Prix de la critique : Palmarès pour la saison 2017/2018

©Jean Couturier

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Prix de la critique : Palmarès  pour la saison 2017/2018

L’Association professionnelle de la Critique de Théâtre, de la musique et de la danse a remis ses prix annuels au Théâtre Paris-Villette. Des collèges distincts votent dans chacune des disciplines et le palmarès exhaustif est publié sur le site de l’Association.

Les récompenses attribuées témoignent de la diversité des productions et du croisement des genres. Côté musique, on penche plutôt vers le classique à l’exception de Pinocchio, opéra de Philippe Boesmans, livret de Joël Pommerat, d’après Carlo Collodi: Prix de la meilleure création musicale. Mais en danse, le  classique et le contemporain font bon ménage…
Au théâtre, la plupart des spectacles primés sont des œuvres originales d’auteurs vivants avec un nombre croissant de jeunes femmes, à la fois autrices et metteuses en scène. Et, à la réception de leur prix, une page conçue pour l’occasion par Christian Lacroix, elles ont rompu avec la monotonie des remerciements de circonstance, par des interventions lucides et sensibles. 

 Côté Théâtre

 Pour David Lescot, qui reçoit le Prix de la meilleure création d’une pièce en langue française, pour Ondes Magnétiques (voir Le Théâtre du Blog) : «Le texte original, c’est une belle aventure de théâtre. On ne peut pas continuer sans les auteurs et en débitant des scènes à partir de romans». Et les votes sont allés dans ce sens. Ainsi, le Grand Prix  est allé à Wajdi Mouawad, avec Tous les oiseaux. Le directeur du Théâtre de la Colline renoue avec ses grandes sagas théâtrales plébiscitées par la critique et le public (voir Le Théâtre du Blog). Son dernier spectacle a fait l’unanimité, et a aussi valu à  son scénographe Emmanuel Clolus d’avoir le prix de la meilleure création d’éléments scéniques… On pourra revoir ce beau spectacle à la rentrée prochaine en province  et en décembre, au Théâtre de la Colline où il a été créé.

Saïgon qui a reçu le prix Georges Lerminier/meilleur Spectacle théâtral créé en province, est aussi une œuvre originale, écrite et mise en scène par Caroline Guiela Nguyen à la Comédie de Valence. Et bâtie à partir des témoignages et récits d’exilés vietnamiens. Deux des comédiens, un couple résidant en France  ont reçu le prix à ses côtés et s’adressent à l’auditoire dans leur langue natale: «Heureux de pouvoir dire aux Français et à nos compatriotes la vie que nous avons vécue ici pendant cinquante ans».

 La metteuse en scène belge Anne-Cécile Vandelem signe Tristesses, prix du meilleur spectacle étranger. (voir Le Théâtre du Blog). Une pièce politique et poétique dont l’intensité tient à un dialogue abouti entre théâtre et cinéma: une pratique assez fréquente dans les mises en scène actuelles. Oser s’en prendre à la tristesse, instrument du pouvoir: un angle d’attaque original et pertinent: «Il faut en découdre avec ce qui nous désespère quotidiennement. (…) Je veux parler de la tristesse. De la diminution de puissance.»,  dit la metteuse en scène, et cite aussi Gilles Deleuze : «L’humanité meurt de ce qu’à partir des tristesses inévitables, elle s’en rajoute. C’est une espèce de fabrication de tristesse, d’usine à tristesse, quoi. (…) Et chaque fois que je verrai quelqu’un qui essaie de me persuader que, dans la tristesse, il y a quelque chose de bon, d’utile ou de fécond,(…) je flairerai en lui un tyran, ou l’allié du tyran, car seul le tyran a besoin de la tristesse pour asseoir son pouvoir.»

 Le prix Laurent Terzieff (Meilleur spectacle présenté  dans un théâtre privé) a de quoi surprendre : il est remporté par Seasonal Afffective Disorder de Lola Molina, mise en scène de Lélio Plotton,  au Théâtre du Lucernaire… Mais le Prix Jean-Jacques Lerrant (Révélation théâtrale de l’année) attribué à Pauline Bayle, pour son Iliade et son Odyssée d’après Homère, est, lui, tout à fait mérité (voir Le Théâtre du Blog). «Il faut seulement « être convaincu de l’absolu nécessité de ce qu’on fait et pourquoi on le fait  et l’équipe est la chair du théâtre», a dit la jeune  metteuse en scène qui dirige le collectif A tire d’ailes.

 Sans surprise, Benjamin Lavernhe a été  désigné Meilleur Comédien pour le rôel de Scapin dans Les Fourberies de Scapin de Molière, mise en scène de Denis Podalydès  à la Comédie-Française. «J’ai eu la chance, dit-il, d’avoir un rôle unique. Un rôle qui parle de notre métier et d’un type passionné, comme nous autres, comédiens.» Anouk Grinberg, elle, a dédié son prix de la Meilleure Comédienne, obtenu  pour son interprétation dans Un mois à la campagne d’Ivan Tourgueniev, mise en scène d’Alain Françon, à tous ses coéquipiers mais aussi à son père, Michel Vinaver présent dans la salle, dont la traduction «a fait renaître Tourgueniev». Emue, elle avait préparé un texte où elle parle de son travail: «Voler au-dessus de soi n’est jamais gagné, l’imposture vous guette. (…) Je ne veux pas être une montreuse. (…) La gentillesse entre nous a permis de tout jouer sans bavure…Alain Françon dit que le héros, c’est le texte…  et pour nous, comédiens, il faut être vivant devant les vivants».

