The Last Hamlet, conception et mise en scène de Ben Duke, avec Hannah Shepherd, Miguel Altunaga et lui-même (en anglais surtitré en français)
The Last Hamlet, conception et mise en scène de Ben Duke, avec Hannah Shepherd, Miguel Altunaga et lui-même (en anglais surtitré en français)
Après Haribo Kimchi, deuxième et grand coup de cœur dans le In. Quel bonheur de voir les spectateurs enfin heureux à la sortie du magnifique Cloître des Célestins. On ne vient pas au théâtre pour souffrir mais pour réfléchir et avoir quand même du plaisir, vivre un moment unique qui s’inscrira dans notre mémoire. « J’ignore, dit le chorégraphe, metteur en scène et ici acteur, si, à travers cet Hamlet, je fais une critique du théâtre. Je suis sûr qu’il doit convaincre son public. Parce que c’est ce que je ressens aujourd’hui : le théâtre a de la valeur, en particulier au Royaume-Uni ou en France, où la Culture est attaquée de toute part, où l’on nous fait sentir qu’en temps de guerre, nous sommes bien peu de chose. Alors, oui, comme acteur, Hamlet est menacé, et en œuvrant pour sa survie, il défend le théâtre .». (…) « En voulant monter The Last Hamlet, je suis sans doute provocateur. C’est un acte d’hybris, n’est-ce pas? Je sais pertinemment que ce projet est impossible…Mais j’aime les tâches impossibles. Je sais que cela ne va pas se passer comme prévu, que cela va même mal se passer mais qu’ainsi, je trouverai une forme de liberté. Je n’y arriverai pas mais je vais tenter le coup, essayer de le faire. »
La créatrice Katie Mitchell s’exprime en voix off, dans l’émission de radio The Cultural Life : « J’en ai marre des pièces de théâtre sur les hommes dépressifs et misogynes. » Ben Duke, avec ce trait d’humour, nous rappelle que le théâtre est fragile et que la bien-pensance peut à tout moment le censurer.
Autre moyen de censure : l’argent… Le metteur en scène nous explique qu’il va devoir jouer seul et pour des raisons budgétaires, faire interpréter les personnages par des peluches : «Je vais vous demander de m’aider. » Et donc parfois, des spectateurs donneront leur voix à ces peluches. Aidé par deux acolytes, Ben Duke nous fait voyager dans une création jubilatoire, intelligente et sensible. Tout est présent ici: émotion, réflexion, beauté du texte.
Au milieu de ce spectacle qu’il faut absolument aller découvrir le public entend parfois, entre des boîtes en carton et des peluches, les phrases de Shakespeare. Impossible d’énumérer chaque moment intense, entre autres: la présence charismatique du spectre-père d’Hamlet, roi du Danemark (Miguel Altunaga) au magnifique crâne de lion qui a gardé sa crinière. Mais aussi la fausse bonhomie de l’oie en peluche qui incarne, Gertrude, veuve du roi et mère d’Hamlet (parfois jouée par Hannah Shepherd) et le serpent en peluche qui fait vivre, Claudius, l’oncle d’Hamlet.
L’humour décalé est indissociable de cette création: ainsi, le spectre demande à son fils ce qu’il en est de sa carrière théâtrale et affirme qu » il doit y avoir des moyens plus faciles de gagner sa vie .» Hamlet est dans le doute. « Je sens, dit Ben Duke, que mon ancrage dans la réalité est difficile ».
Quand, , après une longue absence, Hamlet revoit Ophélia et qu’il l’interroge sur son passé, la loutre incarnée par Hannah Shepherd lui répond: «Des bites , des bites, des bites .». Au cours de cette folle soirée, il y a deux moments exceptionnels: Claudius et Gertrude dans un corps à corps animal dansé par Hannah Shepherd et Miguel Altunaga. Et Hamlet, le lionceau a sept ans mais se souvient et revit cette danse à trois avec sa mère et son père: de l’émotion pure.
Le spectacle sera repris à la rentrée au théâtre de la Ville, courez y!
Jean Couturier.
Jusqu’au 24 juillet, Cloître des Célestins, Avignon (Vaucluse).













