Le Monde de Jean Vilar n° 113 des Cahiers Jean Vilar

Le Monde de Jean Vilar n° 113 des Cahiers Jean Vilar (1).

  Le Monde de Jean Vilar n° 113 des Cahiers Jean Vilar  dans actualites Capture-d%E2%80%99%C3%A9cran-2012-07-09-%C3%A0-13.46.35Le Festival d’Avignon, ce n’est pas seulement des spectacles de  théâtre et de danse mais aussi depuis toujours des expositions. La Semaine d’art en Avignon en 1947, premier nom du festival,  proposée par Christian et Yvonne Zervos, comportait déjà une exposition d’art moderne ( Giacometti, Arp, Chagall, Gris, Léger, entre autres…, et on se souvient de celle de Picasso au Palais des Papes en 74. Cette année sera marquée par  l’installation/performance de Sophie Calle cette année dans l’église des Célestins, d’une grande beauté mais, à la limite du supportable, dont vous rendra compte Jean Couturier. Et surtout celle consacrée à Jean Vilar pour la centième anniversaire de sa naissance à l’Hôtel de Mons devenu Maison Jean Vilar.
Agnès Varda en 67 avait déjà présenté une belle exposition dans la chapelle Saint-Charles d’Avignon avec des photos des spectacles et de la vie de ce que fut le Théâtre National Populaire à Chaillot. Dont les fameuses lettres T.N.P. , créées par  le grand graphiste Jacno- qui, on le sait moins fut aussi le créateur du célèbre paquet des Gauloises bleues lui avaient inspirées par  celles des affiches de la Révolution française et qui étaient la marque de la maison. Nous avions retrouvé – quelle émotion!- traînant, poussiéreuse mais intacte, sur une étagère d’un sous-sol du théâtre, une petite bande plastique- sans valeur marchande mais témoignage émouvant- qui servait à marquer les caisses et les malles des tournées… Avant lesquelles, en patron lucide et prévoyant, il avertissait ceux qui partaient avec lui: « Noubliez pas que, là-ba, vous allez représenter la France ».
  En préalable logique à  celle d’Avignon, un exposition  se tient aussi à Sète au  premier étage de la maison qui l’a vu naître au 13 rue Gambetta et qui abritait la boutique de mercerie de ses parents, avec de très nombreuses photos et des vidéos des spectacles du T.N.P. Son père qui n’avait pas pu faire d’études  secondaires car il avait dû servir de commis à la boutique, qui acheta de nombreux livres pour lire en autodidacte les classiques dont il avait été frustré.
  A la Maison Jean Vilar, en fait, c’est tout le parcours du jeune homme sétois, pauvre, seul  et un peu désemparé quand, à vingt ans, il débarque de Sète  à Paris et devint pion au collège Sainte-Barbe. Sète qu’il ne reniera jamais… Il ne ne se destinait pas à l’origine au théâtre. Passionné d’écriture, il écrivit quand même une pièce Dans le plus beau pays  du monde quand il avait 27 ans, mais qu’il ne monta jamais mais à laquelle il travaillait encore quelques mois avant sa mort en 71.
Il y a quelques véritables éléments de décor du T.N.P. dans un salle, et 18 oriflammes, ceux du T.N.P., isnpirés de ceux des fêtes de Sète pour évoquer les personnalités de ceux qui l’entourèrent: Charls Dullin son maître, René Char, Gérard Philipe, Maurice Béjart, Maria Casrès, Georges Wilson…  de grands panneaux avec  de nombreuses photos et vidéos, mais aussi  toute une  correspondance, notamment celle inédite avec son épouse André Schlegel, et de formidables documents, comme ces notes de service où il manifestait selon les jours les colères ou les enthousiastes du patron d’un grand théâtre, véritablement obsédé par la présence du public.
 Comme Savary qui, à ses débuts, joua tout ému dans les collants noirs de Vilar donnés au Grand Magic Circus; il lui succèda quelque quarante ans plus tard et  quotidiennement, jetait un œil sur l’ordinateur pour voir où l’état des réservations. C’est une chose que l’on oublie souvent mais quand la grande Jeanne Laurent lui confia la direction de Chaillot, c’était plus de deux mille places qu’il fallait remplir, et par une de ces aberrations dont l’Etat français a le monopole, Vilar était responsable sur ses biens propres… Lui qui ne possédait qu’un modeste appartement ! Et ce n’est qu’en 69 que l’Etat accordera enfin des statuts dignes de ce nom au T.N.P.!
Chaillot, c’était aussi une grande équipe de techniciens dirigée par Maurice Coussonneau et Camille Demangeat qui faisaient marcher cette énorme boutique et qui ne comptaient ni leur temps ni leur énergie. Et c’est Pierre Saveron dont il y a un beau témoignage qui inventa les fameux éclairages blancs des spectacles de Vilar, ce qui était révolutionnaire à l’époque et qui dirigea une importante équipe , dont ce vieil électricien qui, devenu veuf, travaillait encore un peu dans les années 90, attaché qu’il était à sa maison; il lui avait inventé, sans déposer aucun brevet, un projecteur à volets, donc capable de faire brutalement le noir… invention ensuite copiée dans le monde entier! Et le chef-accessoiriste de Vilar nous racontait que les veilles de générale,quand les répétitions finissaient trop tard pour reprendre le métro, nombre d’entre eux dormaient dans les loges. C’était aussi cela le  Chaillot des années 50, doté aussi d’une équipe administrative exceptionnelle dont Jean Vilar sut s’entourer: Jean Rouvet, ancien instituteur et inspecteur de la jeunesse et des sports,  Robert Doizon, Chrystel d’Ornjehlm et Sonia Debauvais… et indispensable, sans laquelle le T.N.P. n’aurait jamais pu fonctionner. Ce que montre bien l’expo, c’est un Vilar à la fois solitaire et avide de rencontres et d’amitiés, « doutant de tout et de lui-même, sauf de la légitimité de son action  » comme l’écrit Jacques Lassalle dans la belle préface  dans ce numéro des Cahiers Jean Vilar.
