En son lieu, chorégraphie de Christian Rizzo

 

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© Marc Domage

En son lieu, chorégraphie de Christian Rizzo

Le chorégraphe quitte le grand format d’Une Maison qui a obtenu l’an passé le Grand Prix de la Critique  (ex-aequo avec Body and Soul de la Canadienne Crystal Pite) pour un spectacle plus intime, créé avec le danseur Nicolas Fayol. Christian Rizzo renoue ici avec le portrait dansé, une forme qu’il avait mise entre parenthèses depuis 2012 : «Je ressens la nécessité de revenir à une forme simple,  moins dans un résultat que dans les processus qu’elle engage: entamer une discussion avec quelqu’un, plutôt que se projeter vers une polyphonie. Je parlerais d’une envie de re-concentrer.»

Le directeur du Centre National Chorégraphique de Montpellier éprouvait, après le confinement, un besoin de «répondre à un appel du dehors » et de s’imprégner d’un milieu naturel. Il a trouvé son inspiration en la personne de Nicolas Fayol qui a fait le choix de vivre et travailler loin des villes, en entretenant un rapport direct avec la nature. Paradoxalement, il inscrit sa danse ailleurs que dans un environnement urbain associé d’habitude au hip-hop.

Cette chorégraphie a été répétée en plein air, dans un paysage montagneux, puis transposée dans la boîte noire du studio au Cent-Quatre. Un rocher, quelques clarines, des bottes de caoutchouc, une brassée de fleurs, témoignent d’une vie alpestre… Des nuages s’amoncellent comme sous un ciel crépusculaire. Le danseur arpente son royaume, qu’il transformera au fil de la pièce sous les éclairages de Caty Olive et  il modifie les codes du hip-hop, jusqu’à en étirer la gestuelle avec douceur. Il y a du félin dans ses mouvements. Et son corps mis à nu sans ostentation se fond lentement dans la brume. Délicat et poétique, En son lieu nous apporte une bouffée d’air frais.       

Mireille Davidovici

Dans le cadre du CENTQUATRE-Séquence Danse, un festival initialement prévu au 27 février au 17 avril. Représentation pour les professionnels vue le 19 mars au CENTQUATRE,  5 rue Curial, Paris (XIX ème). T. :01 53 35 50 00.

Du 5 au 8 juillet, festival Montpellier-Danse.
Le 11 décembre, Halle aux Grains-Traverse, Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées)
Du 2 au 5 février, Le Cent-Quatre à Paris (XIX ème).


Archives pour la catégorie critique

Gouâl chorégraphie de Filipe Lourenço

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© François Stemmer

Gouâl chorégraphie de Filipe Lourenço 

Trois hommes et trois femmes  tournent dans le noir, dénombrés par les glissements distincts de leurs pas. Dans la lumière qui monte lentement, ils apparaissent soudés les uns aux autres et, telle une branche de compas, balayent comme le rayon d’un cercle, toujours alignés mais intervertissant leur position, jusqu’à bientôt défaire cette géométrie, pour se retrouver face à face et s’affronter dans un crescendo de gestes répétitifs et vociférations.

Filipe Lourenço, danseur et chorégraphe franco-portugais a été l’interprète de chorégraphes comme  Catherine Diverrès, Georges Appaix, Christian Rizzo, Boris Charmatz… Et pour bâtir ses propres pièces, il renoue  avec ses débuts : les danses traditionnelles du Maghreb. Son pari : les sortir de l’ornière du folklore où elles sont trop souvent cantonnées. Avec Gouâl, il ouvre la danse allaoui, guerrière et exclusivement masculine, à la mixité, mais sans lui faire perdre sa puissance originale. Il en bouleverse aussi les codes hiérarchiques et dote le groupe, de leaders interchangeables. Comme les partenaires d’un jeu de rôles, Sabine Rivière, Agathe Thenevot, Ana Cristina Velasquez, Jamil Attar, Khalid Benghrib, Youness Aboulakoul entrent en des interactions ludiques.

Le chorégraphe ancre son vocabulaire dans la rythmique des corps, les frappés de pieds et mains, les affrontements vocaux. Il redonne ainsi à cette danse sa puissance rituelle trop souvent édulcorée.

Happé par l’énergie des interprètes, l’intensité de leurs rapports, la complexité des combinatoires, le spectateur partage ce spectacle fascinant pendant une heure. Un chorégraphe à suivre…

 Mireille Davidovici

Dans le cadre du CENTQUATRE Séquence Danse, festival initialement prévu au 27 février au 17 avril et du Printemps de la danse arabe 2021.
Représentation  professionnelle vue le 19 mars, au CENTQUATRE, 5 rue Curial Paris (XIX ème). T. : 01 53 35 50 00 .

 

 

Dissection d’une chute de neige de Sara Stridsberg,mise en scène de Christophe Rauck

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© Simon Gosselin

Dissection d’une chute de neige de Sara Stridsberg, traduction de Marianne de Ségol-Samoy, mise en scène de Christophe Rauck 

 La Fille-Roi, reine des neiges, encagée dans une vitrine où s’amoncellent des flocons, se vit comme une « anomalie ».  Comment être libre et régner ? Refuser le mariage quand le pays réclame une descendance ? Assumer sa passion pour une dame de compagnie? Comment s’émanciper des cauchemars de l’enfance : un père aimé mort à la guerre et une mère en exil ?  

