Sony Congo

Sony Congo ou la chouette petite vie bien osée de Sony Labou Tansi de Bernard Magnier, mise en scène d’Hassane Kassi Kouyaté

 

Sony Congo 1_0Qui lit aujourd’hui les romans de Sony Labou Tansi ? Qui met en scène son théâtre ? Vingt ans après sa mort, l’une des grandes voix du Congo, dans la lignée d’un Maxime N’Debeka ou d’un Emmanuel Dongala, mérite d’être réentendue.
Bernard Magnier, qui fut son ami, a imaginé une biographie théâtralisée, portée par Hassane Kassi Kouyaté, conteur et comédien, qui assure la mise en scène et  en est le narrateur-présentateur, et Marcel Mankita qui se glisse dans la peau de l’écrivain congolais.
Un habile montage permet de passer du récit des faits, gestes et réalisations de Sony Labou Tansi, à ses écrits. Hassane Kassi Kouyaté évoque sa vie, analyse son écriture et situe son œuvre dans le contexte congolais. Son chaleureux enthousiasme prépare le terrain à la reconstitution de scènes de théâtre, à l’audition d’extraits d’interviews, de poème, et  textes de fiction ou intimes.
Face à son exubérant comparse, Marcel Mankita épouse la modestie de son personnage et fait sonner sa langue truculente : «Nous sommes les locataires de la langue française»,  dit celui qu’on a nommé le Rabelais noir, le Mohamed Ali de la plume. Avec Sony Labou Tansi, l’humour est au rendez-vous: «Je suis écrivain et nègre, cela s’impose à moi. Mais je ne serai jamais le nègre de quelqu’un», ironise-t-il, et, sur son lit de mort, il écrira encore. «Je mourrai vivant» sont les derniers mots d’un ultime poème.
Extraits de spectacles mis en scène par Sony Labou Tansi avec sa compagnie le Rocado Zoulou Théâtre,  et fragments de lettres projetés donnent un aspect documentaire au spectacle sur fond discret de musique  africaine. Ce portait, un peu didactique, tient de l’exercice d’admiration, mais, très bien joué, fait revivre  une œuvre, et ressuscite, non sans émotion, le temps d’une soirée, la vie bien remplie d’un poète.

 

Mireille Davidovici

 au Tarmac, jusqu’au 14 février et en tournée en Afrique et en France.

 


Archives pour la catégorie actualites

L’Idéal de Tourcoing en danger

  La crise économique a imposé des restrictions, voire des coupes drastiques dans les budgets culturels, qui ne vont pas sans conséquences un peu partout sur les établissements culturels en France, le plus souvent à l’occasion d’un changement de municipalité! Sur fond de vieilles querelles mal éteintes entre Etat et  communes.
Mais cette fois, c’est beaucoup plus grave, puisqu’il s’agit d’un véritable conflit ouvert, et que le retrait total de la subvention accordée au
Théâtre du Nord (soit 76.250 euros) est clairement annoncé par le nouveau maire de Tourcoing, Gérald Darmamin, (U.M.P); ce Centre Dramatique National reçoit  3,9 millions d’euros de la ville de Lille, de l’Etat et de la Région (socialiste) qui a aussi diminué de 170.000 euros, son soutien au Centre Dramatique national, l’an passé, quand Christophe Rauck en est devenu le directeur.
Sans aucun doute, les Centres Dramatiques (Nationaux ou non) auraient dû faire l’objet d’une mise à jour, et depuis longtemps, ce à quoi le Ministère de la Culture, toujours frileux comme d’habitude, par souci de ne mécontenter personne,  s’est bien gardé de  procéder jusque là…
  Jean Bellorini qui lui  succédé au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis et son équipe soutiennent Christophe Rauck et le Théâtre du Nord.

Philippe du Vignal

Ils nous ont envoyé ce communiqué:

L’Idéal et l’atelier de décors
du Théâtre du Nord en danger

Le maire de Tourcoing annonce le retrait total de sa subvention ! Le 14 février 2015 risque de faire date dans l’histoire du Centre dramatique national du Nord basé à Lille, et dont le berceau est L’Idéal à Tourcoing. Aujourd’hui donc, Gérald Darmanin présidera le conseil municipal au cours duquel sera voté le budget 2015 de la ville de Tourcoing, budget auquel sera retiré la totalité de la subvention, à savoir 76 250 €.
Arguant du fait qu’il hérite d’une situation d’endettement, le maire de Tourcoing propose au Théâtre du Nord de signer une convention de mise à disposition de L’Idéal (sans subvention) et qui inclurait un loyer pour l’atelier de construction de décors situé également à Tourcoing!
Si le montant de cette location reste à définir, le bâtiment actuellement mis à disposition avec fourniture des fluides, est valorisé à 43 460 €/an (+ 20 000 € pour les fluides). Cet atelier, nécessaire et essentiel à la création, mission première d’un C.D.N. , développe une activité quasi unique au nord de Paris, génère des emplois et permet à de nombreux spectacles d’exister.
En résumé, le C.D.N. perdrait sa subvention de 76 250 € et verrait s’alourdir ses charges du montant de l’atelier de construction (environ 63 460 € par an). Les autres structures culturelles tourquennoises verront leur subvention diminuer de 7,5%, celle de L’Idéal de 100% !
Gérald Darmanin touche un symbole de la décentralisation théâtrale ! L’Idéal est le siège social du Théâtre du Nord, en mémoire à l’aventure artistique collective qui y a débuté en 1978. Avertis, nos partenaires institutionnels, Etat, Région et ville de Lille se disent très attentifs à la situation à Tourcoing : nous attendons leur position.
Merci d’être à nos côtés pour défendre L’Idéal, symbole de la décentralisation théâtrale et de l’aventure du théâtre public en région Nord-Pas-de-Calais.
Soutenez l’action du Théâtre du Nord en signant la pétition mise à votre disposition à l’accueil du théâtre (à Lille et à Tourcoing) où via le lien www.theatredunord.fr/ideal-en-danger

