Paysage parlé de Valère Novarina et Olivier Dubouchez.
Paysage parlé de Valère Novarina et Olivier Dubouchez.
Les exigences de l’actualité, comme on dit, n’avaient pas permis de vous rendre compte d’un formidable et tout à fait passionnant petit livre, une série d’entretiens entre Olivier Dubouchez, philosophe, et l’écrivain/peintre Valère Novarina qui ont eu lieu sur deux années : 2009 et 2010 dans différents lieux: Lausanne, donc en Suisse, où l’auteur est né il y a quelque soixante cinq ans; Debrecen, où il était allé pour mettre en scène la traduction hongroise de sa pièce L’Opérette imaginaire; Champigny-sur-Marne, où se trouve un entrepôt de décors, Varallo, une petite ville du Piémont , dotée d’un Sacro Monte avec de très belles chapelles,où il a retrouvé Irma Novarina, une petite-fille de son arrière-grand-oncle, mais aussi Paris où Novarina travaille et Trécoux, où il séjourne souvent son chalet dans la Savoie de son enfance, Paris où Novarina écrit et peint dans ce qu’il appelle son atelier, avec sa façon bien à lui de disposer le manuscrit d’une pièce sur un mur, comme pour mieux parvenir à repérer les failles d’un texte auxquelles il lui faudra remédier avant publication et/ou mise en scène. Il parle de façon précise et juste du rapport qu’il entretient à l’écriture, surtout depuis que l’ordinateur est apparu dans sa vie. Occasion pour nous de rappeler que le mot a été proposé à IBM en 55 -eh! oui, il y a déjà 56 ans-par Jacques Perret, philologue spécialiste de Virgile et de Saint-Augustin, l’un de nos anciens et meilleurs profs de Sorbonne.
Novarina parle entre autres de cet étonnant chapitre de La Chair de l’homme paru en 95, une volée de 1.654 noms propres du Chablais, une sorte de mémorial quasi -ethnologique de ce coin de Savoie cher à Novarina, constitué de noms de personnes qui se bousculent aux portes de la mémoire de ceux qui les ont connu ou pas du tout. Dans le second entretien, Novarina parle de l’ art brut dont Lausanne est devenue comme une sorte de capitale grâce au musée où sont exposés, entre autres, les fameux dessins d’Aloïse; il a parle de sa fascination pour la peinture qui, au fil des ans, est devenu, avec l’aide de son scénographe et complice Philippe Marioge, un élément de plus en plus essentiel de ses spectacles.
C’est même sans doute et sauf erreur, le seul dramaturge français qui ait ancré son langage à un système pictural qu’il a entrepris de réaliser avec obstination depuis 86, et toujours avec plus de justesse et de vérité, comme on a pu le voir avec Le vrai Sang cette année à l’Odéon.
Il y a aussi un chapitre tout à fait exemplaire des réflexions que peut avoir un écrivain de théâtre par ailleurs metteur en scène, quand il s’agit d’expliquer les nuances de son texte à des comédiens hongrois (ce pourrait être aussi des comédiens français- souvent plus soucieux d’avoir des indications nettes et précises quant à leur personnage, alors qu’il ne voit pas les choses de cette façon-là: « Le travail, dit-il, porte toujours sur une architecture de rythmes. le sens est une architecture de rythmes, un jeu de force ». mais il ajoute aussi avec beaucoup d’humilité que « c’est toujours au metteur en scène de se faire mieux comprendre sur ses intentions ». Il rappelle aussi que sa première préoccupation est surtout que l’acteur reste bien nacré mais à son insu sur la construction de la pièce, et insiste aussi sur le fait que le spectacle est aussi et surtout pour lui l’artfe la mort, le drame d’un organisme va disparaître, avec tous ceux qui ont contribué de près ou de loin à une création: techniciens, acteurs, scénographe, éclairagistes, créateurs de costume. Mais c’est aussi bien entendu dans cette fragilité que réside toute la valeur d’un spectacle théâtral: on sait tout cela, bien entendu, mais on en prend encore plus conscience quand c’est dit, et bien dit, par un orfèvre du langage comme Valère Novarina.
On se balade aussi dans l’entrepôt où sont stockés les décors, « sédimentation de dix ans de spectacle », où l’on trouve aussi des choses comme un caillou, la vieille Mobylette qui avait appartenu autrefois à Novarina et qui a figuré dans plusieurs de ses spectacles. Novarina est visiblement fasciné par l’objet, quel qu’il soit, quand il est mis en situation: « Le moindre objet sur scène, tire tout vers lui, focalise la pensée, matérialise l’attention ». Avec, bien entendu, une relation très forte au langage… Il évoque aussi la mémoire de son ami Daniel Znyk, merveilleux acteur de quelque six de ses pièces dont L’Opérette imaginaire mise en scène par Claude Buchwald, et brutalement disparu il y a cinq ans. Novarina parle aussi avec beaucoup de clairvoyance de la répétition , en particulier dans L’Art de la fugue de J.S. Bach mais aussi dans son travail d’écrivain.
