Lichen de Magali Mougel, mise en scène de Julien Kosellek

Lichen de Magali Mougel, mise en scène de Julien Kosellek

 Récit choral d’un drame familial sur fond de rénovation urbaine. Trois actrices s’emparent d’un monologue, issu des rencontres de l’auteure avec des habitants du bassin minier du Pas-de-Calais, lors d’une résidence à la Scène Nationale-Culture Commune à Loos-en-Gohelle.
Dans une maison vouée à la démolition – les bulldozers se déchainent alentour (bande-son de Cédric Colin)- , une petite fille vit des jours et des nuits d’angoisse : sa mère est partie et son père s’entête à rester là où il est né. Piètre résistance face à un pouvoir sans visage, venu d’en haut.
Lichen s’inspire d’une situation vécue. «Un jour, dit Magali Mougel, je me suis retrouvée dans une concertation citoyenne pour la réhabilitation d’un quartier en face du Louvre-Lens. Un homme, seul avec ses enfants, découvrait que sa maison allait être rasée. Je ne lui ai pas parlé mais la crispation sur son visage, l’angoisse dans ses yeux de ne pas savoir de quoi demain serait fait, ne m’ont pas quittée.»

@RomainKosellek

@Romain Kosellek

Cette tragédie du quotidien nous est relatée sans pathos, transmuée par une écriture où l’autrice avec le sens du détail, crée des effets de réel. Le récit, à la deuxième personne du singulier, nous fait entrer de plain-pied dans l’histoire mais avec un peu de distance. Natalie Beder, Ayana Fuentes-Uno, Viktoria Kozlova, émouvantes et drôles, se partagent le rôle chacune à sa manière, soutenues par la musique d’Ayana Fuentes-Uno qu’elle joue sur le plateau. Des chansons entonnées en chœur ménagent, à la façon des «songs» brechtiens, des respirations dans cette matière textuelle à haute densité. Le trio joue aussi, toujours à hauteur d’enfant, le Père, la Mère, l’Institutrice, des hommes du chantier, en les imitant avec quelques gimmicks.

Magali Mougel dit que son texte part d’une interrogation : « Comment lutter quand a priori, il n’y a plus rien ?» Avec Lichen, elle raconte cette lutte et nous transmet la résistance qui unit une petite fille à son père. L’autrice donne voix au combat de tous ces invisibles. En une heure et demi, un oratorio théâtral réussi.

 Mireille Davidovici

 Jusqu’au 31 mars,Théâtre de Belleville, passage Piver, Paris (XIème)T. : 01 48 06 72 34 16.

Le texte est édité aux éditions Espaces 34

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Archives pour la catégorie jeune public

La Vagued’après Die Welle, adaptation du roman de Todd Strasser et du film de Dennis Gansel, mise en scène de Marion Conejero

 La Vague, d’après Die Welle, un roman de Todd Strasser et le film de Dennis Gansel, mise en scène de Marion Conejero

© Tanguy Mandrisse

© Tanguy Mandrisse

Une dictature est-elle encore possible aujourd’hui dans les pays occidentaux? Quels sont les mécanismes qui l’engendrent ? Et comment le régime nazi a-t-il pu se mettre en place? Marion Conejero, avec ce spectacle, essaye de répondre à ces questions, toujours d’actualité…
Pour illustrer son cours sur L’Autocratie et le III ème Reich, Benjamin Cortet, professeur d’histoire, va mener une expérience grandeur nature, en initiant un mouvement dans sa classe. Ainsi, est née La Vague, avec son symbole, son salut, son uniforme, ses règles, sa ferveur et son prosélytisme. Et ce qui était, au départ, un simple jeu, va gagner de l’ampleur et vite échapper à tout contrôle.

 « La force par la discipline. La force par la communauté. La force par l’action .»  Fort de ce slogan, avec règles de maintien et politesse, uniforme et emblème, le mouvement se dote d’un leader charismatique, Benjamin (Mathurin Voltz), un professeur sympathique et proche de ses élèves. Son discours populiste contre l’inflation, la globalisation, les multinationales et la pauvreté, a tout pour séduire les jeunes gens.
Dans cette classe ainsi embrigadée, chacun prend de l’assurance, surtout les plus faibles comme Tim (Anthony Jeanne), un adolescent en rupture de ban et harcelé par ses camarades. Mais le groupe pratique aussi l’exclusion jusqu’à menacer les opposants, voire les éliminer. Seule l’intrépide Lola (Marion Conejero) résiste à cette « entreprise de manipulation et de décervelage » et se brouille avec ses amis Charlotte (Rosalie Comby) et Mikaël (Arnold Mensah). Axel, son amoureux (Nino Rocher) la rejette violemment.

«La Vague, dit Marion Conejero, est une démonstration efficace des effets pervers du groupe et a été la pierre de touche de mon envie de l’adapter au théâtre. » Ce roman (1981) et ce film (2008) reproduisent une expérience authentique, menée par Ron Jones avec les élèves d’un lycée, à Palo Alto (Californie) en 1967.
La metteuse en scène a pris contact avec ce professeur d’histoire et s’est aussi beaucoup documentée sur la période du nazisme. Elle dirige avec maestria les comédiens, tous excellents. Jouant elle-même l’élève rebelle, elle distribue des tracts de la Rose blanche, un collectif d’étudiants en Bavière qui, en 1943, paya de sa vie son opposition militante au nazisme.

