La Lame et le pinceau, David, metteur en scène de la Révolution, spectacle de Benjamin Lazar, direction musicale d’Arnaud Marzorati

L’exposition David  et La Lame et le pinceau, David, metteur en scène de la Révolution, spectacle de Benjamin Lazar, direction musicale d’Arnaud Marzorati

Ce court spectacle a été joué en lien avec l’exposition David. Ce grand peintre (1748-1825) est finalement mal connu et cette grande rétrospective nous fait revivre la personnalité d’un artiste de la Révolution française qui finira sa vie, exilé en Belgique. Nous avons tous vu des reproductions en général assez mauvaises, dans nos livres d’histoire. Jacques-Louis David a su créer des images qui appartiennent depuis longtemps et encore aujourd’hui à notre mémoire collective, celles des grands moments de la Révolution française de 1789, puis du règne de Napoléon  : il y a chez lui à la fois, le peintre d’histoire qu’il a toujours voulu être mais aussi le souci du détail, comme chez un reporter-photo. Et il sait capturer ,un instant, souvent tragique, comme le célèbre et très expressif Marat assassiné…

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Marat vient de mourir grâce aux bons soins de Charlotte Corday. Le corps  appuyé contre la baignoire couverte d’un drap blanc souillé du sang comme au sol, un couteau blanc. Sur un billot de bois, un encrier, une  plume, un assignat et une autre feuille de papier avec ces mots: «Vous donnerez cet assignat à cette mère de  cinq enfants et dont le mari est mort pour la défense de la patrie ».
C’était le 14 juillet 1793 et ce médecin et journaliste, puis homme politique allait connaître, grâce à David une nouvelle vie comme ces autres révolutionnaires : Le Pelletier et Bara avec Mort du jeune Bara (1794), deux tableaux qu’on peut voir au Musée des Beaux-Arts de Bordeaux.  Et il y a un fragment gigantesque et très impressionnant d’une toile blanche préparée  pour Le Serment du Jeu Paume où David fixe des nus, ceux de futurs personnages de cet autre événement historique… Mais la toile restera inachevée

Et il se fera aussi le témoin d’autres moments historiques : Bonaparte franchissant les Alpes, Le Sacre de Napoléon… Proche de Robespierre, il organisa aussi des cérémonies et fêtes révolutionnaires… Sous nos yeux défile toute une époque, sans laquelle pour le pire comme le meilleur, la France ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui.
Il y a aussi ses grands tableaux mythologiques et théâtraux, rigoureux et admirablement composés d’une richesse exceptionnelle où il met littéralement en scène par dizaines des personnages remarquablement peints comme L’Enlèvement des Sabines, Le Serment des Horaces, La Douleur d’Andromaque (1783), inspiré d’un épisode de L’Iliade, un tableau la représentant en pleurs devant le corps d’Hector tué par Achille.
Et dans cette rétrospective, figurent aussi les nombreux portraits de toute une société, des personnages très vivants appartenant à la grande bourgeoisie, mais aussi quelques très beaux auto-portraits. 

«Regarder l’œuvre de David, c’est poser la question de l’engagement, qu’il soit profondément sincère sous la Révolution ou opportuniste sous l’Empire, écrivent Sébastien Allard, conservateur général du Patrimoine, directeur du département des Peintures et Côme Fabre, conservateur du Patrimoine, au département des Peintures, au musée du Louvre. On ne peut, en effet, dissocier l’homme de l’œuvre. Guidé par une éthique de l’action -peindre, c’est agir- David conçoit la peinture comme un instrument du changement politique et moral. Son art est d’essence publique et doit avoir un impact sur la société. »
Pour s’adresser à son époque, David fait le choix du classique. En se référant à l’antique, il incarne les aspirations de ses contemporains, qui passent du statut de sujet d’un monarque, à celui de citoyens (…) L’art de David réside dans un projet tant artistique que politique, moral et social, fondé sur sa fervente défense de la liberté.  Député de la Convention, David a mis sa science de l’image au service de la propagande révolutionnaires, dit Benjamin Lazar. Figure de l’artiste engagé, il collabora avec des poètes et des compositeurs, dessina des costumes fit construire des décors.
Une vraiment belle exposition à la fois sur le peintre et sur son époque. Attention, il vous reste à peine deux mois. Comptez une bonne heure mais vous ne serez pas déçu.

Jusqu’au 26 janvier, Musée du Louvre, Paris ( Ier).

 

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Ce court mais intense spectacle rend ainsi hommage à David, qui fut donc aussi un homme de théâtre. Avec un texte de Benjamin Lazar, metteur en scène, d’après des écrits de Jacques-Louis David, Jacques Hébert, Maximilien Robespierre, Jean-Paul Marat, André Chénier, Charlotte Corday et Théroigne de Méricourt.
Sur des musiques, entre autres, de Gluck, Glossec, Grétry, jouées à la harpe, à la clarinette, au serpent et à la trompette par l’ensemble des Lunaisiens. Vers la fin, un beau chœur amateur (alti, ténors et basses) apporte une belle touche lyrique à ces textes.
Ici, David en prison  en Thermidor 1794, donc à la fin de la Terreur,  évoque ses souvenirs à la veille de son procès. Seront évoqués des personnages révolutionnaires comme Charlotte Corday, André Chénier, Robespierre… ou mythiques comme Andromaque, Brutus… Quelques cubes et draperies pour cette création bien dirigée mais parfois statique.

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La Lame et le pinceau est remarquablement prise en charge, avec intelligence, sobriété et impeccable diction par Judith Chemla, Arnaud Marzorati et Thibault Lacroix: mention spéciale à ce dernier pour sa présence, entre autres, quand il est Marat. En fond de scène, défilent, mais trop vite, des fragments de tableaux en vidéo très grand format et c’est dommage., cela écrase les acteurs…
La mise en scène est d’une précision exemplaire et, malgré trop d’éléments en même temps: jeu des acteurs, musique instrumentale, vidéo, puis chant choral, Benjamin Lazar arrive à rendre la vie intense qu’a eu, dans des circonstances difficiles, Jacques-Henri David. 

Philippe du Vignal

Ce spectacle a été présenté les 7,8 et 9 novembre à l’Auditorium du Musée du Louvre.

 


Archives pour la catégorie exposition

Soixantième anniversaire du festival Sigma (suite)

Soixantième anniversaire du festival Sigma (suite)

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Roger Lafosse  avait fréquenté les milieux du jazz à Paris : Charlie Parker, Boris Vian… Et en 63, il créa à Bordeaux, l’A.R.C. (Arts et Recherches Contemporaines). Puis avec Robert Escarpit, écrivain et professeur de lettres, Abraham Moles, philosophe et spécialiste d’électroacoustique et Michel Philippot, chef du bureau bordelais de l’O.R.T.F., il va mettre en place une Semaine de spectacles, d’arts et de recherches dans les arts et sciences. 

A cette première édition: musique, théâtre, cinéma, etc. , étaient invités dans la même semaine, Diego Masson qui dirigeait Stop de Karlheinz Stockhausen mais aussi Miles Davis, Duke Ellington, une intégrale des œuvres de Pierre Schaeffer avec sa Symphonie pour un homme seul. Et d’Edgar Varèse, Pierre Henry. Mais aussi Charles Mingus, le Nones Quartet…. Nicolas Schöffer présente un spectacle audio-visuel expérimental, retransmis en direct sur la deuxième chaîne de télévision. Et un concert Edgar Varèse, Iannis Xénakis et  aussi du free-jazz avec l’Américain Albert Ayler, et L’Apocalypse de Jean de Pierre Henry.

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Sigma 2: John Cage présenta Atlas Eclipticalis et Pierre Henry, La Messe électronique à l’Alhambra. Une grande salle , entre septembre et décembre 1914, la Chambre des députés avait été déplacée. Aujourd’hui, hélas détruit sauf la façade, l’Alhambra avait un grand parterre qui pouvait être retourné et devenir parquet de danse… Une merveille scénographique que nous avons pu voir fonctionner. Le public nombreux et en majorité très jeune, écoutait allongé sur des matelas. Aujourd’hui banal, mais avant 68 et à Bordeaux, une petite révolution.

