Aurélie Dupont, Benjamin Millepied, Stéphane Lissner: conférence de presse

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Conférence de presse à l’Opéra de Paris, avec Aurélie Dupont, Benjamin Millepied, Stéphane Lissner

Certains s’étaient munis de carnet et stylo, d’autres, d’un smartphone, et les plus nombreux, d’un appareil photo ou d’une caméra. Jamais autant de monde ne s’était intéressé à la direction de la danse à l’Opéra ! Le côté people et médiatique de Benjamin Millepied et sa démission surprise y sont pour quelque chose. Mais point de révélations fracassantes, ni d’anecdotes surprenantes. Avec son départ, la danse à l’Opéra de Paris n’intéressera sans doute plus autant Le Figaro-Madame et Paris-Match, alors que l’ancien directeur s’y exprimait volontiers.
«Il part trop tôt, trop vite, certains restent trop longtemps, regrette Stéphane Lissner.» Tout en reconnaissant avec Benjamin Millepied que la charge de directeur est trop lourde pour l’artiste et le chorégraphe. 
«Ce qui m’a motivé pour faire évoluer l’institution, dit Benjamin Millepied, c’est le danseur. Le plus important, pour moi: être en studio avec eux, c’est comme cela que j’aime vivre mon métier. La position de directeur de la danse n’est pas pour moi, elle ne me convient pas.»
Il parle avec chaleur d’Aurélie Dupont qui va lui succéder : «Ce qui va se passer maintenant est une continuité, je serai là de tout cœur avec elle, et avec eux, pour la suite. Je veux que cette compagnie fasse avancer notre art, il faut qu’elle apporte quelque chose à l’histoire de la danse.»  À cela, Aurélie Dupont répond : «Je vais continuer ce qu’a fait Benjamin (…) Je suis pleine de passion, d’amour pour cette maison, précise-t-elle. Je veux aborder la direction de cette compagnie avec la passion du travail, de l’ambition, de l’exigence, et de l’ouverture d’esprit. (…)
Pour moi, la troupe de l’Opéra de Paris reste une compagnie de danse classique avec une ouverture sur le contemporain, dit-elle, soulignant qu’elle n’a aucun talent de chorégraphe.» Aurélie Dupont, une belle personne : mère de deux enfants, danseuse-étoile, est maintenant directrice de la danse,  à la tête des cent cinquante-quatre  artistes. Sa prise de fonction se fera officiellement en septembre prochain. «Je suis intelligente, je réfléchis et je change d’avis parfois, pas vous? »
Ainsi a-t-elle répondu à une question, et elle a aussi précisé qu’à un moment donné de sa vie, elle n’avait pas voulu de ce poste. «Je vais faire de mon mieux, je vous le promets, ajoute-t-elle, avec un large sourire.»
 Benjamin Millepied, lui, était déjà parti pour la générale de son spectacle qui avait lieu trois heures plus tard. La saison prochaine, il présentera deux créations avec les danseurs de l’Opéra…  

Jean Couturier

À l’Opéra-Garnier, ce 4 février.          


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L’Aquarium d’hier à demain

Photo de répétition

Photo de répétition

 

 

L’Aquarium d’hier à demain, texte et mise en scène de François Rancillac

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   Ils sont jeunes et dégagent une énergie toute neuve, à l’image des personnages qu’ils vont interpréter. Sur le plateau nu de la petite salle, avec quatorze chaises pour tout décor, leurs vêtements pour tout costume, les comédiens frais émoulus de l‘ESAD (Ecole supérieure d’art dramatique de Paris) nous content, deux heures et demi durant, les aventures du Théâtre de l’Aquarium.

