Livres, revues et DVD

Livres, revues et DVD…

Anna Halprin Danser sa vie

AnnaHalprinCe DVD-ROM a été réalisé par Peter Hulton qui, à l’occasion de la sortie du livre d’Anna Halprin, la grande chorégraphe et théoricienne de la danse américaine née en 1920,  Mouvements de la vie,  a filmé un atelier de deux jours qu’elle a réalisé en janvier 2010 à Paris et que publient aujourd’hui les éditions Contredanse. Avec des questions pour elle, fondamentales, à sxavoir le sens de la danse.  » J’ai un point de vue sur la danse, avait-elle précisé, En cinq minutes, elle a résumé comment elle concevait la danse: une science, une philosophie et un art ».
Ce DVD interactif comprend un certain nombre de mots-clés qui comprennent l’enregistrement de  l’atelier donné à Paris, les étapes de sa vie et ses feuilles de route. mieux vaut déjà connaître l’itinéraire  d’Anna Halprin qui abandonna la modern dance telle que la concevait Martha Graham ou Doris Humphrey ou Charles Weidman pour se mettre en contact avec des forces primitives et plus vitales pour elle.
Notamment, en privilégiant, ce qui parait souvent la norme aujourd’hui dans les arts du spectacle, la disparition du cadre de scène. Mais aussi en demandant à ses danseurs une implication autre que celle peut avoir  d’habitude un danseur sur un plateau, notamment en créant un processus de création en plein air  donc tout à fait proche de la nature et des besoins les plus primitifs de l’homme.

Editions  Contredanse 375 minutes, v.o. en anglais, sous-titrée en français. 32 €

Le Tartuffe 

  Après Coups de théâtre, une jolie revue théâtrale des Éditions L’Harmattan trop tôt disparue, le numéro 3 – Printemps 2014 – de la revue Le Tartuffe paraît sous l’égide du rédacteur en chef Gérard Allouche, homme passionné de textes et de théâtre.
  Construire et déconstruire l’art dramatique, s’amuser du jeu et des jeux, faire voler en éclats les pièces et leurs perspectives : sans cette vie organique qui le métamorphose, selon le critique, le théâtre resterait sans voix, un paradoxe ! Par ailleurs, le retour vers les classiques est éternel : « Nourri du passé, en quête d’avenir : un classique », Jean Grapin ne se lasse pas d’évoquer ce concept-trésor sur lequel le spectateur, l’acteur et le metteur en scène reviennent sans cesse.
Jade Lanza s’attache quant à elle, à la volupté du sacrifice dans l’œuvre de Musset à travers laquelle aimer est une aventure héroïque, un chemin de croix douloureux, quand on doute non seulement de l’autre mais de soi aussi. Musset, Sand…
Jean Gillibert a eu carte blanche pour rappeler que l’éthique précède tout simplement l’esthétique. L’amuseur des mots imagine que « le damneur ou l’errance féconde des réincarnations ». Pour l’analyste érudit, l’acteur est un exil perpétuel qui rappelle incessamment une présence par l’intermédiaire de sa parole prophétique.
Gérard Allouche s’arrête, lui,  sur le fameux Mondory, l’acteur fétiche de Corneille qui mourut sur le plateau d’un AVC : « son engagement paroxystique sur scène montre les ravages de l’alexandrin, arme létale et les pouvoirs des mots plus mortels que l’épée… »
  Il y a aussi un excellent article de Michel Ellenberger consacré aux 36 situations dramatiques selon Georges Polti (1868-1946), auteur trop peu connu ou méconnu. Dans  Les 36 situations dramatiques, il analyse les éléments dynamiques mis à l’œuvre dans toutes les situations théâtrales possibles. Implorer par exemple, concerne le Persécuteur, le Suppliant et la Puissance indécise. Le Sauveur a à voir avec L’Infortuné, le Menaçant et le Sauveur. La rivalité des proches considère le Proche préféré, le Proche rejeté et l’Objet. Les crimes d’amour touchent autant l’Épris que l’Aimé. Le remords fragilise non seulement le Coupable et la Victime mais l’Interrogateur.
Autant de situations, autant de sentiments et de réactions, autant de victimes et de bourreaux, de maîtres et d’esclaves : le calcul des probabilités est infernal mais il témoigne de  l’infinie vitalité de la vie qui pétille et bruit en chacun, selon sa position. Cette problématique savante est adoptée au cinéma et enseignée au cinéma ; on ne peut rester indifférent à cette folle entreprise de l’inventaire et du répertoire humains. Ce numéro 3 du Tartuffe se lit avec un réel enthousiasme, un esprit de découverte. Donc à suivre…

Véronique Hotte

Le Tartuffe n°3  Éditions L’Harmattan, 12 euros.

 Carnets d’artiste  1956-2010 de Philippe Avron

 Image-3 Depuis longtemps, les hommes de théâtre ont consigné leurs observations, et souvent au jour le jour, sur la pratique de leur métier, et il y eut des livres formidables comme ceux de Louis Jouvet que les apprentis acteurs ne cessent de relire. Et celui de Philippe Avron, à la fois comédien mais aussi auteur est de la même veine. Ce sont des carnets, écrits un peu partout au hasard des possibilités dans un café souvent   « quand disait-il les idées sont fraîches , qu’elles ont envie de galoper, » et cela depuis 1956 jusqu’à sa mort en 2010 peu après avoir joué son Montaigne, Shakespeare et moi, mis en scène par Alain Timar au Festival d’Avignon. C’est un document  d’une exceptionnelle richesse écrit par un homme passionné et généreux et qui n’arrêta jamais de travailler avec les plus grands metteurs en scène.
D’abord longtemps avec Vilar au festival d’Avignon et au T.N.P. . puis avec  Jacques LecoqPeter Brook, Jorge Lavelli, Roger Planchon et Beno Besson , notamment dans  Le cercle de craie caucasien de Brecht et Dom Juan. Il fit aussi merveille au cabaret avec son vieux complice Claude Evrard. Puis il entama une carrière plus solo avec ses propres textes, comme entre autres Ma Cour d’honneur, Je suis un saumon, Le Fantôme de Shakespeare que ces soit en France , au  Canada, voire aux Etats Unis.
On le vit aussi au cinéma dans les films de René Clair,  Michel Deville, Gilles Grangier. C’est de cette formidable aventure humaine et artistique à la fois dont il parle dans  ces Carnets. Il est aussi intelligent dans ses réflexions que modeste, aussi pétillant d’humour que de gravité parfois philosophique. Boulimique, il possède une culture exceptionnelle, grand lecteur, et curieux de tout, il ne cesse d’admirer les êtres, les peuples, les textes et les œuvres d’art. Son Ophélia d’abord et toujours, et Shakespeare, les Dogons, Molière,  la philosophie de Kant…  .
Côté métier, il n’est pas du genre à céder:  » Pas de vie sans combat. Autrement on regarde tomber ses cheveux ». Mais Philippe Avron reste lucide et pense à sa disparition prochaine et programmée: « A 53 ans, je me sens vieux quand j’ai peur, mais à part ça je pète le feu. Quand j’ai peur angoisse, je me sens vieux figé. Quand j’ai peur maladie, je me sens vieux perdu ». Mais avec un bel humour, il note plus loin: « C’est dommage que la vie finisse mal. On s’en va sur une mauvaise impression ». Et il mourra  au combat, à 81 ans, peu de temps après ce Montaigne, Shakespeare et moi  qu’il crée en Avignon, au Théâtre des Halles dans la mise en scène d’Alain Timar, sans doute conscient de vivre ses derniers jours: « Maintenant je dois me ménager pour mourir en pleine forme ».
C’est de ce parcours d’homme de théâtre que parle ce livre vraiment étonnant et qui se lit d’un seul trait.

Ph. du V.

Editions Quatre Vents L’Avant-Scène Théâtre 20 €

Montaigne, Shakespeare et moi de et Par Philippe Avron, image et réalisation de Jean-Michel Carasso.

  C’est l’enregistrement réalisé  par Jean-Gabriel Carasso des essais de ce dernier spectacle  au Théâtre de la Vie à Bruxelles.  Il est là seul en scène, avec son beau visage buriné, vibrant de passion tenant à la main un livre tout rafistolé d’Extraits de Montaigne qui avait appartenu à son père, lycéen à Calais pendant la Grande Guerre. Philippe Avron évoque ses souvenirs de vacances quand son grand-père qui, comme son père , s’appelait aussi Philippe et qui arbitrait le jeu du meilleur mort que lui et ses frères et sœur jouaient sur la plage de Sangatte. Comme un pressentiment?
Puis le comédien, droit dans ses bottes, simple et majestueux  commence par  lire Montaigne puis Shakespeare. « Tant qu’il y aura de l’encre et du papier de par le monde, j’écrirai ».
Diction et gestuelle  des plus  remarquables, présence fabuleuse, ce  dernier essai avant les quelques représentations d’Avignon,  est évidemment plus que précieux…  Ce testament  émouvant et bien filmé, qui est une initiative de l’association Les amis de Philippe Avron, nous restitue en une petite heure, à la fois l’homme et le comédien: c’est aussi  une grande leçon d’interprétation théâtrale. Le texte définitif du spexctacle est édité aux Editions Lansman.

Ph. du V.

Editions L’Oiseau rare.

