi que  les châles en soie de la marque Knossos inspirés des céramiques crétoises.
En 1909, il dépose le brevet d’un appareil pour le plissage des tissus de soie puis crée Delphos, un vêtement féminin en soie  (dont le couturier Issey Miyake s’inspirera pour sa collection Pleats please en 1989).  En 1911, à l’exposition des Arts déco du Louvre,  il a un succès phénoménal avec sa collection de tissus et vêtements imprimés. La même année, il crée la société Mariano Fortuny et des boutiques vont alors s’ouvrir à Paris, Londres, Madrid,  New-York…
En 1922, il décide d’installer sa production sur l’île de la Giudecca près de Venise et d’y ouvrir une usine de fabrication. En 19 44,  il offre les décors représentant  la cité des Doges pour une pièce de Goldoni montée au Théâtre de la Fenice. Il lègue ses biens à son épouse et meurt chez lui en 1949.
En 1965, après le décès de sa femme,  la ville de Venise reçoit en héritage le Pesaro degli Orfei qui devient ainsi le musée Fortuny. Dans un des plus beaux palais vénitiens, on peut découvrir ses ateliers encore imprégnés de son esprit, ses meubles personnels, des centaines de toiles  de lui, ses dispositifs d’éclairage y compris les fameuses lampes Fortuny, des photographies, et quelques-uns des costumes de scène qu’il avait conçus.
Aujourd’hui, la direction de l’entreprise a été confiée à Giuseppe Ianno pour conserver l’exigence et l’état d’esprit de Fortuny, et son directeur artistique, Pietro Luneta, a pour mission d’en faire perdurer l’âme,  à travers des créations empreintes de l’esprit de ce visionnaire connu dans la cité des Doges sous le nom de « magicien de Venise ».

Nathalie Markovics

Fortuny.com  
Fortuny.visitmuve.it 

Adieu Patrice Chéreau,

Adieu Patrice Chéreau,

Adieu Patrice Chéreau, dans actualites patrice-chereauPlutôt que vous infliger la n ième biographie comme il y en a dans tous les journaux, nous avons préféré vous donner les témoignages des critiques du Théâtre du Blog qui, pour la plupart, et depuis une quarantaine d’années,  ont vu presque tous ses spectacles.
Chéreau, que l’on ait aimé parfois davantage le metteur en scène que le cinéaste et l’homme, aura en tout cas marqué des générations de spectateurs. C’était une figure emblématique du théâtre français, dans ses mises en scène d’auteurs contemporains ou classiques…

Ph. du V.


 

 

 

Le dimanche 3 novembre, à 20h,  au Théâtre de l’Odéon, Paris.

De nombreux amis et  des proches qui l’ont accompagné  rendront un hommage à l’homme de théâtre, de cinéma et d’opéra. Avec amitié, tous viendront partager un souvenir, un texte…
La soirée sera ponctuée d’extraits de ses films et de documentaires sur son travail, ainsi que d’œuvres musicales qu’il aimait particulièrement.
 Entrée libre dans la limite des places disponibles.

Le film était à la fois osé, sordide, et  bouleversant …L’Homme blessé  était une descente dans les bas-fonds d’une sexualité qui ne pouvait  se montrer à l’époque. Patrice Chéreau a ouvert une plaie qui suintait la douleur et surtout il nous a présenté un merveilleux acteur, Vittorio Mezzogiorno.
Je n’ai jamais oublié ni l’acteur, ni la grande sensibilité de Patrice Chéreau, directeur d’acteurs…

Alvina Ruprecht,  correspondante de Théâtre du Blog, à Ottawa.

Je me souviens d’Hamlet et  de l’arrivée retentissante du spectre à cheval dans la cour d ‘honneur du Palais des papes de Gérard Desarthe et des autres comédiens. Je me souviens de Phèdre et la douloureuse fracture de Dominique Blanc,  seule au milieu des spectateurs des ateliers Berthier. Je me souviens de la folle énergie  des jeunes comédiens du Conservatoire national dans  Richard III à la Manufacture des œillets  à Ivry.
Plus récemment, je me souviens de son  salut, lorsque nous nous croisions au Théâtre de la Ville. Tous ces lieux, alors que  j’étais  en études théâtrales à la faculté de Nanterre ont marqué pour la vie, ma mémoire et mon lien de simple spectateur avec Patrice Chéreau.
Aucun mot ne sera assez fort pour exprimer notre manque définitif aujourd’hui…