 Enfin, salué chaleureusement par toute l’assemblée, Jean-Pierre Léonardini a reçu le Prix du meilleur livre sur le théâtre pour Qu’ils crèvent les critiques! publié aux Solitaires intempestifs. Il a eu un mot d’une bel humour: «C’est la première fois de ma vie que j’ai un prix. Je n’ai jamais gagné au grattage ou à la loterie». On reconnaît bien là l’homme généreux qui rend «hommage aux comédiens et à tous les artistes de la scène qui m’ont permis de vivre avec une véritable visée intellectuelle. Ce qui est important dans la critique, au jour le jour, c’est l’esprit. » Il cite, pour l’exemple, une critique du XIX ème siècle, Delphine de Girardin qui, déguisée sous le nom de Vicomte de Launay, publiait dans La Presse, le journal de son mari, des chroniques spirituelles : «Il faut être léger quand on veut être emporté tous les soirs». Ces mots vont si bien à notre confère qui parle avec précision de ce métier de critique mais toujours avec un brin de fantaisie, malgré le besoin chez lui d’avoir «une discipline de fer, si l’on se soucie de bannir les clichés et de tacler le lexique jusqu’à l’os. » 

Côté danse

Le palmarès est moins féminin, et assez contrasté. Le Grand Prix revient ex-æquo à Crowd, chorégraphie de Gisèle Vienne et à Finding Now, chorégraphie d’Andrew Skeels. Olivier Meyer, directeur du Théâtre Jean Vilar de Suresnes, venu recevoir ce prix en l’absence du lauréat,  dirige depuis des années le festival Suresnes Cités-Danse et voit son pari récompensé d’avoir suscité cette création qui marie hip-hop et danse contemporaine. Un mélange de styles de plus en plus fréquent et qui donne «droit de cité à de nouvelles formes». Dans Finding now, la danse contemporaine naît en effet d’un métissage réussi.

 Les huit danseurs du groupe Shechter II, âgés de vingt-et-un à vingt-cinq ans, reçoivent collectivement le Prix du meilleur interprète. Ils nous ont fait partager avec Show, chorégraphié par Hofesh Shechter, une danse ludique qui, peu à peu, bascule dans une farce sombre et violente.

 Bruno Bouché, directeur du Centre Chorégraphique National/Ballet de l’Opéra national du Rhin, a été nommé: Personnalité chorégraphique de l’année. Venu du corps de Ballet de l’Opéra de Paris et nourri de sa rencontre avec des chorégraphes emblématiques comme Pina Bausch, il répond à la question : que faire d’un ballet aujourd’hui, en allant vers «les artistes indépendants de la scène contemporaine». A la tête de trente-deux danseurs permanents «dont les postes, dit-il, sont à défendre en permanence», il privilégie le travail sur le terrain, et s’adresse aussi au jeune public en rayonnant entre Mulhouse, Colmar et Strasbourg…
Désigné comme la Meilleure Compagnie de danse pour Nijinski de John Neumeier (Transcendanses 2017-18), le Ballet national du Canada dirigé par Karen Kain, a su trouver sa place et son public au théâtre des Champs-Élysées.

 Les Meilleurs Livres sur la danse sont ex-aequo:  Danser avec l’invisible d’Akaji Maro, présentation et entretiens d’Aya Soiejima, un livre  publié chez Riveneuve éditions.  Elle a suivi pendant dix ans Akaji Maro et a eu de nombreux entretiens avec lui. Le chorégraphe japonais, disciple de Tatsumi Hijikata, créateur de la danse butô, a su marier plusieurs techniques à la recherche de l’humain  et révèle ici  sa philosophie au quotidien: «J’ai changé de manières de m’exprimer, en passant du théâtre à la danse, mais je me dis que la danse représente aussi la vie de chacun. Le théâtre, pour moi, est un art raffiné. Ma danse, elle, relève plus du rituel. C’est plus primitif.».

L’autre livre récompensé est Poétiques et politiques des répertoires. Les danses d’après, tome 1 d’Isabelle Launay, publié aux éditions du Centre National de la danse. Cette chercheuse à l’Université Paris VIII met en avant le travail des danseurs et leurs débats : «La pertinence se trouvent aussi dans leurs dissensions». Dans un premier tome fondé sur l’étude de trois milieux: l’Opéra national de Paris, la compagnie Merce Cunningham et le collectif Dominique Bagouet, elle analyse, au-delà de l’acte éphémère de danser, les mécanismes de transmission grâce auxquels «longue peut être la vie d’un geste dansé.»

Mireille Davidovici

Cette remise des prix a eu lieu le 18 juin, au Théâtre Paris-Villette, Paris XIXème.

APCTMD (Association professionnelle de la critique de théâtre, de musique et de danse), Hôtel de Massa, 38 rue du Faubourg Saint-Jacques, Paris XIVème.

 


Archives pour la catégorie critique

La Légende d’une vie de Stefan Zweig

La Légende d’une vie de Stefan Zweig, adaptation et mise en scène de Caroline Rainette

©compagnie etincelle

©compagnie etincelle

L’une des rares pièces de théâtre de Stefan Sweig, jamais jouée en France. Le spectacle nommé dans la catégorie: « Meilleur Comédien dans un premier rôle » aux P’tits Molieres 2017, est repris ici.

C’est l’histoire d’un fils écrasé par la mémoire d’un père vénéré de tous et d’une employée rongée par le poids des mensonges. En cette fin de journée, on est à la veille de la présentation publique de la première œuvre poétique de Friedrich, fils du célèbre écrivain Karl Amadeus Franck, véritable légende  encensée par son épouse et par sa biographe Clarissa von Wengen.

