Sous les fleurs de la forêt de cerisiers d’Ango Sakaguchi, mise en scène d’Hideki Noda

 Festival d’Automne à Paris: Japonismes 2018

Sous les Fleurs de la forêt de cerisiers, texte mise en scène d’Hideki Noda

10A9373B-6A82-451D-B47B-FDDB2BB17DF0Le metteur en scène japonais et directeur artistique du Tokyo Métropolitan Theatre, avait déjà présenté The Bee en 2014 et Egg , l’année suivante à Chaillot (voir Le Théâtre du Blog), deux spectacles sur la société contemporaine. Sous les fleurs de la forêt de cerisiers est plutôt une peinture fantastique, inspirée par l’ancien Japon. Une pièce fétiche qu’Hikedi Noda avait écrite à partir de deux courts textes d’Ango Sakaguchi (1906-1955) et qu’il a créée en 1989- il avait trente-trois ans- et qu’il reprendra en 1992, puis en 2001.

Il s’agit d’une guerre de succession au Japon au VII ème siècle. Avec, un peu à la façon d’un conte fantastique, une histoire des créatures non humaines qui vont rencontrer des humains. Une occasion pour Hideki Noda de proposer aussi ici une réflexion sur l’Etat, le pouvoir politique. «Chaque pays, considéré comme puissant aujourd’hui, ne s’est-il pas formé, dit-il, en annexant des territoires, au besoin en réécrivant l’Histoire». Et cette pièce, si on a bien compris, parle donc aussi de l’origine même de son pays.
Un puissant seigneur a convoqué trois artisans  pour choisir celui qui sera digne de sculpter la statue de Bouddha qui protégera ses filles : l’aînée Yonagahime (Princesse-Longue nuit) de toute beauté mais cruelle et Hayanehime (Princesse Sommeil-précoce), joyeuse et charmante… En chemin, deux maîtres-sculpteurs vont se faire tuer, l’un dans une bagarre  avec son disciple Mimia (L’Homme-Oreille) et l’autre par Manako (L’œil qui veut le voler). Ces criminels arrivent avec la fausse identité des sculpteurs. Il y a aussi Ôama,  un troisième artisan.

Mimia est attiré, même si il la hait, par Yonagahime. Il commence à sculpter la statue d’un démon. Quand il s’agit de choisir la statue de Bouddha, Yonagahime préfère celle qu’a réalisée Mimio, et qui ressemble à un monstre. Quand elle est placée à l’entrée de la résidence, la porte des démons s’ouvre, et ceux-ci attaquent la capitale du Japon sur lequel va alors régner Ôama. Les démons sont devenus des citoyens. Puis Ôama ordonne à Mimia de sculpter le visage de Yonagahime sur la grande statue de Bouddha. Et sous prétexte d’instaurer l’ordre, il chassera les démons et accusera Mimia d’en être aussi un… Mimio s’enfuira avec Yonagahime dans la forêt, sous les cerisiers en fleurs… C’est du moins l’essentiel de cette intrigue très compliquée, racontée dans le programme mais qui pour nous public français, n’est ni accessible, ni franchement passionnante. On peut se laisser séduire, comme les nombreux Japonais dans la salle par ce spectacle très visuel aux dialogues parfois curieux qui comportent des allusions du genre : «Excusez-moi, vous n’avez pas joué dans une pièce de Tchekhov?», ou des allitérations/jeux de mots : « Pas sidérant, ce sidarkata».

