Compétition internationale de patinage artistique synchronisé : trente et unième édition

Compétition internationale de patinage artistique synchronisé : trente et unième édition à Rouen

Un événement avec, chaque année, des centaines de spectateurs! Depuis 1903, l’Union des fédérations françaises des sports de glace gérait patinage artistique, patinage de vitesse, et de danse, hockey et curling. Cinq ans plus tard, la Fédération française des sports d’hiver a été créée avec Louis Magnus, son premier président. Puis la Fédération française des sports de glace, fondée pendant l’Occupation allemande en 1941 par Georges Guérard et Jacques Lacarière, regroupa ces disciplines en une seule fédération et reçut l’agrément ministériel en 42, devenant ainsi leur organisme officiel.

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©x L’équipe de France

Le patinage artistique synchronisé est un sport collectif spectaculaire où évoluent seize jeunes femmes: un ensemble majoritairement féminin avec ici, dans deux équipes, un garçon). Cette année, après la trentième édition de cette French Cup, en février dernier, la trente-et unième a eu lieu en novembre à cause des Jeux olympiques d’hiver programmés en février prochain. Cette compétition, organisée par le Rouen Olympic Club présidé par Nicolas Paysant, avec l’aide de quatre-vingt bénévoles… réunissait huit équipes nationales : Allemagne, Etats-Unis, Finlande, France, Italie, Pays-Bas, Pologne, Suisse. Principe: enchaîner ensemble à grande vitesse sur un programme imposé puis sur une musique et une chorégraphie libre de choix, des figures techniques. Objectif : avoir le maximum de points attribués par un jury à l’issue d’un programme court et long lendemain pour les catégories senior.

C’est aussi un spectacle  impressionnant qui a aussi à voir la chorégraphie, même si on aimerait qu’il y ait plus d’imagination dans les figures. Qualités requises: expérience technique élevée, excellente (et indispensable) cohésion, esprit d’équipe absolu et synchronicité. Ce qui suppose, au niveau d’un club national: sélection draconienne d’une équipe qui doit avoir une excellente santé physique et mentale, suivre un entrainement quotidien régulier toute l’année, s’imposer une discipline rigoureuse et avoir des patins de haute qualité.
Une très belle patinoire avec, au-dessus et au centre, un grand écrans quatre faces, retransmettant des images du public et, aussi bien entendu, celles des équipes en mouvement.
Avant que la compétition ne commence, diffusion d’une « musique » rock à décorner les bœufs: pas le meilleur de la soirée… En bas de la piste, une dizaine de jurés en ligne, silencieux, très attentifs, assis à une longue table nappée de noir.
Dans les gradins, survoltage garanti avec spectateurs de tout âge, supporteurs ou non, drapeaux nationaux brandis, cornes de brume en action, cris, applaudissements, lumière des téléphones allumées pour scander debout la musique… Une ferveur populaire pour soutenir chaque équipe. Loin du recueillement dans les théâtres à Paris et avec quelque chose ressemblant avec ce que devait y être le climat encore début XX ème siècle. A la fin, moquette rouge déroulée lentement et avec soin, sur la glace, installation d’un podium rond et de trois plantes vertes, arrivée millimétrée en rang par deux, des équipes soit au total quelque deux cent personnes, brève allocution des politiques de la Région, nombreux photographes, remise des prix avec hymne national, embrassades…  Un protocole bien huilé.
Les huit équipes, nationales, donc de très haut niveau, passent selon un ordre établi en fonction du nombre de points récoltés la veille, les « teams » les mieux « scorés » comme on dit ici dans la langue de Molière!, passant à la fin. Mais quand on n’est point de la paroisse, pas commode de voir les différences et quelquefois de piger  la décision du jury. s résultats finaux semblent se jouer à quelques points…

©X lLéquipe de Finlande

©X L’équipe de Finlande aux championnats du monde

L’équipe française basée à Lyon n’a pas démérité, loin de là mais les Finlandaises méritaient absolument de revenir encore en haut du podium. En effet, même quand on n’a guère d’expérience en la matière, on voit facilement qu’elles ont, un excellent rythme, une gestuelle, une fluidité exceptionnelles, un accord parfait entre une belle chorégraphie et la musique.  Question de sélection mais la Finlande, un pays très sportif, n’a que 5, 5 millions d’habitants et les Etats-Unis, plus de 340 millions! Et ici à la deuxième place. Un entraînement plus intense en Finlande? De très nombreux clubs et où commence très jeune… La Pologne était, elle, à la troisième place, avec ses trente-huit millions d’habitants et où il doit y avoir de nombreuses patinoires.
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Il n’y a point, écrivait Alfred de Musset, de maître d’armes mélancolique. Ici,point d’équipes nationales mélancoliques et cela fait du bien. En bonus, au réveil, la cathédrale de Rouen vue en hauteur à cinquante mètres de distance…

Philippe du Vignal

Le 29 novembre, Patinoire, Ile Lacroix, avenue Jacques Chastellain, Rouen ( Seine-Maritime). 


Archives pour la catégorie festival

Soixantième anniversaire du festival Sigma (suite)

Soixantième anniversaire du festival Sigma (suite)

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Roger Lafosse  avait fréquenté les milieux du jazz à Paris : Charlie Parker, Boris Vian… Et en 63, il créa à Bordeaux, l’A.R.C. (Arts et Recherches Contemporaines). Puis avec Robert Escarpit, écrivain et professeur de lettres, Abraham Moles, philosophe et spécialiste d’électroacoustique et Michel Philippot, chef du bureau bordelais de l’O.R.T.F., il va mettre en place une Semaine de spectacles, d’arts et de recherches dans les arts et sciences. 

A cette première édition: musique, théâtre, cinéma, etc. , étaient invités dans la même semaine, Diego Masson qui dirigeait Stop de Karlheinz Stockhausen mais aussi Miles Davis, Duke Ellington, une intégrale des œuvres de Pierre Schaeffer avec sa Symphonie pour un homme seul. Et d’Edgar Varèse, Pierre Henry. Mais aussi Charles Mingus, le Nones Quartet…. Nicolas Schöffer présente un spectacle audio-visuel expérimental, retransmis en direct sur la deuxième chaîne de télévision. Et un concert Edgar Varèse, Iannis Xénakis et  aussi du free-jazz avec l’Américain Albert Ayler, et L’Apocalypse de Jean de Pierre Henry.

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Sigma 2: John Cage présenta Atlas Eclipticalis et Pierre Henry, La Messe électronique à l’Alhambra. Une grande salle , entre septembre et décembre 1914, la Chambre des députés avait été déplacée. Aujourd’hui, hélas détruit sauf la façade, l’Alhambra avait un grand parterre qui pouvait être retourné et devenir parquet de danse… Une merveille scénographique que nous avons pu voir fonctionner. Le public nombreux et en majorité très jeune, écoutait allongé sur des matelas. Aujourd’hui banal, mais avant 68 et à Bordeaux, une petite révolution.

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©x Miles Davis

Roger Lafosse accueillera aussi les Pink Floyd en 69,  bien avant que le groupe ne soit célèbre! Sigma 7, en 71 il y avait, excusez du peu, Dizzy Gillepsie, Thelonious Monk, Ornette Coleman, Miles Davis, Keith Jarrett, Sun Ra… Puis Martial Solal, Charles Mingus, Stan Getz, Joe Albany, Chet Baker, Gil Evans, Barney Wilen, Bernard Lubat… et, au début des années quatre-vingt:  Dexter Gordon, Michel Petruciani, et de nouveau, Miles Davis.

A Sigma 9, des musiques expérimentales avec, en 72 François Bayle, avec  L’expérience acoustique, et Enivrez-vous de Pierre Henry, musique électroacoustique avec dix danseurs et danseuses dont… Carolyn Carlson. L’année suivante, Karlheinz Stockhausen présenta Mikrophonie I et Klavierstück X. Mais Sigma sera vite contestée,  au Conseil municipal. Mais aussi par des Bordelais, à droite comme à gauche! Roger Lafosse avait donc bien visé! Le motif: obscénités, pornographie, ésotérisme, usage de drogues, provocations, etc.