 

Tous à la manif

Oncfouch pense à Charlie

Oncfouch pense à Charlie

 

  Nous avons reçu ce

merveilleux message

de Jacqueline B.

que nous faisons un plaisir de

vous offrir:

 

" Pour une fois, j'irai à une manif: à 76 ans,

je n’ai pas envie de finir ma

vie en burka ».

 


Cela aurait pu être la phrase d’un dessin de Wolinski.

 

Ph. du V.

 

Charlie Hebdo

image

 

 

 

Indignée et bouleversée, l’équipe du théâtre du blog condamne l’attentat odieux qui endeuille Charlie Hebdo et, par conséquent, toute la presse en France et ailleurs. Les mots nous manquent pour qualifier ces actes perpétrés contre la liberté d’expression. Nous pensons bien sûr à eux qui ne sont plus  et nous partageons la douleur de leurs familles.
Nous vous rappelons qu’u
ne grande marche républicaine  aura lieu dimanche 11 janvier à 15h,  de la place de la République à la Place de la Nation à Paris.

Entretien avec José Martinez

Entretien avec  José Martinez, directeur de la Compagnie Nationale de Danse d’Espagne.

José Martinez« La danse  chez nous, dit José Martinez qui viendra avec sa compagnie au Théâtre des Champs-Élysées en janvier, a été affaiblie par la crise que connait l’Espagne et toute l’Europe,  et le nombre de  spectacles a été réduit de quarante pour cent en trois ans. À l’exception de la compagnie nationale, subventionnée principalement par l’État et qui a doublé le nombre de ses représentations : soixante-dix dates en Espagne, depuis mon arrivée en 2012, du fait de l’élargissement du répertoire (y compris classique). Nous faisons de grandes tournées et disposons de quarante-quatre danseurs, dont dix-huit Espagnols, tous payés par l’État, grâce à un budget de fonctionnement.
En revanche, les budgets consacrés aux créations et aux  tournées se réduit d’année en année mais le public est très réceptif à tous les répertoires: classique comme contemporain ».

Parmi les projets, un Don Quichotte pour lequel José Martinez fera aussi appel à quelques autres danseurs. Sa compagnie est itinérante mais dispose d’un lieu de répétition et travaille avec trois théâtres de  Madrid. Ce qui permet de toucher un public plus vaste. Mais quand il lui arrive de se produire au Teatro Real, le prix des places est très élevé.
« En Espagne, dit José Martinez, les artistes, malgré les difficultés économiques que nous connaissons, gardent un esprit créateur : ils font plus, avec moins.  Et  notre compagnie a aussi une fonction sociale. Ouverte au plus grand nombre, elle propose des cours aux autres danseurs qui ne sont pas de la maison et, deux fois par mois, le public est invité à des répétitions. Ainsi, l’argent de l’État bénéficie  à tous ».

C’est un peu le contraire de ce qui se passe à l’Opéra de Paris, ce que ne dira pas José Martinez, qui y était  lui-même danseur-étoile,et qui viendra donc trois jours à Paris avec une trentaine de danseurs qui interpèteront des créations représentatives de son répertoire : l’une de Mats Ek, une autre de l’espagnol Alejandro  Cerrudo, avec un  retour au ballet  classique. Et enfin celle d’Itzik Galili, un chorégraphe issu de la Batsheva Dance Company d’Israël qui mettra en valeur l’engagement physique de ses danseurs, en contre-point de la pièce d’Alejandro Cerrudo, plus fluide, composée sur une musique de Philip Glass.

  « Mon but, dit José Martinez, est de montrer notre compagnie dans des modes d’expression très différents. Casi Casa de Mats Ek, qu’on pourrait traduire par «presque maison» et qui parle de la vie quotidienne, a pour base Appartement, que j’avais créé à l’Opéra de Paris en 2000. À partir d’un solo,  il a conçu une pièce très écrite, sans place pour l’improvisation, presque comme pour un  ballet classique. Quelques scènes d’Appartement seront d’ailleurs recréées, et ce ballet sera interprété par les danseurs du Bolchoï, sous la direction de Mariko Aoyama qui a été l’assistante de Mats Ek pour cette transmission ».
José Martinez nous a aussi parlé du désir du grand chorégraphe suédois qui a participé aux répétitions, de prendre sa retraite en 2016, et de son envie de reprendre auparavant avec  lui, La Maison de Bernarda. Mais Mats Ek sera là au Théâtre des Champs-Élysées.Ses créations, dit-il, sont comme du sable que l’eau emporte avec le temps. Nous allons donc commencer à perdre les pièces de Mats Ek!

Jean Couturier

Trois spectacles différents les 27, 28, et 29 janvier, au Théâtre des Champs-Élysées, avenue Montaigne, Paris.

Entretien avec Claire Lasne Darcueil

 

Entretien avec Claire Lasne-Darcueil, directrice du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique.

