Don Juan chorégraphie de Johan Inger

Don Juan chorégraphie de Johan Inger

La troupe italienne Alterballetto fait la réouverture du Théâtre National de la danse de Chaillot avec une pièce de ballet narrative. Johan Inger et le dramaturge Gregor Acuña-Pohl ont travaillé sur plusieurs textes inspirés par ce personnage mythique, manipulateur et séducteur de femmes. La première scène: l’abandon du petit garçon par sa mère, serait à l’origine de cette addiction aux femmes ! Mais il séduit aussi  Leporello, conscience meurtrie de lui-même.

© Nadir Bonazzi

© Nadir Bonazzi

Ce Don Juan impulsif réagit comme un primate à l’appel de son corps. Séduites lors de pas-de-deux successifs, les femmes sont représentées comme des victimes de cet homme moralement peu recommandable. Les séquences de groupe, malgré quelques longueurs, sont bien interprétées, en particulier un bal masqué et un bal rural qui reprennent certains mouvements de danses traditionnelles italiennes. Cette jeune troupe sert parfaitement une chorégraphie très lisible et pleine d’énergie, «  Quand je me trouve confronté à une création narrative, dit Johan Inger, j’essaie de trouver ma propre vision, une motivation, une raison qui justifie le désir de me consacrer à ce personnage littéraire en particulier. »

Pour renforcer le côté ludique de la séduction, le scénographie Curt Allen Wilmer a installé plusieurs dominos géants et mobiles, manipulés par les artistes en fonction des scènes. Marc Álvarez ne ménage pas les effets musicaux mais on regrette la très belle partition de Christoph Willibald Gluck, composée pour le ballet-pantomime Don Juan créé en 1761 et fréquemment représenté en Allemagne. Les seize danseurs sont tous exceptionnels… On aurait toutefois aimé découvrir une version plus nuancée du personnage…

Jean Couturier

Le spectacle a été joué du 14 au 17 octobre au Théâtre national de la danse de Chaillot, 1 place du Trocadéro  Paris (XVI ème) . T. : 01 53 65 30 00.

 


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Une initiative de Stéphane Braunsweig, directeur du Théâtre de l’Odéon

Une belle initiative de Stéphane Braunschweig et un quasi événement au théâtre: la gratuité pour les jeune de  dix-huit à vingt-huit ans, chaque  jeudi de novembre à l’Odéon-Théâtre de l’Europe et cela dans ses deux salles, celle du VI ème et les Ateliers Berthier pendant la durée d’application du couvre-feu en Île-de-France.
«Dans le contexte difficile que nous vivons tous, dit-il le spectacle vivant est pour beaucoup une véritable bouffée d’oxygène ; la situation devient particulièrement difficile pour les jeunes qui sont souvent les plus précaires. (…) J’ai donc décidé d’ouvrir largement les portes de l’Odéon-Théâtre de l’Europe aux 18-28 ans. Il est primordial pour un théâtre ouvert sur le monde, comme l’est le théâtre de l’Europe d’inventer les dispositifs adéquats à la crise que nous traversons. »

Et dans la salle historique du sixième arrondissement, les représentations le  jeudis des Frères Karamazov seront  aussi proposées à demi-tarif à l’ensemble des spectateurs dans les  quatre catégories tarifaires existantes. » Mais peut-être pour des problèmes de majorité pourquoi les jeunes de dix-sept ans n’auraient-ils pas droit comme me l’ont fait remarquer des lycéens de première pas argentés du tout, à qui leurs professeurs ont vivement conseillé de lire Les Frères Karamazov…. Ne peut-il y avoir d’exception- par exemple pour deux enfants d’une même famille- si on en fait la demande avant?

Ph. du V.

Cette offre gratuité jeunes 18-28 ans, les jeudis de novembre est valable pour les spectateurs individuels, sur réservation uniquement via le site internet du théâtre à partir du lundi 26 octobre à 14 h 30.

Demi-tarif les jeudis de novembre à l’Odéon, (Paris VI ème) : réservation sur notre site de vente, au téléphone et au guichet du théâtre, offre disponible à partir du mardi 27 octobre à 14h30.série 1 : 20 € / série 2 : 14 € / série 3 : 9 € / série 4 : 7 € dans la limite des places disponibles, en tenant compte de la distanciation dans les salles.

 ATTENTION: Nouveaux horaires avancés pour respecter le couvre-feu : Iphigénie aux Ateliers Berthier, Paris (XVII ème)  jusqu’au 14 novembre :
du mardi au samedi à 17 h 30  et le  dimanche à 15 h
Les Frères Karamazov au Théâtre de l’Odéon, Paris ( VI ème)  du 14 novembre au 6 décembre : les mercredi, samedi et dimanche à 15 h / les jeudi et vendredi à 16h30 + mardi 1er décembre à 16h 30.

La Peste c’est Camus mais la grippe est-ce Pagnol ? Performance conçue par Jean-Christophe Meurisse.

 

La Peste c’est Camus mais la grippe est-ce Pagnol ? Performance conçue par Jean-Christophe Meurisse.

Avant le couvre-feu, les acteurs de plusieurs générations de la compagnie des Chiens de Navarre et des invités exceptionnels se réunissent pendant une heure afin de jouer ou lire, dans la plus totale improvisation, une pièce, différente à chaque séance. Dans une société malade de multiples troubles qui la détruisent peu à peu, l’irrévérence n’est plus de mise et cette parole libre, sur le plateau des Bouffes du Nord, fait du bien. L’humour permet toutes les audaces.

