Giselle par le Yacobson Ballet de Saint-Pétersbourg

©Jean Couturier

©Jean Couturier

Giselle par le Yacobson Ballet de Saint-Pétersbourg

Fondée par Leonid Yacobson en 1969, première compagnie indépendante de Russie, non attachée à un Opéra et basée de Saint-Pétersbourg, elle entame, avec soixante de ses membres, une longue tournée française.

 Avec Giselle nous retrouvons avec plaisir les pas de la danse classique interprétés avec rigueur : entrechats, cabrioles, pirouettes, jetés, pas de bourrée. Pour le plus grand bonheur du public qui n’a pas souvent l’occasion de voir ce chef-d’œuvre du ballet romantique, dansé,  autrefois par des couples mythiques : Serge Lifar et Yvette Chauviré, Rudolf Noureev et Margot Fonteyn. Ici, Elena Chernova et Stephan Demin relèvent pleinement le défi dans ces rôles difficiles.

La chorégraphie de Jean Coralli, Jules Perrot et Marius Petipa, dont on célèbre cette année le deux centième anniversaire, est restée inchangée depuis la création. Théophile Gautier a imaginé un livret en deux parties très contrastées. Giselle, une jeune villageoise, s’éprend du prince Albrecht, lui-même déjà fiancé à une princesse. Elle sombre alors dans la folie et en meurt.

Ensuite, nous pénétrons dans l’univers surréaliste des Willis, dont Giselle fait maintenant partie. Ces esprits des jeunes filles trahies sont représentés par des danseuses en tutu avec de petites ailes dans le dos. La reine des Willis condamne le prince à danser jusqu’à la mort, mais l’esprit de Giselle apparaît et le sauvera.

Le directeur artistique, Andrian Fadeev, diplômé de l’Académie Vaganova et ancien danseur du théâtre Mariinsky, reste toujours en coulisses avec les maîtres de ballet, pour guider les quarante danseurs… Le corps de ballet, tout comme les solistes, s’implique avec force et grâce, ici les gestes sont fluides et précis. Pendant cette tournée exténuante, les interprètes dansent en alternance. Les décors de toiles peintes et les costumes de Viacheslav Okunev reproduisent les images classiques imaginées par le scénographe Alexandre Benois en 1910.

«C’est hier soir que Giselle est née, et sa naissance a été accompagnée de circonstances qui lui promettent longue vie», écrivait Adolphe Adam, créateur de la musique, au lendemain de la première, le 28 juin 1841, à l’Opéra Le Peletier à Paris IXème, où l’étoile italienne Carlotta Grisi dansait Giselle. Il ne s’était pas trompé !

Une  belle soirée, mais n’hésitez pas à aller découvrir les autres pièces du répertoire de cette compagnie de danse exceptionnelle.

 

Jean Couturier

Spectacle vu au Théâtre André Malraux de Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine) le 16 février.

www.ltddanse.com


Archives pour la catégorie Danse

Finding now, chorégraphie d’Andrew Skeels

 

Finding now,  chorégraphie d’Andrew Skeels

_101Finding.Now-A.Skeels-Dan.AucanteClôturant le festival Suresnes Cités-Danse, la pièce a  pour cette dernière représentation, a connu une ovation debout bien méritée. Le chorégraphe, bientôt en résidence aux Grands Ballets Canadiens, est un fervent partisan du mélange des styles de danse. «Pour ce projet, je me suis entouré de cinq artistes charismatiques et passionnés, désireux de faire exister et partager leur singularité et leur technique (house, pop-ping, break, contemporain…).»

Andrew Skeels a choisi ici la solennité de la musique classique avec des extraits  d’œuvres de Georg-Friedrich Haendel, Antonio Vivaldi, Henry Purcell, etc, pour accompagner les mouvements,  d’une grâce exceptionnelle, de ses trois danseurs et deux danseuses qui se croisent, se touchent, formant parfois des figures ressemblant des statues religieuses. Avec des portés des corps et glissés au sol impressionnants de justesse et de beauté. Parfois, les mains ou les corps servent de réceptacle dans un passage tout en douceur,  pour d’autres danseurs.

