La monnaie du Centre d’Art et de plaisanterie, le « sponeck »

Petite histoire du théâtre: le « sponeck », monnaie du Centre d’Art et de plaisanterie

 J’écoute une émission de France-Culture: pour qui faisons-nous du théâtre? Sommes-nous vraiment un service public? Quand nous étions, Hervée de Lafond et moi, à la direction de la Scène Nationale de Montbéliard-Centre d’art et de Plaisanterie, son président, un chirurgien assez conservateur avait craqué et s’était plaint quand il avait aperçu dans le public quelques jeunes de type méditerranéen. Et là, j’ai fait une colère comme jamais : “Dehors, vous n’avez rien à faire ici! »
Alors, il est allé voir le Maire:  » La programmation de ces trublions va me forcer à devoir aller au théâtre à Paris. Nous, bourgeoisie éclairée de Montbéliard, nous sommes les nouveaux exclus de la Culture. » Fort heureusement, Alain Chaneaux, adjoint R.P.R. à la Culture de 89 à 98, nous a soutenu et s’est même réjoui même de ce remue-ménage.

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Nous étions ravageurs. J’avais refusé que le contrôle à l’entrée de la salle commence par la déchirure d’un billet. Il y avait donc un passeport avec de jolis timbres, chacun correspondant aux spectacles choisi et il  fallait le faire tamponner, comme si on partait en voyage à l’étranger… Et nous avions une monnaie: le « sponeck »; au gré des spectacles vides ou pleins, on faisait varier le taux. C’était ludique et il y avait des spéculateurs qui en guettaient la baisse… Avec l’approbation du Maire, nous avions nommé la Scène nationale que nous avons dirigée pendant neuf ans: Centre d’art et de plaisanterie. Les services de Jack Lang, alors ministre de la Culture, avaient aussitôt dit: non. Alors, nous nous sommes adressés directement à lui et il  nous a répondu : « Pourquoi pas? »

Nous étions fous: nous avions invité Christian Zaccharias, célèbre pianiste et chef d’orchestre allemand à condition qu’il porte en scène un blouson en cuir et nous avions exigé qu’il parle des morceaux qu’il allait interpréter. Les ouvreuses et ouvreurs étaient habillés en « hells angels’ ». Cela nous  semblait important de casser le rituel moisi des concerts de musique classique.

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Après chaque spectacle, le public se retrouvait dans les salons de l’Hôtel de Sponeck- notre lieu de travail et d’accueil-  pour un « placotage »: une discussion avec l’artiste qui choisissait le menu du dîner, aussi ouvert au public… Nous tenions à « dépiédestaliser » la Culture. 
Petite anecdote: nous voulions offrir un verre de champagne mais, bien sûr, c’était trop cher! Alors, j’avais demandé à un œnologue de goûter un vin mousseux correct que j’avais préparé très glacé avec une pointe de cassis. Et il n’avait rien remarqué de suspect. Normal: si  la boisson est glacée, on ne se doute de rien. J’en étais resté assez fier!

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Et des inventions,  nous n’arrêtions jamais d’en faire; nous avions affiché un panneau : “Invente ou je te dévore”, la maxime de Claude-Nicolas Ledoux (1736-1806) , grand architecte et urbaniste des Salines d’Arc-et-Senans (Doubs) mais aussi des barrières d’octroi à Paris qui existent encore: celle  à la Villette, celle dite  d’Enfer, place… Denfert-Rochereau, une rotonde au parc Monceau  et la barrière du Trône, près de la Nation. Le plus important pour nous: arriver à remplir le Théâtre de Montbéliard qui ne répondait pas à notre appétit d’ogre, puisque nous voulions remplir Montbéliard… de théâtre. C’était sur ce point-là que notre différence avec les établissements culturels habituels, devenait magistrale. Nous voulions agrandir notre audience et nous adresser à la ville toute entière. Nous avons donc mis sur pied Le Réveillon des boulons,  pour le 31 décembre.

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Ce n’était pas une  simple théâtre de rue: nous avions partout dans la ville des ateliers où on préparait ce moment festif et organisait des bandes. Un immense rendez-vous, toutes catégories de population confondues. Commencé avec dix mille personnes et terminé au changement de siècle, avec quarante mille! Je me revois encore au sommet d’une tour de Babel, à environ trente mètres de hauteur, déclamant des poèmes….

Louis Souvet, maire de Montbéliard et président de la Communauté d’agglomération du pays de Montbéliard de 89 à 2008 était trop fier! Il recevait des appels téléphoniques le 1 er janvier, du genre: « Mais dis-donc, à la télé, ils ont parlé du réveillon à Londres, Los Angeles, Berlin, Paris, mais aussi  à Montbéliard!  Et tous les  hôtels affichaient complet. Nous étions trois à mener à bien ce grand chantier : Hervée de Lafond, Claude Acquart et moi-même, Jacques Livchine.
Bien sûr,  en France, les établissements culturels prêtent le flanc à la critique et on les accuse même de wokisme, même s’ils ont de bonnes programmations. Mais à qui s’adressent-ils? Suis-je populiste, quand je me réjouis que le réparateur de chaudière me dit:  « J’y étais, aux Boulons.  » Et le garagiste, les mains pleines de cambouis, m’explique que, pour ce Réveillon, il recevait sa famille de partout.
Il y a eu quatre éditions…
 Puis la municipalité et l’agglomération ont changé de bord...et en 2013,   n’ont pas reconduit Le Réveillon des Boulons qui avait lieu le 31 décembre une année sur deux. Motif : l’évènement coûtait trop cher aux collectivités et avait été créé sous la Droite! Sans commentaires. Vingt-cinq ans plus tard, personne, à Montbéliard comme dans la région, n’a oublié “Les Boulons”.
Jacques Livchine, ex-codirecteur avec Hervée de Lafond du Théâtre de l’Unité qu’ils ont quitté le 31 décembre dernier.
 
 
 
 

Archives pour la catégorie Danse

Dis-moi sur quel pied tu danses, écriture et réalisation de Philippe Ménard

Dis-moi sur quel pied tu danses, écriture et réalisation de Philippe Ménard 

C’est (sic) le « premier long-métrage chorégraphico-documentaire-inclassable » de Philippe Ménard et cela se passe dans la grande communauté que sont ou ont été les patients, médecins, chirurgiens, prothésistes, infirmiers, kinésithérapeutes, administratifs… du service des Amputés et Appareillage, au Centre de Réadaptation de Coubert-U.G.E.C.A.M. (Seine-et-Marne). Avec vingt portraits-témoignages, danses et moments poétiques dans la nature proche, ce film a, pour fil rouge, la fabrication d’une prothèse, maintenant devenue une petite merveille de technologie. Alors que nous avons connu les anciens blessés de 14-18, pouvant tout juste compter le reste de leur vie, sur un pilon en bois, quand ils avaient perdu une jambe. Et à une manche repliée sur un moignon, quand un de leur bras avait été arraché par une grenade.

