Festival du Merveilleux au Musée des arts forains

Festival du Merveilleux au Musée des arts forains

Parisiens et visiteurs du monde entier vont rêver dans ce musée. Comme chaque année, Jean-Paul Favand, maître des lieux, invite des artistes au Musée des arts forains proprement dit, le Théâtre du merveilleux mais aussi au Salon vénitien et au Magic Miror.
Il faut aussi voir les manèges et éléments forains historiques que Jean-Paul Favand a collectionné et remis en fonctionnement avec une équipe technique très spécialisée. Manèges de chevaux de bois, vélocipèdes, gondoles mais aussi billards japonais ou hollandais, tables à élastiques et les fameuses courses de chevaux, de bateaux et de garçons de café, un ensemble d’attractions exceptionnel. Ce lieu unique au monde est sans doute un des plus grands musées privés du spectacle vivant.

 

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Thème de cette année: les costumes. On découvre, entre autres, ceux, fabuleux, de clown, créés par la maison Vicaire, des coiffes de cabaret et music-hall, d’une grande richesse, une robe de Brigitte Bardot dans Boulevard du Rhum (1970) de Roberto Enrico, une création d’Yves Saint Laurent pour le ballet Turangalila (1968) et une chapeau de Joséphine Baker (1973).

Au Théâtre du Merveilleux, opéras et ballets sont à l’honneur avec cinq pièces uniques d’une grande beauté dont Les Bandar Log (chorégraphie de Georges Skibine et costumes de Jacques Dupont (1968), Obéron (1954) costumes de Jean-Denis Malclès, Le Lac des Cygnes (1960), costumes de Dimitri Bouchene, chorégraphie de Vladimir Bourmeister. Yous ces spectacles furent créés à l’Opéra de Paris.
Enfin il faut aussi découvrir la parade et les performances musicales de la compagnie Demain on change tout, avec des marionnettes géantes. Il est bon de se perdre dans cet endroit hors du temps…

Jean Couturier

Jusqu’au 4 janvier, Musée des arts forains, Pavillon de Bercy, 53 avenue des Terroirs de France, Paris (XII ème). arts-forains.com

 

 

 


Archives pour la catégorie cirque

Tempo au Cirque d’hiver Bouglione

Tempo au Cirque d’hiver Bouglione

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© x Les Salto Dancers du Cirque Bouglione avec M. Loyal (Michel Palmer)

Le plus ancien cirque du monde… Inauguré par Napoléon III, le 11 décembre 1852. Grâce au duc de Morny, son demi-frère, fils comme lui d’Hortense de Beauharnais, fut accordé un permis de construire à la place d’un ancien château d’eau, boulevard du Temple. Surnommé boulevard du crime à cause des théâtres comme le Cirque-Olympique, les Folies-Dramatiques, la Gaîté… où étaient représentés des crimes  assassinats, vols… Dès ses premiers spectacles en 1907, la famille Bouglione mettra en scène de grands fauves.

La célèbre La Piste aux étoiles s’installa au Cirque d’Hiver Bouglione de 56 à 78. D’abord présentée par Michel Francini et ensuite par Roger Lanzac, cette émission est entrée dans l’histoire de la télévision et a marqué des générations d’enfants et d’adultes. La famille Bouglione, emblématique du cirque traditionnel, s’est adaptée aux nouveaux règlements européens. En novembre 2021, sera interdite en France: « l’utilisation d’animaux sauvages dans les établissements itinérants à partir du 1er décembre 2028. » Mais les animaux domestiques: chevaux, chèvres, moutons, volailles, lama, dromadaire, chameau sont autorisés… Ici, reste un numéro de haute école équestre. Régina Bouglione, la chef d’orchestre du Cirque familial présente encore des animaux mais ici, elle dirige son cheval.

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©x Régina  Bouglione

Ce que le cirque a perdu en violence infligée aux animaux dressés contre leur volonté, il le gagne ici en poésie et légèreté. Mais la performance est toujours au rendez-vous et en ces temps de fêtes, il y a quelquefois deux représentations par jour! Cela exige de tous les artistes, une grande force physique et mentale, …
Les Bouglione réussissent là où les politiques de toute obédience ont échoué: faire cohabiter dans un même spectacle, la Troup Empress Passing, un quatuor venu de l’Est avec  Liibov, une sorte de reine sur son trône, menant les hommes à la baguette. Les jongleurs Maksim, Edouard et Dmitri font preuve d’une agilité et d’une originalité inouïes avec des lancers de massues fascinants!  Il y a aussi Guillaume Juncar avec une roue Cyr et des acrobates au main-à main Céline, Joline et Laurène, des sœurs italiennes. Et Housch Ma Housch, un clown ukrainien! Quelle intelligence et quelle beauté! Le tout cornaqué par  Michel Palmer, ce M. Loyal qui officie depuis quatre décennies! Côté public, les enfants avec leurs parents sont bien présents: une bonne façon de leur donner très jeunes le goût de la scène, loin des distractions numériques, souvent abrutissantes.

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©x Acrobates et sapeurs-pompiers

 Il faut aller découvrir ces excellents numéros. Nous retiendrons, entre autres, la fantastique performance de la hongroise Sára Nagyhegyi qui réalise toutes ses acrobaties, suspendue par son chignon: un très ancien numéro de cirque qu’elle fait ainsi revivre…
Sampion Bouglione, lui, unit jonglage et claquettes. Et le clown ukrainien apporte une touche poétique, sans prononcer un seul mot. Malicieux professeur Tournesol, toujours le premier étonné de sa maladresse, il  fait le lien entre les tableaux. Enfin, surprise finale: cordes « espagnoles » et échelles auto-portées de cinq mètres , tout droit sorties de la caserne parisienne Masséna s’invitent par roulement avec cinq de ses trente sapeurs-pompiers,  et quatre acrobates, dans un ballet aérien…

 Jean Couturier


Jusqu’au 26 mars, Cirque d’Hiver-Bouglione, 110 rue Amelot, Paris (XI ème). T. : 01 47 00 28 81.

Rêves de Bohdan Pankrukhin et Volodymyr Koshovyi, mise en scène de Roman Khafizov, chorégraphie de Mykhailo Makarovparle Cirque Inshi, mise en scène de Roman Khafizo

Rêves de Bohdan Pankrukhin et Volodymyr Koshovyi, mise en scène de Roman Khafizov, chorégraphie de Mykhailo Makarov

Roman Khafizo est venu à Paris et a réussi à faire venir certains artistes du Cirque Inshi en France où il avait déjà travaillé. Soutenu par le Sirque de Nexon (Haute-Vienne), l’association Territoires de Cirque et le Ministère de la Culture. Rêves a pu naître grâce à l’engagement de ces artistes, à la solidarité de l’association Territoires de Cirque, de la communauté circassienne en France et grâce à l’aide  du Ministère de la Culture, des D.R.A.C. Bretagne et Île-de-France, de la Ville de Paris et des Opéras d’Angers et Nantes.

Une création en exil pour ces jeunes et remarquables circassiens : cinq hommes et deux femmes, au corps imposant de force et de grâce. Comme s’il avait partie liée avec quelque chose de sacré. « Donner disait le solide helléniste François Chamoux (le grand-père  de Camille, l’actrice), une forme concrète de l’image mentale que ses concitoyens  se font de la divinité. » Ils accomplissent ici un travail exemplaire qui témoigne de l’exigence de l’enseignement artistique dans ce pays. Sur des musiques de Camille Saint-Saëns, Frédéric Chopin, Claude Debussy, Vivaldi, Maurice Ravel, Phil Glass.
Il y a d’abord et par moments, (dans une épaisse couche de fumigène! Cette mode n’épargne décidément aucune compagnie…Mais pas grave!), une danse avec ces huit interprètes qui s’apparente à de l’acrobatie au sol.

