Festival de danse de Cannes (suite) Afanador par le Ballet national d’Espagne, conception et direction artistique de Marcos Moreau, chorégraphie de Marcos Moreau et de Lorena Nogal, Shay Partush, Jon López et Miguel Ángel Corbacho

Festival de danse de Cannes (suite)

Afanador par le Ballet national d’Espagne, conception et direction artistique de Marcos Moreau, chorégraphie de Marcos Moreau et de Lorena Nogal, Shay Partush, Jon López et Miguel Ángel Corbacho

Le grand auditorium Louis Lumière au Palais des festivals a vibré durant une heure trente sous les pas intenses de quarante interprètes. Le grand-père de Marcos Moreau était photographe; lui-même vient de la photo et du théâtre. Ce metteur en scène qui a fondé en 2005 la célèbre compagnie La Veronal, s’est intéressé au travail de Ruvén Afanador. Les photos de cet artiste colombien de soixante-six ans, passionné de flamenco ont été publiées dans de nombreux magazines. Ici, parmi les tableaux impressionnants qui se succèdent, certaines projections sur des immenses toiles blanches associées aux ombres projetées des interprètes recomposent parfaitement Angel Gitano, The Men of Flamenco, Mil besos… Des images célèbres de Ruvén Afanador…

© Merche Burgos

© Merche Burgos

Et dans ce spectacle, il y a de nombreuses références à la photo. Le scénographe Max Glaenzel a créé un gigantesque atelier. Les flashes crépitent, les toiles blanches mobiles accueillent parfois les ombres des danseurs et les appareils de projection, eux aussi mobiles, ont quatre mètres de diamètre! Ce qui nécessite une régie-plateau de précision. La grande ouverture de scène s’adapte très bien à cette scénographie mouvante en noir et blanc. Fondée en 78 et dirigée par Rubén Olmo, cette compagnie est subventionnée par l’Etat espagnol. Avec une double mission: conserver le répertoire des danses folklorique et académique, mais aussi créer des œuvres. Ces grands professionnels maîtrisent le flamenco de manière exceptionnelle, avec bruit et fureur… Un véritable feu d’artifice ! Les tableaux d’un esthétisme envoûtant se succèdent à un rythme intense, grâce à la  création musicale de Juan Cristóbal Saavedra.
On aimerait parfois que la danse se calme un peu, pour le repos de nos yeux et de nos oreilles! Mais cette pièce restera gravée longtemps dans notre mémoire, avec des images d’une grande beauté, comme ce ballet de jambes de danseurs, dont le corps est masqué par le rideau de scène, ou ce solo d’une artiste devant un guitariste en avant-scène, rideau de scène baissé. Elle danse un flamenco endiablé avec, comme partenaire, de la fumée projetée sur elle.
Toutes les références à la culture espagnole sont là: robes de flamenco, très grand châle pour un solo qui transforme un danseur en aigle noir mais aussi éventails, mantilles… «Personnellement, disait Marcos Moreau en 2014, j’ai compris grâce à la danse et au cinéma, que la composition d’un plan était la chose la plus importante. Pas seulement la couleur, la texture ou le cadre, mais ce qu’il y a dans la photo. La façon dont tous les éléments sont connectés entre eux, et comment, ils se répondent. » Le spectacle créé il y a deux ans unit un théâtre d’images, les arts plastiques et la danse dans une fin mémorable.

Jean Couturier

Spectacle vu le 22 novembre au Palais des festivals et des congrès de Cannes, 1 boulevard de la Croisette, Cannes (Alpes-Maritimes).

Théâtre du Châtelet, Paris, du 27 mars au 2 avril.


Archives pour la catégorie Danse

Festival de danse à Cannes : Infinité,performance du Cannes Jeune Ballet Rosella Hightower

Festival de danse à Cannes :

Infinité,performance du Cannes-Jeune Ballet Rosella Hightower


Vedette des Ballets russes de Monte-Carlo en 1938, Rosella Hightower (1920-2008) est engagée en 47 au  Nouveau Ballet de Monte Carlo dirigé par le marquis de Cuevas. Elle y dansera tout le répertoire dont
Petrouchka et La Belle au bois dormant, chorégraphiés par Bronislava Nijinska. Puis, elle est entrée comme pédagogue, dans l’histoire de la danse. Elle se consacrera en effet à l’enseignement et ouvrira à Cannes en 62, un Centre de danse classique, devenu École supérieure de danse de Cannes-Rosella Hightower qui a fait naître de très nombreux interprètes. Une dizaine de cette jeune compagnie investissent tous les espaces de la Malmaison qui accueille l’exposition de Jean-Michel Othoniel. Cet artiste a recréé, place Colette à Paris devant la Comédie-Française; l’entrée du métro Palais-Royal, avec des séries de boules de verre coloré….

© Jean Couturier

© Jean Couturier


La villa Malmaison, devenu pôle d’Art contemporain, accueille ses sculptures.  Et le haut des costumes est ici fait de sequins de couleur bleu et vert, répondant aux œuvres de l’artiste stéphanois. Les costumes, trouvés dans les réserves de la compagnie, donnent l’impression d’avoir été créés pour cette exposition.
Une chorégraphie de groupe ou individuelle au milieu des sculptures: les jeunes interprètes dirigés par Lorena Nogal occupent les deux étages de cette maison.
Mouvements lents et harmonieux accompagnent parfaitement les courbes et angulations des œuvres de Jean-Michel Othoniel. Une fois de plus, l’art chorégraphique s’unit avec bonheur aux arts plastiques.
Lorena Nogal, sacrée meilleure artiste interprète espagnole en 2024, est danseuse et assistante pour la chorégraphie, de la compagnie La Veronal de Marcos Morau. Jusqu’au 6 décembre, elle proposera quatre courts solos dans ce festival, maintenant  dirigé par Didier Deschamps.

Jean Couturier


Les 29 novembre et 6 décembre, La Malmaison, 47 boulevard de la Croisette, Cannes (Alpes-Maritimes). T. : 04 97 06 45 21.

Les cantiques du corbeau, texte et mise en scène de Bartabas

Les Cantiques du corbeau, texte et mise en scène de Bartabas

Conçu par l’architecte Patrick Bouchain et Jean Harari, le Théâtre équestre Zingaro installé au Fort d’Aubervilliers depuis 89 ! grâce à Jack Lang, alors ministre de la Culture et de Jack Ralite, formidable maire d’Aubervilliers, mort en 2017  (voir Le Théâtre du Blog).

