Ronya, fille de brigand, adaptation du roman éponyme d’Astrid Lingren, mise en scène de Strile Ingland Bjordall

Ronya, fille de brigand, adaptation du roman éponyme d’Astrid Lingren, mise en scène de Strile Ingland Bjordall  (tout public)

Cette romancière et scénariste suédoise (1907-2002), auteure de livres pour enfants, est mondialement connue  pour avoir créé les célèbres personnages de Fifi Brindacier et de Zozo la tornade. Astrid Lindgren avait pris l’habitude de raconter des histoires à ses enfants et quand  sa fille fut atteinte d’une pneumonie, elle crée en 45 le personnage de Pippi Långstrump (Pippi longues-chaussettes:Fifi Brindacier en français, avec des illustrations d’Ingrid Vang Nyman. Mais elle avait déjà publié un livre pour petites filles ,Britt-Mari lättar sitt hjärta (Britt-Mari soulage son cœur). Succès et bonnes critiques font  qu’elle gagnera vite plusieurs prix littéraires.

Dans Barnen i Bullerbyn (Nous, les enfants du village Boucan) et Vi på Saltkråkan (Nous, à Saltkråkan), elle raconte la vie d’enfants et adultes dans la campagne. Saltkråkan symbolisant le rêve suédois d’une communauté écologique habitant un archipel. Et elle en a tiré le scénario d’une série en treize  épisodes: Les Enfants de l’archipel. Elle a aussi écrit des romans comme Karlsson på taket (Karlsson sur le toit) qui se passe à Stockholm vers 1950. Et elle conte aussi dans Ronya fille de brigand, l’aventure de Ronya et Rik, des amis qui ne devraient pas l’être et dont est issu un film réalisé en 84 par Tage Danielsson  et qui eut un grand succès… Mais il y eut  aussi des adaptations théâtrales en Suède ou en Norvège comme celle-ci. .Mais pas à notre connaissance en France.

Dans Mio, min Mio (Mio, mon Mio) et Bröderna Lejonhjärta (Les Frères Cœur de Lion),  parle de pays imaginaires et du bien et du mal, maisd aussi de l’amitié. En 1923, elle parle de Zozo la grosse tête (Emil i Lönneberga). Ce petit garçon turbulent et farceur mais au bon cœur , grandit dans une ferme à la fin du XIX ème siècle. L’écrivaine reçut le Prix en Or en 1950 et le Right Livelihood Award (pour les droits des enfants) en 94 et depuis 67, le prix Astrid Lindgren d’environ… 550.000 €! récompense chaque année un auteur suédois de littérature jeunesse.

© -Nettside-Med-innhold

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Ici, Ronya est la fille du chef de parents brigands qui font des ravages dans la forêt de Mattis, près  d’un vieux château moyenâgeux qui a été coupé en deux par la foudre et où vit aussi une autre bande ennemie. Née par une terrible nuit d’orage -c’est un avertissement qui ne trompe pas- Ronya veut  être absolument indépendante et donc vaincre la peur qui la menace constamment. Dans la forêt dangereuse, elle rencontre Rik au bord d’un gouffre Rik.
C’est le fils unique de l’autre bande ennemie de brigands.. D’abord amis, puis bien entendu, vite très amoureux  Ronya et Rik,  après s’être sauvés la vie l’un l’autre, vont vivre ensemble dans cette forêt, loin de leurs parents respectifs dont ils ne supportent plus la guerre permanente entre eux. On vous la fait brève car nos connaissance en norvégien sont   assez faibles…

 

Il y a ici à la fois les éléments d’un conte populaire qui se passe au Moyen-Age dans un  grand château mythique en ruines où a lieu une histoire de brigands- cela marche à tous les coups et l’autrice est très rusée et visiblement pleine d’humour.Mais c’est aussi un roman d’initiation où les héros vivent une histoire d’amour genre Roméo et Juliette suédois aux multiples aventures.Astrid Lindgren traite aussi en filigrane de thèmes comme la lutte entre le bien et le mal, la vie et la mort, la guerre et la paix…

Cette adaptation se joue au Fyllingsdalen Teater dans un quartier périphérique de Bergen (Norvège). Une curieuse salle pas vraiment rectangulaire d’environ cent cinquante places avec une belle scène dotée d’une tournette… bien utile: l’action se situe à la fois dans un vieux château à moitié en ruines ,et dans les prés verdoyants, près d’immenses forêts.  Le scénographe en a  habilement traduit le climat grâce à des vidéos en fond de plateau et le metteur en scène maîtrise bien le jeu de son équipe de douze interprètes et de dix jeunes figurants. Tous circulent avec efficacité sur ce plateau tournant et il réussit la plupart du temps  à garder la poésie de cette saga romanesque avec une réalisation au cordeau avec des éclairages efficaces. Ici, Il y a aussi quelques remarquables chants choraux. Le tout rodé depuis longtemps, bien réalisé. même si les acteurs manquent expérience et ne semblent pas tous vraiment professionnels.
Au chapitre des bémols: on ne comprend pas bien (sinon pour permettre aux enfants d’aller aux toilettes) la nécessité d’un entracte, ce qui casse l’action qui ne fait pas toujours dans la nuance -et pas toujours très claire- et rend le spectacle un peu long (quatre-vingt dix minutes). Et le metteur en scène aurait pu nous épargner ces fréquents jets de fumigènes: ce procédé bien parisien et archi-usé est aussi arrivé jusque en  Norvège! On aurait aussi aimé que le recours à la tournette et aux micros H.F. soit plus discret. Et qu’il y ait moins de criailleries

A ces réserves près, cette adaptation d’un roman en théâtre populaire fonctionne bien mais exige des moyens avec, au moins une dizaine d’interprètes… Vu les restrictions actuelles, on voit mal comment  un metteur en scène arriverait à disposer des moyens suffisants, sauf à la Comédie-Française.  Donc, nous sommes condamnés à rêver sur une possible adaptation de ce roman dans l’Hexagone. Tiens, une idée, pourquoi ne pas faire venir ce Ronya, fille de brigand dans un festival français. Il mériterait bien d’être invité et y aurait toute sa place: nos amis norvégiens investissent avec succès dans ce type de spectacle tout public, avec différents niveaux d’interprétation,  notamment pour les enfants… 

Philippe du Vignal

 Spectacle vu le 14 février au Stiftelsen Nye Fyllingsdalen Teater, Folke Bernadottes vei 2 . Bergen (Norvège). Jusqu’au 29 mars

Le livre est édité en français chez  Biblio Monde, Le Livre de poche, collection Jeunesse, traduit du suédois par Agneta Ségol, Brigitte Duval et Jeanne Bouniort, (2002). Première édition: 1996.


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La monnaie du Centre d’Art et de plaisanterie, le « sponeck »

Petite histoire du théâtre: le « sponeck », monnaie du Centre d’Art et de plaisanterie

 J’écoute une émission de France-Culture: pour qui faisons-nous du théâtre? Sommes-nous vraiment un service public? Quand nous étions, Hervée de Lafond et moi, à la direction de la Scène Nationale de Montbéliard-Centre d’art et de Plaisanterie, son président, un chirurgien assez conservateur avait craqué et s’était plaint quand il avait aperçu dans le public quelques jeunes de type méditerranéen. Et là, j’ai fait une colère comme jamais : “Dehors, vous n’avez rien à faire ici! »
Alors, il est allé voir le Maire:  » La programmation de ces trublions va me forcer à devoir aller au théâtre à Paris. Nous, bourgeoisie éclairée de Montbéliard, nous sommes les nouveaux exclus de la Culture. » Fort heureusement, Alain Chaneaux, adjoint R.P.R. à la Culture de 89 à 98, nous a soutenu et s’est même réjoui même de ce remue-ménage.

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Nous étions ravageurs. J’avais refusé que le contrôle à l’entrée de la salle commence par la déchirure d’un billet. Il y avait donc un passeport avec de jolis timbres, chacun correspondant aux spectacles choisi et il  fallait le faire tamponner, comme si on partait en voyage à l’étranger… Et nous avions une monnaie: le « sponeck »; au gré des spectacles vides ou pleins, on faisait varier le taux. C’était ludique et il y avait des spéculateurs qui en guettaient la baisse… Avec l’approbation du Maire, nous avions nommé la Scène nationale que nous avons dirigée pendant neuf ans: Centre d’art et de plaisanterie. Les services de Jack Lang, alors ministre de la Culture, avaient aussitôt dit: non. Alors, nous nous sommes adressés directement à lui et il  nous a répondu : « Pourquoi pas? »

Nous étions fous: nous avions invité Christian Zaccharias, célèbre pianiste et chef d’orchestre allemand à condition qu’il porte en scène un blouson en cuir et nous avions exigé qu’il parle des morceaux qu’il allait interpréter. Les ouvreuses et ouvreurs étaient habillés en « hells angels’ ». Cela nous  semblait important de casser le rituel moisi des concerts de musique classique.

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Après chaque spectacle, le public se retrouvait dans les salons de l’Hôtel de Sponeck- notre lieu de travail et d’accueil-  pour un « placotage »: une discussion avec l’artiste qui choisissait le menu du dîner, aussi ouvert au public… Nous tenions à « dépiédestaliser » la Culture. 
Petite anecdote: nous voulions offrir un verre de champagne mais, bien sûr, c’était trop cher! Alors, j’avais demandé à un œnologue de goûter un vin mousseux correct que j’avais préparé très glacé avec une pointe de cassis. Et il n’avait rien remarqué de suspect. Normal: si  la boisson est glacée, on ne se doute de rien. J’en étais resté assez fier!

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Et des inventions,  nous n’arrêtions jamais d’en faire; nous avions affiché un panneau : “Invente ou je te dévore”, la maxime de Claude-Nicolas Ledoux (1736-1806) , grand architecte et urbaniste des Salines d’Arc-et-Senans (Doubs) mais aussi des barrières d’octroi à Paris qui existent encore: celle  à la Villette, celle dite  d’Enfer, place… Denfert-Rochereau, une rotonde au parc Monceau  et la barrière du Trône, près de la Nation. Le plus important pour nous: arriver à remplir le Théâtre de Montbéliard qui ne répondait pas à notre appétit d’ogre, puisque nous voulions remplir Montbéliard… de théâtre. C’était sur ce point-là que notre différence avec les établissements culturels habituels, devenait magistrale. Nous voulions agrandir notre audience et nous adresser à la ville toute entière. Nous avons donc mis sur pied Le Réveillon des boulons,  pour le 31 décembre.