 La pièce s’inspire de vie de la légendaire reine Christine (1626-1689) avec une vision toute contemporaine des problèmes liés au genre et au pouvoir. Sara Stridsberg se nourrit de l’Histoire, pour entrer dans la peau d’un personnage aussi complexe que la structure de la neige…  Enfant unique du roi Gustave-Adolphe de Suède, elle a six ans quand elle accède au trône.  Elevée comme un garçon, habile cavalière et chasseuse mais aussi fine diplomate et femme de lettres, elle s’entoure de penseurs dont René Descartes. Mais elle abdiquera en 1654, après dix ans de règne, au profit de son cousin qu’elle refuse d’épouser et elle quittera la Suède pour de longues pérégrinations à travers l’Europe, avant de s’établir à Rome.

Image finale de la pièce, ce départ : la liberté! Après d’âpres débats avec le Régent : le Pouvoir, son fiancé: Love, sa dame de compagnie: Belle, le Philosophe, ou encore le fantôme sanguinolent de son père… Aux prises avec des pulsions contradictoires. L’autrice ne trahit pas sa source historique mais situe sa pièce à une époque indéterminée et brouille les temporalités de la fable.

Christophe Rauck donne vie à ces personnages grâce à une direction d’acteurs minutieuse. Sa mise en scène au rythme sans faille pallie quelques longueurs et scènes répétitives. L’autrice sacrifie parfois au dogmatisme féministe pour rendre justice à ce personnage emblématique du matrimoine et questionner ainsi les rouages du pouvoir masculin. Marie-Sophie Ferdane, en scène tout au long du spectacle, incarne la Fille-Roi avec énergie et nuances: froide devant ses pairs ou brûlant de passion pour Belle (Carine Goron), tyrannique, ou fondant d’amour pour sa mère, mutine, jouant aux jeux de la guerre avec le Roi Mort (Thierry Bosc  avec une perruque et très en forme)… A la fois enfantine et dame de fer, avec une androgynie toute féminine, elle évolue très à l’aise d’une humeur à l’autre, dans ou hors le cercueil de verre sur lequel la neige tourbillonne ou s’amoncelle en manteau protecteur. La scénographie d’Alain Lagarde permet au metteur en scène de composer des images où la lumière froide du grand Nord contraste avec des zones plus sombres et plus chaudes. Apparaissent les personnages satellites de ce “Roi“ capricieux : dans un paysage de conte de fée, le Philosophe (Habib Dembélé), frigorifié,  inculque à la jeune femme la notion de libre-arbitre et la pousse à le suivre vers les pays chauds. Mais il mourra d’un refroidissement, comme Descartes à Stockholm en 1650.

L’exercice du libre-arbitre, quand soufflent des vents contraires, à l’intérieur comme à l’extérieur des personnages, pourrait être le cœur de la pièce. «Une des raisons d’être de ma littérature est de faire naître le paradoxe », dit l’écrivaine suédoise que Christophe Rauck met en scène pour la seconde fois après La Faculté des rêves en 2019. Il quitte sur ce beau geste artistique la direction du Théâtre du Nord, pour celui de Nanterre-Amandiers, après sept saisons où il aura créé dix pièces surtout d’auteurs contemporains. Mais il reviendra mettre en scène le spectacle de sortie de l’Ecole.  Sa direction aura été marquée par un rajeunissement du public, un taux de remplissage à 87% et donc une augmentation des ressources propres.

Le théâtre du Nord est aujourd’hui occupé par les intermittents et les élèves de  l’Ecole. David Bobée qui succède à Christophe Rauck, accueille volontiers ces occupants, tout en faisant passer les auditions pour l’entrée de la septième promotion. Mille trois cents candidats ont déposé un dossier… Malgré les difficultés actuelles, l’envie de théâtre est toujours là !

 Mireille Davidovici

Représentation pour les professionnels vue le 18 mars au Théâtre du Nord, 4 Place Charles de Gaulle, Lille (Nord). T. : 03 20 14 24 24 

Le spectacle sera diffusé sur France-Culture le 25 avril

Reprise en tournée à la rentrée  notamment au Théâtre de Nanterre Amandiers

 

Pueblo, texte et mise en scène d’Ascanio Celestini, traduction et interprétation de David Murgia

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© Céline Chariot

Pueblo, texte et mise en scène d’Ascanio Celestini, traduction et interprétation de David Murgia

Après Discours à la Nation (2013) qui fit date (voir Le Théâtre du Blog), David Murgia poursuit sa collaboration avec l’auteur, acteur et metteur en scène romain, encore  peu connu en France mais très apprécié en Italie, et régulièrement édité et joué en Belgique. Conteur prolixe à la manière d’un Dario Fo, Ascanio Celestini écrit  des pièces à partir d’improvisations, ce qui lui donne une oralité savoureuse. Avec des textes ancrés sur la réalité sociale, il s’engage fortement contre l’injustice et la défense les laissés pour compte. 