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©x Miles Davis

Roger Lafosse accueillera aussi les Pink Floyd en 69,  bien avant que le groupe ne soit célèbre! Sigma 7, en 71 il y avait, excusez du peu, Dizzy Gillepsie, Thelonious Monk, Ornette Coleman, Miles Davis, Keith Jarrett, Sun Ra… Puis Martial Solal, Charles Mingus, Stan Getz, Joe Albany, Chet Baker, Gil Evans, Barney Wilen, Bernard Lubat… et, au début des années quatre-vingt:  Dexter Gordon, Michel Petruciani, et de nouveau, Miles Davis.

A Sigma 9, des musiques expérimentales avec, en 72 François Bayle, avec  L’expérience acoustique, et Enivrez-vous de Pierre Henry, musique électroacoustique avec dix danseurs et danseuses dont… Carolyn Carlson. L’année suivante, Karlheinz Stockhausen présenta Mikrophonie I et Klavierstück X. Mais Sigma sera vite contestée,  au Conseil municipal. Mais aussi par des Bordelais, à droite comme à gauche! Roger Lafosse avait donc bien visé! Le motif: obscénités, pornographie, ésotérisme, usage de drogues, provocations, etc.

Il y eut aussi quelques happenings avec Jean-Jacques Lebel. Et dans le centre-ville, Pierre Pinoncelli marchait en momie enveloppée de bandelettes… mais dans l’indifférence générale. Ben avait aussi été invité: il était resté allongé douze heures, en feignant de dormir.
Il avait aussi organisé un concert Fluxus,  en hommage à John Cage, avec brûlage de partitions, écrasement de violon, massacre de piano à coups de hache, lance à incendie inondant le public.

©x Lucinda Childs

©x Lucinda Childs

A Sigma 8 en 72, est introduite la danse contemporaine: le Pilobolus Dance Theatre et Carolyn Carlson sur des improvisations de Pierre Henry. Et aussi, en 77, Meredith Monk avec un théâtre-danse et, deux ans plus tard, Lucinda Childs avec Dance, musique de Phil Glass. Puis, Trisha Brown avec une «post modern dance »,  Douglas Dunn en 81, Merce Cunningham  en 83,  Karole Armitage. Et le butô japonais. Et aussi Régine Chopinot, Jean-Claude Gallotta, Catherine Diverrès, Bernardo Montet, Angelin Preljocaj, Maurice Béjart avec ses écoles: Mudra Belgique et Mudra Afrique.

 

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©x Oedipe-Roi

La section cinéma: des longs et des courts-métrages en huit ou seize mm, eux parfois projetés sans autorisation… entre minuit et quatre heures du matin:  Ceux d’inconnus qui le sont souvent restés mais aussi L’Amour fou de Jacques Rivette, L’Inauguration du dôme du plaisir de Kenneth Anger, Le Sexe enragé de Philippe Garrel, L’homme qui lèche et L’homme qui tousse de Christian Boltanski, La Question ordinaire de Claude Miller. Et des œuvres de Werner Herzog, Franco Brocani, Alain Resnais, Marguerite Duras, Pier Paolo Pasolini avec Œdipe-roi.  Grand succès auprès de jeunes ravis de l’occasion  inespérée de voir ces films.

Sigma connait un succès grandissant malgré des critiques sur son orientation, vue comme plus conventionnelle! Sigma-Chanson, créé en mars 72 par Jean-Claude Robissout, est consacré à la nouvelle chanson francophone: Colette MagnyCatherine RibeiroJacques Higelin, puis Bernard Lavilliers. Et aussi ensuite,  Mama Béa,  Rosine de Peyre (chanson occitane),  Kristen Noguès  (harpe celtique)Henri TachanCharlélie Couture,  Élisabeth Wiener, Catherine Ribeiro…
Et des films sont toujours présentés par dizaines à chaque édition. En 85, Gérald Lafosse, fils de Roger Lafosse et Jean-Pierre Bouyxou instituent un palmarès voté par le public! Le Navet Doré récompensera le plus mauvais long-métrage du monde, Nabonga le gorille de Sam Newfield. Et l’année suivante, la Palme de Caoutchouc couronnera le film comique le plus ringard. Attribué à Franco Franchi et Ciccio Ingrassia pour l’ensemble de leur œuvre.

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 En 89, Sigma devra quitter les entrepôts Lainé où sera définitivement installé le Centre d’art contemporain,pour le Hangar 5 sur les quais de la Garonne. 1993: festival annulé, à cause d’un plan de rigueur budgétaire voté par la municipalité… Les deux années suivantes, il aura encore lieu mais,  avec Alain Juppé, nouveau maire de Bordeaux, les relations se tendent. Comme avec la Direction Régionale des Affaires Culturelles. Son directeur Jean-Michel Lucas reprochera en 96 à Sigma, un manque d’avant-garde, et suivra une baisse des subventions publiques de 25 % par rapport à 94, surtout celles de la mairie…


Dernière édition: Extremus où seront invités, entre autres, Jan Fabre avec une création,  la compagnie belge de danse Le Plan K, le compositeur Jean-Claude Éloy, et des spectacles bordelais… En 97, Roger Lafosse est attaqué! Motif: mauvaise gestion financière, ce qu’il récusera avec vigueur. L’opposition reprochera à Alain Juppé d’avoir mis les élus devant le fait accompli et sans aucun débat préalable. 

La disparition de Sigma suscitera une grande émotion. Nous avons alors repensé aux célèbres vers du grand John Donne: « Aucun homme n’est une île, entier en lui-même ; chaque homme est une partie du continent, une partie du tout. Si une motte de terre est emportée par la mer, l’Europe est diminuée, tout comme si un promontoire l’était. tout comme si le manoir de ton ami ou le tien l’étaient. La mort de tout homme me diminue, car je suis impliqué dans l’humanité ; et donc n’envoie jamais demander pour qui sonne le glas ; il sonne pour toi. » Oui, Digam était un grand festival  avec des créations européennes mais aussi des deux Amériques
En 2007, Jean-François Hautin, producteur de cinéma bordelais et Harold Cober, petit-fils de Roger Lafosse le persuadent de raconter l’aventure Sigma. Et un documentaire, auquel nous avions participé, réalisé par Jean-Philippe Clarac et Olivier Delœuil, réunira François Barré, Jean-Jacques Lebel, Jérôme Savary -très brillant- mais aussi Régine Chopinot, Martial Solal, Bartabas…
En 2010, Roger Lafosse offrira ses nombreuses archives à la ville de Bordeaux mais meurt hélas, l’année suivante, à quatre-vingt quatre ans.

 

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Au C.A.P. C., aura lieu en 2013, une rétrospective de Sigma, (voir Le Théâtre du Blog) avec photos, vidéos, documents sonores, affiches (en fac-similé), conférences, rencontres avec des témoins de ce festival, concerts, films, etc.  Pas toujours vraiment réussie… Mais au vernissage, très éouvant, des centaines de jeunes  découvraient, émerveillés, une aventure de haute volée artistique et humaine. Alain Juppé était là, pas très à l’aise devant cette histoire extraordinaire qui n’avait pas été la sienne. Sauf, à la fin, pas vraiment joyeuse…
Mais elle sera aussi et à jamais celle de Bordeaux, liée à celle son prédécesseur, Jacques Chaban-Delmas, maire de  47 à 95 qui, nous l’avons dit, a toujours soutenu Sigma qui n’aurait pu exister sans lui dans cette ville, à l’époque fermée. Et il faut encore et encore le souligner grâce aux très nombreuses créations en arts de la scène, musique, arts plastiques… initiées par Sigma, Bordeaux ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui 

Philippe du Vignal

Le soixantième anniversaire du festival Sigma a eu lieu à Bordeaux les  6, 7 et 8 novembre.

Soixantième anniversaire du festival Sigma

Soixantième anniversaire du festival Sigma

Une célébration modeste mais réussie, conçue et réalisée dans l’esprit de Sigma par Guy Lenoir, metteur en scène, Benoît Lafosse, ancien professeur aux Beaux-Arts de Bordeaux et fils de Roger Lafosse,  créateur de ce festival,  Jean de Giacintho, architecte et Dominic Rousseau, historien. Avec les moyens du bord mais avec une singulière efficacité, les  6, 7 et 8 novembre, dans des lieux atypiques, comme souvent à Sigma.  »Pour préparer cet anniversaire, dit Guy Lenoir, unis par la passion de l’art sous toutes ses formes, nous nous sommes souvenus que nos convictions et parcours avaient trouvé une résonance avec l’esprit de cette bombe lancée de 65 à 96 dans notre ville… alors surnommée : la belle endormie!
Nous avons organisé une célébration sur trois soirées et dans cinq lieux emblématiques. L’année prochaine, sera aussi publié un livre de Dominic Rousseau sur l’histoire du festival. Et un colloque universitaire aura lieu avec comme thème: Une avant-garde à l’ère de l’intelligence artificielle. Est aussi envisagée la création d’un site internet sur l’histoire de  Sigma.