L’ensemble tient d’une sorte d’opéra à grand spectacle remarquablement mis en scène avec trente interprètes, dont plusieurs vedettes, au jeu d’une incroyable précision mais où, on ne sait pourquoi, les acteurs criaillent souvent. Cela dure deux heures et demi avec entracte; on regarde avec plaisir mais impossible d’entrer dans cet univers qui, curieusement, tient parfois de nos opérettes occidentales et d’une B.D.  Nous avons l’impression de ne pas posséder les codes nécessaires!
On s’ennuie? Pas vraiment : il se passe toujours quelque chose sur le plateau, et les moments joués comme ceux dansés par quelque vingt interprètes sont impeccables et remarquablement mis en scène et/ou chorégraphiées sur des musiques de différents styles… Les décors réalistes comme cet énorme Bouddha sont assez  laids, à moins qu’il ne s’agisse d’un second degré qui nous aurait échappé…
Une forme de théâtre joué et dansé, assez étonnant, doté de très gros moyens, sans doute à mi-chemin entre la tradition et une certaine modernité. Mais pas vraiment convaincant. Une occasion en tout cas de connaître ce qui semble bien être un très grand spectacle pour les Japonais. Voilà, mais on vous aura prévenu: ne rêvez pas sur ce titre séduisant, Sous les fleurs de la forêt de cerisiers... Même si elles sont très présentes au début sous forme d’une espèce de rideau et à la fin, volant partout grâce à une importante soufflerie. Cet opéra, influencé par le kabuki, semble aussi correspondre à une sorte d’exorcisation d’une mémoire collective comme Egg, mais  aurait sans doute gagné à être plus clair… du moins selon notre perception occidentale!
Le chorégraphe Sanuro Teschigawara et sa complice Rihoko Sato, eux,  font un tabac avec The Idiot de Dostoïevski, à quelques dizaines de mètres dans la salle Gémier (voir Le Théâtre du Blog).

Philippe du Vignal

Théâtre National de Chaillot, 1 Place du Trocadéro, Paris XVI ème. T. : 01 53 65 30 00.

 


Archives pour la catégorie Danse

Gatomaquia, O Israel Galvàn bailando para cuatro gatos conception et chorégraphie d’Israel Galvàn

Photo Jean Couturier

Photo Jean Couturier

 

Gatomaquia, O Israel Galvàn bailando para cuatro gatos, conception et chorégraphie d’Israel Galvàn avec le Cirque Romanès

Israel Galvàn dans la Cour d’honneur au festival d’Avignon, faisait exploser l’an passé avec Fiestat les codes de représentation habituels (voir Le Théâtre du Blog). Nous le retrouvons dans un espace de jeu plus réduit mais chargé émotionnellement: le cirque tzigane Romanès implanté depuis quelques années sur un terrain… pas très loin de l’Arc de Triomphe à Paris XVI ème. Nous avions rencontré dans un autre endroit  près de la porte  Clichy, Alexandre et Delia Romanès, et  pour leur première création, la participation au chapeau était de rigueur, les institutions culturelles ignorant cette structure. Mais la dimension poétique de ce cirque était déjà palpable, avec des chats, seuls félins à êtres des équilibristes doués.

Israel Galvàn a voulu créer un spectacle avec son musicien Carafé à la guitare, pour ce cirque atypique. Le Théâtre de la Ville (toujours en travaux depuis deux ans!) a saisi l’occasion pour ajouter un nouveau lieu à sa programmation hors les murs. En chaussures de flamenco, de tennis, ou pieds nus, Israel Galvàn danse sur les différentes surfaces du plateau : bois, métal, instruments de musique. Et  chante et joue parfois de la guitare. En totale liberté, sincèrement heureux. Et cela se voit! Délia chante et danse, leurs filles dansent et jouent avec des cerceaux ou se livrent à des acrobaties avec des bandes de tissu aérien.  «Il y a une femme, cinq filles et vingt chats», dit Alexandre Romanès. Les félins sont, bien sûr, les vedettes attendues de cette exceptionnelle rencontre artistique : «Les chats sont comme les gitans,  imprévisibles et incontrôlables. »
Ne manquez pas ce spectacle jubilatoire au final éblouissant, et revenez dans cet endroit hors du temps, pour la prochaine création du Cirque Romanès, en octobre. Vous ne le regretterez pas. 