 

© TTS pictures

© TTS pictures

Puis, entre autres, un magnifique numéro d’un jongleur hors pair, avec des balles obéissantes circulant sur la tête et les bras d’un jongleur. Un autre avec des cerceaux, eux aussi très obéissants à une jeune femme sur la musique de Madame Butterfly
Deux circassiens, l’un virevoltant,  autour d’un filin suspendu aux cintres, la tête souvent en bas et le corps tenant parfois sans l’aide des jambes ou des mains, heureusement, vu les risques, au-dessus d’un épais matelas.

L’autre, clou de la soirée, s’appuyant d’une main sur une série de tiges dont l’une s’élèvera électriquement sur  la musique lancinante du Boléro de Ravel. Sans jamais un parole mais avec une rare maîtrise et une élégance que le public a félicitées par des salves d’applaudissements. Tous ces jeunes artistes sont d’une force incroyable, physiquement et mentalement. Et, cela se sent, ils ont envie de faire passer le message: la résistance  passe aussi par nous, artistes en exil. Et, à la fin, comme pour dire qu’il faut ne pas oublier de rire,  arrive un clown aux cheveux orange sautillant sur une musique folklorique. Et il y a une scène dansée et chantée autour d’une grande table.

©TTS-Pictures

©TTS-Pictures

Aux saluts, très bien réglés et discrets- ce qui est rare dans la douce France- ces jeunes artistes semblaient un peu tristes (il y a de quoi devant cette guerre qui  n’en finit pas). Ils  déplient en silence, un drapeau ukrainien et sont encore chaleureusement applaudis. Un heure quinze , un spectacle de qualité exceptionnelle, comme on en voit peu. N’hésitez pas à aller à la Scala.

Philippe du Vignal

Jusqu’au 4 janvier, à 14 h, 15h ou 19 h, La Scala, 13 boulevard de Strasbourg, Paris (X ème). T.:  01 40 03 44 30.

Adieu Jules Cordière

Adieu Jules Cordière

Jean-Pierre Marcos, ancien directeur du Pôle national cirque et arts de la rue d’Amiens, a eu la gentillesse de nous mettre un mot. Jules Cordière s’est éteint aujourd’hui… Cet ancien élève de Normale Sup, d’abord cracheur de feu dans les premiers spectacles du Magic Circus de Jérôme Savary, créa ensuite le Palais des Merveilles, une compagnie de rue, avec son amie miss Ratapuce, alias Carolyn Simonds, élève d’Etienne  Decroux, flûtiste et contorsionniste. Par la suite, elle fonda le bien connu Rire Médecin, une  association de clowns qui va amuser un peu les enfants hospitalisés…

Elle avait comme partenaires: Jules, acrobate sur fil mou et, entre autres, un géant de deux mètres dix à qui il fallait trois repas au lieu d’un et un petit homme qui mâchait un verre à pied (mais quand même sans le pied!) et qui ensuite l’avalait.  Très impressionnant et sans aucun trucage. Et nous avons vu plus d’une jeune fille tourner de l’œil devant ce numéro. Jean Digne qui créa Aix, ville ouverte aux saltimbanques invita le Palais des merveilles pour la plus grande joie des habitants. Resteront du Palais des Merveilles, de fabuleuses images d’une intensité poétique, comme Ratapuce jouant de la flûte sous les platanes du cours Mirabeau, ou sur les placettes d’Aix-en-Provence.. Et lui, crachant le feu dans le ciel bleu… Rien ou presque rien mais qui émerveillait les riches comme les pauvres, les jeunes comme les plus âgés…

 © Bernard Lagneau Jules Cordière, un soir d'hiver 72 près de Notre-Dame

© Bernard Lagneau 

Le  Normalien à la culture savante avait su passer le pont et aller vers une contre-culture, gratuite et donc très populaire en un temps où, dans le centre d’Aix, vivaient encore des gens pas bien riches du tout… « La découverte, l’inquiétude et la joie,disait-il, y sont partagées par les passants et par ces autres passants que sont les Baladins. Le Palais des Merveilles, ce n’est pas la troupe par elle-même, mais la place publique ou la rue métamorphosées pendant nos spectacles en autant de Palais des Merveilles. Reste-t-il sur les trottoirs de nos villes un peu de place pour rêver? Les Baladins du Palais des Merveilles, qui sont tous des professionnels du spectacle, se proposent de contribuer à rendre la ville plus humaine et l’image de la rue, plus belle et plus vivante. »

Jules Cordière était très souvent verbalisé à Paris par les flics avec amende à la clé. Motif : trouble à l’ordre public! Non, ce n’était pas au Moyen-Age Du plus-que-passé? Du passé antérieur ? Même pas! C’était juste après 68, sous le règne du sinistre Raymond Marcellin, alors ministre de l’Intérieur, partisan de l’ordre musclé et devenu célèbre pour avoir fait installer des micros  dans les bureaux du Canard enchaîné ! Alors que Jules Cordière était seulement en équilibre- un petit miracle- sur une corde molle attachée entre deux arbres à Saint-Germain des Près..
Quoi de plus charmant? Mais la République n’a jamais été tendre avec les saltimbanques ! ll y avait à En Piste! Clowns, pitres et saltimbanques, une remarquable exposition du MUCEM à Marseille (voir Le Théâtre du Blog)  il y avait déjà une affiche fin XIX ème siècle d’un arrêté préfectoral  menaçant les saltimbanques. Ils devaient strictement se  produire là où on les autorisait comme les horaires, différents l’été et l’hiver.!

Depuis longtemps, Jules Cordière, vivait retiré  en Provence. Nous t’aimions bien, Jules et nous regarderons avec encore plus de nostalgie et d’émotion, cette merveilleuse photo de Bernard Lagneau encadrée  sur un mur de notre appartement. En 72, tu étais sur une corde molle devant Notre-Dame de Paris. Repose en paix, Jules.  Et nous pensons fort à toi, Carolyn.

Philippe du Vignal    

Sortir par la porte (une tentative d’évasion) de Hakim Bah, conception et mise en scène de Juan Ignacio Tula

Sortir par la porte (une tentative d’évasion) d’Hakim Bah, conception et mise en scène de Juan Ignacio Tula

 La dernière création de l’Argentin Juan Ignacio Tula ouvre dans les arts circassiens, un espace poétique et théâtral d’une puissante originalité et d’une maîtrise absolue. Il nous invite à une rencontre entre performance physique, auto-fiction, chemin périlleux d’un adolescent, Juan Ignacio Tula lui-même (seize ans). Depuis que le père est parti de la maison, le jeune  garçon erre, la nuit dans les faubourgs de Buenos Aires, sous l’emprise de la drogue, de l’ivresse, de la musique et de la danse. Sa mère le placera dans une maison de désintoxication, pour son plus grand malheur, ou son plus grand bonheur ?

