Printemps de la danse arabe: Les Architectes de Youness Atbane et Youness Aboulakoul

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Printemps de la danse arabe :

 Les Architectes de Youness Atbane et Youness Aboulakoul

 Ce spectacle clôture la programmation de cette année au Tarmac qui va définitivement fermer ses portes… Youness Atbane, l’initiateur du projet, vit et travaille entre Casablanca et Berlin. Ses performances et sa pratique artistique s’exercent sur « le rapport critique et burlesque au champ de l’art, à ses acteurs et à sa géopolitique, et elle est plus largement axée sur une recherche du croisement entre les disciplines dites contemporaines ». Youness Aboulakoul, lui, né à Casablanca, vit à Paris. Il a commencé par la danse hip-hop et participé à de nombreuses créations de chorégraphes : Olivier Dubois, Radhouane El Meddeb, Christian Rizzo…  Et il est l’auteur de l’univers sonore de cette pièce.

 Dans le noir complet, deux colonnes de carrés noir et blanc, irradient de leur lumière le fond de scène. Bientôt deux hommes apparaissent, et sans plus de façon soulèvent des écrans d’ordinateurs d’où émanent figures géométriques, colibris et vues urbaines… Puis des courbes asymptotiques et enfin des billets verts. Un tel lancement, dans la fluidité et la fantaisie, laisse augurer une créativité bienvenue. La lumière revenue, ces artistes marocains nous mettent sur la voie d’une complicité d’adolescents, quand l’un d’eux s’empare d’un micro face public. Nous sommes prévenus : il y aura du loufoque, on peut faire art de tout et on ne se prendra pas au sérieux.

 Ils se mettent à élaborer des échafaudages instables d’éléments cylindriques : pots de fleurs, boîtes de crayons, mugs, bouteilles… allusion aux objets emportés par les traders quittant leurs bureaux après la crise de 2.008, point de départ imaginaire pour créer  leur spectacle. Après une catastrophe, ces rebuts du quotidien vont-ils permettre d’imaginer un avenir? Avec eux, une histoire se raconte : celle de Youness, qui a quitté le Maroc pour Paris. Comme  ces deux artistes se prénomment Youness,  le prénom devient le nom générique de leur duo.. Et ce soir, tous les exilés s’appellent Youness…

L’exil est figuré par une sorte d’armature métallique, s’ouvrant et se fermant sous des angles et des géométries variables et incongrues : l’abstraction d’une vie dessinée dans l’espace.  Pendant ce temps, la course des objets cylindriques instables, s’arabesque en chutes puis se ramasse en vrac, comme les jeux de construction des enfants : détruire, reconstruire, inventer, réinventer, jouer et rejouer à l’infini…Bientôt, apparaissent pour ramasser ces objets, de grands cartons qui deviendront maisons pour de nouveaux jeux. Par les fentes, chacun fait jaillir billets verts, mots et rébus. Ces étranges volumes à deux pattes, figures de rêve ou de cauchemar, errent sur le plateau et envoient des indices, via leurs messages : à nous de les décoder.

Les interprètes jouent de leurs corps, comme les objets qu’ils manipulent, avec une légèreté de sens et une fantaisie inventive qui font oublier la notion même de chorégraphie. Ils nous emmènent dans leur univers, ni tout à fait conceptuel, ni vraiment narratif.  A marcher à l’ombre d’images mystérieuses et légèrement décalées, à suivre leur langage réduit à des claquements de langue, nous avons compris bien des éléments de l’histoire de ces Youness (la fuite, l’identité cachée, le scandale du corps masculin dansant au Maroc)…

Nous avons aimé l’ironie de leurs actes. Nous avons frôlé le monstrueux et le fantastique, grâce à leurs gestes minuscules et poétiques. Nous avons eu envie de bricoler avec eux des jeux de fortune, avec tout ce qui nous tombe sous la main. Et nous avons souri  quand ils ont parlé anglais, comme dans les spectacles   »internationaux ». Mais  quand  ils quittent leur univers enfantin et dérivent vers des gestes plus formatés, leur spectacle fait  pschitt… Sur les perversités du marché de l’art et sur l’abus de performances lors des vernissages, on aimerait entendre un discours plus décoiffant. A rester au bord du sujet, ils donnent l’impression d’être eux-mêmes pris dans les limites de ce qu’ils dénoncent et prisonniers de ce qu’ils figurent : des adolescents jouant avec les codes de la représentation.

Alors qu’ils sont présents ici dans un lieu théâtral, on peut s’interroger sur la pertinence d’une telle installation scénique frontale : leur propos résonnerait autrement plus juste avec un public intégré à l’expérience.

Marie-Agnès Sevestre

 Spectacle vu au TARMAC, le 18 avril,

Printemps de la danse arabe  au  festival JUNE EVENTS à la Cartoucherie de Vincennes le 5 juin : soirée en double programme avec Danya Hammoud et Fouad Boussouf.

Etape de travail de Continent (titre provisoire), Danya Hammoud et Näss [les gens], Fouad Boussouf, à 21h

 

 


Archives pour la catégorie Danse

Daddy Papillon , texte et mise en Scène de Naéma Boudoumi


(C)Baptiste Muzard

(C)Baptiste Muzard

Daddy Papillon, texte et mise en Scène de Naéma Boudoumi

«Partant d’une expérience, celle d’être la fille d’un père sujet aux hallucinations et aux bouffées délirantes», Naéma Boudimi met en scène le désarroi de ce vieil homme en proie à des visions allant de l’euphorie à la  persécution. Monsieur B., natif d’Algérie, ex-ouvrier en bâtiment dans le Nord de la France, est arraché à son domicile devenu un taudis, suite à la plainte de ses voisins  et pris en main par les services sociaux et les soignants d’un hôpital qui, malgré leurs efforts, ne parviennent pas à entrer en contact avec lui.  Le patient reste figé dans son monde intérieur et sa douce folie.

