Pedro Lacerda Machado

Pedro Lacerda Machado 

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Son père était officier dans l’armée portugaise mais avait la magie pour sa passion. Pedro avait sept ans, quand il est mort et il n’a gardé que de vagues souvenirs de lui. Mais sa mère avait conservé tous ses livres et accessoires. Puis, un jour, vers à treize ans, il les a découverts et a été immédiatement séduit.
Cette mère avait aussi gardé le contact avec les amis de son père et elle l’a mis en relation avec Saiur, un illusionniste réputé et qui est devenu son premier maître.
Grâce à cela, sous l’influence d’Arturo de Ascanio, il s’est intéressé à la magie des cartes qui est devenue sa spécialité. A seize ans, il s’est été ensuite engagé dans la création de l’Associação Portuguesa de Ilusionismo.
Aujourd’hui, l’A.P.I. est l’association nationale qui compte le plus grand nombre de membres et est affiliée à la Fédération Internationale. Et Pedro Lacerda Machado a été un des organisateurs de la F.I.S.M. 2000 à Lisbonne.


« Après que cette l’organisation de la F.ISM 2000 ait été votée trois ans auparavant à Dresde, dit-il, des membres de l’A.P.I. ont préparé ce congrès. Trois personnes ont été chargées de concrétiser cet événement mondial et j’étais responsable du secteur commercial, Luis de Matos, du secteur artistique et Fernando Marques Vidal est devenu président de cette F.I.S.M. » Pedro Lacerda Machado a souvent fait partie du jury des principaux concours organisés au Portugal; selon lui, ils ont joué un rôle majeur dans le développement de la magie: l’innovation étant un élément-clé de son progrès.

Son livre The Finest Magic of Pedro Lacerda est aussi un hommage à Arturo de Ascanio. « Au fil du temps, dit-il, j’ai disséminé ma magie à travers des articles, notes de cours… J’ai eu le privilège de me rapprocher aussi de Francisco Mousinho, l’un des jeunes artistes les plus talentueux du Portugal. Il savait que mes écrits étaient éparpillés mais il a entrepris d’écrire « mon livre »,  et, en plus des informations sur mon parcours, il a rassemblé la quasi-totalité de l’historique de mon répertoire et de mes techniques. A cette époque, cela faisait vingt-cinq ans qu’Ascanio était décédé. Il m’avait cité comme l’un de ses fils spirituels et avait été d’une grande générosité envers moi. Alors, aux côtés de Roberto Giobbi, Aurelio Paviato, Joaquin Navajas et Carlos Vaquera, Francisco Mousinho a jugé que le moment était venu d’écrire ce livre, en hommage à mon maître. »

Ce magicien a donc aussi écrit des articles et cours qui ont étayé les nombreuses conférences qu’il a données, notamment pendant l’Euro tour organisé par son ami Jean-Yves Prost: un voyage en Amérique du Sud, au Japon… Et plus tard, au Magic Castle, à Hollywood. Les  artistes qui l’ont le plus marqué sont Ascanio et ceux de la Spanish magic School, comme Tamariz, Camilo Vasquez, Antonio Ferragut, Toni Cachadiña. Et le Suisse Roberto Giobbi et le Néerlandais Tommy Wonder.
Il aime toutes les formes de magie: grandes illusions, manipulation, mentalisme… Que recommanderait-il à une débutante ou à un débutant? « Dans un premier temps, dit-il, apprenez et assimilez un maximum d’informations. Puis, vous rejetterez ce qui ne vous convient pas et adopterez les techniques qui vous ont mis en confiance. Cela vous permettra d’atteindre un art plus abouti. En maîtrisant la présentation et en allant vers une performance technique « naturelle », vous créerez ce qu’Ascanio appelait «l’atmosphère magique» et vous serez aux frontières de l’Art.
Quant à la magie actuelle, on voit que des illusionnistes talentueux émergent de nombreuses régions du monde et je suis convaincu que nous avons un avenir radieux. Et, si vous enrichissez votre culture générale et développez d’autres centres d’intérêt personnels, vous deviendrez bien meilleur dans votre spécialité. Ceci est, bien sûr, valable pour tous les arts. »

Sébastien Bazou

Interview réalisée le 11 juin à Dijon (Côte-d’Or).


Archives pour la catégorie Magie

Morgan de Cecco

Morgan de Cecco 

Il a franchi la grande porte de la magie à vingt ans. Lors d’un repas familial, il avait rencontré un ami du grand-père de sa femme qui faisait des tours à table. Et il a senti une vraie passion, ce qui l’a intrigué. Et il en a discuté avec lui, toute l’après-midi et le même soir. Puis il a cherché à en savoir un peu plus, en essayant de trouver des tours à apprendre sur Internet. Et il est tombé sur le tuto-vidéo du Houdini change (carte qui change en la frottant avec la main), un tour qu’il a vite travaillé. Après quelques heures d’entraînement, il l’a fait devant sa femme Nathalie qui en est restée bouche bée. Et la magie est devenue une véritable passion. « C’est drôle, dit-il, si elle n’avait pas réagi positivement, je n’aurais sans doute pas été plus loin et n’en ferai sans doute pas aujourd’hui. »

© Nathaile De Cecco

© Nathalie De Cecco

« Au début, j’en faisais surtout pour moi-même devant mon miroir. Il y avait tant de choses à découvrir que je m’extasiais des nouveaux secrets que j’apprenais. J’ai commencé par les cartes comme tout le monde, je crois, grâce aux incontournables volumes de La Magie par les cartes de Bernard Bilis. Une véritable encyclopédie en la matière. Je me suis pris claques sur claques mais j’en demandais toujours plus ! Mais l’artiste qui a sans aucun doute changé ma vie est David Stone avec ses deux DVD The real secrets of Magic. Une révélation. Tout me plaisait, le style de David, ses mouvements, ce qu’il dégageait, mais One coin routine que j’ai trouvée magnifique,  m’a ébloui plus que les autres.
Je voyais de la vraie magie dans ses mouvements et une forme de danse artistique, poétique, bref, une véritable œuvre d’art. J’ai eu l’impression de découvrir le Graal et ce que je voulais faire… Alors peu importeraient la difficulté et le temps que cela prendrait.Je ne comptais donc pas mes centaines d’heures d’entraînement… Un 
objectif si fort, que la difficulté des manipulations n’était pas un obstacle. Et je continue à pratiquer la magie des pièces, en essayant de me spécialiser toujours plus. Et elles sont désormais présentes dans tous mes close-up.   Et commencer par des tours vus par très peu de gens, quoi de mieux. « 


Morgan de Cecco a pu entrer dans l’équipe de France de
close-up en 2018. Un appel à candidatures avait été lancé sur les réseaux sociaux et il a envoyé la vidéo d’un numéro créé pour l’occasion. Après un retour positif, il est « monté » sur Paris et l’a présenté devant Bernard Bilis, Jean-Jacques Sanvert, Ludovic Julliot, Pascal Bouché et le président Laurent Guez. « Le stress était au rendez-vous avec deux candidats retenus sur dix: Markobi et moi-même. Depuis ce jour, je travaille avec eux mon numéro de concours pour le présenter en France  et à l’international. Grâce à cela, j’ai remporté le titre de champion de France FFAP 2022 à Poitiers, un troisième prix aux championnats d’Europe FISM 2024 à Saint-Vincent en Italie, et j’ai été vice-champion de France FFM 2025 à Troyes.
Tout cela n’aurait sans doute pas été possible sans le soutien de ma femme Nathalie qui m’a inscrit à mon premier concours et qui a déclenché chez moi l’envie de continuer dans cette voie. Elle m’a aussi beaucoup aidé dans l’écriture de mes numéros. Nous nous complétons parfaitement. Très souvent, elle imagine des effets qui peuvent servir la narration du numéro et quelques instants plus tard, je les lui présente en combinant plusieurs techniques et subtilités. Photographe, elle crée aussi tous mes visuels photo et vidéo, gère mon site web et ma communication sur les réseaux sociaux. Sans elle, je ne serai sans doute pas professionnel aujourd’hui…