© Ph. Ménard

© Ph. Ménard

Ici, l’amputation d’une main, d’une jambe et/ou d’un bras, voire comme ce jeune Africain: des deux mains et des deux pieds est, médicalement, le seul choix possible. Une terrible épreuve pour le corps et l’esprit de ceux qui ont dû la subir, et pour leur famille. Et la réadaptation n’est pas non plus une mince affaire: il faut faire travailler cette prothèse électronique d’une jambe fabriquée avec très grand soin, et adaptée à chaque patient.
Philippe Ménard a passé plusieurs mois dans cet établissement: « De cette expérience, est né ce Dis-moi sur quel pied tu danses, un film que j’ai voulu sensible et ouvert. (…) Pour moi, ici, la perte d’un membre est une réalité tangible. Le membre manquant devient l’incarnation physique d’une absence, mais le manque, dans ce film, n’est pas ce qui ferait défaut au corps : il désigne l’espace à partir duquel le désir se met en mouvement. (…) Pour les uns, le membre manquant ouvre un horizon de projection: celui d’un appui possible, d’une autonomie à inventer, d’un élan à retrouver ou à transformer. Pour les autres -soignants et prothésistes- il engage un travail à la fois technique et humain: accompagner, fabriquer, ajuster, soutenir. (…) Le processus de fabrication d’une prothèse, que j’ai choisi comme fil rouge du film, donne une forme concrète à cette dynamique: un chemin qui traverse tout le parcours de réadaptation -de la cicatrisation à la confection de la prothèse, jusqu’à son appropriation- où l’absence est travaillée, déplacée, reconfigurée-et où chacun trouve, dans ce qui est là, des ressources pour continuer. »

© Ph. Ménard

© Ph. Ménard

Les spécialistes de cet établissement exemplaire font part de leur expérience, avec précision et générosité. Philippe Ménard nous emmène dans les ateliers où sont fabriquées ces prothèses, petits bijoux de technologie. Il nous fait aussi entendre la voix de ces femmes et hommes résignés à être handicapés à vie! Et dont on admire le courage et la ténacité! Ils ont tous une sacrée soif de vivre le plus heureux possible…
Mais ce « documentaire » intéressant, souffre -et c’est dommage- de la pollution de nombreuses images soi-disant lyriques qui n’ont rien à faire là, comme ces danses le long de couloirs vides et blancs ou dans les ateliers, ou cette femme jetant un bouquet de tulipes sur l’herbe verte ou encore cet homme en fauteuil roulant enfermé dans une bulle en plastique! Tous aux abris! Cela casse le rythme et cette heure quinze passe bien lentement…

Philippe du Vignal

A partit du 8  février, séances uniques à Paris, Toulouse, Bordeaux, Rennes… mais aussi dans de plus petites villes.

Shakuntala par la compagnie Triwat, mise en scène et scénographie de Kamal Kant, chorégraphie de Megha Jagawat

Shakuntala par la compagnie Triwat, mise en scène et scénographie de Kamal Kant, chorégraphie de Megha Jagawat

© compagnie

© compagnie Triwat

Les représentations de ballet Bollywood sont plutôt rares en France mais il y a cinq ans, le Théâtre national de la danse de Chaillot, en avait accueilli un spectacle. Triwat, avec des artistes de plusieurs origines mais vivant en France, forme des élèves à cette danse. Tous ont une pratique régulière du kathak, souvent depuis de longues années. C’est une très ancienne danse narrative dont le grand public retient la rythmique des pieds, le langage des mains et les pirouettes.
A l’origine, les artistes itinérants de kathak utilisaient danse, musique et gestuelle pour raconter les histoires de la mythologie hindoue, en particulier Le Mahabharata et Le Ramayana.

Le texte du prologue résume bien la proposition: «Acteurs et danseurs réunis dans le studio de danse, s’échauffent, discutent et répètent leur chorégraphie, pendant que le public s’installe. Le directeur  annonce alors qu’ils vont travailler sur une nouvelle création fondée sur Shakuntala du poète indien Kâlidâsa. Il en présente brièvement la vie et plonge le public dans le contexte de la pièce à venir, puis le spectacle commence avec l’histoire de Shakuntala. »
Ses amours contrariés avec le roi Dushyanta est un des épisodes du Mahabharata. Kamal Kant, issu de huit générations de maîtres de kathak, a travaillé en France avec plusieurs compagnies de danse et de théâtre,  en particulier, le Théâtre du Soleil dirigé par Ariane Mnouchkine. Meghat Jagawat vient, lui, de la danse traditionnelle indienne et a étudié le kathak avec  le maître Girdhari Maharaj: ils en sont donc les grands spécialistes. Vingt danseuses et danseurs participent à cette création. La vie de Prachi Ghera qui interprète Shakuntala et que nous avons rencontrée, est en elle-même, une épopée! Née à New York, de parents d’origine Sindhi, elle  y a pratiqué la danse kathak depuis l’âge de sept ans.

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©x Camille Claudel réalisant Shakuntala

Actuellement chef de projet en architecture intérieure, elle avait un rêve caché: pouvoir vivre et de son art à Paris. Arrivée ici il y a un an, elle a un français encore fragile mais très compréhensible. Se retrouver dans la capitale et y jouer le rôle de Shakuntala complète ce rêve. Elle a répété avec la compagnie Triwat chaque dimanche, pendant quatre mois…
A ce travail en groupe, s’ajoutaient ses répétitions à elle: le rôle exige en effet une grande maîtrise de la danse mais aussi du jeu avec dialogues. Sa présence est impressionnante, quand elle incarne cette héroïne mythique, comme le sont aussi les autres artistes embarqués dans cette aventure.

Chants, danses, dialogues sont accompagnés de vidéo en fond de scène. L’ensemble, avec de beaux costumes, est un kaléidoscope riche en couleurs et une invitation au voyage dans une autre culture. Le travail des ces artistes est une vraie réussite et il serait utile  que le public le découvre sur d’autres scènes. Le musée Camille Claudel avait déjà accueilli ce spectacle: l’artiste réalisa en 1887 une sculpture représentant Shakuntala…

Jean Couturier

Spectacle vu le 10 janvier à la M.P.A.A. de Saint-Germain-des-Prés, 4 rue Félibien, Paris (VI ème). 

Un pas de côté… et l’autre aussi, cabaret de Jean-Michel Ribes, musique de Reinhardt Wagner.