Frictions n° 23

Au sommaire du dernier numéro de la revue dirigée par Jean-Pierre Han, plusieurs articles  tout fait intéressants comme entre autres, cet entretien par lui-même avec Olivier Py,  sur son parcours d’homme de théâtre en proie aux interrogations métaphysiques qui revendique à la fois son homosexualité e sa profonde foi catholique. Le nouveau directeur du festival d’Avignon, qui reste aussi et avant tout auteur et acteur, souligne que sa programmation correspond  à sa façon de penser le monde au travers des auteurs et des compagnies qui les jouent.
Il y a aussi  un court témoignage de notre ami René Gaudy qui fut proche d’Arthur Adamov auquel il a consacré une thèse. Il relate ici la fin tragique en décembre 90 de cet auteur que l’on ne joue plus guère et qui, pourtant, fut un des dramaturges importants de l’après-guerre en France.
Jean-Pierre Han  signale dans un beau portrait l’apparition, disparition, réapparition de cet auteur metteur en scène hors-normes, aussi inclassable que bourré de talent qu’est Eric da Silva dont la trajectoire est d’une certaine façon d’une logique remarquable, même si elle est à éclipses. L’homme  qui a fait de grandes choses comme avec sa troupe L’Emballage Théâtre  comme Tombeau pour cinq cent mille soldats de Pierre Guyotat ou Troïlus et Cressida adapté de Shakespeare, est sans doute brouillé à jamais avec les institutions, et c’est tant mieux. Même si le comité d’experts de la DRAC Ile de France lui a manifesté son soutien  et l’a aidé financièrement.
Mais quand on pense aux réflexions idiotes d’un inspecteur de la Direction des spectacles sur son parcours  atypique, il y a des raisons d’être quelque peu amer… Pourtant Eric Da Silva, et pour l’écriture et pour la mise en scène, a une place importante dans le théâtre contemporain. Ce que souligne à juste titre Jean-Pierre Han.

Ph. du V.

Frictions n°15. 14 €

Lettre de l’Académie des Beaux-Arts n° 76: L’art de la rue

Signalons aussi plusieurs articles à la fois bien documentés  sur les arts de la rue , notamment sur  sur ce mouvement d’expression urbain aux Etats-Unis dans les années 70 par Lydia Harambourg et un autre sur le parcours maintenant bien connu de l’excellent artiste qu’est Ernest Pignon-Ernest qui a réussi  à faire de la rue un lieu d’exposition grâce à ses photos sur papier collées un peu partout sur les murs de  grandes villes.
ce numéro comprend aussi un article sur l’installation de l’artiste JR,   composée de trois parties réparties sur le dôme du Panthéon, sous la coupole et sur le sol, à l’occasion de la rénovation  du bâtiment par les monuments historiques.  Avec plus de  4.000 portraits photographiques,  les bâches de prtection deviennent le support  d’une création artistique, ce qui n’est pas anodin.
Signalons aussi un dossier sur La Tour Paris 13 qui avait été appelée à disparaître fin 2013 et qui! a servi un temps  d’exposition collective de street art, comme on dit en français, avec plus de 4.500 m2 au sol comme au plafond  sur 9 des étages et qui sont devenus le support d’artistes provenant de de seize pays.
Cette Lettre de l’Académie des Beaux-Arts n° 76 s’empare, ce qui est plutôt inhabituel pour une revue des plus officielles,  d’un mouvement artistique qui, depuis quelque cinquante ans, a donc  déjà maintenant une histoire et, curieusement, par le bais de plusieurs galeries, un marché…

Ph. du V.

Academie-des-beaux-arts.fr/lettre/minisite_lettre 76/index.html

 


Archives pour la catégorie actualites

Vingtième Mousson d’été à Pont-à-Mousson

Vingtième Mousson d’été à Pont-à-Mousson

 

Mousson-dété-300x270Il y a des fidélités qui ne trompent pas. La Mousson d’été -lectures, rencontres, spectacles, concerts et, depuis quelques années, université d’été européenne- fête sa vingtième édition, du 22 au 28 août. Un peu plus que majeure, et en pleine jeunesse. Des chiffres ? Inutiles : trente auteurs de plus de dix pays européens participent à l’affaire cette saison, avec autant de comédiens également metteurs en scène ou auteurs eux-mêmes (et réciproquement), traducteurs au passage, avec une sérieuse brochette d’universitaires, qui eux-mêmes ont tâté de l’écriture et de la mise en scène et payé de leur personne…Des lettres ? Que ça ! Très vite dans toutes les langues d’Europe et d’Amérique (Latine, en premier lieu), et bientôt en chinois et en japonais
La Mousson s’est construite peu à peu, et sans traîner, autour de Michel Didym et de Véronique Bellegarde. Affaire de bande, avec des comédiens comme Daniel Martin, Philippe Fretun, Catherine Matisse, Laurent Vacher, Charlie Nelson, et puis les inventeurs du baleinié, Jean-Claude Leguay, Christine Murillo et Grégoire Œstermann, et tous les nombreux autres…
Bande nombreuse et de qualité :  on pourra tous les retrouver dans l’album que notre consœur Maïa Bouteillet publie pour l’occasion aux Solitaires intempestifs. Ces comédiens-là n’avaient pas besoin de la Mousson pour leur carrière, qui trottait déjà fort bien. Ils en ont eu –et en ont toujours- besoin pour leur vitalité, pour leur nourriture, en travaillant comme des forçats,  en riant comme des baleines, pour transmettre cette électricité au public, qui a grandi peu à peu, et aux institutions, qui se sont peu à peu agglomérées, fédérées et amarrées à la Mousson.
L’objet de cette dynamique ? Les écritures contemporaines pour le théâtre. Noëlle Renaude, Philippe Minyanna, qui volaient de leur propres ailes, ne sont pas non plus venus en quête d’une reconnaissance qu’ils avaient déjà. Ils sont venu pour vivre, avec d’autres, autrement, les rencontres, le bouillonnement du chaudron. Rémi de Vos, Armando Llamas, Philippe Malone, Roland Fichet… On peut mélanger les années et les époques, mais on ne peut  nommer tout le monde. L’important, c’est cette audace et cette joie collective du « faire » et de l’intelligence.
Donc, pour cette vingtième édition : reprise de l’Examen (voir le festival RING, du printemps dernier), exercice théâtral pour dix auteurs et dix comédiens devant dix jurys de spectateurs, Ploutsch, la radio d’Hervé Blutsch.  Mais aussi un coup de projecteur sur l’Italie, avec Michele Santeramo (La Revanche), Stefano Massini (jecroisenuneseuldieu), et aussi sur la Roumanie, la Moldavie, le Québec, la Grèce, la Suède Jonas Hassem Khemiri), la France, bref, partout où ça bouge.
On pourra bien sûr entendre quelques unes de ces pièces sur France Culture (La Tigresse, de la roumaine Gianina Carbunariu).
Voilà : c’est-là qu’on peut finir la nuit en buvant des coups avec des auteurs écorchés et ravis, des comédiens épuisés et hilares, des universitaires frémissants.
Et ça recommence le lendemain dès 10h : lectures, débats, rencontre, spectacles, dans l’excitation de la création sur le vif. En guettant au passage les moussons d’hiver (jeune public), en partenariat, entre autres, avec la Comédie-Française, sans oublier un beau bouillonnement en juillet, à la Chartreuse de Villeneuve-les-Avignon.
Encore une chose : le thème de cette année est Même pas peur. On vous l’avait dit.

 

Christine Friedel

 

Du 22 au 28 août, abbaye des Prémontrés à Pont-à-Mousson. Réservation : 33 (0) 3 83 80 19 32

Le festival d’Avignon 2014: suite et fin

 

Le festival d’Avignon 2014: suite et fin….

Voilà, Olivier Py et son équipe, dont cela a été un rude baptême du feu  à la direction du In, Greg Germain et la sienne pour le Off,  peuvent enfin souffler… L’édition 2014 aurait pu plus mal se passer… On ne dira pas: malgré les intermittents pour ne mécontenter personne, mais les faits sont têtus, disait Lénine, et ce sont bien finalement eux qui ont réussi à maîtriser la situation, ce qui n’était pas évident. Bien vue en effet, l’annulation/coup de semonce presque au dernier moment, de la première  du Prince de Hombourg, puis la proclamation digne et sobre, le soir de la nouvelle première, de quelque cinquante acteurs et techniciens, remarquablement mise en scène  sur le grand plateau de  la Cour  d’Honneur, bien vu le discours en voix off de Victor Hugo avant les représentations à la FabricA, d’Orlando ou l’impatience, avec, là aussi toute l’équipe  silencieuse, écoutant avec le public la parole de ce poète visionnaire; bien vus enfin  les multiples messages, tout aussi dignes et responsables des acteurs du off…
Les intermittents auront su avec unité et une certaine solidarité,  montrer qu’ils ne se laissaient pas faire par un gouvernement qui, après avoir soufflé le chaud quand il était dans l’opposition, souffle maintenant le froid, et qui, sans état d’âme quand il est aux affaires chante le vieux refrain des gouvernements de droite: jouez d’abord, les enjeux économiques sont trop importants et on examinera votre situation ensuite…

Le petit tour de passe-passe de Manuel Vals était un peu gros. Et il n’a quand même pas osé venir en Avignon! Quant à Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, elle a été accueillie… plutôt fraîchement par une équipe d’intermittents qui lui ont  fait savoir , haut et fort, qu’ils n’accepteraient pas la remise en cause et le durcissement des conditions de la nouvelle convention-chômage, quand elle était en visite au centre du Festival off. Elle est allée aux rencontres Théâtre et Jeunesse du In, mais de là, à assister à un spectacle…
Le bilan? Quelques chiffres, cela ira plus vite: l’édition 2014 du festival aura connu, avec un budget de près de 12 millions pour  57 spectacles, dix des 289 représentations prévues)  annulées pour grève à l’appel de la C.G.T. Spectacle, le 4 et surtout les 12 et 24 juillet, et deux autres, à cause des orages et de la pluie.  Le In annonce  donc quelque  300.000 euros de déficit, avec une fréquentation légèrement inférieure de 5% cette année soit 90 %, ce qui aurait pu être pire.
Mais, dit  Olivier Py, placé de ce fait, dans une position des plus difficiles et qui ne s’en tire pas si mal du tout: « Ne pas jouer n’était pas la bonne solution ». Ce qu’ont aussi sans doute  pensé  les intermittents dans leur majorité qui ont tenu, et réussi à faire leur travail mais aussi à bien entendre leur voix, et c’est l’essentiel…
Non sans quelques dommages collatéraux, mais on ne va pas pleurer! Des spectateurs venus de loin,  ont été  déçus et  la billetterie a connu un déficit de réservation de 6% dans le In, ce qui n’est jamais facile pour un nouveau directeur de festival, surtout quand il a programmé 57 spectacles, (sans doute beaucoup trop! et ce qui ne facilite pas la lisibilité d’une ligne  artistique).