Fluidité des mouvements et unité entre les interprètes constituent un ensemble harmonieux, magnifié par ces musiques d’un autre temps. «Je souhaite, dit Andrew Skeels, parler de la façon dont la danse permet de traiter le passé, et influencer son point de vue sur l’avenir». L’animalité des corps soulignée par de courts gestes saccadés, contraste avec la tendresse de certaines figures. Les costumes clairs de Xavier Ronze et les lumières rasantes d’Alain Paradis complètent une chorégraphie envoûtante. Cette commande du théâtre de Suresnes a demandé quatre mois de répétition qui auront permis aux jeunes danseurs : Mellina Boubetra, Hugo Ciona, Noémie Ettlin, Tom Guichard et Nicolas Grosclaude de former un groupe uni et cohérent. On reverra bientôt sans aucun doute cette pièce d’une heure sur d’autres scènes.

« La danse, écrivait le compositeur André Jolivet (1905-1974), est pour moi un élément d’inspiration, dans la limite où elle m’apporte un ensemble de possibilités rythmiques pouvant former l’une des bases d’une partition, et la nécessité d’un épanchement lyrique, celui-ci pouvant naître de la Danse, tout comme il la fait naître». Dans Finding now, la danse contemporaine naît de partitions classiques et reste en parfaite communion avec elle.

 Jean Couturier

Le spectacle a été dansé au Théâtre de Suresnes-Jean Vilar, 16 place Stalingrad, Suresnes (Hauts-de-Seine) du 9 au 11 février. Suresnes-cites-danse.com

Et in Arcadia ego,musique de Jean-Philippe Rameau, livret d’Eric Reinhart, mise en scène de Phia Ménard

©-Pierre Grosbois.

©-Pierre Grosbois.

 

Et in Arcadia ego, création lyrique et chorégraphique, musiques de Jean-Philippe Rameau, direction de Christophe Rousset, livret d’Eric Reinhart, mise en scène de Phia Ménard

À partir d’un montage des plus belles pièces vocales et chorales du compositeur, la metteuse en scène Phia Ménard nous emmène dans un conte surréaliste, et bouscule les traditions de l’Opéra-Comique dont le bâtiment vient de faire peau neuve. La mezzo-soprano Lea Desandre, chante en solo, accompagnée de l’ensemble baroque des Talens Lyriques, dirigé par Christophe Rousset, et des chœurs de chambre Les Eléments.

Et in Arcadia ego (Moi aussi, j’ai vécu en Arcadie) : une épitaphe en latin sur un tombeau représenté dans deux tableaux de Nicolas Poussin dont une des versions (1628-1630) se trouve en Angleterre. L’autre Les Bergers d’Arcadie (1637-1638) est au Louvre. Ces bergers découvrent le tombeau d’un homme ayant vécu il y a bien des siècles en Arcadie, région de Grèce au centre du Péloponnèse, montagneuse surtout au Nord et baignée à l’Est par la mer Égée, et  réputée être un pays paradisiaque …

Une fois les extraits de partitions de Jean-Philippe Rameau choisis par Christophe Rousset, le chef d’orchestre, Eric Reinhart a écrit pour la soliste et les chœurs, un nouveau livret dont le texte est projeté, en prologue et pendant les entractes, sur le rideau de scène. Trois tableaux : l’enfance, l’âge adulte et la vieillesse de Marguerite. L’héroïne imaginée par le librettiste, retrace son existence, au jour de sa mort, le 8 février 2.088: «Je suis une vieille dame, j’ai quatre-vingt-quinze ans. Pourtant, si vous pouviez jeter un œil à l’intérieur, là, dans ma tête, mon cœur, mes rêves, vous verriez, j’ai toujours vingt-trois ans. Tout vient tout juste de commencer.»

