Mais que voir et/ou lire en attendant le fatidique 15 décembre avant un possible retour dans les salles?

Mais que voir et/ou lire en attendant le fatidique 15 décembre avant un possible retour dans les salles? (suite et sans doute hélas, pas fin!)

Comme vous l’avez sans doute appris, les nouvelles ne sont pas bonnes et il n’est pas certain du tout que les théâtre cinémas, musées, galeries, etc. puissent accueillir à nouveau du public à la date prévue! Nous avons glané pour vous, non pas vraiment quelques pépites mais de quoi vous intéresser et vous consoler un peu. A suivre…

La Vitrine artistique

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Avec la complicité de la Maison de Quartier P M C et le soutien de la municipalité d’Ivry-sur Seine, le Théâtre El Duende présente un moment théâtral et musical qui sera joué dans sa vitrine. Mais le public restera sur le trottoir et, contraintes sanitaires obligent, limité à six personnes. Comme un goût de théâtre de poche mais en plein air…
Au programme: des impromptus poétiques et des pastilles artistiques élaborées et interprétées par la compagnie El Duende. Les séances de huit à dix minutes auront lieu à intervalle de vingt minutes pendant deux heures selon un thème choisi par avance.

Spectacles gratuits devant le 23 rue Hoche, à Ivry-sur-Seine, tous les samedis et dimanches du 5 au 27 décembre, de 18 h à 20h. Attention:  six personnes maximum devant la vitrine et réservation obligatoire: :https://theatre-elduende.mapado.com/

Six personnages en quête d’auteur de Luigi Pirandello, mise en scène de Stéphane Braunschweig

La célèbre pièce (1921) du dramaturge sicilien, œuvre-phare du théâtre moderne, a été jouée partout dans le monde. Créée en France par Georges Pitoëff, deux ans seulement après son écriture, elle a encore de beaux jours devant elle un siècle après. Une famille de personnages à moitié créés, laissés en plan par leur auteur, fait irruption dans un théâtre en réclamant à cor et à cri d’exister. Le metteur en scène a fait entrer ces êtres fictifs, intemporels, au milieu d’une répétition d’aujourd’hui. Et ils vont découvrir une équipe artistique en crise qui s’interroge sur son travail…

En libre accès : www.theatre-odeon.eu

 Comparution immédiate d’après des textes de Dominique Simonnot, mise en scène de Michel Didym

Un solo où Bruno Ricci bien dirigé endosse de façon remarquable les différents rôles: prévenu, avocat, juge, greffier… de cette procédure dite comparution immédiate après garde à vue, dans Coups de barre , un spectacle conçu à partir des chroniques judiciaires  de l’excellente  journaliste Dominique Simonnot ( voir Le Théâtre du Blog).Après avoir écrit pour Libération, elle les a publiées plus de dix ans dans Le Canard enchaîné.  » Au public de juger la justice, dit Pierre Notte.  » Dans un pays des droits de l’homme ou pas, cette justice peut s’avérer expéditive.  « Un quart d’heure pour juger un suspect, lui éviter la détention et empêcher qu’il croupisse en préventive. »Il n’y a guère de moyens, les membres du tribunal qui peut juger très tard le soir, sont épuisés, le jeune avocat commis d’office connaît mal, voire pas du tout le dossier, le prévenu ou la prévenue ne parle pas toujours bien le français et se défend mal…Bref, rien n’est dans l’axe et on assiste impuissant à une sorte d’abattage judiciaire qu’aucun gouvernement français n’a vraiment réussi à réformer. Un spectacle glacial mais efficace qui rappelle celui de Jean-Pierre Vincent sur le même thème mais aussi son ancêtre de 1972 : des saynètes de quelque minutes de théâtre d’agit-prop que les acteurs du Théâtre du Soleil avaient conçues et jouées dans la rue avec le strict minimum. Gérard Hardy -cet excellent acteur hélas disparu en septembre dernier- en robe noire de juge, monté sur une cagette, pérorait: « Je suis le Juge et je fais régner l’ordre. » Verdict: deux ans de prison infligés à un voleur de mobylette. Rien de neuf sous le soleil?Sur Viméo

L’Urgence des Arts

Télérama et le Théâtre de la Ville s’associent pour imaginer l’avenir  avec quatre jours de débats du 14 au 17 décembre à 18h qui seront enregistrés avec ou sans public. « Comment imaginer l’avenir?  Comment le mettre en scène, en mots et en images? Comment en faire un récit qui nous porte et nous guide?

L’Urgence des arts donnera la parole aux artistes du spectacle, des littératures et du cinéma mais aussi à la ministre actuelle et à deux anciens ministres de la Culture. « Oui, il y a urgence à voir, lire et ressentir. Donner la parole aux artistes pour faire sens dans l’incertitude.  Figurer, fût-ce dans le brouillard, notre dessein commun. Trouver des repères et relever avec audace et générosité, le défi de la pensée critique.

Il y aura tout du beau monde: entre autres, Jean-Jacques Aillagon, ancien ministre de la Culture et de la communication, Olivier Assayas, réalisateur, Roselyne Bachelot, ministre de la Culture, Alex Beaupain, auteur compositeur interprète, Caroline Bonmarchand, productrice, Marie-Christine Bordeaux, spécialiste de la médiation culturelle, Manuel Carcassonne, éditeur, Emmanuel Carrère, auteur, Manuel Chiche, distributeur, Volny Fages sociologue, enseignant-chercheur, Carine Karachi neurochirurgienne, Jack Lang, ancien ministre de la Culture, Macha Makeïeff, metteuse en scène et directrice du Théâtre National de la Criée à Marseille, Clément Mao-Takacs, pianiste et chef d’orchestre,  et les journalistes de la rédaction de Télérama.

theatredelaville-paris.com

Sois belle et tais-toi

Chaque semaine, des acteurs de la Comédie-Française préparent en six jours la création d’une pièce. Dans Sois belle et tais-toi, Françoise Gillard propose une vision théâtrale d’un documentaire réalisé par la grande comédienne que fut Delphine Seyrig (1932-1990)  où  des actrices témoignent de leur condition féminine…

Chaîne: La Comédie continue

Une sélection de films gratuits
Passons pour faire branché sans doute, sur la bêtise anglicisante de cet y remplaçant le é final de curiosité dans l’intitulé du site!  La maison de production de Marin Karmitz offre une sélection de films gratuits à voir pendant le confinement. Attention: cinq seulement et pas tout le temps… Il y a notamment Chocolat de Claire Cenis son premier film en 1988 jusqu’à demain.
Encouragée par Wim Wenders, Claire Denis écrit et réalise ce premier film sur fond autobiographique et marqué notamment par son enfance au Cameroun. Cela se passe dans ce pays peu de temps avant l’indépendance, dans une sorte de chef-lieu, loin de tout et au bout des pistes avec le courrier deux fois par mois, où vivent un administrateur Marc Dalens, sa femme Aimée et leur fille France. Les seuls blancs. Marc, souvent absent, en tournée d’inspection sur son domaine mène une vie qui semble conforme à ses rêves. Aimée, elle, joue son rôle dans la maison comme pour tromper son attente. Mais leur vie tranquille sera perturbée par les passagers d’un avion en perdition… Avec une belle distribution: Isaach de Bankolé, Giulia Boschi, François Cluzet, Mireille Perrier…

www.mk2-curiosity-selection-films-gratuits
Philippe du Vignal

 


Archives pour la catégorie actualites

Giscard à la barre !