Six comédiens à la table, munis de micros, feuilles blanches,  gel hydro-alcoolique et masques chirurgicaux. Derrière eux, une dizaine d’autres attendent leur tour de parole, devant des malles et costumes de scène qui… ne seront jamais utilisés. Le spectacle rappelle les exercices d’improvisation que beaucoup ont connus lors des cours d’art dramatique. Ces petits-enfants du Théâtre de l’Unité d’Hervée de Lafond et Jacques Livchine sourient de leurs délires et nous avec.

Cette pièce, qui change de style au fur et à mesure des improvisations, aime se moquer du théâtre lui-même.  De son enseignement : « Je comptais faire du théâtre, pas me faire violer ». Ou de ses thèmes de prédilection comme les pièces de Tchekhov : «Il pleut à la fenêtre » ; « Une chèvre s’est suicidée » ; « Piotr, tu me dois cinq roubles. »«  J’aimerais tellement aller à Moscou. ». Les artistes s’adaptent aussi à la réalité politique : «Je me méfie des gens du Sud, tout ce que vous pouvez dire, avec votre accent, ne vous permet pas d’être légitime. »

Parfois l’actualité les rattrape: « Je suis la liberté d’expression, je vais prendre la parole et on me décapite. »   Pendant une heure, cette forme d’irrévérence salutaire incite une fois de plus à retourner au théâtre.

Jean Couturier

Jusqu’au 24 octobre, Théâtre des Bouffes du Nord, 37 bis bd de la Chapelle  Paris (X ème). T. 01 46 07 34 50..

 

Chotto Xenos, chorégraphie originale d’Akram Khan, mise en scène et adaptation de Sue Buckmaster.

© Jean-Louis Fernandez

© Jean-Louis Fernandez

Chotto Xenos, chorégraphie originale d’Akram Khan, mise en scène et adaptation de  Sue Buckmaster.

Nous avions déjà apprécié ce solo au festival  Montpellier-Danse 2018 et la saison dernière à Paris (voir Le Théâtre du Blog). Cette adaptation pour le jeune public suscite aussi une grande émotion. En cinquante minutes, Guilhem Chatir, Nicolas Ricchini ou Kennedy Junior Muntanga (en alternance) nous emporte avec le récit bouleversant de ces soldats indiens enrôlés de force, durant la Première Guerre mondiale, dans les armées de l’Empire britannique.

On retrouve ici la gestuelle précise du maître et son impressionnante virtuosité : chaque mouvement semble nourri d’une intense rage intérieure. La danse, très signifiante, retrace le parcours de vie du personnage, jusqu’à sa disparition sous la terre des tranchées. Une solitude douloureuse… Et il sera accompagné pendant quelques minutes d’un chien dont il manipule lui-même la tête avec une belle dextérité. Ces chiens de guerre, dressés pour transporter des bombes sous les chars, nous rappellent à quel point la bêtise humaine n’a jamais de limites.

Pour ajouter de la crédibilité au récit, Lucy Cash a conçu une projection vidéo très réussie, à la fois didactique et réaliste. La lumière de Guy Hoare et la musique de Dominico Angarano, d’après la partition originale de Vincenzo Lamagna, complètent ce travail presque cinématographique. Loin de ces contes mièvres pour jeune public que l’on voit souvent, ce spectacle plonge directement dans la cruauté humaine. « Les enfants sont exposés de plus en plus à la réalité, dit Sue Buckmaster, et l’art doit aussi refléter ce qu’ils traversent ». Akram Khan ajoute ces mots d’une cruelle vérité aujourd’hui : « Je ne veux pas que mes enfants étudient des mensonges. Je veux qu’ils voient et témoignent à travers l’art, le théâtre et la danse, l’histoire des autres … »  Il faut à tout prix découvrir ce travail qui mêle remarquablement théâtre et danse.

Jean Couturier

Théâtre de la Ville, Espace Cardin, 1 avenue Gabriel, Paris (VIII ème). T: 01 42 74 22 77. Jusqu’au 23 octobre à 19 h.

 

Tout Dostoïevski, de Benoît Lambert et Emmanuel Vérité

Tout Dostoïevski, de Benoît Lambert et Emmanuel Vérité

 Nous avions parlé de ce spectacle il y un an mais il est bon d’y revenir…Que le titre ne trompe personne : non, ce ne sera pas une lecture exhaustive de Dostoïevski. Juste quelques lampées mais lesquelles! Le spectacle commence de façon délibérément rébarbative avec le début des Notes du souterrain ou Carnets du sous-sol, selon les traductions : «Je suis un homme malade…Je suis un homme méchant. Un homme plutôt repoussant. Je crois que j’ai le foie malade. Soit dit en passant, je ne comprends rien de rien à ma maladie et je ne sais pas au juste ce qui me fait mal.» Et pourtant… On ne comprendra jamais vraiment le geste de Raskolnikov, qui tue une rentière jugée par lui parasite et inutile sur cette terre. Mais on comprendra assez vite que ce qui importe est plus le Châtiment que le Crime, et plus encore l’articulation des deux.

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Et qui raconte, cette histoire ? Qui grimpe sur les pentes du volcan ? Charlie, un clown intermittent fou de littérature, d’où sa pudeur avec les textes. Charlie Courtois-Pasteur est né il y  quelques années de la complicité entre Benoît Lambert et le comédien Emmanuel Vérité. Une envie à deux de “petites formes“ qui font parfoisdes spectacles en grande forme : Meeting Charlie ou l’art du bricolage, trousse à outils bien utile en ce monde, Charlie et Marcel,  ou Proust et le western… Charlie a le goût de l’élégance : sous son smoking un peu trop grand, d’occasion (avec la complicité de Marie La Rocca) il porte une chemise imprimée de palmiers : histoire d’en rajouter dans l’élégance. Alourdi sur sa poitrine, par un énorme micro  (si l’on ose cet oxymore) dont il use modérément et s’accompagne de délicats bricolages démonstratifs. Il paraît plus âgé que son porteur, Emmanuel Vérité et chargé d’un passé douloureux ; mais il est pudique et nous n’en saurons rien.