La simple lecture du texte provoque une émotion comme cette mise en scène inventive. L’enfance s’ouvre sur un monde glacé et le froid envahit la salle; un très grand nounours, façon  Pokemon, trône au milieu du plateau, entouré de lys géants qui tombent des cintres. Comme le réchauffement climatique de la planète, la chaleur humaine va faner ces fleurs, et s’affaisser le corps du nounours. Phia Ménard, une adepte de la transformation, nous surprend surtout avec cette ouverture, comme avec le final: un immense linceul en polyane noir, gonfle lentement jusqu’à couvrir la totalité du plateau. La mort étend son empire… La metteuse en scène a voulu travailler ce matériau pour créer des contraintes et  une surprise. 

Cette scénographie innovante a gêné quelques spectateurs, partisans d’une lecture plus classique de cette œuvre et qui n’ont pas goûté pas la liberté que Phia Ménard prenait avec l’œuvre du célèbre compositeur… puisque ce n’est plus le même texte. Mais pour elle, «le théâtre est le dernier endroit de liberté de cette société».

Lea Desandre incarne avec conviction cette Marguerite, en parfaite harmonie avec le chœur et l’orchestre. Il faut remercier Olivier Mantei, directeur de l’Opéra-Comique, de nous avoir offert cette découverte… iconoclaste. Le librettiste semble en effet avoir pris au pied de la lettre une  phrase rapportée du célèbre compositeur: «Il suffit que l’on entende ma musique, les paroles ne sont rien dans un opéra».

Jean Couturier

Opéra-Comique, Place Boieldieu, Paris IIème, jusqu’au 11 février. www.opera-comique.com 

Carmen(s) chorégraphie de José Montalvo

 

Carmen(s) chorégraphie de José Montalvo.

 

©Patrick Berger

©Patrick Berger

Créer un spectacle à partir du célèbre opéra de Georges Bizet, créé en 1875 à l’Opéra-Comique à Paris, reste un défi. Comment être original ? Ici José Montalvo multiplie les Carmen,  incarnées par des danseuses au style différent. Nous retrouvons son écriture chorégraphique qui, comme dans Y Olé, (voir Le Théâtre du blog), se caractérise par la confrontation de plusieurs types de danse. Les hommes viennent du hip-hop ou de la break danse, et les femmes selon leur origine : coréenne, japonaise, espagnole, etc. ont d’autres techniques. Le thème principal: la liberté pour  elles de vivre leur vie et leur sexualité à leur guise.

 Le spectacle s’ouvre sur une très belle scène où chaque danseuse, en un lent rituel, se déshabille puis vient se camper face public, en culotte et soutien-gorge rouges. Une manière d’affirmer sa liberté. Les tableaux successifs sont relayés  par des images vidéo en fond de scène, ce qui n’apporte rien de neuf à l’œuvre…Et pourquoi projeter en gros plan leurs images quand elles expriment leur avis sur Carmen ?  Comme si leur parole ne suffisait pas… «Carmen, c’est la liberté de faire ce que tu veux. Carmen, c’est écouter son instinct».

Cet hymne à la liberté imaginé par José Montalvo qui, dans ses spectacles, développe la mixité des expressions artistiques, est servi ici avec énergie par de remarquables danseurs. En particulier, les deux interprètes coréennes, qu’il avait remarquées au Théâtre national  de Séoul et distribuées dans un précédent spectacle, se meuvent avec une grâce particulière, et les garçons, issus du hip-hop, surprennent par leur aisance. «Carmen, dit José Montalvo, me permet de relancer, d’approfondir et de porter plus loin ma réflexion sur les métissages esthétiques, le voyage des imaginaires, qui constituent mon écriture chorégraphique.»

La musique de Georges Bizet contribue au bel équilibre de ce spectacle d’une heure vingt qui apporte un rayon de soleil dans le sombre hiver parisien. Mais on aurait aimé que José Montalvo, nommé l’an passé directeur de la maison des Arts de Créteil, mette dans cette création un peu plus de folie et prenne un peu plus de risques…

Jean Couturier   

Théâtre National de la danse de Chaillot, 1 Place du Trocadéro, Paris XVIème, jusqu’au 23 février.      

