June Events 2018

 

June Events 2018 :

BSRD de Katerina Andreou et Autoctonos d’Ayelen Parolin

Trente compagnies avec plus de cent artistes, quarante rendez-vous et seize créations dans une trentaine de lieux, annonce l’Atelier de Paris pour la douzième édition de ce festival. Ce lieu de création et de transmission, fondé par Carolyn Carlson en 1999, présente la danse dans tous ses états pendant vingt jours. Avec surtout des jeunes compagnies et, en avant-première, des maquettes de spectacles à venir. La soirée inaugurale était placée sous le signe du beat et de la ténacité physique,  avec un solo de  la grecque Katerina Andreou et un quatuor  chorégraphié par l’Argentine Ayelen Parolin. Ces deux artistes s’interrogent, chacune à sa manière, sur les frontières de l’ancrage social et de la liberté.

 BSRD chorégraphie et interprétation de Katerina Andreou

Lire «bastard» dans cette graphie sans voyelles utilisée sur les réseaux sociaux pour communiquer plus vite. Cette notion de bâtardise évoque, pour Katerina Andreou «l’impureté identitaire», le conflit chez elle entre: vouloir appartenir, et exercer sa liberté. Ce à quoi tendent ces quarante minutes de danse effrénée, contrainte par une musique « House » à un rythme impérieux. Le corps répond à ces nappes sonores ininterrompues martelées par des percussions répétitives. L’artiste tente parfois de descendre du praticable carré surélevé ou s’arrête, à bout de souffle, pour boire, ôter T-shirt sur  T-shirt, et se remettre du rouge à lèvres. Mais elle doit obéir à l’injonction : go ! du disque vinyle, pressé pour l’occasion. La platine posée dans un coin est le seul objet présent, et la danseuse réalise des sauts et frappe des talons sous une batterie de projecteurs éblouissant jusqu’à la salle.

Au-delà de la performance sportive, entre effort acharné et plaisir du mouvement, Katerina Andreou recherche une grammaire gestuelle : « J’ai un bagage de mouvements mais c’est très free style». (…) «Je plonge dedans et me contente de quelques rendez-vous pour des actions». Mais elle n’improvise pas : la pièce est structurée par des variations de rythme, de lumières, des pauses et des silences. Bastard  se déroule  dans un entre-deux: le public semble partagé entre adhésion et rejet de cette forme radicale assez agressive.

 Autoctnos ll chorégraphie d’Ayelen Parolin

Quatre danseurs en groupe compact se déplacent en tournant d’un pas identique, talons légèrement levés, glissent sur le tapis blanc et tournent inlassablement, les bras ballants.  Avec des gestes mécaniques soutenus par la musique percussive d’un piano droit arrangé, le petit troupeau humain reste soudé. Stabilité, ordre et uniformisation ; un point de départ pour cette pièce qui évolue vers un relâchement progressif de la cohésion et vers des gestes parfois intempestifs. Petit trouble dans la communauté grégaire! 

La compositrice Léa Petra, partie prenante de la chorégraphie, a bricolé son  piano de façon à laisser quelques touches libres et alterne ainsi sons métalliques et notes naturelles. Ses pieds se promènent de manière spectaculaire le long des cordes afin de les bloquer, pour altérer ou non les sonorités. Avec elle, on quitte l’atmosphère feutrée d’une danse épurée et le quatuor devient quintette de corps  explosifs…

La chorégraphe, née à Buenos Aires et travaillant en Belgique, renvoie, avec ce terme d’autochtones, à «l’appartenance non plus à un lieu mais à une époque… » Cette deuxième pièce, créée au festival Charleroi danse, demande aux interprètes rigueur et endurance physique et à force de tension, se dégage une énergie libératoire ou une violence guerrière. La question reste ouverte.

A suivre…

Mireille Davidovici

June Events Ateliers- de Paris, Cartoucherie de Vincennes. T. 01 41 74 17 07 jusqu’au 12 juin.