Greg_Germain-800x531Quant au Off, il a aussi accusé le coup et il y a eu une vente de cartes de réduction un peu moindre. Cela tendrait à prouver que le In et le Off, s’ils n’ont pas vraiment le même public, doivent faire face aux mêmes situations de crise.  Cela dit, le Off, c’est plutôt récent, apparaît comme de plus en plus structuré, et  possède une bien meilleure image de marque qu’autrefois. Avec souvent un excellent taux de fréquentation, dès qu’il s’agit des salles bien équipées comme celle de la Chapelle du Verbe Incarné, de bons spectacles vraiment professionnels, ce qui n’est pas toujours le cas, déjà rodés et qui ont parfois déjà aussi fait leurs preuves dans leur région d’origine.
   Du côté théâtre, danse, performance, cirque, etc…, l’équipe du Théâtre du Blog vous aura rendu compte de ce cru 2014, en quelque soixante articles: « Cela  fait  dix  ans que je vais à Avignon, dit Julien Barsan, et pour moi, c’est, chaque fois, un grand plaisir, un peu éprouvant certes, mais stimulant, je me sent un peu comme un chercheur d’or à la recherche des pépites cachées  parmi un millier de spectacles. Cette année, on sentait un festival sous observation : la programmation d’Olivier Py, et sa gestion du conflit des intermittents, comment le Off allait-il réagir? En fait,  cette édition du In ressemble aux précédentes et on retrouve un certain nombre d’artistes déjà programmés, les mêmes lieux ou presque … Mais,  plus de grands noms du théâtre international comme Wajdi Mouawad, Jan Lauwers, Angelica Liddell, (sauf Thomas Ostermeier) qui rendaient le festival excitant.  Par ailleurs, Avignon est d’évidence une grosse machine, qu’on ne fait pas  bouger comme ça.  Du côté du off, des lieux bien remplis (Manufacture, Théâtre du Chêne noir, Conditions des Soies, Théâtre du Balcon, etc… ) maintenant  devenus le In du Off mais aussi et toujours, des salles presque vides et des spectacles sans aucun intérêt. Mais c’est la dure loi du métier. »
  Pour Jean Couturier, « le panel de spectacles offert dans le In est incomparable et l’enthousiasme du public intact,  quand il s’agit, par exemple, de l’exceptionnel Mahabarata imaginé par le japonais Satoshi Miyagi; à noter aussi l’intérêt porté à de petits spectacles comme ceux de la série Le Vif du Sujet. Le Off, lui, reste comme toujours un espace où le meilleur peut cotoier le pire, et où  certains « metteurs en scène » demandent à chacun de leurs « comédiens » d’investir d’abord 700 euros dans une prétendue création! Ce qui tient du scandale mais comment remédier à cela! Avignon constitue une sorte de marathon de spectacles et de rencontres, dont on ressort épuisé mais heureux ».
  Quant à Véronique Hotte,  pour elle:   On peut retenir Le Prince de Hombourg de Kleist, qu’a mis en scène Barberio Corsetti dans la Cour d’Honneur a été une louable entreprise,  avec de beaux interprètes, même si le traitement systématique à la façon du théâtre de marionnettes du même Kleist était un peu trop appuyé. Le Falstafe de Novarina mis en scène par Lazare Herson-Macarel a été une heureuse découverte : un théâtre facétieux et ludique. Et Le Sorelle Macaluso par Emma Dante aura été  tout aussi inventif et ludique,  malgré les  thèmes abordés. Mais les créations ou reprises du directeur nous ont semblé moins convaincantes, peut-être à cause du non-renouvellement de la scénographie. Avec une impression de déjà vu, malgré de très beaux comédiens. Et aussi Hypérion, monté avec une audace et un questionnement intéressants malheureusement  démoli par  tous mes confrères « .
Et, vous du Vignal, avec plus de quarante Avignon au compteur, soit au total une bonne année dans une ville que l’on connaît par cœur mais qu’on ne cesse de rédécouvrir? « Nous dirions: un festival honnête mais comme un peu frileux, et  sans  grandes surprises, sauf le remarquable Mahabarata  japonais, comme si Olivier Py  avait continué avec prudence à creuser le sillon de ses prédécesseurs, sans vouloir trop bousculer (pour le moment?) les choses.
Mais nous serons plus sévères que notre collègue et amie Véronique Hotte , à propos de  ce sinistre  Hypérion  mis en scène par Marie-José Malis… ( voir les articles) qui  ne  nous semble pas être du tout , comme elle dit,  une « audace » ni un « questionnement », tout juste une erreur de programmation qui aura donné à cette édition un côté branchouille  dont il n’avait pas besoin.

7111479-olivier-py-a-avignon-une-programmation-qui-decoiffeQuant à Orlando ou l’Impatience, texte et mise en scène d’Olivier Py, c’est un spectacle réussi dans sa forme, avec effectivement, de bons comédiens, mais très parisien, comme sorti de l’Odéon et dont on espérait mieux, et avec des thèmes déjà dix fois abordés par le nouveau directeur du Festival.
  En fait, tout s’est aussi  passé, comme si la plupart des questions que l’on peut se poser à propos du festival d’Avignon qui va allègrement vers ses soixante-dix étés, avait été poussée sous le tapis… Malgré des efforts, le prix des places reste en effet peu abordable pour beaucoup, et atteint souvent plus de vingt-cinq euros, voire  parfois trente neuf!  La couleur des cheveux des spectateurs n’a donc pas changé! Et il faut absolument que les jeunes gens aient vraiment un meilleur accès aux spectacles. C’est une question de vie ou de mort pour le Festival.
Autre question récurrente: pourquoi plus de cinquante créations ou reprises, ce qui à l’évidence, sur le plan artistique, ne se justifie pas? Olivier Py ne pourra pas, de toute façon, faire l’économie de ce véritable problème, puisqu’il devra, l’an prochain  tenir compte du déficit entraîné par les pertes, et avec (pas besoin d’avoir fait H.E.C. pour le prévoir), une probable diminution, crise oblige, des achats de places. Mais à quelque chose malheur est bon, et ce recentrage artistique ne sera pas un luxe.

   Il y a aussi  le cadeau légué par Hortense Archambault et Vincent Baudriller qui constitue une sorte de bombe à retardement dans le paysage  du festival. C’est la salle de la FabricA, projet qui remonte à plus de dix ans, donc élaboré dans un tout autre contexte socio-économique et qui a été ouverte l’an passé. Certes, cet espace de travail, avec studios pour le séjour de comédiens et techniciens et convertible en salle de représentation, a belle allure, était nécessaire et est des plus fonctionnels mais…  il faudrait l’inscrire vraiment dans un quartier de HLM et petits pavillons,à l’extérieur  des remparts et pas bien riche, où vivent beaucoup d’émigrés, et dont la plupart des habitants savent même à peine à  qui peut bien servir cette FabricA. En quoi un spectacle comme Orlando a- t-il quelque chose à voir avec ce quartier?
Le lieu en question tient en effet d’un espace de colonisation, doté de belles pelouses et protégé par de hautes grilles, dont les habitants sont pratiquement exclus. Là aussi, Olivier Py et son équipe devront faire preuve d’imagination pour trouver  de solides alternatives. C’est aussi l’image même du Festival qui en dépend.  Quant à  la nouvelle Maire d’Avignon, elle  ne semble guère s’être exprimée là-dessus…
Ce Festival  maintenant  célèbre dans le monde entier, et qui était au départ, une semaine d’Art et de culture, voulue par la mairie et Jean Vilar, est devenue sans  doute une des plus grosses entreprises de spectacles en France, avec quelques centaines de collaborateurs,  soutenue par l’Etat et par de nombreux mécénats privés et partenaires.
Quant au Off, après quelques remous, il a acquis depuis quelques années une position de plus en plus importante, tout à fait officielle, avec  le pus souvent petites salles  mais des  plus correctes, et possède des services remarquablement efficaces. Et bon nombre de ses spectacles, aux structures plus légères sans doute, pourraient très bien être programmés dans le In. Mais pourrait-t-il y avoir un Off sans le In? Sans doute pas… Et un In sans le Off ne serait pas du tout à fait le même. C’est toute l’ambiguïté de la situation!
Mais, cela dit,  le Festival (In et off confondus) semble rester-pas seulement mais en majorité-une succursale estivale de la création comme de la fréquentation parisiennes. Même si les lignes ont un peu bougé..  A près de soixante-dix ans, il semble en tout cas avoir quelque mal à trouver une nouvelle identité et, osons le mot s’il veut encore dire quelque chose, à devenir plus « populaire ».
Quant aux politiques de tout bord, ils font semblant de  découvrir maintenant que cette machine à spectacles que devient la ville pendant presque un mois, est essentielle à l’économie d’Avignon et de sa région et que, du coup, rien ne peut se faire sans les artistes, techniciens, etc… du Festival… qui, ont ainsi acquis, à leurs yeux, une sorte de respectabilité! Enfin mieux vaut tard que jamais!

  En fait, cette année, tout se passe comme si la grave « crise des intermittents » comme on dit, avait été aussi le révélateur d’une situation artistique et économique assez fragile, à la fois inédite dans l’histoire d’un festival qui a le monopole en France d’un ensemble de lieux historiques exceptionnels dont le passé architectural des plus anciens donne la main au spectaculaire le plus contemporain: la Cour d’Honneur bien sûr, mais aussi le cloître des Célestins et celui des Carmes, la Chapelle des Pénitents blancs, le Tinel de la Chartreuse, et plus récemment, la carrière Boulbon… Espaces quasi magiques, où  les spectacles qu’ils accueillent, ont tout de suite dix points de plus.
  En tout cas, Avignon, malgré tous ses défauts, malgré la chaleur souvent accablante, malgré une masse de spectacles qu’on ne peut tous voir,  malgré une course permanente, malgré la foule un peu partout, reste un formidable espace de liberté et de découvertes,  et une drogue aussi stimulante qu’incontournable qui fait du bien à l’esprit et dont voit mal comment on pourrait se passer… Même si Jean Vilar, lui-même, avait lucidement pensé que ce festival ne pouvait  être éternel.
Bonnes vacances à vous, le Théâtre du Blog ne ferme pas son rideau en août, et de toute façon, nous nous retrouvons pour de nouvelles aventures théâtrales au Festival d’Aurillac dont nous vous parlerons cette semaine.

