Not quite Midnight, chorégraphie d’Hélène Blackburn

 

Not quite Midnight, chorégraphie d’Hélène Blackburn

Damian Siqueiros

Damian Siqueiros

Les pendules sonnent pour une journée pas comme les autres : aujourd’hui, le prince donne un grand bal et choisira sa princesse. La marâtre et les deux méchantes sœurs de Cendrillon se préparent pour y aller et laisseront Cendrillon à la maison mais sa bonne fée vient lui donner un coup de main et c’est elle qui dansera le pas de deux idéal avec le Prince. Jusqu’aux douze coups de minuit. Suspense : chaque heure apporte ses nouveaux visiteurs, et ses nouvelles craintes…

La chorégraphe québécoise Hélène Blakburn (si francophone qu’elle ose donner un titre en anglais à sa création !) emmène sa troupe de virtuoses, la compagnie Cas Public, dans un ballet inspiré de Cendrillon, mais ni illustratif ni narratif. Avec les compositeurs qui ont mis le conte en musique, elle cherche plutôt l’émotion, la dynamique de chacun des moments. On a toujours envie de rappeler que le mot vient  du latin movimentum : impulsion. Les  interprètes ont une maîtrise impeccable du vocabulaire des danses classique et contemporaine. Le tout sans forcément sourire, mais avec la décontraction de ceux qui «en ont encore sous le pied».

Les garçons dansent en grand jupon, et la fée est un géant qu’on verrait plutôt en bûcheron. Les filles, minoritaires, jouent à armes égales. Tous inventifs, vifs comme des souris, puissants et drôles, ils prennent le public et leur art au sérieux. Mais, pour qu’ils ne se prennent pas trop au sérieux, Helen Blackburn leur a adjoint, pour de courts passages, des enfants avec qui ils ont pratiqué des ateliers. Jeux avec la lumière, petits pas de deux et portés attendrissants : concentrés, ils s’appliquent à suivre leurs partenaires, avec une admiration et une modestie palpables. Pas singes savants pour un sou et tout à leur joie furtive, ils apportent fragilité et naïveté aux danses virtuoses des adultes. Et comme dans Cendrillon, ce sera une affaire de souliers…  Dès le prologue, on verra les enfants, au milieu de légères maisons de poupées, faire comme toutes les petites filles : essayer de marcher avec les chaussures à talon haut de maman ! Ceux-là brillent, les danseurs en essaieront d’autres : chaussures, chaussons à pointe  ou seront pieds nus, tant le rebond change avec ce qui touche le sol et invente à chaque fois une danse nouvelle.

On avait vu ici, au Tarmac, Suites curieuses d’après Le Petit Chaperon Rouge, par la même compagnie et chorégraphiée aussi par Hélène Blackburn, avec les images animées, pleines de charme et d’humour, de Marjolaine Leray. Un régal pour les enfants et un enchantement pour les parents. Mais le spectacle aura été peu vu.

Le Tarmac, Scène Internationale Francophone  offre donc aussi des spectacles sans paroles. Et on discernera ici des gestes empruntées à la Langue des Signes. L’avenir reste très incertain : l’ancien Théâtre de l’Est parisien étant attribué à Théâtre Ouvert dont le  bail, Cité Véron n’est pas renouvelé, et qui partage avec le Tarmac le goût des écritures francophones du monde entier.

La programmation continue jusqu’en mai prochain avec des spectacles venus d’Afrique, de Méditerranée, des Antilles, d’Europe, du Québec. Danse et théâtre vont se succéder, à chaque fois pour quelques représentations. Et  d’abord, du 9 au 11 janvier, 2147, Et si l’Afrique disparaissait de Moïse Touré et Jean-Claude Gallotta, une création  réunissant des artistes venant de Côte d’ivoire, Mali, France, Bénin et Burkina-Faso. Cela vaut la peine d’aller trouver l’Afrique et le monde, avenue Gambetta…

Christine Friedel

Le Tarmac, 159 avenue Gambetta, Paris XIX ème. T. : 01 43 64 80 80.

 

 

 


Archives pour la catégorie Danse

Giselle, chorégraphie de Dada Masilo, musique de Philip Miller

 

giselle

photo © Stella Olivier

Giselle, chorégraphie de Dada Masilo, musique de Philip Miller

 Après Swan Lake et Carmen, des spectacles salués partout, Dada Masilo adapte à nouveau un classique, Giselle, où elle danse le rôle-titre. Giselle et les Wilis avait été créée en 1841 à Paris sur un livret de Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges et Théophile Gautier. Avec une chorégraphie de Jean Coralli et Jules Perrot modernisée par Marius Petipa en 1887; depuis, ce ballet a inspiré nombre d’artistes dont Mats Ek pour le Ballet Cullberg en 1982, qui l’avait dépouillé de son romantisme et a créé une version d’un réalisme noir.  