 

Giscard à la barre !  

 Fameux slogan d’une campagne présidentielle! Souvenirs, souvenirs… au Centre national de la danse à Pantin, un matin de janvier 2012, on avisa le personnel dont je faisais alors partie, de l’inspection imminente des locaux par la police : une personnalité de marque devait en effet assister le soir-même à Island of no memories de Kaori Ito.

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La personnalité en question? L’ex-président de la République, surnommé l’Ex tout court après avoir été, à l’américaine, appelé de son acronyme V.G.E. Autrement dit: Valéry Giscard d’Estaing. Incrédule, je m’installai au premier rang, comme toujours quand c’est possible, pour ne pas être dérangé par les mouvements de tête du spectateur assis devant moi, susceptibles de me détourner de la chorégraphie. Et, le cas échéant, pour prendre une photo au moment des saluts avec mon smartphone.

Une fois éteintes les lumières de la salle, se glissa une ombre effilée qui occupa le seul fauteuil resté vide au centre de la rangée. Et qui fut ce soir-là à «la place du Prince»? Le dit fauteuil avait été réservé par sa belle-sœur, Marina de Brantes, alors présidente de l’Association pour le rayonnement de l’Opéra de Paris. Avait-elle proposé à Giscard de l’accompagner au spectacle? Après tout, pourquoi pas? Je n’étais pas le seul à être épaté qu’un homme politique de ce calibre (Giscard étant chasseur… et cueilleur de jolies femmes) pût ainsi aller jusque dans le « neuf-trois » et s’intéresser à la danse. Giscard à la barre n’impliquant pas qu’il s’adonnât lui-même aux exercices de ballet…

Je compris par la suite qu’un président, ou un ex, aussi distingué ou noble soit-il, est comme vous, moi, ou le commun des mortels : entre la chorégraphie et son interprétation, il choisit la danse;  et entre la danse et la danseuse, la danseuse. J’ai oublié la dramaturgie d’Island of no memories, que j’ai revue ensuite à l’insu de mon plein gré à Saint-Quentin-en-Yvelines. Kaori Ito avait pour partenaires, le comédien-danseur Thomas Bentin et l’excellente danseuse Mirka Prokešová qui s’illustra dans une belle variation. Je crois qu’il y avait au début, une affaire de cordages. Et donc de nœuds, lacaniens ou gordiens, qu’il fallait devoir trancher.

Kaori Ito nous gratifia aussi d’un remarquable solo, assise sur le sol à l’avant-scène. Son port de bras valait celui de ses petits pieds nus, qu’admirait le public et surtout les premiers rangs... « La postérité ne retiendra rien de moi, nos sociétés sont sans mémoire », disait  V. G. E. dans Le Théâtre du pouvoir (2002) de William Karel. Elles sont à cet égard comme les protagonistes de la pièce de sa danseuse fétiche.

Nicolas Villodre

 

(V)îvre création collective de Circa Tsuïca,

Circa Tsuica(V)îvre, création collective de Circa Tsuïca,

Alors que les théâtres rouvrent, le cirque, qui a beaucoup souffert des confinements successifs, va retrouver la piste. Nous avons assisté à la création de ce spectacle au festival d’Auch cette année (voir Le Théâtre du blog) qui sera repris prochainement à l’Espace-Cirque d’Antony qui fait partie du Théâtre Firmin Gémier, actuellement en recontruction. 

La fanfare-cirque du Cheptel Aleïkoum  est un collectif né en 2004 de la quinzième promotion du Centre National des Arts du Cirque de Châlons-en-Champagne et basé à Saint-Agil (Loir-et-Cher). D’autres artistes, musiciens, compositeurs, scénographes et graphistes l’ont rejoint mais chacun fait ses propres créations, tout en restant lié à la compagnie.

 Thème central de cette dernière pièce: comment vivre ensemble ? Le public devait être convié à partager ce questionnement mais les circonstances en ont décidé autrement… Pour chauffer la salle, les spectateurs, depuis les gradins,  sont invités à reprendre, en chœur, quelques gestes et notes de musique… «Le public est une partie constituante de notre écriture, car le partage avec l’autre est un désir qui nous réunit», disent les artistes et le chapiteau reste le moyen d’être dans la rue, tout en créant un espace chaleureux unique. »

 Douze circassiens/musiciens évoluent sur des vélos d’acrobatie, tout en jouant de leur instrument. Ils tournent en rond ou traversent la piste qui devient alors une rue où se croisent des personnages. Un SDF, un dragueur, quelques coquettes… passent à pied ou virevoltent à bicyclette. Des amoureux s’embrassent, des hommes se bagarrent, tout en faisant nombre d’acrobaties. Un meneur de jeu fait claquer son fouet pour remettre les artistes au pas… qui ont tôt fait de reprendre leur liberté, comme l’oiseau-chanteur qui les accompagne et qui se perche sur leurs têtes,  en sifflotant …

 Si le vélo reste l’outil principal de (V)ivre, il y a aussi quelques jolis numéros de corde et trapèze volant.  Franck Bodin, Guillaume Dutrieux, Olivier Pasquet, Lola Renard, Thomas Reudet, Charlotte Rigaut, Rémi Sciuto, Matthias Penaud, Maxime Mestre, Cécile Berthomier et Anja Eberhart nous communiquent leur joie de vivre dans une ivresse musicale bon enfant. 

Mireille Davidovici

Du 15 au 20 décembre, Théâtre Firmin Gémier, Espace-Cirque d’Antony (Hauts-de-Seine) accueil@tfg-ep.com

Splendid’s de Jean Genet mise en scène et à l’écran par Arthur Nauzyciel et Tragédie conçu et mis à l’écran par Benjamin Abitan

Théâtre sans contact :

Les Fourberies de Scapin de Molière, mise en scène de Denis Podalydès

Le théâtre « distancié » n’arrête pas de s’inventer. Remercions les metteurs en scène pour les captations qu’ils nous ont offertes pendant les premier et second confinements. Ce théâtre filmé fait ce qu’il peut: saluons le travail et avalons notre déception. On peut voir actuellement sur Youtube ce spectacle dans le gracieux décor portuaire avec palissades de chantiers, voiles et filets d’Eric Ruf.

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Le spectacle, qui a reçu trois Molières (c’est bien le moins), fait les frais de cette mission impossible. La réalisation de Dominique Thiel joue des gros plans, mais il y a de rares vues d’ensemble  -et pour cause, on ne voit plus alors que de petites silhouettes- et quelques plans sur la salle pour nous rappeler que nous sommes au théâtre et qu’il ne s’agit pas d’un film tourné en studio… Mais avec le découpage et le montage propres aux images filmées, on s’arrête sur les personnages, sur une tirade ou un dialogue et l’on perd les situations, le socle de la comédie. Mais l’œil du spectateur fait la synthèse et réalise les sens envoyés par le plateau. On entend, de très loin, les rires du public présent. En même temps, on ne va pas se priver des captations, intéressante mémoire du théâtre, même si elles sont parfois un peu cruelles pour les spectacles en soulignant leurs défauts… Le théâtre est un fruit qui se mange frais.