Bstrd le 23 novembre Next festival, Buda Kortrijk (Belgique) ; en décembre, BNMFest, Ballet de Marseille.

Autoctonos : les 28 et 29 juin, Theater Freiburg (Allemagne);  du 19 au 27 août, Fringe Festival Edimbourg (Royaume-Uni) ; le 11 octobre, Termes de Dioclétien Rome; 27 septembre, Cango Vigilio Sieni Florence  et du 21 au 24 novembre,  Théâtre de Liège (Belgique) 

 


Archives pour la catégorie Danse

False Colored Eyes chorégraphie de Chris Haring

False Colored Eyes chorégraphie de Chris Haring

 

(C)Jean Couturier

(C)Jean Couturier

Souvent utilisée avec excès dans le spectacle actuel, la vidéo accompagne ici de façon remarquable les deux danseurs et quatre danseuses de la compagnie Liquid Loft. Chacun filmant ses  partenaires. Les images projetées, mouvantes ou fixes, prennent alors des couleurs différentes suivant l’ordre établi par Cris Haring. Les voix en play-back extraites de bandes sonores de films des années soixante nous plongent dans ces années-là, rappelant Blow-up de Michelangelo Antonioni(1966), ou les Screen Tests d’Andy Warhol  (1964-1966).

 False Colored Eyes plonge le public dans un érotisme chic, teinté d’un peu de machisme, que ne renieraient pas Richard Avedon ou Jean-Loup Sieff. Les danseurs, très impliqués dans le processus de création en direct, ont tous une remarquables précision des gestes et positions imaginés par le chorégraphe. L’image-vidéo a un tel pouvoir d’attraction que l’on oublierait presque de regarder la performance dansée.

 «Dans False Colored Eyes, explique Chris Haring, deux caméras en direct  agrandissent certaines perspectives particulières, visibles des artistes mais habituellement cachées au public. Ces caméras dansent avec les artistes». La mise en abyme des images projetées transforme ainsi le public en voyeur.  Et on vit pendant une heure dans l’intimité des danseurs, au plus près des liens de leurs corps, et certaines scènes sont dérangeantes, car la vue du corps réel dérange toujours. Nous préférons aujourd’hui peut-être le virtuel au réel. Ce que dénonce sans doute ici le chorégraphe qui, peu à peu, fait de nous, ses complices…

Jean Couturier

Théâtre National de la Danse de Chaillot, 1 Place du Trocadéro, Paris XVI ème, jusqu’au 5 mai.             

Chaillot une mémoire de la danse (1878- 2018), exposition à la Bibliothèque nationale de France

Chaillot, une mémoire de la danse (1878- 2018), exposition à la Bibliothèque Nationale de France

(C)jean Couturier

(C)jean Couturier

Seize grands panneaux avec documents et photos, répartis sur  les cent quatre-vingt dix mètres  dans l’allée Julien Cain, permettent aux visiteurs de découvrir, l’histoire de la danse au théâtre du Palais de Chaillot sur une période de plus d’un siècle, et par ordre chronologique. Ces panneaux, complétés par des bornes audiovisuelles, témoignent de la vivacité de cet art dans une institution devenue, en juin 2016, sous la direction de Didier Deschamps, le Théâtre National de la Danse. Cette histoire inédite a été en grande partie gommée par a place du théâtre dans ce lieu dirigé successivement par Firmin Gémier, Jean Vilar, Georges Wilson, André Périnetti, Antoine Vitez, Jérôme Savary, puis Dominique Hervieu, Ariel Goldenberg qui, tous, programmeront des spectacles de danse et et actuellement Didier Deschamps.

Après le passage d’Isadora Duncan dont les figures dansées avaient été dessinées par Antoine Bourdelle,  Chaillot accueille, en 1921, le Ballet impérial de Russie-à distinguer des Ballets russes de Serge Diaghilev. Par la suite, les Ballets russes de Monte-Carlo de Leonid Massine, héritier du maître Diaghilev, vont aussi danser à Chaillot, tout comme Serge Lifar pour un gala en 1942.