 

    

Soirée française Serge Lifar et Roland Petit, par le ballet et l’orchestre de l’Opéra de Rome

Soirée française Serge Lifar et Roland Petit, par le ballet et l’orchestre de l’Opéra de Rome

©Jean Couturier

©Jean Couturier

Eleonora Abbagnato, directrice du ballet de l’Opéra de Rome redonne vie à ces pièces historiques  Suite en blanc, créée en 1943 sous l’Occupation allemande par Serge Lifar, alors directeur de la danse à l’Opéra de Paris, se compose de solos, duos, trios, scènes d’ensemble de la chorégraphie classique par des interprètes en tutu ou en collant blancs. La musique d’Edouard Lalo accompagne les différents tableaux, très bien dansés, malgré leur difficulté technique, par les jeunes danseurs de la troupe et par Eleonora Abbagnato, sous le regard attentif de Claude Bessy, ancienne directrice de l’école  à l’Opéra de Paris et ici, maîtresse de ballet.

 Serge Lifar confia au jeune Roland Petit le rôle-titre dans L’Amour Sorcier. Quelque temps après, il quitte l’Opéra et, au lendemain de la Libération, soutenu par Jean Cocteau, Boris Kochno et Christian Bérard, il crée les Ballets des Champs-Elysées. En 1945, il signe sa première chorégraphie : Les Forains, musique d’Henri Sauguet, décors et costumes de Christian Bérard. Souvent qualifié d’artiste plus proche du théâtre que du ballet, et esprit novateur, il présentera au public marseillais en 1972, Pink Floyd ballet, sur une musique jouée en direct par le fameux groupe rock qui commençait à être mondialement connu, les Pink Floyd, à qui en ce moment, une exposition  après Londres et Milan, rend hommage à Rome. *

Cette pièce, reprise ici sur une musique enregistrée et avec Luigi Bonino comme maître de ballet, révèle toute la sensualité provocatrice de Roland Petit. Rayons de lumière laser et fumigènes enveloppent les quarante-cinq danseurs, tout de blanc vêtus. Très jeunes et appliqués mais… peut-être pas assez fous. Une reprise remarquable de cette chorégraphie qui mériterait d’être découverte par un large public au-delà de l’Italie… Et qui témoigne du talent de Roland Petit, malgré ce qu’en a dit Serge Lifar dans Ma vie (1965) qu’il écrivit pour se défendre des accusations de collaboration avec  les Allemands : «Quelques jours se sont à peine écoulés, quand j’apprends que Roland Petit, alors à peine petit sujet dans la troupe de l’Opéra, et qui fut mon élève et mon protégé, réclame ma place de maître de ballet. (…) Mais j’appris que, cette fois, Jacques Rouché, (alors directeur de l’Opéra depuis trente ans et jusqu’en 1945) n’avait pas faibli et que, répondant au désir du corps de ballet, il avait envoyé promener l’impétrant, en lui jetant : “Mon petit, cette place n’est pas pour vous vous. Il faut d’abord gagner la gloire de Lifar. Employez-vous y donc“.  

Roland Petit comprit la leçon, et sa carrière dépassa peut-être celle du maître. Et c’est un vrai bonheur de voir ces représentants du patrimoine culturel français associés, devant un public d’abord curieux, puis conquis.

Jean Couturier

Opéra de Rome, les 28 et 30 janvier, 1er, 2 et 3 février. Operaroma.it  
Exposition Pink Floyd, 138 via Nizza, 00198 Rome

 

Play Bach, Loom, Eddies, chorégraphie d’Yuval Pick

Play Bach, Loom et Eddies, chorégraphies d’Yuval Pick

 

event_playbach-loom-eddies-de-yuval-pick_870668Ces trois courtes pièces présentées au festival Faits d’Hiver, dans l’ordre chronologique de leur création, sont autant de jalons dans le parcours de l’artiste israélien ; ils  nous révèlent comment s’est construit son style si particulier, issu de la Batsheva Dance Company. Style que nous avions particulièrement apprécié lors de sa dernière création Acta est fabula (voir Le Théâtre du blog).