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©x Roger Lafosse

J’en suis vraiment un enfant et me suis fabriqué au contact des artistes invités par Roger Lafosse: entre autres, le Living  Theater, le Grand Magic Circus de Jérôme Savary que rejoignit Michel Dussarat. Lequel avait fait les Beaux-Arts, puis anglais à la fac de Bordeaux Mais aussi les Hollandais d’Hauser Orcater. Sans c festival que ma vie serait-elle devenue? J’ai pu aussi y rencontrer des psychiatres et psychanalystes, découvrir les jeux de rôles, le formidable film Les Maîtres fous de Jean Rouch et dans la foulée l’art-thérapie.. Et aussi inviter Jean Vauthier pour une lecture mémorable de ses Prodiges. J’aime beaucoup cette phrase de Roger Lafosse: « Sigma, c’est la somme des différences. Et l’une de ses raisons d’être, c’est le droit à l’erreur. Nous sommes un festival de probables! »

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©x Le hall de l’hôtel de pure architecture brutalisete

A Bacalan, dans un ancien silo à grains reconverti en entrée du grand hôtel Renaissance, rue Achard, a d’abord eu lieu une rapide mais bonne évocation de l’histoire de Sigma, résumée par Anne Saffore, une actrice canadienne et Jürgen Genuit, metteur en scène allemand. Suivie d’une performance du danseur guinéen Piroger Elange. Tous les trois vivant et travaillant à Bordeaux.
Puis à Vivres de l’art, un beau jardin -patrimoine historique et pôle de création- regroupant des ateliers d’artistes, une galerie, un bar. Jean-François Buisson s’y consacre à la sculpture de pièces monumentales et à la création de décors et mobiliers en métal. Au milieu, un authentique et impressionnant bunker allemand souterrain de la seconde guerre mondiale où, descendus par un escalier et un étroit couloir, nous avons écouté un beau montage de Tom Papacotsia: Mémoire sonore musicale et visuelle, faite de brèves citations de compositeurs, invités à Sigma: John Cage, Edgar Varèse, Iannis Xénakis, Cathy Barberian, Klaus Nomi, les Pink Floyd, Miles Davis, Oscar Peterson, Stockhausen, Duke Ellington, Colette Magny, Toto Bissainthe, Catherine Ribeiro, Jacky Craissac, et de quelques phrases du dramaturge bordelais Jean Vauthier (1910-1992).

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Et, non loin, dans l’église moderne Saint-Rémi où son curé Francis Ayliès invite des spectacles, on a d’abord pu voir en boucle,  de très émouvantes images noir et blanc de Sigma 67 : des jeunes, allongés, écoutent  un concert. Et ensuite, a été diffusée la célèbre Messe pour le temps présent de Pierre Henry (composition électro-acoustique) et Michel Colombier (écriture instrumentale). Une commande de Maurice Béjart pour la création d’un spectacle au festival d’Avignon 67, repris en 68. Neuf tableaux: Le Souffle, Le Corps, Le Monde, Mein Kampf, La Nuit, Le Silence,L’Attente. Le morceau le plus attendu était devenu culte et l’est encore: Psyché Rock avec cloches, flûtes, cuivres, guitare, basse, batterie mais aussi musique électronique et a été ensuite joué ans le monde entier… Inspiré par les chansons Wild Thing des Chip Taylor et Louie Louie de Richard Berry, compositeurs américains.

Soixante ans après, Messe pour le temps présent sonne toujours aussi juste. Ici, avec des chorégraphies à la fois très précises et sensuelles. Pour l’acte I,  celle de Sophie Dalès, directrice artistique et pédagogique du cursus contemporain de l’Académie Vanessa Feuillette à Bordeaux. Avec Elie Laurent, Maé-Lou Nantur, Milo Dossavi, Romane Sellas, Luison Thomas, Nina Garnung, Lina Toubti, Mélissa Dupuc et Elsa Sanchez,. L’acte II étant chorégraphié et dansé par le collectif Luila Danza Project. Avec, pour l’une et l’autre partie, de jeunes danseuses tout à fait  remarquables. Une soirée gratuite (il y avait une corbeille à la sortie pour les frais), simple et chaleureuse, suivie par deux cent personnes dont plein de jeunes gens, ravis de découvrir cette « messe » dont leurs grands-parent avaient dû leur parler! Vin chaud offert à la sortie…

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©x  le célèbre dôme. de R. Buckminsnter Fuller

Le vendredi, mais nous ne pouvions être là, à Caudéran aux Glacières de la banlieue, vernissage de l’exposition Le Futurisme en architecture, des années 60 aux année quatre-vingt, était présentée par le Groupe des Cinq. Une invitation à plonger dans l’architecture futuriste des années soixante et-soixante-dix quand Sigma émergeait. Et dans le même .
esprit de contre-culture, en y introduisant des notions telles que la sociologie, l’art, l’improvisation, la technologie ou le paysage.. Avec entre autres Osacr Niemeyer, Kisho Kurokawa, Ricahrd Buckminster Fuller, Yona Fredeman…Ce mouvement d’avant-garde, parce-qu’il est resté très théorique (peu de projets ont été réalisés) a permis de pousser les concepts à leur maximum e ta été une grande source d’inspiration pour les générations d’architectes qui se sont succédé depuis. Pierre Hurmic, maire de Bordeaux, vint  voir cette exposition.
Dans le même lieu, eurent lieu aussi des performances de Marilyn Duras et un carte blanche a été offerte à Bagheera Poulin, accompagnée par Emmanuel Ventura. Un jeune poète, Pierre-Nicolas Marquès lut Howl d’Allen Ginsberg, écrivain de la « beat generation »

Enfin le samedi soir, au café Zig Zag, cours de l’Argonne, furent fêtés au cours d’un Zigmarmite, cet anniversaire de Sigma avec soixante bougies sur un gâteau au chocolat et lectures, musiques et performances d’artiste bordelais.

Sigma, du nom de la lettre grecque Σ (S) comme semaine a été créé en 65 à Bordeaux -à l’époque, très bourgeoise et fermée à l’art contemporain- par Roger Lafosse avec l’aide de Jacques Chaban-Delmas, alors maire, enthousiaste devant ce projet. Elle avait lieu tous les ans en novembre. Il pleuvait donc souvent et les hôtels avaient beaucoup vécu. Un patron nous avait dit un jour:  « Les Parisiens sont toujours pressés et et que s’ils veulent avoir un bain, ils pouvaient quand même attendre cinq minutes que l’eau coule chaude! Message reçu! Et qu’importe, il y avait du bon vin, lui servi aussitôt bien chaud dans les bistrots du vieux quartier de Meriadeck -hélas aujourd’hui détruit et remplacé par de laids immeubles en béton… Ce festival avait aussi parfois lieu au cours de l’année jusqu’en 96 dans le centre-ville. But : être le reflet de la création d’avant-garde en musique, danse, théâtre, chanson, cinéma, arts plastiques, architecture, design… en France, Europe mais aussi aux Etats-Unis. A fin de la décennie qui l’avait vue naître, Sigma avait acquis une réputation absolument internationale, avec, à la clé, quelques mini-scandales…
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©x Antigone par le Living Theater

Ce fut pour nous, jeune critique, un festival sans comparaison possible, même avec celui d’Avignon… Il y avait chez Roger Lafosse, une remarquable volonté affirmée de bousculer les codes établis, en théâtre comme en musique, et dans les autres arts.  Et nous en avons gardé plus de cinquante après, de grands souvenirs… Il faisait venir des compagnies, comme entre autres, des Etats-Unis comme le Living Theater dirigé par Judith Malina et Julian Beck aux revendications politiques très claires (voir ci-dessous) Meredith Monk, à la fois chanteuse, chorégraphe… Et à Sigma 7, en 71, arrivait Cockstrong du Playhouse of the Ridiculous de John Vaccaro que Jérôme Savary avait bien connu à New York et qui l’inspira.