Et Dostoïevski, alors ?  Eh!Bien, il est là, tendu dans le verre de vodka que nous offre Charlie, derrière lui, devant nous, ouvert comme une terrible tentation. Tout Dostoïevski est à la disposition de chacun et il y a du Dostoïevski en chacun de nous, surtout si un être mystérieux comme ce Charlie vient vous en offrir un aperçu fulgurant sur un plateau. De théâtre, évidemment.

Tout cela, c’était avant de déluge, en avril 2019 au Théâtre de la Cité Internationale. Aujourd’hui, et l’on croise les doigts, Charlie s’installe au Théâtre du Lucernaire. À  nous l’attente, la curiosité, la frustration, les chemins de traverse, la magie à deux balles, le rire et la tendresse que nous offre ce spectacle.

Christine Friedel

Théâtre du Lucernaire, 53 rue Notre-Dame des Champs, Paris (VI ème) à 19h30 sauf le samedi 17 à 16h. Jusqu’au 29 novembre. T. : 01 45 44 57 34

 

 

Avant la retraite de Thomas Bernhard, traduction de Claude Porcell, mise en scène d’Alain Françon

 Avant la retraite de Thomas Bernhard, traduction de Claude Porcell, mise en scène d’Alain Françon

 Pour Hans Höller, auteur d’une biographie Thomas Bernhard-une vie, cette pièce satirique (1979)  se conclut par une petite fête familiale, célébrée tous les ans pour l’anniversaire d’Himmler. Autour de la table, deux sœurs Vera et Clara et leur frère. Rudolf Höller, président d’un tribunal en République Fédérale d’Allemagne,  ancien officier nazi reconverti, qui va prendre sa retraite au terme d’une carrière exemplaire au service du droit et de la justice. Vera éprouve à la fois amour et haine pour ce drôle de frère.


Cela se passe le 7 octobre, jour de la naissance de Himmler auquel notre héros voue une très grande admiration. Tout est prêt : l’uniforme, les accessoires, le repas. Mais le bonheur -retour à un passé douteux- ne peut être complet : Clara, la sœur paralysée observe les deux autres crûment et sans complaisance. « Rudolf déjà légèrement ivre, en uniforme complet noir d’Obersturmbannführer S.S. avec képi, revolver au ceinturon et bottes noires, à la table. (…) Tous les trois mangent et boivent du champagne allemand. Au milieu de ce retour orgiaque d’un passé récent: «Tout va dans notre sens/ il n’y en a plus pour très longtemps/ et finalement nous avons aussi une foule d’autres politiciens de premier plan/ qui ont été national-socialistes – le juge en uniforme S.S., ivre,  va s’effondrer,: il porte ses mains à la poitrine et tombe la tête sur la table ». Profitera-t-il de sa retraite…

 

© Jean-Louis Fernandez

© Jean-Louis Fernandez


La pièce fait aussi allusion à la « retraite » forcée du ministre-président du land de Bade-Wurtemberg, Karl Filbinger dont on avait découvert l’activité de juge dans la Marine sous le nazisme. La carrière politique fut d’un seul coup terminée pour celui qui traitait Claus Peymann  de «sympathisant du terrorisme» et qui avait tout fait pour qu’il abandonne la direction du théâtre de Stuttgart. Mais ce complice des crimes nazis fut démasqué et dut quitter son poste avant même le metteur en scène qu’il avait conspué!

 Dans cette pièce, Vera a caché son frère dix ans avant qu’il puisse revenir à l’air libre sans qu’on l’importune pour un passé« oublié ». Avant la retraite fait allusion à ce rêve de restauration d’un ordre menacé, dans un prétendu état d’exception justifiant tous les moyens. Le frère et la sœur complices répètent que dignitaires et puissants, sommités politiques et militaires, anciens dignitaires nazis ne pensent qu’à «se débarrasser de l’étranger et du Juif ». Des inepties insoutenables qu’ils s’échangent entre eux, sourds au monde. Soit la danse macabre d’une restauration rêvée d’ex-puissances démises.

Le juge ne cesse d’attaquer la démocratie et de la nommer «terroriste» : les bombes américaines ont malheureusement en effet détruit une école, à la fin de la guerre et ces « dégâts collatéraux »ont  frappé la benjamine, rivée à son fauteuil roulant. Clara est de gauche et engagée contre les convictions réactionnaires  de son frère et de sa sœur aînés qui vivent aussi, dans leur folie, une relation incestueuse. La pièce est d’un humour ravageur et Thomas Bernhard met en épingle les points de vue les plus bas, formulés contre le peuple et les étrangers. Un discours abject aux relents d’extrême-droite qui résonne encore aujourd’hui. La bonne conscience est mise en lumière par l’auteur, sans tabous ni censure au cours de ce repas familial dans une salle à manger dont les rideaux sont tirés pour cacher l’infamie de ces personnages…

 Le monde est une scène où l’on répète continuellement la même pièce, sans résolution finale qu’elle soit une comédie ou une tragédie, selon Alain Françon qui cite l’auteur. Catherine Hiégel ouvre la bal, somptueuse de précision, faisant sonner les paroles odieuses de son frère qu’elle répète sans cesse. Elle parlemente sans fin, expose et commente sa foi politique et morale dans la grande salle de séjour. Un décor autrefois majestueux, à présent décrépi, imaginé par Jacques Gabel, sous les lumières de Joël Hourbeigt. Elle n’en finit pas d’épousseter les meubles et de repasser convulsivement la robe de son frère, haut dignitaire de la Justice. Elle propose un café à sa sœur qu’elle sait moqueuse et ironique et dont elle  craint le raisonnement. André Marcon, tranquille et déterminé, est  excellent en magistrat vaniteux, satisfait de ses titres et de sa gloire passée et nostalgique, Noémie Lvovsky (Clara) se tait et pourtant devient fort expressive quand elle entend les sottises énoncées par le duo infâme qui lui reproche son mépris. Une partition nette et cristalline à la musique inquiétante.