© Danica Bijeljac

© Danica Bijeljac

Un parcours existentiel et initiatique d’une immense beauté, grâce au duo entre le circassien-acteur, Juan Ignacio Tula et sa partenaire: une roue Cyr, un anneau de trois mètres de circonférence et d’environ quinze kilos. Grâce aussi à la force et à l’intelligence du texte de Hakim Bah, écrivain guinéen avec lequel il avait collaboré pour Pourvu que ma mastication ne soit pas longue. « Un truc que personne ne peut comprendre/Parce qu’personne vit c’que j’vis, y’a pas d’lumière/ Juste ces murs qui s’rapprochent/ Ces murs qui m’compriment la tête/ Ça chauffe Ça gronde Ça déborde/ Et à force Faut qu’ça sorte. Emus, fascinés, nous suivons le parcours de ce jeune avant, pendant et après son passage au centre de désintoxication, « entre chaos et harmonie, entre maîtrise et abandon » écrit Amin Erfani dans l’avant-propos de Strokes, suivi de Tentative d’évasion d’Hakim Bah. Le récit et la performance circassienne, ensemble, prennent place avec autant de souffle et d’intensité théâtrale et corporelle : «Loin d’être une forme amoindrie de la scène, dit Amin Erfani, ce texte se présente comme un objet littéraire à part entière. »

Perfection aussi dans le travail de la dramaturge et metteuse en scène, Mara Bijeljac. Elle réussit à créer un dialogue d’une grande finesse  entre projections d’images et texte. Ici tous les éléments de la mise en scène; musique, photos, admirables vidéos de Claire Willemann, et le risque de chute imminente couru par le circassien Yann Philippe porté par cette grande roue,  sont d’une grande exigence. Un moment de cirque rare et un objet merveilleux et inclassable!
Sortir par la porte, un cri à la vie et à la résistance contre la fatalité. Quand tout semble perdu et que rien ne laisse présager un avenir meilleur : «Imagine une porte Imagine-toi derrière cette porte/ Imagine-toi derrière cette porte cadenassée/Imagine ta colère derrière cette porte/Imagine ta rage derrière cette porte/Imagine ton impuissance derrière cette porte. » L’histoire de ce jeune homme, figure héroïque ou anti-héros de nos temps modernes touche à l’universel et nous enchante !

 Elisabeth Naud

Spectacle vu le 28 novembre au Théâtre 71-Scène Nationale de Malakoff ( Hauts-de-Seine). 

Les 30 et 31 janvier, Le Manège-Scène Nationale de Reims (Marne).

Les 12, 13 et 14 mars, Festival Spring, en partenariat avec l’Agglomération du Mont-Saint-Michel.

Du 1er au 5 avril, à la semaine Extra-festival jeune public, Centre Dramatique National de Thionville (Moselle). 

Soixantième anniversaire du festival Sigma (suite)

Soixantième anniversaire du festival Sigma (suite)

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Roger Lafosse  avait fréquenté les milieux du jazz à Paris : Charlie Parker, Boris Vian… Et en 63, il créa à Bordeaux, l’A.R.C. (Arts et Recherches Contemporaines). Puis avec Robert Escarpit, écrivain et professeur de lettres, Abraham Moles, philosophe et spécialiste d’électroacoustique et Michel Philippot, chef du bureau bordelais de l’O.R.T.F., il va mettre en place une Semaine de spectacles, d’arts et de recherches dans les arts et sciences. 

A cette première édition: musique, théâtre, cinéma, etc. , étaient invités dans la même semaine, Diego Masson qui dirigeait Stop de Karlheinz Stockhausen mais aussi Miles Davis, Duke Ellington, une intégrale des œuvres de Pierre Schaeffer avec sa Symphonie pour un homme seul. Et d’Edgar Varèse, Pierre Henry. Mais aussi Charles Mingus, le Nones Quartet…. Nicolas Schöffer présente un spectacle audio-visuel expérimental, retransmis en direct sur la deuxième chaîne de télévision. Et un concert Edgar Varèse, Iannis Xénakis et  aussi du free-jazz avec l’Américain Albert Ayler, et L’Apocalypse de Jean de Pierre Henry.

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Sigma 2: John Cage présenta Atlas Eclipticalis et Pierre Henry, La Messe électronique à l’Alhambra. Une grande salle , entre septembre et décembre 1914, la Chambre des députés avait été déplacée. Aujourd’hui, hélas détruit sauf la façade, l’Alhambra avait un grand parterre qui pouvait être retourné et devenir parquet de danse… Une merveille scénographique que nous avons pu voir fonctionner. Le public nombreux et en majorité très jeune, écoutait allongé sur des matelas. Aujourd’hui banal, mais avant 68 et à Bordeaux, une petite révolution.

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Roger Lafosse accueillera aussi les Pink Floyd en 69,  bien avant que le groupe ne soit célèbre! Sigma 7, en 71 il y avait, excusez du peu, Dizzy Gillepsie, Thelonious Monk, Ornette Coleman, Miles Davis, Keith Jarrett, Sun Ra… Puis Martial Solal, Charles Mingus, Stan Getz, Joe Albany, Chet Baker, Gil Evans, Barney Wilen, Bernard Lubat… et, au début des années quatre-vingt:  Dexter Gordon, Michel Petruciani, et de nouveau, Miles Davis.

A Sigma 9, des musiques expérimentales avec, en 72 François Bayle, avec  L’expérience acoustique, et Enivrez-vous de Pierre Henry, musique électroacoustique avec dix danseurs et danseuses dont… Carolyn Carlson. L’année suivante, Karlheinz Stockhausen présenta Mikrophonie I et Klavierstück X. Mais Sigma sera vite contestée,  au Conseil municipal. Mais aussi par des Bordelais, à droite comme à gauche! Roger Lafosse avait donc bien visé! Le motif: obscénités, pornographie, ésotérisme, usage de drogues, provocations, etc.

Il y eut aussi quelques happenings avec Jean-Jacques Lebel. Et dans le centre-ville, Pierre Pinoncelli marchait en momie enveloppée de bandelettes… mais dans l’indifférence générale. Ben avait aussi été invité: il était resté allongé douze heures, en feignant de dormir.
Il avait aussi organisé un concert Fluxus,  en hommage à John Cage, avec brûlage de partitions, écrasement de violon, massacre de piano à coups de hache, lance à incendie inondant le public.

©x Lucinda Childs

©x Lucinda Childs

A Sigma 8 en 72, est introduite la danse contemporaine: le Pilobolus Dance Theatre et Carolyn Carlson sur des improvisations de Pierre Henry. Et aussi, en 77, Meredith Monk avec un théâtre-danse et, deux ans plus tard, Lucinda Childs avec Dance, musique de Phil Glass. Puis, Trisha Brown avec une «post modern dance »,  Douglas Dunn en 81, Merce Cunningham  en 83,  Karole Armitage. Et le butô japonais. Et aussi Régine Chopinot, Jean-Claude Gallotta, Catherine Diverrès, Bernardo Montet, Angelin Preljocaj, Maurice Béjart avec ses écoles: Mudra Belgique et Mudra Afrique.

 

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©x Oedipe-Roi

La section cinéma: des longs et des courts-métrages en huit ou seize mm, eux parfois projetés sans autorisation… entre minuit et quatre heures du matin:  Ceux d’inconnus qui le sont souvent restés mais aussi L’Amour fou de Jacques Rivette, L’Inauguration du dôme du plaisir de Kenneth Anger, Le Sexe enragé de Philippe Garrel, L’homme qui lèche et L’homme qui tousse de Christian Boltanski, La Question ordinaire de Claude Miller. Et des œuvres de Werner Herzog, Franco Brocani, Alain Resnais, Marguerite Duras, Pier Paolo Pasolini avec Œdipe-roi.  Grand succès auprès de jeunes ravis de l’occasion  inespérée de voir ces films.