 Pueblo (« Peuple »)  donne voix au petit peuple de la périphérie. David Murgia, avec une faconde toute latine, s’approprie ce théâtre-récit accompagné par Philippe Orivel au synthétiseur et à l’accordéon. A un certain Pierre dont on entend les questions enfantines en off, il raconte l’épopée imaginaire de gens ordinaires. : «Je ne sais pas si c’est vrai, mais c’est comme ça que j’aime raconter l’histoire. »

Un rideau de pluie voile la planète, engendrant une onde de choc qui traverse l’univers, un son magique portant les voix de l’au-delà. Il y a d’abord ces femmes qu’il aperçoit de sa fenêtre, dans l’immeuble d’en face : «La vieille, de plus en plus vieille, et la jeune, de moins en moins jeune. » Ce serait la mère qui préparerait une soupe lyophilisée et sa fille qu’il invente caissière à l’essai dans un supermarché. Le narrateur se plait à la suivre jusqu’à sa caisse où elle devient une reine sans jambes, comme celles des jeux de cartes. Les histoires s’enchaînent au fil des rencontres de la jeune femme :  Dominique, la clocharde du parking qui ne fait pas la manche, Saïd le manutentionnaire africain qui lui fait la cour, la tenancière du  bistrot qui gère les machines à sous,  le gitan de huit ans qui fume… Et des milliers de migrants anonymes échoués au fond de la mer…

Ces vies minuscules se croisent et prennent une dimension poétique sous la plume féconde d’Ascanio Celestini, relayées par l’interprétation magnétique de David Murgia qui semble en improviser le récit avec des phrases truffées d’expressions savoureuses et d’humour. Le jeune comédien belge aux allures de gitan christique, dont nous avions fait connaissance il y a quelques années dans Le Chagrin des ogres mis en scène par son frère ainé Fabrice, nous entraîne avec fougue dans l’univers de ces clochards célestes. Ces sans-voix, nouveaux pauvres laissés sur le bord de la route du monde occidental en sont les héros. « Leur  humanité m’intéresse dit l’auteur et je veux raconter le monde magique qu’il y a dans leur tête. Un monde qui les rend beaux et peut seul les aider à ne pas disparaître. »

David Murgia  travaille avec Ascanio Celestini  à un nouveau spectacle.  Le théâtre Jean Vilar à Vitry-sur-Seine qui le suit depuis ses débuts, l’accueillera sans doute. En attendant la réouverture des salles, il joue des extraits de Pueblo sur les places, à l’instar de nombreux artistes belges, mobilisés dans un large mouvement national  Still standing for Culture* : ‘Un rassemblement de circonstance qui réunit des travailleurs de la Culture, des lieux et fédérations artistiques. »

Depuis juin dernier, musiciens, danseurs et comédiens jouent devant les théâtres, dans les églises et sur les places de village. « Nous avons arrêté d’attendre les décisions gouvernementales, dit David Murgia. L’assouplissement des mesures sanitaires est un piège sémantique. Nous voulons un rééquilibrage solidaire qui prenne en compte les enjeux de la Culture en temps de crise.  La Culture c’est le déplacement des corps, leur présence.» Après une journée nationale très suivie, le 20 février, la plate-forme lance un nouvel appel : « Samedi 13 mars, nous vous invitons à nouveau à agir dans les marges et les interstices des règles actuelles. À faire culture sans en attendre l’autorisation. À faire lien avec d’autres “oubliés”. À mettre la crise en débat, en faisant résonner des formes artistiques avec des lieux et des situations symboliques. » Bien entendu, Le Théâtre du Blog vous tiendra informé de la suite de ce mouvement.

Mireille Davidovici

Représentation pour les professionnels vue le 5 mars au théâtre Jean Vilar de Vitry-sur scène. *http://www.stillstandingforculture.be/

Sous réserve: en avril au Festival Mythos, Rennes (Ille-et-Vilaine). Et le 27 avril, Wolubilis, Bruxelles (Belgique). Du 22 au 26 juin, Théâtre de l’Ancre, Charleroi (Belgique)

Hermann de Gilles Granouillet, mise en scène de François Rancillac

Hermann - C. Charryere, C. Proust - photo C. Raynaud de Lage

© Chritophe Raynaud De Lage

Hermann de Gilles Granouillet, mise en scène de François Rancillac

 L’auteur et le metteur en scène n’en sont pas à leur première collaboration et cette sixième création commune ne dément pas la richesse de leurs échanges. Une fidélité artistique rare, dit Gilles Granouillet. Ecrite en 2013, selon la commande faite par une compagnie du Nord, la pièce devait se passer dans le milieu scientifique de cette région avec quatre personnages. L’écrivain stéphanois y a répondu par une histoire qui défie la science en introduisant un grain de folie dans une intrigue apparemment réaliste. Son attirance pour les pays de l’Est et l’Ukraine où il est allé en résidence, ont été une source d’inspiration ainsi que la maladie d’Alzheimer d’une proche.