Jean Couturier

On l’avait  connu aux Théâtre des Trois  Baudets  géré en 67 par Maurice Delarue de Travail et Culture; il y créait L’Affaire de la rue de Lourcine de Labiche, et nous,  avec le Théâtre de l’Unité,  on jouait Apollinaire à la guerre, le mardi,  jour de relâche.
Nous l’avions invité à dîner un soir à Meudon chez le père de Jacques Livchine. Il  y  avait  donné tous ses coups de fil sans aucune gêne, et déclaré que, dès qu’il pourrait, il laisserait « sa troupe actuelle pour embaucher de vrais comédiens »…
Nous avions vu ensuite  Les Soldats de Lenz à Chaillot au concours des jeunes compagnies, et je me souviens encore de Melly Touzoul, devenue l’épouse de Paul Puaux. Puis ensuite, nous étions allés en voiture, de nuit,  au Piccolo Teatro de Milan voir sa mise en scène de Splendeur et mort de Joaquin Murieta. Epuisée, j’avais un peu dormi, pendant le spectacle mais j’ai encore des images dans la tête. Et  j’avais tout de même réussi à publier un article.
D’autres souvenirs forts: son remarquable Dom Juan au Théâtre du VIIIème de Lyon. Comme  j’avais fait quelques réserves, il m’avait dit:  « Quand est-ce que tu arrêteras d’écrire des articles de merde dans ton journal de chiottes  ( c’était France Nouvelle)!
Encore quelques images: son très beau Richard II à l’Odéon avec Gérard Desarthe et La fausse Suivante aux Amandiers-Nanterre avec Jane Birkin,  et aussi Massacre à Paris de Marlowe  au Théâtre du VIIIe  et  Combat de Nègres et de chiens de Bernard-Marie Koltès à Nanterre.
C’était, je crois, un grand artiste, mais… pas une très belle personne.

Edith Rappoport

De quoi se souvient au juste, d’un si long parcours et dont nous avons pratiquement tout vu, sauf Wagner à Bayreuth! Alors, en vrac: D’abord Les Soldats de Lenz en 66, à la salle Gémier à Chaillot-il avait 23 ans!- qui allait obtenir le prix des jeunes compagnies. Coiffant au poteau et c’était justice, Jean-Pïerre Miquel qui l’avait très mal accepté…
Patrice Chéreau, alors très jeune metteur en scène, avait été élève au lycée Louis-le-Grand; ses copains étaient Jean-Pierre Vincent et Jérôme Deschamps! Si, si, c’est vrai! Il avait un sacré culot: mettre en scène une pièce quasi-inconnue en France, possédé d’une envie d’en découdre avec le théâtre  souvent poussiéreux de l’époque. Et il avait pris des risques, en recomposant le personnage principal de la pièce, une jeune femme très enrobée, dont tombaient amoureux les soldats.
Il nous souvient que Bernard Dort, grand critique et universitaire, notre ancien professeur, n’était pas très satisfait de ce traitement qui, selon lui , rendait moins crédible la pièce, mais le spectacle, malgré des défauts,  avait une énergie peu fréquente, et tout à fait prometteuse.
Je me souviens  de notre première rencontre dans un café pour une interview quand il répétait son très beau Richard II dans une des salles de l’ancien cinéma Gaumont,  place de Clichy. Pas très bavard, fatigué et terriblement anxieux, il disait cependant des choses très justes sur l’univers de Shakespeare.
Je me souviens aussi un dimanche après-midi, de son Dom Juan avec Marcel Maréchal dans l’ancien théâtre de Sartrouville (Yvelines) envahie de bruit parce que situé au-dessus d’un  marché couvert que l’on nettoyait, puis de Peer Gynt qui  nous avait séduit  par sa belle picturalité, mais ne nous avait pas entièrement convaincu, puis de son formidable Hamlet avec la remarquable scénographie de son ami Richard Peduzzi qui l’aura accompagné toute sa vie.
Je me souviens très bien aussi des Paravents de Jean Genet à Nanterre, brutalement interrompu par une panne de courant, et surtout de  Combats de nègre et de chien dans un génial dispositif bi-frontal de  Richard Peduzzi, avec une petite caravane sous une bretelle d’autoroute au Théâtre des Amandiers, et du trio Michel Piccoli, Philippe Léotard et Myriam Boyer. Je me souviens aussi de la radicalité et de la formidable jeunesse qu’il avait su redonner à La Dispute de Marivaux, à l’époque très peu jouée.
Richard Peduzzi est pour beaucoup, on l’oublie trop souvent,  dans les réussites de Patrice Chéreau. Dont une de ses dernières mises en scène, Rêves d’automne de Jon Fosse, avec des fausses/plus que vraies toiles de maîtres dans des salles de musée  parquetées où  le scénographe nous  avait servi de guide après la représentation.
Côté opéra, comme Christine  Friedel, je me souviens de la course à l’échalote pour avoir des places pour son remarquable Lulu à l’Opéra, où des étudiants mexicains avaient passé la nuit  dans leur hamac accroché aux grilles du théâtre pour être sûrs d’être les premiers à l’ouverture des guichets!
On le disait volontiers cassant et dur en affaires… Peut-être, mais il n’empêche: il avait défendu l’Ecole du Théâtre National de Chaillot quand son existence était menacée par Ariel Goldenberg, ci-devant directeur du Théâtre. C’est cette image que nous garderons aussi de lui!
Merci, Patrice Chéreau, pour le formidable coup de jeune, empreint de générosité et de compréhension radicale des textes que vous  aurez apporté au théâtre français. Une vie de critique dramatique au quotidien, c’est aussi celle des metteurs en scène qui nous accompagnent et que nous accompagnons.
Patrice Chéreau, une chose est sûre, faisait partie, et depuis très longtemps, de notre paysage mental et artistique.