 La chorégraphe sud-africaine avoue aimer les belles histoires. Elle a conservé le poétique magique de l’argument originel mais l’a transformé à l’aune du féminisme. Giselle, une jeune paysanne séduite par un duc, Albrecht, dédaigne un garde-chasse, malgré les récriminations de sa mère, Hilarion. Quand son amoureux de duc la trahit pour épouser la princesse Bathilde, elle perd la raison et meurt. Elle rejoint alors les Wilis, ces fantômes de jeunes filles mortes de chagrin d’amour. Mais ici loin d’être des âmes en peine, elles réclament vengeance et ne pardonnent pas, comme dans le livret initial. Giselle se joint au cortège et, armée d’un fouet, tue l’infidèle. Juste revanche, au nom toutes les femmes bafouées !

 Dada Masilo nous transporte dans la campagne en Afrique du Sud, avec ses travaux des champs et ses cérémonies rituelles. En fond de scène, d’élégants dessins en noir et blanc de William Kentridge  évoquent un paysage de marais et de landes. Sur le plateau nu, douze danseurs aux costumes stylisés de David Hutt et Donker Nag Helder. Dans ce chœur de paysans, les  protagonistes changent d’habit à l’occasion. En Giselle, Dada Masilo, d’abord parmi les siens, comme eux ployant l’échine sous les travaux agrestes, s’élance avec grâce pour un duo amoureux avec Albrecht (Xola Willie). A l’acte II, la cohorte des Wilis, vêtues de rouge par Songezo Mcilizeli et Nonofo Olekeng, se déploie, tribu redoutable d’hommes et de femmes, sous les ordres de Myrtha, leur reine, devenue ici un féroce sorcier africain, brillamment incarné par Llewellyn Mnguni. La puissance des mouvements traduit une colère profonde.

 Soutenue depuis ses débuts par la Dance Factory de Johannesburg dirigée par Suzette Le Sueur, cette chorégraphe et interprète exceptionnelle invente, à partir de sa formation classique, une  grammaire gestuelle qui emprunte à la fois à la danse contemporaine et à celle de son ethnie, les Tswana. La musique de son compatriote Philip Miller s’inspire librement de la partition d’Adolphe Adam mais il a ajouté harpe classique, violoncelle, violon, voix et des percussions africaines qui rythment les déplacements du chœur et dopent ce ballet effervescent.

Les interprètes, de haut niveau, conjuguent habilement tous les styles de danse, avec des mouvements d’ensemble rigoureux et fluides. La liberté des corps sculptée dans des postures stylisées et leur gestuelle altière soulignée par la mobilité des bustes et des dos, font de cette pièce un spectacle éblouissant… Créé en 2017 à Oslo, Giselle a été programmé à la Maison de la Danse de Lyon. Une artiste à découvrir et un événement à ne pas manquer.

 Mireille Davidovici

 Spectacle vu à Bonlieu-Scène nationale d’Annecy, le 13 novembre.
Les 21 et 22 novembre, la Rampe à Échirolles (Isère).
Du 13 au15 décembre, Pavillon Noir, à Aix-en-Provence; du 18 au 21 décembre, Grande Halle de la Villette, Paris XIX ème.
Du 27 au 29 mars, Comédie de Valence (Drôme).

L’artiste et son monde, Une journée avec Ohad Naharin.

L’artiste et son monde, Une journée avec Ohad Naharin.

©Jean Couturier

©Jean Couturier

Denis Lavant était l’invité surprise d’Ohad Naharin, pour cette journée consacrée au chorégraphe israélien. Avant ce temps d’échange entre les deux artistes, coordonné par Sonia Schoonejans et Didier Deschamps, un atelier «Gaga Classe» s’est tenu dans la matinée. Denis Lavant raconte : «J’ai débuté par le geste inspiré par l’exemple de Marcel Marceau, quand j’ai voulu passer au verbe, c’était compliqué, du coup mon seul repère c’était l’émotion, Si l’émotion est en phase avec le texte, le texte sort bien». Pour lui, le personnage de théâtre nait dans une relation entre le comédien et l’auteur. Issu du texte, il se compose progressivement en tenant compte des contraintes comme le costume et le lieu. Ohad Naharin explique qu’il a, lui , beaucoup de mal avec le verbe même si parfois un écrit accompagne son œuvre : par exemple celui de Peter Handke dans Naharin’virus, (voir Théâtre du Blog). Pour l’acteur le geste du danseur peut être contrôlé alors que chez lui la parole s’échappe. Questionné sur le fait que son studio est un sanctuaire impénétrable, le chorégraphe répond que toute personne peut y venir du moment qu’il danse. Pour lui chacun a la capacité de danser : «Nous avons tous cette compétence dès l’enfance, le mouvement se transmet par écho dans le corps, avec l’éducation et le passage à l’âge adulte cette capacité se perd, nous avons une tendance à bloquer ce flux émotionnel. Si je suis attendri par un danseur, c’est qu’il a en lui cette faculté de développer cet écho, écho que Denis a bien sûr en lui aussi». Il le montre en invitant deux spectatrices sur le plateau pour quelques mouvements improvisés. Prenant l’exemple d’une pierre que l’on jette, il nous fait ressentir le retentissement du geste dans notre corps, au niveau du bassin et du thorax. 