 C’est un numéro exceptionnel de qualité dont le rédacteur en chef est Rodolphe Fouano et le directeur de rédaction Jacques Téphany qui  retrace les années de Vilar à l’école de Charles Dullin où il fut le condisciple de Jean-Louis Barrault,  d’Alain Cuny,  Madeleine Robinson, Marguerite Jamois. Il rappelle-t-il, que Dullin fut l’un des premiers, en 1938, à fournir à Daladier un projet sur la décentralisation. Téphany, dans un autre article, souligne aussi, et avec raison l’importance de l’amitié qu’eut René Char pour la mise en place du festival. Comme celle de Georges Pons, maire communiste élu en 45, homme exceptionnel qui dut reconstruire sa ville bombardée, et  qui fit voter par sa conseil municipal les indispensables subventions pour équilibrer le budget du festival qui n’était pourtant pas à l’époque l’énorme machine qu’il est devenu…
Il y a aussi un article important écrit par Marion Denizot consacré à la  visionnaire Jeanne Laurent, sous-directrice aux Beaux-Arts, inconnue du grand public,  qui nomma Vilar à la tête de Chaillot en 51. Décision absolument capitale dans l’histoire du théâtre français et européen. Nous nous souvenons que dans les années 70, il y avait eu une sorte de débat au Théâtre de l’Odéon avec tout le gratin de la profession. Et une dame pas très jeune avait fait remarquer à l’un des intervenants qu’il commettait une erreur. Et comme elle avait l’air de bien savoir de quoi elle parlait, le modérateur lui avait demandé qui elle était. Et elle avait répondu: « Je suis Jeanne Laurent ». Et toute la salle s’était alors levée et l’avait longuement applaudie.
 La précédente livraison des Cahiers Jean Vilar (n°112 de mars 2012) comprenait déjà les lettre à son épouse. Ici, on trouve celles de l’époque 1948-71 année de sa mort qui ne sont pas publiées dans leur intégralité quand elle sont trop intimes. C’est un autre Vilar, que l’on découvre, grâce à ses deux fils Stéphane et Christophe, père attentif à la scolarité de ses trois enfants. » Stef, je t »en supplie, je n’accepterai jamais que tu retournes en sixième! J’aurais honte! « 
 Il y a des photos émouvantes de la famille à Sète dont ne restent que ses deux fils Mais il parle aussi de ses tournées dans le monde avec ses comédiens, au Québec comme à Berlin, Prague, Zagreb, ou dans  la Grèce d’Epidaure et de Delphes où il découvre, « à travers la terre et le ciel » son cinquième siècle.. ou encore en Italie au Piccolo. Datée de 60, une lettre, Vilar parle de des ennuis financiers quand  Malraux, alors Ministre de la Culture, se montre plutôt pingre avec le T.NP. et Vilar de conclure:  » Un théâtre populaire? A la vérité, ça les ennuie. ou alors il leur faut des idées mirobolantes ». Il faudrait tout citer de cette correspondance passionnante.
Il y a aussi des articles sur les grandes figures du T.N.P.: Gérard Philippe, Maria Casarès, Georges Wilson  qui succéda à Vilar à Chaillot et Paul Puaux au Festival d’Avignon.
  Le numéro se termine par deux articles de Rodolphe Fouano: Un écrivain contrarié où il parle notamment de sa pièce Dans le plus beau pays du monde (2),  mais aussi  de ses autre écrits théoriques comme De la Tradition théâtrale paru à l’Arche en 55. Jacques Lassalle dit avec juste raison que l’on y découvre »un Vilar avant d’avant Vilar ». Ce n’est sans doute pas une grande pièce mais l’on sent aussi que ce n’est pas la pièce de n’importe qui Il aurait passionnément voulu devenir écrivain et surtout dramaturge et c’est vrai qu’il adapta de nombreux textes, comme La Paix d’Aristophane, Le Prix des ânes d’après Plaute, etc… Et qu’il se mit en tête de trouver des auteurs contemporains, dès qu’il commença à faire de la mise en scène. Sans jamais vraiment y arriver, mais diriger Chaillot, dans des conditions souvent dures et le Festival d’Avignon ne lui en laissaient guère de temps. Mais il n’a pas non plus délégué cette charge à l’un de ses collaboorateurs! Comprenne qui pourra
Il y a enfin un court article de Rodolphe Fouano sur Bref, le journal  du T.N.P. (3)qui était la courroie de liaison avec les spectateurs, indispensable pour l’époque, et qui , encore aujourd’hui, est une mine de renseignements sur la vie d’un grand théâtre et sur la sociologie de son  public.