Philippe du Vignal

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Qui n’aurait pas aimé son œuvre flamboyante, du théâtre au cinéma en passant par l’opéra ; la splendeur des images (Peer Gynt), la beauté des corps (La Reine Margot, Intimité),  la profonde compréhension des œuvres (Marivaux, William Shakespeare, Bernard-Marie Koltès, Jon Fosse …). Lui qui jouait, comme un peintre de la lumière et l’obscurité.
Mille images surgissent dans le kaléidoscope de notre mémoire. On se souviendra aussi de sa présence puissante et souple, quand il donnait lui-même corps aux textes, incarnant Richard ll, ou Dans la Solitude des champs de coton et, tout dernièrement, donnant vie au Coma de Pierre Guyotat.
Nous serons nombreux à nous rendre au Théâtre du Rond-Point à  partir du 15 octobre, pour voir Les Visages et les corps, mise en scène et interprétée par Philippe Calvario, et tirée du journal intime de Patrice Chéreau.
Il y livre sa vision de l’art; à l’automne 2010, il avait été  invité au musée du Louvre…

Mireille Davidovici


Mille images vivantes restent des spectacles de Patrice Chéreau,  qui ne sont pas de l’étoffe des rêves, mais d’une sacrée volonté de travail, d’intelligence, de beauté. De la vraie beauté, celle qui naît de la justesse, de l’exactitude, et du courage d’aller jusqu’au bout de cette exactitude.
Dans le kaléidoscope et la bousculade des souvenirs: le pont dangereux de La Dispute de Marivaux au théâtre de la Gaîté lyrique, le blanc glacé et passionné des Soldats de Lenz, le piétinement du cheval fantôme de Hamlet, le couloir de vide tendu entre les deux protagonistes de La Solitude des champs de coton de Bernard-Marie Koltès, Dominique Blanc dans Phèdre, la bagarre pour voir Lulu de Berg à l’Opéra de Paris (et je l’ai vue !)… Et tous les autres souvenirs qui sont, dans la mémoire des spectateurs, dans l’histoire du théâtre.
Parmi tous ces bouleversements, toutes ces admirations, j’ai choisi le Dom Juan de Molière qu il avait mis en scène à Sartrouville en 1969. Quatre ans auparavant, Marcel Bluwal et Michel Piccoli avaient donné un superbe coup de jeune à la pièce, filmée au bord de la mer et aux Salines royales d’Arc-et-Senans.
Patrice Chéreau, lui, était allé beaucoup plus loin. Son Dom Juan n’était pas un séducteur : affaire classée. Gérard Guillaumat, venu de la troupe de Roger Planchon, jouait un être errant, fatigué, au bout de sa liberté. Marcel Maréchal le suivait, Sganarelle ronchon et fidèle, en grand acteur fermement dirigé.
Roséliane Goldstein (qui jouait déjà dans Les Soldats ) était une Elvire mordue par le désir, pliée en deux par la brûlure de son ventre. À l’époque, on avait reproché à Patrice Chéreau,  sa misogynie.
Les paysannes, c’était Michèle Oppenot. Je ne me souviens que d’elle, en haillons, épuisée, avec la dignité de celle qui manque de tout. Patrice Chéreau avait osé une lecture radicale et sérieuse de la pièce. Par exemple, quand Dom Juan joue avec les mains de Charlotte et qu’elle les cache en répondant «Fi, elles sont noires comme je ne sais quoi », ce n’est plus une coquetterie en rose et bleu, c’est la dure vérité d’une fille brûlée par le soleil des champs, salie par la terre. On ne rit plus devant cette figure sortie tout droit des paysans de la Bruyère et de la misère du temps.
Il  s’était occupé de la vérité et de la force de Molière contre Molière lui-même, en supprimant l’humiliante scène de Monsieur Dimanche : allons, occupons-nous plutôt du peuple, de sa force de désespoir et de sa force de travail. Le décor–pour lequel Richard Peduzzi l’assistait pour la première fois- montrait les dessous de la scène, et la mécanique à bras, nécessaire aux prodiges. Le Commandeur était une poupée articulée, une admirable machinerie artisanale. C’était ça, la nouveauté bouleversante : pas d’illusion, le spectacle même de la fabrication du théâtre sollicitant, éclairant l’intelligence par le sensible.
C’est étrange d’écrire une critique quarante-quatre ans plus tard. Comment le souvenir peut-il être encore si précis? Pas seulement l’empreinte des «premières fois», mais aussi un moment d’extraordinaire éclosion du théâtre. Mais ceci est une autre histoire.
Pour aujourd’hui, nous ne remercierons jamais assez Patrice Chéreau pour le degré d’exigence et de beauté auquel il aura porté le théâtre.

