Outwitting the Devil, chorégraphie d’Akram Khan

Festival d’Avignon  

 Outwitting the Devil, chorégraphie d’Akram Khan

©Jean Couturier

©Jean Couturier

 Akram Khan, né à Londres il y a quarante cinq dans une famille bangladaise,  a été formé dès l’enfance au kathak, danse traditionnelle indienne et,  à treize ans, il joue dans le mythique Mahâbhârata de Peter Brook. Danseur et chorégraphe, il fonde sa compagnie en 2.000, et a collaboré avec Sidi Larbi Cherkaoui, Sylvie Guillem, Juliette Binoche, Anish Kapoor… Il est invité pour la première fois au festival d’Avignon, dans cette Cour d’Honneur, chargée d’histoire et peuplée de fantômes. Et qu’il n’avait connue auparavant qu’en spectateur… Au Théâtre Golovine à Avignon, J’habite une blessure sacrée pourrait être l’image prémonitoire de l’accident survenu au lendemain de la première d’Outwitting the Devil, (Tromper le diable) : un titre prémonitoire… Andrew Pan s’est en effet rompu le tendon d’Achille pendant une représentation. Le directeur des répétitions, Mavin Khoo, a repris le rôle en une nuit et une journée.

 En 1987, Antoine Vitez, avec Le Soulier de Satin de Paul Claudel, avait invité la Vierge. Aujourd’hui, c’est le Malin, «un diable  purement humain» selon le chorégraphe : «Il évoque l’avidité, les mauvais traitements que nous faisons subir à notre environnement, l’épuisement des ressources, la faim…» La scénographie de Tom Scutt, les lumières sépulcrales d’Aideen Malone et la musique de Vincenzo Lamagna: un déluge sonore de pluie et d’incendie, illustrent les désordres de la nature…  Au sol, gisent des fragments de bois calcinés des fenêtres de la Cour d’Honneur derrière lesquelles apparaissent des fumées.

 Inspirée de La Cène de Léonard de Vinci et de l’épopée de Gilgamesh, la pièce est un manifeste contre la destruction inéluctable de notre monde par l’homme. Dominique Petit, un danseur de soixante-quatre ans, énumère des noms d’animaux en voie de disparition : tigre, gazelle, orang-outang, etc. Lui et Sam Pratt ressemblent à des dieux grecs, mi-hommes, mi-démons mais tous les interprètes sont exceptionnels: Ching-Ying Chien et James Vu Anh Pham déploient une féroce animalité, l’Indienne Mythili Prakash a une présence plus rassurante et Mavin Khoo apporte toute sa fragilité. Ce spectacle d’une heure vingt, sous forme d’ultime rituel, rassemble spectateurs et artistes pour protester contre  la technologie envahissante et nous faire réfléchir sur notre destinée.  A voir absolument.           

 Jean Couturier.

Le spectacle a été présenté  dans la Cour d’honneur du Palais des Papes, Avignon, jusqu’au 21 juillet.
13eme Art/ Théâtre de la Ville, Place d’Italie, Paris (XIII ème), du 10 au 20 septembre.


Archives pour la catégorie Danse

Autobiography, chorégraphie de Wayne McGregor

Festival d’Avignon

Autobiography, chorégraphie de Wayne McGregor

© Andrej Upanski

© Andrej Upanski

Résident permanent au Sadler’s Wells de Londres, où il travaille avec le Royal Ballet depuis 2006, il est le chorégraphe contemporain le plus connu en Grande Bretagne. Et honoré du titre de Commandeur de l’Ordre de l’Empire britannique pour services rendus à la danse. Son style, très physique lui permet de créer une œuvre très esthétique mais un peu froide sur le plan émotionnel. Il cultive avec la science un lien étroit, en particulier pour cette pièce, créée en 2017 et composée de vingt-trois séquences issues de son patrimoine génétique : les vingt-trois  paires de chromosomes qui constituent la marque d’un individu. Nous découvrions donc autant d’éléments intimes de sa vie.

D’un soir à l’autre, les séquences se combinent, donnant lieu à un spectacle à géométrie variable. Transformer son ADN en chorégraphie est un challenge  pour les  dix interprètes, puisque la configuration de cette pièce se réinvente à chaque représentation, donc unique… Les danseurs, d’une qualité exceptionnelle, ont des mouvements rapides. Aitor Throup a conçu des costumes souples et fluides  qui font penser à ceux du couturier Yohji Yamamoto. Les lumières de Lucy Carter sont intenses, précises comme des rayons laser et forment, avec la fumée qui navigue de jardin à cour, un bel écrin. Elles concourent avec la musique électronique new age de Jerrilynn Patton dit Jlin,  à l’écriture nerveuse de Wayne McGregor.

