Le Festival international des Arts de Bordeaux-Métropole Stillness in the fall par un collectif de photographes libanais

Le Festival international des Arts de Bordeaux-Métropole

 Stillness in the fall par un collectif de photographes libanais

Unknown-2 Cette exposition est, à l’initiative de Rima Maroun, le fruit d’un appel lancé par Hammana Artist House, une fondation d’art au Liban. S’est ainsi formé un collectif solidaire de photographes de ce petit pays, y habitant encore ou vivant du moins en partie à l’étranger. Sont ici présentées sur grandes feuilles de papier juste accrochées à des cimaises de contre-plaqué ou en format vidéo, les photos faites en quelques années par six hommes et six femmes de génération différente. Ils ont une lecture tout à fait passionnante de la situation actuelle dans ce pays malade d’une corruption politique endémique et victime comme on sait d’une crise socio-économique. En 2019, la révolution l’a précipitée et cette crise sans précédent a encore été aggravée l’an dernier à la même époque à la suite d’une gigantesque explosion dans le port de Beyrouth, avec quelque trois cent morts et des centaines de blessés et sans abri. Est ensuite arrivé le covid dans ce pays où tout semble s’effondrer et où il faut tenter de survivre même quand l’inflation est galopante et quand l’électricité comme l’eau, la wifi, manquent souvent. Et où il faut faire venir de l’étranger, les médicaments indispensables… Bref rien n’aura été épargné aux habitants de ce pays où une très faible minorité détient pouvoir et capital. Reste l’entraide et la solidarité!

« Nous devions nous voir, disent les artistes de ce collectif pour la première fois le 17 octobre 2019, le premier soir de la révolution. Nous avons donc dû annuler cette première rencontre. Nous étions tous engagés personnellement dans la révolution et avons donc laissé tomber l’idée pendant deux ou trois mois avant de prendre la décision de se revoir.  Le pays est entré en banqueroute à ce moment-là. Pour ces artistes, « rendre un cliché, la regarder et essayer de comprendre la réalité. »

 0S6A7979_s-819x1024Leva Saudargaité Douaihi, architecte, vit actuellement en Afrique du Sud. Avec Les Dernières Graine, elle montre comment dans une ville chaotique, la nature arrive quand même elle aussi à survivre. Elle a, entre autres photographié un arbre décapité sur un trottoir en mauvais état ou une touffe de plantes accrochées à une façade. Un cliché , d’une merveilleuse petite verdure inattendue dans une ville ravagée et qui semble redonner l’espoir d’une meilleure existence au quotidien à ses habitants qui, petit à petit, la quittent et souvent, s’exilent à jamais.

Paul Gorra( ci-dessous) lui a pris des photos juste pendant la tragique explosion ou ensuite d’immeubles en cours de rénovation. Là aussi deux facettes d’une ville, entre une mort qui est sans doute le résultat d’une mauvaise gestion politique à l’échelle de tout un pays, et une vie ou plutôt une survie…

Manu Ferneini, la plus jeune de ce collectif ( vingt-trois ans) avec Le naufrage ne veut pas « raconter une histoire linéaire » avec ses images mais « transcrire un sentiment permanent et troublant : celui de vivre un naufrage au ralenti. » Comme avec cette photo d’un homme âgé seul assis sur son lit, visiblement accablé dans un appartement dévasté par l’explosion.

Myriam Boulos, elle, dans un format vidéo associe images et texte. Depuis les trois événements successifs qui ont marqué à jamais l’histoire récente de son pays, et surtout depuis la révolution, « Tout, dit-elle, a été physiquement et émotionnellement déroutant, épuisant mais aussi beau et triste. Comme un éveil. C’était comme si nous sortions à peine d’une relation abusive pour finalement se dire : non ce n’est pas normal. » “A travers cette ville, dit-elle, j’essaie de trouver ma place et de comprendre la société libanaise, contradictoire et fragmentée dont chaque partie survit dans sa propre bulle. Je me demande aussi comment se réinventer dans une société patriarcale et capitaliste.” Ses séries traitent de féminité et de révolte et ont été exposées de par le monde, notamment à Paris à l’Institut des cultures d’Islam.

Envahie par un nuage de gaz lacrymogènes, elle a pris toutes ses photos les yeux fermés…. « Et quand l’explosion a eu lieu, nous nous sommes cachés dans la salle de bains, en attendant de mourir. » Ses photos témoignent du croisement permanent dans ce genre de situation, entre l’extérieur et l’intérieur, entre un événement collectif et l’intime. »Je me rappelle les larmes d’Andréa, alors que nous marchions vers sa maison détruite. »

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Elsie Haddad avec Perturbation a voulu montrer de façon plus conceptuelle : « la situation dans l’industrie de la publicité extérieure, parfait exemple de la mauvaise gestion collective pour laquelle le Liban est devenu célèbre»comme le déclarait déjà le propriétaire d’une société spécialisée… en 2004. De remarquables photos en noir et blanc de squelettes en ferraille de grands panneaux publicitaires qui submergeaient les bords des routes désormais vides de toute affiche. « Un société de consommation oppressante » dit-elle aussi mais quand ces panneaux ne servent plus à rien dan un pays qui s’effondre, est-ce bien mieux?  Et ses cliché témoignent clairement, comme une métaphore, de l’absence de commerce véritable donc de relations entre les gens dans un pays en ruines… Pourquoi en effet faire de la pub pour des produits qu’on ne peut même plus se procurer dans un « pays qui consomme sans produire. Où tout a été stigmatisé pour embellir les dysfonctionnements profondément dissimulés. »

Out-of-Hand-1024x683-1Et aussi dans un format vidéo : Hors de Contrôle de Betty Ketchedjian, une œuvre d’inspiration conceptuelle remarquablement filmée. La chute avec fracas d’une pile d’un vingtaine d’assiettes soigneusement empilées sur un évier en inox. Comme un autre métaphore domestique de la catastrophe qui s’est abattue, là aussi en quelques secondes, sur une ville qui n’avait pas besoin de cela.

