L’occupation des théâtres continue… (suite et non pas fin)

L’occupation des théâtres continue… (suite et non pas fin)

 L’éventuel confinement qui semblait inéluctable, entrera en vigueur cette semaine, entre autres, vient de dire Jean Castex, dans seize départements et l’Ile-de-France. Et par ailleurs, le mouvement national d’occupation des lieux culturels se poursuit. A Paris, l’Odéon-Théâtre de l’Europe est toujours occupé depuis quinze jours et celui de la Colline, depuis le 9 mars. Nous vous en reparlerons…

En banlieue parisienne, (voir Le Théâtre du Blog), les apprentis de l’École Supérieure des Comédiens par l’Alternance-Le Studio-ESCA occupent le T2G Théâtre de Gennevilliers (Seine-Saint-Denis) depuis le 15 mars. Avec le soutien unanime de l’équipe du théâtre qui s’associe aux journées d’actions communes lancées par le Syndicat National des Entreprises Artistiques et Culturelles sous le mot d’ordre: Le printemps est inexorable.  #feuvertpourculture.

L’équipe du T2G invite le public à la rejoindre le samedi 20 mars à partir de 12h, sur le parvis, pour un moment de dialogue et d’actions en compagnie de son équipe, des apprentis de l’ESCA, de Patrice Gelbart, chef du restaurant Youpi au théâtre, avec la participation des élèves du Conservatoire Edgar Varèse de Gennevilliers.

©x

©x

Toujours en Seine-Saint-Denis, à Aubervilliers, le Théâtre  de la Commune est occupé à partir d’aujourd’hui jeudi 18 mars par les élèves de la classe d’art dramatique du C.R.R. 93. Ils seront bientôt rejoints par les étudiants des C.R.D. de Bobigny et Pantin.
Ils investissent la Commune-Centre Dramatique National pour « faire entendre les théâtres décentralisés ainsi que les villes discriminées par la politique culturelle nationale, pour en faire un nouveau lieu d’occupation propice à la rencontre, à la création artistique et à la revendication. »

Ils travaillent ici comme ailleurs sur « les dates d‘ouverture des lieux, la prolongation de l’année blanche,  l’aide à la totalité des travailleurs à temps partiel et précaires de notre secteur, le refus de la réforme du chômage. Mais ils défendent aussi un R.S.A. accessible à dix-huit ans, une entrée progressive dans l’intermittence pour les jeunes, un statut d’étudiant pour les élèves de Conservatoires, etc. En jonction avec d’autres occupant les lieux, mais aussi avec de jeunes artistes aussi travaillant à une politique culturelle qui leur laisserait plus de place et de pouvoir. » Des actions artistiques et politiques vont suivre dans ce département, l’un des plus pauvres de France et un de ceux les plus  touchés par le covid. Sans doute, un hasard…

Philippe du Vignal

 


Archives pour la catégorie actualites

La Tragédie d’Hamlet de William Shakespeare, mise en scène de Guy-Pierre Couleau

La Tragédie d’Hamlet de William Shakespeare, adaptation de Peter Brook, texte français de Jean-Claude Carrière et Marie-Hélène Estienne, mise en scène de Guy-Pierre Couleau

On connait le scénario compliqué de cette longue pièce-culte si souvent jouée… Le roi du Danemark meurt brutalement de façon mystérieuse et sa veuve Gertrud se remarie très vite avec Claudius, son beau-frère. Mais le fils du roi et de la reine, le prince Hamlet, ne supporte  pas ce remariage. La nuit sur les remparts, il rencontre le spectre de son père qui lui révèle avoir été assassiné par Claudius. Hamlet qui aime la belle Ophélie, la fille du seigneur Polonius en reste très perturbé. Quand arrivent au château, des comédiens ambulants, Hamlet va alors leur faire introduire dans leur pièce une allusion évidente au meurtre du roi par Claudius. Scandale immédiat de cette représentation. Claudius se méfie d’Hamlet et demande à Polonius de l’espionner. Mais Hamlet tuera d’un coup de poignard Polonius caché derrière un rideau. La jeune fille qu’Hamlet injurie, deviendra folle et ira se noyer. Puis Claudius manigancera la mort d’Hamlet avec Laërte, le frère d’Ophélie, lui aussi fou de douleur…

A l’occasion d’un combat d’escrime organisé par le roi pour sceller une prétendue réconciliation, Hamlet et Laërte échangent leurs fleurets. Mais Laërte sera blessé à mort par la lame empoisonnée destinée à Hamlet. Et la reine s’empoisonnera elle aussi en buvant la coupe que devait boire son fils. Et Hamlet tuera Claudius. Fin de ces meurtres en série et de la plus célèbre pièce de toute l’histoire du théâtre occidental qui a été mise en scène  par les plus grands metteurs en scène et fait l’objet de nombreuses adaptations au cinéma…

©-Laurent Schneegans

© Laurent Schneegans

Guy-Pierre Couleau s’est demandé quelle était est la véritable tragédie d’Hamlet et y voit une quête personnelle et métaphysique de chacun d’entre nous, ce qui est tout à fait juste. « Quand, jour après jour, dans une multitude d’actes infimes ​ou remarquables, nous sommes confrontés à notre propre destin que faire? Quelle décision prendre? Vers quel chemin me tourner? Que dire? Où regarder? (…) Face aux innombrables sens et références de la pièce, je ne me fixe qu’un rêve: faire entendre cet «éblouissant chef-d’œuvre de théâtre à double sens» comme le dit René Girard, où justice et innocence sont les véritables protagonistes.»

Et le metteur en scène a fait un choix radical, en choisissant l’adaptation qu’en avait faite Peter Brook qui avait monté la pièce en 1955 au Phoenix Theatre à Londres et au Arts Theatre de Moscou. Et il a entrepris «un nouveau voyage théâtral sur cette œuvre extraordinaire en compagnie de quelques artistes qui me font la confiance de m’accompagner. »  Sur le plateau en angle du Théâtre 13 Jardin au sous-sol d’un HLM,  le plus raté et le plus difficile de Paris, aucun décor autre que des châssis à l’envers contre le mur du fond. Juste quelques chaises dépareillées où s’assoient les acteurs quand ils ne jouent pas, du moins au début et qui semblent s’ennuyer un peu. Une vieille trouvaille brechtienne que Guy-Pierre Couleau aurait pu nous épargner. Pas grave  mais cela donne un côté statique et c’est dommage…

Nous sommes partagés quant à sa mise en scène.D’un côté, un texte resserré et limité à l’essentiel mais parfaitement lisible, joué sans entracte et en à peine deux heures. Cela donne à cette réalisation une solidité et un rythme que l’on ne trouve pas souvent dans les mises en scène d’Hamlet qui ont le plus souvent tendance à s’éterniser. Mais Guy-Pierre Couleau aurait quand même dû rétablir la scène où Ophélie offre des fleurs au roi et à la reine à qui elle dit : « Et pour vous madame, voici de la rue et j’en garderai un peu pour moi. Nous pouvons bien toutes deux l’appeler: herbe de grâce mais elle doit avoir à votre main, un autre sens qu’à la mienne…» Ce qui ouvre des perspectives sur Ophélie, quand on sait que cette plante était couramment utilisée pour ses vertus abortives! A la décharge de Guy-Pierre Couleau, comment faire passer le sens du mot rue?

Mais on comprend mal les jets de fumigène à vue que diffuse un acteur au tout début, un tapis avec une tête dessinée, les lumières de couleur, les fréquents allers et retours dans la salle où officient les fossoyeurs avec une gestuelle approximative. Et ces costumes contemporains de tous les jours qui sont assez laids. Tout cela pour dire que nous sommes bien au théâtre? Mais ces choix sont-ils convaincants?

