Il faut aider Michel Zecler

il faut aider Michel Zecler… 

Les faits sont têtus et ont été -heureusement!- enregistrés par une caméra de surveillance. Donc, pas question pour les auteurs de cette terrible agression de la nier! On connait cette histoire catastrophique et qui donne une belle image de la police nationale: le 21 novembre au soir à Paris, Michel Zecler regagne son studio d’enregistrement à pied et des policiers l’arrêtent pour non-port de masque. Le fait de ne pas en porter dans l’espace public est puni d’une amende de 135 € mais les policiers entrent de force dans son studio et le frappent très violemment avec, à la clé, des insultes racistes. Le président de la République a même déclaré que « ces images nous faisaient honte » mais n’a proposé aucune aide à cette nouvelle victime de violences policières. L’affaire a fait grand bruit et au moins, il y aura un avant et un après. Mais Didier Lallement est toujours préfet de police! Dans d’autres grands corps d’Etat, il y a longtemps qu’il aurait été démissionné! Cherchez la raison… Selon son avocate, Michel Zecler s’est depuis constitué partie civile pour être informé de la procédure et avoir accès au dossier.

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Vu l’extrême gravité des faits, ces fonctionnaires ont été mis en examen: trois pour: violences volontaires en réunion, propos à caractère raciste et faux en écriture publique! Le quatrième pour violences volontaires: il a jeté une grenade lacrymogène à l’intérieur du studio de Michel Zelcer! Là aussi, cela quand même beaucoup! Et deux d’entre eux ont été incarcérés. « Mais, dit S.O.S. Racisme, Didier Lallement, préfet de police de Paris, a accordé la «protection fonctionnelle» aux policiers qui ont agressé Michel Zecler.  » (Pour le cabinet de Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur,  cette situation n’a rien d’exceptionnel! Les frais de justice de ces individus vont donc être pris en charge par l’Etat donc par le contribuable) « La «protection fonctionnelle» oblige certes l’Etat à prendre en charge la défense d’un agent public mis en cause devant la Justice pour une faute commise dans l’exercice de ses fonctions. Mais pas quand le comportement est déontologiquement inexcusable. Faut-il alors estimer que, pour ce préfet de police, le racisme et les violences sont déontologiquement excusables? Mais peut-on penser qu’il ait pu prendre cette décision, sans un accord préalable du ministère de l’Intérieur?  » Et le 15 décembre, des élus de gauche, qui ont réclamé la démission du préfet Lallement, ont quitté la séance du Conseil de Paris.

 « Michel Zecler a dû subir une opération, suite à la déchirure du tendon de son biceps gauche, aggravée par le menottage et le délai de prise en charge médicale à cause de sa garde à vue. Aujourd’hui, il porte une broche à vie; traumatisé par cette agression, il ne bénéficie d’aucun soutien. Et ce n’est pas Didier Lallement qui lui en a fourni! Pourtant, Michel Zecler très mesuré dans ses propos, il ne fait aucun amalgame et vient de créer une fondation  qui permettra à «l’effort (de) devenir collectif et qui, on l’espère, (sera) porteur de changements salutaires parmi ceux qui peuvent, et qui doivent avant tout nous protéger ».

Philippe du Vignal

Pour l’aider à payer ses frais médicaux et de justice, mais aussi soutenir la fondation de Michel Zecler, Greg Germain, directeur des Théâtres d’Outre-mer au festival off d’Avignon, Marie-Pierre Bousquet et toute l’équipe d’Axe Sud Production, invitent à participer à la cagnotte qui a été lancée:

www.cotizup.com › michel-zecler


 


Archives pour la catégorie actualites

La grande colère de Charlélie Couture

La grande colère de Charlélie Couture

Le secteur dit de la Culture représente 2,3% du P.I.B. national, d’après les chiffres de 2018 avec environ 80.000 entreprises culturelles, soit 670.000 emplois : 2,5% de la population active. Sans compter les fournisseurs de matériel, les entreprise de restauration, de nettoyage, etc. C’est tout  un secteur actuellement sinistré qu’il faudra un jour faire retravailler…  Mais le cœur n’y est plus et personne ne croit à une réouverture des lieux culturels le 7 janvier, ou alors, de façon très réduite… Et  la condescendante et des plus maladroites Roselyne Bachelot en remet une couche avec son méprisant : à la revoyure… Cette  soi-disant ministre de la Culture n’a même pas eu le courage de démissionner, comme Nicolas Hulot l’avait fait… Elle s’est même permis de dire que cela n’aurait pas eu de sens de rouvrir les salles en décembre pour les refermer ensuite. Bravo !

Devant plus de 32 millions de téléspectateurs, Emmanuel Macron n’avait pas eu un mot pour la Culture. Secteur non essentiel, avait-il sottement dit! On s’en souviendra au moment des élections et on espère que les Français lui feront sans doute savoir que lui, non plus, n’est pas essentiel à notre vie de citoyens.

Jean Castex a confirmé avec la publication du décret n° 2020-1582 du 14 décembre 2020 ce que l’on savait déjà, qu’aucune salle de spectacle, de cinéma ni aucun chapiteau ne rouvrirait cette année. Quant à la date annoncée du 7 janvier, les professionnels sont de plus en plus sceptiques. Comme selon l’A.F. P., Malika Seguineau, du Prodiss, la plus importante organisation patronale du spectacle musical dans le privé. «C’est un nouveau coup dur, un nouveau coup d’arrêt pour les billetteries : on sait qu’à Noël, d’ordinaire, l’achat d’un billet de spectacle comme cadeau, est courant. Et surtout, notre reprise d’activité est encore repoussée à une date inconnue. »
Et dans une lettre virulente à Emmanuel Macron, le chanteur et compositeur mais aussi peintre photographe et  écrivain Charlélie Couture, très en colère contre les énarques et tous ceux qui nous gouvernent, ne mâche pas ses mots…

Philippe du Vignal


 

Charlélie Couture:

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« NOUS sommes en guerre, oui ! NOUS, les non-essentiels, NOUS, les inutiles, NOUS, les riens, NOUS, les Lumières plongées dans l’ombre, NOUS, les Gens de l’Esprit et de la Culture, NOUS, les restaurateurs, ceux des plaisirs de la bouche et du plaisir tout court, Oui, NOUS sommes en guerre, NOUS, les personnels et techniciens du spectacle, ceux des théâtres et des cinémas, NOUS, les Acteurs et les Comédiens mis aux arrêts forcés, NOUS, les Musiciens, NOUS tous que vous considérez comme des paresseux mais qui ne rêvons que de travailler, Et tous ceux de la nuit, ce monde qui vit la nuit, cette nuit NOIRE que vous associez au Mal, cette peur médiévale qui accompagne la nuit quand le Diable revient, ce Mal qui grandit quand le soleil s’est couché, -désormais après 20 h.