«Prendre des photos pour comprendre la réalité.» Une phrase qui dit tout… Et cette belle exposition, mériterait d’être à nouveau présentée en plein centre ville de Bordeaux. Le Liban, c’est loin de la France mais pas tant que cela, et ce pays a toujours été culturellement proche de nous. Un grand sourire au passage à Robert Abirached d’origine libanaise (voir Le Théâtre du Blog) qui nous quittés il y a quelques mois et qui aurait sans doute beaucoup aimé cette exposition…

Philippe du Vignal

L’exposition a été présentée du 1er au 23 octobre à la Fabrique POLA, 10 quai de Brazza, Bordeaux ( Gironde).

 

 

 


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Le Festival international des Arts de Bordeaux-Métropole (suite et fin) La Coulée douce par l’Opéra Pagai

Le Festival international des Arts de Bordeaux-Métropole (suite et fin)

 

La Coulée douce par l’Opéra Pagai

 Après quelque trois semaines de spectacles, avec, à la fois quatorze compagnies internationales mais aussi onze régionales et vingt trois de tout l’hexagone, un focus Liban, quatre journées professionnelles, deux soirées festives, etc. soit trente spectacles et expositions, cette Coulée douce clôt le festival. Une grande installation réalisée au Carré-Colonnes, Scène Nationale de Saint-Médard-en-Jalles (30.000 habitants) jouxtant Bordeaux. Le lieu est dirigé par Sylvie Violan qui est aussi à la tête du FAB.

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Une installation hors-normes, étonnante et d’une grande poésie, à la fois dans le hall et dans les bureaux, sur le toit- terrasse et sur la scène mais aussi dans un merveilleux et grand jardin tout proche. « Une soirée en douceur, apaisée, un voyage du rêve à la réalité, du jour à la nuit tombée, avec du feu pour se guider. Une soirée décousue mais recousue par le fil que nous n’avons cessé de tirer malgré tout, celui de notre imaginaire, de notre besoin d’émerveillement, de nature, de vivant, de liberté… » Sylvie Violan, a fait très fort et a eu raison de laisser transformer l’ensemble de ce bâtiment en espace «naturel». Toute l’opération est orchestrée avec une parfaite maîtrise par une équipe technique et administrative, aidée par une trentaine de bénévoles efficaces.

 ©_Pierre Planchenault

©Pierre Planchenault

D’abord inauguration «du plus haut carrelet de la région» par la (fausse) directrice de la proche Scène nationale de Blanquefort, l’adjoint au maire de Saint-Médard-en Jalles et et le président de l’association des carrelets de Gironde c’est à dire de grands filets carrés à mailles fines que l’on remonte avec une corde sur poulie à partir d’un petite baraque en bois sur pilotis. Rempli quand tout va bien, de petits poissons et de crevettes que l’on déguste aussitôt. Bien entendu, cette partie de pêche très populaire ne va jamais sans un coup de blanc ou rouge-on est en pays de vignes ! Sur la place devant le Carré-Colonnes, quelque deux cent personnes… Un technicien s’affaire à tirer sur un fil pour dévoiler sur le toit-terrasse justement une de ces petites maison en bois. Et, il y a, après cette inauguration et servi sur la place devant la Scène Nationale, un verre -à pied! de vin blanc avec crevettes et tartines beurrées. Tout cela gratuitement comme la déambulation! Des bénévoles préparent aussi des feux de bois dans de grandes coupes et allument des bougies dans des pots en terre qui nous guideront pour aller dans le proche jardin.

Puis nous sommes invités à entrer dans le hall, de chaque côté une rangée de plantes vertes dont les graines ont été offertes aux spectateurs du Carré-Colonnes pendant le confinement. Il les ont soigneusement semées dans des pots qui ensuite ont été entretenus par les techniciens du lieu…. Et il y a des bassins avec de nombreuses autres plantes, celles-là mises en place par l’Opéra Pagai. Comme ce bar à graines tenu par la jeune maraichère qui vous propose d’en semer aussi à votre tour:persil, tomates, etc. Plus loin une chanteuse accompagnée par un accordéoniste régale le public.
La suite ? Une montée dans les bureaux complètement investis par l’Opéra Pagai, l’équipe du Carré-Colonnes s’étant provisoirement réfugiée dans une salle de répétition… Dans l’un, un fromager qui prépare des faisselles de fromage blanc agrémenté d’épices, fruits secs… Plus loin au bout d’un couloir où pendent des peaux de moutons, un bureau remplis de bouquets d’herbes aromatiques.

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Un autre est transformé en poulailler avec un tapis d’herbe verte et des casiers -d’où ont disparu les dossiers- rempli de paille et donc une dizaine de poules en liberté surveillée… Par un escalier de de secours en béton brut,, sous la surveillance bienveillante de pompiers un peu partout, nous grimpons jusqu’au toit-terrasse. Deux lits en fer forgé et à côté un trio un violoncelliste, un chanteur et un flûtiste jouent des airs de musique baroque… dans la nuit silencieuse.