Philippe du Vignal

1) Le Monde de Jean Vilar: l’exposition qui a été présentée à la Maison Jean Vilar sera aussi visible dans le grand Foyer du Théâtre National de Chaillot du 10 octobre au 13 décembre (Entrée libre).
 Le  N° 113 des Cahiers Jean Vilar est disponible en librairie: 7,50 euros.
2) Publiée à l’Avant-Scène Théâtre.
3) De nombreux numéros sont encore disponibles à la vente auprès de l’Association Jean Vilar. Maison Jean Vilar Montée Paul Puaux 8 rue de Mons 84000 Avignon T: 04-90-86-59-64.


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« Rachel, Monique » exposition de Sophie Calle

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Jamais un lieu de culte comme l’église des Célestins, non restaurée,  et actuellement non vouée au culte, dont le sol est encore en grande partie en terre, n’a semblé autant adaptée à une exposition comme celle-ci « Elle s’est appelée successivement Rachel, Monique, Szyndler, Calle, Paglioero, Gonthier, Sindler. Ma mère aimait qu’on parle d’elle », écrit-elle sur la couverture du livre qui retrace cette exposition.
Sophie Calle qui a fait de sa vie son œuvre, expose ici le journal intime de sa mère avec amour et une certaine cruauté. Le manque transparaît à la découverte de chacun de ces objets de mémoire. Seules deux salles sont interdites à la photographie: la première montre les derniers instants de vie de sa mère sur son lit étroit, filmée de profil par Sophie Calle, des fleurs au premier plan, un doudou en forme de vache (qu’elle collectionnait), et en fond, retentit Le Concerto pour clarinette de Mozart qu’elle aimait, son dernier vœu ayant été de « partir en musique.L’infirmière vérifie l’absence de souffle et de pouls de la défunte.
Dans la deuxième salle, nous découvrons la photo du cercueil ouvert de Monique rempli d’objets de son quotidien comme, sa robe à pois, des bonbons, une carte postale de Marylin Monroe , ainsi que des photos d’elle personnelles encore jeune et belle. Des fleurs de soucis sont aussi posées dans le cercueil . « Souci », dernier mot prononcé par Monique  et retrouvé régulièrement dans cette exposition.
Chacun des objets exposés a une grande puissance évocatrice. Comme cette série de soixante plaques funéraires en marbre avec chacune, non le nom d’un défunt mais celui d’une maladie grave. La dernière à l’extrême droite en bas paraît être sans inscription… mais en y regardant bien, on discerne juste gravés mais sans encre, ces seuls mots: cancer du sein!
Dans une chapelle, Sophie Calle , assise, les yeux protégés par des lunettes noires, lit chaque jour des extraits des Carnets intimes de sa mère. Mais on ne peut entendre sa voix que dans certains coins éloignés de l’église; les visiteurs écoutent dans le plus grand silence.
Tour à tour nous croisons, entre autres, une photo de l’ombre de Monique avec cette annotation: «  Si je devais un jour disparaître, je te laisse mon ombre qui veillera sur toi », la tête d’une girafe avec ce commentaire de Sophie Calle: « Quand ma mère est morte, j’ai acheté une girafe naturalisée. Je l’ai installée dans mon atelier et prénommé Monique. Elle me regarde de haut avec ironie et tristesse. »
Nous découvrons aussi une phrase terrible sur un carnet de Monique, « Inutile d’investir dans la tendresse de mes enfants, entre l’indifférence tranquille d’Antoine et l’arrogance égoïste de Sophie. Seule consolation : elle est tellement morbide qu’elle viendrait me voir sous ma tombe plus souvent qu’à la rue Boulard”.
C’est justement le double de la pierre tombale au cimetière Montparnasse, qui est aussi exposée avec, inscrits dans le marbre ces seuls mots: « Monique Sindler née le 21 mai morte en 2006 je m’ennuie déjà”.
Cette exposition est sans aucun doute l’œuvre de création artistique la plus radicale de ce Festival.

Jean Couturier

Festival d’Avignon , Église des Célestins jusqu’au 28 juillet.

Livre de l’exposition : 49 €

Brave Kids

 Brave Kids, spectacle et séminaire, à l’UNESCO par l’association théâtrale du Chant du Bouc de Wroclaw  (Pologne).

