Enfin le Cinéma ! Arts, images et spectacles en France (1833-1907)

Enfin le Cinéma ! Arts, images et spectacles en France (1833-1907) 

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 Jean-Luc Godard nous rappelle que le cinéma fut inventé par le XIXème siècle et cette exposition met en regard ses premiers balbutiements et des œuvres picturales du Musée d’Orsay ou d’autres collections. Il s’agit moins, pour Dominique Païni, commissaire, de traiter l’invention du cinéma, que d’en faire voir les prémices dans les peintures, sculptures, photos…

La période qui va de 1833 à 1907 connut une prodigieuse accélération du temps et de l’espace et l’on voit ici combien l’œil des contemporains était déjà exercé à recevoir le septième art. Les premières projections de «photographies animées» par les frères Lumière, à Paris, en 1895, sont les dernières-nées d’une longue succession de dispositifs visuels, attractions, panoramas, musées de cire, illusionnistes de foire… qui trouvera son apogée à l’Exposition universelle de 1900 à Paris.

Les images animées accompagnent des pratiques urbaines qui ont été révolutionnées par le progrès technique et la modernité des arts plastiques, ici bien mis en exergue.  Les peintres, en travaillant sur la lumière, saisissent le mouvement sur le vif : comme les passants du Boulevard Montmartre de Camille Pissarro, ou du temps changeant dans les toiles de Claude Monet  peignant La Cathédrale de Rouen.

Félix Vallotton, lui, avec La Valse, fait danser ses personnages ou représente des scènes de rue dans Les Passants, deux merveilleuses petites huiles sur carton aux traits épurés et perspectives aplaties. Mais il reproduit aussi les couleurs d’un grand magasin avec un saisissant triptyque du Bon Marché. Auguste Rodin impulse à ses sculptures en pierre un formidable élan, tout comme les frères Lumière font jaillir sur écran La Danse au sept voiles de Loïe Fuller, ou filment l’agitation de la ville et celle des cellules du sang. Alice Guy fait ruisseler l’eau d’un torrent sur le corps des baigneurs… Enfin le Cinéma ! rend justice à cette artiste contemporaine des frères Lumière et de Léon Gaumont, injustement oubliée de l’histoire du cinéma.

 Théâtre et cinéma font ici bon ménage, avec des captations de pièces sur scène ou in situ.Comme le fameux duel du Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand, filmé et accompagné par une bande sonore gravée sur cylindre de cire. Presque synchrone ! Des lieux de spectacle deviennent aussi ceux de l’image qui tend bientôt à prendre son autonomie et qui trouve sa propre forme narrative, moins grandiloquente. La peinture commence à s’éloigner du spectaculaire comme celui des scènes historiques du peintre Jean-Léon Gérôme qui sont de véritables mises en scène, ancêtres des péplums. Et le cinéma va aussi se libérer de l’académisme pesant de certaines fictions théâtrales.

Deux tendances dans ces images mouvantes: recherche d’un nouveau réalisme avec l’apparition de véritables documentaires, notamment les scènes de la vie urbaine à Paris ou à Lyon et les reportages pittoresques des frères Lumière…. Mais aussi recherche du spectaculaire et de l’illusion chez Georges Méliès. Nous découvrons ici un film peu connu de l’auteur du Voyage dans la lune où une statue prend vie sous l’œil médusé du sculpteur.

L’exposition, non chronologique d’œuvres souvent méconnues, est organisée de manière synchronique autour de thèmes comme : spectacle de la ville, volonté d’enregistrer la Nature, représentation du corps masculin : sportif fringant ou travailleur fatigué, voyeurisme du corps féminin, narration historique… Elle se conclut vers 1906: la durée des films s’allonge, les projections se sédentarisent dans les salles et le cinéma accède au rang de septième art sur lequel cette exposition nous invite à porter un regard neuf et pertinent, en le replaçant au sein des mouvements esthétiques du XIX ème siècle. A voir absolument…

 Mireille Davidovici

 Jusqu’au 16 janvier, Musée d’Orsay, 1 rue de la Légion d’honneur, Paris (VII ème). 

 

 

 

 


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Le Bruit des loups, création et interprétation d’Etienne Saglio, musique de Madeleine Cazenave

Le Bruit des loups, création et interprétation d’Etienne Saglio, musique de Madeleine Cazenave

Auteur associé au Théâtre du Rond-Point à Paris, jongleur et magicien, Étienne Saglio a été formé par Raphaël Navarro ( voir Le Théâtre du Blog). C’est, comme il dit, « un spectacle en forme de conte » d’abord dans une grande salle au carrelage noir assez bizarre. Le magicien  balaye quelques feuilles mortes qui renaissent sans arrêt, toujours plus nombreuses. Une grande plante verte sort de son pot, et au fond, une porte étroite comme dans les contes de fées où on on aperçoit la silhouette d’un géant très inquiétant.

 

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Etienne Saglio attrape un gros rat qu’il remet dans la coulisse mais le même rat se retrouve aussitôt sur une étagère et il le croquera en recrachant la longue queue du dit rat…. La scénographie de Benjamin Gabrié relève de l »excellence et, en quelques secondes, nous allons passer de cet inquiétant espace clos tout en perspective, à une forêt envoûtante avec tapis de feuilles mortes et une vingtaines de gros arbres majestueux… Il y a successivement un adulte et un enfant pareillement habillés d’un pantalon rouge, des chants d’oiseaux plus vrais que nature, un loup qui vient rôder auprès d’un corps tombé des cintres, et au fond, une forêt avec un beau cerf qui se tourne vers nous. C’est à la fois absolument invraisemblable et d’un réalisme absolu dans un cocktail espace-temps très réussi. Il y a une véritable merveille : un renard qui marche sur deux pattes et se balade au début en bord de scène avec un écriteau où est inscrit le logo : interdiction de portable… Tout cela sur les mélodies au piano de Madeleine Cazenave… Renard espiègle et sautillant que l’on retrouvera plusieurs fois tout au long du spectacle comme cette plante à silhouette humaine qui enserre de ses bars l’homme seul en scène.

Utopie ou réalité? On ne sait jamais trop et le spectacle a toute la saveur inimitable de l’imaginaire d’un beau livre pour enfants, de ceux qui favorisent les rêves. Et il y a vers la fin, des coups de tonnerre là-aussi hyper-réalistes…. L’enfant et le loup mais aussi le cerf et cet incroyable renard qui cabotine un peu… Nous ne vous dévoilerons pas bien entendu les mécanismes de magie grâce auxquels Etienne Saglio parvient à donner une dimension aussi onirique à ce spectacle d’une heure vingt qui dure le temps d’un rêve éveillé de quelques minutes mais encre une fois c’est d’une exceptionnelle qualité artistique.

Bien entendu, pour que tout univers fonctionne et qu’Etienne Saglio arrive à créer cet imaginaire collectif avec des personnages mythiques proches du petite chaperon rouge, du Géant, des grands et petits animaux de la forêt, il y faut un grand et long travail en amont mais aussi le savoir-faire de toute une équipe en matière de magie: création informatique et technologies, téléguidage, conception d’un plateau spécial, prestidigitation et illusionnisme, direction des trois acteurs seulement, création lumière et sons… Tout ici est très impressionnant et le public a salué debout cette performance exceptionnelle d’Etienne Saglio, Bastien Lambert, en alternance avec  Murielle Martinelli, et Guillaume Delaunay, Émile, Boston. Que vous soyez Parisiens ou non, ne ratez pas surtout ce spectacle qui est sans aucun doute le meilleur et le plus poétique de cette rentrée…

 Philippe du Vignal

Du 3 au 20 novembre, Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, Paris (VIII ème). T. : 01 454 95 98 21.

Et à Fréjus, Quimper, Laval, Annecy, Maubeuge, Genève et Fribourg (Suisse), Nice, Angers, Châteauroux, Vendôme, Calais, Chalon-sur-Saône, Clermont-Ferrand, Bourges, Strasbourg, Rennes…

Entretien avec Calista Sinclair

Entretien avec Calista Sinclair

© Sébastien Rande

© Sébastien Rande

-Une magicienne, ce n’est pas si fréquent…

-Non, c’est vrai; j’ai d’abord été l’assistant presque invisible (Bernard Black) d’Eric Antoine, à partir de 2007. J’ai une formation de danseuse puis j’ai rencontré Éric qui était dans ma classe à l’Ecole Jacques Lecoq à Paris.  J’imaginais la magie comme un art un peu ringard car on voit souvent les mêmes tours. Mais, quand j’ai commencé de jouer dans un spectacle de cet art pour la première fois, j’ai compris sa force particulière : le lien avec le public est direct et l’émotion immédiate. Rien de comparable comme la surprise, le rire ou l’émerveillement du public quand ils sont dans l’illusion. Dans Mystéric, j’ai fait mon premier tour de magie seule en scène avec le personnage de Bernard : c’était le Silent Treatment. J’ai appris ce tour avec Éric, Gérard Bakner, Dominique et Alexandra Duvivier Nous avions écrit le texte avec Étienne de Balasy. La première fois, je me souviens d’avoir été très surprise que le tour ait fonctionné ! Je me sentais exposée, j’avais l’impression que le public voyait ce que je faisais. J’ai appris à prendre confiance mais la pression pour réussir un tour est particulière en magie, on n’est jamais complètement détendu. 