 Puis nous redescendons jusqu’au grand plateau, soigneusement clôturé par des barrières en bois, et transformé en une  belle prairie elle aussi en herbe véritable… Avec une dizaine de moutons fraîchement tondus et un agneau de trois semaines. Au-dessus et pendue aux cintres par des câbles, la réplique de la petite maison en bois où «habitent » une jeune femme et sa petite fille, laquelle se balance sur une escarpolette. Et dans la salle tout près de la scène, un pianiste qui joue du Chopin, le public lui étant remplacé par des rangées de maïs fourrager. Les visiteurs et surtout les enfants étant subjugués par cette installation aussi simple que poétique.

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Puis, on peut finir ou commencer- c’est au choix- ces deux heures de promenade insolite par une incursion dans un grand jardin appartenant à la municipalité et mis à la disposition de la Scène Nationale. Après avoir été défriché par des bénévoles, la jeune maraîchère qui gère aussi le petit restaurant du Carré-Colonnes, y cultive des légumes qui serviront à préparer des soupes pour le public. Un endroit insolite, plein lui aussi de poésie, avec des centaines de petites bougies. On ne discerne pas bien les plantations mais il y a des bancs pour faire une pause et rêver dans la nuit qui tombe doucement sur Saint-Médard-en-Jalles… Que demande le peuple? L’Opéra Pagai n’a pas raté son coup! Une bouffée d’air frais aussi poétique que loufoque, comme cette Coulée douce, loin des -souvent prétentieux- spectacles parisiens, cela ne se refuse pas…

 Philippe du Vignal

Installation vue le 21 octobre au Carré-Colonnes, Scène Nationale de Saint-Médard-en-Jalles (Gironde) de 18 h 30 à 21 h 30.

 

 

RX contes gouttes, textes de Martin Bellemare, conception et mise en scène de Geneviève L. Blais

RX contes gouttes, textes de Martin Bellemare, conception et mise en scène de Geneviève L. Blais

contes gouttes

Lucille Roche © theatre à corps perdus

 Derrière ce titre en forme de jeu de mots, une expérience pédagogique…

Nous sommes invités à pénétrer dans une salle de l’École Supérieure d’Art Dramatique de Paris, pour une «consultation poétique» individuelle de trente minutes donnée par l’un.e ou l’autre des quatorze élèves de la promotion 2023.

La metteuse en scène québécoise, coutumière de spectacles inhabituels dans des lieux insolites et non théâtraux a conçu Rx : Contes-Gouttes en 2020, pendant le confinement, à l’invitation et en coproduction avec le NEST de Thionville, le Centre dramatique de l’Océan Indien, le Théâtre d’Angoulême et la Maison Maria Casarès. Une première série de «consultations» téléphoniques a été présentée en décembre 2020, en France, à la Réunion, aux Antilles et au Québec. Puis le concept a été repris dans une version scénique au Québec, dans un face-à-face acteurs-spectateurs.

Serge Tranvouez, directeur de l’E.S.A.D. a demandé à Geneviève L. Blais d’adapter ce module pour ses élèves de deuxième année.

Lucas, en blouse blanche, fait asseoir le patient sur la table d’examen, avant de lui poser une série de questions qui lui permettront d’administrer, en guise de remède, de petites histoires poétiques. Des questions intimes mais assez générales pour que nous restions à l’aise: ce qu’on aime, ou aimerait, à quoi l’on rêve, si l’on choisit la vitesse ou la lenteur, la performance au travail ou la qualité de vie. «C’est en fonction des réponses de chacun que je choisis les textes », dit le jeune homme à l’issue du tête-à-tête avec le spectateur.

 L’acteur se glisse dans le rôle d’un thérapeute bienveillant, qui, passé un moment de timidité, n’hésite pas tisser un lien de proximité avec son “patient“, à le sonder et à lui délivrer les contes imaginés par Martin Bellemare. De mignonnes fabulettes où il est question d’âne, d’éléphant, d’araignées… L’auteur québécois écrit ces courts récits depuis une dizaine d’années et envisage de les publier. Il a puisé dans ce corpus avec Geneviève L. Blais, en travaillant aussi avec elle sur le questionnaire des consultants.

« Pour de jeunes acteurs, c’est un défi intéressant, dit la metteuse en scène. Il leur faut très vite choisir les contes selon les réponses. Un travail sur l’écoute, le lien et comment emmener le spectateur avec soi, lui donner des zones de confort. Ils ont appris à être conscients de ce qu’il ressent. »

Nous passons un agréable moment assis, puis allongé sur la table d’examen, à se relaxer avec un élève-comédien se penchant sur nous avec bienveillance et qui nous raconte de jolies histoires… Et nous apprécions la qualité d’écoute et la sensibilité de notre »thérapeute » qui se livre à cet exercice difficile mais formateur… Avec la curiosité de rencontrer ses camarades de classe. Devant le succès de l’expérience, Contes-Gouttes devrait continuer au-delà des trois jours initialement prévus. A suivre donc.

 Mireille Davidovici

Spectacle vu le 28 octobre, à l’E.S.A.D. , Forum des Halles, 12 place Carrée, Paris (I er).  T. : 01 40 13 86 25.

 www.acorpsperdus.com

 

 

 

 

Syndeac : « Le spectacle vivant compte mieux faire sur les questions de parité femmes/hommes »

Syndeac: « Le spectacle vivant compte mieux faire sur les questions de parité femmes/hommes »

 A l’heure ou Metoo-Théâtre dénonce -tardivement- les violences sexistes et sexuelles dans les établissements culturels et les écoles de théâtre, le Syndicat des Etablissements d’Action Culturelle annonce dans un communiqué de presse: «Pour la première fois,  nous avons entrepris un comptage sur la place des spectacles écrits et réalisés par des femmes dans les programmes des scènes publiques. »