Philippe du Vignal

Pour consulter les articles du Théâtre du Blog sur le Festival d’Avignon, et sur l’actualité théâtrale de juillet et les autres festivals dont celui de Turin, il vous suffit d’inscrire le nom du spectacle choisi, suivi de la mention Théâtre du Blog , dans le cartouche Google et normalement l’article recherché s’affiche immédiatement.


Écho de Johnny Lebigot

 Écho de Johnny Lebigot, trace de l’exposition D’une tentation de Saint-Antoine présentée en mai 2014 à Scène Nationale de Vandoeuvre-Les-Nancy.

archeCe geste de Curiosité sera installé jusqu’en décembre 2015 au château de La Roche-Guyon. On peut y voir, déposés sur une table ou accrochés au-dessus du mobilier, des objets insolites, mobiles légers au bout d’un fil délicat.
Sur les étagères, des statuettes ou des miniatures, composées à partir d’éléments végétaux et floraux, de minéraux, d’arêtes, d’os, d’ailes d’oiseaux… et sur les murs blancs immaculés au-dessus des portes, surgissent des branchages en excroissance, un entremêlement raffiné de tiges de bois et de brindilles sombres. Des nids comme suspendus dans le vide, des touffes d’herbes séchées. Le visiteur pénètre dans un espace plastique où règnent la nature, la culture et les mains de l’homme sur la première, soit l’art et la manière bien ravigotés de Johnny Lebigot.
C’est l’inventaire d’un herboriste ou d’un botaniste, une série d’images, une statuaire, répertoire des miroitements du vivant et passés au crible de la fragilité de la vie. On identifie confusément des feuilles mortes, des herbes légères que les courants d’air font danser, des fleurs passées en tige qui sèchent dans leur sac, des cosses transparentes, des plumes, des poussières volatiles florales, des graminées, des pissenlits, des joncs. Rien de vivant, tout du sec, des cendres et de la mort.
Ces « simples » relèvent d’une cueillette de sorcière et de son alchimie démoniaque où les herbes terriennes ou aquatiques correspondent aux étoiles dans le ciel, préfigurations tangibles de signes cosmologiques éloquents. Cette chronique de la nature, à la fois savante et désinvolte, se rapproche du récit de Patrick Cloux,
Marcher à l’estime : « Car l’herbe est la grande leçon. Balayée, abîmée de vent et de pluie, asséchée, gelée, déteinte, elle arrive à n’être plus rien qu’un peu d’elle-même, éparse, en touffes, clairsemée, presque chiffonnée et salie. »
L’installation de Johny Lebigot a des parfums beckettiens  mais c’est avant tout un hommage et un éloge de la vie disparue, un rappel du lot existentiel de chacun de nous, avec ses traces voilées de cendres, d’os, de crânes et squelettes d’animaux. La mise en scène de ces éléments fait entendre d’abord le souffle initial qui habite l’être vivant, chemin de mémoire et parcours inaliénable avant qu’il ne disparaisse.

Véronique Hotte

Atelier Johnny Le Bigot 82 rue Compans 75019 Paris, du 24 juin au 5 juillet.

Présentations de saisons : Théâtre 71 Malakoff, Théâtre de la Commune, Aubervilliers.

Présentations de saison : Théâtre 71 de Malakoff, Théâtre de la Commune d’Aubervilliers.

 

 

cbkC’est le moment : pour beaucoup de théâtres (surtout en Île-de-France), les bonnes résolutions de rentrée se prennent dès le mois de juin. Bilans et surtout projets défilent, avec le collier de perles des spectacles. C’est partout le même cérémonial ? On s’y ennuie ? On aurait tort.
Prenons l’exemple de deux villes et de deux théâtres très différents et très proches à la fois. Avec deux points communs qui n’en font qu’un : un beau public, un vrai public dans une municipalité qui aime et défend son théâtre et ses habitants.
À Malakoff, on voit se dessiner la saison irréprochable d’une scène nationale qui vit bien, raisonnablement à l’aise dans les échanges entre les disciplines et les indisciplinés –à quoi appartiendrait Le grand fracas issu de rien ? de Pierre Guillois- et entre les réseaux. Pour la création, danse, théâtre, musique…, Malakoff a sa Fabrique des arts. Pour les invités, ses fidèles, Jacques Vincey, par exemple, nouveau directeur du CDN de Tours, avec Yvonne Princesse de Bourgogne de Gombrowicz ou le suisse Jean Liermier et son Malade imaginaire.
Pierre-François Roussillon, le directeur de Malakoff, conduit la barque, chargée comme il faut. Ici, le public se retrouve en famille, entre amis, dans une sorte de tendresse et de fierté qui ne tombent pas de la lune, mais d’un travail continu, depuis quarante-trois ans. L’institution, née de la décentralisation et de la démocratisation des arts, marche, et bien.
Theatre-de-la-Commune-Centre-dramatique-national-d-Aubervilliers-Aubervilliers_w258h247C’est évidemment vrai aussi pour le Théâtre de la Commune, Centre Dramatique National d’Aubervilliers, dans un tout autre style. Marie-José Malis, sa nouvelle directrice, a posé résolument les bases de son projet : nous avons un travail à faire ensemble, artistes et public, « mûrir dans le désir d’un monde ». Nous avons, dit-elle, « beaucoup de muscles pour la critique », et peu pour le possible.

Dans cette visée, le spectacle n’est pas un divertissement, mais une hypothèse à suivre, à partager, à débattre. Si elle a choisi Hyperion de Hölderlin, c’est pour l’éclairage sans reniement ni nostalgie que la pièce porte sur l’échec de la Révolution française. C’est « faire usage du théâtre » : chercher des ressources de pensée pour aujourd’hui dans des textes qui rendent compte de façon lumineuse de la complexité du monde.
L’ambition et sérieuse, et surtout pas refermée sur une élite : comme à son origine, Gabriel Garran et Jack Ralite étaient là pour en témoigner, et pour adouber le nouveau projet, le théâtre ne peut interroger la ville que s’il lui est ouvert. D’abord le bâtiment : le restaurant sera ouvert à midi, pour ceux qui travaillent dans le quartier, et non plus seulement pour les spectateurs du soir, et l’après-midi, aux associations. Mais surtout, ce que Jack Ralite appelle « le courage de la création et de la connaissance en actes », ce qui définit le projet même de Marie-José Malis, les artistes auront, encore et encore, à chercher la matière, le feu de leur travail dans cette Commune si bien nommée, dans la force méconnue du peuple d’Aubervilliers.

Et un souhait « énorme » : que le théâtre redonne toute sa valeur au terme « intellectuel » ! Pensons, réfléchissons, les amis, cela vaudra mieux que de se fier à de tristes idées. Et n’ayons pas peur des grands mots : ils sont les bienvenus en cette période désabusée, pour nous faire sortir la tête de l’eau. Marie-José Malis a un an pour bousculer les habitudes et inventer de nouvelles pratiques d’alliance entre artistes et spectateurs, pour fêter en 2015 et dans une vraie joie, les cinquante ans d’un théâtre exemplaire. Et le talent du public, que l’on redécouvre à l’occasion de ces présentations de saison.

 

Christine Friedel

Le Livre dit de Marguerite Duras

Le Livre dit de Marguerite Duras, Entretiens de Duras filme, édition établie, présentée et annotée par Joëlle Pagès-Pindon

 
Au mois de mars 1981, à Trouville, Jean Mascolo et Jérôme Beaujour filment Marguerite Duras sur le tournage d’Agatha, soit un  documentaire intitulé Duras filme.
Joëlle Pagès-Pindon retranscrit dans cet ouvrage l’intégralité inédite des entretiens de Duras filme : elle nous propose d’assister à une véritable séance d’ «envoûtement ». C’est encore le prétexte à déceler les enjeux de la création en cours chez Marguerite Duras, la prééminence absolue de l’écrit à travers le texte, l’image et la voix à l’intérieur même de l’entrelacement du réel et du mythe.

Ce sont quatre jours de grâce et de bonheur pour le lecteur, face à la mer à l’hôtel des Roches, et dans cette chambre où se tient l’actrice durassienne Bulle Ogier : « Cette chambre face à la mer était la chambre de Proust. Elle donnait directement sur la mer. Il la reprenait toujours, elle lui était réservée. De son balcon,  il voyait la façade de la villa de Mademoiselle de Villeparisis ( ?) et Le Havre et toute la grande baie de Deauville jusqu’à Dives. » (Les Brouillons du livre dit )

On entend aussi la musique d’Agatha-la valse célèbre de Brahms. Ces Entretiens de Duras filme sont l’occasion d’écouter la grande dame des lettres contemporaines qui évoque, en vrac mais patiemment et de façon libre, le désir, l’inceste, l’homosexualité, les robes de Bulle Ogier, les bonheurs de l’été 80, la présence à ses côtés de son compagnon, Yann Andréa. De même, résonne une pensée sur l’art des prises de vue, sur la mer et les arbres, les livres et les films, la mort, les femmes et les hommes, le cinéma, l’amour maternel et le «gai désespoir».