Le flamenco a toujours été à l’honneur ici, avec une première découverte, en 1932 : la danseuse Argentina. En 1951, Jean Vilar crée le T.N.P., et parallèlement à des pièces de théâtre, programme aussi de la danse avec des troupes traditionnelles indonésiennes ou polonaises, et un festival populaire de ballets lancé avec la collaboration de Roland Petit. Ce chorégraphe confie la création de costumes au jeune Yves Saint-Laurent, et marque l’histoire de ce lieu.

Un autre grand nom de la danse, Maurice Béjart s’y produisit pendant plus de trente ans, avec, entre autres, Le Sacre du Printemps en 1961 et Messe pour le temps présent sur la musique de Pierre Henry 1967. Janine Solane sera aussi plusieurs fois à l’affiche. Sous la direction de Jérôme Savary, la danse s’exprime  aussi avec Catherine Diverrès ou Joseph Russillo. Après les Nuits dansantes du T.N.P., le Bal moderne imaginé par Michel Reilhac en 1993, invite aussi les spectateurs à danser. L’arrivée de Dominique Hervieu et de José Montalvo orientera encore plus le Théâtre National de Chaillot vers l’art chorégraphique et il recevra les danseurs de Carolyn Carlson, Francoise et Dominique Dupuy, Béatrice Massin, Jean-Claude Galotta, Philippe Decouflé, Angelin Preljocaj, Saburo Teshigawara… dans la salle Jean Vilar et depuis un an dans la salle Gémier remarquablement rénovée. La déambulation des visiteurs découvrant cette mémoire de la danse, dans le long couloir bordé d’arbres de la BNF, pourrait donner l’idée à un artiste d’une performance chorégraphique future.

Jean Couturier

Bibliothèque Nationale de France, François Mitterrand, Allée Julien Cain, jusqu’au 26 août.

 

Les Ballets de Monte-Carlo: Abstract/Life, musique de Bruno Mantovani

 

Les Ballets de Monte-Carlo: Abstract/Life, musique de Bruno Mantovani

©©Alice Blangero

©©Alice Blangero

Jean-Christophe Maillot, directeur des Ballets de Monte-Carlo, n’en finit pas d’étonner! Et , sa récente création présentée au Forum Grimaldi, ne ressemble à aucune de ses pièces précédentes. On connaît, à travers l’ensemble de ses ballets, le rapport étroit qu’il entretient avec la musique : elle l’inspire, et la musicalité qu’il demande à ses interprètes, participe de cette exigence.

 Mais avec Abstract/Life, le chorégraphe prend ses distances avec «l’objet musical» et le Concerto pour violoncelle et orchestre que Bruno Mantovani a composé pour lui, ne « mène pas la danse ». D’ordinaire, il compose ses pas en se laissant guider par la musique, mais cette fois il a procédé autrement et s’en explique: «Je me suis assis face aux danseurs, avec cette musique qui nous enveloppait. Plutôt que de me lever et improviser des pas avec eux, j’ai puisé dans ma banque de mouvements. Je me suis livré à un travail minutieux d’écriture chorégraphique à partir d’un vocabulaire élaboré en plus de trente ans.» (…) «J’ai trouvé plus intéressant de prendre le matériau gestuel créé avec mon jeune corps de vingt, trente ou quarante ans, plutôt qu’avec celui d’aujourd’hui, plus âgé et moins performant.»