Et il publie une étude portant sur 306 structures au cours de la saison 2019-2020. Les statistiques restent accablantes!  Et ce, malgré une prise de conscience qui avait été induite par les rapports de Reine Prat en 2006 et 2009. Pourtant, majoritaires sur les bancs des écoles d’art et de spectacle, les femmes restent mises au ban des institutions et subissent souvent le mythe de la toute-puissance du «génie créateur masculin. Aujourd’hui plus nombreuses que les étudiants, elles deviennent progressivement moins actives, moins payées, moins aidées, moins programmées, moins récompensées, et enfin, moins en situation de responsabilités, que leurs homologues masculins. En 2018, elles représentaient: 6/10 èmes du corps étudiant, 4/10 èmes des artistes effectivement actifs ; 2/10 èmes des artistes aidés par des fonds publics ; 2/10 èmes des artistes programmés; 2/10 èmes des dirigeants; 1/10èmes des artistes récompensés; et, à postes égaux et compétences égales, une artiste gagne en moyenne 18 % de moins qu’un artiste. »

 Selon ce rapport : « les spectacles réalisés par des femmes représentent 35% de l’ensemble de la programmation artistique des scènes publiques. Et les spectacles écrits par des femmes, sont majoritairement programmés dans de plus petites salles donc avec de plus petites jauges. Ainsi, les créatrices ne présentent leurs spectacles qu’à 31% du public potentiel, soit 2,5 fois moins que ceux portés par des hommes. » 

 Le déséquilibre touche tous les créatrices opérant sur les scènes publiques, qu’elles soient metteuses en scène (35% des spectacles diffusés), autrices (29 %), artistes-femmes au plateau (41 % et seulement 35% dans les festivals)…. Certains secteurs sont moins touchés comme la marionnette et le spectacle jeune public mais l’écart est plus marqué dans les Pôles Nationaux-Cirque avec des spectacles mis en piste par 70% d’hommes contre 30% de femmes…En 2018, une feuille de route ministérielle pour l’égalité prévoyait des objectifs de progression chiffrés (voir Le Théâtre du blog) mais cette mesure n’a toujours pas été mise en œuvre, faute d’une remontée des chiffres.

Le Conseil national du Syndeac a donc voté, le 25 octobre une feuille de route volontariste pour inverser la tendance. Il demande à ses adhérents « de faire progresser ces chiffres deux fois plus vite que ce que prévoit la feuille de route pour l’égalité : + 20 % au lieu de 10 % par an pour les lieux et festivals ayant un chiffre inférieur ou égal à 25 % ; plus de 10 % au lieu de 5 % par an, pour les lieux et festivals ayant un chiffre situé entre 25 et 40%. » La bataille des chiffres n’en finit pas et la route est encore longue : à suivre donc !

Mireille Davidovici

https://www.syndeac.org/tag/egalite-femmes-hommes/

Violences sexistes et sexuelles dans la culture: cellule d’écoute violences-sexuelles-culture@audiens.org T. : 01 87 20 30 90

Rencontre entre Reine Prat et Geneviève Fraisse, philosophe de la pensée féministe, à propos du dernier essai de Reine Prat  Exploser le plafond  samedi 13 novembre 2021 à 15h au Théâtre 71 de Malokoff  dans le cadre du projet du Théâtre 71 à Malakoff « Transmettre un Matrimoine, Fragments d’une vie de femme de théâtre ».  Gratuit sur réservation :  lien ici.

Coupable d’après le film de Gustav Möller et Emil Nygaard Albertsen, DEN SKYLDIGE, adaptation de Camilla Barnes et Bertrand Degrémont , mise en scène de Jérémie Lippmann

Coupable de Gustave Möller et Emil Nygaard Albertsen, d’après le film Den Skydlige,
adaptation de Camilla Barnes et Bertrand Degrémont, mise en scène de Jérémie Lippmann

 

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Nous nous identifions tout de suite au personnage principal de cette pièce, adaptée d’un film danois  ( 2018). Quel choix aurions-nous fait devant une telle situation? Pascal, un policier de terrain (Richard Anconina) a été mis depuis trois mois au placard. On l’accuse d’avoir commis une bavure: une interpellation ayant  entraîné mort d’homme. Il attend qu’une commission de discipline statue sur son sort…

Il y  a une policière (Gaëlle Voukissa) dans le bureau voisin mais il est seul à prendre les décisions quand il reçoit des appels Police-Secours. Il doit répondre en urgence et parfois envoyer une patrouille sur site. Scénographie hyperréaliste de Jacques Gabel avec un P.C.  de sécurité dans la région lilloise, la nuit  avec écrans d’ordinateur et images de caméras de surveillance…

Richard Anconina est d’une justesse troublante, en particulier quand il reçoit  l’appel d’une femme qui dit être victime d’un kidnapping… Nous ne déflorerons pas l’intrigue dont le suspense se maintient tout au long du spectacle. Richard Anconina a joué plusieurs fois un flic dans des films mais ici, il débute au théâtre ou presque: en 1982, il avait été l’interprète avec Jean-Pierre Marielle de L’Etrangleur s’excite d’Éric Naggar dans une mise en scène de Jean Rochefort. Il joue ici avec des acteurs dont la voix a été enregistrée en studio… Une véritable performance !

 Jean Couturier

 Studio Marigny, Carré Marigny, Paris (VIII ème) T. : 01 86 47 72 77.

Tournée en France, à partir de janvier.