Légende d’une vie a été créée en 1919  et pour son auteur, c’est un «drame moral et contemporain  et le combat du fils contre la figure légendaire et faussée du père défunt qui l’opprime moralement et qu’il commence à aimer après avoir arraché le masque héroïque modelé par la famille et reconnu l’homme coupable et humain en lui » .
C’est un adaptation de la pièce et on ne verra ni sa veuve, l’autoritaire Leonor, gardienne auto-proclamée de l’œuvre de son époux, et son premier amour, Maria…Mais on retrouve ici les thèmes chers à Stefan Zweig:  le culte du secret dans les  familles et le difficile essai de constitution de l’identité, la vérité et son demi-frère: le mensonge… Terrifié par le regard des bourgeois et intellectuels de la haute société, Friedrich lucide, ne supporte plus d’avoir à suivre les traces de ce père vénéré de tous, ce Karl Franck qui  pourtant n’a jamais été le grand homme que le monde connaît. Il va découvrir toute une partie de sa vie… moins reluisante et fondée sur des mensonges et qui a été volontairement cachée.

Clarissa, elle a été manipulée pour y parvenir. Au cours d’une longue conversation  avec  cette jeune femme qui prépare la publication du livre, Friedrich  voit se révéler les méfaits de son père et se livre alors à un douloureux combat intérieur pour se libérer d’une admiration illégitime. Clarissa  lui révèle aussi que sa mère a souffert de la domination de son mari. Lennie Coindeaux qui joue ce fils déchiré a une belle présence,  comme Caroline Rainette, dont le personnage  est plus ambigu.
Un spectacle tout en nuances et qui permet de découvrir une œuvre jamais jouée en France, du magnifique écrivain autrichien né en 1881 et qui s’est suicidé au Brésil en 1942.

Edith Rappoport

Théâtre du Lucernaire, 80 rue Notre-Dame des champs, Paris VIème jusqu’au 8 juillet. T:  01 45 44 57 34

Théâtre Antoine, saison 2018-2019

Théâtre Antoine, saison 2018-2019

 theatreAntoineParler du théâtre Antoine, c’est comme parler des trains qui arrivent à l’heure : tout va bien. Beau théâtre inauguré en 1866 et qui fut ensuite celui d’André Antoine  où il  fit scandale avec Les Bouchers (1888) en mettant de la vraie viande sur scène. Il utilisa le nouvel éclairage à l’électricité, et fit le noir dans la salle. Bref, il inventa avec Firmin Gémier le statut de metteur en scène moderne. C’est là aussi, entre autres, que furent créées, avec un grand succès public,  nombre de pièces de Jean-Paul Sartre.

indexFrancis Huster, Yasmina Reza et quelques autres : le théâtre Antoine a ses pensionnaires intermittents. De l’écrivaine, sera repris l’inusable Art, à la fin de la saison et l’acteur fera l’ouverture à l’automne 2018 avec Pourvu qu’il soit heureux, une pièce de Laurent Ruquier, le gérant avec Jean-Marc Dumontet de la société d’exploitation du  théâtre. Le thème de cette pièce?  Le « coming out” d’un jeune homme (Louis Le Barazer, future star?). Ses  bons bourgeois de parents (Francis Huster et Fanny Cottençon)  en sont tout déboussolés mais s’en remettront.
 Il y a aura aussi Plaidoiries, mise en scène d’Eric Théobald: Richard Berry refera les plaidoiries les plus fortes liées aux affaires criminelles qui ont remué l’opinion, donnant, par le prisme de la justice, un portrait de l’époque et de la société française.

  f7a055a73e0508583f7e53dcdb18f8fdAutre fait de société, les Lettres à Nour de Rachid Benzine ou le dialogue perdu  d’un homme qui tente de se trouver, entre un père philosophe rationaliste et sa fille  qui est allée combattre en Irak. L’auteur a déjà présenté la pièce dans des prisons,  lors de programmes de « déradicalisation ». Avec ici Eric Cantona; ceux qui ont aimé Looking for Eric de Ken Loach, retrouveront la tendresse bourrue et généreuse de cet acteur, ancien footballeur.

Même la fantaisie ambigüe et satirique de Huit Euros de l’heure de Sébastien Thiéry (est-il au courant du tarif horaire actuel d’une femme de ménage?) avec Dany Boon (mûri et sans oreilles rouges) et Valérie Bonneton, reste « politiquement correcte“: tous les malheurs- petits et grands- de leur femme de ménage se répercutent sur les patrons, obligés, du coup, à prendre soin d’elle…

Humanisme,  le mot sur lequel Jean-Marc Dumontet a souvent insisté, pour cette saison : tolérance, dialogue, ouverture à l’autre… Ce théâtre rend peu de risques, formels ou idéologiques, encore que… Cela commence à être en effet risqué de se proclamer humaniste, en ces temps de cynisme politique. Cette saison au Théâtre Antoine serait presque  un manifeste de la qualité française, à l’image de ces vedettes modestes (oui, oui !), optimistes (oui, disent-ils, le théâtre peut faire bouger les choses!) et de ce public bienveillant, plutôt grisonnant mais comme partout dans les théâtres. Maison de confiance ajustée à l’époque avec sérieux et sincérité, le théâtre Antoine a toutes les qualités nécessaires pour durer…

Christine Friedel

Théâtre Antoine, 14 boulevard de Strasbourg, 75010, Paris Xème.

L’Ombre du scarabée de et par Patrick Corillon

©L’Ombre du Scarabée, présenté par Patrick Corillon au Centre Wallonie-Bruxelles. Crédit : Le Corridor

©L’Ombre du Scarabée, présenté par Patrick Corillon au Centre Wallonie-Bruxelles. Crédit : Le Corridor

 

L’Ombre du scarabée de et par Patrick Corillon

 Patrick Corillon nous propulse dans un monde d’images et de mots, tout droit sorti des livres qui l’on fait rêvé. Naissant des papiers marbrés des pages de garde des livres d’antan, toile de fond du décor, ses histoires prennent vie, s’animent et nous emportent. Tel un bonimenteur de foire, il va nous faire entrer dans la cabane du fakir, dompteur de cobra, ou de l’aveugle à la main qui voit, et surtout nous porter sur les ailes d’un scarabée qui s’envole sur un écran délicatement positionné derrière un balustre de fer forgé style XVlll ème siècle.

