BRÛLER SA MAISON

BRÛLER SA MAISON d’Eugenio Barba. 

  En exergue, un poème d’Alexandre Blok souvent cité par Barba :

“Sur la route boueuse et noire
Le brouillard ne se lève pas
Un chariot grinçant transporte
Ma roulotte délavée, mon théâtre.
Brûler sa maison, est le cinquième volume consacré à l’étonnant parcours d’Eugenio Barba, à la tête de l’Odin Teatret depuis 1964, par Patrick Pezin, directeur de la collection Les voies de l’acteur. Pour ceux qui comme moi, ont eu la chance de le découvrir avec La maison du père au Théâtre de la Cité Internationale en 1971 *, puis de l’accueillir au Théâtre Paul Éluard de Choisy-le-Roi avec Cendres de Brecht en 1982, au Théâtre 71 de Malakoff en 1985 avec l’I.S.T.A., symposium international d’anthropologie théâtrale, enfin avec Talabot en 1989, c’est le témoignage passionnant d’un artiste d’une stature exceptionnelle qui a marqué son siècle à la tête du Tiers théâtre.
Eugenio Barba retrace l’épopée de l’Odin Teatret en onze chapitres très personnels sur son théâtre fondé en Norvège, puis installé à Holstebro, petite ville du Jutland danois avec ses “camarades” dont certains le suivent depuis 45 ans,” un théâtre hors normes”. “Souvent, dit-il, à l’origine d’un chemin menant à la création, il y a une blessure (…) cette blessure m’a poussé à rester proche du garçon que je fus et dont le temps m’a éloigné en me jetant dans un monde en mutation”…
Dans ces onze chapitres retraçant l’entrainement quotidien de la troupe, dès l’aube pendant toutes ces années, on peut découvrir les chemins tortueux empruntés par un chercheur acharné pour créer plus d’une vingtaine de spectacles souvent nés au terme de plusieurs années de travail, au sein du Laboratoire international du jeu de l’acteur. La maison du père, Cendres de Brecht, Come and the day will be ours, Talabot, Kaosmos, l’Évangile d’Oxyrhincus, Andersen’s dream… entre autres, ont été joués à travers le monde,  et certains ont eu les honneurs du Festival d’Automne des grandes heures, mais aucune institution ne l’a accueilli en France depuis vingt ans!
Seule Ariane Mnouchkine lui a ouvert les portes du Théâtre du Soleil voilà quatre ans . Eugenio Barba a réussi à se servir du théâtre “comme un cheval de Troie que les habitants accueilleraient en abattant leurs remparts”…  Comme Grotowski dont il avait  été l’assistant en Pologne avant de fonder l’Odin, il joue pour une élite de la sensibilité. “Je dialoguais avec des vivants qui m’étaient étrangers et avec les morts que j’aimais”…Ce parcours artistique d’un d’athlète voyageur mêle des témoignages personnels bouleversants sur son enfance et sa jeunesse à une recherche incessante et généreuse toujours vivante.
Dans sa dernière lettre à Nando Taviani, ami et conseiller de l’Odin, Eugenio Barba évoque “les maîtres fous du théâtre du XXe siècle (qui) restèrent tous près de leur origine en utilisant l’art de la fiction”. Eugenio Barba nous aide à vivre dans cette quête de son origine. Edith Rappoport

Editions de l’Entretemps Les voies de l’acteur, 278 pages www.entretemps.org


*  A l’invitation d’André-Louis Perinetti, directeur du Théâtre de la Cité internationale.


Archives pour la catégorie analyse de livre

Tennessee Williams Théâtre, romans, mémoires

Tennessee Williams Théâtre, romans mémoires, édition établie et présentée par Catherine Fruchon-Toussaint, nouvelles versions théâtrales de Pierre Laville.

theatreromanmemoires.jpg Dans la collection Bouquins est paru récemment un gros volume qui regroupe d’abord une remarquable introduction de Catherine Fuchon-Toussaint où elle rappelle que  que nous ne connaissons en France qu’une vingtaine  des quelque cent pièces du célèbre auteur-dont beaucoup en un acte- qui a aussi écrit cinquante  nouvelles, et deux romans ,  Le Printemps romain de Mrs Stone et Une femme nommée Moïse , et enfin de nombreux poèmes…
Ce qui frappe,  quand on lit la biographie de Tennessee Williams qui suit cette introduction, c’est la force de travail de cet écrivain, né en 1911, qui débuta comme ouvrier dans une usine de chaussures, et qui, épuisé, tomba dans une profonde dépression . Accueilli par ses grands-parents, il se refit une santé chez eux  à Memphis, tout en lisant Tchekov qui l’influença grandement par la suite ,puis commença à écrire des pièces.Ce qui frappe aussi , c’est son insatiable curiosité et son irrésistible envie de voyages aux Etats-Unis comme en Europe où seront vite connues , comme  en France La Ménagerie de verre montée juste un an après sa création en 45 à New York. Même destin pour son fabuleux chef d’œuvre Un Tramway nommé Désir mis en scène par Raymond Rouleau en 49 à Paris, dans une traduction de Jean Cocteau avec  Arletty et Daniel Ivernel…