Une scénographie mouvante s’adapte aux différents tableaux présentés: des cintres, pend une structure métallique constituée d’une succession de pyramides inversées, « version triangulaire de l’A.D .N. » selon le chorégraphe ; de hauteur inégale, elles obligent parfois les danseurs à se mouvoir au ras du sol. «Nous voulions être très rigoureux et disciplinés, comme  l’est l’A.D.N., dit Wayne McGregor. Nous avons construit un dispositif de lumières qui puisse bouger à l’intérieur d’un système fixe et souhaitons travailler à l’intérieur de ce cadre mais ne pas aller au-delà». Le public de cette première a assisté à un vrai ballet du XXI ème siècle …

Jean Couturier

Gymnase du lycée Saint-Joseph, rue des Teinturiers, Avignon, à 22h, jusqu‘au 23 juillet

 

Rage chorégraphie de TSAI Po-Cheng

Festival d’Avignon

 Rage, chorégraphie de Tsai Po-Cheng

©Ren Huar Liu.

©Ren Huar Liu.

Nous avions déjà apprécié Floating Flowers de ce chorégraphe taïwanais au festival d’Avignon 2016 (voir Le Théâtre du blog). Nous le retrouvons avec une pièce tout aussi esthétique, mais beaucoup plus engagée et radicale. Directeur artistique de B. Dance, une troupe de jeunes danseurs de grande qualité, il présente ses chorégraphies dans le monde entier.

 Rage est inspirée du roman du Japonais Shūichi Yoshida adapté au cinéma par Lee Sang-Il et des attentats que la France a connus en même temps, que Taïwan… Une danseuse gît au sol à l’avant-scène, dans un rayon de lumière. Peu à peu, elle s’éveille, traversé de mouvements étranges  et son regard laisse apparaître clairement une souffrance. Ses partenaires vont la rejoindre, sans pour autant arriver à la rassurer. Chaque interprète évalue sa solitude dans son propre langage. Parfois, ces trois hommes et ces quatre femmes se retrouvent ensemble, formant une chaîne humaine, criant sans bruit leur rage et leur douleur. On pense au travail choral de Crystal Pite.

Au drame exprimé par le groupe, succède celui, personnel, de la danseuse, rejetée puis violentée par son partenaire. Duos de femmes et d’hommes, alternent, tous très beaux. Des mouvements saccadés traduisent leurs émotions intérieures et les gestes sont sensuels et parfois d’une grande violence : étranglement, corps agressé par les mains jointes du partenaire.

Tsai Po-Cheng admire Wayne Mc Gregor et Hofesh Shechter : cela se lit dans cette pièce de quarante minutes. Au fil de ses créations, le Taïwanais trouve peu à peu un langage chorégraphique personnel. Un seul pas à franchir pour cette compagnie avant de rejoindre la Cour des grands. Rage mérite d’être vu par un vaste public: allez découvrir ce spectacle, vous ne serez pas déçus…

Jean Couturier

Hivernales-C.D.C.N.d’Avignon, 18 rue Guillaume Avignon. T. : 04 90 82 33 12, jusqu’au 20 juillet à 12 h 15.

 

Histoire de l’imposture, chorégraphie de Patrick Bonté en collaboration avec Nicole Mossoux

photo Thibault Gregoire

photo Thibault Gregoire

Avignon Off

Danse

Histoire de l’imposture, chorégraphie de Patrick Bonté en collaboration avec Nicole Mossoux

 Que cachent nos vêtements? Si l’habit fait le moine, la vérité est-elle nue ?

Dans le plus simple appareil, cinq personnages s’avancent timidement: difficile, dans cette tenue, de se faire des civilités comme l’ordonne une voix de robot impérative. Pour obéir, hommes et femmes vont devoir se vêtir : de plus en plus guindés ils s’adonneront aux cérémoniaux d’usage. Du costard cravate aux atours d’un autre âge, le temps ne fait rien à l’affaire, l’imposture est éternelle.

 Dans imposture, on entend posture et la chorégraphie joue sur ces mots en bâtissant la pièce sur des glissements successifs d’une posture à l’autre : « L’enjeu était de s’interroger sur l’artifice des postures sociales, des jeux de rôles, des normes conformistes qui nous façonnent », note Patrick Bonté. L’imposteur, selon Jean-Bertrand Pontalis, est « celui qui usurpe une identité, s’invente une histoire qui n’est pas la sienne, se fait passer pour un autre, et ça marche. »

 Ici point de psychologie, ni de volonté démonstrative : les corps nous raconteront mieux que les livres cette histoire de l’imposture. Les deux danseurs et les trois danseuses évoluent dans un carré violemment éclairé, raides comme des mannequins de vitrine. Dans imposture, il y a aussi pose, et ils nous feront rire en prenant des poses sous les flashs répétés d’un hypothétique appareil photographique, et toujours pilotés par la voix off. Ils adoptent des personnalités d’emprunt, des poses grotesques, des mimiques grimaçantes, ou au contraire des airs compassés… Se transformant à vue, ces figures se mettent dans des situations stéréotypées, selon une typologie sociale repérable : hommes et femmes d’affaire pressés, mondaines et mondains évaporés, dragueurs de boite de nuit ou encore courtisans étriqués dans des redingotes et courtisanes en corsets et robes à panier… On oublie progressivement leurs anatomies, découvertes avant qu’ils n’apparaissent dans la lumière crue de la scène. Et l’on en vient à s’interroger soi-même sur le “look“ que l’on se donne, le matin, devant son miroir, avant de sortir se joindre à la comédie humaine…