©Jean Couturier

©Jean Couturier

Selon lui le triptyque nécessaire pour créer comprend, la passion, le pouvoir de l’imagination, et cette compétence de sentir l’écho du mouvement en soi. Les spectateurs ont ensuite assisté à la répétition de Venezuela, un travail de précision et d’écoute de l’autre. Le chorégraphe avoue avec une belle sincérité qu’il tombe régulièrement amoureux de l’interprétation de ses danseurs et ses pièces sont le résultat des récits intérieurs de chacun d’eux. Le public a partagé avec bonheur cette intimité avec l’acte créateur.

Jean Couturier

Théâtre National de la Danse de Chaillot, 1 place du Trocadéro Paris XVI ème, vu le 20 octobre, «Tous Gaga» jusqu’au 27octobre.

Casse-Noisette par le Ballet National de Chine

©Jean Couturier

©Jean Couturier

Casse-Noisette par le Ballet National de Chine.

 

Même si on voit des tutus sur l’affiche, on découvre une version inédite du célèbre ballet, créée au Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg en 1892. Spectacle récurrent des saisons hivernales en Europe, très apprécié du jeune public : une belle manière de lui donner le goût de la danse.  Le parrain de Clara lui offre pour Noël, un soldat de bois dont les mâchoires cassent les noisettes. Transformé en prince charmant, le pantin entraîne l’héroïne, elle transformée en princesse, dans un rêve où elle croise de nombreux personnages dont les fameuses souris.

Le ballet National de Chine avait été accueilli en 2009, avec un autre programme, par l’Opéra de Paris. Créé il y a deux ans à Pékin par sa directrice artistique, Feng Ying, une ancienne danseuse, ce Casse-Noisette nous transporte en plein nouvel an chinois avec des fragments de danses traditionnelles  mais  avec la musique de Piotr Ilyitch Tchaïkovski. Les danseurs chinois ont l’habitude de se présenter à différents concours de recrutement.Quelques troupes indépendantes se sont fait connaître au festival d’Avignon avec un répertoire contemporain (voir Le Théâtre du Blog), mais la technique de ces artistes convient en général mieux au classique. 

Premier acte : à la fête du printemps. Descendent des cintres : pagodes, colonnades stylisées, etc. et  comme les costumes tous exceptionnels, nous invitent au voyage des  masques d’animaux,  et des divinités … Une féérie débordante de couleurs.
Le deuxième acte se déroule dans un Palais de porcelaine : des tutus à traîne, baignent dans une lumière bleutée. Difficile de juger le spectacle dans son ensemble à cette répétition générale. Plusieurs chorégraphes ont en effet réajusté les six tableaux de cette pièce en fonction des trente-cinq mètres d’ouverture du plateau.  Une avant-scène, en amont de la fosse d’orchestre, améliore le rapport scène/salle parfois difficile de cette grande salle. Les solistes paraissent un peu en retrait et le collectif prime. On remarque pourtant dans le corps de ballet, quelques belles individualités à la forte présence scénique. Les soixante musiciens de l’orchestre Pasdeloup et les soixante-dix danseurs sont prêts à surprendre le public.

 Jean Couturier

Seine musicale, Ile Seguin, Boulogne Billancourt j( Hauts-de-Seine) jusqu’au 4 novembre.

 

 

Grito pelao de Rocio Molina et Silvia Perez Cruz

 

Grito pelao de Rocio Molina et Silvia Perez Cruz

Depuis quelques années, Rocio Molina est artiste associée au Théâtre National de la danse de Chaillot et y présente régulièrement ses créations dans une relation de confiance réciproque. Chaque fois, un public fidèle et attentif, est au rendez-vous et sait que chaque spectacle, fruit d’une patiente recherche, posera de nouvelles questions, ouvrira de nouvelles pistes.

L’année dernière, à propos d’Afectos, nous évoquions l’incroyable liberté de Rocio qui la pousse à tout se permettre, quitte à déranger, étonner, émerveiller. Cette fois, Grito pelao que l’on peut traduire par : à cor et à cri, témoigne d’un courage que rien ne peut arrêter et d’une nécessité personnelle impérieuse. « Je danse, dit-elle, ce que je vis, et je vis ce que je danse.» «C’est dans l’erreur que tu peux trouver une surprise, celle que tu cherchais. » Pour elle, prendre des risques, c’est accepter de « se perdre pour se trouver».