Christine Friedel 

Je me souviens, avoir découvert  Bernard-Marie Koltès avec Dans la solitude des champs de coton, en 83, au Théâtre de  Nanterre-Amandiers qu’il co-dirigeait, dans la petite salle, aménagée comme un  hangar, sorte de no man’s land dans la pénombre, avec une scénographie en couloir latéral, où deux personnages s’affrontaient, l’un noir de peau, et l’autre blanc, appelés Le Dealer et Le Client.
Je me souviens d’un huis-clos théâtral aux monologues énigmatiques, interprétés par Isaac de Bankolé et Laurent Malet, pleins de provocation et d’agressivité, d’insolence et de sincérité, entre bluff et rapports de force dans les hostilités.
Je me souviens que l’obscur objet du deal, s’appelait désir. Je me souviens de séduction et d’intimidation, d’étrangeté, et d’une première phrase-clé : «Si vous marchez dehors, à cette heure et en ce lieu, c’est que vous désirez quelque chose que vous n’avez pas, et cette chose, moi, je peux vous la fournir ».

Je me souviens d’obscurité et de violence, de culpabilité et de souffrance, de dépendance, de sexe, et de non-dits.
Je me souviens de dépouillement et haute tension, d’altérité et de conflit, de combat philosophique et politique. «Alors, quelle arme ?» demande à la fin Le Client au Dealer.
Je me souviens d’un théâtre du sens, de force et de poésie, comme un opéra de Wagner…

Brigitte Rémer

 

Il est douloureux–comment ne pas se rappeler La Douleur de Marguerite Duras avec Dominique Blanc-d’admettre la disparition effective d’un ami de cœur, du vertige et du vide que provoque sa perte. Un sentiment de deuil.
Un metteur en scène de génie, avec la pleine connaissance de ce que ce mot veut dire, une sensibilité artistique encline au partage de valeurs universelles. La recherche généreuse de l’humanité, à l’écoute de l’autre – cet autre soi-même qui souffre existentiellement,  dès qu’il est au monde.
D’emblée, le personnage scénique est un être politique, social, économique, moral ; et au plus près de l’acteur, aussi un être de chair. Une réalité où intervient la griffe de Patrice Chéreau, un regard subversif porté sur un théâtre trop conventionnel qu’il va falloir bousculer. Le verbe poétique du dramaturge et le corps de l’acteur si proches avec des gestes et paroles mêlés car les uns ne vont pas sans les autres.
Je me souviens, jeune, de la reprise de La Dispute de Marivaux en 76,  au Théâtre de la Porte Saint-Martin, avec ce couple de jouvenceaux à peine vêtus de linge blanc, les cheveux épars, jouant dans l’énergie et la rage de leur désir de vivre et d’aimer, et pataugeant, comme par inadvertance, dans une flaque d’eau stagnante.
Je me souviens aussi de Loin d’Hagondange de Jean-Paul Wenzel, reprise ces années-là. Je me souviens de Combat de nègre et de chien de Bernard-Marie Koltès à Nanterre, avec un pylône de béton armé au milieu du plateau comme une bretelle d’autoroute dans un brouillard nocturne sous un éclairage glauque  de chantier, une vieille caravane abandonnée pour la femme (Myriam Boyer), les voix rauques des petits blancs incertains-Michel Piccoli et Philippe Léotard-et, dans la nuit, les travailleurs noirs qui venaient en criant, réclamer le corps d’un des leurs.
Un dialogue lancé entre générations et conditions sociales autres, contre les oppressions et toutes les formes d’exclusion, une posture propice à l’apaisement du sentiment de solitude, à travers une urgence à vivre et à comprendre, plaisir et souffrance confondus. La tension intellectuelle est nécessairement liée à la présence du corps et du désir qui en émane ou bien qu’il provoque, la reconnaissance absolue d’une présence au monde.
Je me souviens des Paravents de Genet,  dans une Algérie bruyante, colorée et odorante sur la scène des Amandiers, et dans la salle même, avec Maria Casarès,  Hammou Graïa, Jean-Paul Roussillon, Didier Sandre …
Je me souviens des ballets de rêve sombre, des danses verbales et gestuelles de harcèlement moral et sexuel, que fut Dans la solitude des champs de coton de Koltès, avec Laurent Mallet et Isaac de Bankolé en 87 à Nanterre, puis de nouveau avec Laurent Mallet et Patrice Chéreau en 90 à Nanterre encore, et encore avec Pascal Greggory et Patrice Chéreau à la Manufacture des Oeillets d’Ivry en 95.
Bref, le tournis poétique et chorégraphié d’une même œuvre scénique dont on ne peut se lasser. Je me souviens d’ Hamlet avec Gérard Desarthe en 88 dans la Cour d’honneur du Palais des Papes,  et de Phèdre, en 2000, avec Dominique Blanc et Éric Ruf.
Je me souviens de Rêve d’automne de Jon Fosse en 2010 avec Valeria Bruni-Tedeschi et Pascal Greggory  et de I am the Wind du même auteur, en anglais,  en 2011, au Théâtre de la Ville…
Aujourd’hui, à la Comédie des Champs-Élysées, sous la houlette de Danielle Mathieu-Bouillon, présidente de l’Association de la Régie Théâtrale, Bertrand Delanoë, maire de Paris, a remis le prix du Brigadier 2012/2013 à Didier Sandre, et un Brigadier d’Honneur à Jean Piat et Roland Bertin. Tous ont évoqué la disparition de Patrice Chéreau et plus particulièrement, Didier Sandre et Roland Bertin qui remercièrent, les larmes aux yeux, leurs maîtres, Jorge Lavelli et Patrice Chéreau…