Huit heures ne font pas un jour de Rainer Werner Fassbinder, traduction de Laurent Muhleisen t Mulheisen, mise en scène de Julie Deliquet

Huit heures ne font pas un jour de Rainer Werner Fassbinder, traduction de Laurent Muhleisen, version scénique de Julie André, Julie Deliquet et Florence Seyvos, mise en scène de Julie Deliquet

Excusez le retard dû à une rentrée pléthorique. Revenons sur cette adaptation -dont les droits sont libres depuis deux ans- qui pose de sérieux problèmes. Pour Acht Stunden sind kein Tag, une série en huit épisodes réalisée pour la télévision allemande WDR de 72 à 73, Rainer Werner Fassbinder, avait eu l’idée de changer les paramètres habituels. Cette fois, les personnages ne sont donc plus des bourgeois ou des grands-bourgeois comme souvent dans les séries mais  des ouvriers, membres de la famille Krüger-Epp et leurs camarades de travail à Cologne.

© Pascal Victor-Opale

© Pascal Victor-Opale

Jochen, la trentaine ( Mikaël Treguer) continue à se battre pour les droits de la femme, la dignité du troisième âge, et surtout plus d’équité sociale dans son entreprise où il voudrait instaurer l’auto-gestion et une meilleure organisation du travail, notamment en revoyant radicalement l’achat des machines mais aussi l’hygiène qui laisse à désirer. Puisque ses camarades et lui en ont une expérience incomparable qu’ingénieurs et administration de l’entreprise n’ont pas. Mais son père (Eric Charon) sans doute échaudé par trop de luttes sans succès, n’y croit guère… Marion, l’amie de Jochen est une jeune journaliste (Lina Alsayed) dans un quotidien du coin. Ils vont se marier.

Il y a aussi sa grand-mère, à côté de la plaque et assez délirante mais drôle et toujours de bonne humeur: Evelyne Didi, cette immense actrice forme avec Grégor, son amoureux (remarquable Christian Druillaud), un curieux couple. Et, dès qu’elle entre en scène, seule ou avec lui, elle s’impose aussitôt.  Julie Deliquet a visiblement été séduite par cette peinture chorale d’un univers qui était sans doute aussi celui de la Seine-Saint-Denis il y a encore une cinquantaine d’années avec nombre de petites et moyennes entreprises industrielles… Elle est obsédée par le cinéma avec lequel elle flirte une fois de plus. Elle avait déjà adapté Fanny et Alexandre d’Ingmar Bergman et Un Conte de Noël d’Arnaud Desplechin… «Réel», «l’univers propre inspiré du réel», «le réel et la fiction», «la représentation sans filtre de la réalité», «le réalisme » mais aussi «la déréalisation»… Et «une vie de cinéma», «la vie sur scène», «l’amour de la vie», «la vie en direct», des mots qu’elle répète sans arrêt en quelques lignes dans sa note d’intention… Et ce n’est pas la première fois que la metteuse en scène nous fait le coup: nous ne saurons jamais si les acteurs ont reçu comme consigne de jouer mais sans vraiment jouer, tout en jouant et ce parti-pris est agaçant…

Dans Huit heures ne font pas un jour, on parle aussi beaucoup : condition ouvrière, rapports de classe, droit au bonheur, préjugés envers les immigrés, loyers trop élevés, manque de crèches. Mais bon, ce n’est pas du grand Fassbinder, celui de Liberté à Brême, entre autres et ces dialogues font souvent penser à des conversations de bistrot mais il faudrait aller voir dans le texte original* qui semble avoir été pas mal « transformé ». Et cela donne quoi sur le plateau ? On sent chez Julie Deliquet une volonté de bien faire et, par moments, il y a comme un léger frémissement, surtout quand la grand-mère et/ou le jeune couple sont là, mais le compte n’est pas là. D’abord, à cause d’une dramaturgie approximative: l’adaptation au théâtre d’une série télévisée ne sera jamais une pièce et ici, cela se sent cruellement et nous avons l’impression de petites scènes se succédant sans véritable fil rouge autre que le milieu ouvrier. Il ne semble pas qu’un metteur en scène allemand ait tenté l’expérience, puisque Julie Deliquet nous dit que c’est une première mondiale au théâtre… Les quatorze acteurs passent avec une grande habileté d’un personnage à un autre -il y a quatre générations différentes- mais le spectacle dure deux heures et demi ! Beaucoup trop long pour ce que Julie Deliquet veut nous dire.

Par ailleurs, la metteuse en scène adore aussi jouer les scénographes, ici avec l’aide technique de Zoé Pautet, mais le bric-à-brac qu’elle a imaginé, encombre le plateau, sonne faux et gêne la circulation de ses acteurs. Dans cette salle de repos mais aussi atelier de travail -il y a une perceuse sur colonne- et un peu partout une dizaine de tables de tout format et tout genre, dont une à tréteaux, avec une vieille porte et un bureau où poser quelques verres et une bouteille pour fêter un anniversaire! (Julie Deliquet depuis La Noce chez les petits bourgeois de Bertolt Brecht que nous avions vue il y a dix ans semble obsédée par les tables!) Il y a aussi un vestiaire, fait de casiers à clapets pour ranger les dossiers! Comprenne qui pourra… En fond de scène, des toilettes juste fermées par un rideau, une douche ouverte où quelques ouvriers vont se laver et en haut, une petite chambre où Marion et Jochen feront l’amour. Cela veut être «une pièce multi-fonctions aux allures de vestiaire, de coulisse et s’inventer au rythme des envies de la fantaisie de ses personnages.»  Mais cela ne peut pas fonctionner! De chaque côté, des châssis en tôle ondulée plastique derrière lesquels on a placé des projecteurs- mais bien visibles, sans doute pour bien montrer que nous sommes au théâtre?- laissent passer une lumière assez sinistre… Cela ira mieux ensuite quand le plateau sera débarrassé de tout ce fatras et où il ne restera qu’une longue table nappée de papier blanc pour le mariage. Ouf ! On respire enfin.