Sigma connait un succès grandissant malgré des critiques sur son orientation, vue comme plus conventionnelle! Sigma-Chanson, créé en mars 72 par Jean-Claude Robissout, est consacré à la nouvelle chanson francophone: Colette MagnyCatherine RibeiroJacques Higelin, puis Bernard Lavilliers. Et aussi ensuite,  Mama Béa,  Rosine de Peyre (chanson occitane),  Kristen Noguès  (harpe celtique)Henri TachanCharlélie Couture,  Élisabeth Wiener, Catherine Ribeiro…
Et des films sont toujours présentés par dizaines à chaque édition. En 85, Gérald Lafosse, fils de Roger Lafosse et Jean-Pierre Bouyxou instituent un palmarès voté par le public! Le Navet Doré récompensera le plus mauvais long-métrage du monde, Nabonga le gorille de Sam Newfield. Et l’année suivante, la Palme de Caoutchouc couronnera le film comique le plus ringard. Attribué à Franco Franchi et Ciccio Ingrassia pour l’ensemble de leur œuvre.

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 En 89, Sigma devra quitter les entrepôts Lainé où sera définitivement installé le Centre d’art contemporain,pour le Hangar 5 sur les quais de la Garonne. 1993: festival annulé, à cause d’un plan de rigueur budgétaire voté par la municipalité… Les deux années suivantes, il aura encore lieu mais,  avec Alain Juppé, nouveau maire de Bordeaux, les relations se tendent. Comme avec la Direction Régionale des Affaires Culturelles. Son directeur Jean-Michel Lucas reprochera en 96 à Sigma, un manque d’avant-garde, et suivra une baisse des subventions publiques de 25 % par rapport à 94, surtout celles de la mairie…


Dernière édition: Extremus où seront invités, entre autres, Jan Fabre avec une création,  la compagnie belge de danse Le Plan K, le compositeur Jean-Claude Éloy, et des spectacles bordelais… En 97, Roger Lafosse est attaqué! Motif: mauvaise gestion financière, ce qu’il récusera avec vigueur. L’opposition reprochera à Alain Juppé d’avoir mis les élus devant le fait accompli et sans aucun débat préalable. 

La disparition de Sigma suscitera une grande émotion. Nous avons alors repensé aux célèbres vers du grand John Donne: « Aucun homme n’est une île, entier en lui-même ; chaque homme est une partie du continent, une partie du tout. Si une motte de terre est emportée par la mer, l’Europe est diminuée, tout comme si un promontoire l’était. tout comme si le manoir de ton ami ou le tien l’étaient. La mort de tout homme me diminue, car je suis impliqué dans l’humanité ; et donc n’envoie jamais demander pour qui sonne le glas ; il sonne pour toi. » Oui, Digam était un grand festival  avec des créations européennes mais aussi des deux Amériques
En 2007, Jean-François Hautin, producteur de cinéma bordelais et Harold Cober, petit-fils de Roger Lafosse le persuadent de raconter l’aventure Sigma. Et un documentaire, auquel nous avions participé, réalisé par Jean-Philippe Clarac et Olivier Delœuil, réunira François Barré, Jean-Jacques Lebel, Jérôme Savary -très brillant- mais aussi Régine Chopinot, Martial Solal, Bartabas…
En 2010, Roger Lafosse offrira ses nombreuses archives à la ville de Bordeaux mais meurt hélas, l’année suivante, à quatre-vingt quatre ans.

 

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Au C.A.P. C., aura lieu en 2013, une rétrospective de Sigma, (voir Le Théâtre du Blog) avec photos, vidéos, documents sonores, affiches (en fac-similé), conférences, rencontres avec des témoins de ce festival, concerts, films, etc.  Pas toujours vraiment réussie… Mais au vernissage, très éouvant, des centaines de jeunes  découvraient, émerveillés, une aventure de haute volée artistique et humaine. Alain Juppé était là, pas très à l’aise devant cette histoire extraordinaire qui n’avait pas été la sienne. Sauf, à la fin, pas vraiment joyeuse…
Mais elle sera aussi et à jamais celle de Bordeaux, liée à celle son prédécesseur, Jacques Chaban-Delmas, maire de  47 à 95 qui, nous l’avons dit, a toujours soutenu Sigma qui n’aurait pu exister sans lui dans cette ville, à l’époque fermée. Et il faut encore et encore le souligner grâce aux très nombreuses créations en arts de la scène, musique, arts plastiques… initiées par Sigma, Bordeaux ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui 

Philippe du Vignal

Le soixantième anniversaire du festival Sigma a eu lieu à Bordeaux les  6, 7 et 8 novembre.

Soixantième anniversaire du festival Sigma

Soixantième anniversaire du festival Sigma

Une célébration modeste mais réussie, conçue et réalisée dans l’esprit de Sigma par Guy Lenoir, metteur en scène, Benoît Lafosse, ancien professeur aux Beaux-Arts de Bordeaux et fils de Roger Lafosse,  créateur de ce festival,  Jean de Giacintho, architecte et Dominic Rousseau, historien. Avec les moyens du bord mais avec une singulière efficacité, les  6, 7 et 8 novembre, dans des lieux atypiques, comme souvent à Sigma.  »Pour préparer cet anniversaire, dit Guy Lenoir, unis par la passion de l’art sous toutes ses formes, nous nous sommes souvenus que nos convictions et parcours avaient trouvé une résonance avec l’esprit de cette bombe lancée de 65 à 96 dans notre ville… alors surnommée : la belle endormie!
Nous avons organisé une célébration sur trois soirées et dans cinq lieux emblématiques. L’année prochaine, sera aussi publié un livre de Dominic Rousseau sur l’histoire du festival. Et un colloque universitaire aura lieu avec comme thème: Une avant-garde à l’ère de l’intelligence artificielle. Est aussi envisagée la création d’un site internet sur l’histoire de  Sigma.

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©x Roger Lafosse

J’en suis vraiment un enfant et me suis fabriqué au contact des artistes invités par Roger Lafosse: entre autres, le Living  Theater, le Grand Magic Circus de Jérôme Savary que rejoignit Michel Dussarat. Lequel avait fait les Beaux-Arts, puis anglais à la fac de Bordeaux Mais aussi les Hollandais d’Hauser Orcater. Sans c festival que ma vie serait-elle devenue? J’ai pu aussi y rencontrer des psychiatres et psychanalystes, découvrir les jeux de rôles, le formidable film Les Maîtres fous de Jean Rouch et dans la foulée l’art-thérapie.. Et aussi inviter Jean Vauthier pour une lecture mémorable de ses Prodiges. J’aime beaucoup cette phrase de Roger Lafosse: « Sigma, c’est la somme des différences. Et l’une de ses raisons d’être, c’est le droit à l’erreur. Nous sommes un festival de probables! »

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©x Le hall de l’hôtel de pure architecture brutalisete

A Bacalan, dans un ancien silo à grains reconverti en entrée du grand hôtel Renaissance, rue Achard, a d’abord eu lieu une rapide mais bonne évocation de l’histoire de Sigma, résumée par Anne Saffore, une actrice canadienne et Jürgen Genuit, metteur en scène allemand. Suivie d’une performance du danseur guinéen Piroger Elange. Tous les trois vivant et travaillant à Bordeaux.
Puis à Vivres de l’art, un beau jardin -patrimoine historique et pôle de création- regroupant des ateliers d’artistes, une galerie, un bar. Jean-François Buisson s’y consacre à la sculpture de pièces monumentales et à la création de décors et mobiliers en métal. Au milieu, un authentique et impressionnant bunker allemand souterrain de la seconde guerre mondiale où, descendus par un escalier et un étroit couloir, nous avons écouté un beau montage de Tom Papacotsia: Mémoire sonore musicale et visuelle, faite de brèves citations de compositeurs, invités à Sigma: John Cage, Edgar Varèse, Iannis Xénakis, Cathy Barberian, Klaus Nomi, les Pink Floyd, Miles Davis, Oscar Peterson, Stockhausen, Duke Ellington, Colette Magny, Toto Bissainthe, Catherine Ribeiro, Jacky Craissac, et de quelques phrases du dramaturge bordelais Jean Vauthier (1910-1992).