En s’affranchissant de l’impératif sonore, Jean-Christophe Maillot a donc créé une chorégraphie qui n’est plus directement issue de la musique. Toutefois, si l’invention des pas s’en émancipe, il ne cesse pourtant de dialoguer avec le concerto de Bruno Mantovani, de l’interroger, de l’exalter même, mais de façon plus libre. Au titre initial donné par le compositeur, Abstract,  il a ajouté Life comme pour marquer ce que la musique, même la plus abstraite, peut générer d’images et de sensations. Et, au-delà d’une chorégraphie approfondie, ce spectacle frappe par la puissance des images aussitôt le rideau levé…

Plusieurs fois, dans une pénombre qu’un subtil travail de lumière vient trouer, en créant des points lumineux semblables à des lucioles, on devine une longue chaîne de danseurs dont le mouvement se transmet d’un corps à l’autre dans un effet de dominos. Scènes de groupe, solos et duos occupent l’espace et il faudrait plusieurs paires d’yeux pour saisir les détails de la très riche gestuelle, particulièrement dans le trio final.

En première partie de la soirée, le Violin Concerto d’Igor Stravinsky que George Balanchine , après l’avoir chorégraphié une première fois en 1941, avait recréé en 1972 pour le New York City Ballet, marque le retour du grand chorégraphe dans la production des Ballets de Monte Carlo. En effet, la troupe avait beaucoup dansé Balanchine avant de se tourner ces dix dernières années plus volontiers vers les chorégraphes contemporains. Leurs étoiles autant que le corps de ballet étaient alors réputés pour en etre d’excellents interprètes. Il suffit de se souvenir de Bernice Coppieters ou de Paola Cantalupo justement dans le deuxième pas de deux du Violin Concerto. Mais aujourd’hui, avec l’arrivée de nombreux danseurs solidement formés à la technique classique, la compagnie est à nouveau capable de se jouer des difficultés propres au style balanchinien.

 On se souvient de Bernice Coppieters ou de Paola Cantalupo, justement dans le deuxième pas de deux du Violin Concerto. Mais aujourd’hui, avec l’arrivée de nombreux danseurs solidement formés à la technique classique, la compagnie est à nouveau capable de se jouer des difficultés propres au style balanchinien. Parmi eux, Ekaterina Petina, aux côtés de Matèj Urban, a magnifié la musique d’Igor Stravinsky, par l’intense poésie de ses mouvements et le naturel de son interprétation.

La soirée ne manquait pas de saveur, avec ce parallèle entre une œuvre du répertoire néo-classique, intensément musicale, et une création contemporaine volontairement détachée de l’emprise de la musique!

Sonia Schoonejans

Spectacle vu au Forum Grimaldi, Monte-Carlo, le 26 avril.

 

Tajwal (Déambulation) d’Alexandre Paulikevitch

Le Printemps de la danse arabe: Soirée inaugurale

Tajwal (Déambulation) d’Alexandre Paulikevitch

Tajwal ∏ Caroline Tabet 3Un nouveau festival de danse s’ouvre à Paris, à l’initiative de l’Institut du Monde Arabe et en partenariat avec Chaillot-Théâtre national de la Danse, l’Atelier de Paris, le festival June Events, le Centre national de la danse, et le Cent-Quatre: « L’enjeu: organiser des tables rondes sur le thème du corps comme forme d’expression artistique et citoyenne, et programmer ensemble spectacles de danse et résidences, et films avec des corps dansants.»

Pour l’inauguration de ce festival, nous sommes invités à voir d’abord un film, suivi d’un surprenant solo de baladi (danse orientale).  Une soirée toute en contraste. En noir et blanc, mis bout à bout, ces extraits de comédies musicales égyptiennes d’autrefois nous montrent des danseuses orientales, dont la célèbre Samiaa Gamal. Une jeune fille se déhanche au son de quelques tambourins, dans un souk ou sous une tente de nomades, et une femme fatale chante accompagnée d’un orchestre, dans des bars ou restaurants à l’occidentale. D’une grâce serpentine, le ventre d’une incroyable mobilité, les bras souples comme des lianes, avec des costumes aux tissus clinquants, ces danseuses symbolisent tous les charmes de l’Arabie, comme autant de Schéhérazade.