Il y eut aussi quelques happenings avec Jean-Jacques Lebel. Et dans le centre-ville, Pierre Pinoncelli marchait en momie enveloppée de bandelettes… mais dans l’indifférence générale. Ben avait aussi été invité: il était resté allongé douze heures, en feignant de dormir.
Il avait aussi organisé un concert Fluxus,  en hommage à John Cage, avec brûlage de partitions, écrasement de violon, massacre de piano à coups de hache, lance à incendie inondant le public.

©x Lucinda Childs

©x Lucinda Childs

A Sigma 8 en 72, est introduite la danse contemporaine: le Pilobolus Dance Theatre et Carolyn Carlson sur des improvisations de Pierre Henry. Et aussi, en 77, Meredith Monk avec un théâtre-danse et, deux ans plus tard, Lucinda Childs avec Dance, musique de Phil Glass. Puis, Trisha Brown avec une «post modern dance »,  Douglas Dunn en 81, Merce Cunningham  en 83,  Karole Armitage. Et le butô japonais. Et aussi Régine Chopinot, Jean-Claude Gallotta, Catherine Diverrès, Bernardo Montet, Angelin Preljocaj, Maurice Béjart avec ses écoles: Mudra Belgique et Mudra Afrique.

 

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©x Oedipe-Roi

La section cinéma: des longs et des courts-métrages en huit ou seize mm, eux parfois projetés sans autorisation… entre minuit et quatre heures du matin:  Ceux d’inconnus qui le sont souvent restés mais aussi L’Amour fou de Jacques Rivette, L’Inauguration du dôme du plaisir de Kenneth Anger, Le Sexe enragé de Philippe Garrel, L’homme qui lèche et L’homme qui tousse de Christian Boltanski, La Question ordinaire de Claude Miller. Et des œuvres de Werner Herzog, Franco Brocani, Alain Resnais, Marguerite Duras, Pier Paolo Pasolini avec Œdipe-roi.  Grand succès auprès de jeunes ravis de l’occasion  inespérée de voir ces films.

Sigma connait un succès grandissant malgré des critiques sur son orientation, vue comme plus conventionnelle! Sigma-Chanson, créé en mars 72 par Jean-Claude Robissout, est consacré à la nouvelle chanson francophone: Colette MagnyCatherine RibeiroJacques Higelin, puis Bernard Lavilliers. Et aussi ensuite,  Mama Béa,  Rosine de Peyre (chanson occitane),  Kristen Noguès  (harpe celtique)Henri TachanCharlélie Couture,  Élisabeth Wiener, Catherine Ribeiro…
Et des films sont toujours présentés par dizaines à chaque édition. En 85, Gérald Lafosse, fils de Roger Lafosse et Jean-Pierre Bouyxou instituent un palmarès voté par le public! Le Navet Doré récompensera le plus mauvais long-métrage du monde, Nabonga le gorille de Sam Newfield. Et l’année suivante, la Palme de Caoutchouc couronnera le film comique le plus ringard. Attribué à Franco Franchi et Ciccio Ingrassia pour l’ensemble de leur œuvre.

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 En 89, Sigma devra quitter les entrepôts Lainé où sera définitivement installé le Centre d’art contemporain,pour le Hangar 5 sur les quais de la Garonne. 1993: festival annulé, à cause d’un plan de rigueur budgétaire voté par la municipalité… Les deux années suivantes, il aura encore lieu mais,  avec Alain Juppé, nouveau maire de Bordeaux, les relations se tendent. Comme avec la Direction Régionale des Affaires Culturelles. Son directeur Jean-Michel Lucas reprochera en 96 à Sigma, un manque d’avant-garde, et suivra une baisse des subventions publiques de 25 % par rapport à 94, surtout celles de la mairie…


Dernière édition: Extremus où seront invités, entre autres, Jan Fabre avec une création,  la compagnie belge de danse Le Plan K, le compositeur Jean-Claude Éloy, et des spectacles bordelais… En 97, Roger Lafosse est attaqué! Motif: mauvaise gestion financière, ce qu’il récusera avec vigueur. L’opposition reprochera à Alain Juppé d’avoir mis les élus devant le fait accompli et sans aucun débat préalable. 

La disparition de Sigma suscitera une grande émotion. Nous avons alors repensé aux célèbres vers du grand John Donne: « Aucun homme n’est une île, entier en lui-même ; chaque homme est une partie du continent, une partie du tout. Si une motte de terre est emportée par la mer, l’Europe est diminuée, tout comme si un promontoire l’était. tout comme si le manoir de ton ami ou le tien l’étaient. La mort de tout homme me diminue, car je suis impliqué dans l’humanité ; et donc n’envoie jamais demander pour qui sonne le glas ; il sonne pour toi. » Oui, Digam était un grand festival  avec des créations européennes mais aussi des deux Amériques
En 2007, Jean-François Hautin, producteur de cinéma bordelais et Harold Cober, petit-fils de Roger Lafosse le persuadent de raconter l’aventure Sigma. Et un documentaire, auquel nous avions participé, réalisé par Jean-Philippe Clarac et Olivier Delœuil, réunira François Barré, Jean-Jacques Lebel, Jérôme Savary -très brillant- mais aussi Régine Chopinot, Martial Solal, Bartabas…
En 2010, Roger Lafosse offrira ses nombreuses archives à la ville de Bordeaux mais meurt hélas, l’année suivante, à quatre-vingt quatre ans.

 

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Au C.A.P. C., aura lieu en 2013, une rétrospective de Sigma, (voir Le Théâtre du Blog) avec photos, vidéos, documents sonores, affiches (en fac-similé), conférences, rencontres avec des témoins de ce festival, concerts, films, etc.  Pas toujours vraiment réussie… Mais au vernissage, très éouvant, des centaines de jeunes  découvraient, émerveillés, une aventure de haute volée artistique et humaine. Alain Juppé était là, pas très à l’aise devant cette histoire extraordinaire qui n’avait pas été la sienne. Sauf, à la fin, pas vraiment joyeuse…
Mais elle sera aussi et à jamais celle de Bordeaux, liée à celle son prédécesseur, Jacques Chaban-Delmas, maire de  47 à 95 qui, nous l’avons dit, a toujours soutenu Sigma qui n’aurait pu exister sans lui dans cette ville, à l’époque fermée. Et il faut encore et encore le souligner grâce aux très nombreuses créations en arts de la scène, musique, arts plastiques… initiées par Sigma, Bordeaux ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui 

Philippe du Vignal

Le soixantième anniversaire du festival Sigma a eu lieu à Bordeaux les  6, 7 et 8 novembre.

Soixantième anniversaire du festival Sigma

Soixantième anniversaire du festival Sigma

Une célébration modeste mais réussie, conçue et réalisée dans l’esprit de Sigma par Guy Lenoir, metteur en scène, Benoît Lafosse, ancien professeur aux Beaux-Arts de Bordeaux et fils de Roger Lafosse,  créateur de ce festival,  Jean de Giacintho, architecte et Dominic Rousseau, historien. Avec les moyens du bord mais avec une singulière efficacité, les  6, 7 et 8 novembre, dans des lieux atypiques, comme souvent à Sigma.  »Pour préparer cet anniversaire, dit Guy Lenoir, unis par la passion de l’art sous toutes ses formes, nous nous sommes souvenus que nos convictions et parcours avaient trouvé une résonance avec l’esprit de cette bombe lancée de 65 à 96 dans notre ville… alors surnommée : la belle endormie!
Nous avons organisé une célébration sur trois soirées et dans cinq lieux emblématiques. L’année prochaine, sera aussi publié un livre de Dominic Rousseau sur l’histoire du festival. Et un colloque universitaire aura lieu avec comme thème: Une avant-garde à l’ère de l’intelligence artificielle. Est aussi envisagée la création d’un site internet sur l’histoire de  Sigma.