(…) NOUS, que vous traitez avec un détachement scandaleux, Oui, NOUS sommes en guerre contre VOUS ! Contre le Janus qui répète qu’il « assume », lui qui se croit doué d’un super-pouvoir de séduction absolu, qui lui permet d’envoûter et de berner comme un camelot tous ceux qu’il rencontre, lui le Petit Prince tellement condescendant vis-à-vis du Peuple et de la classe moyenne.

Oui, Nous sommes en guerre contre VOUS. Contre cet orphéon de sous-fifres opportunistes qui improvisent, au jour le jour, une chorale cacophonique, cette ribambelle de technocrates cyniques feignant d’ignorer froidement les drames dans lesquels plongent ceux qui sont concernés par ces décisions iniques, VOUS, dont les discours lénifiants et versatiles conjuguent à la fois l’ignorance et l’absurde.

 Contre VOUS, dont les incohérences nous inondent comme des pluies acides sur notre forêt de rêves, Contre vos fausses promesses et vos effets d’annonce comme un coup de bluff permanent, affirmant des choses un jour, et le contraire, le lendemain, avec le même aplomb trumpiste.

 Contre vos fanfaronnades ineptes et vos décisions inopinées, Contre vos lois votées en catimini, Nous sommes en guerre oui ! Contre les mafias milliardaires et autres géants de Big Pharma. Contre votre déni effectif des menaces climatiques, au profit d’une consommation capricieuse et d’une pollution d’objets inutiles distribués par le géant Amazon.

En guerre contre une économie de cavalerie et de course en avant qui « invente » des milliards virtuels, et nous entraîne à court terme vers le grand délire d’une économie irréelle, comme une plongée dans un puits sans fond.

 La France n’est pas sereine, noyée dans une sorte de chaos et d’écœurement causés entre autres par la surprotection d’une police répressive et les disputes intestines entre spécialistes illuminés aussi malsaines que des bagarres de rues entre bandes de supporteurs alcoolisés.

La France n’est pas en paix avec elle-même, quand les mêmes qui dénonçaient les lois du califat imposant le silence et le voile, oui, les mêmes interdisent de la même manière depuis des mois à la fois le théâtre, la musique, les musées, les rencontres populaires (sportives ou artistiques) et puis les restaurants, les rassemblements de fêtes joyeuses et conviviales, et maintenant Noël en famille et la Saint-Sylvestre… Conscients que les enfants dans les écoles apprennent à devenir fous, oui, nous sommes en guerre, une guerre secrète, une guerre interne, pour l’heure encore en implosion, mais dont les conséquences seront graves.

On devine la colère qui gronde. Et les gens désespérés sont prêts à exploser, prêt à se faire exploser, suicidaires. Un pouvoir si puissant soit-il, ne tient que par l’acceptation ou le refus du Peuple d’obéir. Désormais NOUS sommes en guerre, oui. Pour défendre notre droit à continuer de vivre dignement, pour défendre notre Liberté légitime et notre droit de penser autrement !

 

 

Les Tigres sont plus beaux à voir, d’après la vie et l’œuvre de Jean Rhys, adaptation et mise en scène de Magali Montoya

 

Les Tigres sont plus beaux à voir, d’après la vie et l’œuvre de Jean Rhys, adaptation et mise en scène de Magali Montoya

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D’où écrit-elle ? D’un pays qu’elle a quitté, la Dominique,  à la terre rouge, d’une nature riche et inquiétante avec un monde d’odeurs et de couleurs mais aussi des séquelles à vif de l’esclavage. Elle raconte qu’enfant, à un moment, elle aurait voulu être noire. Et à seize ans, elle se retrouve en Angleterre, « son » pays qui n’est pas le sien. Suivent des années de pauvreté : elle est girl de music-hall ou figurante… Vienne ensuite un mariage, puis un deuxième, et un troisième dans un Europe vagabonde, un enfant perdu, une fille réussie. Mais toujours cet arrachement du premier pays.  Jean Rhys vient d’une histoire coupée…

La femme fragile et têtue, inséparable de son enfance, offre des bribes de sa vie à un jeune homme qui voudrait l’aider à écrire son autobiographie. Cela commence par deux livres sauvés, avec son compagnon d’enfance, d’un cruel autodafé. Et par un autre livre, immense.  Petite, quand on lui a parlé de Dieu, elle l’a imaginé sous la forme d’un livre, la création naissant de ses pages.

Après cela, comment ne pas passer sa vie à écrire?  Et comment ne pas écrire de soi, puisque l’écriture ne doit être que du vrai ?  Elle ne peut pas être continue, pas plus que la vie, la sienne en particulier. Elle va des Caraïbes, à l’Angleterre puis au Paris est une fête d’Ernest Hemingway et du couple Fitzgerald. Suivra un silence littéraire de trente ans avant qu’elle ne réapparaisse dans les années soixante.

Magali Montoya, qui avait monté une remarquable Princesse de Clèves avec plusieurs voix de femmes, rend compte de cette écriture et de cette vie indissociables, de cette probité et de cette fragmentation. Nathalie Kousnetzoff, Bénédicte Le Lamer et Magali Montoya elle-même jouent différents âges de la vie de Jean Rhys, différents moments ou facettes de sa vie instable et de son écriture. Ne rien perdre, ne rien cacher des retournements d’émotions : amitié et peur, dans l’enfance, avec une petite fille noire, attirance et dégoût pour un homme… Dire seulement  ce que l’on sait exact, vrai. Trouver le ton juste qui dira cette vérité-là : une obsession. Face à ses trois partenaires, Jules Churin joue le jeune admirateur et permet que cette autobiographie soit mise en scène

Sur le beau plateau du Colombier (la salle est un peu moins confortable pour le public !)  il y a des espaces imaginaires, celui de son enfance, de ses voyages et de ses maris, de la glissade possible dans l’alcool et la tentation de la folie.  Rien n’est figuré sinon par quelques objets : livres, papiers,  nombreux verres… Ce sont les textes, prolongés par la musique de Roberto Basarte, qui tissent ensemble cette vie et cette œuvre .

Le titre du spectacle est celui d’un recueil de nouvelles publié dans les années soixante, quand on a redécouvert Jean Rhys. Le tigre : aussi cruel que l’homme, mais plus beau à voir, et, même s’il n’y a pas de tigres à la Dominique, emblème d’une vie puissante et sauvage qu’elle n’a jamais oubliée. Magali Montoya crée un théâtre délicat et simple, littéraire au bon sens du terme. Les Tigres sont plus beaux à voir donne immédiatement le désir d’en savoir plus sur Jean Rhys et de la faire sortir d’une respectueuse célébrité.