 Pour Morgan de  Cecco, les principales qualités sont la persévérance et la patience. « Associées, elles permettent d’accomplir presque tout ce que l’on veut. Bien sûr, tout cela ne serait rien si je n’avais pas une passion dévorante depuis quelque vingt ans…Le cœur de mon métier reste le close-up. Je travaille dans toutes les conditions possibles,  parfois inimaginables, comme un close-up en costume au bord d’une piscine municipale dont le gérant avait organisé une nocturne sur le thème du cirque. Un conseil: ne faites pas choisir de cartes dans cet environnement: vous risqueriez de le regretter…

Il propose aussi un spectacle One man show, qu’il place en général à la suite d’une déambulation, avec des numéros très participatifs de mentalisme et effets visuels, extrasensoriels  et toujours une pointe d’humour. Tout son matériel tient dans un sac de courses pour un format: vingt minutes, à plus d’une heure. « J’ai  commencé à créer quand j’ai  participé à des concours. On se dit alors que faire de la magie pour surprendre des magiciens, est dénué de sens et un peu paradoxal mais je me suis vite rendu compte qu’au fil de mes trouvailles, c’était très bénéfique pour la créativité. Avec une gymnastique qui s’assouplit d’année en année, il m’est facile de trouver des solutions techniques pour réaliser de nouveaux effets… Je ne m’étais jamais imaginé cela à mes débuts mais ils ont bluffé notre communauté. Grâce à ces concours, j’ai réussi à tracer ma voie dans la magie des pièces. Cela m’a aussi permis de réaliseravec Philippe Molinal, un DVD et VOD: l’ABC de la magie des pièces (disponible sur mon site web) accompagné d’un kit pour les débutants…  Quelle fierté !

À ses tout débuts, il a été subjugué par Criss Angel et par son aura, en créant un contexte propice à ses miracles. Mais il s’est vite rendu aperçu que cette magie, même extraordinaire, ne pouvait se faire en conditions réelles et encore moins de manière impromptue. David Blaine fait partie de ses artistes emblématiques: ses passages à la télé vers 1990 avec seulement des cartes et quelques objets du quotidien, l’ont marqué. Il trouvait génial que tous ses tours aient  pu être réalisés dans la vraie vie et devant un vrai public. « C’est un peu à ce moment, dit-il, que j’ai vu qu’il ne fallait pas forcément compter sur des effets spéciaux pour rendre dingue, un public mais que de véritables miracles pouvaient aussi se cacher dans la simplicité… De nombreux artistes m’ont depuis influencé mais surtout David Stone. Il a, véritablement changé ma vie en me faisant croiser la route de la magie des pièces, avec tout le style qu’on lui doit… David, merci !

Il aime faire des effets partout, n’importe quand, et avec n’importe quel objet: téléphone, pièces de monnaie, billets mais aussi le pickpocket et le mentalisme…Mais il n’a guère envie de s’assoir à une table derrière un tapis de cartes et présenter la nième routine d’As leader.  Il y a une  connotation bien trop « magicien » à son goût et il travaille toujours debout pour donner l’impression que son travail est en corrélation avec le sujet de conversation de ses interlocuteurs comme de façon impromptue.  La magie visuelle est sa favorite.
Il a subi nombre d’influences au fil de son évolution. »Mon répertoire d’hier n’est plus, dit-il,  celui d’aujourd’hui et ne sera sans doute pas celui de demain. Rien n’est figé dans le marbre, comme on pourrait le croire. J’ai beaucoup été influencé par les artistes cités plus haut et par d’autres, mais plus le temps passe, plus j’ai tendance à m’éloigner de toutes les nouveautés pour me centrer sur moi-même. Cela m’a permis d’entrer dans un processus créatif qui m’a ouvert sur d’autres voies: notamment mon propre style. Bien sûr, cela n’aurait pas été possible, si je n’étais pas passé par un long temps de mimétisme et répétitions…

 Que recommander aux débutants? « Si je devais donner un conseil et un seul, ce serait avant tout d’avoir une passion pour ce que l’on fait et de l’entretenir. Je suis moi-même passé par des niveaux de passion variables qui se calquaient en partie sur les épreuves de la vie. Il est très facile de tout lâcher à la moindre difficulté. Il faut se donner des objectifs personnels. Pour ma part, les concours et leurs dates m’ont fait grandir comme jamais dans le métier. Le chemin à emprunter est propre à chacun et en fonction de nos ambitions. Tout le monde n’aspire pas à devenir  professionnel et veut souvent que la pratique de la magie reste un moment d’évasion agréable. sans stress, ni contrainte. Et donc amusez-vous, tout simplement…

 Quel regard porter sur la magie actuelle? Morgan De  Cecco trouve qu’elle est plus que jamais en ébullition et que la nouvelle génération la remet en lumière à travers le monde et lui redonne ses lettres de noblesse, en la dépoussiérant avec des innovations surprenantes. « Toute cette créativité, dit-il, n’aurait sûrement pu voir le jour, sans l’expansion d’Internet et des réseaux sociaux qui ont placé notre discipline sous stéroïdes. Mais, revers de la médaille il y a  toutes les vidéos de révélations que l’on peut trouver sur les plateformes de partage, le Magic porn comme on l’appelle. Je pense que nous pouvons aujourd’hui trouver la quasi-totalité de notre patrimoine débiné impunément par des  gens n’aspirant qu’à une course aux clics  et n’ayant même pas conscience du mal que cela génère.
Malheureusement, nous n’avons pas d’autre choix que d’accepter cette situation regrettable et qui s’amplifiera avec le développement de l’ I.A. Bien sûr, la transmission est très importante pour perpétuer notre art mais il doit être mérité et non proposé à tout le monde qui le consomme par voyeurisme. Ce qui génère beaucoup de tort aux créateurs. Par chance, nous sommes encore un peu protégés: la masse d’informations disponibles est telle, que trouver ce que l’on cherche devient vite un incroyable parcours du combattant. Trop d’informations tue l’information… Bien que le monde du numérique évolue de manière exponentielle, je pense que la magie ne mourra pas…  Même  si on connait le TRUC
, le cerveau se fera à jamais berner par un « faux dépôt » motivé, ou une belle « misdirection »

 Et l´importance de la Culture dans tout cela?  » Je n’ai pas beaucoup eu l’occasion de traverser le globe. Mais les différences ethniques, religieuses, socio-éducatives… nous offrent une richesse précieuse dans notre apprentissage. Et les réactions sont très différentes en fonction des pays. Les Français -et je les connais bien- sont un des publics les plus durs qui soient: ils ne s’extasient pas facilement. Au contraire, les Américains se laissent volontiers emporter et profitent pleinement. J’ai la chance d’avoir de la famille outre-Atlantique et j’ai pris beaucoup de plaisir à faire du close-up : le public se transforme là-bas en grands enfants dès les premières secondes. Les Russes sont inexpressifs et froids en apparence, mais aiment beaucoup se faire bluffer. Les réactions que nous produisons ne sont pas un critère de qualité. Pourtant, nous les recherchons en priorité: cela nous flatte et nous galvanise mais je pense qu’il faut apprendre à se détacher des apparences: les émotions ressenties pendant nos petits miracles sont souvent bien plus fortes, que les réactions extérieures…

Morgan De  Cecco pratique la guitare électrique depuis qu’il a eu douze ans et aime beaucoup jouer du rock instrumental style Joe Satriani ou jazz/rock… Et il essaye de trouver un peu de temps pour sa  passion de la musique qui est toujours restée la même. À côté de cela, il aime aussi courir et faire du vélo mais le principal reste quand même sa femme et ses garçons de huit et dix ans. « Plus le temps passe, dit-il, plus je me rends compte que la chose la plus importante, est d’être avec ses proches. »

 Sébastien Bazou

Interview réalisée le 24 avril à Dijon ( Côte-d’Or).