Côté direction d’acteurs, c’est aussi très limite et un jeune étudiant en dramaturgie à la Sorbonne nouvelle, assis à côté de nous, se plaignait de ne pas bien comprendre le texte à cause d’une diction approximative- sauf bien entendu Evelyne Didi qui se place toujours sur le plateau de façon à ce qu’on l’entende mais ses camarades jouent souvent de trois-quarts, voire carrément dos au public. Là il a une rreur évident dans la direction d’acteurs. Et, comme la scène est nue et que la salle du théâtre Gérard Philipe n’est pas réputée pour son acoustique, les voix se perdent dans les cintre et tant pis pour ceux qui ne sont pas près de la scène… « Un travail d’amateur » résumait durement cet étudiant. Nous n’irons pas jusque là!  Mais cette adaptation qui a des moments assez comiques et où on sent que ce collectif d’acteurs a mis toute son énergie, est beaucoup trop longue et manque singulièrement d’exigence. Peu de gens sont sortis mais le public était partagé: peu ou pas d’applaudissements, ou alors frénétiques. En tout cas, ces Huit heures ne font pas un jour ne feront pas non plus date dans l’histoire du théâtre contemporain! Et nous avons la nette impression que Julie Deliquet aurait pu aller beaucoup plus loin! Le spectacle part pour une longue tournée mais nous ne le recommanderons pas à nos lecteurs de province…

Philippe du Vignal


*Le spectacle a été joué jusqu’au 17 octobre, au Théâtre Gérard Philipe-Centre Dramatique National de Saint-Denis. Et en tournée, notamment à Montpellier, Toulouse, Colmar, Châteauvallon, Toulon, Limoges, Marseille, Caen…

L’intégralité du texte des huit épisodes est publiée par L’Arche Editeur.


Que du bonheur (avec vos capteurs) conception et interprétation de Thierry Collet, mise en scène de Cédric Orain

Que du bonheur (avec vos capteurs) conception et interprétation de Thierry Collet, mise en scène de Cédric Orain

 

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Cela se veut être un « spectacle de magie interactif qui nous plonge dans un monde où l’humain et le numérique commencent à fusionner». Au cours d’une brève conférence, Thierry Collet se rend compte, dit-il qu’aujourd’hui, «les machines font son métier mieux que lui, les algorithmes sont plus rapides que son cerveau pour retrouver les cartes choisies, les logiciels sont plus exacts que son intuition pour lire dans les pensées des spectateurs. »  Il prétend aussi qu’il fait intervenir dans ses tours des capteurs connectés, des applications de smartphone et des nouvelles technologies pour créer des doubles numériques d’objets. Mais, à la fin, le magicien bien connu, précise au public que nenni, il n’y a pas plus de gestion numérique que de beurre en branches et que tout est question de trucages ( bien entendu, en grand professionnel, il ne les dévoilera pas) mais aussi d’influence. «Le mentaliste de spectacle est un menteur, oui. C’est un genre de prestidigitation très particulier et ambigu, car beaucoup de gens croient aux rêves prémonitoires, à la télépathie, à la voyance. Les démonstrations du mentaliste semblent plus « réelles» que celles d’un manipulateur de cartes. Mais tout ce que je fais, est truqué. »

Sur le plateau, juste une simple table en bois comme on en trouve dans les coulisses de tous les théâtres et derrière quelques accessoires comme des sacs en papier, un carton, une bouteille de bière et un écran modèle agrandi du téléphone portable qu’il a à la main. Aux tours classiques de cartes qu’il va deviner sans aucune difficulté, se succèdent d’abord un numéro soi-disant technologique. A un spectateur, il remet un verre et un décapsuleur qui serait selon ses explications, connecté (mais à quoi on ne saura jamais) et une bouteille de bière qu’il lui demande d’aller boire en coulisse. Armé de son seul smartphone, Thierry Collet va faire s’afficher sur le grand écran, le prénom : Christophe et l’âge : cinquante et un ans, de ce spectateur qu’il fait ensuite revenir sur le plateau. Lequel déclare exacts prénom et âge… Bluffant. Complice dans la salle mais peu probable, manipulation mentale ou réelle connexion informatique mais comment? En tout cas, le public est médusé.

Avec son  assistant magicien Marc Rigaud qui est ailleurs, en tout cas pas dans la salle, Thierry Collet va aussi demander à une spectateur de lui prêter son porte-feuille et grâce à une soi-disant modélisation en 3 D, l’objet se retrouvera entre les mains de son assistant qui en tirera une carte bleue. Mais comme par miracle, le dit porte-feuille reviendra sur la petite table. Thierry Collet demande alors au spectateur de venir vérifier qu’il n’y manque rien. «Si, dit-il, il manque la carte bleue ». «Normal, lui répondra le magicien très simplement, je pense qu’elle est dans la poche de mon pantalon. » Et, bien sûr, il l’en tire aussitôt et la rend au spectateur….

Avec quelques autres tours aussi bien réalisés, l’heure passe très vite. Thierry Collet à la fois très humble et proche du public, est vraiment excellent, même si la mise en scène de Cédric Orain manque de rythme… Il aurait dû mieux diriger celui qui est passé aussi par le Conservatoire National et qui, visiblement, a un grand plaisir à parler avec le public. D’autant plus que, dit-il : «Cela m’intéresse de raconter des histoires, d’emmener les spectateurs dans des récits. J’ai envie que ma magie raconte des histoires. » Mais depuis la première, les choses se sont peut-être resserrées. Mentalisme ou pas, reste une série de numéros de tout premier ordre réalisés avec virtuosité à savourer sans modération.