 Dans Play Bach, Thibault Desaules, Adrien Martins et Madoka Kobayashi composent une série de duos vifs et précis, sous le regard du ou de la troisième resté(e) en touche. Ils évoluent dans la symétrie d’un carré blanc cerné d’une bande noire, en diagonales ou en carrés, et leur gestuelle sinueuse contraste avec leurs trajectoires en ligne droite.  Sur des extraits de musiques de Jean-Sébastien Bach, ils changent de partenaire à chaque morceau : « La musique de Bach, dit Yuval Pick, m’a permis de travailler sur l’horizontalité et le verticalité de l’espace. »

 Très différent, Loom met en présence Julie Charbonnier et Madoka Kobayashi, dans un duo haletant. Plantées au sol, elles oscillent l’une face à l’autre, comme en miroir, sans jamais entrer en contact, le corps soulevé par la puissance de leur souffle. Une chorégraphie organique de vingt-cinq minutes fondée sur l’interaction des interprètes. Quand l’une vient à faiblir et s’écroule, l’énergie de l’autre la remet sur pied. La musique de Nico Muhly se superpose , par intermittence, au bruit des respirations, constituant un univers sonore étrange.

 Eddies rassemble les deux hommes et les deux femmes dans une chorégraphie plus fluide que les précédentes. Ces danseurs exceptionnels évoluent en électrons libres mais on retrouve cette même tension entre les corps qui s’aimantent et se repoussent sans jamais se toucher. Comme si l’espace entre eux, tour à tour se dilatait et s’expandait. Le noir du plateau et des costumes définit un univers sans limites, où les corps se déploient et s’élancent de toute leur envergure. Ils se cherchent, se rapprochent et s’éloignent les uns des autres. Une musique pop, trouée de plages de silence, rythme cette choralité qui se brise et se reconstitue. Pour notre plus grand plaisir…

 Directeur du Centre Chorégraphique National de Rillieux-la-Pape, depuis 2011, Yuval Pick mène avec son équipe des ateliers de danse auprès des jeunes de cette banlieue périphérique lyonnaise difficile, et a constitué avec eux une troupe locale.

Ces trois pièces (un trio, un duo et un quatuor) constituent chacune à sa manière un hymne au souffle vital et au mouvement.

Mireille Davidovici

Théâtre de la Cité Internationale, boulevard Jourdan Paris XlVème  dans le Cadre du festival Faits d’Hiver les 29 et 30 janvier.

Le 6 mars, Lux à Valence (Drôme) ; les 10 et 11 mars, Osaka (Japon) ; le 17 mars CCNR Biennale Musique en scène de Rillieux-la-Pape (Rhône).
Le 13 avril, Espace Culturel Tabourot des Accords, Saint-Apollinaire (Côte-d’Or).
Le 16 mai, Maison pour la  Danse, Festival des Musiques, Marseille (Bouches-du -Rhône) ; le 18 mai, Espace Paul Eluard, Montbard (Côte-d’Or).
 Et le 8 juin, Centre Chorégraphique national de Tours, Festival Tours d’Horizons (Indre-et-Loire).

 Le festival Faits d’Hiver se poursuit jusqu’au 17 février dans dix théâtres partenaires à Paris et en Île-de-France. T. : 01 72 38 83 77.  www.faitsdhiver.com

 

 

Morphed, chorégraphie de Tero Saarinen, musique d’Esa-Pekka Salonen

©Jean Couturier

©Jean Couturier

 

Festival nordique de danse contemporaine au Théâtre National de la danse de Chaillot

Morphed, chorégraphie de Tero Saarinen, musique d’Esa-Pekka Salonen

Avec cinq compagnies venues d’Islande, Norvège, Suède, Danemark et Finlande, cette programmation sur quinze jours, rassemble petites formes et larges ensembles, créateurs repérés et jeunes pousses. Le Finlandais Tero Saarinen, est de retour ici avec une pièce axée sur la personnalité des danseurs. La Compagnie des hommes, titre d’une pièce du dramaturge anglais Edward Bond, pourrait servir de sous-titre à Morphed, une chorégraphie d’une heure.