Le dispositif scénique de Jordan Vincent, sobre et fonctionnel se modifie selon les scènes: salle de classe, cour de récréation, gymnase, domicile du professeur ou de Lola… Quelques séquences d’un cours de théâtre où se répète le Richard III de William Shakespeare mettent avec habileté en parallèle l’ascension de Richard, duc de Gloucester et celle d’Hitler : «Aussi, puisque je ne puis être l’amant-qui charmera ces temps beaux parleurs- je suis déterminé à être un scélérat.», annonce le futur tyran dans son monologue d’ouverture. Un programme crapuleux à la hauteur de Mein Kampf…

La pièce détaille sur une semaine et au jour le jour, la montée de l’autoritarisme et ses débordements au-delà de la classe : les membres de la Vague vont imposer leurs vues aux autres, par la violence et la menace. La peur règne dans le lycée. La femme de Benjamin l’avait pourtant mis en garde : «Tu vas créer des monstres. » Pris au piège de son expérience, le professeur va y mettre fin par un discours explicite : « Le Mouvement National dans le cadre d’un cours sur l’Allemagne nazie des Jeunesses de la Vague n’existe pas. Pas plus que le soi-disant leader. Vous voyez ce que vous êtes devenus ? Vous voyez vers où vous vous dirigiez ? Jusqu’où vous seriez allés ? Regardez un peu votre avenir!» Mais certains adeptes refusent, prêts aux pires extrémités pour continuer…

Mais que dire des lycéens présents dans la salle dont une partie ont applaudi les exactions des fidèles de la Vague. Leur adhésion à cette violence a surpris les acteurs : cela prouve, comme l’a fait Ron Jones en son temps, qu’une nouvelle dictature est toujours possible. «Il est bon, dit Marion Conejero, de savoir en déceler les signes avant-coureurs car le risque est bien réel. (…) La violence s’exprime à travers cette jeunesse manipulée, contrôlée et incontrôlable. Jeunesse peut-être un peu naïve et prête à croire à un sauveur. »

 Avec sa compagnie Les Chiens andalous basée en Charente, Marion Conejero nous avait déjà convaincus avec une mise en scène de L’Éveil du Printemps, d’après Frank Wedekind, dans le cadre des Jeunes Pousses à la Maison Maria Casarès (voir Le Théâtre du Blog). Elle a fait du chemin et depuis 2020, est “artiste complice“ du Théâtre d’Angoulême. La Vague a été créé à l’Onde de Vélizy-Villacoublay (Yvelines). L’équipe souhaite accompagner le spectacle avec des ateliers: une pédagogie nécessaire et de salut public, face au regain de l’extrême-droite en Europe. …

 Mireille Davidovici

Spectacle vu le 5 mars, dans le cadre du festival La Tête dans les nuages jusqu’au 11 mars, au Théâtre d’Angoulême-Scène Nationale, 11 avenue de Maréchaux, Angoulême (Charente). T.:  05 45 38 61 62 ,

Les 14 et 15 mars, Le Gallia-Théâtre, Scène conventionnée de Saintes (Charente- Maritime).

En juillet, Festival au village, Brioux-sur-Boutonne (Deux-Sèvres).

Du 22 juillet au 17 août, festival de la Maison Maria Casarès, Alloue (Charente).

Le 10 octobre, Théâtre de Thouars, Scène conventionnée (Deux-Sèvres).

En avril 2025, La Mégisserie, Saint-Junien (Haute-Vienne) .

 Le roman traduit par Aude Carlier est publié par Jean-Claude Gawsewitch, éditeur.

KILLT Les Règles du jeu de Yann Verburgh mise en scène d’Olivier Letellier

 KILLT : Les Règles du jeu de Yann Verburgh, mise en scène d’Olivier Letellier

 Les Tréteaux de France-Centre Dramatique National itinérant avec maintenant, Olivier Letellier aux manettes, se tourne vers les dramaturgies contemporaines pour les jeunes. Outre des productions au sein de sa compagnie Le Théâtre du Phare – nous avons vu récemment Le Théorème du Pissenlit - , le metteur en scène invite les enfants à lire du théâtre à voix haute avec KiLLT ( Ki Lira Le Texte?) .

© Ch. Raynaud de Lage

© Ch. Raynaud de Lage

Aujourd’hui, une sixième du collège Paul Verlaine Paris (Xll ème) va, en demi-groupes, découvrir une pièce dans la salle des Oeillets au sous-sol du Théâtre de la Ville-Sarah Bernhardt. Un acteur explique aux élèves le mode d’emploi : ils partageront le texte imprimé en noir pour eux et en gris, pour lui. Ils n’ont plus qu’à se lancer sous sa houlette, dans un parcours ludique à travers les mots.

C’est un dialogue entre des enfants qui se rencontrent dans une ville en ruines, au Pays-des-Guerres. Oldo, un garçon cherche son père disparu et Nama, une petite fille s’apprête à rejoindre ses parents émigrés dans un des Etats-de-Paix qui ont financé la guerre… avant d’abandonner son pays…. Les enfants se racontent leurs chagrins, leurs rêves et jouent à reconstruire leur ville et leur école mais ils seront bientôt séparés.

Yann Verburgh a interrogé des jeunes venus de ces Pays-de-Guerre et transpose le contexte géopolitique actuel pour des enfants. Les élèves découvrent le texte mis en espace par le graphiste Malte Martin sur différents supports: les premières séquences s’exposent sur des panneaux muraux, et certaines scènes sont tirées de boîtes ou d’un sac à dos, se cachent dans des boules de papier, ou s’inscrivent sur des tabliers ou maillots de corps caractérisant les autres personnages.

D’abord hésitant et timide, le groupe, petit à petit, s’implique dans la lecture, en jouant tantôt Oldo, tantôt Nama. Oubliant son inhibition, chacun prend plaisir à offrir sa voix à ces êtres de fiction.

L’expérience se poursuit par un échange où l’acteur revient sur les thèmes de la pièce. Les élèves font peu de commentaires sur le contexte géopolitique mais pointent des clichés de genre (sic) ou de personnages stéréotypés : Nama est celle qui pleure et qui a peur, Oldo, celui qui devient soldat…Une fille demande si Oldo et Nama vont se marier! Certains posent des questions sur le dispositif scénique et les personnes qui travaillent sur un spectacle… Puis l’acteur les interroge sur le titre: « Les règles, cela empêche ou cela permet ? » Réponses mitigées.