 Il y a donc dans ce volume , précédées pour chacune par une introduction précise de Catherine Fruchon-Toussaint, la « nouvelle version théâtrale » de Pierre Laville pour La Ménagerie de verre, Un Tramway nommé DésirUne chatte sur un toit brûlant et La Nuit de l’Iguane. Il y a de singulières différences avec, par exemple, la traduction de Marcel Duhamel pour la première ou pour la seconde  dûe à André Obey, notamment pour les didascalies , voire pour une tirade qui n’est pas dans cette première version. Comme l’œuvre de T. Williams a subi au théâtre puis  au cinéma, de nombreuses modifications,il n’y a peut-être rien d’étonnant… Il faudra vérifier.
tennesseewilliams.jpgIl y a aussi une pièce Les Carnets de Trigorine, inspirée de La Mouette de Tchekov que Williams admirait tant mais qui, à vrai dire, nous laisse un peu sur notre faim, même si l’on y retrouve ses dons exceptionnels de dialoguiste. Mais aussi Une Femme nommée Moïse, un  roman écrit à la fin  de sa vie en 75 qui reçut un accueil assez froid, roman  où il traite de l’homosexualité, à un moment où il n’avait plus guère de succès au théâtre et où  les deuils de proches se succédaient.
Il y a une chose frappante dans cette œuvre, c’est la fascination des rencontres que fait sans cesse T. Williams, qui avait le plus grand mal à rester seul. Mais il y a un peu de tout dans ce roman: à la fois, le désir de trouver une nouvelle forme d’écriture; l’on trouve à la fois des personnages réels et d’autres , tout aussi crédibles mais de pure fiction.

Et  enfin un véritable régal, ce sont ses Mémoires écrits peu après ce roman , et cette autobiographie est tout à fait passionnante; on y découvre un T. Williams, célèbre, couvert de gloire, qui  raconte sa vie sentimentale et sexuelle, en termes les plus crus, sans omettre aucun détail, comme s’il voulait bien insister, alors qu’il n’a plus rien à perdre, sur le fait qu’il a toujours été homosexuel à une époque où cela n’avait rien d’évident dans une Amérique très puritaine. Il raconte aussi cette passion des rencontres avec  une foule de gens et non des moindres , notamment la grande actrice que fut Edwige Feuillère qu’il couvre d’éloges, Kazan, Quintero ou Steinbeck… entre autres.
 L’écrivain est lucide et semble parfois très amer quant aux relations qu’il entretient avec ses semblables. Terriblement seul, même s’il a quelques amants de passage, il est alcoolique, accroché à ses médicaments comme à d’inutiles bouées de sauvetage, souvent en proie à de graves crises de dépression, et il prend conscience qu’il lui reste  seulment quelques années à vivre… Il reste obsédé par la maladie et la mort. Comme il l’avait répondu à un journaliste: « Les artistes meurent deux fois. pas seulement de leur mort physique mais de la mort de leur pouvoir créateur qui disparaît avec eux ».
Ces Mémoires furent écrites entre  72 à 75, et Williams mourra seul, en 82 à l’Elyseum Hotel de New York, nom prédestiné! Depuis son théâtre ne cesse d’être joué aux Etats-Unis, comme un peu partout dans le monde et en France (voir Le Théâtre du Blog).

 

Philippe du Vignal

 

Tennessee Williams,Théâtre, romans, mémoires est publié dans la collection Bouquins chez Robert Laffont; 1024 pages, 30 €.

Les Cordonniers

Les Cordonniers  de Tadeusz Kantor, ouvrage collectif édité en polonais et en français sous la direction de Karolina Czerska.