Après vingt minutes, se profile dans la pénombre, un homme au corps sculptural qui va revêtir les atours d’une danseuse de baladi et se lancer dans un étonnant solo. Torse nu, jambes enrobées de voiles rouges tourbillonnants, il imprime à tous ses muscles des mouvements sinueux. Des percussions agressives soulignent la virilité de sa danse. Des coulisses, fusent alors des insultes homophobes dont, à en croire les surtitres, les Arabes, comme nous autres, disposent d’un bel arsenal…

Icône du baladi, qu’il se refuse à nommer: danse du ventre, Alexandre Paulikevitch est le seul homme à s’y adonner dans son pays, le Liban, et au Proche-Orient. Sans aucune intention parodique, il renverse le cliché de la féminité pour revendiquer sa différence : «Tajwal, dit-il,  exprime le paradoxe permanent de ma vie beyrouthine. Je suis sans arrêt sollicité verbalement : tantôt dragué, tantôt insulté. Violences que mon corps peut générer dans la ville,  autant que les violences de la ville exercée sur moi. A partir du rapport corps/ville, je récapitule ces instants pour mettre en mouvement l’incroyable force d’adaptation et de résistance, la résilience du citoyen libanais. » Et pour aller au bout de son discours, Alexandre Paulikevitch qui a aussi créé sa chorégraphie, emprisonne progressivement ses membres dans une sorte de camisole, et continue à danser malgré ces entraves : d’abord avec un bras, puis avec ses seules épaules, avec le  torse et l’abdomen, dans une étonnant mouvement serpentin à la verticale…  

Alors qu’une puissance incontestable se dégage de la première partie, où tout est dit, la pièce devient ensuite anecdotique, et questionne l’histoire du « genre ». L’artiste joue des contrastes :  danse par excellence féminine dans un corps masculin ; jubilation et exubérance à bouger, voire à s’exhiber, puis peur et angoisse dans une société hostile à la différence. Il exprime physiquement ces différents états et sensations, sur la musique de Jawad Nawfal, où alternent percussions vives, grincements sinistres, lignes mélodiques… Replacée dans son contexte libanais, cette pièce prend cependant tout son sens : cette performance, en prise avec l’actualité, est  une sorte de manifeste pour la liberté. Avec cette soirée, les clichés sur la danse arabe volent en éclat, et on peut dire que ça commence fort.

Mireille Davidovici

Le Printemps de la danse arabe du 18 avril au 30 juin.
 
Institut du Monde Arabe, Chaillot-Théâtre National de la danse, Atelier de Paris, Festival June Events,  Centre national de la danse et Cent-Quatre-Paris.

Institut du Monde Arabe 1, rue des Fossés-Saint-Bernard, Place Mohammed V, Paris Vème
T. : 01 40 51 38 38

Spectacle de l’Ecole de l’Opéra de Paris

Spectacle de l’École de l’Opéra de Paris

la-petite-danseuse-de-degas-dvd-livreUn rituel immuable : une fois par an au Palais Garnier,  on peut découvrir les futurs membres du corps de ballet. Louis XIV qui avait besoin de jeunes recrues pour ses ballets, va créer en 1661 l’Académie royale de danse. Deux siècles plus tard, sous les combles de l’Opéra, vingt-trois élèves apprennent les pas classiques sous les combles de l’édifice, d’où leur nom : petits rats.

En 1981, Claude Bessy, alors directrice  parlait ainsi des représentations de l’École: «Les élèves sont des privilégiés, par rapport à ceux d’autres écoles dans le monde. Le danger: qu’ils ne soient pas armés pour la lutte dans leur carrière. Alors, on les pousse à affronter des compétitions internationales. On les oblige à sortir de leur cocon, à se comparer aux autres. C’est la raison du spectacle de fin d’année avec de vrais ballets. Cela leur donne au moins une fois par an, la possibilité d’être en contact avec la scène et le public et c’est un stimulant». L’École qui a déménagé à Nanterre, il y a trente ans, est dirigée aujourd’hui par Elisabeth Platel.