 Mais à la fin, le factice finit par se fissurer, quand la musique appelle les interprètes à libérer leur énergie dans une danse sauvage inspirée de rituels tribaux. Hors d’eux et de la petite imposture du théâtre… Cette transe signe le retour du naturel contre la norme sociale…

 Patrick Bonté est metteur en scène et dramaturge, Nicole Mossoux danseuse et chorégraphe ; depuis 1985, ce tandem bruxellois pilote alternativement ses créations. Lors de cette dernière représentation estivale, nous avons découvert avec plaisir leur travail raffiné, au Château de Saint-Chamand, salle hors-les-murs de la Manufacture. Espérons que ce spectacle, qui tourne depuis 2013, sera, après le succès rencontré à Avignon, de nouveau programmé.

 

Mireille Davidovici

 

Vu le 14 juillet La Manufacture, 2, rue des Ecoles, Avignon T.04 90 85 12 71

 Compagnie Mossoux -Bonté Rue des Tanneurs 87, Bruxelles, Belgique T. +32 2 538 90 77 ;

http://mossoux-bonte.be

 

Bon voyage Bob, chorégraphie d’ Alan Lucien Øyen avec le Tanztheater Wuppertal Pina Bausch

Bon voyage Bob, chorégraphie d’Alan Lucien Øyen, avec le Tanztheater Wuppertal Pina Bausch

 

©Jean Couturier

©Jean Couturier

Nous nous sommes tant aimés. Nous avons été adolescents ensemble. Nous sommes devenus des adultes ensemble. Notre sensibilité et notre sens de la scène se sont construits au fil du temps grâce à l’hypersensibilité de la chorégraphe. Nous avons pleuré ensemble. Mais nous ne sommes pas tout seul et Pedro Almodovar, Wim Wenders, etc.. ont comme des dizaines de milliers de spectateurs, ont découvert les spectacles de la chorégraphe. Il y a déjà dix ans le 30 juin Pina Bausch mourait très vite. Dominique Mercy puis Lutz Forster sont alors devenus directeurs de la compagnie. A cette date ou presque, au festival d’Avignon, des spectateurs anonymes et des artistes lui ont rendu un hommage spontané : chacun de nous est reparti un œillet à la main.

Nous avons encore en mémoire un autre hommage : un pièce d’Alain Platel Out of Context of Pina avec les Ballets C de la B.  Cristiana Morganti qui a quitté la compagnie il y a cinq ans, lui dédie aujourd’hui un magnifique et émouvant solo Moving with Pina,  témoignage du travail de la chorégraphe. Que reste-t-il de nos amours ? Les danseurs du Tanztheater Wuppertal est arrivé à un tournant  et  ont proposé à un jeune chorégraphe norvégien de créer une pièce. Quelques artistes qui, la plupart vivent à Wuppertal et qui ont connu Pina Bausch sont sur scène. Nous avions déjà apprécié l’inventivité d’Alan Lucien Øyen avec Kodak (voir Le Théâtre du Blog) et nous découvrons ici son travail avec leTanztheater. Il dit être tombé amoureux de ses solistes : on peut le constater avec cette succession de solos, tous très bien dansés, dans cette pièce  qui dure plus de trois heures trente avec entracte.

Cette longueur que nous acceptions chez Pina Bausch grâce à la fulgurante beauté de certaines scènes, devient ici difficile à accepter. A partir de témoignages des danseurs, le metteur en scène a  écrit un texte, dit en français et surtitré en anglais ou inversement, qui tourne en permanence autour du deuil. La perte d’un père, le suicide d’un frère, l’évocation de drames personnels se succèdent sur des musiques des années cinquante. On connaissait déjà le talent de ces danseurs qui se révèlent  ici acteurs. ..Mais l’ensemble des tableaux est décousu et nous attendons en vain d’éventuels moments d’émotion. On retiendra quand même le moment où Helena Pikon se regarde avec tristesse dans un grand miroir, tandis qu’on découvre une séquence de film en train d’être tourné.

Le montage en effet très cinématographique, est fondé sur la mobilité de décors cuisine, salon, etc. que les acteurs déplacent et qui nous laissent découvrir les coulisses. Le tout dans une belle lumière rappelant un peu  les toiles d’Edward Hopper. Bien sûr, nous retrouvons avec bonheur ces visages connus qui nous ont tant fait vibrer et qui font partie de notre famille artistique. Comme Bob Wilson et Tadeusz Kantor, Pina Bausch  nous a initié à la beauté et à l’émotion. Avec des spectacles découverts au Théâtre National de Chaillot ou au Théâtre de la Ville  qui ont reçu ensemble cette création. Bon voyage Bob baigne dans cette nostalgie et nous resterons sans doute éternellement orphelin de la grande Pina : nous nous sommes tant et trop aimés…

Jean Couturier

Du 29 juin au 3 juillet Bon voyage, Bob, Théâtre National de la Danse de Chaillot, 1 place du Trocadéro, Paris (XVI ème), dans la cadre de la programmation du Théâtre de la Ville.