Jean Couturier

Cirque tsigane Romanès, square Parody, boulevard de l’Amiral Bruix, Paris XVI ème,  jusqu’au 22 septembre.

theatredelaville-paris.com

 

L’Aspen Santa Fe Ballet

Festival Le temps d’aimer la danse à Biarritz

L’Aspen Santa Fe Ballet

Photo Jean Couturier

Photo Jean Couturier

Nous avons découvert cette compagnie américaine que dirige Jean-Philippe Malaty, d’origine basque, lors d’une répétition publique,  en avant-première d’un spectacle présenté le soir même à guichet fermé. Ce double nom de ville  que porte cette troupe s’explique par ses origines: la petite ville d’Aspen nichée dans les Rocheuses (6.000 habitants)  et Santa Fe, capitale du Nouveau Mexique ( 80.000 habitants) et foyer de création artistique, se sont associées pour la  faire naître. La troupe tire la moitié de son budget de sponsors, et l’autre de tournées locales et internationales et de cours de danse très prisés. Les danseurs sont tous américains ou canadiens.

1st Flash de Jorma Elo surprend par l’intensité des duos et  enchaînements rapides, sur la belle musique du Concerto pour violon de Jean Sibelius. Ce chorégraphe finlandais est l’un des plus en vue au Nederlands Dans Theater à Amsterdam, et son écriture très  contemporaine permet de belles prouesses techniques.
Moins dynamique,  Silent Ghost , conçu sur mesure pour ce ballet par Alejandro Cerrudo, permet d’apprécier l’écoute des danseurs les uns envers les autres : ici pas de vedette, le groupe qui prime, et cela pour toutes les chorégraphies. Human Rojo de Cayetano Soto paraît plus anecdotique : avec des interpètres tous de rouge, vêtus, sur des musiques de Ray Barreto, Nat King Cole et Xavier Cugat,  ce ballet ressemble à ceux d’un grand cabaret parisien! Il ne manque que les plumes…

Gestes précis et doux, mouvements harmonieux, intentions justes, attention les uns envers les autres: les danseurs font preuve d’un grand savoir-faire. Merci Thierry Malandain, directeur artistique de ce festival, de nous avoir fait connaître cette jeune compagnie d’une qualité exceptionnelle.

Jean Couturier

Spectacle vu au Théâtre du Casino de Biarritz, le  8 septembre.

Le Temps d’aimer la danse à Biarritz. Embers to Embers par Marie-Agnès Gillot et Carolyn Carlson

Festival de Biarritz: Le Temps d’aimer la danse

Embers to Embers par Marie-Agnès Gillot et Carolyn Carlson

©Jean Couturier

©Jean Couturier

 

©Jean Couturier

©Jean Couturier

Depuis ses adieux à l’Opéra de Paris, pour sa première scène, Marie-Agnès Gillot se produit en compagnie de Carolyn Carlson. Un duo étincelant réuni exceptionnellement. En 2004, à l’issue de la représentation de Signes à l’Opéra-Bastille, chorégraphie de Carolyn Carlson et musique de René Aubry, Marie-Agnès Gillot fut nommée danseuse-étoile.

Une rencontre unique qui ouvre avec prestige les dix jours d’un festival qui accueille, à Biarritz, vingt-six compagnies pour quarante-sept représentations. En 2002, : « J’évolue plutôt dans un monde de perceptions poétiques, disait la chorégraphe, en assemblant des éléments disparates à la manière de René Magritte. Pour moi, la danse est une poésie vivante énoncée dans le temps et l’espace. »
Durant une heure dix, ce ballet en cinq parties va emporter le public en pleine poésie. Sur sa propre chorégraphie, très imagée, Déambulation, Marie-Agnès Gillot ouvre la soirée avec Luc Bruyère : chacun des interprètes joue du handicap physique de l’autre, l’une de son corset pour soigner une scoliose, ce qui a marqué son enfance, l’autre de la prothèse de son bras gauche. En 1999, Carolyn Carlson avait créé Diva un solo pour Marie-Agnès Gillot, avec un extrait d’Andréa Chénier (1896) d’Umberto de Giordano, chanté par Maria Callas;  cette pièce, reprise ici,  témoigne de l’extrême grâce de la danseuse. Puis Carolyn Carlson danse  Immersion,  un solo autour du thème de l’eau, crée en 2010.