 

FauxFaire FauxVoir, conception et coordination générale de Thierry Collet, collaboration artistique de Cédric Orain

Festival de magie de Nice (suite)

FauxFaire FauxVoir, conception et coordination générale de Thierry Collet, collaboration artistique de Cédric Orain

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Cela se passe à la chapelle des Franciscains (XIII ème siècle) sur une place jouxtant le vieux Nice. Après un atelier de magie l’après-midi pour enfants (et parents) assez réjouissant de Nicolas Gachet, l’assistant de  Thierry Collet. Puis une lecture de textes passionnants de Robert Houdin, le grand maître du XIX ème siècle et d’extraits d’Harry Potter par des acteurs du Théâtre National au café à côté de la Chapelle, la journée se conclut avec le spectacle de ce magicien remarquable (voir Le Théâtre du Blog) fondé en grande partie sur les tours que nous jouent nos yeux et notre cerveau. Dans un monde où tout n’est qu’illusion, en quoi et en qui pouvons-nous encore avoir confiance? Il explique aussi très clairement sa démarche au public (il a été élève au Conservatoire National et a une maîtrise absolue de l’art oratoire). Mais aussi du détournement d’attention: une des bases de la magie depuis toujours…
Il nous emmène en quatre vingt-dix minutes avec ses collaborateurs Soria Ieng et Nicolas Gachet sur des terres inconnues d’où le public ressort fasciné. « Dans mon travail, dit-il, j’aime que les effets magiques ouvrent des portes philosophiques, politiques et critiques, sans renier, bien sûr, la jubilation que cet art populaire permet de créer. Je rêve d’une magie qui nous réveille, plutôt que de nous endormir. »

Un spectacle où le public suit alternativement trois ateliers.Thierry Collet, Sorian Ieng, Nicolas Gachet montrent des illusions d’optique comme ces damiers où, par habitude mentale, nos yeux persistent à voir un carré blanc à côté d’un noir, alors qu’il y a ici deux blancs. Aucun trucage, aucun détournement d’attention puisque nous sommes seuls aux manettes mais la réalité existe bien! Effrayante!  On imagine ce qu’on pourrait nous faire avaler!
Comme ces rectangles de surface différente: évident quand on les regarde, alors que c’est absolument faux! Cela voudrait-il dire qu’on peut nous manipuler très facilement? Ou encore ces exercices de calcul où tout le monde  trouve le même nombre: ici encore pas la moindre magie mais juste une raison mathématique… Ou encore des illusions à partir de sensations. C’est juste parfois un peu long puisque le public reste debout.

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Puis invités à nous asseoir sur des gradins, Thierry Collet réalise quelques tours classiques comme ce verre à pied rempli de soi-disant vin blanc surgissant d’un foulard rouge. Puis est d’abord projeté un curieux et magnifique petit film en noir et blancLa Télévision, œil de demain (1947) réalisé par le documentariste J.K. Raymond Millet (1902- 1974) à partir d’une nouvelle d’anticipation de René Barjavel.

On y découvre ce que sera la télévision en format portable et comment nous interagirons avec cet écran, ancêtre bien réel du smartphone aux dizaines de fonctions. On voit aussi une femme manquant de se faire renverser par une voiture quand elle traverse une rue, les yeux rivés sur son téléphone! Il y a aussi des voitures connectées où les informations sont diffusées en direct. Les images sont assaisonnées de commentaires assez caustiques.
Dans ses romans d’anticipation comme Ravage, ce  visionnaire qu’était René Barjavel, fils de boulanger et petit-fils de paysan drômois, avait aussi imaginé la Tour Montparnasse. Et le paiement par carte, le téléphone portable. Incroyable! Ensuite, l’écran fait place, pour un grand moment de mentalisme, à un tableau blanc où seront écrits par Sorian Ieng quelque vingt prénoms de spectateurs qui sont candidats. Charlotte, Thomas, John, Florence, Calypso…

 

© Romain Lalire

© Romain Lalire

Thierry Collet donnera à chacun une carte tirée d’un paquet mais lui, ne la regardera pas et ils la garderont soigneusement avec eux. Puis il prend une carte de son jeu, la montre au public et demande à Charlotte si elle a bien le dix de cœur. Oui, dira-t-elle. Il continuera aussi calmement ce questionnement et à chaque fois, Sorain Leng dira, puis effacera le prénom exact. Oui, diront aussi tous les autres, j’ai bien le huit de pique, le  roi de trèfle, etc. Et cela sans aucune erreur ou approximation chez Thierry Collet.
Un classique du mentalisme… Bien sûr, il y a un trucage mais très difficile à percevoir et que nous ne vous dévoilerons pas. Comme Thierry Collet sait admirablement y faire, le public se laisse embarquer. Et sonné par ce tour si bien réalisé, il a longuement applaudi les trois artistes. Technique supérieure de bluff, simplicité apparente, jubilation… Un très bon cocktail entre dialogue avec le public,pensée philosophique, expérience sensorielle, un soir de printemps niçois. Que demande le peuple? 

Philippe du Vignal

Le spectacle a été présenté les 22 et 23 avril à la Chapelle des Franciscains-Théâtre national de Nice, 6 place Saint-François, Nice (Alpes-Maritimes).

Et du 5 au 9 mai, La Villette, Grande Halle, Espace Boris Vian, Paris (XIX ème) .

 

 

Festival de magie au Théâtre National de Nice

Festival de magie au Théâtre National de Nice ( à suivre)

Heka (Tout n’est que faux semblant)  par  le Gandini Juggling, mise en scène de Sean Gandini et Kati Ylä-Hokkala, consultants magie: Yann Frisch et Kalle Nio

 Quatrième édition de ce festival de magie. « Il s’impose désormais comme un rendez-vous majeur de notre théâtre, dit Muriel Mayette, la directrice du Théâtre National de Nice. En l’accueillant, nous affirmons notre volonté d’explorer les formes qui inventent le théâtre de demain. Car la magie d’aujourd’hui n’est plus seulement l’art de tromper l’œil : elle est devenue un terrain de recherche, un espace de création où se mêlent récit, mouvement, technologies, illusions et dramaturgie… Elle propose une autre manière de raconter et faire surgir les émotions et l’imaginaire. Ces créateurs interrogent le regard, déplacent les évidences, et nous entraînent vers une perception élargie du théâtre.
Nous n’avions pu voir ce spectacle en décembre à Paris au Théâtre des Abbesses-Théâtre de la Ville.  A Nice, cela se passe à  la Cuisine, une  belle salle, ancien théâtre provisoire de Carouges (Suisse) à l’écart du centre-ville mais très accessible par le tramway. Un remarquable spectacle fondé à la fois sur le jonglage et la magie.  « Quand j’étais enfant je voulais être magicien. Ce qui me plaisait c’était l’entraînement., dit Sean Gandini, le directeur. La première partie du spectacle est inspirée de l’univers de Yann Frisch * (voir Le Théâtre du Blog). Ce qui est drôle avec Yann, c’est qu’il a le parcours inverse du mien, il est passé du jonglage et du clown, à la magie. Nous nous sommes inspirés d’un de ses premiers numéros sur table, Baltass, avec lequel il a tourné dans le monde entier et gagné des prix. Les autres parties proviennent d’idées expérimentales du Finlandais Kalle Nio. »

Imaginez un grand plateau aux rideaux noirs à jardin et à cour, avec au fond, un autres à lamelles bleu brillant. Kate Boschetti, Tedros Girmaye, Kim Huynh, Sakari Männistö, Yu-Hsien Wu, Kati Ylä-Hokkala sont d’abord assis à une longue table nappée de blanc. Ils jonglent -toujours assis- avec des balles rouges qu’il se refilent avec une grande virtuosité. Et un ensemble de mains  en bord de table surgit comme par enchantement. Ce qui suppose une redoutable maîtrise gestuelle et une excellente coordination.
Tous habillés de noir, avec chaussettes aussi noires tenues, comme dans les années trente-cinquante par des fixe-chaussettes quand elles n’étaient pas encore pourvues d’élastique. Ces trois femmes et ces trois hommes seront ensuite rejoints par Sean Gandini, lui, en superbe costume rouge, puis blanc. Il y a ici comme une conjugaison parfaitement maîtrisée d’un univers pictural, de magie, de théâtre et danse. Dans une performance collective, avec une  attention constante portée à la  beauté du geste.