Fred Pickerin

 

Son prédécesseur Daniel Mesguisch avait dû faire face à une révolte des élèves et à un malaise chez les enseignants, ce qui rendait évidemment impossible son maintien à la direction de cette école historique où rêvent d’entrer de nombreux candidats à une aventure théâtrale.
D’abord comédienne, Claire Lasne-Darcueil avait fait son apprentissage à l’ENSATT puis dans ce même Conservatoire national. Elle mit en scène en 1996, Platonov de Tchekhov au Théâtre Paris-Villette que dirigea avec une rare acuité Patrick Gufflet; cette réalisation exemplaire, unanimement saluée, la fit connaître au grand public, puis elle devint avec son mari Laurent Darcueil,  aujourd’hui disparu, directrice du Centre dramatique de Poitou-Charentes. Comme autrefois Jean Dasté le fit autour de Saint-Etienne, elle alla au devant du public avec un chapiteau, là où il n’y a pas de salles, dans de petites villes ou villages de la région. Puis elle dirigea la Maison Maria Casarès.

  Elle s’est toujours  passionnée pour la pédagogie théâtrale, et les anciens élèves de l’Ecole du Théâtre national de Chaillot se souviennent encore du remarquable stage sur Tchekhov qu’elle avait animé. On la sent déterminée, solide, munie de l’indispensable expérience, et de l’énergie pour diriger cette école qui dispose de moyens, et d’enseignants de grande qualité, mais à laquelle on a souvent reproché, et non sans raison, de prélever les meilleures des jeunes pousses en France, d’avoir un enseignement teinté d’un certain conformisme et de « produire » chaque année, trop d’élèves formatés, et de n’être pas toujours en phase avec le théâtre le plus vivant…
Le Conservatoire national a eu longtemps le quasi-monopole de l’enseignement, dit supérieur, de l’art dramatique, ce qui n’est plus heureusement le cas. Les services du Ministère de la Culture n’ont jamais fait preuve d’imagination ni d’intelligence et ont toujours eu une politique des plus conservatrices, quand il s’agissait de prendre les bonnes décisions à long terme. Heureusement, les lignes sont en train de bouger.

  En fait, les enseignements artistiques n’ont jamais passionné la classe politique ni les énarques et assimilés. Du coup, que soit pour  l’enseignement des arts plastiques, de la musique, du théâtre ou du cinéma, on revient de loin.
Claire Lasne-Darcueil nous fait part ici des réformes qu’elle entend mener.

- Cela fait un an que vous êtes arrivée aux commandes du Conservatoire National. Quel bilan?

- J’ai d’abord accompagné le programme de Daniel Mesguich mon prédécesseur; puis, en octobre dernier, j’ai commencé à mettre en place une nouvelle pédagogie, dont un des éléments mais pas le seul  est constitué par une école gratuite de préparation aux concours du Conservatoire mais aussi des Ecoles nationales, ce qui me parait important.
Mais j’ai bien conscience que c’est une question  épineuse: on peut passer facilement pour quelqu’un qui se donne bonne conscience, qui est dans la démagogie. Qu’importe, j’y tiens et on va le faire, c’est tout; mais je ne veux pas en parler  davantage, les choses ne sont pas encore avancées.

-Vous le savez bien, en France, le nombre des écoles de théâtre, à la fois publiques et privées a, depuis dix ans, beaucoup augmenté, ce qui change fondamentalement le paysage de l’enseignement. Puisque les jeunes gens qui en sortent  doivent souvent faire preuve de nombre de compétences pour avoir du travail…

-Oui, bien sûr, et on beaucoup de questions à se poser au plan national,  sur l’insertion professionnelle, mais ici ce n’est pas vraiment un problème. Notre école, très ancienne, est à Paris et a acquis depuis longtemps une vraie légitimité quant à l’enseignement du métier théâtral, mais, s’il y a une dizaine de bonnes écoles en France, qui s’en plaindrait? La Bolivie (dix millions d’habitants), en possède une seule…
Si j’ai posé ma candidature  à la direction du Conservatoire, c’est pour moi une façon d’agir concrètement. Quant au reste: une politique théâtrale en France dans son ensemble, ce n’est pas de mon ressort. L’état du théâtre en France, la nécessaire évolution des Centres dramatiques et des scènes nationales, cela me concerne sûr mais encore une fois, ce n’est pas mon travail…
Ma mission à moi, est claire et précise: former de jeunes gens capables de donner des réponses intéressantes, les rendre forts, confiants en eux, et capables de saisir le monde avec  autorité mais aussi avec bienveillance envers les femmes et les hommes qui étaient là avant eux dans la profession.
Pour moi, disons que j’ai eu beaucoup de chance, et ce que j’ai pu vivre dans l’institution théâtrale, a été complètement heureux, je tiens à le dire, et je crois avoir été fidèle à mes rêves d’enfance. J’ai mené cette expérience avec des gens que j’aimais et que j’appréciais.
Si je n’étais pas là, je serais en validation d’acquis en art-thérapie à la Sorbonne, et je suis très reconnaissante aux gens qui m’ont suggéré d’être candidate à ce poste; l’avoir obtenu est un immense cadeau de la vie…

- Quelle est votre équipe actuelle et quels sont les grands axes de votre politique pédagogique?

