Phœnix chorégraphie d’Éric Minh Cuong Castaing Guerre et Térébenthine de Jan Lauwers,


Festival de Marseille 2018 : vingt-troisième édition

 

Phœnix chorégraphie d’Éric Minh Cuong
 

A la fois europeén et cosmopolite, le festival de Marseille, dirigé depuis trois ans par Jan Goossens, offre un menu varié avec des artistes aux regards singuliers : l’Indonésien Eko Supriyanto place la femme au centre d’un monde traditionnellement masculin, tout en abordant  des questions écologiques majeures. Le Belge Thomas Bellinck et le Burkinabé Serge Aimé Coulibaly interrogent  l’Europe et notre rapport au monde. Fabrizio Cassol et Alain Platel unissent la vie et la mort dans Requiem pour L.,   aoù Lacera Belaza et Lisbeth Gruwez redéfinissent notre relation au temps. Quant à Jan Lauwers,  il présente une chronique  décalée de la Grande Guerre, de l’art et de l’amour. Parallèlement aux grands noms de la chorégraphie, le festival s’ouvre sur la ville en soutenant de  jeunes artistes au sein du MarsLab dont on peut découvrir certaines de leurs créations les Lundis du QG , au Théâtre des Bernardines, programmés par cette pépinière de talents . 

 Phœnix chorégraphie d’Éric Minh Cuong Castaing

 

©Sébastien Lefèvre

©Sébastien Lefèvre

Sur scène, trois danseurs avec de drôles de lunettes. Un gros drone les survole dans un bourdonnement de mini-hélicoptère. A leur tour, ils vont téléguider des drones «de loisir», de petits moustiques insidieux qui évoluent au-dessus et autour d’eux. Ce ballet ludique, qui engage peu les corps, fait place à une toute autre réalité. Celle d’artistes de Gaza.

La pièce bascule sur une longue interview, en temps réel, d’un danseur de là-bas. Les drones font partie de son quotidien, et leur « symphonie» le berce la nuit : «C’est devenu une habitude; même les enfants s’y sont habitués.  (…)  Il y a trois sortes de drones, les préventifs, ceux de surveillance et les porteurs de missiles. » Heureusement, la danse et le dessin l’aident à supporter ce quotidien. Et il se lance dans une dabkeh, une danse traditionnelle palestinienne. Il raconte aussi comment d’autres artistes utilisent les drones de loisir pour rendre compte de la réalité et l’on voit  alors, en direct, filmés du ciel, de jeunes hommes parcourir les ruines, et se livrer à quelques pas de danse dans un espace dévasté. Au terme de cette émission, leurs saluts venus de l’autre rive de la Méditerranée tentent de crever l’écran…

 Un grand moment d’émotion qui tranche avec la froideur de la première partie où la danse est complètement absente, tant les interprètes paraissent  piégés par la seule manipulation de leur joujou. Un tel déséquilibre dans ce jeu de miroir entre l’homme et la machine est compensé par les vingt dernières minutes de ce spectacle de moins d’une heure avec une chorégraphie par-delà les frontières

Issu des arts visuels, Éric Minh Cuong Castaing aujourd’hui artiste associé au Ballet national de Marseille, présente aussi un travail avec des enfants handicapés.  Mais ici, son questionnement sur les  «représentations  et les perceptions du corps à l’heure des nouvelles technologies»  tourne court.  Ses danseurs sont comme englués dans une technologie qui les dépasse. A l’inverse des artistes palestiniens qui réussissent à détourner les instruments-mêmes de leur oppression à des fins artistiques et de témoignage.

Mireille Davidovici

Spectacle  vu le 28 juin au  Théâtre du Ballet national de Marseille. Juqu’au 8 juillet 23, rue de la République, Marseille IIème. T. 04 91 99 02 50. Et le 19 octobre, à  Charleroi-Danses (Belgique).En novembre, Tanzhaus NRW, Düsseldorf  (Allemagne) ; et en mai, Dublin Dance Festival (Irlande)


Archives pour la catégorie Danse

(Masterclass) Leçon magistraled’Eléonora Abbagnato et Benjamin Pech

 