Christine Friedel

À lire, entre autres : Les tigres sont plus beaux à voir, La Prisonnière des Sargasses, Souriez, s’il vous plaît (autobiographie), collection L’imaginaire, Gallimard,.
L’Oiseau moqueur et autres nouvelles
., Quai des Grands Augustins et Bonjour minuit éditions Denoël.

A Besançon, une visio-conférence au lieu d’un spectacle… interdit par le préfet…

© Stéphanie Ruffier

© Stéphanie Ruffier

A Besançon, une visio-conférence au lieu d’un spectacle… interdit par le préfet!

Cela se passait ce dimanche 20 décembre à 14 h, au Centre Dramatique National de Besançon, avec une représentation de Je ne veux pas savoir par Anne Pauly, Juliette Mouteau. Ou plutôt une non-représentation mais les acteurs de la Culture ont voulu faire acte de résistance face aux obligations sanitaires qu’ils ne comprennent plus. Anne Vignot, la maire E.E.L.V.  et son adjointe à la Culture Aline Chassagne et Célie Pauthe, directrice du C.D.N.  avaient soutenu le référé-liberté déposé pour la réouverture des théâtre lieux de culture. Le Conseil d‘Etat a fait preuve, comme on le sait, de bienveillance et de compréhension ( voir l’article de Samuel Churin dans Le Théâtre du Blog) mais n’a pas annulé cette décision, vu la situation sanitaire en Grande-Bretagne et donc en France, des risques aggravés.Mais qu’en sera-t- il après le 7 janvier? Sans doute un certain assouplissement mais pas une réouverture de tous les lieux sans exception.

Cette représentation clandestine a été aussitôt interdite par Joël Mathurin, préfet du Doubs, avec menace de fermeture administrative. Il a proposé une visio-conférence… Cela a déjà un air de reconfinement… Surtout avec l’arrivée du nouveau virus en Angleterre. Ici, pas de forme de résistance offensive mais un dialogue courtois avec des représentants des arts et de la Culture de Besançon, en présence d’Anne Vignot, du C.D.N, des Deux Scènes, du Bastion, de la Rodia, du Bien Urbain, de No Logo, Du Bitume et des Plumes, des directeurs de musées et metteurs en scène comme Anne Montfort, Céline Châtelain, Nicolas Laurent  et Lucile Chesnais de la Far-Est et de l’Agitée, et des représentants de compagnies…Mais toutes les forces locales n’ont pas été invitées et cette réunion s’est organisée dans l’urgence.

La Coordination des Intermittents et Précaires a déployé des banderoles à l’entrée du C.D.N.  où s’étaient regroupés une trentaine de manifestants. Constat: les allers et retours incessants et insupportables du Gouvernement désarçonnent tous celles et ceux qui tentent de s’adapter sans cesse aux règles sanitaires.  Et, à la clé, il y aura un bouchon inévitable quand les programmations reprendront normalement. Donc les professionnels comme les lieux sont en danger économique et il y a un grand sentiment d’injustice par rapport à l’ouverture et la fréquentation des grandes surfaces commerciales. 

Le préfet s’est engagé, lui, à lancer une réflexion avec le Rectorat pour permettre quelques reprises avec les scolaires dans le cadre de la continuité éducative et à défendre au cas par cas, les structures du milieu culturel bisontin. « Le temps n’est pas à la reprise mais à la restriction du brassage social. Notre département pourrait être dans un cadre encore plus contraint à la rentrée de janvier. L’hôpital est en train de craquer. Nous sommes à l’aube de décisions importantes: peut-être un nouveau confinement. »

Joël Mathurin admet que la Culture participe à la «santé mentale », et au bonheur collectif mais Anne Vignot a souligné l’iniquité de traitement entre les différents secteurs de la vie économique et sociale. Jeanne Poitevin évoque des doléances non relayées par la D.R.A.C. Pointe donc un danger mental avec de nombreuses personnes fracassées et sans accompagnement.   La réunion se poursuivra sans le préfet pour trouver des solutions communes : imaginer un protocole, une expérimentation ? En tout cas, l’avenir n’est pas  dans le numérique et le « distanciel ». On veut quelques lueurs d’espoir pour retrouver du vivant !

Stéphanie Ruffier

Spectacle qu’on n’a pas pu voir au Centre Dramatique de Besançon, le 20 décembre.

 

 

Une défaite qui masque une victoire

Une défaite qui masque une victoire

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Samuel Churin, acteur, est aussi bien connu pour son action à la Coordination des Intermittents et Précaires. Il avait déjà analysé et commenté avec une rare perspicacité,  la situation actuelle des théâtres et lieux culturels qui sont en grand  danger (voir Le Théâtre du Blog).
Malgré les propos rassurants de miss Bachelot, ministre  de la Culture, qui s’est fait rembarrer par le premier Ministre mais qui a crié victoire quand on lui a alloué 35 millions d’euros supplémentaires pour sauver ce qui ne peut plus l’être… Tous aux abris!

 

Le Conseil d’Etat a enfin tranché: pas de réouverture des salles de spectacles et de cinéma. Mais certaines défaites sont des victoires et ce n’est pas une parole de politicien un soir d’élection… Les avocats sont en effet unanimes et c’est rageant : si nous avions attaqué plus tôt et si le jugement avait été rendu avant le 20 décembre, nous aurions gagné, de manière sûre. Oui, comme prévu, il nous est en tous points favorables.

Le Juge des référés relève en effet que « la fermeture au public des lieux culturels porte une atteinte grave aux libertés, notamment à la liberté d’expression, à la liberté de création artistique, à la liberté d’accès aux œuvres culturelles et à  la liberté d’entreprendre. Le seul fait qu’une partie des activités concernées pourrait demeurer accessible au public, à travers d’autres supports ou de manière dématérialisée, ne saurait faire disparaître cette atteinte. »

Première victoire : l’argument du Gouvernement prétendant que  le numérique permettait cette liberté fondamentale d’expression etc .. tombe à l’eau. Elle est bien reconnue et gravée dans le marbre.
Le Juge ajoute:  « les exploitants des établissements concernés ont mis en œuvre des protocoles sanitaires particulièrement stricts qui sont de nature, au moins pour une partie de ces salles, à diminuer significativement le risque lié à l’existence de rassemblements dans un espace clos. Le risque de transmission du virus dans les cinémas, théâtres et salles de spectacle est ainsi plus faible que pour d’autres événements accueillant du public, dès lors que de tels protocoles sont effectivement appliqués. »

Deuxième victoire : les théâtres et les cinémas sont moins « contaminants » que les lieux de culte ou autres, accueillant du public. Le Conseil d’Etat reconnait donc recevable l’argument apporté par le Conseil scientifique et plusieurs études montrent que l’impact est moindre que pour les rassemblements religieux. En effet, les fidèles y parlent et y chantent, un argument présenté dans les requêtes déposées.

