Liberté Cathédrale, chorégraphie de Boris Charmatz, avec l’ensemble du Tanztheater Wuppertal et Terrain

Liberté Cathédrale, chorégraphie de Boris Charmatz, avec l’ensemble du Tanztheater Wuppertal et Terrain

Liberté Cathédrale

© Blandine Soulage

 

 

En septembre dernier, le nouveau directeur du Tanztheater Wuppertal Pina Bausch a présenté sa première création avec la compagnie, placée sous le signe de la liberté. La cathédrale de Neviges a été l’espace de jeu de vingt -six danseurs : pour faire connaissance avec la troupe qui porte en héritage le répertoire de Pina Bausch, le chorégraphe a invité huit de ses interprètes familiers à la rejoindre – dont Ashley Chen et Tatiana Julien –  rassemblés dans son projet Terrain, afin de créer un « précipité » entre les corps.

L’architecture « brutaliste » de l’église a dicté musiques et silences et une danse au style dépouillé et à l’énergie brute. «Le silence bruissant des lieux transforme toute action en chorégraphie, dit Boris Charmatz. Un peu de silence dans Liberté Cathédrale… et beaucoup de musique et de sons nous traversent. Celui des cloches, des grandes orgues. Et les chants dans les architectures résonnantes des églises percent les corps et l’air.»

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©Blandine Soulage

La pièce est aujourd’hui présentée au Théâtre du Châtelet, sur une scène prolongée jusqu’au pied du balcon pour créer un immense espace. Placés jusqu’à l’arrière-scène dans un dispositif quadri-frontal, les spectateurs sont au  plus près des interprètes qui n’hésiteront pas à les solliciter… De longs luminaires suspendus donnent une sensation de verticalité et les éclairages sourds évoquent l’obscurité de la Mariendom de Neviges. L’orgue en pièces détachées installé dans un recoin du plateau ajoute à la solennité.

La pièce se compose cinq morceaux distincts marqués par des musiques contrastées. En ouverture, Opus :  les vingt-six interprètes se précipitent en grappe sur le plateau, chantant à l’unisson, a capella, les notes du deuxième mouvement de l’ Opus 111 de Beethoven… Chœur désordonné, ils s’arrêtent et font silence, puis reprennent leur course et leurs « la la la »  accompagnent cavalcades ou convulsions au sol… Un exercice vocal impressionnant que le chorégraphe a vécu avec Somnole, un solo magique d’un corps devenu musique: « Aux moments principaux de ce chanté-bougé où le souffle est étiré au maximum, dit-il, la danse reste attachée à la voix tant qu’un peu de souffle nous reste.»

 Pendant les vingt minutes de Volée, les corps se balancent, sur un concert de cloches. Sons profonds ou carillons allègres impulsent aux danseurs des mouvements saccadés et ils nous emportent dans leurs élans forcenés… Le chorégraphe a laissé libre cours à l’improvisation à chaque artiste, comme pour les volets suivants: For whom the bell tolls qui nous a semblé un peu moins travaillé et décousu, plus provocateur…
Mais dans Silence, les interprètes retrouvent leur concentration sur l’envoutante partition pour orgue de Phill Niblock, jouée en direct par Jean-Baptiste Monnot. Ils nous offrent un beau moment d’intériorité en rupture avec la transe de Volée.

Enfin, Toucher clôt ces quatre-vingt dix minutes, avec des figures acrobatiques et un joyeux amalgame des corps enfin rassemblés.

Le noir et le silence font le lien entre ces pièces discontinues. La Mariendom de Neuviges, architecture austère en béton brut, se prêtait sans doute mieux au recueillement du public. Ici, malgré l’énergie et l’engagement des danseurs, la liberté qui leur a été accordée ne semble pas toujours maîtrisée.

Ce spectacle s’inscrit, pour Boris Charmatz «dans des expérimentations chorégraphiques sans murs fixes. Une assemblée de corps en mouvement, réunissant public et artistes.» Liberté Cathédrale réalisée dans cet esprit pourra être aussi dansée en plein air : « la pièce pourrait se déployer un jour à ciel ouvert, «église sans église»! Y serons-nous plus libres, ou moins libres? « , s’interroge le chorégraphe.  On pourra en juger au prochain festival d’Avignon…

 Mireille Davidovici

Jusqu’au 18 avril, Théâtre du Châtelet, programmation avec le Théâtre de la Ville-Sarah Bernhardt, place du Châtelet, Paris ( Ier) T. :01 42 7422 77. 

 Les samedi 27 et dimanche 28 avril, place du Châtelet, Paris (Ier).

Du 5 au 9 juillet, festival d’Avignon, stade Bagatelle.

 

 

 

 


Archives pour la catégorie Danse

Instantly Forever chorégraphie de Petter Jacobsson et Thomas Caley et a Folia, chorégraphie de Marco da Silva Ferreira, par le Ballet de Lorraine

Instantly Forever chorégraphie de Petter Jacobsson et Thomas Caley et a Folia, chorégraphie de Marco da Silva Ferreira,  par le Ballet de Lorraine

Instantly Forever chorégraphie de Petter Jacobsson et Thomas Caley et a Folia, chorégraphie de Marco da Silva Ferreira,  par le Ballet de Lorraine dans actualites instantlyforever-5laurentphilippe

InstantlyForever ©LaurentPhilippe

En 2011, Petter Jacobsson prenait la direction du Ballet de Lorraine-Centre Chorégraphique National, et Thomas Caley y assurait la coordination de recherche. Ils prenaient la suite de Jean-Albert Cartier, Patrick Dupond, Pierre Lacotte, Françoise Adret et Didier Deschamps. Pendant leur mandat, ces chorégraphes ont créé ensemble Untitled Partner #3, Performing Performing, Relâche, Armide, Discofoot, L’Envers, Record of ancient Things, Happening Birthday, For four Walls, Air-Condition et Mesdames & Messieurs.  Ils ont parié sur une progammation diversifiée et contemporaine en invitant des artistes de tous horizons. «Pas besoin d’aller voir ailleurs, dit une interprète; depuis quinze ans dans la troupe. Ce sont les plus innovants qui viennent à nous.»