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Peu de texte et des chansons assez crues, en slang, un argot new yorkais, donc incompréhensible pour le public français.  Et, avec des images sexe surprenantes: une jeune et belle actrice, juste en gaine et bas noirs,  se masturbait sur un coin de table et, à la fin, un énorme phallus éjaculant sur le public… aux anges à Bordeaux comme à Bruxelles… Mais en Belgique, des ligues morales, devant le succès au Théâtre 140 dirigé par l’excellent Jo dekmine,  intentèrent à John Vaccaro un procès pour pornographie-auquel nous avions assisté. Après deux jours entiers, il fut symboliquement condamné.

 

Côté français, Farid Chopel avec Ged Marlon, le cirque Alligre devenu Zingaro, etc. Et aussi des bordelais: Guy Lenoir, Jacques Albert-Canque…Nous connaissions la plupart de ces artistes mais, à chaque fois, c’était un grand plaisir théâtral et ces créations surprenaient toujours un public, en général très jeune et enthousiaste. Le théâtre était  d’avant-garde avec, entre autres, La passion selon Sade, mise en scène de Sylvano Bussotti et le Living Theatre, dirigé par Julian Beck et Judith Malina, avec Antigone, d’après Sophocle et Brecht et leur célèbre Mysteries and small pieces, puis Frankenstein. Des spectacles dérangeants sur fond de guerres, génocides, tortures, famines. Julian Beck donnait la primeur de leurs spectacles à Roger Lafosse. En 68, le maire Jacques Chaban-Delmas, vu les les événements en mai à Bordeaux: occupation du Grand Théâtre, nuit de barricades… préféra annuler ce festival. Mais les Pink Floyd joueront à l’Alhambra en février 69. Et viendra en mai, le fameux Bread and Puppet Theatre, avec ses grandes marionnettes géantes et un nouveau merveilleux spectacle The Cry of the people for meat. (photo ci-dessous.)

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L’année suivante, l’Open Theatre new yorkais de Joe Chaikin créa Terminal qui se passait dans un hôpital avec partout, la maladie, l’agonie et la mort. Oratorio concentrationnaire de Jean-Philippe Guerlais, Irène Lambelet et Numa Sadoul qui présentent un spectacle sinistre avec cris, agonies, etc. et  énonciation  des tragédies du XX ème siècle: Verdun, Hiroshima, Auschwitz, Dachau, Treblinka, Mauthausen…
Les jeunes compagnies invitées ne faisaient généralement pas dans le comique!

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Sauf le Grand Magic Circus de Jérôme Savary qui fut un des piliers de Sigma, avec Chroniques coloniales ou Les Aventures de Zartan, frère mal-aimé de Tarzan et Les derniers Jours de solitude de Robinson Crusoé: humour cinglant, burlesque permanent, belle filles presque nues, décors en toile peinte, gags faciles mais efficaces, mauvais goût revendiqué… Le Magic Circus connaîtra à Bordeaux le même immense grand succès qu’à Paris. Roger Lafosse faisait entièrement confiance à Jérôme Savary qui, nous avait-il dit, avait répondu à son appel en prétendant avoir quelque chose sur le feu. Bien entendu, il n’avait rien de précis mais passa deux jours à écrire le scénario d’un spectacle. Une autre époque… A Sigma 8, en 73, son Pierre de Coubertin est joué au Palais des sports à Bordeaux, un lieu qui, lui,  existe toujours. 

Après Sigma 5 (1969), le jeune Bordelais Guy Lenoir mit en scène Les Mamelles de Tirésias, puis l’année suivante L’Empereur de Chine, puis avec Yvon Blanloeil et GilbertTiberghien, 1983. Puis il créa spectacle itinérant en bus puis sur les bords de la Garonne, avec moules cuites sur un feu de bois et coup à boire… Deux ans plus tard, le Fénoménal Bazaar Illimited (F.B.I.) présenta aux entrepôts Lainé Monopolis de Guénolé Azerthiope et Roland Topor, avec scènes de tortures dans les commissariats, casernes et prisons avec cris, giclées de sang…. On put aussi voir La Mort de Bessie Smith d’Edward Albee, mise en scène de Jean-Marie Serreau, formidable découvreur…
En 75, le Living Theater revenait avec La Tour de l’argent où était dénoncé avec une virulence exceptionnelle, le capitalisme américain dans le monde… Le public étant assis tout autour d’un haute tour où évoluaient les acteurs, il y a cinquante ans et c’est pourtant encore si présent à notre mémoire. 

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Les Mirabelles, compagnie de travestis qu’avait invitée Jean Digne-un fidèle de Sigma- à Aix, ville ouverte aux saltimbanques, présenta, en 77, Les Contes de la dame blanche, décors de Tardi!  avec ogres, vampires et…. travestis.  Roger Lafosse s’intéressait aussi aux solos: Farid Chopel créa Chopélia et, en 80, cette fois avec Ged Marlon, un merveilleux spectacle, Les Aviateurs. En 79, Jean-Paul Farré interprète Dieu de Pierre Henry et Le Farré sifflera trois fois. Et nous n’oublierons jamais Zouc avec L’Alboum de Zouc. de cette exceptionnelle artiste suisse…avec des sketches qui la révéleront et où elle interprétait des personnages en partie issus de ses observations en hôpital psychiatrique. Physiquement très diminuée à la suite d’une maladie nosocomiale, elle a maintenant soixante-quinze ans.
Sigma 11 en 81, le Cirque Aligre, avec cinq garçons genre punk dont Bartabas, montreur de chevaux et Branlotin, avalant une souris devant un public horrifié.. Puis, l’un d’eux enlevait une spectatrice (une complice?) qu’il dénudait et plaçait sur un cheval au petit galop… Trois ans plus tard, Bartabas créera  Zingaro avec chevaux et musique tzigane. Il sera toujours reconnaissant à Roger Lafosse de l’avoir soutenu.

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En 90, le Royal de Luxe joue place des Quinconces, sa merveilleuse Véritable histoire de France et, cinq ans plus tard devant la base sous-marine Peplum  avec deux pyramides, un sphinx parlant et crachant de la fumée, un piano lancé par une catapulte, devant quelques milliers de spectateurs. « On fait un théâtre populaire et on y tient, disait Jean-Luc Courcoult, il faut rester dans la rue et que ce soit gratuit. »
Plus tard, en 91 arrivera Metal clown de la compagnie Archaos qui retraçait avec des images symboliques, l’histoire de l’esclavage et l’invasion de l’Amérique du Sud par les conquistadores. Odeurs d’essence et de poudre. torches, clowns avec boucliers de tôle ondulée,  tronçonneuses, lance-flammes, motos en marche avec acrobates casqués, violoniste avec scie électrique sur le rock des Thunder Dogs Puis mais moins convaincant:  sur des praticables à roulettes, les acteurs espagnols de la Fura del Baus déchirent avec leurs dents  des viscères d’animaux, s’aspergent de sang. 
Roger Lafosse avait un sûr instinct et avec beaucoup de travail en amont, il  se trompait rarement…Il invita ainsi Jan Fabre alors très peu connu… Bref,  grâce à lui, à chaque édition de Sigma, le public bordelais mais pas que, découvrait tous ces artistes devenus souvent vedettes internationales ! Il y avait bien des esprits chagrins reprochant à Roger Lafosse telle ou telle programme moins réussi. Mais aucun festival en France, même celui d’Avignon, n’offrait une telle diversité et n’accueillait de si nombreux artistes étrangers.
Une piste cyclable sur les bords de la Garonne devrait bientôt recevoir le nom de Roger Lafosse, lui qui aimait tant le vélo… C’est la moindre des choses. Merci à Guy Lenoir et à toute cette équipe d’avoir su fait évoquer Sigma, une histoire exceptionnelle dans l’histoire du spectacle en France…

(A suivre)

Philippe du Vignal

Le soixantième anniversaire du festival Sigma a eu lieu à Bordeaux les  6, 7 et 8 novembre.

 

Les broderies de Dominique Orozco

Les broderies de Dominique Orozco

La broderie, c’est à dire coudre sur un tissu à plat, des  fils, perles, paillettes… est un art d’orfèvre venu du fond des temps: la broderie chinoise remonte à plus de 5. 000 ans et il y a, à peine un siècle, le linge personnel et de maison (draps, etc.) était dans les familles bourgeoises européennes, un instrument d’identification, quand il était envoyé aux blanchisseries. Mais elle ornait aussi les robes de haute couture. Et dans les religions catholique et orthodoxe: les chasubles, étoles, mitres, pavillons de ciboire, etc.  Et plus récemment, sur les costumes d’opéra et aussi parfois de théâtre.