En ouverture, sagement assis, ils se posent une série de questions comme «Pourquoi ce nom ?» Réponse : l’Aquarium est le sobriquet donné au hall d’entrée de l’Ecole Normale Supérieure, rue d’Ulm,  dont était issu Jacques Nichet, alors étudiant en lettres. Ils lancent des dates, des faits, pour situer l’action, puis très vite, des individus émergent du groupe d’acteurs : ils se nomment, et là, commence l’épopée d’une troupe, née en janvier 1965, sous la houlette de Nichet.
Dans le cadre de la manifestation : L’Aquarium a 50 ans et toutes ses dents, François Rancillac, assisté de Juliette Giudicelli, a pioché dans les volumineuses archives du théâtre, pour concocter un parcours savamment architecturé. Il a aussi interviewé une quinzaine de fondateurs : leurs paroles rendent la pièce très vivante et lui évite d’être un catalogue d’événements : elle est jalonnée de scènes, de confrontations, d’affrontements, d’actions… Bref, on ne s’ennuie pas.
« Me replonger dans le passé, cela m’aide à mieux imaginer un avenir cohérent pour cette maison », dit l’actuel directeur des lieux, au moment où ont lieu des pourparlers houleux avec le ministère de la culture pour qu’il puisse conserver cet outil de travail (voir l’article de Christine Friedel et Philippe  du Vignal dans Le Théâtre du Blog).
Jouant le pari du collectif, comme les protagonistes de cette fresque, le metteur en scène fait tourner les rôles, chaque comédien ou comédienne jouant alternativement Jacques Nichet (reconnaissable à ses lunettes cerclées de noir), Thierry Bezace, Thierry Bosc,  Jean-Louis Benoit, Bernard Faivre, et bien d’autres, puisqu’ils  ont été jusqu’à vingt permanents…

Un traitement  particulier est réservé au personnage de l’administrateur, celui qui trouve les sous… Par sa bouche, s’expriment les problèmes-toujours actuels-de l’économie du spectacle vivant : nécessaires concessions à faire au système, gratuité des actions militantes, hiérarchie des salaires, statut d’intermittent et  passage obligé par la case chômage. L’éternelle question de l’artiste face à l’argent….
On se trouve bientôt plongé au cœur des événements de mai 1968 : les barricades, l’occupation de l’Odéon, le militantisme. Et quid de la Révolution ? Marx, Trotski,Mao sont convoqués ainsi que des sociologues, philosophes, et économistes. Tous les questionnements-là aussi toujours actuels- qui préoccupaient les intellectuels engagés, et plus spécifiquement, le théâtre de l’époque.
Comment représenter la classe ouvrière au théâtre ? Comment soutenir les luttes ? Comment s’opposer à la spéculation immobilière et aux expulsions et combattre le pouvoir des banques… ?
Les réponses se trouvent d’abord dans l’autogestion de cette troupe universitaire qui se professionnalise en 1970 : on voit concrètement, sur le plateau comment s’opérait le partage des tâches manuelles et artistiques et on assiste, amusés, à leur vie démocratique lors d’interminables assemblées générales dans la cuisine enfumée. Et cela ne va pas de soi, comme en témoignent  altercations,  moqueries,contradictions qui opposent ici les jeunes comédiens.
Nous assistons avec bonheur au récit de leur arrivée à la Cartoucherie, en 1972. Certains, qui n’avaient même jamais planté un clou,  se mettent à  déblayer les gravats, à gâcher du plâtre. Jacques Nichet n’est pas très à l’aise quand il manipule une échelle…
On découvre sa méthode pour créer un théâtre politique et documentaire; on voit aussi comment s’élaborent des spectacles. Ainsi sont nés, après de longues enquêtes sur le terrain, de multiples lectures et des mois d’improvisations : L’Héritier (inspirés des Héritiers de Bourdieu et Passeron), Marchands de villeGob ou le journal d’un homme normal, Tu ne voleras point, Un Conseil de classe très ordinaire… et bien d’autres succès de la compagnie.
Avec cette histoire du Théâtre de l’Aquarium,  ce sont les années soixante-dix qui défilent, ponctuées par les discours de Charles de Gaulle, Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing (qui chante horriblement faux) et François Mitterrand, dont l’élection marque la fin d’une période d’effervescence, riche en créations et porteuse de rêves.
On glisse ensuite un peu vite sur la suite, la transformation du collectif en triumvirat, les départs successifs, vécus comme une désertion, de Jacques Nichet pour Montpellier, de Didier Bezace pour Aubervilliers et enfin, en 2001, de Jean-Louis Benoît pour Marseille… Leur succède Julie Brochen, montrée comme un personnage BCBG, sage et appliquée puis François Rancillac.
Quand le noir se fait, on entend un «C’est fini ? ». Mais c’est une fausse fin : la scène se rallume : clin d’œil à la situation actuelle. Non, ce n’est pas fini, espérons-le ! » Ce spectacle évite toutes les chausse-trappes du genre  et il y a une belle inventivité du scénario, une qualité de la direction d’acteurs et de la mise en scène  à l’écart de toute hagiographie, commémoration respectueuse ou reconstitution compassée.