Ma rencontre avec Éric Antoine fut importante sur le plan artistique. Mais souvent les retours du public nous aident et nous encouragent aussi dans notre parcours, comme notre entourage proche, nos assistants et techniciens qui donnent énormément à chaque spectacle sans être dans la lumière. En ce moment, je travaille avec Fleur Houdinière qui est productrice et qui me guide beaucoup pour écrire mon spectacle. Même si j’essaie de ne pas trop me concentrer sur les choses qui pourraient freiner notre développement car tous les obstacles font partie du chemin. Nous sommes souvent freinés par les budgets et le covid nous a aussi donné une bonne claque !

En ce moment, j’essaie d’écrire un spectacle magique à partir d’une histoire. Et cela m’oblige à inventer des tours pour raconter quelque chose, au lieu d’essayer de le faire avec un tour existant déjà. Un processus douloureux : on peut se tromper et créer un tour qui ne fonctionne pas…
Parfois, je choisis un tour qui existe déjà et essaye de le réaliser d’une façon originale mais je n’y arrive pas. S’il marche, il y a des raisons et c’est compliqué d’ajuster les détails. Plus facile de trouver un tour de magie sans déjà se poser la question de savoir ce qu’on aimerait raconter, puis de fabriquer des solutions soi-même. Au début, j’étais bloquée par l’idée que je ne savais pas bricoler. Maintenant je m’entoure de bons techniciens et je bricole à ma propre façon. J’ai un peu de mal à gérer la vie quotidienne, quand je crée un spectacle, cela exige 100% de mon attention. Il faut donner sa vie pour en insuffler dans son travail. 

-Quels artistes vous ont influencé ?

-Entre autres, Philippe Genty, la compagnie 14:20, Etienne Saglio et Yann Frisch  (voir Le Théâtre du Blog), Blizzard Concept, le Cirque du Soleil, la metteuse en scène Julie Taymor qui a mis en scène Le Roi Lion. Et je suis très impressionnée par David Copperfield, le maître de la magie moderne, Derren Brown et Derek Del Gaudio, même si leur magie est très différente de ce que je fais. Tous ont travaillé avec Sébastien Clergue, donc je dois aussi être marqué par lui!  Je préfère la magie de scène car je suis une enfant du théâtre qui, pour moi, est la vraie magie, un lieu de rencontres, transformations et cérémonies. 

J’adore regarder les enfants pour ne pas oublier ce que veut dire jouer. Comme danseuse, j’ai travaillé avec une compagnie aborigène en Australie, mon pays natal et ai l’envie d’exprimer des choses avec mon corpsl Je suis profondément touchée par cette culture et l’expression de l’esprit de cette terre qui me manque. Et l’enseignement de Jacques Lecoq continue à m’influencer toujours : c’est  l’école du corps dans l’espace, du clown, du masque et du mime…

- Quelques mots à un débutant ?

- 1) Ne cherchez pas le succès mais l’échange magique avec votre public. 2 ) Qu’il soit de mille personnes n’est pas plus important, que celui de trois personnes. 3) L’importance est l’émotion que vous leur donnerez et comment vous pourrez agir sur leur vie, par exemple, avec une simple sourire. 4) Formez votre voix, votre corps, votre sens du théâtre et votre musicalité : la magie se trouve au croisement… J’aimerais qu’elle soit considérée comme un art à part entière en France, et non comme un passe-temps ou un divertissement. Je pense que l’accès à la formation va démocratiser la magie et ouvrir des portes vers la créativité. Comme celle dispensée par Raphaël Navarro et Valentine Losseau au C.N.A.C.

Pour le moment, seules les filles ou les femmes de magiciens arrivent à pratiquer cet art en France et la transmission reste paternaliste…. J’aimerais inspirer des créations et transmettre. Si, entre femmes, nous partagions nos compétences et techniques, ferions-nous les choses différemment des hommes ? » En tout cas, je ne peux pas séparer culture et magie, et inversement.  Mais il y a l’art subventionné et le monde -souvent privé- de la magie. L’argent public devrait aussi subventionner nos spectacles ; les gens en France ont envie de les voir et cela rendrait aussi les théâtres municipaux plus accessibles. Les artistes qui travaillent dans le privé devraient se cultiver au maximum, en observant les mouvements des autres formes artistiques en France, pour ne pas rester entre eux et pouvoir faire avancer leur art en général. 

-Et dans la vie ?

Il y a ma famille, le trampoline, mes chiens, le yoga, les randonnées au soleil, la mer…

Sébastien Bazou

 Interview réalisée le 25 octobre.

 

 

Livres et revues : Steens de Hjalmar, Frictions, Ubu, Jeu

Livres et revues

Steens, l’Homme qui s’amuse avec la mort de Hjalmar

 L’auteur de cette biographie est un magicien reconnu qui, avec son épouse, a présenté ses spectacles dans le monde entier et a exposé une partie de sa collection en 95-96 au Musée d’Orsay. Il a écrit de nombreux articles techniques et historiques sur la prestidigitation. Né en 1881 à Moutiers-Saint-Jean (Côte d’Or), Charles-Louis-Fernand Brisbarre fut mouleur en cuivre à Paris, puis on ne sait comment il en vint vers 1906, sous le nom de Steens, à l’illusionnisme, en particulier à cet art de l’évasion, maintenant dit escapologie.   Le magicien doit en un temps record -il doit toujours y avoir une impression d’urgence pour le public- sortir d’un coffre solidement cadenassé, se débarrasser de cordes, chaînes…etc..

©xCela exige à la fois souplesse, endurance, force mais aussi sang-froid et un excellent savoir-faire… Le grand spécialiste vers 1900 en était le célèbre Harry Houdini: Ehrich Weisz (1874-1926) prit ce pseudonyme en hommage au grand magicien français Jean-Eugène Robert Houdin (1805-1871). Il pouvait s’évader d’une malle remplie d’eau fermée par des chaînes ou d’un cercueil bien enterré. Steens commença sa carrière en 1906 avec ce qu’on appelle techniquement le double empalmage de cartes à jouer: faire disparaître des cartes derrière une main puis les faire réapparaître. Un des autres tours était le Petit paravent aux apparitions ou dit Paravent japonais. Composé de trois éléments d’un centimètre d’épaisseur et montés sur six pieds articulés entre eux, dont Steens faisait sortir cages,lanterne allumée, saucisses, fleurs… Puis, le premier en France, il se consacra à l’escapologie en se jetant enchaîné dans la Marne pour réapparaître libre quelques instants plus tard. Et il s’évadera facilement d’une marmite fermée où il est immergé ou d’une grande caisse soigneusement ficelée et contrôlée par des spectateurs. Steens devenu célèbre fut ensuite invité dans le monde entier… Puis il se retira dans son village où il buvait beaucoup trop d’absinthe, vendit tout son matériel en 1938 avant de disparaître, assez oublié, l’année suivante…

Ce livre est riche de documents historiques: remarquables affiches, photos de spectacles, cartes postales… et trop ? nombreuses notes en bas de page. Et son auteur a bien su mettre en lumière la vie professionnelle de cet artiste disparu. Mais cette biographie qui a sans doute demandé un gros travail de recherche, aurait mérité une maquette solide et une meilleure relecture. Pourquoi ce doublon de quelques pages et cette absence systématique de justification en fin de ligne qui gêne la lecture? Dommage! Mais que cela ne vous empêche pas de faire connaissance avec ce célèbre mais bien oublié magicien français qui fut un peu le David Copperfield de son temps…

Philippe du Vignal

Frictions n° 33

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 «Nous y voilà donc, transformés en peuple de fantômes dans un monde égal à lui-même, c’est-à-dire en pleine déliquescence (…) soudainement révélé aux yeux de tous », écrit Jean-Pierre Han dans son éditorial. Ce numéro de la revue revient sur l’après Covid avec, en couverture, une seringue… Piqûre de rappel, annonçant les courtes et fines analyses d’Edward Bond sur la crise du Covid.

 Le dramaturge britannique voit la pandémie comme un révélateur. Dans La crise du coronavirus et la réalité démasquée, il démontre brillamment que « le système capitaliste fait marcher le monde sur la tête » : « L’origine du virus se trouve en Chine parce que c’est une nouvelle société au capitalisme débridé ». Dans la post-face à sa pièce Le Voleur de Chaussures, il démontre que les crises, sanitaires et climatiques, sont liées car ce système « pille la terre, déforme la réalité non seulement pour augmenter ses profits mais pour contrôler et séduire l’ancien prolétariat maintenant devenu classe consommatrice ». Le capitalisme « façonne la culture qui permet l’existence même de ce système » et pour Edward Bond : « Notre théâtre est aussi paralysé que le reste de la culture du divertissement. Nous avons de bons dramaturges qui écrivent de bonnes pièces à propos des maux de la société. Mais leurs pièces n’ont qu’un effet cosmétique. » Au terme de son implacable démonstration, il entrevoit une solution : «Une démocratie juste », difficile à créer, «parce que nous n’essayons même pas ». Ces Corona Papers sont introduits par Jérôme Hankins qui analyse les thématiques bondiennes en concluant avec l’écrivain, qu’il traduit et met en scène depuis des années : « Nous devons de nouveau faire confiance au théâtre ».