La pièce commence par le récit de Léa, mère de famille et neurologue dans un hôpital du Nord. Elle reconnaît, au bout d’un long couloir aveugle, derrière une porte entrebâillée, un patient rencontré vingt ans auparavant quand elle débutait dans un service psychiatrique dans le Midi. Boris Hermann, jeune homme sans mémoire, apparemment venu de Russie, est une énigme que la pièce va dévoiler dans un long flash-back. Sur les traces d’une histoire d’amour jusqu’au Sud de la France, en  Russie et en Pologne. L’apparition d’Hermann fait voler en éclats le couple conventionnel et bourgeois que forment la belle Olia et le riche cardiologue Daniel Streiberg ;  Olia va abandonner son confort pour suivre jusqu’à en perdre la raison son amant fantomatique. Et la vie sans histoires de cette neurologue, vacille…
 

Le cas d’Hermann bouleverse aussi les repères des scientifiques et traverse le temps sans une ride. Son inaltérable jeunesse est-elle l’image de l’amour idéal à la poursuite duquel se sont lancés Olia et son fiancé, quand Hermann, revenu de la guerre en Afghanistan, devient amnésique? L’homme  est peut-être, conclut  Léa, «une histoire d’amour, une pure histoire d’amour qui ne s’éteint pas. », l’objet même de sa quête (en allemand Herr Mann : “Homme  Homme“). Nous sommes dans le temps du récit de Léa, avec les tours que lui joue sa mémoire. Au bord de la fiction. 

François Rancillac s’empare de cette fable en ancrant les personnages dans un apparent  réalisme, avec des images qui marquent les lieux du drame. On passe du couloir aveugle de l’hôpital défilant sans fin sur l’écran, à l’exubérance de la végétation méridionale mais aussi à des vues de Pologne ou d’une salle commune d’établissement psychiatrique… Raymond Sarti a ménagé plusieurs plans sur la profondeur du plateau qui s’ouvrent et se referment à mesure que l’on s’engouffre dans les souvenirs de Léa.

Les comédiens jouent avec subtilité sur différents registres. Daniel Kenigsberg est un Daniel Streiberg émouvant de maladresse mais qui porte aussi un regard critique sur son état de médecin « plein aux as dans la grosse bagnole, garée devant la grosse villa, avec de gros soucis d’impôts. » (…) « Je dirais que je vis avec le sentiment de de devenir lentement mais sûrement, un gros con. » Cet humour est partagé par le personnage de Léa, interprétée par Claudine Charreyre, à la fois femme de poigne et déroutée par cette affaire. Lenka Luptákova donne une dignité de façade à Olia avant qu’elle ne s’égare dans la démence. Hermann (Clément Proust) traverse le temps avec équanimité, fixé sur la recherche de sa mémoire oubliée… 

 Le metteur en scène n’hésite pas à faire glisser les acteurs dans une démesure contrôlée qui rend à la pièce une dimension irrationnelle, avec des épisodes où, quand les repères se brouillent, le quotidien se décale en farce grotesque ou en folie tragique. Pour Gilles Granouillet, « dès que la vie se rouille sous le poids des renoncements, dès que les êtres s’atrophient sous la grisaille de l’habitude, s’immisce un grain de sable qui fait soudain dérailler le cours des choses, éjecte les humains de leur ornière et les pousse brusquement à aller voir ailleurs s’ils y sont. »

 Les dérapages vers des zones où tout, comme dans un conte, devient possible, sont ici parfaitement assumés et nous ravissent mais en laissant un goût amer.  « Quand je relis aujourd’hui cette pièce, écrit Gilles Granouillet, je voudrais y ajouter les vers qui suivent et qui épousent cette volonté farouche d’aimer qui traverse chaque personnage d’Hermann : “Mais n’est-ce pas le pire piège, que vivre en paix pour des amants?»

 Mireille Davidovici

Représentation réservée aux professionnels vue le 5 mars, au Théâtre des Deux Rives, Charenton (Val-de-Marne).

Les 25 et 26 mars, Espace culturel Albert Camus, Le Chambon-Feugerolles, (Haute-Loire).
Le 7 avril, La Maison des arts du Léman, Scène Nationale de Thonon-Evian (Haute-Savoie), le 13 avril, Espace Saint-Exupéry, Franconville (Val-d’Oise), le 15 avril, Théâtre Victor Hugo, Bagneux (Hauts-de-Seine). 
Et le 6 mai, L’Onde, Vélizy-Villacoublay (Yvelines)

Et pour la saison 21/22, Scène Nationale de Dieppe, Théâtre d’Aurillac, Théâtre de Roanne, etc.

 

La pièce est publiée à L’Avant-Scène Théâtre.

 

 

Un furieux Désir de bonheur de Catherine Verlaguet, mise en scène d’Olivier Letellier,

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© Christophe Reynaud De Lage

Un furieux Désir de bonheur de Catherine Verlaguet, mise en scène d’Olivier Letellier, chorégraphie de Sylvère Lamotte 

Le théâtre des Abbesses à Paris est en effervescence…Nous sommes quelques privilégiés à suivre cette représentation dans la salle mais  plus de sept mille enfants (élèves de quatre cents écoles, jeunes de centres de loisir ou malades à l’hôpital) vont voir cette pièce diffusée en direct. Emmanuel Demarcy-Motta et ses collaborateurs estiment remplir leur mission de service public, en s’adressant à ces spectateurs. Pour certains, Un furieux Désir de bonheur sera leur première rencontre avec le théâtre. En espérant une réouverture dès l’été, le directeur du Théâtre de la Ville s’engage aussi, dans la mesure du possible, à offrir une programmation en juillet et août et souhaiterait que tous les lieux culturels subventionnés fassent de même.