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©x Roger Lafosse

J’en suis vraiment un enfant et me suis fabriqué au contact des artistes invités par Roger Lafosse: entre autres, le Living  Theater, le Grand Magic Circus de Jérôme Savary que rejoignit Michel Dussarat. Lequel avait fait les Beaux-Arts, puis anglais à la fac de Bordeaux Mais aussi les Hollandais d’Hauser Orcater. Sans c festival que ma vie serait-elle devenue? J’ai pu aussi y rencontrer des psychiatres et psychanalystes, découvrir les jeux de rôles, le formidable film Les Maîtres fous de Jean Rouch et dans la foulée l’art-thérapie.. Et aussi inviter Jean Vauthier pour une lecture mémorable de ses Prodiges. J’aime beaucoup cette phrase de Roger Lafosse: « Sigma, c’est la somme des différences. Et l’une de ses raisons d’être, c’est le droit à l’erreur. Nous sommes un festival de probables! »

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©x Le hall de l’hôtel de pure architecture brutalisete

A Bacalan, dans un ancien silo à grains reconverti en entrée du grand hôtel Renaissance, rue Achard, a d’abord eu lieu une rapide mais bonne évocation de l’histoire de Sigma, résumée par Anne Saffore, une actrice canadienne et Jürgen Genuit, metteur en scène allemand. Suivie d’une performance du danseur guinéen Piroger Elange. Tous les trois vivant et travaillant à Bordeaux.
Puis à Vivres de l’art, un beau jardin -patrimoine historique et pôle de création- regroupant des ateliers d’artistes, une galerie, un bar. Jean-François Buisson s’y consacre à la sculpture de pièces monumentales et à la création de décors et mobiliers en métal. Au milieu, un authentique et impressionnant bunker allemand souterrain de la seconde guerre mondiale où, descendus par un escalier et un étroit couloir, nous avons écouté un beau montage de Tom Papacotsia: Mémoire sonore musicale et visuelle, faite de brèves citations de compositeurs, invités à Sigma: John Cage, Edgar Varèse, Iannis Xénakis, Cathy Barberian, Klaus Nomi, les Pink Floyd, Miles Davis, Oscar Peterson, Stockhausen, Duke Ellington, Colette Magny, Toto Bissainthe, Catherine Ribeiro, Jacky Craissac, et de quelques phrases du dramaturge bordelais Jean Vauthier (1910-1992).

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Et, non loin, dans l’église moderne Saint-Rémi où son curé Francis Ayliès invite des spectacles, on a d’abord pu voir en boucle,  de très émouvantes images noir et blanc de Sigma 67 : des jeunes, allongés, écoutent  un concert. Et ensuite, a été diffusée la célèbre Messe pour le temps présent de Pierre Henry (composition électro-acoustique) et Michel Colombier (écriture instrumentale). Une commande de Maurice Béjart pour la création d’un spectacle au festival d’Avignon 67, repris en 68. Neuf tableaux: Le Souffle, Le Corps, Le Monde, Mein Kampf, La Nuit, Le Silence,L’Attente. Le morceau le plus attendu était devenu culte et l’est encore: Psyché Rock avec cloches, flûtes, cuivres, guitare, basse, batterie mais aussi musique électronique et a été ensuite joué ans le monde entier… Inspiré par les chansons Wild Thing des Chip Taylor et Louie Louie de Richard Berry, compositeurs américains.

Soixante ans après, Messe pour le temps présent sonne toujours aussi juste. Ici, avec des chorégraphies à la fois très précises et sensuelles. Pour l’acte I,  celle de Sophie Dalès, directrice artistique et pédagogique du cursus contemporain de l’Académie Vanessa Feuillette à Bordeaux. Avec Elie Laurent, Maé-Lou Nantur, Milo Dossavi, Romane Sellas, Luison Thomas, Nina Garnung, Lina Toubti, Mélissa Dupuc et Elsa Sanchez,. L’acte II étant chorégraphié et dansé par le collectif Luila Danza Project. Avec, pour l’une et l’autre partie, de jeunes danseuses tout à fait  remarquables. Une soirée gratuite (il y avait une corbeille à la sortie pour les frais), simple et chaleureuse, suivie par deux cent personnes dont plein de jeunes gens, ravis de découvrir cette « messe » dont leurs grands-parent avaient dû leur parler! Vin chaud offert à la sortie…

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©x  le célèbre dôme. de R. Buckminsnter Fuller

Le vendredi, mais nous ne pouvions être là, à Caudéran aux Glacières de la banlieue, vernissage de l’exposition Le Futurisme en architecture, des années 60 aux année quatre-vingt, était présentée par le Groupe des Cinq. Une invitation à plonger dans l’architecture futuriste des années soixante et-soixante-dix quand Sigma émergeait. Et dans le même .
esprit de contre-culture, en y introduisant des notions telles que la sociologie, l’art, l’improvisation, la technologie ou le paysage.. Avec entre autres Osacr Niemeyer, Kisho Kurokawa, Ricahrd Buckminster Fuller, Yona Fredeman…Ce mouvement d’avant-garde, parce-qu’il est resté très théorique (peu de projets ont été réalisés) a permis de pousser les concepts à leur maximum e ta été une grande source d’inspiration pour les générations d’architectes qui se sont succédé depuis. Pierre Hurmic, maire de Bordeaux, vint  voir cette exposition.
Dans le même lieu, eurent lieu aussi des performances de Marilyn Duras et un carte blanche a été offerte à Bagheera Poulin, accompagnée par Emmanuel Ventura. Un jeune poète, Pierre-Nicolas Marquès lut Howl d’Allen Ginsberg, écrivain de la « beat generation »

Enfin le samedi soir, au café Zig Zag, cours de l’Argonne, furent fêtés au cours d’un Zigmarmite, cet anniversaire de Sigma avec soixante bougies sur un gâteau au chocolat et lectures, musiques et performances d’artiste bordelais.

Sigma, du nom de la lettre grecque Σ (S) comme semaine a été créé en 65 à Bordeaux -à l’époque, très bourgeoise et fermée à l’art contemporain- par Roger Lafosse avec l’aide de Jacques Chaban-Delmas, alors maire, enthousiaste devant ce projet. Elle avait lieu tous les ans en novembre. Il pleuvait donc souvent et les hôtels avaient beaucoup vécu. Un patron nous avait dit un jour:  « Les Parisiens sont toujours pressés et et que s’ils veulent avoir un bain, ils pouvaient quand même attendre cinq minutes que l’eau coule chaude! Message reçu! Et qu’importe, il y avait du bon vin, lui servi aussitôt bien chaud dans les bistrots du vieux quartier de Meriadeck -hélas aujourd’hui détruit et remplacé par de laids immeubles en béton… Ce festival avait aussi parfois lieu au cours de l’année jusqu’en 96 dans le centre-ville. But : être le reflet de la création d’avant-garde en musique, danse, théâtre, chanson, cinéma, arts plastiques, architecture, design… en France, Europe mais aussi aux Etats-Unis. A fin de la décennie qui l’avait vue naître, Sigma avait acquis une réputation absolument internationale, avec, à la clé, quelques mini-scandales…
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©x Antigone par le Living Theater

Ce fut pour nous, jeune critique, un festival sans comparaison possible, même avec celui d’Avignon… Il y avait chez Roger Lafosse, une remarquable volonté affirmée de bousculer les codes établis, en théâtre comme en musique, et dans les autres arts.  Et nous en avons gardé plus de cinquante après, de grands souvenirs… Il faisait venir des compagnies, comme entre autres, des Etats-Unis comme le Living Theater dirigé par Judith Malina et Julian Beck aux revendications politiques très claires (voir ci-dessous) Meredith Monk, à la fois chanteuse, chorégraphe… Et à Sigma 7, en 71, arrivait Cockstrong du Playhouse of the Ridiculous de John Vaccaro que Jérôme Savary avait bien connu à New York et qui l’inspira.