©x l'accueil avec café-restaurant

©x L’accueil avec café-restaurant

Une architecture en bois réalisée pour que Bartabas puisse travailler avec ses chevaux et ses artistes. Et un lieu de création exceptionnel pour les spectacles de Zingaro et de vie pour la troupe et l’administration. C’est resté un lieu magique avec, comme un décor de spectacle quand on entre dans le grand et beau hall : anciennes affiches, tapis au sol, vieux meubles… Puis on suit un long couloir au parquet de bois avec un mur où sont collés des centaines de vieux livres. Bartabas aura réalisé son rêve: »La discipline artistique que nous avons créée plus tard, le théâtre équestre, n’existait pas. Nous venions de nulle part, nous ouvrions une nouvelle voie, sans forcément savoir laquelle. Nous vivions au présent, il n’était alors question ni de projets ni d’avenir.” Zingaro est connu dans le monde entier et Bartabas dont nous avons vu les premiers spectacles en 77 !! C’était dan le off d’Avignon sous un petit chapiteau devant les remparts (une autre époque!). A soixante-huit ans, il est chevalier du Mérite agricole, des Arts et lettres, du Mérite et de la Légion d’honneur. Bon…

Ici, il veut marquer une coupure: « Ce n’est pas du théâtre, pas un récital lu, pas une lecture ; les comédiens incarnent les textes sans les jouer. C’est une forme assez exceptionnelle, assez rare ». Adapté d’un texte écrit pendant le covid, ces Cantiques du corbeau tiennent d’un « memento mori » et l’incipit du livre est clair: «A celles qui m’ont enfanté et qui errent sans sépulture. » Et dans une courte préface Bartabas évoque  une danse de corbeaux, d’oiseaux noirs, puis d’oiseaux sombres. Et presque dans chaque chant, une obsession : la mort qui le saisit, la mort qu’il voit surgir et dans le sixième chant : «Seule la mort fait de moi leur égal. Comme eux, je suis mortel, déjà mort, destiné à la mort/Comme eux je vis pour la mort. Doué d’une énergie éternelle, c’est toujours elle qui triomphe : elle est immortelle. Et plus loin : « Tous sont morts sous le choc de la roche. » « Je mangeais ma mort. « La mort surgir dans l’extase. » « Il implorait la mort sans la craindre. » »La chauve-souris de la mort. » « Domestiquer la mort. » « La mort sur mon dos. »  Et les derniers mots de ce recueil sont clairs : « Abandonner notre désir de vie et faire de la mort, l’issue volontaire, reste le privilège des hommes.

© Sacha Goldberger

© Sacha Goldberger

C’est d’abord un récital à plusieurs voix que les spectacles équestres créés par Bartabas jusque-là presque silencieux. Mais dans les vingt-deux courts chants de ce recueil, où il y a toujours  la  présence d’animaux, oiseaux et insectes Et cela vaut le coup de les citer: rossignol, merle, pie, hiboux, rouge-gorge,  corbeaux, vautour blanc, cerf, rhinocéros, ours, serpent, chauve-souris, buffles, gnous, boa, outardes, hyènes, cormorans, lionnes, loups, poissons munis de crocs, antilopes, coq de bruyère, écureuils, fourmis, éohippus blanc, zèbres, gazelles, chiens, chiennes, chiots, papillon, louves et loups, tigres, éléphants, lémuriens, mouflons, œufs d’albatros, baleine à faons, lucioles, python, hippopotame, dindons, buffles, sangliers, loirs, taupes et mulots aveugles. Le vingt-deuxième chant verra ressurgir l’oiseau noir… et  à la fin, un des mots sera le cri victorieux du corbeau.  

Une véritable arche de Noé et il évoque longuement les rapports de l’homme avec eux et avec la Nature, les arbres, les plantes et entre autres, la lune qui le fascine et dont il parle souvent… Mais le mot: cheval quatre fois seulement et juments, une fois. Mais l’image du corps humain ou animal revient obsessionnellement: « mon corps », « corps sans objet », vitesse de mon corps », « une vie dans un corps sans chair ni sang », « sans écouter mon corps » « souffrance du corps »,  » mon corps ne pèse plus »,  » tout son corps en alerte », assemblage de corps durable, « ressemblait plus à une âme qu’à un corps » Et la lune sera évoquée une dizaine de fois.

Quand nous avions rencontré Bartabas l’an passé à la célébration du cinquantième anniversaire d’Aix, ville ouverte aux saltimbanques (voir Le Théâtre du Blog) créée par Jean Digne, notre ami commun, hélas ! très malade, il nous avait dit qu’il souhaitait faire un nouveau spectacle en rupture avec les précédents et c’est tout à son honneur, d’avoir voulu se renouveler. Dans ces vingt-deux chants qui sonnent parfois comme un adieu, Bartabas nous invite à un voyage qui commence à partir d’une bactérie, par la naissance de l’être humain dans l’eau et sur la terre… Mais il y aura toujours un corbeau, symbole de mort, omniprésent et, en guise de conclusion : «J’ai bien su mourir en prenant tout mon temps. » Et: « Abandonner notre désir de vie et faire de la mort l’issue volontaire, reste le privilège des hommes. »

Dans ce grand cirque rond tout en bois et chaleureux avec de petites tables où sur chacune,il y a une petite lampe à bougie, quelques biscuits à la cuiller et une bouteille de vin chaud, le public est assis autour d’une scène couverte de quelques cms d’eau, entourée d’une piste étroite.  Avec d’abord, histoire d’annoncer la couleur, un beau cheval blanc mené par une cavalière au long nez noir crochu galopant sans arrêt avant le début du spectacle  : impressionnant.
Sur une petite estrade en hauteur, vont se succéder narratrices et narrateurs, debout et en longue tunique noire, pour dire chacun debout et à tour de rôle, un ou plusieurs des vingt-deux Cantiques du corbeau : NaissanceUnionMétamorphoseRésurrectionSacrificeTranshumance… et à la fin : Dernier voyage.

© Sacha Goldberger

© Sacha Goldberger

De chaque côté de cette estrade, neuf musiciens -grosses perruques blanches et certains coiffés de grandes cornes- d’un impeccable orchestre de gamelan balinais, avec gongs, balafons et flûtes alternant avec ces récits et des images d’une immense beauté au centre d’inspiration surréaliste mais beaucoup trop fugitives. Comme cet homme en noir avec un ensemble de neuf torches. Ou, en duo avec un grand athlète-bouc, les bras tatoués ou entourée de personnages de gamelan, Perrine Mechekour, impeccable actrice de petite taille, qu’on avait vue dans Damön, El Funeral de Bergman d’Angélica Liddell et fidèle de Bartabas, entre autres, dans Cabaret de l’exil, Femmes persanes.

© Sacha Goldberger

© Sacha Goldberger Perrine Mechekour

Il y a aussi les magnifiques chevaux de Zingaro faisant quelques tours avec leurs cavaliers aux costumes et masques de toute beauté.  Ici, tout est d’une remarquable précision. Coordination entre les chevaux sur la piste, récit, les images au centre, musique en direct,  lumières… il n’y a pas la moindre erreur durant ces presque deux heures… Un impeccable travail et Bartabas qui, en coulisses, reste très vigilant, viendra saluer discrètement.
Costumes, maîtrise des chevaux, musique et direction d’orchestre, extrême beauté des images:une femme ou un homme? au galop avec un torche enflammée.  Bartabas a sans aucun doute un incomparable métier de cavalier et montreur de chevaux. Mais ces Cantiques du corbeau sont un spectacle décevant !

