Le poème, terre de la langue arabe

Le poème, terre de la langue arabe

Pour une anthologie de la langue arabe

 

 

« J’ai construit un mur immense pour me séparer de mon peuple : certains ont pensé que j’avais peur et que je cherchais la protection d’un mur, mais ces imbéciles n’ont pas imaginé que j’aime mon peuple et que ce mur sert à le protéger de ma colère ». Zakaria Tamer, Ecrivain syrien vivant à Londres. 22 février 2012.

La quatrième et dernière édition de Le poème, terre de la langue arabe est, pour la seconde fois consécutive et en écho aux révolutions du Moyen-Orient, mobilisée par l’actualité.
Trois soirées, trois programmes donnent à entendre de nouveaux poèmes à l’encre à peine sèche.La Syrie s’impose aujourd’hui comme une évidence. Le message poétique est précédé d’un message politique,  en présence de l’actrice et militante, Fadwa Suleiman, arrivée quelques jours auparavant de Homs, via la Jordanie sur la défensive , et avec l’aide de la France.
Avec quelques intellectuels, elle s’était rendue à Homs dès le début du siège et fut considérée là-bas comme quelqu’un de normal, y compris dans les quartiers conservateurs musulmans : » Le peuple m’a adoptée, protégée, ils ont vu que je partageais leur sort, les tirs, l’eau et le sel, tout ». Sa tête a été mise à prix (cinq millions de livres syriennes) et la sécurité de ses proches menacée mais elle témoigne et vient porter leurs messages devant le monde.
L’Association Souria Houria,  qui soutient la révolte du peuple syrien, L’Appel d’Avignon à la solidarité avec le peuple syrien lancé l’été dernier,  et l’Odéon-Théâtre de l’Europe, ont organisé cette rencontre-débat qui vise à révéler, au-delà de ce que rapportent à gros traits les médias, la réalité des combats. Engagée au tout début de la révolte avec une poignée d’autres amis et dès les premières manifestations de Damas, Fadwa Suleiman appelait à une révolte pacifique. « Combat perdu  aujourd’hui « , dit-elle. « Le peuple syrien a voulu refuser les armes, il s’est trouvé abandonné face à la machine de guerre et contraint de passer de l’autodéfense à des actions offensives ».
Si le gouvernement et les partis religieux cherchent à déstabiliser la société syrienne et tentent de récupérer le mouvement, Fadwa Suleiman confirme que les protestataires syriens appartiennent à toutes les communautés du pays. Son acte de foi : « La Syrie, pays porteur de civilisation, s’est soulevé pour la liberté, la libre expression, la démocratie, l’Etat de droit. Sa détermination est forte, il est prêt à payer le prix fort ».
Elle lance un appel aux intellectuels, aux artistes, pour être aux côtés du peuple syrien, aux côtés de la liberté et pour s’opposer aux politiques qui montent les peuples les uns contre les autres :  » Je rêve d’un temps où les peuples se retrouveront loin des politiques. Je rêve d’un monde sans combat, sans mort, sans tuerie, sans violence « .
Ses contacts avec les réseaux d’intellectuels et d’artistes dans le monde la désigne naturellement comme interface pour l’Association des artistes syriens, constituée comme force d’opposition. Elle affirme être à la recherche d’un lieu emblématique à Paris, pour que la Syrie libre puisse culturellement exister, un lieu de rencontre, de rapprochement, un lieu pour la paix, « loin de la culture imposée par le régime », consciente qu’il faut aussi « faire tomber le régime à l’intérieur de nous. La guerre, poursuit-elle, a engendré une nouvelle écriture, de nouveaux styles en dessin, littérature, poésie, chansons, en dépit de la répression  de  toutes les formes d’expression ».