La scénographie et les lumières de Mikki Kunttu sont d’une grande beauté, avec deux rangées de cordes tombant des cintres qui délimitent l’espace scénique. Le chorégraphe connaît-il ce mot fatal en France : corde, que personne ne doit jamais prononcer dans un théâtre, et remplacé par « guinde », « fil », « bout ». Corde évoque, dit-on, (les interprétations divergent) le sort des marins d’autrefois ayant échappé de justesse à la pendaison mais condamnés à travailler comme machinistes dans les cintres des théâtres: ils étaient seuls à ne pas avoir le vertige parce qu’habitués à monter très haut sur les mâts des bateaux. Cette tradition de reconversion des taulards s’est poursuivie encore il y a peu…

Les danseurs vont jouer régulièrement avec ces éléments du décor, s’en entourant ou en luttant contre eux. Sur une musique, très cinématographique, tour à tour douce et violente. Les huit interprètes, en formation compacte, commencent à dessiner avec des mouvements de rotation,  une sorte de beau kaléidoscope…un peu monotone. Puis ce groupe homogène va progressivement se dissocier, et chacun des danseurs va alors retirer sa veste à capuche, pour se lancer dans une belle danse libre. 

«Les huit danseurs et moi-même, dit le chorégraphe, avons tendu vers les limites de la puissance expressive du corps humain, et du mouvement libérateur.» Seul, ou par groupe de deux ou trois, ils expriment en effet leur personnalité en développant leur propre langage,  entre sauvagerie et sensualité. Les corps sont beaux, et les mouvements, plutôt simples, bien réalisés.  Avec un engagement total des artistes.

Que représente l’homme, aujourd’hui, après des siècles de domination sans limites, à une époque où nous regardons plutôt les hommes tomber? Un des thèmes essentiels  de cette pièce…

Jean Couturier

Théâtre National de la danse de Chaillot, 1 Place du Trocadéro, Paris XVIème, jusqu’au 20 janvier.

 

          

My Ladies Rock, chorégraphie de Jean-Claude Gallotta

 

My Ladies Rock, chorégraphie de Jean-Claude Gallotta,

(C) Jean Couturier

(C) Jean Couturier

Après My Rock en 2015 (voir Le Théâtre du Blog), le chorégraphe revient aux  musiques de sa jeunesse qui ont nourri ses créations. Moins nostalgique que dans la pièce précédente, où il apparaissait sur scène, Jean-Claude Gallotta évoque ici le versant féminin de l’histoire du rock et ressuscite les voix de celles, majoritairement américaines, qui «ont taillé leur chemin dans le roc», dans un univers «de mâles chargé de testostérone». «Le mouvement rock, dit-il, ne considérait pas les femmes, à la différence de la danse contemporaine née dans ce même pays et les mêmes années. (…) J’ai découvert des femmes extraordinaires,  plus nombreuses que je m’y attendais, des femmes puissantes et créatrices que le pouvoir masculin a mis sous le boisseau. »

A commencer, dans les années cinquante, par Wanda Jackson, «tigresse fiévreuse» et Brenda Lee (Little Miss Dynamite), qui, à quatorze ans et haute comme trois pommes, chanta à l’Olympia en 1959. Autres bombes: Janis Joplin (1943-1970), succombant à une overdose à vingt-sept ans ou Marianne Faithfull et son Sister Morphine (1969) composé par son amant d’alors haï par la suite, Mick Jagger. Dans les années soixante-dix, Betty Davis (née Mabry), après un bref mariage avec Miles Davis, fit sortir le rock de l’apartheid, sur les traces d’Aretha Franklin. On retrouve aussi des personnalités à la marge, comme Patti Smith avec Because the Night ou Laurie Anderson avec une belle chorégraphie sur Love among the Sailors. Sortent ainsi de l’oubli, Nico, chanteuse du Velvet Underground, ou la punk parisienne Lizzy Mercier-Descloux (1956-2004). Mais l’inoxydable Tina Turner officie encore aujourd’hui…

Treize voix, auxquelles se mêlent les commentaires off de Jean-Claude Gallotta, treize portraits en mouvement, chacun d’un style différent. My Rock privilégiait les duos, mais dans ce spectacle, il y a, dit-il, « toutes les déclinaisons du groupe avec des duos, trios, quatuors, quintettes, sextuors, septuors, octuors, nonnettes et dixtuors ».