Pour leur dernière saison à la tête de cette compagnie dynamique -Maud Le Pladec leur succèdera en 2025-  Petter Jacobsson et Thomas Caley programment deux pièces: l’une pétillante et dépouillée, l’autre tellurique et baroque, chargée de sensualité. Avec des regards croisés entre artistes du Nord et du Sud, sur le thème : instantly forever (instantanément pour toujours).

 Instantly Forever chorégraphie de Petter Jacobsson et Thomas Caley

Entre nostalgie et modernité, cette pièce en deux parties s’ouvre sur le surgissement des vingt-trois interprètes, habillés de noir et blanc. Dans un tourbillon collectif permanent, se succèdent portés en groupes, brèves échappées individuelles ciselées… Dans un style parfois saccadé, dicté par la Symphonie en trois mouvements (1er mouvement) d’Igor Stravinsky.  Une partition teintée de gravité écrite en 1946 où on entend encore les accents joyeux du Sacre du printemps.  On retrouve ici certaines phrases chorégraphiques des Ballets Russes. La première partie se déroule dans un rapport non frontal, comme si le public se trouvait à jardin: les artistes se déploient de dos ou latéralement… Le sol qui reflète les corps, et les tubes de fer suspendus oscillant légèrement au passage des danseurs, brouillent encore davantage notre perception de l’espace, sous les lumières crues d’Eric Wurtz qui a aussi créé la scénographie. Un vertige en noir et blanc

Après un temps d’arrêt silencieux, la troupe se remet en mouvement, de face, sur Music for 18 musicians (Pulses et Pulses II) de Steve Reich. Avec une gestuelle plus fluide et des postures plus ludiques. On distingue mieux, imprimés sur les costumes déstructurés de Birgit Neppl, le visage des interprètes. Grimaçant ou souriant, ces « selfies » fixent l’instant présent. « La danse est éphémère, mais la danse c’est pour toujours, dit Petter Jacobsson. Instantly forever est un mélange chaotique entre passé et présent.»
En trente minutes, l’accumulation des gestes et les réminiscences de mouvements du passé, conduisent un présent saturé d’images et de références, ce qui fait dire aux chorégraphes : « Dans notre idée d’évolution constante, il y a une urgence, une pression qui nous font à la fois espérer et craindre l’avenir ».

 a Folia chorégraphie de Marco da Silva Ferreira

aFolia-2©LaurentPhilippe

aFolia ©LaurentPhilippe

Vingt-quatre jeunes danseurs entrent lentement, comme à un bal de village, en tenues chamarrées aux couleurs éclatantes signées Aleksandar Protic et distinguant chacun d’eux. Le groupe se forme autour de brefs solos, puis se referme et part en cadence… Un ensemble festif où certains portent leur partenaire sur le dos ou s’accouplent en duos éphémères. La danse intègre les gestuelles des voguing, hip hop, salsa, krump, mais sans l’esprit compétitif et personnel du battle. Parfois, les mouvements, répétés ad libitum confinent à la transe.

Soutenue par le flot continu d’une musique de cour d’Arcangelo Corelli (1653-1713), La Folia, sonate en D mineur pour violon  arrangée au gout du jour par le compositeur portugais Luis Pestana, tenant du courant minimaliste électronique, la chorégraphie marie les danses de rue contemporaines avec le caractère débridé de la Folia portugaise, un rassemblement populaire, où, à la Renaissance, des bergères et des des bergers dansaient frénétiquement,  portant sur leurs épaules des hommes habillés en femmes.

Très ancré dans les racines lusitaniennes de Marco da Silva Ferreira, ce ballet, avec une énergie collective, rappelle ses origines populaires, rurales et urbaines, pour célébrer les corps en folie, En portugais, « folia » associe fole, un sac rempli d’air pour attiser le feu, « fôlego » : le moment où on gagne de l’air,  et « folga » : le jour de repos ou de loisirs. La « folião/foliona » désigne une personne au repos, qui, en dehors du travail, s’autorise à se remplir d’air la tête et les poumons dans une apparente folie. Dans ce rituel joyeux et sensuel,  chaque interprète joue sa partie, sans jamais se désolidariser du groupe.

Le jeune chorégraphe portugais développe  son travail autour des pratiques urbaines actuelles et sa carrière a pris un tournant avec HU® MANO (2013) joué dans les festivals internationaux, comme le Mercat des las Flores de Barcelone, à l’Atelier June Events à Paris, à L’Hexagone de Meylan et (Re) connaissance de Grenoble ( Isère) et aux Subsistances à Lyon. Bientôt, on pourra voir Fantasie Minor au Carreau du Temple et C A R C A Ç A au Cent-Quatre, àa Paris dans la cadre de Séquence Danse. Un artiste à suivre.

Mireille Davidovici

Créations vues le 7 mars à l’Opéra national-Ballet de Lorraine, 3 rue Henri Bazin, Nancy (Meurthe-et-Moselle) T. : 03 83 85 69 00

Prochaine création : les 23, 24, 25 et 26 mai, Màlon d’Ayelen Parolin), Opéra national de Lorraine, Nancy.