-  Il y a trente et un intervenants dont bon nombre que vous connaissez, puisque vous avez parlé à plusieurs reprises dans Le Théâtre du Blog  des travaux d’élèves: Sandy Ouvrier, Daniel Martin, Robin Renucci, Nada Strancar, Lucien Attoun… Mais je tiens aussi à inviter des artistes comme Thomas Ostermeier, Fausto Paravidino, Stuart Seide, Bernard Sobel…
Par ailleurs, je considère que la musique et le chant, comme dans  toutes les écoles des pays  de l’Est, et primordiale. Nous avons maintenant six professeurs de chant,  et trois accompagnateurs qui sont impliqués dans l’enseignement, et il y a aussi un piano dans chaque salle. Enfin, je considère aussi que l’activité physique, et l’échauffement avant un cours d’interprétation sont très importants; les heures de cours de danse ont donc été doublées.
Je suis convaincue d’un indispensable retour à la valorisation des enseignements plus « techniques » comme le chant, la danse, le clown, le masque… et à l’idée de progression,  à partir d’une première année fondamentale. La troisième et dernière année étant plutôt réservée à des ateliers de pratique. Quant au concours, il me semble aussi utile d’avoir un petit entretien avec les candidats, ce qui nous permettra de les faire parler des raisons qui les ont conduit là.
Nous sommes par ailleurs en dialogue avec des metteurs en scène comme Matthias Langhoff, Jean-Pierre Vincent ou Philippe Adrien qui nous apportent à la fois leur point de vue et leur expérience pour le cycle de formation à la mise en scène. Le Conservatoire accueille en effet depuis deux ans,  des élèves comédiens et/ou metteurs en scène dans le cadre d’une formation de deuxième cycle, pour une durée de deux ans; en juin dernier, cinq élèves ont pu ainsi présenter leur projet au Théâtre 95 de Cergy-Pontoise.
Mais, pour le moment, nous avons fait le choix de ne pas recruter d’élèves dans le cadre existant. Et nous élaborons un nouveau cursus d’enseignement avec cours, stages et ateliers de réalisations collectives.
Par ailleurs, existe déjà un diplôme national de comédien délivré par le Conservatoire, ce qui permet aux élèves qui l’obtiennent de pouvoir obtenir conjointement une licence mention Arts du spectacle théâtral à l’université Paris VIII. Quelques élèves peuvent aussi demander à effectuer leur deuxième année dans un établissement supérieur français ou étranger.
Enfin, SACRE ( Scineces, Arts, Création, Recherche), formation doctorale créée en 2012, est le résultat de la coopération entre notre maison, le conservatoire national de danse, l’Ecole des arts déco, la Fémis, l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm. C’est une sorte de plate-forme d’échanges entre sciences exactes, sciences humaines et littéraires,  et pratiques de création avec,  à terme, la création d’un doctorat.

- On entend dire dans la profession que les élèves du Conservatoire ne représentent pas vraiment la société d’aujourd’hui  et seraient issus des classes sociales privilégiées, et très peu des banlieues? Est-ce exact?

-Non; en effet, la moitié de ces élèves, ce qui est déjà beaucoup, a droit à une bourse du CROUS sur dix mois, et non imposable; il y a aussi des aides d’urgence versées par le ministère de la Culture  si leur situation personnelle le justifie, et des aides ponctuelles versées par le Conservatoire  pour tous les élèves boursiers ou pas. Et enfin un accord avec la ville de Paris a été conclu et dix logements sociaux sont attribués chaque année. Tout cela étant bien entendu très contrôlé.

- Vous avez un peu plus de cent élèves. Arrivez-vous à les connaître?  

-Ce n’est pas facile mais je m’efforce de les rencontrer personnellement. Il me semble que c’est aussi mon rôle, et il y a un retour formidable de leur part.

- Quelles sont vos relations avec des Ecoles comme celle des Arts Déco,  dont la section scénographie, sous la direction de Guy-Claude François, a longtemps collaboré avec l’Ecole du Théâtre National de Chaillot?

-Ces relations déjà anciennes continuent aussi à exister chez nous , en particulier pour les décors des travaux des élèves de troisième année. Avec la FEMIS, elles ont été renforcées  et il y aura un atelier commun annuel de réalisation  avec les élèves de nos deux écoles pendant une semaine; l’an prochain, il y aura aussi  une collaboration importante avec le Conservatoire national de musique et de danse pour la mise en scène du ballet du Malade imaginaire de Molière, avec nos élèves, et les élèves musiciens et peut-être danseurs. Et, à terme, nous travaillerons probablement avec l’Ecole Nationale des Beaux-Arts, même si c’est sans doute un peu plus compliqué.
Il me semble aussi important que nous ayons une réflexion sur le fonctionnement du théâtre contemporain, à l’heure où les créations scéniques se font souvent  en relation directe avec les nouvelles technologies. Une école comme le Conservatoire ne peut en faire l’économie et l’enseignement du théâtre doit aussi prendre en compte l’évolution de la société, du public et des technologies: on ne peut plus aborder une création, comme on le faisait, il y a quarante, ni même vingt ans…

Philippe du Vignal

Prochaines présentations publiques des ateliers  danse  et clown:  les 18, 19, 20 et 21 mars.