 Sa lanterne magique, il l’emprunte ici à Etienne Robertson (1763-1837), célèbre illusionniste, Liégeois comme lui, et à qui le spectacle rend hommage. Au lendemain de la révolution de 1789, ce montreur de fantasmagories et féru de sciences optiques, attire les foules parisiennes en projetant des ombres mouvantes avec un  appareil placé derrière l’écran, voilant ainsi la source même de la lumière. Il imprimait à ses figurines articulées des effets de zoom et travelling, et des bruitages évocateurs accompagnaient ses commentaires terrorisants. «Je me mis à faire des diables et ma baguette n’eut qu’à se mouvoir pour forcer tout le cortège infernal à voir la lumière.  Mon habitation devint un vrai pandémonium », écrit ce faiseur d’illusions.

 A cet artisanat, ancêtre du cinématographe, Patrick Corillon mêle une technologie de pointe: la Visual Syntax Recognition (Reconnaissance Vocale et Visuelle) mise au  point à l’Université de Liège. Grâce à ce dispositif, les mots d’une histoire génèrent les images d’un film et une musique téléchargée sur spotify. «Les mots produisent les images en temps réel.  (…) Le substantif donne naissance à une image, le verbe lui imprime le mouvement », explique le conteur à son auditoire subjugué, avant d’en faire la démonstration. Ainsi, devant nos yeux, plane notre scarabée et s’animent bien d’autres personnages : fées, sorcières, animaux, ombres charmantes ou inquiétantes…

 L’univers de Patrick Corillon est moins terrifiant que celui de son modèle. Talentueux bateleur, il évoque ses jeunes années de lecteur et de rêveur invétéré quand, grâce aux lunettes dérobées à son grand père, les mots des livres se métamorphosaient en serpents voraces, en renards et lapins bleus, autant de figures qui apparaissent alors sur l’écran. Jusqu’aux lettres des mots qui se décomposent en personnages… Au terme de cette plongée dans le merveilleux, une bonne nouvelle:  le rêveur ne vieillit pas sur l’escalier des âges que le narrateur a construit devant son mini-théâtre d’ombre. Maître ès boniment et fantasmagorie (du grec ancien: phantasma,(fantôme) et agoreuein (parler en public), l’artiste nous ferait même croire que le temps n’aura aucune prise sur les songe-creux : « Mesdames, messieurs, dans la vie il y a un temps pour rêver, et un temps pour désenchanter. À dix ans, nous rêvons de voyager dans l’espace, à vingt ans de rencontrer l’amour, à trente ans de découvrir le monde, à quarante ans d’amasser de la richesse, à cinquante ans de marquer l’histoire. Et puis après, nous ne faisons plus que comptabiliser. (…) Mais tout le monde ne suit pas cette pente. Certains en  rêveront́ tellement fort qu’ils rêveront jusqu’à la fin. Il n’y aura même pas de fin pour eux, car ils rêveront ce qu’il y a après la fin… »

Artiste plasticien renommé, Patrick Corillon crée depuis une dizaine d’années des spectacles d’art vivant où le livre, la manipulation d’objets et la musique tiennent une place importante. L’Ombre du scarabée, tout fraîchement sorti, constitue le septième volet d’un cycle de performances en solo intitulé Les Vies en soi, destinées aux théâtres mais aussi aux musées et aux bibliothèques. De beaux livres-objets accompagnent chacun de ses spectacles. De lui, nous avions déjà apprécié L’Appartement à trou vu à la Maison des Métallos en 2015:  » Avec son air débonnaire et son sourire enfantin, écrivions-nous, il nous ferait tout gober: par exemple qu’il détient  le «grattage» du plancher de la prison d’Ossip Mandelstam où le poète exilé racontait des histoires à ses co-détenus du goulag, pour garder espoir… ». Son art de l’affabulation nous enchantait déjà. S’il vient à passer près de chez vous, ne manquez pas de le découvrir, seul ou en famille.

 Mireille Davidovici

Spectacle vu le 19 juin au Centre Wallonie-Bruxelles, 27-129 rue Saint-Martin, et 46 rue Quincampoix,  Paris lV ème. T. : 01 53 01 96 96

Fête de saison au Théâtre des Ilets à Montluçon

Fête de saison au Théâtre des Ilets à Montluçon

 

© photo julia castaing

© photo julia castaing

Pour fêter la fin de sa troisième saison et présenter la suivante, Carole Thibaut a invité Le Parlement de rue créé par le Théâtre de l’Unité. Elle évoque le séminaire organisé en février dernier avec les artistes associés et l’équipe du Centre Dramatique. Arrivée deux ans après que son prédécesseur Joanny Bert ait renoncé, Carole Thibaut est à la tête d’un lieu mythique où avaient œuvré Jean Louis Hourdin, Jean-Paul Wenzel et Olivier Perrier puis Anne-Laure Liégeois. Montluçon (40.000 habitants) pour y accéder, il y a un seul train direct pour Paris, sinon seul accès possible: le car depuis Bourges! L’Etat se moque éperdument des villes moyennes, comme l’a récemment souligné Le Monde!

On arrive dans le magnifique bâtiment du Centre Dramatique National de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, avec des citations poétiques extraites des spectacles présentés  cette saison, dans le hall d’accueil, et dans les salles de réunions où l’on peut discuter et se restaurer avec une équipe à l’écoute. Carole Thibaut présente Jacques Livchine qui présente le Théâtre de l’Unité né en 1968, à l’équipe du Théâtre des Îlets. Il cite Woody Allen : « l n’y a que l’avenir qui m’intéresse, je compte y passer mes prochaines années! » Et Albert Camus: « Mal nommer les choses a fait le malheur du monde !
L’après-midi, la conversation  prolonge un séminaire de février dernier sur la réflexion entre des artistes associés et l’équipe du théâtre, sur le processus de travail au sein du C.D.N. Carole Thibaut, comédienne devenue aussi metteuse en scène, dit que c’est la littérature qui l’a emmenée au théâtre. Elle a d’abord abordé des textes classiques puis s’est mise à écrire et s’est implantée à Fosses (Val-d’Oise).