 Les 16 et 17 mars Twelve Ton Rose de Trisha Brown et Static Shot de Maud Le Pladec, Le Manège-Scène Nationale de Reims.

Discofoot de Petter Jacobsson et Thomas Caleyle 26 mars La Rotonde, Thaon-les-Vosges ; le 1er juin, C.C.N. d’Aix-en-Provence ; 22 et 23 juin, La Villette, Festival Freestyle, Paris  et le 30 juin, à Montpellier Danse.

Les 28, 29 et 30 juillet, Le Voyage à Nantes, Le Feydball.

 

Structure Souffle, chorégraphie in situ de Myriam Gourfink

Structure Souffle, chorégraphie in situ de Myriam Gourfink

Éloge de la lenteur, cette performance méditative correspond à l’univers zen de l’exposition Le Souffle de l’architecte de Bijoy Jain à la fondation Cartier. « Le silence a un son, nous l’entendons résonner en nous, dit cet architecte indien, c’est le souffle de la vie. » Dans son installation aux petites sculptures animalières, poteries, fragments d’habitats traditionnels, mobiliers, éparpillés comme des vestiges, prédominent la pierre, le bois, la terra cota, les végétaux et  la brique, avec çà et là, quelques sièges. Aux murs, des châssis enduits ou avec des lignes de pigments tracées au fil….

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© M Davidovici

Les danseuses se répartissent dans plusieurs espaces en solos, duos, trios ou quatuors et nous invitent à une promenade à travers cette œuvre insolite, en résonance avec le bâtiment en verre et acier conçu par Jean Nouvel. Telles des sculptures animées, Myriam Gourfink, Amandine Bajou, Karima El Amrani,  Suzanne Henry, Deborah Lary, Annabelle Rosenow et Véronique Weil changent imperceptiblement de postures, avec d’infimes mouvements. Soutenues par les souffles et percussions électroniques en direct du compositeur Kasper T. Toeplitz.

Pas facile de dessiner ces amples figures avec une telle lenteur…Pour éviter déséquilibres et tremblements, elles utilisent le souffle comme les yogi. Myriam Gourfink s’inspire de cette discipline pour bousculer notre commune notion du temps mais le spectateur doit accepter d’entrer dans son jeu: «Je me positionne sciemment du côté de la lenteur. (…) Cela n’est pas avancer, pas aller de l’avant, mais s’élever et prendre le temps de savourer chaque morceau de vie.»

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© Md

Pour écrire ses partitions chorégraphiques souples et ouvertes, elle se réfère aussi à Rudolf Laban, danseur, chorégraphe et pédagogue hongrois (1879-1958). En 1928, il publia Kinetographie Laban, un système de notation pour les mouvements dansés primaires.

Avec Structure Souffle, Myriam Gourfink passe le vocabulaire des danses populaires au tamis de l’art de respirer. Elle et ses interprètes forment des structures élastiques qui se contractent, se dilatent, puis se fractionnent. Enveloppés par les sourdes nappes sonores, dépaysés par la sobre architecture signée Bijoy Jaïn, nous sommes fascinés par cette danse au ralenti qui fait presque du sur-place. Ici, Myriam Gourfink se joue de notre temporalité  urbaine. On pense aux vers du Cimetière marin de Paul Valéry: « Quelle ombre de tortue/Pour l’âme, Achille immobile à grands pas! »

Mireille Davidovici

Spectacle vu le 4 mars, dans le cadre des Soirées nomades à la fondation Cartier pour l’art contemporain, 261 boulevard Raspail, Paris (XIV ème). T. : 01 42 18 56 60.

 

 

 

Festival Everybody 2024

Festival Everybody

Pendant cinq jours, la vaste halle du Carreau du Temple s’ouvre à cette manifestation singulière: le corps et sa diversité. En question, les regards des artistes sur les stéréotypes, liés au genre, à la couleur de peau, au handicap… Avec sept spectacles atypiques, des cours de danse, de yoga et maquillage où on s’interroge sur le langage du corps (tout public). Une manifestation joyeuse en cette veille de la Saint Valentin, carnaval érotique qui célébrait le printemps au Moyen Age et jusqu’à la Renaissance.

Tatiana de et par Julien Andujar

L’artiste nous accueille, travesti en une Tatiana rouquine joviale et volubile : la femme fantasmée que serait devenue sa sœur ainée, disparue le 24 septembre 1995 en gare de Perpignan. Elle avait dix-sept ans et son ce corps fut recherché  en vain mais on retrouva celui de Mokhtaria Chaïb (dix-neuf ans ans) tuée le 21 décembre 1997, de Marie-Hélène Gonzalez (vingt-deux ans), tué le 16 juin 1998 comme Fatima Idrahou (vingt-trois ans)  le 9 février 2001. Toutes les trois dans des conditions similaires!

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Julien Andujarc© Yuval Rozman


Julien Andujar incarne tour à tour le garçon de onze ans qu’il était lors de cette disparition, et les personnes ayant marqué sa mémoire d’enfant : la meilleure amie à l’accent du Sud- Est, l’avocate avec son langage juridique, Salvador Dali pour qui la gare de Perpignan était le centre du monde, le gendarme qui enquête en chantant, façon comédie musicale tristounette…
Cet acteur et danseur évoque ces fantômes avec humour. Jouant sur le vocabulaire et le physique de chacun, il déclenche les rires d’un public complice et se moque de lui-même, drôlement accoutré d’un juste-au-corps intégral couleur chair. Mais derrière une apparente bonhommie, se cache une grande émotion. Ce numéro de cabaret déjanté en quarante-cinq minutes résonne comme un témoignage d’amour à la jeune disparue et serre le cœur.