La faute à quoi. Soyons clairs: une dramaturgie médiocre et à un manque d’unité.  A la lecture, il y a de beaux moments dans ce texte incantatoire sur la naissance, la mort, la nature, les animaux dont Bartabas, semple plus proche des humains… Il avait écrit D’un cheval l’autre, d’inspiration autobiographique, un livre tout à fait intéressant mais ici, il a du mal à concilier le texte avec le reste du spectacle qui manque de cohérence. » Ce que je pense à dire avec mon corps, je le dis avec des mots. » Et ces chants sont  une sorte de préalable aux images…
Oui, mais, désolé, Bartabas n’est pas vraiment un directeur d’acteurs et les interprètes, absolument statiques, disent ces vingt-deux textes munis de micros H.F., de façon linéaire et inégale. Ici, le texte prend trop de place et, à cause de l’alternance systématique entre très courtes images, moments de musique, rapides tours de piste des chevaux, l’ensemble, pourtant parfaitement coordonné, devient lassant.
La dernière image est sinistre mais pourtant de toute beauté : un cavalier au galop à tête de mort, suivi de quatre plus petits chevaux blancs avec, dessus chacun, un squelette d’adolescent... Et, à la toute fin, surprise… comme pour mettre un peu d’humour, arrivent dix belles oies blanches comme celles déjà vues ici dans un spectacle il y a vingt ans…. Histoire de freiner le temps? Ou de donner du temps au temps au temps comme le disait l’immense Miguel de Cervantes? Bartabas insinue que ce spectacle pourrait être le premier d’un nouveau cycle…
Mais s’il évolue comme celui-ci vers une autre conception du travail équestre, il mériterait une meilleure mise en scène. Reste des images d’une beauté remarquable créées par Bartabas comme seul avec lui, Bob Wilson disparu il y a quelques mois. Mais le public a toujours raison, et pour ces Cantiques du corbeau qui ont de grandes qualités, les applaudissements étaient bien frileux… Dehors, près du chapiteau, le froid glacial ne résistait heureusement pas à un grand feu de palettes et cela faisait du bien.  Voilà, c’était samedi  une soirée chez Zingaro… A vous de voir si cela vaut le coup

Philippe du Vignal

Jusqu’au 31 décembre, Théâtre équestre Zingaro , 176 avenue Jean Jaurès, Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). T. : 01 48 39 54 17.

L’Homme fatal d’Etcha Dvornik

L’Homme fatal  d’Etcha Dvornik

Ses précédentes pièces s’inspiraient de textes qui n’étaient pas d’elle : de la correspondance entre Grisélidis Real et Jean-Luc Hennig pour La Passe imaginaire, adaptée à Paris à la Comédie-Saint Michel en 2018. Hole, présenté au Festival International des Arts à Paris en 2023, avait pour base Le Livre des jouissances, de Jean Philippe Domecq. Dans le cas de L’Homme fatal, il n’en va pas de même. Il s’agit d’un solo de l’auteure, « un travail très personnel, d’après une expérience personnelle », nous dit-elle. Le sous-titre en est Emprise et le spectacle traite de cette question : l’emprise d’un homme sur une femme, la comédienne elle-même. Etcha Dvornik entre côté jardin et appréhende le clair-obscur. Elle porte une longue robe noire.

©x

©x

Elle arpente la scène à pas sinueux. Tout son corps est en mouvement, avec de gracieux portés de bras et des poignets serpentins. Dvornik vient de la danse autant que du théâtre. Dans L’Homme fatal, elle hybride les deux formes d’art. Sa voix, enregistrée ou proférée, mezzo voce, avec un très léger accent, rappelle un récit passé, celui d’une rencontre. Fortuite, dans l’anonymat d’une ville. D’abord un heureux hasard. L’homme s’appelle Célestin. Elle n’a pas de nom. L’homme fatal n’a pas de visage, il n’est qu’une voix que l’on perçoit en off.Le propos est érotique, le langage vert. Lorsque Célestin n’est pas à la hauteur (le terme employé est « bander »), il se croit obligé de lui introduire un pénis en bois dans le vagin. À cela s’ajoute son obsession pour la posture du photographe qui décide seul de la position du sujet à photographier.Sans qu’elle ne se l’avoue, la jouissance passe chez elle par la transgression, celle de la bienséance comme de la défiance envers »malegaze.
« L’histoire est racontée par une victime consentante. Célestin est-il un si mauvais bougre ? A-t-il d’autres préoccupations ? Femme et enfants à dos ? Toujours est-il qu’elle projette sur lui la figure du tortionnaire.Le supplice le plus efficace que lui inflige ce mufle – un Sade au petit pied – est l’éloignement, sans plus d’explication. La disparition. Il se défile. Elle agonise. Elle geint, gémit, hurle : « Sacré masochisme !». Elle attend des jours entiers ses appels téléphoniques, s’accuse plutôt qu’elle ne l’accuse, va jusqu’au se reprocher d’être étrangère. Elle souffre de ce que l’on nommait jadis passion ou dépendance amoureuse et que, par la bouche de la Phèdre de Racine, le classicisme français a le mieux traduit : « C’est Vénus tout entière à sa proie attachée ». Ces affres, ces tourments, Etcha Dvornik les danse admirablement, avec une grande présence et un engagement physique total. Elle est l’héritière de l’ »ausdrucktanz », telle qu’elle lui a été transmise par Jacqueline Robinson, elle-même disciple de Mary Wigman. Elle s’exprime par une gesticulation qui se moque de l’esthétique, faite de positions à genoux, à plat ventre, à croupetons, de mouvements de reptation.

 Le salut viendra d’un livre que la danseuse montre au public : Les Perversions narcissiques de Paul-Claude Racamier. Le psychanalyste, après une première approche de la perversion narcissique, en distingue deux versions. L’une est voisine de la paranoïa et de la psychose passionnelle et s’observe surtout chez les femmes, la seconde proche du narcissisme glorieux se constate plus chez les hommes. Célestin et la dame sans nom s’étaient bien trouvés. À la fin de la pièce, la comédienne et danseuse est assise à son bureau, le stylo à la main. Elle a retrouvé sa maîtrise, un mot qui rime avec emprise et qui a un double sens : la maîtrise de soi et le travail universitaire que l’on rédige en Master, cursus qu’a suivi Edcha Dvornik à l’Université de Vincennes.

 Nicole Gabriel

Spectacle joué du 30  octobre  au 2  novembre, au Local des autrices, 18  rue  d’Orillon Paris (XVIII ème) ,. T. : : 01 46 3611 89
 
Du 6  mars  au 3  juillet, Comédie Saint-Michel, 95  boulevard Saint-Michel,  Paris ( V ème) .  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Graham 100, par la Martha Graham Dance Company et Aurélie Dupont

Graham 100, par la Martha Graham Dance Company et Aurélie Dupont

Nous avons suivi cette compagnie américaine historique fondée en 1926, et elle avait ouvert en 2018 la saison Danse à l’Opéra de Paris, à l’invitation d’Aurélie Dupont. Nous retrouvons aujourdhui comme danseuse, lancienne directrice de la danse dans le programme A qui célèbre les manifestations des 100 ans de cette troupe. Les cent ans de la compagnie seront célébrés à New York en avril prochain. Quatre pièces à découvrir: soit un voyage dans le passé pour les deux premières et, dans le présent pour les suivantes. Le tableau avec Aurélie Dupont a été chorégraphié par Virginie Mécène cette année, à partir d’une photographie en noir et blanc de Martha Graham en 1926.