En première partie, Suites de Danses sur une musique de Frédéric Chopin, chorégraphie d’Ivan Clustine réglée par Pierre Lacotte, permet aux élèves de développer arabesques, attitudes, échappés sur pointes et autres figures classiques. En tutu pour les filles et collant blanc pour les garçons. La troisième partie Spring and Fall de John Neumeier sur une musique d’Anton Dvořák jouée par l’orchestre de l’Opéra de Paris, entre au répertoire de l’école, comme la nouvelle deuxième partie, Un Ballo, interprété par Maïlène Katoch, Raphaël Duval, Lucie Devignes, Daniel Lozano Martin , Luna Peigné, Guillaume Diop, Maya Candeloro, Anicet Marandel, Inès McIntosh  et Enzo Cardix .sur une musique de Maurice Ravel,

Cette pièce de Jiří Kylián de douze minutes est d’une grande beauté plastique : sous des dizaines de bougies, cinq couples de jeunes danseurs-les plus âgés de l’Ecole-créent des figures homogènes et précises d’une grande sensualité. Ce tableau pourrait être dansé par le corps de ballet actuel, sans que l’on note de vraies différences techniques ou artistiques: un beau travail plein de promesses.

Jean Couturier

Opéra de Paris, Palais Garnier, Paris VIII ème, les 15, 17 et 18 avril.

 

 

Radical Light, chorégraphie de Salva Sanchis

Radical Light, chorégraphie de Salva Sanchis

radicallightL’artiste espagnol, diplômé de la première promotion de la fameuse école de danse blege, P.A.R.T.S, a travaillé dès 2002 pour la compagnie Rosas d’Anne Teresa de Keersmaeker, d’abord comme danseur, puis comme chorégraphe. Il cosigne avec elle  A Love Supreme une pièce magistrale d’après la partition de John Coltrane (voir Le Théâtre du Blog), et a rejoint en 2010 la compagnie flamande Kunst/Werk, dont il partage aujourd’hui la direction .

Dans ce spectacle imaginé en dialogue avec Discodesfinado, une musique disco de Joris Vermeiren et Senjan Jansen, il se plait à croiser une grammaire  chorégraphique contemporaine avec une gestuelle moins contrainte. «Dans le mot danse, au moins deux sens m’intéressent, dit-il. Le premier fait référence aux mouvements que nous utilisons spontanément quand on danse dans une discothèque, le second fait référence à la danse actuelle, quand les mouvements sont construits selon les lois intrinsèques comme le phrasé, l’architecture.  »

Sur une piste de danse, carré orange sur fond noir, les sons pulsés, monotones, entraînent quatre hommes et une femme dans  un mouvement perpétuel. Au départ, on croirait des exercices d’échauffement. Puis chaque interprète, de noir vêtu, développe son propre phrasé, s’exhibant en pleine lumière sur le tapis, ou en dehors, dans l’ombre du plateau nu. Sauts, grands gestes de bras, accroupissements à la fois toniques et légers. Une ligne plus mélodique se développe, rythmée par des percussions, quand les lumières changent et la danse s’affirme. Quelques duos ou trios s’esquissent, éphémères, au sein de figures de groupe de plus en plus rapides. Le son techno monte en puissance et a raison de ce bel ensemble pour susciter des battles, d’un style plus contemporain que hip hop, malgré  un tempo saccadé. Comme la musique, déployée crescendo et en continu, la danse prend de l’ampleur, se libère et ne cesse de s’accélérer. Parfois un danseur se fige, ou se met hors jeu, le temps de récupérer et de rejoindre le groupe : arrêt sur image au milieu du flux permanent.

Sur le plateau et parmi les interprètes, Salva Sanchis orchestre une heure de danse intense fondée sur la musique, avec des variations rigoureuses qui libèrent le mouvement, tout en le contenant, Radical Light conjugue vitalité, et fluidité : les corps sont à l’œuvre, puissants mais harmonieux. Pour le plus grand plaisir du public qui salue chaleureusement cette belle performance.