 Festival Everybody 2024 dans actualites

Tatiana-Julien-Andujar-©-Yuval-Rozman

Danseur, chorégraphe, fantaisiste, comédien et performeur drag-queen à ses heures, Julien Andujar a commencé à danser à Perpignan avec la troupe Évasion et a rencontré à ses débuts Daniel Larrieu, Odile Duboc et Hervé Robbe. Depuis 2010, il codirige la compagnie VLAM Productions avec Audrey Bodiguel et signe des pièces protéiformes mêlant danse, cinéma, performance. Il collabore aussi avec Yuval Rozman sur sa Quadrilogie de ma terre  (Ahouvi en hébreux).

 

Whip, chorégraphie Georges Labbat

© David Le Borgne

© David Le Borgne

Variation pour trois interprètes avec fouet, cette performance de quarante minutes joue sur la symbolique à la fois violente et érotique de cet outil. Performeur et artiste, Georges Labbat s’entoure ici des jeunes Synne Elve Enoksen et Letizia Galloni. Après s’être lentement dévêtus au milieu du public, les danseurs s’emparent de leur fouet respectif et en vastes gestes circulaires, le font tournoyer pour dégager l’aire de jeu, éloignant ainsi les spectateurs.

Les corps oscillent. en harmonie ou à contretemps et les lanières des fouets émettent claquements et sifflements, tantôt synchrones, tantôt dissonants mais singuliers. Le fouet devient ici un instrument auquel le corps donne son rythme, entre la légèreté d’un courant d’air et la violence d’une détonation. Un élégant érotisme nait de cette chorégraphie en perpétuelle rotation qui explore la symbolique ambigüe du fouet, objet à la fois de domination, violence et plaisir.
Dans la continuité de Self/Unnamed (2022), avec lui comme un seul danseur et son double en plastique, Georges Labbat se focalise sur les jeux de force et contraste entre les corps.I
l crée des spectacles sur le rapport du texte, au mouvement. Le chorégraphe et  aussi concepteur des statues en résine, iDioscures, chorégraphie de Marta Izquierdo Muñoz

Dioscures chorégraphie de Marta Izquierdo Muñoz, 

© JMC2

© JMC2

Le titre désigne les jumeaux Castor et Pollux, fils de Léda, la reine de Sparte, séduite et fécondée par Zeus métamorphosé en cygne. Dans la mythologie grecque, Castor, dompteur de chevaux et Pollux, boxeur invincible, symbolisent la jeunesse virile et conquérante. Ces Dioscures (du grec ancien : Διόσκουροι, jeunes garçons de Zeus) sont interprétés ici par des performeurs queers et non binaires.

  »Après mon triptyque sur les communautés féminines, dit Marta Izquierdo Muñoz, j’ai eu envie de travailler sur la masculinité avec ces jeunes interprètes, apparus comme des colosses, véritables sculptures en mouvement. Mina Serrano qui a entamé sa transition et vient du théâtre et du cabaret, jouer avec les codes de la masculinité dont il en train de s’éloigner. Ebène, un Toulousain d’origine ivoirienne, lui, vient du « voguing » et de la pratique drag. »

Aux allures androgynes, ils dansent en miroir, avec des accessoires féminins, coiffés de caques dorés, interchangeables. D’abord en phase, dans une séduction mutuelle, ils s’affronteront bientôt en frères ennemis mais leur gestuelle détourne ironiquement les codes guerriers. Leurs corps à corps brutaux, à la virilité décalée, se muent en tendres étreintes. La danse emprunte aux registres de la rue, du disco, voire de la lutte gréco- romaine…

Un duo de cabaret bien réglé, festif et dans l’air du temps. Marta Izquierdo Muñoz, interprète auprès de Catherine Diverrès et François Verret se lance en 2007 dans des projets personnels en mariant jazz, danse contemporaine, flamenco, clubbing. Son triptyque au féminin Imago-Go (2018), Guérillères (2021) et Roll (2024), sera présenté au prochain festival Jogging cette année du Carreau du Temple.

Mireille Davidovici

 Spectacle vu le 10 février, au Carreau du Temple, 2 rue Eugène Pierrée, Paris (III ème). T. : 01 83 81 93 30.

 Tatiana, les27, 28 et 29 juin, Contrepoint Café-Théâtre, Agen (Lot-et Garonne) et en octobre, Théâtre du Rond-Point, Paris (VIII ème)

 Dioscures, le 13 juillet Kilowatt Festival Sansepolcro, Italie.

Du 17 ou 24 octobre, BAD Festival, Bilbao, Espagne.

Mr Slapstick, chorégraphie de Jean Gaudin et Pedro Pauwels

Mr Slapstick, chorégraphie de Jean Gaudin et Pedro Pauwels 

 Sous ce titre, se cache une référence à Buster Keaton, l’homme qui ne rit jamais. Le comique dit slapstick :en anglais« bâton claqueur »), emprunte son nom à la cliquette ou tavelle qui sonorise les violents mais faux coups de Guignol, Arlequin et personnages de pantomime. Au cinéma, un genre caractérisé par des chutes, courses-poursuites, bagarres…
Pedro Pauwels garde le masque impassible de son modèle mais s’en éloigne vite pour dessiner un personnage qu’il projette, vêtu de noir, sur la plage blanche de la scène, dans un jeu d’ombres et lumières changeantes. Il conserve, du burlesque, quelques courses rapides au début avabt de disparaître… Les portes claquent sous les effets lumineux tremblotants d’un projecteur. Mais ici, ni pantomime, acrobaties ou cascades. Pedro Pauwels fait dans la lenteur et la finesse, soulignées par Variété, une partition laconique de Mauricio Kagel (1977), sans rapport avec celle qui accompagne le cinéma muet.