Elle explore au plus profond l’univers féminin, le corps, le désir d’enfant, la maternité, la filiation. Ayant enfin pris une décision difficile qui la hantait depuis plusieurs années, elle est enceinte de sept mois d’une petite fille. Ce nouvel état crée des transformations de son corps, bien sûr, de ses moyens physiques et de son esprit. Sur scène, elle partage les diverses  émotions et interrogations de la grossesse, avec sa propre mère, Lola Cruz, invitée pour la première fois à participer au spectacle, et avec  sa partenaire-complice, Silvia Pérez Cruz, elle-même mère d’une petite fille.
L’interprète au chant, puissant ou subtil, accompagne et soutient la danse de Rocio et par moments, danse aussi. Entre elles, parfois en miroir, s’échange un dialogue sonore et gestuel, violent ou douloureux mais  le plus souvent fait de douceur et lenteur : temps hors du temps, de l’attente et de la patience, que requiert la maternité.

L’échange, parlé ou dansé, de Rocio avec sa mère, Lola, est plus complexe. Rocio l’interroge, lui fait part de ses doutes, peurs et angoisses. Puis, lui faisant face, elle s’affirme comme danseuse et femme. Sa mère se tient le plus souvent en retrait, à distance, veillant de loin, discrètement sur son enfant qui la provoque, la bouscule, l’inquiète… Parfois, elles se rejoignent pour danser ensemble, chacune à sa façon, dans une sorte de pas de deux, avec une certaine harmonie. Ou bien, plus proches encore, dans une lenteur fusionnelle, elles inventent ou réinventent des attitudes venues de très loin, comme figées dans le temps, la mère soutenant la fille, puis, à l’inverse, la fille soutenant la mère. Telles des peintures ou sculptures de pietà qui pourraient répondre à la tragique interrogation de Yerma chez Federico Garcia Lorca, qui est en mal de maternité et qu’un désir insensé d’enfant resté sans réponse, fait sombrer dans l’égarement.

Vers la fin du spectacle, parvenue au bout de ce long chemin peut-être initiatique, Rocio se dépouille de ses vêtements et, toujours très lentement, s’immerge, à plusieurs reprises, dans un bassin rempli d’eau. Elle en ressort, ruisselante, rassurée, apaisée, et  prête à mener à terme son attente. Grito pelao, commencé par l’évocation du milieu aquatique avec des  images en fond de scène, finit avec la présence, bien réelle cette fois, de l’eau comme élément féminin, allusion à la vie intra-utérine, protectrice?

Entre temps, sont projetées  d’autres images: certaines sont des échographies de l’enfant qui va bientôt naître, d’autres évoquent le sang… Rocio ne veut rien éluder de ce qui fait la féminité dont une prise de conscience sous tous ses aspects, même les plus intimes, est l’affirmation. Et ce spectacle, qui n’a rien d’exhibitionniste, dépasse le strictement féminin pour aller vers, plus essentielle encore, notre humanité, sans aucune restriction.

Chantal Maria Albertini

 

Le spectacle a été présenté au Théâtre National de la Danse de Chaillot, 1 Place du Trocadéro, Paris XVIème,  du 9 au 11 octobre.

 

Impulso, un documentaire d’Emilio Belmonte

Impulso, un documentaire d’Emilio Belmonte 

jour2fete-impulso-image-1547 En parallèle aux représentations à Chaillot de Grito Pelao, le dernier spectacle de Rocio Molina, (voir Le Théâtre du Blog) sortait un film exceptionnel sur son travail. Emilo Belmonte nous fait pénétrer dans le processus de recherche et de création de Rocio Molina, entourée par ses collaborateurs et complices.  Grâce à  la relation de confiance privilégiée qu’il a su établir avec Rocio Molina et son équipe, le réalisateur réussit à nous montrer le flamenco en travail, de façon sensible, respectueuse et délicate. Il dévoile les aspects les plus secrets, les plus intimes des recherches, improvisations, essais et  répétitions, sans omettre les échecs et la joie éclatante d’avoir enfin trouvé.

La mère de Rocio très émue parle ici de l’étonnement,  mais aussi de la crainte que suscitent en elle le talent prodigieux de sa fille et son besoin de recherche sans fin…  Autre témoignage, celui d’une danseuse gitane très âgée, la Chana, une des dernières références de la danse flamenca, telle qu’elle se pratiquait encore il y a une cinquantaine d’années :  dépouillée et sans fioritures.

Assises sur des chaises rapprochées, La Chana et Rocio se lancent dans un dialogue dansé : le martellement de leurs pieds sur le sol, le mouvement  démultiplié de leurs bras et de leurs mains dessinent et racontent un des secrets du Flamenco : la transmission directe, corps à corps, cœur à cœur. Nous avions eu la chance de connaître Carmen Amaya, de la voir danser, répéter, vivre…   Puis nous avons rencontré Rocio, au physique pourtant si différent de celui de Carmen. Mais elle  est de la même espèce, celle des artistes qui prennent des risques, essentiels à leur existence, et qui  inventent, à partir de l’ancien, un langage nouveau, indispensable!