Daddy Papillon propose un théâtre d’images par le biais de plusieurs techniques corporelles empruntées au cirque, un voyage dans l’univers mental de cet homme hors-d’âge, hirsute et ensauvagé. Monsieur B. (Carlos Lima) est tantôt immobile et hagard, tantôt en mouvement dans une roue Cyr. Sous ses yeux de malade, le médecin devient le Docteur Mouche, un insecte aux élytres translucides, dansé par Maxime Pairault, un acrobate qui sait aussi se muer en escargot…

Nous suivons le périple de cet être en mal de repères qui essaye de retrouver ses souvenirs d’enfance, quand, dans un pays en guerre, il mangeait des figues et écoutait les histoires de son grand-père. Tout ce qu’il souhaite à présent, c’est retourner chez lui et qu’on le laisse en paix nourrir les pigeons et rêver à de belles blondes aux douces fesses… A travers l’histoire de Monsieur B., on reconnaît le destin de l’immigré, un homme en chute libre qui plane, à l’instar des oiseaux qu’il affectionne…

La chorégraphe Anna Rodriguez a bien réglé les numéros dansés, avec une grâce appuyée qui contraste avec le sordide de la situation. Cette poésie de l’insolite tranche avec le réalisme des dialogues mais les tableaux successifs ont du mal à entrer en cohérence, faute d’un texte suffisamment travaillé. Naéma Boudouni dirige la compagnie Ginko installée en Normandie depuis 2010 et elle s’emploie à croiser les disciplines du spectacle en insistant sur le travail corporel. On peut espérer que Daddy Papillon, sa quatrième création, trouve son rythme et prenne son envol…

Mireille Davidovici

Spectacle vu  le 12 avril, aux Plateaux Sauvages, 5 rue des Plâtrières, Paris (XX ème)
T. : 01 40 31 26 35.

Du 12 au 13 septembre, Mains-d’Oeuvres, Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis).
En octobre, Festival SPOT, au Théâtre Paris-Villette, Paris (XIX ème).
Du 25 au 29 novembre, Festival Arts et Déchirures, Rouen (Seine-Maritime).

 

Hard to be soft chorégraphie d’Oona Doherty ; Body Roots et Rising de Shira Eviatar

 

Hard to be soft chorégraphie d’Oona Doherty ;  Body Roots et Rising chorégraphie de Shira Eviatar

 

Le Théâtre de la Bastille accueille pour le deuxième annee consecutive des chorégraphies choisies en concertation avec l’Atelier de Paris-CDCN, pour un focus sur la danse contemporaine émergente. Cette année, il s’agissait d’«explorer, dans l’intimité même des corps, l’articulation entre le local et le global». L’Israelienne  Shira Eviatar et l’Irlandaise Oona Doherty présentes à cette soirée répondaient parfaitement à ce questionnement par les liens qu’elles tissent avec leurs racines.

 Hard to be soft- a Belfast Prayer  (Dur d’être doux-Une prière belfastienne)

© Luca Truffarelli

© Luca Truffarelli

Cette pièce d’une singulière puissance est en tournée depuis qu’elle a vu le jour en 2017  au Metropolitan Arts Center, puis été programmée à la Biennale de la danse à Lyon l’année suivante. Cette “prière“ en quatre volets traite  de l’âpreté de la vie en Irlande du Nord, pays où sévit une grave crise sociale, et se termine sur l’espoir d’une transcendance.

Eclat de lumière dans les ténèbres, Oona Doherty danse elle-même l’ouverture, Lazarus and the birds of Paradise. En survêtement blanc, à l’avant-scène, devant une haute grille qui ferme le plateau, elle évolue sur une bande-son extraite de We Bastards? un docu-fiction sur la violence dans les quartiers chauds de Belfast. D’une grande sobriété, son corps semble habitée par ces voix braillardes recueillies dans les pubs ou dans la rue et avec ce solo de huit minutes, telle une chrysalide la danseuse se libère d’un physique de garçon dans lequel «adolescente, elle se sentait encapsulée».  A ces bribes de voix rugueuses, se mêle le Miserere Mei, Deus de Gregorio Allegri.

 Beau contraste, repris dans le deuxième volet où, grilles ouvertes, sur le tapis de danse immaculé, évoluent neuf jeunes femmes au sourire figé et tirées à quatre épingles: « il faut avoir l’air pimpant pour trouver du travail », dit la chorégraphe en voix off, quand la bande-son, concoctée par le DJ et compositeur David Holmes, natif de Belfast, lui cède la place. Cet ensemble de hip hopeuses parfaitement ordonné, sorte de «haka moderne», évoque ces adolescentes qui font la queue devant Primark, ces  « filles-mères » en colère (l’avortement en Irlande du Nord n’est autorisé que depuis fin 2018 !) mais qui doivent, en serrant les dents, rentrer dans le rang.

La troisième «prière» Meat Kaleidoscope (Kaléidoscope de chair) expose des corps masculins colossaux, montagnes de chair : un père et son fils, aux physiques de sumotori, s’affrontent en paroles puis dans une lutte impressionnante, bedaine contre bedaine, biceps tatoués contre poitrines velues, suant la bière. La violence se mue en étreinte affectueuse. «Je veux les faire danser jusqu’à ce qu’ils s’enlacent, dit la chorégraphe. L’histoire détruit les hommes et leur désapprend à s’aimer.»