Enfin, le Juge des référés estime que « le maintien de la fermeture au public des cinémas, théâtres et salles de spectacles serait manifestement illégal, s’il n’était justifié que parce qu’il existe un risque de contamination des spectateurs, indépendamment du contexte sanitaire général. »

Troisième victoire : le risque zéro n’existe pas mais  le Conseil d’Etat insiste sur le fait que cet argument selon lequel les rassemblements culturels comportent un risque, est tout à fait  irrecevable. Alors pourquoi cette décision malgré ce jugement favorable ? Le Juge des référés relève que « les données actuelles montrent une dégradation de la situation sanitaire au cours de la période récente, à partir d’un plateau épidémique déjà très élevé, et pourraient se révéler encore plus préoccupantes au début du mois de janvier. En outre, la détection d’un nouveau variant du SARS-CoV-2 au Royaume-Uni, est de nature à accroître l’incertitude. Dans ces conditions, compte tenu du caractère très évolutif de cette situation avec un risque d’augmentation de l’épidémie à court terme, et alors qu’une décision de réouverture des cinémas, théâtres et salles de spectacles implique généralement une période préalable de redémarrage d’au moins deux semaines, le juge estime que « la mesure de fermeture ne porte pas une atteinte manifestement illégale aux libertés en cause. »

Autrement dit : le maintien de la fermeture des lieux culturels n’est justifié que dans un contexte sanitaire très défavorable. Cette fermeture est donc légale tant que demeure un niveau particulièrement élevé de diffusion du virus, susceptible de compromettre à court terme la prise en charge, notamment hospitalière, des personnes contaminées et des patients atteints d’autres affections.
L’actualité sanitaire de ces derniers jours l’a donc emportée sur la liberté d’ouvrir les salles. Et ce caractère exceptionnel très récent a été retenu dans le cadre d’un dispositif légal possible d’urgence sanitaire. Mais la liberté fondamentale n’est pas remise en cause et est même actée par le Conseil d’Etat.

Quelles leçons en tirer ? Pour être clair et direct : si on avait attaqué dès le 5 décembre quand les commerces et lieux de culte ont été ouverts, ou même avant le week-end dernier, nous aurions eu gain de cause. Tous les avocats sont unanimes sur ce point. (…) Et si les évêques avaient demandé l’ouverture des églises maintenant, le jugement aurait été  défavorable. Pourquoi alors  ne sont-elles pas maintenant fermées malgré cette décision à notre encontre ? Le Conseil d’Etat n’a pas été sollicité sur ce point et n’est pas là pour le demander.

 Le caractère dispersé des requêtes n’aura pas été nuisible sur le fond mais a sans doute ralenti la procédure. Partir ensemble avec un même avocat, aurait permis de gagner les quelques jours nous empêchant de crier victoire tout de suite. Quelles perspectives ? Ce jugement favorable fera date et restreindra les possibilités d’agir du Gouvernement qui ne pourra plus faire de discrimination entre les lieux de rassemblements ni décider d’ouvrir une église ou une salle de vente et pas un théâtre!

Le Conseil d’Etat demande donc au Gouvernement de revoir sa copie  quand il lui faudra prendre  des décisions. Autrement dit, l’histoire ne s’arrête pas là et il y aura des suites judiciaires si le Gouvernement n’en tient pas compte. Ceci prouve une fois de plus qu’il est toujours bon de se battre. Certes, nous n’avons pas gagné tout de suite, mais c’est une victoire quand même : le Conseil d’Etat reconnait que la décision du gouvernement est injuste et injustifiée et que cela ne pourra se reproduire. Autrement dit:  c’est une liberté fondamentale et nous ne sommes pas moins essentiels que les autres. Seule l’actualité récente a sauvé le Premier ministre d’une défaite assurée.

Nous lui donnons donc rendez-vous en janvier en fonction de l’évolution sanitaire et on imagine bien que nous ne lâcherons rien. D’ici là, vous pourrez assister au récit de la naissance d’un homme nommé Jésus, et pas à la vie d’un homme nommé Tartuffe.Vous pourrez aussi participer à une messe de 700 personnes à la patinoire de Gap, alors que les matchs de hockey s’y jouent à huis clos. Vous ne verrez pas Brad Pitt remplacer le curé de Camaret. Les voies du Seigneur sont impénétrables, mais celles du Conseil d’Etat seront à suivre à la lettre…

Samuel Churin

Une vie après la scène…

Une vie après  la scène…

 Faute de les présenter en tournée, certains spectacles, que nous avons vus et appréciés, ont trouvé d’autres moyens de diffusion comme, entre autres Je ne serais pas arrivée là, si …qu’on peut écouter en  « podcast » sur France-Culture et d’Une femme se déplace  qui a pris la forme d’un disque sur deezer, itunes et autres supports. Petit rappel de ces jours heureux où les spectacles se jouaient devant un vrai public !

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Julie Gayet et Judith Henry © Jean-Louis Fernandez

 Je ne serais pas arrivée là, si d’après les interviews d’Anick Cojean, mise en scène de Judith Henry

Un spectacle plusieurs fois repris depuis que nous l’avons vu au Theâtre Antoine, à Paris, dans le cadre des Paroles Citoyennes,  un festival lancé en 2018 par Jean-Marc Dumontet pour «faire écho aux grandes questions sociétales de notre temps.» En cette soirée inaugurale en 2020, parole est donnée aux femmes : Judith Henry et Julie Gayet lisent des extraits de Je ne serais pas arrivée là si … d’Annick Cojean.  A partir de ces quelques mots anodins, la journaliste amorçait pour Le Monde une série d’entretiens avec des femmes et hommes célèbres .

Ceux réalisés avec des femmes ont ensuite été publiés.  «Elles se racontent avec une sincérité bouleversante, écrit Annick Cojean dans la préface. Elles cherchent dans leur histoire quels ont pu être leurs principaux ressorts et ce que la vie leur a appris. Toutes ont imposé leur voix dans un monde dont les règles sont forgées par les hommes et toutes ont eu à cœur de partager cette expérience. »

Les comédiennes, tour à tour intervieweuses et interviewées, donnent leur voix à six femmes. D’abord Gisèle Halimi, qui revient sur soixante-dix ans de combats. La célèbre avocate française disparue cette année, se souvient avoir découvert précocement la malédiction d’être née fille mais refusera alors un destin assigné par son genre… Elle porte en elle : « une rage, une force sauvage, je voulais me sauver »: une énergie que Judith Henry nous fait entendre sans artifice.