© x

© x

Côté jeu, mention tout à fait spéciale à Benjamin Jungers (Hamlet) qui a une diction sans faille où chaque phrase, dite avec une grande précision, est une flèche qui atteint avec précision le public. Et ce jeune acteur sait donner, sans jamais forcer et sans une seule criaillerie, une vérité, une ampleur et une intériorité tout à fait impressionnante à son personnage. Et pour une fois ce qui est rare, il a l’âge du rôle. Un belle performance… Emil Abossolo M’Bo, un acteur de chez Peter Brook, est lui aussi remarquable dans le rôle de Polonius. Mais l’ensemble de l’interprétation est, disons, inégale, même si Bruno Boulzaguet, Marco Caraffa,  Anne Le Guernec, Nils Ohlund et Thomas Ribière font le boulot. En tout cas, on comprend parfaitement le texte et c’est une grande qualité de ce travail… Mais moins le choix de Sandra Sadhardheen qui semble avoir bien du mal à assumer son personnage d’Ophélie, même si on la voit peu au cours de la pièce…  Sa relation avec Hamlet comme avec le Roi ou la Reine n’est pas très crédible, ce qui est plutôt ennuyeux et soudain, elle se met à danser et plutôt bien, mais pourquoi ?

La mise en scène que Guy-Pierre Couleau a voulu en  accord avec ce texte dépouillé, a un aspect assez sec où l’émotion n’a donc guère de place. Mais ce travail souffre de cet espace scénique particulièrement ingrat et qui ne rend pas service à une telle pièce. On peut rêver mais on verrait bien cet Hamlet avec toute la rigueur de cette mise en scène, dans le jardin d’un vieux château, en tout cas en plein air, avec des éclairages rigoureux et de costumes mettant en valeur les personnages. Cette réalisation aurait alors une toute autre dimension et on ne dira jamais assez l’importance d’une scénographie adaptée, surtout pour une pièce comme Hamlet.  Donc, à suivre…

Philippe du Vignal

Représentation pour professionnels vue le 10 mars, au Théâtre 13 Jardin, 103 A, boulevard Auguste Blanqui, Paris (XIII ème).

Les 27 et 28 avril, Les Scènes du Jura-Scène Nationale de Dôle-Lons-le-Saulnier. Le 30 avril, ABC Dijon- Scène Pluridiciplinaire, Dijon (Côte-d’Or).

Le 11 mai, L’Esplanade du lac, Divonne-les-bains (Ain).

Le 30 septembre, Théâtre d’Auxerre (Yonne).

Le 9 novembre, Le Carré-Scène Nationale, Château-Gontier (Mayenne).

En décembre, Théâtre Victor Hugo, Bagneux (Hauts-de Seine).

 

Tout sera différent d’Agathe Charnet, mise en scène de Maya Ernest et Carla Azoulay-Zerah

Tout sera différent d’Agathe Charnet, mise en scène de Maya Ernest et Carla Azoulay-Zerah

©x

©x

Les professionnels de la profession assistent presque en catimini, l’après-midi avant le couvre-feu, à quelques «sorties de résidences». Au pluriel: le terme semble indiquer une certaine stabilité mais en fait il représente un vrai nomadisme pour les compagnies. Les Théâtres, Scènes Nationales et institutions culturelles offrent une semaine, voire quarante-huit heures  seulement, de travail tranquille dans un lieu adapté à un travail de création. Il faut donc avoir l’âme solide et flexible mais les projets avancent comme ça…. Jusqu’à  arriver, en des temps plus heureux, à l’état de spectacle en public.

La jeune compagnie Avant l’Aube -premier spectacle en 2015- mais déjà expérimentée, a bénéficié de dix résidences avec présentations publiques quand c’était possible ou professionnelles où le texte a été sélectionné et primé. Bonne organisation, bon plan d’action de l’autrice et les metteuses en scène lestées d’un solide et utile bagage universitaire: Sciences Po et une expérience du journalisme ont ainsi donné à Agathe Charnet le regard et et l’acuité d’une sociologue pour saisir l’air du temps dans sa gravité et opérer la synthèse entre vécu de chacune et information générale.

Thème central aujourd’hui: la mémoire et l’identité. Une mère atteinte d’une forme précoce d’Alzheimer, l’angoisse pour sa fille de la voir devenue inaccessible. Sans que cette mère ait eu le temps de lui transmettre ses souvenirs et son histoire. Bon nombre de textes ont été écrits là-dessus ces dernières années, dont les pièces d’Alexandra Badéa ou L’Art de perdre d’Alice Zéniter auquel les créatrices du spectacle rendent hommage. Mais Tout sera différent n’arrive pas encore à ce degré de force et d’évidence, pris entre un besoin d’authenticité et le désir de faire de l’effet.

Pourquoi pas, quand il s’agit, pour l’héroïne-narratrice,  du souvenir imaginaire de sa naissance ? Un moment d’enfer, d’agitation de « petits hommes verts » (la couleur des  blouses jetables) de cris et matières diverses projetées sur un voile de plastique. Bienvenu en ce qu’il protège le public, tout en laissant voir une scène fantasmée… Une idée esthétique dans la lignée de Romeo Castellucci ou d’Angelica Liddell, et un effet utile. Un autre moment, théâtral celui-ci, avec un silence de plus en plus lourd  dans un réveillon de l’an 2.000. Se creuse une faille qui s’agrandit entre ces amies: deux mémoires et identités…inconciliables. Un cataclysme annoncé pour le nouveau millénaire !

Le  reste, dont la satire d’un jury de thèse -bien vue mais dessinée à gros traits- est plus banal et quelque chose manque à cette écriture : une structure plus ferme, conduite par la quête de la fille et la poésie de ce personnage/narratrice. Mais nous avons vu seulement quarante-cinq minutes d’un spectacle conçu pour durer deux heures, avec nous promet-on., quelques surprises… Les autrices et metteuses en scène ne manquent pas d’idées y compris pour diriger les garçons. Elsa Chomienne a inventé une scénographie simple: des rideaux de plastique accompagnent, amplifient même les gestes et émotions, en les rendant très concrets.

Pour le moment, même sur un thème dans l’air du temps, Tout sera différent n’a pas encore trouvé toute sa force. Mais difficile pour les actrices de s’imposer  quand survient un véritable orage sur le toit très sonore du Grand Parquet, même venu à point nommé dans une scène de famille… Demain, en vraie grandeur,  tout sera différent...

Christine Friedel

Présentation pour les professionnels vue le 12 mars au Grand Parquet, Paris (XIX ème).