 Véronique Hotte

 Théâtre de la Porte Saint-Martin, 18 boulevard Saint-Martin Paris (X ème), ATTENTION : nouveaux horaires :

 le vendredi à 18h, le samedi à 17h et le dimanche à 16h. T. : 01 42 08 00 32.

Le texte est paru à L’Arche Editeur (1987)

 

Un monde meilleur, épilogue, texte et mise en scène de Benoît Lambert

 

 

Un monde meilleur, (épilogue) texte de mise en scène de  Benoît Lambert.

 

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Un homme arrive précipitamment sur scène et interpelle le public : « Pardonnez-moi pour mon retard…» puis lance dans la foulée : «On va tous mourir » ! Et c’est c’est bien de ce fait  imparable dont il s’agit ici :  la fin proche  de l’espèce humaine! La lecture de l’essai de Pierre-Henri Castel, Le Mal qui vient, a été décisive pour Benoît Lambert dans la création (et non  l’adaptation du livre) pour mettre en scène ce solo joué par Christophe Brault.
 Un acteur qu’il apprécie beaucoup et avec qui il souhaitait travailler depuis un moment. La  richesse du propos et le choc  éprouvé à la lecture du livre par le metteur en scène : «Cette réflexion sur la disparition de l’humanité est l’un des livres les plus effrayants que j’ai lus ces dernières années »,  l’a  incité à clôturer avec ce seul en scène, le feuilleton théâtral qu’il avait commencé depuis 1999, Pour ou contre un monde meilleur.

 Ce dernier épisode marque la fin de ce voyage théâtral et existentiel à travers l’évolution et le futur de l’humanité . Épilogue décapant, drôle et qui  nous laisse quelque peu interrogatif sur notre avenir… Christophe Brault, de par son jeu malicieux,  ironique, ses regards perplexes et lucides, réussit à créer une complicité avec les spectateurs surpris, attentifs, touchés et ne sachant plus  bien sur quel pied danser. Pour nous qui n’ont pas toujours su prendre les bonnes décisions pour bâtir un monde plus juste, et agréable à vivre, évoluant, avec esprit, dans un sens humaniste… Le retour sur l’origine de notre espèce, avec notamment un regard ouvert, en empathie, sur la période paléolithique est un des points forts de ce spectacle. Pour mieux saisir ou/et différemment notre évolution et son progrès, à travers les âges, Benoît Lambert, en invitant le public à concentrer son attention sur les périodes historiques et anthropologiques,  lointaines de notre espèce, inverse auprès de celui-ci, la méthode de lecture au sens classique, c’est à dire chronologique. Il modifie ainsi, envers les spectateurs, la perception du thème de sa pièce.  Comme, dans le spectacle, ce moment de la préhistoire qui est ici perçu non comme une période primitive mais aussi, ici et maintenant, riche de possibilités et d’instruction pour nous autres, individus de la société de consommation et de l’intelligence artificielle.

L’objectif de cette conception se lie avec subtilité à l’enjeu possible de cette création  : celui de faire entendre une autre vision de l’évolution de l’homme qui serait plus axée sur l’adaptation. Pour tenter une approche plus cohérente de la part de la société, afin entre autres, de réduire les inégalités et permettre  de quitter une logique néolibérale. Faire que tous les acteurs de la société puissent créer un monde plus équilibré pour le bien-être de l’homme et de son devenir. Ce choix provoque ainsi en nous, des interrogations inattendues, et nécessaires. À l’écoute du constat et des prévisions pour notre futur proche, exprimés avec entrain par notre contemporain : l’homme pressé, le public ne peut rester indifférent. Les perspectives ne sont pas des plus joyeuses.

Benoît Lambert, même s’il est parfois un peu catégorique, a assez d’humour, de connaissances  anthropologiques, philosophiques, et historiques, pour mettre notre conscience face à une réalité qui nous interroge tous et sans attendre. Avec une mise en scène minimaliste et un comédien hors pair, cet épilogue porte en lui une force politique et dramatique indéniable : Un espace scénique nu, de petites bouteilles d’eau en plastique disposées au sol en file indienne par notre homme agité, pour figurer les périodes successives  de l’humanité, et voilà ! Une scénographie  amplement suffisante, simple qui renforce et évoque subtilement l’immobilisme, l’aveuglement parfois volontaire, l’incompétence, et l’impuissance de notre société et de tous ses paramètres (économiques, sociales, juridiques…)  face aux pouvoirs des dirigeants en place et à leur hypocrisie. La scénographie met aussi en évidence le vide, l’absence d’un horizon commun plus lumineux et créatif, d’une pensée civique et politique à long terme, pour repousser cette fin de l’espèce humaine. Un espace théâtral qui n’est pas également, sans rappeler la froideur de l’univers carcéral. L’humanité parviendra-t-elle à se libérer de ce monde mortifère qu’elle a elle-même bâti ? Ce spectacle est aussi un geste d’humilité pour nous autres hommes savants et civilisés du XXI ème siècle ! En effet, les questions soulevées par Benoît Lambert et son personnage hyperactif : « Comment vivre avec la certitude que notre espèce va prochainement disparaître» (..) «qui se demande si, finalement, il est si surprenant que cette histoire puisse arriver à son terme. », ne sont pas sans interroger avec gravité et humour cette éventualité  d’un avenir meilleur et encore espéré (?) de l’espèce humaine.