 

Comme le dit Kantor lui-même (1915-1990), Les Cordonniers de Witkiewciz est la cinquième des pièces  qu’il créa après  Le Retour d’Ulysse, La Poule d’eau, Les Mignons et les Guenons, Le Fou et la nonne).  Autant d’étapes successives  dans le développement de ses idées théâtrales depuis Cricot 2 qu’il avait fondé en 1955 à Cracovie.
Les Cordonniers , c’est à la fois une pièce politique  où Witkiewicz (qui était né en 1885 et qui s’est suicidé en 39 quand les troupes soviétiques envahirent son pays) mêle , dans un joyeux fourre-tout, opinions philosophiques, érotisme et cruauté. L’auteur poloniais qui fut aussi peintre, a construit toute une œuvre théâtrale (quelque trente pièces jamais jouées de son vivant) sans aucun préjugé artistique, et  Kantor s’en est servi plutôt qu’il ne l’a réellement mise en scène:  » Je ne joue pas Witkiewicz, je joue avec Wikiewicz », disait-t-il.

Kantor était déjà un peu connu en France où il était venu avec La Poule d’eau d’abord au Festival de Nancy en 71, puis la même année au Théâtre de Malakoff, invité par Guy Kayat qui le réinvitera en 1972, pour y  créer Les Cordonniers , avec ses acteurs  dont les frères jumeaux Janicki, sa femme Maria Stangret, et des comédiens français : Michelle Oppenot , Claude Merlin, Paule Annen.
Kantor avait quelque peu modifié le texte en ajoutant des personnages qui deviendront des figures caractéristiques de son théâtre comme un général, un évèque et un ministre.
Il trouvait  sa mise en scène excellente mais la vérité oblige à dire qu’elle  n’était pas de la qualité de celle de La Poule d’eau: manque de clarté, manque d’unité dans le jeu ,et pièce assez complexe.. Le spectacle avait donc été  fraîchement accueilli par les quelques  critiques qui avaient bien voulu se déplacer.
On était sorti assez déçu, surtout après le coup de tonnerre magistral qu’avait été La Poule d’eau qui rénovait complètement les principes théâtraux et se situait plutôt dans la lignée des happenings et performances en vigueur dans les milieux avant-gardistes parisiens, et surtout américains et et polonais.
Probablement, à cause d’une salle  mal et peu éclairée , où l’on n’entendait pas bien  les paroles des comédiens. Et Kantor n’avait pas son équipe habituelle, ce qui est toujours un handicap pour un metteur en scène; assez furieux devant ce semi-échec, il avait toujours pris soin d’ effacer ces Cordonniers  de la liste de ses créations…
 Le livre, publié à la fois en polonais et en français, qui a sans  doute représenté un gros travail, constitue cependant un bon témoignage de ce que pouvait être le théâtre de recherche de l’époque, avec le texte de la pièce, des articles de Leslaw et Waclaw Janicki, d’André Gintzburger, de Bertrand Poirot-Delpech, Claude Merlin. et une importante iconographie, dessins de Kantor et photos.Bref, toute une époque qui appartient déjà à l’histoire du théâtre contemporain. qui s’est construit aussi grâce des mises en scène pas totalement abouties comme celle-ci.
Vous pouvez voir ci-dessous un extrait d’un petit spectacle Où sont les neiges d’antan? qu’il avait présenté au centre Pompidou et où on entend les commentaires  de Kantor  avec sa belle voix rocailleuse  et dans un français parfait.

Philippe du Vignal

Cet ouvrage  a été édité par la Cricoteka de Cracovie,lieu de conservation  d’une richesse exceptionnelle, puisqu’il  rassemble tous  les éléments de décor, accessoires, et documents du Théâtre Cricot de Tadeusz Kantor….Il  fera l’objet d’une deuxième édition plus complète.

Image de prévisualisation YouTube

De l’une à l’autre

De l’une à l’autre, composer, apprendre et partager en mouvements, ouvrage collectif.