L’écrivain et metteur en scène Jean Lambert-Wild revient sur la fonction de l’artiste dans la société qui en est venue à distinguer ces derniers temps l’inessentiel , de l’essentiel. Reprenant  ce vocabulaire : « cette notification qu’on ne sert à rien », Pas de gilets de sauvetage pour les poètes file la métaphore du naufrage : « le bateau coule, je n’ai pas de gilet de sauvetage, mes camarades non plus » pour appeler à la résistance : « la bonne nouvelle, cela nous laisse encore une chance de flotter. »

Simon Capelle lui fait écho : « Dans le bataille contre le virus, nous ne servons à rien, peut-être parce qu’auparavant déjà, nous ne servions plus à grand chose ». Mais il se réfère à Antonin Artaud pour affirmer avec lui l’essentialité du théâtre : « Du point de vue humain, l’action du théâtre comme celle de la peste est bienfaisante, car elle pousse les hommes à se voir tels qu’ils sont ». Il consacre à l’auteur du Théâtre de la cruauté un article très argumenté portant notamment sur son projet Prophétie, qui le mena en Irlande sur les pas de William Butler Yeats en 1937, avant neuf années d’asile, notamment à Rodez… Simon Capelle a refait ce voyage d’île en île et nous en livre un récit à la fois documentaire et poétique..

Olivier Neveux, lui, en fin chercheur en histoire et esthétique du théâtre, pose la question paradoxale du politique dans le théâtre de Jean Genet. Ses réponses nous étonneront : « Si on l’étudie, soucieux quelques uns des aspects attestés du théâtre politique, on est bien décontenancé… »

Dans ce numéro superbement illustré par les images en pleine page de John de La Canne, l’étonnant portfolio de Bruno Boëglin qui révèle les talents de peintre de ce comédien et metteur en scène. L’association des amis de Bruno Boëglin a publié des reproductions de ses œuvres dans Bruno Boëglin, une vie dans le désordre des esprits, et organisé une exposition à Grenoble qu’on pourra aussi voir au Palais Bondy à Lyon en janvier prochain. On lira aussi dans ce numéro un Michel Simonot poète, avec Même arrachée, une évocation épique des cris de ceux que l’on torture, déchire, mêlés aux siens… « Même arrachée/ il vous restera l’écho de ma langue (…) en naitront des mots (…) vous ne pouvez enfermer mon silence (…) les sons que vous croyiez barbares/ sont devenus poèmes »… .

Comme en écho, Ça ne passe pas de Claudine Galea : dans ce texte en forme de déploration, la phrase du titre revient en leitmotiv. Quand elle ferme les yeux, l’autrice voit, sous le soleil tant chanté de la Méditerranée, « des corps vivants qui, chaque jour, passent par dessus bord », et, pour elle « ÇA NE PASSE PAS ». « 25.000 corps sombrent à Lampedusa le 4 octobre 2013/ 5.773 corps morts et 11.089 disparus entre le 1er janvier 2014 et le 30 juillet 2018 «  (…) « Combien de morts non comptabilisés ? » (…) ça ne passe pas/ ça ne peut pas passer / le droit maritime n’est pas respecté / le droit humain n’est pas respecté…  » Pour conclure : « LA MÉDITERRANÉE EST UN MUR ». La revue, dont les articles sont autant d’alertes adressées à notre intellect et/ou à notre sensibilité, se clôt sur ce terrible constat…

Mireille Davidovici

Frictions, 27 rue Beaunier Paris ( XIV ème). T. : 01 45 43 48 95. Ce numéro 15€. Abonnement à quatre numéros: 50 €.

Jeu n° 179

La revue québécoise de théâtre Jeu publie son numéro 179. Toujours excellement maquettée et riches de belles photos significatives. Das son éditiorial, Raymond Bertin remarque avec raison que partout dans le monde, après la crise du covid qui est encore loin d’être vraiment derrière nous, « les artistes trépignent, les institutions font des prouesses pour offrir des expériences artistiques squi ne soient pas que des succédanés ou sous-produits. »

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Au sommaire, un dossier sur le travail de la metteuse en scène Brigitte Haentjens formée à ‘Ecole Jacques Lecoq, qui a notamment monté Hamlet-Machine d’Heiner Muller mais aussi L’Opéra de Quat’Sous de Bertolt Brecht en 2021 et des créations collectives comme Strip ( 1983) et Nickel l’année suivante deux textes qu’elle a écrites. Deux mises en scène où elle témoigne d’un engament féministe et qui ont fait date au Québec par leux exigence et la qualité de leur direction d’acteurs..

A noter aussi dans ce riche numéro un remarquable texte de l’auteur haïtien  Richard Régis Jr, sur le théâtre tel qu’il est actuellement et sur le point crucial qu’est l’illusion scénique. Il essaye de voir comment le théâtre peut aider à réconcilier les habitants d’une planète bouleversée par l’arrivée de cette pandémie. Il ya aussi un entretien avec la scénographe Odile Gamache: pour elle, est essentiel le dialogue avec l’auteur et elle estime que tout travail scénique est le résultat d’un travail à deux.  » J’essaye, dit-elle, de proposer une direction et qu’on y aille ensemble. »  La remarquable photo de sa scénographie pour Les Larmes amères de Petra von Kant de Rainer Werner Fassbinder donne envie de mieuxconnaître le travail de cette scénographe qui, comme Brigitte Haentjens, est radicalement pour un travail associatif.  A lire ce numéro, même si on a peu l’occasion d’en voir des exemples en France, le théâtre québécois,  se porte bien…

Ph. du V.

 

Ubu n° 70/71

 

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Cette revue fête ses vingt-cinq ans avec un double numéro ! Deux cents pages qui s’ouvrent sur le festival d’Avignon. Celui de 2021, mais aussi tel que Gilles Costaz l’a vécu tout au long de ses années de critique amoureux du théâtre. Avec Avignon 75e année / Les Spirales de la ville close, il revient sur son fondateur: «Les grandes lignes sont dessinées d’une main ferme et ambitieuse par Jean Vilar. Ce qui va se modifier au fil des ans, c’est la dimension, l’échelle. »lI se souvient aussi de ces lieux qu’il a parcourus en vélo, encore hantés par tant d’auteurs, metteurs en scène, comédiens : « Avignon est une conque en spirale dont les souvenirs coulent en spirale sans fin où les grandes productions fracassantes comptent moins que les soirées modestes et secrètes… » Odile Quirot s’entretient avec Valère Novarina qui y fut programmé à plusieurs reprises et Jean-Pierre Thibaudat recueille les impressions de Nathalie Béasse qui y vient pour la première fois.Tiago Rodrigues qui va prendre la tête du festival fait le point avec Marina da Silva sur son engagement antifasciste et ses projets futurs..

Quant aux festivals européens, Hughes Le Tanneur constate que, sous le choc du covid, les programmateurs s’interrogent tous sur le monde d’après. Le besoin de tourner la page s’impose à Paris, Marseille comme à Vienne, Bruxelles… Chacun voit venir le monde d’après à l’aune de cette crise. Crise que Maïa Bouteiller évoque avec trois directeurs récemmement nommés en Ile-de-France, qui ont vécu leur baptême du feu en pleine pandémie, jonglant entre confinements et couvre -feu : Julie Deliquet au Théâtre Gérard Philipe à Saint-Denis, Jeanne Candel, au théâtre de l’Aquarium et Mathieu Touzé au Théâtre 14 . Face à la tristesse, la solidarité s’impose à eux…

Le chorégraphe Rachid Ouramdane, directeur du Théâtre national de Chaillot confie à Chantal Boiron qu’ « il faut lutter pour que la rivière soit capable de changer de lit ». Héritier du hip hop, il entend sortir la danse des seules salles du théâtre pour investir tout le bâtiment, jusqu’à l’extérieur « du parvis à la coulée verte » avec « des promenades chorégraphiques, des performances de foule, des spectacles en plein air…»

 Après un focus sur la résistance de l’Université de théâtre et de cinéma à Budapest, place à la littérature dramatique : Ivre de mots, une pièce de Frank Siera traduite du néerlandais et présentée par Mike Sens. Les auteurs de ce double numéro sous titré Allons-y !/Let’s go !, largement illustrés et traduits en anglais, rebattent les cartes du paysage théâtral et, après être revenus sur la crise sanitaire, font place à l’actualité et regardent vers l’avenir…

M. D.

Ubu Scènes d’Europe, 217 boulevard Péreire, Paris (XVII ème). Ce numéro double : 30 €.

 

 

 

 

 

 

 

 

La Honte de Jean-François Hien, mise en scène Jean-Christophe de Blondel

La Honte de Jean-François Hien, mise en scène Jean-Christophe de Blondel

 

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Un universitaire d’âge mûr et sa jeune doctorante. Un conseil à demander, un point à vérifier d’urgence, ils se retrouvent chez lui, un soir en l’absence de l’épouse, elle aussi, universitaire. Un peu de musique, un moment de danse, un, deux, trois verres de porto : l’homme y lit le consentement de la jeune femme à aller plus loin. Elle-même sent qu’elle n’y échappera pas, sans pourtant y être contrainte, y mettant même du sien pour qu’on en finisse. Une banale soirée arrosée mais aux conséquences beaucoup plus graves qu’il n’y paraît : malaise et dépréciation de soi pour elle, enquête disciplinaire pour abus de position dominante et risque de révocation pour lui.

Une pièce sur le consentement mais avec une réflexion qui va beaucoup plus loin : l’homme ne sait pas se poser les bonnes questions, ni prendre en considération les signes envoyés par l’autre. Depuis le mouvement Metoo, les mécanismes de soumission et domination ont été observés avec une acuité nouvelle. François Hien* et Jean-Christophe Blondel se sont emparés du thème, au croisement direct de l’intime et du politique, pour un théâtre agissant. Sans s’accrocher à un hyper-féminisme réducteur, ils donnent toutes leurs chances aux personnages, y compris aux hommes : Louis Worms est plutôt un bon maître de thèse, attentif, sans prétention, époux d’une femme qu’il considère comme supérieure à lui, à laquelle il est presque fidèle, oubliant une aventure d’une certaine durée avec sa collègue Clémence. « Presque» : une petite lumière orange clignotante s’allume : un arrangement qui permet de ménager  la chèvre et le chou mais interdit d‘être au clair avec soi-même et rend la sexualité masculine «naturelle» ? Pour l’auteur, il y a là un point délicat à travailler, une recherche fine au croisement de la psychologie, de la sociologie, de la politique, des théories du langage… Un résultat passionnant, comme dans toute recherche approfondie qui ouvre de nouveaux chemins de pensée.