Un extrait de Dialogue avec Rothko termine la soirée. Créé en 2013 par Carolyn Carlson, en hommage au peintre américain: l’ œuvre, inspirée de Black, Red over Black on Red (1964), est interprétée cette fois par Marie-Agnès Gillot. Ce 7 septembre, anniversaire de Marie-Agnès Gillot, les artistes ont présenté un court duo ludique sur du gazon synthétique, révélant leur complicité. Elles  partagent des éléments scéniques symboliques d’un anniversaire,  une bouquet de fleurs et des flammes de briquet. Marie-Agnès Gillot évoque Carolyn Carlson  «une maîtresse de vie », tout comme l’a été aussi pour elle, Pina Bausch qui l’a transformée : de beaux anges protecteurs pour une belle étoile et une belle soirée….

Jean Couturier.

Spectacle vu à la Gare du midi,  23  avenue du Maréchal Foch, Biarritz,  le 7 septembre.

Martha Graham Dance Company : répétition d’Ekstasis, chorégraphie de Virginie Mécène

Martha Graham Dance Company : répétition d’Ekstasis, chorégraphie  de Virginie Mécène, d’après Martha Graham

Jean Couturier

Jean Couturier

Six soirées consacrées à cette compagnie historique dirigée par Janet Eilber, vont permettre au public de découvrir des œuvres historiques comme Cave of the Heart, Appalachian Spring, Lamentation variation et The Rite of Spring

Ekstasis, (1933) une courte mais remarquable pièce vue cette année au festival de Neuss en Allemagne (voir Le Théâtre du blog), est un premier tournant pour  Martha Graham : «Quand j’ai créé cette danse, j’ai découvert l’opposition entre les mouvements de mon bassin et ceux de mes épaules », ce qui a généré une ondulation du corps inventée bien avant le développement des autres techniques de Martha Graham.
Le processus de recréation pour Ekstasis est particulier, puisque Virginie Mécène n’avait pas de film, peu de photos et seulement quelques écrits. L’ex-danseuse-chorégraphe a construit, ici, une nouvelle version de cette pièce à partir de son propre ressenti :

« J’ai imaginé une relation avec le bassin, plus profonde,  avec l’épaule mais aussi avec la connexion au sol, avec l’énergie venant du centre du corps en connexion avec la terre ». Virginie Mécène, « à l’écoute de ses racines », trouve sur elle-même ces ondulations du corps, qu’elle transmet à Peiju Chien-Pott, danseuse-étoile de la compagnie, en les sculptant sur elle ; un processus qui a demandé un an de travail. Copie de l’original, le costume de couleur sable ,fait d’un fin maillage, permet une véritable liberté de mouvement.

Comme elles n’ont pas retrouvé la musique originale, Virginie Mécène et Janet Eilber ont choisi la musique de Ramon Humet, un mois avant la première. Rendant hommage à Martha Graham, elles réadaptent ce morceau du compositeur espagnol dont la musique apparaît ici en totale adéquation avec la pièce.

Natasha M Diamond-Walker et Anne Souder, vont aussi travailler ce rôle. Ce solo sera repris  par Aurélie Dupont pour six représentations à l’Opéra-Garnier. Elle  apprécie le style de Martha Graham depuis sa découverte à l’école de danse de ce même Opéra. Elle connaît  bien Virginie Mécène, puisqu’elles ont travaillé ensemble lors de la célébration des  quatre-vingt-dix ans de la compagnie Martha Graham à New-York (voir Le Théâtre du blog).
La répétition à laquelle nous avons assisté nous révèle l’intimité d’une recréation originale. Pour Virginie Mécène , il faut «s’inspirer de sa propre mémoire ancestrale, de sa connexion avec la terre, c’est le bas du corps qui fait monter les mouvements du reste du corps, il faut être à l’écoute de ses organes, de son corps vivant ». « Et dit Aurélie Dupont,  c’est très simple et en même temps très beau. C’est une danse de la maturité du corps, il faut avoir conscience de son corps, cela s’apprend avec le temps ». Ces artistes confirment que cette simplicité des mouvements qui évoluent avec quelques détails dans leurs variations, révèle une grande beauté esthétique. Allez à l’Opéra Garnier découvrir les formidables danseurs de la Martha Graham Dance Company et retrouver Aurélie Dupont sur cette même scène depuis ses adieux il y a trois ans…

Jean Couturier.