Splendid’s  de Jean Genet,  mise en scène et mise à l’écran d’Arthur Nauzyciel 

Passons, donc, à des tentatives plus modestes et plus modernes: à ces applications qui ont inspiré les metteurs en scène confinés. Arthur Nauzyciel, directeur du Théâtre National de Bretagne, avait mis en scène Splendid’s de Jean Genet en 2015. Une représentation magnifique et sulfureuse, disent ceux qui l’ont vue mais cet auteur ne s’apprivoise pas si facilement… Même avec la distance créée par les acteurs, tous américains, à l’exception de Xavier Gallais qui jouait le policier) et avec des sous-titres. Sept gangsters cernés par la police sont enfermés au septième étage d’un hôtel avec le corps de leur otage tuée par négligence : la rencontre avec l’Histoire au présent était saisissante en ce mois de janvier 2015, et elle le redevient à l’heure des procès des terroristes.

_©DR@loildoliv

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La pandémie a imposé à Arthur Nauzyciel une nouvelle vision de la pièce. Solidaire de ses acteurs américains et français confinés, il a repris le texte et les a mis en  zoom  (application de visioconférence par internet). Chacun dans sa case, comme chacun devant sa chambre d’hôtel -ou de sa cellule de prison-, s’adresse à la fois à ses partenaires dont il est séparé,  et au spectateur : on ne sait pas qui regarde, sans intervenir. Cette adresse demande une concentration extraordinaire qui exalte le texte. A chaque fois en direct, pour un moment unique.

Ce « monotype»  a pu être vu vu trois soirs à 21 h en France, à 5 h du matin au Japon et 15 h sur la côte Est des Etats-Unis… Le metteur en scène, apparu à l’écran après la performance des acteurs, pouvait s’émouvoir des petits signaux lumineux apparus sur la carte du monde : ici, maintenant, des auditeurs-spectateurs écoutent Splendid’s sur Zoom. Pourquoi cette performance mérite-t-elle attention ? Pour sa justesse. Le metteur en scène, explorant le théâtre à l’écran et à distance, a trouvé le support juste pour le texte : «une case comme une cellule». Du spectacle joué sur une scène, il a gardé la projection en prologue d’Un chant d’amour  où Jean Genet filme le désir, l’amour entre deux prisonniers séparés par le mur qui est aussi leur lien  – une version virile et sensuelle de Pyrame et Thysbé, une tragédie en cinq actes de Théophile de Viau (1621) sous l’œil jamais fermé du gardien. Il a gardé la voix off de Jeanne Moreau, enregistrée peu avant sa mort. Voilà du vrai théâtre sans théâtre: un texte fort, beau et dérangeant, articulé avec le moment historique où il est joué et une mise en œuvre qui retourne au maximum, une contrainte maximale. Comment faire du théâtre sans contact ? En créant une nouvelle forme d’intensité dans l’échange du regard et de l’écoute.

 Tragédie conçu et mis à l’écran par Benjamin Abitan

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© x Photo de répétition

L’essai de Benjamin Abitan,  plus modeste, ne peut se défaire d’un côté potache. Tragédie, déjà offert au public lors du premier confinement, se joue sur whatsapp, application multiple de conversation (images, textes,  messages vocaux…) qui tient dans la main, sur téléphone portable. Tragédie se joue par petits messages, brefs et réactifs. Le fil conducteur : un groupe de lycéens reconstitue par Whatsapp l’histoire d’un groupe de lycéens qui vient d’assister à une tragédie d’Eschyle et qui tente de reconstituer ainsi ce qu’il a vu… Ce système d’emboîtements, a priori potache, finit par fonctionner. En direct, une fiction se construit et quelque chose de la tragédie finit par émerger du choc et du démenti perpétuels des messages. À la fin, le spectateur, à qui l’on ne donne à voir que les petits textes pressés,  applaudit par «émoticones ».

La force de ces expériences, c’est le direct, avec l’indispensable présence et  l’attention du  public: on s’adresse à lui sans rembobinage possible : c’est du théâtre. Ce qui n’en est pas : on est seul devant son téléphone, ou dans sa case comme devant Splendid’s. L’intérêt ? Les limites imposées qui sont devenues l’outil juste d’une création et d’un rapport particulier au public. Ce sont des objets opportunistes, au bon sens du terme, et à obsolescence programmée, dans la mesure où ils sont le larron que fait l’occasion…. Mais le théâtre vivant,  «en présence », n’a pas à craindre la concurrence : il a toujours su faire de nécessité, vertu, et du moment, son propre temps.

Christine Friedel

Mais que voir et/ou lire en attendant la date fatidique du 15 décembre avant un possible retour dans les salles?

Mais que voir et/ou lire en attendant le fatidique 15 décembre avant un possible retour dans les salles?

Théâtre du Rond-Point

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Si vous enragez de ne pouvoir aller encore dans un théâtre, un premier rendez-vous, faute de mieux, vous attend ce samedi 5 décembre avec Élise Noiraud, avec Pour que tu m’aimes encore. Voici, de quoi vous consoler un peu. Prévu en novembre dans le cadre de la trilogie de ses spectacles Un solo, Élise retrace son adolescence, quand, dit-elle, chaque petite chose porte en elle le sentiment merveilleux et vertigineux des premières fois. Élise Noiraud présentera son nouveau spectacle Le Champ des possibles la saison prochaine.

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Et le samedi 12 décembre, de Pierre Notte, auteur associé du Théâtre, L’Effort d’être spectateur créé en Avignon et joué en 2019 au Rond-Point (voir Le Théâtre du Blog). A la fois acteur et conférencier, il  propose  une brillante analyse sociologique du public. C’est à la fois drôle et caustique: et pas incompatible. Et on rit de bon cœur avec lui. Comme ce n’est pas si fréquent dans le théâtre contemporain en général et par les temps qui courent, autant en profiter…


Spectacles disponibles gratuitement aux dates indiquées sur le site du Théâtre du Rond-Point, à 20h en direct, puis en rediffusion mais pendant vingt-quatre heures seulement

 Théâtre de la Ville, Paris

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Germaine Acogny soixante quinze ans,  est une chorégraphe béninoise charismatique de la scène africaine contemporaine : en1968, elle crée à Dakar un studio de dansepuis entre 1977 et 1982,  elle dirige l’école Mudra Afrique créée à Dakar par Maurice Béjart et Léopold Sédar Senghor. Elle a écrit La Danse africaine, édité en trois langues.Elle enseigna près de Toulouse puis s’installa à Bruxelles avec la compagnie Maurice Béjart et organisa des stages internationaux de danse africaine. Elle fonde en 85 avec son mari Helmut Vogt le « studio-école ballet-théâtre du troisième monde » à Toulouse.  Et dix ans plus tard, Germaine Acogny revient au Sénégal et crée à Toubab Dialo l’association Jant-Bi / l’École des Sables où elle forme des danseurs du continent africain. Elle a entre temps, été nommée directrice artistique de la section danse d’Afrique en Création à Paris et des Rencontres chorégraphiques de danse africaine contemporaine, une fonction qu’elle a assumé jusqu’en 2000.