 img0002.jpgC’est en traduisant l’an dernier le livre de la danseuse et chorégraphe américaine, Anna Halprin:  Mowing toward Life , que, dit Baptiste Andrien dans la préface, nous avons découvert, , l’ouvrage de son mari,  The RSVP Cycles – Creatives Process in the Human Environnement  où il cherche à identifier une structure possible du processus créatif, pour les activités artistiques comme pour l’ensemble des activités humaines. En interrogeant artistes et chercheurs sur leur pratiquer du mouvement à différents stades de la création, se sont révélées trois axes essentiels à la réflexion et à la pratique de la danse: apprendre, composer et partager.  Il va sans dire que les études contenus dans ce gros volume débordent largement le strict territoire de la danse et les dispositifs de création que cherche à analyser d quelqu’un comme Lawrence Halprin, paysagiste écologiste et mari d’Anna Halprin,  quand il examine les liens étroits entre danse et théâtre, mettent l’accent non pas tellement sur le résultat mais davantage sur le déroulement. A travers quatre étapes fondamentales que sont  pour lui: Les Ressources, Les Structures ou Partitions, la Valuaction, mot valise qui désigne la dimension tournée vers l’action et la décision au sein du cycle, et P pour, en américain,  « performance », que l’on peut traduire par faire , mettre en œuvre.  Ce cycle R S V P en fait  semble constituer pour Lawrence Halprin, comme une sorte de méthodologie  individuelle mais il souligne que l’ordre de ces étapes  fonctionne  dans n’importe quel sens, et que cette méthodologie peut également être aussi collective. Le plus grave danger consiste selon lui à privilégier un but   qui devient alors un véritable piège et une approche simpliste, quelques soient la sophistication des moyens mis en œuvre… Lawrence Halprin met  ainsi en  lumière la démarche des Indiens Navajo avec  leurs peintures sur sable, avec chants et danses , rites archétypaux qui visent à guérir des troubles psychologiques et qui ont un lien incontestable avec le théâtre contemporain. un lien incontestable.
Lawrence Halprin accorde ainsi une place importante à tout ce qui est de l’ordre de la partition, que ce soit  la partition musicale très précise ou bien ouverte , la page de l’almanach chinois pour l’année à venir ou celle du calendrier de juin 1970  d’un agriculteur américain. L’aspect le plus important étant leur dimension exploratoire du travail artistique à venir. Il y a aussi dans ce même volume, une réflexion intéressante  du chorégraphe Steve Paxton sur la notion d’improvisation ; il rappelle , par exemple, que danser dans un bal est possible, parce que la perception du son devance de quatre millièmes de seconde la position  respective des membres, ce qui ouvre effectivement de singulières perspectives sur la manière dont notre cerveau à tous, relie les sens entre eux  et sur la coordination entre l’œil, la main et le corps dans un temps et un espace donné. Suit le texte fondamental Illustration ( 1923) de la célèbre méthode Alexander où l’auteur insiste sur les moyens adoptés pour développer une appréciation sensorielle nouvelle et fiable à partir de l’étude et de la compréhension des mouvements du corps.
Il y a aussi un important chapitre où Laurence Louppe, historienne de la danse, montre que la chorégraphie comme, dit-elle,  les grands arts du temps: musique, littérature, danse,  (elle oublie-les Dieux savent pourquoi-le théâtre! ) est en Occident le seule à garder un rapport avec la tradition orale, parce que, selon elle, la danse ne saurait recourir au signe , parce que son essence même est d’ignorer le détour. Mais elle rappelle que l’écriture chorégraphique n’a rien à voir avec la notation, du moins, en apparence et elle explique que la danse contemporaine, dans la quête d’un mouvement poétique absolu comme chez Trisha Brown et Mary Wigman par exemple, « correspond à une partition intérieure, mouvante et intime ». Le texte qui fait plusieurs fois référence à Dante et  au Chant XVIII du Paradis n’es pas toujours d’une lecture aisée mais , que ce soit sur la notion de création en danse et sur les méthodes de notation-Feuillet et surtout Laban- offre de singulières pistes de réflexion. Avec, en regard du texte, de magnifiques dessins de notations comme ceux  de John Weaver ( 1706) et de Rameau Le maître à danser (1725) qui semble préfigurer les Calligrammes de Guillaume Appolinaire.  Nous ne pouvons évidemment citer tout citer mais La Recherche intérieure , essai de méthodologie de notation de l’expérience d’improvisation  par Patricia Kuypers, où la chorégraphe belge   raconte comment dans ses carnets de notes , elle utilise l’auto-observation  non pas pour observer la forme extérieure du mouvement mais mais les sensations, les images et les sensations mentales, etc … qui le sous-tendent? Un des textes qui  est sans doute l’un des plus forts: quatre écrits du chorégraphe Robert Ellis Dunn décédé l’an passé, dont l’atelier,  au début des années 60, au Studio Cunnignham de New York  avait donné naissance au très fameux Judson Dance Theater.  Dunn propose avec la méthode qu’il a mis au point toute une vie d’aider les chorégraphes à  » conceptualiser » une danse.
Ce recueil offre donc à travers des approches à la fois pratiques et théoriques sur l’enseignement du corps, sur l’expérience que provoque l’invention et l’écriture d’une chorégraphie,  de nombreuses et très fructueuses pistes de réflexion aux danseurs mais aussi à tous les  praticiens de la scène.