L’occupation des théâtres continue…

L’occupation des théâtres continue…

© AFP

© AFP L’Odéon-Théâtre de l’Europe occupé

 Cela tangue encore plus ces jours-ci et dit Robin Renucci, président de l’Association des Centres Dramatiques Nationaux « Notre responsabilité d’employeur n’est pas d’inciter à l’occupation de nos outils de travail mais nous tenons à saluer la mobilisation des occupants et à les soutenir sur l’ensemble de leurs revendications ».  Mais  le protocole d’une reprise d’activité qui a été présenté à Roselyne Bachelot, début janvier  n’a reçu aucune véritable réponse! Muriel Mayette-Holtz, ex-administratrice de la Comédie-Française, ex-directrice quelques mois de la villa Médicis à Rome et actuellement directrice du Théâtre national de Nice, semble regretter  cet immobilisme: « Nous pouvons ouvrir nos théâtres demain, c’est notre métier de gérer le flux et de le gérer dans les conditions sanitaires requises. »

©x

©x

Et à Marseille depuis le 12 mars, le ZEF-Scène Nationale* est occupé. Artistes, techniciens intermittents, travailleurs précaires, étudiants… se sont joints au mouvement lancé à l’Odéon-Théâtre de l’Europe. Avec comme dans les autres lieux occupés, des assemblées générales, ateliers, groupes de discussion et réunions.  La programmation est en partie maintenue pour un public restreint, les espaces de répétition sont mis à disposition des artistes et le hall transformé en salle de travail pour permettre aux étudiants isolés de se retrouver.
« Les revendications portées par la lutte en cours ne sont pas seulement celles de rouvrir nos lieux, mais concernent notre avenir à tous. C’est pour cela que nous les soutenons en grande partie. Nos luttes convergent et vous pouvez, vous aussi, témoigner votre soutien En vous joignant à la mobilisation nationale Le Printemps est inexorable, ce samedi 20 mars de 11 h à 13 h, à hauteur de la place du Général de Gaulle (Marseille 1er). »

L’occupation de l’Odéon depuis quinze jours est emblématique, en partie  grâce à sa situation au cœur de Paris. Et le mouvement s’étend (voir Le Théâtre du Blog). Mathieu Bauer, le directeur du Nouveau théâtre de Montreuil, ** appelle à la mobilisation « pour faire entendre nos revendications et les partager avec vous. » Cela se passera dans le cadre de l’appel national du SY.N.D.E.A.C. en présence de nombreux partenaires culturels et élus de Seine-Saint-Denis. « Depuis plusieurs semaines, de nombreux syndicats du monde du spectacle appellent à des rassemblements pour exiger la réouverture des lieux de culture, dans l’élan de cette phrase pleine d’avenir de Pablo Neruda, Le printemps est inexorable.

©x

©x Le Nouveau Théâtre de Montreuil

(…) « C’est pour cela que nous exigeons dans les plus brefs délais, la réouverture de toutes les maisons d’art, lieux de sociabilité, de partage et de rencontres. Cette urgence s’exprime par des mobilisations dans de multiples théâtres, occupés partout en France. Le Nouveau théâtre de Montreuil est à son tour occupé depuis hier par des étudiants d’écoles d’art. Comme nous, ils ne se reconnaissent pas dans le monde qui se dessine. C’est donc avec hospitalité et chaleur que nous les avons accueillis, certains que le désir d’agir qui les habite répond à cette nécessité absolue. Nous sommes au croisement de luttes qui dépassent très largement la question de nos propres interrogations et elles rejoignent l’ensemble des revendications des travailleurs précaires et autres laissés-pour compte  par nos gouvernants. Ensemble, nous devons cultiver, œuvrer à ce printemps et ainsi renouer avec le mot désir, porteur d’avenir. »

© x

© x

A Gennevilliers, le T2G *** est aussi occupé par les apprentis de l’ESCA (Ecole Supérieure des Comédiens par l’Alternance) située dans la proche ville d’Asnières et s’associent aux revendications énoncées dans les communiqués de l’Association des Centres Dramatiques Nationaux. »Nous occupons à présent « Nous occupons à l’intérieur, pour qu’il se passe des choses à l’extérieur, le T2 G en solidarité avec nos camarades du Théâtre de l’Odéon, de tous les autres lieux culturels occupés, avec le soutien du Studio-ESCA  et de l’équipe du T2G Centre Dramatique National de Gennevilliers.**  Ils  demandent aussi « l’abandon de la réforme de l’assurance chômage, l’obtention et/ou la prolongation d’une année blanche sur les droits au chômage pour les intermittents du spectacle et son élargissement aux intermittents de l’emploi abandonnés par le gouvernement (extras de l’hôtellerie, restauration, évènementiel mais aussi intérimaires, saisonniers. Et des mesures d’urgence face à la précarité psychologique et financière de tous les étudiants et élèves de France.  Un financement du secteur culturel passant par un plan massif de soutien à l’emploi, en concertation avec les organisations représentatives des salariés de la Culture. Un plan d’accompagnement des élèves et étudiants en cours d’étude et à la sortie pour leur permettre d’accéder à l’emploi. Une date-butoir de réouverture des lieux culturels dans le respect des consignes sanitaires. »

Un rassemblement sur le parvis du Théâtre d’Orléans aura lieu samedi 20 mars de 14 h à 15 h précédé d’échanges organisés par les occupants à partir de 11 h 30. Et les occupations de théâtres et lieux culturels se multiplient… Et Cela fait maintenant un an que nos lieux culturels sont fermés aux publics, à l’exception de deux ou trois mois en fin d’été dernier. Nous sommes inquiets pour nous, pour l’avenir réservé aux projets que nous continuons de construire avec conviction, pour les artistes et les techniciens intermittents, pour la jeunesse tout juste sortie des écoles professionnelles, qui risque de ne pas trouver de débouchés. La culture ne doit pas être mise à l’écart. Elle est un souffle nécessaire à la vie.

Et sur le Parvis du Cratère-Scène nationale d’Alès et avec le Festival Cinéma d’Alès – Itinérances,  aura lieu un rassemblement dans le cadre du mouvement Le Printemps est inexorable #feuvertpourlaculture samedi 20 mars de 9 h à 12h.
La balle est maintenant dans le camp du Gouvernement ou plutôt de l’Elysée, puisqu’on entend davantage Macron parler de la célébration de Napoléon. Quant à Castex et à la Roselyne, ils semblent faire de la figuration intelligente…

Philippe du Vignal

*Le ZEF-Scène Nationale, avenue Raimu, 13014 Marseille. T. : 04 91 11 19 30.

**Place Jean Jaurès à Montreuil (Seine-Saint-Denis) samedi 20 mars à 11h.

***ouverturesssentielles.t2g@gmai

 

Entretien avec Frédéric Dautigny, directeur de l’Atomik Family

Entretien avec Frédéric Dautigny, directeur de l’Atomik Family

© C. Mourthé

© Christophe Mourthé

-Parlez-nous de votre enfance…

-Chez les forains, nous sommes magiciens de père en fils, de mère en fille. Les femmes sont voyantes et les hommes s’illustrent par l’originalité d’un répertoire souvent emprunté à la prestidigitation. Peut-être un cliché mais dans ma tribu, c’était le cas! J’ai eu une éducation religieuse stricte et j’ai compris que toutes les grandes civilisations se sont construites sur des actes de magie. Et qu’elle pouvait me faire entrer là ou ma condition sociale ne me le permettait pas et qu’avec elle, je n’aurai plus jamais faim ni soif.

 -Et ensuite ?

-J’ai eu mon premier engagement sérieux au Cirque de Mexico en 1985 à Mérida (Venezuela) devant l’Université des Andes. J’avais acheté mon matériel à la Casa Magica d’Henry à Caracas chez mon maître et mentor Alain P., un Français en cavale en Amérique latine. Il m’a initié à la tricherie, à la cartomagie moderne, au pickpockettisme et à la manipulation de cartes sur scène.