Rendez-vous est donné par Emmanuel Wallon, universitaire engagé pour le soutien à la Syrie, mardi 17 avril, jour anniversaire de l’indépendance du pays, pour une manifestation nommée La vague blanche (voir  ci-dessous). Au-delà de la couleur-symbole, le blanc, cette vague, geste pacifique de résistance, signifie qu’elle doit s’étendre à d’autres villes, à d’autres pays ; et montrer que l’opinion internationale n’en peut plus d’être ce témoin passif et qu’un jour, les assassins devront être jugés.
Après cet Appel de Fadwa Suleiman face au drame syrien, apostrophe indirecte aux candidats à l’élection présidentielle française, un moment fort précédant les lectures, la quatrième édition du Printemps arabe s’ouvre à l’Odéon. La lecture chorale du poème de Mahmoud Darwich, Si nous le voulons et sa mise en musique rattrape le spectateur là où il en était resté lors de l’édition précédente.  » Nous serons un peuple, si nous le voulons, lorsque nous saurons que nousne sommes pas des anges et que le mal n’est pas l’apanage des autresNous serons un peuple lorsque nous respecterons la justesse et que nous respecterons l’erreur « .
Un canapé, deux pupitres, une chaise pour le joueur de oud et compositeur, Moneim Adwan. Une actrice de langue arabe, Hala Omran qui a aussi participé à la préparation du spectacle, et deux acteurs de langue française : Arnaud Aldigé, debout au pupitre, donne des repères  sur les événements, comme un conteur et Jean-Damien Barbin, en duo avec la comédienne, marque le tempo. Les textes sont en arabe et en français;  la conception et mise en scène sont de Wissam Arbache.
Malgré les drames sous-tendus par le contexte politique, les trois soirées sont enlevées, à la fois graves et bon enfant, chargées d’émotion et néanmoins joyeuses. Textes et musiques, contemplations poétiques, blagues et témoignages se succèdent, doublés parfois d’images, caricatures et dessins, petits films, rapportés des différents pays accomplissant leurs révolutions, au Moyen-Orient. Le salon Roger Blin de l’Odéon est plein, attentif et concentré.Hala Mohamed, écrivaine syrienne est présente :  » Le temps n’est plus aux gerbes de myrte »,  écrit-elle. « Une stèle après l’autre, il abat les sépultures et ne veut en garder qu’une seule pour lui « .
Les statuts type Face book interpellent :  » Dites à la liberté que nous sommes venus  » ;  » Et si la liberté était notre enfer ? «  ; « Un oiseau dans la main vaut mieux que dix sur la branche « . Abdel Aziz Mohamed, d’Egypte écrit :  » Nous pensions que nous en avions fini avec les soucis .La lune n’est pas complète dans le ciel, cette nuit « . Hazem Al Azmet, de Syrie :  » Dans un matin époustouflé de printemps, les assassins sont encore libres, là-bas « . D’autres poètes :   » Le paradis ? Un peu plus loin  » ; « La vague a dit…  » ; « Attends-tu que ta révolution saute par la fenêtre ?  » ; « Le présent est un œil dont les prunelles ont été amputées « . « Je parcourrai cette longue route jusqu’au bout de moi-même « .
Un autre poème de Mahmoud Darwich, Plus rares sont les roses, succède aux recommandations du Manuel du tyran arabe pour les Nuls, d’Iyad El Baghdadi, savoureux et tragique. La voix des femmes avec des chants populaires à Damas,  le visage caché pour ne pas être reconnues, apportent de l‘humanité et la séquence  a été  filmée,  » La mort plutôt que l’humiliation  » ; « Laisse mon sang devenir rivière « .
Chanson égyptienne adressée par la révolution égyptienne aux Syriens :  » Comme les vagues de la mer, mes blessures ne se referment pas ». Chant de résistance enfin, avec Norma Braham, grande chanteuse syrienne, invitée à monter sur le plateau rejoindre l’équipe ; c’est un  moment de grâce improvisé, a-capella :  » Oh ma mère ! Je pleure l’amour. L’espoir est en les hommes « .