© M Sherwood

© M Sherwood

Nous l’avions rencontrée quand elle avait collaboré à deux pièces pour célébrer les quatre-vingt-dix ans de cette compagnie à New York, puis à l’Opéra-Garnier pour la reprise du solo Ekstasis en 2018. Il y a quelques mois Janet Eiber, directrice artistique, avait invité Aurélie Dupont à venir danser à Paris pour Graham 100.
« Cela fait quatre ans, dit-elle, que je nai pas dansé. » Pendant trois mois elle a repris des cours de danse classique et de pilates. Connaissant Virginie Mécène, elle décide de créer avec elle Désir, un solo ».
Elles ont travaillé sur dix jours,
à raison de cinq heures. SelonAurélie Dupont, Virginie Mécène  a donné du mouvement a une image pour finir par faire naître un solo de cinq minutes ». Pendant les répétitions ,« Revenir devant un miroir pour la première fois était surprenant, puis jai retrouvé peu à peu mes sensations davant. »
Elles ont commandé une robe rouge un peu élastique et près du corps à Anne-Marie Legrand, cheffe d’atelier de couture à l’Opéra de Paris.« Parfois, dit-elle, me manquent le plateau et cette petite bulle artistique appartenant seulement à celles et ceux qui arrivent des coulisses. Un moment de no mans land, où l’on devient quelqu’un d’autre. »

Errand into the maze (1947) est inspiré du mythe du labyrinthe avec Ariane et le Minotaure. Isamu Noguchi a réalisé décors et costumes et la musique de Menotti est très cinématographique. Et le tout comme souvent chez Martha Graham, d’un expressionnisme théâtral

Dans Cave of the heart ( 1946), Médée utilise la magie pour semparer de la Toison dor pour l’offrir à son amant Jason. La musique de Samuel Barber accompagne ce moment dont lesthétique appartient à un autre temps. Il faut voir ces pièces comme un témoignage du passé mais très novateur pour l’époque. Pour Cave, Hofesh Shechter s’est inspiré de la danse et des musiques des « rave » parties nées dans les années quatre-vingt. En, anglais « rave » :délire.Il a monté cette pièce avec la compagnie après la pandémie. Un exemple récent et douloureux de rave partie surgit dans la réalité sombre actuelle, comme le massacre au festival Nova le 7 octobre 2023 ne peut s’effacer de cet instant scénique.
A son habitude, Hofesh Schechter a composé musique et lumières pour  une débauche d’énergie vitale salutaire. La troupe prend un réel plaisir à danser et, aux mouvements de groupe, succèdent quelques performances individuelles. Nous sommes conquis. A Paris, cette soirée contrastée lance parfaitement la célébration des cent ans de cette compagnie mythique.

Jean Couturier

Jusqu’au 14 novembre, Théâtre du Châtelet 1 place du Châtelet, Paris ( Ier). T. : 01 40 28 28 40.

Dance marathon express de Kaori Ito

Dance marathon express de Kaori Ito (à partir de neuf ans)

 Dans une temporalité à rebours de 2.010 à 1.930, cette artiste japonaise invite le public à la découverte de son pays: surprenant, tout en mouvements et chansons ! le projet commencé en 2.020 a été achevé  deux ans après, en collaboration avec le Kanagawa Art Theater à Yokohama. Il se poursuivra avec des résidences en France et au Japon jusqu’à cet été…  Kaori Ito. nous offre une vision aux multiples facettes, aussi historique que culturelle, en mettant en lumière les influences de la danse et de la musique occidentale sur la culture japonaise au siècle dernier.

©x

©x

Un spectacle en deux parties, chacune dans un espace esthétique différent : le premier celui d’un marathon de danse et l’autre, littéraire, avec un conte, Les pieds nus de lumière. Ainsi la structure remarquable, révèle grâce à une construction en deux volets, les visages contraires du Japon : moderne et ancestral. Et impose des espaces opposés et/ou complémentaires: l’extériorité par le biais du marathon et l’intériorité avec l’histoire tragique du petit Narao. Le langage de l’onomatopée a été pour cette chorégraphe, une base rythmique fondatrice pour créer Dance marathon express. Au pays du Soleil levant, les enfants apprennent d’abord à parler par onomatopées, avant de construire des phrases avec des mots. Phrases qui ont une forte dimension esthétique qui n’existe pas dans notre culture linguistique et littéraire : « Ce sont, dit Kaori Ito, des sons liés à la qualité des matières, à la météo ou aux émotions. » 

En proférant sons brefs et saccadés, cri et en martelant le sol de leurs pieds, les interprètes envahissent tour à tour le plateau, comme autant de figures issues de contes de fées, mangas, ou plus concrètement, du show-biz ou du sport… Dans les marathons de danse créés aux Etats-Unis pendant la grande crise des années trente, des couples s’affrontaient pour gagner le Prix en dansant le plus longtemps possible. Comme dans On achève bien les chevaux d’Horace Mac Coy,  adapté au cinéma par  Sydney Pollack. Mais ici, les danses en tout genre dépassent la compétition…

La chorégraphie jubilatoire, émouvante, et documentée de met avec fougue en harmonie ou/et en lutte les corps, au rythme de chansons emblématiques de 2010 à 1930. À cette remontée dans le temps, d’une décennie à l’autre, se joignent les événements gravés à jamais dans l’histoire du Japon et la mémoire de Kaori Ito. Pris dans un mouvement frénétique, nous entrons dans la danse folle, d’abord  classique ensuite hip-hop, twist et butô, entraînés avec enthousiasme par ces huit interprètes venus du monde entier.Costumes colorés et à la mode de chaque époque, bande-son variée et populaire dont I will always love you de Whitney Houston et nombreux autres tubes dont une célèbre chanson d’Édith Piaf en version japonaise, ressuscitent nos souvenirs et nous charment. Emotion et plaisir chez les jeunes spectateurs enchantés par ce bouillonnement de couleurs, gestes et musique. Une féérie traverse le spectacle dont la richesse réside dans le geste artistique brillant d’intelligence et de créativité de Kaori Ito et son évocation spirituelle du Japon. La puissance positive ou négative du collectif et le sentiment de solitude, prennent corps avec finesse.

Dans le premier volet, à cour, des toilettes sont un endroit capital pour l’évolution de l’histoire. Dans cet ultime refuge où se précipitent à bout de souffle les interprètes du marathon, arrive -coup de théâtre- une révélation! Un des personnages y découvre un récit de nouvelles de Kenji Miyazawa, poète renommé (1896-1933). Moment de suprise et épiphanique provoquant une rupture et un bouleversant changement d’espace/temps.
Et dans le second volet, le spectacle cède la place au conte avec mots poétiques et pensées philosophiques. Autre support dramaturgique, autre rythme… apaisant. Succèdent alors aux impressionnants mouvements des corps et aux chansons pop et variétés, un climat et une scénographie plus intériorisés, moins spectaculaires. Mais toujours avec une forte tension et une grande sensibilité. La danse devient alors récit et casse les barrières du langage. Les Pieds nus de lumière, transmis en voix off et en japonais résonne aux oreilles de tous et le langage universel de la danse et de la musique, comme celui de la poésie traversent avec grâce le Japon de Kaori Ito!

Elisabeth Naud

Spectacle vu le 10 octobre au Théâtre Jeune Public-Centre Dramatique National de Strasbourg-Grand-Est ( Bas-Rhin).