© Henri Aubron

© Henri Aubron

Le solo organisé autour d’une chaise vide posée à l’avant-scène dos aux spectateurs. Cette présence aimante et repousse le danseur et crée un point de tension conditionnant ses déplacements. Lira-t-on dans cette chaise, la métaphore du public, du chorégraphe, d’un réalisateur qui regarde l’autre danser, ou d’un pouvoir invisible? Comme intimidé par cet objet, Pedro Pauwels s’en approche prudemment, le contourne, s’en éloigne pour ensuite l’affronter et l’insulter face public.

 En contrepied du burlesque, tout en citant leurs sources, Jean Gaudin et Pedro Pauwels n’ont pas choisi le rire mais l’humour froid. Il évoquent Buster Keaton de manière biaisée et se souviennent du clown triste qu’on a pu voir dans ses dernières apparitions au cinéma, comme Les Feux de la rampe de Charlie Chaplin (1952) où ces deux stars du muet incarnent des comiques vieillissants.

Une bonne partie du spectacle se passe au sol. Souvent de dos, assis  par terre, Pedro Pauwels va tâtonnant, se déplace par reptations animales, ou roule de tout son long sur lui-même. Parfois, il se lance dans un galop ludique, nous surprenant avec cette rupture de rythme. De pauses en accélérations, la chorégraphie joue avec le tempo.

 Pedro Pauwels nous attire dans un univers singulier qu’on retrouve dans les nombreuses pièces qu’il a signées et interprétées dont Cygn etcSpectres, Etal. Ce créateur atypique n’hésite pas à collaborer avec des artistes de théâtre, hip-hop, musique improvisée ou techno, cinéma… et à lancer des projets collectifs. Implanté avec sa compagnie de 2009 à 2018 à Limoges, l’artiste  est aujourd’hui installé à Montauban. En 2004, atteint d’une méningite foudroyante  il a été plongé dans un coma artificiel et amputé de doigts aux mains et aux pieds. Une rééducation lui fera redécouvrir son corps et l’apprivoiser pour continuer à danser. Il livrera cette expérience dans son ouvrage J’ai fait le beau au bois dormant, édité par le Centre national de la danse. 

 Mireille Davidovici

 Spectacle dans la cadre de Faits d’Hiver, vu le 7 février à Micadanses, 20 rue Geoffroy l’Asnier, Paris (IV ème).

 

Mirkids, chorégraphie de Jasmine Morand

Mirkids, chorégraphie de Jasmine Morand

La chorégraphe suisse nous avait captivés l’an dernier avec les jeux d’optique dans Lumen, au théâtre des Abbesses (voir Le Théâtre du Blog). Ici, elle nous invite à nous allonger et, dans un miroir géant tendu au plafond, à contempler des images kaléidoscopiques, reflets de huit danseurs évoluant dans un cylindre cloisonné, avec autour, le public… Une boîte magique ressemblant à un zoo-trope, l’ancêtre du cinéma où les interprètes réalisent des figures géométriques comme tracées aux compas. Ils tendent les bras, écartent les jambes, se vrillent, se superposent en une fascinante symétrie, dessinant cercles, rosaces, étoiles à multiples branches, ribambelles circulaires, mandalas… dans un mouvement permanent et hypnotique, sur la musique de Dragos Tara. Puis, crescendo, ils se livrent à des ébats ludiques, avec des poses animalières parfaitement synchronisés, ce qui amuse les enfants.

©Céline Michel

© Céline Michel

Couchés en épis autour du plateau et bercés par cette danse éthérée, nous entendons en même temps les pas résonner derrière nous. Les vibrations engendrées par le poids des corps nous tirent parfois de notre rêverie aérienne. Nous pouvons aussi, en nous retournant, entrevoir par intermittence, les danseurs par des interstices laissés dans la paroi cylindrique. Un défilement cinétique rappelle les images du photographe Eadweard Muybridge (1830-1904) décomposant le mouvement pour étudier la locomotion animale et humaine.

Mirkids (Mir comme miroir, kids comme enfants), version jeune public de Mire (2016) a été  réalisé à partir d’une nouvelle bande sonore. Le compositeur s’est tourné vers une musique écrite pour, et par les enfants, à partir d’ateliers autour d’images comme des mosaïques, mandalas, vitraux… Sont ainsi nés des fragments de partition ensuite interprétés par le cours de clarinette au Conservatoire de Vevey (Suisse). Ces instruments couvrant une large palette de tessitures, textures et dynamiques.

Les costumes qui épousent les anatomies, se sont teintés de dégradés roses et bleus pastel, donnent de la douceur à cette fresque animée, dans les lumières contrastées  de Rainer Ludwig. Pour composer sa pièce, la chorégraphe a eu recours à un jeu de miroirs, une glace au sol reflétant à son tour les images projetées au plafond. Une technique apprise d’une amie marionnettiste, explique-t-elle..

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© Céline Michel

Après quinze ans de travaux chorégraphiques avec la compagnie Prototype Status, Jasmine Morand a éprouvé le besoin de s’adresser à un autre public: «La création pour les enfants apparaît aujourd’hui comme une évidence dans mon parcours artistique ! ».