Le monde des hommes aujourd’hui ?  consumériste sans limites, trop individualiste et qui pense avoir la liberté de vivre et de construire en négligeant son Histoire. Ce spectacle dense d’une parole politique et critique, vive et théâtrale évoque la destruction à petit feu mais plus que probable de notre espèce.  

 

 Elisabeth Naud

 Spectacle vu au Théâtre Dijon-Bourgogne 30 rue d’Ahuy, Dijon (Côte d’Or). T. : 03 80 30 12 12.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Adieu Jacques Albert-Canque

Adieu Jacques Albert-Canque

Ce professeur à la Faculté des Sciences de  Bordeaux est mort à quatre-vingt-quatre ans jeudi dernier . Il était aussi un grand homme de théâtre mais toujours en marge et rarement là où on l’attendait. Il fonda une troupe de non-professionnels, le Groupe 33 qu’il dirigea avec la rigueur d’un scientifique qu’il ne cessa jamais d’être mais aussi dans une perspective de recherche permanente. Même s’il doutait en permanence. Une sorte de laboratoire sans grands moyens mais il pouvait tester libre et  indépendant avec le Groupe 33, des types de dramaturgie poétique et de scénographie alors très peu employés dans les années soixante-dix et maintenant très à la mode : base navale allemande, garage, anciens entrepôts près de la Garonne…  (le spectacle finissait sur le toit en terrasse et cela ne sentait pas le moisi, mais de la soupe chaude nous attendait à la sortie). Il participa comme metteur en scène à de nombreuses éditions du festival SIGMA, là où nous l’avions rencontré il y a déjà une quarantaine d’années..

Jacques Albert-Canque  à Blaye en septembre 1991 © x

Jacques Albert-Canque à Blaye en septembre 1991
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Homme d’une immense culture, ce germaniste connaissait tout particulièrement Hölderlin, Büchner,  Kleist et Novalis  et il monta Hölderlin exil à Bordeaux en 76 puis Sur les pas d’Hölderlin au dernier étage d’un parking en Bavière en 97 un spectacle  qui lui valut l’étoile de la meilleure création décernée par le quotidien Abendzeitung. Et enfin en 2016, Hölderlin à la folie au Goethe Institut de Bordeaux. Il monta aussi Les Chants de Maldoror de Lautréamont aussi à l’Opéra de Munich.
Mais Jacques Albert-Canque s’intéressa aussi au théâtre moderne et contemporain: Peter Weiss, Heiner Müller, Jean Genet et des auteurs de la région bordelaise comme Philippe Vialèles, Max-Henri Gonthié et Michel Suffran.

Il dirigea aussi plusieurs années le festival de Blaye où il invita d’abord en ouverture de cet événement à jouer en plein air dans les douves du fort  construit par Vauban -ce qui était un grand pari- Peines d’amour perdues de William Shakespeare, mise en scène d’Andrewjz Seweryn avec les élèves de la première promotion de l’Ecole de Chaillot. Puis Noce et banquet, texte et mise en scène d’Hervé de Lafond. Le directeur de l’Ecole Philippe du Vignal (ma pomme !) lui demanda aussi pour les élèves de l’Ecole de Chaillot et un seul professionnel pour jouer le Père, La Demande en mariage d’Anton Tchekhov et Cédrats de Sicile de Luigi Pirandello qui est peu le miroir inversé de la première. Jacques Albert-Canque eut deux belles idées. Pour la première, des chants d’oiseaux en Russie qui donnait une incroyable poésie estivale que Charlotte Maurel la scénographe du spectacle  alla lui dénicher à la médiathèque ; les élèves-comédiens qui jouaient dans la première pièce, étaient les invités de la grande fête (aidés par du son enregistré) mais invisibles derrière un grand rideau rouge de Cédrats de Sicile… Le public n’a jamais voulu croire  qu’ils n’étaient que trois!  Son parcours a dons croisé plusieurs fois le nôtre…

Jacques Albert-Canque, homme généreux et exigeant, ancré dans son Bordeaux, avait pourtant beaucoup d’humilité et n’a jamais cherché à monter à Paris. Et ce qui était frappant dans le dernier spectacle que nous avions vu de lui sur Hölderlin au Goethe Institut à Bordeaux était la grande connivence entre de jeunes non-professionnels  et le metteur en scène, malgré quelque cinquante ans de différence d’âge. Dans la ligne de l’Education Populaire.  Ce qui n’est pas donné à tout le monde. Il aura été un passeur de premier ordre et un exemple pour tous ce qui veulent tenter de faire du théâtre. Un grand merci, Jacques Albert-Canque…

 Philippe du Vignal

 Ses obsèques auront lieu demain lundi 19 octobre à 15 h au Crématorium de Mérignac (Gironde).