Opéra Garnier 8, rue Scribe,Paris IX ème, du 3 au 8 septembre.

 

 

Story Water direction artistique, chorégraphie, scénographie et lumières d’Emanuel Gat.

180722_rdl_1026Festival d’Avignon :

Story Water direction artistique, chorégraphie, scénographie et lumières d’Emanuel Gat.

 Cette œuvre, présentée dans le cadre unique de la Cour d’honneur du Palais des Papes, témoigne de l’union de deux expressions artistiques : celle de l’Emanuel Gat Dance, et la musique de l’Ensemble Modern de Francfort. Dans un environnement blanc, du tapis de danse aux costumes, dix danseurs dialoguent avec les partitions de Pierre Boulez,  Rebecca Saunders  et Emanuel Gat, jouées par des musiciens installés à cour sur le plateau.

 Les vingt dernières minutes de la cinquième partie du spectacle, sont de loin les plus intéressantes et émouvantes. Des textes projetés sur le grand mur du Palais évoquent, chiffres à l’appui, la situation des habitants de la Bande de Gaza. Et  les six danseuses et quatre danseurs évoluent en un groupe harmonieux sur une musique inspirée d’airs traditionnels que le chorégraphe a créée avec l’Ensemble Modern de Francfort. Mais le spectacle,  d’une durée variable : environ une heure vingt, en fonction des improvisations, est peu lisible et déçoit. Et un décompte du temps, lui bien visible, s’affiche en chiffres rouges, sous une fenêtre du Palais !

  «Je cherche des interprètes qui ont la capacité d’assumer une part de responsabilité par rapport à l’œuvre, ce qui permet ensuite une part de liberté à l’intérieur de l’œuvre», dit Emanuel Gat. Directives appliquées à la lettre par ses danseurs. Au début de spectacle, réunis en deux groupes distincts, ils prennent l’un après l’autre l’initiative d’un mouvement et entraînent leur partenaire à leur donner la réplique.
Dans la deuxième partie, ils se regroupent en cercle et semblent repartir dans d’autres improvisations résolument contemporaines, et un violoncelliste se mêle à eux, assis sur le plateau, en retrait de l’orchestre. Emanuel Gat dit avoir effectué une mise en scène chorégraphique et musicale dans un même processus de travail.
Musiciens et danseurs sont tous remarquables mais le tout reste froid, sans cohérence ni émotion. Et chaque séquence sauf dans la dernière partie, semble s’éterniser et l’ennui gagne. On peut quand même espérer que ce spectacle, avec de vraies dissonances, musicales et chorégraphiques, puisse évoluer d’ici l’an prochain…

 Jean Couturier

Cour d’Honneur du Palais des Papes, Avignon, du 19 au 23 juillet.

En janvier 2019, Théâtre National de la Danse de Chaillot,Paris ( XVIème).

 

Ode to the attempt de Jan Martens et Ben et Luc de Mickaël Phelippeau

Festival d’Avignon:

Ode to the attempt de Jan Martens

 Après le Off,  les Hivernales accueillent un programme de danse qui réunit  deux propositions très différentes : d’abord Ode to the attempt, Otta pour les intimes, un solo du danseur et chorégraphe Jan Martens. Quand le public entre, il est à l’avant-scène, devant son ordinateur dont les informations ont projetées sur une toile en de plateau. Il fait défiler ses mails, la liste des invités programmateurs du soir (déclenchant quelques rires dans la salle) et même le budget de production du spectacle ! Il fait et montre aussi quelques selfies…

Le spectacle commence vraiment quand  il affiche une page blanche et y inscrit treize tentatives qui seront au menu du spectacle. La première « tentative » : vous rendre conscient de ce qui arrive, mais aussi pêle-mêle  celle d’être classique, minimaliste, d’être un interlude et une tentative de salut pour finir.

Depuis son petit bureau, Jan Martens commande tout (sons et lumières) et s’adresse directement à nous. Le spectacle pourrait être sponsorisé par la marque à la pomme :  c’est presque de la publicité pour les ordinateurs et leurs différentes applications ; dans une de ces tentatives, Jan Martens ira même jusqu’à danser devant les écrans de veille aléatoires que l’ordinateur propose  au rythme de la musique.
Une danse élégante, ample et fluide, avec beaucoup de mouvements circulaires des bras mais juste à quelques moments pendant cette demi-heure et ,chaque fois, avec une grande intensité… Et la musique classique de « son vieil ami Schubert » lui permettra de reprendre son souffle !