J’ai été son complice pendant quatre ans mais j’avais le droit de faire seulement des tours devant lui et ses femmes… A l’époque pas d’Internet et trouver des livres de magie était difficile! Un lien sacré unissait donc le maître et l’apprenti. J’ai tout pris comme un cadeau, comme une révélation. Puis en 1989, j’ai débarqué en France et suis allé au congrès de l’Association Française des Artistes Prestidigitateurs à Cannes où j’ai rencontré Tommy Wonder, Lubor Fielder, Bébel, Majax, Bruno Copin et sa muscade ensorcelée. Et des femmes m’ont soutenu, éduqué et ont fait évoluer ma perception du monde. Ensuite des amis artistes, techniciens et entrepreneurs de spectacle m’ont permis de découvrir la richesse et la complexité de la magie…

Aujourd’hui, notre exposition animée investit des châteaux, hôtels, jardins, sites architecturaux, musées, galeries d’art et festivals dans le monde entier. Elle prend la forme d’une visite guidée par petits groupes selon une durée précise, exactement comme pour un entre-sort. Le spectateur n’est pas captif et nous exploitons sa curiosité pour tout ce qui est étrange, primitif, animal, dépaysant…

 -Et votre cabinet de curiosités?

-Dans cette exposition, le public rencontre des créatures étranges, voit farces surnaturelles et trésors cachés, que l’on offre aux regards par intermittence ou pour une brève visite et il se souviendra alors de ce qu’il avait oublié. La Famille Atomik est douée d’une aura singulière dont la vertu magique est attachée à la culture de la curiosité et du mystère. Et nous intégrons une touche humoristique à la mise en scène qui, avec le boniment, est si outrancière que le public en perçoit l’intention comique. En jouant sur cette frontière, nous le rendons complice de l’arnaque. Par « cabinet de curiosités », nous entendons bien sûr, la mise en scène d’individus ayant des anomalies physiques, mentales ou comportementales, réelles ou simulées pour le divertissement… et le profit.

-Quelles sont vos relations avec les autres magiciens ou artistes ?

J’admire les prestations de Channing Pollock, Haruo Shimada, Slydini… En cartomagie, René Lavand, Ricky Jay, Del Ray et Steve Forte m’ont aussi impressionné. Comme Philippe Genty et ses marionnettes: je n’ai toujours pas compris ses trucages. Mais j’aime beaucoup aussi aussi ces chorégraphes de génie que sont Pina Bausch et Carolyn Carlson, des clowns comme Grock, Georges Carl, Oleg Popov et le provocateur Léo Bassi. Le conteur Georges Gougaud, les mimes Marcel Marceau et Claude Kipnis et de grands acteurs comme Charlie Chaplin, Orson Welles et Guy Williams, le Zorro mythique dont je suis aujourd’hui le sosie officiel. Mais je suis surtout attiré par la tricherie sacrée, la para-psychologie, la magie «rêvante», bizarre ou rituelle, celle aussi qui  est liée au conte, au théâtre d’objets, à la marionnette et aux arts décoratifs…  Bref, celle qui se lit comme un bulletin d’informations du divin.

 -Vous avez été influencé par des bateleurs et charlatans?

Bien sûr, mais aussi par des illuminés ou gourous, des penseurs,  poètes et écrivains ésotériques. Et par des fabricants d’entre-sorts, des faussaires et autres artistes atypiques. Les magiciens sont à la fois metteurs en scène, acteurs et à un degré très variable, mécaniciens. Mais aussi sculpteurs, décorateurs et costumiers, électroniciens, auteurs, communicants, entrepreneurs… Un vrai sacerdoce et mieux vaut ne pas l’oublier, si on veut durer dans ce métier.

 -Il semble qu’on assiste de plus en plus à un démembrement de la magie? -Oui, sans doute à cause d’une idéologie qui a fait de nous  des acteurs du lien social, du vivre ensemble et non plus d’éternels rebelles au grand cœur…  Avec le corporatisme et la copie, on force l’artiste à entrer dans un moule façonné par les «docteurs de l’art collégial ». Conséquences: plus de magie avec animaux, ballons et pyrotechnie mais bientôt avec le digital et le virtuel, sans doute plus un magicien sur scène ! Et le public verre des spectacles qui ont les mêmes codes et moyens d’expression…

Notre but : créer un divertissement plaisant mais aussi donner forme à ce qui doit rester l’indicible par excellence. Pour l’Atomik Family, le magique est avant tout la surprise et la turbulence. Chaque art possède en sa mémoire mythique, une parcelle du savoir caché de l’univers et celui des magiciens a, et au plus haut degré, cette réminiscence. Sans culture, notre art disparaîtrait et deviendrait vite un puzzle… Comment répondre à  cet engouement pour la pensée magique? En inventant des histoires? En évoquant des mystères de pacotille? Le magicien, chroniqueur, faiseur d’opinion et maître du verbe, doit connecter une histoire à une expérience émotive forte. Il fait le lien entre culture populaire et culture savante… En théorie bien sûr, mais dans la réalité du marché, c’est plus difficile et nous sommes aujourd’hui souvent perçus comme des amuseurs publics qui doivent, s’ils veulent remplir leur marmite, s’adapter au niveau culturel de leur auditoire.

- A part la magie, vous faites quoi, de la cuisine, vous vous baladez?

-Oui bien sûr mais pas seulement. J’aime aussi créer des jardins, aller à la pêche, faire des voyages, rechercher des artefacts anciens. Et j’ai commencé à écrire un livre qui rassemble et révèle nos idées, textes mais aussi nos fêlures et notre singularité artistique…

Sébastien Bazou

Interview réalisée le 7 mars. https://www.facebook.com/lafamilleatomik/

 

 

Renversante de Florence Hinckel, adaptation et mise en scène de Léna Bréban

Renversante de Florence Hinckel, adaptation et mise en scène de Léna Bréban

L’auteur, après une licence de programmation analytique, devint professeure des écoles à Marseille, en Guyane et Guadeloupe. Puis elle s’est consacrée entièrement à l’écriture avec surtout des séries pour les enfants et adolescents comme La Famille Papillon, Le Chat Pitre, Nos éclats de miroir, L’Eté où je suis né, Les Copains, le soleil et Nabila. Et dans Le Grand Saut, elle traite d’un sujet qu’elle a bien connu comme enseignante…  l’inégalité des chances. Florence Hinckel a aussi une réflexion critique sur des thèmes de société actuels comme l’intelligence artificielle, les réseaux sociaux, le transhumanisme…

Le spectacle, joué dans les établissements scolaires de Saône et Loire, a été produit par l’Espace des Arts- Scène nationale de Chalon-sur-Saône où Léna Bréban avait présenté  Verte, un beau spectacle pour enfants (voir Le Théâtre du Blog). Dans Renversante.  Florence Hinckel utilise un procédé littéraire bien connu : l’inversion mais avec une rare virtuosité d’écriture. Deux adolescents Léa et son frère Tom, découvrent que les rues et  établissements scolaires ont des noms de femmes célèbres. Tom: On s’est mis à regarder le nom des rues: rue Jeanne d’Arc, Lea: rue Louise Labbé. Tom : avenue Maria Callas. Lea: square Rosa Luxembourg. Tom: impasse Roselyne Bachelot. Lea: place Olympe de Gouges. Tom: boulevard Marie Curie … et plein d’autres noms de femmes qu’on ne connait pas. Mais Papa a raison : il n’y a pas beaucoup de noms d’homme. »
Lea : Ce n’est pas de leur faute, c’est juste parce que les pauvres ont passé des siècles et des siècles à devoir faire le ménage, la cuisine, les courses et qu’on ne peut pas tout faire dans la vie. Tom : Oui mais du coup, ils n’ont pas eu le temps de s’instruire et créer des choses. Léa: Ils peuvent être fiers quand même, parce qu’ils font la plus belle des choses au monde.  Tom et Léa ensemble : Ils élèvent les enfants ! »