Mireille Davidovici

Théâtre de la Bastille 76 rue de la Roquette Paris XI ème T. 01 43 57 42 14, jusqu’au 15 avril dans le cadre d’un partenariat avec le Centre de développement chorégraphique national.

The Propelled Heart chorégraphie d’Alonzo King

AKLB The Propelled Heart photo3 © Queen B Wharton

© Queen B Wharton

«Tout est danse»,  dit Alonzo King, invité à une rencontre sur le thème Danse et société : comment la pratique artistique favorise-t-elle le vivre ensemble? organisée par la fondation B.N.P. Paribas. Et il précise que la danse vient de l’union entre musique et mouvement, union visible dans la nouvelle création de son Alonzo King Lines Ballet, créée pour la première fois en France, à Chaillot. Cette pièce, frappe d’emblée par l’excellente technique des douze interprètes, en majesté sur scène, et de la chanteuse charismatique Lisa Fischer qui a participé aux concerts des Rolling Stones et de The Police avec Sting, nous emmène avec une maîtrise parfaite, à la découverte de sonorités inhabituelles. Mais  fallait-il trois micros pour cette voix exceptionnelle dans ce théâtre qui a une bonne acoustique ?

Les danseurs, autour de Lisa Fischer, sorte de mère nourricière, sont accompagnés par des cris d’animaux dans la première partie mais ont du mal à trouver une unité et à se coordonner avec la chanteuse. La musique de Jean-Claude Maillard et Lisa Fischer, pleine d’effets sonores et trop présente  sauf aux moments de vocalise, écrase les tableaux dansés de la première partie de cette   heure trente . Il y a plus de cohérence  après l’entracte, avec de beaux mouvements de groupe au sol, et de fulgurants solos et duos  aux gestes étirés d’une grande beauté plastique. La compagnie est basée depuis 1982 à San Francisco et on y retrouve la diversité ethnique de cette ville, mais nous sommes restés un peu déçus par cette création dont nous attendions beaucoup. Le public, le soir de la première, lui a réservé un accueil enthousiaste.

Jean Couturier

Théâtre National de la danse de Chaillot, 1 Place du Trocadéro, Paris XVIème, jusqu’au 16 mars.

       

Giselle par le Yacobson Ballet de Saint-Pétersbourg

©Jean Couturier

©Jean Couturier

Giselle par le Yacobson Ballet de Saint-Pétersbourg

Fondée par Leonid Yacobson en 1969, première compagnie indépendante de Russie, non attachée à un Opéra et basée de Saint-Pétersbourg, elle entame, avec soixante de ses membres, une longue tournée française.

 Avec Giselle nous retrouvons avec plaisir les pas de la danse classique interprétés avec rigueur : entrechats, cabrioles, pirouettes, jetés, pas de bourrée. Pour le plus grand bonheur du public qui n’a pas souvent l’occasion de voir ce chef-d’œuvre du ballet romantique, dansé,  autrefois par des couples mythiques : Serge Lifar et Yvette Chauviré, Rudolf Noureev et Margot Fonteyn. Ici, Elena Chernova et Stephan Demin relèvent pleinement le défi dans ces rôles difficiles.

La chorégraphie de Jean Coralli, Jules Perrot et Marius Petipa, dont on célèbre cette année le deux centième anniversaire, est restée inchangée depuis la création. Théophile Gautier a imaginé un livret en deux parties très contrastées. Giselle, une jeune villageoise, s’éprend du prince Albrecht, lui-même déjà fiancé à une princesse. Elle sombre alors dans la folie et en meurt.

Ensuite, nous pénétrons dans l’univers surréaliste des Willis, dont Giselle fait maintenant partie. Ces esprits des jeunes filles trahies sont représentés par des danseuses en tutu avec de petites ailes dans le dos. La reine des Willis condamne le prince à danser jusqu’à la mort, mais l’esprit de Giselle apparaît et le sauvera.