 Avec une démarche humble, cet artiste veut être proche du public et n’hésite pas à montrer qu’il doute. Normalement, il ne quitte pas le plateau après les saluts et discute avec ceux qui viennent le voir mais pas ici. puisque la seconde partie doit commencer.  Ce solo, agréable et drôle, ne se prend pas trop au sérieux, même s’il ne nous laisse qu’un sourire amusé.

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Ben et Luc

Après un rapide changement de plateau, place donc  à la proposition de Mickaël Phelippeau qui réunit deux danseurs burkinabés, Ben Salaah Cissé et Luc Sanou. Le spectacle commence avec un échauffement, chacun arrivant de son côté. On sent vite une complicité entre les interprètes qui se massent l’un l’autre, rient ensemble, chahutent…
 Tout le spectacle jouera sur cette douce ambiguïté…. La confrontation entre tradition et modernité est bien ici le fil rouge, pour ceux qui vont passer d’une danse traditionnelle peule ou burkinabé, à une pop africaine très actuelle accompagnée de gestes suggestifs.

Mickaël Phelippeau à conçu ce spectacle après avoir vu un duo  qu’ils présentaient à un festival à Ouagadougou. Il y était question de la place de la femme et le chorégraphe n’avait pas totalement pris conscience que présenter un duo de garçons porteurs de féminité et de sensualité aurait pu se révéler dangereux pour Ben et Luc qui eux s’en étaient rendu compte mais ont fait preuve de courage. Et Mickaël Phelippeau  les a engagés pour réaliser ce duo. Une danse puissante, et c’est un plaisir de les voir évoluer sur le plateau et de faire ensuite leur connaissance.

 L’adresse au public, la prise de parole des interprètes et le fait qu’ils envoient parfois eux-mêmes leurs extraits musicaux donnent à ce spectacle beaucoup de générosité. Les nombreux et longs silences perturbent un peu le rythme global du spectacle, dont parfois, on ne comprend pas toujours le sens mais on se laisse emporter. Comme souvent chez ce chorégraphe, nous avons devant nous des êtres qui dansent mais aussi qui parlent, qui sont eux-mêmes. Vraie merveille, ce surprenant spectacle continuera à travailler en nous un moment.

Un bémol : on comprend mal pourquoi le festival  a réunis ces spectacles si différents dans un même programme…

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 Julien Barsan

Les Hivernales C .D.C.N. d’Avignon, rue Guillaume Puy jusqu’au 24 juillet

 Ode to the attempt , le 31 juillet et 1er août, festival Paris l’Été, le 15 novembre au Manège de Reims, les 22 et 23 mars à Pôle Sud à Strasbourg, du 2 au 5 avril au Théâtre Garonne,  Toulouse et du 6 au 11 mai, au Théâtre des Abbesses à Paris.

 Ben & Luc,  le 6 octobre à L’Échangeur, CDCN des Hauts de France à Château-Thierry, le 11 octobre à la scène nationale 61 à Alençon ; le 13 octobre au Théâtre Louis Aragon de Tremblay-en-France ; le 5 avril, à l’Orange Bleue à Eaubonne ; les 6 et 7 avril à la Scène Nationale de Poitiers ; le 10 avril au Théâtre 95 de Cergy et le 16 avril au Théâtre Paul Éluard de Bezons.

A long Time to see ! conception, chorégraphie et interprétation de Jenna Jalonen et Beatrix Simkó- Fenanoq, conception et interprétation de Pierre Fourny et Cécile Proust

Festival d’Avignon :

Sujet à vif D :

 Chaque année, la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques présente ses Sujets à vifs : huit courts formats qui réunissent chacun deux artistes avec deux séances que le public découvre chaque fois avec grand plaisir. Sujets à vifs a fêté l’an passé ses vingt ans…

©Domolky_Daniel

©Domolky_Daniel

 A long Time to see ! conception, chorégraphie et interprétation de Jenna Jalonen et Beatrix Simkó 

L’une est blonde, et finlandaise, l’autre brune, et hongroise. L’une habite Hambourg et l’autre, Bruxelles. Et elles présentent ici un spectacle conçu dans le cadre d’un programme de recherche “transculturel“ initié par l’Union Européenne.