Ces deux-là remarquent aussi que, dans toutes les écoles, le féminin l’emporte sur le masculin. Réputé plus noble que le masculin à cause de la supériorité de la femelle sur le mâle. Et on ne semble pas vouloir remettre en cause cet ordre établi depuis si longtemps. Mais Léa et Tom adoptent un autre point de vue  et réfléchissent aux clichés de la domination féminine…jusque dans leur cour d’école. Tom pense en effet que les filles prennent toute la place dans la cour et que les garçons n’ont plus qu’un petit espace pour eux. Mais Léa lui réplique vertement : « Gnagnagna.  De toute façon, ton jeu c’est de la merde ! (…) Alors que la coupe du monde de football féminine est suivie par, des milliardes ! des milliardes de gens tout autour de la planète ! Casse-toi ! »

Et entre eux, il est aussi question de couleur masculine ou féminine. Léa : J’ai réalisé que la couleur rose, traditionnellement associée aux filles, n’était pas du tout mal vue. Tout le monde porte du rose, garçons ou filles, sans être moquée. Tom : Alors que pour le bleu, c’est très différent. Léa : Comme bleu = garçons, cela signifierait que les garçons sont vraiment mal perçus dans la société ? J’ai un petit peu de mal à le croire. Tom : (au micro en boucle) Grosse gouinasse ! Fille manquée ! … Léa : Le monde n’est quand même pas aussi sexiste !

Et voilà, les grands mots sont lâchés. Et le frère et la sœur enfoncent le clou avec une certaine jouissance. Tom: Stop ! C’est bizarre, cette règle grammaticale qu’on nous apprend à l’école, que le féminin l’emporte toujours sur le masculin. Et Léa s’adresse au public: « Excusez-nous, mon frère fait son intello… Tom: Non, mais pardon, là je découvre dans cette encyclopédie que le féminin n’a pas toujours primé dans la langue française. « 

Les dialogues de l’adaptation théâtrale qu’en a faite Léna Bréban sont incisifs et la  place des hommes et des femmes ainsi revue et corrigée devient aux yeux des spectateurs assez aberrante mais la démonstration a parfois une tendance féministe parfois appuyée. Le procédé artistique et littéraire de l’inversion est connu depuis le XII ème siècle et on peut ainsi voir notamment sur le tympan de l’abbatiale de Conques (Aveyron) une femme sur les épaules d’un homme. Un renversement de l’autorité maritale? Et deux lapins marchent en portant un braconnier ficelé sur une perche…

Mais désolé, Florence Hinckel, les choses ont évolué, il y a déjà même quarante-sept ans, votre âge et un âge que nous connaissons aussi… Préparation des biberons, changement des couches, lessive, cuisine au quotidien et bain du bébé. Plus tard, accompagnement à l’école maternelle, puis à l’hôpital pour une très grave opération, visites chez pédiatre et cardiologue, nombreux papiers de Sécurité sociale et d’impôts à remplir, conduite de la voiture, courses hebdomadaires au supermarché, c’était qui, à votre avis? Et tiens, au fait, pourquoi y a-t-il aussi toujours si peu de boutiques de vêtements et de chaussures pour hommes et tellement pour les femmes?  Alors, s.v.p., Florence Hinckel, sur la question des inégalités hommes/femmes et sur le sexisme, ne cédez pas à la facilité et ne jetez pas tous les maris, compagnons, papas avec l’eau du bain… Le droit à la parité, cela existe aussi pour chaque sexe mais, en ces temps où règne madame Mi-Tout, on a tendance à l’oublier… 

Bon, mais pour Renversante, nous n’allons pas chipoter notre plaisir… Ici en une demi-heure, le tour est joué et cette savoureuse inversion des stéréotypes passe d’autant mieux la rampe… qu’il n’y en a pas. Le spectacle est en effet joué dans une salle dite polyvalente du collège Pasteur à Mâcon donc sans artifices techniques, avec distanciation de rigueur: élèves masqués et assis à plus d’un mètre l’un de l’autre, et profs et principal du collège dans le fond. Et acteurs aussi masqués, non pour le jeu mais pour la discussion qui suit… exactement au même endroit. Comprenne qui pourra aux règlements de l’Education Nationale…

©x

©x

Donc aucun décor autre qu’une table, des accessoires et éléments de costumes et perruques avec changement  à vue. Mise en scène simple mais rigoureuse, proche de celle d’un spectacle d’agit-prop, pouvant trouver sa place n’importe où et joué à un excellent rythme. Léna Bréban  interprète Léa et Antoine Prud’homme de la Boussinière (Tom) lui donne la réplique, un peu en mineur mais avec une belle complicité… La metteuse en scène s’est emparée du texte avec une  grande maîtrise et réussit à faire passer cette réflexion à la fois drôle et caustique sur la place actuelle des femmes dans la société. Les acteurs jouent plusieurs personnages (Léna Bréban affublée vite fait d’une moustache, est aussi excellente dans le rôle du père), impressionnent ces élèves de quatrième très attentifs.
Le spectacle parfaitement rodé dure seulement trente-cinq minutes et précède une entretien de vingt-cinq minutes entre élèves et comédiens. Là aussi Léna, Bréban, très solide, assure les choses avec efficacité, répond avec précision aux questions souvent très fines, donnant la parole à l’un ou l’autre et en la faisant circuler, tout en gardant un œil sur le temps qui passe. Chapeau. 

Par ces temps de confinement et de couvre-feu, les élèves des collèges de la région ont bien de la chance. Léna Bréban a aussi mis  en scène pour la Comédie-Française avec, excusez du peu, les excellents Dominique Blanc, Thierry Hancisse et Hervé Pierre, une adaptation -qu’elle a écrite avec son complice Alexandre Zambeaux- de Sans Famille. Le célèbre roman d’Hector Malot a fait couler des torrents de larmes chez les enfants depuis plus d’un siècle et nous avions hâte de voir cette création. Tout était prêt au Théâtre du Vieux-Colombier pour plusieurs semaines de représentations, quand est arrivé le couvre-feu! Mais Léna Bréban le mérite bien, cette création a été maintenue mais reportée… en novembre prochain si tout va bien.  D’ici là, croisons les doigts et espérons voir plus clair! 

Philippe du Vignal

Spectacle vu le 8 mars au collège Louis Pasteur, 50 Impasse Pasteur, Mâcon (Saône-et-Loire).

 

 

Livres et revues

Livres et revues

Déambulations théâtrales, ouvrage cordonné par Mathieu Gasparini, contributions de Stéphanie Ruffier

Ce livre de 280 pages rassemble réflexions et analyses d’un séminaire de quatre jours avec les compagnies Action d’espace, Les Arts Oseurs, La Baleine-cargo, Les Fugaces, le Groupe Tonne, La Hurlante et No Tunes International.

©PierreAcobas

©PierreAcobas Nous les oiseaux par la compagnie Les Fugaces

Dénominateur commun: ces compagnies jouent dehors gratuitement et leurs spectacles sont, avant tout, fondés sur une pratique artistique de la marche, celle du public et des comédiens… très variable selon les troupes.

Nous ne pouvons détailler l’ensemble mais dans Pourquoi et comment déambuler un long chapitre -un peu estouffadou et souvent vite écrit- les directeurs et directrices de collectifs analysent leur méthode de  travail. Périne Faivre avec Les Arts Oseurs a investi l’espace public, avec dit-elle, une convocation du corps social, de la “France ». Ce n’est absolument pas modeste mais c’est cet enjeu-là que je défends. D’une manière générale, je veux faire vivre aux spectateurs un moment collectif et politique.”