Brigitte Remer

Odéon-Théâtre de l’Europe, Salon Roger Blin, du 11 au 13 avril.

Rassemblement pacifique,  Une vague blanche pour la Syrie, mardi 17 avril à 19h à l’Esplanade des Droits de l’Homme (Trocadéro)..Chaque personne portera un signe blanc : vêtement, objet, symbole sur lequel sera marqué : STOP !.. De nombreuses personnalités y participeront. (www.vagueblanchepourlasyrie et www. souriahouria.com)

 

 

 


Archives pour la catégorie actualites

Musée du théâtre d’Art de Moscou

Musée du théâtre d’Art de Moscou

Musée du théâtre d’Art de Moscou dans actualites P3180338-223x300A Paris les ballets russes ont transformé la danse du début du XXéme siècle, A Moscou dans cette même période Constantin Stanislavski et Vladimir Nemirovitch Dantchenko ont transformé l’art dramatique. Tout amoureux du théâtre de passage à Moscou se doit d’aller visiter le musée du théâtre d’Art de Moscou au sein de cette institution. Nous y retrouvons les témoignages matériels de cette brillante période. De 1898 à 1998 sont présentés les manuscrits, les contrats, les affiches les maquettes de décors, les costumes et les photographies originales des grandes créations du théâtre d’Art. Nous découvrons avec émotion entre autres, la photo de Constantin Stanislavski dans le rôle de Trigorine dans la pièce « la Mouette » de son auteur fétiche Tchekhov, du même auteur un costume de « La cerisaie » de 1904 devant le symbole du théâtre d’Art évoquant une mouette. Une série de costumes du « Revizor » de Gogol datant de 1921 côtoient l’affiche de la pièce de Boulgakov « Les Jours de Tourbiny » écrite en 1926. Les dernières salles correspondent aux productions de la fin du siècle dernier, avec des photos d’Oleg Tabakov, acteur, pédagogue, metteur en scène et directeur artistique du théâtre d’Art. Cette visite est complémentaire de celle de la maison musée de Constantin Stanislavski ( voir article de théâtre du blog du 5 novembre 2010), comme de la découverte d’une des production actuelle de ce théâtre même si il peut parfois y régner un certain académisme dans le jeu des acteurs et dans les scénographies présentées. La découverte des portraits des artistes russes ayant fréquenté ce théâtre comme la découverte de la salle est aussi passionnante. Une citation de Stanislavski résume l’état d’esprit de ses acteurs «  Lorsque vous êtes sur scène, jouez toujours votre propre personnage, vos propres sentiments. Vous découvrirez une infinie variété de combinaisons dans les divers objectifs et les circonstances proposées que vous avez élaborés pour votre rôle, et qui se sont fondus au creuset de votre mémoire affective. C’est la meilleure et la seule vraie source de création intérieure. »

Jean Couturier

art.theatre.ru

 

 

La saison 2012-2013 au Théâtre des Champs-Elysées

La saison 2012-2013 au Théâtre des Champs-Elysées .

   La saison 2012-2013 au Théâtre des Champs-Elysées dans actualites theatre-des-champs-elysees-300x248Une saison riche pour ce centenaire. Cette institution, propriété de la Caisse des dépôts et  consignations, fut fondée par  la volonté d’un seul homme, Gabriel Astruc, qui se ruina dans l’ entreprise. Le bâtiment construit en 1913, avenue Montaigne, avec la participation d’artistes comme Antoine Bourdelle, Maurice Denis et René Lalique a eu d’emblée pour objectif d’accueillir des opéras, des ballets et de la musique symphonique venant du monde entier. La programmation de ce centenaire va rendre hommage aux grandes heures historiques du lieu.

Krzysztof Warlikowski montera la  Médée de Cherubini  en décembre 2012, et  il y aura une  version chorégraphique avec  une musique de Pascal Dusapin et une chorégraphie de Sasha Waltz en novembre 2012. Stéphane  Braunschweig mettra en scène  Don Giovanni en avril 2013.Un grand moment:  la version concert de  Benvenuto Cellini de Berlioz qui fit l’ouverture du théâtre le 31 mars 1913,  sera dirigé  par Valery Gergiev le 1er juin 2013. La première apparition de Joséphine Baker sur scène en 1925 sera célébrée par un bal en juillet. Enfin, une programmation de musique baroque rendra hommage à cette musique, temps fort des trente dernières années. 

 Soit 173 spectacles ! Cinq opéras en version scénique et vingt cinq en concert… L’événement le plus marquant sera la reprise du Sacre du Printemps de Stravinsky, dans sa version d’origine, chorégraphié par Nijinsky et créé en mai 1913,  qui sera joué  en mai 2013 par le Ballet du théâtre Mariinsky. Le  même soir, Sacha Waltz donnera aussi sa propre interprétation. Pour entourer cette reprise,  d’autres versions du Sacre seront présentées en juin 2013, dont celle de Pina Bausch pour quatre soirs avec la troupe de Wüppertal qui n’a jamais joué ici, et une  autre  par  l’Akram Khan dance Company.  
  De multiples concerts rendront hommage à Stravinsky et un colloque de deux jours sera organisé autour du Sacre du Printemps  et de son compositeur. L’opéra, à sa création, avait été l’occasion  d’un grand scandale . Neuf ans plus tard, en  1922,  dans la revue  Théâtre et Comœdia Illustré, on pouvait  lire :« Sa musique, avec des moyens de plus en plus limités, se résume en quelques-unes de ces discordances  polytoniques qui firent scandale lors de l’apparition du Sacre du Printemps, mais qui, en s’appauvrissant, paraissent déjà démodées. Il y a quelque chose de vraiment affligeant dans la destinée de ce musicien dont la forte personnalité, affirmée notamment dans Petrouschka et L’Oiseau de feu, semble céder de plus en plus à une sorte de dégénérescence maladive. N’est-ce pas là le troublant symbole de la Russie elle-même ? ».