Véronique Hotte

Nous publions ici des extraits d’un texte  de René Gaudy consacré à Chéreau.

Mai 66.  Un petit groupe stationne sur le trottoir devant le Théâtre des trois Baudets à Pigalle. Encore dans le rythme, la légèreté, la lumière crue, la plasticité du spectacle. C’est  L’affaire de la rue de Lourcine  de Labiche, mise en scène par un jeune inconnu.
Je suis là avec ceux qui font alors la critique théâtrale: Bernard Dort, Emile Copferman, Françoise Kourilsky, Renée Saurel, Raymonde Temkine. Il y a aussi le metteur en scène Hubert Gignoux. Quelqu’un lance : «Un nouveau metteur en scène est né ». Tous d’approuver. La force de l’évidence.
Aussitôt, tous nous faisons  ce  que nous avons  à faire, ce que Jack Lang, Bernard Sobel et  Travail et Culture  ont fait avant nous:  nous soutenons le jeune inconnu. Raymonde Temkine parle bien de cette découverte dans  Mettre en scène au présent.
Le maire communiste de Sartrouville, Auguste Chrétienne,  fait de même: il accueille le prodige et sa compagnie. Ainsi Patrice Chéreau rejoint pour un temps la petite noria des pionniers du théâtre hors les murs, Gabriel Garran, Bernard Sobel, Guy Rétoré, Raymond Gerbal, Pierre Debauche.
Les Soldats de Lenz tiennent les promesses du Labiche.  Tous nous étions «bluffés ». A la fois la jeunesse de l’animateur et de son équipe, l’insolence, la « méchanceté ».  Un style. Les SoldatsLa Cuisine d’Arnold Wesker  par  Ariane Mnouchkine et Le Théâtre du Soleil, le Bread and Puppet de Peter Schumann. Une autre façon de faire du théâtre. Les prémisses de mai.