Les Producteurs de Mel Brooks et Thomas Meehan, mise en scène d’Alexis Michalik

Les Producteurs de Mel Brooks et Thomas Meehan, mise en scène d’Alexis Michalik

©x Mel Brooks sur le tournage des Producteurs

© x Mel Brooks sur le tournage des Producteurs

Avec Le Porteur d’histoire il y a déjà treize ans, le spectacle qui l’avait fait connaître,  Le Cercle des illusionnistes, 2014, Edmond, 2016, Passeport, 2024 (voir Le Théâtre du Blog),  le metteur en scène est maintenant reconnu et a su fidéliser un public qui n’allait pas beaucoup au théâtre. Le célèbre film satirique (1967) de Mel Brooks deviendra ensuite un spectacle joué 2. 500 fois à Broadway, avec  douze Tony Awards au compteur. Les Producteurs avait été adapté et mi en scène  pour la première fois en France il y a quatre ans par Alexis Michalik. Une grosse machine dont il remet le couvert avec une nouvelle troupe de seize artistes et sept musiciens, autant de techniciens sur scène et d’invisibles mais nécessaires habilleuses en coulisse…

C’est une adaptation du film de Mel Brooks qui a fêté son quatre-vingt-dix neuvième anniversaire cette année… Max Bialystock (Florent Peyre) était le roi de Broadway mais ses derniers spectacles ont fait un bide complet et qui l’ont presque ruiné. Il mène pourtant une vie luxueuse, grâce à l’argent de vieilles dames très riches…et portées sur le sexe. Un jour, un expert comptable du fisc, Leopold Bloom (Alexandre Faitrouni) vient vérifier les comptes du théâtre. Il manque 2.0 00 $! que le producteur reconnait avoir dépensés pour son usage personnel et il lui demande de truquer les chiffres.
Leopold Bloom accepte mais lui dit que 
monter la plus médiocre comédie musicale possible et ensuite tout faire pour qu’elle fasse un bide,  serait bien plus rentable qu’un succès.…Cela permettrait en effet de garder le maximum d’argent pas investi. Séduit, Max Bialystock n’a pas trop de scrupules et va essayer de trouver une pièce qui mènerait à un échec complet et embarque avec lui, ce Léopold  timide, mal dans sa peau et un peu affolé… C’est totalement foldingue mais très drôle. Même si on ne comprend pas très bien cette stratégie géniale mais qu’importe, c’est le moteur de l’intrigue.. 

© Alessandro Pina

© Alessandro Pina

Max Bialystock et Léo Bloom cherchent donc un livret écrasant de nullité et finissent par en trouver un, Des fleurs pour Hitler, un texte glorifiant le Führer et le troisième Reich, écrit par Franz Liebkind, un ancien nazi bavarois en culotte de cuir auquel tient compagnie une dizaine de pigeons… Le producteur obtient vite de ses chères vieilles dames au moins un million de dollars. L’argent coule à flots et il fait repeindre son bureau et engage une secrétaire suédoise en mini robe blanche très sexy,  recrute Roger de Bris, un metteur en scène inconnu mais garanti sans aucun talent et fait passer des auditions. Lorenzo Saint Dubois, dit LSD, un acteur qui s’était trompé de théâtre, est choisi pour incarner Hitler. Quelques mois plus tard, a lieu une avant-première avec d’abord, un semblant de comédie musicale dont le thème -la glorification d’Hitler- évidemment, choque le public. Mais cela ne se passera pas comme prévu.  Quand LSD entre  en scène, les rires fusent dans le public !Roger de Bris a transformé sa pièce en une satire très efficace. Franz Liebkind, absolument furieux, va essayer mais en vain, d’interrompre les représentations. Et ce succès commercial ruinera Max et Leopold.
Et l’ auteur 
 veut les tuer. Max le persuade qu’à trois, ils pourront arrêter le désastre. Ils essayeront de faire exploser le théâtre mais finissent sous les décombres! Arrêté et jugé coupable, Leopold expliquera à la Juge que Max a changé sa vie et celles de beaucoup de gens. L’ancien producteur, lui, estime avoir retenu la leçon. En taule, Max, Leo et Franz, ce trio de bras cassés, travaillent à une nouvelle pièce Prisonniers de l’amour qu’ils espèrent, cette fois, être un succès. Mais incorrigibles, ils se remettent à vendre plus d’actions que nécessaire, aux prisonniers et aux gardiens….

© Alessandro Pina

© Alessandro Pina

Ce spectacle a été élu Molière 2022 du meilleur spectacle musical mais ici, comme souvent, Alexis Michalik ne fait pas dans le léger:  les vieilles dames richissimes sont jouées par de jeunes actrices emperruquées de blanc et marchant avec un déambulateur, la nouvelle secrétaire est d’une bêtise crasse mais ultra-sexy, les danseurs recrutés, homos et ridicules, se tortillent et adorent se faire remarquer, en poussant de grands cris. Un artiste noir arbore sous son collant vert un sexe énorme. Tous aux abris… Le début où les sept musiciens jouent sur scène avant de disparaître dans des loges vitrées, côté jardin et côté cour, fêtent l’anniversaire d’une des jeunes actrice, en jouant Happy birthday to you et font chauffer la salle et applaudir le public. C’est du genre pénible et l’ensemble avec dix-sept interprètes a bien du mal à prendre son envol !
Surjeu permanent, manque de rythme, chansons trop souvent criées avec l’aide de micros H.F., et sur le plateau nu, nombreux décors descendant souvent pour quelques minutes, incessants déménagements de canapé, bureau, escaliers… manipulés à vue par les techniciens et les acteurs (la marque de fabrique d’Alexis Michalik!). Et on ne sait jamais si on est au deuxième degré, voire au troisième. On n’échappe pas non plus à un clin d’œil à Charlie Chaplin avec un gros globe terrestre, comme celui du
 Dictateur. Il y a heureusement, assez exceptionnels et toujours justes: Florent Peyre, Alexandre Faitrouni presque toujours en scène et Roxane Le Texier, dans le rôle de Ulla Inga Hansen, la jeune secrétaire suédoise.
Mais bien entendu, rassurez-vous, braves gens, il y a des jets de fumigène à gogo! Et à la fin, des bombes à paillettes envoyées vers le public, comme dans les cabarets minables! Mel Brooks savait être beaucoup plus raffiné et inventif en loufoqueries, que cet encore jeune metteur en scène. On s’ennuie ? Oui, un peu… Comme il se passe toujours quelque chose, on regarde mais ces deux heures sont longues (le film dure lui quatre vingt-dix minutes).
Malgré la réelle maîtrise du plateau dont fait preuve Alexis Michalik, l’ensemble ne fonctionne pas bien, et son 
Edmond (voir Le Théâtre du Blog) avait une autre force… Il y a ici quelque chose de vulgaire, sec et facile, sans une once de véritable poésie dans la mise en scène, la scénographie et les costumes. Malgré le prix des places :c
arré Or: 80 €, cat. 1: 65 € , cat 2:45 €), la salle est pleine…
Chose rassurante : les applaudissements manquaient de chaleur. Un bon spectacle? Pas vraiment et nous n’avons pas été convaincus… Même si, « en France, dit -assez prétentieusement- Alexis Michalik, on n’a pas de Broadway, mais on a des idées. Nous tâcherons de les employer à amener un public français à découvrir ce classique de la comédie musicale américaine, pour son divertissement et, j’espère, son émerveillement.» Et cette production lourdingue a un vrai succès! Ainsi va la vie du spectacle contemporain. A voir? Peut-être mais soyons clairs: à condition de n’être vraiment pas exigeant sur le plan artistique. Encore une fois, Edmond était d’une autre veine et d’une autre qualité…. Dommage.