Le directeur artistique, Andrian Fadeev, diplômé de l’Académie Vaganova et ancien danseur du théâtre Mariinsky, reste toujours en coulisses avec les maîtres de ballet, pour guider les quarante danseurs… Le corps de ballet, tout comme les solistes, s’implique avec force et grâce, ici les gestes sont fluides et précis. Pendant cette tournée exténuante, les interprètes dansent en alternance. Les décors de toiles peintes et les costumes de Viacheslav Okunev reproduisent les images classiques imaginées par le scénographe Alexandre Benois en 1910.

«C’est hier soir que Giselle est née, et sa naissance a été accompagnée de circonstances qui lui promettent longue vie», écrivait Adolphe Adam, créateur de la musique, au lendemain de la première, le 28 juin 1841, à l’Opéra Le Peletier à Paris IXème, où l’étoile italienne Carlotta Grisi dansait Giselle. Il ne s’était pas trompé !

Une  belle soirée, mais n’hésitez pas à aller découvrir les autres pièces du répertoire de cette compagnie de danse exceptionnelle.

 

Jean Couturier

Spectacle vu au Théâtre André Malraux de Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine) le 16 février.

www.ltddanse.com

Finding now, chorégraphie d’Andrew Skeels

 

Finding now,  chorégraphie d’Andrew Skeels

_101Finding.Now-A.Skeels-Dan.AucanteClôturant le festival Suresnes Cités-Danse, la pièce a  pour cette dernière représentation, a connu une ovation debout bien méritée. Le chorégraphe, bientôt en résidence aux Grands Ballets Canadiens, est un fervent partisan du mélange des styles de danse. «Pour ce projet, je me suis entouré de cinq artistes charismatiques et passionnés, désireux de faire exister et partager leur singularité et leur technique (house, pop-ping, break, contemporain…).»

Andrew Skeels a choisi ici la solennité de la musique classique avec des extraits  d’œuvres de Georg-Friedrich Haendel, Antonio Vivaldi, Henry Purcell, etc, pour accompagner les mouvements,  d’une grâce exceptionnelle, de ses trois danseurs et deux danseuses qui se croisent, se touchent, formant parfois des figures ressemblant des statues religieuses. Avec des portés des corps et glissés au sol impressionnants de justesse et de beauté. Parfois, les mains ou les corps servent de réceptacle dans un passage tout en douceur,  pour d’autres danseurs.

Fluidité des mouvements et unité entre les interprètes constituent un ensemble harmonieux, magnifié par ces musiques d’un autre temps. «Je souhaite, dit Andrew Skeels, parler de la façon dont la danse permet de traiter le passé, et influencer son point de vue sur l’avenir». L’animalité des corps soulignée par de courts gestes saccadés, contraste avec la tendresse de certaines figures. Les costumes clairs de Xavier Ronze et les lumières rasantes d’Alain Paradis complètent une chorégraphie envoûtante. Cette commande du théâtre de Suresnes a demandé quatre mois de répétition qui auront permis aux jeunes danseurs : Mellina Boubetra, Hugo Ciona, Noémie Ettlin, Tom Guichard et Nicolas Grosclaude de former un groupe uni et cohérent. On reverra bientôt sans aucun doute cette pièce d’une heure sur d’autres scènes.

« La danse, écrivait le compositeur André Jolivet (1905-1974), est pour moi un élément d’inspiration, dans la limite où elle m’apporte un ensemble de possibilités rythmiques pouvant former l’une des bases d’une partition, et la nécessité d’un épanchement lyrique, celui-ci pouvant naître de la Danse, tout comme il la fait naître». Dans Finding now, la danse contemporaine naît de partitions classiques et reste en parfaite communion avec elle.

 Jean Couturier

Le spectacle a été dansé au Théâtre de Suresnes-Jean Vilar, 16 place Stalingrad, Suresnes (Hauts-de-Seine) du 9 au 11 février. Suresnes-cites-danse.com

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