 Vive notre hexagone et ses fins analystes… Et bonne saison au théâtre des Champs-Elysées.
Jean Couturier

http://www.theatrechampselysees.fr  

Cahiers Jean Vilar n° 112

Cahiers Jean Vilar n° 112

Cahiers Jean Vilar n° 112 dans actualites cahier-Jean-Vilar-208x300Le dernier numéro de ces Cahiers vient de paraître. On observera qu’il porte, coïncidence, les chiffres 12.  Vilar aurait eu cent ans le 25 mars. Jacques Téphany,  qui en signe l’éditorial, dit justement qu’il  serait le premier à se moquer de la manie française de la commémoration , surtout le concernant! « Mais le ridicule ne tue pas, écrit-il ; il peut même, si on ne se laisse pas piéger par l’émotion nostalgique, présenter l’avantage de de réexamens, de reconsidérations du passé ».
Vilar a disparu,  il y a déjà quarante ans mais  on fait encore constamment référence au comédien et metteur en scène, au  directeur de théâtre national et à celui du Festival d’Avignon. Et dans  sa maison de Chaillot, même s’il n’y plus personne qui l’ait connu, son souvenir est resté permanent. Nous y avons encore connu son chef-accessoiriste et un merveilleux ouvrier électricien qui lui avait fabriqué un projecteur à lamelles qui permettait de passer de la lumière la plus intense à l’obscurité complète. Chaillot  à l’époque, c’était encore le système de la débrouillardise et, malgré les conflits- c’est une chose que les Cahiers n’évoque pas-une remarquable unité dans le travail…

Cette édition des  Cahiers commence par un très bon récit de Jacques Téphany sur la vie de Jean Vilar enfant puis adolescent à Sète dans ce magasin de layettes, trousseaux, corsetterie tenu par ses parents, petits commerçants pas bien riches. Mais Etienne Vilar avait su donner à son fils l’amour des classiques et du violon, violon qu’il emportera avec lui quand il quittera Sète pour tenter sa chance à Paris.  Elève puis assistant de Dullin, il crée alors  sa compagnie La Roulotte puis deviendra comédien chez Jouvet.
Ce que montre bien Téphany, c’est cette curiosité insatiable de Jean Vilar et cette incroyable audace de celui qui n’a rien, donc rien non plus à perdre qui ne fait pas du tout partie des élites parisiennes, quand il créera en 47, avec la complicité du docteur Pons, maire d’Avignon,  cette semaine d’art, à la fois modeste et ambitieuse… avec la suite que l’on connaît!
Et, trois ans plus tard,  en 51, sa nomination par  Jeanne Laurent à la tête du T.N.P. le fera accéder, lui le petit Sétois, à un poste à hauts risques: salle démesurée, directeur responsable sur ses biens propres! Et victime désignées des teigneux  de toute sorte, (les attaques sordides du sénateur Debu-Bridel entre autres). Et enfin Vilar, même après le succès incontestable du Festival d’Avignon, était devenu la cible des manifestants en 68 avec des slogans du type Salazar/ Jean Vilar, et comme en écho-il avait mis trois ans pour accéder à la direction du T.N.P.- sans doute exténué, il  ne  se remettra  pas vraiment de cette remise en cause et mourra dans son sommeil à Sète, trois ans aussi après, en 71….

   Il a aussi dans ce numéro une correspondance inédite avec sa future épouse Andrée Schlegel; on y découvre un autre Vilar, celui des débuts à Paris, vraiment très  pauvre mais copain avec Maurice Blanchot, René Char, etc.. s’essayant à être auteur de théâtre et  directeur de sa petite compagnie de La Roulotte, surveillant  de près les recettes, comme Savary, son successeur à Chaillot cinquante ans plus tard, vérifiait d’un clic  les réservations… C’est rappeler que le théâtre, sans une saine gestion, ne peut pas perdurer très longtemps.
Vilar parle aussi de ses démêlés avec  Camus quand il voulait monter son Caligula, et de son premier vrai succès La danse de mort de Strindberg; il parle aussi de sa rencontre avec Matisse et de ses doutes, de ses angoisses quand il est arrivé dans la capitale:  » Je suis complètement déséquilibré; je ne m’adapte pas à Paris… »

 La suite de cette correspondance tout à fait passionnante paraîtra dans le prochain numéro (113) des Cahiers Jean Vilar.

