Race et Théâtre/Un Impensé politique de Sylvie Chalaye


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Race et Théâtre/Un impensé politique de Sylvie Chalaye

shapeimage_1Pourquoi les scènes en France ne sont-elles pas le reflet chromatique de la société ? Pourquoi les comédien.ne.s noir.e.s sont-ils si peu distribué.e.s ? Les rôles se définissent-ils par la couleur de la peau ou par le talent de l’acteur ? Les artistes non blancs se sont engagés, depuis une vingtaine d’années, dans plusieurs actions pour faire entendre les préjugés et le racisme dont ils sont victimes. L’an passé, des manifestants ont empêché la compagnie Démodocos dirigée par l’helléniste Philippe Brunet, de jouer Les Suppliantes d’Eschyle à la Sorbonne, en raison d’une mise en scène qu’ils trouvaient « racialiste»: les Danaïdes y étaient représentées par des comédiennes blanches  qui portaient des masques noirs…

Sylvie Chalaye, anthropologue et historienne des représentations de l’Afrique et du monde noir dans le spectacle, aborde ces épineuses questions en les situant dans un contexte  sociétal, historique et politique : « Être racisé ou ethnicisé, c’est être réduit à sa couleur de peau et assigné au rôle du Noir, de l’Africain. C’est aussi être exclu du récit national.» (…) «Comme si les indépendances avaient suscité l’amnésie d’une histoire commune. » Il faut d’abord revenir un peu en arrière et on a oublié, entre autres exemples, qu’en 1952, Jean Vilar engageait pour jouer Sganarelle Daniel Sorano, métis franco-sénégalais (photo ci-contre) et que Jean-Marie Serreau, adepte d’un théâtre babélien,  intégra des acteurs de toute origine et monta Homme pour Homme de Bertolt Brecht avec Bachir Touré. Roger Blin confia le rôle de Dom Juan au Guadeloupéen Robert Liensol. Mais, note Sylvie Chalaye, dès les années soixante-dix, avec la montée du nationalisme, l’acteur noir se met à incarner l’immigré, l’étranger et commence à “faire signe“ dans les distributions.

On laisse aussi entendre comme Jean-Pierre Miquel, alors directeur du Conservatoire National d’Art Dramatique! Que les acteurs non-blancs n’ont pas d’avenir dans le paysage français. Seuls, Peter Brook, un Anglais, et Bernard-Marie Koltès font exception. Face à cette fermeture, Pierre Debauche créera en 1984, le festival des Francophonies de Limoges, ouvert aux théâtres d’Afrique et d’Outre-Mer. Avec le danger que les espaces francophones comme la Chapelle du Verbe incarné, au festival d’Avignon off, deviennent des “enclos“, des « entre-soi d’à-côté “…

Autre aspect : l’acteur noir doit assumer la figure de l’étranger, de l’Autre (souvent maléfique), mais il aussi une aura héritée, malgré lui, de l’Histoire coloniale et cela peut aveugler les spectateurs qui ne voient plus que le Noir, et non l’acteur. « Quand serons- nous banales? » demande la comédienne Aïssa Maïga qui joue dans Noire n’est pas mon métier* : «Je suis née en France, je suis Française. Mais j’ai conscience, quand j’interprète un personnage de Racine, Corneille ou Molière, que cela brouille les spectateurs qui se demandent pourquoi je suis là. » Pourtant, les héroïnes noires ne manquent pas : Phèdre, Andromaque ou Cléopâtre… Seulement, il n’était pas envisageable alors de les porter à la scène dans leur altérité. Pour  Sylvie Chalaye: «Quand on ne voit que le Noir, c’est l’acteur qu’on assassine ». La carnation n’est pas l’incarnation et il faudrait faire abstraction de la couleur.  Mais cela est-il possible ?

 Le chapitre Le Blackface ou l’invention du nègre-spectacle aborde la pratique, issue d’une tradition clownesque raciste aux Etats-Unis qui consiste à  grimer de noir des acteurs blancs pour caricaturer les esclaves qui se divertissaient dans les plantations en imitant les Blancs : «Non contents de s’approprier une forme artistique, les Blancs la détournaient et n’en ont retenu, ni la portée satirique, ni le caractère subversif. » Aujourd’hui, cette mascarade, condamnée aux Etats-Unis et en France, est très mal perçue par les acteurs et le public afro-descendants. Pour eux surtout, travestir un acteur blanc en Noir est une aberration et mène à une désappropriation de leur propre histoire.

Dans le chapitre Sortir de l’enclos, l’auteure souligne qu’au XXI ème siècle, le public a changé. Il serait temps en effet que le théâtre reflète mieux la société, dans et pour laquelle il exerce. Il doit  s’ouvrir à la diversité sur les plateaux mais aussi en dehors, en employant des auteurs,  artistes et salariés «issus de la diversité». Et, bien entendu, il faut qu’il aille vers de nouveaux publics. Il y a du pain sur la planche! Mais ce livre se veut optimiste: «Penser la race au théâtre, ce n’est pas chercher à ne pas la voir, c’est désapprendre à l’identifier pour mieux apprendre à jouer ensemble autrement et à déjouer les imaginaires coloniaux qui se sont construits sur son invention. » Il y a visiblement encore du chemin à faire: le monde du théâtre a une responsabilité dans la fabrication des stéréotypes et cet ouvrage peut aider à les éliminer. Sylvie Chalaye fait le tour d’une question complexe et, le théâtre étant «un miroir tendu au monde », cet essai alimentera sans doute une réflexion plus globale…

 Mireille Davidovici

Le livre est publié par Actes Sud-Papiers (2020). 16 €. (disponible en livre numérique).