Un temps fort lui est consacré autour de son art et de son enseignement du 4 au 6 décembre. Avec d’abord un solo À un endroit du début, elle retrace son histoire personnelle et familiale. On découvrira aussi le documentaire Iya Tunde, la mère est revenue qui revient sur son  parcours de chorégraphe, danseuse et professeure de danse. On la voit à ses débuts quand elle fut très vite repérée par Maurice Béjart.
 Enfin Germaine Acogny proposera une classe ouverte à tous de danse africaine moderne En mars prochain, elle présentera au Théâtre de la Ville, Le Sacre du Printemps de Pina Bausch qui sera pour la première fois interprété par des danseurs de quatorze pays africains et Common Ground(s) qu’elle dansera avec Malou Airaudo, danseuse emblématique de la grande chorégraphe allemande.

Spectacle disponible gratuitement sur le site du Théâtre de la Ville.

Quelques lectures de magazines en ligne

Cela peut faire aussi du bien, et encore plus, si elles sont -provisoirement- gratuites. Vous pourrez lire ainsi: La Scène, La Lettre du Spectacle, Théâtre(s, Le Jurisculture, La Lettre de l’entreprise culturelle, Le Piccolo, Le Juriscène,  Culturelink

boncourage.lascene.com

Yotaro au pays des Yokais de Jean Lambert-wild et Lorenzo Malaguerra, musique de Jean-Luc Therminarias et Hiroko Tanakawa, (tout public, en japonais)

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Un petit tour dans le théâtre contemporain japonais avec la troupe de Satoshi Miyagi, au Shizuoka Permorming Arts Center à Shizuoka où a été créé ce spectacle en février 2019. Le  gentil Yotaro, toujours prêt à rendre service vient de mourir. Mais quand on meurt, on n’est pas tout à fait mort, et il faut encore porter son âme jusqu’au palais du roi Emma. Yotaro devra donc franchir les forêts peuplées de fantômes et d’esprits de la montagne, des soldats à la recherche de leur âme…

Ces esprits, les Yôkais sont des êtres facétieux et mystérieux qui habitent les arbres, l’eau, les montagnes, les objets. Ils évitent aux humains de se prendre trop au sérieux. Un narrateur, mi-clochard céleste, mi-Jimini Cricket avec une once de Charlie Chaplin, récite Dante et Baudelaire, tout en gonflant des ballons en forme de chien. Jean Lambert-wild et Lorenzo Malaguerra ont écrit cette fable en s’inspirant de la tradition du Kamishibaï, « théâtre de papier ». Une technique de conte fondée sur des images qui défilent dans un butaï (théâtre en bois). Il est composé de onze à quinze  planches cartonnées numérotées racontant chacune une histoire.
Cela vaut le coup d’être vu, même s’il n’y pas de sous-titres; cela dure un peu plus d’une heure, avec des images magnifiques. Que demande le peuple?

https://www.youtube.com/channel/UCGp7JM6ufHqeBgkC4IvVMDw/featured

Patrick Boucheron invite Boris Charmatz

©x Patrick Boucheron

©x Patrick Boucheron

De quelles figures historiques, de quelles nouvelles statues avons-nous besoin pour le XXIe siècle ? L’historien s’entretient avec des penseurs et créateurs d’aujourd’hui pour reconstruire un universalisme contemporainMardi prochain, son interlocuteur sera un ancien élève de l’École de l’Opéra Paris de 86 à 89  puis au C.N.S.M.D.  de Lyon  et qui a été ensuite l’interprète de régine Chopinot, Odile Duboc, Meg Stuart…


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Devenu chorégraphe, ce chef de file de la non-danse a une approche radicale de la danse, avec un questionnement sur la place du danseur, son engagement et sur une recherche scénographique en prise directe avec le corps.

Rencontre diffusée le mardi 8 décembre à 21h : www.mc93.com

Exposition Victor Brauner: Je suis le rêve. Je suis l’inspiration.

 

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Ce peintre (1903-1966) parfois un peu oublié est pourtant un des artistes les plus importants du XX ème siècle. Le parcours chronologique de l’exposition permet de redécouvrir tout son univers d’abord sa  jeunesse roumaine (1920-1925) puis à Paris, la rencontre avec l’univers surréaliste (1925-1932) et cette aventure  à laquelle il adhéra aux manifestations du groupe autour d’André Breton, de 1933 à 1939, date de son exclusion du groupe. Ensuite « Les frontières noires» de la guerre (1939-1945), Autour du Congloméros (1941-1945), Après la guerre (1946-1948), Au-delà du surréalisme (1949-1966).

Né en Roumanie, Victor Brauner participe à l’effervescence artistique de Bucarest dans les années vingt,  puis au mouvement surréaliste à Paris. Proche des avant-gardes : expressionnisme, constructivisme et dada, il glissa vers une peinture surréaliste lors de ses séjours à Paris entre 1925 et 1938 où il s’y installera définitivement.

 En attendant la réouverture du Musée d’Art Moderne de Paris, on pourra suivre une visite en ligne de quinze minutes de cette exposition qui sera conduite par les commissaires de l’exposition Sophie Krebs, Camille Morando et Jeanne Brun.

Site du M.A.M. Paris à partir de lundi 7 décembre.

Philippe du Vignal

Des actions de sensibilisation pédagogique à Bordeaux à partir de Gros de Sylvain Levey

 

 Des actions de sensibilisation pédagogique à Bordeaux à partir de Gros de Sylvain Levey

Suite au reconfinement, le Glob Théâtre-Scène conventionnée d’intérêt national art et création, et le Théâtre National de Bordeaux en Aquitaine ont dû reporter les représentations de Gros avec Sylvain Levey, mise en scène de Matthieu Roy, une pièce créée au Mans (voir Le Théâtre du Blog). Mais restent autorisées -ce qui est pratiqué depuis longtemps par ces deux lieux- des actions de médiation dans les écoles et les collèges Aliénor d’Aquitaine (Bordeaux), Henri Brisson (Talence), Dupaty (Blanquefort), Marguerite Duras (Libourne),Lestonnac (Carignan-de-Bordeaux) et les lycées: La Morlette (Cenon), Philadelphe de Gerde (Pessac), Gustave Eiffel et Brémontier (Bordeaux). A la découverte des écritures contemporaines pour le théâtre sensibilise les élèves aux textes dramatiques contemporains avec la lecture de textes mais aussi en allant au spectacle et le jeu sur scène. Le Glob est aussi partenaire depuis vingt ans de l’option: théâtre au lycée Montesquieu.