Ce qui la rend à une sorte de fraîcheur d’exister, avoue encore Duras, c’est l’invention de Dieu, l’invention de la musique et  celle d’écrire : « Ce n’est pas du tout les croisades ou Napoléon, ou Marx, ou la Révolution française ! C’est plutôt un poème de Mallarmé, un poème de Rimbaud, tout Beethoven, tout Mozart, tout Bach. » L’idée même du bonheur, une idée du dix-neuvième siècle, désoblige l’auteure car elle suggère aussitôt l’insatisfaction.
Le bonheur consisterait à se connaître, une entreprise des plus difficiles. Le bonheur est avant tout une notion individuelle et individualiste :
« D’ailleurs, si le marxisme est mort, … c’est à cause du sort qui a été fait, depuis la Révolution française jusqu’à la Révolution de 1917, à la notion de bonheur des peuples. » On écoute, avec plaisir et sans jamais se lasser, la parole profonde de Duras sur l’un des thèmes fondateurs de son œuvre, le désir. La consommation du désir, dit-elle, est secondaire, et le désir en tant que tel,  en est le principal : «La consommation du désir est un retard sur le désir même. »

Et de citer Saint-Preux qui avance que le bonheur est bien précisément l’attente du bonheur, le moment même qui précède ce qu’on appelle bonheur, reconnu comme étant le seul qu’on puisse nommer ainsi. Il faut lire ce joyau sur le regard durassien, un regard qui jamais ne se baisse,  ni ne se dit vaincu, face à la vie.

 Véronique Hotte

 Les Cahiers de la N. R. F., Éditions Gallimard.

Livres et revues: Shakespeare, Genty, Sénèque

 Livres et revues:  Shakespeare, Genty, Sénèque…

Comme il vous plaira, de William Shakespeare, traduction de Jean-Michel Déprats, édition bilingue présentée par Gisèle Venet.

 

product_9782070407729_195x320Le spectateur de Comme il vous plaira reste bercé par le célèbre monologue à l’acte II, celui de Jacques le Mélancolique sur les sept âges de l’homme: «Le monde entier est un théâtre, Et tous, hommes et femmes, n’y sont que des acteurs ; ils ont leurs sorties et leurs entrées. Et chacun dans sa vie a plusieurs rôles à jouer, Dans un drame à sept âges. D’abord le nouveau-né… puis l’écolier geignard… Et puis l’amoureux… puis, le soldat…Puis, le juge de paix… Le sixième âge tourne au Pantalon décharné… Le tout dernier tableau, C’est la seconde enfance et la mémoire absente, Sans dents, sans yeux, sans goût, sans rien.»
Heureusement, avant que la vie n’en finisse avec nous, le théâtre du monde offre autant de spectacles qu’il y a de publics, et chacun joue à la fois sa partition d’acteur, et celle de spectateur, sautant même, si besoin, d’un genre à l’autre.
L’édition bilingue de la comédie shakespearienne créée aux alentours de 1600, et traduite par Jean-Michel Déprats, est présentée aujourd’hui et avec esprit, par  Gisèle Venet. La spécialiste du siècle élisabéthain se penche sur les sources de la comédie que le maître du théâtre du Globe s’amuse à moquer en « maniériste ». Démiurge ludique, il remet en jeu l’héritage de l’imitation et de la réécriture humanistes : le roman pastoral Rosalynde de Thomas Lodge, inspiré lui-même du lai breton Le Conte de Gamelin, probablement transmis au XIVème siècle par « cet autre passeur d’histoires pour imaginaire anglais, Geoffrey Chaucer ».
La pièce de Shakespeare invite à pénétrer dans la fameuse forêt d’Ardenne que Pétrarque cita en 1347. C’est le lieu littéraire du nouveau plaisir de souffrir, qui associe la souffrance de l’amant meurtri à la mélancolie, en renversant la perception de la nature qui fait de la forêt, un lieu secret où gît la peine d’aimer.
Dans cette forêt obscure, deux jeunes filles élisent domicile : Rosalinde, la fille du duc Aîné qui vit en exil dans la forêt, et Célia, la fille du duc Frédéric,  frère usurpateur des domaines de l’Aîné.
Les cousines audacieuses se libèrent de la tyrannie du duc et père usurpateur, et préfèrent les dangers de l’exil dont elles se protègent au moyen du déguisement et du travestissement. Ainsi, la comédie shakespearienne séduit la génération maniériste encline à « jouir des incertitudes du genre et des ambiguïtés du désir grâce à des personnages androgynes capables de changer d’apparence sexuelle sans heurt. »
Rosalinde jouera un jeune homme androgyne, Ganymède et Célia, une pauvre dame. Shakespeare jubile d’user de tous ces masques… d’autant qu’il ne dispose pas de comédiennes pour jouer les rôles féminins et que le jeu des travestis est frappé d’interdit par une morale  très puritaine.
En dans ces bois, hors du monde courtisan dont l’ordre est corrompu par l’arbitraire et la violence, le jeune Orlando, fils de sire Roland des Bois, souffre pourtant et encore de l’usurpation de ses biens par son frère aîné Olivier.
Mais la comédie réparatrice se termine de façon idyllique: Rosalinde/Ganymède épouse Orlando ; Olivier, le frère repenti, épouse Célia ; le berger Silvius, sa bergère Phoébé et le bouffon Pierre de Touche, sa chevrière Audrey. A chacun, sa chacune. Shakespeare se sert ici avec bonheur du déguisement et du travestissement. Théâtre dans le théâtre, la figure féminine exerce en actrice sa faculté d’illusion sur des figures spectatrices évoluant autour d’elle. Mais le public est, en dernière analyse, un spectateur en majesté éclairé.
On ne se lasse pas d’admirer Rosalinde, portant un pourpoint et des chausses, empruntant le langage et le comportement attribués à l’autre sexe. Elle invective Orlando en lui demandant combien de temps, il l’aimera après l’avoir possédée. Et à la réplique de l’amant : « Toujours, plus un jour », elle rétorque avec brio : « Dites « un jour » et supprimez « toujours » : non, non, Orlando, les hommes sont Avril quand ils font la cour, Décembre quand ils sont mariés. Les filles sont Mai, tant qu’elles sont filles, mais le ciel change quand elles sont épouses…»
Philosophie de l’existence, bouffonnerie et mélancolie, tous les ingrédients du chef-d’œuvre sont au rendez-vous pour une belle réussite  sur un plateau de  théâtre.

Véronique Hotte

Folio Théâtre, Gallimard. 5€

 

Paysages intérieurs de Philippe Genty.

 «On peut lire ce qui suit, ou tout au moins la première partie, comme une autobiographie (…) mais tel n’est pas mon propos. Les fragments, souvenirs, documents ont été réunis ici parce qu’ils sont à l’origine de créations.», écrit Philippe Genty en préambule.  Il procède par traces, celles d’une histoire personnelle mais  très vite indissociable d’un parcours de création: « J’ai fait mes études supérieures dans une 2 CV cabossée, j’ai eu des maîtres fabuleux, il parlaient un idiome qui m’était familier, l’idiome de l’image.»
  Au sortir d’une adolescence difficile, en 1961, grâce à une bourse de l’UNESCO, il entame un tour du monde en 2 CV. Il embarque en compagnie d’un ami, de son double marionnettique, Alexandre, et muni d’une caméra pour filmer les grands marionnettistes des pays de l’Est, de Turquie et, plus loin, d’Inde, du Japon, des Etats Unis et d’Amérique latine, en passant par l’Australie. Il a 23 ans.
  Cinq ans plus tard il en revient avec, dans ses valises, plein d’images et des techniques glanées dans tous les pays traversés (théâtre d’ombres en Inde, Bunraku au Japon, etc.). Sans oublier des amitiés et des rencontres amoureuses. Par la suite, il ne cessera jamais de voyager pour enrichir son vocabulaire (notamment les masques de Bali).
A son retour en France, il se lance, en compagnie de la danseuse Mary Underwood qui deviendra son associée et son épouse. Avec  d’abord de modestes spectacles de cabaret, comme Le Fakir. Très vite, vient le succès avec les fameuses autruches et aussi le chien Barnabé, à la télévision française. Sans oublier le Pierrot qui fit le tour du monde.A l’orée des années quatre-vingt, les moyens de production aidant, ses créations prennent une autre ampleur,et sont  invitées dans les théâtres nationaux et internationaux. Il y met les techniques les plus avancées au service d’un imaginaire spectaculaire, poétique et toujours renouvelé.
Le dernier qu’on a pu voir en France est  Ne m’oublie pas, reprise,  avec des élèves de l‘Ecole de théâtre de Verdal en Norvège (voir dans Le Théâtre du blog , Le festival des écoles du théâtre public à la Cartoucherie).
Bien qu’il ne soit pas un homme du texte, mais de l’image, Philippe Genty a le don de raconter. Il explore tout d’abord sa propre personnalité, non par nombrilisme mais pour comprendre la source de sa créativité. « Quelque chose en moi ne veut communiquer que par objet interposé, comme si cela représentait un danger extrême de s’exposer soi même. Une recherche d’effacement peut être à l’origine du désir d’être marionnettiste. » Il analyse aussi la question du double qu’il s’est forgé, Alex, et qui lui ouvre les portes d’un univers onirique : « Un clandestin qui s’est niché dans un coin de cette éponge qui me sert de cerveau », explique-t-il.
Au terme de son périple, en fin d’ouvrage et en guise de conclusion, Genty nous expose sa « boîte à outils », amorçant une réflexion théorique plus large sur l’art de la marionnette.On voyage avec plaisir dans les paysages intérieurs de cet homme de spectacle qui a su enrichir le répertoire de la marionnette, et qui a contribué à lui  donner ses lettres de noblesse.
Une iconographie abondante et de grande qualité picturale rend ce livre digne de rejoindre la bibliothèque des amateurs de théâtre.

 Mireille Davidovici

Editions  Actes -Sud 304 pages 35 euros.

 

Médée de Sénèque, traduction nouvelle de Blandine Le Callet.