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Les numéros se succèdent à la fois individuels mais le plus souvent à deux, ou à six, voire à sept. Avec des boules rouges ou blanches, puis avec trois cercles de dimension différente: et là on atteint la folie pure: un jongleur en lance trois  puis les rattrape un par un puis les relance et ils s’envolent, avant qu’il ne les fasse revenir.  Absolument « magique » mais grande simplicité: ce qui, en fait, suppose un très long travail: à la fois d’invention, mise au point et  répétition, avant d’arriver à offrir ce moment d’une exceptionnel richesse poétique au public qui, sans doute aime, se sentir floué par  cette virtuosité où l’objet est  à la fois roi, et sujet obéissant. Et Sean Gandini, qui joue aussi les maîtres de cérémonie  parle peu mais bien. il cite le grand Robert Houdin, maître de la magie moderne: « Le magicien est un acteur qui joue le rôle d’un magicien.  Ce n’est pas un jongleur. « Mais ici, la jonglerie est à la base même du spectacle.
Et ici, comme le dit Aimé Césaire, « la connaissance poétique est celle où l’homme éclabousse l’objet de toutes ses richesses mobilisées. C’est bien ici de poésie, qu’il s’agit. Et le public ressent profondément cette lutte permanente entre ces jongleurs/magiciens et leurs accessoires (un mauvais mot, puisqu’il s’agit de leurs partenaires: aussi muets qu’efficaces). Et sur cette scène, il  y a de la métaphysique dans l’air, et à la différence de ce que dit William Shakespeare, dans Jules César ( « Ils apprécient l’objet qu’ils ne possèdent pas bien, au-dessus de sa valeur. » ) Autrement  dit, à part quelques sages les humains cherchent toujours en quête de ce qu’il n’ont pas.
Ici l’objet fascinant – puisqu’il peut nous survivre- devient égal à l’être humain, fait comme tous les vivants, de peu de chose, arrive à avoir une vie propre. Comme ces boules uniques qui, en une seconde à peine, changent de couleur ou en accouchent de deux ou trois…  Ou qui apparaissent en une série de six d’une manche, sans doute -mais c’est tellement bien fait que l’on ne soupçonne rien-  ou ces cercles  qui  s’envolent.  Et ce que proposent  Sean Gandini et ses camarades est d’une rare théâtralité, si on veut bien s’en remettre à l’étymologie. Teatron,  en grec ancien, thea: « regarder et tron : lieu… Muriel Mayette-Holtz aura réussi son pari. 

Philippe du Vignal

Le spectacle a été joué les 21 et 22 avril  et le festival se poursuit Jusqu’au 25 avril, 10 € pour les spectacles, et 15 € pour le Grand Gala de magie. 5 € : Solidaires (UniCA, minima sociaux, associations Politique de la Ville.
Réservations sur tnn.fr ou entre 14 h et 18 h du lundi au vendredi, à la billetterie : 4-6, place Saint-François et à : 04 93 13 19 00. Et au guichet,  1h avant le début des représentations, à l’entrée des salles.

Joanna Paleczka, magicienne

Joanna Paleczka, magicienne 

En octobre 2017, elle avait huit ans et a assisté à un spectacle de magie de cartes donné à son école. Revenue à la maison, elle a essayé d’en reproduire les tours mais sans succès… Quelques semaines plus tard, comme plusieurs de ses camarades, elle a voulu apprendre et est ainsi née a passion. Elle d’abord cherché des informations sur Internet et a ensuite assisté à des conférences, à lire des livres. Puis elle  participé à des compétitions internationales. « Cela et les retours et conseils de magiciens du monde entier, mon adhésion à la Magischer Zirkel von Deutschland, mes études à la Henry Evans Magic Academy et ma collaboration avec Maga Caro. Puis  le séjour d’immersion  organisé par La Gran Escuela de Magia Ana Tamariz à Madrido où j’ai rencontré le Maestro Juan Tamariz, m’ont beaucoup apporté. Et j’ai bénéficié une bourse offerte par la Fondation Santander Bank Poland. Mais en Pologne, il y a peu de jeunes magiciens et, pour de nombreux événements, il faut avoir plus de dix-huit ans… les jeunes passionnés ne sont en général pas assez soutenus, ce qui est problématique. »

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Spécialisée en magie rapprochée, notamment celle des cartes, elle travaille avec humour dans les congrès d’affaires, célébrations, expositions, salons professionnels, animations de rue, inaugurations… Son dernier numéro La Pensée intrusive lui a valu les deuxièmes prix l’an passé en cartomagie aux Championnats de France F.F.M, et à celui d’Allemagne, catégorie jeunes. Et au championnat  en magie rapprochée, d’Italie. Elle a enfin remporté un Prix spécial au Joker magic day à Budapest. « Je travaille, dit-elle, à un nouveau spectacle. Il mêlera le style de mes précédents et de nouveaux éléments. J’en prépare aussi un en soixante minutes que j’aimerais présenter à l’international. Je prévois enfin de publier un livre d’ici  2028. »

De nombreux magiciens l’ont inspirée dans son parcours: entre autres, Juan Tamariz, Henry Evans, Roberto Giobbi,  Bébel, Denis Behr, Pit Hartling, Karl Hein, Edward Marlo,  René Lavand, Dai Vernon, Erdnase…. Elle est attirée par des  artistes qui veulent transmettre un message. Elle pratique surtout celle des cartes mais en apprécie la magie comique et la manipulation. Et elle a été influencée par celles et ceux qui pratiquent la magie rapprochée, et celle des cartes: espagnole, latine et allemande. Et, en général, par les livres de psychologie, l’humour, les comédies polonaises, sa vie et sa famille.
Quels conseils donnerait-elle aux débutants? « Lisez beaucoup. Demandez des avis et mettez-les en pratique. Apprenez à bien connaître les règles mais appliquez-les à votre façon. Pensez la magie, et entraînez-vous  souvent. N’achetez pas d’accessoires inutiles, ou à la mode. Rencontrez d’autres collègues mais ne les copiez jamais. Comme les temps changent, nous devons créer de nouveaux tours, sans jamais oublier les maîtres du passé. Je crois que notre art a un bel avenir. De nombreux jeunes auront une influence considérable et nous devons les soutenir. Langage universel, la magie a le pouvoir de rassembler les gens du monde entier et nous devons en être conscients. »Et à part cela, que fait Joanna Paleczka? « Je lis beaucoup, j’étudie la psychologie, apprends des langues et commence aussi à écrire des livres. Je voyage aussi à l’étranger. »

Sébastien Bazou

Interview réalisée à Dijon, le 15 mars.

https://joannapaleczka.com/

 

Estelle Woog magicienne

Estelle Woog, magicienne

 Petite, elle allait chaque été en Normandie pour les vacances et y retrouvait toujours sa copine Candice. Elle avait neuf ans quand sur la plage, celle-ci lui a montré des tours de cartes et elle a été fascinée: premier déclic. Estelle faisait de la gymnastique rythmique sportive et lui a montré quelques pas: elle a adoré.
« C’est fou: nous avons échangé nos rêves… et chacune les a menés jusqu’au bout. Elle est devenue championne en équipe de France en G.R.S. et j’ai suivi le chemin de la magie. Le même été, retour sur Paris, cette fascination pour cet art ne m’a pas quittée. Ma mère a trouvé une annonce dans un journal et m’a inscrite à des cours dans un centre d’animation… Et là, j’ai commencé et rencontré un professeur, Hervé qui m’a suivie tout au long de mon parcours et a réellement contribué au travail que je pratique aujourd’hui. »

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A  dix-huit ans, elle a intégré entre autres, le Cercle Magique de Paris et récemment le Cercle Français de l’Illusionnisme. Elle a enrichi ses connaissances, grâce aux boutiques et aux livres mais elle pense avoir appris encore plus oralement, avec un professeur ou dans les échanges entre magiciens: « L’échange humain a toujours été essentiel pour moi. J’aime qu’on m’explique, qu’on partage et c’est vraiment comme cela que j’ai construit ma magie. Avec l’aide de mes parents qui m’ont inscrite à des cours, acheté mes premiers tours et encouragé toujours dans cette passion.
Je me  souviens d’un voyage à Las Vegas avec eux. Pour me faire plaisir, ils m’ont emmené voir le spectacle à l’américaine de Lance Burton qui   m’a émerveillée. Et pour m’encourager, ils m’ont offert un tour spectaculaire: du lait disparait d’un journal pour réapparaître dans l’ampoule d’une lampe.
Et nous avons dû faire entrer cet énorme objet dans une valise! Un cadeau qui traduisait leur confiance et l’idée qu’un jour, je présenterai ce numéro devant un public.