Instructif pour ceux qui n’ont pas connu les débuts de la troupe, touchant pour les témoins de cette histoire, toujours pertinent et drôle, le spectacle recrée l’esprit de l’Aquarium. Tout en ouvrant sur demain. Un brin nostalgique, il propose une utopie pour l’avenir, un avenir pour l’utopie.
On aimerait que cette pièce soit reprise et tourne un peu partout pour témoigner d’un pan de l’histoire du théâtre très fortement liée à l’histoire politique et sociale française. Pour mieux «se souvenir de l’avenir», dirait Louis Aragon. Ce soir-là, étaient présents,  entre autres, Jacques Nichet, Didier Bezace, Jean-Louis Benoit. Ce fut l’occasion de les revoir sur scène, après le spectacle, avec quelques-uns de leurs compagnons de route, et d’entendre leurs réactions, à la fois amusées et émues.

Ils saluèrent le travail de François Rancillac et des comédiens. «Jacques était souvent joli, à travers  la jeune  comédienne qui le jouait», plaisanta Didier Bezace. «Quand je repense aux années soixante-dix, c’était formidable, extraordinaire ! », dit Jean-Louis Benoit.
 Quant à Jacques Nichet, il  évoqua son départ en se référant aux conteurs africains qui terminent ainsi leur récit: «Mon conte est terminé, j’en reste là; quelqu’un viendra le reprendre et le re-racontera.» Ils expliquèrent ensuite, comment, au départ de Jean-Louis Benoit, l’existence de l’Aquarium fut alors menacée… Comme elle l’est encore aujourd’hui…

 Mireille Davidovici

Théâtre de l’Aquarium, jusqu’au 8 novembre. (c’est gratuit !) T. 01 43 74 99 61. theatredelaquarium.com A ne pas manquer, la belle exposition dans la grande salle.
A lire La Cartoucherie, une aventure théâtrale, de Joël Cramesnil (éditions de L’Amandier, 2004), dont se sont inspirés François Rancillac et Juliette Giudicelli.

La Dague de Sarah Bernhardt

 

La Dague de Sarah Bernhardt aux Journées du Matrimoine

 

Sarah Bernhardt (1844-1923), artiste française. "Algues" (détail). Dague. Bronze, 1900.

Sarah Bernhardt (1844-1923), artiste française. « Algues » (détail). Dague. Bronze, 1900.

Un bronze, signé Sarah Bernhardt, trône dans une vitrine consacrée à René Lalique, au Petit Palais (l’actrice en avait fait don au bijoutier). Cette acquisition récente du musée, intitulée Algues-laminaire- dague sculpture est d’une facture originale : autour de la lame, des algues s’enroulent gracieusement.
Elle fut présentée à l’Exposition Universelle de 1900, accompagnée d’une autre  œuvre de Sarah Bernhardt, créée à partir du moulage d’une algue, ramassée sur la plage de Belle-Île, où elle avait une résidence.

  Il fallait les Journées du Matrimoine (voir Le Théâtre du Blog) pour découvrir les talents de sculptrice de la célèbre tragédienne, dont on peut voir, dans ce même musée, le somptueux portrait peint par Clairin. C’est grâce à cette initiative de HF/Ile de France qu’on découvrira d’autres artistes oubliées : des plasticiennes (au Petit Palais, au Centre Georges Pompidou et au Musée d’Orsay) mais aussi des écrivaines, des savantes et même des saintes !
  Rendez-vous est donné les 19 et 20 septembre dans différents points de la Capitale. Et à partir du 16 septembre, un site sera ouvert qui rassemblera de nombreuses contributions pour revaloriser l’héritage artistique des créatrices qui ont construit notre histoire culturelle.
Il est important en effet pour les artistes d’aujourd’hui  de retrouver cette filiation car,  comme le dit l’une des organisatrices  de la manifestation : «Nous ne voulons pas être les prochaines sur la liste des oubliées.» 