Les papas de Chéreau

  Avec le recul,  on identifie mieux les composantes du style Chéreau. Un manteau d’Arlequin cousu à partir de  diverses pièces: chorégraphie de Jacques Garnier, costumes de Jacques Schmidt, lumière d’André Diot, décor de Richard Peduzzi.
Sans parler des comédiens Hélène et Jean-Pierre Vincent, Jérôme Deschamps… A l’arrière- plan, nous le savons maintenant, il y a un modèle, un «patron» : le Piccolo Teatro de Strehler avec son décorateur Damiani. Les Soldats de Patrice Chéreau «copient» l’esthétique de Barouf à Chioggia de Strehler/Damiani présenté peu avant à l’Odéon.  L’artiste a  le droit de copier,  le critique,  le devoir  de témoigner.
A l’époque, presque personne n’a noté la filiation, alors qu’un peu plus tard, il n’échappe à personne que  les chariots de 1789 viennent d’Orlando furioso de Luca Ronconi. Par la suite,  Patrice Chéreau ne fera pas  mystère de sa dette envers Giorgio Strehler. Après Sartrouville, il prendra sa suite à Milan.
(….)
Koltès
Heureusement, il y a eu Bernard-Marie Koltès.  En se couplant avec un poète,  Patrice Chéreau a trouvé modernité et rejoint le Panthéon des couples mythiques metteur en scène/auteur. Jean-Louis Barrault/Paul Claudel. Roger Blin/Samuel Beckett et Jean Genet. Giorgio Strehler/Goldoni et Pirandello.
Koltès l’Africain.  Combat de nègres et de chiens,  le dessous d’une autoroute en construction dans la jungle africaine, gigantisme de l’arche en béton, petite cabane de chantier, silhouette noire. Le tranchant nature/béton, noir/blanc, Europe/Afrique, exploiteurs/exploités…  Koltès le poète. « Dans la solitude des champs de coton ». Ivry, pas de fleurs dans cette ancienne usine d’œillets métalliques.  Murs de brique, lumière blafarde. Deux hommes dans la nuit.  Que me veux-tu ? Que veux-tu? De la drogue ? Du sexe ? Un peu d’humanité? Ambiguïté. Equivoque. Trouble. Le spectateur s’interroge. Le regard torve et perdu de  Patrice Chéreau. Débit saccadé, visage mangé de tics,  reniflement. C’était lui, vraiment. Nu. Dégagé de la gangue du décor,  pure présence du poète. 
A quelque temps de là, je le vois dans la caféteria de ce même lieu d’Ivry, devenu pour un temps  une annexe de l’Ecole des arts déco dirigée par Richard Peduzzi. J’ai envie de lui parler, est-ce qu’il va me reconnaître? Je m’approche, je dis sans réfléchir : «Il y a  longtemps que nous ne nous sommes  vus». Il répond: «Très ». Et s’éclipse. Je  reste avec ce « très ». Une seule syllabe.  Pas grand-chose. Mieux que rien,  après tout.
Disons que je suis fier que l’illustre après tant d’années ait reconnu l’ancien critique qui l’avait soutenu, quand il  débutait… 

René Gaudy

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C’est l’usine !

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C’est l’usine ! exposition-installation de Nabil Boutros

4_img_4250 dans actualitesLa résidence artistique de Nicolas Frize, à l’usine PSA Peugeot Citroën de Saint-Ouen où il travaille depuis plus d’un an, permet au compositeur de mener une expérience artistique singulière, mêlant plusieurs disciplines.
Grand témoin, Nabil Boutros, plasticien et photographe qui accompagne le musicien depuis le début du projet, s’en fait la chambre d’écho avec cette première restitution, sous forme d’images.
La seconde, création musicale de Nicolas Frize intitulée Il y a un chemin, ou Intimité, concert public donné dans plusieurs lieux de la ville, est programmée début 2014.
Que se passe-t-il derrière les murs austères de l’usine PSA Peugeot Citroën,  située en plein cœur de Saint-Ouen ? Ensemble, ils sont allés voir,  recueillir la parole, sentir, réagir,  et rencontrer ceux qui fabriquent les pièces. La direction leur a ouvert les portes, les travailleurs ont donné leur confiance.

C’est l’usine ! témoigne du monde ouvrier. En immersion totale et aux aguets, le photographe a observé les opérateurs en action, à leur  poste de travail, capté leurs gestes et mouvements qu’il ré-interprète par différentes méthodes de traitement de l’image. L’exposition-installation restitue sa traversée, livre ses trouvailles, ouvre sa boîte à idées autant que sa boîte à outils et fait la part belle à la place de l’homme face aux machines.
Le lieu d’exposition a l‘allure d’une usine. Au rez-de-chaussée les murs sont tapissés de papiers dessinés à la main et collés à la manière de papiers peints, qui en donnent la perspective et l’illusion. L’artiste a lui-même conçu et réalisé la scénographie et parle du lieu et du geste.
Une première série de photos en couleurs placées en hauteur, décrit la circulation animée à l’intérieur de l’usine, par superposition, décomposition des mouvements et démultiplication des personnes. La série  du dessous suggère les gestes des travailleurs, et une installation vidéo montre en gros plan leur précision, ainsi que l’objet en cours de transformation sur la chaîne en mouvement.
Au premier étage, dans un autre beau volume d’exposition, sont présentées les figures : une série d’images faites de graphismes et de photographies qui  souligne la place de la figure humaine dans l’univers rationalisé de la production. On dirait un univers de bande dessinée à la Peeters et Schuiten.
Des photographies de lieux, ou d’objets trouvés ça et là, sont posées en vis-à-vis, objets décontextualisés qui prennent la dimension de personnages ; plus loin, des ombres et objets de l’usine sont projetés dans la force de leur interprétation et de procédés photographiques complexes. Ils touchent au fantastique, au rêve, au poème et témoignent de la force créatrice de l’artiste, qui met en perspective ces objets en principe très ordinaires, ou trop précis. Et toujours, la présence de l’homme, comme cette série  de photos de gants de travail posés en fin de service sur les outils,  qui complètent les images défilant sur l’écran.
Cette écriture d’images avec ses pleins et ses déliés, le trait et la couleur qui dans l’usine fonctionne par codes comme le rappelle Nabil Boutros, humanisent le lieu de travail où se répètent et se superposent les gestes, où se concentrent les visages.
A partir d’un sujet aride et complexe, l’usine, le photo-scéno-graphe joue d’inventivité aussi bien dans l’habillage et l’interprétation de l’espace que dans la jonction du bas avec le haut où l’on accède comme au cœur d’un mastaba aux parois d’images imaginées à partir du réel.
Le geste artistique, dans son amplitude, les différentes techniques mises en action et concordance, la fidélité au sujet dans lequel il taille sa liberté d’expression(s), rendent compte de cet univers du travail, avec justesse, humanité et sensibilité.