Brave Kids dans actualites Image-Brave-KidsDans le grand auditorium de l’Unesco, une belle effervescence. Beaucoup d’enfants, autant de pépiements. En fond de scène, un panneau tout couleurs peintures et appliqués, mouvements, abstraction et graffitis, des morceaux de vie.
Introduction de bienvenue de la Délégation Polonaise auprès de l’Unesco, initiatrice du projet réalisé sous le haut patronage de l’Unesco et celui d’Anna Komorowska, première Dame de Pologne, puis lancement du Festival des Enfants, par le Directeur Général adjoint de l’Unesco.
Les fondateurs de l’Association théâtrale du Chant du Bouc, Anna Zubrzycki et Grzegorz Bral, présentent le spectacle et  projettent un petit film sur les projets artistiques et sociaux qu’ils mènent à Wroclaw. Créée en 1996, la compagnie est conçue comme un Ensemble et rayonne au plan régional, national et international. Danse, musique, théâtre, cirque sont au cœur d’activités proposées, sous différentes formes : ateliers pour les personnes fragilisées, spectacles, formation (dont un Master Techniques du Théâtre, en partenariat avec l’Université de Manchester), festival de cinéma, expositions, etc.
Le Brave Festival, qu’ils ont créé à Wroclaw en 2004, à la demande du Maire de la ville, travaille sur les fragilités. C’est une plateforme qui fait entendre la voix des minorités et sensibilise l’opinion sur l’importance de préserver les traditions artistiques rares des communautés menacées. Les recettes générées par les spectacles sont versées à Rokpa international, une organisation caritative qui, en son antenne polonaise, fait un travail similaire à celui des Restaurants du cœur, fédérant dans son sillage de nombreux bénévoles.
Dans ce même esprit de diversité et cette belle énergie, Brave Kids est présenté comme le diamant du Festival. Passent alors de la salle au plateau une envolée de quatre-vingts enfants, de 6 à 16 ans, dix-huit groupes venant de quatorze pays, tout de couleurs, tee-shirts, jupes, baskets, tuniques, pantalons, chapeaux et signes distinctifs. L’habillement donne une indication géographique, la langue parfois aussi.
Ils ont vécu trois semaines ensemble, accueillis dans des familles polonaises et inventé ce spectacle, présenté en Pologne, le 7 juillet. « Les enfants enseignent aux enfants » disent les deux chefs de troupe, « une culture enseigne ses codes et ses rites  à une autre ».
Mise en mouvement et chorégraphie où le plaisir domine, plaisir de donner de soi, spontanéité. Pas de loi esthétique ni d’apparence, on ne compte pas un deux trois… nous n’allons pas au bois. Les groupes se font et se défont, l’Ensemble gère l’espace en grand professionnel. Chacun y va de son tempérament, de ses rythmes, de l’écoute des autres, d’une joie de vivre. Le plus grand côtoie le petit, l’extraverti soutient le discret, l’entraîne dans sa danse qui fait contagion. Chacun est sous le regard de tous.
Le collectif porte, accompagne, stimule. Les rythmes qu’ils créent avec  leurs maracas et tambours,  leurs cordes et ukulélés, sont relayés par une bande son à la moderne diversité, par les voix et  les cris. Diabolos, rubans, sifflets, serpentins, perles, ceintures, baguettes, cycles, tourbillonnent. Tels des magiciens, ces petits princes régulent l’enchainement des séquences. Ici, élégance rythme avec enfance. Il y a du cœur à l’ouvrage, l’Ensemble est généreux et radieux. Le secret ? « Liberté… J’écris ton nom… »aurait dit Paul Eluard.
Le séminaire du lendemain, à l’Unesco toujours, traite de L’éducation non formelle à travers les arts. On retrouve les jeunes de Brave Kids qui ont dansé la veille; ils en sont les animateurs et structurent les différents temps de l ‘échange entre eux, entre eux et les adultes. Grzegorz Bral, co-directeur du Chant du Bouc parle de l’importance qu’a chaque enfant dans ce collectif, de chaque sensibilité. Il prend la métaphore de la forêt où chaque arbre, chaque plante, chaque fleur est important et a sa place.

Les enfants à la table, répondent  aux questions préparées par  ceux de Chine. Et l’on découvre, notamment d’Ouganda, de Slovaquie, Roumanie, Israël, Pologne, Bulgarie, du Kurdistan, des univers sensibles : Aux  questions : « Pourquoi Brave Kids est-il important pour vous ? » Ils parlent unanimement (dans leurs langues originales, traduites consécutivement), de la rencontre avec les autres, d’autres cultures et traditions, de l’apprentissage de soi, du mélange des langues, de la gaîté. « Que rapportez-vous chez vous  » ? Ils évoquent la joie du spectacle collectif, la diversité rencontrée, des techniques de travail et croisements de styles à transmettre à d’autres, l’amitié et l’échange, au-delà des langues. « Comment garder le contact, à votre retour »? Comme les jeunes du monde entier,  ils parlent alors d’Internet, Facebook et Skype, d’e-mail et de vidéos, mais aimeraient aussi se rencontrer, à nouveau. « Que retirez-vous de l’expérience » ? Ils évoquent une aventure fantastique, une précieuse expérience, des sourires, l’amitié, le fait d’être ensemble, le respect des autres. Nous avons fait un excellent voyage….
Enfin à la question subsidiaire posée par Anna Zubrzycki, co-directrice du Chant du Bouc : « De quoi auriez-vous besoin pour améliorer votre vie » ? Les réponses vont dans le sens du soutien pour le développement de leurs talents, dans leurs milieux, la compréhension des autres, la recherche d’unité qui contredit les divisions. Parlant de leur avenir, ils se voient dans des professions artistiques, sur des chemins scientifiques (médecine, psychologie), journalistique. La recherche de paix est dans leurs génériques et les mots clés de la rencontre s’appellent : spontanéité, responsabilité, concentration, pertinence, multilinguisme, sensibilité, différences.
Le vice-Président de La Ropka, le Docteur Akong Tulku Rinpoché, clôturait la matinée, parlant d’exil, de dignité, d’honneur et de compassion, de la perte de sa langue et de sa culture. Son parcours singulier de haut dignitaire tibétain devenu réfugié,  l’a conduit à s’engager dans le soutien aux défavorisés, à travers l’association humanitaire internationale qu’il a créée en 1980, développant des programmes liés à la santé, l’action contre la faim, l’éducation et l’environnement.
La rencontre fut riche d’échanges, mais on peut regretter l’absence de confrontation avec des groupes aux missions similaires, dans d’autres pays. Mais Brave Kids (spectacle et séminaire) est généreux, chaleureux, pertinent et l’initiative polonaise, à l’instigation de cette invitation à l’Unesco, remplit ses objectifs : réinscrire la Pologne dans le monde.

Brigitte Rémer

UNESCO, 10 et 11 juillet 2012, manifestation réalisée en partenariat avec Wroclaw the Meeting Place, le Ministère Polonais de la Culture et du Patrimoine, l’Institut Polonais de Paris, et l’ Institut International du Théâtre.