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Ce n’était pas une  simple théâtre de rue: nous avions partout dans la ville des ateliers où on préparait ce moment festif et organisait des bandes. Un immense rendez-vous, toutes catégories de population confondues. Commencé avec dix mille personnes et terminé au changement de siècle, avec quarante mille! Je me revois encore au sommet d’une tour de Babel, à environ trente mètres de hauteur, déclamant des poèmes….

Louis Souvet, maire de Montbéliard et président de la Communauté d’agglomération du pays de Montbéliard de 89 à 2008 était trop fier! Il recevait des appels téléphoniques le 1 er janvier, du genre: « Mais dis-donc, à la télé, ils ont parlé du réveillon à Londres, Los Angeles, Berlin, Paris, mais aussi  à Montbéliard!  Et tous les  hôtels affichaient complet. Nous étions trois à mener à bien ce grand chantier : Hervée de Lafond, Claude Acquart et moi-même, Jacques Livchine.
Bien sûr,  en France, les établissements culturels prêtent le flanc à la critique et on les accuse même de wokisme, même s’ils ont de bonnes programmations. Mais à qui s’adressent-ils? Suis-je populiste, quand je me réjouis que le réparateur de chaudière me dit:  « J’y étais, aux Boulons.  » Et le garagiste, les mains pleines de cambouis, m’explique que, pour ce Réveillon, il recevait sa famille de partout.
Il y a eu quatre éditions…
 Puis la municipalité et l’agglomération ont changé de bord...et en 2013,   n’ont pas reconduit Le Réveillon des Boulons qui avait lieu le 31 décembre une année sur deux. Motif : l’évènement coûtait trop cher aux collectivités et avait été créé sous la Droite! Sans commentaires. Vingt-cinq ans plus tard, personne, à Montbéliard comme dans la région, n’a oublié “Les Boulons”.
Jacques Livchine, ex-codirecteur avec Hervée de Lafond du Théâtre de l’Unité qu’ils ont quitté le 31 décembre dernier.
 
 
 
 

Clap de fin pour le Théâtre de l’Unité (2)

Clap de fin pour le Théâtre de l’Unité (2)

©x Jacques, Hervée et Claude Acquart, leur scnéographe

©x Jacques, Hervée et Claude Acquart, leur scnénographe

Comment nous nous étions connus, Hervée et Jacques, il y a au moins un demi-siècle? Pas au tout début de leur aventure, quand Jacques Livchine avait créé, en 68, un montage de poèmes avec Apollinaire à la guerre au Théâtre des Trois Baudets. Je n’étais pas encore critique de théâtre, même si j’y allais très souvent. Mais, sûrement en 72, quand le Théâtre de l’Unité avait présenté quelques sketchs provocants en guise de parade pour son Don Juan, à Aix, ville ouverte aux saltimbanques, une manifestation de théâtres de rue créée par le grand Jean Digne où il m’avait demandé d’être « écrivain public », puis « écouteur public »…

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©x Jean Digne en 72

Nous avons vu à Paris Le Revizor de Nicolas Gogol. Malgré quelques bonnes idées, un spectacle peu convaincant, dans une salle presque vide et je ne me souviens pas avoir écrit d’article.

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Puis, il y eut la légendaire 2CV Théâtre pour un spectateur à l’intérieur et dans la rue, une bonne centaine tout autour. Et en 78, à Elancourt, où le Théâtre de l’Unité a réussi à s’implanter, La Femme-Chapiteau mais surtout Le Boulevard de la rue que Bernard Faivre d’Arcier, directeur du festival d’Avignon, avait invité: un spectacle avec tous les personnages habituels: mari, femme, amant et domestiques vivant dans les meubles d’un appartement bourgeois… mais le tout dans une rue de la Cité des papes. En 80, un bon souvenir à Saint-Quentin-en-Yvelines, du Bourgeois Gentilhomme de Molière, vu par Louis XIV et sa Cour, à un grand dîner à Versailles; le public étant assis derrière les convives et essayant d’attraper quelques bribes du festin… Et il y eut cette même année, la création du Mariage, un vrai-faux mariage joué dans le in d’Avignon. Avec la future mariée en longue robe blanche et son fiancé en habit, descendant d’un train (ou faisant semblant?). Puis, avait lieu la cérémonie à l’Hôtel de ville par le maire… de Florence, un ami du Théâtre de l’Unité. Et, à la nuit tombante, départ en voitures, toutes munies d’un petit drapeau pour se repérer et aller en cortège vers une belle maison avec piscine, à Pernes-les-Fontaines. Je revois encore Hervée et Jacques accueillant à Avignon chacun des spectateurs à la vente des billets : puis ils avaient mémorisé leurs noms, grâce à des Polaroïds qu’ils prenaient. Il y avait un grand repas de mariage pour le public avec, comme autrefois, chansons, et sketches dehors et dans la maison. Vers six heures du matin, Jacques proposa de boire un verre de champagne mais ajouta aussitôt: «Alors, il faudra le mériter, allez chercher les bouteilles.» Et il en balançait quelques cartons dans la piscine. Panique à bord! Des spectateurs à moitié nus plongeaient les récupérer…

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©x Une rue de la citadelle de Blaye

J’avais demandé à Hervée et Jacques de remettre le couvert avec les élèves de l’Ecole de Chaillot. Ainsi naîtra Noce et banquet, un spectacle commandé pour le festival de Blaye par Jacques-Albert Canque, très heureux d’inviter le Théâtre de l’Unité. Cela a été pour ces jeunes acteurs, l’occasion exceptionnelle de débuter, bien encadrés par des metteurs en scène de premier plan, dans les lieux parfois difficiles qu’étaient une rue de la citadelle de Vauban, puis une chapelle désacralisée, un cloître, et enfin une placette où, à la fin, tous les personnages se suicidaient l’un après l’autre, en se jetant des remparts. Hervée jouait à la fois la belle-mère et la maîtresse de cérémonie en tailleur noir, clochette à la main dans la chapelle pour rythmer la cérémonie. Marie Thomas, hélas, décédée l’an passé, en jupe et grand chapeau noir, était une ex du marié et entrait en retard dans la chapelle, en en claquant la lourde porte. Puis elle allumait sa cigarette au cierge pascal dans le chœur et allait s’asseoir au sol, jambes écartées face à l’assistance, pour qu’on voit bien ses jarretelles et bas noirs. Nourit Sibony, la chanteuse franco-israélienne, elle, debout sur un piano à queue. interprétait de merveilleux gospels.
Jacques, lui, était le curé qui allait procéder à la bénédiction, mais, comme il devait faire en urgence un aller et retour à Paris, il m’avait demandé de le remplacer pour deux soirs. Grande promotion : directeur d’école, après une matinée de répétitions, je devins curé, petit mais nécessaire personnage de cette Noce et banquet qui prononçait un sermon foutraque.
Notre amie Chantal Boiron, directrice de la revue Ubu, avait dit à Françoise Morandière attachée de presse du festival, que le curé attendant le cortège ressemblait à du Vignal. Mais, non pas du tout, ce n’est pas lui et d’ailleurs, il n’est même pas venu… avait-elle finement répondu.  En 82, j’avais interviewé Jacques lors de l’émission sur France-Culture d’Alain Veinstein qui lui avait passé commande d’une intervention sur une grue au-dessus du Verger. Jacques avait alors entièrement vidé sur la table du studio, le contenu du sac à main d’une artiste, en détaillant au micro et avec précision chaque objet : briquet, carte d’identité, petite  monnaie, tampon, rouge à lèvres, clés…

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Regrets: je n’avais pu voir Le Théâtre pour chiens, ni L’Arche de Noë, avec le chanteur Nino Ferrer, trente acteurs et une centaine d’animaux.  Mais j’avais assisté à Ali-Baba, mise en scène d’Hervée de Lafond, sous un grand chapiteau, avec chariots à moteur électrique. Tout à fait impressionnant: les nombreux enfants étaient sidérés par tant de magie… Et il y eut Mozart au chocolat où, dans une pièce ovale fermée, quatre-vingt spectateurs dégustaient une tasse d’excellent chocolat, servie par Hervée de Lafond. Ceux qui n’avaient pu entrer, étaient admis à écouter à l’extérieur par un hublot, les airs de Mozart joués par un pianiste, et les extraits d’opéra chantés par un baryton et une soprano.
Ce Mozart au chocolat  était une petite merveille, à la fois élégante et efficace, dont nous nous souvenons comme si c’était hier. Autre petite merveille mais jouée peu de fois: L’Histoire du soldat de Ramuz et Stravinski, mise en scène de Marc Feldman sous un chapiteau.
Comment ne pas évoquer aussi les stages A.F.D.A.S. que dirigèrent Hervée et Jacques à l’Ecole du Théâtre National de Chaillot, chaque fois avec un grand succès. Nous n’avons jamais regretté d’avoir fait venir ces grands pédagogues et, à chaque fois, il y avait une séance de travail avec les élèves…

© Giancarlo Gorassini/Bestimage

© Giancarlo Gorassini Ophélia Kolb qui jouait  à Conques

Je leur avais ensuite demandé de mettre en scène le spectacle que nous avait commandé la directrice du service culturel de Conques (Aveyron), un village où Prosper Mérimée avait sauvé l’abbatiale et son merveilleux tympan: « Je n’étais pas préparé à trouver tant de richesses dans un pareil désert ». Thème choisi par Hervée et Jacques: une revisitation du Moyen-Age et des Croisades. Hervée avait interpellé un moine de l’abbaye en bure blanche qui passait près du cloître pendant le spectacle: «Eh! Mon père, l’Eglise n’a pas toujours été bien nette à cette époque-là, vous êtes d’accord? »

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A un repérage en janvier,  Jacques et Hervée  avions essayé de calculer l’orientation du soleil au crépuscule en juillet, pour choisir le côté du cloître où mettre les spectateurs pour qu’ils ne soient pas gênés. Folie du Théâtre de l’Unité mais aussi grande rigueur, comme toujours quand il s’agissait de choisir un lieu adapté. Beau succès avec quelque deux-cent cinquante spectateurs à chacune des cinq représentations. L’Ecole du Théâtre National de Chaillot n’aurait jamais été celle qu’elle a été, si, à notre demande, ils n’y étaient pas venus souvent travailler. Pourquoi nous souvenons-nous de détails aussi précis de leurs mises en scène?
Sans doute grâce à ces préceptes qui furent leur bible non écrite : dramaturgie précise, choix et direction d’acteurs au cordeau, respect du texte quand il s’agissait d’un classique, imagination de situations impossibles mais rendues crédibles, fausses pistes pour mieux piéger les spectateurs, second degré flirtant sans arrêt avec le premier, décalage permanent, allers et retours entre réel et fiction, rigueur et intelligence des scénographies de Claude Acquart. Ainsi au début de Dom Juan, trois jeunes couples absolument nus arrivaient sur le plateau et commençaient à jouer. Jacques dans la salle, hurlait: «Baissez le rideau, excusez-nous, ce n’était vraiment pas du tout une bonne idée.» Du lard ou du cochon? Le public était sidéré… Et, en à peine une minute après, miracle… les acteurs revenaient normalement habillés! 