François Hien écrit de la façon la plus explicite qui soit, les suites d’un acte opaque. En deux temps : exposé des faits, puis mise en débat entre Clémence et Mathieu, des collègues de Louis et plus  autrefois, pour Clémence, à la fois accusateurs et défenseurs. Comme il l’avait fait avec La Faute (voir Le Théâtre du blog), l’auteur nous redonne le plaisir d’une rhétorique à l’opposé de la manipulation, vers la recherche et la découverte de la vérité. Du moins d’une vérités jusque là impensée. Mais si « mettre les mots » fait avancer la conscience des choses, cela suffit-il à guérir la honte ? Au moins ne pèsera-t-elle plus sur les mêmes épaules…

Implacable dialectique :La Honte s’adresse directement au public, pris pour jury dans l’affaire. Aucune lourdeur : la pièce est si bien écrite et les interprètes si engagés que tous les mots deviennent action. Ils font rire parfois, non par dérision ou ironie, mais par leur justesse à tomber droit sur une vérité. John Arnold et Noémie Pasteger sont émouvants, sans chichi : fausse séduction sur vrai malentendu,.Pauline Sales et Yannick Landrein, exemplaires en procureurs-avocats, sont venus avec chacun son bagage de vécu et d’idéologie. Personne n’en remet une couche, ce serait inutile. Et c’est tout à l’honneur des hommes féministes, Jean-Christophe de Blondel a signé une mise en scène fine et précise et des filles ont pris en charge scénographie, lumières et musique. Un spectacle bienveillant mais sans indulgence, une bonne catharsis qui nous secoue et donne des forces, sans évacuer la nuance ni la tendresse chez ces anti-héros d’une tragédie banale. Les dieux aveuglent ceux qu’ils veulent perdre….

Christine Friedel

Théâtre de Belleville,16 passage Piver, au 94 boulevard du Temple, Paris (XI ème) T. : 01 48 06 72 34.

 

Le Roi Lear de William Shakespeare, mise en scène de Georges Lavaudant

Le Roi Lear de William Shakespeare, mise en scène de Georges Lavaudant

 

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©J.L. Fernandez

Il était une fois un Roi qui avait trois filles. Aux deux premières, l’âge venu il offrit deux parts de son royaume et réserva la plus belle à sa troisième, la plus jeune et sa préférée. Mais la pièce ne peut commencer que par un : mais… Il y a en effet une condition à cette offre: avouer de la façon la plus fleurie son amour au Roi. Goneril et Regane se prêtent au jeu, avec plus ou moins d’enflure mais Cordelia refuse. Son père la bannit, ce qui aura des conséquences familiales et géopolitiques…

Gloucester, le bâtard ingrat, aimé mais trop peu honoré à son gré, écrit de fausses lettres et crée des rumeurs qui vont abuser son père, pour faire exiler et déshériter Edgar, le fils légitime. Ces premières chutes entraîneront tout le reste: ingratitude des filles aînées qui dénoncent aussitôt le contrat d’héritage, chute de l’ancien Roi, à son tour banni, passage dans la clandestinité du fidèle Kent et, parallèlement, errance de Gloucester soutenu par Edgar, devenu le « pauvre Tom », dépouillé de tout, jusqu’à son nom qui blessait si fort le bâtard Edmond. On connaît l’histoire. Les méchantes sœurs seront rivales comme dans les anciens contes, sans que la gentille cadette soit sauvée pour autant… On n’en finit pas de tirer les fils de cette toile.

Jacques Weber est Lear, patriarche jouisseur, égoïste à l’autorité jamais remise en question.  La scène du partage est plutôt raide et lente, comme pour une donation devant notaire ou comme si les personnages étaient les pièces d’un jeu d’échecs. Ce qu’ils sont, peut-être!  Lear renonce à tout mais ne veut rien perdre… Une note d’humour froid dans ce qui est juste finalement un prologue mais la scène manquait, ce soir-là, non de rythme au sens de la vitesse -la rapidité de Shakespeare à dérouler l’action suffit-, mais d’énergie et du «pourquoi on est là ».

Georges Lavaudant a pourtant pris soin de vite se débarrasser d’un trône réduit au minimum et il n’ y a aucun siège, ou presque où s’asseoir : ce qui pourrait ralentir l’action. Très vite (merci, William) le roi Lear jeté dans la lande, apostrophe orages et vents, moins cruels, dit-il, que ses ingrates de filles. Là, le ton monte et la vitalité du vieux roi éclate. A ce moment, au sens latin de movimentum, ce qui fait bouger, la pièce commence. En écho, Gloucester, torturé et aveugle, peut y voir clair. François Marthouret en donne une vision tendre et retenue, celle d’un enfant incapable de voir venir le mal… Le Lear de Jacques Weber est une sorte de gros bébé furieux dont on nie la toute puissance. Encore un thème de méditation sur l’inépuisable génie de Shakespeare: le temps est bouleversé, comme dirait Hamlet et les vieillards deviennent de petits enfants, trouvant là leur vérité d’homme et leur rédemption… Pour enfoncer le clou, trois philosophes accompagnent l’action: le Fou dont c’est le métier (irrésistible Manuel Le Lièvre), Kent en fuite et déguisé (Babacar M’Baye Fall) et Edgar métamorphosé en «pauvre Tom» (Thibault Vinçon, remarquable de sobriété dans un rôle qui se prête aux grimaces du corps.) Qu’est-ce que l’homme? Un bipède nu…Une vérité qui éclaire cette affaire de pères dépouillés de leur pouvoir,  et même de leur existence!

Sur leur territoire de confort et de puissance, les filles jalouses (Astrid Bas et Grace Seri) belles empoisonneuses empoisonnées, finiront par s’entretuer pour le bel Edmond. Dans cette mise en scène, rien ne s’attarde et le public a tout juste le temps de recevoir l’information mais les actrices, tout comme Frédéric Borie et Clovis Fouin-Agoutin (les maris des filles de Lear) ne peuvent développer vraiment leur jeu. Edmond (Laurent Papot) a plus de chance et vient confier ses noirs desseins face public et en pleine lumière.
Le ton est sérieux et l’ironie du sort prête à sourire. Jusqu’au moment où la guerre, déclenchée par le bannissement de Cordelia, nous offre un moment de grand lyrisme avec la marque de fabrique de Georges Lavaudant: éclairs, hymnes fracassants et cascades de débris. Une très belle idée, sur l’immense plateau nu du Théâtre de la Porte Saint-Martin  dont  la «cheminée»  avale un peu les voix : au lointain, un mur d’obscurité absorbe les silhouettes des acteurs, comme des fantômes fondus dans un cauchemar.

Splendide traduction de Daniel Loayza souvent versifiée en alexandrins jouée par les personnages (en particulier Le Fou) sans artifice, dans leur plénitude naturelle et avec une musique juste qui n’ôte rien à l’action. La chair du spectacle est là, saisie à pleines mains par Jacques Weber, à la tête de la troupe…

Christine Friedel

Théâtre de la Ville hors-les-murs, au Théâtre de la Porte Saint-Martin, Paris (X ème) jusqu’au 28 novembre.

Grammaire des mammifères de William Pellier, mise en scène de Jacques Vincey

Grammaire des mammifères de William Pellier, mise en scène de Jacques Vincey

Un texte qui ne ressemble à aucun autre et qui donne du grain à moudre aux acteurs. A la fois bourré à craquer et plein de trous, très écrit -et pour cause, il s’agit quand même de grammaire- et voué à l’improvisation, il explose les codes théâtraux en les mettant en lumière comme jamais.

En trois temps, aura été explorée la nature même de l’acte théâtral. Cela commence dans le hall, avec le serment des comédiens : « Moi, (nom et prénom), fille de (prénom et nom), mon père et de (prénom, nom) ma mère née (nom de jeune fille), née à (lieu de naissance) reconnaît pouvoir être capable de restituer l’œuvre en question à l’endroit comme à l’envers, par cœur et entièrement – Je le jure. Et si je me trompe, que je me frappe la poitrine en disant merde je suis un traître à l’œuvre.»

Un serment prononcé dans la salle… Le public, un peu interloqué et déjà pris à partie va avoir son tour : face à la pénombre de la salle, de mystérieux êtres velus, mais végétaux, lui susurrent un rituel de concentration façon gourou, avec une ironie assez altière, qui pourrait amener tout un chacun au sommeil, mais surtout à sa vérité de spectateur : « Vous désirez, vous avez des désirs (…), vous n’avez pas un seul désir, vous avez toutes sortes de désirs ». Et surtout aussi à sa responsabilité  : c’est ton désir, ton attente, ami, qui rend possible le théâtre.