Après des manœuvres d’approche, elles font lentement connaissance. Leurs corps de danseuses se comprennent et trouvent une grammaire commune. Et pour communiquer, elles ont la chance de parler des langues finno-ougriennes : le finnois et le magyar ont en effet des racines communes. Elles confrontent leurs mots, s’amusent à débusquer similitudes et différences, et finissent par trouver une grande intimité ; dans une proximité tendre et troublante.Jeux de mots, jeux de corps : une danse d’abord ludique, s’élabore, de collisions en résonances, avec de possibles symétries, tout en restant assez technique, et tisse des complicités jusqu’à ce qu’elles ne fassent qu’une, dans une double étreinte. Ce duo d’une demi-heure, bien construit, ne trouve pas tout de suite son rythme de croisière mais nous faisons connaissance avec ces belles artistes : Jenna Jalonen, gymnaste, danseuse et performeuse, et  Beatrix Simkó, danseuse, chorégraphe, et artiste multi-médias.

 

©Jacques Hoepffner

©Jacques Hoepffner

Fenanoq, conception et interprétation de Pierre Fourny et Cécile Proust

Prononcé Fénanoq, le terme résulte d’une manipulation des lettres des mots : Femme et Homme. Pierre Fourny a inventé une pratique artistique : la “Poésie à 2 mi-mots“. Pour lui, tous les mots et leurs polices sont  “coupables“, et il les tranche allègrement. Grammaire et vocabulaire portent en eux le sexisme de la langue, formatée par l’Académie française et l’Ecole publique… Que le masculin l’emporte sur le féminin, ce ne fut pas toujours le cas, et  l’offensive contre les femmes qui commença au XVII ème siècle, s’imposa au XIX ème ….

Pierre Fourny a trouvé en Cécile Proust une partenaire idéale : chorégraphe et performeuse, elle dissèque la fabrique des corps et des signes, en lien avec les études du genre.  Elle nous démontre, avec son complice, à quel point notre langue est “genrée“. Avec des découpes en carton et des lettres en vrac, ces artistes bricolent la langue et nous donnent, gestes et images à l’appui, une leçon d’écriture, dite inclusive. Un exercice amusant et instructif, mené avec brio !

 Mireille Davidovici

 Jardin de la Vierge du lycée Saint-Joseph, 62 rue de Lices, Avignon, jusqu’au 24 juillet à 18 heures. 

 Et le 6 octobre à l’Echangeur, C.D.C.N. Hauts-de-France, Château-Thierry.

 

Knusa/Insert coins, de Cindy Van Acker et Christian Lutz

© Simon Letellier

© Simon Letellier

Festival d’Avignon

 Knusa/Insert coins, de Cindy Van Acker et Christian Lutz

La collection Lambert,  installée dans l’hôtel particulier de Caumont,  réunit un ensemble d’œuvres  contemporaines achetées par le galeriste parisien Yvon Lambert depuis les années 1960. Cet écrin  architectural devenu musée sert parfaitement la rencontre entre le photographe Christian Lutz et la chorégraphe Cindy van Acker  qui interprète un solo de trente-cinq minutes sur la musique électronique de Mika Vaino.  Cette pièce s’inspire d’une série de vingt photos prises à Las Vegas, montrant des personnages pathétiques, victimes de ce miroir déformant de la société  de consommation qu’est cette ville. Une femme recroquevillée dans un hall de gare routière vide, deux hommes alcoolisés déguisés en canards, effondrés au sol, un autre homme au regard vague, une bière à la main devant une machine à sous… 

D’habitude, le photographe de danse capte le mouvement, de son propre point de vue,  mais ici c’est l’inverse qui se produit. Aux murs, on découvre les clichés pris par Christian Lutz, tandis que  la danseuse, vêtue de noir, le visage presque constamment masqué par ses cheveux,  se meut avec lenteur, dans la pénombre, avec seulement le rétro-éclairage des photos. Avec une gestuelle, précise sans être figurative, l’artiste nous emporte dans un voyage très personnel dans une proximité troublante avec le public.