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Repas des riches, repas des pauvres en 94 à l’Hôtel Sponeck à Montbéliard, une performance de l’artiste Daniel Spoerri que nous avions beaucoup aimée. Là aussi, l’imagination était au pouvoir. Assis aux mêmes tables, un repas bon mais simple (saucisse-lentilles) pour les pauvres mais sans service, et un autre repas luxueux avec foie gras, champagne et maître d’hôtel pour les riches: les uns et les autres tirés au sort. Avec, parfois, échanges de boissons entre eux… Ou indifférence!

Terezin, encore un bon spectacle en 95 dont vous a parlé Jean Couturier (voir Le Théâtre du Blog): tout le théâtre était occupé avec une rare émotion  Il y a eu aussi l’ouverture en 96 du Palot-Palot, un ancien cinéma à l’abandon que le Théâtre de l’Unité, avec la mairie de Montbéliard, avait fait rénover, pour que les jeunes puissent aller y danser… Et il y a eu ce merveilleux 2.500 à l’heure, une histoire du théâtre en soixante minutes jouée par de jeunes acteurs issus de l’Ecole de Chaillot : Alexandre Zambeaux et Léna Bréban,  et Eric Bougnon, rencontré à un stage A.F.D.A.S. Et encore ces mises en scène épatantes de La Flûte enchantée de Wolfwang Amedeus Mozart et La Tétralogie (condensée) de Richard Wagner.  Par la fanfare des Grooms qui sera ensuite dirigée par Christophe Rappoport, le fils de Jacques et Edith qui fut longtemps conseillère à la D.R.A.C. Ile-de-France.Un Brecht pour Muguette, une évocation mordante et réussie de personnages de Montbéliard, comme le maire Pierre Souvet et son adjoint, Pierre Moscovici. Et encore, deux des nombreux Kapouchniks, ces cabarets mensuels sur l’actualité sociale et politique, fabriqués avec un humour cinglant, dans la journée du samedi, à base de revues de presse et joués le soir par une dizaine d’acteurs rompus à l’exercice. Avec juste des costumes sur un portant, et quelques accessoires. Un beau spectacle gratuit- il y avait seulement une corbeille à la sortie- suivi par un public fidèle et enthousiaste pendant vingt ans. Je revois Jacques alignant au tableau noir, les chiffres de différents budgets, aussi ahurissants que contradictoires. Une belle leçon de  pensée politique et un théâtre populaire envié par les institutions voisines qui… se gardaient bien d’inviter le Théâtre de l’Unité. Tout se paye dans la vie, surtout l’audace et le succès.

 

 

© Jean Couturier

© Jean Couturier La Nuit unique

La Nuit unique créée au festival d’Aurillac, avec ses dizaines de couchages alignés pour voir, de dix heures du soir à sept heures du matin, un cabaret hors-normes. Jacques nous avait proposé un vieux mais confortable fauteuil en cuir, pour y passer la nuit. Mais difficile de tout capter de cet excellent cabaret,  sans sommeiller de temps à autre…  Et toujours au festival d’Aurillac, dans une belle prairie jouxtant la Maison de la Châtaigne à Mourjou, un beau petit village cantalien, la Brigade d’Intervention Haïtienne en 2010, un exorcisme de la mort avec poèmes et chansons et un cercueil où de jeunes acteurs haïtiens plaçaient un spectateur volontaire. 

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Et La Tour bleue (2007) à Amiens, devant des spectateurs par milliers regardant des sketches joués par des acteurs et cascadeurs dans une barre d’H.L.M. qui allait être détruite par explosion à la fin du spectacle. Mais, d’explosion, que nenni ! Impossible vu le danger! Donc une belle imposture: nous nous étions tous fait avoir par cette histoire invraisemblable de destruction par ultra-sons, annoncée dans toute la presse locale et rendue crédible par la présence de Gilles de Robien, maire d’Amiens de 89 à 2.002. Et surtout par une dramaturgie soigneusement préparée longtemps à l’avance par Hervée et Jacques… Vu aussi Le Parlement de rue, un spectacle sur des gradins en plein air au festival d’Aurillac en 2014. Assise sur une chaise d’arbitre de tennis, Hervée de Lafond présidait une Assemblée nationale, avec discussion et vote de lois proposées par le public… Ensuite envoyées à Manuel Vals, Premier Ministre, aux ministres concernés et à François Hollande, Président de la République.

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Mais un des spectacles de l’Unité que nous avons préférés a été Oncle Vania à la campagne en 2006. Bigre, déjà vingt ans! Mais encore si vivante dans notre mémoire, cette pièce créée à Porentruy (Suisse). La scène ? Une grande prairie d’une exploitation agricole. Le public était assis sur des bottes de paille compressées, pour voir cet Oncle Vania à la campagne en une heure trente, jusqu’à la nuit. Dans un coin, cuisait lentement un chaudron de bonne soupe qu’avait préparée Jacques et servie après le spectacle au public. Merveille du hasard, ce soir-là, on a entendu au loin, les rires d’une fête de mariage et, sublime et qui aurait bien plu à Anton Tchekhov, la sirène d’un petit train passant dans la vallée. Et, à un moment, des chevaux avec leurs cavaliers traversant la prairie derrière les acteurs (mais cette fois, mis en scène). Impossible d’oublier une telle réalisation…

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Sept ans plus tard, dans la forêt près d’Audincourt, Macbeth en forêt, déambulatoire  la nuit par un hiver mouillé, le public assis sur des tabourets pliants, avec un très bon Macbeth, une moins bonne Lady Macbeth. Mais avec des images fantastiques, dignes de Shakespeare et jamais réalisables sur un plateau. 

Et le dernier de Jacques en 22, Une Saison en enfer, sur le chemin à travers les champs qu’empruntait Arthur Rimbaud, depuis la ferme de sa mère à Roche près de Charleville-Mézières et dont il ne reste qu’un mur. A côté, une petite maison rénovée par Patty Smith qu’elle avait prêtée au Théâtre de l’Unité pour servir de Q.G. et de loges. Là encore, il pleuvait sans arrêt et, là encore, miracle, la pluie cessa juste avant ce spectacle déambulatoire, avec des images d’une grande beauté.

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©x Une Saison en enfer

Nous y retrouvons, parmi les cinq interprètes tous en habits noirs, Faustine Tournan, ex-élève de l’Ecole de Chaillot… qui, à Conques, avait sauté d’un mur et s’était gravement blessée. Il y a de la nostalgie dans l’air et Jacques me dit que ce sera son dernier spectacle, qu’il a commencé sa vie avec Arthur Rimbaud et qu’il la finira avec lui.
Il y a deux ans, Les Femmes puissantes d’après L’Assemblée des femmes d’Aristophane. En amont, un atelier-théâtre animé par Hervée avec des mères de famille arabes. Cela se passait près d’Audincourt, dans les vestiges d’un grand théâtre romain. Mais belle trouvaille, le public était assis là où était la scène autrefois Il pleuvait sans arrêt et il faisait froid. Heureusement, sous une tente, nous attendaient du café et de quoi manger un morceau.

©J.P. Estournet

©J.P. Estournet

Puis, miracle, la pluie cesse quelques minutes après le début du spectacle et la dizaine d’actrices vont avec Hervée faire revivre en cinquante minutes sur ce qui restait des gradins, la fable d’Aristophane sur une musique commandée à William Sheller. Micros H.F., belles lumières, impeccable régie, tout cela, malgré des conditions météo assez rudes. Pari réussi,  avec un auteur grec joué en France par des actrices arabes. Une fois de plus, avec un grand professionnalisme: rien d’impossible au Théâtre de l’Unité…

Voilà, ce sont quelque trente spectacles que nous aurons vu et ceux qui ont moins de quinze ans ont été chroniqués dans Le Théâtre du Blog. Et il y a eu avec Hervée et Jacques, un compagnonnage exceptionnel, quand ces pédagogues hors pair ont accepté de diriger des stages à Chaillot. Et ils ont aussi monté trois spectacles avec les élèves, ou avec ceux juste sortis de l’Ecole. C’est un rare privilège de les avoir accueillis, une idée que les services du Ministère  de la Culture trouvaient assez bizarre, mais que Jérôme Savary, alors directeur, bien sûr, avait approuvé….