Et les comédiens ne se privent pas de faire durer le plaisir, attentifs à l‘organisation de la langue et aux mots, avec un respect tout particulier pour le mot sexe, prononcé :sek-se, qui doit faire frémir tous ces corps, là en face, dans l’ombre des fauteuils.  Le public étant à la fois concentré et troublé, la troisième phase peut commencer. À manipulation, manipulation et demi.  Avec sur la scène éclairée, un jeu de récits, courtes scènes ou plutôt mouvements .Dans ce spectacle auto-régénérateur, chaque moment implose pour donner naissance au suivant, une destruction de la destruction… Des gens racontent, vivent des bouts de vie, des extraits de théâtre, y compris un échantillon hilarant de « vieux théâtre » dans l’angoisse constante d’être « pénétré »par l’autre. Sommes–nous si perméables à la persuasion, à l’humiliation ?

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Un spectacle impossible à raconter… Les  personnages , en caleçon ou slip pour les garçons, en dessous pour les filles, créent une situation paradoxale  avec  mise à nu, abandon des dignités sociales, fragilité et gêne dégoupillés par l’aisance de ces jeunes comédiens, eux bien dans leur peau. Elles et Ils en perpétuel mouvement, inversent le regard. Avec une  vitalité et une joie d’être ensemble, ils créent un théâtre tonique et revigorant : oui, il faut montrer les petites misères contemporaines, le quidam qui veut tout, a peur de tout -et d’abord de  manquer-, de ne pas être vu et pas être aimé… Cohésion et dynamique de la troupe: le public se sent allégé, allègre, même s’il y a des moments où il ne comprend rien ou autrement dit, ne comprend pas tout.

Pas grave, entraîné dans ce « perpetuum mobile », il est prêt à recevoir tous les retournements et flèches de gravité car nos mammifères sont quand même des êtres sociaux et politiques. Ajoutons le plaisir visuel. Cela commence avec des bâches de plastique couvrant de mystérieuses collines : ôtées une à une et aussitôt récupérées pour le jeu, elles se révèleront être des gradins -comme notre miroir-, jungle de plantes vertes:  métaphore de l’homme inutile, ou plus exactement néantisé, effacé derrière une fonction décorative (juste revanche pour les femmes trop souvent admises dans les hautes sphères du pouvoir comme des plantes vertes … Le tout fait d’éléments récupérés d’autres spectacles devant un magnifique panorama inspiré par le Jardin des Plantes à Paris.

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Autrement dit : avec cette promenade au jardin d’Alice, cette sorte de boule à neige au dessus des palmiers, cette fantaisie insaisissable, aura été rarement exposé avec une telle clarté ce qu’est le théâtre : un échange entre public et acteurs, ici dans cette supposée désintégration du théâtre. Jacques Vincey l’a bien compris, qui a créé avec ces jeunes interprètes (enfin un mot épicène!) l’organisation esthétique de l’affaire.

 Chapeau à ces acteurs et à leurs camarades  artistes…Ils ont déjà un solide bagage en  musique et danse, ce qui leur permet de déployer leur jeu. Nous avons entendu un fort joli chœur, n’en déplaise à l’auteur qui avoue détester ce mot. Bref, une bonne occasion pour s’égarer, se faire plaisir et respirer autrement. Rien de tel qu’entrer dans un monde onirique, pour reprendre pied dans celui-ci…

Christine Friedel

Théâtre Olympia, Tours, jusqu’au 13 novembre. T. : 02 47 64 50 50.

Théâtre National de Bordeaux-Aquitaine du 1 er au 4 décembre. T. : 05 56 33 36 60.

 

 

Entretien avec Markobi, magicien

Entretien avec Markobi, magicien

 
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-C’est quoi, votre histoire au Liban ?

 
-Sur la plage -j’avais sept ou huit ans- que nous fréquentions avec ma famille, mon cousin Jacques faisait des tours de cartes et m’en avait appris deux… Pendant une dizaine d’années, j’ai réalisé et peaufiné ces tours, non avec des cartes classiques mais avec des Pokémon ou des cartes d’animaux… J’ajoutais des subtilités pour que la magie s’évapore de l’objet pour toucher les cœurs et les âmes et pas seulement le cerveau quand on propose au public de résoudre une énigme.
Je n’avais pas l’étiquette de magicien mais j’aimais toujours faire vivre aux gens mes rêves mais sans jamais arriver à pouvoir les vivre moi-même. Mon frère et moi, avions aussi reçu une cassette VHS de Sylvain Mirouf : un tour pour soulever six cartes avec une allumette qui m’accompagnait partout où j’allais. J’adorais emboîter plusieurs montages de six cartes pour en construire un pavé géant qui tenait sur une bouteille. Aujourd’hui encore, lorsque j’ai des cartes de mauvaise qualité (ça marche paradoxalement mieux qu’avec de bonnes cartes), je le fais continuellement. Cela n’est pas magique mais joli…
Me reviennent ces soirées au souvenir indélébile, au Liban où les enfants se réunissaient pour voir un soi-disant mini-spectacle à la plage. Je n’étais pas au courant de ce mini- spectacle et encore moins que j’en étais l’artiste, c’était le téléphone arabe au bord de la mer ! Je l’apprenais quand les enfants se réunissaient autour de la table sur laquelle j’allais bientôt opérer. Ils attendaient, avec exigence ce Marc qui ne comprenait rien à ce qui se passait et qui n’avait rien demandé… 
Ma famille me hâtait de commencer car tous attendaient le petit garçon jeté dans la cage aux lions. Tous autour de la table, à l’écoute, filles et garçons et même avec parfois les parents derrière. Leurs yeux étaient des morceaux de ciel bleu, avec une ombre noire, celle du mystère. Et j’étais là pour leur colorier ce mystère, avec d’autres couleurs que le noir ! Je me sentais bien mais ne me rendais pas compte que mon alter ego (Markobi), était en gestation, je n’en prendrai conscience qu’une dizaine d’années plus tard. J’étais à ce moment-là, encore un enfant.
-Et le premier pas?
Au lycée, un camarade de classe, Lucas, faisait de la magie avec des cartes. Interloqué,, je voulais en savoir plus : cela m’énervait et m’émerveillait à la fois. Je me souviens aussi de son changement brusque de personnalité, dès qu’il commençait un tour : il avait un masque de personnage arrogant mais drôle qui se foutait de moi, et j’adorais ça. Un peu comme des chatouilles : il y a une partie de nous qui adore. Il m’avait appris un ou deux trucs.
Je ne m’étais pas lancé vraiment dans l’apprentissage de la magie mais il m’arrivait d’essayer de faire ses trucs quand j’avais des cartes sous la main, sans finalité, ni entraînement. D’ailleurs, soit dit en passant, je trouve beau dans notre art, qu’une chose n’ait d’autre finalité que de ne pas en avoir…
Le vrai déclic ? A dix-huit ans, encore à la faculté de biologie que je quitterai quelques années plus tard après avoir obtenu ma licence pour me lancer dans la magie. Un soir, je surfais sur le web,comme tout le monde, et je suis tombé sur la vidéo d’un tour expliqué sur la chaîne Magie Gratuit.. Je sais que ça en fera rire certains…
Les cartes que le petit Grégoire utilisait étaient des Bicycle et je savais que mes parents en avaient deux jeux, un rouge et un bleu, dans leur bureau. Dédicacés par Larsène (je ne le verrai qu’une fois dans le milieu, en relisant la dédicace, après avoir appris qui il était… Mais pendant une dizaine d’années : c’étaient seulement pour moi « les jeux dédicacés aux parents par un magicien »). Ces jeux leur avaient été laissés à un congrès de médecins à Toulouse, où ils avaient manifestement eu l’occasion de voir Larsène faire du close up. Ils s’en fichaient un peu de ces cartes comme tout le monde dans la famille mais je savais que dans un bureau, elles étaient làAlors, après avoir visionné la vidéo de Magie Gratuit,  j’ai pris ces paquets et j’ai réalisé ce tour avec deux cartes bleues et deux cartes rouges. Et alors, je n’ai plus jamais arrêté.
Tout est un assemblage d’éléments liés invisiblement mais qui convergent pour chacun d’entre nous vers une destinée donnée…. Si je ne savais pas que Bicycle était la marque des magiciens, si Lucas ne m’avait pas initié à un semblant infinitésimal de « toucher de cartes » plus tôt, si je n’avais pas longtemps fait mes deux tours de cartes appris de Jacques, etc. L’envie d’aller chercher ces paquets Bicycle dans le bureau de mes parents n’aurait peut-être jamais eu lieu…
-Et auparavant, qu’aimiez-vous faire ?
- J’étais corps et âme dans le sport : demi-fond et boxe française. Un ennui a fait que j’ai dû complètement arrêter! Une fatalité sinon je ne serais sans doute jamais devenu magicien. J’étais un barbare, un véritable fêlé. Un jour en Syrie, un de mes deux pays d’origine, j’ai couru dans la montagne de Jabal Seidé, au village de Beker Aouni par un chemin presque à vol d’oiseau pour arriver en haut, plutôt que par le sentier normal et j’ai traversé les ronces pour arriver en haut. Mais j’étais en sang, parce qu’au départ, j’avais choisi ce chemin. Il y a un grand plaisir à être têtu… Au moins, on sait ce qu’on veut ! Parfois, on en meurt, mais cela ne m’est pas encore arrivé.
Après cette triste obligation d’arrêter le sport,  j’ai pu me consacrer à cette nouvelle priorité. Mais le mental que cela  m’avait donné au prix de bien des souffrances, ne m’a jamais plus quitté. C’est aujourd’hui une de mes plus grandes fiertés et tout magicien gagne à avoir, ou à avoir eu, un pied dans le sport. 
Et la meilleure idée que j’ai eue : créer ma page Facebook. Cela m’a permis de me lancer phares allumés sur la route : partage, discussions, communication, rencontres… Tout cela m’a poussé à me lancer. Quand j’étais petit, beaucoup de moments font aujourd’hui partie de mon histoire, comme les tours de mon cousin Jacques au Liban… Ou quand mon autre cousin Jade a fait disparaître une pièce (certainement avec une méthode ridicule, mais je n’ai jamais oublié cette seconde ni mon camarade de lycée Lucas avec sa magie.
Un ami d’enfance, Samuel qui avait toujours une histoire singulière à raconter, me parlait des exploits d’un certain David Copperfield et j’étais fasciné sans poser de visage sur l’homme. Mais au début de mon apprentissage, je me suis renseigné sur ce géant en regardant documents et vidéos. Un véritable mythe mais finalement, c’est plaisant, de rêver à un mythe. C’est un peu ça aussi l’enfance, rêver sans savoir. Mon frère et moi, jouions avec les coquetiers magiques bleus de basse qualité des boîtes de magie, etc. A neuf ans, je rencontre Eric Roumestan, engagé comme magicien à une fête où j’étais avec mon père et mes frères et sœurs. Des années après quand je racontais et étendais la mémoire du tour, je parlais de lui comme d’un vrai magicien que j’ai vu, où il n’y avait pas de truc. Ces pièces qui voyageaient, malgré une main fermée, je ne les oublierai pas : cela m’avait rendu fou, et j’en parlais souvent avec mon frère. J’avais gardé sa carte de visite. Dix ans plus tard, je repris contact avec Eric Roumestan pour lui annoncer que je commençais en magie !
Tout cela a alimenté quelque chose sans lequel le déclic n’aurait sans doute pas eu lieu. J’ai toujours évité – ou refusé- d’intégrer un club mais j’ai par la suite rencontré, dans d’autres cadres, beaucoup de monde et tous les adhérents du cercle magique d’Alsace … géographiquement, celui qu’il m’aurait été donné de fréquenter,puisque j’étais de Strasbourg.
Encore à la fac, dans mes premières années de magie, un pote, Damien touchait aussi les cartes.Je ne connaissais alors le monde que par les réseaux ou vidéos. J’avais donc un collègue dans ma fac et nous regardions des vidéos de Lennart Green pendant les cours d’anglais, ou nous imitions Daniel Madison..
Une fois dans le bain, j’ai commencé une route solitaire mais je n’ai pas eu grande aide ou bien je me suis plu à ne pas en avoir. J’aurais tendance à dire, à tort ou à raison, que je me suis beaucoup aidé moi-même, en continuant sans guide, du moins un certain temps.