 Moving with Pina, a été présenté  du 25 au 29 juin, au Théâtre de la Ville/Théâtre des Abbesses, 31 rue des Abbesses, Paris (XVIII ème).

      

Montpellier Danse 2019 (suite) 31 rue Vandenbranden, mise en scène de Gabriela Carrizo et Franck Chartier

Montpellier Danse 2019 (suite)

31 rue Vandenbranden, une création de Peeping Tom, avec le Ballet de l’Opéra de Lyon conception, adaptation et mise en scène de  Gabriela Carrizo et Franck Chartier

Le duo artistique bruxellois, sollicité par Yorgos Loukos, le directeur du Ballet de l’Opéra de Lyon, a choisi de reprendre avec cette troupe, un spectacle qu’il avait créé en 2009:  32 rue Vandenbranden «dont l’actualité paraît plus que jamais brûlante : il  traite entre autres de migrations, de déracinement et de ce besoin qu’éprouvent certains de rester attachés à leur propre culture.»

©MichelCavalca

©MichelCaval

Ils  ont seulement changé le numéro de cette Rue du feu,  un titre paradoxal puisque la pièce nous plonge dans un univers glacial, de neige et de vent, au cœur des montagnes.
Dans un semblant de village, se font face des caravanes délabrées, séparées par une placette, où vivent des couples tiraillés entre l’envie de partir et de se quitter et celle de rester. Des gens passent, venus d’ailleurs et deux étrangers tentent de s’immiscer dans cette communauté fermée. Un magnifique cyclo représente un ciel chargé de nuages qui s’ouvre vers nulle part, derrière les pics enneigés.

Inspirés  du film japonais La Ballade de Narayama de Shōhei Imamura (1926-2006) sans en suivre la trame (l’histoire d’une vieille femme qui part mourir dans la montagne), le décor et la bande-son de la pièce très cinématographiques et d’une pathétique beauté, évoquent la désolation et la mélancolie de ce désert blanc. La narration suit un fil ténu et se construit sur les interactions entre les interprètes et leur rapport à l’environnement. Une quinzaine de personnages -des couples et leurs satellites qui semblent se démultiplier en fonction de la chorégraphie- vont et viennent entre leurs abris de fortune, tentent de se sauver mais ne peuvent s’arracher à leur solitude.

©MichelCavalca

©MichelCavalca

Les étrangers qui arrivent dans ce monde clos, apportent la confusion. Vont-ils s’intégrer ? Peu à peu, la réalité et l’imaginaire se brouillent et l’on assiste à des scènes d’excès: les portes claquent, les bourrasques jettent les danseurs à terre et les hommes battent les femmes. Quelques moments récréatifs apportent une convivialité passagère : on glisse sur la glace, on se lance des boules de neige… L’humour n’est jamais loin dans certains duos acrobatiques amoureux ou agressifs, étonnants de virtuosité. Il y a même des gags comme des disparitions et réapparitions mystérieuses.

Le Ballet de l’Opéra de Lyon compte trente danseurs de formation classique, rompus à tous les styles contemporains. Une bonne moitié d’entre eux, venue de des quatre coins du globe, a induit un important brassage culturel. Cette richesse a permis aux metteurs en scène d’aller plus loin dans leurs propositions physiques et de peaufiner la gestuelle pour approfondir les relations entre les personnages : «C’est un peu comme si nous nous trouvions à l’intérieur d’un garage rempli de Ferrari et qu’on nous disait: «Allez-y, faites ce que vous voulez! » Leurs bases classiques leur donnent des capacités exceptionnelles et il semble que l’on peut donc toujours leur demander plus. «À nous de réussir à intégrer cette virtuosité et de la faire entrer dans une histoire, afin qu’elle prenne un sens.»

Dès la première scène, les danseurs entrent de plain pied dans le paysage, un personnage à part entière : juchée sur de vertigineux talons, une femme quitte son domicile et se plie au vent comme une longue liane. On sent son désarroi dans le froid quand son compagnon l’invective : «Où vas-tu toute seule dans la montagne? » Dans la caravane d’en face, un couple s’agite devant la fenêtre éclairée… On dirait un tableau de David Hockney. Plus tard, l’homme sortira avec un fusil et l’on entendra des coups de feu. Ambiance western. On s’enfonce dans des séquences oniriques : telle une figure de proue, une femme courbée en arc, s’accroche à son partenaire qui la manipule dans tous les sens. Les hommes affrontent une tempête jusqu’à s’écraser au sol. Danseurs et danseuses se donnent à fond, jusqu’aux limites de leur corps, comme au cirque.

En contrepoint de ce théâtre de mouvements et d’images, souvent sans paroles, la  mezzo-soprano Eurudike De Beul accompagne l’action. A la fois présente et en marge, elle lance, vigie attentive, son chant puissant. La compagnie Peeping Tom, fondée en Belgique en 2000 par l’Argentine Gabriela Carrizo et le Français Franck Chartier nous étonne et nous touche une fois de plus. Elle a su tirer le meilleur partie de ces excellents interprètes. Il faut espérer que cette pièce mémorable, créée en septembre 2018 à la Biennale de la danse à Lyon restera longtemps au répertoire de ce Ballet éblouissant.