Enfin, Helium, le quatrième mouvement, est plus aérien, comme la promesse d’une libération, quand le corps échappe à sa gangue et que la rudesse cède le pas à la douceur. Le trivial sublimé.  Cette pièce, adressée au public comme un message de paix, révèle une grande artiste qui tire son inspiration d’une énergie vitale à laquelle elle croit d’une façon quasi-religieuse : «L’ego se retire. Nous ne sommes plus qu’un flux de sang dans les veines, une circulation d’énergies, comme les marées, l’alignement des planètes ou la sève des arbres. » (…)  « Le mot religion est fucked up, », dit-elle, le langage est fucked up. » Il faut nous ré-approprier ce terme. »

Une artiste à suivre absolument. Sa nouvelle création Lady Magma est une plongée dans les années 70, une époque « où les publicités pour le café, les shampoings, les cigarettes n’étaient pas vraiment féministes ». Et elle est programmée à la Biennale du Val-de-Marne. Oana Doherty  présentera par ailleurs une nouvelle création à la Biennale de Lyon 2020.

 Body Roots  et Rising, chorégraphie de Shira Eviatar

Body Roots, un solo de vingt minutes que la jeune chorégraphe danse et dédie à sa famille. En revêtant les visages comme des masques, de sa grand-mère, de ses père et mère, frère et sœurs, elle donne vie à son arbre généalogique. Elle nous raconte en images et en paroles (en anglais)  comment son père a quitté son identité marocaine pour devenir l’éminent professeur Eviatar. Par la danse, l’artiste donne corps à ces visages figés et tente de retrouver ses racines maghrébines… Une belle proposition, encore fragile.

Rising : ce duo réunit Shira Eviatar et Anat Amrani. La chorégraphe et sa partenaire yéménite explorent leur racines mizrahim. Leurs parents, juifs orientaux, ont du quitter leurs pays d’origine pour fuir les persécutions et s’installer en Israël. A travers la musique et des éléments de danses traditionnelles, elles donnent libre cours à leur inspiration débridée. Corps orientaux revisités par la grammaire contemporaine. Shira Eviatar, nouvellement diplômée, présente des performances dans divers festivals en Israël et en Europe, et poursuit ainsi ses recherches sur le métissage des origines, en intégrant différents styles de danse. A suivre.

 Mireille Davidovici

Du 8 au 18 avril, Théâtre de la Bastille, 76 rue de la Roquette, Paris (XI ème)  T. :01 43 57 42 14

Prochaines représentations: Nina Santes et Simon Mayer, dans le cadre des temps forts d’ Atelier de Paris-Carolyn Carlson.

 

L’Amour Sorcier de Manuel de Falla, compositions et arrangements de Jean-Marie Machado, chorégraphie d’Aïcha M’Barek et Hafiz Dhaou

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L’Amour Sorcier de Manuel de Falla, variations musicales et chorégraphiques inventives d’après l’œuvre de Manuel de Falla et de Gregorio Martinez Sierra, compositions et arrangements de Jean-Marie Machado pour l’orchestre Danzas, chorégraphie d’Aïcha M’Barek et Hafiz Dhaou de la compagnie Chatha

La Biennale de la Danse du Val-de-Marne, qui fête sa vingtième édition, présente une nouvelle création de Jean-Marie Machado sur la célèbre partition du ballet pantomime de Manuel de Falla. Il a pour figure centrale la gitane Candela. L’action se déroule des douze coups de minuit à l’aube. Pourchassée par son ancien amant qui, tel un revenant, trouble ses nouvelles amours, la jeune femme convoque ses sortilèges pour lui échapper. Magie blanche, magie noire… Elle jette toutes ses forces dans un combat qui la mènera jusqu’au matin. Mais le fantôme de l’homme ne se laisse pas chasser et revient l’assaillir. Elle imagine alors de jeter son amie Lucia à la tête de l’amant bafoué. Victorieuse, Candela peut enfin se livrer au beau Carmelo.

L’œuvre, créée à l’origine en 1915 pour un orchestre de chambre avec «cantaora», puis adaptée en 1916 pour orchestre symphonique et mezzo-soprano, est réinventée ici par Jean-Marie Machado avec dix musiciens et la voix de Karine Sérafin. Et il a invité Aïcha M’Barek et Hafiz Dhaou, chorégraphes tunisiens, après avoir assisté à leurs derniers spectacles Narcose et Ces gens là ! Le projet de faire voyager le thème des deux côtés de la Méditerranée les a interpellés mais pour échapper au carcan de la narration, ils ont choisi de démultiplié les personnages grâce à trois danseurs et trois danseuses qui autorisent les dédoublements infinis comme les figures de couple ou les dangereux mouvements de groupe.

Un solo au piano de Jean-Marie Machado ouvre le spectacle mais très vite, musiciens et danseurs travaillent  en totale symbiose avec la figure du cercle sur les treize tableaux  de la partition. La scénographie, à la fois radicale et ouverte à l’imaginaire, emporte le public dans une nuit d’ivresse, d’agitation et dangers : l’orchestre, tel le feu primordial, regroupé au centre de la scène et sur fond noir, laisse ainsi le champ libre au tournoiement incessant des danseurs sur un tapis blanc. Les lumières d’Eric Wurtz jouent délicatement sur les instruments, caressent les cuivres, et laissent s’élever une vibration lumineuse verticale qui renvoie à l’inconnu du destin en se perdant dans les cintres.

Les corps volent et tourbillonnent de la droite vers la gauche, signature habituelle des artistes qui aiment à souligner avec discrétion l’origine de leur écriture. Cette légère contamination de l’Occident par l’Orient nourrit une chorégraphie où s’entrelacent, sans se toucher, les corps et les mains, dans une sensualité toute d’évitements. Mais l’énergie peut devenir menaçante et même destructrice, quand le groupe se jette sur l’amant, le déshabille avec brutalité et le rejette hors de notre vue. Pour Hafiz Dhaou, «Il y a en chacun de nous une Candela» et nous le sentons en voyant ses  interprètes d’origine diverse. La chorégraphie touche à son acmé avec le solo, très vertical celui-ci, de Sakiko Oishi, qui fait vaciller par sa puissance, l’éventuel confort d’un univers arabo-andalou.