 415BhjOJOaL._Sénèque, philosophe et homme politique, contemporain des années de sang de l’Empire romain jusqu’à Néron,  c’est le plus grand tragique de  son pays, et moraliste encore à travers sa vision au style concis et baroque,  et connu son goût des sentences. L’écriture tendue du dramaturge correspond ici à la violence du thème. Médée, la magicienne infanticide de la pièce éponyme de Sénèque, est un personnage monstrueux dont les replis noirs de l’âme mènent à des crimes ignobles. Petite fille du Soleil, Médée – selon le regard stoïcien – est un être incandescent, encline aux embrasements de la passion qui peuvent provoquer la fureur divine.
  Quand elle apprend la trahison de Jason qui s’apprête à épouser Créüse, fille de Créon, la sorcière Médée fait du feu l’instrument magnifique de sa vengeance. Et elle a déjà tué dans le passé son frère pour favoriser la fuite des Argonautes devant la flotte de son propre père, furieux qu’on lui ait dérobé la Toison d’or.
Médée embrase de son feu criminel,  sa rivale et son père,  et l’incendie communiqué au palais  menace de détruire Corinthe. Auparavant, elle aura assassiné ses propres fils (et ceux de Jason), brisant ainsi la descendance de l’infidèle, lui infligeant une peine inouïe en plus de ses sarcasmes. Puis L’infanticide s’évade en grimpant dans un char céleste envoyé par le Soleil.
Blandine Le Callet revient, dans sa préface, sur la transgression initiale commise par les Argonautes qui se sont aventurés les premiers sur la haute mer. Dès lors, un nouvel ordre du monde s’est instauré : la frugalité originelle de l’humanité a été remplacée par une avidité sans bornes.
Le chœur reconnaît qu’en jetant les hommes dans les affres de la convoitise et de la crainte, l’Argo, leur bateau, les a livrés aux passions. Le voyage a permis l’irruption de la barbarie dans un monde civilisé qui  relie la Grèce à la Colchide : « N’importe quel esquif peut parcourir la haute mer. Toutes les limites ont été repoussées et des villes ont édifié leurs murs sur de nouvelles terres… Dans de longues années, viendra un temps où Océan relâchera son emprise sur le monde. »
Si les nouvelles frontières géopolitiques instaurent le chaos planétaire, les frontières morales se brouillent également et la figure de Médée ne peut épouser que les ténèbres. Où est le Bien ? Où est le Mal ? Du côté de Médée qui tue ses enfants ? Du côté de Jason qui a obéi aveuglément à l’ordre impie de Pélias d’accomplir le voyage en Colchide ?
Selon Blandine Le Callet, Sénèque laisse entendre que le mal est partout : « Du côté de Médée, mais aussi de ses ennemis, il dresse le tableau très noir d’une humanité où bourreaux et victimes se confondent, tous également fous, tous également dignes des pires châtiments. »
Cette vision pessimiste qui installe le spectacle triomphal de la violence, puisque Médée la criminelle s’échappe sur son char céleste, rejoint notre monde contemporain…

Véronique Hotte

 Folio Théâtre Gallimard. 5 €

 

 

 

Les Intermittents suite… et fin?

Une réforme qui ne passe pas…

  Les festivals de cet été sont maintenant tous menacés à un degré ou à un autre: le statut même des intermittents du spectacle est en question, et les spectacles ne peuvent absolument pas fonctionner sans eux. S’il était vidé de son contenu ou à peu près, comme le voudrait le Medef, il n’aurait plus aucun sens. Les artistes et techniciens qui travaillent sous le régime de l’intermittence ont été patients mais sont bien décidés cette fois à ne pas se laisser faire! Bien entendu, l’équipe du Théâtre du Blog soutient  leurs revendications qui sont loin d’être déraisonnables.
L’histoire bégaie et la situation d’aujourd’hui rappelle celle de 2003, quand le gouvernement Raffarin avait laissé passer sans frémir une réforme qui rendait plus difficile l’accès au statut d’intermittent: un rapide retour de boomerang n’avait pas traîné: pour la première fois, le festival d’Avignon avait été annulé pour cause de grève, puis ceux d’Aix, La Rochelle, Rennes, etc…
intermittentsDepuis, manie bien française, les Ministères de la Culture successifs, de droite comme de gauche, ont laissé pourrir la situation, ce qui, c’est bien connu, est la meilleure façon de résoudre les problèmes! On nommait autrefois une commission,  façon polie  d’enterrer les choses; maintenant on met en place une « cellule de réflexion », ou on confie une mission… en espérant souvent que tout se perde au plus vite dans les sables chauds de l’été.

  Jean-Marc Ayrault n’avait pas réussi à prendre les indispensables mesures pour résoudre une crise qui couvait depuis de longs mois. Manuel Vals, lui, au moins, a vite perçu l’ampleur possible des dégâts à venir, notamment économiques pour une ville comme Avignon, et a confié au député socialiste Jean-Patrick Gille une mission sur l’assurance-chômage des artistes et des techniciens du spectacle, à charge pour lui de faire  des propositions.
Mais depuis, la machine s’est emballée, Le Printemps des comédiens à Montpellier a vu déjà plusieurs de ses spectacles annulés pour cause de grève;  Olivier Py, nouveau directeur du festival d’Avignon, Paul Rondin son secrétaire général avouent leur angoisse, et, avec la nouvelle maire de la Cité des Papes, Cécile Helle, ont reçu des représentants des intermittents, et sont en contact avec Manuel Vals. D’autres élus comme Martine Aubry, commencent à durcir le ton…
Et hier, c’est la direction du festival off d’Avignon qui mettait les points sur les i: elle soutient le mouvement, mais précise bien que les compagnies qui ont prévu de venir, ne pourront pas y renoncer, compte-tenu des budgets engagés et des conséquences sur leur travail futur, qu’occasionnerait l’annulation de leur spectacle en juillet.
Le in et le off est un vieux couple façon « jamais avec toi jamais sans toi », et on voit mal comment l’un des partenaires pourrait fonctionner sans l’autre, même si, en 2003, le off a continué en l’absence du in; mais le public comme les professionnels y seraient forcément beaucoup moins nombreux…


Jean-Patrick Gille, rapporteur en 2013 de la mission parlementaire sur les conditions d’emploi dans les métiers artistiques, a donc pour mission de dialoguer avec les parties concernées, et de remettre ses propositions au gouvernement sous quinze  jours »… Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre mais la tâche semble bien ardue, et personne ne semble croire à la possibilité d’une solution rapide.

Il y a deux ans, la Cour des comptes n’avait pas mâché ses mots et stigmatisait le milliard d’euros par an de déficit permanent qui plomberait, selon elle, le régime des intermittents puisqu’il n’y avait eu que 232 millions d’euros de cotisations en 2010. Tous les calculs ont montré, et depuis un bon moment, que ce n’était pas les bons chiffres et Jean-Patrick Gille, qui connaît très bien ce dossier complexe, a déjà annoncé la couleur: » L’évaluation de son déficit à 1 milliard d’euros relève d’une approche strictement comptable. Si celle-ci n’est pas en soi contestable, elle ne peut suffire à guider  la décision. Il est, somme toute, naturel qu’un dispositif d’assurance couvrant un risque particulièrement élevé pour une catégorie de la population — en l’occurrence le risque de chômage pour les intermittents du spectacle — soit déficitaire, au plan comptable, à la seule échelle de cette population ».
Et Michel Sapin, ministre des Finances, en a ajouté une louche en remettant sévèrement d’équerre les gens de la Cour des comptes…. Quant à François Rebsamen, le nouveau  ministre du travail, et Aurélie Filipetti, ministre de la Culture,  sont eux en service commandé, et font dans le rétropédalage: «Le gouvernement n’a pas le projet de remettre en cause le régime des intermittents.» Bref, la situation, à quelques semaines du début du festival d’Avignon, est loin d’être brillante…
Mais il n’y a pour le moment du moins, aucun échappatoire possible. Déjà, 2012, en effet (et personne ne l’a oublié!) le candidat Hollande, avait bien souligné « l’utilité de ce  statut  pour les bénéficiaires, mais aussi pour les employeurs qui ne pourraient pas vivre sans. Ce qui est contesté par un certain nombre de partenaires sociaux, c’est qu’il repose essentiellement sur les cotisations chômage. Il faut donc peut-être aller vers un financement plus diversifié.»

  Reste à savoir comment, mis au pied du mur, le gouvernement va pouvoir procéder, sous la pression évidente mais jamais avouée du Medef, pour trouver une solution, avec le moins de casse possible. Les intermittents, (un peu plus de 300.000 personnes en France, c’est à dire beaucoup plus qu’il y a une vingtaine d’années) constituent  un poids électoral non négligeable, et sont plutôt bien vus par la population.
Exaspérés, et pour la grande majorité d’entre eux, peu friqués, ils n’ont plus grand chose à perdre, sinon leurs salaires de juin et juillet, et veulent obtenir du gouvernement qu’il ne signe pas cette réforme qui doit être réexaminée, le 18 juin, par le Conseil national de l’emploi. Et on les comprend! Ils  ont appris, depuis plus de dix ans que l’affaire a commencé, à faire entendre leur voix, et cette fois, c’est bien clair, ils ne lâcheront rien.
Comme l’explique clairement Sébastien Chaigneau, délégué régional SYNPTAC/CGT Midi-Pyrénées:  » Notre syndicat refuse cet agrément et appelle à la grève qui a déjà lieu sous différentes formes: blocage de scènes, annulation de certains spectacles, entrée gratuite  du public comme au festival Rio Loco de Toulouse  dont  la mairie semble maintenant vouloir récupérer 75.000 € de billetterie!
Et cela  a un effet domino à Toulouse, puisque plusieurs théâtres dont le Théâtre du Pavé, se sont mis en grève. En fait, d’autres grands et petits festivals sont  très menacés, ainsi celui d’Aix-en-Provence dont le personnel menace aussi de faire grève. Quant à celui d’Avignon, s’il n’y a pas d’accord, c’est bien clair: Olivier Py l’a redit: les spectacles ne seront pas joués et cela entraînera une grave perte  financière pour la ville. En fait, comme vous le dites, c’est tout le système (qui date de 1945), qui est à revoir. Mais le gouvernement a grand peur que le Medef ne se retire de l’Unedic: c’est aussi et surtout une question de gros sous ».
Déjà, une trentaine d’intermittents ont occupé l’Opéra-Bastille, avant une représentation de La Traviata. Et Aurélie Filipetti a dû s’entretenir à Guise avec quelques d’entre eux absolument nus. Et David Bobee, nouveau directeur du Centre Dramatique de Rouen, qui monte Lucrèce Borgia aux Nuits de  Grignan (Drôme) est précis: «  Nous avons, à l’issue d’une assemblée générale qui s’est tenue le 11 juin, décidé de déposer un préavis de grève reconductible pour la soirée du 26 juin, jour de la première. La motion a été votée à l’unanimité (moins deux abstentions) par les équipes artistiques, administratives et techniques ».