Mon frère a d’abord été mon administrateu et nous avons construit mon image sur les réseaux sociaux. Ma sœur a organisé mes premiers spectacles, parfois gratuitement mais toujours avec beaucoup de cœur. Et mon mari, fan inconditionnel, m’a toujours poussé toujours vers le haut et a testé mes nouveaux tours. Et bien sûr, Hervé, mon professeur m’a transmis une grande partie de ce que je pratique encore aujourd’hui. Enfin, j’ai eu la chance de rencontrer des magiciens amateurs et professionnels, tous passionnés; ils ont toujours pris le temps de me transmettre leur savoir, notamment: Henry Mayol, Cocodenoix, Stéphane Lydo… Chaque scène, chaque échange ou retour nourrit le travail et m’a permis d’avancer. »

Estelle Woog a longtemps pratiqué la magie générale, en travaillant les grands classiques: cordes, foulards, anneaux chinois, balles éponge… Ces dernières années, elle s’est surtout consacrée au mentalisme, ce  qui correspond maintenant davantage à son univers: « J’ai toujours trouvé fascinant d’arriver à entrer dans la tête d’un spectateur, où à influencer ses choix. Face à un beau tour, on se dit souvent: «Il est très fort ».
Mais devant un numéro de mentalisme, on se dit plutôt: «Comment est-ce possible? » On ne parle plus de technique, mais presque de génie. Le mentaliste trouble, dérange, questionne et selon moi, marque  plus le spectateur: cela le concerne directement. Je travaille sur scène, ou en « close-up » pour des événements d’entreprise ou soirées privées. La création et la personnalisation sont au cœur de mon travail. J’ai une structure de numéros bien définie, mais, avant chaque spectacle, je prends le temps d’adapter le contenu: intégrer le nom d’une marque, noter un message particulier à faire passer… 

Le travail de Lé Kyle m’a particulièrement fascinée: elle pratique le « quick change » ou art de changer très vite de costume, aujourd’hui, avec des robes, instantanément et sans paravent. Aux Folies Bergère, j’étais assise au premier rang  pour The Illusionnist et, même si près, je n’y ai vu que du feu. Petite, j’allais voir Arturo Brachetti: il me paraissait déjà incroyable avec ses changements de costumes derrière un paravent. Voir aujourd’hui Léa repousser encore plus loin les limites, en rendant ces transformations visibles, est pour moi une véritable innovation. Au-delà de la prouesse, c’est aussi très inspirant de voir une femme connaître un tel succès dans ce domaine: nous aussi femmes, pouvons aller loin, innover et nous imposer sur scène. Et c’est très motivant. »

Léa Kyle a une préférence pour le mentalisme mais, avant tout, est attirée par le spectacle dans son ensemble: « J’aime quand il y a une vraie mise en scène, une vraie intention artistique. Ce n’est pas le tour en lui-même qui me touche mais ce qu’il fait vivre : l’évasion, l’émotion, parfois le rire, quand il y a une touche d’humour. Pour moi, un bon magicien est avant tout un bon acteur qui sait raconter une histoire, faire voyager le public et créer un vrai moment de spectacle. Ainsi Gus l’illusionnisteun personnage si attachant que j’aime beaucoup le regarder. Même si, à la base, je ne suis pas sensible à tous ses tours,  l’ensemble fonctionne : son univers, son énergie et sa présence font que j’adhère tout à fait à ce qu’il propose.
Et dans le spectacle de Xavier Mortimer, il y a un moment construit autour d’un écran avec  des jeux d’ombres. Très drôle, il tombe dans des trous, se déplace et interagit avec la vidéo; il n’y a plus alors de magie au sens strict, puisque c’est une séquence filmée mais si bien rythmé, intelligent et plein d’ humour que j’ai adoré! Un bon spectacle de magie ne repose pas uniquement sur des tours, mais sur la mise en scène, le rythme, le personnage et l’émotion que l’on fait vivre au public. »

Cette artiste a été très influencée par les mentalistes contemporains et elle apprécie beaucoup le travail de Victor Vincent et d’Antonio, entre autres, pour leur présence, leur sens de la mise en scène et leur capacité à créer de véritables expériences. Leur travail à la télévision l’a beaucoup inspirée: « C’est un exercice très exigeant : il faut savoir s’imposer sans arrogance, capter tout de suite l’attention et impressionner. Plus que dans une prestation en soirée, la pression est plus forte à la télé. Nous devons vite convaincre à la fois le public présent dans la salle… et les téléspectateurs pour éviter qu’ils ne changent de chaîne! Et tout est filmé, donc il y a  un angle difficile à respecter et aucun droit à l’erreur.
Et cela demande une créativité permanente: en « close-up », on peut s’appuyer sur des routines bien rodées mais, à la télé, on doit sans cesse innover souvent sans pouvoir prendre bien le temps de tester les choses. Cela demande une véritable aisance et une grande maîtrise. Ces artistes répondent très bien à ces exigences et j’espère avoir un jour l’occasion, moi aussi, de faire du mentalisme sur un plateau télé et me confronter à ces mêmes règles.

Que recommander aux débutants? « Eclate-toi, amuse-toi, expérimente et prends du plaisir! La magie est un art magnifique avec, pour but premier: émerveiller les gens. Bien sûr, il y aura du travail comme dans tous les domaines, si tu veux aller loin. Mais, quand on est vraiment passionné, on ne compte pas et les heures passent vite. Ne sois pas avide présenter tes numéros: il faut d’abord que tu les maîtrises, comme la mise en scène: aussi importante, que le tour lui-même et indissociable.
Trop souvent, surtout quand on commence, on apprend uniquement la technique et on la présente telle quelle. Mais seule, elle n’a guère d’effet, si elle n’est portée par une histoire, une intention, un univers: le spectateur est captivé par ce que l’on raconte autour d’un tour. Enfin, essentiel: présenter -et souvent- ses numéros devant un public. Au début, les tours ne seront pas toujours aboutis:  normal, cela fait partie du jeu. Commencer avec sa famille et/ou ses amis est une bonne chose.

La magie évolue forcément avec son temps. Autrefois, on impressionnait avec des phénomènes d’électricité, quand elle n’était pas encore dans tous les foyers. Aujourd’hui, le principe reste le même: notre art s’adapte aux nouveaux outils et supports. Les réseaux sociaux en font partie et représentent un formidable terrain de jeu… mais sont aussi à double tranchant. Beaucoup de tours vus en ligne ne sont pas réalisables dans les conditions réelles d’un spectacle: il faut savoir prendre du recul par rapport à ces tours.
Mais cela m’amuse beaucoup. J’ai un « compte » très développé avec vidéos pensées pour les réseaux sociaux : des effets visuels, rapides, souvent très «flash », sur des formats courts (une trentaine de secondes). Mais selon moi, un magicien ne doit pas se consacrer seulement à ces réseaux qui restent un espace d’amusement et de création à part. Dans mes spectacles, je présente des numéros qui n’ont souvent rien à voir avec ce que je montre en ligne.
Il est possible de faire coexister et adapter certains effets de réseaux à la scène, mais en fait, très peu y arrivent. Xavier Mortimer est exceptionnel et ses vidéos sont si fortes qu’on pourrait croire à des trucages, alors qu’il réalise ces effets en conditions réelles: ainsi dans un célèbre numéro, il vole avec un caddie de supermarché. »

A part la magie, elle  a toujours aimé explorer et se dit très créative: elle a fait plus jeune dix ans de piano, mais aussi de peinture, en testant de nombreuses techniques. Aujourd’hui, surtout, du pastel sec. Elle aime fabriquer des bracelets ou des bijoux pour téléphone et adore partager des moments de création avec ses neveux et nièces.
Mais elle fait aussi du sport: » Indispensable à mon équilibre. J’ai besoin de ma dose chaque semaine et je cours un semi-marathon par an. Et, en salle, je fais du vélo de façon intensive du « body attack » et aussi la boxe. Je jongle entre tous ces sports et récemment, pendant ma grossesse, je me suis découvert une passion pour la natation. Le sport fait aussi partie intégrante de mon énergie au quotidien. »

Sébastien Bazou 

Interview réalisée le 30  janvier.

Site d’Estelle Woog: https://www.illusionnisteenvogue.com/
Et: https://www.instagram.com/illusionniste_en_vogue

 

 

Festival du Merveilleux au Musée des arts forains

Festival du Merveilleux au Musée des arts forains

Parisiens et visiteurs du monde entier vont rêver dans ce musée. Comme chaque année, Jean-Paul Favand, maître des lieux, invite des artistes au Musée des arts forains proprement dit, le Théâtre du merveilleux mais aussi au Salon vénitien et au Magic Miror.
Il faut aussi voir les manèges et éléments forains historiques que Jean-Paul Favand a collectionné et remis en fonctionnement avec une équipe technique très spécialisée. Manèges de chevaux de bois, vélocipèdes, gondoles mais aussi billards japonais ou hollandais, tables à élastiques et les fameuses courses de chevaux, de bateaux et de garçons de café, un ensemble d’attractions exceptionnel. Ce lieu unique au monde est sans doute un des plus grands musées privés du spectacle vivant.

