L’invention du théâtre public

L’invention du théâtre public
du Vieux-Colombier à la Comédie de Saint-Étienne
La scène natale, Le public a bien joué ce soir, Jean Dasté, et après ?
Trois pièces pour raconter par Évelyne Loew et François Rancillac

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Le théâtre public français, subventionné, décentralisé, un luxe que de nombreux pays nous envient, un acquis qui va de soi aujourd’hui au point qu’on a oublié son histoire. Les jeunes comédiens ignorent souvent l’histoire du théâtre public, secteur dans lequel ils travaillent pour la plupart.
Les parcours des auteurs de l’invention du théâtre public du Vieux-Colombier à la Comédie de Saint-Étienne, héritiers de cette histoire, sont profondément ancrés dans la décentralisation : Évelyne Loew rejoint en 1977 le Théâtre du Campagnol de Jean-Claude Penchenat et François Rancillac fait ses armes au Théâtre du Peuple à Bussang, avant de codiriger avec Jean-Claude Berutti la Comédie de Saint-Étienne.
L’enjeu de leur livre était de transmettre, en passant par la forme dramatique et en convoquant sur scène les pionniers du théâtre public et de la décentralisation, de raconter l’épopée de leur combat, leur utopie d’un théâtre d’art populaire qui a transformé radicalement en France l’art théâtral, son rapport au public et à la société. Ils proposent une approche non pas d’écrivains ou d’historiens mais de praticiens du théâtre ayant l’expérience du sujet, qui restitue non pas des figures abstraites, mais des humains à la fois exceptionnels et fragiles, intransigeants et hésitants, montrés dans le quotidien de leurs combats, dans les rapports de travail parfois conflictuels.
Trois pièces, au départ indépendantes, qui retraçant les trois épisodes fondateurs du théâtre public depuis Copeau et le Vieux-Colombier de 1911 à Jean Dasté et au TNP de Jean Vilar disparu en 1971, forment un continuum.
La scène natale d’Évelyne Loew, écrite pour les Rencontres Jacques Copeau à Pernand Vergelesses, met en scène l’aventure de Cocteau et ses filiations avec Dullin et Jouvet dont les pratiques étaient des écoles irremplaçables.
Dans Le public a bien joué ce soir,  Évelyne Loew convoque en scène autour de Copeau, ses proches collaborateurs et acteurs essentiels de la gestation d’un théâtre décentralisé : Agnès Copeau, Léon Chancerel, Jean Dasté, Marie Hélène Copeau, Marguerite Cavadaski, Madeleine Gauthier, Jean Villard-Gilles.
Dans Jean Dasté, et après ?,  écrite en 2004 , pour le centième anniversaire de la naissance de Jean Dasté, François Rancillac s’attache à dégager de l’intérieur les valeurs éthiques, artistiques et politiques qui ont fondé le CDN de Saint-Étienne et à évaluer sans nostalgie cet héritage, ce qui en reste et ce qu’on en a perdu en cours de route.
Un débat autour du projet et de la démarche de Jean Dasté où se confrontent, entre autres,  des expériences, des témoignages, les points de vue d’Edmond Michelet, Ministre de la Culture de l’époque, de Roger Planchon, de Louis Jouvet, de Jean Vilar, de Pascal Ory…Que fait-on aujourd’hui de cet héritage ? Jean Dasté, et après ? est une tentative « pour répondre à ce malaise ambiant, mon propre malaise de directeur de théâtre », explique François Rancillac. Écrites à partir d’enquêtes, de documents d’archives, de correspondances, de témoignages, ces trois pièces qui tiennent de la fiction documentaire, offrent une vision infiniment plus sensible et plus profonde , que ne pourraient le faire un essai historique. Ces visionnaires ont été les  constructeurs d’un théâtre exigeant et populaire qui forme les spectateurs en dialoguant avec eux.  Les auteurs du livre interrogent le théâtre public d’aujourd’hui qui, menacé par les impératifs du marché, se laisse tenter par les compromis, en  oubliant souvent ses enjeux fondamentaux.