Amélie Nothomb répond à la question de la journaliste par : «Si je n’avais été insomniaque de naissance. » (…) « Je me racontais des histoires, j’étais le locuteur et le public», avant de lui confier les grands traumatismes de son enfance : agression sexuelle, arrachement au Japon et à sa nourrice. Son ambition de jeune fille, une fois arrivée en Belgique, était : «Tout simplement d’être japonaise». On reconnaît ici, porté par Julie Gayet, l’humour froid de la romancière.
  

 Pour l’autrice Virginie Despentes, jouée avec piquant par Judith Henry, c’est : « Si je n’avais pas  arrêté de boire à trente ans», qui a induit son destin et dit Christiane Taubira: « S’il n’y avait pas eu ce rire tonitruant de ma maman. Ce rire qui revenait comme une joie invincible. Oui, invincible. » Sa mère fut un exemple de courage pour cette future ministre qui, dès l’âge de six ans, voulait «sauver le monde ». 

 La romancière Nina Bouraoui, pour sa part, a été marquée d’abord par le fait d’être née en Algérie, puis par une différence: son homosexualité qui l’a guidée.  Et l’ethnologue Françoise Héritier (1933-2017) dans doit son itinéraire à sa curiosité, quand elle a entendu parler par des camarades, du séminaire de Claude Lévi-Strauss: «J’avais vingt ans, j’étudiais l’histoire-géographie et leur enthousiasme était tel qu’il fallait que j’entende, de mes propres oreilles, ce qui se passait dans ce cours à l’Ecole Pratique donné à la Sorbonne. Ce fut une révélation. »

Ces propos largement réécrits par Annick Cojean retrouvent ici leur oralité originelle. Et à un débat organisé à l’issue de cette lecture scénique, la journaliste dit  avoir reconnu le rythme des phrases et le grain de voix de ces femmes. Et «On a essayé, dit Judith Henry qui en a fait l’adaptation, de rendre leurs paroles et leur présence même si on a beaucoup coupé.»

Ces personnalités, aux parcours divers mais souvent cabossés, semblent se répondre. Une étrange sororité les relie : pour la plupart, elles sont arrivées là en surmontant des traumas et en transgressant des interdits. «Elles se sont toutes battues dans un monde d’hommes, dit Annick Cojean, elles ont montré plus de courage, travaillé davantage, subi des insultes, des violences et même des viols. »

 Grâce à la magie de cette simple lecture, les actrices ont partagé avec nous des moments intenses, sans pour autant s’identifier à leurs personnages. Une distance qui permet aux spectatrices de reconnaître un peu de leur histoire, dans celle de ces célébrités. Au-delà d’un certain effet “people“, leur courage et leur étonnante sincérité forcent l’admiration et nous incitent à reprendre le flambeau. Françoise Héritier dans une interview réalisée peu de temps avant sa disparition, se réjouissait du mouvement Metoo: A retrouver en Podcast sur France-Culture

UNE FEMME SE DEPLACE

© Christophe Reynaud de Lage

 Une Femme se déplace, texte, mise en scène et musique de David Lescot

 Vu au Théâtre des Abbesses à Paris la saison dernière, cette comédie musicale devait être reprise cet automne au Montfort Théâtre, à Paris et a été juste présentée à quelques professionnels (voir plus bas). L’auteur conte ici, en paroles, chansons et musique, le voyage d’une jeune femme, Georgia, dans plusieurs époques de son existence. Avec «l’idée d’écrire pour la scène, un portrait de femme, à l’échelle d’une vie». Il a confié ce rôle à Ludmilla Dabo : autour d’elle, des comédiens-chanteurs talentueux accompagnés par quatre musiciens.

Tout commence lors d’un banal déjeuner dans un restaurant à concept : on n’y sert que du fade… pour «discerner quelque chose derrière le rien». Ballet insidieux des serveurs, menu aux noms ronflants…La jeune femme parle avec une amie de sa vie de bobo parisienne, plate et sans histoires : elle aime son travail, son mari et ses enfants… 

Survient alors des mini-catastrophes qui la déroutent. Paniquée, elle confond le brumisateur de table avec un chargeur de téléphone, et tout disjoncte. Elle se retrouve dans un autre temps de sa vie. Grâce à cet artifice et guidée par une voisine de table au fait du processus, elle va effectuer des allers et retours  “intra-biographiques“  dans le passé et le futur. Et vers des moments et des personnages-clés de sa vie : un mari timide qui ne finit jamais ses phrases et qui dit oui à tout, un père coureur de jupons mais témoin de Jéhovah, une mère exubérante et criblée de dettes, une amie d’enfance dépressive et son amour d’adolescence, rebelle et inconséquent…

Le metteur en scène utilise les artifices artisanaux du théâtre : scénographie, son, lumières, chorégraphie et jeu d’acteurs mais sans jamais recourir à la vidéo.

 Pour marquer les alternances temporelles, le décor épuré du restaurant Platitude repère pour le présent, change d’un épisode à l’autre pour accueillir des éléments du passé ou de l’avenir : lit, chaises, table basse… Il avance et recule, comme le temps, au vu et au su de l’héroïne. Les déplacements dans le futur embrouillent, plus qu’ils n’éclairent Georgia. Et ses incursions dans le passé déterrent fantômes et événements dramatiques effacés de sa mémoire : avortement, mariage de raison, suicide d’une amie, disparition d’un fiancé…

Avec cette fable symbolique, David Lescot questionne les choix sur lesquels on bâtit une vie rangée. Il s’agit, comme le proposait le restaurant, de «discerner quelque chose derrière le rien». A mesure que Georgia voyage dans sa propre histoire, doutes et regrets bousculent ses certitudes. Mais peut-on modifier le passé et réparer ses erreurs ? Pour David Lescot : «Le thème de la dette qui structure les relations familiales et amoureuses, irrigue la pièce toute entière.» Une chanson met en scène toute la famille qui enjoint l’héroïne à payer ses dettes ! «Il s’agit bien, dit l’auteur, de représenter le monde contemporain et ses diktats, les choix pour orienter sa propre existence, ou encore le dur de métier de vivre ensemble. »

 Mais foin de la mélancolie… Cette comédie aux interrogations existentielles mêle le burlesque aux émotions intimes. Et les situations et personnages, comiques et attachants, renvoient au monde de la petite bourgeoisie urbaine  actuelle. On pense à l’univers ironique d’une Claire Brétécher… Une Femme se déplace échappe au réalisme social grâce à la musique, au chant et à la danse. Où il y a un décalage des thèmes et une tension désamorcée. Dans le restaurant, sont diffusés « des silences enregistrés en plusieurs points de la Planète »,  sinon l’orchestre mêle sons acoustiques et effets électroniques et glisse d’un genre musical à l’autre. Anthony Capelli signe les arrangements des vingt morceaux écrits pour piano électrique (Fabien Moryoussef),  basse (Philippe Thibault), guitare (Ronan Yvon) et batterie (Anthony Capelli).