©x

©x

Dans Les Tondues, la metteuse en scène a voulu faire participer le public à un épisode mal connu de l’Histoire de France dont personne ne peut être fier… En 1944, environ 20.000 jeunes femmes qui avaient été les amoureuses de soldats allemands ou avaient simplement travaillé pour eux, furent tondues et baladées debout dans une charrette ou une camionnette, sous les injures des habitants. Un de nos pires souvenirs d’enfance… Côté actrices, la grande Arletty, bien protégée, s’en tira facilement: «Si vous ne vouliez pas que l’on couche avec les Allemands, fallait pas les laisser entrer.» Mais on le fit payer cher à Madeleine Sologne qui joua ensuite très peu au théâtre. Les prostituées des nombreux bordels chics fréquentés par les Allemands, elles, furent moins inquiétées…
Les Tondues, un spectacle fondé sur la déambulation avec cinq acteurs, se situe au croisement du théâtre, de la danse et de la musique et correspond bien à un enjeu dramaturgique. Avec ce mode opératoire, le public pouvant être alors un confident, un témoin, voire un complice. Cela évoque un acte à la fois punitif et expiatoire dont personne dans les familles -auteurs comme victimes- ne tenait à reparler: étouffé, il a peu à peu disparu de la mémoire collective.

©x

©x

Caroline Cano avec sa compagnie La Hurlante se pose chaque fois la question de savoir ce que vont vivre les spectateurs. «Le personnage principal, dit-elle, celui qui se raconte, qui fait déplacer le public, est Noëlle Folly. Dans Regards en biais, elle invite à l’aider pour distribuer ses prospectus.» Et elle ajoute que «le fait de marcher provoque une agitation de la pensée, de façon très concrète, ça provoque des situations très poétiques.»  Mais les autres témoignages n’ont pas tous cette qualité et souffrent de bavardages.

La déambulation théâtrale et les formes dramaturgiques qu’elle a prises, ne date pas d’hier, et pour le théâtre contemporain, remonterait aux années soixante-dix. Il y a eu quelques manifestations où les metteurs en scène s’en sont servis comme pour ce Cortège funèbre, enterrement de la liberté d’expression à Paris en 1972 avec un corbillard conduit par huit chevaux noirs, des tambours aussi voilés de noir frappés en cadence par de jeunes acteurs…

 

©x

©x

Réalisé par le Théâtre du Soleil, la compagnie Vincent-Jourdheuil, le Théâtre de l’Aquarium, l’Ensemble Théâtral de Gennevilliers, l’Action pour le Jeune Théâtre au nom de quarante troupes et le Théâtre de la Tempête. Cela était-il inspiré par un siècle et demi avant par des cortèges funéraires dans l’espace public, chargés d’un sens politique? En tout cas, cette marche publique de protestation des compagnies après les propos insultants et pitoyables sur la création théâtrale de Maurice Druon (1918-2009), alors ministre des Affaires culturelles en mai 73 sous le règne de Georges Pompidou, connut un beau succès. Il avait bêtement déclaré « Les gens qui viennent à la porte de ce ministère avec une sébile dans une main et un cocktail Molotov dans l’autre devront choisir. »

©x

©x Jean Digne

Il y eut aussi à Aix, ville ouverte aux saltimbanques, la fameuse opération imaginée et réalisée par Jean Digne en 1974, de petites déambulations avec notamment, Le Palais des Merveilles de Jules Cordière acrobate de fil mou que l’on avait connu crachant le feu au Magic Circus de Jérôme Savary et qui avait une petite troupe dont sa compagne Caroline Simonds, maintenant directrice du Rire à l’hôpital, un géant et quelques autres artiste de rue.

©x

©x

Le Théâtre de l’Unité avait lui conçu un remarquable Noces et banquets comme une sorte de marche vers plusieurs lieux de jeu comme mairie, église, restaurant… Quant à la Fanfare des Grooms, elle a souvent emmené plus d’une centaine de personnes dans les rues d’un village avec des «stations», entre autres pour assister à une leçon d’opéra par un pseudo-amateur et complice depuis son balcon… «Quelque chose, dit Périne Faivre, se joue de sacré qui vient re-raconter l’histoire des Hommes.» Des moments de théâtre en partie fondés sur l’improvisation, l’interaction avec le public et  inspirés par des rituels de société comme un enterrement, un cortège de mariage, une manifestation politique etc. et qui participent d’un «être ensemble». Mais ces spectacles ont  souvent quelque chose d’artificiel et en arrivent même à être des produits commerciaux avec « animations de théâtre déambulatoire interactif technologique pour cocktails d’entreprise ».

Il y a heureusement dans ce livre Une Brève histoire de la marche par Stéphanie Ruffier. Cette enseignante et chercheuse analyse finement cet acte à la fois humain et animal en la reliant à «la leste dérive imaginée le situationniste Guy-Ernest Debord questionnant la validité du hasard». Et elle voit «dans la marche collective, un geste artistique frondeur comme chez Dada, Antonin Artaud ou Tadeusz Kantor.»

 

©x

©x Tadeusz Kantor  Transport d’une lettre grand format

Mais ce grand artiste polonais à l’avant-garde des arts plastiques au croisement avec le théâtre, réalisa en fait peu de marches et plutôt des actions impliquant du public, notamment autour et à l’intérieur d’un lieu où avait lieu un de ses spectacles. Comme à Cracovie, à Malakoff avec La Poule d’eau ou au Théâtre National de Chaillot avec Les Mignons et les Guenons, deux pièces adaptées de Witkiewicz.
Et dans un genre très voisin, Meredith Monk en 71 à New York puis la compagnie Fartov et Belcher de Guy Lenoir, Gilbert Tiberghien et Yvon Blanlœil à Bordeaux en 77-78 réalisèrent des spectacles déambulatoires- on ne disait pas encore performances- où le public migrait d’un endroit à l’autre, à pied et par autobus où se jouaient aussi de courtes scènes.

Cinquante ans plus tard, la déambulation comme genre théâtral n’est pas toujours convaincante. Stéphanie Ruffier remarque qu’elle peut «entraîner un public dans un mouvement de groupe, voire de foule» comme, avec ses marionnettes géantes, le célèbre Royal de Luxe. Mais de là, à y voir: «dérangement, perturbation des flux ordinaires tout autant que vitalité, souffle onirique et concret, libido-instinct de vie et moteur qu’elle nous tend et nous meut étymologiquement jusqu’à la pleine satisfaction», l’auteure fait sans doute preuve d’un bel optimisme que nous ne partageons pas tout à fait.

Reste un livre de témoignages de quatre jours de discussion peu éclairants. Il pourra éventuellement servir dans quelques décennies aux chercheurs et historiens… Ou être  un des matières premières  pour écrire une véritable histoire du théâtre déambulatoire écrite par Stéphanie Ruffier. Elle en a la compétence et l’énergie.
Pour le moment, tous les spectacles de rue sont, comme les autres, à l’arrêt et on attend des nouvelles des festivals qui, pour certains auront lieu mais sous une forme réduite! Et de toute façon, avec cette crise sanitaire qui s’éternise, les cartes du théâtre dans les salles comme dans les espaces publics, vont sans doute être encore rebattues...

Et quid? du festival d’Aurillac, le plus connu en France pour le théâtre de rue… Actuellement, il aurait lieu sous réserve d’annulations en dernière minute mais d’une ampleur limitée et étalé dans le temps, adapté aux contraintes sanitaires, avec capacité d’accueil réduite et stricts protocoles d’accès. Du 12 au 14 août pour les spectacles créés en 2.020, puis du 19 au 21 août pour ceux créés en 2.021. Dans des sites clos et maîtrisables en termes de jauge et circulation. Cela exclut pratiquement toute forme de théâtre déambulatoire dans une rue ou dans un espace public et  sans doute les mêmes conditions s’appliqueront-elles aux autres festivals de théâtre de rue… « Nous vivons une époque moderne, disait Philippe Meyer… »

Philippe du Vignal

Editions 1.000 kilos. 19 €.