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Dominique Orozco a travaillé de 74 à 2017 soit quarante-trois ans ! à l’atelier couture du Théâtre National de Chaillot dirigé par Josette Planet. Un service exceptionnel mais au sous-sol! où ont été réalisés les costumes de Yannis Kokkos pour les mises en scène d’Antoine Vitez et ensuite ceux de Michel Dussarat pour Jérôme Savary. C’est grâce aussi à toutes ces couturières et à leurs camarades techniciens qu’ont pu naître ces remarquables spectacles comme Hamlet, Electre, Le Soulier de satin… pour le premier, et ensuite, pour le second : Cyrano de Bergerac, Mère Courage, Le Bourgeois Gentilhomme. Dominique Orozco découvre le costume avec le  pourpoint du comte Almaviva  que jouait Didier Sandre dans Le Mariage de Figaro, mise en scène de Jean-Pierre Vincent (1987). Et elle a envie à ce moment-là de faire de la broderie d’art. En 2007, pour Un Chapeau de paille d’Italie d’Eugène Labiche, réalisé par Jean-Baptiste Sastre, elle conçut et réalisa un petit sac à main en organsa de soie, une véritable œuvre d’art avec sa broderie. Ce service couture a aussi rendu de grands services à l’École du Théâtre National de Chaillot; ainsi les apprentis-comédiens dirigés par Andrzej Severyn ont pu jouer Peines d’amour perdues de William Shakespeare dans de magnifiques costumes, conçus entre autres, par Yannis Kokhos, pour de nombreuses pièces…

© Dominique Orozco

© Dominique Orozco

Dominique Orozco a été inspirée par les feuilles de gingko, le premier arbre, dit-on, à repousser après le bombardement atomique d’Hiroshima. Appelé aussi arbre aux mille écus avec des individus mâles à cônes de pollen et des femelles à longs pédoncules portant à leur extrémité un ovule, nu et sans pétales. Antoine Gouan (1733-1821) en planta un au Jardin des plantes de Montpellier en 1788 et sept ans plus tard, on en mit une bouture au Jardin des plantes à Paris. Et ils sont encore bien vivants! Le ginkgo biloba a séduit Goethe à Weimar. «La feuille de cet arbre, qui, de l’Orient,/Est confiée à mon jardin,/Offre un sens caché/Qui charme l’initié. » Et devenu l’arbre-fétiche de cette ville, il a aussi passionné les peintres de l’Art nouveau. Bref, il est entré dans l’histoire de l’art occidental.

© D. Orozco Harmonie ( 2023)  22cms x 32cms

© D. Orozco Harmonie (2023) 22 cms x 32cms


Dominique Orozco apprit la broderie d’art grâce à neuf stages dans la très renommée maison Lesage de 2006 à 2016 avec  des ouvrières d’exception. Ce très exigeant et long travail qui existe en France depuis des siècles est réalisé au crochet de Lunéville qui permet d’insérer perles et paillettes sur les tissus et autres matériaux comme de la vessie de porc, des peaux de serpent..

Elle passait souvent devant le musée Guimet, proche de Chaillot où il y a dans le jardin des ginkgos, arbres sacrés en Asie où les moines bouddhistes chinois et japonais les soignent depuis des siècles. Le plus ancien connu a 1.400 ans ! Emile Guimet, fondateur de ce musée, en aurait planté un dans le jardin et leurs feuilles vert cru, passent au jaune vif à l’automne.
Admirative, Dominique Orozco en a récupérées d’une branche qui était tombée sur le trottoir. Il y a plusieurs type de feuilles aux lobes séparés, triangulaires, en éventail. Autant d’éléments pour motifs de broderie. Et elle fera ses premières créations en 2019,en mettant parfois un très légère couche de peinture pour tissu, ce qui stabilise les couleurs végétales fragiles, allant du vert au jaune voire au marron. Puis,  elle brode sur ces feuilles et autour sur les tissus de soie, tulle, coton… avec des chenilles de soie, des perles et tubes de verre, voire de paillettes anciennes. Elle expose ici une vingtaine d’œuvres, remarquablement encadrées, qui témoignent d’une sensibilité exceptionnelle et d’un travail, humble mais d’une extrême précision, fondé sur un savoir-faire retransmis par des ouvrières spécialisées et auquel Dominique Orozco,  qui maintenant enseigne aussi la broderie, reste très attachée.

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Pourquoi est-on fasciné par ces œuvres… Sans doute grâce à l’union entre végétal d’une extrême fragilité et matériau minéral indestructible, entre techniques du passé et travail au présent, pas si fréquent en art contemporain… Il y a, semble-t-il, une recherche d’identité, comme celle qu’a menée Annette Messager avec un intérêt pour le tissu, le tricot (Mon guide du tricot 1973-2011) et… la broderie, notamment dans Ma Collection de proverbes (1974). Ici, pas de critique de la condition féminine mais chez Dominique Orozco, un langage plastique avec, comme chez Annette Messager, l’utilisation de matériaux sans valeur et du quotidien: des feuilles « mortes » auxquelles cette artiste redonne une vie splendide…
Il y a ici, comme une lutte personnelle pour arrêter le temps. « Le seul véritable voyage, le seul bain de jouvence, écrivait Marcel Proust, dans A la recherche du temps perdu, ce ne serait pas d’aller vers de nouveaux paysages, mais d’avoir d’autres yeux ». Dominique Orozco nous offre cette riche possibilité. Ce serait bien qu’un Centre d’art contemporain, achète une de ces œuvres, à l’opposé de celles académiques, laborieusement conçues à partir de l’art conceptuel: cela changerait… 

Philippe du Vignal


Jusqu’au 22 novembre, Espace F 360  5 rue Mignon, Paris (VI ème), de 11 h à 19 h.


Festival de Charleville-Mézières Celles qui trinquent installation immersive id’Aurélie Hubeau

Festival de Charleville-Mézière 

Celles qui trinquent installation immersive d’Aurélie Hubeau

La marionnettiste a été élève de l’Ecole nationale de Charleville-Mézières et présente ici une exposition et un spectacle. A la suite de rencontres avec des femmes qui se battent contre l’alcoolisme : patientes et soignantes du service addictologie de l’hôpital Bélair, elle a imaginé cette installation, réalisée à partir d’une série d’entretiens avec ces femmes et des sculptures en argile, visions d’elles-mêmes qu’elles ont elles-même créées.  On peut entendre ici dans le cadre d’un projet Culture et Santé avec la DRAC Grand-Est et l’Agence Régionale de Santé Grand-Est, la parole de ces patientes alcooliques et des soignantes de l’unité d’addictologie Michel Fontan, de l’hôpital de jour du Centre Hospitalier Bélair et du C.M.P. d’addictologie Marcel Méhaut à Charleville-Mézières.

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Ces alcooliques sont d’autant plus méprisées qu’elles sont des femmes. Et comment ne pas être sensible à cette lutte que mène ici Aurélie Hubeau contre les préjugés et la méconnaissance de cette addiction.
Les phrases qu’on entend- bien mis en valeur par des sonorités et de sifflements métalliques -sont de celles qu’on n’oublie pas. Toutes, dures poignantes, avec en filigrane, la solitude permanente et une extrême dépendance chez Anne-Marie, Sandra, Sophie, Sylvie…
« Je ne sors jamais de chez moi. Petite, j’ai vécu des sévices sexuels et à onze ans, j’ai commencé à déprimer. C’était tabou mais je pense que mon alcoolisme, cela vient de là./Le père de ma fille était alcoolique. Au début, cela allait mais après il me violentait:  tu es bête, tu es bête. Cela ma enlevé la confiance en moi./ Accident de voiture de mon fils qui est décédé. Après je souffrais tellement, que  j’absorbais de l’alcool de façon massive./ Vivre avec l’alcool, c’est vivre avec la mort. dans des réunions politiques, les verres de vin puis le whisky. A quarante et un ans, j’ai rencontré quelqu’un qui buvait quotidiennement mais raisonnablement. Je l’ai dépassé et puis la cirrhose est venue. (..) J’en suis au troisième arrêt.