 

 

 

A nos lecteurs,

A nos lecteurs,

 D’abord merci pour votre confiance qui n’a jamais faibli dans cette période difficile pour tous. Les chiffres de fréquentation sont chaque mois de quelque 120.00 (visites+hits).  Et pour le moment du moins, les théâtres auront bien du mal à faire venir le public aux horaires imposés par le gouvernement soit le couvre-feu à 21h. Il faudra même en modifiant les horaires à 19h 18h 30, voire même à 18h,  nous expliquer comment les petites salles parfois éloignés du centre de Paris et les théâtre de banlieue vont pouvoir s’en sortir. A moins de faire des représentations trois fois le samedi et trois fois le dimanche. Mais visiblement Roselyne Bachelot n’a pas beaucoup de pouvoir!
Ou alors, Castex,  voulez-vous que les spectacles durent quarante minutes? Tiens, une idée que vous auriez dû  proposer. Antoine Vitez comme Eugenio Barba tous les deux grands metteurs en scène demandaient bien à leurs élèves de jouer Hamlet à partir des souvenirs qu’ils avaient de la pièce mais en dix minutes maximum. Mais il s’agissait d’une proposition autrement plus intelligente et cette fois, d’une haute portée pédagogique.

Le S.N.E.S (Syndicat National des Entrepreneurs de Spectacles) deuxième syndicat représentatif du spectacle vivant privé, représente et défend plus de trois cent entreprises : producteurs, entrepreneurs de tournées, compagnies, lieux de spectacles et festivals ; dans l’ensemble des disciplines artistiques du spectacle vivant privé : théâtre, variétés, humour, danse, opéra, musique classique, musiques actuelles, chanson, rock, jazz, cirque, jeune public…Maintenant dans quelques heures, tant pis pour le public et les artistes. Le Macron de service devrait se souvenir que les Parisiens n’habitent pas tous rue du Faubourg Saint-Honoré.  Et quand ils vont au spectacle, ils prennent le métro la plupart du temps aux heures de pointe! Bravo pour la distanciation dont on nous rebat sans cesse les oreilles. Mais comme le Macron n’ a pas dû prendre le métro depuis plusieurs années, c’est un paramètre qui ne doit pas figurer dans son logiciel de réflexion, tout comme Castex qui avait mené l’opération déconfinement!

L'Elysée avant l'annonce du couvre-feu... © x

L’Elysée avant l’annonce du couvre-feu...
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 » Le Président de la République a fait des annonces qui ont foudroyé de plein fouet la Culture en France. Le couperet est à nouveau tombé et aucune dérogation ne sera accordée. » (…) « De l’avis de tous, la preuve du billet de spectacle devrait permettre au public de regagner son domicile sans être inquiété de se voir dresser une amende. Cette mesure ayant l’avantage de rassurer le public qui se rend au spectacle, sans avoir la crainte de ne pouvoir assister à la fin du spectacle. Cette idée, partagée par l’ensemble des professionnels du spectacle vivant mettrait sur un pied d’égalité les publics, les plus proches comme les plus éloignés du lieu du spectacle. M. le Premier ministre, ce n’est pas une dérogation que nous demandons, mais une exception culturelle qui rend à la Culture son caractère unique. Les mesures de sécurité ne doivent pas faire disparaître la confiance du public comme celle des acteurs de la Culture, qui accompagnait avec enthousiasme la reprise d’activité tant désirée par tous ! » 

On parle souvent du spectacle « vivant » mais bientôt on risque fort de parler de spectacle mort. Toute l’équipe  du Théâtre du Blog continuera, le moins mal qu’elle pourra, à vous rendre compte de l’actualité théâtrale. A Paris comme en province. Et nous vous appelons à la résistance pour que ne meurt pas à petit feu le théâtre français… « Nous résistons dit Marion Coutris, codirectrice du Théâtre des Calanques à Marseille et ce sont les artistes et les équipes permanentes qui l’ont choisi. Nous préférons que nos portes soient ouvertes, que nos spectacles se jouent, que nos répétitions se poursuivent, que nos spectateurs viennent s’immerger à nouveau à la source des écritures et des formes, plutôt que de recevoir les compensations financières d’une fermeture, qui signifierait l’ajournement de nos projets de création 2021. Le théâtre existe par la magie de l’instant, dans l’ici et maintenant de la rencontre entre objet artistique et œil du spectateur. » Bien pensé et bien dit…

Philippe du Vignal

www.spectacle-snes.org

Croquis de voyage #2 par les élèves de l’École du Nord de Lille

Ecole du Nord - Départ voyage - 28-08-20 - © Simon Gosselin-11

© Simon Gosselin

Croquis de voyage #2 par les élèves de l’École du Nord de Lille

Les voyages, dit-on, forment la jeunesse. Maxime confirmée par les premiers Croquis de voyage vus à l’automne 2017 (voir Le Théâtre du Blog). On se souvient encore, parmi d’autres, de la prose de Mathias Zachar descendu en train, en bateau, en stop, de la source à l’embouchure du Danube… Des expériences inoubliables aux dires des anciens élèves venus voir les travaux de la sixième promotion.

« C’est peut-être cela, le pari du voyage? disait François Maspero. Au-delà des émerveillements ou des angoisses de l’inconnu, retrouver le sentiment d’être de la même famille. Parfois ça rate. Parfois même, ça tourne mal. Mais le pari vaut d’être fait, non ?» Marquée par les récits de l’écrivain-voyageur, Balkan-Transit ou Les passagers du Roissy-Express, Cécile Garcia Fogel actrice et enseignante à l’Ecole du Nord avait proposé aux élèves de la promotion 5 ( 2015-2018) de partir seuls sur les chemins de l’Europe.

 Pour cette deuxième édition, les règles étaient les mêmes : départ fin août de la gare de Lille, téléphone mobile et ordinateur débranchés pour une immersion totale dans l’inconnu. En poche, un petit pécule : de quoi manger, se loger et voyager pendant un mois. Chacun(e) a dû faire, en fonction de sa destination, un budget prévisionnel et s’y tenir. Cette fois, la plupart des jeunes est restée à l’intérieur de l’Hexagone. Moins exotique peut-être mais fructueux en rencontres, comme en témoignent les petites formes présentées à la maison Folie Moulins.