Philippe du Vignal

Cahiers Jean Vilar,  rédacteur en chef:  Rodolphe Fouano
Maison Jean Vilar : 8, rue de Mons – 84000 AVIGNON
Tél : 04 90 86 59 64
Exposition à Sète Dans Les pas de Jean Vilar au 13 rue Gambetta. T: 04-67-74-73-88

contact@maisonjeanvilar.org

Exposition « Danser sa vie » au Centre Pompidou

 Danser sa vie,  au Centre Georges Pompidou

    Exposition « Danser sa vie » au Centre Pompidou dans actualites expo-177x300L’ exposition explore le dialogue fusionnel entre la danse et  les arts visuels qui ont eu  une influence décisive sur la danse contemporaine. Danser sa vie est aussi un hommage à Isadora Duncan:  « mon art, disait-elle,  est précisément un effort pour exprimer en gestes et en mouvements la vérité de mon être. Dés le début, je n’ai fait que danser ma vie. ».
Trois axes thématiques sont proposés:  d’abord celui de l’expression de la subjectivité  avec les sculptures de Rodin et les dessins de Bourdelle. Reprise par les danseurs de l’Opéra de Paris, la vidéo de L’Après-midi d’un faune de Nijinski , côtoie La Danse de Paris d’Henri Matisse pour qui la danse incarnait  l’énergie de la vie. Puis la danse et la nature sont illustrée par les peintures des expressionnistes Emil Nolde et d’André Derain.
Le troisième Reich est représenté avec Ludwig Kirchner, et La lamentation de la mort  de Mary Wigman et des photos des jeux olympiques nazis en 1936. En contrepoint de ces images,  le public découvre Le Sacre du printemps de Pina Bausch créé en 1975.
La deuxième partie de l’exposition , on peut voir  Danse et abstraction de Loïe Fuller avec  la danse serpentine,  L’Acrobate bleu de Picasso (1929)  et  une  vidéo d’un ballet de William Forsythe qui illustre la danse abstraite  comme  création.
Des peintures de Man Ray aux sculptures de Frank Holder, de Wassili Kandinsky aux vidéos d’Alwin Nicolaïs, on voit comment la danse fait entrer le corps dans la modernité.
La troisième partie de l’exposition : Performance et danse est un dialogue entre l’art et la vie. Des photos d’André Kertész de 1926 , au corps nu et ruisselant de la muse de Jan Fabre dont l’esthétique fait de l’œuvre une manifestation visible de la vie.  Il y a aussi Trisha Brown qui occupe les toits et les rues. de New York Les photos d’Andy Warhol et celles de l’atelier de Brancusi nous conduisent vers les pas de Merce Cunningham pour qui « l’art ne contredit pas le divertissement ».
Huit vidéos des protagonistes des mythiques nuits de Nine Evenings,  et des photos d’Yvonne Rainer terminent le  parcours, ainsi que Jérôme Bel qui rythme la fin avec un ballet de David Bowie.
Malgré la richesse des œuvres présentées,  Danser sa vie semble avoir été conçue pour des spécialistes, mais  on peut parier que nombre d’entre eux n’y trouveront pas leur compte. Comment expliquer cette scénographie mal conçue? Comment peut-on montrer une vidéo du solo de Lucinda Childs dans le très fameux opéra de Bob Wilson Einstein on the beach sans la musique de Phil Glass? Pourquoi n’y a-t-il pas  de costumes de ballet présentés?
Les courants allemands et américains sont bien  illustrés ainsi que les  très fameux Ballets russes mais la France reste en marge… Il aurait sans doute fallu faire appel à de véritables spécialistes et historiens de la danse contemporaine.. Ce qui aurait évité de présenter une exposition bien propre mais sans véritable pensée ni engagement artistique! Dommage pour la danse contemporaine et pour le Centre Pompidou…

Nathalie Markovics.

Au Centre Georges Pompidou jusqu’au 2 avril

Catalogue: Editions du Centre Georges Pompidou Danser sa vie, 319p, 49,90 Euros

Adieu, Laurence Louppe…

Laurence Louppe, dernières traces

 Adieu, Laurence Louppe... dans actualites LP

  Le monde de la danse vient de perdre l’une de ses figures les plus singulières. Depuis le début des années 80, Laurence Louppe, décédée le 5 février d’une grave démence frontale, l’avait investi à sa manière inimitable.
Ecrivaine et chercheuse, critique, elle avait fini, il y a  quelques années ,  par entrer dans la danse au sens le plus concret du terme, quand elle participa aux performances du chorégraphe Alain Buffard, notamment Dispositifs 3.1 et à Dé-marche (2002).

Tous ceux qui l’ont vue se souviennent de ce personnage blond, hérissé et aigu qui élevait l’auto-parodie au rang de l’un des beaux-arts. Comme si le décalage était le legs d’une génération, celle à laquelle elle a appartenu et qu’elle a si bien illustrée.