Je partais en roue libre seul faire de la magie des nuits entières dans les rues de villes choisies au hasard, avec comme seul fil conducteur, le bonheur partagé.. Mon seul véritable guide, c’était mon public. J’associais ensuite mon expérience de terrain avec les connaissances que je récoltais en cherchant… Par la suite, j’ai cherché à faire des rencontres, beaucoup sur les réseaux dans un premier temps. De fil en aiguille, j’ai été amené à discuter avec des magiciens qui m’ont inspiré ou conseillé parfois. Puis j’ai bougé, suis allé à des journées de rencontres, à l’Illégal, au Paëlla chez Serge Agullo… J’ai cherché à rencontrer tel ou tel magicien café, de jour comme de nuit… J’ai participé à quelques concours, suis allé à des conférences, à des congrès. La fine couche métallique qui sépare collègue d’ami, s’est parfois fondue.. Et cela n’a rien à voir, mais la meilleure sauce bolognaise que j’ai pu goûter, a été préparée par Olivier Mistral chez Serge Agullo… Je recommande : cinq étoiles.
M’ont beaucoup aidé les magiciens que je voyais en vidéo : vivants ou morts, trop pour les citer, ils ont tous eu leur part dans ce début d’histoire. Je suis tout particulièrement reconnaissant à l’école de magie espagnole qui m’a ouvert les yeux sur l’infini potentiel qu’ouvre la maîtrise psychologique du public. Mais plus tard, ce qui m’a fait évoluer de manière fulgurante :la meilleure décision que j’aie prise en terme de formation : me payer une master class avec Dani Daortiz en Espagne, trois jours ou plutôt trois nuits. J’y ai approfondi et amplifié des clefs qui me serviront toute ma vie. 
La première fois que j’ai intégré un groupe, ce fut l’équipe de France de close-up. J’étais très réticent mais après maintes discussions, Stéphane Gomez et Robin Deville ont réussi à me convaincre. J’allais à tous les stages, uniquement pour les pauses-repas : on y déguste tous en cœur les meilleures chips industrielles de Paris à la maison de la FFAP. Et je remercie l’adorable Didier Laurini, un confrère pour qui j’ai une grande affection qui a organisé à Angoulême ma première conférence, Mais commencer très vite à faire de la magie dans la rue et à la rencontre d’inconnus a été ma véritable école.
Je travaille dans l’événementiel pour les professionnels et les particuliers, debout et dans les conditions de close-up : table à table, cocktails, etc. Plus rarement, il m’arrive d’avoir un stand lors de certains événements à thème où je présente un numéro silencieux, par exemple. Mais cela reste anecdotique…
Et j’adore faire de la magie nocturne dans les bars, boîtes de nuit, festivals, soirées ou dans la rue. Dans toutes les conditions mais de près et surtout les plus bizarres : à la caisse d’un supermarché, à la plage, en forêt, dans un aéroport, etc.) J’ai depuis le départ une certaine affinité avec l’improvisation, en utilisant les opportunités que m’offre un instant, avec toutes ses composantes. J’opère majoritairement en magie impromptue, qui me séduit depuis toujours. Les cartes sont mon outil principal mais je touche aussi aux bagues, pièces, balles, objets divers ou ce que j’ai sous la main : bouteille, couverts, clefs, journal, briquet, nature, cailloux, coquillages…) Pour moi, l‘objet doit être un moyen, et non une fin. Des mots comme « cartomagie», ou « cartomane» me déplaisent : ‘ils associent la magie à l’objet, alors qu’il est seulement l’outil qui permet d’y arriver. Elle est une émotion et très loin de l’objet.
-Quelles sont les prestations de magiciens ou d’artistes qui vous ont marqué ?
Il y en a beaucoup, alors je vais n’en citer qu’une seule : Le Petit Prince de Saint- Exupéry. Je suis un grand fan de cardistry. Si je ne pouvais avoir plus qu’une seule chose sur une île déserte, ce serait une compilation de toutes les vidéos là-dessus. Et une statue d’un mec en train de faire des trucs superbes avec ses cartes. J’aimerais aussi, dans ce cas-là, avoir des fichiers sonores sur mon téléphone, comme le bruit que font les cartes manipulées par un cardiste. Et aussi un poster du plus grand cardiste de tous les temps, que j »attacherais à un palmier. Derrière chaque fin de mes relations amoureuses, il y en a un … Jimmy Loock perd une carte dans le jeu et la retrouve. C’est l’expérience la plus forte que j’ai vécue de ma vie. 
Honnêtement, ce qui me fait le plus ressentir la magie, ce sont d’autres arts même s’ils ne sont pas définis comme tels : littérature, sport, cuisine, musique, films… J’aime aussi beaucoup regarder du stand up aussi. Voir un athlète réussir son rêve aux Jeux olympiques me fera ressentir bien plus de magie qu’une jolie assemblée d’as, aussi honorable soit-elle.
Souvent, les domaines de la vie peuvent être un stimulant qui peut nous emmener loin dans notre espace interne. Et si quelque chose va chercher loin dans notre cœur des émotions, alors elle a une influence extraordinaire. Dans mon travail comme dans celui de nous tous, un grand nombre de magiciens se réunit dans nos mains et nos esprits… Mais je ne saurais tous les citer. Même s’il y en a eu d’autres, David Copperfield reste la tête de file dans mon envie géante de faire rêver le monde et j’aime aussi le romantisme et l’amour présents dans sa magie que l’on a envie de recréer. 
Comme beaucoup, j’ai commencé avec Bilis, Duvivier, Stone, Vallarino maais aussi beaucoup d’autres : Green, Derek Dingle, Etienne Pradier, Williamson, Ricky Jay… Une énorme pensée à Jennings, qui m’a beaucoup inspiré. J’ai par ailleurs visionné, lu ou parcouru tout et n’importe quoi, et j’en suis heureux : cela m’a permis de voir un peu large dans ce que j’aimais et ce que je n’aimais pas.Et m’ont notamment poussé à vouloir aller plus loin :Alan Borg et Meven Dumontier, les premiers jeunes de mon âge que j’ai commencé à suivre avec intérêt. J’avais des complexes au début, chaque fois que je voyais des gens vraiment doués. Par la suite, je me suis détaché de certaines sangsues de l’âme. Je crois que tout magicien qui veut rester en bonne santé, finit par apprendre à modérer son égo avec le temps mais cela n’est pas une mauvaise chose qu’il reste en vie, s’il est tenu en laisse.
-Et si vous débutiez aujourd’hui?
_Un débutant doit savoir que chaque parcours est  unique et qu’il n’y a pas de recette miracle pour aborder le chemin qui mène à la magie . Je ne l’ai pas compris tout de suite comme sans doute beaucoup d’autres choses que je comprendrai plus tard. Les conseils, c’est à prendre ou à laisser mais le mieux est de faire son bout de chemin, en choyant ce qu’on aime en priorité et en osant être soi-même. Un des meilleurs conseils que j’ai pu entendre de Bébel, est celui de ne pas trop en écouter. A chacun de faire le tri entre ce qu’il veut recevoir ou non, tout en restant humble et lucide. Si on fait quelque chose de débile et si quelqu’un nous le fait savoir, cela reste sage de savoir le reconnaître et d’aviser en conséquence.
La plupart des gens donnent un avis en fonction de leur vécu : cela peut donc être vrai pour eux mais pas de manière absolue pour nous. Toutefois, Michaël Stutzinger m’avait dit une chose pertinente : «Développe ta magie, en faisant autre chose que de la magie: sortir, faire d’autres activités, se nourrir d’autres philosophies, d’autres arts.. »
-Quel regard portez-vous sur la magie actuelle ?
-Il y a de nombreux artistes talentueux qui défendent honorablement notre discipline. Et nos pères ne sont pas oubliés par les magiciens actuels, qui leur rendent fièrement hommage en faisant évoluer les bases établies. Le niveau technique, les méthodes et la théorie sont poussés vers le haut. D’une manière générale, notre communauté est en plein essor, qualitatif et quantitatif mais certaines manières d’aborder la magie peuvent me faire peur. Par souci d’optimisme, je laisserai cette peur de côté aujourd’hui.
La culture magique et la théorie sont essentielles, mais à elles seules, ne valent rien sur le terrain qui est finalement là où nous intervenons. La pratique nous amène à comprendre la théorie, à la jauger, à la nuancer et mieux encore, à se l’approprier. Mieux vaut une majorité de pratique sur fond de théorie, que l’inverse. Et être imparfait sur le terrain, rend parfait à la maison et non l’inverse. Attendre d’être prêt pour aller présenter quelque chose, c’est attendre de maigrir pour commencer à courir. Évidemment relatif, on peut nuancer chaque propos en jouant sur les mots…
Une fois cela établi, l’ essentiel : avoir une bonne idée de savoir comment fonctionne la magie. Avoir vu analysé, lu et compris divers documents, prestations et manières de penser est capital, comme ne pas se centrer uniquement sur notre époque mais voir ce qui a pu être fait antérieurement pour élargir notre horizon de vision. Exemple : quand on trouve ringard un ancien truc, se dire aussi que ce qu’on fait, sera peut-être ringard pour ceux qui nous suivront. L’homme a tendance à critiquer le passé, en oubliant qu’il est lui-même le passé des arrivants futurs.
En revanche, le savoir historique et culturel stricto sensu ne me paraît pas essentiel : même si c’est toujours un plus et sans doute diablement fascinant de connaître par exemple l’histoire de la séquence Aftus et l’intégrale de toutes ses variantes du XVIII ème siècle à nos jours. Mais pour le public? Il faut tout de même voir quelles sont les les priorités et, pour faire rêver quelqu’un, une information n’est pas indispensable. Mieux vaut en savoir un peu moins, que trop ou pas du tout, mais savoir le faire. Bref, avoir le bon dosage accordé à nos envies, passions et à notre personnalité…
 