La Chana dit qu’elle considère Rocio comme sa « petite fille », autrement dit, son héritière. Ce film est indispensable pour aider à comprendre la démarche et la quête incessante de Rocio Molina. Emilio Belmonte montre très bien que le Flamenco, qui prend racine dans un terreau ancestral  mais aussi actuel quand il est pratiqué par une artiste comme Rocio Molina, sait  être pleinement de son temps. Etrangère à tout académisme, elle rompt avec les codes contraignants, mais en restant toujours dans l’essence du flamenco : le «compàs», qui, plus qu’un simple rythme, correspond à une pulsation vitale.
Elle  invente un Flamenco qui lui est propre, comme a pu le faire autrefois l’immense Carmen Amaya, dont elle revendique l’héritage. Toutes deux novatrices, elles sont de tous les temps et possèdent cette force et cette énergie hors du commun qui viennent du plus profond de leur mémoire.  Pour pratiquer une danse tellurique, archaïque où  la gestuelle et le corps est entièrement en relation avec l’invisible. Elles  savent nous entraîner  très loin dans l’espace-temps.

Il faut remercier Emilio Belmonte de nous permettre, grâce à ce beau film, d’entrevoir les arcanes du travail de cette prodigieuse artiste, hors du commun, présent et avenir du Flamenco…

Chantal Maria Albertini

Le film est distribué par Jour 2 Fête.

 Image de prévisualisation YouTube

Mamootot par la Batsheva Dance Company, chorégraphie d’Ohad Naharin

Mamootot par la Batsheva Dance Company, chorégraphie d’Ohad Naharin

©Gadi Dagon

©Gadi Dagon

Rarement public n’aura connu une telle proximité avec un danseur. On peut parfois entendre son souffle rapide, sentir son odeur, être aspergé d’une goutte de sueur ou lui serrer la main à la fin de ce spectacle d’une heure. Mamootot (mammouth en hébreux)  a été créé en 2003.

Les chorégraphies d’Ohad Naharin ne se décrivent pas: elles se vivent au plus profond de l’émotion grâce à ses danseurs exceptionnels d’énergie et d’engagement physique. Sous un fort éclairage qui ne cache jamais le public disposé autour d’eux, les interprètes évoluent dans un silence presque religieux, ou accompagnés d’extraits musicaux à réveiller un mort de Bobby Freeman, Gas, Yuko Kako, etc. Des partitions souvent méconnues qui retentissent soudain, induisant une gestuelle animale.

 Sur un corps poudré de blanc, le moindre frottement laisse une sorte de cicatrice, trace éphémère des efforts physiques. Des cicatrices personnelles qu’Ohad Naharin se charge de faire resurgir chez chaque danseur. «Il a été entendu partout, écrit Antonin Artaud dans Chiote à l’esprit, après je ne sais combien de siècles de Kabbale, d’hermétisme, de mystagogie, de platonisme et de psychurgie, que le corps est le fils de l’esprit (…). »

 La chorégraphie d’Ohad Naharin laisse apparaître cette influence de l’esprit sur le corps, et chaque danseur nous raconte sa propre histoire: gaucherie touchante d’un homme essayant de séduire une femme, liberté violente de femmes-louves transportées par la musique, sensualité de deux humains qui se découvrent. Il faut voir et vivre pleinement ce spectacle qui s’inscrit dans Tous Gaga, une riche programmation à Chaillot…

Jean Couturier

Théâtre National de la Danse de Chaillot, 1 place du Trocadéro Paris XVI ème, jusqu’au 12 octobre,

Requiem pour L. , musique de Fabrizio Cassol d’après Le Requiem de Mozart, mise en scène d’Alain Platel

 

Francophonies en Limousin 2018 :

 Requiem pour L., musique de Fabrizio Cassol d’après Le Requiem de Mozart, mise en scène d’Alain Platel

 

©© Chris Van der Burght

©© Chris Van der Burght

Coup fatal (2014) de ces artistes belges nous avait emplis d’un élan joyeux (voir Le Théâtre du Blog). Ici, même fascination, mais sur un tout autre mode :  ils nous invitent à une veillée funèbre qui se mue en rituel festif.  Sous les auspices du Requiem en ré mineur de Mozart revisité par des musiques africaines, Fabrizio Cassol et Alain Platel apprivoisent la mort et on ne sort pas indemne de cette cérémonie dédiée à Lucie, une fidèle spectatrice d’Alain Platel, dont on assiste au dernier voyage.