Les enfants repartent avec le livre de Yann Verburgh. Quelles traces leur laisseront cette lecture collective et cette histoire ? «J’ai pu voir mes élèves avec un autre angle, dit une enseignante. Je ne me rendais pas compte de l’enjeu scénique qu’il y avait derrière une simple lecture. (…) Cela m’a rassurée et m’a donné l’espoir de les entendre donner leur avis, sans répéter un discours entendu dans les médias.»

Deux interprètes prennent chacun en charge un demi-groupe : pendant que l’un se prépare à la lecture dans une salle du Théâtre, l’autre s’y lance. Et quand leurs camarades discutent de la pièce, les autres vont la lire. Il y a plusieurs équipes d’acteurs en alternance : Antoine Boucher, Angèle Canu, Nathan Chouchana, Jérôme Fauvel, Axelle Lerouge, Aurélie Ruby et Jonathan Salmon.

Après La Mare à sorcières de Simon Grangeat et Les Règles du jeu actuellement en tournée, Les Tréteaux de France vont poursuivre KiLLT avec un nouvelle pièce. «Le rapport physique au texte est une donnée essentielle de notre recherche artistique, dit Olivier Letellier. Trop souvent considéré comme solitaire et silencieux, statique et intellectuel, il devient une activité collective et ludique, avec le corps en mouvement.»

Mireille Davidovici


Réalisation vue le 19 janvier au Théâtre de la Ville-Sarah Bernhardt, place du Châtelet, Paris (Ier). T. : 01 42 74 22 77.

Festival Odyssées en Yvelines (suite) Cette note qui commence au fond de ma gorge, texte et mise en scène de Fabrice Melquiot

Festival Odyssées en Yvelines (suite)

Cette note qui commence au fond de ma gorge, texte et mise en scène de Fabrice Melquiot

Un couple s’affronte: en jeu, leur histoire d’amour. Sur ce ring, avec autour le public, qui l’emportera, Bahia ou Aref? La jeune femme lutte comme une diablesse pour retenir le musicien afghan qu’elle aime. Mais Aref ne l’aime plus et lui dit avec le peu de mots qu’il maîtrise en français. Il veut partir rejoindre ses compatriotes musiciens exilés aux quatre coins de l’Europe mais Bahia lui dit : non, nous n’avons pas fini de nous aimer…

 

© Ch. Raynaud de Lage

© Ch. Raynaud de Lage

Fabrice Melquiot a écrit une joute verbale et musicale dans une langue drue, en alexandrins et décasyllabes: «Je ne voulais pas que les personnages s’expriment comme on parle,, dit-il, je cherchais une langue avec son lexique, comme la boxe a le sien, une langue technique, comme la boxe peut l’être, une langue métrée et qui sonne, comme l’éventail des coups et esquives: uppercut, crochet, side step, clinch, balayage, direct, jab, cross, hook, etc. »

Les mots sonnent fort et juste dans cette pièce écrite sur mesure pour le musicien hazara, originaire d’Afghanistan, Esmatullah Ali Zada, et la jeune actrice Angèle Garnier, tout juste sortie du Conservatoire national de P.aris. Elle attaque, le verbe haut et lui esquive, en lui opposant ses regards, son chant calme en parsi et les notes vibrantes du dambura (luth traditionnel), de l’harmonium et des tablas. La parole et la force de conviction n’ont pas prise sur le silence obstiné d’Aref. Bahia lui donne son amour mais il n’est pas prêt à le vivre, il a trop perdu et doit se retrouver. Elle enrage, attaque, supplie, et de guerre lasse, lui laisse le choix: partir, rester, ou toute autre alternative.

Le niveau de langue offre une dignité aux personnages, l’inventivité lexicale et la métrique implacable apportent un coup de jeune à la langue française. Chez la jeune actrice, rien d’empesé dans sa diction musclée, la métrique des vers lui semble naturelle. La tension du texte et la vibration de la musique embrasent cette tragédie intime. Le politique, l’inégalité sociale se glisse insidieusement entre les mots: il y a ici un fossé culturel entre les amants.

Personne ne sortira vainqueur de cette lutte à coups de vers et chants: l’exil et la perte de l’amour sont sans remède.

Écrivain et metteur en scène, Fabrice Melquiot a publié soixante pièces, des romans graphiques et recueils de poésie. Une fois encore, il place haut la barre et nous offre ici un spectacle en forme de consolation : «J’ai écrit l’histoire de ces cœurs déchiquetés, que seules des mains enfantines peuvent rafistoler.»

Jeunes et adultes ont été saisis par ce corps-à-corps verbal.

Mireille Davidovici

Odyssées en Yvelines, du 23 janvier au 23 mars, Théâtre de Sartrouville et des Yvelines, place Jacques Brel, Sartrouville. T. : 01 30 86 77 79

 

 

 

 

Festival Odyssées en Yvelines

Odyssées en Yvelines: quatorzième festival pour l’enfance et la jeunesse

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Abdelwahed Sefsaf

Une nouvelle édition conçue par Abdelwaheb Sefsaf, metteur en scène et musicien, nommé directeur il y a un an, du Théâtre de Sartrouville-Centre Dramatique National.  «A l’école, dit-il, j’ai découvert le  théâtre et à celui-ci, ma découverte du monde. En CM2, je suis fasciné par une représentation scolaire et au collège, je m’inscris au club théâtre et joue Calchas dans La Belle Hélène de Jacques Offenbach. Aujourd’hui artiste, je sais ce que je dois à l’éducation populaire et à l’action culturelle.»
Pendant trois mois, six petites formes créées pour l’occasion, essaimeront dans une quarantaine de communes. des Yvelines: théâtres, centres sociaux, conservatoires, bibliothèques, collèges, salles municipales avec  séances scolaires, ou tout public.
Il y en a pour tous les âges à partir de quatre ans : Le Chat sur la photo d’Odile Grosset-Grange, jusqu’aux adolescents, et des styles et univers contrastés, du réalisme au poétique. Mais une préoccupation commune chez les artistes: parler d’aujourd’hui aux enfants, en abordant des thèmes comme l’immigration  avec Esquif (à fleur d’eau) d’Anaïs Allais Benbouali; l’adoption: Malik le Magnifik d’Abdelwaheb Sefsaf; la sexualité: Love à Gogo de Marion Aeshchlimann et Benjamin Villemagne, ou encore l’exil: Cette note qui commence au fond de ma gorge de Fabrice Melquiot. L’heure n’est plus aux bisounours