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Peu de texte et des chansons assez crues, en slang, un argot new yorkais, donc incompréhensible pour le public français.  Et, avec des images sexe surprenantes: une jeune et belle actrice, juste en gaine et bas noirs,  se masturbait sur un coin de table et, à la fin, un énorme phallus éjaculant sur le public… aux anges à Bordeaux comme à Bruxelles… Mais en Belgique, des ligues morales, devant le succès au Théâtre 140 dirigé par l’excellent Jo dekmine,  intentèrent à John Vaccaro un procès pour pornographie-auquel nous avions assisté. Après deux jours entiers, il fut symboliquement condamné.

 

Côté français, Farid Chopel avec Ged Marlon, le cirque Alligre devenu Zingaro, etc. Et aussi des bordelais: Guy Lenoir, Jacques Albert-Canque…Nous connaissions la plupart de ces artistes mais, à chaque fois, c’était un grand plaisir théâtral et ces créations surprenaient toujours un public, en général très jeune et enthousiaste. Le théâtre était  d’avant-garde avec, entre autres, La passion selon Sade, mise en scène de Sylvano Bussotti et le Living Theatre, dirigé par Julian Beck et Judith Malina, avec Antigone, d’après Sophocle et Brecht et leur célèbre Mysteries and small pieces, puis Frankenstein. Des spectacles dérangeants sur fond de guerres, génocides, tortures, famines. Julian Beck donnait la primeur de leurs spectacles à Roger Lafosse. En 68, le maire Jacques Chaban-Delmas, vu les les événements en mai à Bordeaux: occupation du Grand Théâtre, nuit de barricades… préféra annuler ce festival. Mais les Pink Floyd joueront à l’Alhambra en février 69. Et viendra en mai, le fameux Bread and Puppet Theatre, avec ses grandes marionnettes géantes et un nouveau merveilleux spectacle The Cry of the people for meat. (photo ci-dessous.)

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L’année suivante, l’Open Theatre new yorkais de Joe Chaikin créa Terminal qui se passait dans un hôpital avec partout, la maladie, l’agonie et la mort. Oratorio concentrationnaire de Jean-Philippe Guerlais, Irène Lambelet et Numa Sadoul qui présentent un spectacle sinistre avec cris, agonies, etc. et  énonciation  des tragédies du XX ème siècle: Verdun, Hiroshima, Auschwitz, Dachau, Treblinka, Mauthausen…
Les jeunes compagnies invitées ne faisaient généralement pas dans le comique!

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Sauf le Grand Magic Circus de Jérôme Savary qui fut un des piliers de Sigma, avec Chroniques coloniales ou Les Aventures de Zartan, frère mal-aimé de Tarzan et Les derniers Jours de solitude de Robinson Crusoé: humour cinglant, burlesque permanent, belle filles presque nues, décors en toile peinte, gags faciles mais efficaces, mauvais goût revendiqué… Le Magic Circus connaîtra à Bordeaux le même immense grand succès qu’à Paris. Roger Lafosse faisait entièrement confiance à Jérôme Savary qui, nous avait-il dit, avait répondu à son appel en prétendant avoir quelque chose sur le feu. Bien entendu, il n’avait rien de précis mais passa deux jours à écrire le scénario d’un spectacle. Une autre époque… A Sigma 8, en 73, son Pierre de Coubertin est joué au Palais des sports à Bordeaux, un lieu qui, lui,  existe toujours. 

Après Sigma 5 (1969), le jeune Bordelais Guy Lenoir mit en scène Les Mamelles de Tirésias, puis l’année suivante L’Empereur de Chine, puis avec Yvon Blanloeil et GilbertTiberghien, 1983. Puis il créa spectacle itinérant en bus puis sur les bords de la Garonne, avec moules cuites sur un feu de bois et coup à boire… Deux ans plus tard, le Fénoménal Bazaar Illimited (F.B.I.) présenta aux entrepôts Lainé Monopolis de Guénolé Azerthiope et Roland Topor, avec scènes de tortures dans les commissariats, casernes et prisons avec cris, giclées de sang…. On put aussi voir La Mort de Bessie Smith d’Edward Albee, mise en scène de Jean-Marie Serreau, formidable découvreur…
En 75, le Living Theater revenait avec La Tour de l’argent où était dénoncé avec une virulence exceptionnelle, le capitalisme américain dans le monde… Le public étant assis tout autour d’un haute tour où évoluaient les acteurs, il y a cinquante ans et c’est pourtant encore si présent à notre mémoire. 

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Les Mirabelles, compagnie de travestis qu’avait invitée Jean Digne-un fidèle de Sigma- à Aix, ville ouverte aux saltimbanques, présenta, en 77, Les Contes de la dame blanche, décors de Tardi!  avec ogres, vampires et…. travestis.  Roger Lafosse s’intéressait aussi aux solos: Farid Chopel créa Chopélia et, en 80, cette fois avec Ged Marlon, un merveilleux spectacle, Les Aviateurs. En 79, Jean-Paul Farré interprète Dieu de Pierre Henry et Le Farré sifflera trois fois. Et nous n’oublierons jamais Zouc avec L’Alboum de Zouc. de cette exceptionnelle artiste suisse…avec des sketches qui la révéleront et où elle interprétait des personnages en partie issus de ses observations en hôpital psychiatrique. Physiquement très diminuée à la suite d’une maladie nosocomiale, elle a maintenant soixante-quinze ans.
Sigma 11 en 81, le Cirque Aligre, avec cinq garçons genre punk dont Bartabas, montreur de chevaux et Branlotin, avalant une souris devant un public horrifié.. Puis, l’un d’eux enlevait une spectatrice (une complice?) qu’il dénudait et plaçait sur un cheval au petit galop… Trois ans plus tard, Bartabas créera  Zingaro avec chevaux et musique tzigane. Il sera toujours reconnaissant à Roger Lafosse de l’avoir soutenu.

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En 90, le Royal de Luxe joue place des Quinconces, sa merveilleuse Véritable histoire de France et, cinq ans plus tard devant la base sous-marine Peplum  avec deux pyramides, un sphinx parlant et crachant de la fumée, un piano lancé par une catapulte, devant quelques milliers de spectateurs. « On fait un théâtre populaire et on y tient, disait Jean-Luc Courcoult, il faut rester dans la rue et que ce soit gratuit. »
Plus tard, en 91 arrivera Metal clown de la compagnie Archaos qui retraçait avec des images symboliques, l’histoire de l’esclavage et l’invasion de l’Amérique du Sud par les conquistadores. Odeurs d’essence et de poudre. torches, clowns avec boucliers de tôle ondulée,  tronçonneuses, lance-flammes, motos en marche avec acrobates casqués, violoniste avec scie électrique sur le rock des Thunder Dogs Puis mais moins convaincant:  sur des praticables à roulettes, les acteurs espagnols de la Fura del Baus déchirent avec leurs dents  des viscères d’animaux, s’aspergent de sang. 
Roger Lafosse avait un sûr instinct et avec beaucoup de travail en amont, il  se trompait rarement…Il invita ainsi Jan Fabre alors très peu connu… Bref,  grâce à lui, à chaque édition de Sigma, le public bordelais mais pas que, découvrait tous ces artistes devenus souvent vedettes internationales ! Il y avait bien des esprits chagrins reprochant à Roger Lafosse telle ou telle programme moins réussi. Mais aucun festival en France, même celui d’Avignon, n’offrait une telle diversité et n’accueillait de si nombreux artistes étrangers.
Une piste cyclable sur les bords de la Garonne devrait bientôt recevoir le nom de Roger Lafosse, lui qui aimait tant le vélo… C’est la moindre des choses. Merci à Guy Lenoir et à toute cette équipe d’avoir su fait évoquer Sigma, une histoire exceptionnelle dans l’histoire du spectacle en France…

(A suivre)

Philippe du Vignal

Le soixantième anniversaire du festival Sigma a eu lieu à Bordeaux les  6, 7 et 8 novembre.