 Mireille Davidovici

Spectacle vu le 24 juin au Corum-Palais des Congrès-Opéra Berlioz de Montpellier (Hérault).
Montpellier Danse se poursuit jusqu’au 6 juillet à l’Agora, Cité internationale de la Danse, cour de l’Agora, 18 rue Sainte-Ursule, Montpellier. T. : 0 800 600 740 (appel gratuit).

 31 rue Vandenbranden, les 19 et 20 septembre, Festival Dance Inversion Moscou (Russie).

 

 

Montpellier Danse 2019

 

Montpellier Danse 2019

 « Ce trente-neuvième Festival a été facile à faire, dit Jean-Paul Montanari, créateur et directeur de ce festival international Il est venu aisément, tout d’un coup, un peu comme une phrase qui s’écrit toute seule, qui est juste du premier coup et qu’il ne faut quasiment pas corriger.» Le centenaire de la naissance de Merce Cunningham l’a sans doute bien aidé à trouver un fil conducteur. Dans cette Agora de la Danse,  un ancien couvent où Montpellier Danse a établi ses bureaux et où une partie des cendres du chorégraphe américain ont été répandues, un hommage à l’inventeur d’une danse nouvelle semble aujourd’hui naturel.

Révolutionnaire, il a en effet imposé une rupture radicale qui a marqué les futures générations. Avec lui, finies la narrativité, les épousailles de la danse et de la musique, l’expressivité de l’interprète et les codifications : «Les individus et leurs environnements sont à la fois indépendants et reliés les uns aux autres.» Et chaque interprète est un centre autour duquel gravite les autres, chacun a sa danse et chaque spectateur construit son propre spectacle. Avec Merce Cunningham, la danse prend pour objet, le mouvement en lui-même… Que reste-t-il de vivant de lui ? A cette question, répond Ashley Chen qui a dansé pendant quatre ans dans la Merce Cunningham Company et qui poursuit autrement le travail du maître avec un trio, Chance, Space and Time  fondé sur l’aléatoire, accompagné de musiques volontairement disparates et désaccordées. Trevor Carlson,  très proche du chorégraphe et qui a été son assistant  les dernières années de sa vie, a construit, avec Ferran Carjaval, un solo théâtral Not a moment too soon qu’il interprète, entouré d’images et souvenirs de son ami.

D’autres Américains seront présents sur les planches de la capitale de l’Hérault, comme William Forsythe qui vient d’obtenir le prix du Syndicat de la critique. Mais bien d’autres artistes de toute origine sont à découvrir dans ce festival de renommée mondiale qui, pendant trois semaines, mélange styles et générations, grands ballets et petites formes, à raison de deux ou trois propositions par jour. Des expériences singulières se greffent sur ce copieux programme comme la pièce présentée par Angelin Preljocaj avec des  prisonnières du centre pénitentiaire des Baumettes à Marseille.

Falling Stardust, chorégraphie d’Amala Dianor

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©Jeff Rabillon

En costumes noirs stricts, uniformes mais  pas tout à fait semblables et laissant apparaître le corps, ils s’observent, dans un espace vide, sur un sol quadrillé de lignes lumineuses. Puis ils se groupent en un assemblage qui s’ouvre et se referme comme une fleur, une forme qu’ils reproduiront à plusieurs reprises, d’une séquence à l’autre. Ils se lancent alors dans des figures géométriques, en ligne de trois, parallèles ou perpendiculaires, sans jamais se percuter. A l’intérieur de cette construction complexe à géométrie variable, ils semblent libres de développer leur propre style: pliés, jetés, entrechats et arabesques s’amorcent et se transforment, tandis qu’à côté naissent des équilibres sur la tête ou des mouvements de hip hop.

Cette alternance maîtrisée et menée sans temps mort crée un métissage où chacun rencontre les autres en gardant sa propre personnalité. Amala Dianor joue avec minutie de ce vaste panel de vocabulaires et d’esthétiques, combinant les figures, traçant des lignes de forces, mêlant formes anguleuses et mouvements fluides, conjuguant le vertical et l’horizontal, la droite et le cercle. Les musiques tout aussi hétérogènes marquent ces disruptions et soutiennent ces énergies chorégraphiques hybrides. Un bel hommage à notre société en mouvement.

 Soul Kitchen chorégraphie d’Angelin Preljocaj

©Jean-claude Carbonne

©Jean-claude Carbonne : photo de répétition

Composé de vingt-quatre danseurs, le Ballet Preljocaj est installé depuis 2006 au Pavillon Noir, Centre Chorégraphique National d’Aix-en-Provence. Outre ses créations, le chorégraphe mène des actions pour des publics différents avec des ateliers de pratique amateur, répétitions ouvertes, représentations dans l’espace urbain. Il s’attache aussi, depuis de nombreuses années, à introduire la danse en milieu carcéral et ces interventions ont convaincu Angelin Prejlocaj de leur pertinence. Il a alors lancé un projet expérimental avec des femmes détenues à la prison des Baumettes II, à Marseille. Durant quatre mois, chaque semaine, deux ateliers ont été menés avec des volontaires. Appréhender le corps, le rapport à l’espace et à soi-même, apprivoiser le regard de l’autre: autant de questions et d’enjeux autour d’un objectif commun , se produire en public. «Une manière de mettre en lumière, dit le chorégraphe, celles qu’un parcours a conduites entre les murs et par là même de questionner le regard que l’on porte sur la population carcérale. » Pari réussi.