 La métaphore de l’amour et du feu, comme forces aussi puissantes que destructrices, peut sembler rebattue. La surprise vient ici de la redécouverte  d’une œuvre musicale dont on ne connaît parfois que La Chanson du feu follet au balancement très sensuel. Jean-Marie Machado, avec ses arrangements et compositions personnelles qui s’entrelacent avec la partition originale, dépoussière et réinvente L’Amour sorcier, lui conférant une forme de méditation sur la cruauté amoureuse. Les chorégraphes qui ont déjà joué avec les codes méditerranéens dans La Vie est un songe de Calderon, mise en scène par David Bobée à Tunis, poursuivent ici leur voyage de Tunisie en Espagne, et d’Espagne en France et, au passage, réhabilitent les sorcières d’aujourd’hui.

L’Amour sorcier, grâce à la rencontre singulière entre Jean-Marie Machado et la compagnie Chatha, provoque les retrouvailles du  public avec une œuvre musicale qu’on pourrait penser datée. Et on ne dira jamais assez le charme puissant des corps en mouvement confrontés à un orchestre jouant sur la scène…

 Marie-Agnès Sevestre

Spectacle vu au POC d’Alfortville

Prochaine représentation : 13 avril à 19h, Biennale de la Danse du Val-de-Marne, Théâtre Louis Aragon, Tremblay-en-France.

Le 14 mai, Espace culturel Boris Vian Les Ulis (Essonne). Le 16 mai,Le Moulin du Roc Scène Nationale de Niort (79)
14 mai 2020 – Danzas/Chatha/L’Amour Sorcier, l’Arsenal de Metz

 

Danser Casa, chorégraphie de Kader Attou et Mourad Merzouki

Danser Casa, chorégraphie de  Kader Attou et Mourad Merzouki

 dansercasa_c_dan_aucanteL’un comme l’autre ont donné au hip-hop ses lettres de noblesse en l’amenant sur les grandes scènes de la danse contemporaine : après avoir fondé ensemble la compagnie Accrorap, en 1989, à Lyon, ils ont ensuite développé leurs propres créations et ont été  nommés à la tête de Centres Chorégraphiques Nationaux, l’un à La Rochelle et  l’autre à Créteil. Leur dernière co-réalisation remonte à une vingtaine d’années, pour un projet semblable en Algérie : Mekech Mouchkin ( Y’a pas de problème).

Ils se sont retrouvés en 2017 à Casablanca, pour transmettre leur expérience à de jeunes artistes et affirmer l’effervescence culturelle de cette ville, en particulier dans le domaine des arts de la rue. Pour cette pièce, ils ont sélectionné, parmi 186 hip-hopeurs, huit danseurs dont une seule femme. Issus de parcours et de villes différents, chacun d’eux, souvent autodidacte, a sa  spécialité : acrobatie, cirque, popping, locking, parkour, new style house et même danse contemporaine. Il s’agissait ici de trouver une cohérence dans le disparate des corps, des styles et des niveaux,  sans effacer la nature première des propositions individuelles, puis de fondre les numéros dans une fluidité d’ensemble.

Pari tenu. Le spectacle, imprégné par la ville de Casablanca, est une sorte de voyage à travers les époques et les techniques de cette danse très codée. Les  danseurs s’élancent avec ferveur dans cette aventure. L’un d’eux s’étant blessé (les risques du métier!), ils ne sont que sept sur le grand plateau de la Scène Nationale d’Annecy, sans que l’ensemble n’en souffre.  Grâce aux éclairages sophistiqués de Madjid Hakimi, on se focalise d’abord sur les jeux de pieds et de jambes du groupe, qui, après quelques échauffements collectifs, va se disperser. Des individus s’isolent, puis rejoignent leurs partenaires …D’autres sont rejetés puis réadmis. Partis pieds nus, ils se chaussent pour réaliser des mouvements plus spectaculaires, des acrobaties et des saltos avant et arrière. Des porter à deux ou trois se succèdent et de petits conflits éclatent ça et là, l’occasion de mesurer les talents de chacun en combat singulier.

Mais tout se pacifie quand, dans un beau mouvement, surgissent de l’obscurité quatorze pieds animés d’une belle frénésie, en baskets aux leds rouges. Ambiance des rues de Casa la nuit, sur une musique à trois temps, délivrée par un orchestre de cordes aux rythmes orientaux… Les compositions de Régis Baillet-Diaphane et les musiques additionnelles font alterner percussions et pulsations pour des morceaux de bravoure, mais aussi des partitions plus amples pour les scènes chorales. Composé de tableaux variés, Danser Casa nous amène sur l’autre rive de la Méditerranée, et même si parfois la construction semble un peu brouillonne, elle témoigne d’une belle énergie. Et depuis sa création au Maroc  et son passage à Montpellier Danse 2018, la pièce remporte les suffrages du public qui l’a accueillie ce soir avec une ovation debout. On peut espérer qu’Ayoub Abekkane, Mossab Belhajali, Yassine El Moussaoui, Oussama El Yousfi, Aymen Fikri, Stella Keys, Hatim Laamarti et Ahmed Samoud  suivent le même chemin que leurs mentors, attachés l’un comme l’autre à transmettre cet art populaire. «En ce qui me concerne, dit Mourad Merzouki, ce projet me touche dans ma chair, car beaucoup de choses sont liées à mon histoire, à ce que ces danseurs sont et représentent ». Kader Attou, lui, réalise ici « pourquoi nous sommes arrivés dans la danse, et comment elle a représenté pour nous une ouverture et une émancipation. »

 Mireille Davidovici

 Spectacle vu le 3 avril à Bonlieu/Scène Nationale d’Annecy, 1 rue Jean Jaurès, Annecy (Haute-Savoie) T. : 04 50 33 44 11.