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©Pierre_Planchenault

Pour soutenir le travail des artistes, le TnBA et le Glob Théâtre, partenaires sur cet accueil et l’équipe de Gros, ont organisé ces rencontres dans le département. Pour Monique Garcia, la directrice de ce petit lieu très actif: « C’est aussi l’occasion aussi de tisser des liens entre les établissements scolaires et nos théâtres. Comme ailleurs, suite  à ce confinement, la situation est difficile à Bordeaux. Nous avons le soutien des tutelles mais c’est épuisant car on n’est jamais sûr de rien. Bien entendu, il n’y aura comme ailleurs, aucune présentation de spectacle dans les théâtres avant le 26 janvier où nous présenterons à la salle des fêtes du Grand Parc à Bordeaux, puisque le Glob est en travaux, La petite fille et le corbeau de Daniel Lemahieu.

Et les jeunes, dit aussi Monique Garcia, sont coupés de ce lien précieux : la perception du monde qu’offre le théâtre. «Je pense qu’il faut quand même aller à eux dans un premier temps, avec comme pour Gros, des discussions avec son acteur et le metteur en scène. Suivront bien entendu la possibilité de voir cette pièce, puis après un travail d’analyse du travail théâtral dans son ensemble.
 Ces échanges autour du spectacle et des thématiques de l’œuvre mais aussi sur la création artistique et théâtrale et sur la mise en scène nous semblent pédagogiquement essentiels. Chaque enfant sans distinction doit pouvoir construire son propre rapport à la création et la culture. »
 
Mais quel peut être l’avenir à l’horizon 2021, pour le théâtre à Bordeaux : « Les travaux de rénovation du Glob théâtre, dit Monique Garcia, ont pris du retard à cause du covid. Nous espérons pourtant rouvrir très vite avec comme d’habitude des séries de sept ou huit représentations mais l’existence des petites compagnies de théâtre ou de danse en Nouvelle Aquitaine est, je ne vous apprendrai rien, très menacée. Et c’est triste, il y aura sans doute un écrémage… Certaines disparaîtront malgré des capacités artistiques évidentes et la nécessaire transmission se fera moins bien. Heureusement, il y a au moins une raison d’espérer: le public de théâtre à Bordeaux reste assez jeune. »

Philippe du Vignal

Glob Théâtre 69 rue Joséphine, 33300 Bordeaux. T : 05 56 69 06 66.

Théâtre National de Bordeaux en Aquitaine/Centre Dramatique National, 3 place Pierre Renaudel, 33800 Bordeaux. T. : 05 56 33 36 80.

 

 

   

 

Théâtre Ouvert, bientôt au 159 avenue Gambetta

Théâtre Ouvert, bientôt au 159 avenue Gambetta

Adieu à la cité Véron dans le XVIII ème arrondissement de Paris, un nid de poésie où vécurent Boris Vian et  Jacques Prévert: Théâtre Ouvert s’installe au 159 avenue Gambetta dans le XX ème… La société du Moulin Rouge a en effet mis fin au bail et récupéré au profit d’autres divertissements, le lieu, entre autres, la salle de la coupole, qui abrita les spectacles de Théâtre Ouvert. Ce laboratoire des écritures dramatiques contemporaines, Lucien Attoun, son directeur avec Micheline Attoun, l’avait baptisé avec bonheur : jardin d’hiver. Une serre chaleureuse où de nouveaux auteurs se préparaient à leurs premières sorties…

 

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Le 159 avenue Gambetta à Paris (XX ème) va donner inévitablement une nouvelle dimension aux lectures, mises en espaces, mises en scène… Dans le bâtiment remis à neuf, repensé sans perte d’espace, on trouvera deux studios de répétition et de travail, des lieux de stockage et réunion avec une petite terrasse pour fumeurs… Et une petite salle de quatre-vingt quinze places au premier étage, complètement réaménagée et la grande salle, elle, inchangée de deux-cent soixante places avec un vaste plateau de douze mètres cinquante d’ouverture.  De quoi travailler et faire du théâtre en vraie grandeur, avec une donnée nouvelle : le quartier…

Théâtre Ouvert -appartenant à l’État, donc à la République-  doit être exemplaire: ce nouveau lieu qui était gaspilleur d’énergie, a donc été « verdi », grâce, entre autres, à une isolation extérieure. Un signal, déjà: le hall d’accueil, bas de plafond – mais il n’était pas question de modifier la structure plus que de raison – s’éclaire et respire. Grâce à de vastes baies sur l’allée qui le longe et qui sera végétalisée. Une buvette est prévue, assez modeste pour ne pas faire de l’ombre aux cafés voisins, et un coin lecture qui, dans le même esprit, invitera le public à fréquenter la librairie voisine. Clin d’œil : le design des poignées de portes d’entrée avec le logo de Théâtre Ouvert, parfait dans cette fonction…

Cette remise à neuf  donne un coup de jeunesse à l’histoire déjà longue du théâtre populaire. Quand fut construit le Théâtre National de la Colline, rue Malte-Brun, sur le site de l’ancien cinéma Le Zéphyr où était installé le Théâtre de l’Est Parisien, pionnier de la décentralisation théâtrale dans Paris même, Guy Rétoré et son T.E.P. déménagèrent eux dans leur ancienne salle de répétition, au 159 avenue Gambetta. La grande salle décorée de bois, accueillait classiques et pièces de théâtre épique de tout âge. La petite salle, moins commode, permettait d’expérimenter des «pièces de chambre» mais les auteurs contemporains n’y étaient pas systématiquement confinés. Après Jean Cosmos, John Arden, Peter Haks… Guy Rétoré invita aussi au T.E.P. : Armand Gatti, Franz Xaver Kroetz, Jacques Lassalle, Michel Vinaver, Denise Bonal, Daniel Besnehard… Après Guy Rétoré, Catherine Anne, nommée directrice, fit, des écritures des auteurs vivants et de leur promotion, l’axe même de sa mission et en particulier vers le jeune public. Elle mit en scène ses pièces -publiées chez Actes Sud-Papiers et à l’École des loisirs- mais aussi celles de Carole Thibaut, Nathalie Papin, Fabrice Melquiot, Suzanne Lebeau, Claudine Galéa, Carole Fréchette, Philippe Dorin, etc. Des auteurs dont les pièces et les noms se sont peu à peu inscrits dans la mémoire du public et bien au delà du «159 ». Des noms que l’on retrouve aussi dans l’histoire de Théâtre Ouvert.

En regardant en arrière, on se dit que la transmission s’est faite non sans orages parfois, mais bel et bien. Au 159 avenue Gambetta, il y aura un Centre National dont la population de ce quartier en a, quoiqu’elle en pense, la mémoire, et le sentiment qu’il lui appartient. Avec ses inventions joyeuses débordant le théâtre, comme les courses de vélo qui seront organisées autour de 325.000 francs, un roman de Roger Vailland, adapté par Daniel Besnehard. L’acte IV de la vie théâtrale du 159 : on a hâte de voir…

 Christine Friedel

Théâtre Ouvert, Centre National des dramaturgies contemporaines, 159 avenue Gambetta, Paris (XX ème). Ouverture prévue en février prochain.