On peut consulter aussi utilement les livres de Floriane Gaber: Comment ça commença? et  40 ans d’art de la rue éd. Ici ‘amp; Là.

Supergravité, conception et mise en scène de Julien Mellano

SUPERGRAVITÉ_0_300DPI

© DR

Supergravité, conception et mise en scène de Julien Mellano

« La supergravité est une théorie qui allie les lois de la mécanique quantique et de la  relativité générale et selon laquelle, il existerait des dimensions emberlificotées au cœur des particules élémentaires. Notre univers ne serait qu’une infinie tranche d’univers parallèles.» Partant de ces hypothèses scientifiques, le talentueux manipulateur d’objets qui s’était penché sur les découvertes de Galilée, Newton, Einstein, etc. pour construire Ersatz (voir Le Théâtre du blog) nous invite maintenant à un voyage dans l’espace-temps, en pleine science-fiction… 

 Il imagine une astronome du futur qui, franchissant les barrières temporelles, atterrit au milieu de nulle part : là où des savants, de l’Antiquité, de la Renaissance  mais aussi du XX ème siècle, confrontent leurs découvertes. Quand, de l’obscurité, émerge une immense masse noire ellipsoïdale…  Une matière mystérieuse va alors envahir le plateau et provoquer chez les quatre chercheurs d’infinies conjectures… Leurs calculs recouvriront bientôt les parois oblongues de cet objet non identifié.

Nous sommes, comme avec les autres spectacles de Julien Mellano, subjugés par les images qu’il crée, ici en noir et blanc. Accompagnées de subtils éclairages et par un dispositif sonore donnant aux objets une existence propre: crissement d’une feuille de papier froissée, fracas de la pluie de craies tombée des cintres… La musique des sphères composée par Olivier Mellano nous plonge dans l’ineffable béance des trous noirs et dans un vertige interstellaire…

Le metteur en scène qui est aussi un ingénieux scénographe, a conçu un vaisseau spatial impressionnant, de la taille d’un aéronef. Une prouesse technique : un ballon de rugby géant gonflé à l’air comprimé. Habitué aux petits formats, où il est lui-même à la manœuvre sur scène, il se lance ici dans une création plus ambitieuse, dans laquelle il n’est pas sur le plateau. Supergravité semble souffrir d’une dramaturgie relâchée qui dépare le beau et minutieux travail scénique. Le texte du prologue, en voix off, ralentit le début du spectacle. Pourtant arrivé au cœur du sujet où les images et la fantaisie prennent le relais, il trouve enfin son rythme de croisière…

 Difficile d’essuyer les plâtres par les temps qui courent : répétitions arrêtées puis reprises, dates sans cesse reportées… Pour le collectif Aïe Aïe Aïe comme pour de nombreuses compagnies, ces retards à l’allumage perpétuels entraînent des  dommages artistiques. Et Julien Mellano aura au moins le temps de  peaufiner Supergravité après cette première représentation qui inaugurait aussi la réouverture du Théâtre Jean Arp après deux ans de travaux.

 Mireille Davidovici

Représentation pour les professionnels vue le 11 mars au festival MARTO, Théâtre Jean Arp,  22 rue Paul Vaillant-Couturier, Clamart (Val-de-Marne) T. : 01 71 10 24 31.

Le 18 mai, le Sablier, Ifs (Calvados).

 

Cabaret de curiosités 2021, au Phénix de Valenciennes

 

 

f3cO7XCV

Feu de tout bois ©Matthieu Edet

Cabaret de curiosités 2021,  au Phénix de Valenciennes

Ce festival consacré à la création contemporaine -une des manifestions-phares de la Scène Nationale- réunit des artistes émergents de toutes les disciplines. Cet immense paquebot rouge inauguré en 1998, est dirigé depuis 2009 par Romaric Daurier rejoint depuis deux ans par Camille Barnaud. Très ancrée dans les territoires du Nord, Le Phénix décentralise les spectacles de ce cabaret en plusieurs lieux dont Le Manège à Maubeuge et l’Espace Pasolini à Valenciennes. Cette année, la programmation est placée sous le signe de la Véhémence : «Le monde d’après se dessine déjà comme une ère vertigineuse de la véhémence, où l’art serait là pour dire ce qui est, au risque de déplaire et pour allumer des contre-feux face aux mises en scène outrancières de la sphère publique… »

Ce Cabaret de curiosités reflète la diversité des propositions de la jeune scène contemporaine, pour partie accueillie  au  Campus Amiens-Valenciennes. Car le Phénix et la Maison de la Culture d’Amiens, désignés Pôles européens de création par le ministère de la Culture, se sont associés pour créer en 2018 un projet commun : accompagner ainsi les artistes de la région Hauts-de-France à l’échelle nationale et internationale, et inviter aussi des équipes étrangères. Cette année, le Cabaret présente douze propositions de différents formats, dont Jamais je ne vieillirai de Jeanne Lazar (voir Le Théâtre du Blog). En une journée, nous avons pu voir trois équipes.

 Just Desire, de Soren Evinson 

 Dans une performance très physique, l’artiste catalan s’en prend à la société de consommation. Tel un pantin désarticulé, il s’agite dans un vide sidéral sous des éclairages spectraux, à la recherche d’un sens… Solitude d’une vie où on veut s’emparer de tout et n’importe quoi : vêtements rutilants qu’il décroche de patères, chaussures voyantes, voiture ou téléphone dernier cri… En espagnol et en anglais, Soren Evinson éructe un texte laconique et répétitif sur une musique atone. Le corps devient lui-même objet de son propre désir dans une sorte de transe narcissique. Le travail minutieux de la lumière et du son a une dimension cauchemardesque mais ce délire onaniste peine à convaincre…

 L’Enterrement de David B, conception d’Anne Lepla et Guick Yansen

 La compagnie 2 L a présenté un bref aperçu de sa création avec deux musiciens et un acteur. Sur un écran, l’éloge funèbre de David B. mort dans des circonstances dramatiques. Surnommé la Jardinière, cet avocat célèbre qui vivait la nuit sous les traits d’une femme, a été poussé sous un métro par sa petite amie transsexuelle. L’Enterrement de David B est issu d’un fait divers mais ne s’apparente pas au théâtre documentaire. Félix Jousserand, poète et slameur a écrit le texte de cette performance alliant texte et musique. Un aperçu prometteur mais nous n’avons vu que trente minutes de ce projet.

Feu de tout bois conception d’Antoine Defoort

 Une forêt : arbres, buissons et tapis de feuilles mortes. Une «médiatrice fictionnelle» donne quelques clefs dramaturgiques. Les Pokemon, démons minuscules issus des mangas japonais, ont servi de référence. Tapis dans les recoins, ils donnent à qui les possède, des pouvoirs surnaturels. Il y a aussi les lunettes magiques qui détectent les extra-terrestres dans le film-culte de John Carpenter Invasion Los Angeles (1988).

Chaque performance de l’Amicale, plateforme coopérative de production, relève du loufoque comme dernièrement Amis il faut faire une pause et La Sexualité des orchidées  (voir le Théâtre du blog). Ici la fantaisie est une fois de plus à l’œuvre. Dans la forêt, deux amis se retrouvent et se racontent leurs aventures respectives: l’un a hiberné dans un caisson rempli de liquide amniotique pendant deux ans et reprend difficilement pied dans le monde réel. L’autre s’est lancé en politique, avec la Plateforme Contexte et Modalité  (PCM) qui explore les ressorts de la communication médiatique, au service d’une campagne électorale.