Les 12 et 13 avril, Scène Nationale de Saint-Quentin-en-Yvelines, (Yvelines) le 16 avril, Théâtre de Corbeil- Essonne ( Val-de-Marne) ; le 18 avril, Festival D-Caf, Le Caire  et le 20 avril, bibliothèque Alexandrina, Alexandrie (Egypte) ; le 29 avril, Arts center d’Abu Dhabi ( Emirats Arabes Unis).
Le 2 mai, Maison de la Culture d’Amiens ( Somme); le  4 mai, La Faïencerie, Creil ( Oise) ; le 7 mai,  L’Arsenal, Metz (Moselle); les 15 et 16 mai, Centre Simone Signoret, Villefontaine ( Isère).
Et du 19 au 22 juin, Grande Halle de la Villette, Paris (XIX ème).

Festival du printemps de Tokyo, hommage aux Ballets Russes

©Jean Couturier

©Jean Couturier

Festival du printemps de Tokyo: hommage aux Ballets russes

Les Japonais ont toujours été férus de culture européenne et ils ont la chance de découvrir notre patrimoine parmi les multiples événements de ce festival. Le National Museum of Western Art accueille actuellement une exposition Le Corbusier. Dans le jardin, on peut admirer des copies de statues d’Auguste Rodin comme Les Bourgeois de Calais, Le Penseur, La Porte de l’enfer ainsi qu’ Héraklès archer d’Antoine Bourdelle. En face, devant l’un des plus grands théâtres de la capitale, le Tokyo Bunka Kaïkan, une quinzaine de portraits en pied des figures emblématiques des Ballets russes, à l’entrée du parc Ueno, célèbre au printemps pour ses cerisiers en fleurs.

Cette célèbre troupe reste mythique dans l’imaginaire des Japonais et fut déjà célébrée en 2014 avec une exposition de ses costumes au National Art Center de Tokyo (voir Le Théâtre du Blog). La plupart des photos présentées ici ont été publiées dans Comœdia illustré à la riche iconographie, un supplément bimensuel du magazine qui parut en quotidien de 1907 à 1914 et de 1919 à 1937  puis hebdomadairement, de 41 à 44. On découvre Vera et Mikhaïl Fokine dans Cléopâtre. Mais aussi Mikhaïl Fokine seul, dans Le Spectre de la rose, ballet en un acte créé par les Ballets russes de Serge de Diaghilev  en 1911 à l’Opéra de Monte-Carlo sur la chorégraphie de Michel Fokine et la musique de L’Invitation à la danse de Carl Maria von Weber, ou avec Tamara Karsavina dans Le Dieu bleu et Shéhérazade. On retrouve ces gloires du Ballet du Kirov dans Petrouchka et Les Sylphides. Et bien entendu, Vaslav Nijinski, artiste emblématique de la troupe de Serge de Diaghilev, célèbre pour ses  performances en scène et son destin tragique: atteint de sérieux troubles mentaux dès 1919, il mourra en 1950 et est enterré au cimetière de Montmartre à Paris. C’est encore aujourd’hui, l’un des danseurs les plus célèbres au Japon…

Sont exposées des photos de lui dans Le Spectre de la rose, L’Après-midi d’un faune ou encore Le Pavillon d’Armide dans un costume d’Alexandre Benois… Au théâtre du Châtelet, le 19 mai 1909 le tout-Paris découvre les Ballets Russes et les  chorégraphies de Mikhaïl Fokine (1890-1942) avec Les Danses polovtsiennes du Prince Igor, Le Festin et Le Pavillon d’Armide mais aussi un interprète exceptionnel comme Vaslav Nijinski. Le tout-Tokyo, se remémore aujourd’hui ce passé glorieux grâce à ces photos émouvantes…

Jean Couturier

 Festival du printemps de Tokyo, jusqu’au 14 avril.

 

Soirée d’ouverture du Printemps de la danse arabe #1

© Mario Jarweh

© Mario Jarweh

 

Et si demain de Nidal Abdo, Jusqu’àL de Washko Soyons fous de Seush

 

Pour la soirée d’ouverture, d’emblée dédiée à la jeunesse, à l’émergence et à la création en conditions difficiles, le Printemps de la danse arabe #1 proposait ce vendredi un spectacle en trois approches.

Avec Nidal Abdo, palestino-syro-ukrainien, formé à Damas et partie prenante de l’Enana Danse Theater, puis contraint à l’exil en 2016, l’accent était mis sur l’accueil en France d’artistes réfugiés. Car s’il a dansé et tourné avec les Ballets Caracalla de Beyrouth et connu une carrière internationale, il lui a fallu quitter la région pour la France, où il a été intégré au sein de l’Atelier des artistes en exil fondé par les excellents Ariel Cypel et Judith Depaule. Il a ainsi pu continuer à travailler, en particulier au sein du spectacle Va voir là-bas si j’y suis créé par Thierry Thieu Niang l’an dernier.

Nidal Abdo a créé en France le collectif Nafass (« respiration profonde ») en mai 2018, avec trois autres danseurs qui ont, comme lui, connu l’exil à partir de la Syrie et avec lesquels il propose Et si demain. Sa chorégraphie assez sensuelle, voluptueuse parfois, offre tout un univers de sensations à ces corps masculins pourtant très coordonnés, assujettis peut-être à un rituel un peu mystérieux. Obéissance, acceptation, oui mais aussi résistance, grâce au plaisir de vivre partagé dans la communauté. Dans un second mouvement, chacun semble se libérer, et recouvrer un peu d’autonomie : solos, échappées, défont le cercle convenu, libèrent des individualités.

Le spectacle se termine de façon assez abrupte, au moment où on se laissait aller, porté par le pur chef d’œuvre musical du trio Joubran.