Philippe du Vignal

Editions Contre-Danse, Bruxelles,  28€

Ce matin, la neige

Ce matin, la neige, de Françoise du Chaxel

 9782842604219fs.jpg  La neige d’un matin d’hiver fait resurgir des images du passé… Le 3 septembre 1939, la France déclare la guerre à l’Allemagne. Anna, fille d’Alsace, est forcée par les autorités françaises de quitter Strasbourg avec ses parents pour s’exiler à Périgueux, en Dordogne. C’est pour l’adolescente l’occasion d’une rencontre avec une famille de paysans inconnus, dans une région qui lui est étrangère jusque dans sa langue, et, surtout, avec la guerre, qui fait grandir les enfants…Après Le Monologue d’Anna en 2007 dans 25 petites pièces d’auteur. ( Editions Théâtrales) Françoise du Chaxel revient au texte et l’enrichit d’une seconde voix, celle de Thomas, le fils des fermiers qui ont accueilli la jeune fille et ses parents.
Le livre nous donne également une troisième version, dans laquelle les deux voix s’entrecroisent et qui fut créée pour la scène en collaboration avec la metteuse en scène Sylvie Ollivier, qui a déjà travaillé avec Françoise du Chaxel pour
Des traces d’absence sur le chemin. Version qui a fait l’objet de représentations en Dordogne, en janvier. En marge du texte, Françoise du Chaxel nous confie l’histoire de l’oeuvre, et Sylvie Ollivier la perspective qu’elle a suivie dans sa mise en scène.
Le récit, simple, nous parle de l’exil, de l’engagement, de la manière dont deux adolescents confrontés à l’Histoire vont peu à peu se construire une identité. Les jeunes gens qui se lancent dans la résistance, Thomas qui admire Anna tout de suite et la regarde les yeux pleins d’amour, Anna qui ne lui renvoie que de l’indifférence, c’est peut-être un peu trop prévisible … Mais c’est cette simplicité qui permet au texte de trouver le chemin le plus court jusqu’au cœur. La mise en page fait résonner chaque ligne dans l’esprit du lecteur et entraîne son imagination.
L’écriture, rythmée, nous plonge au cœur des événements. Elle nous implique.Comme le dit Sylvie Ollivier : « L’écriture de Françoise du Chaxel, partition rigoureuse nourrie du réel et des bruits du monde, nous renvoie à nous-mêmes et à notre propre histoire, à nos exils et à nos guerres, à l’humain. ». Françoise du Chaxel sait parler des adolescents, elle sait rendre les premiers soubresauts d’un âge impulsif. On redécouvre avec eux l’Occupation et la Résistance, confrontés qu’ils sont à la nécessité de choisir, de s’engager, de prendre part à une lutte devenue inévitable, de faire face à la mort, enfin. Ces deux destins à la fois familiers et lointains nous prennent à la gorge et, comme Thomas, on se sent « grandir d’un coup ».Un de ces livres qu’on ne lâche pas des yeux et qui vous fait comme un pli au cœur.
À conseiller à tous , en particulier aux professeurs et à leurs élèves.

Elise Blanc

 Editions Théâtrales.12€

 

 

Grand Ecart

Grand Ecart de Stephen Belder, traduction de Lucie Tiberghien mise en scène Benoit Lavigne.

La pièce traduite de l’auteur américain Stephen Belder ( qui est aussi scénariste de cinéma et de télévision) avait été créée à Broadway en 2004 sous le titre de Match. Avant qu’elle ne quitte l’affiche parisienne, cela valait quand même le coup d’y aller voir, histoire de ne pas oublier nos lecteurs de province ou comme on dit maintenant,  des régions.
Toby joué par Thierry Lhermitte est un chorégraphe américain reconnu , maintenant âgé qui a vécu les utopies artistiques et la libération sexuelle des années 60-70. Il a un genou en mauvais état et et ne danse plus, même s’il continue à donner des cours. Il reçoit chez lui Lisa ( Valérie Karsenti), et son mari Mike ( François Feroleto).
Elle est venue lui demander les informations dont elle a besoin ; elle prépare en effet une thèse sur la chorégraphie classique aux Etats-Unis; en fait, on va vite s’apercevoir que sa visite a un tout autre but et qu’elle est davantage intéressée par la sexualité et les mœurs des années 60-70 , et en particulier par la vie personnelle de Toby..
Sans dévoiler le véritable motif de cette rencontre qui constitue le nœud central de la pièce, du dialogue entre ces trois personnages, vont naître des réflexions sur la difficulté de combiner un engagement artistique de danseur et un engagement personnel dans sa vie privée. Faut-il vraiment réussir sa vie d’artiste au détriment de sa vie d’homme ? Benoit Lavigne qui avait mis en scène non sans talent Baby Doll de Tenessee Williams( voir Le Théâtre du Blog ) nous transporte sans effort dans un appartement new yorkais de vieux célibataire, et a su diriger ses comédiens, tout en leur laissant une belle liberté de jeu.
Thierry Lhermitte bien entouré, est tout à fait convaincant dans ce rôle d’artiste un peu désabusé et pas très à l’aise, qui est peut être passé à côté de sa vie. Tsilla Chelton, son professeur de théâtre – et celle des comédiens du Théâtre du Splendid- peut être fière de son élève qui a, à son actif,  plus d’une centaine de films ( dont le célébrissime Le Père Noël est une ordure ) et qui revient au théâtre ; la pièce n’est peut-être pas aussi merveilleuse et inspirée qu’il le prétend mais, en tout cas,il réussit à incarner ce chorégraphe âgé avec beaucoup de vérité et de nuances.
La pièce semble avoir été quelque peu rabotée pour tenir les quelques soixante dix minutes accordées avant la seconde pièce de la soirée mais bon, le spectacle est tout à fait visible!