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Et, non loin, dans l’église moderne Saint-Rémi où son curé Francis Ayliès invite des spectacles, on a d’abord pu voir en boucle,  de très émouvantes images noir et blanc de Sigma 67 : des jeunes, allongés, écoutent  un concert. Et ensuite, a été diffusée la célèbre Messe pour le temps présent de Pierre Henry (composition électro-acoustique) et Michel Colombier (écriture instrumentale). Une commande de Maurice Béjart pour la création d’un spectacle au festival d’Avignon 67, repris en 68. Neuf tableaux: Le Souffle, Le Corps, Le Monde, Mein Kampf, La Nuit, Le Silence,L’Attente. Le morceau le plus attendu était devenu culte et l’est encore: Psyché Rock avec cloches, flûtes, cuivres, guitare, basse, batterie mais aussi musique électronique et a été ensuite joué ans le monde entier… Inspiré par les chansons Wild Thing des Chip Taylor et Louie Louie de Richard Berry, compositeurs américains.

Soixante ans après, Messe pour le temps présent sonne toujours aussi juste. Ici, avec des chorégraphies à la fois très précises et sensuelles. Pour l’acte I,  celle de Sophie Dalès, directrice artistique et pédagogique du cursus contemporain de l’Académie Vanessa Feuillette à Bordeaux. Avec Elie Laurent, Maé-Lou Nantur, Milo Dossavi, Romane Sellas, Luison Thomas, Nina Garnung, Lina Toubti, Mélissa Dupuc et Elsa Sanchez,. L’acte II étant chorégraphié et dansé par le collectif Luila Danza Project. Avec, pour l’une et l’autre partie, de jeunes danseuses tout à fait  remarquables. Une soirée gratuite (il y avait une corbeille à la sortie pour les frais), simple et chaleureuse, suivie par deux cent personnes dont plein de jeunes gens, ravis de découvrir cette « messe » dont leurs grands-parent avaient dû leur parler! Vin chaud offert à la sortie…

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©x  le célèbre dôme. de R. Buckminsnter Fuller

Le vendredi, mais nous ne pouvions être là, à Caudéran aux Glacières de la banlieue, vernissage de l’exposition Le Futurisme en architecture, des années 60 aux année quatre-vingt, était présentée par le Groupe des Cinq. Une invitation à plonger dans l’architecture futuriste des années soixante et-soixante-dix quand Sigma émergeait. Et dans le même .
esprit de contre-culture, en y introduisant des notions telles que la sociologie, l’art, l’improvisation, la technologie ou le paysage.. Avec entre autres Osacr Niemeyer, Kisho Kurokawa, Ricahrd Buckminster Fuller, Yona Fredeman…Ce mouvement d’avant-garde, parce-qu’il est resté très théorique (peu de projets ont été réalisés) a permis de pousser les concepts à leur maximum e ta été une grande source d’inspiration pour les générations d’architectes qui se sont succédé depuis. Pierre Hurmic, maire de Bordeaux, vint  voir cette exposition.
Dans le même lieu, eurent lieu aussi des performances de Marilyn Duras et un carte blanche a été offerte à Bagheera Poulin, accompagnée par Emmanuel Ventura. Un jeune poète, Pierre-Nicolas Marquès lut Howl d’Allen Ginsberg, écrivain de la « beat generation »

Enfin le samedi soir, au café Zig Zag, cours de l’Argonne, furent fêtés au cours d’un Zigmarmite, cet anniversaire de Sigma avec soixante bougies sur un gâteau au chocolat et lectures, musiques et performances d’artiste bordelais.

© x Un débat avec de gauche à droite: Gérard Gélas, Jean-Marie Serreau, Lucien Attoun, A.L. Perinetti et Ph. du Vignal

© x Un débat avec de gauche à droite: Gérard Gélas, Jean-Marie Serreau, Lucien Attoun, A.L. Perinetti et Ph. du Vignal

Sigma, du nom de la lettre grecque Σ (S) comme semaine a été créé en 65 à Bordeaux -à l’époque, très bourgeoise et fermée à l’art contemporain- par Roger Lafosse avec l’aide de Jacques Chaban-Delmas, alors maire, enthousiaste devant ce projet. Elle avait lieu tous les ans en novembre. Il pleuvait donc souvent et les hôtels avaient beaucoup vécu. Un patron nous avait dit un jour: « Les Parisiens sont toujours pressés et s’ils veulent avoir un bain, ils peuvent quand même attendre dix minutes, que l’eau coule chaude! Message reçu! Et qu’importe, il y avait du bon vin, lui servi bien chaud dans les bistrots du vieux quartier de Meriadeck -hélas aujourd’hui détruit et remplacé par de laids immeubles en béton… Ce festival avait aussi parfois lieu au cours de l’année jusqu’en 96 dans le centre-ville. But : être le reflet de la création d’avant-garde en musique, danse, théâtre, chanson, cinéma, arts plastiques, architecture, design… en France, Europe mais aussi aux Etats-Unis. A fin de la décennie qui l’avait vue naître, Sigma avait acquis une réputation absolument internationale, avec, à la clé, quelques mini-scandales…

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©x Antigone par le Living Theater

Ce fut pour nous, jeune critique, un festival sans comparaison possible, même avec celui d’Avignon… Il y avait chez Roger Lafosse, une remarquable volonté affirmée de bousculer les codes établis, en théâtre comme en musique, et dans les autres arts.  Et nous en avons gardé plus de cinquante après, de grands souvenirs… Il faisait venir des compagnies, comme entre autres, des Etats-Unis comme le Living Theater dirigé par Judith Malina et Julian Beck aux revendications politiques très claires (voir ci-dessous) Meredith Monk, à la fois chanteuse, chorégraphe… Et à Sigma 7, en 71, arrivait Cockstrong du Playhouse of the Ridiculous de John Vaccaro que Jérôme Savary avait bien connu à New York et qui l’inspira.

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Peu de texte et des chansons assez crues, en slang (k’argot new yorkais, donc incompréhensible pour le public français.  Et, avec des images sexe surprenantes: une jeune et belle actrice, juste en gaine et bas noirs,  se masturbait sur un coin de table et, à la fin, un énorme phallus éjaculant sur le public, ravi à Bordeaux et à Bruxelles…Où des ligues morales, devant le succès au Théâtre 140 dirigé par l’excellent Jo Dekmine, intentèrent à John Vaccaro un procès pour pornographie auquel nous avions assisté. Après deux jours entiers, il fut symboliquement condamné.

 

Côté français, Farid Chopel avec Ged Marlon, le cirque Alligre devenu Zingaro, etc. Et aussi des bordelais: Guy Lenoir, Jacques Albert-Canque…Nous connaissions la plupart de ces artistes mais, à chaque fois, c’était un grand plaisir théâtral et ces créations surprenaient toujours un public, en général très jeune et enthousiaste. Le théâtre était  d’avant-garde avec, entre autres, La passion selon Sade, mise en scène de Sylvano Bussotti et le Living Theatre, dirigé par Julian Beck et Judith Malina, avec Antigone, d’après Sophocle et Brecht et leur célèbre Mysteries and small pieces, puis Frankenstein. Des spectacles dérangeants sur fond de guerres, génocides, tortures, famines. Julian Beck donnait la primeur de leurs spectacles à Roger Lafosse. En 68, le maire Jacques Chaban-Delmas, vu les les événements en mai à Bordeaux: occupation du Grand Théâtre, nuit de barricades… préféra annuler ce festival. Mais les Pink Floyd joueront à l’Alhambra en février 69. Et viendra en mai, le fameux Bread and Puppet Theatre, avec ses grandes marionnettes géantes et un nouveau merveilleux spectacle The Cry of the people for meat. (photo ci-dessous.)