Elle leur offre ici une belle aventure poétique, avec cette pause de trois quart d’heure pour oublier les bruits et le stress urbains. Il faut aller aussi voir Mire fonctionnant selon le même principe…

 Mireille Davidovici

Jusqu’au 28 janvier, programmé avec Mire, au Théâtre de la Ville-Sarah Bernhardt, place du Châtelet. Paris (Ier). T. 01 42 74 22 77.  

 Du 9 au 17 février, au festival Antigel, Théâtre Am Stram Gram, Genève ( Suisse).

Les 28 et 29 février, Kaserne, Bâle (Suisse).

Le 21 mars, au festival Kidanse, La Faïencerie, Creil (Oise).

 

Dive, chorégraphie d’Édouard Hue par le Beaver Dam Company

Dive, chorégraphie d’Édouard Hue par le Beaver Dam Company

Le chorégraphe propose une plongée dans le mouvement,  communiqué par les percussions de Jonathan Soucasse. Cette pièce pour sept danseurs explore la notion d’instinct et laisse jaillir la danse. Après quelques échauffements, aux tempos impérieux d’une boîte à rythme, les interprètes se rejoignent et s’accordent. Parfois en synchronie impeccable, parfois en léger décalage, ils commencent assis, par de rapides passages de geste.

Ils déploient épaules, coudes, poignets, mains, doigts, selon la mécanique imperturbable des articulations. Cela fait penser aux Temps modernes de Charlie Chaplin. Pas question d’arrêter non plus, quand, debout, ils rebondissent comme des ressorts, s’éloignent et se retrouvent en petits groupes joyeux.

© Zoé Dumont

© Zoé Dumont

En un deuxième temps, l’éclairage bascule brutalement et, dans un rai de lumière, accrochés les uns aux autres, ils tâtonnent vers l’inconnu, comme des naufragés vers le rivage.
La danse est alors fluide et les gestes restent suspendus sur une musique plus harmonieuse.
Immergés dans la pénombre, ils semblent à la recherche d’un second souffle, avant de se relever pour marteler leur pas sur un beat électro final, brut et obstinant.

Cette pièce d’une heure, bien construite est fondée sur une dramaturgie contrastée où alternent mouvements vifs et anguleux, et gestuelle plus déliée, en passant par des moments informels.

Une danse organique à l’énergie communicative, flirtant parfois avec le style des chorégraphies de Michael Jackson, portée par des artistes aguerris: Alison Adnet, Alfredo Gottardi, Jaewon Jung, Tilouna Morel, Rafaël Sauzet, Angélique Spiliopoulos, Mauricio Zuñiga, des artistes aguerris…

Formé au ballet junior de Genève, Édouard Hue a dansé pour Hofesh Shechter, Damien Jalet et Oliver Dubois, avant de s’orienter vers la chorégraphie et de fonder en 2014, la Beaver Dam Company, basée à Annecy et Genève. Révélé par All I need , il poursuit ses créations avec sa compagnie, comme dernièrement Shiver ( voir Le Théâtre du blog)  

Il a aussi créé No Matter à la Gauthier dance company à Stuttgart, Titan pour le Ballet Basel à Bâle et L’Oiseau de feu d’Igor Stravinsky à l’Opéra du Grand Avignon en 2023. Un artiste à suivre.

 Mireille Davidovici

 Jusqu’au 27 janvier, La Scala, 13 boulevard de Strasbourg, Paris (X ème). T. : 01 40 03 44 30. 

 

Invisibili,scénographie et mise en scène d’Aurélien Bory

Invisibili, scénographie et mise en scène d’Aurélien Bory

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© rosellina garbo

Entre danse et théâtre, une création réalisée à Palerme. Ville où a été peinte en 1440 par un artiste inconnu une fresque murale dans la cour du Palais Sclafani: Le Triomphe de la mort qui sert de toile de fond au spectacle.

Pina Bausch y conçut Palermo Palermo, un ballet dont le metteur en scène s’inspire pour guider ses quatre danseuses, enfants de cette ville, comme le saxophoniste Gianni Gebbia qui les accompagne. Christopher Goddey, alias Chris Obehi, musicien et auteur-compositeur nigérian, lui est Palermitain d’adoption, arrivé par la mer sur un canot de fortune en 2016.

Devant cette fresque, reproduite sur une toile à l’échelle d’origine: six mètres sur six, et hissée sur scène comme une voile de navire, les interprètes affronteront la Faucheuse : un squelette grimaçant sur son cheval émacié à l’assaut de nombreux personnages.
Les surgissements et disparitions des artistes, crachés puis happés par l’image centrale de la Camarde triomphante, sont la trame de cette dramaturgie funèbre, au son du saxophone et rythmée par les légères pulsations du synthétiseur.
La musique originale de Gianni Gebbia se marie parfois avec La Deuxième Suite pour violoncelle de Jean-Sébastien Bach et Pari Intervallo d’Arvo Pärt…

Trois Parques drapées de noir folâtrent devant les personnages de la fresque, les imitent, s’en moquent… Elles emportent une frêle créature, la condamnant ainsi à une lente agonie dans les bras avides du cavalier décharné… A l’envers du décor, Hallelujah de Leonard Cohen, chanté par Chris Obehi, accompagne la danse des transies, assises sur des chaises… Une citation explicite de Pina Bausch dont le vocabulaire a influencé Invisibili

Pour Aurélien Bory, Valeria Zampardi, Blanca Lo Verde, Maria Stella Pitarresi, Arabella Scalisi sont «les filles de Pina Bausch». «Les œuvres qui nous marquent sont comme des rencontres, elles nous changent à jamais. En arrivant ici, j’avais en tête ce mur en béton qui tombe au début de Palermo Palermo et cette dame qui se fraye un passage au milieu des débris.»