Jean Couturier

Théâtre de la Madeleine à 19 heures jusqu’au 31 décembre ; la soirée de réveillon pour les meilleures places est à 62 euros ou si vous préférez le carré Or, c’est 77 euros ( soit un euro environ la minute) : voilà vous êtes prévenus mais  la pièce part en tournée un peu partout en France….

 

http://www.dailymotion.com/video/xfmd8n

Bouvard et Pécuchet

  Bouvard et Pécuchet, Le livre de l’inquiétude, adaptation théâtrale d’après Bouvard et Pécuchet  de Gustave Flaubert par  Brigitte Remer.

9782296128422j.jpg  Comme le dit dans la préface Eduardo Manet, qui lit ce roman de nos jours, à part les élèves des classes secondaires et universitaires? Et il  ajoute, non sans ironie: sauf si le programme l’exige… Effectivement, le texte  reste très ancré dans une époque qui n’est plus du tout la nôtre, malgré des dialogues savoureux qu’avait si bien mis en scène en 1989, le réalisateur Jean-Daniel Verhaeghe avec  Jean-Pierre Marielle et Jean Carmet.
    Ce roman, qui n’en est pas vraiment un,  est l’histoire de Bouvard et Pécuchet qui s’étaient rencontrés un jour de plein été près du canal Saint-Martin et s’étaient vite liés d’amitié. Drôle de couple que ces deux petits employés, copistes, un peu Laurel et Hardy, pas très finauds, dont la vie terne va basculer tout d’un coup: Bouvard  fait un héritage inattendu d’un oncle qui était en fait son véritable père, ce qui va lui permettre de vivre confortablement d’une rente le restant de sa vie!
Il décide alors d’embarquer Pécuchet dans une drôle d’aventure: l’achat d’une ferme dans le Calvados qu’ils vont exploiter , un peu comme Rimbaud et  Verlaine. Comme ils ne connaissent rien à l’agriculture et sont quand même assez prétentieux, ils vont aller d’échec en échec, de désillusion en désillusion, que ce soit pour l’élevage, la culture des melons,les arbres fruitiers, la plantation d’arbres comme Le lilas des Indes ou l’Eucalyptus inadaptés au climat, ou la mise en conserve, la distillation …avec un alambic qui explose! Naïfs, ils ne connaissent aucune limite et vont être la risée des paysans du coin! Ils vont même  jouer aux médecins en prescrivant des traitements farfelus.

   Ce qui ne les empêche pas de discuter sans arrêt politique, sentiments amoureux, spiritisme, religion,éducation et même esthétique: « Le beau est le beau et le sublime est le très beau  » déclare péremptoirement Bouvard.Ils comprendront,  mais un peu tard, que leur grande bêtise continuera à leur jouer des tours, s’ils ne jettent pas l’éponge et ils  décident alors d’aller retrouver leur travail de copiste…
Brigitte Remer s’est emparée du meilleur de ces dialogues et les a installés en dix courts chapitres, à partir du moment où ils se retrouvent à Chavignolles, et elle a bien su rendre le côté baba-cool avant la lettre de ces deux  Parisiens qui se sont aventurés dans un univers  qui n’est pas le leur et qui va leur révéler leur profonde bêtise. Flaubert lui avait déjà mâché le travail en écrivant des dialogues qui demandent un auditoire pour être  perçus à leur juste mesure. Mais elle a su resserrer les boulons d’un texte parfois un peu bavard comme le remarque Eduardo Manet, et les dialogues finement ciselés, deviennent souvent très durs,  à la limite de l’absurde. Et la dernière scène semble déjà préfigurer  En attendant Godot.