A écouter actuellement : Paradis artificiel, le cabaret des oxymores, 6 ème Festival du Jamais lu- Théâtre Ouvert.  http://www.jamaislu.com/festival-du-jamais-lu-paris/

À lire : les Tapuscrits, éditions de Théâtre Ouvert.

 

Le Mouffetard entrouvre ses portes à Buffles de la compagnie Arnica

Cie Arnica_BUFFLES, une fable urbaine -photo Michel Cavalca (7)

Photo Michel Cavalca

Le Mouffetard entrouvre ses portes à Buffles de la compagnie Arnica

 Nous aurions dû voir en novembre, sur cette scène la pièce de Pau Mirò, adaptée pour la marionnette par Emilie Flacher … Ce sera partie  remise la saison prochaine. En attendant, le Théâtre des arts de la Marionnette a offert à la compagnie Arnica d’occuper le plateau pendant une semaine et a invité quelques professionnels à partager son travail. Installée à Bourg-en-Bresse depuis 1998, Emilie Flacher, metteuse en scène et constructrice de marionnettes, a signé une vingtaine de spectacles tout public ou pour adultes. Son répertoire  donne une grande place aux écritures contemporaines. comme en témoigne Buffles, adapté du premier volet de la Trilogie Animale du dramaturge catalan, qui comporte aussi Lions et Girafes. La pièce présente une fratrie de buffles qui grandissent dans la blanchisserie familiale, sous la menace des lions,  hantés par les lourds secrets de leur parents. Racontée par des enfants, le récit est d’une violence extrême, à l’image d’un pays où rôdent encore les fantômes du Franquisme… « Une pièce chorale à cinq voix, dit la metteuse en scène. Une fable animale où l’auteur s’empare d’une situation sociale. »

 Nous ne verrons pas Buffles ce jour-là:  seulement quelques-unes de ses marionnettes aux beaux masques de bovins. Mais nous aurons entendu des extraits du texte dits par les cinq comédiens. La compagnie a choisi, à l’issue de cette résidence au Mouffetard, de revenir à la lumière de Bertolt Brecht, sur la dramaturgie du spectacle, joué près de deux cents fois depuis sa création en 2019. «Un luxe, dit Emilie Flacher, car d’une représentation à l’autre, on n’a jamais le loisir d’analyser et de faire évoluer un spectacle. »  Les acteurs racontent comment ils ont profité de ce temps pour réfléchir aussi sur leur pratique et sur le rapport acteur/marionnette, en se plongeant dans L’Achat du cuivre/ Entretien à quatre sur une nouvelle manière de faire du théâtre. Dans ces fragments, écrits entre 1937 et 1951, Bertolt Brecht, le père de la fameuse «distanciation» répond déjà aux préoccupations de la compagnie Arnica : «On parle beaucoup de distanciation dans la marionnette ». L’Achat du cuivre commence par une pièce inachevée où Le Philosophe, Le Comédien, La Comédienne, Le Dramaturge dialoguent à propos du théâtre, un fois le public sorti tandis que le Machiniste, qui démonte le décor, les interrompt.

 « Prends ton temps dit le philosophe au Comédien, tu n’as pas l’habitude de prendre ton temps. » « Je vais réfléchir, lui répond-il. » Réfléchir en l’absence des spectateurs, après coup, n’est-ce pas la situation de maintes compagnies, pendant ce double confinement ? Et d’un bonne partie de la profession théâtrale ? Avec ce retour aux sources brechtiennes et en s’abreuvant d’autres grandes figures du théâtre contemporain, chacun aura pu mettre à profit cette “distanciation“ imposée par les mesures sanitaires, pour interroger ses pratiques.  Que fabriquons-nous ? Pour qui ? Y compris, nous autres, chroniqueurs  allant d’un spectacle à l’autre, produisant nos critiques au jour le jour…  «  Nous n’avons rien contre la critique, quand elle est sensée. Elle l’est trop rarement », dit Le Dramaturge dans la pièce inachevée de Bertolt Brecht.

 Mireille Davidovici

Le Mouffetard, Théâtre des arts de la marionnette, 73 rue Mouffetard,  Paris (V ème) T. : 01 84 79 44 44

 Buffles le 9 mars, festival Marto, Théâtre de Châtillon (Hauts-de-Seine)  et le 21 Mars,Théâtre de Charleville-Mézières (Ardennes) ; en juillet, au Festival d’Avignon.
La compagnie Arnica présente  parallèlement de petites fables contemporaines pour jeune public qui ont été commandées à des autrices : Les Acrobates de Julie Aminthe et L’Agneau a menti d’Anaïs Vaugelade. 

Buffles, traduction de Clarice Plasteig, Editions Espaces 34.

L’Achat du cuivre, traduction de Béatrice Perregaux, Jean Jourdheuil et Jean Tailleur, L’Arche éditeur.

 

 

 

 

La Dame de chez Maxim de Georges Feydeau, mise en scène de Thomas Moschopoulos

La Dame de chez Maxim de Georges Feydeau, traduction et mise en scène de Thomas Moschopoulos
 

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Noctambule, grand amateur de soirées sur les boulevards, Georges Feydeau fréquentait assidûment les cafés et brasseries de la capitale où il observait avec plaisir la faune des Parisiens en goguette. Dès 1894, il établit son quartier général chez Maxim’s, un grand restaurant fondé un an auparavant et devenu, en peu de temps, très à la mode. Il y dîne presque tous les jours avec le tout Paris: dandys, artistes, écrivains… Cette maison lui inspira cette pièce, l’une de ses plus célèbres et qui fut créée à Paris en 1899.

Le personnage principal est une danseuse de chez Maxim, surnommée la Môme Crevette. Maligne, canaille, provocante, elle a la répartie facile et mène le jeu. Ne songeant qu’au plaisir, elle devient l’incarnation de  la « vie parisienne ». Dès les premières scènes, cette cocotte est à l’origine d’une histoire d’adultère, que son complice d’un jour, le Docteur Petypon, essaye de cacher avec déguisements, changements d’identité, mensonges, fuites, cachettes et autres subterfuges traditionnels du vaudeville. La pièce longue et à l’intrigue très moderne mais compliquée et avec une trentaine de personnages, alterne quiproquos, bévues et scènes de séduction ou divertissement selon les règles du genre.

L’atmosphère fin de siècle est fidèlement retranscrite et la Môme Crevette à qui la plupart des hommes voue un véritable culte, danse un remarquable french cancan. La pièce reflète les préoccupations scientifiques de l’époque: deux protagonistes sont médecins et utilisent un «fauteuil extatique» directement inspiré des expériences contemporaines sur le magnétisme, pour endormir leurs patients. Ainsi à l’acte III, plusieurs personnages sont magnétisés en même temps. Extatiques et plongés en plein rêve, ils forment une chaîne humaine et réalisent les actions les plus farfelues dont ils ne se souviendront plus à leur réveil. La science entre ainsi au service du comique avec des imbroglios jalonnant la pièce. Ici, rationalité scientifique et monde de l’absurde ont partie liée.