 Mireille Davidovici

 www.matrimoine.fr

Adieu,Yano Iatridès

 

Adieu Yano

image  La voix douce et prévenante d’une ancienne élève me  disant gentiment jeudi au téléphone: Yano Iatridès a été emportée en quelques jours, à 52 ans, par un cancer du poumon foudroyant! La tristesse absolue en ce matin de mai!
Danseuse, chorégraphe, et comédienne-elle joua dans L’Orage et dans Finnaly de Stéphen Belber, (voir Le Théâtre du Blog), Yano  Iatridès a donné de nombreux cours  aux comédiens comme aux danseurs. Avec une passion de transmettre et une rare générosité.
Elle dansa notamment avec Caroline Marcadé, Christian Bourigault, Anne-Marie Rainaud, et aborda très vite le monde du théâtre quand elle  enseigna à l’Ecole du Théâtre National de Chaillot, puis à l’école d’Asnières, et  au conservatoire de Cergy-Pontoise…
Elle créa le Groupe Ecarlate, association de comédiens, danseurs, musiciens, auteurs, et travailla souvent comme chorégraphe avec Paul Desvaux  dans L’Orage d’Ostrovski, etc…), mais aussi avec Eugène Durif, Pierre Vial, Stuart Seide, Christophe Rappoport et la fanfare des Grooms, et la compagnie  Gérard-Gérard issue de la dernière promotion de l’Ecole de Chaillot, et Julien Bleitrach.
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Elle coacha aussi  de comédiens  (Vincent Perez pour Fanfan la tulipe, Stéphane Freiss pour  Albert Camus, Gérard Darmon pour Même pas mort, et assura la chorégraphie de  plusieurs films dont L’Homme sans tête  de Juan Solanas.
Et elle participa régulièrement, au festival Banlieues’Arts, n’épargnant ni son temps ni son énergie.
Alice peut être fière de sa maman, et les élèves de Yano, comme tous ceux qui auront eu la chance de collaborer avec elle, ne l’oublieront pas. « Ne penses pas, écrivait Nicolas de Staël, à la mère de sa femme disparue, que les êtres qui mordent la vie avec autant de feu dans le cœur, s’en vont sans laisser d’empreinte ».

Philippe du Vignal

Les obsèques de Yano Iatridès auront lieu mardi 26 mai à 11h 30 au crématorium du Père Lachaise.

Adieu Judith Malina

Adieu Judith Malina

img007Elle ne fêtera jamais ses 89 ans… Décédée le 10 avril dans le New Jersey, elle  est probablement inconnue de la plupart de nos lecteurs,  et pourtant quelle vie théâtrale et personnelle !
Ses parents,  père rabbin et mère un peu actrice, quittent  l’Allemagne  en 1928 pour aller à New York, où elle suivra, très jeune encore, les cours de l’immense metteur en scène Erwin Piscator qui, à l’arrivée d’Hitler, se réfugia aux Etats-Unis.

 Elle rencontre à 17 ans Julian Beck, qui en a 18; le peintre et poète, et la comédienne fonderont en 1947, le Living Theatre, qui, avec Bob Wilsonà New York et ne France surtout, et Jerzy Grotowski en Pologne, allaient bouleverser le paysage théâtral européen des années 60.
Ce jeune couple se revendique comme créateur d’un théâtre d’avant-garde, et très vite, dans de petits théâtres comme le Cherry Lane à Nezw York, Judith Malina et Julian Beck, sans argent mais avec une formidable énergie, vont monter des textes de Gertrud Stein, (Docteur Faustus  lights the lights), de Bertolt Brecht, Federico Garcia Lorca,  Jean Genet, Luigi Pirandello  (Ce soir on improvise) mais aussi des poètes comme Allan Ginsberg, Paul Goodman,  en dehors des théâtres traditionnels, dans ce que on appellera vite le off Broadway.