Le Chat sur la photo d’Antonio Carmona, mise en scène d’Odile Grosset-Grange

Après Cartoon plébiscité l’an dernier au festival La Tête dans les nuages à Angoulême et actuellement en tournée, (voir Le Théâtre du blog), la metteuse en scène quitte l’univers des ados et s’adresse aux tout petits. Anya va nous raconter l’histoire du « pire samedi où elle s’est réveillée au milieu de la nuit et a rassemblé ses quatre ans et demi de courage». Tout a commencé quand elle a perdu son chat. Ce compagnon de jeu avec qui elle partageait l’exploration de la maison lui manque et son doudou, Froussard est son nouvel adjoint détective. Qui fait disparaître les objets de la maison comme la photo d’elle avec son chat? D’où viennent les craquements qu’elle entend la nuit: ce  ne sont pas les disputes de ses parents ni les bruits incessants de la circulation? Anya mène l’enquête avec Froussard, jusqu’au grenier et imagine une invasion par les sorciers de la forêt voisine:   ses parents ne s’aiment plus, croit-elle, et vont peut être divorcer,… Quand la lumière s’éteint et qu’ils voient passer dans les couloirs des inconnus chargés de cartons, le doudou n’en mène pas large, Anya non plus…

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© Christophe Raynaud De Lage

 

Odile Grosset-Grange a passé commande à Antonio Carmona, auteur de pièces et de romans pour la jeunesse. Il avait envie de parler de la peur, elle voulait une héroïne. Cette histoire inverse les stéréotypes de genre et le doudou (Guillaume Riant) un peu emprunté a la trouille, la petite fille (Marie-Camille Le Baccon, intrépide et sautillante) va de l’avant.

La scénographe Cerise Guyon a conçu une charmante maison miniature dont les différents niveaux s’ouvrent comme autant de mystérieux tiroirs à explorer. Et les objets apparaissent et disparaissent entre les mains des acteurs comme par enchantement, grâce aux tours de magie enseignés par Père Alex. La metteuse en scène traite ce mini-polar avec élégance, légèreté et humour. Les comédiens ne surjouent pas la peur et un texte écrit au passé et  que se partagent les protagonistes entre les scènes dialoguées, apporte à la pièce la distance d’une histoire qu’on raconte.

Esquif (à fleur d’eau) texte et mise en scène d’Anaïs Allais Benbouali

Près de Lampedusa  des migrants© Reuters J. Medina

Près de Lampedusa, des migrants © Reuters J. Medina

La Méditerranée en a gros sur le cœur: elle déborde de tous les noyés qui gisent  au fond de l’eau. Incarnée par une actrice, elle va parler en leur nom. Pour connaître leur histoire, elle invite le public à se masquer les yeux d’un bandeau et à se laisser guider jusqu’à eux «  de l’autre côté ». De très nombreuses voix prient alors les  enfants de ne pas les oublier, et, en leur nom, de parler d’eux aux parents, responsables de ces tragédies.
Amandine Dolé, actrice et musicienne explique aux enfants comment la Méditerranée, autrefois lieu d’échange entre l’Europe et l’Afrique, est devenue une frontière absurde et un tombeau pour les migrants. Après ces préliminaires un peu didactiques, elle laisse la parole à la Méditerranée qui a les traits d’une jeune femme enceinte (Anissa Kaki). Elle a un petit flacon rempli d’eau et investit délicatement l’air de jeu: une légère bâche en plastique bleu ciel qui gonfle parfois sous l’effet d’un ventilateur….Une scénographie simple et très lisible de Lise Abbadie.
L’actrice raconte les requins, raies mantra, et bébés pieuvres, leurs jeux et leurs chants, puis laisse la place aux voix des disparus : Vinia, Sarah, Kadi, Adama, Asha, Ousman, Neba, Moussa, Abi, Jahia, Ibrahim, Samuel, Mubarak, Asante, Emilie, Sekou, Sabtou, Yasmine, Samy, Esther, Yussif, Maïmouna, Nanomi, Abdo, Peter, Saïd, Hamid …Venant de Guinée, Ghana, Syrie, Cameroun, Afghanistan, Irak, Somalie… « Ils auraient pu venir de France, Espagne, Belgique, Italie, Suisse ou Allemagne si le monde était inversé. Et pour ça, il suffit juste de retourner une carte et ceux du bas seront en haut,  et ceux d’en haut, en bas. »

Esquif ┬0472

® C. Raynaud de Lage_

 

La mer se retire après ce voyage dans les abysses et revenus sur la terre ferme, nous ouvrons les yeux et découvrons une maquette de bateau: le navire ambulance Océan Viking qui sauve chaque année des milliers d’hommes, femmes et enfants du naufrage. La musicienne qui a accompagné le spectacle sur son violoncelle évoque alors l’action de S.O.S. Méditerranée, avec chiffres et récits des sauveteurs…

Anaïs Allais Benbouali a construit Esquif (à fleur d’eau), une « immersion à l’aveugle pour une mer et un violoncelle », à partir de témoignages enregistrés de rescapés recueillis par l’Océan Viking. «Grâce au récit de leurs histoires, nous pourrons sortir d’un profond sommeil collectif »dit  la metteuse en scène  qui envoie ce S.O.S.« à la jeunesse porteuse de changement ». Chaque enfant ou adulte repart avec un prénom inscrit sur un papier dans une enveloppe en guise d’In Memoriam ».