(C) Jean Couturier

(C) Jean Couturier

Masterclass d’Eléonora Abbagnato et Benjamin Pech

Dans cette « leçon magistrale », les étoiles de l’Opéra national de Paris aborderont le pas-de-deux du Parc d’Angelin Preljocaj et celui de Carmen de Roland Petit, pièces emblématiques de ces grands chorégraphes avec qui ils ont travaillé ensemble dans le passé. Tout amateur de ballet rêve de partager le secret d’une répétition et les occasions sont rares de pénétrer l’intimité d’un univers qui reste assez fermé, même aux critiques de danse… Nous connaissions ces pas-de-deux pour les avoir vus, l’un, avec Eléonora Abbagnato, et Benjamin Pech aux adieux de ce dernier à l’Opéra de Paris, et l’autre au festival de danse de Cannes, avec le Ballet de l‘Opéra de Rome (voir Le Théâtre du Blog).

Ces étoiles seront accompagnés par Michele Satriano, Giorgia Calenda, Sara Loro et Claudio Cocino, danseurs du ballet romain avec, au piano, Laurent Choukroun de l’Opéra de Paris. Ils vont interpréter L’Abandon,  l’un des plus beaux duos contemporains et scène mythique du Parc (1994) d’Angelin Preljocaj, sur une musique de Mozart pour l’Opéra de Paris.

Carmen a été créé en 1949 par Roland Petit sur une musique de Georges Bizet et avec des costumes de Clavé. Le danseur et chorégraphe avait comme partenaire Renée Jeanmaire, première apparition de celle qui ne se prénommait pas encore Zizi ! Ce couple marquera définitivement l’histoire… En 1947, Rose Repetto, la mère de Roland Petit, conçoit pour son fils les chaussons de danse qui, eux aussi, vont devenir un succès français. Il est touchant de découvrir ces chaussons et tutus dans le foyer du Théâtre de Paris qui accueille cette leçon magistrale.

 Il ne faut pas manquer la dernière de cette leçon magistrale le 18 juin. En 1949, Marcel Achard écrivait dans le programme de Carmen: «Nous qui mourrions de ne pas mentir/Nous qui n’avons pas le temps et qui n’avons plus que l’espace/Nous, à qui on a durement enseigné que la chair est un poème maudit/Nous qui savons que le soleil a douze portes/Nous sommes heureux que les danseurs nous les aient ouvertes/ Avec des clefs de nuage».

Jean Couturier

Spectacle vu au Théâtre de Paris, 15 rue Blanche,  Paris IX ème, le 18 juin. T. : 01 48 74 25 37.  Dernière et unique leçon le lundi 18 juin à 20h.

       

June Events 2018 (suite)

 

June Events 2018  (suite) :

 

Cellule, chorégraphie de Nach

 cellulleConnaissez-vous le Krump (Kingdom Radically Uplifted Mighty Praise ? En français : élévation du Royaume par un puissant éloge) ? Nach a rencontré cette danse urbaine, née des émeutes de Los-Angeles dans les années 2000, sur le Parvis de l’Opéra de Lyon. Puis elle s’est formée auprès d’Heddy Maalem participant dernièrement à Eloge du Puissant Royaume de ce chorégraphe franco-algérien.

 Debout devant de hauts panneaux gris, où sont projetées des images d’archives de sessions krump, Nach développe la gestuelle codifiée et très masculine de cette danse, comme enfermée dans un corps à l’identité incertaine. Progressivement, elle va abandonner la grammaire des krumpers : frappe du pied (stomp),  balancement des bras (arm swing), mobilité de la poitrine (chest pop), cris et grimaces (gimmicks), autant d’exutoires expressifs à la violence concentrée dans le corps, loin des codes peace and love du hip hop. Elle s’ouvre alors  à une gestuelle plus sereine, empruntée au kathakali et à la danse contemporaine : quittant son uniforme de garçon des rues, elle dévoile des courbes féminines harmonieuses sur une musique de Keith Jarrett.

 Nach, dans ce premier solo, retrace son itinéraire artistique, appuyée par les conseils de d’Heddy Maalem et de Marcel Bozonnet : «Je pars de ce que j’ai, de ces moments ou on doute de soi-même , dit-elle, pour arriver à la naissance d’une femme». Jusqu’à danser nue, dans une vidéo projetée sur le mur de cette «cellule ». Elle envisage de développer trois versions de ce solo avec une pièce de trente minutes, une autre de quarante-cinq minutes et une performance en espace urbain ou alternatif : « Je veux lier ces deux réalités, mes identités. Celle du plateau et celle de la rue. »  Une artiste à suivre.