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L’année suivante, l’Open Theatre new yorkais de Joe Chaikin créa Terminal qui se passait dans un hôpital avec partout, la maladie, l’agonie et la mort. Oratorio concentrationnaire de Jean-Philippe Guerlais, Irène Lambelet et Numa Sadoul qui présentent un spectacle sinistre avec cris, agonies, etc. et  énonciation  des tragédies du XX ème siècle: Verdun, Hiroshima, Auschwitz, Dachau, Treblinka, Mauthausen…
Les jeunes compagnies invitées ne faisaient généralement pas dans le comique!

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Sauf le Grand Magic Circus de Jérôme Savary qui fut un des piliers de Sigma, avec Chroniques coloniales ou Les Aventures de Zartan, frère mal-aimé de Tarzan et Les derniers Jours de solitude de Robinson Crusoé: humour cinglant, burlesque permanent, belle filles presque nues, décors en toile peinte, gags faciles mais efficaces, mauvais goût revendiqué… Le Magic Circus connaîtra à Bordeaux le même immense grand succès qu’à Paris. Roger Lafosse faisait entièrement confiance à Jérôme Savary qui, nous avait-il dit, avait répondu à son appel en prétendant avoir quelque chose sur le feu. Bien entendu, il n’avait rien de précis mais passa deux jours à écrire le scénario d’un spectacle. Une autre époque… A Sigma 8, en 73, son Pierre de Coubertin est joué au Palais des sports à Bordeaux, un lieu qui, lui,  existe toujours. 

Après Sigma 5 (1969), le jeune Bordelais Guy Lenoir mit en scène Les Mamelles de Tirésias, puis l’année suivante L’Empereur de Chine, puis avec Yvon Blanloeil et GilbertTiberghien, 1983. Puis il créa spectacle itinérant en bus puis sur les bords de la Garonne, avec moules cuites sur un feu de bois et coup à boire… Deux ans plus tard, le Fénoménal Bazaar Illimited (F.B.I.) présenta aux entrepôts Lainé Monopolis de Guénolé Azerthiope et Roland Topor, avec scènes de tortures dans les commissariats, casernes et prisons avec cris, giclées de sang…. On put aussi voir La Mort de Bessie Smith d’Edward Albee, mise en scène de Jean-Marie Serreau, formidable découvreur…
En 75, le Living Theater revenait avec La Tour de l’argent où était dénoncé avec une virulence exceptionnelle, le capitalisme américain dans le monde… Le public étant assis tout autour d’un haute tour où évoluaient les acteurs, il y a cinquante ans et c’est pourtant encore si présent à notre mémoire. 

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Les Mirabelles, compagnie de travestis qu’avait invitée Jean Digne-un fidèle de Sigma- à Aix, ville ouverte aux saltimbanques, présenta, en 77, Les Contes de la dame blanche, décors de Tardi!  avec ogres, vampires et…. travestis.  Roger Lafosse s’intéressait aussi aux solos: Farid Chopel créa Chopélia et, en 80, cette fois avec Ged Marlon, un merveilleux spectacle, Les Aviateurs. En 79, Jean-Paul Farré interprète Dieu de Pierre Henry et Le Farré sifflera trois fois. Et nous n’oublierons jamais Zouc avec L’Alboum de Zouc. de cette exceptionnelle artiste suisse…avec des sketches qui la révéleront et où elle interprétait des personnages en partie issus de ses observations en hôpital psychiatrique. Physiquement très diminuée à la suite d’une maladie nosocomiale, elle a maintenant soixante-quinze ans.
Sigma 11 en 81, le Cirque Aligre, avec cinq garçons genre punk dont Bartabas, montreur de chevaux et Branlotin, avalant une souris devant un public horrifié.. Puis, l’un d’eux enlevait une spectatrice (une complice?) qu’il dénudait et plaçait sur un cheval au petit galop… Trois ans plus tard, Bartabas créera  Zingaro avec chevaux et musique tzigane. Il sera toujours reconnaissant à Roger Lafosse de l’avoir soutenu.

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En 90, le Royal de Luxe joue place des Quinconces, sa merveilleuse Véritable histoire de France et, cinq ans plus tard devant la base sous-marine Peplum  avec deux pyramides, un sphinx parlant et crachant de la fumée, un piano lancé par une catapulte, devant quelques milliers de spectateurs. « On fait un théâtre populaire et on y tient, disait Jean-Luc Courcoult, il faut rester dans la rue et que ce soit gratuit. »
Plus tard, en 91 arrivera Metal clown de la compagnie Archaos qui retraçait avec des images symboliques, l’histoire de l’esclavage et l’invasion de l’Amérique du Sud par les conquistadores. Odeurs d’essence et de poudre. torches, clowns avec boucliers de tôle ondulée,  tronçonneuses, lance-flammes, motos en marche avec acrobates casqués, violoniste avec scie électrique sur le rock des Thunder Dogs Puis mais moins convaincant:  sur des praticables à roulettes, les acteurs espagnols de la Fura del Baus déchirent avec leurs dents  des viscères d’animaux, s’aspergent de sang. 
Roger Lafosse avait un sûr instinct et avec beaucoup de travail en amont, il  se trompait rarement…Il invita ainsi Jan Fabre alors très peu connu… Bref,  grâce à lui, à chaque édition de Sigma, le public bordelais mais pas que, découvrait tous ces artistes devenus souvent vedettes internationales ! Il y avait bien des esprits chagrins reprochant à Roger Lafosse telle ou telle programme moins réussi. Mais aucun festival en France, même celui d’Avignon, n’offrait une telle diversité et n’accueillait de si nombreux artistes étrangers.
Une piste cyclable sur les bords de la Garonne devrait bientôt recevoir le nom de Roger Lafosse, lui qui aimait tant le vélo… C’est la moindre des choses. Merci à Guy Lenoir et à toute cette équipe d’avoir su fait évoquer Sigma, une histoire exceptionnelle dans l’histoire du spectacle en France…

(A suivre)

Philippe du Vignal

Le soixantième anniversaire du festival Sigma a eu lieu à Bordeaux les  6, 7 et 8 novembre.

 

Les cantiques du corbeau, texte et mise en scène de Bartabas

Les Cantiques du corbeau, texte et mise en scène de Bartabas

Conçu par l’architecte Patrick Bouchain et Jean Harari, le Théâtre équestre Zingaro installé au Fort d’Aubervilliers depuis 89 ! grâce à Jack Lang, alors ministre de la Culture et de Jack Ralite, formidable maire d’Aubervilliers, mort en 2017  (voir Le Théâtre du Blog).