 Il Trionfo della morte qui s’anime sous nos yeux et se transforme au fil du spectacle, a été peint quand la peste noire ravageait la Sicile comme toute l’Europe. Autres temps, autres fléaux: le cancer nous frappe en masse, comme les guerres et les naufrages en Méditerranée avec leurs victimes sans nom… Aurélien Bory ne se contente pas d’y faire allusion et met en scène l’agonie d’une cancéreuse à l’hôpital (autre clin d’œil à la mort de Pina Bausch) et nous surprend avec l’apparition d’un bateau pneumatique où s’agrippe le chanteur nigérian. Une séquence incongrue et un peu besogneuse qui tranche avec l’esthétique raffinée de la première heure.

 «Le peintre et son assistant se sont représentés sur le côté de la fresque, regardant le spectateur, dit le metteur en scène. On y voit aussi des musiciens, des femmes qui dansent…» Comme ces artistes du passé, il veut nous montrer ces Invisibles, pour leur rendre un dernier hommage. Les costumes de Manuela Agnesini sont d’une simplicité sophistiquée et une habile machinerie donne vie au Triomphe de la mort sous les lumières d’Arno Veyrat.

Aurélien Bory, homme de théâtre complet que nous suivons depuis longtemps, nous a habitués au meilleur avec La Disparition du paysage, aSH, Dafné… (voir Le Théâtre du BlogInvisibili n’y déroge pas, malgré nos quelques réserves  «S’il n’y a pas de nécessité, disait Gilles Deleuze, il n’y a rien, ou pas grand-chose.» Il faut voir ce beau spectacle.

 Mireille Davidovici

Jusqu’au 20 janvier, Théâtre de la Ville-Les Abbesses, 31 rue des Abbesses, Paris (XVIII ème). T. : 01 42 74 22 77.

Les 30 et 31 janvier, La Coursive-Scène Nationale de La Rochelle (Charente-Maritime).

Du 6 au 10 février, Maison de la Danse, Lyon ; les 14 et 15 février, L’Agora-Pôle national des arts du cirque, Boulazac (Dordogne).
Et les 26 et 27 février, Le Parvis-Scène Nationale de Tarbes, (Hautes-Pyrénées).

Du 11 au 14 avril,Teatro Astra,Turin, puis à Florence, Modène, Bologne.

Paysage après la bataille, chorégraphie d’Angelin Preljocaj : répétitions publiques du Ballet Preljocaj Junior

Paysage après la bataille, chorégraphie d’Angelin Preljocaj, répétitions publiques du Ballet Preljocaj Junior

Paysage après la bataille A PRELJOCAJ 2 ph DR« Nous travaillons sur la transmission d’une œuvre, dit le chorégraphe. Il a initié cette jeune troupe en 2015 au Pavillon Noir-Centre Chorégraphique National à Aix-en-Provence où il a installé sa compagnie. Les douze apprentis de la septième promotion ont été choisis parmi trois cent-quarante candidats entre dix-huit et vingt-et-un ans, frais émoulus d’écoles supérieures. « Au Pavillon Noir, dit Angelin Preljocaj,  les répétitions publiques sont fréquentes. Pour les danseurs, surtout quand ils sont jeunes, il est intéressant de travailler devant des spectateurs qui, eux, comprennent alors mieux les mécanismes de l’apprentissage.»

Pour la première fois, le Théâtre de la Ville-Sarah Bernhardt  propose un rendez-vous intime avec la danse, à la Coupole devenue une salle de spectacle confortable au sixième étage de l’édifice entièrement rénové. Nous avons le privilège d’entrer dans la fabrication de ce ballet ravivé par les jeunes interprètes. Ici, ils répètent une séquence  de la pièce qu’ils ont appris dans son intégralité (soixante-quinze minutes) pendant deux mois. avec des répétiteurs. Angelin Preljocaj les fait travailler et redécouvre son œuvre tableau par tableau, reprenant tout en détail : « C’est vous, leur dit-il, qui allez donner la précision à l’image ».

Un patient débroussaillage avec indications sur le nombre de pas, le rythme, les intentions de mouvement: le chorégraphe est toujours concret: «Tu la pousses, comme si tu voulais la planter comme un arbre. » «Tu tombes comme une flaque. » (…) « Tu te relèves comme un ressort.» «Mettez un peu plus de drame dans tout ça.»  Ou encore, pour les petits moments plus légers : «C’est plus Fred Astaire, que Bob Marley.» Le maître leur apprend à anticiper les gestes: «Il faut que tout le corps soit en place sans qu’il y ait de parasite (…)  La forme est déjà là, quand tu arrives. »

A la fin, sur la musique techno signée Goran Vejvoda et Adrien Chalgard, ces dix minutes de Paysage après la bataille prennent tournure. De longs arrêts sur image reproduisant des scènes de bataille, alternent avec dispersions véloces et regroupements. On entrevoit la nature contrastée de la pièce où l’agitation des corps fait place à des silences expressifs et clins d’œil humoristiques au «clubbing». «Ce ballet, écrivait le chorégraphe à sa création, se veut le résultat de joutes imaginaires entre personnages antinomiques: l’écrivain américain Joseph Conrad, et le peintre et sculpteur français Marcel Duchamp. Entre une approche intellectuelle de la création qui engendra l’art conceptuel, et une vision instinctive de l’art. Le corps possédant par nature ces deux tendances, devient alors l’enjeu du match.»