Un Pas de côté… et l’autre aussi, cabaret de Jean-Michel Ribes,  musique de Reinhardt Wagner

En  66, le dramaturge et metteur en scène avait fondé  la compagnie du Pallium, avec le peintre Gérard Garouste et l’acteur Philippe Khorsand. Il y a fait jouer de jeunes acteurs: Andréa Ferréol, Roland Blanche, Gérard Darmon, Jean-Pierre Bacri, Daniel Prévost, Roland Giraud… Il mit en scène des œuvres de Sham Shepard, Copi, Roland Topor, Fernando Arrabal et, en 70, il crée sa première pièce, Les Fraises musclées… Puis l’année suivante, Il faut que le sycomore coule, au petit Théâtre de Plaisance, aujourd’hui disparu, où Jérôme Savary débuta aussi.
Suivront entre autres, L’Odysée pour une tasse de thé… au Théâtre de la Ville, puis Musée haut, musée bas,  Batailles de Roland Topor et lui-même, René l’énervé, déjà avec Reinhardt Wagner, Par delà les marronniers… Jean-Michel Ribes créera aussi avec Roland Topor, Jean-Marie Gourio, François Rollin et Gébé, Merci Bernard sur FR3 et Palace sur Canal+,les fameuses séries à l’humour décapant qui eurent un grand succès.

 

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Ici, il nous entraîne dans une promenade en absurdie, sous le signe de  l’humour noir et d’une fantaisie débridée, pour notre plus grand plaisir avec un montage des textes poétiques de Roland Topor, Jean Tardieu, Raymond Queneau, Jean-Louis Fournier et Georges Fourest. Mais aussi d’Alexandre Vialatte aux chroniques savoureuses, et des extraits de ses anciens spectacles: ce poète de la dérision fut aussi longtemps le directeur du Théâtre du Rond-Point.
« Il y a, dit-il,  beaucoup d’écrivains dont j’ai le sentiment d’appartenir à leur famille. Une famille un peu à part, dont les rejetons certes reconnus ne sont pas suffisamment bien élevés pour qu’on leur permette d’être entendus comme ils le méritent. Une tribu à part en quelque sorte, qui reste dans une certaine marginalité, qui comme le disait Roland Topor: «Je préfère vivre dans la marge, que de mourir au milieu ». Ce que j’aime chez Alexandre Vialatte, Roland Topor,  Jean Tardieu ou  Raymond Queneau que j’ai, par ailleurs, bien connu, c’est l’idée que le sérieux est le cholestérol de l’imaginaire.

La fantaisie est quelque chose qui résiste aux diktats, aux morales définitives et aux gens qui savent. Quand Staline disait: «un pays heureux n’a pas besoin d’humour», on comprend combien la seule chose dont il avait peur, était la fantaisie. Tout ne peut pas se réduire au seul bon sens et le non-sens est nécessaire; cela ne signifie pas: absence de sens mais volonté de regarder le monde à l’envers, pour montrer combien il est ridicule… à l’endroit. « 

Ici, avec Reinhardt Wagner, il nous entraîne, sous la coupole du Théâtre de la Ville, dans  un nouveau voyage, joué et chanté dans un scénographie dépouillée, avec juste quelques chaises… Marie-Christine Orry, Justine Garcia, Ema Haznadar, Quentin Baillot et David Migeot sont très à l’aise dans un univers  imprévisible. Bref, un cabaret joyeux, impertinent et plein d’esprit, sous le signe de l’insolite et de l’ubuesque… Une invitation à s’évader.

 Solange Barbizier
Jusqu’au 24 janvier, Théâtre de la Ville-Sarah Bernhard , 2 place du Châtelet, Paris ( IVème) . T. : 01 42 74 22 77. 

Clap de fin pour le Théâtre de l’Unité (2)

Clap de fin pour le Théâtre de l’Unité (2)

©x Jacques, Hervée et Claude Acquart, leur scnéographe

©x Jacques, Hervée et Claude Acquart, leur scnénographe

Comment nous nous étions connus, Hervée et Jacques, il y a au moins un demi-siècle? Pas au tout début de leur aventure, quand Jacques Livchine avait créé, en 68, un montage de poèmes avec Apollinaire à la guerre au Théâtre des Trois Baudets. Je n’étais pas encore critique de théâtre, même si j’y allais très souvent. Mais, sûrement en 72, quand le Théâtre de l’Unité avait présenté quelques sketchs provocants en guise de parade pour son Don Juan, à Aix, ville ouverte aux saltimbanques, une manifestation de théâtres de rue créée par le grand Jean Digne où il m’avait demandé d’être « écrivain public », puis « écouteur public »…

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©x Jean Digne en 72

Nous avons vu à Paris Le Revizor de Nicolas Gogol. Malgré quelques bonnes idées, un spectacle peu convaincant, dans une salle presque vide et je ne me souviens pas avoir écrit d’article.

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Puis, il y eut la légendaire 2CV Théâtre pour un spectateur à l’intérieur et dans la rue, une bonne centaine tout autour. Et en 78, à Elancourt, où le Théâtre de l’Unité a réussi à s’implanter, La Femme-Chapiteau mais surtout Le Boulevard de la rue que Bernard Faivre d’Arcier, directeur du festival d’Avignon, avait invité: un spectacle avec tous les personnages habituels: mari, femme, amant et domestiques vivant dans les meubles d’un appartement bourgeois… mais le tout dans une rue de la Cité des papes. En 80, un bon souvenir à Saint-Quentin-en-Yvelines, du Bourgeois Gentilhomme de Molière, vu par Louis XIV et sa Cour, à un grand dîner à Versailles; le public étant assis derrière les convives et essayant d’attraper quelques bribes du festin… Et il y eut cette même année, la création du Mariage, un vrai-faux mariage joué dans le in d’Avignon. Avec la future mariée en longue robe blanche et son fiancé en habit, descendant d’un train (ou faisant semblant?). Puis, avait lieu la cérémonie à l’Hôtel de ville par le maire… de Florence, un ami du Théâtre de l’Unité. Et, à la nuit tombante, départ en voitures, toutes munies d’un petit drapeau pour se repérer et aller en cortège vers une belle maison avec piscine, à Pernes-les-Fontaines.
Je revois encore Hervée et Jacques accueillant à Avignon chacun des spectateurs à la vente des billets : puis ils avaient mémorisé leurs noms, grâce aux polaroïds qu’ils prenaient. Il y avait un grand repas de mariage pour le public avec, comme autrefois, chansons, et sketches dehors et dans la maison. Vers six heures du matin, Jacques proposa de boire un verre de champagne mais ajouta aussitôt: «Alors, il faudra le mériter, allez chercher les bouteilles.» Et il en balançait quelques cartons dans la piscine. Panique à bord! Des spectateurs à moitié nus plongeaient les récupérer…

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©x Hervée de Lafond, Léna Bréban et Alexandre Boussat

J’avais demandé à Hervée et Jacques de remettre le couvert avec les élèves de l’Ecole de Chaillot. Ainsi naîtra Noce et banquet, un spectacle commandé pour le festival de Blaye par Jacques-Albert Canque, très heureux d’inviter le Théâtre de l’Unité. Cela a été pour ces jeunes acteurs, l’occasion exceptionnelle de débuter, bien encadrés par des metteurs en scène de premier plan, dans les lieux parfois difficiles qu’étaient une rue de la citadelle de Vauban, puis une chapelle désacralisée, un cloître, et enfin une placette où, à la fin, tous les personnages se suicidaient l’un après l’autre, en se jetant des remparts. Hervée jouait à la fois la belle-mère et la maîtresse de cérémonie en tailleur noir, clochette à la main dans la chapelle pour rythmer la cérémonie. Marie Thomas, hélas décédée l’an passé, en jupe et grand chapeau noir, était une ex du marié et entrait en retard dans la chapelle, en en claquant la lourde porte. Puis elle allumait sa cigarette au cierge pascal dans le chœur et allait s’asseoir au sol, jambes écartées face à l’assistance, pour qu’on voit bien ses jarretelles et bas noirs. Nourit Sibony, la chanteuse franco-israélienne, elle, debout sur un piano à queue. interprétait de merveilleux gospels.