Les chansons expriment des sentiments dans la pure tradition lyrique; elles sous-tendent aussi des échanges dialogués ou bien s’articulent avec la musique, sur le mode du parlé/chanté. Avec des arias tristes, comme celle que chante l’amie dépressive. D’autres enjouées comme celle où le le mari déclare :  «Oui. Je dis oui à tout » qui sonne comme un tube. Et il y a plusieurs morceaux de bravoure comme le solo du fils, un futur “geek“, s’excitant sur le fonctionnement du GPS. Ou un inventaire de biens lors d’une saisie : récriminations de la mère, ballet et chœur des huissiers brandissant les meubles. Grâce à un détour par la science-fiction, se dessine la vie d’une femme de trente-cinq ans. Une comédie musicale en deux heures quinze qui vaut le déplacement

A écouter sur Deezer, Itunes etc …

Mireille Davidovici

Pour des raisons indépendantes de notre volonté, nous n’avons pu assister à cette présentation professionnelle mais seulement à sa plus grande partie. Nous avons admiré la grande rigueur de la mise en scène malgré une certaine tendance à la répétition sans doute inspirée, comme la scénographie, d’anciens spectacles de Bob Wilson avec chaises et tables de restaurant au style minimaliste.

 L’acoustique du Monfort est loin d’être bonne et c’est un euphémisme. Ainsi, la balance entre l’orchestre et les acteurs-chanteurs aurait méritée d’être plus étudiée. Et malgré  des micros HF, on comprenait mal le texte de Ludmilla  Dabo. Le fait que cela se passe dans cette grande salle où il y avait une quarantaine de spectateurs, n’arrangeait sans doute pas les choses. Et ce parlé-chanté base de cette parabole teintée de science-fonction où cette jeune femme navigue dans le temps, nous a paru assez sec et ne nous pas vraiment convaincu.
 
Mais bon, les transplantations d’un lieu à un autre ne sont jamais favorables à un spectacle et on a eu la preuve une fois de plus combien l’absence d’un vrai public peut être un facteur négatif… Dommage et il faudrait revoir cette comédie musicale dans des conditions normales. Mais cela risque de n’être pas pour tout de suite… après l’annonce ce soir de la décision du Conseil d’Etat! Et on reste sceptique quant à la réouverture des salles de spectacle et lieux culturels le 7 janvier…

 Philippe du Vignal

 

Petits cadeaux de Noël suite et fin

Petits cadeaux de Noël  (suite )

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20 000 lieues sous les mers, le roman de Jules Verne adapté pour acteurs et marionnettes par Christian Hecq et Valérie Lesort. Captation au Théâtre du Vieux-Colombier en novembre 2018, réalisation Philippe Béziat. Ne ratez surtout pas ce merveilleux spectacle, d’une poésie aux images  incomparables grâce aux marionnettes de Valérie Lesort et à une interprétation de tout premier ordre… Même ce qui n’est qu’un film et non la représentation devrait vous apporter la magie de Jules Verne qui enchanta notre enfance…

 Diffusion uniquement le vendredi  25  décembre à 20h30 sur le site  de la Comédie-Française.  DVD en vente sur la boutique en ligne, avec retrait sur place ou livraison à domicile.

Lost lost Lost de Jonas Mekas

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L’œuvre est de 1976 et en 178 minutes et retrace, dit le cinéaste et poète américain d’origine lituanienne (1922-1919),   » à travers six bobines de films une  période de désespoir, de tentatives pour planter désespérément des racines dans cette terre nouvelle, pour créer des souvenirs. » (…) « J’ai essayé de décrire les sentiments d’un exilé, mes sentiments pendant ces années-là. Elles portent le nom de Lost Lost Lost, titre que nous voulions donner, mon frère et moi, à un film que nous voulions faire en 1949 et qui aurait suggéré notre état d’âme en ces temps-là.
Le film décrit l’état d’esprit d’une « personne déplacée » qui n’a pas encore oublié son pays natal mais qui n’en a pas encore gagné un nouveau. La sixième bobine montre une transition et comment nous commençons à respirer, à trouver quelques moments de bonheur. Une nouvelle vie commence… »
La première partie concerne la vie de la communauté lituanienne de Williamsburg et la seconde décrit l’arrivée du cinéaste sur la scène artistique new-yorkaise.

En accès libre toute la journée du 25 décembre à partir de six heures avec le code promo: jonasbday. info@re-voir.com
43 rue du Faubourg Saint-Martin, 75010 Paris.

Un Fil à la patte de Georges Feydeau, dans la mise en scène de Jérôme Deschamps

Une captation réalisée Salle Richelieu en février 2011 par Dominique Thiel, coproduction Comédie-Française/La Compagnie des Indes, avec la participation de France-Télévisions. Une des meilleures mises en scène de Jérôme Deschamps qui a su restituer la folie des personnages du grand dramaturge avec finesse et un sens exceptionnel du comique de situation, ce qui n’est pas incompatible.

Diffusion uniquement le samedi 2 janvier à 20h 30 sur le site de la Comédie-Française.

Political Mother Unplugged, chorégraphie de Hofesh Shechter

La pièce fête ses dix ans avec une nouvelle version pour les jeunes danseurs de Shester II ; cette compagnie qui  offre pendant un an une expérience professionnelle à de jeunes talents venus du monde entier, propose une version révisée, sur un nouvel enregistrement de la musique évoquant, comme la danse, l’univers militaire et la fête populaire. Et les thèmes de Political Mother Unplugged,  totalitarisme et violence idéologique, sont plus actuels que jamais. »

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« Décliné en plusieurs versions, notamment en concert rock dansé,  cette pièce est un concentré de l’univers de Shechter avec son ambiance de liesse ou de guerre, et ses gestes collectifs renvoyant à l’amour, à l’espérance, à la transe ou à la violence, souvent en même temps. »

 En direct  depuis le Théâtre de la Ville:  samedi 26 décembre à 16 h, mardi 29 décembre à 21 h. Et samedi 2 janvier  à 11 h et dimanche 3 janvier à 22 h.