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©x La fête d’adieu à Audincourt avec le Rappoport orchestra autour d’Hervée et Jacques 

Merci, encore merci, à Hervée et Jacques pour toute la riche vie, loin des chemins habituels, que vous aurez su apporter au théâtre contemporain. Avec un grand travail préalable de dramaturgie, puis  une impeccable direction d’acteurs, une rigueur et une invention d’images exemplaires de beauté, une écriture ciselée, un choix de lieux conformes au projet, et il y en au un paquet: rue ou place de ville (souvent), sentier de campagne, forêt, cloître (deux fois), chapelle, amphi en ville, jardin public, chapiteau, scène frontale de théâtre, ancien atelier, maison à l’extérieur et à l’intérieur, prairie (deux fois), ancien H.L.M. ,gymnase, etc… une musique recherchée et une scénographie efficace, réalisée par leur ami Claude Acquart. Et toujours, avec insolence, rigueur et générosité.
Tout cela n’a aucun prix et a fait la grande réputation du
 Théâtre de l’Unité qui, le 1er janvier 2026, est devenu la Maison de l’Unité. Nous souhaitons le meilleur aux artistes qui, en ces temps bousculés, vont succéder à Hervée et Jacques: ils bénéficient d’un héritage artistique exceptionnel.
Allez, une dernière pour la route:
« Fabuleux! Je ne pensais pas, a dit Jacques, vivre ça de mon vivant! Vivre un enterrement hyper-joyeux, hyper-tendre, hyper-émouvant, oui, un enterrement. Car ce genre d’hommage, c’est quand on est mort: et là pas du tout, on était vivant et on s’est régalé comme dans un rêve.Tous ces compagnons de route très anciens: Généric Vapeur, Trans Express, Cacahuete, Juliot. Et puis tous les autres! Tous en transe! Pour nous…  Je n’en reviens toujours pas! Je plane, je plane, je plane! » 

Philippe du Vignal

Si vous voulez en savoir plus, lire absolument: Les Mille et une plaisanteries du Théâtre de l’Unité de Jacques Livchine. 15 €. Maison de l’Unité, 9 allée de la Filature, Audincourt (Doubs). T. : 03 81 34 49 20.
Vous pouvez voir toutes les photos de la grande fête d’adieu en l’honneur d’Hervée et Jacques à laquelle nous n’avons pu assister, en allant sur le site: Blog de Jacques Livchine. 

Festival du Merveilleux au Musée des arts forains

Festival du Merveilleux au Musée des arts forains

Parisiens et visiteurs du monde entier vont rêver dans ce musée. Comme chaque année, Jean-Paul Favand, maître des lieux, invite des artistes au Musée des arts forains proprement dit, le Théâtre du merveilleux mais aussi au Salon vénitien et au Magic Miror.
Il faut aussi voir les manèges et éléments forains historiques que Jean-Paul Favand a collectionné et remis en fonctionnement avec une équipe technique très spécialisée. Manèges de chevaux de bois, vélocipèdes, gondoles mais aussi billards japonais ou hollandais, tables à élastiques et les fameuses courses de chevaux, de bateaux et de garçons de café, un ensemble d’attractions exceptionnel. Ce lieu unique au monde est sans doute un des plus grands musées privés du spectacle vivant.

 

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Thème de cette année: les costumes. On découvre, entre autres, ceux, fabuleux, de clown, créés par la maison Vicaire, des coiffes de cabaret et music-hall, d’une grande richesse, une robe de Brigitte Bardot dans Boulevard du Rhum (1970) de Roberto Enrico, une création d’Yves Saint Laurent pour le ballet Turangalila (1968) et une chapeau de Joséphine Baker (1973).

Au Théâtre du Merveilleux, opéras et ballets sont à l’honneur avec cinq pièces uniques d’une grande beauté dont Les Bandar Log (chorégraphie de Georges Skibine et costumes de Jacques Dupont (1968), Obéron (1954) costumes de Jean-Denis Malclès, Le Lac des Cygnes (1960), costumes de Dimitri Bouchene, chorégraphie de Vladimir Bourmeister. Yous ces spectacles furent créés à l’Opéra de Paris.
Enfin il faut aussi découvrir la parade et les performances musicales de la compagnie Demain on change tout, avec des marionnettes géantes. Il est bon de se perdre dans cet endroit hors du temps…

Jean Couturier

Jusqu’au 4 janvier, Musée des arts forains, Pavillon de Bercy, 53 avenue des Terroirs de France, Paris (XII ème). arts-forains.com

 

 

 

Tempo au Cirque d’hiver Bouglione

Tempo au Cirque d’hiver Bouglione

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© x Les Salto Dancers du Cirque Bouglione avec M. Loyal (Michel Palmer)

Le plus ancien cirque du monde… Inauguré par Napoléon III, le 11 décembre 1852. Grâce au duc de Morny, son demi-frère, fils comme lui d’Hortense de Beauharnais, fut accordé un permis de construire à la place d’un ancien château d’eau, boulevard du Temple. Surnommé boulevard du crime à cause des théâtres comme le Cirque-Olympique, les Folies-Dramatiques, la Gaîté… où étaient représentés des crimes  assassinats, vols… Dès ses premiers spectacles en 1907, la famille Bouglione mettra en scène de grands fauves.

La célèbre La Piste aux étoiles s’installa au Cirque d’Hiver Bouglione de 56 à 78. D’abord présentée par Michel Francini et ensuite par Roger Lanzac, cette émission est entrée dans l’histoire de la télévision et a marqué des générations d’enfants et d’adultes. La famille Bouglione, emblématique du cirque traditionnel, s’est adaptée aux nouveaux règlements européens. En novembre 2021, sera interdite en France: « l’utilisation d’animaux sauvages dans les établissements itinérants à partir du 1er décembre 2028. » Mais les animaux domestiques: chevaux, chèvres, moutons, volailles, lama, dromadaire, chameau sont autorisés… Ici, reste un numéro de haute école équestre. Régina Bouglione, la chef d’orchestre du Cirque familial présente encore des animaux mais ici, elle dirige son cheval.

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©x Régina  Bouglione

Ce que le cirque a perdu en violence infligée aux animaux dressés contre leur volonté, il le gagne ici en poésie et légèreté. Mais la performance est toujours au rendez-vous et en ces temps de fêtes, il y a quelquefois deux représentations par jour! Cela exige de tous les artistes, une grande force physique et mentale, …
Les Bouglione réussissent là où les politiques de toute obédience ont échoué: faire cohabiter dans un même spectacle, la Troup Empress Passing, un quatuor venu de l’Est avec  Liibov, une sorte de reine sur son trône, menant les hommes à la baguette. Les jongleurs Maksim, Edouard et Dmitri font preuve d’une agilité et d’une originalité inouïes avec des lancers de massues fascinants!  Il y a aussi Guillaume Juncar avec une roue Cyr et des acrobates au main-à main Céline, Joline et Laurène, des sœurs italiennes. Et Housch Ma Housch, un clown ukrainien! Quelle intelligence et quelle beauté! Le tout cornaqué par  Michel Palmer, ce M. Loyal qui officie depuis quatre décennies! Côté public, les enfants avec leurs parents sont bien présents: une bonne façon de leur donner très jeunes le goût de la scène, loin des distractions numériques, souvent abrutissantes.

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©x Acrobates et sapeurs-pompiers

 Il faut aller découvrir ces excellents numéros. Nous retiendrons, entre autres, la fantastique performance de la hongroise Sára Nagyhegyi qui réalise toutes ses acrobaties, suspendue par son chignon: un très ancien numéro de cirque qu’elle fait ainsi revivre…
Sampion Bouglione, lui, unit jonglage et claquettes. Et le clown ukrainien apporte une touche poétique, sans prononcer un seul mot. Malicieux professeur Tournesol, toujours le premier étonné de sa maladresse, il  fait le lien entre les tableaux. Enfin, surprise finale: cordes « espagnoles » et échelles auto-portées de cinq mètres , tout droit sorties de la caserne parisienne Masséna s’invitent par roulement avec cinq de ses trente sapeurs-pompiers,  et quatre acrobates, dans un ballet aérien…

 Jean Couturier


Jusqu’au 26 mars, Cirque d’Hiver-Bouglione, 110 rue Amelot, Paris (XI ème). T. : 01 47 00 28 81.

Festival d’automne Les petites filles modernes (titre provisoire) texte et mise en scène de Joël Pommerat

Festival d’automne

Les petites filles modernes
(titre provisoire)
 texte et mise en scène de Joël Pommerat

Cendrillon (2011), Pinocchio ( 2008), Le Petit Chaperon rouge (2004)… d’admirables spectacles (voir Le Théâtre du Blog) où Joël Pommerat réussissait à la fois, à prendre ses distances avec ces anciens contes mais aussi à en extraire la substantifique moelle pour nous parler du monde actuel. Un exercice de haute voltige où était passé maître ce dramaturge et metteur en scène exemplaire: nous n’avons qu’un Joël Pommerat en France… »J’appelle, dit-il, ce qu’on est en train de faire du «théâtre-roman», parce que, dans cette pièce, les choses se racontent en même temps qu’elles se vivent, une histoire se raconte et se vit en même temps, sans chronologie. À ce stade, je vois ce spectacle comme un contre-pied à Cendrillon, un autre spectacle de ma compagnie qui déconstruisait franchement les notions de «merveilleux », de «magique» et de « surnaturel», alors qu’ici je les prends au sérieux sans parodie, au premier degré. On verra. »

© Agathe Pommerat

© Agathe Pommerat

Cette fois, il remet donc le couvert avec Les petites filles modernes. Mais quid, du théâtre-roman dont il  parle plus haut? Un théâtre inspiré d’un roman? Un théâtre devenu roman? Un spectacle à la fois roman et théâtre? Quant à une histoire qui se raconte et se vit en même temps? Et cette absence revendiquée de chronologie: la proposition aurait méritée d’être plus claire! Ici, deux fillettes: plus des enfants,  et pas encore de vrais ados sont élèves d’un même collège.
Jade (Coraline Kerléo) est douce et «appliquée », comme on disait autrefois. Marjorie (Marie Malaquias), elle, bouscule tout, harcèle ses camarades et en veut à tous les adultes. Ce garçon manqué ira même retrouver Jade dans sa chambre, pour passer la nuit avec elle. En cachette, bien sûr, des parents, sinon ce serait moins savoureux…
Marjorie sera vite renvoyée de son collège, après une entrevue houleuse après le Proviseur (en voix off). Mais, entre elle et Jade, après une engueulade, naîtra une grande amitié. Ce que ses parents, bien entendu, voient d’un mauvais œil… Jamais visibles mais très présents et qu’on entendra souvent en voix off comme les autres personnages bien joués par David Charier, Roxane Isnard, Garance Rivoal, Pierre Sorais, Faustine Zanardo.
Il y a aussi en parallèle, l’histoire d’un autre amour contrarié entre deux jeunes. Ils ont quitté leur planète et sont arrivés sur la nôtre. Elle est enfermée dans une grande boîte et on ne la verra jamais, existant par sa seule voix. Lui (Éric Feldman) s’occupera bien d’elle.
Jade et Marjorie les rencontreront. Ensuite, nous avons décroché de cette fable où il semble, si nous avons bien compris, que cette histoire aurait été rêvée par Jade ou Marjorie,  qu’on voit en fond de scène derrière un rideau à lames en plastique, allongée sur un lit d’hôpital.  Puis, on reviendra à la chambre d’origine…  Et le spectacle se terminera, plutôt qu’il ne finira. Bon…

On y retrouve ici cette même fascination chez Joël Pommerat pour le monde de l’enfance… et pour le noir: en quelques secondes, à chaque intervalle entre chaque tableau, tout change sur le plateau grâce aux remarquables techniciens de Nanterre-Amandiers: magiquement, des meubles disparaissent, on change d’endroit et on arrive une nouvelle situation, avec d’autres personnages visibles ou invisibles en voix off. Un véritable travail d’orfèvre empreint d’une intense poésie..