Une préface de Catherine Dasté et un entretien avec Évelyne Loew et François Rancillac introduisent cette traversée des démarches exemplaires  pour fabriquer le théâtre de demain. Des cahiers de photos et une postface de Christophe Allwright complètent cet ouvrage.

Irène Sadowska Guillon

L’invention du théâtre public
du Vieux-Colombier à la Comédie de Saint-Étienne
Trois pièces pour raconter d’Évelyne Loew et François Rancillac
Éditions de l’Amandier, Paris, 2009, 236 pages, 18 €


Archives pour la catégorie analyse de livre

Le théâtre de rue, Un théâtre de l’échange, Textes réunis par Marcel Freydefont et Charlotte Granger

Quelque 300 pages, donc une somme retraçant à la fois l’histoire du théâtre de rue en France avec une partie d’entretiens souvent passionnants ( Michel Crespin, le fondateur du Festival d’Aurillac qui a déjà vingt deux ans), Jean-Marie Songy qui a succédé à Crespin  et retrace avec beaucoup de lucidité l’évolution de l’histoire du théâtre de rue, en particulier sous l’influence aussi discrète qu’efficace de Jean Digne. Il met notamment en garde les jeunes compagnies qui, dit-il, doivent penser à être avant tout à être pertinentes dans le fond et dans la forme, et surtout à ne pas s’empêtrer dans l’héritage. Et on le sent un peu inquiet contre  une certaine institutionnalisation…. Au risque de le décevoir, comment ne pas voir que, malgré une fraîcheur certaine, Aurillac est déjà devenu, dans un tout autre style, le cousin du Festival d’Avignon, et en a vite reproduit les structures, avec un off qui aurait accueilli cette année quelque 400 compagnies; le Festival possède maintenant des lieux fermés comme des chapiteaux et s’est développé, mais plutôt dans le bon sens; heureusement, la ville n’a pas les possibilités d’accueillir un festival plus de quelques jours, ce qui le met à l’abri de propositions culturelles plus classiques et d’une inévitable main mise de l’Etat, puisqu’il y faudrait beaucoup d’argent.   Il y a aussi un bon entretien de Freydefont avec Jean-Luc Courcoult, le metteur en scène du déjà presque légendaire Royal de Luxe qu’il a créé avec Didier Gallot-Lavallée et Véronique Loève, qui s’est baladé un partout dans le monde entier depuis les années 8O. ( Je me souviens de lui avoir donné des vêtements de 1900 pour un de leurs premiers spectacles).
  Dans une deuxième partie,Marcel Freydefont a rassemblé  nombre de témoignages  qui permettent de se faire une idée plus juste ce de ce qu’on appelle le théâtre de rue,  notamment à l’étranger avec un bon historique du Festival d’Aurillac par Charlotte Granger,  deux articles sur le théâtre de rue en Allemagne, en Belgique,  ou au Mali par Adama Traori. A retenir également , en fin de volume, une réflexion très riche, à la fois sociologique et esthétique d’Emmanuel Wallon qui rappelle avec raison que, si le monde a changé, les outils de discernement entre l’idée et ses imitations, la distinction entre des degrés de vraisemblance,des nivaux d’interprétation, des plans de représentation, tout cela n’a guère bougé depuis Platon et Aristote. Et les créateurs de théâtre de rue ne peuvent faire l’économie de ce genre de réflexion.Si le théâtre de l’Unité, dirigé par Jacques Livchine et Hervée de Lafond a eu un parcours aussi exemplaire, en particulier dans le théâtre de rue, c’est bien que toutes leurs créations ont fait l’objet d’une dramaturgie préalable très poussée.
  Bref, on l’aura compris: ce numéro de la revue Etudes Théâtrales de Louvain-la-Neuve restera pendant encore de longues années un ensemble de réflexion incontournable; c’est un peu cher: 27 euros ,mais cela vaut largement le coup.

Philippe du Vignal

 

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