 

Festival FOCUS #11 à Théâtre Ouvert Chroniques maritales, une traversée de l’œuvre de Jean-Luc Lagarce, collage et direction de François Berreur

Festival FOCUS #11 à Théâtre Ouvert

Chroniques maritales, une traversée de l’œuvre de Jean-Luc Lagarce, collage et direction de François Berreur

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Cet auteur et metteur en scène (1957-1995) a dirigé la compagnie La Roulotte, fondée en 81 avec François Berreur, Mireille Herbstmeyer et Pascale Vurpillot. Il avait dix-neuf ans quand il envoya
Les Vacances à Lucien Attoun, créateur, avec sa femme Micheline, de Théâtre Ouvert, alors installé au bout d’un bel impasse avec des jardins ! Derrière le Moulin Rouge, à Paris et où habita entre autres, Boris Vian…
Puis en 92, il a créé à Besançon avec François Berreur, les éditions Les Solitaires Intempestifs et qui a réalisé ici un habile montage d’extraits de douze textes connus mais certains sont restés un peu dans l’ombre.

C’est un plaisir rare d’entendr
e ces extraits d’œuvres avec des interprètes exemplaires: Mireille Herbstmeyer et Hervé Pierre. Une image nous hante toujours: devant la porte de l’Ecole de Chaillot, Jean-Luc Lagarce était venu nous apporter pour un article à paraître, une photo de La Cantatrice Chauve qu’il avait mise en scène. Déjà très malade du sida, amaigri, il avait pourtant un merveilleux sourire. Mais il était pressé et nous n’avons pas eu le temps de boire un café ensemble. Il est mort peu de temps après. C’était déjà il y a trente ans… Il en aurait maintenant soixante-huit.

François Berreur a proposé à Mireille Herbstmeyer et Hervé Pierre de faire «une lecture-performance d’extraits de son œuvre. Comme un couple plus très jeune qui traverse une vie entière vouée au théâtre. Ils ont joué les pièces de Jean-Luc Lagarce des centaines de fois en France et dans le monde. »
Des pièces lues, voire mises en espace ou publiées. Mais seulement, quatre seront montés par d’autres metteurs en scène que lui. Elles étaient donc loin de toucher le grand public, alors qu’il est maintenant devenu un classique du XX ème siècle. Il réalisera une quarantaine de mises en scène de ses pièces et celles d’auteurs contemporains ou classiques. Ses textes traduits en vingt-cinq langues et joués dans de nombreux pays… 
Juste la fin du monde est entré au répertoire de la Comédie-Française en 2008 et Derniers remords avant l’oubli ,a été inscrite au programme de l’agrégation de lettres modernes, de lettres classiques et de grammaire 2012. Et Juste la fin du monde, aux programme du bac, en français des années 21à  24…

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© x François Berreur, Hervé Pierre et Mireille Herbstmeyer

Présentations: à seize ans, Mireille Herbstmeyer commence à travailler avec Jean-Luc Lagarce à Besançon et joua ensuite dans vingt-quatre de ses mises en scène… Mais aussi ensuite beaucoup avec Olivier Py et, au cinéma, maintenant plus connue du grand public, elle interprète en 2019 Les Petits Meurtres d’Agatha Christie, réalisé par Nicolas Picard-Dreyfuss et la Sorcière dans Marianne, une série Netflix de Samuel Bodin.

Hervé Pierre a vingt ans quand il rencontr Jean-Luc lors d’un stage. Ensuite; il a joué un peu partout à la Comédie-Française : Shakespeare, Marlowe, Musset, Strindberg, Brecht, Goldoni, Labiche, Feydeau, Tchekhov, Pirandello, Claudel… ! Et, côté auteurs contemporains: Jean-Luc Lagarce, bien sûr et de nombreuses fois dont Les Solitaires Intempestifs, une pièce au beau titre issu de Par les Villages de Peter Handke. Mais aussi : Pascal Rambert, Rémi de Vos, Jean-Claude Grumberg. Et il a mis en scène des textes comme Le Gardeur de troupeaux et Caeiro de Fernando de Pessoa..

Sur le plateau noir, juste une table pas très haute avec une chaise en bois pour lui, en costume noir. Et un tabouret haut pour elle, en strict tailleur, aussi noir. Elle commence par lire des extraits des Règles du savoir-vivre dans la société moderne, une adaptation caricaturale du manuel de la Baronne Staffe (1843-1911) où Jean-Luc Lagarce explique avec un humour cinglant, comment naître et comment, selon l’âge de la future épouse, procéder au mariage selon des règles strictes ne souffrant aucune exception. Et,aussi, comment mourir…
Ce monologue avait été créé par 
Mireille Herbstmeyer, mise en scène par Jean-Luc Lagarce. Ici, Hervé Pierre lui, commente ou intervient brièvement. Diction ciselée et gestuelle impeccable de ces grands interprètes. Suivront des extraits de textes, connus ou moins connus, comme Ici ou ailleurs, Histoire d’amour (premier chapitre), Noce, Music-hall, Vagues souvenirs de l’année de la peste, et le devenu célèbre Derniers remords avant l’oubli, avec ses conflits familiaux et son absence de vrais dialogues entre parents et enfants. Mais aussi Nous, les héros, Juste la fin du monde, Le Pays lointain, J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne. Et à nouveau, pour conclure, Histoire d’amour (derniers chapitres) sous une boule à facettes, avec une musiquette populaire.

Une soirée simple où règne la parole quotidienne avec des textes où on retrouve les figures de style chers au dramaturge :
utilisation fréquentes de l’imparfait, répétition du même mot au début de chaque phrase (si sont chère aux politiques), allitérations, reprise de ce qu’on vient de dire sous une autre forme mais avec force détails, comme certains artisans qui viennent faire un devis…
Au commencement comme le dit la Femme: « Ce qu’il veut faire… je ne me pose plus de question‚ c’est ce que je crois comprendre‚ il est préférable que je ne pose plus de question… je dois saisir les mots‚ les phrases‚ les idées aussi‚ sans l’interroger… je ne demande pas qu’il confirme ce que je crois‚ il n’en a pas envie… Ce qu’il veut faire‚ c’est raconter l’histoire de deux hommes et d’une femme… Ce qu’il veut faire‚ ce qu’il veut écrire‚ c’est son métier… ce qu’il veut faire‚ c’est raconter naïvement… c’est une histoire naïve aussi… c’est raconter naïvement l’histoire de ces deux hommes et de cette femme. (…) En ce jour… en cette journée… importante journée… L’Événement qui nous réunit tous… En cette importante journée‚ cet événement nous réunissant tous… ce superbe événement nous réunissant tous… En ce moment essentiel de notre vie… de nos vies… de vos vies‚ surtout… En ce moment essentiel pour chacun d’entre nous… Moi… quant à moi… je voudrais… Combien je voudrais‚ oui‚ ô combien‚ je ne saurais le dire !… je voudrais… c’est là le but essentiel… unique… le but unique… c’est là le but essentiel et unique de mon intervention… »  Ici, Jean-Luc Lagarce rejoint les fabuleuses tirades de Molière, ou plus récemment d’Eugène Labiche

Avec souvent, en filigrane, non-dits, hésitations, grands silences et Hervé Pierre sait magistralement y faire quand, assis à son bureau, il regarde Mireille Herbstmeyer, avant de l’interrompre d’un geste léger. La parole en elle-même est un outil théâtral chez  Jean-Luc Lagarce, comme chez Eugène Ionesco… Et cela donne envie de relire et de voir ses pièces. Merci à François Berreur, Mireille Herbstmeyer et Hervé Pierre pour cette lecture-promenade théâtrale de haute volée.

Philippe du Vignal

Spectacle vu le 25 novembre à Théâtre Ouvert, 159 avenue Gambetta, Paris ( XX ème). T. : 01 42 55 55 50.