 Sans y lire une dichotomie entre les passions sauvages, la noirceur d’Au cœur des ténèbres (1899), et l’univers froid de la conceptuelle Roue de bicyclette, on ressent à travers cette danse minutieuse, les enjeux de notre époque. Créé en 1997 en pleine guerre de Bosnie, la pièce rejoint nos angoisses devant les conflits actuels… Elle s’inspire des grandes peintures de la Galerie des Batailles au château de Versailles ou du Radeau de la Méduse de Théodore Géricault. Avec des corps amoncelés, dispersés, déformés dans une raideur cadavérique…. Mais les danseurs sont bien vivants!  Une mise en abyme troublante dans le contexte historique présent.

La tendance est à la reprise d’œuvres du passé, mais aussi contemporaines : celles de Pina Bausch, Dominique Bagouet, ou Maguy Marin (le fameux May B).  Noces d’Angelin Preljocaj (1985) présenté à nouveau au festival Montpellier-Danse a enchanté le public (voir Le Théâtre du blog). Le chorégraphe veut transmettre son répertoire. «Je suis curieux de voir comment ces jeunes qui n’étaient pas nés au moment de cette création, vont s’en emparer et y introduire tout ce qu’ils vivent aujourd’hui».

Chaque promotion du Ballet Preljocaj Junior finit son cursus avec une reprise.  «Une pièce qui n’est pas donnée meurt, dit-il. Ici, régénérée par les danseurs.» Il a été en France l’un des premiers à adopter le notation inventée par le mathématicien et choréologue Rudolf Benesh (1916-1975). « Cette écriture du mouvement, purement formelle sans affect ni dramatisation laisse toute liberté à l’interprète, contrairement à la vidéo incitant à une reproduction mécanique. »

Travail de fourmi, cette répétition nous montre comment Angelin Preljocaj invente un ballet, d’où part le mouvement et comment s’établit une complicité entre les corps dansants. Il guide au plus près ces jeunes artistes pour leur éviter les blessures. Il reste quelques mois avant la première en mars aux Rencontres des ballets juniors européens qui se feront au Pavillon Noir à Aix-en-Provence. Une tournée commencera en Roumanie.

 Mireille Davidovici

 Jusqu’au 13 janvier, Théâtre de la Ville-Sarah-Bernhardt, Place du Châtelet, Paris (Ier ). T. : 01 42 74 22 77.

 

Un Contre un , mise en scène et chorégraphie de Raphaëlle Boitel (pour jeune public)

Un Contre un, mise en scène et chorégraphie de Raphaëlle Boitel (pour jeune public)

©x

©Tristan Baudouin 

On retrouve ici le style épuré de cette artiste dont nous avions dernièrement apprécié Horizon, créé in situ dans les jardins du Palais-Royal. Et surtout La Chute des Anges (2018) qui sera encoe tournée la saison prochaine.  Ici, à sa recherche esthétique, se mêle la légèreté désinvolte des acrobates Alejandro Escobedo et Juliet Salz remplaçant Marie Tribouilloy, légèrement blessée.

Dans un cône lumineux, quatre mains se cherchent, se trouvent, se fuient… Les doigts, étranges petits personnages, courent le long de barreaux verticaux, comme sur une portée de musique, au rythme d’un quatuor à cordes présent sur scène. Cette danse agile est le prélude aux chassés-croisés permanents des interprètes.

Raphaëlle Boitel se réfère au mythe d’Orphée et Eurydice, mais nous voyons surtout une jeune femme insaisissable fuyant son amoureux. Le quatuor à cordes Clément Keller, Sarah Tanguy, Eléna Perrain et François Goliot  accompagne leurs retrouvailles e leurs séparations avec la partition à fois grave et mutine d’Arthur Bison. 

Les lumières denses créées par Tristan Beaudoin sculptent l’espace: les corps des acrobates et des musiciens apparaissent et disparaissent dans les profondeurs mystérieuses des clairs-obscurs. Une longue échelle sera tour à tour : agrès les menant vers les hauteurs, barreaux d’une prison, praticable à clairevoie…

Alejandro Escobedo, sur les traces de sa partenaire fantomatique, va fouiller un portant garni de costumes, seules taches colorées dans cet univers noir et blanc… A l’issue d’un corps à corps acrobatique, Juliet Salz nous offre un dernier solo aérien, avant de s’évanouir à jamais, laissant à son amoureux sa robe blanche…

Ce duo poétique de cinquante minutes a été créé en 2020 avec une musique enregistrée . Aujourd’hui le spectacle s’étoffe de la présence du quatuor complice des interprètes. Fait encore défaut une certaine cohésion mais on retrouve avec plaisir l’univers de Raphaëlle Boitel et de son équipe, entre cirque, danse et théâtre et qui a avait été salué il y a neuf ans avec son premier opus L’Oublié(e), pièce qui a donné son nom à la compagnie. A découvrir …

 Mireille Davidovici

 Le spectacle a été présenté du 26 au 30 décembre, au Théâtre Silvia Monfort, 106 rue Brancion Paris ( XV ème) T. 01 56 08 33 88.

Avec musique enregistrée : Le 8 mars, Espace Brémontier, Arès (Gironde) ; les 10 et 11 mars, Centre culturel Michel Manet, Bergerac (Dordogne)
Et avec musique en direct du 14 au 16 mars, Théâtre National de Nice (Alpes-Maritimes).

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