Brigitte Rémer

Espace 1789, 2/4 rue Alexandre Bachelet, métro: mairie de Saint-Ouen ou Garibaldi, jusqu’au 15 février 2014, du lundi au vendredi, de 10h à 12h et de 14h à 17h30, samedi et dimanche, de 14h30 à 18h.

Voyage au pays des Lilikans

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Voyage au pays des Lilikans, le plus petit théâtre du monde : le théâtre Ten’

photo-1 dans actualitesLe plus petit théâtre du monde est à Moscou, et est devenu un théâtre d’état après avoir été le premier théâtre familial de la nouvelle Russie à la fin des années 1980. Honoré de neuf Masques d’or depuis sa création, il reçoit dans sa forme  à l’italienne,  au maximum six spectateurs.
Pas de billetterie pour les spectateurs qui sont considérés comme des invités privilégiés de ce lieu hors du temps, un vaste appartement  avec  plusieurs pièces dont un salon d’accueil des hôtes, où le thé et les petits gâteaux les attendent. Une comédienne va ainsi leur faire découvrir l’univers des Lilikans à travers son récit, ensuite elle invite ces spectateurs à se rendre au grand théâtre royal de Lilikani.
Comme pour la Russie, le spectateur a besoin d’un passeport qui lui est fourni et d’un visa tamponné. Nous découvrons alors un petit théâtre entouré de six chaises, au sol  recouvert de particules de liège pour mieux nous faire changer de repères. Pour cet authentique théâtre à l’italienne, tout est présent, l’affiche miniature du spectacle, le lustre central, le rideau rouge, l’orchestre dans sa fosse et les spectateurs habitants de Lilikani.
Nous suivons la représentation à travers les fenêtres du théâtre, la musique retentit, pour suivre l’action nous avons des oreillettes qui nous font entendre les commentaires en voix off. Le rideau se lève, de petites marionnettes à tige de la taille d’une phalange sont en place, le spectacle débute. Ce théâtre a un répertoire  qui va d’opéras d’une durée de quatre  à huit  minutes, de Carmen à Don Juan, au ballet classique, avec Casse-noisette, etc…
.  Anatoli Vassiliev y a créé un Misanthrope, et  le danseur du Bolchoï Nikolaï Tsiskaridze y a proposé un mini spectacle original en faisant jouer son propre pied gigantesque dans  ce cadre de scène de 25 X 35 cm. Chaque metteur en scène  peut proposer sa propre création. Cet après midi, nous avons découvert une histoire pleine de poésie et d’effets spéciaux, qui a reçu un «Masque d’or», imaginée  par Macha Litvinova et Slava Ignatov. Tout les artifices du théâtre à l’italienne du XIX ème siècle sont présents, des trappes s’ouvrent, les décors en perspective se succèdent, un monstre envahit la petite scène, (une marionnette à gaine en forme de tête de lion), la fumée envahit parfois le plateau.
Les petites marionnettes virevoltent avec une précision de manipulation extrême. A l’entracte, une boisson et un mini gâteau sont servis dans de la vaisselle de la taille d’un ongle. Le spectateur émerveillé redevient un enfant, et  l’animisme joue tout son rôle.  Maya Kranopolskaya et Ilya Epelbaum fondateurs de ce concept travaillent actuellement avec une dizaine d’artistes, alors que le plus grand théâtre de marionnettes de Moscou Obraztsov emploie  300 personnes…
La jauge réduite ne permet pas de satisfaire toutes les demandes. Afin de palier cela, il a été créé un théâtre ambulant à l’intérieur d’une camionnette, une scène à l’italienne avec ses dorures et ses parures rouges qui  accueille deux personnes pour des courtes séances d’Opéra.  Cette structure joue pour les festivals ou à la demande de municipalités, en particulier durant les fêtes de Noël. Ce concept est le plus exploitable pour les programmateurs, car le théâtre voyage avec son moyen de transport. Parmi leurs projets fous Ilya et Maya travaillent actuellement sur un cabaret Shakespeare qui serait joué à leur domicile, chaque spectateur attablé choisissant dans le menu telles ou telles pièces de l’auteur anglais, adaptées aux petites marionnettes.
Le théâtre Ten’ est un lieu à part de convivialité vraie, loin du gigantisme de la capitale russe.