Philippe du Vignal

Jusqu’au 11 janvier, Théâtre de Paris, 15 rue Blanche, Paris (IX ème). T. : 01 86 47 72 49.

 

Thikra : Night of Remembering, chorégraphie d’Akram Khan, concept narratif de Manal AlDowayan et Akram Khan

Thikra : Night of Remembering, chorégraphie d’Akram Khan, concept narratif de Manal AlDowayan et Akram Khan

Ce spectacle a été créé sur le site archéologique Madā’īn Ṣāliḥ (I er siècle av J. C.) à vingt-trois kms d’Al-Ula en Arabie Saoudite. Classé au patrimoine mondial par l’Unesco, il abrite des vestiges d’époques lihyanitedadanitenabatéenne puis romaine. Le prince Mohammed ben Salmane, veut y créer un parc naturel, touristique, archéologique et culturel d’une superficie équivalente à la Belgique et une annexe du Centre Pompidou ouvrira en 2028 à Al-Ula.
Pour ce spectacle
qui a ouvert la quarante-cinquième édition du festival Montpellier-Danse, le chorégraphe a travaillé avec une artiste saoudienne et les quatorze danseuses évoluent dans un décor suggérant Madā’īn Ṣāliḥ où on peut voir des tombeaux taillés dans la roche, les ruelles de la vieille ville et les montagnes. La scénographie de Manal Al Dowayan suggère ce désert avec une formation rocheuse, une grotte et les amples costumes permettent de vastes mouvements.
Parmi les danseuses, Azusa Seyama, du Tanztheater de Wuppertal et Ching-Ying Chien, que nous avions vue dans Room de James Thierrée et dans Outwitting the Devil, chef-d’œuvre du chorégraphe, présenté au festival d’Avignon 2019 (voir Le Théâtre du Blog). Avec Thikra (en arabe : souvenir), Akram Khan représente ici un passé révolu.

© AKC_Thikra

© AKC_Thikra

Les mouvements de groupe sont d’une grande beauté et les gestes précis et harmonieux. Mais la grotte, trop imposante, limite la mobilité des danseuses aux deux tiers de la profondeur du plateau! Azusa Seyama joue une sorte de prêtresse en robe pourpre apparaissant en haut du rocher. Ching-Ying Chien, vêtue de blanc, semble être le symbole de l’innocence et de la pureté. Deux danseuses en costume noir interprètent des sorcières mais la chorégraphie manque de lisibilité et il n’est pas facile de comprendre les liens unissant ces personnages, notamment les danseuses en sari. Chaque déplacement de cette communauté est rythmé par une musique assourdissante d’Aditya Prakash. (Prudence : mettre les protections d’oreille distribuées à l’entrée). Un très beau jeu unit les danseuses aux  longues chevelures dans des postures sophistiquées mais les tableaux se succèdent de façon inégale et hypnotique en une heure. Nous sommes ressortis déçus par cette chorégraphie qui nous a laissé un peu perdu dans ce lointain désert…

Jean Couturier

Jusqu’au 18 octobre, Théâtre de la Ville-Sarah Bernhardt, 2 place du Châtelet, Paris (IVème). T. : 01 42 74 22 77.

Adieu Bernard Rémy


Adieu Bernard Rémy

 

© C. Colmant

© Corinne. et Dimitra Colmant

Il est mort dans son sommeil à soixante-dix-neuf ans après une grave maladie… Nous nous souviendrons de son regard pétillant quand il parlait avec humour et intelligence des choses qu’il aimait, de sa vaste culture en danse contemporaine et en cinéma, de sa passion pour les écrits de Gilles Deleuze qu’il citait souvent et brillamment, de sa gentillesse et de son contact facile avec des gens loin de son monde et qu’il n’avait pourtant jusque là, jamais rencontrés…Comme ces ingénieurs qui ont conçu le désormais célèbre cheval ailé sur la Seine pour les J.O.  , ou comme cet ancien éleveur cantalien qui lui avait offert une solide canne de marche fabriqué de ses mains et qu’il garda toujours ensuite avec lui… Ou Marine Tondelier, la patronne des Ecologistes, qu’il avait réussi, à force d’insister, à accepter d’être interviewée par lui, au téléphone!

Nous sommes heureux de lui avoir fait savourer, plusieurs années, de bonnes vacances dans ce hameau du Cantal qu’il aimait tant et où il regardait avec la curiosité qui était la sienne, les amours et les conflits des poules et canards élevés en liberté dans les vertes prairies où broutent aussi les vaches limousines.
Adieu Bernard, et merci pour ta collaboration au Théâtre du Blog. Le livre sur son amie Laurence Louppe, critique et historienne de la danse, qu’il avait projeté d’écrire avec nous, et pour lequel il avait déjà réuni de nombreux textes et documents, est resté en rade à cause de sa maladie. Bernard, tu y tenais beaucoup mais ne t’en fais pas, nous ferons l’impossible  pour que le gros travail que tu avais entrepris soit enfin achevé et publié sous une forme ou sous une autre. Nous sommes de tout cœur avec Elizabeth Schwartz, son épouse, sa fille et son fils.


Philippe du Vignal

Les obsèques de Bernard auront lieu le samedi 20 septembre à 10 h, au cimetière du Père Lachaise, Paris (XX ème). Métro : Gambetta.  

Dans le creuset de quelques années de sa vie.

© Nicolas Villodre

© Nicolas Villodre

Ce qui (se) mure (peut-être sans savoir…) La « vie » sait-elle lire, se lier à une écriture pour se comprendre elle-même et saisir les forces qui, pour certaines, lui sont d’une fidélité proprement inouïe, s’ouvrant à ce qui excède le malentendu et le malheur ? Aux heures matinales (quand le jour se lève, progressif), ce 8 septembre, Bernard a cessé de vivre, dans le cœur, le creux et le corps d’un long endormissement. Il avait encore une étrange respiration, laineuse et sèche, veillant à ce que l’irrespirable tienne compte d’une vie résistante n’ayant jamais pu tolérer que l’on « mure » des forces de vie aussi riches et créatives, calmes, d’une patience utopique et en attente de l’innocence de ce qui devient, en fonction d’une loi meurtrière ou assassine, serrant les gorges et les cœurs, brisant les gestes et les mouvements dès leur amorce, « occupant » les pensées en les noircissant avant même qu’elles laissent naître leur teneur de lumière.

 

cx

cx

En 1975, Bernard publie aux éditions François Maspero, L’Homme des casernes, un texte que l’expérience de la désertion, après quelques jours de casernement) a produit et « composé », en fonction d’une lucidité et d’une puissance d’analyse de ce qu’était l’institution militaire, de ce qu’elle infligeait aux « appelés » et à leurs corps ou comportements induits par un « temps de guerre incessible ».
Michel Foucault en avait loué la pénétration dans un article du Monde. Bernard ponctuait deux années de militantisme non doctrinal, liées à la création du G.I.A.  (Groupe Information Armée) conçu sur le modèle du Groupe Information Prisons de Michel Foucault. L’écriture en était si souple et si efficiente qu’elle semblait pouvoir desceller les écrous des états réels qu’elle révélait. Sans défense mais précise comme le courage de la pensée, quand elle est distillée par l’intimité libre de toute intimation, elle déséquilibrait les fixités instituées et voilait leurs rouages.