 L’œuvre de Jean-Luc Lagarce est éditée aux Solitaires Intempestifs,1 rue Gay-Lussac, Besançon (Doubs). T. : 03 81 81 00 22

 

Festival de danse de Cannes (suite) Afanador par le Ballet national d’Espagne, conception et direction artistique de Marcos Moreau, chorégraphie de Marcos Moreau et de Lorena Nogal, Shay Partush, Jon López et Miguel Ángel Corbacho

Festival de danse de Cannes (suite)

Afanador par le Ballet national d’Espagne, conception et direction artistique de Marcos Moreau, chorégraphie de Marcos Moreau et de Lorena Nogal, Shay Partush, Jon López et Miguel Ángel Corbacho

Le grand auditorium Louis Lumière au Palais des festivals a vibré durant une heure trente sous les pas intenses de quarante interprètes. Le grand-père de Marcos Moreau était photographe; lui-même vient de la photo et du théâtre. Ce metteur en scène qui a fondé en 2005 la célèbre compagnie La Veronal, s’est intéressé au travail de Ruvén Afanador. Les photos de cet artiste colombien de soixante-six ans, passionné de flamenco ont été publiées dans de nombreux magazines. Ici, parmi les tableaux impressionnants qui se succèdent, certaines projections sur des immenses toiles blanches associées aux ombres projetées des interprètes recomposent parfaitement Angel Gitano, The Men of Flamenco, Mil besos… Des images célèbres de Ruvén Afanador…

© Merche Burgos

© Merche Burgos

Et dans ce spectacle, il y a de nombreuses références à la photo. Le scénographe Max Glaenzel a créé un gigantesque atelier. Les flashes crépitent, les toiles blanches mobiles accueillent parfois les ombres des danseurs et les appareils de projection, eux aussi mobiles, ont quatre mètres de diamètre! Ce qui nécessite une régie-plateau de précision. La grande ouverture de scène s’adapte très bien à cette scénographie mouvante en noir et blanc. Fondée en 78 et dirigée par Rubén Olmo, cette compagnie est subventionnée par l’Etat espagnol. Avec une double mission: conserver le répertoire des danses folklorique et académique, mais aussi créer des œuvres. Ces grands professionnels maîtrisent le flamenco de manière exceptionnelle, avec bruit et fureur… Un véritable feu d’artifice ! Les tableaux d’un esthétisme envoûtant se succèdent à un rythme intense, grâce à la  création musicale de Juan Cristóbal Saavedra.
On aimerait parfois que la danse se calme un peu, pour le repos de nos yeux et de nos oreilles! Mais cette pièce restera gravée longtemps dans notre mémoire, avec des images d’une grande beauté, comme ce ballet de jambes de danseurs, dont le corps est masqué par le rideau de scène, ou ce solo d’une artiste devant un guitariste en avant-scène, rideau de scène baissé. Elle danse un flamenco endiablé avec, comme partenaire, de la fumée projetée sur elle.
Toutes les références à la culture espagnole sont là: robes de flamenco, très grand châle pour un solo qui transforme un danseur en aigle noir mais aussi éventails, mantilles… «Personnellement, disait Marcos Moreau en 2014, j’ai compris grâce à la danse et au cinéma, que la composition d’un plan était la chose la plus importante. Pas seulement la couleur, la texture ou le cadre, mais ce qu’il y a dans la photo. La façon dont tous les éléments sont connectés entre eux, et comment, ils se répondent. » Le spectacle créé il y a deux ans unit un théâtre d’images, les arts plastiques et la danse dans une fin mémorable.

Jean Couturier

Spectacle vu le 22 novembre au Palais des festivals et des congrès de Cannes, 1 boulevard de la Croisette, Cannes (Alpes-Maritimes).

Théâtre du Châtelet, Paris, du 27 mars au 2 avril.

Festival de danse à Cannes : Infinité,performance du Cannes Jeune Ballet Rosella Hightower

Festival de danse à Cannes :

Infinité,performance du Cannes-Jeune Ballet Rosella Hightower


Vedette des Ballets russes de Monte-Carlo en 1938, Rosella Hightower (1920-2008) est engagée en 47 au  Nouveau Ballet de Monte Carlo dirigé par le marquis de Cuevas. Elle y dansera tout le répertoire dont
Petrouchka et La Belle au bois dormant, chorégraphiés par Bronislava Nijinska. Puis, elle est entrée comme pédagogue, dans l’histoire de la danse. Elle se consacrera en effet à l’enseignement et ouvrira à Cannes en 62, un Centre de danse classique, devenu École supérieure de danse de Cannes-Rosella Hightower qui a fait naître de très nombreux interprètes. Une dizaine de cette jeune compagnie investissent tous les espaces de la Malmaison qui accueille l’exposition de Jean-Michel Othoniel. Cet artiste a recréé, place Colette à Paris devant la Comédie-Française; l’entrée du métro Palais-Royal, avec des séries de boules de verre coloré….

© Jean Couturier

© Jean Couturier


La villa Malmaison, devenu pôle d’Art contemporain, accueille ses sculptures.  Et le haut des costumes est ici fait de sequins de couleur bleu et vert, répondant aux œuvres de l’artiste stéphanois. Les costumes, trouvés dans les réserves de la compagnie, donnent l’impression d’avoir été créés pour cette exposition.
Une chorégraphie de groupe ou individuelle au milieu des sculptures: les jeunes interprètes dirigés par Lorena Nogal occupent les deux étages de cette maison.
Mouvements lents et harmonieux accompagnent parfaitement les courbes et angulations des œuvres de Jean-Michel Othoniel. Une fois de plus, l’art chorégraphique s’unit avec bonheur aux arts plastiques.
Lorena Nogal, sacrée meilleure artiste interprète espagnole en 2024, est danseuse et assistante pour la chorégraphie, de la compagnie La Veronal de Marcos Morau. Jusqu’au 6 décembre, elle proposera quatre courts solos dans ce festival, maintenant  dirigé par Didier Deschamps.

Jean Couturier


Les 29 novembre et 6 décembre, La Malmaison, 47 boulevard de la Croisette, Cannes (Alpes-Maritimes). T. : 04 97 06 45 21.

Matrices, texte et mise en scène de Daniely Francisque (en français, et en créole surtitré)

Matrices, texte et mise en scène de Daniely Francisque (en français, et en créole surtitré)

 En 2021, elle remporte le Prix ETC Caraïbe du texte francophone pour Matrices, sa dernière pièce  qui avait  été lue à Zébrures. Au théâtre, elle joue notamment dans George Dandin ou le Mari confondu de Molière, mise en scène d’Hassane Kassi Kouyaté, Nous étions assis sur le rivage du monde de José Pliya,   Le Collier d’Hélène de Carole Fréchette, Combat de femmes, écrit et mis en scène par Luc Saint-Éloy, La Dispute de Marivaux mise en scène par Kristof Langromme. Elle signera la mise en scène de sa pièce Ladjablès (2018) puis de Moi, Fardeau inhérent de Guy Régis Jr,  présenté au off d’Avignon 2019.
Artiste en résidence de création à Tropiques Atrium-Scène Nationale avec la compagnie TRACK (jusqu’en 2020), elle entre en compagnonnage de plateau avec l’auteur et metteur en scène Joël Pommerat et sa compagnie Louis Brouillard (2019-2020), puis est accueillie en résidence d’écriture à La Chartreuse-CNES et aux Francophonies de Limoges. Elle est aussi réalisatrice de films. En 2022, elle est marraine de la Troisième conférence régionale de la stratégie de prévention et de lutte contre la pauvreté en Martinique, tenue à l’occasion de la journée internationale des femmes. 