Soul Kitchen (Cuisine de l’âme) est la restitution de ces ateliers. Angelin Prejlocaj s’est  aperçu que la privation de liberté engendre de multiples pertes sensorielles dont le goût et l’odorat et, constatant que nombre de ces femmes cuisinaient dans leur cellule,  il a bâti sa pièce à partir de la confection de gâteaux. Mais pas question d’enfermer les cinq danseuses dans leur cuisine ! Après une courte ouverture sur une air de valse, dédiée à la pâtisserie qui cuira le temps de la pièce, les femmes s’échappent vite de leurs ustensiles et fourneaux pour investir tout l’espace du plateau.

Elles s’échauffent en sautillant et se dégourdissent bras et jambes, puis se livrent à différentes figures d’ensemble. A pas comptés, souvent sur des rythmes de huit, Sofia, Lily, Esther, Ital et Sylvia recouvrent progressivement une liberté de mouvement, le plaisir de bouger, de se toucher, de rencontrer l’autre, en gardant  une grande précision dans le mouvement. Une énergie communicative se dégage de ces corps ondulant au rythme des musiques et se propage vers la salle où s’insinue peu à peu l’odeur appétissante des cookies que ces cinq femmes viendront nous offrir après s’être présentées en lisant des extraits des Nourritures terrestres d’André Gide. Une belle manière de conclure dans la générosité… Les spectateurs émus  leur ont offert en retour une ovation debout…

«La danse m’a aidée à comprendre beaucoup de choses sur moi, dans mes relations avec les autres. Et surtout, ce qui m’a fait tenir, c’est de travailler avec un professionnel, le respect, il était là. Dans son regard », assure l’une des détenues. Angelin Preljocaj est le premier chorégraphe, en France, à tenter une création en prison, à l’instar d’autres artistes comme Olivier Py qui a présenté l’an passé au festival d’Avignon, Antigone de Sophocle avec les prisonniers du centre pénitentiaire d’Avignon-Le Pontet et qui réitère l’expérience cette année (voir Le Théâtre du Blog). Bettina Rheims a su aussi photographier des femmes dans plusieurs prisons et a publié un album de ces beaux portraits*

Mireille Davidovici

Du 22 juin au 6 juillet, Montpellier Danse, Agora Cité internationale de la Danse, Cour de l’Agora, 18 rue Sainte-Ursule. T. : 0 800 600 740 (appel gratuit). 

Autres chorégraphies d’Angelin Preljocaj à Montpellier Danse : le 2 juillet, Danser l’invisible ;  du 1er au 3 juillet, Winterreise,


*Détenues éditions Gallimard 2018

Falling Stardust : le 12 septembre, Les Quinconces, Le Mans; le 21 septembre, Théâtre Louis Aragon, Tremblay-en-France; 
le 14 novembre, Le Parvis,Tarbes ( Hautes-Pyrénées); le 19 novembre, L’Empreinte, Brive-Tulle ( Corrèze) ; le 22 novembre, L’Avant-Seine, Colombes (Hauts-de-Seine) ;  les 28 et 29 novembre, Espace 1789, Saint-Ouen.
Le15 décembre, Festival de danse de Cannes (Alpes-Maritimes).
Le 24 janvier, Théâtre Durance, Château-Arnoux-Saint-Auban (Alpes-de Haute-Provence).
Les 7 et 8 avril, Bonlieu, Annecy. (Haute-Savoie)
Et du 4 au 6 mai, La Villette, en collaboration avec le Théâtre de la Ville, Paris.

 

June Events 2019 (suite et fin)

June Events 2019 (suite et fin)

L’Atelier de Paris termine en beauté son festival annuel par deux pièces défendues avec brio par le Ballet de Lorraine rompu à tous les styles. Du dépouillement du maître japonais, dont nous avions déjà vu et apprécié plusieurs spectacles (voir Le Théâtre du Blog), au paysage mouvant et à la liberté sous tension du chorégraphe suisse…

 Transparent Monster, chorégraphie de Saburo Teshigawara

QYRmp2X8 - copieHabitué des petites formes aussi bien que  d’œuvres plus amples, cet artiste a adapté, avec un trio de vingt minutes d’une grande intensité dramatique, son style si personnel à trois danseurs du Ballet de Lorraine : «Tu n’as pas de visage ni de derrière, mais tu étires, tournes et enroules tes membres d’une façon étonnante. Une centaine d’ailes transparentes sur ton dos, tu laisses de la vapeur s’échapper de ton corps et te mets à flotter» , dit-il, de son monstre à trois corps.