Respectant une certaine chronologie, les séquences dansées sont introduites par une courte présentation en voix off, ou quelques écrits projetés en fond de scène. Des photos des rockeuses et de leurs pochettes de disque nous replongent dans l’ambiance de l’époque. Les costumes, très soignés, épousent la personnalité et le style des artistes. Dans une variation de rouges, noirs et blancs, et  à la fin avec un déploiement de jupes à paillettes multicolores portées par les onze interprètes, hommes et  femmes, du Groupe Emile Dubois.

Mais était-il besoin, pour rendre justice à ces artistes, que la culpabilité masculine s’exprime  par un texte parfois un peu racoleur. La danse y suffit amplement, puissante, sans afféterie, mais ciselée. Elle fait la part belle au féminin et célèbre sa beauté.

Artiste associé au Théâtre du Rond-Point, le chorégraphe résume sa démarche : « Rêver haut, sortir de soi, oser se faire un peu de mal, oser se faire beaucoup de bien. » Cette pièce généreuse qui marie la danse contemporaine et le rock ‘n’ roll, nous transmet l’énergie de ces années mythiques sans nostalgie, au présent de la scène, pour notre plus grand plaisir, comme en témoigne l’accueil chaleureux du public.

Mireille Davidovici

Théâtre du Rond-Point 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, 75008 Paris, jusqu’au 4 février.

Le 8 mars, Théâtre des Sablons, Neuilly-sur-Seine (92) ; le 9 mars, Théâtre Claude Debussy, Maisons-Alfort (Val d’Oise) ; 10 mars, Le Figuier, Argenteuil (95) ; le 14 mars, Opéra de Limoges (87) ;  le 7 avril, Théâtre en Dracénie, Draguignan (83). le 3 mai, Château Rouge, Annemasse (74) ; les 18 et 19 mai, Festival Art Rock, Saint-Brieuc (22) ; les 23 et 24 mai, La Comédie, Clermont-Ferrand (63) ; le 30 mai, Théâtre de Bastia (Corse). Le 1er juin, Théâtre de l’Olivier; Istres (Bouches-du-Rhône) et du  19 au 21 juin, Théâtre de Caen (14).

NaKaMa, chorégraphie de Saief Remmide

 

NaKaMa, chorégraphie de Saief Remmide

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© Alexandre Castaing

En japonais, le mot nakama désigne le fait d’être compagnon, d’appartenir à un groupe d’individus mus par une quête commune et qui s’entraident.  «Le collectif, dit le chorégraphe, est important mais il ne s’agissait pas d’exclure les individus du groupe». Saief Remmide, issu du hip hop, a tissé des liens depuis plusieurs années avec le collectif japonais Kinetic Art lors de nombreux voyages dans ce  pays et il  explore ici  les notions d’altérité au sein d’un groupe.

Émerge de l’ensemble, la personnalité des danseurs avec de longs solos, et avant avec une série de duos dont  celui des danseuses : Anne-Charlotte Couillaud déploie une gestuelle fluide acquise au Ballet de Moscou auprès d’Alexander Pepelyaev, puis avec Rachid Ouramdane;  Naoko Tozawa, lui, joue plutôt sur son extraordinaire souplesse. Le duo Saief Remmide/Bruce Chiefare est lui, plus convenu.