Le thème de Matrices: une jeune femme a grandi comme tant d’autres dans les années soixante-dix dans une cité en métropole mais elle a gardé l’héritage de ses lointaines Antilles. Quand elle y revient, elle devient femme. Dans cette fiction onirique, l’autrice Daniely Francisque, avec une écriture fragmentaire, raconte une vie de blessures mais ensuite aussi de lumière. Elle se revoit jeune fille déracinée dans une cité en banlieue, puis  femme sur son île natale, vivant en couple hanté par une violence séculaire.
Arrive une femme qui a des ennuis avec sa matrice mais qui veut guérir, ici et avec nous. C’est un récit intimiste et chargé de poésie. Elle est comme le symbole d’une histoire collective des corps, celles et ceux d’aujourd’hui, comme celles et ceux qui ont vécu avant elle. Avec le poids de la souffrance mais aussi de la résistance. Dans une sorte d’exorcisme  du corps sur scène, où ce sont quelque vingt-sept fragments de sa vie qui vont être évoqués…

Sur un plateau nu, juste quatre cubes où les personnages s’assoient de temps à autre. Dialogues, chants et musique alternent. Le texte bien écrit a un peu de mal à prendre son vol mais, souvent cru, il mérite d’être cité: « C’était la première des huit filles de Manlo, la seconde de ses douze enfants, la première à accoucher d’une marmaille, elle avait dix-sept ans.Quand elle a vu le ventre de sa fille s’arrondir, Manlo s’est enragée. Elle a demandé — Qui t’a fait ça ? Manman a pas répondu. Manlo a décroché une liane pour la fouetter. — Qui est le scélérat avec qui t’a fait ça ? Manman a fait craquer ses dents. Manlo l’a secouée comme un arbre, pas une parole n’est tombée. Alors Manlo lui a ordonné de se déshabiller, de déposer ses genoux à terre et de bien écarter les lèvres de sa coucoune.
Manman, tête baissée, a écarté. Manlo a arraché un piment rouge dans son jardin, l’a écrasé comme ça dans sa main et l’a frotté sur sa coucoune en hurlant — Si t’es assez putain pour laisser rentrer le vice d’un homme ici-là, va chercher un travail pour nourrir ton bâtard ! Et puis récite Le Notre Père Je vous salue jusqu’à faire saigner tes genoux !Manman a tué sa parole. Jamais elle a avoué comment ce ventre-là lui était arrivé. Jamais elle a dit que c’est son tonton même, le vieux mulâtre chez qui sa mère l’envoyait faire le ménage en ville, que c’est lui qui lui a fait ça. Qu’il lui a promis une crasse de monnaie en plus si elle le laissait visiter sa marchandise. Qu’elle a eu honte qu’il lui demande ça. Qu’il l’a visitée plusieurs fois. Et qu’elle a peur maintenant de cette grosseur qui remue là dans son dedans. Manman a étranglé chacune de ses paroles. Alors le jour où je suis née, elle m’a jetée. »

© Christophe Péan

© Christophe Péan


En filigrane, il y a ici l’histoire de ces corps de femmes qui ont vécu l’esclavage, puis souvent l’exil,  et encore plus souvent, la domination  masculine.Un texte poétique, sans doute un peu trop long mais ici bien interprété par Nelson Rafaeli, Madel Yane, Mareine, Karine Pédurand et Cindy Vincent, et mis en scène avec précision par Daniely Francisque. Malgré un plateau trop vaste où les voix se perdent à certains moments, c’est un spectacle sans doute inégal mais avec des de belles fulgurances et dans la droite ligne de ce festival où on trouve souvent des pépites comme Et le cœur ne n’est pas arrêté, texte et mise en scène de François Cervantès que nous n’avons pu voir mais dont nous vous parlerons prochainement.

« Nous subissons, écrit Hassane Kassi Kouiaté, directeur des Zébrures, de plus en plus une précarité sociale et économique. C’est le lieu pour moi de dénoncer et condamner tous ces gestes sauvages et barbares qui mettent en cause notre existence et notre humanité. »
Matrices fait partie de ces pièces qui, « chacune à leur manière, explorent les thèmes de la paix, de la justice, de l’exil, de la mémoire, et de la capacité de l’individu à se reconstruire ». Et ces Zébrures ne sont pas un luxe…

Philippe du Vignal 

 Spectacle vu le 4 octobre, au Théâtre de l’Union-Centre Dramatique National, Limoges. 

Festival Les Zébrures d’automne 2025 à Limoges

Festival Les Zébrures d’automne 2025 à Limoges chapitre I  et à suivre

Iqtibas, Allumer son feu au foyer d’un autreécriture et mise en scène de Sarah M., création musicale d’Hussam Aliwat ( spectacle en français et en arabe marocain, surtitré en français et en arabe)

Les Zébrures d’Automne cette année ont été consacrées à des créations au Moyen-Orient et au Maghreb. Iqtibas a été joué au Centre culturel de Saint-Junien (12.000 habitants), pas très loin de Limoges dans ‘une très belle salle avec un grand plateau. Quatrième création de la compagnie Beïna (en arabe: entre) où Sarah M. parle de l’héritage colonial par le biais d’une histoire amoureuse que vont vivre une Marocaine, Balkis (Hayet Darwich) et un Français, Abel (Maxime Lévêque). Lui est enseignant, et elle, veut revenir au Maroc, pays de ses ancêtres où vient d’avoir lieu un terrible séisme. Abel, des jours et des jours sans nouvelles, se retrouvera face à lui-même…

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Sur fond d’un passé que personne ne veut voir, celui de la colonisation du Maghreb et ensuite de la guerre d’indépendance en Algérie qui n’a jamais été nommée comme telle pendant très longtemps mais qui a marqué des millions d’Algériens et de Français.
Sarah M. parle aussi de ce tremblement de terre et de cet héritage colonial bien embarrassant pour la jeunesse actuelle du pays de ses ancêtres.
Les deux langues-arabe et français- se croisent ici. Mais est-on dans le récit d’une fable politique ou au théâtre, avec un véritable dialogue entre ces jeunes gens qui voient leur amour se fracturer ?

Le dialogue entre ces personnages peine à émerger sur ce trop grand plateau absolument nu et peu éclairé et que la musique d’Hussam Aliwat à la console, ne parvient pas à soutenir. Et les micros H.F. une fois de plus comme les indispensables surtitrages, n’arrangent rien,.. Malgré la belle présence des interprètes, nous sommes restés sur notre faim…

Philippe du Vignal

Spectacle vu le 3 octobre au Centre culturel de la Mégisserie, Saint-Junien (Haute-Vienne).

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Sogra, Une étoile dans le ciel
, co-auteur et mise en scène : Hatem Derbel, musique de Wadah Ouni

Hatem Derbal, metteur en scène et acteur tunisien, a présidé la trente-neuvième édition du festival international d’Ezzahra 2.016 et a été le directeur des Journées Théâtrales de Carthage de 2017 à 2019. Il crée des pièces de théâtre pour jeune public ou adultes.
Cela se passe dans un futur proche ; deux femmes sont en quête désespérée de la légendaire Sogra, une cité futuriste promise, une sorte de refuge où elles pourraient se réfugier contre les tourments du monde. On pense bien sûr, à Neom, une gigantesque ville nouvelle d’Arabie saoudite, actuellement en construction depuis sept ans à l’Est de l’Égypte, sur 26.500 km² (soit le double de l’Ile-de-France!) avec complexe industriel flottant, centre commercial mondial, stations touristiques et une ville, où des robots assumeraient sécurité, logistique, livraison à domicile, soins. Cette cité serait alimentée uniquement par l’énergie éolienne et solaire. Le tout à l’horizon 2.030…

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Ici, ces femmes, sous le poids de leur passé, craignent pour leur avenir mais guidées par les étoiles, elles rencontreront un vieil homme et ensemble, confrontent leurs souvenirs, désirs et peurs. L’intelligence artificielle devrait régler tous les problèmes de cette ville refuge où existerait réellement » un pays d’amour, sans douleur sans maladie, sans souffrance sans pleurs, sans peur sans tristesse, Personne n’est fatigué, personne ne vieillit, ne s’affaiblit, ne dépérit. »
Ce spectacle reprend le vieux mythe souvent exploité dans le théâtre pour enfants, d’un long voyage aux multiples épreuves avant d’arriver à la terre promise : « La route est tracée dans ma tête, toute la carte. J’en connais les risques, j’en connais les raccourcis et les voies de traverse. Mais la prudence reste de mise… la route est dangereuse et tu n’en imagines pas les dangers. Les chemins qui t’ont menée ici, game, spel, gioco, youxi, Sogra les dépasse d’un niveau. Tu ne verras que ce qu’ils voudront que tu voies. Nous verrons des bêtes dont tu n’imaginais pas l’existence. Tu seras transie de peur, c’est normal. Mais attention, il est interdit de crier, parler haut est ton ennemi, ça réveille les bêtes. Il faut que tu aies une confiance aveugle en moi et quand je te demande de marcher, tu marches ; De te baisser, tu te baisses ; de courir, tu cours ; Tu rampes, tu t’aplatis, tu t’arrêtes, tu retiens ton souffle et si on en arrive là, je te dirais de tuer, tu tueras (…) Lama : ta route est dangereuse. J’ai vu la mort de mes propres yeux. J’ai dû prendre des décisions qui ne me ressemblent pas pour y parvenir Zaouak : Je ne suis pas responsable du chaos et de la violence. Notre accord s’arrête 1 km avant la ville. Je ne vais pas plus loin. »