© Agathe Pommerat

© Agathe Pommerat

Sur le grand plateau d’un noir absolu, le metteur en scène, avec Eric Soyer, son excellent scénographe habituel qui a aussi conçu les lumières,  et avec Renaud Rubiano, créateur des images vidéo géométriques en noir et blanc et quelques autres en hologramme, nous fait pénétrer dans un monde irréel et onirique. Il sait comme personne créer l’illusion, avec un abîme figuré par un rond noir où se penche un homme ou les deux petites filles qu’on voit quelques secondes à une centaine de mètres en hologramme. Une image impressionnante qui ouvre le spectacle.

Même illusion visuelle avec ces sols et ces murs à motifs géométriques en noir et blanc. Parfois -mais rarement- teintés de couleurs pastel. La massivité et la noirceur de ces signes comme les spots de lumière, accompagnées parfois de très forte musique pénétrant même à l’intérieur du corps comme dans les boîtes, ont sur le public un effet psychique indéniable. «Perçus optiquement et vécus psychiquement», comme le disait Kandinski dans ses cours au Bauhaus.

© Agathe Pommerat

© Agathe Pommerat

Joël Pommerat sait comme personne, estomper et rendre imprécis le temps et l’espace, pour nous emmener dans un univers poétique. Il est, comme toujours aussi habile avec la représentation synecdotique.
Juste un lit, un fauteuil, une table avec une chaise et un très gros ours qu’on revoir d’ailleurs en personnage pour désigner le tout:  la chambre de  Marjorie.

Mais les relations entre cette imagerie très réussie de signes géométriques et le message oral du conte? Rien d’évident  et il y a un côté  sec dans cette mise en scène et l’imagerie étouffe un texte  déjà pauvret mais qu’on aimerait mieux entendre.

Pas besoin d’avoir peur de l’image! Omniprésente, elle n’exclut jamais le langage oral: tout dépend sans doute de l’attente du public… et d’un bon niveau de lecture. Ici, la diction des jeunes actrices -dont l’une sort pourtant du Conservatoire national !- est loin d’être parfaite et ces foutus micros n’arrangent rien! Alors que les voix off d’interprètes expérimentés sont, eux, impeccables. Bizarre?
Comme la musique -beaucoup trop forte- sous les dialogues pour les souligner, un vieux truc mais indigne de Joël Pommerat. Il devrait au moins revoir la balance. « Le théâtre qui a apporté à l’espèce humaine la parole, la poésie et la pensée, disait Philippe Tesson, bon connaisseur du théâtre contemporain, est détruit par les techniques. » (…) Sans peut-être aller jusque là, la relation entre message plastique et message linguistique n’est pas  du tout convaincante et, comme souvent dans ce cas, la parole a alors du mal s’imposer. Certes, ces jeux de miroirs et de lumière sont d’une impressionnante virtuosité, rarement vue. Et après? Ils ne servent en rien le texte. Il faut se méfier de la virtuosité au théâtre… Joël Pommerat, après de si nombreux spectacles de grande qualité, aurait-il moins de choses à nous dire… Dommage.
La grande salle du Théâtre des Amandiers -enfin rénové après quatre ans de travaux-  était loin d’être pleine et le public semblait partagé. C’était mieux avant? Oui, vivement une reprise du Petit Chaperon rouge, de Cendrillon ou de Pinocchio… Mais vous pouvez vous  épargner ces Petites filles modernes.

Philippe du Vignal 

 Jusqu’au au 24 janvier, Théâtre Nanterre-Amandiers-Centre Dramatique National (Hauts-de Seine).

Les 11 au 15 février, L’Azimut, Théâtre de la Piscine, Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine). Les 19 et 20 février, Théâtre de l’Agora-Scène nationale d’Evry et de l’Essonne.

Les 4 et 5 mars, Espaces Pluriels-Scène conventionnée d’intérêt national art et création danse, Pau (Pyrénées-Atlantiques). Les 24 et 25 mars, Maison de la Culture de Bourges-Scène nationale (Cher).

Les 8 et 9 avril, Le Canal-Théâtre du Pays de Redon ( Ille-et-Vilaine). Les 14 au 18 avril, en co-accueil avec Am Stram Gram. Comédie de Genève (Suisse).
Les 23 et 24 avril, Palais des Beaux-Arts, Charleroi (Belgique). Les 29 et 30 avril, Maison de la Culture d’Amiens-Scène nationale (Somme).

Les 5 et 6 mai, Les Salins-Scène nationale de Martigues (Bouches-du-Rhône). Du 20 au 22 mai, Le Bateau-Feu, Scène nationale Dunkerque (Nord)

Du 3 au 18 juin,Théâtre National de Strasbourg (Bas-Rhin).

Casse-Noisette ou Le Royaume de la nuit, librement inspiré du conte d’E.T.A Hoffmann, adaptation de Johanna Boyé et Élisabeth Ventura, mise en scène de Johanna Boyé

Casse-Noisette ou Le Royaume de la nuit, librement inspiré du conte d’E.T.A Hoffmann, adaptation de Johanna Boyé et Élisabeth Ventura, mise en scène de Johanna Boyé (tout public)

D’abord merci à ses réalisatrices d’avoir rendu lisible ce conte, que même les amateurs avertis ne comprennent pas toujours: ils se satisfont du bel écrin musical de Piotr Ilitch Tchaïkovski et des performances dansées chères aux chorégraphes qui ont adapté cette histoire. Une telle création, bien utile, nous rend plus vif d’esprit: il faut ne pas perdre le fil de ce spectacle de quatre-vingt dix minutes ! « Notre travail d’écriture a été alimenté, disent les autrices, par trois grands axes dramaturgiques : notre Casse-Noisette est une fable sur la réparation, une histoire fantastique et enfin, un conte musical. »

© Vincent Pontet

© Vincent Pontet

Dans la famille Silverhaus, la jeune Clara, à la suite d’un accident, est handicapée de la jambe gauche et refuse de sortir de la maison, pour ne pas se montrer. Seule manière d’intégrer ce handicap : donner chaque année un prénom à sa nouvelle prothèse. Les parents, totalement dépassés n’assument rien et, seul, son parrain Drosselmeyer cherche à la faire fuir de sa condition. Le soir de Noël, il lui offre un jouet : un casse-Noisette, mi-objet, mi-humain, fracturé lui aussi, ( on le retrouve souvent pendu aux branches du sapin sous forme de petite poupée).
Il emportera Clara pour qu’elle échappe à dame Mauserink, reine des souris qui la terrifie! Ils se faufilent par une porte dérobée et découvrent le royaume de la Nuit et des rêves, celui des Pirlipates. Clara dira à Casse-Noisette: « Quand je t’ai rencontré, tu m’as fait découvrir ton monde.” Ils se retrouvent parmi des personnages un peu cabossés, eux aussi : un Roi, une Reine, des brigadiers, des marmitons : tous en conflit avec à la Reine des souris.
Le Roi nomme alors Clara, ministre des Solutions; elle appellera Casse-Noisette pour l’aider à résoudre ce conflit. Puis, ils interprèteront tous ensemble la Chanson des fêlés, dans l’esprit comme chaque année, de la rituelle Chanson des Enfoirés.
Pirlipatine, fille du roi, est blessée au visage mais, entre elle et Casse-Noisette, naît l’amour, ce qui ranime la colère du roi. Ils devront revenir dans la vie réelle où, heureusement, ils croisent la fée Dragée, égarée. Elle les aide à prendre conscience de leurs différences : «Il faut s’adapter plutôt que s’opposer. » Et «Quand quelque chose est cassé, on le répare. »

Ils feront la paix avec Mauserink, redevenue une mignonne souris, regagnera le grenier. Casse-Noisette rejoindra Pirlipatine. Clara assumera enfin totalement son handicap et acceptera de sortir dehors. La mise en scène, celle d’une revue musicale, est gaie et iconoclaste. Tous les interprètes chantent, dansent avec entrain et invitent souvent le public à briser le quatrième mur, en venant à son contact.
L’intrigue, surtout quand on arrive chez les Pirlipates, n’est pas toujours facile à suivre mais l’énergie communicatrice des acteurs, devenus ici artistes de cabaret, compense… Et ce Casse-Noisette, revu et corrigé, distille aussi un petit message politique: la ministre des Solutions deviendra ministre de la Dissolution… Et le Roi, parodié dans son isolement, n’écoute plus personne. Mais, de la rue, parvient un menaçant: «Aujourd’hui, le peuple se réveille. »
La créatrice costumes Marion Rebmann et la scénographe Caroline Mexme savent nous introduire dans un univers à la David Lynch ou à la Tim Burton. Et tous remarquablement engagés: Véronique Vella, Coraly Zahonero, Yoann Gasiorowski, Nicolas Chupin, Baptiste Chabauty, Mélissa Polonie et Charlotte Van Bervesselès reprennent, avec joie et en chœur, la significative Chanson des fêlés, mise en musique par Medhi Bourayou : “La chanson des fêlés, des abimés, des cabossés, des tout-cassés en mille morceaux; toutes nos brisures, toutes nos fêlures, elles nous forgent une allure, une sacrée carrure. Quand tu es fêlé, tu peux rêver et dans la vie, tu mets de la magie. Vive la tendresse, la maladresse, vive nos faiblesses”. Tout est dit !

Jean Couturier

Jusqu’au 4 janvier, Comédie-Française, Théâtre du Vieux-Colombier, 21 rue du Vieux-Colombier, Paris (VI ème). T. : 01 44 58 15 15.