 Bernard est jugé pour désertion le 6 juin 1975 par le T.P.F.A. de Bordeaux et condamné à dix-huit mois d’emprisonnement. Mais sa santé en sera atteinte. Il commença à tenir en 75 un Journal de prison ( qui sera publié chez Hachette deux ans plus tard, avec, en exergue, une Lettre liminaire de Michèle Montrelay, psychanalyste et auteure de L’Ombre et le nom qu’il faut citer. Elle saisit au plus juste, au plus inconnu et inaliénable, ce qui était et sera le mouvement d’être de Bernard tout au long de sa vie : «Vous parlez de Proust. Assurément, c’est avec La Recherche  que votre Journal entretient -me semble-t-il- les plus fortes affinités. Puisqu’il est aux dimensions du Temps, dont vous avez, plus que tout peut-être, le sens et la passion. Mais Proust ignore les silences. Autrement dit, son génie du corps demeure lié à la mondanité. Le vôtre saisit, vous le savez, par sa force de dénuement. Je n’avais jamais lu aucun texte à la fois masculin de structure, voire de «vertus», et «féminin» , saisissant le temps là où le corps le fabrique, dans ses élans, son silence, ses inspirations, ses misères. J’en demeure saisie et au plus profond, touchée. Quelle puissance d’attention et de veille, quel courage, quelle intuition de la mort et du bonheur conjugués. » En toute sympathie. Michèle Montrelay, 10 mars 1977.

©x

©x Centre Pénitentiaire de Gradignan

Dès les premières pages, Bernard écrit comment des lettres reçues,  entre autres, de Paul Virilio, Claude Mauriac… le décidèrent silencieusement à passer à l’écriture, en prison, de ce Journal. Lettres qui, aurait dit Jacques Derrida, arrivent toujours à destination (et non «volées ») . Et c’en est une, écrite en janvier 1975 à la maison d’arrêt de Gradignan (Gironde), qui se plie et se déploie aux souffles d’une écriture d’un être pour lequel la solitude est poreuse : pore qui fait respirer les phrases au rythme de ce que le corps (détenu) laisse transparaître comme de «sa lettre» secrète, ouverte aux lignes du monde…

« Au sein de l’attente- une attente active qui sans y penser, par moments, reçoit et développe les points d’attaque de la stratégie du procès, qui tombent peut à peu, coupant, tranchant, venus non du ressentiment, de la maladie de leur objet, mais des rencontres dans la douceur du jour, venus de la santé des couleurs qui le matin aèrent chaque chose d’une majestueuse et simple poussée vers le ciel : la terre brûle en silence de couleurs silencieuses – je perds la présence de la prison : pour que l’autorité agisse, il faut encore être compris, être présent, occuper une présence au sein de son apparition, il faut donc entretenir une quelconque commune mesure, une égalité avec elle ; il faut être présent à l’intérieur à l’intérieur de cette présence, apparaître au milieu, encerclé par cette apparition. Un mouvement heureux de disparition s’est opéré et c’est à partir de là que s’élanceront les gestes de riposte, c’est-à-dire les gestes d’effacement : la construction en soi de forces d’oubli annonce le moment de leur diffusion. »
Ligne de crête, de risque, de lucidité et de mise en abyme, plus troublante que la distanciation brechtienne : Bernard fut en grande amitié avec Philippe Ivernel (1933-2016), traducteur, entre autres, du Journal de Bertolt Brecht, où le pire, par certains aspects, vole en éclats, mais que menace une puissance peu contrôlable, étrangère à toute stratégie, procès, finalité politique ou sociale, ou psychique : un retour de «dépression» dont les cours humains sont aussi les jouets.

©x

©x

Le mouvement de vie et pensée de Bernard a consisté à faire front et, en même temps, à détourer ce « mur» dressé dont ne sait où, et même par qui. Vincent Van Gogh, dans une lettre à son frère, disait devoir «limer », avec une patience et une endurance folles. Plusieurs mois de détention plus tard, Bernard écrit : « Mercredi 7 janvier. Émission sur Nietzsche à France Culture,  Il y a des dieux dans l’air. Mais l’air n’est-il pas divin ? L’air ne nous désigne-t-il pas toutes les formes comme un jeu à remanier sans cesse, dans la perspective de l’air qui nous projette sur la face des formes et nous grandit et nous abaisse dans l’entre-forme; le sens d’une légèreté à même les choses, se dégage dans l’air quand il nous fait, caresse: il n’y a pas de non-sens plus dur que la dureté qu’il doit protéger. De chaque chose, de chaque forme, l’air tire une force de plasticité, un appel à la modification, à l’apparence : aucune matière n’est assez dure pour sembler se refermer sur une dureté éternelle ; la consistance, la tangibilité ou l’opacité d’un mur ne tient jamais par elle-même ; elle est toujours espacée, écartée de ce qu’elle veut montrer, par le fait même qu’elle s’expose. »
« En effet, cette exposition baignée de vie, de lumière, de nuit, d’air et cette vie palpitante de multiplicités immatérielles citent le mur comme forme tendue vers une autre forme, elles le séparent de la mémoire vouée à lui donner un sens de durée sur sa propre matière, et le brassent d’oubli : si l’œil s’associe à ces courants de vie qui entourent, enveloppent ce mur, celui apparaît dans la vérité de toute apparition, le tremblement : toute apparition tend vers une autre apparition de la puissance qi constitue le milieu de l’apparition. Aussi la dureté du mur qu’on propose à nos regards de prisonniers ne gît-elle pas en lui… le pouvoir n’est jamais sûr de ses propres instruments de contrôle et de répression, aussi est-ce une perpétuelle autosurveillance qui le maintient, mais dans le déséquilibre de cette incertitude qui est la faille de l’avenir. Cette proximité dangereuse d’une forme à ses possibilités de transformation, à son mouvement de forme – chacune se fond dans une série de formes – et de nos mains à celles-ci en ce lieu, ce sont des hommes armés qui l’interceptent, la cisaillent et s’y interposent comme police de la forme, de la matière… »
Et un soir, dit Bernard, «Ma vie se dédouble et c’est quelqu’un d’autre qui vit la journée carcérale : à côté d’elle, à côté du temps qui doit nous user en cellule, mon absence m’a porté aux remous du temps. Chaque journée maintenant est double, avec le vide et l’absence. » 

©x

©x

Il est libéré en mars 1976 et dans les mois qui suivent, il se joint, d’évidence, à nous. Patrick Bensard, Hervé Gauville, Jean-Luc Poivret et moi-même, créons Empreintes, écrits sur la danse dont le premier numéro paraît en 77. Une secrète et irrésistible inflexion oriente sa vie (il travaillera longtemps auprès de Patrick qui créa la Cinémathèque de la Danse. Et, la danse, celle née dans le dernier tiers du XIX ème siècle, ne pouvant être -art inouï- ni armée ni dure mais aimantée par la seule chance d’une plasticité qui ne se referme pas sur le corps et son génie du mouvement. Elle lui ouvrira ses bras et ses mains (non cisaillées par un policier de la forme).