Influencés par des écrivains comme Ezra Pound, James Joyce, Rainer Maria Rilke, ils introduisent donc la poésie sur scène, et explorent vers les années 55, avec quelques amis acteurs, là où ils peuvent jouer, ce qu’ils appellent le méta-théâtre: les rapports entre le théâtre et la vie, le fictionnel et le réel, thèmes qui les passionnent.  Et déclenchent scandale sur scandale,  notamment avec un spectacle comme The Connection sur l’univers de la drogue avec des  amis comédiens, et des non-acteurs drogués.
John Fitzgerald Kennedy,  arrivé au pouvoir en 1961,  intensifie l’intervention américaine dans la guerre au Viet nam. Guerre que vont vite dénoncer une partie des artistes américains, dont nombre de gens de théâtre comme la fameuse troupe de marionnettes du Bread and Puppet qui joue souvent dans les rues, dirigée par Peter Schuman, autre allemand débarqué à New York, et bien sûr, le Living Theatre qui prônait déjà des idées anarchistes, révolutionnaires et radicalement pacifistes.
Judith Malina et Julian Beck  ont d’abord  été influencés par le révolutionnaire russe Bakhounine : liberté morale et sexuelle, athéisme, et hostilité radicale envers l’Etat;  par le mouvement Dada via Erwin Piscator, et ensuite  par le Théâtre de la cruauté d’Antonin Artaud,  qu’ils découvrent, nous ont-ils dit,  en 1958, et enfin par l’apparition aux Etats-Unis du happening en 1952 avec Theater Piece n°1 d’Allan Kaprow, au fameux Black Montain College où John Cage lisait des textes.
Leur théâtre  se fit alors plus radical:  ils favorisent l’expression du corps, notamment du corps nu sur scène et de la voix, de façon à créer un état psychologique radicalement différent chez l’acteur recruté en dehors des filières traditionnelles. Judith Malina et Julian Beck se font vite d’excellents ennemis, y compris dans le milieu théâtral… Antoine Vitez entre autres, nous avait dit qu’il reprochait à Julian Beck de  faire le grand écart entre anarchisme et arrivisme artistique! Ce qui, en fait, n’était pas si simple…

  Il s’agit en fait pour eux et ceux qui décident de les rejoindre d’un choix de vie, et non négociable, à l’intérieur d’un groupe, où les décisions artistiques sont prises collectivement, ce qui est tout à fait novateur, et sur le pla théâtral, d’une mise en cause radicale des relations avec le public, non fondée sur l’achat de places, où la séparation scène/salle est abolie et où règne une toute nouvelle conception de l’acteur qui n’a plus à incarner un personnage mais à défendre surtout des idées.
Liberté sexuelle, alimentation végétarienne, mépris de l’argent, pauvreté et désobéissance civile chère à William Thoreau, mépris de l’autorité et du pouvoir capitaliste et des banques, refus d’aller se battre au Viet nam….Tout cela est nouveau à l’époque, et il fallait avoir le courage de défendre ces idées qui fascineront nombre de jeunes comédiens et metteurs en scène européens qui  essaieront de copier le Living Theatre… sans jamais y réussir.  Mais l’histoire des pratiques artistiques  des années 60 en France montre que leur conception même du théâtre n’a cessé d’influencer en profondeur sa pratique et son enseignement, jusque dans les écoles les plus traditionnelles. Il y eut bien, un avant Living theatre/Bob Wilson/Jerzy Grotowski,  et un après .
 Ils montent alors (1963) The Brig (La Prison) de Kenneth Brown, qui dénonce avec une rare lucidité, l’univers fasciste des marines américains, ce qui leur vaut, on s’en doute, une haine tenace des milieux militaires, judiciaires, religieux, politiques américains qui ne supportent pas leur engagement et leurs utopies, et le leur font payer cher.   Le Living est  régulièrement expulsé des lieux alternatifs où ils jouent. Mais aussi mis en prison…
 Le théâtre traditionnel américain, lui, les ignore. Ils décident alors de quitter les Etats-Unis pour l’Europe et surtout la France. Où Jean Vilar va les accueillir en 1968 au Festival d’Avignon avec Paradise now, une création collective, qui n’y sera jouée qu’une fois au cloître des Carmes, avant d’être interdite par le  maire pour raisons d’ordre public…
  Julian BeckNous les avions bien connus en 1970 à Croissy  (Yvelines) dans une  maison que leur avait prêtée l’acteur Pierre Clémenti (photo).  En France, ils jouent souvent et un peu partout mais à Paris seulement en 1968, Misteries and smaller pieces où nous les découvrons,  Antigone d’après Brecht, créée en en 1967 et Paradise now. Invités par Roger Lafosse, ils joueront plusieurs fois au festival Sigma à Bordeaux, où le seul nom du Living suffisait alors à attirer un très nombreux public.  
Tous leurs spectacles, entre autres La Tour de l’argent, violent pamphlet conter le capitalisme, ou Antigone attiraient jeunes et moins jeunes qui avaient envie d’une autre approche du théâtre. Ces créations avaient ceci d’exceptionnel qu’elles véhiculaient une autre idée de l’univers dramatique, très proche du public, en relation avec le chant, les expressions de la voix et du corps,  et en même temps d’une grande exigence professionnelle dans la mise en scène que maîtrisait avec beaucoup d’intelligence et de sensibilité, et une grande rigueur Judith Malina.
La troupe de cinquante personnes que prônait Julian Beck était une utopie dont il n’était pas dupe, et le Living Theatre qui n’était sans doute pas fait pour cela, se dispersa. Epuisé, malade, Julian Beck mourra à Nantes en 1985 d’un cancer généralisé.
Judith Malina, elle, revenue aux Etats-Unis, continuera à jouer, notamment dans des films comme Un après-midi de chien de Sydney Lumet. Avec cette femme exceptionnelle mais mal connue, c’est un peu d’une époque qui disparaît. Restent  de nombreuses images d’archives et d’extraits de spectacles, un remarquable film/captation The Brig;  et des interviews qu’il suffit de demander :  en la mémoire de Judith Malina, nous en enverrons pour leur petit Noël -donc vers le 15 décembre- une copie aux trois premiers de nos lecteurs qui nous écriront…
Adieu et merci  Judith, pour votre incomparable travail théâtral.