Soixantième anniversaire du festival Sigma

Soixantième anniversaire du festival Sigma

Une célébration modeste mais réussie, conçue et réalisée dans l’esprit de Sigma par Guy Lenoir, metteur en scène, Benoît Lafosse, ancien professeur aux Beaux-Arts de Bordeaux et fils de Roger Lafosse,  créateur de ce festival,  Jean de Giacintho, architecte et Dominic Rousseau, historien. Avec les moyens du bord mais avec une singulière efficacité, les  6, 7 et 8 novembre, dans des lieux atypiques, comme souvent à Sigma.  »Pour préparer cet anniversaire, dit Guy Lenoir, unis par la passion de l’art sous toutes ses formes, nous nous sommes souvenus que nos convictions et parcours avaient trouvé une résonance avec l’esprit de cette bombe lancée de 65 à 96 dans notre ville… alors surnommée : la belle endormie!
Nous avons organisé une célébration sur trois soirées et dans cinq lieux emblématiques. L’année prochaine, sera aussi publié un livre de Dominic Rousseau sur l’histoire du festival. Et un colloque universitaire aura lieu avec comme thème: Une avant-garde à l’ère de l’intelligence artificielle. Est aussi envisagée la création d’un site internet sur l’histoire de  Sigma.

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©x Roger Lafosse

J’en suis vraiment un enfant et me suis fabriqué au contact des artistes invités par Roger Lafosse: entre autres, le Living  Theater, le Grand Magic Circus de Jérôme Savary que rejoignit Michel Dussarat. Lequel avait fait les Beaux-Arts, puis anglais à la fac de Bordeaux Mais aussi les Hollandais d’Hauser Orcater. Sans c festival que ma vie serait-elle devenue? J’ai pu aussi y rencontrer des psychiatres et psychanalystes, découvrir les jeux de rôles, le formidable film Les Maîtres fous de Jean Rouch et dans la foulée l’art-thérapie.. Et aussi inviter Jean Vauthier pour une lecture mémorable de ses Prodiges. J’aime beaucoup cette phrase de Roger Lafosse: « Sigma, c’est la somme des différences. Et l’une de ses raisons d’être, c’est le droit à l’erreur. Nous sommes un festival de probables! »

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©x Le hall de l’hôtel de pure architecture brutalisete

A Bacalan, dans un ancien silo à grains reconverti en entrée du grand hôtel Renaissance, rue Achard, a d’abord eu lieu une rapide mais bonne évocation de l’histoire de Sigma, résumée par Anne Saffore, une actrice canadienne et Jürgen Genuit, metteur en scène allemand. Suivie d’une performance du danseur guinéen Piroger Elange. Tous les trois vivant et travaillant à Bordeaux.
Puis à Vivres de l’art, un beau jardin -patrimoine historique et pôle de création- regroupant des ateliers d’artistes, une galerie, un bar. Jean-François Buisson s’y consacre à la sculpture de pièces monumentales et à la création de décors et mobiliers en métal. Au milieu, un authentique et impressionnant bunker allemand souterrain de la seconde guerre mondiale où, descendus par un escalier et un étroit couloir, nous avons écouté un beau montage de Tom Papacotsia: Mémoire sonore musicale et visuelle, faite de brèves citations de compositeurs, invités à Sigma: John Cage, Edgar Varèse, Iannis Xénakis, Cathy Barberian, Klaus Nomi, les Pink Floyd, Miles Davis, Oscar Peterson, Stockhausen, Duke Ellington, Colette Magny, Toto Bissainthe, Catherine Ribeiro, Jacky Craissac, et de quelques phrases du dramaturge bordelais Jean Vauthier (1910-1992).

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Et, non loin, dans l’église moderne Saint-Rémi où son curé Francis Ayliès invite des spectacles, on a d’abord pu voir en boucle,  de très émouvantes images noir et blanc de Sigma 67 : des jeunes, allongés, écoutent  un concert. Et ensuite, a été diffusée la célèbre Messe pour le temps présent de Pierre Henry (composition électro-acoustique) et Michel Colombier (écriture instrumentale). Une commande de Maurice Béjart pour la création d’un spectacle au festival d’Avignon 67, repris en 68. Neuf tableaux: Le Souffle, Le Corps, Le Monde, Mein Kampf, La Nuit, Le Silence,L’Attente. Le morceau le plus attendu était devenu culte et l’est encore: Psyché Rock avec cloches, flûtes, cuivres, guitare, basse, batterie mais aussi musique électronique et a été ensuite joué ans le monde entier… Inspiré par les chansons Wild Thing des Chip Taylor et Louie Louie de Richard Berry, compositeurs américains.

Soixante ans après, Messe pour le temps présent sonne toujours aussi juste. Ici, avec des chorégraphies à la fois très précises et sensuelles. Pour l’acte I,  celle de Sophie Dalès, directrice artistique et pédagogique du cursus contemporain de l’Académie Vanessa Feuillette à Bordeaux. Avec Elie Laurent, Maé-Lou Nantur, Milo Dossavi, Romane Sellas, Luison Thomas, Nina Garnung, Lina Toubti, Mélissa Dupuc et Elsa Sanchez,. L’acte II étant chorégraphié et dansé par le collectif Luila Danza Project. Avec, pour l’une et l’autre partie, de jeunes danseuses tout à fait  remarquables. Une soirée gratuite (il y avait une corbeille à la sortie pour les frais), simple et chaleureuse, suivie par deux cent personnes dont plein de jeunes gens, ravis de découvrir cette « messe » dont leurs grands-parent avaient dû leur parler! Vin chaud offert à la sortie…

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©x  le célèbre dôme. de R. Buckminsnter Fuller

Le vendredi, mais nous ne pouvions être là, à Caudéran aux Glacières de la banlieue, vernissage de l’exposition Le Futurisme en architecture, des années 60 aux année quatre-vingt, était présentée par le Groupe des Cinq. Une invitation à plonger dans l’architecture futuriste des années soixante et-soixante-dix quand Sigma émergeait. Et dans le même .
esprit de contre-culture, en y introduisant des notions telles que la sociologie, l’art, l’improvisation, la technologie ou le paysage.. Avec entre autres Osacr Niemeyer, Kisho Kurokawa, Ricahrd Buckminster Fuller, Yona Fredeman…Ce mouvement d’avant-garde, parce-qu’il est resté très théorique (peu de projets ont été réalisés) a permis de pousser les concepts à leur maximum e ta été une grande source d’inspiration pour les générations d’architectes qui se sont succédé depuis. Pierre Hurmic, maire de Bordeaux, vint  voir cette exposition.
Dans le même lieu, eurent lieu aussi des performances de Marilyn Duras et un carte blanche a été offerte à Bagheera Poulin, accompagnée par Emmanuel Ventura. Un jeune poète, Pierre-Nicolas Marquès lut Howl d’Allen Ginsberg, écrivain de la « beat generation »

Enfin le samedi soir, au café Zig Zag, cours de l’Argonne, furent fêtés au cours d’un Zigmarmite, cet anniversaire de Sigma avec soixante bougies sur un gâteau au chocolat et lectures, musiques et performances d’artiste bordelais.

© x Un débat avec de gauche à droite: Gérard Gélas, Jean-Marie Serreau, Lucien Attoun, A.L. Perinetti et Ph. du Vignal

© x Un débat avec de gauche à droite: Gérard Gélas, Jean-Marie Serreau, Lucien Attoun, A.L. Perinetti et Ph. du Vignal

Sigma, du nom de la lettre grecque Σ (S) comme semaine a été créé en 65 à Bordeaux -à l’époque, très bourgeoise et fermée à l’art contemporain- par Roger Lafosse avec l’aide de Jacques Chaban-Delmas, alors maire, enthousiaste devant ce projet. Elle avait lieu tous les ans en novembre. Il pleuvait donc souvent et les hôtels avaient beaucoup vécu. Un patron nous avait dit un jour: « Les Parisiens sont toujours pressés et s’ils veulent avoir un bain, ils peuvent quand même attendre dix minutes, que l’eau coule chaude! Message reçu! Et qu’importe, il y avait du bon vin, lui servi bien chaud dans les bistrots du vieux quartier de Meriadeck -hélas aujourd’hui détruit et remplacé par de laids immeubles en béton… Ce festival avait aussi parfois lieu au cours de l’année jusqu’en 96 dans le centre-ville. But : être le reflet de la création d’avant-garde en musique, danse, théâtre, chanson, cinéma, arts plastiques, architecture, design… en France, Europe mais aussi aux Etats-Unis. A fin de la décennie qui l’avait vue naître, Sigma avait acquis une réputation absolument internationale, avec, à la clé, quelques mini-scandales…

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©x Antigone par le Living Theater

Ce fut pour nous, jeune critique, un festival sans comparaison possible, même avec celui d’Avignon… Il y avait chez Roger Lafosse, une remarquable volonté affirmée de bousculer les codes établis, en théâtre comme en musique, et dans les autres arts.  Et nous en avons gardé plus de cinquante après, de grands souvenirs… Il faisait venir des compagnies, comme entre autres, des Etats-Unis comme le Living Theater dirigé par Judith Malina et Julian Beck aux revendications politiques très claires (voir ci-dessous) Meredith Monk, à la fois chanteuse, chorégraphe… Et à Sigma 7, en 71, arrivait Cockstrong du Playhouse of the Ridiculous de John Vaccaro que Jérôme Savary avait bien connu à New York et qui l’inspira.

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Peu de texte et des chansons assez crues, en slang (k’argot new yorkais, donc incompréhensible pour le public français.  Et, avec des images sexe surprenantes: une jeune et belle actrice, juste en gaine et bas noirs,  se masturbait sur un coin de table et, à la fin, un énorme phallus éjaculant sur le public, ravi à Bordeaux et à Bruxelles…Où des ligues morales, devant le succès au Théâtre 140 dirigé par l’excellent Jo Dekmine, intentèrent à John Vaccaro un procès pour pornographie auquel nous avions assisté. Après deux jours entiers, il fut symboliquement condamné.

 

Côté français, Farid Chopel avec Ged Marlon, le cirque Alligre devenu Zingaro, etc. Et aussi des bordelais: Guy Lenoir, Jacques Albert-Canque…Nous connaissions la plupart de ces artistes mais, à chaque fois, c’était un grand plaisir théâtral et ces créations surprenaient toujours un public, en général très jeune et enthousiaste. Le théâtre était  d’avant-garde avec, entre autres, La passion selon Sade, mise en scène de Sylvano Bussotti et le Living Theatre, dirigé par Julian Beck et Judith Malina, avec Antigone, d’après Sophocle et Brecht et leur célèbre Mysteries and small pieces, puis Frankenstein. Des spectacles dérangeants sur fond de guerres, génocides, tortures, famines. Julian Beck donnait la primeur de leurs spectacles à Roger Lafosse. En 68, le maire Jacques Chaban-Delmas, vu les les événements en mai à Bordeaux: occupation du Grand Théâtre, nuit de barricades… préféra annuler ce festival. Mais les Pink Floyd joueront à l’Alhambra en février 69. Et viendra en mai, le fameux Bread and Puppet Theatre, avec ses grandes marionnettes géantes et un nouveau merveilleux spectacle The Cry of the people for meat. (photo ci-dessous.)