J’ai, et de loin, un amour pour les animaux qui est de l’ordre du viscéral. J’ai développé lors de mon enfance un sixième sens pour les repérer dans la nature… Et j’adore faire la cuisine, lire et écrire. Poser ma patte dans le monde littéraire est un de mes rêves. Sinon, voyager et rencontrer des inconnus, faire la fête avec eux, avoir un nouveau reagrd et de nouvelles émotions… Vivre, tant qu’on est vivant, c’est si bon…Sébastien Bazou

 Entretien réalisé le 20 octobre. 

 (https://www.markobi.fr/)

 

Les Éclairs musique de Philippe Hersant, livret de Jean Echenoz, mise en scène de Clément Hervieu-Léger

11 Les Eclairs DR S. Brion

Jean-Christophe Lanièce et Marie-Andrée Bouchard-Lesieur © S. Brion

Les Éclairs, musique de Philippe Hersant, livret de Jean Echenoz, mise en scène de Clément Hervieu-Léger

 Paru en 2010, Des éclairs est devenu  «un drame joyeux en quatre actes» commandé par l’Opéra-Comique. En toute liberté et sans indications de musique , le romancier a conservé la trame de son livre qualifié de «fiction sans scrupules biographiques» sur la destinée du savant serbe NikolaTesla (1856-1953). Ici Gregor. Parti tenter sa chance aux Etats-Unis, le héros est un exemple pour l’auteur de «comment un don vous pourrit la vie ».

Pour la scène, Jean Echenoz a transformé l’architecture du roman : «Cela supposait, dit-il, de faire voir les situations et en même temps, les faire entendre. D’où un traitement de la parole différent du dialogue romanesque: je crois qu’il ne reste pratiquement aucune phrase du roman. » Il a aussi inventé un second personnage féminin, au côté d’Ethel, sa muse et amoureuse transie (déjà fictive dans le roman) : Betty, une journaliste au New York Times, « la première dans la profession » qui sert aussi à porter un regard extérieur sur l’intrigue.

 En quatre actes et deux heures sans entracte, l’action embrasse plusieurs décennies dans des décors multiples : le pont d’un transatlantique,  rues, ateliers, chantiers, prisons, cafés, salons … L’inventeur arrive à New York, capitale du progrès et de l’industrie en 1884. Il collabore puis se brouille avec Thomas Edison, le pape de l’électricité. Il connaitre ensuite une ascension scientifique et sociale mais après un passage dans le désert du Colorado et des tentatives pour communiquer avec les Martiens en haut d’une tour, il perdra toute crédibilité. Et nous assisterons à la chute d’un homme inadapté au mercantilisme, perdu dans ses rêves fous et préférant ses pigeons à ses congénères.

 Sa rivalité avec Thomas Edison est au centre de cet opéra.  Une « guerre de l’électricité » qui, sans entrer ici dans les détails techniques, oppose deux approches scientifiques et aussi deux visions du monde. Edison oeuvre dans “les eaux glacées du calcul égoïste“ avec l’appui de la haute finance. Gregor, lui, après avoir inventé le courant alternatif, voudrait, pour le bien de l’humanité, apporter gratuitement l’électricité dans les foyers et la véhiculer sans fil… Mais Edison fera tout pour discréditer son ancien collaborateur, jusqu’à organiser la première exécution publique sur une chaise électrique…

Olivier Mantei, directeur de l’Opéra-Comique a « marié » l’écrivain et Philippe Hersant, dont c’est le troisième opéra. Une réussite, la partition soulignant – et parfois même paraphrasant- un texte rythmé en vers blancs, alexandrins ou octosyllabes, qui s’autorise heureusement quelques disruptions de cadence.

Au pupitre, Ariane Matiakh sait traduire toute la subtilité de la musique avec une orchestration légère qui ne couvre jamais le chant et qui accompagne finement la trame des paroles. Une musique, en accord avec l’époque du drame, jonglant entre tonal et atonal et où les instruments se détachent clairement. Avec quelques détours, comme quelques citations de La Symphonie du Nouveau monde de Dvorak ou des chants populaires, Philippe Hersant a choisi une composition dodécaphonique, fondée sur l’obsession de Tesla pour le chiffre 3. « Rien n’étant aussi beau qu’un multiple de trois ! », s’exclame Grégor. « Jean Echenoz m’a tendu la perche, dit le compositeur, puisque c’est un alexandrin parfait qui m’a donné l’idée de construire mon opéra sur une série de douze sons (bien que ma musique reste essentiellement tonale). La série apparait d’ailleurs sur cette phrase de Gregor et génère un grand nombre de motifs. L’utilisation de cette série dodécaphonique m’a permis d’assurer l’unité de cet ensemble de scènes extrêmement diverses ».

Une musique sans fioritures : pas d’ouverture ni de transitions, où les instruments expriment distinctement leur timbre. Le compositeur a une prédilection pour le basson, le cor anglais et a introduit un synthétiseur qui accompagne la scène de la chaise électrique et s’avère pratique pour faire entendre divers claviers : piano jazz, vibraphone, célesta, clavecin, cymbalum…

Clément Hervieu-Léger a adopté la rapidité dictée par le livret et la musique : une vingtaine de tableaux s’enchaîne avec minutie et un décor industriel mobile fait de châssis et échafaudages permet de passer d’une situation à l’autre sans transition. Les changements se font à vue et il y a même des fondus enchainés comme au cinéma et des scènes simultanées. La hauteur croissante des gratte-ciel sur les toiles peintes en fond de scène, marque le temps qui passe, tout comme l’évolution radicale des costumes féminins d’un siècle à l’autre. Les chœurs sont fluides, sans emphase et les protagonistes toujours en place pour leurs arias. Jean-Christophe Lanièce prête sa voix de baryton aigu à Grégor. Très à l’aise physiquement, il donne à ce personnage un caractère aérien et fantasque, en développant toute les nuances de sa tessiture medium. Et nous avons apprécié le large registre de Marie-Andrée Bouchard-Lesieur qui interprète le personnage d’Ethel Axelrod. Sa voix chaude de mezzo s’étend vers l’aigu pour exprimer son amour pour Gregor, frôlant parfois le soprano mais plonge vers les graves pour la scène finale. Ses duos avec le ténor François Rougier (son mari Norman Axelrod) sont très convaincants. André Heyboer, baryton-basse, joue les parfaits méchants en Edison et la soprano Elsa Benoit chante Betty, un personnage rationnel qui commente l’action. Tous les éléments sont là pour faire un beau spectacle, qui manque cependant de folie et peine à décoller, à l’instar de du héros.

 La mise en scène sobre et fonctionnelle, sans esbroufe, donne toute sa place au texte et à la musique. Et la fable, à travers la déchéance de Gregor, dont le nom renvoie souterrainement à La Métamorphose de Franz Kafka, montre la double face du progrès, porteur de lumière et d’utopie autant que de noirceur. Un opéra contemporain qui réhabilite un inventeur oublié dont un constructeur automobile a remis le patronyme au goût du jour.