Philippe du Vignal

Sony Congo

Sony Congo ou la chouette petite vie bien osée de Sony Labou Tansi de Bernard Magnier, mise en scène d’Hassane Kassi Kouyaté

 

Sony Congo 1_0Qui lit aujourd’hui les romans de Sony Labou Tansi ? Qui met en scène son théâtre ? Vingt ans après sa mort, l’une des grandes voix du Congo, dans la lignée d’un Maxime N’Debeka ou d’un Emmanuel Dongala, mérite d’être réentendue.
Bernard Magnier, qui fut son ami, a imaginé une biographie théâtralisée, portée par Hassane Kassi Kouyaté, conteur et comédien, qui assure la mise en scène et  en est le narrateur-présentateur, et Marcel Mankita qui se glisse dans la peau de l’écrivain congolais.
Un habile montage permet de passer du récit des faits, gestes et réalisations de Sony Labou Tansi, à ses écrits. Hassane Kassi Kouyaté évoque sa vie, analyse son écriture et situe son œuvre dans le contexte congolais. Son chaleureux enthousiasme prépare le terrain à la reconstitution de scènes de théâtre, à l’audition d’extraits d’interviews, de poème, et  textes de fiction ou intimes.
Face à son exubérant comparse, Marcel Mankita épouse la modestie de son personnage et fait sonner sa langue truculente : «Nous sommes les locataires de la langue française»,  dit celui qu’on a nommé le Rabelais noir, le Mohamed Ali de la plume. Avec Sony Labou Tansi, l’humour est au rendez-vous: «Je suis écrivain et nègre, cela s’impose à moi. Mais je ne serai jamais le nègre de quelqu’un», ironise-t-il, et, sur son lit de mort, il écrira encore. «Je mourrai vivant» sont les derniers mots d’un ultime poème.
Extraits de spectacles mis en scène par Sony Labou Tansi avec sa compagnie le Rocado Zoulou Théâtre,  et fragments de lettres projetés donnent un aspect documentaire au spectacle sur fond discret de musique  africaine. Ce portait, un peu didactique, tient de l’exercice d’admiration, mais, très bien joué, fait revivre  une œuvre, et ressuscite, non sans émotion, le temps d’une soirée, la vie bien remplie d’un poète.

 

Mireille Davidovici

 au Tarmac, jusqu’au 14 février et en tournée en Afrique et en France.