 

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Thème de cette année: les costumes. On découvre, entre autres, ceux, fabuleux, de clown, créés par la maison Vicaire, des coiffes de cabaret et music-hall, d’une grande richesse, une robe de Brigitte Bardot dans Boulevard du Rhum (1970) de Roberto Enrico, une création d’Yves Saint Laurent pour le ballet Turangalila (1968) et une chapeau de Joséphine Baker (1973).

Au Théâtre du Merveilleux, opéras et ballets sont à l’honneur avec cinq pièces uniques d’une grande beauté dont Les Bandar Log (chorégraphie de Georges Skibine et costumes de Jacques Dupont (1968), Obéron (1954) costumes de Jean-Denis Malclès, Le Lac des Cygnes (1960), costumes de Dimitri Bouchene, chorégraphie de Vladimir Bourmeister. Yous ces spectacles furent créés à l’Opéra de Paris.
Enfin il faut aussi découvrir la parade et les performances musicales de la compagnie Demain on change tout, avec des marionnettes géantes. Il est bon de se perdre dans cet endroit hors du temps…

Jean Couturier

Jusqu’au 4 janvier, Musée des arts forains, Pavillon de Bercy, 53 avenue des Terroirs de France, Paris (XII ème). arts-forains.com

 

 

 

Romain Maillard

Rencontre avec Romain Maillard

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Il a grandi dans une famille où personne ne venait du milieu artistique. Petit, il voulait être acteur et la magie est entrée dans sa vie par le cinéma.« Quand on est enfant, dit-il, on croit à tout ce qu’on voit à l’écran : les super-héros, les pouvoirs et les autres univers. C’était ma première forme de fascination pour l’illusion. Mon père avait cette habitude de deviner la fin des répliques. Pour moi, du pur mentalisme et j’étais convaincu qu’il avait un don. Plus tard, j’ai vu que certaines reviennent souvent. »

Quand il avait douze ans, dans un centre de vacances au ski, un animateur lui a montré un tour de cartes très simple et qu’il fait encore aujourd’hui. Il a découvert qu’avec presque rien: un jeu de cartes, un regard, un silence, on pouvait provoquer une émotion forte. Depuis, la magie  qui n’a jamais quitté sa vie, s’est d’abord glissée comme un passe-temps, avant d’être une véritable obsession: comprendre, perfectionner et simplifier. Et il réalise qu’un tour n’est pas une démonstration mais une rencontre: «A ce moment-là, j’ai recherché cette alchimie entre le vrai, l’émotion et le mystère. J’ai longtemps pratiqué dans mon coin, sans trop en parler.
Le vrai premier pas, je l’ai franchi à Paris quand je suis sorti de ma chambre pour me confronter à un vrai public sans filet: dans des bars face à des gens qui n’avaient rien demandé… Un excellent terrain d’apprentissage pour capter l’attention, rassurer et créer une connexion immédiate. Et la technique ne suffisait pas! Il fallait de la présence, du rythme, et surtout de l’humain. Je me suis formé seul, sans mentor ni école, simplement en lisant et avec des vidéos, en observant et testant. Je passais mes journées à voir  comment un tour fonctionnait;  autodidacte, j’ai appris rigueur et persévérance.

Il dit avoir aussi beaucoup appris grâce aux jeux vidéo de stratégie comme Age of Empires. Cela lui semblait loin mais lui a offert l’essentiel « Pour réussir, on doit poser des bases solides et adapter sa stratégie à la situation. J’ai appliqué cette logique à ma carrière: créer, apprendre, structurer et avancer. Aujourd’hui encore, j’apprends chaque jour, mais différemment. Je ne cherche plus à accumuler des tours mais à affiner ce qui essentiel: la simplicité, l’émotion et à concevoir ce moment de vérité entre le spectateur et moi. »

Romain Maillard a eu la chance de croiser beaucoup de gens qui lui ont tendu la main au bon moment. Ceux qui lui ont laissé une table, un espace, un public, même quand il était encore en train d’apprendre. « Ces petites portes ouvertes et ce : « Vas-y, essaie » ont eu un rôle immense et à chaque fois qu’on m’a donné une chance, j’ai essayé d’en être digne.  Autant que le travail, ces rencontres m’ont formé et dans les voyages, soirées en entreprise ou bars parisiens, j’ai appris à m’adapter, à comprendre les gens et à parler leur langage, sans artifices. Ce qui m’a freiné parfois : l’absence de modèle. Si on est le premier dans une famille à choisir une voie artistique, on avance sans carte et il faut tout inventer soi-même : la technique, l’administratif, le travail, la confiance… Mais, avec le recul, sans doute cela m’a-t-il forgé. J’ai fait par moi-même, quitte à me tromper et à devoir recommencer. Aujourd’hui, je suis reconnaissant envers tous ces personnes bienveillantes, curieuses et ouvertes.

Il a pour domaine de compétences le « close-up » qui l’a toujours fasciné par son format. « Il ne laisse aucune place au doute : tout se passe sous les yeux du public, sans artifice ni mise en scène cachée. J’ai choisi de travailler avec un jeu de cartes : objet universel et d’une richesse infinie. Je me suis dit très tôt que, si je devais maîtriser un outil, ce serait celui-là et j’ai voulu en explorer toutes les possibilités.» Il intègre aussi du mentalisme dans son travail mais de manière naturelle: aucune démonstration de pouvoir ou lecture de pensée mais une façon d’aiguiser l’attention, de lire les réactions, micro-gestes, choix, pour créer une impression d’impossible, tout en restant très humain.

« Mon quotidien, dit Romain Maillard, se partage entre le « close-up » dans les entreprises,où j’interviens pour créer du lien, surprendre et offrir un moment suspendu,  et le théâtre avec mon spectacle Entre nos mains, né d’une demande du public. Ceux qui m’avaient vu en prestation privée, voulaient me revoir mais n’en avaient pas eu l’occasion. Alors, j’ai créé une version scénique mais toujours dans l’esprit du « close-up » intimiste autour d’une table où tout se joue dans la proximité et la sincérité. C’est à la fois une performance et une heure de partage où le hasard, les choix et la magie se rejoignent en un moment unique, ici et maintenant.

In & Of Itself de Derek DelGaudio l’a beaucoup marqué : «Il y a, à la fois une magie, une expérience humaine et une vérité rare : il ne cherche pas à impressionner mais à faire réfléchir. Et il essaie de dépasser le « comment » et de parler du «pourquoi». Romain Maillard admire aussi Asi Wind, Dani Da Ortiz, Benjamin Earl; selon lui, ils ont une capacité à rendre la technique invisible, pour que tout paraisse naturel, presque accidentel:  » Je trouve très inspirante cette forme de virtuosité. Ils ont profondément marqué ma façon de voir cet art. Ils dépassent la performance et en font une expérience humaine, parfois même philosophique.