  Cette adaptation, qui s’attache à rendre la personnalité de ces deux petits employés assez pathétiques, devrait intéresser plus d’un metteur en scène. Reste à trouver des comédiens , de la trempe d’un François Morel ou d’un Olivier Saladin  ( des Deschiens) par exemple,  capables d’incarner toute cette sottise humaine.
  Petite remarque au passage:les éditions de l’Harmattan devraient faire appel à un relecteur: le texte est bourré de fautes de frappe…Et c’est dommage.

Philippe du Vignal

Editions de L’Harmattan, 11 euros.
 

Polnopolunie

Polnopolunie de Vladimir Mishukov

slavavladimirmishukovdemocraticbookspaulsen.jpg « Presque sans mots. Un regard. Un geste. Une pause. Un chuchotement. Un cri. Toujours dans la cible. En plein cœur. Tu te sens idiot. Confus, heureux. Emerveillé. En salle, parmi les spectateurs. A la maison, seul. Au bord de la rivière. Au jardin. La joie, il la répand sur tous. La tristesse, il la contient. En son cœur. Comme un clown », Voilà le seul texte du livre de photos qui nous fait découvrir le monde de Slava. Au fil des pages, de belles photos couleurs ou noir et blanc nous transportent sur scène, dans les coulisses de cette mythique création « Snowshow » ou chez Slava Polunie, dans son moulin jaune, près du Grand Morin en Seine-et-Marne.
Les images les plus émouvantes sont celles des regards des spectateurs, encore sous l’émotion du spectacle, et celles du rapport intime que ce clown jaune et rouge entretient avec la verte nature.
C’est  un beau livre pour réactiver notre mémoire de ce spectacle qui parcourt le monde depuis 20 ans, ou pour donner envie de le découvrir.

 Jean Couturier

 

Coédition Paulsen Democratic Book, Paris, novembre 2010, 176p, 30 euros

Dédicace du livre par Slava à la librairie du Globe 67 Bd Beaumarchais 75003 le samedi 4 décembre à 16h

« Slava’s Snowshow » du 15 décembre au 1er janvier au Théâtre des Célestins de Lyon

et du 27 au 30 décembre dans le cadre du festival Depayzarts 0810 811 877

voir article dans le Théâtre du blog du 9 novembre 2009.

 

Passant par la Russie

Passant par la Russie, de Denis Lavant

 

img2903.jpg  Denis Lavant propose au lecteur, un double voyage, poétique et terrestre dans les grands espaces de la Russie intemporelle. A 49 ans,  il a fréquenté tous les plateaux de cinéma, qui le fait connaître au grand public, avec en particulier Boy Meets Girl, Mauvais Sang, et Les Amants du Pont-Neuf de Léos Carax, et  il n’a cessé de jouer au théâtre.
Son chemin croise de nombreux metteurs en scène depuis 1983 comme Antoine Vitez, Mathias Langhoff, Benard Sobel, Wladyslaw Znorko, Lucas Hemleb, Pierre Pradinas, Hans-Peter Clos etc…
Il nous invite à découvrir d’autres plateaux et d’autres artistes parfois distants d’une dizaine d’heures de train chacun, car c’est avec ce moyen de transport que ce pays se révèle. C’est à l’initiative de Nathalie Conio, ( qui a joué avec lui), directrice de l’Alliance Française de Samara et ancienne élève de la très bonne  Ecole du théâtre National de Chaillot, que cette aventure a débuté. L’idée initiale: représenter son spectacle poétique en russe et en français, en interaction avec des acteurs russes. Mais pas si simple à réaliser, les mentalités françaises et russes étant différentes.
Denis Lavant a ainsi joué en 2006 dans les théâtres des Alliances françaises de Rostov, Ekaterinbourg, Togliatti et Samara.  Et tout au long de ce voyage, il a pris des notes, qui  ont constitué un riche carnet de voyage. Le charme de la Volga qui borde Samara, ses izbas de bois en pleine ville, « construites toutes entières d’arbres, de la sève y coule toujours, elles sont chacune avec sa personnalité, de la mémoire vivante » l’accueil de ses habitants, et une belle complicité artistique, « Samara nous a ouvert ses bras sans concession dans un tel doux abandon à la jubilation » :le comédien. a été conquis. Une expérience inoubliable pour lui:  la découverte de la maison-théâtre de Nikolaï Koliada et sa troupe à Ekaterinbourg, dont le public parisien a pu partager le « Hamlet » aux ateliers Berthier en septembre dernier.
Tout au long de ce journal de voyage, nous croisons des écrivains français,:Victor Hugo, Arthur Rimbaud, Stéphane Mallarmé ou Blaises Cendrars et nous découvrons des poètes russes, Essenine, Akhmatova, Khliebnikov, Tsvtaéva ou le chanteur Vissotski.
Cet acteur sensible, « venu d’ailleurs », à force de fréquenter les poètes, nous fait partager son amour de la Russie et brise ainsi les lieux communs qui lui sont associés en France, « Décidément une chose, même deux me plaisent infiniment dans l’esprit des gens ici ; une forme de franchise, une absence de malignité à la française ».Après ce voyage, Denis Lavant a probablement eu son âme d’artiste métamorphosée, «  Voici je repars vers la France que je ne connais plus, où  je ne suis pas sûr de me reconnaître » …