 


vente de costumes de l’opéra-comique

Vente de costumes de l’Opéra-Comique

 

IMG_5209Pour des raisons officielles d’encombrement, l’Opéra-Comique, qui va fêter son tricentenaire en 2015, se sépare de 4.000 costumes et accessoires. La logistique et la communication de cette vente ont été confiées à une jeune société, Rinato, fondée par Julie Bertot et Antoine Gaston et  qui s’est spécialisée dans la vente de costumes des théâtres de l’hexagone, lesquels recèlent de vrais trésors du passé, même si souvent les plus belles créations du patrimoine sont conservées au Centre national du costume de scène de Moulins. (Par ailleurs, le CNCS organise régulièrement de riches expositions (voir Le Théâtre du Blog)
Sous l’œil attentif et protecteur de Christelle Morin, chef-costumière de l’Opéra-Comique, des costumes et accessoires allant de 1950 à nos jours s’apprêtent ainsi à entamer une nouvelle vie auprès de particuliers, d’associations ou de professionnels du spectacle. Avec des prix attractifs: de 5 à 300 euros, donc beaucoup moins élevés qu’à la dernière vente de l’Opéra de Paris réservée aux abonnés.
On peut aussi faire ses achats sur le site de l’entreprise Rinato. L’Opéra-Comique constitue un bel écrin pour cette vente exceptionnelle, qui réjouit tout amateur de costumes, et l’ensemble du personnel du théâtre qui va bientôt connaître de grands travaux de rénovation, a été mobilisé pour l’occasion. Grâce à son aide, chaque passionné est reparti de ce lieu unique avec un peu de rêve et de bonheur.
Une réserve: peu de pièces référencées, alors qu’elles proviennent de productions prestigieuses comme Don Giovanni, Une nuit à Venise, Ciboulette ou Orphée aux enfers. Une partie de la mémoire de ces costumes, comme le nom de ceux qui les ont conçus, risque ainsi disparaître à jamais, et c’est dommage de les priver de l’acte créateur dont ils sont issus.
« Chaque époque, dit avec nostalgie, Christian Lacroix, grand concepteur de costumes de scène, génère une matérialité qui disparaît inévitablement. On ne capte pas la réalité, et on peut encore moins la conserver». Sauf, peut être, à Moulins…

 Jean Couturier

Vente du 31 octobre au 2 novembre;  www.opera-comique.com  www.cncs.fr   www.rinato.fr

La Cité de la danse à Toulouse, un projet en danger

La Cité de la danse à Toulouse, un projet en danger

la-grave-aerien-sep_9995Voici une vingtaine d’années, la ville de Toulouse ne se distinguait pas particulièrement en matière de sensibilisation à la danse, au sens le plus large du terme. La création d’un Centre de développement chorégraphique dirigé par Annie Bozzini a lentement mais sûrement changé la donne.
Avec des moyens modestes, le C.D.C. est parvenu à faire vivre toutes les formes d’expression d’aujourd’hui, les jeunes danseurs hip hop de la région – et d’ailleurs – y trouvant leur juste place, au même titre que les autres artistes contemporains.
De même, une programmation pertinente, en association avec les autres structures de la ville disposant de salles pour les accueillir, a permis aux Toulousains de voir, parmi beaucoup d’autres, des artistes aussi reconnus mondialement que Merce Cunningham ou William Forsythe.
Pour le CDC, l’objectif à atteindre  était de fournir à toutes les forces vives de la région (et au-delà) un lieu adéquat pour les accueillir. A partir d’un lieu d’implantation ne disposant que du minimum d’équipements, a donc été conçu voici plus de dix ans, un projet de Cité de la danse incluant salle, studios, lieu de résidence, qui devait simplement, comme l’explique sobrement Annie Bozzini, « fournir un lieu de représentation tout en permettant le croisement des savoirs ».
L’ancien hospice de la Grave, désaffecté depuis longtemps, offrait la possibilité d’une réhabilitation idéale. Un projet architectural a pris forme. La recherche de financements avançait, soutenue par l’ancienne municipalité PS. Jamais remis en cause pendant la campagne des municipales, y compris par ce qui devait devenir la nouvelle équipe municipale UMP, le projet vient cependant d’être brutalement annulé. C’est par un article de la Dépêche du midi que le personnel du CDC a reçu la nouvelle.
Bien que la méthode utilisée pour informer les principaux intéressés soit pour le moins cavalière, on peut comprendre que dans un contexte d’économies budgétaires assez drastique – d’autres projets ont été annulés, notamment une Cité de l’image et une Cité de l’urbanisme – certains objectifs soient revus à la baisse. Mais le projet, qui ne fait d’ailleurs qu’accompagner un épanouissement artistique qui profite à tous,  ne doit pas être remis en cause.
La directrice du CDC fait fort justement valoir l’exemple de la Maison de la Danse de Lyon (d’où est aussi  issue  la fameuse Biennale de Lyon), qui s’est créée au départ sur des bases financières relativement modestes, et dont le bénéfice culturel, économique et social, saute aux yeux.
Les responsables du projet cherchent d’ores et déjà des solutions moins coûteuses pour préserver la Cité de la danse dans son principe même. Pour leur permettre de donner plus de légitimité à leurs arguments, ils ont lancé une pétition adressée au Maire de la ville qui a atteint en quelques jours 3000 signataires. Initiative salutaire pour la cause de la danse, mais pas seulement.

C’est le modèle culturel et ses fameuses « retombées économiques » qui est aussi en question En effet, le spectre de certains projets pharaoniques se profile à l’horizon, au moment même où des initiatives de terrain pourtant moins dépensières risquent la destruction pure et simple.