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L’année suivante, l’Open Theatre new yorkais de Joe Chaikin créa Terminal qui se passait dans un hôpital avec partout, la maladie, l’agonie et la mort. Oratorio concentrationnaire de Jean-Philippe Guerlais, Irène Lambelet et Numa Sadoul qui présentent un spectacle sinistre avec cris, agonies, etc. et  énonciation  des tragédies du XX ème siècle: Verdun, Hiroshima, Auschwitz, Dachau, Treblinka, Mauthausen…
Les jeunes compagnies invitées ne faisaient généralement pas dans le comique!

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Sauf le Grand Magic Circus de Jérôme Savary qui fut un des piliers de Sigma, avec Chroniques coloniales ou Les Aventures de Zartan, frère mal-aimé de Tarzan et Les derniers Jours de solitude de Robinson Crusoé: humour cinglant, burlesque permanent, belle filles presque nues, décors en toile peinte, gags faciles mais efficaces, mauvais goût revendiqué… Le Magic Circus connaîtra à Bordeaux le même immense grand succès qu’à Paris. Roger Lafosse faisait entièrement confiance à Jérôme Savary qui, nous avait-il dit, avait répondu à son appel en prétendant avoir quelque chose sur le feu. Bien entendu, il n’avait rien de précis mais passa deux jours à écrire le scénario d’un spectacle. Une autre époque… A Sigma 8, en 73, son Pierre de Coubertin est joué au Palais des sports à Bordeaux, un lieu qui, lui,  existe toujours. 

Après Sigma 5 (1969), le jeune Bordelais Guy Lenoir mit en scène Les Mamelles de Tirésias, puis l’année suivante L’Empereur de Chine, puis avec Yvon Blanloeil et GilbertTiberghien, 1983. Puis il créa spectacle itinérant en bus puis sur les bords de la Garonne, avec moules cuites sur un feu de bois et coup à boire… Deux ans plus tard, le Fénoménal Bazaar Illimited (F.B.I.) présenta aux entrepôts Lainé Monopolis de Guénolé Azerthiope et Roland Topor, avec scènes de tortures dans les commissariats, casernes et prisons avec cris, giclées de sang…. On put aussi voir La Mort de Bessie Smith d’Edward Albee, mise en scène de Jean-Marie Serreau, formidable découvreur…
En 75, le Living Theater revenait avec La Tour de l’argent où était dénoncé avec une virulence exceptionnelle, le capitalisme américain dans le monde… Le public étant assis tout autour d’un haute tour où évoluaient les acteurs, il y a cinquante ans et c’est pourtant encore si présent à notre mémoire. 

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Les Mirabelles, compagnie de travestis qu’avait invitée Jean Digne-un fidèle de Sigma- à Aix, ville ouverte aux saltimbanques, présenta, en 77, Les Contes de la dame blanche, décors de Tardi!  avec ogres, vampires et…. travestis.  Roger Lafosse s’intéressait aussi aux solos: Farid Chopel créa Chopélia et, en 80, cette fois avec Ged Marlon, un merveilleux spectacle, Les Aviateurs. En 79, Jean-Paul Farré interprète Dieu de Pierre Henry et Le Farré sifflera trois fois. Et nous n’oublierons jamais Zouc avec L’Alboum de Zouc. de cette exceptionnelle artiste suisse…avec des sketches qui la révéleront et où elle interprétait des personnages en partie issus de ses observations en hôpital psychiatrique. Physiquement très diminuée à la suite d’une maladie nosocomiale, elle a maintenant soixante-quinze ans.
Sigma 11 en 81, le Cirque Aligre, avec cinq garçons genre punk dont Bartabas, montreur de chevaux et Branlotin, avalant une souris devant un public horrifié.. Puis, l’un d’eux enlevait une spectatrice (une complice?) qu’il dénudait et plaçait sur un cheval au petit galop… Trois ans plus tard, Bartabas créera  Zingaro avec chevaux et musique tzigane. Il sera toujours reconnaissant à Roger Lafosse de l’avoir soutenu.

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En 90, le Royal de Luxe joue place des Quinconces, sa merveilleuse Véritable histoire de France et, cinq ans plus tard devant la base sous-marine Peplum  avec deux pyramides, un sphinx parlant et crachant de la fumée, un piano lancé par une catapulte, devant quelques milliers de spectateurs. « On fait un théâtre populaire et on y tient, disait Jean-Luc Courcoult, il faut rester dans la rue et que ce soit gratuit. »
Plus tard, en 91 arrivera Metal clown de la compagnie Archaos qui retraçait avec des images symboliques, l’histoire de l’esclavage et l’invasion de l’Amérique du Sud par les conquistadores. Odeurs d’essence et de poudre. torches, clowns avec boucliers de tôle ondulée,  tronçonneuses, lance-flammes, motos en marche avec acrobates casqués, violoniste avec scie électrique sur le rock des Thunder Dogs Puis mais moins convaincant:  sur des praticables à roulettes, les acteurs espagnols de la Fura del Baus déchirent avec leurs dents  des viscères d’animaux, s’aspergent de sang. 
Roger Lafosse avait un sûr instinct et avec beaucoup de travail en amont, il  se trompait rarement…Il invita ainsi Jan Fabre alors très peu connu… Bref,  grâce à lui, à chaque édition de Sigma, le public bordelais mais pas que, découvrait tous ces artistes devenus souvent vedettes internationales ! Il y avait bien des esprits chagrins reprochant à Roger Lafosse telle ou telle programme moins réussi. Mais aucun festival en France, même celui d’Avignon, n’offrait une telle diversité et n’accueillait de si nombreux artistes étrangers.
Une piste cyclable sur les bords de la Garonne devrait bientôt recevoir le nom de Roger Lafosse, lui qui aimait tant le vélo… C’est la moindre des choses. Merci à Guy Lenoir et à toute cette équipe d’avoir su fait évoquer Sigma, une histoire exceptionnelle dans l’histoire du spectacle en France…

(A suivre)

Philippe du Vignal

Le soixantième anniversaire du festival Sigma a eu lieu à Bordeaux les  6, 7 et 8 novembre.

 

Les cantiques du corbeau, texte et mise en scène de Bartabas

Les Cantiques du corbeau, texte et mise en scène de Bartabas

Conçu par l’architecte Patrick Bouchain et Jean Harari, le Théâtre équestre Zingaro installé au Fort d’Aubervilliers depuis 89 ! grâce à Jack Lang, alors ministre de la Culture et de Jack Ralite, formidable maire d’Aubervilliers, mort en 2017  (voir Le Théâtre du Blog).

©x l'accueil avec café-restaurant

©x L’accueil avec café-restaurant

Une architecture en bois réalisée pour que Bartabas puisse travailler avec ses chevaux et ses artistes. Et un lieu de création exceptionnel pour les spectacles de Zingaro et de vie pour la troupe et l’administration. C’est resté un lieu magique avec, comme un décor de spectacle quand on entre dans le grand et beau hall : anciennes affiches, tapis au sol, vieux meubles… Puis on suit un long couloir au parquet de bois avec un mur où sont collés des centaines de vieux livres. Bartabas aura réalisé son rêve: »La discipline artistique que nous avons créée plus tard, le théâtre équestre, n’existait pas. Nous venions de nulle part, nous ouvrions une nouvelle voie, sans forcément savoir laquelle. Nous vivions au présent, il n’était alors question ni de projets ni d’avenir.” Zingaro est connu dans le monde entier et Bartabas dont nous avons vu les premiers spectacles en 77 !! C’était dan le off d’Avignon sous un petit chapiteau devant les remparts (une autre époque!). A soixante-huit ans, il est chevalier du Mérite agricole, des Arts et lettres, du Mérite et de la Légion d’honneur. Bon…

Ici, il veut marquer une coupure: « Ce n’est pas du théâtre, pas un récital lu, pas une lecture ; les comédiens incarnent les textes sans les jouer. C’est une forme assez exceptionnelle, assez rare ». Adapté d’un texte écrit pendant le covid, ces Cantiques du corbeau tiennent d’un « memento mori » et l’incipit du livre est clair: «A celles qui m’ont enfanté et qui errent sans sépulture. » Et dans une courte préface Bartabas évoque  une danse de corbeaux, d’oiseaux noirs, puis d’oiseaux sombres. Et presque dans chaque chant, une obsession : la mort qui le saisit, la mort qu’il voit surgir et dans le sixième chant : «Seule la mort fait de moi leur égal. Comme eux, je suis mortel, déjà mort, destiné à la mort/Comme eux je vis pour la mort. Doué d’une énergie éternelle, c’est toujours elle qui triomphe : elle est immortelle. Et plus loin : « Tous sont morts sous le choc de la roche. » « Je mangeais ma mort. « La mort surgir dans l’extase. » « Il implorait la mort sans la craindre. » »La chauve-souris de la mort. » « Domestiquer la mort. » « La mort sur mon dos. »  Et les derniers mots de ce recueil sont clairs : « Abandonner notre désir de vie et faire de la mort, l’issue volontaire, reste le privilège des hommes.

© Sacha Goldberger

© Sacha Goldberger

C’est d’abord un récital à plusieurs voix que les spectacles équestres créés par Bartabas jusque-là presque silencieux. Mais dans les vingt-deux courts chants de ce recueil, où il y a toujours  la  présence d’animaux, oiseaux et insectes Et cela vaut le coup de les citer: rossignol, merle, pie, hiboux, rouge-gorge,  corbeaux, vautour blanc, cerf, rhinocéros, ours, serpent, chauve-souris, buffles, gnous, boa, outardes, hyènes, cormorans, lionnes, loups, poissons munis de crocs, antilopes, coq de bruyère, écureuils, fourmis, éohippus blanc, zèbres, gazelles, chiens, chiennes, chiots, papillon, louves et loups, tigres, éléphants, lémuriens, mouflons, œufs d’albatros, baleine à faons, lucioles, python, hippopotame, dindons, buffles, sangliers, loirs, taupes et mulots aveugles. Le vingt-deuxième chant verra ressurgir l’oiseau noir… et  à la fin, un des mots sera le cri victorieux du corbeau.  