Pour l’heure, c’est une histoire pour le moins optimiste  qui va se dérouler sous nos yeux. Léonie fête son anniversaire entourée de sa famille…  La pièce commence par l’image d’une petite bonne femme traînant un lustre lourd de ses soixante dix-bougies. Mais la mamie s’ennuie … Attendre la mort quand on est passé à côté de sa vie, pas question : elle décide de sortir de sa prison domestique…  « Il n’y a pas d’âge pour commencer à vivre, explique Catherine Verlaguet. Et si le bonheur de Léonie faisait des vagues? » Un vent de libération souffle ici,  contagieux.  Suivant son exemple et avec ses encouragements, tous vont oser suivre leurs désirs.

 La petite-fille de Léonie abandonne la comptabilité pour peindre et dessiner, son ami d’enfance entame  une histoire d’amour avec une jeune migrante, qui elle, s’intégrera à son pays d’asile en rejoignant l’équipe de basket du collège … Et, par effet boule de neige, la fille de Léonie, la plus rigide et réfractaire, lâchera enfin prise… Sur la route de chacun, les obstacles ne manquent pas mais tout finit dans la liesse générale.

 Attaché à défendre un théâtre de texte s’adressant au jeune  public, Olivier Letellier, en bon disciple de Jacques Lecoq, privilégie aussi le travail du corps. Comme dans ses dernières créations : Oh Boy ! ( Molière du Spectacle Jeune Public 2010) et Venavi de Rodrigue Norman, adapté par Catherine Verlaguet ((voir Le Théâtre du Blog), il choisit ici la sobriété. Sur le plateau nu, quelques effets de costumes et de lumières prennent alors toute leur valeur d’image.

 Sept comédiens, à la fois danseurs et acrobates, développent un travail choral pour cette mélodie du bonheur. Les mouvements s’enchaînent harmonieusement, soutenus par la musique de Mickael Plunian.  S’esquissent des pas de deux pour les échanges dialogués et le chœur accompagne discrètement des adresses au public monologuées. Les interprètes passent sans accroc du texte aux figures dansées et acrobatiques. « Pour l’artiste contemporain que je suis, dit Sylvère Lamotte, l’écriture chorégraphique s’est toujours tramée à distance des mots. Grâce à cette invitation, je vais pouvoir expérimenter un chemin inverse, c’est-à-dire partir des corps pour aller jusqu’à nommer ce qui s’impose dans le ressenti et demande s’exposer devant l’autre. »

 Cette belle proposition scénique, malgré son optimisme un peu convenu et quelques clichés, nous emmène dans un mouvement perpétuel et généreux vers une douce utopie. Appréciable par les temps qui courent.

 Mireille Davidovici

 Représentation pour les professionnels vue le 26 février, Théâtre de la Ville-Les Abbesses, 31 rue des Abbesses, Paris (XVIII ème).

 

LE TANDEM, SCÈNE NATIONALE (Douai), Lundi 15 Mars 2021 14h et 19h, Mardi 16 Mars 2021 14h

LE CHAMPILAMBART (Vallet), Samedi 27 Mars 2021 20h30

 

 

 

 

Nous dans le désordre, texte et mise en scène d’Estelle Savasta

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© Danica Bijeljac

Nous dans le désordre, texte et mise en scène d’Estelle Savasta

  »Je vais bien. Je ne dirai rien de plus. Je ne me relèverai pas.» Ismaël fait de la résistance. Sans raison, il s’est allongé un beau jour au bord d’un chemin… À l’orée des bois. Au vu de tout le voisinage et pour la malheur de ses parents, de son frère et sa petite sœur. Et il n’en bougera plus. Son geste inexpliqué et inexplicable sème le trouble autour de lui…

Le spectacle est né d’une résidence dans un lycée de Cavaillon, de la compagnie Hippolyte a mal au cœur. Fondée en 2005 par Estelle Savasta, cette troupe «partage le processus de création avec des gens qui ont l’âge du public auquel elle s’adresse ». Le personnage d’Ismaël a été suggéré par les élèves à la suite de débats et réflexions autour du thème de la désobéissance. Nourris par leurs improvisations mais aussi de fictions comme Bartleby d’Herman Melville, la metteuse en scène et les comédiens ont tissé une pièce insolite.

 Dans un décor sobre, évoquant un coin de forêt dévorant l’espace familial, les cinq interprètes jouent les parents, des amis d’Ismaël, des voisins et inconnus attirés par ce fait divers… Et, selon le besoin des séquences, ils se glissent à tour de rôle sur la couche du jeune homme. Chaque personnage y va de ses réactions, emphatiques ou hostiles. Et cet échantillon d’individus trace un portrait collectif, fait d’une mosaïque d’affects et prises de position idéologiques face à cette situation de crise….