 

Jean Couturier

 

Edition Séguier Archimbaud, Paris 2010, 120p, 15 euros.
Denis Lavant joue « Le roi s’amuse » de Victor Hugo mise en scène François Rancillac au théâtre de l’Aquarium jusqu’au 12 décembre 2010. (Voir article du Théâtre du blog du 12/07/2010)

Du théâtre anglo-saxon

Du théâtre anglo-saxon

  laonziemecapitalecouv.jpgAux Editions Théâtrales,  c’est par les Anglo-Saxons que se renouvelle et s’enrichit le répertoire dramaturgique contemporain. En collaboration avec la maison Antoine Vitez  paraissent en effet deux nouveaux textes…  La Onzième Capitale, de la Britannique Alexandra Wood, est une pièce étrange composée de six tableaux. Chacun d’entre eux met en scène un couple différent : une voisine et une femme de ménage, des voleurs, des fonctionnaires, une fille et un garçon, une femme et un chauffeur, etc. ..
Mais tous ces personnages parlent d’un même individu mystérieux dont le portrait est ainsi dessiné en creux, et tous ont pour point commun des échanges ambigus : les relations entre les personnages sont éminemment suspectes et viciées, minées par le pouvoir, la paranoïa et la peur. Aussi prennent-elles souvent l’allure de rapports de dominants à dominés, ou de victimes à bourreaux. L’univers suggéré est celui d’un ordre moral militarisé et hiérarchique, dont l’atmosphère est pour oppressante et inquiétante. Une immersion dans l’ère du soupçon et de la violence d’un pays qui n’est jamais nommé.
lacartedutempscouv.jpgDans La Carte du temps, l’Américaine Naomi Wallace déroule une partition en trois tableaux (qu’elle nomme « visions ») plantés au Moyen-Orient.  Un état d’innocence met en scène une rencontre entre une palestinienne mère de famille, un jeune soldat et un vieil architecte israéliens dans un zoo à Rafat en Palestine. Petit à petit, les liens entre les différents personnages sourdent et l’on apprend qu’en fait, le soldat est un mort vivant. À cet opus sombre et fantastique en succède un autre,  aussi noir et onirique, Entre ce souffle et toi. Dans une clinique de Tel-Aviv, un père palestinien vient déranger une aide-soignante israélienne dans son travail jusqu’à la limite du harcèlement, comme s’il perdait la tête. On découvre que Mourid, fou de chagrin, ne cherche qu’à retrouver en Tanya son fils. Cette jeune femme, également en sursis, est une transplantée pulmonaire réchappée de la mucoviscidose, or il se trouve que le donneur  est le fils de Mourid. Et dans  Un monde (qui) s’efface, Ali, un jeune Irakien de 25 ans, vient nous parler de sa passion, la colombophilie. Un prétexte pour évoquer métaphoriquement son douloureux passé, les vicissitudes de sa famille, en somme son destin tragique sous le signe de la guerre et de l’embargo.
Dans une langue  poétique et imagée, Naomi Wallace dessine des visions qui ont la fulgurance de nouvelles, à la chute vertigineuse. La dramaturge offre un théâtre politique et placé sous le signe de l’engagement, qui n’exclut pas l’interrogation sur la nature humaine et ses contradictions.

Collection Répertoire contemporain: 

Alexandra Wood, La Onzième Capitale, traduction de Sarah Vermande,  64 p., 11 €
Naomi Wallace,
La Carte du temps, Trois visions du Moyen-Orient, traduction de Dominique Hollier,  64 p., 11 €.

 

Barbara Petit

 

 

 

 

1...5678910

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...