« Faire du théâtre, dit Emmanuel Demarcy-Mota, c’est un peu comme être médecin, ce n’est pas un métier comme les autres, mais pour les autres. »  Le Noël solidaire  né d’une idée conjointe du Théâtre de la Ville et de la Ville de Paris, a offert un éventail de propositions artistiques à tous ceux qui sont fragilisés par cette crise sanitaire depuis le 19 décembre et ce jusqu’au 3 janvier.  Les danseurs de la Hofesh Shechter Company, les musiciens pré-professionnels du u Conservatoire à rayonnement régional de Paris,  et plus de 70 comédiens de la Troupe de l’Imaginaire sont engagés pendant les vacances de Noël pour des Consultations poétiques, musicales et dansées, des ateliers de pratique et pour présenter des petites formes auprès des associations du champ social, dans les lieux d’ailleurs et d’hébergement. Mais aussi les structures de l’aide sociale, les hôpitaux, EHPAD et les centres de loisirs, grâce à la mobilisation à Paris de la Direction de l’Action Sociale, de l’Enfance et de la Santé, la Direction des Affaires Scolaires, la Direction des Affaires Culturelles, du Centre d’Action Sociale de la Ville de Paris. Et aussi de l’Assistance public-Hôpitaux de Paris… Nous défendons un théâtre ouvert et solidaire auprès des personnes isolées, fragilisées, des personnes âgées et auprès de la jeunesse. Notre engagement est de préserver, soutenir, défendre, construire les liens entre LA CULTURE, LA SANTÉ, L’ÉDUCATION et LE SOCIAL. « 

Philippe du Vignal


Et la Culture ?

Et la Culture ?

 

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Date de réouverture prévue le mais partielle et avec toutes les précautions sanitaires déjà instaurées des théâtres, cinémas, salles de concert, cirques, cabarets, etc..  Et puis c’est non!  Sans aucune concertation ni appel, comme le souligne la C.G.T. du spectacle. Le Gouvernement, désinvolte, renvoie le monde de la Culture à une « revoyure » ! De nombreux responsables de la Culture en colère, comme tous les agents des secteurs interdits, bloqués par la crise sanitaire, ont déposé des référés-liberté auprès du Conseil d’État afin de « rétablir une égalité devant la loi ».
Comme les autres, et c’est dommage. Nous, quelques milliers quand même à ce rassemblement pour la culture, mardi dernier. Entre temps, était arrivé le camion du son, porteur des revendications syndicales nécessaires. Problème : la nécessité du consensus dans les textes des syndicats fait qu’ils manquent de style. Or le style, c’est le boulot des artistes.

 Faut-il que nous (nous nous mettons dans le lot) soyons diminués par le mépris gouvernemental déjà ancien pour n’avoir pas su inventer, créer, la forme de notre protestation ? À quelques trouvailles près, comme dans tous les défilés revendicatifs : l’Ancien théâtre de Montreuil porté par le personnel du Nouveau Théâtre de Montreuil…

Il est vrai que le monde de la Culture est analogique au « monde réel ». Individus à côté d’autres individus, petits collectifs clos : manque à ceux qui parlent volontiers de La Culture comme lieu de« résistance » ce qui avait fait la force de la Résistance historique contre l’envahisseur nazi, c’est à dire de vrais réseaux, sérieux, actifs, engagés, malins, solidaires… Allez, on s’offre un petit coup de nostalgie avec le souvenir de L‘Enterrement de la Culture, manifestation «monstre » selon les chroniqueurs en réaction contre les propos du ministre d’alors, Maurice Druon, qui avait perdu un belle occasion de se taire en avertissant le 3 mai: « Les gens qui viennent à la porte de ce ministère avec une sébile dans une main et un cocktail Molotov dans l’autre devront choisir. » On vous mettra bientôt en ligne quelques belles photos de cette grande manifestation  qu’avait prises Philippe du Vignal.

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Mendiants et voyous, tout ce qu’ils sont capables de faire, ces cultureux? Il y avait eu un grand corbillard avec tambours drapés de noirs, cercueils promenés dans la foule, marionnettes géantes, Ariane Mnouchkine, directrice du Théâtre du Soleil, le metteur en scène Jean-Pierre Vincent en tête disparu le mois dernier, et nous, jeunots. Nous étions pas mal de têtes blanches, ce mardi 15 décembre, à la Bastille que nous n’avons pas prise. Mais où étaient les créateurs de toutes les générations? Pourquoi sont-ils restés chez eux? Sommes-nous si découragés, avalés par le numérique? Avons-nous pour seul devoir de nous tirer dans les pattes, pour savoir si nous sommes essentiels ou pas ?

Oui, dirions-nous, nous ne sommes ni plus ni moins essentiels que tout un chacun,  mais c’est notre travail qui l’est. Peut-être ne sommes nous que le persil sur la tomate, comme dit Jacques Livchine, mais ce persil est essentiel (vitamine C et vitamine K1). Le plaisir du théâtre, l’intelligence, la colère même quand on a vu un mauvais spectacle, sont essentiels pour sortir des oppositions qui ne sont pas des débats : « J’aime », « J’aime pas » et des condamnations hâtives.

Les “réseaux sociaux“ multiplient les petits Ubu haineux et despotiques. Si le théâtre, l’art en général leur donnait un peu le temps de la réflexion, on n’en serait peut-être pas à ce stade : je déteste, puis je ferme mes esgourdes. Or, l’art dégourdit, fait bouger, fait sortir du binaire, à condition qu’il puisse vous (nous) atteindre Encore faut-il que l’artiste fasse son boulot et invente, crée, rencontre le public. « Le devoir de tout révolutionnaire, disait Che Guevara, est de faire la révolution. » Devise applicable à tout artiste qui doit faire de l’art, exigeant, libre. Y compris dans un rassemblement pour défendre la culture.

La ministre, bizarrement moins présente sur les écrans que d’habitude, se flatte des «années blanches» accordées aux intermittents du spectacle. Mais tout le reste ? Et le mépris pour le travail de ceux qui ont monté un spectacle, démonté, remonté et re-démonté ? Comme si ce n’était rien ? Bizarre pour un gouvernement qui prône la « valeur -travail » de mépriser leur travail.  Et l’argent gaspillé à cause de ces ouvertures, fermetures, réouvertures, refermetures ? Bizarre quece gouvernement (il n’est pas le premier) prenne des artistes pour des cigales, quand ils sont plus fourmis que lui. Et l’économie générée par les tournées ? On dira : perdu pour perdu, puisque les hôtels et restaurants sont aussi fermés et quant à la S.N.C.F., au point où elle en est… La Ministre aime l’opéra ? Elle pleure, comme à l’opéra, du saccage qu’elle est obligée de faire de la Culture et de ceux qui la font ? Douces larmes qui ne sauveront pas la Culture de la sècheresse. Une canicule : l’arbre pâtit, mais résiste. Deux canicules : l’arbre va puiser dans ses racines plus profondes pour survivre. Trois canicules : il meurt.