 Organisée en une série de tableaux autour de la présence-absence d’Ismaël, un fantôme qui pèse son poids de silence, la pièce est fondé sur les réactions de ses parents compréhensifs mais dépassés, de son frère qui essaye de le distraire et de sa jeune sœur cherchant à lui apporter du confort: grâce à laquelle sa litière sylvestre se transforme en une jolie caverne lumineuse. Par ricochet, le cas Ismaël devient l’affaire de tous et trace des lignes de démarcation entre les gens. Il y a ceux qui tentent de comprendre, ceux qui voudraient le faire rentrer dans l’ordre et d’autres qui décident de le protéger, d’autres encore qui s’en prennent à lui violemment. Celui qui dit non, ouvre des gouffres d’incertitude ….

 Le temps passe mais l’histoire restera sans issue. Il nous appartient d’en imaginer la suite… Et personne ne restera indifférent à cette fable modeste mais dérangeante qui nous somme, gentiment et avec humour, de prendre position.

 Mireille Davidovici

 Représentation pour les professionnels vue le 18 février au Théâtre de la Ville-Théâtre des Abbesses, 31 rue des Abbesses, Paris (XVIII ème). T. : 01 42 74 22 77.

 Sous réserve: Les 30 et 31mars, Maison de la Culture de Bourges (Cher)

 Et du 7 au 10 avril,  MC2 Grenoble (Isère). Les 15 et 16 avril Nest-Thionville (Moselle).

 

La Situation–Jérusalem portraits sensibles, texte et mise en scène de Bernard Bloch

 La Situation–Jérusalem portraits sensibles, texte et mise en scène de Bernard Bloch

Un espace couleur de sable, dessiné par un tapis aux bords irréguliers. Nous pensons  à la  Didon, exilée de Tyr et arrivant à Carthage, à qui est concédé « tout ce que tu pourras délimiter avec la peau d’un bœuf ». Relevant le défi, elle la découpe en fines lanières et en fait un territoire largement agrandi. Prophétie de Virgile: une population persécutée, crée un royaume sur une terre qui n’est pas un désert… Comme en Israël. Sur ce territoire, donc une tente carrée ressemblant à celles des points de test covid, avec de banals fauteuils en plastique disséminés- on verra celui qui est venu poser des questions essayer plusieurs places, métaphore un peu insistante de l’inconfort de sa situation. Mais très vite, on entre dans le vif du sujet : la parole.

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Après un séjour en Palestine et Israël en 2013 qui a donné lieu à l’écriture de Dix jours en terre ceinte*  puis à son spectacle Le Voyage de Dranreb Cholb, Bernard Bloch a passé deux mois à Jérusalem. Il a écouté soixante habitants parler de leur ville  sur laquelle pèsent trois monothéismes, parler aussi de ses racines dans les temps mythiques, de ses invraisemblables check-points. Une ville pénible aux vieilles rues étouffantes. Parfois même ses habitants de toujours croient qu’ils ne l’aiment plus, mais pour rien au monde, ils n’en quitteraient la lumière. «C’est une ville dure, dit Michel, une ville de pierres où le soleil te brûle la peau… Bref, une ville qui n’a rien d’aimable. Mais maintenant je renverse: ce sont justement ces défauts qui me plaisent. »

 Bernard Bloch leur a posé à tous la même question: «Y a-t-il dans votre vie un moment, même furtif, cinq minutes, un mois ou deux ans, où vous avez pensé qu’une vie paisible pourrait advenir entre tous les habitants d’Israël et de Palestine ? » Il n’est pas resté neutre, encore moins indifférent mais engagé et avec un besoin de comprendre ses questions de juif ni croyant ni pratiquant, ses propres malaises, dans une situation qui est la sienne. Et ce qu’il a entendu et restitué, ce ne sont jamais des discours mais des paroles.

Le directeur d’une école utopique et réelle où règne la parité entre israéliens arabes et israéliens juifs, une femme chassée du jour au lendemain de Tunisie au moment de la décolonisation et qui a retrouvé ici un chez-soi d’où rien ne la ferait bouger… Mais aussi une famille de convertis au judaïsme, évidemment plus royalistes que toute la généalogie de rois bibliques, un intellectuel palestinien, une jeune musulmane radicale mais non pratiquante…

Au-delà de la qualité extraordinaire des réponses, la beauté de cette écriture -car tisser, tricoter et détricoter toutes ces paroles est une écriture- on entend la vérité de chacun, absolue, même si elle bute sur un aveuglement. Il ne s’agit pas de relativisme. La vérité historique ou géographique de toutes ces vies et de ces expériences, nous la voyons se constituer et se défaire, partielle, dangereuse. Chaque nouvelle parole vient raboter, réajuster ce que nous venons d’entendre, y ajouter une matière inattendue qui change notre regard et notre pensée.