On retrouve la Japonaise dans un solo acrobatique où sa technique de breakdance se mue en arabesques gracieuses; elle parvient à gommer le côté athlétique de ses performances dans la troupe Kinetic Art, présente dans  de nombreux festivals en Europe.  Tout en retenue aussi, l’impeccable solo de Bruce Chiefare, issu également de la breakdance. Couronné aux championnats du monde à Londres en 2004, aujourd’hui membre de la compagnie Accrorap de Kader Attou, il joue de son corps en virtuose.


Saief Remmide et Amaury Réot avec qui il a débuté en dansant sur les parvis d’Annecy, se sont entourés d’excellents artistes venus d’univers différents. La composition musicale d’Alexandre Castaing vient compléter le travail vocal de Miléna Ubéba, et rythme les tableaux successifs de la pièce.

Avec NaKaMa, produit par la Scène nationale d’Annecy, le chorégraphe sort de son style performatif habituel, développé lors de « battles », pour aborder la danse hip-hop autrement. Il parvient à estomper, sans le supprimer, son aspect individualiste et compétitif pour aller vers un travail collectif où les corps s’harmonisent. Un début prometteur pour cette première pièce ambitieuse.

Mireille Davidovici

Spectacle vu à Bonlieu, Scène Nationale d’Annecy, le 13 janvier.  T. 04 50 33 44 11.

Les 8 et 9 février, Théâtre Jean Vilar, Bourgoin Jallieu (01) ; le 22 mars, Quai des Arts, Rumilly (74); le 6 avril L’Esplanade du lac, Divonne-les-bains (74) ; du 22 au 26 octobre Théâtre 2 Cusset (Allier) et le 6 novembre, Maison des arts, Thonon-les-Bains. Espace Malraux, Scène Nationale Chambé́ry (73)

Acta est fabula, chorégraphie d’Yuval Pick

 

Acta est fabula, chorégraphie d’Yuval Pick

©Jean couturier

©Jean couturier

Cette pièce d’une heure est défendue par cinq danseurs exceptionnels: Julie Charbonnier, Thibault Desaules, Madoka Kobayashi, Adrien Martins et Guillaume Zimmermann, à la gestuelle juste et précise et qui ont une parfaite maîtrise parfaite de leur corps. D’abord, l’un d’eux pousse un cri puis disparaît, et le silence s’installe. Chacun des interprètes nous entraîne peu à peu dans l’univers du chorégraphe. «La notion de collectif, dit-il, est la préoccupation principale de mon travail. Comment il se fabrique, comment chacun interagit avec lui, quel espace commun définit-il».

Sur le plateau blanc, les danseurs ont d’étonnants costumes de couleur verte, fushia, bleu électrique,  conçus par Ettore Lombardi et qui nous renvoient aux années quatre-vingt, tout comme la partition musicale composite. Des fragments de musique pop s’interrompent brutalement, et la danse se poursuit alors en silence. Le son créé par Max Bruckert et Olivier Renouf donne un certain esprit de nostalgie au spectacle, comme le souhaite Yuval Pick qui veut  «travailler avec des sons, des voix, des chansons, qui ont laissé une trace en nous, et qui nous rattachent à quelque chose de collectif». 

 Directeur du Centre Chorégraphique National de Rillieux-la-Pape depuis 2011, Yuval Pick, d’ origine israélienne, s’est formé à la  Batsheva Dance Company, et on  retrouve dans la gestuelle de ses danseurs, les  mouvements ondulants des épaules, des bras, et des mains qui caractérisent cette troupe. Plusieurs fois, les cinq  intreprètes s’avancent vers le bord de scène, et fixent du regard les spectateurs, comme les modèles d’un défilé de mode prenant  la pose pour les photographes. Un danseur prononce des paroles décousues, sans apparente signification comme : «primitif, proche, possible, odeur, …»

Ces artistes habités forment un groupe très cohérent et grâce aussi à leur forte présence, Acta est fabula est un spectacle atypique et surprenant. Ainsi Yuval Pick nous entraîne doucement dans une expérience chorégraphique inédite.

Jean Couturier

Théâtre National de la danse de Chaillot, 1 Place du Trocadéro, Paris XVIème jusqu’au 12 janvier.

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