 En amont, Jean-Pierre Thibaudat, homme de théâtre et grand voyageur, parrain de l’expédition, les a aidés à affiner leurs objectifs, puis, au retour, à peaufiner leurs pièces. Il dit être très peu intervenu, si ce n’est : « raccourcir un texte, supprimer des passages superflus, resserrer les boulons, c’est tout. Et pour certains c’était déjà bouclé.»  Pour la mise en scène, Cécile Garcia-Fogel, qui connaît bien ses élèves et leurs projets, a été un précieux œil extérieur : «Je les ai aidés à préciser leurs intentions de départ. A circonscrire leur sujet, en évitant les généralités. A rechercher des choses moins sexy mais plus vraies. Au retour, je leur ai donné quelques conseils pour leurs textes et leurs réalisations, sans jamais rien leur imposer. » Reste qu’après un mois de solitude absolue, écrire, répéter et présenter son Croquis de voyage, en dix jours a été, pour ces dix-huit jeunes, un pari  difficile mais largement gagné.

L’ancienne brasserie en briques rouges est en effervescence. De la cour aux Petits et Grands Germoirs et à la Petite Cuve, par des escaliers métalliques, le public est invité au voyage…D’une salle à l’autre, il faut garder ses distances et s’asseoir loin les uns des autres. Jauge réduite oblige, chaque pièce a dû être jouée de quatre à six fois…  Soit un marathon de trois jours.

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Pierre-Thomas Jourdan © Simon Gosselin-

« En route, le mieux c’est de se perdre, lorsqu’on s’égare, les projets font place aux surprises, et c’est alors, mais alors seulement, que le voyage commence », écrivait Nicolas Bouvier. C’est vrai pour Et tu ne diras rien de Pierre-Thomas Jourdan. Parti à la rencontre de marins au long cours, le comédien s’arrête dans la maison d’un vieil homme en fin de vie. Impressionné par le personnage et la situation, il écrit une partition remarquable. En scène, il incarne sobrement un vieillard attablé qui ressasse ses souvenirs, devant un frère de dix ans son ainé qui lui sert la soupe « avec lenteur », en silence. Le cadet commente méticuleusement, avec force précision, la photo des noces d’or d’une tante, le 16 mai 1994, sur laquelle figure ses parents, son frère, et lui enfant : « Josiane notre tante au centre de la photo et moi toujours habillé de cette veste verte et de ce sourire déjà malade… » Le frère encaisse, muet les rabâchages et les sarcasmes du moribond… La vie de ce des deux êtres, en attente de la mort, semble s’être figée dans ce monologue glaçant.

Croquis de voyage #2 par les élèves de l’École du Nord de Lille dans actualites suzanne-de-baecque-simon-gosselin-300x200

Suzanne de Baecque © Simon Gosselin

 Suzanne de Baecque, avec Cluster, opère une plongée dans les coulisses du concours Miss Poitou-Charentes. Elle s’y est elle-même présentée, et a vécu la violence de cette course à l’écharpe. Elle est ainsi entrée en contact avec plusieurs aspirantes : des filles très seules mais qui se sont confiées à elle. Devant nous, Suzanne devient Laureline, au mot près : une langue d’aujourd’hui, de là-bas, vitaminée au globish : «Je suis pas une fille de groupe, tu vois. Mais, meuf, la vie elle est courte, alors, profite ! …Go, go, go !… » La comédienne a su trouver la bonne distance pour faire exister, sans la caricaturer, cette jeune femme très « girly », fan des séries Gossip Girl et Pretty Little Liars… Une prestation émouvante qui donne voix à l’une de ces personnes qu’on n’entend jamais, confinées dans ces « territoires perdus de la République » pour citer le titre du livre d’Emmanuel Brenner.

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Oscar Lesage © Simon Gosselin

Oscar Lesage, avec Dear Nanni, raconte l’histoire d’une obsession : rencontrer le cinéaste Nanni Moretti pour lui dédier une chanson de sa composition. Il est à Rome, à Venise… Il bombarde le réalisateur de mails, rencontre des personnes influentes qui peuvent le mettre en relation avec lui, soudoie Pietro Moretti, le fils de son idole… Micro en main, il nous donne un aperçu de son talent de parolier et chanteur ; il a aussi un don pour passer du français à l’anglais et à l’italien… L’acharnement finit par payer : il rencontrera Nanni Moretti et nous aurons bien ri de son voyage…

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Antoine Heuillet © Simon Gosselin

Tout aussi rocambolesque : L’Exil d’Hortensius d’Antoine Heuillet. Le pédant Hortensius quitte les pages de La Seconde Surprise de l’amour de Marivaux et débarque dans la Creuse en août 2020. « J’ai  cent-quatre-vingt seize ans et je suis perdu dans ce monde qui n’est pas le mien. » dit-il;  en habit d’époque, il cite Sénèque en toute occasion. Il aura tôt fait d’entrer en contact avec une famille de chasseurs qui l’entraînent à tuer un sanglier « Mon index avait décidé de faire de moi un meurtrier ». Repéré par des journalistes, il alimente la chronique de La Montagne et le voici promu citoyen d’honneur de la ville de Guéret… L’acteur a en quelque sorte trouvé la vérité de son personnage dans l’imprévu.