Ce documentaire de trente-cinq minutes, en forme de conte poétique, s’adresse avec beaucoup de tact aux enfants à partir de huit ans. Il peut s’accompagner de sensibilisation scolaire faite par les bénévoles de S.O.S. Méditerranée. L’alerte est lancée: aux programmateurs et éducateurs de l’entendre.
La metteuse en scène, comédienne et directrice artistique de la compagnie la Grange aux Belles est aussi l’autrice de nombreux textes comme Au milieu de l’hiver j’ai découvert en moi un invincible été chez Actes-Sud Papiers et Par la mer (quitte à être noyées)  aux éditions Koïnè. Elle a réalisé avec Isabelle Mandin son premier documentaire, À regarder les poissons, autour de notre rapport à l’empathie. Restons attentifs à ses prochaines réalisations.

(À suivre)

Mireille Davidovici

 Jusqu’au 23 mars, Théâtre de Sartrouville et des Yvelines, place Jacques Brel, Sartrouville. T. 01 30 86 77 79.

 

Mirkids, chorégraphie de Jasmine Morand

Mirkids, chorégraphie de Jasmine Morand

La chorégraphe suisse nous avait captivés l’an dernier avec les jeux d’optique dans Lumen, au théâtre des Abbesses (voir Le Théâtre du Blog). Ici, elle nous invite à nous allonger et, dans un miroir géant tendu au plafond, à contempler des images kaléidoscopiques, reflets de huit danseurs évoluant dans un cylindre cloisonné, avec autour, le public… Une boîte magique ressemblant à un zoo-trope, l’ancêtre du cinéma où les interprètes réalisent des figures géométriques comme tracées aux compas. Ils tendent les bras, écartent les jambes, se vrillent, se superposent en une fascinante symétrie, dessinant cercles, rosaces, étoiles à multiples branches, ribambelles circulaires, mandalas… dans un mouvement permanent et hypnotique, sur la musique de Dragos Tara. Puis, crescendo, ils se livrent à des ébats ludiques, avec des poses animalières parfaitement synchronisés, ce qui amuse les enfants.

©Céline Michel

© Céline Michel

Couchés en épis autour du plateau et bercés par cette danse éthérée, nous entendons en même temps les pas résonner derrière nous. Les vibrations engendrées par le poids des corps nous tirent parfois de notre rêverie aérienne. Nous pouvons aussi, en nous retournant, entrevoir par intermittence, les danseurs par des interstices laissés dans la paroi cylindrique. Un défilement cinétique rappelle les images du photographe Eadweard Muybridge (1830-1904) décomposant le mouvement pour étudier la locomotion animale et humaine.

Mirkids (Mir comme miroir, kids comme enfants), version jeune public de Mire (2016) a été  réalisé à partir d’une nouvelle bande sonore. Le compositeur s’est tourné vers une musique écrite pour, et par les enfants, à partir d’ateliers autour d’images comme des mosaïques, mandalas, vitraux… Sont ainsi nés des fragments de partition ensuite interprétés par le cours de clarinette au Conservatoire de Vevey (Suisse). Ces instruments couvrant une large palette de tessitures, textures et dynamiques.

Les costumes qui épousent les anatomies, se sont teintés de dégradés roses et bleus pastel, donnent de la douceur à cette fresque animée, dans les lumières contrastées  de Rainer Ludwig. Pour composer sa pièce, la chorégraphe a eu recours à un jeu de miroirs, une glace au sol reflétant à son tour les images projetées au plafond. Une technique apprise d’une amie marionnettiste, explique-t-elle..

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© Céline Michel

Après quinze ans de travaux chorégraphiques avec la compagnie Prototype Status, Jasmine Morand a éprouvé le besoin de s’adresser à un autre public: «La création pour les enfants apparaît aujourd’hui comme une évidence dans mon parcours artistique ! ».

Elle leur offre ici une belle aventure poétique, avec cette pause de trois quart d’heure pour oublier les bruits et le stress urbains. Il faut aller aussi voir Mire fonctionnant selon le même principe…

 Mireille Davidovici

Jusqu’au 28 janvier, programmé avec Mire, au Théâtre de la Ville-Sarah Bernhardt, place du Châtelet. Paris (Ier). T. 01 42 74 22 77.  

 Du 9 au 17 février, au festival Antigel, Théâtre Am Stram Gram, Genève ( Suisse).

Les 28 et 29 février, Kaserne, Bâle (Suisse).

Le 21 mars, au festival Kidanse, La Faïencerie, Creil (Oise).

 

Un Contre un , mise en scène et chorégraphie de Raphaëlle Boitel (pour jeune public)

Un Contre un, mise en scène et chorégraphie de Raphaëlle Boitel (pour jeune public)

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©Tristan Baudouin 

On retrouve ici le style épuré de cette artiste dont nous avions dernièrement apprécié Horizon, créé in situ dans les jardins du Palais-Royal. Et surtout La Chute des Anges (2018) qui sera encoe tournée la saison prochaine.  Ici, à sa recherche esthétique, se mêle la légèreté désinvolte des acrobates Alejandro Escobedo et Juliet Salz remplaçant Marie Tribouilloy, légèrement blessée.

Dans un cône lumineux, quatre mains se cherchent, se trouvent, se fuient… Les doigts, étranges petits personnages, courent le long de barreaux verticaux, comme sur une portée de musique, au rythme d’un quatuor à cordes présent sur scène. Cette danse agile est le prélude aux chassés-croisés permanents des interprètes.

Raphaëlle Boitel se réfère au mythe d’Orphée et Eurydice, mais nous voyons surtout une jeune femme insaisissable fuyant son amoureux. Le quatuor à cordes Clément Keller, Sarah Tanguy, Eléna Perrain et François Goliot  accompagne leurs retrouvailles e leurs séparations avec la partition à fois grave et mutine d’Arthur Bison. 