Jacques, lui, était le curé qui allait procéder à la bénédiction, mais, comme il devait faire en urgence un aller et retour à Paris, il m’avait demandé de le remplacer pour deux soirs. Grande promotion : directeur d’école, après une matinée de répétitions, je devins curé, petit mais nécessaire personnage de cette Noce et banquet qui prononçait un sermon foutraque.
Notre amie Chantal Boiron, directrice de la revue Ubu, avait dit à Françoise Morandière attachée de presse du festival, que le curé attendant le cortège ressemblait à du Vignal. Mais, non pas du tout, ce n’est pas lui et d’ailleurs, il n’est même pas venu… avait-elle finement répondu.  En 82, j’avais interviewé Jacques lors de l’émission sur France-Culture d’Alain Veinstein qui lui avait passé commande d’une intervention sur une grue au-dessus du Verger. Jacques avait alors entièrement vidé sur la table du studio, le contenu du sac à main d’une artiste, en détaillant au micro et avec précision chaque objet : briquet, carte d’identité, petite  monnaie, tampon, rouge à lèvres, clés…

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Regrets: je n’avais pu voir Le Théâtre pour chiens, ni L’Arche de Noë, avec le chanteur Nino Ferrer, trente acteurs et une centaine d’animaux.  Mais j’avais assisté à Ali-Baba, mise en scène d’Hervée de Lafond, sous un grand chapiteau, avec chariots à moteur électrique. Tout à fait impressionnant: les nombreux enfants étaient sidérés par tant de magie… Et il y eut Mozart au chocolat où, dans une pièce ovale fermée, quatre-vingt spectateurs dégustaient une tasse d’excellent chocolat, servie par Hervée de Lafond. Ceux qui n’avaient pu entrer, étaient admis à écouter à l’extérieur par un hublot, les airs de Mozart joués par un pianiste, et les extraits d’opéra chantés par un baryton et une soprano.
Ce Mozart au chocolat  était une petite merveille, à la fois élégante et efficace, dont nous nous souvenons comme si c’était hier. Autre petite merveille mais jouée peu de fois: L’Histoire du soldat de Ramuz et Stravinski, mise en scène de Marc Feldman sous un chapiteau.
Comment ne pas évoquer aussi les stages A.F.D.A.S. que dirigèrent Hervée et Jacques à l’Ecole du Théâtre National de Chaillot, chaque fois avec un grand succès. Nous n’avons jamais regretté d’avoir fait venir ces grands pédagogues et, à chaque fois, il y avait une séance de travail avec les élèves…

© Giancarlo Gorassini/Bestimage

© Giancarlo Gorassini Ophélia Kolb qui jouait  à Conques

Je leur avais ensuite demandé de mettre en scène le spectacle que nous avait commandé la directrice du service culturel de Conques (Aveyron), un village où Prosper Mérimée avait sauvé de justesse l’abbatiale et son merveilleux tympan: « Je n’étais pas préparé à trouver tant de richesses dans un pareil désert ». Thème choisi par Hervée et Jacques: une revisitation du Moyen-Age et des Croisades. Hervée avait interpellé un moine de l’abbaye en bure blanche qui passait près du cloître pendant le spectacle: «Eh!Mon père, l’Eglise n’a pas toujours été bien nette à cette époque-là, vous êtes d’accord? »

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A un repérage en janvier,  Jacques et Hervée, nous  avions essayé de calculer l’orientation du soleil au crépuscule en juillet, pour choisir le côté du cloître où mettre les spectateurs pour qu’ils ne soient pas gênés. Folie du Théâtre de l’Unité mais aussi grande rigueur, comme toujours quand il s’agissait de choisir un lieu adapté. Beau succès avec quelque deux-cent cinquante spectateurs à chacune des cinq représentations. L’Ecole du Théâtre National de Chaillot n’aurait jamais été celle qu’elle a été, si, à notre demande, ils n’y étaient pas venus souvent y travailler. Pourquoi nous souvenons-nous de détails aussi précis de leurs mises en scène?
Sans doute grâce à ces préceptes qui furent leur bible non écrite : dramaturgie précise, choix et direction d’acteurs au cordeau, respect du texte quand il s’agissait d’un classique, imagination de situations impossibles mais rendues crédibles, fausses pistes pour mieux piéger les spectateurs, second degré flirtant sans arrêt avec le premier, décalage permanent, allers et retours entre réel et fiction, rigueur et intelligence des scénographies de Claude Acquart. Ainsi au début de Dom Juan, trois jeunes couples absolument nus arrivaient sur le plateau et commençaient à jouer. Jacques dans la salle, hurlait: «Baissez le rideau, excusez-nous, ce n’était vraiment pas du tout une bonne idée.» Du lard ou du cochon? Le public était sidéré… Et, en à peine une minute après, miracle… les acteurs revenaient normalement habillés! 

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Repas des riches, repas des pauvres en 94 à l’Hôtel Sponeck à Montbéliard, une performance de l’artiste Daniel Spoerri que nous avions beaucoup aimée. Là aussi, l’imagination était au pouvoir. Assis aux mêmes tables, un repas bon mais simple (saucisse-lentilles) pour les pauvres mais sans service, et un autre repas luxueux avec foie gras, champagne et maître d’hôtel pour les riches: les uns et les autres tirés au sort. Avec, parfois, échanges de boissons entre eux… Ou indifférence!

Terezin, encore un bon spectacle en 95 dont vous a parlé Jean Couturier (voir Le Théâtre du Blog): tout le théâtre était occupé avec une rare émotion  Il y a eu aussi l’ouverture en 96 du Palot-Palot, un ancien cinéma à l’abandon que le Théâtre de l’Unité, avec la mairie de Montbéliard, avait fait rénover, pour que les jeunes puissent aller y danser… Et il y a eu ce merveilleux 2.500 à l’heure, une histoire du théâtre en soixante minutes jouée par de jeunes acteurs issus de l’Ecole de Chaillot : Alexandre Zambeaux et Léna Bréban,  et Eric Bougnon, rencontré à un stage A.F.D.A.S. Et encore ces mises en scène épatantes de La Flûte enchantée de Wolfwang Amedeus Mozart et La Tétralogie (condensée) de Richard Wagner.  Par la fanfare des Grooms qui sera ensuite dirigée par Christophe Rappoport, le fils de Jacques et Edith qui fut longtemps conseillère à la D.R.A.C. Ile-de-France.Un Brecht pour Muguette, une évocation mordante et réussie de personnages de Montbéliard, comme le maire Pierre Souvet et son adjoint, Pierre Moscovici. Et encore, deux des nombreux Kapouchniks, ces cabarets mensuels sur l’actualité sociale et politique, fabriqués avec un humour cinglant, dans la journée du samedi, à base de revues de presse et joués le soir par une dizaine d’acteurs rompus à l’exercice. Avec juste des costumes sur un portant, et quelques accessoires. Un beau spectacle gratuit- il y avait seulement une corbeille à la sortie- suivi par un public fidèle et enthousiaste pendant vingt ans. Je revois Jacques alignant au tableau noir, les chiffres de différents budgets, aussi ahurissants que contradictoires. Une belle leçon de  pensée politique et un théâtre populaire envié par les institutions voisines qui… se gardaient bien d’inviter le Théâtre de l’Unité. Tout se paye dans la vie, surtout l’audace et le succès.