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Louis Albertisi © Simon Gosselin

Louis Albertosi avec Veiller sur le sommeil des villes, marche sur les traces de l’ange Daniel dans Les Ailes du désir de Wim Wenders. Il parcourt des cités « à demi-mortes, dépeuplées »  de Calais à Dunkerque en passant par Saint-Omer, fait une brillante chronique de « ces cités palimpsestes grands territoires qu’on déconstruit et sur les ruines desquels on reconstruit.  » Entre polémique et mélancolie, il s’en prend aux jeux de mots foireux en « hair » aux enseignes d’improbables salons de coiffures. Pour connaître sa ville, dit-il, il faudrait « inventer la vie des détritus que l’on croise »… Il fustige aussi les mesures sanitaires, comme les gestes barrière :  «  Sauver l’humanité c’est s’en tenir à l’écart ! » Annuler la fête de l’andouillette d’Arras, est pour lui le symbole de ces liens qu’on coupe entre nous… Il y a du mensonge :  cette apparence de reprise n’est qu’une  parodie et il conclut: « J’espère que cette parodie n’était qu’une hibernation et j’attends notre printemps sauveur. » Un périple en forme de prophétie où Daniel, l’ange de la communication, devient une sorte de lanceur d’alerte…

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Adele Choubard © Simon Gosselin

Sept jours d’Adèle Choubard résume, en sept temps, son ascension quotidienne d’un terril à Loos-en-Gohelle le plus haut d’Europe. Vingt-six fois, Adèle a gravi les cent-quatre-vingt six mètres de ce monticule qui marque le paysage de son enfance. Et de jour en jour, lui revient l’image de son père, récemment disparu  et les glaces qu’elle partageait avec lui au bord de la mer du Nord. Avec humour et tendresse, elle dédie son exploit sportif aux hommes du plat pays chanté par Jacques Brel, qui, grâce à leur dur labeur, ont édifié de leurs mains cette colline de terre noire. Un émouvant hommage…

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Rebecca Tetens © Simon Gosselin

 Avec Confessions au silence, Rebecca Tetens raconte sa quête du silence sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle. Mais le bruit est partout, à commencer par ses pas qui martèlent lourdement la scène. «Quand je suis avec ta cousine, la solitude, j’ai l’impression de te trouver un peu, silence », dit-elle. Pourtant, elle prend plaisir à écouter d’autres marcheurs et à faire un bout de route avec eux. Et quand ils se quittent et que son équipée prend fin, elle éprouve peut-être ce silence inaccessible et qu’elle ne cherchait plus…

Mathilde Auneveux a installé sa voiture dans la cour de la Folie-Moulins. Entre deux croquis, elle propose aux spectateurs des intermèdes musicaux. Perchée sur le capot, elle chante des titres de sa composition. Des romances piquantes ou un slam aux paroles douces-amères : « And if you want my soul/Ask for it, I’ll send it by mail ». Un style affirmé et une voix prometteuse. Si l’on entre dans la voiture qui l’a amenée d’un point à un autre du territoire, on trouve pêle-mêle les traces de son  voyage : interviews, lettres, musiques… 

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Paola Valentin © Simon Gosselin

 Dans le même esprit, le croquis de voyage de Paola Valentin se décline en une installation : bric-à-brac de photos, enregistrements audio, dessins et messages gribouillés, qu’elle a amassés en traversant les villages dans un camion aménagé pour le camping. Elle expose ainsi les portraits de Georges, Marie, Damien et les autres : rencontres éphémères mais qui  lui ont confié leurs histoires et leurs souvenirs…

Devant quitter la maison Folie-Moulins à mi-parcours, nous n’aurons pas vu les travaux de Maxime Crescini, Orlène Dabadie, Simon Decobert Joachim Fossi, Nicolas Girard Micheletti, Solène Petit, Constance de Saint-Rémy, Noham Selcer, Nine d’Urse… Mais la plupart des croquis que nous avons découverts, ont un point commun : la rencontre souvent intime avec d’autres mondes, aux périphéries de l’Hexagone, aux confins de « l’Archipel français » selon les mots de Jérôme Fourquet. Les habitants de ces territoires ruraux ou périurbains constituent 60 % de la population mais restent sous-représentés dans la sphère publique… Laureline dit dans Cluster : « Quand t’es Miss, t’as beaucoup de voix ». C’est pour sortir de l’anonymat et mettre sa voix au service d’une cause, qu’elle espère remporter le concours…

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Mathilde Auneveux © Simon Gosselin

Avec l’aide du scénographe Christos Konstantellos, les jeunes artistes ont donné corps et vie à ces voix. Chacun(e) à sa manière et selon sa personnalité a su traduire en théâtre son expérience personnelle. Et certaines de ces formes brèves pourraient aboutir à un spectacle…

Pour Christophe Rauck, directeur de l’École et du Théâtre du Nord qu’il va bientôt quitter pour le Centre Dramatique National de Nanterre-Amandiers, cette démarche fait partie de l’apprentissage du théâtre : «Imposer dans ce cursus un voyage en troisième année, ce n’est pas de l’exotisme. Le voyage, c’est difficile. Ça demande du courage, une certaine connaissance de soi, de l’inventivité, une curiosité. Ce n’est pas fuir, c’est tirer une ligne de fuite pour regarder autrement »

 

En attendant, le nouveau directeur ou la nouvelle directrice recrutera en mars prochain la septième promotion, soit douze élèves-comédiens et quatre élèves-auteurs. Inscriptions au concours: du 2 novembre au 14 février.

Mireille Davidovici

Présentation publique des travaux d’élèves du 9 au 11 octobre, à la maison Folie Moulins, Lille (Nord).
Prochaines présentations: les 20 et 21 novembre avec Toujours la Tempête de Peter Handke, mise en scène d’Alain Françon.

 En janvier : tournée régionale de Marivaux en balade

 Ecole du Nord, adresse provisoire : 7  rue du Sec Arembault, Lille (Nord).  T. 03 20 00 72 64

 

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