Agrégée de lettres modernes à 23 ans, universitaire érudite, elle avait enseigné aux Etats-Unis , puis aux lycées de Montélimar à celui d’ Epernay, avant d’être assistante à l’université de Lille; elle s’intéressait autant à l’histoire des femmes qu’à l’esthétique et à la danse, qu’elle a défendue durablement à
Art Press, comme responsable de rubrique à partir des années 80, ainsi qu’à Libé et à Pour la danse, et dont elle a été une collaboratrice régulière.
Férue de danse
post-modern américaine, en particulier de Trisha Brown pour laquelle elle avait une ferveur particulière, elle aura  accompagné toute la génération de la « nouvelle danse « française, de Jean-Claude Gallotta, sur lequel elle a été l’une des premières à écrire , à Dominique Bagouet surtout , à Daniel Larrieu, Odile Duboc, ou plus tard les chercheurs du quatuor Knust,  et beaucoup d’autres…Dont Cunningham et Pina Bausch.
Brillante conférencière, elle a dirigé de nombreux stages avec  Dominique Dupuy, et  a enseigné notamment  à l’université du Québec, et  à  PARTS, l’école d’Anne -Teresa de Keersmaeker,  enfin dans le cadre de l’école qu’elle avait elle-même créée, le CEFEDEM-Sud d’Aubagne.
Commissaire de la mémorable exposition Danses tracées, à la Vieille-Charité de Marseille en 1991, elle avait élaboré, sur la base de manuscrits et de croquis de chorégraphes, l’un de ces très savants catalogues dont elle avait le secret.
Poétique de la danse et Poétique de la danse, suite  sont deux livres  qui,  par  leur qualité d’écriture et leur  exigence esthétique,  restent les plus précieux sur les trente dernières années de la danse d’aujourd’hui.
Laurence Louppe avait été nommée Chevalier des Arts et Lettres en 2009. Elle était l’épouse de Philippe du Vignal. Elle repose désormais en paix au petit cimetière du Prat, commune de Cassaniouze (Cantal), comme elle l’avait  toujours souhaité.

Chantal Aubry

Principales publications de Laurence Louppe :

  • Jean-Claude Gallotta, groupe Émile Dubois, en collaboration avec Jean-Louis Schefer et Claude-Henri Buffard, éditions Dis Voir, 1988 
  • Danses tracées : dessins et notation des chorégraphes, catalogue d’exposition, Musées de Marseille, Paris, Dis Voir, 1991.
  • Âge du corps, maturité de la danse : actes de la table ronde, 13 avril 1996, Le Cratère-Théâtre Alès, Alès, 1997
  • Poétique de la danse contemporaine, coll. « La pensée du Mouvement », éditions Contredanse, Bruxelles, 1997
  • L’Histoire de la danse. Repères dans le cadre du diplôme d’État, 2000.
  • Poétique de la danse contemporaine, la suite, éditions Contredanse, Bruxelles, 2007

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Cher Philippe,

Je t’adresse les condoléances de la Compagnie, les miennes et ma grande tristesse pour la disparition de Laurence.

Tu sais combien elle a compté pour nous, comme elle nous a aidés aussi, combien elle a éclairé la route des danseurs, des chorégraphes, des créateurs, finement, intelligemment, légitimement, avec sa compréhension de l’intérieur, ne se fiant jamais aux apparences, mais allant chercher derrière la forme, le sens de l’oeuvre, sa mise en contexte, confiante en ce qui était donné et dans ce qui était unique, original, précieux pour cette trace laissée par chacun dans la chorégraphie, l’écriture.

Pour nous, baroqueux, qui n’étions pas forcément considérés comme faisant partie de la création contemporaine, elle n’a jamais fait sentir quoi que ce soit d’autre que compréhension, engagement à notre égard pour défendre  ce qui était nouveau, dans l’expérimentation, en devenir, nous donnant espoir quant à la création et notre droit de cité. Pour moi, cela a été essentiel dans une forme d’art pas facile à apprécier, d’avoir ce soutien de fond, cette générosité, cette analyse sans préjugés.

Je lui dois beaucoup, et je ne suis pas la seule, je le sais : intellectuellement elle a beaucoup apporté au monde de la danse et pour faire connaître ce monde. Sa présence rafraichissait ce monde de la danse, si peu monde, mais plutôt unités, partagées souvent entre le sérieux, trop sérieux des uns, et l’isolement des autres, l’extrême variété des expériences qui isolent chacun. Son humour et sa réflexion étaient rassurants, dans les difficultés rencontrées par les chorégraphes, les compagnies, les interprètes. 