 

 

© Jean Couturier

© Jean Couturier La Nuit unique

La Nuit unique créée au festival d’Aurillac, avec ses dizaines de couchages alignés pour voir, de dix heures du soir à sept heures du matin, un cabaret hors-normes. Jacques nous avait proposé un vieux mais confortable fauteuil en cuir, pour y passer la nuit. Mais difficile de tout capter de cet excellent cabaret,  sans sommeiller de temps à autre…  Et toujours au festival d’Aurillac, dans une belle prairie jouxtant la Maison de la Châtaigne à Mourjou, un beau petit village cantalien, la Brigade d’Intervention Haïtienne en 2010, un exorcisme de la mort avec poèmes et chansons et un cercueil où de jeunes acteurs haïtiens plaçaient un spectateur volontaire. 

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Et La Tour bleue (2007) à Amiens, devant des spectateurs par milliers regardant des sketches joués par des acteurs et cascadeurs dans une barre d’H.L.M. qui allait être détruite par explosion à la fin du spectacle. Mais, d’explosion, que nenni ! Impossible vu le danger! Donc une belle imposture: nous nous étions tous fait avoir par cette histoire invraisemblable de destruction par ultra-sons, annoncée dans toute la presse locale et rendue crédible par la présence de Gilles de Robien, maire d’Amiens de 89 à 2.002. Et surtout par une dramaturgie soigneusement préparée longtemps à l’avance par Hervée et Jacques… Vu aussi Le Parlement de rue, un spectacle sur des gradins en plein air au festival d’Aurillac en 2014. Assise sur une chaise d’arbitre de tennis, Hervée de Lafond présidait une Assemblée nationale, avec discussion et vote de lois proposées par le public… Ensuite envoyées à Manuel Vals, Premier Ministre, aux ministres concernés et à François Hollande, Président de la République.

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Mais un des spectacles de l’Unité que nous avons préférés a été Oncle Vania à la campagne en 2006. Bigre, déjà vingt ans! Mais encore si vivante dans notre mémoire, cette pièce créée à Porentruy (Suisse). La scène ? Une grande prairie d’une exploitation agricole. Le public était assis sur des bottes de paille compressées, pour voir cet Oncle Vania à la campagne en une heure trente, jusqu’à la nuit. Dans un coin, cuisait lentement un chaudron de bonne soupe qu’avait préparée Jacques et servie après le spectacle au public. Merveille du hasard, ce soir-là, on a entendu au loin, les rires d’une fête de mariage et, sublime et qui aurait bien plu à Anton Tchekhov, la sirène d’un petit train passant dans la vallée. Et, à un moment, des chevaux avec leurs cavaliers traversant la prairie derrière les acteurs (mais cette fois, mis en scène). Impossible d’oublier une telle réalisation…

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©x Macbeth

Sept ans plus tard, dans la forêt près d’Audincourt, Macbeth en forêt, déambulatoire  la nuit par un hiver mouillé, le public assis sur des tabourets pliants, avec un très bon Macbeth, une moins bonne Lady Macbeth. Mais avec des images fantastiques, dignes de Shakespeare et jamais réalisables sur un plateau. 

Et le dernier de Jacques en 22, Une Saison en enfer, sur le chemin à travers les champs qu’empruntait Arthur Rimbaud, depuis la ferme de sa mère à Roche près de Charleville-Mézières et dont il ne reste qu’un mur. A côté, une petite maison rénovée par Patty Smith qu’elle avait prêtée au Théâtre de l’Unité pour servir de Q.G. et de loges. Là encore, il pleuvait sans arrêt et, là encore, miracle, la pluie cessa juste avant ce spectacle déambulatoire, avec des images d’une grande beauté.

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©x Une Saison en enfer

Nous y retrouvons, parmi les cinq interprètes tous en habits noirs, Faustine Tournan, ex-élève de l’Ecole de Chaillot… qui, à Conques, avait sauté d’un mur et s’était gravement blessée. Il y a de la nostalgie dans l’air et Jacques me dit que ce sera son dernier spectacle, qu’il a commencé sa vie avec Arthur Rimbaud et qu’il la finira avec lui.
Il y a deux ans, Les Femmes puissantes d’après L’Assemblée des femmes d’Aristophane. En amont, un atelier-théâtre animé par Hervée avec des mères de famille arabes. Cela se passait près d’Audincourt, dans les vestiges d’un grand théâtre romain. Mais belle trouvaille, le public était assis là où était la scène autrefois Il pleuvait sans arrêt et il faisait froid. Heureusement, sous une tente, nous attendaient du café et de quoi manger un morceau.

©J.P. Estournet

©J.P. Estournet

Puis, miracle, la pluie cesse quelques minutes après le début du spectacle et la dizaine d’actrices vont avec Hervée faire revivre en cinquante minutes sur ce qui restait des gradins, la fable d’Aristophane sur une musique commandée à William Sheller. Micros H.F., belles lumières, impeccable régie, tout cela, malgré des conditions météo assez rudes. Pari réussi,  avec un auteur grec joué en France par des actrices arabes. Une fois de plus, avec un grand professionnalisme: rien d’impossible au Théâtre de l’Unité…

Voilà, ce sont quelque trente spectacles que nous aurons vu et ceux qui ont moins de quinze ans ont été chroniqués dans Le Théâtre du Blog. Et il y a eu avec Hervée et Jacques, un compagnonnage exceptionnel, quand ces pédagogues hors pair ont accepté de diriger des stages à Chaillot. Et ils ont aussi monté trois spectacles avec les élèves ou avec ceux juste sortis de l’Ecole. C’est un rare privilège de les avoir accueillis, une idée que les services du Ministère de la Culture trouvaient assez bizarre, mais que Jérôme Savary, alors directeur, avait bien sûr, approuvé….