 Le deuxième moment de la soirée, peut-être le plus personnel, est venu du danseur chorégraphe Washko qui partage son temps entre Moroni et la France. Déjà vue à Suresnes Cité Danse, sa proposition Jusqu’à L a été soutenue par les Bambous, scène nationale de la Réunion. Bien repéré dans l’Océan Indien, le danseur construit une carrière originale. Pour cette pièce, il exprime avec maturité le combat d’un homme avec la lumière, celle-ci tantôt menaçante tantôt complice. « La flamme, le feu, la lumière, la nature, l’obscurité, l’humanité… A qui va rester l’humanité ? », scande-t-il tout en développant une danse très physique, traversée par le hip hop comme par les danses de combat. Soumis, affaissé, jouant avec les ombres il s’affirme petit à petit, homme debout : de la soumission à la maîtrise, il a fait de la lumière sa complice de jeu.

En clôture de cette soirée, l’IMA proposait une autre pièce, présentée par Suresnes Cité Danse, Soyons fous, création d’une compagnie elle aussi issue des Comores. Seush a découvert le krump vers 2007 et a fait ses expériences de solo dans la rue. Ses longs séjours au Sénégal, sa rencontre avec le chorégraphe Anthony Igea en 2009, la pratique du hip hop, combinés à sa capacité à s’entourer d’un groupe soudé de danseurs, lui confèrent aujourd’hui une certaine maturité. Sans doute la construction dramaturgique de sa pièce est-elle encore un peu chaotique, sans doute lui manque-t-il la force poétique pour nourrir toute cette énergie et ces déplacements parfois un peu vains. Mais le groupe a du plaisir à danser ensemble, et à jouer avec le public.

 

Un bémol : la soirée pourtant généreuse en jeunes talents s’est conclue sans qu’aucune femme ne soit présente, ni comme interprète ni comme chorégraphe…Le week-end qui suit viendra heureusement rétablir l’équilibre, en particulier avec Shaymaa Shoukry, basée en Egypte.

 Marie-Agnès Sevestre

 

Institut du Monde arabe

1 rue des Fossés Saint Bernard – Paris Ve

01 40 51 38 38

 

Prochains rendez-vous du Printemps de la danse arabe #1 :

Les 29 et 30 mars au CentQuatre : restitution publique de la résidence chorégraphique de Shaymaa Shoukry

Du 27 au 30 mars à Chaillot – Théâtre national de la danse : Le Lac des cygnes par le Ballet de l’Opéra national du Rhin, chrorégraphie Radhouane El Meddeb

www.imarabe.org

 

Le Printemps de la danse arabe # 1Entretien avec Marie Descourtieux

Le Printemps de la danse arabe # 1 Entretien avec Marie Descourtieux

 

C2FE1C23-838C-4798-BCE9-49BDF584E9EBÀ la veille de l’ouverture de ce festival à l’Institut du Monde Arabe, après un galop d’essai en 2018 (voir Le Théâtre du blog), nous avons rencontré Marie Descourtieux, instigatrice et programmatrice de ce projet novateur.  

 - Quelle place est destiné à prendre le festival au sein de l’Institut du Monde Arabe ? Est-il nécessaire de vous associer à d’autres structures pour construire le projet et quels sont les enjeux de ce programme partagé ?

L’objectif premier est de donner de la place au geste chorégraphique contemporain des mondes arabes car jusqu’ici, la programmation était centrée sur les danses traditionnelles. Depuis mon arrivée, il y a trois ans, venant moi-même de la danse, je trouvais essentiel de faire connaître et aimer ces cultures chorégraphiques. Mais nous avons un plateau difficile qui manque de profondeur… Donc spontanément, j’ai proposé à d’autres lieux de s’associer à ce Printemps, pour accueillir les créations du monde arabe. Comment s’inscrire dans cette dynamique? Comment se compléter ? Nous avons choisi de le faire, de façon assez simple : rassembler dans un temps donné (le printemps est un joli symbole) tous ceux qui voulaient y contribuer. Avec pour objectifs : mutualiser nos forces, donner de la visibilité aux artistes, dessiner une palpitation aux vingt-deux pays qui ont reconnu l’arabe comme langue officielle. Chaque partenaire apporte ce qu’il a déjà dans sa besace, à des rythmes différents, en essayant de faire concorder les calendriers et avec une réflexion assez large. C’est donc un partage et un équilibre un peu empirique que nous avons expérimentés  l’an dernier avec l’édition # 0. Il s’agit finalement d’un label, dans le cadre de ce moment fort qui nous réunit. Et d’autres lieux sont intéressés pour l’année prochaine, ce qui est rassurant.

- De nouveaux partenaires déjà cette année, avec le Tarmac, le Musée de l’Immigration et June Events qui s’inscrit plus fortement. C’est un vrai élargissement du projet de l’édition # 0…

Au Tarmac, la directrice, Valérie Baran a choisi de reporter Les Architectes de Youness Aboulakoul et Youness Atbane en avril, pour que son lieu puisse faire partie de ce Printemps. Le Musée de l’Immigration, avec l’arrivée de Stéphane Malfettes, a été très vite intéressé. Chaillot-Théâtre National de la Danse et le Centquatre étaient en quelque sorte les fondateurs l’an dernier avec nous et il aurait d’ailleurs été impossible de faire le festival sans eux. Cela nous a permis d’avoir des salles de répétition. Le Centquatre, par exemple, a proposé à Shaymaa Shoukry trois semaines de résidence, ce qui lui permettra de présenter deux spectacles.

- Justement la question de l’accompagnement des artistes est en quelque sorte déléguée à vos partenaires, étant donné l’absence d’espace possible à l’ I.M.A. ?