Nous pensons à toi qui as vécu toute cette suite et cette fin très dure à supporter. J’espère que tu pourras surtout repenser à toutes ces belles années où elle a été un rayon de vive intelligence et un foyer de résistance à l’ambiance parfois morose, difficile dans laquelle sont plongés les artistes (pas toujours! heureusement! il y avait aussi les joyeux évènements de ceux qui pouvaient monter leurs oeuvres et qui rencontraient l’approbation des publics et des instances officielles ). Laurence a grandement participé à l’histoire de la danse contemporaine par ses écrits, ses analyses, ses articles dans Libé, ses écrits théoriques, si peu théoriques ou si grandement théoriques parce que vivants.

Qu’elle soit ici solennellement saluée et remerciée, elle qui a été aimée par tous ceux qu’elle a côtoyés.Nous ne l’oublierons pas et nous t’accompagnons dans la tristesse.

Avec toutes nos amitiés et notre affection.

Christine Bayle directrice de la Compagnie L’Eclat des Muses

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Musée et Institut d’Histoire du Théâtre Hongrois

Musée et Institut d’Histoire du Théâtre Hongrois dans actualites archives-danse-200x300Musée et Institut d’Histoire du Théâtre Hongrois

Cet institut situé dans un hôtel particulier du XIX siècle, sur la colline de Buda de Budapest est composé de trois types de collections. Une collection qui regroupe les archives du théâtre Hongrois, une collection à propos du théâtre de marionnette et une collection d’archives sur la danse. Depuis 1949, il est possible de consulter tout les documents sur les artistes hongrois dans ces trois domaines, ainsi que des documents concernant les artistes étrangers accueillis dans ce pays. L’institut regroupe dans ses collections les manuscrits, les correspondances, les affiches, les programmes, de très nombreuses photos (en particulier pour la danse), ainsi que des éléments de décors et des costumes.
C’est un lieu de mémoire de recherche et de diffusion de l’histoire du spectacle vivant, qui s’ouvre au grand public, grâce à des expositions permanentes et temporaires, organisées dans une annexe de l’institut. De nombreux metteurs en scène viennent consulter ces archives. Chaque année sont publié par l’institut, les bases de données de tout ce qui a été produit et diffusé en Hongrie.
Ce type de structure financée par l’état existe également dans les autres pays de l’Est voisins. Cet un très bel outil de travail pour comprendre l’évolution de la scène contemporaine. Le pouvoir politique n’ en a pas encore modifié le fonctionnement ! En France,  de telles archives sont dispersées dans différents lieux:  le département d’Art du spectacle de la Bibliothèque Nationale de France, le fond de la Comédie -Française et  celui de l’Opéra de Paris et dans chaque théâtre qui possède ses propres archives.
Seuls les costumes de scène ont été réunis au Centre National du Costume de Scène de Moulins. Quand on connaît les difficultés pour consulter les archives de la bibliothèque Nationale de France dans ce domaine, il ne faut pas s’étonner que les Arts du spectacle restent dans notre pays une affaire de spécialistes…

Jean Couturier

 www.oszmi.hu

L’Institut français de Budapest

L’Institut français de Budapest: Francia Intézet. 

 

    L'Institut français de Budapest dans actualites IMG_5773-300x168Un palais de verre crée par Georges Maurios longe les bords du Danube: c’est l’Institut français de Budapest. Il a été ouvert en 1992 au 17 Fó utca et se tenait auparavant à Pest depuis 1947. C’est un institut français important dans le réseau du ministère des affaires étrangères, dont l’écho est majeur dans une ville culturelle dynamique et influente. Honoré du « Prix 2001 de la ville de Budapest », la qualité de son partenariat avec les structures culturelles locales est essentielle dans la capitale hongroise ainsi qu’avec d’autres villes proches comme Prague, Belgrade et Bucarest. La rencontre avec l’attaché culturel et directeur-adjoint, Julien Cousy a été l’occasion de nous présenter les activités de cet institut. Deux pôles coexistent, celui de l’enseignement du français, des milliers de cours sont donné chaque année à des expatriés ainsi qu’à des fonctionnaires hongrois. Le français représente la troisième langue de la ville derrière l’anglais et l’allemand. Cinq alliances françaises sont présentes en Hongrie et trente professeurs de français enseignent à Budapest.                     