Il joue sur les contrastes avec une rigueur géométrique, en alternant des musiques de Claude Debussy, Franz Schubert et Jean-Sébastien Bach, tout en ménageant des silences où les gestes des interprètes restent en arrêt. Opposant les bruns terreux des torses et des costumes de Justin Cumine et Willem-Jan Sas, au vert printanier de Nathan Gracia. Un premier danseur, assis de dos, au sol, au bord d’un cercle lumineux, semble se débattre dans une gangue virtuelle et, debout, persévère au milieu de ce rond quand un compère le rejoint, évoluant de même. Sans jamais se toucher, les deux puissants athlètes s’affrontent sur un ring dessiné par un projecteur à découpe rectangulaire. Et en solo ou en duo, ils tentent de s’échapper de cercles concentriques mouvants. Autour d’eux, tournoie sans relâche un troisième larron, aérien, bras et jambes déliés: Nathan Gracia dont l’envol et la légèreté agissent comme par contagion sur eux, rivés à la terre ferme. Un noir sec laissera la créature tricéphale en suspens: «monstre transparent, un ange dépourvu d’ailes »…

Flot chorégraphie de Thomas Hauert
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©LaurentPhilippe

©LaurentPhilippe

Créée à Nancy en 2018, cette œuvre de l’ artiste suisse porte une attention particulière à la musique, la marque de son passage dans la compagnie d’Anne Teresa de Keersmaeker. Ici, nous découvrons La Suite de Valses Op/110 de Serge Prokofiev, riche en variations dynamiques : «Un assemblage de six valses composées indépendamment, dit le chorégraphe, mais qui, pourtant entendues l’une après l’autre,  semblent se noyer dans un continuum. » 

Après un trio d’ouverture dansé et architecturé avec élégance, les vingt interprètes, portés par un flot sonore ininterrompu, construisent lignes et courbes mouvantes. Ils se regroupent à deux, trois, ou cinq, puis tous ensemble, selon de multiples combinaisons éphémères, restent à l’écoute les uns des autres, car la pièce repose sur l’improvisation: «Ils doivent adapter leur rôle individuel au sein d’une constellation dynamique dont les mécanismes se transforment en permanence»,  dit Thomas Hauert. Ainsi navigue-t-on pendant cinquante minutes entre forme et informe, aliénation de gestes toujours répétés et liberté de mouvement.

La danse ne paraphrase en aucune façon la musique et ne s’embarque pas dans des simulacres de valse : elle s’appuie sur les élans et la puissance de ces airs, tantôt lents, tantôt vifs, parfois aux accents de fanfare. Les interprètes en traduisent l’humeur, électrons libres dans leurs costumes fluides et chamarrés, sous les éclairages de Bert Van Dijck.

Depuis la création, en 1997, de sa compagnie: Zoo : « Parce ce que nous sommes des animaux et qu’on vient voir les danseurs comme au zoo », Thomas Hauert a signé une vingtaine de spectacles avec le constant souci d’utiliser les tensions entre ordre et chaos, unité et disparité. Il nous offre ici une chorégraphie dense et légère qui met en valeur les corps et performances techniques de cette troupe exceptionnelle. Une invite aussi à écouter des musiques peu connues -écrites en 1943 et 45, pour un ballet, Cendrillon, un film, Lermontov et un opéra, Guerre et Paix- et rassemblées par le compositeur russe pour une création orchestrale qu’il dirigea à Moscou en 1947.  

Mireille Davidovici

Spectacle vu le 15 juin au Théâtre de l’Aquarium, Cartoucherie de Vincennes, route du Champ de manœuvre, Vincennes (Val-de-Marne).

June Events : Atelier de Paris (C.N.D.C.). T. : 01 41 74 17 07.

June Events 2019 : À mon seul désir, texte et chorégraphie de Gaëlle Bourges

©Thomas Greil

©Thomas Greil

 

June Events 2019 :

À mon seul désir, texte et chorégraphie de Gaëlle Bourges

Tissée  vers  1500, La Dame à la licorne, cette tapisserie en six panneaux dont l’auteur reste inconnu, fut admirée en 1841 par Prosper Mérimée, inspecteur des Monuments historiques; il la fit aussitôt classer et George Sand qui  l’avait fait découvrir à son éphémère amant, en parle dans son roman Jeanne… Les cinq premières scènes représentent les cinq sens mais la signification de la sixième, portant l’inscription : A mon seul désir, semble plus ambiguë.

Gaëlle Bourges en scène avec trois autres danseuses nous conte l’histoire et la signification de cette œuvre moyenâgeuse qu’elle a longuement contemplée au musée de Cluny à Paris. En voix off, elle décrypte La Dame à la licorne tandis que, nues, les quatre interprètes comme échappées du tableau, s’activent devant un châssis rouge garance tendu à l’avant-scène. Elles y piquent des fleurs et le texte énumère la flore abondante contenue dans la tapisserie. Puis elles deviennent grâce à des masques : le lion, le perroquet, le singe, la licorne, le chien et le lapin figurant aux côtés de la Dame.