 Mireille Davidovici

Du 2 au 8 novembre, Théâtre National de l’Opéra-Comique, 1 Place Boieldieu, Paris ( I er). T. : 01 70 23 01 31.

Le livret de cet opéra et les romans de Jean Echenoz sont publiés aux éditions de Minuit.

 

Menteur ? de Jocelyn Flipo, mise en scène d’Alexandra Bialy

 

Menteur ? de Jocelyn Flipo, mise en scène d’Alexandra Bialy 

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François Martinez a créé en 2017 ce quatrième solo de magie après Mythe ou Manie (2010), CopperfieldHarry Potter et Moi (2014) et J’ai fait disparaître ma femme (2016). Il interprète ici un magicien mythomane (un pléonasme !) franco-américain Douglas Westerfield (Doug ou Dougy pour les intimes). De mère bretonne et de père, originaire du Wisconsin, ce personnage tiraillé par les mensonges met un malin plaisir à les semer dans des histoires abracadabrantes.

Le trait est ici à peine grossi : le monde des magiciens regorge de ces « surhommes » qui ont tout vu, tout connu et qui s’écoutent parler. Mais là, nous sentons l’autodérision dans un exercice de ping-pong verbal avec le public. Le personnage, imaginé par François Martinez, essaye d’en mettre plein la vue avec ses soi-disant shows à Las Vegas, adaptés pour l’occasion aux petites salles françaises. Nous n’aurons donc pas le droit à l’apparition d’une voiture ni aux dix-sept éléphants ! C’est aussi une question de budget… 

Après l’apparition d’une fleur, il nous propose trois questions pour tester notre culture générale et évaluer le « niveau » du public. Et il dessine ses questions sur un grand carnet et soudain.une surprise « plante le décor » : l’apparition d’une boule de bowling.Comme son confrère Kevin James. Nous apercevons accrochée à la veste du magicien une étiquette de magasin avec antivol. Il envoie alors une boulette de papier pour désigner au hasard deux spectateurs qui participeront au tour en répondant à ces questions : « En pourcentage, combien de gens ont déjà volé dans un magasin en France ?  Combien ont déjà été condamnés ? »  Les chiffres librement proposés correspondent au prix marqué l’étiquette de sa veste comme dans Priceless de Richard Sanders et Michel Huot.

Puis il nous raconte son enfance en Caroline du Sud : à quatorze ans, il faisait des tournées de cirque avec ses parents et découvre sa première « sensation magique » avec une boîte de mouchoirs ! Une introduction saugrenue à cette « routine » dite des boulettes avec un spectateur cobaye et un public complice. Le magicien faisant disparaître successivement des boulettes de papier de plus en plus grosses sous le nez du spectateur assis sur une chaise. François Martinez explique le choix de son nom de scène pour se fondre dans le paysage la culture de notre pays. Un prénom franchouillard et un nom espagnol qui rappelle les colonies d’autrefois! Il fait aussi une mise au point sur l’affiche de son spectacle où l’on voit un drone voler entre ses mains, comme pour montrer qu’i est au fait des technologies contemporaines. Malheureusement, pour des problèmes de sécurité, il n’y aura pas d’objet volant ce soir. Encore soi-disant une promesse de magicien non tenue et une déception de plus pour le public qui commence à douter fortement de la véracité de ses dires !

A la place, il nous propose le fameux tour de cartes avec un jeu jumbo… Après une leçon de sophrologie et une entame de pseudo-hypnose, il demande à une spectatrice de dire stop sur une des cartes qui tombent en cascade dans ses mains. Un coin de cette carte est déchiré et piétinée par la spectatrice qui la place ensuite dans une déchiqueteuse. Les bouts restants placés dans un mouchoir sont brûlés devant le public mais cela a pour effet de reconstituer la carte en entier, sauf le bout déchiré qui lui correspond bien ! 

Puis le magicien-mentaliste va tenter une expérience de transmission de pensée avec une spectatrice qui lui servira de réceptrice. Il présente verticalement une pochette transparente avec cinq cartons, dos au public. Sur chacune des faces, est inscrite une activité de la vie quotidienne. La spectatrice en choisit une librement sans dire laquelle.  Un spectateur va alors essayer de deviner cette activité en lui posant plusieurs questions et elle répondra simplement par oui ou par non. Après sept questions, l’activité inscrite est révélée… Sur les autres cartons retournés : une activité différente de celle choisie par la spectatrice. Nous comprendrons à la fin que son choix était en partie forcé et que les questions jouaient sur un double sens coquin.

François Martinez repart dans ces affabulations. Son premier tour de magie ? Appris avec son grand-père dompteur dans un cirque qui faisait un numéro d’hypnose avec un lion. Mais cela a mal fini et il y perdu un bras. Un histoire-prétexte pour réaliser un tour de cartes avec une seule main. Il entoure un jeu avec un élastique et au stop du spectateur, celui-ci y glisse un doigt. Ce qui a pour but de faire tomber une carte qu’il mémorise. Le jeu alors défait de son élastique est étalé devant la public, la carte du spectateur a disparu mais se retrouve dans la poche de pantalon du magicien comme dans le tour Get Sharky de Christoph Borer.

Suit un « miracle » avec un Rubikcube , casse-tête iconique des années 1970-80, revenu à la mode et provoquant la fabrication de nombreux tours chez les marchands de trucs. Quarante-trois milliards de milliards de solutions pour arriver à le reconstituer…François Martinez va nous en donner plusieurs autres. La première : enlever les étiquettes et les recoller. La deuxième : jeter son cube sur un mur et remettre ensuite les morceaux dans le bon ordre. La troisième : utiliser différents algorithmes et mouvements. La quatrième : mémoriser les faces en quinze secondes et reconstituer les couleurs du cube avec une seule main, sans regarder, derrière son dos. Solution que le magicien choisit et réussit !

Il monte ensuite d’un cran en donnant un deuxième Rubikcube à un spectateur qui le mélange dans son dos etse propose de reproduire ses gestes en utilisant la Programmation Neuro-Linguistique, une méthode utilisée par certains magiciens dans leur routines.. A un stop donné par spectateur, les deux cubes sont montrés et leurs six faces se correspondent parfaitement! Enfin, François Martinez nous parle du niveau « Jedi » ou du « nombre de Dieu », qui correspond à seize coups pour reconstituer les six couleurs complètes. Lui se propose de le réaliser en sept coups, ce qu’il arrive à faire ! Comme Greg Wilson !.

Enfin, il décline sa véritable identité ; ostéopathe pendant douze ans, en 2013 il voulu, à trente-cinq ans vivre pleinement de sa passion et raconter ce qu’il veut, en changeant de personnage sur scène. Il propose à une personne du public de changer de vie pour un soir et de faire plusieurs choix. « Nous sommes demain matin et vous avez une décision rapide à prendre. Avec votre valise à l’aéroport, vous avez le choix entre différentes destinations. »

Le magicien fait alors tourner un globe terrestre devant la spectatrice qui dit :  stop  sur une ville choisie au hasard. Inscrite aussitôt sur le grand carnet du spectacle. Puis il présente un magazine de voyages et à un nouveau stop de la spectatrice, s’arrête sur une page qui va déterminer l’activité du séjour. Elle aussi, inscrite sur le carnet !

Pour finir, dans un sac de lunettes multicolores, une autre spectatrice est invitée à plonger la main pour en tirer une paire d’une certaine couleur. Là aussi déjà inscrite sur le carnet ! Révélation finale avec l’apparition du fameux drone évoqué sur l’affiche du spectacle. Il est bien là mais en modèle réduit au fond de la salle, près des régies lumière et son. François Martinez le pilote avec son téléphone portable jusqu’à la scène. Le drone apporte une clé qui va lui permettre d’ouvrir un bocal transparent et bien visible depuis le début sur une table. S’y trouve un papier où sont inscrits trois choix « libres » indiqués par une spectatrice, après que le magicien ait récapitulé les différentes étapes du tour, pour rendre encore plus impossible cette révélation finale….

Toujours accompagné de sa fidèle équipe depuis 2014, François Martinez s’inscrit dans la pure tradition des « stand-up » : réparties, bagout, humour et interaction constante avec le public…Un travail rôdé lors de nombreux passages sur des scènes ouvertes comme au Théâtre Trévise à Paris ou au Festival de Montreux (Suisse).

Il suit ainsi les (grands) pas d’Éric Antoine qui avait instauré une nouvelle fraîcheur dans la magie avec un texte très écrit pour solo déjà en 2006…
Chez François Martinez, toujours drôle et pertinent, pas de temps mort et une assurance de chaque instant. Un spectacle avec avalanche de jeux de mots, références, clins d’œil,effets efficaces et diversifiés, conclus par un hochement de la tête et par ses irrésistibles :Et Bim ! ou :Un truc de dingue ! Sa marque de fabrique…Cette prouesse d’une heure va à l’allure d’un TGV et le public n’a pas le temps de voir toutes les subtilités du paysage… 

Avec Menteur ?, François Martinez a fait évoluer son personnage, tronquant son costume deux pièces classique contre un bermuda et des converses rouges du plus bel effet. Un style plus rock’n’roll style Angus Young qui correspond mieux à son univers. Et cela le rend plus attachant et sympathique. Des mythos comme lui , nous en redemandons !

Sébastien Bazou 

Spectacle vu à la Darcy Comédie, Dijon (Côte-d’Or).

https://francois-martinez.com/

 

 

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