Une véritable arche de Noé et il évoque longuement les rapports de l’homme avec eux et avec la Nature, les arbres, les plantes et entre autres, la lune qui le fascine et dont il parle souvent… Mais le mot: cheval quatre fois seulement et juments, une fois. Mais l’image du corps humain ou animal revient obsessionnellement: « mon corps », « corps sans objet », vitesse de mon corps », « une vie dans un corps sans chair ni sang », « sans écouter mon corps » « souffrance du corps »,  » mon corps ne pèse plus »,  » tout son corps en alerte », assemblage de corps durable, « ressemblait plus à une âme qu’à un corps » Et la lune sera évoquée une dizaine de fois.

Quand nous avions rencontré Bartabas l’an passé à la célébration du cinquantième anniversaire d’Aix, ville ouverte aux saltimbanques (voir Le Théâtre du Blog) créée par Jean Digne, notre ami commun, hélas ! très malade, il nous avait dit qu’il souhaitait faire un nouveau spectacle en rupture avec les précédents et c’est tout à son honneur, d’avoir voulu se renouveler. Dans ces vingt-deux chants qui sonnent parfois comme un adieu, Bartabas nous invite à un voyage qui commence à partir d’une bactérie, par la naissance de l’être humain dans l’eau et sur la terre… Mais il y aura toujours un corbeau, symbole de mort, omniprésent et, en guise de conclusion : «J’ai bien su mourir en prenant tout mon temps. » Et: « Abandonner notre désir de vie et faire de la mort l’issue volontaire, reste le privilège des hommes. »

Dans ce grand cirque rond tout en bois et chaleureux avec de petites tables où sur chacune,il y a une petite lampe à bougie, quelques biscuits à la cuiller et une bouteille de vin chaud, le public est assis autour d’une scène couverte de quelques cms d’eau, entourée d’une piste étroite.  Avec d’abord, histoire d’annoncer la couleur, un beau cheval blanc mené par une cavalière au long nez noir crochu galopant sans arrêt avant le début du spectacle  : impressionnant.
Sur une petite estrade en hauteur, vont se succéder narratrices et narrateurs, debout et en longue tunique noire, pour dire chacun debout et à tour de rôle, un ou plusieurs des vingt-deux Cantiques du corbeau : NaissanceUnionMétamorphoseRésurrectionSacrificeTranshumance… et à la fin : Dernier voyage.

© Sacha Goldberger

© Sacha Goldberger

De chaque côté de cette estrade, neuf musiciens -grosses perruques blanches et certains coiffés de grandes cornes- d’un impeccable orchestre de gamelan balinais, avec gongs, balafons et flûtes alternant avec ces récits et des images d’une immense beauté au centre d’inspiration surréaliste mais beaucoup trop fugitives. Comme cet homme en noir avec un ensemble de neuf torches. Ou, en duo avec un grand athlète-bouc, les bras tatoués ou entourée de personnages de gamelan, Perrine Mechekour, impeccable actrice de petite taille, qu’on avait vue dans Damön, El Funeral de Bergman d’Angélica Liddell et fidèle de Bartabas, entre autres, dans Cabaret de l’exil, Femmes persanes.

© Sacha Goldberger

© Sacha Goldberger Perrine Mechekour

Il y a aussi les magnifiques chevaux de Zingaro faisant quelques tours avec leurs cavaliers aux costumes et masques de toute beauté.  Ici, tout est d’une remarquable précision. Coordination entre les chevaux sur la piste, récit, les images au centre, musique en direct,  lumières… il n’y a pas la moindre erreur durant ces presque deux heures… Un impeccable travail et Bartabas qui, en coulisses, reste très vigilant, viendra saluer discrètement.
Costumes, maîtrise des chevaux, musique et direction d’orchestre, extrême beauté des images:une femme ou un homme? au galop avec un torche enflammée.  Bartabas a sans aucun doute un incomparable métier de cavalier et montreur de chevaux. Mais ces Cantiques du corbeau sont un spectacle décevant !

La faute à quoi. Soyons clairs: une dramaturgie médiocre et à un manque d’unité.  A la lecture, il y a de beaux moments dans ce texte incantatoire sur la naissance, la mort, la nature, les animaux dont Bartabas, semple plus proche des humains… Il avait écrit D’un cheval l’autre, d’inspiration autobiographique, un livre tout à fait intéressant mais ici, il a du mal à concilier le texte avec le reste du spectacle qui manque de cohérence. » Ce que je pense à dire avec mon corps, je le dis avec des mots. » Et ces chants sont  une sorte de préalable aux images…
Oui, mais, désolé, Bartabas n’est pas vraiment un directeur d’acteurs et les interprètes, absolument statiques, disent ces vingt-deux textes munis de micros H.F., de façon linéaire et inégale. Ici, le texte prend trop de place et, à cause de l’alternance systématique entre très courtes images, moments de musique, rapides tours de piste des chevaux, l’ensemble, pourtant parfaitement coordonné, devient lassant.
La dernière image est sinistre mais pourtant de toute beauté : un cavalier au galop à tête de mort, suivi de quatre plus petits chevaux blancs avec, dessus chacun, un squelette d’adolescent... Et, à la toute fin, surprise… comme pour mettre un peu d’humour, arrivent dix belles oies blanches comme celles déjà vues ici dans un spectacle il y a vingt ans…. Histoire de freiner le temps? Ou de donner du temps au temps au temps comme le disait l’immense Miguel de Cervantes? Bartabas insinue que ce spectacle pourrait être le premier d’un nouveau cycle…
Mais s’il évolue comme celui-ci vers une autre conception du travail équestre, il mériterait une meilleure mise en scène. Reste des images d’une beauté remarquable créées par Bartabas comme seul avec lui, Bob Wilson disparu il y a quelques mois. Mais le public a toujours raison, et pour ces Cantiques du corbeau qui ont de grandes qualités, les applaudissements étaient bien frileux… Dehors, près du chapiteau, le froid glacial ne résistait heureusement pas à un grand feu de palettes et cela faisait du bien.  Voilà, c’était samedi  une soirée chez Zingaro… A vous de voir si cela vaut le coup

Philippe du Vignal

Jusqu’au 31 décembre, Théâtre équestre Zingaro , 176 avenue Jean Jaurès, Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). T. : 01 48 39 54 17.

Festival d’Avignon Fusées, création collective de Jeanne Candel, Vladislav Galard, Sarah Le Picard, Jean-Pierre et Claudine Simon (tout public)

Festival d’Avignon

Fusées, création collective de Jeanne Candel, Vladislav Galard, Sarah Le Picard, Jean-Pierre et Claudine Simon (tout public)

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Une histoire vraie mais aussi un conte pour les enfants de tout âge: « Celle de deux hommes, grands garçons abandonnés dans le cosmos. Coincés dans une station spatiale, Boris et Kyril ignorent quand ils pourront rentrer chez eux. » Cette création de la compagnie La vie brève en 2024 est loin d’avoir achevé sa course en orbite. Nous voici face à l’infini du cosmos, cherchant à percevoir les terribles trous noirs, capables d’aspirer la matière, ou la mort éblouissante d’une étoile. Mais nous ne sommes pas seuls et nous voyons le cosmos à travers le regard de Boris, le mélancolique et de Kyril, le rêveur magnifique et joueur.

Eux-mêmes aidés par Viviane, une Intelligence Artificielle, pas si maligne ni si artificielle. Cette compagnie a voulu créer un théâtre aussi artisanal que possible, et de fusée, on ne verra qu’un jouet dans la main de Kyril… Quant aux mouvements en apesanteur, les comédiens nous donnent tout ce que peut suggérer un corps dansant, nageant sur des tabourets roulants. Pour la lune et les étoiles : nous verrons tout, dans un joli castelet doré, grâce à un soleil en carton jaune et aux reflets d’une couverture de survie roulée en boule ou d’un papier alu pour chocolat.
La pure magie d’un théâtre pour de vrai. Bien sûr, cela marche et c’est délicieux. L’harmonie des sphères avec un piano préparé pour le grand voyage et monté sur roulettes intergalactiques:  l’interprète fait corps avec son surprenant instrument et lui, avec le plateau. On aura aussi une sieste délicate entre Boris, épuisé et un violoncelle couché…Avec ce théâtre fait main, toutes les inventions sont possibles et vraies. Ce spectacle nous requinque en nous parlant d’angoisses et de curiosités universelles avec le langage de l’enfance et les astuces de l’adulte. On rit beaucoup, on s‘émeut, on ne se lasse pas et on sort, regonflé, respirant à pleins poumons, notre atmosphère encore pas trop raréfiée.

 Christine Friedel

 

Les 4 et 5 novembre, Le Manège, Maubeuge (Nord) et les 13 et 14 à la Comédie de Valence (Drôme).

Du 2 au 12 décembre, Comédie de Saint-Etienne (Loire) et du 17 au 21,Théâtre des Célestins, Lyon (Rhône).

Les 8 et 9 janvier,Théâtre de Vanves (Hauts-de-Seine) ; du 13 au 16, Comédie de Colmar (Haut-Rhin) ; les 19 et 20, festival TRANSFORME, Comédie de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) et du 22 au 24,Théâtre National de Nice (Alpes-Maritimes).

Du 28 janvier au 15 février, festival BRUIT, Théâtre de l’Aquarium, Cartoucherie de Vincennes.

Les 8 et 9 mars,L’Arc-Scène Nationale du Creusot (Saône-et-Loire) ; les 13 et 14 au Grand R, La Roche-sur-Yon (Vendée), du 17 au 19, Théâtre de Lorient (Morbihan) et du 25 au 28 au T.G.P. à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).

Festival Les Théâtrales-Charles Dullin en Val-de-Marne: le 9 avril,Théâtre des Deux-Rives, Charenton, les 14 et 15, M.A.C. de Créteil ; les 17 et 18, Théâtre Jean-François Voguet, Fontenay-sous-bois.

Du 21 au 30 avril, Théâtre national de Bordeaux-Aquitaine. (Gironde).

 

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