Les lumières denses créées par Tristan Beaudoin sculptent l’espace: les corps des acrobates et des musiciens apparaissent et disparaissent dans les profondeurs mystérieuses des clairs-obscurs. Une longue échelle sera tour à tour : agrès les menant vers les hauteurs, barreaux d’une prison, praticable à clairevoie…

Alejandro Escobedo, sur les traces de sa partenaire fantomatique, va fouiller un portant garni de costumes, seules taches colorées dans cet univers noir et blanc… A l’issue d’un corps à corps acrobatique, Juliet Salz nous offre un dernier solo aérien, avant de s’évanouir à jamais, laissant à son amoureux sa robe blanche…

Ce duo poétique de cinquante minutes a été créé en 2020 avec une musique enregistrée . Aujourd’hui le spectacle s’étoffe de la présence du quatuor complice des interprètes. Fait encore défaut une certaine cohésion mais on retrouve avec plaisir l’univers de Raphaëlle Boitel et de son équipe, entre cirque, danse et théâtre et qui a avait été salué il y a neuf ans avec son premier opus L’Oublié(e), pièce qui a donné son nom à la compagnie. A découvrir …

 Mireille Davidovici

 Le spectacle a été présenté du 26 au 30 décembre, au Théâtre Silvia Monfort, 106 rue Brancion Paris ( XV ème) T. 01 56 08 33 88.

Avec musique enregistrée : Le 8 mars, Espace Brémontier, Arès (Gironde) ; les 10 et 11 mars, Centre culturel Michel Manet, Bergerac (Dordogne)
Et avec musique en direct du 14 au 16 mars, Théâtre National de Nice (Alpes-Maritimes).

TRASH ! conception de Gorka Gonzalez et Jony Elias


TRASH ! conception de Gorka Gonzalez et Jony Elias

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© Jean-Louis Verdier

En scène, quatre percussionnistes en vêtements de travail et casques de chantier dans un décor évoquant une décharge publique. Chargés du tri des ordures, ils récupèrent et détournent de  leur usage  tout ce qui peut produire du son. C’est musical, drôle et entraînant.

On réalise vite qu’il s’agit de musiciens au solide métier. Doués d’une étonnante inventivité, Gorka Gonzalez, Miguel Angel (Micky) Pareja Bruno Alvez et Frank Mark utilisent bidons, sacs plastiques, ustensiles, caisses à outils, pneus…  Des bouteilles de gaz vides deviennent, sous leurs baguettes, des steel-drum et, avec un ballon de basket, Gorka Gonzalez – fondateur de Trash-  improvise un solo à couper le souffle. Avec des bouteilles plastiques accordées selon la gamme, ils interprètent un extrait de la Lettre à Elise de Beethoven et du Cancan d’ Offenbach. Une série de numéros ludiques et bien orchestrés, exécutés à un rythme d’enfer.


Les bouteilles de gaz vides deviennent sous leurs baguettes des still drums. et sur un ballon de basket, Gorka Gonzalez improvise un remarquable solo. Sur des bouteilles en plastique accordées selon la gamme, les musiciens  interprètent un extrait de La Lettre à Elise de Ludwig van Beethoven et du Cancan de Jacques Offenbach. Des numéros ludiques et bien orchestrés, jexécutés à un rythme d’enfer.

C’est drôle et ces artistes espagnols franchissent allègrement l’obstacle de la langue par des  borborygmes, onomatopées, gromelots, conférant ainsi au spectacle une visée internationale.

Le public est largement invité à participer. Pour le plus grand plaisir des jeunes et des plus petits qui chantent, répondent et trépignent. Même si les plus âgés n’adhèrent pas à tout, voire trouvent certains moments un peu racoleurs, il s’agit là d’un excellent spectacle à voir en famille à l’occasion des fêtes de fin d’année.

La  compagnie et son spectacle éponyme ont été créés en 2021  en coproduction et au sein de la compagnie Yllana installée à Madrid. Cette dernière, fondée en 1991, s’est spécialisée dans le spectacle sans parole  musique, pantomime, acrobatie. Elle a réalisé ou produit trente-sept spectacles, diffusés dans quarante-huit  pays, en majorité hispanophones. Elle  conçoit des événements et des animations (Carnaval de Madrid, camps d’été culturels).Elle revendique ainsi 16. 000 représentations et dispose de quatre écoles de théâtre.

Jean-Louis Verdier

Jusqu’au 28 janvier, 13 ème Art, place d’Italie, Paris (XIII ème)

Le 2 février, Franconville (Val-d’Oise) ; le 3 février, Soissons (Aisne) ; le 9 février, Vizille (Isère) ; le 10 février, Brignais (Rhône).

Le 14 mars, Mérignac (Gironde) ; le 16 mars, Plaisir (Yvelines).

Le 19 avril, Queven (Morbihan) ; le 27 avril, Plaisir-du-Touch (Haute-Garonne).

Le 3 mai, Sélestat (Bas-Rhin).

https://www.google.com/search?client=safari&rls=en&q=Trash+theatre+you+tube&ie=UTF-8&oe=UTF-8#fpstate=ive&ip=1&vld=cid:6307cc4e,vid:VcjesPT476E,st:0

 

Sauvage de Karin Serres, conception et interprétation d’Annabelle Sergent (tout public à partir de dix ans)

Sauvage de Karin Serres,  conception et interprétation d’Annabelle Sergent (tout public à partir de dix ans)