Bref, tout le monde s’y met, et cela tangue sérieusement, et, en particulier dans les états majors des partis politiques. Jack Lang, ex-ministre de la Culture, a hier publiquement affirmé son soutien  à François Rebsamen et à Manuel Vals pour trouver une solution… Mais cela ne mange pas de pain.
Plus grave: le SYNDEAC, qui regroupe nombre de structures du spectacle vivant, est, lui, encore plus virulent: « Nous attendons d’un gouvernement de gauche autre chose que des Assises dilatoires et la promesse d’une caisse de bienfaisance. Et nous attendons toujours d’un gouvernement de gauche les preuves d’une ambition pour la culture. Agréer la convention en l’état relèverait d’une provocation au regard de la situation sociale de notre pays et de son niveau de chômage. Ce serait une erreur, voire une faute, à la veille des festivals d’été qui font le rayonnement international de notre pays : déjà le Printemps des comédiens de Montpellier est stoppé dans son envol… et demain? Il serait sage d’entendre enfin la juste colère des artistes, des techniciens, des professionnels de la culture. Il serait sage d’entendre aussi les inquiétudes que près de cent parlementaires et élus locaux ont adressées par courrier au ministre du Travail pour lui demander de ne pas signer ce texte ».
Quant aux  experts de la Direction Régionale des Affaires Culturelles d’Ile-de-France, ils ont refusé de siéger à la commission de juin! Ces experts bénévoles (directeurs de théâtre, critiques, comédiens ou metteurs en scène, etc…) sont des  gens de terrain qui connaissent très bien la situation des compagnies. Et ils sont lucides : « En raison de la menace qui pèse sur la création artistique et les emplois culturels, nous demandons que l’accord UNEDIC, signé par des partenaires sociaux le 22 mars dernier, ne soit pas agréé ».
« Nous nous joignons au mouvement de mobilisation déclenché par les intermittents et les précaires; nous demandons la réouverture des négociations sur la base des propositions du comité de suivi. Lequel comité, composé de parlementaires de différentes sensibilités et de partenaires sociaux du secteur, travaillant depuis plus de dix ans, a fait des propositions pertinentes, justes, adaptées et plus économiques pour la renégociation des annexes 8 et 10 dans le cadre de l’ensemble des négociations sur l’assurance chômage. La destruction progressive du régime des intermittents accélère la déchirure du tissu culturel français ».
En fait, c’est tout un système qui est menacé d’implosion et qui doit être revu d’urgence. Et le Ministère de la Culture ni les autres ministères concernés n’en feront l’économie. Mais il y a un véritable problème que personne n’ose évoquer: les politiques culturelles, déjà amorcées par la gauche au temps de Jack Lang, ont eu pour effet, à un moment où le pays n’a plus du tout les même marges de manœuvre financières, d’augmenter le  nombre de professionnels du spectacle vivant un peu plus de 300.000 en 2010.


Grande est la précarité de l’emploi dans ce domaine,  et  y a eu  sans doute quelques abus évidents sur l’assurance-chômage, mais le véritable scandale qui a souvent été dénoncé par les syndicats, ce sont ces faux CDI déguisés en cachets d’intermittent dans nombre de grosses boîtes de production audio-visuelle, y compris Radio-France! Ce que M. Gattaz, nouveau patron du Medef, feint d’ignorer.

Depuis, le ménage ait été un peu fait mais règne encore une grande  tolérance … En fait, la réalité du système dans le spectacle vivant est plus complexe, jamais dite mais bien réelle: oui, il y a eu de petites entorses à la loi, y compris dans quelques  centres dramatiques nationaux, où on a arrangé des fiches de paye pour qu’un comédien puisse  toucher l’allocation-chômage… Rien de grave, au regard des énormes tricheries des boîtes de production privées rappelées plus haut…
Mais en réalité dans le domaine du spectacle vivant, tout se passe avec une comptabilité, disons souterraine, ce que le Ministère de la Culture  sait bien: les répétitions et le travail technique en amont d’un spectacle sont en effet très souvent, peu, voire non payés! Ne soyons pas dupes: l’assurance-chômage des intermittents joue donc un rôle capital et ressemble donc à une subvention déguisée, puisque comédiens et techniciens ne perçoivent alors aucun salaire, ce qui arrange bien aussi le Ministère de la Culture, incapable de répondre via les D.R.A.C. à des demandes  en constante augmentation.
Et si le gouvernement laissait prendre la grave décision de vider de son contenu le régime actuel, surtout dans ses annexes 8 et 10,  il y aurait moins d’intermittents, donc moins de spectacles, puisqu’ils sont financés en partie par cette économie souterraine, et donc nombre de villes de festival pas forcément riches comme Avignon, en subiraient le contre-coup.

  Cet accord a été signé en fait sur le dos de la classe moyenne des intermittents par F.O., la CFDT et le Medef. En conservant le plus gros des dispositions de 2003, et en les durcissant: cumul entre salaire et indemnités chômage plafonné, cotisations sociales  augmentées donc perte de salaire net d’un peu moins de 1%;  et délai de carence  de trente  jours entre  le versement des allocations-chômage pour environ 45% et non plus 9 %. Avec environ 110. 000 bénéficiaires, pour 255.000 cotisants, et un minimum de  507 heures de travail sur  dix mois pour toucher une allocation, contre 610 heures sur  vingt-huit mois pour le régime général.
Ce dernier dispositif serait cependant en passe d’être revu mais c’est évidemment trop peu, et les représentants des intermittents sont plus radicaux: ils réclament à François Rebsamen  de suspendre  la procédure d’agrément de l’accord. Ce qui  constituerait déjà une  première  mesure d’apaisement….

Quand cet hiver, les « pigeons » ont commencé à crier leur colère, cela n’a pas trainé et  Jean-Marc Ayrault leur a vite donné satisfaction. A François Hollande de dire maintenant, si un artiste ou technicien du spectacle vivant, au statut des plus précaires, vaut moins qu’un directeur d’entreprise.  Réponse souhaitée avant le 18 juin. Merci.
C’est dire que Manuel Vals est, quoi qu’il fasse, dans une sorte d’impasse. Et on voit mal Aurélie Filipetti, ministre de la Culture, arriver dans la Cour d’Honneur du Palais des papes pour assister à un spectacle qui serait aussitôt annulé… Les intermittents  ont bien prévenu! Leurs techniciens, surtout, ont une réelle capacité de manœuvre, s’ils veulent que ne se déroule pas comme prévu tel ou tel spectacle, ou même la totalité d’un festival.
Alors, on fait quoi? En tout cas, Manuel Vals le sait bien: un camouflage de la situation  sous quelques mesurettes ne tiendrait pas bien longtemps… et il lui  faudrait alors opérer à chaud la réforme en profondeur que ses prédécesseurs de gauche comme de droite n’ont pas pu/voulu faire! Mais il lui faudra faire preuve d’imagination mais il y a urgence. Souvenons-nous: Alain Devaquet et son plan de réformes des universités, Edouard Balladur et son CIP, Alain Juppé et son plan de sauvegarde de la sécurité sociale, Villepin et son CPE… Pas question pour eux, disaient-ils, de reculer mais ils ont tous finalement cédé…
Dernières nouvelles : l’équipe artistique de Cyrano de Bergerac et une partie du personnel de l’Odéon (un théâtre national!) feront grève le 17 juin pour affirmer leur solidarité avec le mouvement des intermittents et exiger le non-agrément de l’accord du 22 mars 2014.

Olivier Py, le nouveau directeur du Festival d’Avignon dit aujourd’hui que « si cet accord est signé, il y aura grève et probablement annulation. Il n’y a absolument aucun doute là-dessus; je n’ai pas le droit d’interdire la moindre grève. Je me battrai pour qu’il n’y ait pas de grève bien évidemment, parce que je crois que les conséquences pour le festival seraient absolument dramatiques, voire fatales ».
Et le Théâtre du Rond-Point, qui s’y met aussi, appelle à un rassemblement citoyen lundi 16 juin à 11h30, place de la Concorde  » la cause des Intermittents du spectacle étant celle de la défense des libertés fondamentales de la République ». Avant le grand rassemblement au Palais-Royal, ce même lundi 16 juin à 14h 30. Denis Podalydès, sociétaire de la Comédie-Française, lui aussi, déclare soutenir les intermittents.
La situation est donc explosive- Manuel Vals semble ne rien vouloir céder – et le compte à rebours a commencé:  le 18, l’accord doit être ou non signé! Nous vous tiendrons, bien sûr, au courant de la suite de ce triste feuilleton à la française… Un chose, au moins, est sûre: ni le gouvernement ni les festivals de cet été ne sortiront indemnes de cette épreuve; si celui d’Avignon devait être annulé en totalité, ou en partie, faute d’accord, cela aurait pour conséquence évidente une perte financière qu’il faudra éponger sur plusieurs années.
Vous avez dit un beau gâchis? En tout cas, du moins, pour le moment (voir plus haut),  Manuel Vals ne parait toujours  pas d’humeur à céder! Et la parole d’Aurélie Filipetti semble de peu de poids…
Mais les enjeux artistiques et financiers sont tels que l’on voit mal  comment il ne pourrait pas déjà exister des négociations en coulisses, de façon à  ce que personne n’y laisse trop de plumes…
A suivre…

Philippe du Vignal

 

 

 

 

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Le Balcon, opéra de Peter Eötvös

Le Balcon, opéra de Peter Eötvös, livret de Françoise Morvan d’après la pièce de Jean Genet, direction musicale de Maxime Pascal, mise en scène de Damien Bigourdan