 Volt(s)face,  chorégraphie de Frank Michelletti

58388.HR Survoltée ! Créée au Théâtre Les Salins de Martigues, cette pièce de soixante-dix minutes qui porte bien son nom, est née de la rencontre entre les danseurs de  Kubilai Kahn investigations et le groupe post-rock MUGSTAR, basé à Liverpool. Le batteur et les trois guitaristes occupent un bon tiers du plateau, pour plus de proximité avec les sept danseurs. Comme émergeant de la batterie, un duo féminin danse en miroir, avant de s’égayer dans l’espace. Rejointes par le reste de la troupe… L’orchestre impulse un tempo d’enfer. L’écriture chorégraphique et la partition musicale partagent une plongée dans un bain de vitesse, jusqu’à l’affolement des interprètes, électrons libres dans un monde débridé.

 Répondant à Henri Michaux : «Pourquoi je joue du tam-tam ? Pour forcer vos barrages», le chorégraphe veut « croiser les forces statiques avec les forces dynamiques dans l’entrelacs social éminemment complexe des êtres et des choses ensemble. » et quitter « le quadrillage ». Le composite caractérise cette pièce qui alterne tension dynamique de mouvements collectifs bien réglés, déphasage aléatoiredu groupe, et moments de répit et d’intimité avec solos et duos où s’exprime la personnalité des danseurs. La musique parfois se tait pour laisser à la danse sa propre respiration,  et du répit aux spectateurs pour apprécier le talent des interprètes

« Accélération, compression, dispersion, condensation, évaporation, le monde nous traverse et nous regarde », résume Frank Micheletti. Ce lexique irrégulier provoque un petit vertige chez les spectateurs certains adhèrent, d’autres décrochent…

 Mireille Davidovici

June Events du 2 au 22 juin, Ateliers de Paris, Cartoucherie de Vincennes, route du Champ de Manœuvre.  T. : 01 41 74 17 07

 

 

Le Songe, chorégraphie et mise en scène de Jean-Christophe Maillot

 

Le Songe, d’après le Songe d’une nuit d’été de William Shakespeare, chorégraphie et mise en scène de Jean-Christophe Maillot

©Aice Blangero.

©Aice Blangero.

«Que tous les esprits et toutes les fées/Sautent d’un pied léger, comme l’oiseau sur la branche/Répétez ce couplet par cœur: Chantez et dansez rapidement à sa mesure», intime Obéron à la fin du Songe d’une nuit d’été  de William Shakespeare.  Le chorégraphe, qui avait lui-même dansé ce ballet dans la pièce de John Neumeier, a pris le texte au pied de la lettre.

Trois univers se côtoient associés à trois compositeurs différents. Les fées, les lutins et les elfes  se déploient, sensuels, dans les  magnifiques costumes de Philippe Guillotel, sur la musique de Daniel Teruggi. Apparaissent bientôt  Obéron, Titania et Puck,  initiateurs de l’intrigue amoureuse qui vient déstabiliser les jeunes Athéniens, Hermia, Lysandre, Démétrius et Héléna. Ces quatre personnages, incarnés par les plus jeunes danseurs des Ballets de Monte-Carlo, la compagnie de Jean-Christophe Maillot, se cherchent, se perdent et se retrouvent sur la musique de Felix Mendelssohn. Difficile de les confondre : leurs prénoms sont inscrits sur leurs costumes… L’univers des artisans occupe ici une place différente: accompagné de la musique de Bertrand Maillot, chaque danseur bascule ici dans le burlesque.

Cette pièce de deux heures, où la pantomime domine le geste dansé, est réalisée dans une scénographie signée Ernest Pignon-Ernest. Un galet géant constitué en deux parties se met en mouvement selon les déplacements des artistes.  L’ensemble constitue une danse narrative légère que nous aurions aimé plus folle, à l’instar des derniers mots de la pièce: «Si nous légers fantômes, dit Puck, nous avons déplu, figurez-vous seulement (et tout sera réparé)/ Que vous avez fait ici un court sommeil/ Tandis que ces visions erraient autour de vous / Seigneurs, ne blâmez point ce faible et vain sujet/ Et ne le prenez que pour un songe … ».