Gilles Granouillet, auteur et metteur en scène né de Saint-Etienne a eu une expérience de théâtre amateur, puis a travaillé avec Daniel Benoin et Jean-Claude Berutti.pendant dix ans, et  a commencé à écrire pour Carole Thibaut voilà seize ans, mais ne se sent jamais légitime… D’autres acteurs comme Marie, Maxime et quelques autres travaillent pour un groupement d’employeurs de Lyon qui prennent des comédiens en apprentissage. Du 19 au 30 juin, il y aura une présentation de clips à la Croix Rousse.
Aurore travaille sur le matrimoine, elle a publié des textes, fait des mises en scène à la Ferme de Bel Ebat de Guyancourt et pour le Théâtre des Ilets, Amélie originaire de Lille a fait de la marionnette à Charleville-Mézières. Sabine Demy actrice du Collectif Dionysiaque a travaillé avec Jacques Descordes, puis au Théâtre National de Bordeaux. Lucie Berelowitsch  vient d’être nommée au Préau, Centre Dramatique National de Vire.
Rémy de Vos écrit depuis vingt ans, répond à des commandes et gagne sa vie avec l’écriture, et a commis six pièces depuis septembre: «Les Français ne savent pas quoi faire avec un auteur vivant, le système  est fondé sur le metteur en scène.
Aurélie Van den Daele, metteuse en scène a travaillé avec des auteurs chez François Rancillac au Théâtre de l’Aquarium, et à la Ferme du Bel-Ebat de Guyancourt.
Céline Delbecq  auteure belge, a toujours hésité entre le social et le culturel, elle travaille avec des handicapés, a écrit des pièces sur l’inceste, le suicide, et les soins palliatifs, sur la violence conjugale. Pascale Henry à Grenoble, ne sépare pas écriture et mise en scène. Elle a écrit sur les camps, souligne l’importance de la distribution. «La solitude est extrême, les procédures anéantissent le désir ! »

Nous partons ensuite dans les rues de Montluçon derrière onze jeunes jusqu’à un club où se tient le conseil municipal des jeunes. On y recueille des propositions de lois : Que les hommes et les femmes soient plus égaux, que l’abandon d’un animal pendant deux semaines soit puni comme l’abandon d’un enfant… Après la simulation du vol du portable de Jacques Livchine plus vrai que nature, on recueille les fiches des propositions de lois.

Le lendemain, nous suivons les stagiaires sur un marché désert. Deux Africains chantent une ode au marchand de fromages, le patron offre des fromages. Au Monoprix, le responsable trouve bizarre que des chansons soient entonnées dans les rayonnages mais  promet de venir au Parlement de rue.

L’après-midi, pour Gilles Granouillet: « Nous sommes dans un pays qui a une vision nationale du théâtre à la différence de l’Allemagne, alors que les spectacles évoluent au fil des représentations. Il cite Georges Buisson : « Ce qui tue en France, c’est la diffusion ! ». Il faut six mois à un an pour épanouir un spectacle! (…) Le régime ultra libéral pollue tout, il n’y a plus de légitimation de la dépense publique. »

Carole Thibaut évoque ensuite le projet à venir pour la saison 2018-2019, avec l’idée de consacrer  une partie de la saison à une thématique. Quelles forces se donnera-t-on au C.D.N. ces trois prochaines années ?

Edith Rappoport

Théâtre des Ilets, Centre Dramatique National de Montluçon,  27 rue des Faucheroux, Montluçon (Allier). T. : 04 70 03 86 18.

Le Grand cirque des sondages par la Compagnie Annibal et ses éléphants

Le grand Cirque des sondages par la Compagnie Annibal et ses éléphants

 le_grand_cirque_des_sondagesAvant ces deux représentations, la compagnie dirigée par Frédéric Fort avait lancé un appel pour que les spectateurs fassent  bousculer avec des propositions, les lois statistiques. Nous sommes dans une cour circulaire du XIème arrondissement de Paris autour d’un dispositif imposant où les acteurs vont se percher pour diriger la foule des participants.

Les sondages sont omniprésents dans notre quotidien : famille, économie, sexualité, travail, culture, religion, drogue… Et on examine sans cesse et attentivement l’ensemble de la société.  « Mais au-delà de la banalité des chiffres, il y a toute la cruauté burlesque du monde moderne qui s’exprime dans ces sondages. De la naissance à la mort, nous sommes scrutés, googelisés. Notre vie entière peut se décomposer en une suite de chiffres, de courbes et de camemberts. »

Des spect-acteurs qui ont été tirés au sort vont incarner la réalité cruelle des résultats au cours de jeux du cirque. Et puisque un pour cent de la société est aussi riche que le reste, il y aura donc : quatre-vingt gladi-acteurs face à un seul Impér-acteur assis sur un trône  et qui, avec  son pouce géant qu’il pourra tendre vers le ciel ou tourner vers la terre, commandera à sa guise ! Le panel du jour arrivera-t-il à triompher des lois statistiques ? Vaincre les sondages nous aidera-t-il à retrouver le sens de l’humanité ?