Le Cours Florent l’a aussi ouvert à d’autres formes d’art et il trouve l’inspiration dans le théâtre, le cinéma, la musique, la poésie, la philosophie et la peinture : « C’est toujours créer une émotion, une suspension du temps, un moment où tout paraît simple et évident. Un magicien doit se nourrir de tout ce qui l’entoure.»  Et il a été influencé par l’école espagnole avec, entre autres: Dani DaOrtiz, Juan Tamariz: «Ils ont une approche où la technique disparaît complètement derrière le naturel et où on privilégie la connexion humaine, l’improvisation, la liberté. Tout semble chaotique, spontané, presque désorganisé. En fait, pensé pour que l’on vive une expérience inattendue. Cette école m’a appris à lâcher prise et accepter qu’un tour puisse dévier ou qu’un spectateur réagisse différemment. Un art vivant, organique où le but n’est pas de prouver quoi que ce soit, mais de partager un instant vrai… »
Il n’utilise donc jamais de matériel truqué et veut que tout puisse se faire avec un jeu emprunté. Pour que, dans la simplicité, la magie devienne plus forte. Ses influences sont très éloignées les unes des autres : avant de pratiquer son art à plein temps, il avait fait une école de commerce et pense que cela lui a appris à structurer ses idées et penser en termes d’expérience.
« Je puise aussi beaucoup dans la philo ou le le sport de haut niveau. Chez les athlètes, j’admire la rigueur, la constance, la manière de répéter encore et encore un geste jusqu’à ce qu’il paraisse simple. C’est très proche de la magie: il faut faire oublier le travail qu’il y a derrière. Au fond, je m’inspire de tout ce qui interroge la perception, le vrai, l’humain. Je crois que nous devons nous nourrir de tout ce qui vit aussi , en dehors de notre art. Ce mélange de rigueur et de curiosité me guide chaque jour.
Il n’existe pas de voie toute tracée. En magie comme ailleurs, chacun doit trouver la sienne et exister à travers ce qu’il fait. Il y a une phrase que j’aime beaucoup: «Nous trouverons un chemin ou nous en créerons un. » Premier conseil aux débutants : être curieux, ne pas se limiter à la magie elle-même, mais s’intéresser à tout ce qui la nourrit: théâtre, philo, sport, psychologie, musique… Un bon illusionniste doit savoir faire des tours mais aussi comprendre les gens. Ensuite, il faut de la persévérance. Travailler, encore et encore, jusqu’à ce que la technique disparaisse. Et surtout, ne jamais mélanger : « impressionner » et « toucher. » Ne jamais montrer qu’on est plus malin que le public mais partager quelque chose d’unique avec lui. Et rester humble! Dès qu’on pense tout savoir, on se trompe: seules la curiosité et l’envie de comprendre font progresser.

Romain Maillard trouve que la magie vit une période très intéressante et qu’elle n’a jamais été aussi visible: réseaux sociaux, formats courts, émissions de télé ont permis à une nouvelle génération de découvrir cet art. «Mais en même temps, dit-il, cela diminue le propos. On voit beaucoup trop d’images fortes, de tours visuellement impressionnants mais souvent déconnectés de l’humain. Pour moi, la vraie magie se vit dans le réel. Quand on partage une surprise et qu’on oublie la technique, reste un moment vrai entre deux personnes. Nous sommes en train de revenir vers la proximité, l’authenticité et la présence.
Notre art peut avoir mille formes : sur scène, en ligne, dans la rue ou autour d’une table mais seul compte ce qu’on cherche à provoquer. Et, tant qu’il y aura des artistes qui voudront créer du lien, plutôt que de simples effets, nous évoluerons dans la bonne direction.
Il faut avant tout communiquer avec les gens, voir leurs références, leur sensibilité et leur culture. J’ai beaucoup voyagé avant de vivre de la magie et cela m’a profondément marqué de voir à quel point un même tour pouvait être reçu différemment selon les pays, traditions ou croyances.  J’ai appris à écouter et observer avant d’agir, à adapter mon langage, mais sans jamais trahir ce que je suis.

Cela fait des années qu’il donne bénévolement des cours de français aux migrants : la langue, dit-il, est la première passerelle vers l’autre : «Quand on apprend à parler ensemble, on apprend à se comprendre. Et notre art, au fond, repose aussi sur la création d’un espace commun où, pendant un instant, tout le monde se retrouve sur un même terrain. La culture donne du sens à la magie et permet de dépasser le simple effet pour toucher quelque chose de plus universel : l’étonnement, l’émotion, la curiosité…

A part cela, Romain Maillard aime apprendre, lire, découvrir de nouvelles choses et voir comment fonctionnent les gens, les objets, les idées. Il lit aussi beaucoup de livres de psychologie mais aussi des biographies, des essais sur la création et aime voir des conférences de type TED : « Elles condensent des parcours de vie, visions et expériences très différentes des miennes. Je fais du sport, surtout pour le mental: il est essentiel d’entretenir rigueur et discipline, de relâcher la pression entre les périodes de travail. Et puis, j’aime simplement observer une situation, un détail ou un tête-à-tête: ils peuvent déclencher une idée de tour. Tout ce que je fais, m’aide à mieux appréhender la magie et ce que je vis, finit toujours par se retrouver dans ce que je partage. »

Sébastien Bazou

Interview réalisée à Dijon (Côte-d’Or), le 29 octobre.

Jay Scott Berry

Jay Scott Berry

-Pouvez-vous nous parler de votre enfance et de votre première rencontre avec la magie ?

Né à Sacramento (Californie) en 1960, j’ai grandi à Reno (Nevada) la ville des casinos et divertissements. À trois ans, ma mère m’a inscrit à un cours de claquettes et je me souviens parfaitement de notre premier récital : je dansais et chantais sous les sourires et les applaudissements du public. Dès lors, j’ai adoré être sur scène. À cinq ans, j’ai reçu un kit de magie. Puis, j’ai présenté mon premier spectacle. J’étais conquis ! Après cela, je m’y suis plongé mais aussi dans la musique et le théâtre.

© Jay Scott Berry

© Jay Scott Berry


À dix-sept ans, je suis allé à Hollywood et j’ai travaillé pendant trois années au Hollywood Magic Shop. J’ai passé des auditions pour intégrer le groupe junior du Magic Castle. Le président Bill Larsen, les membres du conseil d’administration : Diana Zimmerman et Peter Pit ont été impressionnés : à dix-neuf ans, j’étais le plus jeune magicien à se produire au Palace of Mystery..

Très tôt, j’ai essayé d’atteindre l’excellence artistique et ‘ai décidé que la seule concurrence à laquelle je devais faire face, était moi-même. La principale difficulté? La jalousie des autres. Mais je suis resté concentré sur le perfectionnement de mon art scénique. Et en 82, j’ai eu l’honneur de représenter le Magic Castle à la F.I.S.M. de Lausanne où j’ai rencontré nombre de mes idoles : Richard Ross, Christian Fechner, Pavel.
Cela a lancé ma carrière en Europe, marquée par de nombreuses conventions de magie et galas remarquables.


-Vous êtes un créateur et avez publié en France, Magie d’un monde nouveau de Georges Proust. Qu’aimez-vous créer et de quoi êtes-vous le plus fier ?

Retour en arrière jusqu’à la F.I.S.M. 1985 à Madrid : j »étais une des têtes d’affiche. Puis je suis allé à Paris et j’ai rencontré Georges Proust. Ensemble, nous avons assisté à la convention F.F.A.P. 85. L’un des conférenciers prévus ayant dû annuler, on m’a demandé de le remplacer. Avec Maurice Pierre comme traducteur, j’ai donné une conférence et expliqué mon numéro complet F.I.S.M., celui de La Symphonie sur l’anneau et la routine du ruban. Ovation debout et j’ai alors reçu de nombreuses propositions de conférences dans le monde entier. Cela a donné naissance au livre Magie d’un Monde Nouveau, illustré avec brio par James Hodges mais aussià la création de nombreux effets originaux destinés à la vente, notamment Fumée dans la Main, Jet de Flamme, Éclair Miracle, le tout premier FP lumineux. Peu après, j’ai aussi créé Diamond Silks, Eclipse Tip, les FP Streamers, Cloaking Device… qui ont tous influencé l’évolution de notre art.

En 2001, j’ai organisé mon premier festival de magie en Écosse. Avec plusieurs spectacles de vedettes comme Pavel, Ali Bongo, Patrick Page, Flip et même le jeune David Goldrake. Les dix années suivantes, j’ai organisé douze autres festivals de magie, attirant jusqu’à 10. 000 spectateurs en un week-end.
J’ai aussi grandi avec la musique et joué du violoncelle dans un orchestre à cordes pour jeunes, et du chant dans une chorale de garçons. J’ai donc toujours intégré la musique à ma magie et souvent composé des bandes originales. J’ai aussijoué de la guitare, participé à de nombreux festivals de musique et même sorti plusieurs CD.

-Quels sont vos magiciens préférés et qu’aimez-vous toujours dans ce métier ?