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©x La fête d’adieu à Audincourt avec le Rappoport orchestra autour d’Hervée et Jacques 

Merci, encore merci, à Hervée et Jacques pour toute la riche vie, loin des chemins habituels, que vous aurez su apporter au théâtre contemporain. Avec un grand travail préalable de dramaturgie, puis  une impeccable direction d’acteurs, une rigueur et une invention d’images exemplaires de beauté, une écriture ciselée, un choix de lieux conformes au projet, et il y en au un paquet: rue ou place de ville (souvent), sentier de campagne, forêt, cloître (deux fois), chapelle, amphi en ville, jardin public, chapiteau, scène frontale de théâtre, ancien atelier, maison à l’extérieur et à l’intérieur, prairie (deux fois), ancien H.L.M. ,gymnase, etc… une musique recherchée et une scénographie efficace, réalisée par leur ami Claude Acquart. Et toujours, avec insolence, rigueur et générosité.
Tout cela n’a aucun prix et a fait la grande réputation du
 Théâtre de l’Unité qui, le 1er janvier 2026, est devenu la Maison de l’Unité. Nous souhaitons le meilleur aux artistes qui, en ces temps bousculés, vont succéder à Hervée et Jacques: ils bénéficient d’un héritage artistique exceptionnel.
Allez, une dernière pour la route:
« Fabuleux! Je ne pensais pas, a dit Jacques, vivre ça de mon vivant! Vivre un enterrement hyper-joyeux, hyper-tendre, hyper-émouvant, oui, un enterrement. Car ce genre d’hommage, c’est quand on est mort: et là pas du tout, on était vivant et on s’est régalé comme dans un rêve.Tous ces compagnons de route très anciens: Généric Vapeur, Trans Express, Cacahuete, Juliot. Et puis tous les autres! Tous en transe! Pour nous…  Je n’en reviens toujours pas! Je plane, je plane, je plane! » 

Philippe du Vignal

Si vous voulez en savoir plus, lire absolument: Les Mille et une plaisanteries du Théâtre de l’Unité de Jacques Livchine. 15 €. Maison de l’Unité, 9 allée de la Filature, Audincourt (Doubs). T. : 03 81 34 49 20.
Vous pouvez voir toutes les photos de la grande fête d’adieu en l’honneur d’Hervée et Jacques à laquelle nous n’avons pu assister, en allant sur le site: Blog de Jacques Livchine. 

La Cage aux folles, musique et paroles de Jerry Herman, livret d’Harvey Fierstein, d’après la pièce de Jean Poiret, traduction en français et mise en scène d’Olivier Py

La Cage aux folles, musique et paroles de Jerry Herman, livret d’Harvey Fierstein, d’après la pièce de Jean Poiret, traduction en français et mise en scène d’Olivier Py (en français, surtitrage en anglais pour les dialogues et chansons, en français pour les chansons)

 

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©Thomas Amouroux

Juste avant l’entracte, Laurent Lafitte -exceptionnel dans le rôle d’Albin/Zaza- interprète sous un arc-en-ciel de tubes fluo, les paroles de la mythique I am what I am : “J’ai le droit d’être moi, un être à part, j’entre en scène et j’ose … Sous les crachats ou sous les roses, que l’on m’acclame où que l’on me blâme. Je sais que je ne suis ni elle, ni lui, ni lui, ni elle”.
Cette confession de Zaza claque comme un manifeste d’ouverture d’esprit dans une France qui en manque souvent. A l’image d’Éric Ruf qui a relevé avec succès au dernier festival d’Avignon, le défit de monter Le Soulier de satin de Paul Claudel, Olivier Py réussit totalement son pari : recréer cette comédie musicale montée à Broadway en 83.
À la création de la pièce originale (1976), son auteur Jean Poiret écrivait avec son humour habituel: « On peut également recevoir la pièce comme un beau drame ou l’homo et l’hétéro (se munir d’un dictionnaire, j’ai omis de vous le dire, pour tout ce qui concerne cet exposé, ou demander tous renseignements à la caisse du théâtre, tous les jours de 11 h à 20 h, sauf le lundi, de 11 h à 18 h), ou l’homo et l’hétéro, disais-je, se livrent bataille dans une déchirante lutte de générations. Le tout dans un sourire poilé de larmes, comme il convient, entre gens de bon ton”.

Cette comédie musicale est une absolue réussite à tous niveaux. La scénographie avec plateau tournant, signée Pierre-André Weitz nous fait voyager de la scène du cabaret La Cage aux folles, à ses coulisses et à l’appartement d’Albin et Georges. Ce même artiste a aussi créé les costumes, dignes des grandes revues années quatre-vingt comme celles de LAlcazar ou du Paradis latin. L’orchestre des Frivolités Parisiennes sous la direction de Christophe Grapperon, plein de fougue, et les exceptionnels danseurs travestis Les Cagelles complètent cette mise en scène parfois grave, mais festive.
Le chorégraphe Ivo Bauchiero mêle avec succès claquettes, jazz, swing et danses de salon et ici, tout est fait pour que le public se sente au cœur du cabaret, avec des lumières rose. Laurent Lafitte (Albin transformée en Zaza meneuse de revue) va au contact des spectateurs, traverse un rang de l’orchestre et, comme un bateleur, les interpelle avec quelques réparties cinglantes : «Bonsoir à toutes et à toutes, et à toutes! Y a-t-il des hétéro dans la salle? Cela fait quoi d’être en minorité? Il y a deux sortes d’hommes, les passifs et les menteurs ! »
Et, à un autre moment, il regarde le poulailler du théâtre : « Coucou là-haut, Elle m’a fait coucou ! Ben, ce ne sont donc pas des places aveugles. » Accompagnant Laurent Lafitte -excellent dans ce genre d’exercice- ses partenaires sont justes, en particulier, l’acteur qui interprète Georges le mari d’Albin qui doit marier son fils et le faire entrer dans une famille chrétienne intégriste, d’où les multiples quiproquos comiques. «C’est un privilège, dit-il, de porter la tendresse en scène, dans le souffle et les pas de Georges.»
En costume d’un blanc éclatant, il ressemble au regretté Jean-Marie Rivière ( 1926-1996) acteurmetteur en scène et exceptionnel homme-orchestre de lAlcazar. Jean Poiret écrivait :«Le tout dans un sourire poilé de larmes. »

Pour Olivier Py, « La Cage aux folles est une leçon de tolérance qu’on aime car il n’y a pas de sermon. Elle se contente de nous faire rire, puis pleurer et rire encore, jusqu’à pleurer de rire. » Un exemple dans l’histoire du spectacle et pour le plus grand bonheur du public qui, chaque soir, offre une ovation debout à ces artistes en chantant avec eux : « On ne vit qu’une fois… Carpe diem, carpe diem. Entre le baptême et le Requiem. La vie, c’est peu de choses. Aussi fragiles que les roses, les roses, les roses. » Il faut espérer que ce spectacle sera repris.


Jean Couturier


Jusqu’au 10 janvier, Théâtre du Châtelet, 1 place du Châtelet, Paris ( Ier). T. : 01 40 28 28 40.