Philippe du Vignal

Jusqu’au 6 novembre, Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, Paris (VIII ème).

Puis en tournée en France et Belgique.

 

Hilda, de Marie NDiaye, mise en scène d’Élisabeth Chailloux

Hilda de Marie NDiaye, mise en scène d’Élisabeth Chailloux

 

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Nous ne verrons pas, cette servante, cette femme de service, de compagnie et qui fait tout ce que sa patronne exige. Hilda, immense et en même temps, réduite à un nom, est l’objet du caprice et de la convoitise de Madame Lemarchand -un nom propre (ô ironie!) d‘ une classe sociale qui établit son pouvoir sur l’argent. Et peu importe l’idéologie proclamée: «Je suis de gauche»? Nous oublions presque qu’Hilda est aussi, d’abord, la femme de Frank Meyer, un époux apparemment bienveillant et militant de la domination masculine: il ne faut quand même pas trop en demander…

On dit qu’Hilda est belle, travaille bien et ne dit mot : elle n’a pas en effet… son mot à dire. Au prix de sa propre vie, mari et enfants sacrifiés, elle devra combler toutes les frustrations de Madame qui la vampirise jusqu’à extinction.  Un film d’horreur, dit Élisabeth Chailloux. L’enquête de la sociologue Caroline Ibos* traite de cette nouvelle forme de servitude. «La patronne voudrait que ses enfants comptent plus que ma chair. Mais ça ment, c’est juste le travail.» (…) « Des femmes migrantes, originaires du monde pauvre, laissent leurs propres enfants au pays pour venir prendre soin de ceux de la bourgeoisie occidentale ». C’est donner l’échelle géopolitique de cette exploitation de femmes pauvres et compétentes, qu’il ne faut pas payer trop cher, puisqu’elles aiment ça: s’occuper des enfants des autres.

Ici, nous sommes au-delà de l’enquête. Marie NDiaye prend la question avec une sorte de fureur verbale. Le texte bouillonne, roule, martèle, écrase. Pas de nuances mais un échantillonnage d’excès éclairés plein feu. Cette Madame Lemarchand peut évoquer le ton des Bonnes de Jean Genet, dans une situation inversée et à d’autres moments, la plainte modulée d’une femme abandonnée, le sifflement vipérin du chantage, la brutalité du vainqueur… Aucune place pour le mystère : craquages de la tortionnaire puis revirements… Corrigeons : nous sommes presque tentés de croire, un instant, à ses larmes de crocodile. Elle cherche à s’emparer de Frank, le mari car il représente une partie de Hilda et, dans son caprice totalitaire, Madame veut TOUT.

Nathalie Dessay est l’interprète parfaite de celle qui se fabrique, faute de consistance, une série de postures : suppliante : « Donnez-moi Hilda, je ne peux vivre sans elle. » Dominatrice: «Camarade ». Tyran (le mot n’a pas de féminin). Perverse, manipulatrice, pauvre créature abandonnée: le mot qui touche sans doute au plus près la vérité de cette coquille vide. Dans ces variations empruntées aux personnages féminins des opéras qu’une bourgeoise se doit de fréquenter, Madame maudit comme la Reine de la Nuit, souffre comme Violetta, tue comme Médée… Victimes directes ou indirectes d’une nébuleuse de la tyrannie patriarcale. Nathalie Dessay brille ici de tous ses feux, apportant la rigueur et l’ampleur du chant lyrique à ce rôle. Palette de nuances au millimètre, énergie sans faille, souplesse et énergie d’un corps qui semble d’acier, avec toujours une étincelle d’humour : elle ne déjoue pas son personnage mais a le nécessaire pas de côté pour que cette Madame ne soit pas tout simplement insupportable.

Comment vivre à côté de ce torrent ? Gauthier Baillot, mari ferme mais perdant, renonce peu à peu. Même pas un adversaire : qui peut lutter contre le rouleau compresseur capitaliste? Peut-être une jeunesse insolente et anarchiste : à la fin de la pièce, le personnage joué par Lucile Jégou. On aurait pu imaginer la présence muette de cet homme contraint de «s’écraser“: cela lui aurait-il donné trop de forces ? La pièce serait-elle l’illustration d’une lutte des classes perdue d’avance pour «les plus modestes », entrés même un peu dans le jeu de la classe dominante ? Ce monstre ordinaire, gonflé par ses passions reste toujours désespérément vide.  La pièce de Marie NDiaye a quelque chose de parfois «trop», dans son caractère obsessionnel et répétitif mais est aussi une très fine comédie de l’effroi, quelque chose comme une parole de l’épouvantable…

Christine Friedel

Les Plateaux Sauvages, Paris (XX ème), jusqu’au 30 octobre. T. : 01 83 75 55 70.

Qui gardera nos enfants de Caroline Ibos est publié aux éditions Flammarion.

 

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Le Festival des Arts à Bordeaux: La Coulée douce par l’Opéra Pagaï

 Le Festival des Arts à Bordeaux

 La Coulée douce par l’Opéra Pagaï

 Unknown-3 URGENT : Nous vous en reparlerons plus longuement mais, comme cela finit ce soir, nous faisons vite…   Si vous êtes dans le coin de Saint-Médard en-Jalles, tout près de Bordeaux, filez à la Scène Nationale où la compagnie L’Opéra Pagaï présente une installation hors-normes à la fois dans le bâtiment, sur sa terrasse mais aussi dans un merveilleux et grand jardin tout proche. « Une soirée en douceur, apaisée, un voyage du rêve à la réalité, du jour à la nuit tombée, avec du feu pour se guider. Une soirée décousue mais recousue par le fil que nous n’avons cessé de tirer malgré tout, celui de notre imaginaire, de notre besoin d’émerveillement, de nature, de vivant, de liberté… »