De la scène à la rue: lieux multiples, art unique

De la scène à la rue, lieux multiples, art unique…

Jean Digne, Pascale Goetschel, Fabien Garnier et Jean-Marie Songy étaient réunis pour affronter la question autour d’Arnaud Balme, journaliste qui les mettait sur le grill. Pour Jean Digne qui a lancé la génération des arts de la rue en  70 avec Aix,  ville ouverte aux saltimbanques, l’instinct théâtral se révèle dans des espaces insolites. Pascale Goetschel,  historienne, rappelle le sens civique de l’art hors-les-murs,et  pour elle, l’art et les lieux sont liés.
  Jean-Marie Songy, directeur du festival d’Aurillac fait remarquer que l’inspiration de l’espace n’est pas anodine, et que  le théâtre n’est devenu un bâtiment qu’il y a seulement …trois siècles. Fabien Granier, lui, administrateur du  Footsbarn, compagnie née dans la campagne de Cornouailles, précise qu’ il n’y avait aucun théâtre dans la région voilà quarante ans,  et que le Footsbarn continue à voyager à travers le monde en alternant  ventes de ses spectacles et représentations au chapeau,  non pas par choix mais par nécessité…
  Jean Digne, quand il était directeur de l’Association Française d’Action artistique (devenu l’Institut Français), avait affrété un cargo pour Le Royal de Luxe, Philippe Genty, la Mano Negra etc…; le cargo a ainsi  emmené La véritable Histoire de France. Le spectacle a ainsi circulé  en Amérique du Sud, de port en port. On avait pu voir défiler un Napoléon ridicule à la tête de son armée, sur Le neuf de Julio, immense artère de Buenos Aires.
Jean Digne précise que  » les théâtres à l’italienne servaient surtout à la haute société pour  boire du champagne dans les loges, avoir une double vie et vagabonder… Le mot rue me fatigue, il est trop restrictif. À Aix-en-Provence, il y avait une Maison de la Culture, mais c’est la ville qui était devenue elle-même une Maison de la Culture.
Il faut aller dans les endroits interdits! Les affiches de mai 68 ont généré du théâtre sans les paramètres de tristesse.. Il faut partager l’espace public avec l’espace privé, le théâtre doit venir là où on ne l’attend pas ! Les zones piétons ont été installées pour faire chic, il faut remplir ce vide. Il faut utiliser les échelles visibles et invisibles de la ville ».

  Jean Digne avait organisé une caravane culturelle en Provence-Côte d’Azur où plusieurs centaines de personnes débarquaient dans des villages de 3.000 habitants. C’était, dit-il,  une subtile subversion qui avait du sens…Depuis le théâtre de rue et ses festivals ont beaucoup perdu de leur sens et ne représentent plus la diversité ! Il faut chercher là où la vie vous tend les bras, engager des discussions avec la Fondation SNCF qui fait des appels d’offres pour les gares. Les gradins de Marseille valent bien ceux d’Odessa… »
Jean-Marie Songy, lui,  n’oppose pas les différentes manières de faire du théâtre. Il aime fréquenter les salles  où l’on peut s’abandonner et s’endormir. Dans la rue, on est pris par l’air, les intempéries, la chaleur et le bruit, et  l’on n’a jamais la bonne position. On choisit la complication pour pouvoir attraper tout le monde. La période post-68 a donné beaucoup d’énergie. Songy rappelle que « les Actionnistes Viennois ont placé  leurs revendications humanistes à travers la mise en risque des corps et une subversion insupportable aux yeux de certains. Nous devons, nous, répondre à l’architecture contemporaine. A la façon des Indignés à la Défense, la rue, c’est le lieu où l’on donne rendez-vous aux gens pour manifester. Aurillac, ville de 30.000 habitants accueille 100.000 personnes pendant Éclats, festival de cinq jours. On se bouscule dans les rues,et  la bataille se livre au niveau de la prise de parole dans la ville. Et personne n’a envie que le Festival s’arrête ! Il faut jouer dans des lieux habités, Le Monfort en est un, comme le Boulon de Valenciennes, lieu de diversité d’espaces ».
  Fabien Granier travaille, lui,  à Montluçon  avec Le Footsbarn, « où l’on rencontre toujours les mêmes gens. La compagnie, dit-il, gagne de l’argent dans des lieux officiels pour pouvoir faire des tournées dans les salles des fêtes de l’Allier avec des spectacles cabaret. Mais une enquête a révélé que nos publics n’avaient vu qu’un seul spectacle en trois ans…
La Cartoucherie, l’Espace périphérique de la Villette,  sont des endroits vides sur  cadastre qui ont tendance à disparaître peu à peu. Nous aimerions bien en trouver  davantage et nous sommes donc amenés à jouer de plus en plus sur les parkings de supermarchés. Les élus sont un peu frileux  sur la question du cadastre.
Mais L’avenir proche est plutôt radieux après deux années catastrophiques. Notre désir de théâtre est intact, mais nous sommes inquiets du développement effrayant des villes en Europe. Le pire, ce sont les voisins qui nous tuent autant que les architectes. Il ne faut pas perdre de vue l’urgence qu’il y a à mettre la population en relation avec le théâtre ».

  Pascale Goetschel rappelle l’action de Firmin Gémier en 1911, qui avait réussi à conquérir un public dans les campagnes, loin des snobs et des coteries.
Un débat a suivi avec une intervention de la présidente de la Fédération des arts de la rue qui rappelle « qu’ils sont victimes de leur succès, qu’il faudrait des saisons des arts de la rue, réinventer le festival d’Aurillac pour retrouver les habitants. L’association Hors les murs devrait permettre ainsi un décloisonnement du paysage artistique. Il faut organiser le désordre… »

Edith Rappoport

Lundis du Grand Palais, 25 juin juin 28 2012

Melos-tempo

Melos-tempo dirigé par Marc Togonal et Le Théâtre de l’Unité.