 Avec une image de sa lente agonie projetée au ralenti sur un écran géant  jusqu’à son passage de l’autre côté du miroir.  Elle a permis, se sachant condamnée, qu’on la  filme sans pour autant en faire un plaidoyer pour la mort assistée. Voyeurisme, diront certains, choqués par un gros plan hypnotique sur un alignement de tombes noires; d’autres seront emportés du côté de la vie par les quatorze musiciens dont six jouaient déjà dans Coup fatal.

 Pour ne pas prendre les spectateurs au dépourvu, une conférence de vingt minutes nous est assénée: on nous explique, avec logiciel de présentation à l’appui, la genèse du Requiem en ré mineur de Mozart, puis le travail de Fabrizio Cassol à partir de cette partition et comment ont collaboré ces artistes. Etait-ce bien utile? A chacun de juger selon sa propre sensibilité. On y apprend que le compositeur autrichien écrivit un tiers de l’œuvre avant qu’une mort prématurée  ne l’emporte en 1791. Franz Xaver Süssmayr, un de ses élèves, prit la suite sans vraiment achever cette partition.

Fabrizio Cassol décida de combler les deux tiers manquants et fit appel à des interprètes africains. Le compositeur et saxophoniste s’intéresse en effet aux musiques non européennes depuis sa rencontre avec les Pygmées Aka en République Centre-Africaine. Et à la suite de voyages qu’il a faits au Mali, et en Asie. Il aime mêler ces musiques à la musique de chambre ou symphonique. Ici  interprètes africains, américains et européens croisent chant lyrique, improvisation jazzy, cadence zoulou, rumba congolaise, et rythmes des Pygmées.

Musiques écrites ou transmises oralement fusionnent ainsi. Mais, comme la plupart des interprètes ne maîtrisent ni le solfège ni les harmonies occidentales savantes, Fabrizio Cassol a transposé sur son saxophone la ligne mélodique de chaque instrument pour qu’ils la mémorisent: «Les musiciens africains, dit-il, ont besoin de ressentir quelque chose.» Et il a répété avec eux un an et demi à Kinshasa, à Capetown mais aussi à Gand, en Belgique … Pour aboutir à un mélange étonnant et détonnant. Du Mozart augmenté ! Mais avant tout, une musique en mouvement.

 Avec une mise en scène minimaliste, Alain Platel dicte à cet orchestre métissé une économie de déplacements. Après un premier morceau égrené à l’accordéon  par le Portugais João Barradas, la troupe déambule dans un cimetière de granit noir évoquant le mémorial de l’Holocauste à Berlin. Costumes sombres, bottes de caoutchouc (allusion à celles utilisées pour la danse «gumboot» dans les mines et les townships d’Afrique du Sud). D’abord, en lente procession: derrière le baryton Owen Metsileng et la soprano Nobulumko Mngxekeza, tous deux Sud-Africains, marchent entre les tombes un haute-contre brésilien, Stephen Diaz et les Congolais Kojack Kossakamvwe à la guitare électrique, et Rodriguez Vangama à la Gibson-double manche cherry (basse et guitare). Et aussi trois choristes de ce pays (Boule Mpanya, Fredy Massamba, Russel Tshiebua)) et, au likembe (petite caisse-piano en bois à lamelles de fer), Bouton, Kalanda, Erick Ngoya et Silva Makengo.

Le percussionniste Michel Seba demeure le plus souvent assis au centre du plateau, et le tubiste belge, l’ange blond Niels Van Heertum se détache souvent du groupe pour souffler dans son euphonium, un instrument à pistons.  «Ne jouez pas pour les gens, dit Alain Platel, mais pour vous. Faites de la musique entre vous. »  Et il leur demande aussi d’accompagner la mourante dont l’image est projetée en continu. Frappé dernièrement par la mort de proches, le chorégraphe veut créer avec ce spectacle, «d’autres manières d’accompagner l’âme des défunts, individuellement et collectivement, dans une société qui cherche à effacer la mort, mais où l’on déverse des atrocités de façon impudique, jour après jour, sur nos écrans ».

 A travers les paroles connues de cette messe funèbre, on peut apprécier les variantes de certaines musiques. Ainsi le Dies Irae, une séquence de ce Requiem de Mozart appelé aussi La Messe des morts en  D mineur, sera endiablé, dansé et chanté, d’une tombe à l’autre… Entre les morceaux, des silences, emplis par le soupir du tuba ou les respirations de l’accordéon. Plus tard, des mouchoirs blancs agités en rythme adresseront un ultime adieu à Louise… Les chœurs, de plus en plus mobiles, feront place à un final apaisé, quand le mort aura saisi le vif. Tels des gisants, chanteurs et musiciens s’allongent alors sur les tombes pour entonner un Agnus Dei émouvant et leur Miserere nobis  insiste à plusieurs reprises sur le nobis (nous) en renvoyant la prière au collectif, et à nous,  public mortel !