 Chantal Aubry

On peut  se joindre à la pétition: il suffit d’aller sur le site du CDC Toulouse, et de cliquer sur « signez la pétition ». 

https://secure.avaaz.org/fr/petition/Monsieur_le_Maire_de_Toulouse_La_creation_dune_Cite_de_la_danse_a_Toulouse/?mCHjkbb

 

 

adieu michèle Guigon

Adieu Michèle Guigon

 

Michèle Guigon-thumb-500x375-54956Elle est partie au  petit matin du 4 septembre (son dernier clin d’œil, comme le nom de sa compagnie!), à 55 ans seulement mais un cancer du sein l’avait attaqué il y a quelques années, et ne l’avait jamais lâchée. On la savait pas au mieux depuis quelque temps mais elle continuait à se battre avec courage.
  Nous l’avions connu il y a plus de trente ans, quand Macha Makeieff et Jérôme Deschamps avaient créé leur compagnie,  avec  de petits spectacles déjantés qui n’attiraient à l’époque pas grand-monde, comme Les Oubliettes, Les Précipitations, un des plus remarquables de la compagnie joué dans la vieille salle même de l’Idéal-Ciné de Tourcoing, avant sa démolition. Puis il y eut Les Petites chemises de nuit, En avant, puis  Les Blouses, et La Veillée créé au T.N.P. de Villeurbanne qui consacra les Deschiens.
Elle a joué avec eux  des années 78 à 85, une jeune gourde, en blouse à fleurs, fagotée comme il n’est pas permis sauf chez les Deschamps. Elle était là présente, les bras ballants, totalement idiote, incapable de rien faire, quasi-muette, et il y fallait, à n’en pas douter,  une  intelligence supérieure du corps et de l’esprit chez cette toute jeune femme, pour arriver à une telle présence scénique…Tout en mettant au point une légère distance par rapport à son personnage. Sans doute sous l’influence d’Antoine Vitez, dont elle avait suivi les cours au Théâtres des Quartiers d’Ivry.

Et cela la rendait encore plus attachante avec son gros accordéon qui ne la quittait vraiment jamais. Elle en jouait de façon aussi chaleureuse qu’un peu ironique, comme pour marquer une petite différence… Elle prit ensuite son envol et créa ses propres spectacles avec sa compagnie du P’tit matin avec Anne Artigau et Yves Robin, comme Marguerite Paradis en 84 ou Etats d’amour en 85, qu’Alain Crombecque, alors directeur du Festival d’Avignon avait invités.
Dernièrement, elle s’était lancée dans de remarquables  solos écrits avec sa complice et amie Suzy Firth, et mis en scène par sa fidèle Anne Artigau, comme en 2011 :  La vie va où ? ou Pieds nus, traverser mon cœur (voir Le Théâtre du Blog) où elle parlait avec lucidité et une implacable ironie, de ce qu’elle avait dû subir pendant sa maladie avec des phrases incisives, du genre:  « J’ai pas fait médecine, j’ai fait malade » ou: » Quand on vieillit, les médicaments passent de la salle de bains à la cuisine. » Des silences et des grommelots des Deschiens, elle était passée à une belle maîtrise du monologue.

  Voilà, c’est fini, nous sommes évidemment très tristes mais il nous reste pour retrouver son beau regard et son espièglerie, un livre/CD: La vie va où? (Camino éditeur 20 €). Merci Michèle, pour ce que tu auras apporté au théâtre contemporain. 

Philippe du Vignal

 

 

Livres, revues et DVD

Livres, revues et DVD…

Anna Halprin Danser sa vie

AnnaHalprinCe DVD-ROM a été réalisé par Peter Hulton qui, à l’occasion de la sortie du livre d’Anna Halprin, la grande chorégraphe et théoricienne de la danse américaine née en 1920,  Mouvements de la vie,  a filmé un atelier de deux jours qu’elle a réalisé en janvier 2010 à Paris et que publient aujourd’hui les éditions Contredanse. Avec des questions pour elle, fondamentales, à sxavoir le sens de la danse.  » J’ai un point de vue sur la danse, avait-elle précisé, En cinq minutes, elle a résumé comment elle concevait la danse: une science, une philosophie et un art ».
Ce DVD interactif comprend un certain nombre de mots-clés qui comprennent l’enregistrement de  l’atelier donné à Paris, les étapes de sa vie et ses feuilles de route. mieux vaut déjà connaître l’itinéraire  d’Anna Halprin qui abandonna la modern dance telle que la concevait Martha Graham ou Doris Humphrey ou Charles Weidman pour se mettre en contact avec des forces primitives et plus vitales pour elle.
Notamment, en privilégiant, ce qui parait souvent la norme aujourd’hui dans les arts du spectacle, la disparition du cadre de scène. Mais aussi en demandant à ses danseurs une implication autre que celle peut avoir  d’habitude un danseur sur un plateau, notamment en créant un processus de création en plein air  donc tout à fait proche de la nature et des besoins les plus primitifs de l’homme.