Aubades, sérénades, infiltrations poétiques, occupations illicites en tout genre, pas de micros, pas de sonos… avec la participation du conservatoire de musique du Pays de Montbéliard et le soutien de la Ville d’Audincourt.
“De l’aube au crépuscule, de la musique douce, douce, douce”… c’est une vraie profession de foi réalisée par  deux équipes qui ont mis toute leur énergie créatrice dans un dialogue avec les « petites gens », riches en humanité et  qui n’adorent pas le veau d’or. A 7 heures du matin, ce 21 juin, on pouvait voir les huit musiciens de Melos Tempo,  à l’arrêt des bus,  perchés sur des promontoires interpréter du Tchaïkovski, pendant que la brigade rouge d’intervention poétique du Théâtre de l’Unité s’allongeait par terre devant le flot des gens qui partaient au travail déconcertés par cette tentative de ralentissement du monde ! Pendant que les  musiciens jouaient de grands morceaux classiques, la brigade entrait dans les bus pour en sortir aussi vite, hélait les voitures pour les faire ralentir, se couchait sur des capots, quelques fumeurs goguenards écoutaient surpris, d’autres ne tournaient pas la tête sauf quand La fanfare des Grooms montait dans les cars. Ils  écoutaient alors, surpris La Petite Musique de nuit de Mozart..
La brigade partait ensuite pour une aubade à la poste centrale d’Audincourt, puis entonnait un chœur de chants orientaux et suivait le facteur Laurent Schwarz pour sa tournée en vélo dans la rue principale, pour dire des poèmes de Prévert dans des salons de coiffure, ou chanter dans une banque. On pouvait  suivre au Super U, à Intermarché et chez Grand Frais, cette brigade rouge qui conduisait une file de caddies  ou faisait la queue aux caisses en entonnant une chanson devant des clients et des caissières réjouies. À Super U, le responsable de magasin  sans doute inquiet d’une chute possible des ventes, faisait grise mine.
On partait ensuite pour le beau quartier rénové des Montanots. Beaucoup d’enfants couraient sur la belle pelouse centrale, et  Marc Togonal jouait  du violon devant les fenêtres ouvertes des maisons et pour les promeneurs assis sur les bancs. Il y  avait ensuite un bon repas  et une  maman avait apporté d’excellentes crêpes pendant  chantait un chœur d’enfants de la maternelle voisine.
Puis on partait pour l’ usine Faurecia, où 800 employés fabriquent des pare-chocs pour le monde entier; usine très surveillée:  il fallait suivre une certaine Émilie sur un parcours précis, et en ne dépassant pas  les lignes blanches !
Puis,  ce fut l’Ouverture de La Traviata de Verdi et La Valse de Chostakovitch (bien connue grâce à une pub) jouées sur une pelouse pendant la pause des chercheurs de l’usine , puis  des chansons des Beatles et d’Offenbach devant  l’atelier 60, quand  les ouvriers  faisaient eux aussi leur pause. Sur une chaîne de montage, résonnaient  les mêmes musiques; belle émotion: cela rappelait le climat des  usines occupées en 1968… Une ouvrière avouait n’avoir jamais vu ça en quarante  ans de maison !
On repartait pour la rue centrale où Marc Togonal jouait du violon en visitant des jardins . On pouvait aussi assister à un concert de clarinettes à Litrimarché, puis suivre deux violonistes  sur le bateau d’un sauveteur en mer, le long du Doubs. Le ciel devenait menaçant, il fallait repartir vers l’Hôtel de Ville où  un podium était dressé, avec un piano abrité par un auvent. L’orage éclata en effet,  et le public se réfugia dans l’entrée, pour entendre un concert de violes de gambe par l’ensemble de Belfort-Montbéliard .D’autres orchestres ont aussi joué du Borodine, etc…
Pour clore la soirée, avec le beau temps revenu, on a pu apprécier l’orchestre junior d’Audincourt accompagné d’un choeur d’adultes, puis un émouvant ensemble à cordes des enfants des Buis, (un an seulement de formation collective!), garçons et filles de moins de dix ans en grande tenue, concentrés sur leur instruments, dirigés par leur jeune chef Vincent Nommay dansant avec sa baguette. L’Alleluia de Haendel retentissait entonné par un chœur d’adultes,et les familles enthousiastes de ces enfants d’émigrés étaient enthousiastes. Melos Tempo a entamé un travail exceptionnel d’irrigation musicale dans la région,  avec un festival encore modestement soutenu à Saint-Hippolyte. Ce  travail de formation très prometteur a trouvé une belle alliance avec le Théâtre de l’Unité présent depuis 1991 dans la région. La fête de la musique avait  retrouvé ici son sens originel !