C’était notre souhait dès le départ, avec le concours de Mathilde Monnier, directrice du Centre National de la Danse, d’accompagner les artistes. J’avais vu Shaymaa Shoukri au Caire et nous sommes tombées d’accord pour un accueil. Le C.N.D n’ayant pas d’école issue du monde arabe, il y a eu une vraie coopération pour organiser une résidence de l’Ecole de danse de Sareyyet Ramallah, avec le programme Camping. Une grande place est ainsi offerte aux danseurs de la diaspora… Les artistes voyagent, sont difficilement assignables à un pays et souvent traversés par plusieurs cultures. Et Suresnes Cité Danse en repère déjà beaucoup au sein de la diversité en France… Notre mission est claire : nous devons nous intéresser, faire connaître et aimer aussi les mondes arabes qui se sont installés en France et qui se tissent, se métissent… C’est notre problématique quotidienne… Suresnes Cité Danse a tout de suite réagi, bien que ce festival soit en hiver, en facilitant mon repérage et pour les artistes invités par son directeur, Olivier Meyer, c’est magnifique de trouver un rebond avec le Printemps.

Les pièces courtes présentées pendant le week-end d’ouverture, appartiennent-elles à des compagnies qui ne peuvent proposer de pièces plus importantes ?

Ces pièces, courtes, ne sont pas des extraits. J’ai essayé de construire des soirées qui se complètent : c’est un puzzle, subtil à équilibrer. Nous invitons des artistes émergents que nous avons envie d’accompagner. J’ai donc essayé de construire les trois jours à l’I.M.A. dans cette perspective. On ne peut pas y accueillir Radhouane el Meddeb, par exemple, avec le Ballet de l’Opéra national du Rhin mais cela, Chaillot le fait parfaitement. Nous, nous pouvons offrir à Selim ben Safia, Adel el Shafey et Shaymaa Shoukry ou aux jeunes compagnies des Comores, l’accompagnement dont ils ont besoin. Cela me plairait assez que nous soyons une place de découverte pour ces jeunes artistes : si l’I.M.A. peut servir de tremplin, nous serions dans notre rôle.

- Vous vous donnez une place modeste mais vous êtes très engagée vis-à-vis des compagnies… Pour la partie voyages, visas, etc. inhérente à l’international, êtes-vous soutenus par l’Institut Français, par d’autres partenaires institutionnels, éventuellement du monde arabe ?

Notre lieu est singulier, nous avons à offrir un peu de lumière et nous cherchons à servir de trait d’union. Notre ambition reste de  présenter l’émergence et ce n’est pas le plus facile.  Ceux que je rencontre dans mes voyages, travaillent dans des conditions difficiles : nous essayons de leur permettre de grandir. Pour le moment j’arrive à faire ce travail avec nos moyens, sans partenaire spécifique. Heureusement, avec Jack Lang à la tête de l’ I.M.A., nous sommes en lien avec tous les pays concernés et quand il y a un souci, on arrive à le régler ; c’est une chance. Pour le reste, on trouve des partenaires en fonction des projets, comme cette année, la compagnie Egyptair.

- La place de la danse dans le monde arabe est encore problématique. Voyez-vous une forme d’acceptation progressive ?

Il y a des petits changements. La danse n’arrive pas encore à être considérée comme un spectacle : c’est une pratique ancestrale qui s’exerce dans les mariages, les fêtes, la vie politique… Contrairement à la musique qui a depuis longtemps le statut de spectacle, la danse doit  conquérir une place, et si possible dans des espaces faits pour cela. Devant ces difficultés, Selim Ben Safia, à Tunis, par exemple, a créé le festival HORS LITS, qui emmène la danse contemporaine dans des villes tunisiennes, dans toutes sortes de lieux privés ou publics. Pour le moment, disons que naît une certaine curiosité pour cet art.  

- Ce sont les festivals, créés par des chorégraphes, qui ont ouvert la voie… 

Oui, mais ils y parviennent grâce aux pratiques amateure et professionnelle, soutenue par des chorégraphes souvent venus d’Europe, car il y a peu d’écoles. La question de la formation reste essentielle.  

- Pour revenir au programme de cette année, nous n’avons pas remarqué de thématique particulière… 

Je n’aime pas trop les thèmes, c’est donc volontaire. L’enjeu est de faire connaître la danse au travail dans le monde arabe, en pariant sur de nouveaux chorégraphes, traversés par des influences venues de toutes les cultures qu’ils rencontrent. Le plaisir de la découverte que j’ai, en allant là-bas, j’ai eu envie de le partager avec le public. Cela peut prendre quelquefois la forme d’une recherche et, si je la considère partageable ici, je choisis de la présenter. En revanche, il y a des étapes de travail que je ne montrerai pas, car non pertinentes pour des spectateurs français.  Cela reste un pari, un projet en devenir.  Et le sens apporté par tous les lieux qui y contribuent et par le public qui commence à identifier la manifestation,  m’encourage à continuer!

Marie-Agnès Sevestre    

Du 22 mars au 28 juin, Institut du Monde Arabe 1 rue des Fossés Saint-Bernard, place Mohamed V, Paris (V ème). T. : 33(0)1 40 51 38 38. Chaillot-Théâtre National de la danse; Tarmac/Scène internationale francophone; Musée national de l’histoire de l’Immigration; festival June Events -Ateliers de Paris; Centre National de la Danse; Le Centquatre.

Showtime par Holiday on ice, chorégraphie de Robert Cousins

Showtime! par Holiday on Ice,  chorégraphie de Robert Cousins

4349818B-1830-44C1-9405-D69EDC03194BAprès Believe, Time et Atlantis, c’est  le nouveau spectacle de cette célèbre troupe qui célèbre cette année son soixante-cinquième anniversaire. Créé aux Etats-Unis, la troupe appartient à l’histoire des arts scéniques! Sa première tournée, en 1947, l’avait menée au Mexique et à Cuba et depuis elle a parcouru le monde entier, jusqu’en Union Soviétique en 1959 ! Il y a plus d’un demi-siècle déjà, le programme vantait les mérites des interprètes: «Dans cette gigantesque revue sur glace, trente-six ravissantes « glamour icers » représentent le charme du continent nord-américain. Leur entrainement intensif en ont fait des patineuses de premier ordre et elles ont été choisies pour leur beauté comme pour leur talent». Aujourd’hui, ce talent  reste inchangé mais l’origine des artistes s’est diversifiée: d’abord Etats-Unis mais aussi Allemagne, Grande-Bretagne, Ukraine, Russie… et parmi eux, nombre d’anciens champions de patinage artistique.