 

L’Idéal de Tourcoing en danger

  La crise économique a imposé des restrictions, voire des coupes drastiques dans les budgets culturels, qui ne vont pas sans conséquences un peu partout sur les établissements culturels en France, le plus souvent à l’occasion d’un changement de municipalité! Sur fond de vieilles querelles mal éteintes entre Etat et  communes.
Mais cette fois, c’est beaucoup plus grave, puisqu’il s’agit d’un véritable conflit ouvert, et que le retrait total de la subvention accordée au
Théâtre du Nord (soit 76.250 euros) est clairement annoncé par le nouveau maire de Tourcoing, Gérald Darmamin, (U.M.P); ce Centre Dramatique National reçoit  3,9 millions d’euros de la ville de Lille, de l’Etat et de la Région (socialiste) qui a aussi diminué de 170.000 euros, son soutien au Centre Dramatique national, l’an passé, quand Christophe Rauck en est devenu le directeur.
Sans aucun doute, les Centres Dramatiques (Nationaux ou non) auraient dû faire l’objet d’une mise à jour, et depuis longtemps, ce à quoi le Ministère de la Culture, toujours frileux comme d’habitude, par souci de ne mécontenter personne,  s’est bien gardé de  procéder jusque là…
  Jean Bellorini qui lui  succédé au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis et son équipe soutiennent Christophe Rauck et le Théâtre du Nord.

Philippe du Vignal

Ils nous ont envoyé ce communiqué:

L’Idéal et l’atelier de décors
du Théâtre du Nord en danger

Le maire de Tourcoing annonce le retrait total de sa subvention ! Le 14 février 2015 risque de faire date dans l’histoire du Centre dramatique national du Nord basé à Lille, et dont le berceau est L’Idéal à Tourcoing. Aujourd’hui donc, Gérald Darmanin présidera le conseil municipal au cours duquel sera voté le budget 2015 de la ville de Tourcoing, budget auquel sera retiré la totalité de la subvention, à savoir 76 250 €.
Arguant du fait qu’il hérite d’une situation d’endettement, le maire de Tourcoing propose au Théâtre du Nord de signer une convention de mise à disposition de L’Idéal (sans subvention) et qui inclurait un loyer pour l’atelier de construction de décors situé également à Tourcoing!
Si le montant de cette location reste à définir, le bâtiment actuellement mis à disposition avec fourniture des fluides, est valorisé à 43 460 €/an (+ 20 000 € pour les fluides). Cet atelier, nécessaire et essentiel à la création, mission première d’un C.D.N. , développe une activité quasi unique au nord de Paris, génère des emplois et permet à de nombreux spectacles d’exister.
En résumé, le C.D.N. perdrait sa subvention de 76 250 € et verrait s’alourdir ses charges du montant de l’atelier de construction (environ 63 460 € par an). Les autres structures culturelles tourquennoises verront leur subvention diminuer de 7,5%, celle de L’Idéal de 100% !
Gérald Darmanin touche un symbole de la décentralisation théâtrale ! L’Idéal est le siège social du Théâtre du Nord, en mémoire à l’aventure artistique collective qui y a débuté en 1978. Avertis, nos partenaires institutionnels, Etat, Région et ville de Lille se disent très attentifs à la situation à Tourcoing : nous attendons leur position.
Merci d’être à nos côtés pour défendre L’Idéal, symbole de la décentralisation théâtrale et de l’aventure du théâtre public en région Nord-Pas-de-Calais.
Soutenez l’action du Théâtre du Nord en signant la pétition mise à votre disposition à l’accueil du théâtre (à Lille et à Tourcoing) où via le lien www.theatredunord.fr/ideal-en-danger

 

Tous à la manif

Oncfouch pense à Charlie

Oncfouch pense à Charlie

 

  Nous avons reçu ce

merveilleux message

de Jacqueline B.

que nous faisons un plaisir de

vous offrir:

 

" Pour une fois, j'irai à une manif: à 76 ans,

je n’ai pas envie de finir ma

vie en burka ».

 


Cela aurait pu être la phrase d’un dessin de Wolinski.

 

Ph. du V.