On nous distribue les fiches de personnages; pour ma part, je suis Elodie Marchal, moins de trente-cinq ans, chômeuse, mariée, athée, domiciliée à Annecy, hétérosexuelle, signe particulier : surdouée. Si on m’appelle, je dois rejoindre les animateurs dans l’arène pour participer au dispositif et défier les statistiques. «Panem et cireuses, ne soyez pas victime des chiffres, venez les combattre. »

Quatre personnages sont perchés sous le poteau: «Nous sommes tués par les experts (…) Seul le hasard fait-il qu’un seul puisse devenir Imperacteur? On en choisit trois: Julien Valois, Gérard Vidal, ouvrier métallurgiste, François Laborde. Il leur faut se décider entre un combat à mort ou les élections. Julien est décoré. L’Imper-acteur revêt sa toge et s’assied sur son trône. Du sang, de la sueur et des larmes, une bande de spermatozoïdes s’élance et tourne en rond, la plupart tombent par terre. Un seul en réchappe, et il y a la naissance d’une handicapée. «Dans ce pays, nous avons besoin de clandestins pour les sales boulots ! (…) Monseigneur Barbarin, lui, n’a pas su choisir entre pédagogie et pédophilie ! (…) Tous les trois jours, une femme meurt sous les coups de son mari, le marché n’a pas de règle et malheur aux vaincus !»

Une impressionnante course pleine d’humour interprétée par Peggy Dias, Frédéric Fort, Jonathan Fussi et Thierry Lorent qui a fait participer une bonne centaine de spectateurs enthousiastes.

Edith Rappoport

Spectacle vu le 15 juin à Paris XIème. Et tournée, début juillet à Vire (Calvados), dans la Manche et à La Flèche (Sarthe).

Economic strip le précédent spectacle sera joué le 23 juin à 20h 30 à Landerneau, cour de l’école Jules Ferry et le 29 juin à 22 h à Limoges, Parvis de la cathédrale.
Le 4 août à Villefranche-de-Rouergue (Aveyron).

Les 8 et 9 septembre aux Accroches-Coeur à Angers.

(Masterclass) Leçon magistraled’Eléonora Abbagnato et Benjamin Pech

 

(C) Jean Couturier

(C) Jean Couturier

Masterclass d’Eléonora Abbagnato et Benjamin Pech

Dans cette « leçon magistrale », les étoiles de l’Opéra national de Paris aborderont le pas-de-deux du Parc d’Angelin Preljocaj et celui de Carmen de Roland Petit, pièces emblématiques de ces grands chorégraphes avec qui ils ont travaillé ensemble dans le passé. Tout amateur de ballet rêve de partager le secret d’une répétition et les occasions sont rares de pénétrer l’intimité d’un univers qui reste assez fermé, même aux critiques de danse… Nous connaissions ces pas-de-deux pour les avoir vus, l’un, avec Eléonora Abbagnato, et Benjamin Pech aux adieux de ce dernier à l’Opéra de Paris, et l’autre au festival de danse de Cannes, avec le Ballet de l‘Opéra de Rome (voir Le Théâtre du Blog).

Ces étoiles seront accompagnés par Michele Satriano, Giorgia Calenda, Sara Loro et Claudio Cocino, danseurs du ballet romain avec, au piano, Laurent Choukroun de l’Opéra de Paris. Ils vont interpréter L’Abandon,  l’un des plus beaux duos contemporains et scène mythique du Parc (1994) d’Angelin Preljocaj, sur une musique de Mozart pour l’Opéra de Paris.

Carmen a été créé en 1949 par Roland Petit sur une musique de Georges Bizet et avec des costumes de Clavé. Le danseur et chorégraphe avait comme partenaire Renée Jeanmaire, première apparition de celle qui ne se prénommait pas encore Zizi ! Ce couple marquera définitivement l’histoire… En 1947, Rose Repetto, la mère de Roland Petit, conçoit pour son fils les chaussons de danse qui, eux aussi, vont devenir un succès français. Il est touchant de découvrir ces chaussons et tutus dans le foyer du Théâtre de Paris qui accueille cette leçon magistrale.

 Il ne faut pas manquer la dernière de cette leçon magistrale le 18 juin. En 1949, Marcel Achard écrivait dans le programme de Carmen: «Nous qui mourrions de ne pas mentir/Nous qui n’avons pas le temps et qui n’avons plus que l’espace/Nous, à qui on a durement enseigné que la chair est un poème maudit/Nous qui savons que le soleil a douze portes/Nous sommes heureux que les danseurs nous les aient ouvertes/ Avec des clefs de nuage».

Jean Couturier

Spectacle vu au Théâtre de Paris, 15 rue Blanche,  Paris IX ème, le 18 juin. T. : 01 48 74 25 37.  Dernière et unique leçon le lundi 18 juin à 20h.

       

L’Aria et les vingt-et-unièmes Rencontres internationales de Théâtre en Corse

ARIAL’Aria, et les vingt-et-unièmes Rencontres internationales de Théâtre en Corse

 Cet été, l’Association des Rencontres Internationales Artistiques fêtera ses vingt ans. Vingt ans d’utopie, dit son fondateur et président, Robin Renucci, comédien, metteur en scène et directeur du Centre Dramatique National Les Tréteaux de France. Une utopie, mais aussi «une volonté qui passe à travers moi mais qui a une histoire qui me précède largement. Celle de toutes celles et ceux qui ont voulu que les humains s’unissent et se rassemblent. »

Un désir ou plutôt un rêve devenu réalité en 1998 et le fonctionnement de l’Aria dans son principe qui n’a pas changé depuis. C’est le peuple qui s’exprime à travers le théâtre. Et si l’Aria n’a pas, pour vocation directe, le social, l’essentiel pour l’association réside cependant dans ce principe moteur : l’art engendre du lien social et permet de créer. Ce projet n’a cessé de grandir: selon Robin Renucci, grâce à des  « investissements très importants des Communes, du département, de la Région, de l’Etat, de l’Europe  et qui  ont permis cette grande réussite de développement local et artistique».