Malgré un fréquent a priori, cette grande revue en impose par son professionnalisme et son invention. Nous retrouvons ici ,comme au Cirque du Soleil, la même volonté d’éblouir le public et de l’emporter dans un tourbillon, avec une succession de tableaux divers : cabaret, cirque, défilé de costumes hauts en couleurs, acrobatie aérienne… Et sur sur une plateforme suspendue, cinq techniciens sont à la poursuite-lumière! Le maître-mot ici: mobilité. Les quarante patineurs dansent, jouent de la musique et participent, avec une belle fluidité, à la transformation de la piste de glace qui, par moments, peut aussi s’enflammer.

Robin Cousins met les figures acrobatiques du patinage artistique au service d’une chorégraphie harmonieuse et précise. Les costumes de scène conçus par Michael Sharp  ont une qualité égale aux créations de Jean-Paul Gaultier pour son récent spectacle (voir Le Théâtre du Blog). Il faut avoir vu, au moins une fois dans sa vie, cette performance très populaire et qui n’a d’autre but que le divertissement.

Jean Couturier

Jusqu’au 5 mars,  Palais des Sports, Dôme de Paris, Porte de Versailles, Paris XV ème.  T. 01 48 28 46 46.

Aren’Ice de Cergy-Pontoise du 8 au 10 mars 2019, puis tournée en  France.

Maguy Marin, l’urgence d’agir, documentaire de David Mambouch

Maguy Marin, l’urgence d’agir, documentaire de David Mambouch

© Laurence Dasniere

© Laurence Dasniere

May B, pièce-phare de la chorégraphe est le fil rouge de ce film. David Mambouch était dans le ventre de sa mère à la création de cette  pièce en 1981.  Personne n’était mieux placé qu’un fils, pour réaliser un «documentaire sur la compagnie Maguy Marin et sur May B, vus de l’intérieur. » D’abord boudé par le public, ce spectacle, inspiré des personnages de Samuel Beckett (May est le nom de la mère de l’écrivain) n’en finit pas depuis d’être représenté. Il a été dansé par plus de  cent interprètes! Avec  une reprise en 2016 et dernièrement,  une création à l’école de danse que Lia Rodrigues, l’une de ses premières interprètes,  a ouverte pour les enfants de la favela de Maré, près de Rio de Janeiro.

«Je suis littéralement né dans le monde du spectacle. » (…) « J’ai passé mon enfance sur des parquets de danse et dans les coulisses. » Enfant de la balle, David Mambouch se forme comme acteur à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre à Lyon, et joue dans la troupe permanente du T.N.P. à Villeurbanne. Pour autant, il ne s’éloigne pas de sa mère et reprend, à l’occasion, un rôle dans May B. Il réalise aussi des captations de ses chorégraphies.

Maguy Marin, L’Urgence d’agir est un portait de la chorégraphe à travers son œuvre et nous amène également au sein de la vie familiale et sentimentale de cette fille d’émigrés espagnols qui s’est vouée à la danse, malgré l’hostilité d’un  père rigide. Plus tard, elle embauche sa mère, couturière, dans sa troupe. Le film rend en passant, un bel hommage à cette femme qui entretint sa famille en travaillant du matin au soir et encouragea sa fille à suivre sa vocation. Mêlant extraits de pièces, images d’archives et interviews, le film montre Maguy Marin depuis ses premiers pas au Conservatoire de Toulouse dans les années soixante, puis à l’école de Maurice Béjart à Bruxelles. Depuis ses débuts précaires, jusqu’aux année où elle dirigea pendant treize ans le  Centre Chorégraphique National de Rillieux-la-Pape près de Lyon. Elle le quittera  en  2012, pour fonder un lieu indépendant : RAMDAM /un centre d’art.

David Mambouch propose ici un parcours sensible dans l’œuvre de sa mère et fait la part belle à ses engagements artistiques et politiques. On voit comment des pièces comme May B ou Cendrillon ont transformé l’image du corps dansant: «Des ballets ou des pièces, qui ne parlent que de corps beaux, jeunes et compétitifs, je trouve cela d’une violence inouïe ; socialement, je veux dire», s’indigne la chorégraphe. «Quel est ce moment de l’histoire du monde que nous façonnons concrètement pas chacun de nos actes ? » s’interroge-t-elle, au début du film. Elle éprouve, encore et toujours,  l’urgence d’exprimer sa révolte à travers la danse. Le réalisateur n’aborde pas ses dernières pièces qui sont loin de faire l’unanimité de la critique. On passe rapidement dans les coulisses de Deux mille dix-sept, renvoyant à cette « urgence d’agir  » (voir Le Théâtre du Blog). « Comment, dit-elle, parler des inégalités, dire les choses clairement sans que ce soit didactique ? Je n’ai pas trouvé la solution, j’ai pris le risque de cet accueil-là avec  cette pièce.»

On a plaisir à se replonger dans les répétitions et séquences-choc de May B  avec  son chœur argileux et archaïque : par exemple, la scène de la masturbation ou encore le magnifique final, quand, émergeant du grommelot, retentissent quelques mots : «Fini! C’est fini ! » Cette artiste qui a toujours pris le risque de se situer à contre-courant et a participé, avec d’autres, dans ces fertiles années quatre-vingt, au renouveau de la danse en France, valait bien un hommage.

 

Mireille Davidovici

 

Sortie du film en salle, le 6 mars.

Du 27 février au 12 mars Reprise de May Be au Théâtre de la Ville, espace Cardin  1 Avenue Gabriel,  Paris 8 e T. 01 42 74 22 77

 

 

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