Il rencontre alors et aime à jamais Élisabeth, danseuse-interprète des nuances infinies de la pensée et de l’art non gainés d’Isadora Duncan.  En U.R.S.S., un Commissaire du peuple lui expliqua que les temps, les urgences militaires et policières révolutionnaires doivent d’abord régler, par un mouvement armé, la situation et le sort de ses opposants. Le sens du mouvement d’Elisabeth n’était donc ni approprié, ni utilisable et d’aucune utilité pour les jeunesses combattantes, il ne pourra se transmettre que plus tard…

©x

©x Elisabeth Schwartz

Bernard l’a pressenti et son écriture a inscrit le cours de cette prescience que la mort ne pouvait être de mise, même sous les traits d’une perversion des états d’être, dans une existence qui, à tout moment, peut se voir contrainte d’en passer par une structure cellulaire… (nécessairement exposée au répressif).
Qu’est-ce qu’un corps de déserteur? Non pas déserté et désertique, mais, au contraire, un corps «plein», traversé d’intensités,  sensations, associations libres. Bernard aura eu le soutien de Michèle et Boris Vian qui, dans sa chanson Le Déserteur. écrit une lettre à son Président… Toujours cette circulation, envoi et réception d’une lettre ouverte; décachetée, elle déplace les positions, les expose à d’autres «gestes» (pensées glissant entre les boîtes d’étranges mouvements frôlant tous les sens du mot: déposition ). Le texte lu par Bernard au tribunal, d’une longueur considérable  et exaspérant la patience des juges… est tout, sauf celui d’une descente de croix ou d’une capitulation…

 

©x Gilles Deleuze

©x Gilles Deleuze

C’est une très impressionnante profession de foi  où il rassemble les forces les plus vives qui s’offrent et se donnent à lui: Gilles Deleuze, Michel Foucault, Henri  Bergson, Baruch Spinoza, Jean-Pierre Faye, Paul Virilio et Robert Antelme. Comme les jours et les nuits de mai 68, en signeraient les lectures et les intensités inespérées -sachant que demeure au-devant de tout effort de désaliénation, le mur de la cruauté psychique, (telle que Jacques  Derrida l’a comme mise à nu) -fuyante et dure, paralysante et froide comme une aire sans aube, durcissant l’air qui se donne à respirer.
Or la pensée, l’écriture et le sens de la vie de Bernard tendent à cette respiration qui, interne et aérienne, est aussi celle qu’il faudrait comme « insuffler » à l’adversaire (à toute forme ou figure représentant l’adversité). C’est une des visions les plus extraordinaires de la teneur de ses interventions pendant son procès : le « jeu », tout sauf naïf, qu’il déplie -avec un humour sous-jacent, toujours prêt à s’accorder un effet de surprise imprévisible-est toujours orienté par ce désir de faire qu’une partie peut changer de règles et de fins, de telle sorte que les opposants se découvrent partenaires d’une partie tierce, très beckettienne dans sa facture (sans note à payer).

©x

©x Buster Keaton

Il écrira aussi sur Samuel Beckett, Buster Keaton… et sur nombre autres lignes de vie, dessinant des attentes aussi justes et vivantes, que déconcertantes et heureuses. À la fin d’un des textes-manifestes réunis dans L’Homme des Casernes, il signe: Bernard Rémy; profession: déserteur. Il nous faudrait entendre cette apposition comme le Profession: Reporter de Michangelo Antonioni : on voyage, divague, rencontre, change d’état et traverse les puissances du Cri, du Brouillard, du Désert (rouge ou d’une blancheur brûlée) et des Passions tristes. Sa force merveilleuse consistait à faire d’une éclipse, une lumière… et à en inventer le mouvement de regard et d’égard.

Daniel Dobbels, danseur, chorégraphe, écrivain et critique d’art.

 

 

Festival Le Temps d’aimer la danse La Chambre d’amour, chorégraphie de Thierry Malandain avec le Ballet de Biarritz

Festival Le Temps d’aimer la danse à Birarritz

La Chambre d’amour, chorégraphie de Thierry Malandain

Thierry Malandain va quitter le Centre chorégraphique National de Biarritz et reprend le premier ballet qu’il créa ici en 2.000. Homme de fidélité à cette région,ce qui est assez rare aujourd’hui dans un monde qui privilégie le « zapping »: la partition symphonique originale de Peio Çabalette, créée par l’orchestre régional de Bayonne-Côte Basque est l’écrin musical de cette pièce d’une heure: «Mon premier programme pour ce festival, dit-il, est un hommage à la terre qui m’accueille. »
Fidélité aussi à ce Centre Chorégraphique National qu’il a dirigé pendant vingt-sept ans, depuis 98. Fidélité à Jorge Gallardo, son créateur de décors et costumes qui travailla déjà à cette première pièce.  Et  à toute son équipe, Richard Coudray,  maître de ballet et Yves Cordian, administrateur…

© x

©Olivier Houeix

Un parfum de nostalgie, style: Je me souviens de Georges Perec plane donc sur cette re-création. Thierry Malandain a été qualifié de maître du néo-classique mais nous assistons ici à une pièce résolument contemporaine rappelant la liberté des années quatre-vingt dix. Sur le thème d’un histoire d’amour triste: « Si elles finissaient bien, dit le chorégraphe, nous n’en ferions pas des livres, des films ou des pièces. » (…) Chantée par la légende, la Chambre d’amour est une grotte de la Côte d’Argent que les flots envahissaient jadis à marée montante, et qui est, depuis le XVIII ème siècle, le théâtre d’une tragédie. Ici, Ura et Ederra Eau et Beauté (en basque),  à l’instant précis où ils jouissaient le plus de la vie, sont engloutis par l’océan. Le lendemain, leurs corps, retrouvés noués ensemble sur le sable, ajoutèrent une page à la littérature des amants au bonheur brisé par le destin. »
En parallèle, le chorégraphe évoque aussi les destinées funestes bien connues : celles d’Adam et Ève, Abel et Caïn, Othello et Desdémone, Roméo et Juliette, Didon et Énée, Orphée et Eurydice… Une occasion ici, de voir les beaux duos sensuels et parfois cruels, avec sept couples, comme toujours parfaitement interprétés par les solistes. Avec eux, les huit danseurs du chœur maîtrisent ce grand plateau.
La partition, aux tonalités de musique de film, souligne des tableaux souvent dramatiques. Comme toujours chez lui, elle lui inspire une chorégraphie, même si, à la création, il n’avait pas encore celle du final.Thierry Malandain aime à dire qu’il a travaillé comme Marius Petipa, avec la musique de Tchaïkovski. En 2000, l’Orchestre régional de Bayonne-Côte Basque était déjà là, avec la pianiste Marina Pacowski qui avait vingt ans à l’époque, et présente ce soir. Mais cette fois, la musique était enregistrée.
Thierry Malandain et sa troupe ont été longuement applaudis. Ce chorégraphe sensible et discret a réussi à nous enchanter avec plus de quatre-vingt dix ballets ! Le croiser, à Biarritz comme à Chaillot à Paris, est une source d’énergie positive, tant sa bienveillance est communicatrice…

Jean Couturier

Spectacle présenté le 5 et 6 septembre, au Théâtre de la Gare du Midi,  23 avenue du maréchal Foch, Biarritz (Pyrénées-Atlantiques).

Le 16 septembre, festival Cadences, Arcachon (Gironde).

Les 27 et 28 décembre,Théâtre de la Gare du Midi, Biarritz.

 

12345...28

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...