 Magnifique, le travail chorégraphique et musical d’Alain Platel et Fabrizio Cassol mêle ici gravité et exubérance. Il conjure l’angoisse de la mort par la joie de vivre que nous communiquent ces artistes venus des quatre coins du monde: «Je suis un fanatique de tous les métissages, dit le chorégraphe. Pas seulement ceux des hommes mais aussi en termes d’art, quand plusieurs disciplines se rejoignent. On est dans un monde qui a, et de plus en plus, peur des mélanges. Moi, je les défends au contraire, de plus en plus.» Ovationné par le public, le spectacle divise : certains considèrent comme obscène et violent de montrer la mort en face, en public et en gros plan. Voilà: dûment avertis, vous pourrez partager avec émotion ce cérémonial à la fois grave et festif…

 Mireille Davidovici

 Spectacle vu le 30 septembre à l’Opéra de Limoges.

Le 9 octobre, L’Onde-Théâtre, Centre d’Art de Vélizy-Villacoublay (Yvelines); les 13 et 14  octobre, Aperto Festival, Reggio Emilia (Italie) ; le 19 octobre, Les Théâtres de la Ville, Luxembourg ; les 23 et 24 octobre, Concertgebouw, Bruges et le 26 octobre, De Warande, Turnhout (Belgique).
Les 31 octobre, 1, 2 et 4 novembre, Schauspiel de Stuttgart et le 6 novembre, Euro Scene, Leipzig (Allemagne).
Du 21 au 24 novembre, Théâtre National de la danse de Chaillot, Paris, et le 28 novembre, Opéra de Dijon.
Les 30 novembre et 1 décembre, Torino Danza, Turin, (Italie).
Du 6 au 8 décembre, Opéra de Lille. Les 19 et 20 décembre, Centre Dramatique National de Nice.

Le 8 février, Le Parvis, Pau.
Et du 6 au 8 mars, MC2, Grenoble.

The Idiot conception et chorégraphie Saburo Teshigawara.

Japonismes Festival d’automne

The Idiot, conception et chorégraphie de Saburo Teshigawara.

 

©Jean Couturier

©Jean Couturier

Ce chorégraphe dont nous avions apprécié le travail sur  plusieurs grandes scènes parisiennes (voir Le Théâtre du blog) découvre la nouvelle salle Firmin Gémier, bien adaptée à ce duo intimiste d’une heure, inspiré de L’Idiot de Fiodor Dostoïevski. «Je savais, dit-il, qu’il était impossible de créer une chorégraphie tirée d’un tel roman. » Pourtant, il réussit, en dansant avec sa muse, Rihoko Sato, à rendre remarquablement lisibles la solitude du personnage et ses fractures intérieures…

 Saburo Teshigawara, ici danseur et chorégraphe, a aussi conçu le collage musical, les costumes, les lumières. Il fait bouger nos repères habituels, en mettant tous ces éléments en mouvement pour produire un concentré d’émotion vraie.

Les musiques de Serguei Prokofiev, Piotr Tchaïkovski, etc., se chevauchent et reviennent en boucle comme pour une valse éternelle, et les lumières changeantes soulignent une danse en constante mobilité. Rihoko Sako, en robe longue ou en costume de tulle, semble voler, gracieuse et fluide. Saburo Teshigawara hume les effluves parfumées de cette dame en noir qui tournoie autour de lui : il la cherche, la perd et la retrouve. Quand il reste seul dans la pénombre, traversé de convulsions incontrôlables, sa douleur, communicative, nous émeut profondément. Fragiles et solitaires, les danseurs, transformés parfois en pantins désarticulés, nous impressionnent par l’humanité qu’ils  donnent à leurs personnages.
Nous retiendrons surtout de cette belle performance les gestes d’amour : des mains qui se frôlent, une tête qui se penche, une hanche qu’un bras accompagne tendrement… Une soirée exceptionnelle conclue par des saluts d’une extrême délicatesse, avec une danse généreuse, toute de désespoir et de passion. A recommander aux amoureux du spectacle…

Jean Couturier

Théâtre National de la Danse de Chaillot, 1 place du Trocadéro, Paris XVI ème jusqu’au 5 octobre.

 

Sous les fleurs de la forêt de cerisiers d’Ango Sakaguchi, mise en scène d’Hideki Noda

 Festival d’Automne à Paris: Japonismes 2018

Sous les Fleurs de la forêt de cerisiers, texte mise en scène d’Hideki Noda

10A9373B-6A82-451D-B47B-FDDB2BB17DF0Le metteur en scène japonais et directeur artistique du Tokyo Métropolitan Theatre, avait déjà présenté The Bee en 2014 et Egg , l’année suivante à Chaillot (voir Le Théâtre du Blog), deux spectacles sur la société contemporaine. Sous les fleurs de la forêt de cerisiers est plutôt une peinture fantastique, inspirée par l’ancien Japon. Une pièce fétiche qu’Hikedi Noda avait écrite à partir de deux courts textes d’Ango Sakaguchi (1906-1955) et qu’il a créée en 1989- il avait trente-trois ans- et qu’il reprendra en 1992, puis en 2001.