Thomas Moschopoulos, en traducteur habile, a su respecter l’oralité de la communication quotidienne chez Feydeau et conférer  aux expressions populaires ou argotiques des personnages une densité sonore savoureuse. Une discrète allusion sexuelle surgit des chansons interprétées avec une belle allégresse et un humour léger… Le spectacle, fidèle à l’esprit du dramaturge français, est de grande qualité: le metteur en scène a réussi à saisir le rythme frénétique, les tons et l’esthétique du burlesque et à actualiser la pièce. Les nombreux acteurs- tous remarquables- incarnant les personnages de Georges Feydeau avec vivacité, les costumes exubérants de Claire Bracewell, la musique de Corneille Selamsis, les éclairages de Nikos Vlassopoulos, le décor majestueux d’Evangélie Thérianou: tout ici amuse beaucoup le public grec en cette période de confinement…
 
Nektarios-Georgios Konstantinidis
 
Spectacle vu le 28 novembre en retransmission en « streaming » du Théâtre National de Grèce, Athènes.  

Démission de Jean Lambert-wild…

Démission de Jean Lambert-wild… 

Démission de Jean Lambert-wild... dans actualites

© Jean Lambert-wild

Le directeur du théâtre de l’Union-Centre Dramatique National de Limoges, a annoncé sa démission après plusieurs mois de conflits : «Face au profond désaccord d’une partie du personnel du Théâtre et des élèves de l’Académie de l’Union à mon égard, comme à celui de mon projet artistique, j’ai décidé de quitter, au 31 décembre 2020, mes fonctions de directeur du Théâtre de l’Union et de l’Académie. » Une décision courageuse mais devenue inéluctable après cinq ans d’exercice, vu une situation impossible à gérer plus longtemps. Comment en effet réussir à faire vivre un théâtre quand un violent désaccord entre le directeur et l’administration du lieu est permanent…

L’incendie qui couvait déjà, remonte à début octobre mais Jean Lambert-wild en était bien conscient: « Le rapport d’inspection du Ministère que j’ai pu lire en juin dernier m’avait permis de prendre conscience qu’un mal-être s’était exprimé, pointant des incompréhensions liées à ma personne ou au projet que je porte pour le Théâtre de l’Union et de l’Académie de l’Union. J’en avais pris la mesure. C’est pourquoi, j’avais anticipé la possibilité de mise en œuvre d’un audit des Ressources Humaines aujourd’hui accompagné d’une médiation extérieure. Cette proposition est désormais validée par Monsieur le directeur régional des affaires culturelles.Nous devons trouver le chemin du dialogue et concevoir les moyens de sa résolution. Il nous faut construire les conditions de l’apaisement et conserver la confiance de notre public. »

Mais, quelques jours après, lors de la première de L’Occupation d’Annie Ernaux, mise en scène par Pierre Pradinas et jouée par Romane Bohringer, des employés du théâtre de l’Union sont montés sur le plateau -malheureusement, Jean Lambert-wild était absent en tournée avec son dernier spectacle- et ont lu au public une lettre qu’ils avaient adressée à Roselyne Bachelot, ministre de la Culture. Ils accusaient la Direction « mettant ,selon eux, clairement en danger certains membres du personnel et nuisant au bon fonctionnement du théâtre». Des mots impitoyables qui peuvent rendre les choses irréversibles… Selon Annabel Poincheval, une inspectrice à la Direction de la Création artistique au Ministère de la Culture, venue en mars dernier à Limoges comme cela se fait régulièrement dans les C.D.N., il y aurait eu selon son rapport, des «conditions de travail inquiétantes, autant physiques que morales» et aussi une «souffrance au travail». Pour Richard Doudet, avocat représentant une partie des membres du personnel, il y a «des faits graves, précis, concordants et largement documentés, permettant de qualifier la situation, de harcèlement moral au travail». En revanche, nombre de professionnels du théâtre ont soutenu Jean Lambert-wild devant ces accusations de faits très graves, rarement entendues dans le milieu. Que, bien entendu, il récuse: «Les ressentis très forts rapportés dans ces courriers n’ont fait l’objet d’aucune alerte, d’aucune remontée des instances sociales».

Tout se passe comme si avait eu lieu une série de règlements de comptes avec, sans doute à la clé, une volonté sournoise sur fond de jalousies et luttes internes de se débarrasser d’un homme qui n’a pas démérité loin de là… Il y a eu à l’origine de ce tsunami, ce rapport d’Annabel Poincheval. Le personnel et les élèves-acteurs de l’Académie, lui avaient fait part à l’occasion de son inspection (mais il faut signaler qu’elle n’était pas venue pour cela) des difficultés rencontrées, mais, disent-ils, sans résultat. Ils ont alors décidé d’interpeller le public. Annabel Poincheval a trouve « élevé le montant du salaire annuel du directeur. » Les droits d’auteur sur les pièces de Jean-Lambert-wild sont aussi mis en question, au motif que « cela peut, sans sortir du champ purement légal, paraître discutable au regard du salaire déjà perçu et surtout dans le cadre d’une mission de service public. Il faut souligner un des choix dans le fonctionnement comme l’essentiel des charges et produits de tournées pour ses productions.»

Est aussi pointée du doigt, «la communication concernant ses pièces de théâtre effectuée par une salariée, mobilisant du temps de travail de la chargée de communication. Et cette inspectrice enfonce un peu plus le clou: «Sans être, sur le fond, exceptionnelle dans le paysage des C.D.N., cette tendance à concentrer les moyens de création sur le travail d’un directeur dessine un fonctionnement plus proche de la compagnie. Générant ici un faible taux de recettes propres, ce fonctionnement met, à terme, en danger les équilibres budgétaires. »Comprenne qui pourra cette dernière phrase! Comme si les C.D.N. ne devaient pas emmener leurs spectacles en tournée mais faire absolument des bénéfices.

Rappelons à Annabel Poincheval -qui le sait sans doute parfaitement- que les comptes d’un des Théâtres nationaux sont dans le rouge depuis un moment, sans que cela ait des conséquences s pour lui… Quant à la “souffrance au travail”, Jean Lambert-wild en a été informé par ce rapport ,écrit sans trop de nuances, où sont dénoncés, en vrac: « perte de confiance de l’équipe envers une «Direction isolée, souffrance au travail” avec « arrêts-maladie et/ou accidents du travail en hausse » et «conditions de travail inquiétantes, autant physiques que morales auxquelles il s’agira de travailler rapidement pour rétablir un bon fonctionnement du théâtre et la sérénité” (…)«constat inquiétant de l’attitude du directeur vis-à-vis des élèves», «écarts de langage relatés parfois proches de l’insulte», «attitude autoritaire, sans écoute et autocentrée. »

Jean Lambert-wild a répondu aussi sec: d’abord, contrairement aux dires de ce rapport, ses productions, dit-il font un bénéfice de plus 5% ! Il lui aurait été aussi reproché un déficit sur son spectacle La Chanson de Roland… qui n’a pas encore été créé ! Et qui, vu les circonstances, ne le sera pas à Limoges mais en janvier prochain au Théâtre de la Tempête à la Cartoucherie de Vincennes. Quant son salaire, il dépasse de peu celui de son prédécesseur Pierre Pradinas, dit-il, et il est selon lui justifié puisqu’il dirige depuis quatorze ans un Centre Dramatique National, d’abord à Caen puis à Limoges. Et, dit-il aussi, il n’y a pas eu doublement du nombre d’arrêts de travail : ils sont passés en effet passés de dix à treize entre 2018 et l’an passé. Effectivement, un rapport ministériel doit être exact et précis. « Et aucune alerte, dit-il, des représentants du personnel ou de l’administratrice.