Editions  Contredanse 375 minutes, v.o. en anglais, sous-titrée en français. 32 €

Le Tartuffe 

  Après Coups de théâtre, une jolie revue théâtrale des Éditions L’Harmattan trop tôt disparue, le numéro 3 – Printemps 2014 – de la revue Le Tartuffe paraît sous l’égide du rédacteur en chef Gérard Allouche, homme passionné de textes et de théâtre.
  Construire et déconstruire l’art dramatique, s’amuser du jeu et des jeux, faire voler en éclats les pièces et leurs perspectives : sans cette vie organique qui le métamorphose, selon le critique, le théâtre resterait sans voix, un paradoxe ! Par ailleurs, le retour vers les classiques est éternel : « Nourri du passé, en quête d’avenir : un classique », Jean Grapin ne se lasse pas d’évoquer ce concept-trésor sur lequel le spectateur, l’acteur et le metteur en scène reviennent sans cesse.
Jade Lanza s’attache quant à elle, à la volupté du sacrifice dans l’œuvre de Musset à travers laquelle aimer est une aventure héroïque, un chemin de croix douloureux, quand on doute non seulement de l’autre mais de soi aussi. Musset, Sand…
Jean Gillibert a eu carte blanche pour rappeler que l’éthique précède tout simplement l’esthétique. L’amuseur des mots imagine que « le damneur ou l’errance féconde des réincarnations ». Pour l’analyste érudit, l’acteur est un exil perpétuel qui rappelle incessamment une présence par l’intermédiaire de sa parole prophétique.
Gérard Allouche s’arrête, lui,  sur le fameux Mondory, l’acteur fétiche de Corneille qui mourut sur le plateau d’un AVC : « son engagement paroxystique sur scène montre les ravages de l’alexandrin, arme létale et les pouvoirs des mots plus mortels que l’épée… »
  Il y a aussi un excellent article de Michel Ellenberger consacré aux 36 situations dramatiques selon Georges Polti (1868-1946), auteur trop peu connu ou méconnu. Dans  Les 36 situations dramatiques, il analyse les éléments dynamiques mis à l’œuvre dans toutes les situations théâtrales possibles. Implorer par exemple, concerne le Persécuteur, le Suppliant et la Puissance indécise. Le Sauveur a à voir avec L’Infortuné, le Menaçant et le Sauveur. La rivalité des proches considère le Proche préféré, le Proche rejeté et l’Objet. Les crimes d’amour touchent autant l’Épris que l’Aimé. Le remords fragilise non seulement le Coupable et la Victime mais l’Interrogateur.
Autant de situations, autant de sentiments et de réactions, autant de victimes et de bourreaux, de maîtres et d’esclaves : le calcul des probabilités est infernal mais il témoigne de  l’infinie vitalité de la vie qui pétille et bruit en chacun, selon sa position. Cette problématique savante est adoptée au cinéma et enseignée au cinéma ; on ne peut rester indifférent à cette folle entreprise de l’inventaire et du répertoire humains. Ce numéro 3 du Tartuffe se lit avec un réel enthousiasme, un esprit de découverte. Donc à suivre…

Véronique Hotte

Le Tartuffe n°3  Éditions L’Harmattan, 12 euros.

 Carnets d’artiste  1956-2010 de Philippe Avron

 Image-3 Depuis longtemps, les hommes de théâtre ont consigné leurs observations, et souvent au jour le jour, sur la pratique de leur métier, et il y eut des livres formidables comme ceux de Louis Jouvet que les apprentis acteurs ne cessent de relire. Et celui de Philippe Avron, à la fois comédien mais aussi auteur est de la même veine. Ce sont des carnets, écrits un peu partout au hasard des possibilités dans un café souvent   « quand disait-il les idées sont fraîches , qu’elles ont envie de galoper, » et cela depuis 1956 jusqu’à sa mort en 2010 peu après avoir joué son Montaigne, Shakespeare et moi, mis en scène par Alain Timar au Festival d’Avignon. C’est un document  d’une exceptionnelle richesse écrit par un homme passionné et généreux et qui n’arrêta jamais de travailler avec les plus grands metteurs en scène.
D’abord longtemps avec Vilar au festival d’Avignon et au T.N.P. . puis avec  Jacques LecoqPeter Brook, Jorge Lavelli, Roger Planchon et Beno Besson , notamment dans  Le cercle de craie caucasien de Brecht et Dom Juan. Il fit aussi merveille au cabaret avec son vieux complice Claude Evrard. Puis il entama une carrière plus solo avec ses propres textes, comme entre autres Ma Cour d’honneur, Je suis un saumon, Le Fantôme de Shakespeare que ces soit en France , au  Canada, voire aux Etats Unis.
On le vit aussi au cinéma dans les films de René Clair,  Michel Deville, Gilles Grangier. C’est de cette formidable aventure humaine et artistique à la fois dont il parle dans  ces Carnets. Il est aussi intelligent dans ses réflexions que modeste, aussi pétillant d’humour que de gravité parfois philosophique. Boulimique, il possède une culture exceptionnelle, grand lecteur, et curieux de tout, il ne cesse d’admirer les êtres, les peuples, les textes et les œuvres d’art. Son Ophélia d’abord et toujours, et Shakespeare, les Dogons, Molière,  la philosophie de Kant…  .
Côté métier, il n’est pas du genre à céder:  » Pas de vie sans combat. Autrement on regarde tomber ses cheveux ». Mais Philippe Avron reste lucide et pense à sa disparition prochaine et programmée: « A 53 ans, je me sens vieux quand j’ai peur, mais à part ça je pète le feu. Quand j’ai peur angoisse, je me sens vieux figé. Quand j’ai peur maladie, je me sens vieux perdu ». Mais avec un bel humour, il note plus loin: « C’est dommage que la vie finisse mal. On s’en va sur une mauvaise impression ». Et il mourra  au combat, à 81 ans, peu de temps après ce Montaigne, Shakespeare et moi  qu’il crée en Avignon, au Théâtre des Halles dans la mise en scène d’Alain Timar, sans doute conscient de vivre ses derniers jours: « Maintenant je dois me ménager pour mourir en pleine forme ».
C’est de ce parcours d’homme de théâtre que parle ce livre vraiment étonnant et qui se lit d’un seul trait.