Cette performance originale ne laisse pas indifférent et donne libre cours à de multiples interprétations.  Avant, où à la fin de ce spectacle, il faut visiter les deux salles où sont exposés d’autres travaux du photographe, en particulier une série , Chronologie d’une interdiction, représentant des membres de l’Église évangélique suisse aux visages barrés par  les marques de la censure. En légende, figurent  les motifs de l’interdiction. Knusa/Insert coins est présentée dans le cadre de la sélection: Suisse en Avignon et de la programmation danse des Hivernales.

Jean Couturier

Collection Lambert, Hôtel de Caumont, 5 rue Violette, Avignon, jusqu’au 19 juillet, à 16 H 50.

 

Bizarres, scénario et mise en scène de Natasza Soltanowicz, (en polonais surtitré en français)

 

Bizarres, scénario et mise en scène de Natasza Soltanowicz (en polonais, surtitré en français)

©Jean Couturier

©Jean Couturier

 A vingt-quatre ans, cette metteuse en scène polonaise nous emporte, avec ses comédiennes du Théâtre universitaire de Wroclaw, dans l’entre-monde des vivants et des morts. Au sol, une jeune femme habillée de blanc gît parmi les membres de la famille : mère, tante, sœur, amies etc. Qui, d’entre elles, est encore présent ou a disparu ? Difficile à dire. La jeune femme rêve-t-elle? Ces êtres fantomatiques cherchent-ils à l’emporter dans le monde des ténèbres? Vêtus de longues robes noires moulantes à capuchon, ils ressemblent à Martha Graham dans Lamentation, une pièce créée en 1930. « Nous essayons de découvrir, la dimension féminine de l’expérience d’une perte en s’inspirant des anciens rites funéraires de diverses cultures, explique Natasza Soltanowicz. La plainte comme un outil pour survivre au deuil et qui aidera à explorer la relation entre la parole et le son pendant le rituel funéraire. »

La jeune femme va subir différents rites perpétrées par ces figures familiales, des âmes mortes qui s’expriment : «Elle est un peu insoumise. » (…) « On reviendra quand tu seras prête». L’héroïne va passer peu à peu dans l’autre monde :  «Ta main est si froide, ton odeur est si bizarre, tes yeux ne sont que poudre et poussière.»

 Le Teatr Uklad Formalny nous fait découvrir un spectacle exigeant et audacieux qui s’inspire de Tadeusz Kantor (1915-1990), créateur mythique polonais qui disait à propos de sa pièce Wielopole, Wielopole : «J’étais présent dans cette chambre, quand mon grand-oncle, le prêtre, est mort et j’ai vu le cadavre dans le cercueil. Je n’ai rien compris, mais j’étais témoin de la mort et, pour l’enfant, c’est une expérience très profonde. »

 Joanna Kowalska, Natalia Maczyta-Cokan, Malwina Brych, Katarzyna Faszczewska, Marta Franciszkiewicz, Zuzanna Kotara, Martyna Matoliniec, Joanna Sobocinska, Magdalena Zabel, comédiennes et danseuses, parviennent, grâce à leur sensualité et à leur forte présence, à évoquer ces moments douloureux. Les séquences jouées de ce spectacle surtout musical paraissent moins lisibles que les parties chantées et dansées qui sont d’une grande beauté. Natasza Soltanowicz, démiurge de cette création singulière mais aussi scénariste et metteuse en scène, a signé la musique de cette œuvre atypique jouée dans un nouveau lieu du Off, né d’un partenariat entre la Ville et l’Université d’Avignon, pour de créer des passerelles entre les pays et favoriser la circulation des spectacles internationaux présentés dans le Off.

Jean Couturier.

Campus international, 74 rue Louis Pasteur, jusqu’au 20 juillet. T. : 06 24 21 74 49 www.campus-international-avignon.com         

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