©x l'accueil avec café-restaurant

©x L’accueil avec café-restaurant

Une architecture en bois réalisée pour que Bartabas puisse travailler avec ses chevaux et ses artistes. Et un lieu de création exceptionnel pour les spectacles de Zingaro et de vie pour la troupe et l’administration. C’est resté un lieu magique avec, comme un décor de spectacle quand on entre dans le grand et beau hall : anciennes affiches, tapis au sol, vieux meubles… Puis on suit un long couloir au parquet de bois avec un mur où sont collés des centaines de vieux livres. Bartabas aura réalisé son rêve: »La discipline artistique que nous avons créée plus tard, le théâtre équestre, n’existait pas. Nous venions de nulle part, nous ouvrions une nouvelle voie, sans forcément savoir laquelle. Nous vivions au présent, il n’était alors question ni de projets ni d’avenir.” Zingaro est connu dans le monde entier et Bartabas dont nous avons vu les premiers spectacles en 77 !! C’était dan le off d’Avignon sous un petit chapiteau devant les remparts (une autre époque!). A soixante-huit ans, il est chevalier du Mérite agricole, des Arts et lettres, du Mérite et de la Légion d’honneur. Bon…

Ici, il veut marquer une coupure: « Ce n’est pas du théâtre, pas un récital lu, pas une lecture ; les comédiens incarnent les textes sans les jouer. C’est une forme assez exceptionnelle, assez rare ». Adapté d’un texte écrit pendant le covid, ces Cantiques du corbeau tiennent d’un « memento mori » et l’incipit du livre est clair: «A celles qui m’ont enfanté et qui errent sans sépulture. » Et dans une courte préface Bartabas évoque  une danse de corbeaux, d’oiseaux noirs, puis d’oiseaux sombres. Et presque dans chaque chant, une obsession : la mort qui le saisit, la mort qu’il voit surgir et dans le sixième chant : «Seule la mort fait de moi leur égal. Comme eux, je suis mortel, déjà mort, destiné à la mort/Comme eux je vis pour la mort. Doué d’une énergie éternelle, c’est toujours elle qui triomphe : elle est immortelle. Et plus loin : « Tous sont morts sous le choc de la roche. » « Je mangeais ma mort. « La mort surgir dans l’extase. » « Il implorait la mort sans la craindre. » »La chauve-souris de la mort. » « Domestiquer la mort. » « La mort sur mon dos. »  Et les derniers mots de ce recueil sont clairs : « Abandonner notre désir de vie et faire de la mort, l’issue volontaire, reste le privilège des hommes.

© Sacha Goldberger

© Sacha Goldberger

C’est d’abord un récital à plusieurs voix que les spectacles équestres créés par Bartabas jusque-là presque silencieux. Mais dans les vingt-deux courts chants de ce recueil, où il y a toujours  la  présence d’animaux, oiseaux et insectes Et cela vaut le coup de les citer: rossignol, merle, pie, hiboux, rouge-gorge,  corbeaux, vautour blanc, cerf, rhinocéros, ours, serpent, chauve-souris, buffles, gnous, boa, outardes, hyènes, cormorans, lionnes, loups, poissons munis de crocs, antilopes, coq de bruyère, écureuils, fourmis, éohippus blanc, zèbres, gazelles, chiens, chiennes, chiots, papillon, louves et loups, tigres, éléphants, lémuriens, mouflons, œufs d’albatros, baleine à faons, lucioles, python, hippopotame, dindons, buffles, sangliers, loirs, taupes et mulots aveugles. Le vingt-deuxième chant verra ressurgir l’oiseau noir… et  à la fin, un des mots sera le cri victorieux du corbeau.  

Une véritable arche de Noé et il évoque longuement les rapports de l’homme avec eux et avec la Nature, les arbres, les plantes et entre autres, la lune qui le fascine et dont il parle souvent… Mais le mot: cheval quatre fois seulement et juments, une fois. Mais l’image du corps humain ou animal revient obsessionnellement: « mon corps », « corps sans objet », vitesse de mon corps », « une vie dans un corps sans chair ni sang », « sans écouter mon corps » « souffrance du corps »,  » mon corps ne pèse plus »,  » tout son corps en alerte », assemblage de corps durable, « ressemblait plus à une âme qu’à un corps » Et la lune sera évoquée une dizaine de fois.

Quand nous avions rencontré Bartabas l’an passé à la célébration du cinquantième anniversaire d’Aix, ville ouverte aux saltimbanques (voir Le Théâtre du Blog) créée par Jean Digne, notre ami commun, hélas ! très malade, il nous avait dit qu’il souhaitait faire un nouveau spectacle en rupture avec les précédents et c’est tout à son honneur, d’avoir voulu se renouveler. Dans ces vingt-deux chants qui sonnent parfois comme un adieu, Bartabas nous invite à un voyage qui commence à partir d’une bactérie, par la naissance de l’être humain dans l’eau et sur la terre… Mais il y aura toujours un corbeau, symbole de mort, omniprésent et, en guise de conclusion : «J’ai bien su mourir en prenant tout mon temps. » Et: « Abandonner notre désir de vie et faire de la mort l’issue volontaire, reste le privilège des hommes. »

Dans ce grand cirque rond tout en bois et chaleureux avec de petites tables où sur chacune,il y a une petite lampe à bougie, quelques biscuits à la cuiller et une bouteille de vin chaud, le public est assis autour d’une scène couverte de quelques cms d’eau, entourée d’une piste étroite.  Avec d’abord, histoire d’annoncer la couleur, un beau cheval blanc mené par une cavalière au long nez noir crochu galopant sans arrêt avant le début du spectacle  : impressionnant.
Sur une petite estrade en hauteur, vont se succéder narratrices et narrateurs, debout et en longue tunique noire, pour dire chacun debout et à tour de rôle, un ou plusieurs des vingt-deux Cantiques du corbeau : NaissanceUnionMétamorphoseRésurrectionSacrificeTranshumance… et à la fin : Dernier voyage.

© Sacha Goldberger

© Sacha Goldberger

De chaque côté de cette estrade, neuf musiciens -grosses perruques blanches et certains coiffés de grandes cornes- d’un impeccable orchestre de gamelan balinais, avec gongs, balafons et flûtes alternant avec ces récits et des images d’une immense beauté au centre d’inspiration surréaliste mais beaucoup trop fugitives. Comme cet homme en noir avec un ensemble de neuf torches. Ou, en duo avec un grand athlète-bouc, les bras tatoués ou entourée de personnages de gamelan, Perrine Mechekour, impeccable actrice de petite taille, qu’on avait vue dans Damön, El Funeral de Bergman d’Angélica Liddell et fidèle de Bartabas, entre autres, dans Cabaret de l’exil, Femmes persanes.

© Sacha Goldberger

© Sacha Goldberger Perrine Mechekour

Il y a aussi les magnifiques chevaux de Zingaro faisant quelques tours avec leurs cavaliers aux costumes et masques de toute beauté.  Ici, tout est d’une remarquable précision. Coordination entre les chevaux sur la piste, récit, les images au centre, musique en direct,  lumières… il n’y a pas la moindre erreur durant ces presque deux heures… Un impeccable travail et Bartabas qui, en coulisses, reste très vigilant, viendra saluer discrètement.
Costumes, maîtrise des chevaux, musique et direction d’orchestre, extrême beauté des images:une femme ou un homme? au galop avec un torche enflammée.  Bartabas a sans aucun doute un incomparable métier de cavalier et montreur de chevaux. Mais ces Cantiques du corbeau sont un spectacle décevant !