Au total, en quelque 174 pages illustrées de très belles photos, notamment d’un masque de Daniel Znik, une somme de réflexions sur l’écriture, la mise en scène mais aussi sur le parcours d’une vie d’écrivain; jamais de grands phrases tonitruantes mais comme une conversation personnelle que l’on aurait avec lui sur un chemin de campagne où il dit, sans avoir l’air d’y toucher, bien des choses essentielles sur l’écriture, le langage et le théâtre contemporain.
Philippe du Vignal
Editions de la Transparence 25 euros.








Dans la collection Univers de la danse, Sarah Nouveau, danseuse contemporaine et enseignante à Lille-III, à partir d’un mémoire qu’elle avait réalisé au Centre d’études chorégraphiques d’Aubagne, entreprend de retracer l’itinéraire de la célèbre danseuse qui s’est fait connaître surtout par ses solos des années 20 jusqu’en 42, année à partir de laquelle elle se consacrera à des chorégraphies, à des mises en scènes d’opéra et à l’enseignement.
Il faut saluer la publication de ce remarquable numéro que le rédacteur en chef préface sur l’intermittence de la pensée avec trois articles lumineux de Jean Jourdheuil, un dossier sur le collectif F 71 et un texte fulgurant de Raharimanana. éclairés par deux beaux Portfolios de Gilles Aillaud et de Titina Maselli.
Dans la collection Les Voix de l’acteur dirigée par Patrick Pezin, est paru récemment cet important volume, avec de très nombreuses photos. Dans sa préface, Guy Freixe pose bien mais à sa manière : « les utopies », les enjeux qui pèsent sur le masque, disons depuis une cinquantaine d’années: « Pourquoi le masque est-il si peu présent à la scène? Pourquoi devant les exigences du texte, recule-t-il si souvent pour laisser place, le plus souvent , au simple maquillage, pourquoi(…) ne les ai-je que si peu utilisés dans mon propre travail de metteur en scène? »
La Gwerz, une complainte sur le malheur des femmes soumises, abusées, trahies, violées mais rebelles encore. On savait que Françoise Morvan, chercheuse de talent, traductrice et femme de théâtre, frayait naturellement avec le russe de Tchekhov comme avec la langue irlandaise de Synge. On savait qu’André Markowicz, son complice traducteur et homme de théâtre, n’était pas en reste pour l’œuvre de Dostoïevski, de Gogol, de Pouchkine et de Shakespeare. Mais on ne savait pas encore qu’ils aimaient à réunir et à traduire les Gwerz, d’Anciennes Complaintes de Bretagne, ouvrage précieux publié aux Éditions Ouest-France dont le breton est revu par Marthe Vassallo.
Mats Ek, Photos de Lesley Leslie-Spinks, textes de Margareta Sörenson.
Qui connaît encore aujourd’hui ce célèbre acteur ? Il y a bien une petite rue Talma près du métro Muette dans le seizième arrondissement de Paris, et le musée de Brunoy (91) a un salle consacrée au spectacle de 1750 à 1850, et donc en partie à Talma qui avait un résidence secondaire à Brunoy, encore à l’époque un petit village.
Dans la collection Bouquins est paru récemment un gros volume qui regroupe d’abord une remarquable introduction de Catherine Fuchon-Toussaint où elle rappelle que que nous ne connaissons en France qu’une vingtaine des quelque cent pièces du célèbre auteur-dont beaucoup en un acte- qui a aussi écrit cinquante nouvelles, et deux romans , Le Printemps romain de Mrs Stone et Une femme nommée Moïse , et enfin de nombreux poèmes…
Il y a aussi une pièce Les Carnets de Trigorine, inspirée de La Mouette de Tchekov que Williams admirait tant mais qui, à vrai dire, nous laisse un peu sur notre faim, même si l’on y retrouve ses dons exceptionnels de dialoguiste. Mais aussi Une Femme nommée Moïse, un roman écrit à la fin de sa vie en 75 qui reçut un accueil assez froid, roman où il traite de l’homosexualité, à un moment où il n’avait plus guère de succès au théâtre et où les deuils de proches se succédaient.