L’autrice, qui est aussi metteuse en scène et traductrice de théâtre, a écrit une soixantaine de pièces surtout pour le jeune public, mais aussi des romans. Ce « thriller éthologique, premier volet d’un diptyque sur le cycle du vivant » est l’histoire de Fil, Dragonfly, Tak des collégiens qui s’échappent régulièrement d’un internat, le jour comme la nuit pour aller dans une proche forêt et s’y créer un espace de liberté. « On se tire dehors en secret, on s’ensauvage de la terre plein nos semelles-nos mains: mmmh, le feu de bois, la nuit tombe, l’herbe gelée craque sous tes bottes tu marches à pas lents dans la blancheur infinie. » (….)
Ils vont aller de plus en plus loin dans cette forêt, et plus longtemps. Bien reliés au vivant qui les entoure. « Plus ça va, moins on parle, nous dehors, dans la friche dingue de printemps plus ça va, plus on grogne, on siffle, on se parle par gestes, on rit on broute notre bouffe, on lappe la flotte, on grille des trucs sur un feu on se fabrique des cabanes comme des nids géants
on court pieds nus dans la forêt archi verte on grimpe aux arbres, on se balance aux branches ça sent le sucre, les fleurs, la sève quand il pleut, on s’abrite plus, on danse : pogo ! dans les flaques aussi, après : flatch , flatch ! masques de boue, marques de mains plumes dans nos cheveux emmêlés comme du crin on observe si longtemps sans bouger qu’on arrive à arrêter le temps on se prend par les épaules et on crie : sauvage de toutes nos forces : sauvage ! à chaque joie, à chaque truc réussi : SAUVAGE ! « 

© Ch. Raynaud de Lage

© Ch. Raynaud de Lage

Repérés par un piège photographique et dépassés par l’ampleur de ce qui leur arrive, ils vont repartir mais cacheront leur secret. Bien entendu l’aventure s’arrêtera là et de façon un peu conventionnelle. « Bleu des gyrophares dans la nuit trempée : histoire terminée Samu, police, pompiers, l’usine grouille d’une foule frigorifiée le proviseur débarque, cheveux collés au front, pas réveillé exclusion définitive à effet immédiat. »


Il y a de l’animal et du végétal dans ce texte-hommage aux êtres vivant sur cette planète. Seule en scène, Annabelle Sergent donne vie à tous les personnages de cette fable. Sur ce grand plateau, de minces tiges noires pendent en bougeant légèrement. Comme une image d’arbres sous un éclairage glauque. La s
cénographie et les lumières d’Yohann Olivier, comme la création sonore de Régis Raimbault et Jeannick Launay, sont tout à fait remarquables. Et  grâce à cette symbiose, naissent parfois des images très poétiques.
Côté direction d’acteurs et mise en scène (non créditée!), là c’est encore trop approximatif.  Et même si Annabelle Sergent a une belle gestuelle, l’inutile micro H.F. dont elle est affublée ne résout rien : il faudrait absolument qu’elle soit dirigée et articule son texte. Là, il y encore du travail… Désolé mais il n’y a pas tout à fait le compte et le jeune public a droit au meilleur. A suivre…

Philippe du Vignal

Spectacle vu au Théâtre Municipal d’Angers (Maine-et-Loire), le 7 novembre.

Le 23 novembre , Festival des Beaux Lendemains, Ploufragan (Côtes-d’Armor).

Les 8 et 9 décembre, Scènes de pays dans les Mauges (Maine-et Loire).

Les 16 et 17 janvier Le Parvis-Scène nationale, Tarbes, (Hautes-Pyrénées).

Les 8 et 9 février, L’Empreinte-Scène nationale Brive-Tulle, Brive (Corrèze). Le 15 févrierLes Transversales, Scène conventionnée cirque de Verdun (Meuse).

Les 14 et 15 mars, Saison culturelle, Ernée (Mayenne). Les 28 et 29 mars, Carré-Colonnes, Scène nationale de Blanquefort (Gironde).

Les 8 et 9 avril, Le Carré-Scène nationale de Château-Gontier (Mayenne). Les 11 et 12 avril. Le Théâtre-Scène nationale Saint-Nazaire (Loire-Atlantique). Les. 25 et 26 avril.
La Genette Verte, dans le cadre des Scènes croisées ,Florac (Lozère). Les 29 et 30 avril
Scène nationale d’Albi (Tarn).

Le 16 mai, dans le cadre de Scènes de territoire,Théâtre de Bressuire (Deux-Sèvres).

 

Festival de Marseille 2023

 «Danse et corps en mouvement sont l’ADN de ce festival créé en 1996 », disait Marie Didier, qui en a pris les rênes l’an dernier à la suite de Jan Goossens (voir Le Théâtre du Blog). Elle y voyait «l’opportunité de mettre en place des projets plus ouverts sur la Méditerranée et des aventures liées à ce territoire phocéen pluriculturel, terre d’exil et d’asile ».

Le festival tient cette ligne cosmopolite, en proposant trente-deux événements d’artistes venus de vingt-et-un pays (Allemagne, Angleterre, Belgique, Brésil, Canada, Chili, Congo, Écosse, Égypte, France, Grèce, Iran, Kazakhstan, Liban, Maroc, Nouvelle-Zélande, Ouganda, Pologne, Pays-Bas, Sahara occidental, Venezuela). En trois semaines et quatre week-ends, et dans vingt lieux partenaires, on y voit : spectacles de danse, théâtre, concerts, films, expositions, ateliers… Dont Bless the Sound That Saved a Witch Like Me, le beau solo de Sati Veyrunes, chorégraphié par Benjamin Kahn vu récemment au festival d’Uzès danse (voir Le Théâtre du Blog). Et des propositions hors-norme et inattendues, comme ce soir-là.

Waka-Criée, conception et mise en scène d’Éric Minh Cuong Castaing

@Pierre Gondard

@Pierre Gondard

Nous avions été très émus par Phoenix, vu en 2018 à ce même festival : des drones filmaient simultanément trois danseurs sur scène et des artistes à Gaza. (voir le Le Théâtre du blog). Ici, même principe, mais avec un propos plus léger. La scène du théâtre de la Criée est reliée, via des caméras avec le studio d’enregistrement du groupe d’ados Waka Starz, en Ouganda, visible sur un grand écran. En temps réel, nous assistons à un double spectacle.
Devant nous, la chanteuse des Waka Starz, Racheal M. chante et danse avec une folle énergie, avec ses frères et soeurs, eux restés à Wakaliga, quartier défavorisé de Kampala. Ces artistes en herbe nous font visiter le studio familial de Wakaliwood où ils montent et diffusent leurs clips vidéo qu’on peut voir en surimpression, grâce à un savant mixage réalisé par Isaak Ramon. Entre comédie musicale, afro-futurisme, chorégraphie kung-fu et satire politique, ces clips atteignent des millions de vues sur YouTube et Tik Tok.