Une installation étonnante et d’une grande poésie… Sylvie Violan, la directrice du F.A.B. et de la Scène Nationale a fait très fort et a eu raison de laisser transformer l’ensemble du bâtiment, en espace «naturel» avec l’aide de nombreux bénévoles. Ne ratez surtout pas la fin du parcours avec la reconversion du grand plateau et de la salle en ? Nous ne vous en en dirons pas plus pour vous laisser le surprise…

C’est trop ou pas assez, du Vignal ! Justement mais faites-nous confiance et sachez que l’opération est orchestrée avec une parfaite maîtrise par toute une équipe aidée par de nombreux bénévoles. Et, il y a, avant, servi sur la place devant la Scène Nationale, un verre de vin blanc avec crevettes et tartine beurrée. Tout cela gratuitement  comme la déambulation! Que demande le peuple ?  

Philippe du Vignal

Installation vue le 21 octobre au Carré-Colonnes, Scène Nationale de Saint-Médard-en-Jalles (Gironde). ATTENTION : jusqu’à ce soir:  à 18 h 30 puis ensuite le temps dont vous disposerez, jusqu’à 21 h 30.

Dansons sur le malheur par la compagnie Jérôme Thomas

Dansons sur le malheur par la compagnie Jérôme Thomas

 

Jérôme Thomas, figure majeure du jonglage, est le créateur des premiers solos de cette discipline exigeante et a fondé en 1992, un Atelier de Recherche en Manipulation d’Objets et sa compagnie. Dans chacune de ses créations, il repousse les frontières de son art en lui faisant subir des métamorphoses surprenantes. Il n’hésite pas à convoquer le théâtre, la danse où le théâtre d’objets pour repousser les limites de la jonglerie et la confronter à d’autres pratiques artistiques. Quand il réussit son coup et que l’alchimie opère, c’est tout à fait sublime comme dans FoResT (2013). Mais le résultat est parfois mitigé, notamment avec i-Solo (2019), voire prétentieux : c’est le cas pour cette création….

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Nous entrons dans le très intimiste chapiteau du cirque Lili, une singulière structure auto-portée créée en 2001 ressemblant à un manège en bois et toile rouge. La scène est pleine remplie d’œufs pour certains suspendus à de grandes tiges métalliques, et pour d’autres, posés sur le sol. Au centre, un autre œuf culbuto d’environ quatre-vingt centimètres, ajouré de lames de xylophone. L’ensemble évoque une constellation planétaire et des fumigènes mettent un peu de mystère dans cette singulière scénographie aux belles promesses…

Deux femmes entrent dans le chapiteau, habillées de costumes trop grands pour elles et une voix off annonce : « Si la terre était un œuf, dans quelles mains le déposerions-nous ? » Puis sont évoqués : l’infiniment grand, l’infiniment petit, les continents, les pays et les villes, des champs, une maison, une poule et un œuf. « Il s’agit ici, comme le dit Jérôme Thomas, de mettre en scène une  métaphore de l’inconscience humaine face à l’urgence écologique. » Comme des cosmonautes en apesanteur, les jongleuses passent entre les œufs puis avancent en gonflant les joues. Elles commencent une petite chorégraphie avec un pied au-dessus de deux œufs posés sur le sol puis découvrent ensuite l’espace entier et l’œuf central, une matrice musicale qui va faire vibrer le duo. Désorientées, elles agissent comme des pantins et ensuite manipulent à quatre mains sur une grande table des balles de jonglage qui apparaissent puis disparaissent derrière leur avant-bras, dans une glissière.

Les lumières se focalisent alors sur un groupe d’œufs, avec, en fond sonore, les voix off des deux femmes : « Qu’est-ce que c’est ? » répètent-elles en boucle. S’en suit un jonglage avec des œufs, sortis des poches de leur veste, qui font le tour de la scène comme des vaisseaux spatiaux. Les interprètes aussi tournent sur elles-mêmes et l’une tombe plusieurs fois de suite dans des contorsions nerveuses. Un œuf prend vie, se déplace tout seul et entre alors en résonance avec le corps de la danseuse, prise de spasmes…

Plusieurs autres tableaux se succèdent mais aucun espoir de trouver un intérêt quelconque à ce spectacle malgré un réelle virtuosité dans l’utilisation de gants en latex et de bâches plastiques… Et on touche le fond, quand les interprètes imitent des poules, dans un déguisement ridicule avec lunettes pailletées. Sur une musique dissonante, la séquence finale, tout de bruit et de fureur, est mal maîtrisée : elles déversent des déchets de plastique puis des feuilles tombent du chapiteau sur un plateau tournant comme une planète, clôturant ainsi ce cycle par un retour à la nature…

 Mais rien ici ne fonctionne vraiment: le metteur en scène, à vouloir trop mixer genres et disciplines, s’est perdu dans un fourre-tout poussif où il y a un manque apparent de technique mais aussi de travail et synchronisation. Ses interprètes dansottent, jonglottent, grimacent grossièrement et jouent la comédie à l’emporte-pièce… Bref, tout sonne faux et nous avons de la peine pour Gaëlle Cathelineau et Elena Carretero qui semblent perdues. Comment ce bloubi-boulga a-t-il pu être ici présenté? Manque de discernement de son auteur, erreurs de distribution? A moins que toute cette mascarade artistique ne soit à prendre au deuxième degré ? En tout cas, impossible d’entrer dans ce planétarium imaginé par Jérôme Thomas.

Sébastien Bazou

Spectacle vu le 15 octobre, au cirque Lili, La Chartreuse, Dijon (Côte d’Or).

 

 

 

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