Antoine Defoort et son équipe se moquent à la fois des Bisounours qui, fuyant le modernisme, vont embrasser les arbres et des communicants de tout poil :  Feu de tout bois, fustige gentiment la sphère politico-médiatique où la communication a pris le relais du débat démocratique.  Avec quelques tours de «magie paradoxale» effectués à l’aide de « mnémo-projecteurs»,  les idées conflictuelles prennent corps sous forme de “logomorphes“ incongrus et s’affrontent, comme autant de Pokemons disséminés dans la nature…

Une parodie truffée d’idées et d’images réjouissantes qui pétille d’intelligence mais après un démarrage prometteur se perd dans les fourrés. Nul doute qu’après cette première représentation, elle trouvera sa vitesse de croisière.

 Mireille Davidovici

Représentation pour les professionnels vue le 10 mars au Phénix-Scène Nationale, boulevard Harpignies, Valenciennes (Nord). T. : 03 27 32 32 32.

Feu de tout bois : le 10 avril, Le Vivat, Armentières (Nord). Les  27 et 28 avril, Chambéry (Savoie).
Du 24 mai au 13 juin, Carrefour du Théâtre (Québec).  Les 18 et 19 juin, Théâtre national de Lisbonne (Portugal).
Et du 7 au 13 septembre, festival La Bâtie, Genève (Suisse).

 

 

Le Centre Dramatique National de Besançon lui aussi occupé…

Le Centre Dramatique National de Besançon lui aussi occupé…

© Stéphanie Ruffier

© Stéphanie Ruffier

A deux pas de la Rhodiacéta, une usine de textile dont le réalisateur Chris Marker a immortalisé les luttes en 1968, le ton s’est durci. Ce jeudi matin, à la Rodia, Scène de musiques actuelles, la Coordination des Intermittents et des Précaires de Franche-Comté a réuni les acteurs du milieu culturel pour réagir à la vague d’occupations contestataires dont l’Odéon est devenu la figure de proue. Ensemble, ils ont voté et investi dans la foulée le Centre Dramatique National de Besançon. Et depuis plusieurs jours, il est maintenant un quartier général d’échanges et de médiatisation qui a accueilli les doléances des  professionnels de la Culture.

Banderoles sur la façade et dortoir dans le hall vitré contribuent à la visibilité de l’occupation. Ici, dans un fonctionnement horizontal, tout se discute et se vote en A.G. Une revendication prioritaire qui reste assez corporatiste, avec exigence de  prolongation de «l’année blanche». La réouverture des salles vient seulement en deuxième position. Un an de mise à l’arrêt a mis sur les rotules les équipes de programmation et d’administration. Le plus urgent: assurer la sécurité matérielle des intermittents. En effet, sans leur statut déjà contraignant, ils verraient se profiler un avenir incertain, voire misérable. Au-delà, on défend aussi l’élargissement des droits à tous les professionnels subissant les rigueurs d’un emploi en discontinu. Dans un  esprit d’inter-sectionnalité, on cherche à élargir la lutte à tous les précaires. Sont évoquées les difficultés rencontrées par les artistes-auteurs, les femmes enceintes, les primo-accédants au statut. Les droits sociaux font donc l’objet de fortes inquiétudes et beaucoup craignent une réforme de l’assurance-chômage et un massacre probable des acquis.

L’occupation a lieu vingt-quatre heures sur vingt-quatre et pour le moment, sans encombres. Dans cette ruche où tous les Intermittents portent du noir, s’organisent les actions : «N’hésitez pas à faire comme nous, investissez le C.D.N. Entrez, venez poser des questions, inscrivez-vous sur le planning des roulements pour dormir ici !» Des restaurateurs, tels Court-Circuit ou J. G. Traiteur, se sont rapidement mobilisés pour assurer les repas des militants. Une grande table où s’emmêlent les câbles d’ordinateurs tient lieu de centre d’information et de fourmillante salle de montage vidéo et audio.

Vendredi matin, une réunion a eu lieu avec les représentants de la D.R.A.C. qui tente, sans grand espoir, de faire remonter au Ministère le mot d’ordre : « Nous sommes la culture, écoutez-nous! » L’après-midi, sur le parvis, des sympathisants se réunissent  et, au micro, à côté du drapeau rouge de la C.G.T. Spectacle, égrainent les soutiens : les étudiants de l’Institut Supérieur des Beaux-Arts de Besançon, le Conservatoire de Dôle, l’association B.B.R.B.U. (Bars Boîtes Restos de Besac Unis), l’Antonnoir, une salle de concert privée, d’autres lieux culturels et des compagnies bisontines…

Une liaison téléphonique permet aux Intermittents d’entendre en direct leurs camarades de l’Odéon. Martin est venu rapper sur le thème des violences policières et ils préparent des actions futures: envahissement de la ville par des visuels et banderoles, «attentats-concerts» (un appel aux musiciens est lancé)… La Boum flash de la danseuse et vidéaste Christelle Pinet passera samedi. Un rendez-vous hebdomadaire est fixé avec une lutte pacifique contre l’interdiction de danser dans les clubs et associations, en offrant un acte furtif, une désaliénation collective… dans un espace public.

Vendredi, à seize heures les étudiants du D.E.U.S.T. théâtre  sont venus exprimer leur soutien et leur émotion, conscients de la chance de pouvoir suivre encore leurs cours  sur place. Ce n’est pas le cas de leurs camarades en licence Arts du spectacle à l’Université qui s’interrogent toutefois dans une lettre collective : «Quelle est notre place comme jeunes comédiens dans ce monde où l’on nous dit que la Culture n’est pas essentielle, dans une période où il est impossible de se cultiver (théâtre, cinéma, concerts… ).  Mais aussi de  se rencontrer et partager nos créations avec un public autre que les professionnels intervenant dans notre formation. »

Ils offrent ensuite un happening où se confrontent le «c’était»:  le monde d’autrefois perdu à jamais et le «ce sera»… un avenir nébuleux. Quel futur possible, quelles perspectives? Leurs déplacements, gestes de réconfort et marche vers l’avant se révèlent poignants, tout comme les mots avec lesquels ils clament leurs vingt ans volés par la crise sanitaire et les décisions gouvernementales perçues comme incohérentes.

De quelle façon, l’équipe du C.D.N. réagit-elle ? Le travail continue et une partie du personnel se réjouit de la cohabitation et s’y investit. Quelle aubaine: dormir au théâtre, retrouver une vie sociale stimulante! Et résidences de compagnies, montage de décor se poursuivent. Dans un communiqué, Célie Pauthe, la directrice, soutient ces revendications mais semble accueillir l’occupation avec tiédeur. Elle s’inquiète pour l’image du C.D.N., notamment quant au respect des gestes barrières et des normes en vigueur. Le lieu  apparaît pourtant médiatiquement comme le fer de lance de la lutte et bénéficie d’une certaine aura. Certains pensent que c’est l’occasion pour démocratiser la Culture: pourquoi en effet la cantonner à des institutions publiques, somme toute assez peu populaires? Occuper Pôle-Emploi? Cela serait peut-être alors un symbole plus fort…

Stéphanie Ruffier

Vidéo du happening du D.E.U.S.T. théâtre:
https://www.youtube.com/watch?v=96KMRJGyldY&fbclid=IwAR17vRMjA9YXoZeMHalK_tWLLIyeyMFCZjNW9ViWTaOKz9cb3muvdVTq_OA

 

 

12345...61

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...