Ph. du V.

Editions Quatre Vents L’Avant-Scène Théâtre 20 €

Montaigne, Shakespeare et moi de et Par Philippe Avron, image et réalisation de Jean-Michel Carasso.

  C’est l’enregistrement réalisé  par Jean-Gabriel Carasso des essais de ce dernier spectacle  au Théâtre de la Vie à Bruxelles.  Il est là seul en scène, avec son beau visage buriné, vibrant de passion tenant à la main un livre tout rafistolé d’Extraits de Montaigne qui avait appartenu à son père, lycéen à Calais pendant la Grande Guerre. Philippe Avron évoque ses souvenirs de vacances quand son grand-père qui, comme son père , s’appelait aussi Philippe et qui arbitrait le jeu du meilleur mort que lui et ses frères et sœur jouaient sur la plage de Sangatte. Comme un pressentiment?
Puis le comédien, droit dans ses bottes, simple et majestueux  commence par  lire Montaigne puis Shakespeare. « Tant qu’il y aura de l’encre et du papier de par le monde, j’écrirai ».
Diction et gestuelle  des plus  remarquables, présence fabuleuse, ce  dernier essai avant les quelques représentations d’Avignon,  est évidemment plus que précieux…  Ce testament  émouvant et bien filmé, qui est une initiative de l’association Les amis de Philippe Avron, nous restitue en une petite heure, à la fois l’homme et le comédien: c’est aussi  une grande leçon d’interprétation théâtrale. Le texte définitif du spexctacle est édité aux Editions Lansman.

Ph. du V.

Editions L’Oiseau rare.

Frictions n° 23

Au sommaire du dernier numéro de la revue dirigée par Jean-Pierre Han, plusieurs articles  tout fait intéressants comme entre autres, cet entretien par lui-même avec Olivier Py,  sur son parcours d’homme de théâtre en proie aux interrogations métaphysiques qui revendique à la fois son homosexualité e sa profonde foi catholique. Le nouveau directeur du festival d’Avignon, qui reste aussi et avant tout auteur et acteur, souligne que sa programmation correspond  à sa façon de penser le monde au travers des auteurs et des compagnies qui les jouent.
Il y a aussi  un court témoignage de notre ami René Gaudy qui fut proche d’Arthur Adamov auquel il a consacré une thèse. Il relate ici la fin tragique en décembre 90 de cet auteur que l’on ne joue plus guère et qui, pourtant, fut un des dramaturges importants de l’après-guerre en France.
Jean-Pierre Han  signale dans un beau portrait l’apparition, disparition, réapparition de cet auteur metteur en scène hors-normes, aussi inclassable que bourré de talent qu’est Eric da Silva dont la trajectoire est d’une certaine façon d’une logique remarquable, même si elle est à éclipses. L’homme  qui a fait de grandes choses comme avec sa troupe L’Emballage Théâtre  comme Tombeau pour cinq cent mille soldats de Pierre Guyotat ou Troïlus et Cressida adapté de Shakespeare, est sans doute brouillé à jamais avec les institutions, et c’est tant mieux. Même si le comité d’experts de la DRAC Ile de France lui a manifesté son soutien  et l’a aidé financièrement.
Mais quand on pense aux réflexions idiotes d’un inspecteur de la Direction des spectacles sur son parcours  atypique, il y a des raisons d’être quelque peu amer… Pourtant Eric Da Silva, et pour l’écriture et pour la mise en scène, a une place importante dans le théâtre contemporain. Ce que souligne à juste titre Jean-Pierre Han.

Ph. du V.

Frictions n°15. 14 €

Lettre de l’Académie des Beaux-Arts n° 76: L’art de la rue

Signalons aussi plusieurs articles à la fois bien documentés  sur les arts de la rue , notamment sur  sur ce mouvement d’expression urbain aux Etats-Unis dans les années 70 par Lydia Harambourg et un autre sur le parcours maintenant bien connu de l’excellent artiste qu’est Ernest Pignon-Ernest qui a réussi  à faire de la rue un lieu d’exposition grâce à ses photos sur papier collées un peu partout sur les murs de  grandes villes.
ce numéro comprend aussi un article sur l’installation de l’artiste JR,   composée de trois parties réparties sur le dôme du Panthéon, sous la coupole et sur le sol, à l’occasion de la rénovation  du bâtiment par les monuments historiques.  Avec plus de  4.000 portraits photographiques,  les bâches de prtection deviennent le support  d’une création artistique, ce qui n’est pas anodin.
Signalons aussi un dossier sur La Tour Paris 13 qui avait été appelée à disparaître fin 2013 et qui! a servi un temps  d’exposition collective de street art, comme on dit en français, avec plus de 4.500 m2 au sol comme au plafond  sur 9 des étages et qui sont devenus le support d’artistes provenant de de seize pays.
Cette Lettre de l’Académie des Beaux-Arts n° 76 s’empare, ce qui est plutôt inhabituel pour une revue des plus officielles,  d’un mouvement artistique qui, depuis quelque cinquante ans, a donc  déjà maintenant une histoire et, curieusement, par le bais de plusieurs galeries, un marché…

Ph. du V.

Academie-des-beaux-arts.fr/lettre/minisite_lettre 76/index.html

 

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