La faute à quoi. Soyons clairs: une dramaturgie médiocre et à un manque d’unité.  A la lecture, il y a de beaux moments dans ce texte incantatoire sur la naissance, la mort, la nature, les animaux dont Bartabas, semple plus proche des humains… Il avait écrit D’un cheval l’autre, d’inspiration autobiographique, un livre tout à fait intéressant mais ici, il a du mal à concilier le texte avec le reste du spectacle qui manque de cohérence. » Ce que je pense à dire avec mon corps, je le dis avec des mots. » Et ces chants sont  une sorte de préalable aux images…
Oui, mais, désolé, Bartabas n’est pas vraiment un directeur d’acteurs et les interprètes, absolument statiques, disent ces vingt-deux textes munis de micros H.F., de façon linéaire et inégale. Ici, le texte prend trop de place et, à cause de l’alternance systématique entre très courtes images, moments de musique, rapides tours de piste des chevaux, l’ensemble, pourtant parfaitement coordonné, devient lassant.
La dernière image est sinistre mais pourtant de toute beauté : un cavalier au galop à tête de mort, suivi de quatre plus petits chevaux blancs avec, dessus chacun, un squelette d’adolescent... Et, à la toute fin, surprise… comme pour mettre un peu d’humour, arrivent dix belles oies blanches comme celles déjà vues ici dans un spectacle il y a vingt ans…. Histoire de freiner le temps? Ou de donner du temps au temps au temps comme le disait l’immense Miguel de Cervantes? Bartabas insinue que ce spectacle pourrait être le premier d’un nouveau cycle…
Mais s’il évolue comme celui-ci vers une autre conception du travail équestre, il mériterait une meilleure mise en scène. Reste des images d’une beauté remarquable créées par Bartabas comme seul avec lui, Bob Wilson disparu il y a quelques mois. Mais le public a toujours raison, et pour ces Cantiques du corbeau qui ont de grandes qualités, les applaudissements étaient bien frileux… Dehors, près du chapiteau, le froid glacial ne résistait heureusement pas à un grand feu de palettes et cela faisait du bien.  Voilà, c’était samedi  une soirée chez Zingaro… A vous de voir si cela vaut le coup

Philippe du Vignal

Jusqu’au 31 décembre, Théâtre équestre Zingaro , 176 avenue Jean Jaurès, Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). T. : 01 48 39 54 17.

Vendredi, texte, jeu et mise en scène de Nicolas Verdier, avec la complicité de Serge Bagdassarian de la Comédie-Française et Carole Allemand

Vendredi, texte, jeu et mise en scène de Nicolas Verdier, avec la complicité de Serge Bagdassarian, de la Comédie-Française et Carole Allemand

Un monologue inspiré du célèbre Robinson Crusoé de Daniel de Foé, naufragé sur une île déserte qui, après bien des années, a rencontré Vendredi et qui l’a éduqué. Mais Robinson est parti depuis longtemps et maintenant seul, Vendredi attend la venue d’autres naufragés avec qui il va essayer de tisser un lien : ici, le public qu’il retrouve sur une plage. Il cherche le contact et l’obtient vite quand il parle de ses croyances.

 

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Habillé d’un pantalon et d’une chemise en toile qui ont plus que vécu, et de sandales usées, il a des cheveux très noirs hirsutes, un visage blanc et un nez pointu qui fait penser à celui de Pinocchio. Absolument insolite et en même temps crédible -pas si fréquent et qui appartient à l’art du clown…Il nous parle de sa vie et de ses croyances et de temps en temps, interprète (voix et musique off) une petite chanson en s’accompagnant… d’une calebasse-guitare avec quatre ficelles en guise de cordes. Il jouera aussi un air de clarinette.
Scénographie aussi intelligente que raffinée conçue par lui-même: voiles de bateau en loques et, au centre, une petite mais somptueuse cabane. Le texte est souvent léger mais Nicolas Verdier qui a travaillé avec Valérie Christian Hecq -présent ce soir-là- dans ces merveilleux que sont
Le Voyage de Gulliver et 20.000 Lieues sous les mers ( voir Le Théâtre du Blog) s’en sort bien grâce à une indéniable présence… Il réussit à faire rire le public avec une gestuelle étonnante et à imposer un personnage clownesque qui fait penser à celui qu’avait créé Slava, cet artiste russe qui, avec son théâtre Licedei, avait enchanté le public du monde entier dans les années quatre-vingt. Sans doute, Nicolas Verdier aurait-il intérêt à nuancer davantage le ton de sa voix -trop uniformément rauque, là, il y a encore un peu de travail- mais ce spectacle d’une heure qui passe très vite, est déjà prometteur et il faudra le suivre…

Philippe du Vignal

Uniquement les vendredis 31 octobre ; 7, 14 et 21 novembre.Et les 5 et 12 décembre à 19 h, Théâtre La Flèche, 77 rue de Charonne, Paris ( XI ème) . T. : 01 40 09 70 40.77 

Exposition de la compagnie Atomik Family à la Maison de la magie Robert-Houdin à Blois


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xposition Magie foraine à la Maison de la magie Robert Houdin, à Blois

 «Apparues aux origines de l’art, les figures de l’étrange et de la monstruosité, dit son commissaire, Frédéric Dautigny, sont un répertoire inépuisable, riche de significations et magie. Barnum les a ensuite rendues célèbres. Sous de petits chapiteaux: des «baraques», on proposait des spectacles au pittoresque et aux scènes remarquables, au-delà de toute description…

©  Nicolas Wietrich

© Nicolas Wietrich

L’histoire commence en octobre, l’an passé à Blois, voisine des plus beaux châteaux français et dont les habitants sont gens de bon sens, doués pour le rêve et peu sceptiques… Mais depuis 98, le fantastique et la magie ont envahi la ville avec un musée, la Maison de la magie Robert Houdin. Arnaud Dalaine, metteur en scène et directeur de ce musée m’appelle et voudrait savoir ce que sont mes attractions foraines proposées lors d’animations du Freaky Circus et dont on lui a parlé. Il m’explique son projet d’exposition sur l’univers féerique et coloré de l’art forain, un monde où magie et création émerveillent petits et grands. Arnaud est un fin négociateur et on se comprend tout de suite…
Je collectionne les bizarreries, curiosités, singularités humaines et animales depuis trente ans et elles produisent chez la plupart des gens, frissons et émerveillement. Je propose à Arnaud de mettre ma collection à sa disposition. Heureux de faire partie de cette nouvelle aventure, je prends rendez-vous avec lui en Avignon où j’expose toute l’année au Tarot Créatif, des artefacts magiques et entre-sorts… Il choisit des pièces et découvre les coulisses d’un art longtemps considéré comme mineur mais pourtant riche de savoir-faire, poésie et invention. Il choisit chacune avec précision, pour raconter l’histoire des fêtes foraines, avec saltimbanques, montreurs de phénomènes, jeux de foire, spectacles ambulants…

Cette exposition exceptionnelle retrace l’histoire de ces arts forains grâce à une collection unique d’affiches, objets, photos de monstres, installations mêlant patrimoine, émotions et spectacles vivant. Elle fait renaître des artistes talentueux qu’on pouvait rencontrer dans les «baraques à boniments». À travers une célébration du divertissement, c’est tout un pan de notre mémoire qui reprend vie; l’inauguration en avril dernier a été un véritable succès  les trois premiers mois, le musée a affiché une fréquentation record.
Entrez, entrez… sous un chapiteau imaginaire où les lumières vacillent comme des étoiles et où le temps suspend son vol. L’art forain est un divertissement mais aussi un langage oublié, celui des couleurs qui chantent, des bois sculptés qui murmurent, des automates qui s’éveillent, à la tombée de la nuit….
Un monde à part: le merveilleux s’y invite au quotidien et les rires des enfants se mêlent à la nostalgie des parents. Les miroirs y reflètent nos rêves enfouis et les baraques peintes racontent en silence des histoires de fêtes et voyages en liberté. Chaque objet est un fragment d’enfance, la mémoire des fêtes foraines et un battement de cœur venu d’hier.£
Laissez-vous guider par la musique d’un ancien orgue  de barbarie… Elle vous mènera dans un univers où le réel flirte avec le fantastique, où l’artisan devient magicien et où chaque tour est une promesse d’évasion. Bienvenue dans l’art forain, ce théâtre de la joie nomade, ce musée vivant. Merci à tous ceux qui, chaque jour, dans ce temple, font vivre la magie. »

Sébastien Bazou

Exposition Magie Foraine jusqu’au 4 janvier, Maison de la magie Robert Houdin, Blois (Loir-et-Cher). Conférence de Frédéric Dautigny, le 19 septembre.

 

 

 

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