 

Leçon de choses, leçon de théâtre, Le Balcon condense l’esthétique un peu sauvage et teigneuse du poète dramatique, filée comme la gloire en majesté du simulacre, du masque et de l’illusion. L’allégorie évanescente de cette vision de l’art portée froidement sur un monde trivial est incarnée par la fameuse Madame Irma – ici, le contre-ténor Rodrigo Ferreira. Telle est unere maquerelle accomplie, une icône d’excellence travestie qui règne dans son espace symbolique et théâtral, un bordel ou un claque de vraie pacotille.
Damien Bigourdan a chargé le plateau d’un maximum d’accessoires SM, cagoules et combinaisons noires, vêtures impudiquement fendues, fouets et postures de victimes à terre – hommes ou bêtes. Mais ce monde dérisoire est pris un peu trop au pied de la lettre et réduitle propos burlesque aux seuls jeux fantasques de l’érotisme et à un inventaire comique des satisfactions dans l’ordre des pulsions sexuelles.
Même les instrumentistes sont costumés, chef compris, et on note la présence d’
instruments insolites comme le strohvol, un violon midi avec pavillon, à côté de la  clarinette, de la contrebasse, de la trompette et du cor, des instruments de théâtre en soi. À l’extérieur, règne le monde pragmatique avec son désir insatiable de révolution que scandent des rafales de mitraillette. Loin des insurgés, la maison d’illusions reçoit sesvisiteursqui revêtent les figures costumées du pouvoir – le Juge, le Général, l’Évêque -, le temps d’une passe et d’une pute, et l’occasion faisant le larron, le geste de jouer revient ainsi à jouir,  quand tout autour de soi s’effondre.

Le Balcon, opéra de Peter Eötvös dans actualites wpid-Photo-20140531214904Théâtre ou bordel, ces lieux indiscrets ont en commun la capacité de déployer les trésors inépuisables que recèlent les banques de l’imaginaire, leurs figures rêvées, leurs spectres à peine entrevus, une foule de fantasmes enfin autorisés et vécus. Une planche de salut pour ces errants que sont les êtres jetés sur la scène de la vie. Toutefois, la mort rôde, et Arthur – Virgile Ancely – qui devait jouer un cadavre pour une représentation du soir, a pris le risque de se faire tuer en sortant dans la rue. De plus, l’Envoyé de la cour – Benjamin Locher – informe que la Reine est morte : Madame Irma endossera sa robe royale pour mettre à bas la révolte.
Le compositeur hongrois Peter Eötvös a tiré de la pièce de Genet un opéra de chambre dont le livret est écrit avec clarté par Françoise Morvan.Disciple de Stockhausen, invité de Pierre Boulez à l’I.R.C.A.M. et ancien directeur de l’Ensemble Inter-contemporain, il aime se promener de côté de Kurt Weill et du jazz. L’œuvre est reprise par l’ensemble musical des jeunes et vifs interprètes du Balconune appellation choisie - que dirige la volubilité gestuelle de Maxime Pascal. Sous la verve d’un tel chef, la partition égrène ses rythmes colorés dans une effervescence endiablée. La projection sonore de Florent Derex souligne le talent des chanteurs dans les sons murmurés, les souffles et les râles. Saluons l’élégance majestueuse et la souplesse vocale de Rodrigo Ferreira, le rayonnement de la soprano Shigeco Hata, la fraîcheur d’Élise Chauvin et de Laura Holm,et l’autorité virile des voix de Florent Baffi, Patrick Kabongo, Vincent Vantyghem, Guillaume Andrieux et Jean-Claude Saragosse.  Un Balcon  d’où l’on se penche, avec enthousiasme et goût du vertige.

 

Véronique Hotte

 

Théâtre de L’Athénée Louis Jouvet, du 20 au 24 mai.

 

La saison 2014-2015 au Théâtre de la Ville

La saison 2014-2015 au Théâtre de la Ville dans actualites wpid-Photo-20140528004853

La saison 2014-2015 au Théâtre de la Ville.

 

    Dominique Alduy, la Présidente du Théâtre de la Ville s’est félicitée des très  bons résultats de la saison passée, c’est 255.000 spectateurs, 160.000 abonnés , et 95.000 places payantes pour les non abonnés sur les deux sites: place du Châtelet et aux Abbesses, ce qui est évidemment due à une politique artistique très pointue, et une approche du public en particulier, les jeunes avec 55.000 de moins de trente ans et la création de 32 ateliers dans le cadre des aménagements du rythme scolaire…Anne Hidalgo, la nouvelle Maire de Paris comme l’adjoint à la Culture, se faisaient remarquer par leur absence. Dommage! Surtout à un moment où la Culture prend des coups de tous les côtés.

Emmanuel Demarcy-Motta,  avec, comme d’habitude un langage brillant et précis, dont cela va être la sixième saison à la tête de ce grand bateau va encore augmenter la voilure avec, au total, 101 spectacles pour plus de 600 représentations et a salué l’efficacité du travail de son équipe. Le point noir, a-t-il dit, restant le vieillissement évident de l’équipement technique de ce  théâtre réaménagé en 68, auquel il va falloir très vite s’attaquer.
Côté théâtre, pas de grande surprise mais des auteurs classiques avec des créations  que l’on n’a pas encore vues en France, comme Mère Courage du Berliner Ensemble dans la mise en scène de Claus Peymann, et Le Mariage de Maria Braun d’après Rainer Werner Fassbinder, dans la mise en scène de Thomas Ostermeier, ou Antigone par le metteur en scène belge Ivo van Hove avec Juliette Binoche.  Ou vu pour quelques représentations à la Maison de la Culture du Japon, comme le très remarquable spectacle de Kunio Shimizu, mis en scène par Yukio Ninagawa, Corbeaux! Nos fusils sont chargés (voir Le Théâtre du Blog) où, face à une justice véreuse, des grands-mères débarquent au tribunal où comparaissent leurs petits-fils…
Emmanuel Demarcy-Motta lui montera Six personnages en quête d’auteur de Pirandello; et   reprendra l’excellent Faiseur de Balzac qui a connu cette année un beau succès.  Il a aussi fait appel à Olivier Py avec Orlando ou l’impatience, qui sera créé au prochain festival d’Avignon.Innovation comme à l’Odéon l’an passé, Emmanuel Demarcy-Motta a offert ses plateaux à deux jeunes metteuses en scène: Mélanie Leray  avec La Mégère apprivoisée et  le collectif In vitro de Julie Deliquet (voir Le Théâtre du Blog) avec un tryptique La Noce de Brecht, Derniers remords avant l’oubli de Jean-Luc Lagarce et Nous somme seuls maintenant, une création collective. Ce qui est une excellente chose , à un époque où on le sait, « parvenir, pour de jeunes compagnies à entrer dans la forteresse » comme le disait finement Antoine Vitez, devient des plus difficiles.
Bref, Emmanuel Demarcy-Motta a plusieurs fois insisté sur la rigueur budgétaire nécessaire  dans son théâtre, et sur la mutualisation des moyens en particulier avec le Festival d’Automne dont il est aussi directeur, surtout en période de vaches maigres, mais aussi sur l’ouverture qu’il a généreusement initiée et confirmée vers les théâtres des pays étrangers, notamment les moins fortunés comme ceux du Sud (Grèce, Portugal…) avec en particulier Les Chantiers d’Europe qui vont débuter en juin prochain comme chaque année depuis quatre ans.  Et sur la collaboration qu’il veut développer encore davantage avec de lieux comme le Cent-Quatre, le Grand Parquet, Le Théâtre de la Cité universitaire, Le Nouveau théâtre de Montreuil… Comme avec l’Education nationale.
Emmanuel Demarcy Motta a aussi salué Anne-Marie Bigorne, la très efficace directrice du service de presse, déjà aux manettes sous le règne de Jean Mercure le fondateur du Théâtre de la Ville , puis de Gérard Violette, qui part bientôt à la retraite. C’est un des piliers de son équipe qui s’en va…

Philippe du Vignal


Comme pour celle du théâtre, la programmation danse au Théâtre de la Ville se fait parfois en partenariat avec d’autres scènes, en particulier avec le Théâtre du Châtelet qui présente avec le Tanztheater de Wuppertal Nelken, la pièce mythique de Pina Bausch, entre le 12 et 17 mai. Ensuite Pour les enfants d’hier, d’aujourd’hui et de demain, programmé du 21 au 30 mai, la troupe de retrouvera son théâtre de cœur, le Théâtre de la Ville. Cette collaboration sur trois semaines va multiplier par deux l’offre proposée aux spectateurs, soit 20.000 places. Il y aura trente pièces de danse de douze pays, et plus de 100.000 places…
La nouvelle saison met à l’honneur un autre grand chorégraphe, William Forsythe qui  a décidé de quitter la fonction de directeur artistique de sa compagnie;  le festival d’Automne va lui rendre hommage en lui dédiant une programmation dans plusieurs lieux, avec plusieurs compagnies : à commencer par la sienne au théâtre National de Chaillot puis, au Théâtre de la Ville, avec le Semperoper Ballet de Dresde et le Ballet de l’Opéra de Lyon.
Les habitués : Maguy Marin, Boris Charmatz, Ambra Senatore, Angelin Prejlocaj, Robyn Orlin, Rachid Ouramdane, Hofesh Shechter, et Ana Teresa De Keersmaeker seront aussi présents et u-
n revenant du passé, Georges Appaix, est invité en octobre. Et le  spectacle très attendu de Akram Khan et Israel Galvan,  sera présenté pendant les fêtes de Noël. A ne pas manquer: la reprise de Plexus dansé par Kaori Ito et mis en scène par Aurélien Bory, ni la nouvelle création de Peeping Tom.
Au total, vingt cinq spectacles de danse,
dont plusieurs découvertes comme Vincent Dupont, Simon Tanguy (2ème prix au concours de Danse élargie 2010), Lucy Guérin, Le Tao Dance Theater  chinois. Donc une saison riche et variée…

 

Jean Couturier

 

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