L’Aria, on le sait moins, remplit aussi toute l’année, les fonctions que l’on demande aux établissements culturels: transmission, création et éducation, formation. Ici tout acte de formation se traduit par une confrontation avec le public. Cette année, en éducation par exemple, s’est déroulé un travail théâtral avec spectacles joués par deux groupes issus chacun d’un foyer éducatif, à Bastia et dans la région parisienne. Le plateau dans cette énergie collective devient à la fois espace de création, de découverte, de discussion et de réflexion. Aria dispose d’un merveilleux espace scénique A Stazzona  inauguré en 2010 à Pioggiola, et occupé toute l’année! Avec une grande salle de trois cent places, deux petites salles de travail, des locaux techniques et des loges. 

«Ce chantier d’éducation artistique populaire a donné lieu à des équipements considérables en développement local, ce qui était presque impossible dans cette micro-région de Corse aussi éloignée», affirme son fondateur. Au cours de l’année, ont lieu notamment des résidences d’écriture: l’occasion pour tous de découvrir des auteurs. Des ateliers sont organisés avec eux de 8h 30 à 23 h. Mais aussi des ateliers réguliers: cirque, langue corse, théâtre amateur…  et des stages pour professionnels de la santé, etc. Cela, hiver comme été !

Autre point fort : rendre pérenne la revitalisation par l’activité culturelle en zone rurale, qui demeure un des objectifs prioritaires. Dans cette vallée de la Haute-Corse, la région du Giussani, à une quarantaine de kms de Calvi, c’est une réussite du développement de ces principaux axes d’action sociale, éducative et culturelle…. En vingt ans: 156 formateurs, 3.500 stagiaires de plus de quarante pays, et 5.500 enfants sont passés par l’Aria !

 Dans le cadre des Rencontres Internationales de Théâtre en Corse, un riche évènement estival, la vallée se remplit de gens venus de tous horizons pour rencontrer le théâtre! Ici, dans un environnement sauvage, une nature superbe, l’art dramatique tente de se fabriquer et de se manifester autrement: «Chaque année, dit Robin Renucci, les villages du Giussani vivent pendant quatre semaines, le théâtre à ciel ouvert. (…) Et la dernière, largement ouverte au public, est consacrée aux présentations des spectacles, aux ateliers de découverte pour tous».

 Des rencontres se construisent entre amateurs et professionnels, et avec un public diversifié, et peut-être de futurs stagiaires. La plupart du temps, les mises en scènes se font à partir d’un texte, sur une durée de travail d’une semaine. Des intervenants professionnels en choisissent chacun une, et les stagiaires décident avec qui ils veulent travailler. Tout cela épaulé par des techniciens souvent issus comme les stagiaires, de l’ENSATT (École Nationale Supérieure des Arts et Techniques du théâtre créée en 1941 et appelée couramment autrefois École de la rue Blanche à Paris avant son déménagement à Lyon).

  « Chaque réalisation est jouée quatre fois, sans billetterie, avec un public «spect’ acteur» et pour nous, dit Robin Renucci, l’adhésion remplace la billetterie et les publics viennent gratuitement assister aux  spectacles, en adhérant à l’Association». Chaque intervenant, professionnel, amateur ou simple observateur, prend conscience et  découvre à quel point, sur le plan artistique, chacun peut être porteur de quelque chose au service des autres pour construire et créer. Le collectif est ici à l’honneur.

« Dans les spectacles proposés cet été, il y en a pour toutes les sensibilités et tous les âges,  dit avec enthousiasme, le directeur des Rencontres Serge Nicolaï:  de l’alexandrin de Corneille, à la prose de l’américain Carver, en passant par des lectures, déambulations et projets originaux. » Avec cette saison,  du 15 juillet au 11 août, quatre semaines de stages de réalisation et du 4 au 11 août, une semaine de représentations publiques à Mausoleo, Olmi-Cappella, Pioggiola, et Vallica.

Il serait bienvenu que cette utopie: un lieu expérimental de création et de culture, de rencontres humaines et artistiques, puisse trouver plus d’écoute au Ministère de la Culture. De par son exemplarité, l’Aria mérite davantage reconnaissance culturelle et valorisation nationale. Allez découvrir ce lieu unique en France dans son fonctionnement et sa pratique du théâtre et ouvert à tous, amateurs et professionnels.

 Elisabeth Naud 

Vingt-et-unièmes rencontres internationales de théâtre du 15 juillet au 11 août, Stazzona. 20259 Pioggiola. T. : 04 95 61 93 18.

contact@ariacorse.net

 

Estro et Rêveries Romantiques de Thierry Malandain et Sirènes de Martin Harriague

 

Estro et Rêveries Romantiques, chorégraphie de Thierry Malandain et Sirènes, chorégraphie de Martin Harriague

IMG_0294On retrouve les qualités de ce chorégraphe néoclassique que nous avions appréciées dans Estro sur une partition d’Antonio Vivaldi (voir Le Théâtre du Blog) et qui est repris ici.  Dans Rêveries romantiques sur une musique de Frédéric Chopin, Thierry Malandain impose sa vision personnelle et teintée d’ironie, des Sylphides, une œuvre créée par les Ballets russes de Serge Diaghilev au Théâtre du Châtelet à Paris, en 1909.
Sous un ballon blanc qui symbolise la lune, les Sylphides, femmes et hommes, dansent tous en tutu blanc. La question du genre sur scène qui fera l’objet de nombreux débats au prochain festival d’Avignon, se dévoile ainsi au public. Mais sur ce thème, nous aurions aimé plus de folie et de surprises. Les danseurs, avec des mouvements précis et justes, s’impliquent  complètement, comme dans toutes ses créations…