Les Waka Starz ont un répertoire engagé et leurs musiques croisent les influences reggaeton, afro-beat et pop anglo-saxonne, et des textes en anglais ou en lunganda, langue parlée en Ouganda, s’insurgent contre les violences faites aux enfants et prônent la liberté des femmes. Ils nous font partager le « wag » ( rythme) de leur pays. Abonnés au système D. , ils nous racontent la réalité de leur quartier, leur soif de réussite et nous font entendre avec talent et invention, leur foi en l’avenir. Lève toi et danse, le dernier titre appelle les spectateurs à se lever pour partager leur fougue.

Éric Minh Cuong Castaing, issu des arts visuels, s’est très tôt intéressé aux écritures chorégraphiques en temps réel. Avec sa compagnie Shonen, basée à Marseille, il explore les relations entre danse et nouvelles technologies. Il échange avec les Waka Starz depuis 2019 et nous donne ici une belle leçon d’optimisme !

 Love You, Drink Waterconcert d’Awir Leon, chorégraphie dAmala Dianor, création vidéo de Grégoire Korganow

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© Pierre Gondard

Ce trio est réuni autour du nouvel album d’Awir Leon Love You, Drink Water, prétexte à un show dansé avec projections d’images mêlant captation en direct et film d’art. Le musicien accompagne depuis longtemps les spectacles d’Amala Dianor avec des compositions originales.
Ici, les rôles s’inversent et le danseur chorégraphie son concert. Homme-orchestre, il déplace les instruments de musique, montre des mouvements au chanteur, guide le cadreur autour de lui pour ses prises de vue. Mais il virevolte parfois librement sur la scène dans son style particulier, glissant avec virtuositédu hip-hop aux danses européenne et africaine contemporaines, comme on l’a vu dans son solo Wo-Man (voir Le Théâtre du Blog).

Ce concert dansé trouve son point d’orgue dans une séquence qui rassemble les trois artistes : la caméra bouge et filme, partenaire du chanteur et du danseur. Ceux qui attendent plus de danse seront peut-être déçus : l’essentiel du spectacle met en scène l’opus de François Przybylski, alias Awir Leon. Auteur, chanteur, compositeur, il s’inscrit dans la mouvance indietronic. Un style électro-pop-rock, adouci par une ambiance paisible, avec des fréquences sonores beaucoup moins élevées. La rythmique soutenue apportée par les samples percussifs et mélodiques ne vient pas heurter l’oreille et permet des développements plus poétiques.
« Awir » : ciel, en gallois : la voix rocailleuse de l’interprète évoque des univers rugueux, mais amène aussi des envolées lyriques, avec des paroles dont le sens échappera à ceux qui ne maîtrisent pas bien l’anglais.
Le photographe et réalisateur Grégoire Korganow nous montre des images de forêts brumeuses et d’étendues aquatiques où des corps se noient mais que la danse sublime. Pour cet habitué des plateaux de danse, ces corps
représentent une sorte de paysage intérieur qu’il transcrit, comme ici.
Ses ondins et ondines romantiques, au milieu de zombies sinistres, rappellent-ils que la Méditerranée qui borde Marseille, est un tombeau pour des hommes, femmes et enfants…

Haircuts by children, conception de Darren O’Donnell

Chez Kenze Coiffure, des élèves de CM1 formés en une semaine par des professionnels, tiennent pendant un week-end, un salon de coiffure au centre ville et offrent coupe et coloration gratuites. Ils ont appris, pendant leurs heures de classe, à gérer les rendez-vous, accueillir les clients volontaires avec une citronnade, balayer les cheveux épars.
A l’aise, bienveillants et sérieux : «C’est comme à l’école mais en plus amusant », dit une petite fille qui s’applique à manier peigne et ciseaux, bombes colorantes, avec l’accord des grandes personnes, une fois n’est pas coutume.

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© Estelle Laurentin

Cette action saugrenue est proposée par un collectif canadien avec la perspective de responsabiliser les enfants et d’amener les adultes à leur faire confiance. C’est charmant et, sans doute une expérience enrichissante pour les petits et les grands. Quant au résultat esthétique, ce n’est pas ce qui compte. La coiffure est un métier qui s’apprend et requiert un talent de visagiste.
La démarche vise à ce que « les jeunes changent de statut et deviennent des acteur·rice·s à part entière de la société, les adultes renoncent au contrôle et se fient à leur créativité, leur dextérité et leur sens des responsabilités. » Darren O’Donnell se fait fort de « créer des situations sociales inédites et d’en faire jaillir du sens ». Chacun en tirera les conclusions. Pour autant, ce projet, plus pédagogique qu’artistique, est un exemple des actions culturelles et de sensibilisation des publics menées en marge des œuvres programmées au festival.

Mireille Davidovici

Spectacle vu le 23 juin, au Théâtre de la Criée, 30 Quai de rive neuve, Marseille. T. : 04 91 54 70 54.

Le 24 juin, Chez Kenze Coiffure, 7 rue de la République, Marseille (II ème). T. : 04 91 91 39 79.

Festival de Marseille jusqu’au 9 juillet, 7 rue de la République, Marseille (II ème). T.:  04 91 99 00 20. Entrée parfois gratuite ou à 10 €; billetterie solidaire de 2.000 places à 1 €. Contact : rp4@festivaldemarseille.com T. : 04 91 99 02 53.

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