 

Le Lac des cygnes, musique de Piotr Ilitch Tchaïkovski et du Groupe 79 D, chorégraphie d’Angelin Preljocaj

Le Lac des cygnes, musique de Piotr Ilitch Tchaïkovski et du Groupe 79 D, chorégraphie d’Angelin Preljocaj


Comme le rappelle Serge Lifar dans La Musique par la Danse : «Le ballet eut une destinée navrante : il a été créé le 4 mars 1877 au Grand Théâtre de Moscou, au bénéfice d’une demoiselle Karpakova dont le nom ne figure pas autrement sur les tablettes de la danse… La chorégraphie est d’un certain Julius Reisinger, encore un inconnu ! et l’orchestre dirigé par un amateur, un certain Riabov qui confessa n’avoir jamais encore vu de partition aussi compliquée (!). Décors et costumes empruntés aux vieux ballets du répertoire”.
Cette œuvre remontée par Marius Petipa et Léon Ivanov, après la mort de Tchaïkovski en 1895, obtint cette fois un triomphe qui perdure. Serge Lifar le considérait comme l’auteur  par excellence, de chorégraphies : « On trouve toujours dans sa musique, un mouvement de danse, une valse ou une ronde populaire russe”.

© J.C. Carbonne

© J.C. Carbonne

Ici, Angelin Preljocaj alterne musique originale et musique électronique du Groupe 79 D  et nous propose une version écologique de l’œuvre: les cygnes sont menacés par le réchauffement climatique à cause de l’activité humaine. Les vidéos de Boris Labbé sont explicites : à l’emplacement du lac, se construit une mégapole avec tours gigantesques…
Nous perdons actuellement vingt millions d’oiseaux en Europe par an (source L.P.O.) et les lacs de cygnes se font de plus en plus rares. Siegfried (Leonardo Crenaschi), le Prince est ici l’héritier d’une entreprise spécialisée dans la vente de plates-formes de forage. Rothbart (Redi Shtylla), le Sorcier, est un homme d’affaires qui veut exploiter une source d’énergie fossile, près du fameux lac. Odette (Mirea Delogu) se méfie de cette perspective mais Rothbart la transforme en cygne dès le prologue. Angelin Preljocaj va nous faire découvrir de sombres tableaux d’une grande beauté plastique et nous offre la vision d’un monde contemporain marqué par la dureté des rapports humains. En ce 31 décembre, supposé être festif, cette noirceur impressionne le public…
Les danseurs du ballet Preljocaj ont une technique d’une grande rigueur. Mirea Delogu (Odette et Odile) a une présence impressionnante et avec un corps athlétique, une grande sensualité dans ses mouvements. «C’est un rôle difficile qui requiert, dit Angelin Preljocaj, des qualités opposées, en termes de virtuosité et interprétation. Il faut vraiment un travail intense pour trouver l’équilibre entre ces deux personnages, sans rien céder sur une nécessaire exigence”.
Les remarquables costumes des cygnes d’Igor Chapurin cassent les codes habituels : tutus… Malgré plusieurs styles de chorégraphie en fonction des tableaux, l’ensemble est fluide et réserve de belles surprises que nous avons goûté avec grand plaisir.

Jean Couturier


Le spectacle a été créé au Théâtre des Champs-Elysées, 15 avenue Montaigne Paris ( VIII ème) du 21 décembre au 4 janvier.


Du 7 au 9 janvier, Maison de la Culture, Amiens (Somme).

Du 10 au 14 février, Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône).

Festival du Merveilleux au Musée des arts forains

Festival du Merveilleux au Musée des arts forains

Parisiens et visiteurs du monde entier vont rêver dans ce musée. Comme chaque année, Jean-Paul Favand, maître des lieux, invite des artistes au Musée des arts forains proprement dit, le Théâtre du merveilleux mais aussi au Salon vénitien et au Magic Miror.
Il faut aussi voir les manèges et éléments forains historiques que Jean-Paul Favand a collectionné et remis en fonctionnement avec une équipe technique très spécialisée. Manèges de chevaux de bois, vélocipèdes, gondoles mais aussi billards japonais ou hollandais, tables à élastiques et les fameuses courses de chevaux, de bateaux et de garçons de café, un ensemble d’attractions exceptionnel. Ce lieu unique au monde est sans doute un des plus grands musées privés du spectacle vivant.

 

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Thème de cette année: les costumes. On découvre, entre autres, ceux, fabuleux, de clown, créés par la maison Vicaire, des coiffes de cabaret et music-hall, d’une grande richesse, une robe de Brigitte Bardot dans Boulevard du Rhum (1970) de Roberto Enrico, une création d’Yves Saint Laurent pour le ballet Turangalila (1968) et une chapeau de Joséphine Baker (1973).

Au Théâtre du Merveilleux, opéras et ballets sont à l’honneur avec cinq pièces uniques d’une grande beauté dont Les Bandar Log (chorégraphie de Georges Skibine et costumes de Jacques Dupont (1968), Obéron (1954) costumes de Jean-Denis Malclès, Le Lac des Cygnes (1960), costumes de Dimitri Bouchene, chorégraphie de Vladimir Bourmeister. Yous ces spectacles furent créés à l’Opéra de Paris.
Enfin il faut aussi découvrir la parade et les performances musicales de la compagnie Demain on change tout, avec des marionnettes géantes. Il est bon de se perdre dans cet endroit hors du temps…

Jean Couturier

Jusqu’au 4 janvier, Musée des arts forains, Pavillon de Bercy, 53 avenue des Terroirs de France, Paris (XII ème). arts-forains.com

 

 

 

Rêves de Bohdan Pankrukhin et Volodymyr Koshovyi, mise en scène de Roman Khafizov, chorégraphie de Mykhailo Makarovparle Cirque Inshi, mise en scène de Roman Khafizo

Rêves de Bohdan Pankrukhin et Volodymyr Koshovyi, mise en scène de Roman Khafizov, chorégraphie de Mykhailo Makarov

Roman Khafizo est venu à Paris et a réussi à faire venir certains artistes du Cirque Inshi en France où il avait déjà travaillé. Soutenu par le Sirque de Nexon (Haute-Vienne), l’association Territoires de Cirque et le Ministère de la Culture. Rêves a pu naître grâce à l’engagement de ces artistes, à la solidarité de l’association Territoires de Cirque, de la communauté circassienne en France et grâce à l’aide  du Ministère de la Culture, des D.R.A.C. Bretagne et Île-de-France, de la Ville de Paris et des Opéras d’Angers et Nantes.

Une création en exil pour ces jeunes et remarquables circassiens : cinq hommes et deux femmes, au corps imposant de force et de grâce. Comme s’il avait partie liée avec quelque chose de sacré. « Donner disait le solide helléniste François Chamoux (le grand-père  de Camille, l’actrice), une forme concrète de l’image mentale que ses concitoyens  se font de la divinité. » Ils accomplissent ici un travail exemplaire qui témoigne de l’exigence de l’enseignement artistique dans ce pays. Sur des musiques de Camille Saint-Saëns, Frédéric Chopin, Claude Debussy, Vivaldi, Maurice Ravel, Phil Glass.
Il y a d’abord et par moments, (dans une épaisse couche de fumigène! Cette mode n’épargne décidément aucune compagnie…Mais pas grave!), une danse avec ces huit interprètes qui s’apparente à de l’acrobatie au sol.