La surprise vient de Martin Harriague avec Sirènes qui traite de la pollution dramatique des mers par les emballages en polyéthylène d’origine pétrolière.  Un thème au cœur de l’actualité : la revue National Geographic intitule son dernier numéro Apocalypse plastique et une baleine s’est échouée récemment sur les côtes thaïlandaises avec quatre-vingt sacs de polyéthylène dans le ventre.
Indépendant et danseur à la Kibbutz contemporary dance company, Martin Harriague a été lauréat du premier Concours du jeune chorégraphe, il y a deux ans, à Biarritz, ce qui lui a permis de réaliser cette création avec les danseurs de Thierry Malandain. Pour figurer les fonds marins, un miroir en fond de scène reflète l’image des danseurs au sol. Les mouvements de groupe sont d’une parfaite cohésion et les jeunes interprètes surprennent par leur énergie et la vivacité de leurs gestes. Martin Harriague révèle chez eux, une violence insoupçonnée. Les sirènes : des danseuses aux jambes gainées d’une queue de poisson en tissu, se meuvent avec une grande sensualité. Une créature étrange, poulpe ou Alien- à chacun son interprétation- apparaît au milieu des danseurs tous vêtus de noir, couleur dominante de ce spectacle et rappelant celle du pétrole brut, autre prédateur de l’écosystème marin.
Sirènes, tout en étant esthétique, dérange et c’est tant mieux ; il faudra suivre  les futures créations de ce jeune chorégraphe.

Jean Couturier

Spectacle vu à  la Gare du midi, à Biarritz (Pyrénées Atlantiques),  les 5 et 6 juin.

 

Le Bord d’Edward Bond, traduction et mise en scène de Jérôme Hankins

 

Le Bord d’Edward Bond, traduction et mise en scène de Jérôme Hankins

 

le Bord

le Bord

«Je n’écris pas pour les jeunes en tant que jeunes, mais pour les jeunes en tant qu’adultes : les adultes qu’ils deviendront un jour, dit Edward Bond. Je crois que pour les jeunes, j’écris au cœur de la radicalité de l’innocence. Pour les adultes, il est nécessaire au préalable, de mettre à découvert ou de ressusciter cette innocence. »

Poète engagé, né en 1934, le célèbre dramaturge britannique, fils d’ouvriers,  a passé son enfance sous les bombardements du Blitz. Il considère le théâtre comme un outil de réflexion, où il analyse les phénomènes sociaux et politiques face aux catastrophes actuelles. Il dédie depuis quelques années à la jeunesse un répertoire destiné à être joué par, et pour des enfants et des adolescents. Il y développe une réflexion sur les rapports humains et sociaux pour permettre aux jeunes de comprendre le monde dans sa complexité. Et si, comme dans Le Bord, l’ombre de la tragédie plane sur ses pièces  jeune public, il veille à une fin ouverte: « Les contes des frères Grimm  commencent dans le tragique et finissent dans la liberté. Je crois que c’est ce que font mes pièces pour jeune public… »

 Le Bord, écrit en 2013, fait partie de ses drames pour l’école (Theatre-in-Education). Avec de multiples rebondissements et renversements de situation, la pièce analyse les ressorts contradictoires qui dictent les conduites et les sentiments des individus entre eux. Au bord d’une nouvelle vie, en partance pour « l’autre bout du monde », un jeune homme trébuche sur le corps d’un vieillard, couché dans la rue. Il tente de lui porter secours, mais son geste, de manière inattendue, se retournera plus tard contre lui.

C’est la dernière nuit avant son départ et, rentré chez lui, il doit affronter la tristesse de sa mère. Le vieil homme fait irruption dans l’appartement familial et la situation bascule. Ron se trouve pris au piège d’une relation conflictuelle avec sa mère. Des tensions resurgissent, remontant à la mort du père sur un chantier et s’enveniment rapidement. Puis un jeu du chat et de la souris s’instaure entre lui et l’intrus qui l’accuse d’avoir volé son portefeuille, et par extension, accable la jeunesse de tous les maux dont souffre la vieillesse : «Vous les jeunes vous nous prenez tout (…) ils prennent tes cheveux et te les collent sur le corps. Ils prennent tes yeux (…) ils ont les yeux qui pétillent… etc. ».  La mère ne sait plus sur quel pied danser. On se trouve toujours au bord d’une situation explosive.

 Cette sorte de conte moral d’une heure n’a rien de didactique mais trouve son sens dans les antagonismes entre les personnages dont les points de vue diffèrent selon leur position sociale ou générationnelle. Elle laisse chaque spectateur libre de se faire une opinion face aux comportements paradoxaux et contradictoires des protagonistes.

Proche d’Edward Bond, Jérôme Hankins, traducteur et metteur en scène, s’est emparé, avec  sa compagnie l’Outil, de l’œuvre pour jeune public du dramaturge ( les EnfantsLa Flûte, Le Numéro d’équilibre…La pièce a été créée en 2016  à la Maison du théâtre d’Amiens dans le cadre des Rencontres européennes Edward Bond et la mise en scène de Jérôme Hankins, très scrupuleuse, fait bien entendre ce texte d’une économie modeste et d’une concision efficace. Dialogues secs, phrases saccadées, renversements rapides de situation, et pour finir, retour des personnages sur eux-mêmes. Le décor réalisé pour des représentations un peu partout, notamment dans les écoles, reste sommaire et permet les entrées et sorties fréquentes de Ron, correspondant au caractère impulsif du garçon en colère… Hermès Landu, dont c’est la première apparition professionnelle, interprète un jeune homme naïf et nerveux, face à Yves Gourvil qui compose un personnage fêlé, inquiétant et clownesque. Il apporte un peu d’humour à ce trio étouffant. Ce spectacle sans prétention nous fait découvrir un Edward Bond pour qui : «La jeunesse est devenue un nouveau continent, et le théâtre ne peut pas prétendre à un objectif humain s’il ne parvient pas s’y engager et à l’explorer ».  

 Mireille Davidovici

 Théâtre de l’Épée-de-bois, Cartoucherie de Vincennes, route de Champ de manœuvre. T. : 01 48 08 39 74, jusqu’au 30 juin.

 

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