J’ai beaucoup appris et me suis inspiré de Johnny Thompson, Channing Pollock, Shimada, Richard Ross, Patrick Page, Pavel, Albert Goshman, Eugene Burger…. J’ai appris de chacun d’eux, intégrant des aspects de leur style au mien. Ce sont quelques-uns des géants sur les épaules desquels je m’appuie aujourd’hui.
Depuis mon premier récital de claquettes, j’ai toujours adoré me produire sur scène. Ma passion n’a fait que s’approfondir. Le mois dernier, j’ai présenté en avant-première un nouveau numéro de scène et un autre de close-upau Magic Castle : de loin, ceux les plus complexes que j’ai jamais réalisées. Le défi était de taille, certains mouvements ayant nécessité un an de perfectionnement. L
La réaction du Magic Castle, à Las Vegas, à la F.F.F.F .et autres conventions a été formidable. Je dis souvent qu’ importe où l’on se trouve sur l’échelle, ce qui compte est toujours d’atteindre le prochain échelon. La joie ne réside donc pas seulement dans le fait de placer la barre toujours plus haut, mais de s’efforcer d’atteindre un nouvel objectif. L’un des plus grands sentiments de la vie est l’accomplissement de quelque chose.

En juin prochain à travers l’Europe, ce sera ma dernière tournée de conférences et je commencerai par un nouveau numéro de close-up de dix-huit minutes, puis expliquerai en détail toutes les méthodes, effets et mouvements. Je pratique le français depuis un an et pourrai donc présenter l’intégralité de ma conférence dans votre langue. Nous la filmerons à Paris le 29 juin et ce document servira de notes, cours en vidéo et conclusion idéale à ce qui a commencé en 85 avec Maurice Pierre.
J’ai toujours aimé la magie française et me suis lié d’amitié avec Gaëtan Bloom, Bernard Bilis, Philippe Socrate, Arthur Tivoli…. Mon histoire avec la magie est indissociable de la France et j’attends avec impatience cette dernière tournée.

 -A part la magie, quelle forme d’art appréciez-vous ?

La musique et j’ai grandi en pratiquant la voile. Mon père, champion national, m’a inculqué une passion indéfectible et la discipline nécessaire pour toujours viser l’excellence, quels que soient les défis. Mon prochain grand projet est d’ouvrir mon propre spectacle à Las Vegas. J’ai fait un essai le mois dernier et j’ai reçu des critiques élogieuses et des ovations debout. Il m’a fallu quarante-cinq ans pour être du jour au lendemain, « sensationnel » à Las Vegas.*En vieillissant et en endossant le rôle de «grand maître», je prends pleinement conscience du travail de tous les géants qui m’ont précédé et de la responsabilité que j’ai envers eux, et envers notre art. Je sais que je ne pourrai jamais les remercier. Mais je peux transmettre. C’est un miracle que je sois encore là : il y a deux ans, j’ai eu un grave accident qui a failli me tuer. Je me suis retrouvé le corps brisé, les chevilles fracturées en fauteuil roulant. Il m’a fallu un an de pure volonté pour me battre malgré des douleurs chroniques et pour simplement remarcher. Donc, tout ce que je vis, c’est maintenant du bonus. Je sais que chaque spectacle pourrait être le dernier et qu’un jour cela le sera!

Romain Brilli

Interview réalisée le 20 mai pour ArteFake.

-A lire Magie d’un nouveau monde (éditions Georges Proust, 1988); site de Jay Scott Berry https://www.jayscottberry.com/francais.html

Xavier Constantine, magicien

Xavier Constantine, magicien


-Vos premiers pas ?

-Petit, j’ai été attiré par la scène et j’ai été musicien dans un orchestre harmonique. Puis, un jour, j’ai vu un spectacle de magie avec mes parents pendant les vacances et j’ai été fasciné. Je voulais absolument, moi aussi, en faire. J’ai appris mon premier tour juste après l’avoir vu: je devais avoir quatorze ans.Puis j’ai découvert les bases grâce à des VHS et DVD, aux livres, et aux démonstrations trouvées sur Magicaplanet. J’ai aussi passé du temps dans les clubs de ma ville pour assister aux conférences et parler avec les artistes.

© Alexandre Ollier

© Alexandre Ollier


Les concours m’ont aidé à me fixer des objectifs et à présenter mon travail.. À l’époque, j’avais vint ans et un numéro avec des colombes: c’était à double tranchant et pouvait encourager mais aussi décourager. Cela a été mon cas. Je perdais le sens de ce que je faisais, mais j’ai eu la chance de suivre une formation en magie nouvelle au C.N.A.C.
Un vrai moteur pour moi : j’ai découvert que cet art n’a pas de limites et que nous ne sommes pas obligés d’être formatés. Et grâce à l’enseignement de Raphaël Navarro et d’Étienne Saglio, j’ai pu me remettre en question et cela a ouvert de nouvelles portes à mon imaginaire.
Je travaille essentiellement sur scène: ce que préfère…(je peux ainsi développer un thème )mais aussi en close-up.

-Et vos créations ?

Mon spectacle I.A. : Intelligence Artificielle-Magie Réelle est le résultat de quelque dix ans de réflexions, notes prises à la volée… J’ai voulu parler de ce qui, pour moi, est déjà magique: la science, et surtout le temps et la physique quantique. J’ai dû me tordre l’esprit mille fois pour rendre mon propos accessible et drôle, tout en y intégrant de la magie.
Il fallait donc surtout que je rende visible, l’invisible. Certaines particularités de ce que nous appelons: le temps, ne sont pas perceptibles à notre échelle et j’ai dû trouver comment les matérialiser. Je voulais que la mise en abyme du personnage soit la plus forte possible et que je puisse le jouer avec sincérité. Ainsi, un conférencier venu parler du temps, de sa peur de la mort et qui va devoir s’y opposer, était ce qui m’intéressait le plus.

L’I.A. est arrivée comme une évidence. Je voulais avoir un binôme sur scène et les interactions entre l’homme et la machine me fascinent. Mon I.A., nommée MIA (Mon Intelligence Artificielle) est une partie de moi : froide mais factuelle, elle dit ce qu’il est quelquefois impossible d’exprimer en société. Je crée ainsi situations et dialogues absurdes qui, à titre personnel, me font beaucoup rire.
J’aime beaucoup l’ensemble des spectacles d’Étienne Saglio; pour moi, c’est de la vraie magie… J’apprécie le travail de Klek Entos qui a su créer un univers très riche et j’étais fan de Lance Burton, avec une magie très propre et chic. Il a une classe folle ! Sinon, aucun style particulier ne m’attire. Je suis surtout captivé par un personnage singulier ou une approche que je vais trouver très «intelligente». Entre autres chez Tana Manga, Markobi ou Luc Langevin.
Mais ce qui m’inspire le plus, est le cinéma. Matrix, Black Mirror ou Doctor Strange. Que ce soit la narration ou les thèmes abordés, ces films ouvrent des portes à des univers immenses, avec des moyens colossaux : leurs auteurs peuvent ainsi faire exactement ce qu’ils veulent.

-Et à un débutant, que diriez-vous ?

-J’ai commencé la magie vers 2000 mais depuis le milieu a beaucoup changé, entre autres, avec l’accessibilité aux secrets. Je dirais : surtout ne pas écouter les gens. Chacun a son avis et vous ne pouvez pas plaire à tout le monde! Et tant que vous avancez, continuez  et gardez toujours en tête le bonheur qu’il y a à faire votre travail. Si vous voulez plaire mais que cela ne vous correspond pas, tôt ou tard, vous perdrez. Testez des choses et n’ayez pas peur d’échouer: si cela arrive, passez vite à autre chose.
Je regarde ce qui est faisable ou non, du point de vue des spectateurs. À une époque où la technologie progresse si vite, ils imaginent de plus en plus des trucages sophistiqués qui leur donnent l’impression d’avoir compris, alors que ce n’est pas le cas: certaines lévitations d’objets leur font quelquefois dire qu’on utilise un drone… Ou ils interprètent un simple «forçage de carte »comme un jeu connecté! Cela existe mais ne se pratique jamais. Dès qu’il y a une brèche technologique, le public s’y engouffre, même si c’est faux. Et une fois cette explication est ancrée dans leur esprit, la sensation de magie s’efface.
Côté divertissements personnels, j’ai découvert, il y a peu, l’équitation: j’avais envie d’apaisement et sérénité… Ce que j’y ai trouvé. Les chevaux sont très sensibles et à l’écoute. Ils ont la force d’un bulldozer mais, avec nous, la tendresse d’un chaton. On doit les en remercier.

Sébastien Bazou

Interview réalisée à Dijon, le 24 mars.

Sébastien Bazou

www.xavierconstantine.com

 

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