Il s’agit d’une guerre de succession au Japon au VII ème siècle. Avec, un peu à la façon d’un conte fantastique, une histoire des créatures non humaines qui vont rencontrer des humains. Une occasion pour Hideki Noda de proposer aussi ici une réflexion sur l’Etat, le pouvoir politique. «Chaque pays, considéré comme puissant aujourd’hui, ne s’est-il pas formé, dit-il, en annexant des territoires, au besoin en réécrivant l’Histoire». Et cette pièce, si on a bien compris, parle donc aussi de l’origine même de son pays.
Un puissant seigneur a convoqué trois artisans  pour choisir celui qui sera digne de sculpter la statue de Bouddha qui protégera ses filles : l’aînée Yonagahime (Princesse-Longue nuit) de toute beauté mais cruelle et Hayanehime (Princesse Sommeil-précoce), joyeuse et charmante… En chemin, deux maîtres-sculpteurs vont se faire tuer, l’un dans une bagarre  avec son disciple Mimia (L’Homme-Oreille) et l’autre par Manako (L’œil qui veut le voler). Ces criminels arrivent avec la fausse identité des sculpteurs. Il y a aussi Ôama,  un troisième artisan.

Mimia est attiré, même si il la hait, par Yonagahime. Il commence à sculpter la statue d’un démon. Quand il s’agit de choisir la statue de Bouddha, Yonagahime préfère celle qu’a réalisée Mimio, et qui ressemble à un monstre. Quand elle est placée à l’entrée de la résidence, la porte des démons s’ouvre, et ceux-ci attaquent la capitale du Japon sur lequel va alors régner Ôama. Les démons sont devenus des citoyens. Puis Ôama ordonne à Mimia de sculpter le visage de Yonagahime sur la grande statue de Bouddha. Et sous prétexte d’instaurer l’ordre, il chassera les démons et accusera Mimia d’en être aussi un… Mimio s’enfuira avec Yonagahime dans la forêt, sous les cerisiers en fleurs… C’est du moins l’essentiel de cette intrigue très compliquée, racontée dans le programme mais qui pour nous public français, n’est ni accessible, ni franchement passionnante. On peut se laisser séduire, comme les nombreux Japonais dans la salle par ce spectacle très visuel aux dialogues parfois curieux qui comportent des allusions du genre : «Excusez-moi, vous n’avez pas joué dans une pièce de Tchekhov?», ou des allitérations/jeux de mots : « Pas sidérant, ce sidarkata».

L’ensemble tient d’une sorte d’opéra à grand spectacle remarquablement mis en scène avec trente interprètes, dont plusieurs vedettes, au jeu d’une incroyable précision mais où, on ne sait pourquoi, les acteurs criaillent souvent. Cela dure deux heures et demi avec entracte; on regarde avec plaisir mais impossible d’entrer dans cet univers qui, curieusement, tient parfois de nos opérettes occidentales et d’une B.D.  Nous avons l’impression de ne pas posséder les codes nécessaires!
On s’ennuie? Pas vraiment : il se passe toujours quelque chose sur le plateau, et les moments joués comme ceux dansés par quelque vingt interprètes sont impeccables et remarquablement mis en scène et/ou chorégraphiées sur des musiques de différents styles… Les décors réalistes comme cet énorme Bouddha sont assez  laids, à moins qu’il ne s’agisse d’un second degré qui nous aurait échappé…
Une forme de théâtre joué et dansé, assez étonnant, doté de très gros moyens, sans doute à mi-chemin entre la tradition et une certaine modernité. Mais pas vraiment convaincant. Une occasion en tout cas de connaître ce qui semble bien être un très grand spectacle pour les Japonais. Voilà, mais on vous aura prévenu: ne rêvez pas sur ce titre séduisant, Sous les fleurs de la forêt de cerisiers... Même si elles sont très présentes au début sous forme d’une espèce de rideau et à la fin, volant partout grâce à une importante soufflerie. Cet opéra, influencé par le kabuki, semble aussi correspondre à une sorte d’exorcisation d’une mémoire collective comme Egg, mais  aurait sans doute gagné à être plus clair… du moins selon notre perception occidentale!
Le chorégraphe Sanuro Teschigawara et sa complice Rihoko Sato, eux,  font un tabac avec The Idiot de Dostoïevski, à quelques dizaines de mètres dans la salle Gémier (voir Le Théâtre du Blog).

Philippe du Vignal

Théâtre National de Chaillot, 1 Place du Trocadéro, Paris XVI ème. T. : 01 53 65 30 00.

 

123456

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...