Claude Alexandre

www.net1901.org/association/ASSOCIATION-POUR-LE-DEVELOPPEMENT-ARTISTIQUE-MELOS-TEMPO

Ventes de Folie (suite et fin)


Ventes de Folie (suite et fin) dans actualites image002Un grand nombre de nos lecteurs ont été attentifs à notre précédent article; aucune vente de costumes de scène, n’avait en effet connu autant d’engouement et de passion, depuis que l’Opéra de Paris en 99, avait vendu une partie de son stock de costumes, dispersé dans une scandaleuse cohue qu’aucun responsable de   la chose  n’avait prévu…
Aucune cohue lors de ces trois journées de vente aux enchères de la collection d’Hélène Martini, ancienne directrice des Folies Bergère, grâce à la remarquable organisation de la maison Bailly-Pommery et Voutier. Et ce n’est pas une fièvre acheteuse qui a créé cette atmosphère, mais une réelle passion de la scène et d’un mythe que le public a partagé, dans un grand moment d’émotion. Tout d’abord dans ce lieu magique qu’est le Palais de la Bourse puis dans un vaste entrepôt de la ville de Bagnolet.
Nulle présence, semble-t-il, du Centre national du costume de Moulins lors de ces trois journées ! Comme si le music-hall qui a porté l’art de la scène française au-delà des frontières était un art mineur ! Les collections de l’Opéra de Paris ou de la Comédie-Française, entre autres, sont conservées et présentées régulièrement au Centre national du costume. Mais pour quels visiteurs, vu sa situation géographique,  à l’écart de l’agglomération de Moulins ! Costumes bien protégés, mais qui ne revivront sans  doute  plus jamais sur scène…
Ici, ceux qui ont été vendus sont pour beaucoup assurés d’avoir une autre vie, grâce aux acheteurs français ou étrangers. Quel bonheur que de voir une jeune compagnie acquérir des portants entiers de costumes avec un réel engouement ! Ou un monsieur de quatre vingt ans repartir avec quelques tenues de scène, plein de rêves anciens dans la tête…
Une partie du patrimoine des Folies-Bergère a  aussi été préservée, grâce aux achats du Musée des Arts Forains ou du Moulin-Rouge qui a acquis le rideau de scène à paillettes rouges, dessiné par Erté, pour 23.125 euros, le prix le plus élevé; une robe-fourreau, copie d’un modèle porté par Joséphine Baker: 1875 euros;  une robe-bustier et un boa jaune 875: euros; un ensemble de robes léopard 1063 euros. Et la vente des deux premiers jours avait déjà totalisé 413.212 euros !
Des créateurs de mode, en acquérant certains lots, sont venus chercher ici de nouvelles inspirations… Philippe Decouflé, lui, est reparti heureux avec une sérigraphie d’Erté. Tous les participants: acheteurs ou simples spectateurs auront en tout cas vécu un moment unique. Ces costumes ont en effet une mémoire et une part d’animisme enfouie en eux, ce qui a sans doute, pendant quelques heures, réveillé la scène des Folies-Bergère, hors de son espace d’origine, dans une bulle de légèreté et d’insouciance.

Jean Couturier

 www.bpv.fr

Vente de Folie

Vente de Folie

Vente de Folie dans actualites FBA un moment où les hommes politiques, plus déprimants les uns que les autres, vous demandent de renforcer leurs pouvoirs en déposant votre bulletin de vote, on pourra revivre la frivolité et le superflu des Folies-Bergère, aussi léger qu’une plume, à l’occasion de l’exposition-vente qui aura lieu dans l’ancien temple de la finance, le Palais Brongniart à Paris. Des crinolines, des robes à paillettes: en tout,  6000 costumes, mais aussi  des affiches, des programmes de spectacle, des dessins d’Erté (estimés de 500 à 2.000 euros), et des partitions musicales seront donc mis en vente.
Mes Nuits sont plus belles que vos jours de Raphaëlle Billetdoux, est en quelque sorte le résumé de la vie d’Hélène Martini, ancienne directrice de cabarets parisiens et maîtresse du lieu de 1974 à 2011 qui met donc en vente son patrimoine. Durant trois jours, le public pourra venir respirer l’âme d’un lieu unique, dont  la scène accueillit Maurice Chevalier, Mistinguett, Fernandel ou l’unique Joséphine Baker qui, en 1926, y fit scandale en dansant habillée d’une simple ceinture de bananes.
Corsets, chapeaux, chaussures fabriqués à la main sont accessibles dès vingt euros. L’exposition se poursuivra pendant la vente; ce qui nécessitait un grand et bel espace, d’où le choix de l’ancien Palais de la Bourse. Jules Renard disait « Ajoutez deux lettres à Paris: c’est le paradis »; les Folies-Bergère faisaient partie de ce lieu mythifié par les poètes il y a bien longtemps …