Jean Couturier

Théâtre national de La Danse de Chaillot 1 place du Trocadéro Paris XVIème jusqu’au 15 juin.

 

June Events 2018

 

June Events 2018 :

BSRD de Katerina Andreou et Autoctonos d’Ayelen Parolin

Trente compagnies avec plus de cent artistes, quarante rendez-vous et seize créations dans une trentaine de lieux, annonce l’Atelier de Paris pour la douzième édition de ce festival. Ce lieu de création et de transmission, fondé par Carolyn Carlson en 1999, présente la danse dans tous ses états pendant vingt jours. Avec surtout des jeunes compagnies et, en avant-première, des maquettes de spectacles à venir. La soirée inaugurale était placée sous le signe du beat et de la ténacité physique,  avec un solo de  la grecque Katerina Andreou et un quatuor  chorégraphié par l’Argentine Ayelen Parolin. Ces deux artistes s’interrogent, chacune à sa manière, sur les frontières de l’ancrage social et de la liberté.

 BSRD chorégraphie et interprétation de Katerina Andreou

Lire «bastard» dans cette graphie sans voyelles utilisée sur les réseaux sociaux pour communiquer plus vite. Cette notion de bâtardise évoque, pour Katerina Andreou «l’impureté identitaire», le conflit chez elle entre: vouloir appartenir, et exercer sa liberté. Ce à quoi tendent ces quarante minutes de danse effrénée, contrainte par une musique « House » à un rythme impérieux. Le corps répond à ces nappes sonores ininterrompues martelées par des percussions répétitives. L’artiste tente parfois de descendre du praticable carré surélevé ou s’arrête, à bout de souffle, pour boire, ôter T-shirt sur  T-shirt, et se remettre du rouge à lèvres. Mais elle doit obéir à l’injonction : go ! du disque vinyle, pressé pour l’occasion. La platine posée dans un coin est le seul objet présent, et la danseuse réalise des sauts et frappe des talons sous une batterie de projecteurs éblouissant jusqu’à la salle.

Au-delà de la performance sportive, entre effort acharné et plaisir du mouvement, Katerina Andreou recherche une grammaire gestuelle : « J’ai un bagage de mouvements mais c’est très free style». (…) «Je plonge dedans et me contente de quelques rendez-vous pour des actions». Mais elle n’improvise pas : la pièce est structurée par des variations de rythme, de lumières, des pauses et des silences. Bastard  se déroule  dans un entre-deux: le public semble partagé entre adhésion et rejet de cette forme radicale assez agressive.

 Autoctnos ll chorégraphie d’Ayelen Parolin

Quatre danseurs en groupe compact se déplacent en tournant d’un pas identique, talons légèrement levés, glissent sur le tapis blanc et tournent inlassablement, les bras ballants.  Avec des gestes mécaniques soutenus par la musique percussive d’un piano droit arrangé, le petit troupeau humain reste soudé. Stabilité, ordre et uniformisation ; un point de départ pour cette pièce qui évolue vers un relâchement progressif de la cohésion et vers des gestes parfois intempestifs. Petit trouble dans la communauté grégaire! 

La compositrice Léa Petra, partie prenante de la chorégraphie, a bricolé son  piano de façon à laisser quelques touches libres et alterne ainsi sons métalliques et notes naturelles. Ses pieds se promènent de manière spectaculaire le long des cordes afin de les bloquer, pour altérer ou non les sonorités. Avec elle, on quitte l’atmosphère feutrée d’une danse épurée et le quatuor devient quintette de corps  explosifs…

La chorégraphe, née à Buenos Aires et travaillant en Belgique, renvoie, avec ce terme d’autochtones, à «l’appartenance non plus à un lieu mais à une époque… » Cette deuxième pièce, créée au festival Charleroi danse, demande aux interprètes rigueur et endurance physique et à force de tension, se dégage une énergie libératoire ou une violence guerrière. La question reste ouverte.

A suivre…

Mireille Davidovici

June Events Ateliers- de Paris, Cartoucherie de Vincennes. T. 01 41 74 17 07 jusqu’au 12 juin.