Une recherche souvent couronnée de succès vers un avenir meilleur où liberté et dignité leur seront enfin offertes.. Mais ici la voix de la graine s’accapare l’écran.  » Je suis là, j’emprunte votre langue pour vous dire que je sèmerai le chaos Le chaos va déferler sur vous et engloutir Sogra votre ville-mensonge Aujourd’hui ou demain. Vous avez peur, je vous fais peur, je m’en réjouis. Cette même peur que vous avez utilisé contre les êtres pour diviser et contrôler. Moi la graine, graine de la honte, graine de Kali, monstre mythique coupe les têtes suce le sang jusqu’à ce que les veines s’assèchent Kali est à la porte de Sogra, elle n’entrera pas. Elle attend sa ville « Kallipolis », son rêve, je le lui ai promis. Moi, la graine, j’ai hérité du savoir du ciel de ses étoiles, de ses constellations, de son pouvoir pour qu’Argos advienne, une étoile qui illumine un ciel sombre et veille sur l’humanité. Argos pas Sogra.. Vous avez changé les codes d’accès mais je reviendrai après le chaos pour écrire un futur sans mensonge.Je ne suis pas un humain, Je ne saigne pas. »
La remarquable réalisation vidéo de Sergio Gazzo est sans doute envahissante mais, sur la musique de Wadah Ouni, Senda Ahmadi, Taoufik El Ayeb et Basma El Euchi donnent vie à cette quête poétique. Même s’il y a comme souvent, des longueurs et un trop plein d’informations : texte, images, musique, jeu…  le spectacle mérite d’être vu.

Philippe du Vignal

Spectacle vu le 4 octobre au Centre Culturel Municipal Jean Gagnant, Limoges ( Haute-Vienne

La peur est partout, où que tu sois…

 
 La peur est partout, où que tu sois…
 
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1-La planète nous prépare des chaleurs extrêmes et des inondations monstrueuses. Les maisons se fissurent à cause de la sécheresse! Des paquebots géants polluent comme un million de voitures.

2- Partout il y a des trafiquants et on peut se prendre une balle perdue.
3-La dette de la France est abyssale.
4-On ne trouve pas de remède contre les tiques, ni pour faire reculer la maladie d’Alzheimer. Et on ne sait pas éradiquer les punaises de lit.
5-La pauvreté augmente.
6-L’obésité gagne du terrain et les pesticides accélèrent les cancers de toute sorte.
7-L’intelligence artificielle risque de supprimer des millions d’emplois.
8-On enferme tellement de monde, que les prisons explosent.
9-Paris est envahie par les rats.
10-La France est menacée par la Russie. Les menaces nucléaires sont  de plus  en plus probables. Israël veut éradiquer toute trace de Palestinien.
11-Les commerces des centres-villes se vident, attaqués par les grandes enseignes.
12-Le prochain covid est attendu d’un jour à l’autre.13-Les médicaments commencent à manquer.
14-Les démocraties meurent à petit feu mais sûrement.
 
 Mais, comme dit le proverbe russe : « Quand ça va bien, on se plaint, quand ça va mal, on pleure, mais quand ça va très mal, on rit et on fait la fête… Parcourir les réseaux sociaux est édifiant : partout fêtes immenses,humoristes en quantité, festivals mastodontes,terrasses de café joyeuses…
Jacques Livchine co-directeur avec Hervée de Lafond, du Théâtre de l’Unité, Audincourt ( Doubs).
 
 
 

Festival Le Temps d’aimer la danse La Chambre d’amour, chorégraphie de Thierry Malandain avec le Ballet de Biarritz

Festival Le Temps d’aimer la danse à Birarritz

La Chambre d’amour, chorégraphie de Thierry Malandain

Thierry Malandain va quitter le Centre chorégraphique National de Biarritz et reprend le premier ballet qu’il créa ici en 2.000. Homme de fidélité à cette région,ce qui est assez rare aujourd’hui dans un monde qui privilégie le « zapping »: la partition symphonique originale de Peio Çabalette, créée par l’orchestre régional de Bayonne-Côte Basque est l’écrin musical de cette pièce d’une heure: «Mon premier programme pour ce festival, dit-il, est un hommage à la terre qui m’accueille. »
Fidélité aussi à ce Centre Chorégraphique National qu’il a dirigé pendant vingt-sept ans, depuis 98. Fidélité à Jorge Gallardo, son créateur de décors et costumes qui travailla déjà à cette première pièce.  Et  à toute son équipe, Richard Coudray,  maître de ballet et Yves Cordian, administrateur…

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©Olivier Houeix

Un parfum de nostalgie, style: Je me souviens de Georges Perec plane donc sur cette re-création. Thierry Malandain a été qualifié de maître du néo-classique mais nous assistons ici à une pièce résolument contemporaine rappelant la liberté des années quatre-vingt dix. Sur le thème d’un histoire d’amour triste: « Si elles finissaient bien, dit le chorégraphe, nous n’en ferions pas des livres, des films ou des pièces. » (…) Chantée par la légende, la Chambre d’amour est une grotte de la Côte d’Argent que les flots envahissaient jadis à marée montante, et qui est, depuis le XVIII ème siècle, le théâtre d’une tragédie. Ici, Ura et Ederra Eau et Beauté (en basque),  à l’instant précis où ils jouissaient le plus de la vie, sont engloutis par l’océan. Le lendemain, leurs corps, retrouvés noués ensemble sur le sable, ajoutèrent une page à la littérature des amants au bonheur brisé par le destin. »
En parallèle, le chorégraphe évoque aussi les destinées funestes bien connues : celles d’Adam et Ève, Abel et Caïn, Othello et Desdémone, Roméo et Juliette, Didon et Énée, Orphée et Eurydice… Une occasion ici, de voir les beaux duos sensuels et parfois cruels, avec sept couples, comme toujours parfaitement interprétés par les solistes. Avec eux, les huit danseurs du chœur maîtrisent ce grand plateau.
La partition, aux tonalités de musique de film, souligne des tableaux souvent dramatiques. Comme toujours chez lui, elle lui inspire une chorégraphie, même si, à la création, il n’avait pas encore celle du final.Thierry Malandain aime à dire qu’il a travaillé comme Marius Petipa, avec la musique de Tchaïkovski. En 2000, l’Orchestre régional de Bayonne-Côte Basque était déjà là, avec la pianiste Marina Pacowski qui avait vingt ans à l’époque, et présente ce soir. Mais cette fois, la musique était enregistrée.
Thierry Malandain et sa troupe ont été longuement applaudis. Ce chorégraphe sensible et discret a réussi à nous enchanter avec plus de quatre-vingt dix ballets ! Le croiser, à Biarritz comme à Chaillot à Paris, est une source d’énergie positive, tant sa bienveillance est communicatrice…

Jean Couturier

Spectacle présenté le 5 et 6 septembre, au Théâtre de la Gare du Midi,  23 avenue du maréchal Foch, Biarritz (Pyrénées-Atlantiques).

Le 16 septembre, festival Cadences, Arcachon (Gironde).

Les 27 et 28 décembre,Théâtre de la Gare du Midi, Biarritz.

 

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