Jean Couturier

Palais de la Bourse du 8 au 11 juin
http://www.art-et-communication.fr

Grand prix international du disque lyrique Orphées d’or 2012

Grand prix international du disque lyrique Orphées d’or 2012

Grand prix international du disque lyrique Orphées d'or 2012  dans actualites orpheeL’association de l’Académie du disque lyrique a procédé le 14 mai à sa remise annuelle des Orphées d’or, prix destinés à couronner les meilleurs enregistrements de musique lyrique. Sous la présidence de Pierre Bergé, la cérémonie s’est déroulée à l’auditorium Olivier Messiaen.
Très remarqué, le label polonais Dux a remporté l’Orphée attribué à un éditeur pour l’ensemble de ces productions. Il a aussi été honoré du prix Charles Münch pour L’Opéra Omnia de Mikolaj Zielenski. Spécialisée dans la musique classique polonaise, cette maison fondée en 1992 s’est imposée dans la diffusion des œuvres de compositeurs polonais, encore trop méconnus et rarement interprétés, à l’exception de Chopin et du trio contemporain : Penderecki, Lutoslawski et Gorécki. Le chant issu de la tradition orale, glorifié dans Chants d’Orient et d’Occident par Rachid Ben Abdeslam, a reçu le Prix spécial.
Dans le domaine de la musique contemporaine, Laurence Equilbey, à l’occasion de la sortie de Best 20 Accentus s’est vue décerner l’Orphée Spécial. Patricia Petibon a été sacrée meilleure interprète pour la Lulu dirigée par Michael Boder. D’autres cantatrices ont été aussi décorées : Renée Fleming pour l’album Poèmes, Véronique Gens pour Tragédiennes, Nino Madchaidze pour le meilleur récital d’airs d’opéra Romantic Arias, et surtout Sara Mingardo pour l’enregistrement de l’œuvre intime et désespérée de Mahler, les Kindertotenlieder.
Un Orphée spécial a été décerné à la cantatrice Anja Silja, en sa présence, pour ses prestations exceptionnelles sur les scènes mondiales. La personnalité de Leyla Gencer illustre cantatrice turque qui avait commencé sa carrière en même temps que la Callas a aussi été évoquée. Légende du chant, Leyla Gencer est désormais connue mais par un nombre restreint de spécialistes et de musicologues. Moins sulfureuse et scandaleuse que la Callas, devenue alors l’icône de l’art lyrique, Gencer resta quelque peu  dans l’ombre.
La soirée aurait pu être laborieuse sans les interludes musicaux et la présence charismatique de Jordi Savall à la fin de la cérémonie . Le maître de la musique baroque a témoigné de ses quarante sept années passées avec sa muse Montserrat Figueras, cantatrice à l’humanisme éclairé, touchée par la grâce, délicate et inspirée, disparue en 2011. Montserrat Figueras, le timbre le plus pur du répertoire de musique ancienne et, de toute évidence, la voix de l’émotion…

Rosa Ferreira

Opéra Bastille, 14 mai 2012.

Un jour de 8 mai 2012

 

Un jour de 8 mai 2012 dans actualites NS-FH-045

 

Un jour de mai 2012

 

« Cédons lui ce pouvoir que je ne puis garder » Phèdre de Racine. Drôle de pays qui met en scène involontairement la passation de pouvoir le jour où nous commémorons la fin de la deuxième guerre mondiale qui a coûté tant de vies humaines. Très belle dramaturgie que même les auteurs les plus féconds ne pouvaient imaginer.
Le tout avec une certaine bonhomie, quelques serviteurs zélés de chacun des deux camps, enjoués et affables, d’autres plus sévères et déjà ailleurs. Ainsi évolue ce pays entre comédie et drame.
Un pays républicain qui fait vivre ses hommes de pouvoir dans des palais dorés. La comédie politique, les électeurs la connaissent depuis longtemps, le drame certains le vivent déjà, d’autres vont peut être le découvrir ou pas ! Harold Pinter  dit  dans : Art, vérité et politique: « La majorité des hommes politiques à en croire les éléments dont nous disposons, ne s’intéressent pas à la vérité mais au pouvoir et au maintien de ce pouvoir. Pour maintenir ce pouvoir, il est essentiel que les gens demeurent dans l’ignorance, qu’ils vivent dans l’ignorance de la vérité, jusqu’à la vérité de leur propre vie. Ce qui nous entoure est donc un vaste tissu de mensonges ».

Jean Couturier

 

NS-FH-080 dans actualites

SOIRÉE POUR CASSANDRE

Une soirée pour Cassandre.

La revue Cassandre qui vient de publier un très beau numéro 89 À lire en cas d’urgence a organisé une rencontre avec ses principaux complices, artistes, philosophes, journalistes, au Théâtre Montfort, beau lieu de vie, animé avec originalité par Laurence de Maghalhaes et Stéphane Ricordel .Cassandre y avait fêté ses 15 ans à l’automne dernier en compagnie de nombreux artistes amis.
Cette fois devant un plateau tonique, nous n’étions qu’une centaine d’aficionados séduits par un très beau plateau. L’ineffable Christian Paccoud souvent compagnon du verbe de Valère Novarina clamait à l’accordéon et sans micro ses chansons splendides qui rythmaient cette soirée présentée par Nicolas Romeas et Valérie de Saint-Do.
  Plusieurs penseurs, philosophes et artistes eurent des paroles souvent exprimées dans Cassandre : Roland Gori évoqua la démocratie véritable, distribution égalitaire de la pensée et critiqua la religion du marché où seuls comptent les chiffres, ce gouvernement au cœur métallisé qui nous inflige des désirs qui nous affligent : “Face au chiffrage de la vie, nous sommes le chiffrage des rêves”.
  Julien Blaine clama :”C’est ridicule, nous sommes ridicules, c’est à gerber : l’art et la littérature sont des maladies endémiques de la France. Comment trouver des insultes convenables ? Insultez Guéant en le traitant de Sarkozy ! Ils nous infligent des désirs qui nous affligent “. On entendit retentir le verbe d’Henri Michaux “Je vous construirai une ville avec des loques, moi !” clamé à l’accordéon par l’auteur des Petites théories jetables.
Puis Jean-Claude Amara,  le fondateur du DAL qui avait accueilli Cassandre un temps sans logis, poète infatigable dans les luttes, chanta avec Paccoud, lui aussi sans micro. Didier Calleja qui retrouvait Blandine Scelles  fit une tentative infructueuse avec une bizarrerie sonore que le micro fit échouer. Mais l’enthousiasme revigorant du public salua la grande poétesse qui poursuit son combat inlassable.

Edith Rappoport

http:wwww.horschamp.org

interview d\’Edith Rappoport pour les 15 ans de Cassandre du 30 juin 2011

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