Bstrd le 23 novembre Next festival, Buda Kortrijk (Belgique) ; en décembre, BNMFest, Ballet de Marseille.

Autoctonos : les 28 et 29 juin, Theater Freiburg (Allemagne);  du 19 au 27 août, Fringe Festival Edimbourg (Royaume-Uni) ; le 11 octobre, Termes de Dioclétien Rome; 27 septembre, Cango Vigilio Sieni Florence  et du 21 au 24 novembre,  Théâtre de Liège (Belgique) 

 

False Colored Eyes chorégraphie de Chris Haring

False Colored Eyes chorégraphie de Chris Haring

 

(C)Jean Couturier

(C)Jean Couturier

Souvent utilisée avec excès dans le spectacle actuel, la vidéo accompagne ici de façon remarquable les deux danseurs et quatre danseuses de la compagnie Liquid Loft. Chacun filmant ses  partenaires. Les images projetées, mouvantes ou fixes, prennent alors des couleurs différentes suivant l’ordre établi par Cris Haring. Les voix en play-back extraites de bandes sonores de films des années soixante nous plongent dans ces années-là, rappelant Blow-up de Michelangelo Antonioni(1966), ou les Screen Tests d’Andy Warhol  (1964-1966).

 False Colored Eyes plonge le public dans un érotisme chic, teinté d’un peu de machisme, que ne renieraient pas Richard Avedon ou Jean-Loup Sieff. Les danseurs, très impliqués dans le processus de création en direct, ont tous une remarquables précision des gestes et positions imaginés par le chorégraphe. L’image-vidéo a un tel pouvoir d’attraction que l’on oublierait presque de regarder la performance dansée.

 «Dans False Colored Eyes, explique Chris Haring, deux caméras en direct  agrandissent certaines perspectives particulières, visibles des artistes mais habituellement cachées au public. Ces caméras dansent avec les artistes». La mise en abyme des images projetées transforme ainsi le public en voyeur.  Et on vit pendant une heure dans l’intimité des danseurs, au plus près des liens de leurs corps, et certaines scènes sont dérangeantes, car la vue du corps réel dérange toujours. Nous préférons aujourd’hui peut-être le virtuel au réel. Ce que dénonce sans doute ici le chorégraphe qui, peu à peu, fait de nous, ses complices…

Jean Couturier

Théâtre National de la Danse de Chaillot, 1 Place du Trocadéro, Paris XVI ème, jusqu’au 5 mai.             

Chaillot une mémoire de la danse (1878- 2018), exposition à la Bibliothèque nationale de France

Chaillot, une mémoire de la danse (1878- 2018), exposition à la Bibliothèque Nationale de France

(C)jean Couturier

(C)jean Couturier

Seize grands panneaux avec documents et photos, répartis sur  les cent quatre-vingt dix mètres  dans l’allée Julien Cain, permettent aux visiteurs de découvrir, l’histoire de la danse au théâtre du Palais de Chaillot sur une période de plus d’un siècle, et par ordre chronologique. Ces panneaux, complétés par des bornes audiovisuelles, témoignent de la vivacité de cet art dans une institution devenue, en juin 2016, sous la direction de Didier Deschamps, le Théâtre National de la Danse. Cette histoire inédite a été en grande partie gommée par a place du théâtre dans ce lieu dirigé successivement par Firmin Gémier, Jean Vilar, Georges Wilson, André Périnetti, Antoine Vitez, Jérôme Savary, puis Dominique Hervieu, Ariel Goldenberg qui, tous, programmeront des spectacles de danse et et actuellement Didier Deschamps.

Après le passage d’Isadora Duncan dont les figures dansées avaient été dessinées par Antoine Bourdelle,  Chaillot accueille, en 1921, le Ballet impérial de Russie-à distinguer des Ballets russes de Serge Diaghilev. Par la suite, les Ballets russes de Monte-Carlo de Leonid Massine, héritier du maître Diaghilev, vont aussi danser à Chaillot, tout comme Serge Lifar pour un gala en 1942.