Je bois du whisky à me rendre malade./ Mon cerveau me dit : va t’acheter de l’alcool mais l’angoisse est toujours là malgré les médicaments./ Quand on boit, on se sent mieux, on oublie ses soucis. L’alcoolisation massive, cela fait oublier./ J’avais envie de parler à ma sœur comme si je ne la reverrai plus/ J’étais anesthésiée par l’alcool je n’avais pas d’heure. Une fois réveillée, je buvais, je buvais/
Une personne alcoolique à gérer, c’est difficile mais deux en couple, c’est impossible. / Je croyais que l’alcool me ferait du bien mais non elle ne fait pas de bien./L’alcool ne console pas l’homme. Dieu est remplacé par l’alcool/ J’ai commencé à voire toute seule chez moi à partir où on commence à boire chez soi seul, c’est fini
Cinq à six verres de vin blanc en quelque heures. Après, je suis passée au whisky (…) J’en étais quand même à une ou deux bouteilles par jour. /L’alcool accompagne d’abord les relations sexuelles et remplace l’événement de la jouissance. /Il me suffit d’un verre pour retomber dedans. Rien que d’en parler, j’ai envie de boire mais je ne le ferai pas. /J’ai vraiment bu beaucoup. Je recommence à boire à partir d’un seul verre de vin.  Ces phrases de ces femmes dépendantes à l’alcool font froid dans le dos!
Oui, l’alcool fait des ravages humains dès l’adolescence et jusqu’à un âge avancé. En France43 % des collégiens -en sixième, 27%- déclaraient il y a trois ans en  avaient déjà consommé.  Comme 74 % des élèves de terminale et un quart des 65–75 ans, eux, quotidiennement! Avec, au compteur, 49.000 décès par an et un coût des séjours hospitaliers estimé à 2 ,64 milliards d’€. A votre santé…

Exposition présentée du 19 au 27 septembre à la Médiathèque Voyelles de Charleville-Mézières (Ardennnes). 

Alcool, texte de Marguerite Duras, mise en scène d’Aurélie Hubeau, marionnettes: Elise Combet, Ionah Mélin   

En lien et résonance avec cette installation, un court spectacle avec une marionnette: on entend la voix de Marguerite Duras, alcoolique notoire: «Ne jamais être saoule. Retirée du monde, inatteignable, mais pas saoule. » Elle a commencé à boire à trente-cinq ans, aux fêtes et réunions politiques. D’abord nuit et jour, puis toutes les deux heures.« Je me voyais me défaire, c’était jouissif de dégringoler. »  Jusqu’à la cirrhose.  On retrouve cette descente alcoolique dans son roman Moderato cantabile (1958) où il y a une attirance sexuelle entre Chauvin et Anne, avec verres de vin au café du coin.

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Premier tableau avec un delirium tremens avec troubles et altérations des sens. Marguerite Duras raconte ici par la voix d’Anne See, ses nombreuses cures de désintoxication en hôpital. Sur le sol noir, une plante verte, chaise, un table et une lampe de chevet en miniature- et le sinistre bruit de portes en fer (remarquable création sonore de Maxime Lance, Vivien Trelcat).
Puis  une marionnette se tient en équilibre sur un fil, symbole d’une existence passée entre la boisson et l’écriture qui était aussi la vie de l’écrivaine consciente de sa dépendance qu’elle savait toxique pour sa vie mais tout aussi indispensable pour réussir à dominer ses angoisses…Ensuite, elle danse grâce à des fils horizontaux.
Un spectacle très bien réalisé avec un texte fulgurant et on l’espère, dissuasif: il  parle à chacun prenant un apéritif de de temps à autre, seul ou pas. Il qui dit les choses et  dérange, en mettant en avant l’alcoolisme d’une écrivaine. Le théâtre ne peut tout résoudre mais au moins offrir une piqûre de rappel efficace comme ici.

Sylvia Monroe

Spectacle vu le 20 septembre au festival de Charleville-Mézières (Ardennes).

 

Exposition de la compagnie Atomik Family à la Maison de la magie Robert-Houdin à Blois


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xposition Magie foraine à la Maison de la magie Robert Houdin, à Blois

 «Apparues aux origines de l’art, les figures de l’étrange et de la monstruosité, dit son commissaire, Frédéric Dautigny, sont un répertoire inépuisable, riche de significations et magie. Barnum les a ensuite rendues célèbres. Sous de petits chapiteaux: des «baraques», on proposait des spectacles au pittoresque et aux scènes remarquables, au-delà de toute description…

©  Nicolas Wietrich

© Nicolas Wietrich

L’histoire commence en octobre, l’an passé à Blois, voisine des plus beaux châteaux français et dont les habitants sont gens de bon sens, doués pour le rêve et peu sceptiques… Mais depuis 98, le fantastique et la magie ont envahi la ville avec un musée, la Maison de la magie Robert Houdin. Arnaud Dalaine, metteur en scène et directeur de ce musée m’appelle et voudrait savoir ce que sont mes attractions foraines proposées lors d’animations du Freaky Circus et dont on lui a parlé. Il m’explique son projet d’exposition sur l’univers féerique et coloré de l’art forain, un monde où magie et création émerveillent petits et grands. Arnaud est un fin négociateur et on se comprend tout de suite…
Je collectionne les bizarreries, curiosités, singularités humaines et animales depuis trente ans et elles produisent chez la plupart des gens, frissons et émerveillement. Je propose à Arnaud de mettre ma collection à sa disposition. Heureux de faire partie de cette nouvelle aventure, je prends rendez-vous avec lui en Avignon où j’expose toute l’année au Tarot Créatif, des artefacts magiques et entre-sorts… Il choisit des pièces et découvre les coulisses d’un art longtemps considéré comme mineur mais pourtant riche de savoir-faire, poésie et invention. Il choisit chacune avec précision, pour raconter l’histoire des fêtes foraines, avec saltimbanques, montreurs de phénomènes, jeux de foire, spectacles ambulants…

Cette exposition exceptionnelle retrace l’histoire de ces arts forains grâce à une collection unique d’affiches, objets, photos de monstres, installations mêlant patrimoine, émotions et spectacles vivant. Elle fait renaître des artistes talentueux qu’on pouvait rencontrer dans les «baraques à boniments». À travers une célébration du divertissement, c’est tout un pan de notre mémoire qui reprend vie; l’inauguration en avril dernier a été un véritable succès  les trois premiers mois, le musée a affiché une fréquentation record.
Entrez, entrez… sous un chapiteau imaginaire où les lumières vacillent comme des étoiles et où le temps suspend son vol. L’art forain est un divertissement mais aussi un langage oublié, celui des couleurs qui chantent, des bois sculptés qui murmurent, des automates qui s’éveillent, à la tombée de la nuit….
Un monde à part: le merveilleux s’y invite au quotidien et les rires des enfants se mêlent à la nostalgie des parents. Les miroirs y reflètent nos rêves enfouis et les baraques peintes racontent en silence des histoires de fêtes et voyages en liberté. Chaque objet est un fragment d’enfance, la mémoire des fêtes foraines et un battement de cœur venu d’hier.£
Laissez-vous guider par la musique d’un ancien orgue  de barbarie… Elle vous mènera dans un univers où le réel flirte avec le fantastique, où l’artisan devient magicien et où chaque tour est une promesse d’évasion. Bienvenue dans l’art forain, ce théâtre de la joie nomade, ce musée vivant. Merci à tous ceux qui, chaque jour, dans ce temple, font vivre la magie. »

Sébastien Bazou

Exposition Magie Foraine jusqu’au 4 janvier, Maison de la magie Robert Houdin, Blois (Loir-et-Cher). Conférence de Frédéric Dautigny, le 19 septembre.