Impasses et contradictions nous en apprennent beaucoup et pas de façon didactique. Bernard Bloch nous emmène dans la joie du chercheur et l’intelligence de l’incertitude. Plus on en apprend, moins on est sûr de ce que l’on sait et mieux cela vaut, pour avancer dans la réflexion et la nuance. Portraits sensibles, autant dire : portraits vivants  avec humour, émotion et entêtement de celui qui cherche et pose les questions, comme de ceux qui disent ce qu’ils ont sur le cœur. Passés au théâtre, tous ces mots forts, drôles, toutes ces observations,  tout ce vécu au cœur de la situation, sont portés par onze acteurs aux personnalités fortes, aux voix et accents différents selon les  générations. L’effet n’a rien d’un kaléidoscope sonore ou d’un menu-échantillon: ils jouent plusieurs rôles, incarnent  toutes ces paroles singulières et construisent le corps de la ville.

Souvent en retrait, ils s’écoutent mutuellement, assistant au dialogue entre B. et ses interlocuteurs, marquant, par leur présence, la complexité de la situation dans une invisible mais réelle fraternité. «Quand, dit l’un, on redescend à hauteur d’homme, le souci de l’autre est plus fort que la haine. » Un constat qu’ils font presque tous, non un vœu pieux. Mais ce n’est pas une consolation ni une conclusion et la situation est loin d’être résolue, l’histoire passant trop souvent par dessus les têtes ! Avant les accords d’Oslo avec la poignée de mains entre Yitzhak Rabin et Yasser Arafat, bénie par le président américain Bill Clinton… Après la Guerre des six jours en 1967 avec la victoire-surprise d’Israël sur l’Egypte… L’Histoire éloigne brutalement les hommes. C’est comme ça. «Ici, dit Marius, on est sur la frontière, on comprend plus vite. -On comprend quoi ? -La situation! »  Le spectacle se joue en deux soirées ou en intégrale. C’est long ? Jamais, tant ces instants de parole sont précieux…

Christine Friedel

Représentation pour les professionnels vue le 1er février au Théâtre de l’Echangeur, Bagnolet (Seine-Saint-Denis).

Comédie de Saint-Etienne-Centre Dramatique National du 18 au 21 mai.

Festival Théâtre en mai, Centre Dramatique National de Dijon-Bourgogne.

Dix jours en terre ceinte est publié chez Magellan & Cie.

Amis, il faut faire une pause de Julien Fournet

 Amis, il faut faire une pause de Julien Fournet

 

© subsistances

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L’Amicale, une coopérative d’artistes devait nous inviter à la table de sa cuisine, en novembre à La Bellone, un lieu de réflexion et recherche pour les artistes, danseurs et chorégraphes à Bruxelles. Autour de thèmes comme la solidarité, le rapport au public et le rôle de l’art par les temps qui courent. Comme la pandémie, cela les a mis sur la voie d’un « art doux »  avec  productions atypiques et formats modulables. 

Dans cet esprit, Julien Fournet nous propose de faire une pause dans un espace  où cuisent deux marmites au fumet agréable. Comme un animateur de Club Med’, Jean Le Peltier qui a construit le spectacle avec lui, accueille chaleureusement le public et se présente comme «guide des situations». En short et T.shirt blancs, assis sur un gros ballon de plage, il nous invite à «une plongée rocambolesque dans cette incroyable situation qu’est le spectacle!» Et il en compare le déroulé à une descente en kayak:  «C’est quoi, un spectacle? C’est comme un paquet de sensations qui nous soulèvent et qui entraînent une modification de notre perception du monde; il y a un avant, un pendant et un après. »

Pour illustrer cette métaphore, Julien Fournet, philosophe de formation, a demandé à Sébastien Vial des visuels qui s’articulent avec la scénographie d’Arnaud Verley dont une rivière surgissant en cascade de la montagne puis serpentant parmi les collines jusqu’à la plaine et au rivage marin… Comme des élèves en classe verte, nous sommes invités, après avoir quitté nos chaussures, à faire une petite sieste sur le plateau et à nous amuser avec des origamis et de la pâte modeler, en buvant une tisane. Une bande-son évoque la nature avec bruissements de la mer sur la plage et cris de mouettes…

L’auteur-metteur en scène aime les chemins de traverse et Amis il faut faire une pause répond à une commande.  On lui avait demandé une conférence sur le spectacle vivant qu’il a transformé en un parcours sensoriel ludique. L’acteur est convaincant quand il nous emmène dans une relâche amicale qui nous repose des tensions du monde extérieur et  nous y participons sans rechigner.

Julien Fournet veut questionner en filigrane l’avenir de la Culture et son rôle dans nos vies mais aussi la remettre au centre du débat. Son but premier étant de créer des liens. Avec cette sympathique récréation, il n’apporte pas de réponse mais offre simplement un partage d’expérience et nous renvoie aussi de façon ironique, à la pause infligée au spectacle vivant. Douloureuse, celle-là…

 Mireille Davidovici

Représentation pour les professionnels le 29 janvier, Festival Les Singulier.e.s au Cent Quatre, 5, rue Curial, Paris (XIX ème).

En février, Le Cent Quatre (sous réserve).
En mars, Château de Goutelas, Marcoux (Loire), Théâtre de Poche, Hédé-Bazouges (Ile-et-Vilaine).
En avril, aux Ateliers, Bruxelles (Belgique).