Le flamenco a toujours été à l’honneur ici, avec une première découverte, en 1932 : la danseuse Argentina. En 1951, Jean Vilar crée le T.N.P., et parallèlement à des pièces de théâtre, programme aussi de la danse avec des troupes traditionnelles indonésiennes ou polonaises, et un festival populaire de ballets lancé avec la collaboration de Roland Petit. Ce chorégraphe confie la création de costumes au jeune Yves Saint-Laurent, et marque l’histoire de ce lieu.

Un autre grand nom de la danse, Maurice Béjart s’y produisit pendant plus de trente ans, avec, entre autres, Le Sacre du Printemps en 1961 et Messe pour le temps présent sur la musique de Pierre Henry 1967. Janine Solane sera aussi plusieurs fois à l’affiche. Sous la direction de Jérôme Savary, la danse s’exprime  aussi avec Catherine Diverrès ou Joseph Russillo. Après les Nuits dansantes du T.N.P., le Bal moderne imaginé par Michel Reilhac en 1993, invite aussi les spectateurs à danser. L’arrivée de Dominique Hervieu et de José Montalvo orientera encore plus le Théâtre National de Chaillot vers l’art chorégraphique et il recevra les danseurs de Carolyn Carlson, Francoise et Dominique Dupuy, Béatrice Massin, Jean-Claude Galotta, Philippe Decouflé, Angelin Preljocaj, Saburo Teshigawara… dans la salle Jean Vilar et depuis un an dans la salle Gémier remarquablement rénovée. La déambulation des visiteurs découvrant cette mémoire de la danse, dans le long couloir bordé d’arbres de la BNF, pourrait donner l’idée à un artiste d’une performance chorégraphique future.

Jean Couturier

Bibliothèque Nationale de France, François Mitterrand, Allée Julien Cain, jusqu’au 26 août.

 

Les Ballets de Monte-Carlo: Abstract/Life, musique de Bruno Mantovani

 

Les Ballets de Monte-Carlo: Abstract/Life, musique de Bruno Mantovani

©©Alice Blangero

©©Alice Blangero

Jean-Christophe Maillot, directeur des Ballets de Monte-Carlo, n’en finit pas d’étonner! Et , sa récente création présentée au Forum Grimaldi, ne ressemble à aucune de ses pièces précédentes. On connaît, à travers l’ensemble de ses ballets, le rapport étroit qu’il entretient avec la musique : elle l’inspire, et la musicalité qu’il demande à ses interprètes, participe de cette exigence.

 Mais avec Abstract/Life, le chorégraphe prend ses distances avec «l’objet musical» et le Concerto pour violoncelle et orchestre que Bruno Mantovani a composé pour lui, ne « mène pas la danse ». D’ordinaire, il compose ses pas en se laissant guider par la musique, mais cette fois il a procédé autrement et s’en explique: «Je me suis assis face aux danseurs, avec cette musique qui nous enveloppait. Plutôt que de me lever et improviser des pas avec eux, j’ai puisé dans ma banque de mouvements. Je me suis livré à un travail minutieux d’écriture chorégraphique à partir d’un vocabulaire élaboré en plus de trente ans.» (…) «J’ai trouvé plus intéressant de prendre le matériau gestuel créé avec mon jeune corps de vingt, trente ou quarante ans, plutôt qu’avec celui d’aujourd’hui, plus âgé et moins performant.»

En s’affranchissant de l’impératif sonore, Jean-Christophe Maillot a donc créé une chorégraphie qui n’est plus directement issue de la musique. Toutefois, si l’invention des pas s’en émancipe, il ne cesse pourtant de dialoguer avec le concerto de Bruno Mantovani, de l’interroger, de l’exalter même, mais de façon plus libre. Au titre initial donné par le compositeur, Abstract,  il a ajouté Life comme pour marquer ce que la musique, même la plus abstraite, peut générer d’images et de sensations. Et, au-delà d’une chorégraphie approfondie, ce spectacle frappe par la puissance des images aussitôt le rideau levé…

Plusieurs fois, dans une pénombre qu’un subtil travail de lumière vient trouer, en créant des points lumineux semblables à des lucioles, on devine une longue chaîne de danseurs dont le mouvement se transmet d’un corps à l’autre dans un effet de dominos. Scènes de groupe, solos et duos occupent l’espace et il faudrait plusieurs paires d’yeux pour saisir les détails de la très riche gestuelle, particulièrement dans le trio final.