 

© TTS pictures

© TTS pictures

Puis, entre autres, un magnifique numéro d’un jongleur hors pair, avec des balles obéissantes circulant sur la tête et les bras d’un jongleur. Un autre avec des cerceaux, eux aussi très obéissants à une jeune femme sur la musique de Madame Butterfly
Deux circassiens, l’un virevoltant,  autour d’un filin suspendu aux cintres, la tête souvent en bas et le corps tenant parfois sans l’aide des jambes ou des mains, heureusement, vu les risques, au-dessus d’un épais matelas.

L’autre, clou de la soirée, s’appuyant d’une main sur une série de tiges dont l’une s’élèvera électriquement sur  la musique lancinante du Boléro de Ravel. Sans jamais un parole mais avec une rare maîtrise et une élégance que le public a félicitées par des salves d’applaudissements. Tous ces jeunes artistes sont d’une force incroyable, physiquement et mentalement. Et, cela se sent, ils ont envie de faire passer le message: la résistance  passe aussi par nous, artistes en exil. Et, à la fin, comme pour dire qu’il faut ne pas oublier de rire,  arrive un clown aux cheveux orange sautillant sur une musique folklorique. Et il y a une scène dansée et chantée autour d’une grande table.

©TTS-Pictures

©TTS-Pictures

Aux saluts, très bien réglés et discrets- ce qui est rare dans la douce France- ces jeunes artistes semblaient un peu tristes (il y a de quoi devant cette guerre qui  n’en finit pas). Ils  déplient en silence, un drapeau ukrainien et sont encore chaleureusement applaudis. Un heure quinze , un spectacle de qualité exceptionnelle, comme on en voit peu. N’hésitez pas à aller à la Scala.

Philippe du Vignal

Jusqu’au 4 janvier, à 14 h, 15h ou 19 h, La Scala, 13 boulevard de Strasbourg, Paris (X ème). T.:  01 40 03 44 30.

Casse-Noisette ou Le Royaume de la nuit, librement inspiré du conte d’E.T.A Hoffmann, adaptation de Johanna Boyé et Élisabeth Ventura, mise en scène de Johanna Boyé

Casse-Noisette ou Le Royaume de la nuit, librement inspiré du conte d’E.T.A Hoffmann, adaptation de Johanna Boyé et Élisabeth Ventura, mise en scène de Johanna Boyé (tout public)

D’abord merci à ses réalisatrices d’avoir rendu lisible ce conte, que même les amateurs avertis ne comprennent pas toujours: ils se satisfont du bel écrin musical de Piotr Ilitch Tchaïkovski et des performances dansées chères aux chorégraphes qui ont adapté cette histoire. Une telle création, bien utile, nous rend plus vif d’esprit: il faut ne pas perdre le fil de ce spectacle de quatre-vingt dix minutes ! « Notre travail d’écriture a été alimenté, disent les autrices, par trois grands axes dramaturgiques : notre Casse-Noisette est une fable sur la réparation, une histoire fantastique et enfin, un conte musical. »

© Vincent Pontet

© Vincent Pontet

Dans la famille Silverhaus, la jeune Clara, à la suite d’un accident, est handicapée de la jambe gauche et refuse de sortir de la maison, pour ne pas se montrer. Seule manière d’intégrer ce handicap : donner chaque année un prénom à sa nouvelle prothèse. Les parents, totalement dépassés n’assument rien et, seul, son parrain Drosselmeyer cherche à la faire fuir de sa condition. Le soir de Noël, il lui offre un jouet : un casse-Noisette, mi-objet, mi-humain, fracturé lui aussi, ( on le retrouve souvent pendu aux branches du sapin sous forme de petite poupée).
Il emportera Clara pour qu’elle échappe à dame Mauserink, reine des souris qui la terrifie! Ils se faufilent par une porte dérobée et découvrent le royaume de la Nuit et des rêves, celui des Pirlipates. Clara dira à Casse-Noisette: « Quand je t’ai rencontré, tu m’as fait découvrir ton monde.” Ils se retrouvent parmi des personnages un peu cabossés, eux aussi : un Roi, une Reine, des brigadiers, des marmitons : tous en conflit avec à la Reine des souris.
Le Roi nomme alors Clara, ministre des Solutions; elle appellera Casse-Noisette pour l’aider à résoudre ce conflit. Puis, ils interprèteront tous ensemble la Chanson des fêlés, dans l’esprit comme chaque année, de la rituelle Chanson des Enfoirés.
Pirlipatine, fille du roi, est blessée au visage mais, entre elle et Casse-Noisette, naît l’amour, ce qui ranime la colère du roi. Ils devront revenir dans la vie réelle où, heureusement, ils croisent la fée Dragée, égarée. Elle les aide à prendre conscience de leurs différences : «Il faut s’adapter plutôt que s’opposer. » Et «Quand quelque chose est cassé, on le répare. »

Ils feront la paix avec Mauserink, redevenue une mignonne souris, regagnera le grenier. Casse-Noisette rejoindra Pirlipatine. Clara assumera enfin totalement son handicap et acceptera de sortir dehors. La mise en scène, celle d’une revue musicale, est gaie et iconoclaste. Tous les interprètes chantent, dansent avec entrain et invitent souvent le public à briser le quatrième mur, en venant à son contact.
L’intrigue, surtout quand on arrive chez les Pirlipates, n’est pas toujours facile à suivre mais l’énergie communicatrice des acteurs, devenus ici artistes de cabaret, compense… Et ce Casse-Noisette, revu et corrigé, distille aussi un petit message politique: la ministre des Solutions deviendra ministre de la Dissolution… Et le Roi, parodié dans son isolement, n’écoute plus personne. Mais, de la rue, parvient un menaçant: «Aujourd’hui, le peuple se réveille. »
La créatrice costumes Marion Rebmann et la scénographe Caroline Mexme savent nous introduire dans un univers à la David Lynch ou à la Tim Burton. Et tous remarquablement engagés: Véronique Vella, Coraly Zahonero, Yoann Gasiorowski, Nicolas Chupin, Baptiste Chabauty, Mélissa Polonie et Charlotte Van Bervesselès reprennent, avec joie et en chœur, la significative Chanson des fêlés, mise en musique par Medhi Bourayou : “La chanson des fêlés, des abimés, des cabossés, des tout-cassés en mille morceaux; toutes nos brisures, toutes nos fêlures, elles nous forgent une allure, une sacrée carrure. Quand tu es fêlé, tu peux rêver et dans la vie, tu mets de la magie. Vive la tendresse, la maladresse, vive nos faiblesses”. Tout est dit !

Jean Couturier

Jusqu’au 4 janvier, Comédie-Française, Théâtre du Vieux-Colombier, 21 rue du Vieux-Colombier, Paris (VI ème). T. : 01 44 58 15 15.

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