 

Charlie Hebdo

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Indignée et bouleversée, l’équipe du théâtre du blog condamne l’attentat odieux qui endeuille Charlie Hebdo et, par conséquent, toute la presse en France et ailleurs. Les mots nous manquent pour qualifier ces actes perpétrés contre la liberté d’expression. Nous pensons bien sûr à eux qui ne sont plus  et nous partageons la douleur de leurs familles.
Nous vous rappelons qu’u
ne grande marche républicaine  aura lieu dimanche 11 janvier à 15h,  de la place de la République à la Place de la Nation à Paris.

Entretien avec José Martinez

Entretien avec  José Martinez, directeur de la Compagnie Nationale de Danse d’Espagne.

José Martinez« La danse  chez nous, dit José Martinez qui viendra avec sa compagnie au Théâtre des Champs-Élysées en janvier, a été affaiblie par la crise que connait l’Espagne et toute l’Europe,  et le nombre de  spectacles a été réduit de quarante pour cent en trois ans. À l’exception de la compagnie nationale, subventionnée principalement par l’État et qui a doublé le nombre de ses représentations : soixante-dix dates en Espagne, depuis mon arrivée en 2012, du fait de l’élargissement du répertoire (y compris classique). Nous faisons de grandes tournées et disposons de quarante-quatre danseurs, dont dix-huit Espagnols, tous payés par l’État, grâce à un budget de fonctionnement.
En revanche, les budgets consacrés aux créations et aux  tournées se réduit d’année en année mais le public est très réceptif à tous les répertoires: classique comme contemporain ».

Parmi les projets, un Don Quichotte pour lequel José Martinez fera aussi appel à quelques autres danseurs. Sa compagnie est itinérante mais dispose d’un lieu de répétition et travaille avec trois théâtres de  Madrid. Ce qui permet de toucher un public plus vaste. Mais quand il lui arrive de se produire au Teatro Real, le prix des places est très élevé.
« En Espagne, dit José Martinez, les artistes, malgré les difficultés économiques que nous connaissons, gardent un esprit créateur : ils font plus, avec moins.  Et  notre compagnie a aussi une fonction sociale. Ouverte au plus grand nombre, elle propose des cours aux autres danseurs qui ne sont pas de la maison et, deux fois par mois, le public est invité à des répétitions. Ainsi, l’argent de l’État bénéficie  à tous ».

C’est un peu le contraire de ce qui se passe à l’Opéra de Paris, ce que ne dira pas José Martinez, qui y était  lui-même danseur-étoile,et qui viendra donc trois jours à Paris avec une trentaine de danseurs qui interpèteront des créations représentatives de son répertoire : l’une de Mats Ek, une autre de l’espagnol Alejandro  Cerrudo, avec un  retour au ballet  classique. Et enfin celle d’Itzik Galili, un chorégraphe issu de la Batsheva Dance Company d’Israël qui mettra en valeur l’engagement physique de ses danseurs, en contre-point de la pièce d’Alejandro Cerrudo, plus fluide, composée sur une musique de Philip Glass.

  « Mon but, dit José Martinez, est de montrer notre compagnie dans des modes d’expression très différents. Casi Casa de Mats Ek, qu’on pourrait traduire par «presque maison» et qui parle de la vie quotidienne, a pour base Appartement, que j’avais créé à l’Opéra de Paris en 2000. À partir d’un solo,  il a conçu une pièce très écrite, sans place pour l’improvisation, presque comme pour un  ballet classique. Quelques scènes d’Appartement seront d’ailleurs recréées, et ce ballet sera interprété par les danseurs du Bolchoï, sous la direction de Mariko Aoyama qui a été l’assistante de Mats Ek pour cette transmission ».
José Martinez nous a aussi parlé du désir du grand chorégraphe suédois qui a participé aux répétitions, de prendre sa retraite en 2016, et de son envie de reprendre auparavant avec  lui, La Maison de Bernarda. Mais Mats Ek sera là au Théâtre des Champs-Élysées.Ses créations, dit-il, sont comme du sable que l’eau emporte avec le temps. Nous allons donc commencer à perdre les pièces de Mats Ek!

Jean Couturier

Trois spectacles différents les 27, 28, et 29 janvier, au Théâtre des Champs-Élysées, avenue Montaigne, Paris.

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