En première partie de la soirée, le Violin Concerto d’Igor Stravinsky que George Balanchine , après l’avoir chorégraphié une première fois en 1941, avait recréé en 1972 pour le New York City Ballet, marque le retour du grand chorégraphe dans la production des Ballets de Monte Carlo. En effet, la troupe avait beaucoup dansé Balanchine avant de se tourner ces dix dernières années plus volontiers vers les chorégraphes contemporains. Leurs étoiles autant que le corps de ballet étaient alors réputés pour en etre d’excellents interprètes. Il suffit de se souvenir de Bernice Coppieters ou de Paola Cantalupo justement dans le deuxième pas de deux du Violin Concerto. Mais aujourd’hui, avec l’arrivée de nombreux danseurs solidement formés à la technique classique, la compagnie est à nouveau capable de se jouer des difficultés propres au style balanchinien.

 On se souvient de Bernice Coppieters ou de Paola Cantalupo, justement dans le deuxième pas de deux du Violin Concerto. Mais aujourd’hui, avec l’arrivée de nombreux danseurs solidement formés à la technique classique, la compagnie est à nouveau capable de se jouer des difficultés propres au style balanchinien. Parmi eux, Ekaterina Petina, aux côtés de Matèj Urban, a magnifié la musique d’Igor Stravinsky, par l’intense poésie de ses mouvements et le naturel de son interprétation.

La soirée ne manquait pas de saveur, avec ce parallèle entre une œuvre du répertoire néo-classique, intensément musicale, et une création contemporaine volontairement détachée de l’emprise de la musique!

Sonia Schoonejans

Spectacle vu au Forum Grimaldi, Monte-Carlo, le 26 avril.

 

Tajwal (Déambulation) d’Alexandre Paulikevitch

Le Printemps de la danse arabe: Soirée inaugurale

Tajwal (Déambulation) d’Alexandre Paulikevitch

Tajwal ∏ Caroline Tabet 3Un nouveau festival de danse s’ouvre à Paris, à l’initiative de l’Institut du Monde Arabe et en partenariat avec Chaillot-Théâtre national de la Danse, l’Atelier de Paris, le festival June Events, le Centre national de la danse, et le Cent-Quatre: « L’enjeu: organiser des tables rondes sur le thème du corps comme forme d’expression artistique et citoyenne, et programmer ensemble spectacles de danse et résidences, et films avec des corps dansants.»

Pour l’inauguration de ce festival, nous sommes invités à voir d’abord un film, suivi d’un surprenant solo de baladi (danse orientale).  Une soirée toute en contraste. En noir et blanc, mis bout à bout, ces extraits de comédies musicales égyptiennes d’autrefois nous montrent des danseuses orientales, dont la célèbre Samiaa Gamal. Une jeune fille se déhanche au son de quelques tambourins, dans un souk ou sous une tente de nomades, et une femme fatale chante accompagnée d’un orchestre, dans des bars ou restaurants à l’occidentale. D’une grâce serpentine, le ventre d’une incroyable mobilité, les bras souples comme des lianes, avec des costumes aux tissus clinquants, ces danseuses symbolisent tous les charmes de l’Arabie, comme autant de Schéhérazade.

Après vingt minutes, se profile dans la pénombre, un homme au corps sculptural qui va revêtir les atours d’une danseuse de baladi et se lancer dans un étonnant solo. Torse nu, jambes enrobées de voiles rouges tourbillonnants, il imprime à tous ses muscles des mouvements sinueux. Des percussions agressives soulignent la virilité de sa danse. Des coulisses, fusent alors des insultes homophobes dont, à en croire les surtitres, les Arabes, comme nous autres, disposent d’un bel arsenal…

Icône du baladi, qu’il se refuse à nommer: danse du ventre, Alexandre Paulikevitch est le seul homme à s’y adonner dans son pays, le Liban, et au Proche-Orient. Sans aucune intention parodique, il renverse le cliché de la féminité pour revendiquer sa différence : «Tajwal, dit-il,  exprime le paradoxe permanent de ma vie beyrouthine. Je suis sans arrêt sollicité verbalement : tantôt dragué, tantôt insulté. Violences que mon corps peut générer dans la ville,  autant que les violences de la ville exercée sur moi. A partir du rapport corps/ville, je récapitule ces instants pour mettre en mouvement l’incroyable force d’adaptation et de résistance, la résilience du citoyen libanais. » Et pour aller au bout de son discours, Alexandre Paulikevitch qui a aussi créé sa chorégraphie, emprisonne progressivement ses membres dans une sorte de camisole, et continue à danser malgré ces entraves : d’abord avec un bras, puis avec ses seules épaules, avec le  torse et l’abdomen, dans une étonnant mouvement serpentin à la verticale…  