Quant au côté sexiste dont on l’accuse: « Je ne peux, dit-il, que réfuter toute attitude ou remarque sexiste, on est un des premiers théâtres à avoir inscrit la parité. L’ensemble des cadres nommés ou engagés au théâtre sont des femmes, non parce qu’elles sont des femmes, mais parce qu’elles sont très compétentes. Je ne comprends pas… » A la décharge de Jean Lambert-wild, metteur en scène et directeur: un bilan positif, comme en témoignent d’anciens salariés de la Comédie de Caen et une lettre signée par nombre de personnes qui ont travaillé avec lui. Jean Lambert-wild peut être exigeant et ironique, voire un peu dur. Mais, généreux, ce bourreau de travail sait aussi s’excuser. Quant au budget incriminé par Annabel Poincheval, on ne voit pas très bien ce qu’on peut lui reprocher. Et selon des sources bien informées, le Ministère de la Culture n’aurait ensuite rien dit  de négatif sur son exercice budgétaire (un rétropédalage selon les normes actuelles?) Mais il aurait quand même gentiment Jean Lambert-wild poussé vers la sortie!  C’est valorisant -et pas si fréquent- pour un C.D.N. d’avoir un directeur qui écrit des textes et les met en scène, tout cela sans déficit: ce qui n’avait pas été le cas de son prédécesseur à la Comédie de Caen…

Que demande au juste cette dame qui répète le mot: inquiétant comme un mantra? On pourrait aussi se passer d’artiste-directeur dans les C.D.N. et nommer un administrateur qui ferait juste une petite programmation bien sage. On peut reprocher beaucoup de choses, ne pas être toujours d’accord avec certains des spectacles de Jean Lambret-wild -et nous l’avons parfois été- mais il y en a peu qui auront, comme lui, pris des risques et fait bouger les lignes d’un C.D.N. Dans ce cas, bien entendu on ne se fait pas que des amis et il y faut du travail, une sacrée énergie et un souci du bien commun. Jean Lambert-wild, lui, partira de Limoges, sans laisser de trou… De l’Académie, il nous a souvent parlé avec optimisme et, s’il a pu avoir des paroles maladroites envers un ou une élève -qui n’en a pas?-  il n’y a tout de même pas de quoi hurler avec les loups. D’autant qu’il aurait été seulement quelquefois en contact avec les élèves Qu’aurait-on alors dit de Jérôme Savary, quand il avait quelquefois des mots un peu forts, voire durs avec les employés comme avec les élèves de l’Ecole du Théâtre National de Chaillot… Qui le respectaient et l’aimaient pourtant. Et il les a souvent employés (une trentaine de fois en onze ans !), parfois même pour tenir un rôle important…

Tiens! Justement comme Jean Lambert-wild. Mais les élèves de l’Académie n’ont pas tous eu droit à la parole, on se demande bien pourquoi! Il dit avoir toujours eu «le souci constant du bien-être et de leur sécurité »et  aura aussi -une grande première en France- permis à de jeunes Français d’Outre-mer, de venir acquérir une formation d’acteur à l’Académie, dans une belle ancienne villa au calme, tout près de Limoges. Nous les avons rencontrés une fois ces jeunes originaires du bout du monde. Visiblement recrutés avec soin, ils semblaient bien accueillis par leur camarades de la métropole, heureux et fiers d’être là, même s’ils avaient dû s’habituer au climat un peu rude en hiver. Ils étaient reconnaissants à Jean Lambert-wild de leur avoir donné une telle chance et travaillaient beaucoup. Ce n’est pas rien d’avoir réussi un tel pari. Et il aura aussi fait aménager une salle de répétitions qui manquait  vraiment à ce C.D.N. sans beaucoup de moyens, et su créer des partenariats avec les entreprises du Limousin…

Harcèlement, sexisme, discrimination… comme on l’a écrit, c’est un peu facile et racoleur. Selon une source proche du dossier comme on dit encore, certains salariés disent aujourd’hui avoir été naïfs et intimidés. Nous sommes allés  voir presque toutes les créations de ce C.D.N. depuis l’arrivée de Jean Lambert-wild et avons toujours été très bien accueillis par une équipe soudée. Alors, pourquoi en est-on arrivé à un tel gâchis et à ce qu’il faut bien appeler le lynchage de cet homme qui a sans doute commis des erreurs et maladresses mais qui n’a en rien démérité. Tout cela n’est pas bien glorieux… Le Ministère avait sans doute d’autres chats à fouetter et ne peut pas tout faire.  Mais « mal  nommer les choses, écrivait Albert Camus, c’est ajouter au malheur du monde ». Le Théâtre de l’Union est en effet Centre Dramatique National et appartient donc à la Nation, donc à l’Etat. Il doit être alors aidé, en cas de coup dur, par son Ministère dit de tutelle. Mais il semble qu’il n’y ait pas eu grand-chose de réalisé pour aider ce C.D.N. à résoudre cette grave crise. Maintenant, trop tard, le mal est fait et il faudra un moment pour qu’il retrouve la sérénité! Bon courage au successeur…

Des différends pas faciles à résoudre, il s’en produit dans les Théâtres Nationaux comme dans les Centres Dramatiques Nationaux, ni plus ni moins que dans toutes les entreprises privées… Il y a eu un conflit important avec longue grès à la clé au C.D.N. d’Aubervilliers ( Seine-Saint-Denis) entre son équipe et Marie-José Malis, sa directrice: Entre janvier 2014 et sep­tembre 2018, sur vingt-trois salarié.es, douze sont partie.es en rupture conventionnelle…. Et au C.D.N. de Nanterre ( Hauts-de-Seine), Philippe Quesne en conflit avec la mairie de Nanterre (Hauts-de-Seine) a démissionné. Et à Béthune, la directrice qui avait réussi à maîtriser une crise du même genre, démissionne elle aussi, après la fin d’un second mandat de trois ans, alors qu’elle aurait très bien pu rester… Gentiment poussée, elle aussi, vers la sortie par le Ministère? On peut se poser la question… Le milieu du théâtre est tout, sauf tendre comme on le croit souvent mais, au-delà des conflits de personnes, c’est bien, une fois de plus, le statut même de cette institution, créée juste après la seconde guerre mondiale, qui est devenu obsolète et il serait grand temps d’avoir un peu d’imagination et d’imaginer un statut plus conforme avec notre époque. Quand il y a trois exemples de graves dysfonctionnements en un an, on peut se demander s’il n’y a pas urgence. Roselyne Bachelot ne semble pas très pressée de parler de cette affaire nauséeuse qui ne donne pas une image très forte de ce Ministère…

Philippe du Vignal      

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