Mais au fait, est-ce seulement une affaire sanitaire ? Cela sent très fort la liquidation, la déforestation pour rentabiliser la culture en « produits culturels consommables ». Cette politique semble bien fonctionner : Renaud Capuçon va jouer dans un supermarché ? Les gens ne l’écoutent pas, ont autre chose à faire : les cadeaux de Noël à acheter et le chiffre d’affaires de la grande distribution à faire grimper. Preuve qu’il est trop tard ? Preuve surtout qu’il ne faut pas cesser de jouer des musiques vivantes, si on veut qu’elles ouvrent quelques esgourdes. Idem pour le spectacle…

Bon, en France les artistes du spectacle ont la chance d’avoir un régime enviable d’indemnisation du chômage: l’intermittence. Leurs droits ont été prolongés et on leur a octroyé cette fameuse «année blanche». Drôle d’expression : page blanche. Il n’y a rien, mais ce rien est un vide qui attend. On la remplit la page blanche, on écrit, on invente, on est comme l’arbre au stade II, on va chercher au fond de ses racines. Et on ne laisse pas la politique à ceux qui nous gouvernent…

Christine Friedel

 

 

Un petit cadeau surprise spécial Noël en provenance de Suisse

Un petit mais formidable cadeau spécial Noël en provenance de Suisse

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On vous laisse la surprise; ceux qui n’auront pas ri, nous écriront. Ou quand la fiction dépasse la réalité…L’invité: Lieutenant-colonel Karl-Heinz.

https://youtu.be/SvZbWsihHBk

Inäbnithttps://www.youtube.com/watch?v=SvZbWsihHBk

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Une visite de chars d’assaut dans une école, annulée par l’armée.

https://m.youtube.com/watch?v=rgyAMz0h6Yc&noapp=1

 

Ph. du V.

Mauvaise, de debbie tucker greeen, mise en scène de Sébastien Derrey

Mauvaise, de debbie tucker green, traduit de l’anglais par Gisèle Joly, Sophie Magnaud et Sarah Vermande, mise en scène de Sébastien Derrey

Une chaise au milieu du plateau, sobre, ordinaire mais qui tient sa place : centrale. On saura vite pourquoi. Ce jour-là, car toutes les tragédies ont lieu « ce jour-là » : celui où Oreste retrouve Électre,  celui où Titus est fait empereur,  celui où… Fille craque l’armure et parle. Un flot d’injures et de douleur. Elle crache soudain tout ce qu’elle sait, nomme ce qu’elle a vécu, met en pièces les non-dits du système incestueux où vit la famille. « Dis-le, dit-elle à son père, regarde, dit-elle à sa mère, écoutez, dit-elle au frère et aux sœurs assis sur leur déni. Fille piétine la famille comme le ferait un pressoir, pour en faire jaillir la vérité. Il faut toute l’œuvre pour cela et on en apprendra plus encore.

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©Christophe Raynaud de Lage

Au centre donc, la fameuse chaise et à sa place : celle du père, que personne ne lui dispute. Jean-René Lemoine l’occupe tout au long, serein et doux. Il n’a pas besoin d’être violent : « Je suis pas obligé » est sa première -et quasi unique- réponse aux injonctions de Fille. Il est là, c’est tout. On comprendra peu à peu comment la famille se protège, comment la mère se fait une carapace de souffrance, comment elle s’aveugle, comment elle reporte sa culpabilité sur Fille, née «mauvaise ».

La pièce s’élargit vers l’universel : le tabou de l’inceste, censé construire une société, est avant tout celui de la parole sur l’inceste. « Tu l’as fait ». On n’en parle pas, ça ne se dit pas. Point. Et on comprend comment ce double tabou paradoxal fonde ce qu’on appelle gentiment : patriarcat. Les féministes l’ont bien compris, le patriarche n’est pas une sorte de père Noël qui  veillerait indistinctement sur le troupeau de sa famille ! Mais le terme signifie bel et bien : pouvoir du père, absolu et de droit divin, ce que suggère le cantique au début du spectacle.

Et le patriarchat s’appuie sur la culpabilité des femmes. Ne pas savoir dire non : coupable. Ne pas donner entière satisfaction : coupable. Naître fille : coupable. Le masculin l’emporte sur le féminin, et dans la hiérarchie, la petite dernière est bel et bien la dernière. Et elle a voulu devancer sa condition de femme ! «Tu ne veux pas te rappeler que tu en pouvais plus de vouloir être grande avant l’âge -tu voulais être une femme sans passer par la fillette, tu vois- dit la mère (Nicole Dogué). » Sans commentaires ou plutôt si : que faire de sa douleur dans la soumission ? Que faire de la rivalité que la domination du père met entre la mère et la fille ? 

Le spectacle est coupé de noirs. Habituellement, un moyen simple pour passer d’une scène à une autre comme ici : il y a une autre chaise de plus et un nouveau participant se joint à ce jeu douloureux. Mais c’est beaucoup plus que cela: à chaque fois, le temps de l’approfondissement. Et le travail des lumières (Christina Dubet) avec une densité variable d’obscurité et cela joue. Toute la réalisation du spectacle est exemplaire : la scénographie épurée évite toute distraction. Pas d’anecdote, pas d’ornement: tout est dans la puissance des mots, «rappés » ou non mais chacun à son rythme, en réponse au flux de Fille (Séphora Pondi) qui définit musicalement l’évolution de ce qu’on pourrait appeler sa conscience, ou sa situation par rapport à l’équilibre tragique de la famille.

Chacun, dans la fratrie (Océane Caïraty, Bénédicte Mbemba et Josué Ndofusu) avance, s’ouvre peu à peu, ou pas. La distribution met en lumière des comédiennes et comédiens noirs : la pièce est écrite pour elles et eux, enfin mis en lumière. «Ils n’avaient pas de travail, ou leur travail n’était pas visible », dit Sébastien Derrey, et on s’aperçoit qu’ils manquaient. On est très en retard en France sur ces questions. »

Jouée avec la juste intensité qu’elle demande, éclairée avec simplicité, Mauvaise aborde des questions essentielles mais sans didactisme. Au contraire et on s’aperçoit avec émotion qu’on a beaucoup appris, comme les personnages, sur quelque chose que l’on savait déjà : la réalité du patriarcat et sur un savoir qu’on n’avait pas laissé monter à une conscience réelle. Où l’on voit que le théâtre, la tragédie, est proche de la philosophie et que la parole agit.

 Mauvaise est le plus beau spectacle qu’on ait vu depuis longtemps mais, à cause de la situation actuelle, il a été joué dans une désolante confidentialité lors de ces soirées pour quelques professionnels et pour la presse… Il aurait dû normalement être présenté en novembre à la MC93 de Bobigny et en décembre au T2G de Genevilliers. On espère bien que cette pièce sera enfin prochainement  jouée en public et vivra…

Christine Friedel

La pièce est publiée aux Editions théâtrales, avec le soutien de la Maison Antoine Vitez.

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