AMSD (c)Thomas GreilRien de plus naturel que de les voir évoluer en tenue d’Eve. «Elles sont en fait comme des animaux, dit Gaëlle Bourges, il n’y a pas de nudité dans la nature et les animaux ne sont pas nus. » Le récit s’attarde sur ce bestiaire allégorique. Que signifie la présence de nombreux lapins (trente-cinq au total), un animal symbolisant la lubricité auprès de la femme du tableau et celle du Renard, incarnant la ruse ? Au Moyen-Âge, on attirait les licornes, animaux magiques, avec de jeunes pucelles et, si  elles mentaient sur leur virginité, les licornes, croyait-on, les encornaient sans pitié. Et pourquoi le perroquet, symbole de l’amant dans l’amour courtois, viendrait-il picorer dans sa main, si elle était pure? « La jeune fille n’est-elle vierge que de face », se demande-t-on ? La tapisserie n’a pas d’envers mais la danseuse ne porte la riche robe en velours bleu que sur le devant, découvrant, quand elle se retourne, son aimable postérieur.

Après un petit détour par la scène d’Alice avec le lion et la licorne dans le roman éponyme de Lewis Caroll, les danseuses adoptent quelques autres postures de la tapisserie. Puis soudain le voile se déchire, la tenture rouge tombe découvrant l’envers de la tapisserie et laissant apparaître une ribambelle de lapins : des figurants nus et masqués qui prolifèrent, mènent une danse endiablée avec les jeunes femmes. Ce sabbat de sorcières, joyeuse sarabande, contraste avec le côté gracieux, précieux et presque hiératique de la pièce.

Ce travail tout en finesse que nous avions découvert au festival d’Avignon 2015, aborde la question de la représentation de la femme dans l’art occidental, en décrypte les arcanes et en révèle la face cachée. Gaëlle Bourges explorant, comme à son habitude, la relation entre spectacle vivant et histoire de l’art, nous offre ici un très beau moment de danse et de théâtre.

Mireille Davidovici

Jusqu’au 14 juin, Carreau du Temple, Paris, 

June Events se poursuit jusqu’au 15 juin, Cartoucherie de Vincennes, rue du Champ de Manœuvre. Vincennes Paris 12 e. T. : 01 41 74 17 07. reservation@atelierdeparis.org

Les 9 et 10 juillet, festival de la Cité à Lausanne (Suisse)

 

Carte Blanche à Laurent Hilaire : Le Lac des Cygnes

Carte Blanche à Laurent Hilaire : Le Lac des Cygnes.

AFFICHE-L-HILAIREpdf-pages-367x520A l’initiative de Lisa Martino, responsable du Paris de la Danse  au Théâtre de Paris, l’ancien danseur-étoile de l’Opéra National, Laurent Hilaire revient accompagné des étoiles du ballet du Théâtre Stanislavski à Moscou, Oxana Kardash et Ivan Mikhalev.

En 2017, nommé directeur du Ballet de ce Théâtre, il entreprend un travail de fond avec son groupe de danseurs sur le répertoire classique et contemporain et cherche à redonner de la valeur à ce Ballet, basé  près du mythique Bolchoï à l’imposante et inégalable aura internationale.
Avec cette répétition publique autour de fragments du Lac des Cygnes, la technique de haut niveau de ces danseurs russes frappe d’emblée : les portés paraissent se faire sans effort et vite, comme les figures de danse classique.

Laurent Hilaire corrige ses artistes, en interrompant plusieurs fois leurs envols, avec une volonté de décrypter chacun de leurs gestes et de leur donner un sens. «Une femme avec des plumes, cela ne court pas les rues» dit Laurent Hilaire à Ivan Mikhalev pour lui faire comprendre l’étrangeté de la situation ! Il explique le sens de chaque mouvement, ce qui, pour le spectateur néophyte, est d’une grande utilité : difficile en effet de décoder cette gestuelle, gracieuse mais parfois un peu hermétique. Cette version du Lac des Cygnes est celle de Bourmeister présentée à l’Opéra de Paris en 1950; la remplaça en 1984 celle de Rudolf Noureev qui donna à ce ballet une couleur plus psychanalytique. A l’occasion de cette dernière version, Laurent Hilaire avait été nommé Etoile. Une fois la séance de répétition terminée, les danseurs, cette fois-ci en costume, nous livrent un bel extrait de  ce ballet.

Dans le cadre de ce festival, le théâtre de Paris va accueillir aussi, De New York à Paris, avec les danseurs du New York City, une pièce emmenée par Daniel Ulbricht, directeur artistique des Stars of American Ballet et ceux de l’Opéra de Paris. Ils ont formé un groupe créé par Alessio Carbone, Les Italiens de l’Opéra.
Et du 13 au 16 juin, Pétia Iourtchenko offrira une soirée tzigane, suivie d’un souper russe dans le foyer du théâtre le 17 juin ; enfin, la Kibbutz contemporary dance company présentera sa dernière réalisation du 21 au 23 juin.

Jean Couturier

Spectacle vu le 3 juin au Théâtre de Paris, 15 rue Blanche, Paris (IX ème). T. :01 42 80 01 81.

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