 

 

 

Grand Palais d’été

Grand Palais d’été

Des chiffres qui donnent le vertige… . Le Grand Palais avait été construit en 1894 en seulement trois ans! La grande nef: un structure de 6.000 tonnes d’acier, plus que la Tour Eiffel- soit un total de 8. 500 avec le Palais d’Antin. 10% en a été remplacé pendant une première phase des travaux et la surface de la structure de 110.000 m 2, a été repeinte avec soixante tonnes de vert léger réséda fournies par l’entreprise Ripolin! comme à l’origine. Surface au sol : 13. 500 m2 . La verrière, de toute beauté, est la plus vaste en Europe: 17.500 m 2! a, elle, été remplacée. D’où une exceptionnelle lumière zénithale…

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Le ministre de la Culture et de la Communication Renaud Donnedieu de Vabres, avait voulu qu’au lieu d’en confier gestion et programmation à des organismes privés, on mette en place un « établissement public», ce qui a été fait depuis. Et le Grand Palais a fusionné avec la Réunion des Musées nationaux. Puis une restauration de grande ampleur a eu lieu de 2021 à 2023 et l’an passé, ont pu s’y dérouler les épreuves d’escrime des Jeux olympiques. Coût : 466 millions d’€, financé en partie par un emprunt et par un mécénat de Chanel. Maintenant la totalité du bâtiment a été remise à neuf. Didier Fusillier, qui a été nommé président du Grand Palais, a annoncé la programmation inaugurée le 6 juin dans la Nef et ses abords. Avec spectacles de danse, expositions, spectacles, DJ sets, performances et parades festives sous la verrière de la nef répartie en trois espaces dont un consacré au spectacle. Au programme de cette première édition, Balloon Museum invité par Didier FusillierEuphoria,une exposition conçue par les équipes du Balloon Museum né en 2021 en Italie et par Valentino Catricala, commissaire. Avec des œuvres de Philippe Parreno, Hyperstudio, Rafael Lozano-Hemmer, Ryan Gander, A.A. Murakami, Karina Smigla-Bobinski, Cyril Lancelin, Camille Walala, Quiet Ensemble, SpY, Nils Völker, Sun Yitian, MOTOREFISICO, Alex Schweder. Cette exposition itinérante a réuni plus de soixante artistes à Berlin, Singapour, San Francisco, Los Angeles, Rome et arrive en France pour la première fois. «Véritable phénomène immersif, l’exposition dévoile une multitude d’environnements aériens Il cultive les ponts entre l’art et le divertissement, en repoussant toujours plus loin les limites de formats et d’interactions. Une exposition qui ne manquera pas d’émerveiller petits et grands ! » (sic)

Bon, mais pas de quoi être  si émerveillé …Il y a, entre autres des œuvres de Philippe Parreno, des « quasi-objets », une notion empruntée à Michel Serres. Dans une grande salle, les poissons de différentes races- baudruches gonflées à l’hélium, assez réalistes et poétiques à la fois, se baladent, mus par le souffle produit par les allées et venues des visiteurs.

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De Nils Völker, artiste allemand, connu par entre autres pour Fuchsia, Orange et Bleu Royal créée pour la M.A.D Galerie en Belgique. Ici, cent-vingt sacs-poubelle noirs se gonflent et se rétractent sans cesse comme un humain qui respire, de part et d’autre d’un long couloir. Un peu anxiogène mais impressionnant. A l’extérieur, une sorte de grand échelle en tissu plastique gonflé aux couleurs vives…d’environ dix huit m. Une « œuvre » gonflée en permanence mais pas vraiment convaincante. Et sous  la verrière, cinq gros ballons argentés qui bougent au-dessus de centaines de baudruches blanches accrochées aux balustrades des galeries.  Il y a aussi plus drôles, de grosses boules suspendues par des fils de couleur et magnifiquement éclairées qui font le bonheur des enfants. Mais beaucoup de plastique dépensé… à l’heure des économies d’énergie! Exposition payante, du lundi au vendredi.

© Joana Linda

© Joana Linda

Côté droit de la nef, à voir gratuitement, il y a une belle installation d’Ernesto Noto :  Nosso Barco Tambor Terra (Notre Barque Tambour Terre), une œuvre monumentale avec une grande voûte faite au crochet, un tapis d’écorce brune au sol et des  épices, du riz… dans de petits sacs suspendus et des instruments de percussion: gongs, tambours… Conçu pour être parcouru sans chaussures, cet environnement est fondé sur une relation fondamentale à la nature et veut «explorer la continuité entre notre propre corps et celui de la Terre, à travers la fabrication manuelle, les matériaux organiques et les techniques ancestrales. » L’œuvre, avec ses grands pans faits au crochet, suspendus par des cordes aux poutres de la grande verrière, s’inspire de l’influence de la voile et de la navigation sur les relations entre les peuples. A voir, et en plus, c’est gratuit.

Aussi gratuite: l’exposition Horizontes peintures brésiliennes, sur les balcons de la nef : une manifestation organisée dans le cadre de la saison Brésil-France 2025 avec des œuvres d’artistes contemporains de ce grand pays. Des pratiques entre mémoire collective et résonances intimes. Agrade Camíz s’inspire de l’architecture des banlieues et favelas de Rio-de-Janeiro et construit des univers colorés évoquant des espaces domestiques avec des thèmes comme la sexualité, l’oppression féminine, le corps et l’enfance. Dans les toiles de Vinicius Gerheim, la nature se mêle aux figures animales et humaines, entre sensualité et spiritualité.

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Antonio Obá, lui, étudie la culture du Brésil et ses contradictions. Sa peinture est fondée sur un acte de résistance : érotisation du corps de l’homme noir et construction de sa propre identité. Banhistas n° 3 – Espreita (Bathers no. 3-Peeking), 2020 est une œuvre étonnante où dans une belle piscine nagent deux hommes noirs ; on ne voit que leurs visages, une petite fille et… un crocodile noir. Les univers non figuratifs de Marina Perez Simão évoquent à la fois des paysages naturels, géologiques mais aussi intérieurs.

A aussi été annoncée Vertige, une expérience alliant acrobatie, musique et architecture de Rachid Ouramdane, chorégraphe et directeur de Chaillot-Théâtre national de la Danse, Chassol et Nathan Paulin, avec la compagnie de Chaillot et la maîtrise de Radio France. Un spectacle dont vous parlera Jean Couturier.

Philippe du Vignal 

Grand Palais 25 avenue du Général Eisenhower, Paris (VIII ème). T. : 01 44 13 17 17. 

Carte blanche à Gaël Faye au musée du Louvre

Carte blanche à Gaël Faye au musée du Louvre

Cela fait de nombreuses années que ce musée collabore avec des artistes. Avec Gaël Faye, il reçoit à la fois l’écrivain mais aussi le chanteur-compositeur et interprète. Une carte blanche avec randonnée nocturne en mars dernier dans le Louvre. «On ressent les choses différemment, quand la ville se calme.» dit-il. Le public est en petit comité et il y a des artistes invités comme Gaël Kamilindi, de la Comédie Française.
La conférence de Maxime Froissant à laquelle nous avons assisté, avait pour thème le processus de création artistique à l’occasion de la sortie de Jacaranda de Gaël Faye (prix Renaudot 2024, Grasset).

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Un concert (malheureusement complet) aura lieu le 20 mai en dialogue avec Le Radeau de la méduse de Théodore Géricault et finira en beauté cette collaboration, en forme de métissage entre tableaux et artistes vivants.
La redécouverte du musée est liée au regard de ces jeunes filles qui tenaient dans un premier temps, à découvrir les seules œuvres représentant des chats ou des chiens. Lui, partage sa vie entre les mots des créations liées à l’enfance et la musique.
Petit Pays (prix Goncourt des lycéens 2016, Grasset) et Jacaranda, sans être vraiment autobiographiques, sont fondés sur ses souvenirs du génocide au Rwanda et le traumatisme de la guerre qu’il a vécue: «Les mots en disent plus que les images. (…) «Tout est écriture ». Et ces romans débutent par un retour à l’enfance mais il n’oppose en rien musique et écriture.
Ecrire lui demande beaucoup de temps et un effort physique qu’il ressent dans son corps. Il nous lit un extrait de Jacaranda et évoque le personnage de Stella. « Elle a grandi auprès de son arbre mystique, son ami et confident, une présence rassurante dans une époque tourmentée, une balise fixe dans les remous du temps qui passe.» Il dit « ressentir son histoire sans savoir au départ comment il va la raconter.»
Stella symbolise la jeunesse rwandaise actuelle qu’il a rencontrée. «Je construis mes romans par tableaux, dit-il, à travers une écriture non linéaire, comme un montage de film. Je finis par parler à mes personnages ; je suis à leur disposition. » Gaël Faye essaye de s’effacer et de leur laisser la place. Et en écrivant, il tente aussi de sauver tout ce qui disparait, comme une soirée banale chez sa grand-mère: une façon de sauver par les mots, tout un univers : « Rendre le passé, présent, est aussi la raison d’être d’un musée ! »

Jean Couturier

Le 20 mai, concert Gaël Faye, musée du Louvre (entrée par la Pyramide) 34 quai François Mitterrand, Paris (Ier).

Festival d’Avignon, Gahugu Gato, d’après Petit pays de Gaël Faye du 17 au 22 juillet, (relâche le 19), cloître des Célestins.