Celui du pôle culturel est très actif, l’Institut n’est pas programmateur à la différence de certains autres instituts. Il ne défend pas une esthétique par rapport à une autre. C’est un médiateur très actif entre les artistes français et les structures culturelles de Budapest. Josef Nadj, par sa proximité d’esprit, fait régulièrement partie des programmations. Julien Cousy explique le cadre dans lequel les relations franco-hongroises se créent. Toutes sortes de manifestations et d’activités sont ainsi développées comme le partenariat privilégié avec le Trafó, maison des arts contemporains. Ce théâtre a une programmation riche semblable à celle d’un petit théâtre de la Ville, puisqu’il a proposé au public hongrois, Jérôme Bel pour la danse contemporaine, Jérôme Thomas pour le nouveau cirque, Aurélien Bory, Jean-Baptiste Thierrée et Philippe Quesne ainsi que des concerts de musiques du monde. L’institut entretient également des liens étroits avec le Festival de Printemps de Budapest dont le programme est plus touristique et plus promotionnel. Les liens avec le Théâtre National sont solides et la direction de celui-ci n’a pas bougé, ce qui n’est pas le cas de cinquante pour cent des théâtres qui ont vu leurs directions changées en un an … alors que certains directeurs n’avaient pas terminé leurs mandats. Le changement politique récent représente une réelle menace pour la culture et les échanges culturels de ce pays, les futures programmations de ces théâtres risquent d’en subir les conséquences. 

                                  

Nathalie Markovics.

www.franciaintezet.hu


Altaïr

  Le groupe de réflexion Altaïr organise une journée  de débat public le samedi 28 janvier au Palais du Luxembourg-salle Clémenceau, 15 ter rue de Vaugirard 75006 Paris (carte d’identité obligatoire), avec,  au programme, de 10h à 12 heures: Les forces de création face à la logique des marchés et de 14 à 16 heures: Du choc des cultures à la rencontre des diversités.
 Il y aura tout du beau monde… Entre autres: Daniel Mesguich, Edwy Plenel, David Kessler, etc.. Entrée gratuite sous  réserve du nombre de places limitées. Inscription obligatoire :  http://www.altair-thinktank.com/save-the-date-118.html.
   Altaïr est un groupe de réflexion indépendant  qui  rassemble des acteurs de la création, des responsables du monde de la culture et des médias, des artistes et des citoyens engagés. Il pense qu’aucune mesure technique ne dénouera les crises actuelles, dans la mesure où nous sommes confrontés à une crise de civilisation qui appelle une métamorphose de nos cultures. Altaïr affirme qu’ à un moment où nos repères vacillent, la culture est le fondement de nos sociétés, et qu’il  faut lui donner  une place centrale dans le débat public.

Ph. du V.

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Adieu, Philippe Lehembre

Adieu, Philippe Lehembre

Adieu, Philippe Lehembre dans actualites Philippe_Lehembre-1-300x206 Le comédien Philippe Lehembre,  s’est éteint doucement  à Paris il y a quelques jours à 88 ans, conscient de mourir comme il l’avait souhaité et non dans son sommeil, ce qu’il redoutait…
Nous l’avions bien connu aux Chroniques de l’art vivant  où, un temps de sa longue vie,  il avait été documentaliste; il continuait à jouer quand l’occasion s’en présentait,  notamment avec Jean-Marie Lehec. Puis, en 75 après le décès brutal de son épouse, il avait décidé de reprendre sa carrière de comédien.

 Et depuis… Il n’avait pas arrêté de jouer  partout mais pas avec n’importe qui: Philippe Berling, dans  La Cruche cassée, François Rancillac dans La Folle de Chaillot puis avec Jean-Luc Lagarce ( Le Malade  imaginaire),   Olivier Py (La Servante)et Nous les héros de Lagarce,  puis dernièrement avec Bob Wilson dans Quartett d d’Heiner Muller et enfin dans trois des spectacles de Joël  Pommerat (Au Monde, D’une seule main et Pinocchio). On l’avait vu aussi souvent au cinéma , notamment dans La Promenade du champ de Mars de Robert Guédiguian…
 Grand et mince, avec de  beaux yeux bleus qui lui donnaient un regard acéré,  ce n’était pas un grand bavard  et  il était plutôt du genre discret dans la vie,  mais, dès qu’il entrait sur un plateau, il avait une présence étonnante et un jeu  remarquable.
 Adieu, Philippe; nous te dédions ce 1.700 ème article du Théâtre du Blog.

Philippe du Vignal

Bonjour à tous, c’était mon grand-père et de voir cet article me touche énormément et remercie infiniment Philippe du Vignal pour avoir écrit ce texte.

Merci de votre message; c’était bien normal que l’on salue, au moment de son départ, votre grand-père que j’aimais beaucoup et qui aura eu la chance exceptionnelle de travailler avec Joël Pommerat et Bob Wilson.
Je verrai si je peux venir à ses obsèques samedi au Père Lachaise mais sinon, sachez que je serai de tout cœur avec vous.

Ph. du V.

 Philippe Lehembre dans actualites

 

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