Alors qu’une puissance incontestable se dégage de la première partie, où tout est dit, la pièce devient ensuite anecdotique, et questionne l’histoire du « genre ». L’artiste joue des contrastes :  danse par excellence féminine dans un corps masculin ; jubilation et exubérance à bouger, voire à s’exhiber, puis peur et angoisse dans une société hostile à la différence. Il exprime physiquement ces différents états et sensations, sur la musique de Jawad Nawfal, où alternent percussions vives, grincements sinistres, lignes mélodiques… Replacée dans son contexte libanais, cette pièce prend cependant tout son sens : cette performance, en prise avec l’actualité, est  une sorte de manifeste pour la liberté. Avec cette soirée, les clichés sur la danse arabe volent en éclat, et on peut dire que ça commence fort.

Mireille Davidovici

Le Printemps de la danse arabe du 18 avril au 30 juin.
 
Institut du Monde Arabe, Chaillot-Théâtre National de la danse, Atelier de Paris, Festival June Events,  Centre national de la danse et Cent-Quatre-Paris.

Institut du Monde Arabe 1, rue des Fossés-Saint-Bernard, Place Mohammed V, Paris Vème
T. : 01 40 51 38 38

Spectacle de l’Ecole de l’Opéra de Paris

Spectacle de l’École de l’Opéra de Paris

la-petite-danseuse-de-degas-dvd-livreUn rituel immuable : une fois par an au Palais Garnier,  on peut découvrir les futurs membres du corps de ballet. Louis XIV qui avait besoin de jeunes recrues pour ses ballets, va créer en 1661 l’Académie royale de danse. Deux siècles plus tard, sous les combles de l’Opéra, vingt-trois élèves apprennent les pas classiques sous les combles de l’édifice, d’où leur nom : petits rats.

En 1981, Claude Bessy, alors directrice  parlait ainsi des représentations de l’École: «Les élèves sont des privilégiés, par rapport à ceux d’autres écoles dans le monde. Le danger: qu’ils ne soient pas armés pour la lutte dans leur carrière. Alors, on les pousse à affronter des compétitions internationales. On les oblige à sortir de leur cocon, à se comparer aux autres. C’est la raison du spectacle de fin d’année avec de vrais ballets. Cela leur donne au moins une fois par an, la possibilité d’être en contact avec la scène et le public et c’est un stimulant». L’École qui a déménagé à Nanterre, il y a trente ans, est dirigée aujourd’hui par Elisabeth Platel.

En première partie, Suites de Danses sur une musique de Frédéric Chopin, chorégraphie d’Ivan Clustine réglée par Pierre Lacotte, permet aux élèves de développer arabesques, attitudes, échappés sur pointes et autres figures classiques. En tutu pour les filles et collant blanc pour les garçons. La troisième partie Spring and Fall de John Neumeier sur une musique d’Anton Dvořák jouée par l’orchestre de l’Opéra de Paris, entre au répertoire de l’école, comme la nouvelle deuxième partie, Un Ballo, interprété par Maïlène Katoch, Raphaël Duval, Lucie Devignes, Daniel Lozano Martin , Luna Peigné, Guillaume Diop, Maya Candeloro, Anicet Marandel, Inès McIntosh  et Enzo Cardix .sur une musique de Maurice Ravel,

Cette pièce de Jiří Kylián de douze minutes est d’une grande beauté plastique : sous des dizaines de bougies, cinq couples de jeunes danseurs-les plus âgés de l’Ecole-créent des figures homogènes et précises d’une grande sensualité. Ce tableau pourrait être dansé par le corps de ballet actuel, sans que l’on note de vraies différences techniques ou artistiques: un beau travail plein de promesses.

Jean Couturier

Opéra de Paris, Palais Garnier, Paris VIII ème, les 15, 17 et 18 avril.

 

 

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