 

 

Borderlines, chorégraphie de Taoufiq Izzediou

Taoufiq Izeddiou - 3e Biennale du festival Altérité, pas à pas! - 3e Biennale du festival Altérité, pas à pas!Tangente DanseÉDIFICE WILDER – Espace danse1435, rue De Bleury, Montréal H3A 2H7Bureau 10110. 11. 12 OCTOBRE 2019 - 19H3013 OCTOBRE 2019 - 16HChorégraphie Taoufiq IzeddiouInterprétation Yassmine Benchrifa, Moad Haddadi, Mohamed Lamqayssi, Chourouk El Mahati, Hassan OumziliCréation sonore Saïd Ait El Moumen et Taoufiq IzeddiouMusique Saïd Ait El MoumenConception lumière Chantal LabontéConception costume Tarik RibhPartenaires ESAVM, AFAC, Festival On Marche, CCN Belfort (VIADANSE)3e Biennale du festival Altérité, pas à pas!Tangente DanseÉDIFICE WILDER – Espace danse1435, rue De Bleury, Montréal H3A 2H7Bureau 10110. 11. 12 OCTOBRE 2019 - 19H3013 OCTOBRE 2019 - 16HChorégraphie Taoufiq IzeddiouInterprétation Yassmine Benchrifa, Moad Haddadi, Mohamed Lamqayssi, Chourouk El Mahati, Hassan OumziliCréation sonore Saïd Ait El Moumen et Taoufiq IzeddiouMusique Saïd Ait El MoumenConception lumière Chantal LabontéConception costume Tarik RibhPartenaires ESAVM, AFAC, Festival On Marche, CCN Belfort (VIADANSE)

Borderlines, chorégraphie de Taoufiq Izzediou

Le chorégraphe a rassemblé quatre de ses anciens élèves, pour composer une pièce fougueuse d’une heure qu’il avait hâte de montrer en France. «Au Maroc, depuis un an, tout est fermé, dit-il, et les danseurs ne bénéficient d’aucune aide. Beaucoup sont obligés de quitter le métier pour aller travailler ailleurs.» Reconnu sur la scène internationale, fondateur et directeur artistique du Festival de danse contemporaine On Marche, à Marrakech, Taoufiq Izzediou continue de présenter ses créations en Belgique, au Canada et en France… Pour cette nouvelle pièce, il bénéficie notamment du soutien du Théâtre Jean-Vilar à Vitry-sur-Seine qui coproduira aussi son prochain spectacle.

Sur le plateau, un grand carré couleur sable, cerné par des coins métalliques. Un premier danseur apparaît sur les bords, puis un deuxième. Et, comme si cet espace leur était interdit, ils en arpentent longuement les contours et en mesurent les limites. Ils franchiront ces frontières avec précaution, bientôt rejoints par les deux autres interprètes.

Sur ce domaine enfin conquis, ils vont donner libre cours à leur énergie, chacun développant son propre style. Ensemble ou séparés. Parfois, comme bloqué, l’un ou l’autre suspend son geste. Un autre s’agite à terre, dans un semblant de transe.  Avec précaution, les corps s’affrontent, s’engluent comme empêchés, dans cette périlleuse traversée, puis s’échappent, cherchent à inventer leur propre territoire et enfin l’habitent. Ils donnent parfois de la voix, et crient leur colère. La seule femme, Chourouk El Mahat déploie une danse sinueuse. A la fin, les artistes pervertissent l’espace vide avec des accessoires métalliques, prothèses prolongeant leur corps dans une lumière cauchemardesque.

Taoufiq Izzediou, en référence aux crises migratoires, veut interroger «les checkpoints, visibles ou invisibles, entre ici et là-bas, entre masculin et féminin, entre chaud et froid, entre modernité et tradition. » La création sonore de Saïd Ait Elmoumen -musique contemporaine et rythmes africains- exprime ainsi la porosité des frontières réelles ou imaginaires qui restreignent notre désir universel de mobilité.

Avec un épilogue en forme de rêve, sur Hello my Love, une chanson de Léonard Cohen, Taouffiq Izzediou ouvre un espace imaginaire tranchant radicalement avec le reste de la pièce. Le décor se défait, la danse s’apaise et ,sur ce refrain lancinant, «Hello, my love/And my love, Goodbye», retrouve les mouvements circulaires chers au chorégraphe. Une échappée belle, teintée de mélancolie. Mais Taoufik Izeddiou, qui a aussi fondé la première  école de danse contemporaine du Maroc, garde foi en l’avenir  : «Ils essayent de nous enterrer mais il ne faut pas oublier qu’on est des graines. »

Mireille Davidovici

Présentation professionnelle vue le 18 janvier, Théâtre Jean-Vilar 1 Place Jean-Vilar  Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne).

Le 27 février, Viadanse, Centre Chorégraphique National de Belfort (Territoire de Belfort).

En juillet, Théâtre Jean-Vilar, Vitry-sur-Seine.

Du 20 au 27 septembre, Biennale de la danse en Afrique, Marrakech (Maroc).

Et début novembre, Centre Chorégraphique National de Roubaix (Nord).

 

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