Jean Couturier

www.tttttttttt.ru

Les trésors de la bibliothèque de la SACD

Les trésors de la bibliothèque de la SACD.

Les trésors de la bibliothèque de la SACD dans actualites affiche-sacd-logoAu fond d’une allée, à quelques encâblures de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD) fondée par Beaumarchais en 1777 pour que les auteurs perçoivent des droits, se trouve une bibliothèque, créée en  1829. Ses rayons furent enrichis douze ans plus tard par une acquisition de 13.000 volumes.
Bien qu’ouverte au public depuis quelques années, la bibliothèque est encore peu connue et mérite de l’être.Qu’y trouve –t-on ? Qui la fréquente ? Comment vivent les fonds ? Quel intérêt présentent ses archives ?
Pour répondre à ces questions, une journée d’étude a été organisée, rassemblant les bibliothécaires et des chercheurs du Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines (CHCSC), laboratoire de l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines. Outre les archives historiques de la Société, elle compte aujourd’hui environ 200 000 documents : 62 000 pièces, scénarii, partitions (dont 8.500 fictions contemporaines!); 45.000 programmes, dossiers de presse… Des lettres, autographes, gravures, photos, films…

Une véritable mine pour les chercheurs comme pour les artistes (auteurs, metteurs en scène, cinéastes) en quête d’éléments pour leurs futures réalisations. Un travail de fourmi pour les bibliothécaires. Les fonds se sont étoffés au fil des ans grâce aux œuvres déposées par les membres de la SACD. Les legs des auteurs et de leurs héritiers constituent aussi une de ses richesses. Pour exemple, les archives de Jean Vauthier.
Décédé en  1992, il a laissé derrière lui des brouillons, correspondances, projets divers réalisés ou restés dans ses cartons, et de nombreux livres annotés, ainsi que des manuscrits assemblés avec des pinces à linge de couleur ; la partie immergée de son œuvre enfin mise à jour ! Il a fallu la patience de la bibliothécaire, Florence Roth, et la collaboration précieuse de la donatrice, Monique Bertin, pour vider deux appartements, trier, identifier, choisir, classer. Soit  71 boîtes et 130 pages d’inventaire. Grâce à ce travail long et minutieux, l’inventeur du Capitaine Bada est enfin passé à la postérité. D’autant que, grâce à ces nouvelles sources, l’université d’Aix-Marseille a pu organiser un grand colloque pour le centenaire de la naissance de Jean Vauthier.
Depuis, ce fonds a permis de nombreuses expositions et rencontres qui contribuent à la pérennité de celui qui a  rêvé de « souder son siècle à celui d’Elisabeth », et  y parvint.

Autre exemple des richesses insoupçonnées de l’établissement, les archives Bernard :Tristan et ses trois fils dont le cinéaste Raymond Bernard. Grâce à un scénario retrouvé à la SACD, il a été possible de restaurer les Misérables réalisé par ce dernier en 1934 avec Harry Baur, Charles Dullin, Marguerite Moreno. Jusqu’ici la meilleure adaptation du roman de Victor Hugo.
Faute de temps, nombre de dépôts ne sont pas encore mis en rayons; l’archivage électronique viendra-t-il à la rescousse des bibliothécaires débordés, on peut en douter… Les supports électroniques  se dégradent en effet beaucoup plus vite que le papier ou la pellicule argentique et l’on peut craindre que le tout informatique entraîne des pertes irréparables. Il reste donc aux archivistes du pain sur la planche.

Mireille Davidovici

Bibliothèque de la SACD 5 rue Ballu du lundi au jeudi de 14 à 18 h et le vendredi de  14 à 17 h.   T: 01 40 23 45 20 bibliotheque@sacd.fr Pour en savoir plus, un moteur de recherche multi-critères permet des interrogations par auteur, titre, nombre de personnages, etc.

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