 

Christian Lacroix en scène au Centre National de la Scène à Moulins

Christian Lacroix en scène au Centre National de la Scène à Moulins, directrice et commissaire de l’exposition: Delphine Pinasa, scénographie de Véronique Dollfus

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Un nouvel et troisième rendez-vous entre Christian Lacroix, soixante-treize ans, d’abord artiste et créateur de haute couture, designeur,  costumier et  président d’honneur du C.N.C.S. Il a réalisé entre 2007 et 2024, en France, Europe, Chine et aux États-Unis, des costumes pour une centaine de spectacles de théâtre, opéra et danse. Une rétrospective unique dans l’univers baroque de Christian Lacroix dont ici, plus de cent-quarante sont présentés, à travers une déambulation chronologique et thématique… Et on peut voir aussi: croquis préparatoires, archives, collages, maquettes.

© Corentin Garraut

© Corentin Garreau


Eblouissant! Christian Lacroix travaille à partir de relectures, notamment des XVIII ème et XIX ème siècles, Avec des matières somptueuses et un remarquable sens du détail, comme pour La Vie de Galilée de Bertolt Brecht et Lucrèce Borgia ( 2009 et 2014) à la Comédie-Française ou Roméo et Juliette à l’Opéra-Comique (2008). On retrouve les formes, les textiles riches et colorés, les accessoires et bijoux de la Renaissance
Puis l’univers de la tragédie classique et de trois comédies-ballets de Molière avec les personnages du Bourgeois gentilhomme (2012), Les Noces de Figaro (2019), Georges Dandin ( 2020), L’Amour médecin  au Théâtre du Jeu de Paume, à Aix-en-Provence, 2023). 

Côté XVIII ème  siècle; Christian Lacroix a travaillé pour des œuvres de Marivaux et surtout Mozart avec ces costumes des Noces de Figaro (2019) réalisés par l’atelier Caraco Canezou,sous la direction de Claudine Lachaud, sa complice depuis 90,  avec une précision historique.
On peut voir aussi les costumes du Postillon de Lonjumeau, un opéra-comique d’Adolphe Adam, mis en scène par Michel Fau (2019), dessinés avec un certain burlesque et réalisés à partir d’éléments récupérés, transformés avec ruchés, volants, fleurs… (ci-dessous)

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 Christian Lacroix aime la transmission d’une génération à une autre… On retrouve ici les dieux de l’Olympe homériques du théâtre classique, de l’opéra baroque… de la peinture et de la sculpture.
Dans la deuxième partie de l’exposition,  on peut voir  en lien-avec les traditions provençales, les santons, la tauromachie, l’Espagne, Venise, Londres, les traditions gitanes,  la Camargue, les couleurs chaudes et les vêtements du XIX ème et du XX ème siècles qui l’avaient déjà inspiré comme couturier, Nîmois d’origine. Et les costumes qu’il avait dessinés pour le personnage de Figaro et les chœurs des Noces. Il aime aussi créer, à partir de fripes et éléments récupérés, des costumes bigarrés, comme ceux de  Madame Butterfly, mise en scène de Vincent Boussard à l’Opéra de Hambourg, d’Askungen  chorégraphie de Tamara Rojo à Stockholm, ou ceux de Peer Gynt d’Ibsen, mise en scène d’Éric Ruf à la Comédie-Française.
Il y a aussi une évocation du XIX ème siècle, avec redingotes noires et chapeaux haut-de-forme aussi noirs que les robes avec or et argent, comme celle imaginée pour Mélisande d’Éric Ruf. Qu’avait inspirées Gustav Klimt à Christian Lacroix.

 

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Enfin,  à voir aussi les costumes des anges et démons de nombreux spectacles, et ceux des momies des catacombes de Roméo et Juliette, les anges  et trolls de Peer Gynt, mises en scène d’Éric Ruf… Christian Lacroix habille les chœurs avec du tyvek en fibres de polyéthylène: léger,durable, respirant, résistant à l’eau et à l’abrasion! Il avait peint ce non-tissé, en noir ou imprimé, pour créer, entre autres, les costumes de Candide, au Staatssoper, un des trois opéras berlinois. Il y aussi, un parcours pour le jeune public et en lien avec le travail de cet artiste, des ateliers, spectacles, etc.

Solange Barbizier

Catalogue en coédition, C.N.C.S. et Gallimard. 32 €.

Jusqu’au 4 janvier 2026, Centre National du Costume et de la Scène, quartier Villars, route de Montilly, Moulins (Allier). T. : 04 70 20 76 20. Accessible en vingt minutes à pied de la gare de Moulins-sur-Allier. Ou par bus, ligne B, arrêt: C.N.C.S.

A découvrir aussi dans ce lieu exceptionnel :

- La Scène-l’envers du décor (la scénographie et les différents savoirs-faire autour du décor de théâtre).
-Trésors des collections-salles permanentes (de nouveaux espaces ouverts en février, sont consacrés à l’histoire du costume de scène a travers la collection du C.N.C.S.)
- Collection Noureev,  un don unique.

 

 

 

 

 

 

 

 

Vers la Mort, chorégraphie de Sharon Eyal et Appartement,chorégraphie de Mats Ek

Vers la Mort, chorégraphie de Sharon Eyal et Appartement, chorégraphie de Mats Ek

C’est une création de Sharon Eyal pour le Ballet de l’Opéra national de Paris, d’après l’original OCD Love. Nous avions été impressionnés-il y a sept ans déjà- par la violence et l’animalité des danseurs à Chaillot (voir Le Théâtre du Blog).
La musique d’Ori Lichtik est toujours aussi présente et envoûtante mais la chorégraphie est plus esthétisante. Les interprètes, avec des mouvements a-synchroniques, semblaient sortir d’un service de neurologie… Ceux de l’Opéra,avec une gestuelle plus harmonieuse, apparaissent comme de magnifiques sculptures échappées du Louvre. Parfois, on découvre une rébellion envers l’harmonie du groupe: un corps s’exprime, se dissocie mais tout rentre vite dans l’ordre .
Sharon Eyal dont les pièces sont reprises dans le monde entier, a réécrit cette pièce mais le parti-pris adopté ici est moins fort que dans la version originale d’OCD love qui avait été présentée en dispositif bi-frontal dans le grand foyer de Chaillot. Mais les interprètes sont en parfait accord avec cette nouvelle esthétique.

Ici une grande partie du spectacle a lieu à jardin, ce qui prive d’une bonne visibilité, les spectateurs placés à cour ! Aucun souci de ce type avec Appartement de Mats Ek, surtout dansé à l’avant-scène et accompagné sur scène par les musiciens de Fleshquartet. José Carlos Martínez directeur de la danse à l’Opéra national, y a créé un des rôles emblématiques dans la séquence de la télévision… il y a vingt-cinq ans ici même. Il est remplacé aujourd’hui par Hugo Vigliotti. Cette pièce devenue presque classique et qui appartient à l’histoire de la danse, a été reprise avec brio il y a dix ans par Mariko Aoyama, assistée d’Ana Laguna et de Mats Ek pour le ballet du Bolchoï  (voir Le Théâtre du Blog).

 ©Yonathan Kellerman

Les tableaux rythmés par les ouvertures du rideau de scène comme, entre autres, ce curieux et réussi solo d’ouverture de Roxane Stojanov, avec un bidet, dévoilent l’intimité d’un appartement et surprennent toujours autant le public. Ou la séquence de La Cuisine, où dans un four se calcine un bébé,  qui est dansée par Léonore Baulac et Alexandre Gasse, choque toujours autant le public !
Deux tableaux sont un peu datés: celui de l’écran de télévision devant lequel le danseur sommeille, ou ce ballet de cinq danseuses avec aspirateurs. La troupe du Bolchoï transformait ces moments de vie quotidienne, en une performance athlétique et le Ballet de l’Opéra donne une dimension plus humaine et plus théâtrale aux personnages: cela confirme la qualité de ces interprètes de danse contemporaine.
A l’occasion de la reprise d’Appartement et des quatre-vingt ans de Mats Ek, une exposition lui est consacrée au Palais Garnier.Pour célébrer aussi le travail, et les liens privilégiés que Mats Ek entretient avec l’Opéra national, les costumes iconiques et accessoires de ses grands ballets:  Carmen, Giselle, La Maison de Bernarda, Boléro… sont exposés dans ses espaces publics.

Jean Couturier

Jusqu’au 18 avril, Opéra de Paris, Palais Garnier, Paris (VIII ème). T. : 08 92 89 90 90.

 

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