*Noire n’est pas mon métier d’Aissa Maïga est édité aux éditions du Seuil (2018).


Archives pour la catégorie critique

Les déconfinés parlent aux déconfinés (suite)

 

Les déconfinés parlent aux déconfinés

 

Catherine Guizard, attachée de presse: 

 -Comment avez-vous vécu ce « problème douloureux », comme disait autrefois Monseigneur Marty, archevèque de Paris?

 -Difficilement! Je pense à toutes les équipes de théâtre avec lesquelles je travaille et à aux perspectives  que nous avions pour mars, avril et mai.  Avec, entre autres exemples, ce Tramway nommé désir  que vous aviez aimé ( voir Le Théâtre du Blog). Le spectacle a connu un beau succès et les représentations devaient se poursuivre jusqu’au 12 avril. Et on a vu une baisse régulière de la fréquentation puis l’arrêt obligatoire des spectacles  comme Un Espion au Théâtre de l’Athénée qui avait commencé le 4 mars.

-Les conséquences pour les petites salles parisiennes doivent être redoutables?

-Oui, c’est gravissime. Trouver des créneaux pour reporter des spectacles continue à friser l’impossible puisque cela implique la disponibilité des acteurs et les répétitions qui  ont été plus que difficiles en ces temps de confinement. Comme le Théâtre Essaïon ou  la Manufacture des Abbesses, se pose la question du loyer! Un impératif catégorique pour les directeurs de tous les petits lieux…

 -Et votre travail?

-Sans perspectives, du moins à l’heure actuelle…Je suis salariée comme Nadège,  l’administratrice de notre association et nous bénéficions du chômage partiel à hauteur de 35%.

- Et le festival off d’Avignon comme les autres manifestations d’été?

-La situation n’est pas plus brillante. Un exemple entre autres:  la création d’Alain Timar au Théâtre des Halles  sera remise à plus tard, puisque le in est annulé, le off ne peut être programmé. Dans une petite entreprise comme la nôtre, le chiffre d’affaires est fondé sur les festivals d’été comme par exemple: Grignan, le off d’Avignon, Parades à Nanterre et la trente cinq cinquième édition d’Humour & Eau salée à Saint-Georges de Didonne près de Royan safe_imagequi lui est bien maintenu début août, avec quarante représentation et quelque 8.000 spectateurs attendus.

-Une petite parole d’espoir?

-Essayer d’être au maximum bienveillants les un envers les autres. Mais une chose est sûre: il y aura un avant et un après et les cartes dans tout le milieu du spectacle seront rebattues…

 

Notes de lecture de Georges Perros

En  cette période exceptionnelle où le Ministère de la Culture invite à participer à l’initiative: Culture chez nous, l’Association Jean Vilar a souhaité continuer à mettre en valeur et à partager les trésors que conservent les archives de la Maison. Et elle a proposé de découvrir ou de relire les notes de lecture que Georges Perros écrivait pour Jean Vilar. De 1951 à 1963, l’écrivain Georges Poulot, devenu ensuite Georges Perros était lecteur au Théâtre National Populaire installé à l’époque à Chaillot.

Georges Perros auto-portrait

Georges Perros : auto-portrait

Ami inséparable de Gérard Philipe, il fut d’abord comédien et pensionnaire à la Comédie-Française, avant d’abandonner le plateau pour l’écriture. Il lira ainsi  pendant douze ans les nombreux manuscrits adressés à Jean Vilar et lui transmettait des notes de lecture… Un aspect moins connu de ce poète dont Isabelle Chevallier avait monté récemment à Bordeaux une adaptation de Gardavu (voir Le Théâtre du Blog).

On peut  lire Lectures pour Jean Vilar de Georges Perros,  préface de Jean-Pierre Nedelec, éditions Le temps qu’il fait (1999) et la totalité de ses Oeuvres (hors sa correspondance)  dans la collection Quarto Gallimard  (2017).

 

Philippe du Vignal
 

Maison Jean Vilar, 8 rue de Mons, Avignon (Vaucluse). accueil@maisonjeanvilar.org

 

 
 

Quelques petits cadeaux à saisir (suite)

 

Quelques petits cadeaux à saisir (suite)

 La Révolte de Villiers de l’Isle-Adam, mise en scène de Salomé Broussky

Dans cette une pièce (1870)  une pièce cruelle un couple au dialogue des plus incisifs sur l’émancipation féminine. Créée en  1870), elle avait fait scandale à l’époque et retirée de l’affiche  cinq jours après la première…  La Révolte a été souvent mise en scène, notamment par Marc Paquien puis par Charles Tordjman ( voir Le Théâtre du Blog).

Enfin par Salomé Broussky au Théâtre des Déchargeurs il y a trois ans  avec Timothée Lepeltier et Sarah-Jane Sauvegrain, puis dans le off à Avignon. La pièce n’a rien perdu de sa modernité, malgré quelques longueurs. Elisabeth à son mari :  « Remettez-vous. À cause de cette nature malheureusement exceptionnelle peut-être, mais qui était en moi et dont personne ne daignait tenir aucun compte, voyez-vous, monsieur, si les autres ne sont pas dupes des mots, moi je ne suis pas dupe des faits ! »47e6329cbfe7fa1f42d67515e2ea6972a28316592c18076618896e263b6f542a

Cela se passe dans un milieu de la haute bourgeoisie:  Élisabeth,  l’épouse de Félix,  un  banquier cynique, tient ses comptes depuis plus de quatre ans. Très forte en affaires, elle a réussi à tripler sa fortune Mais un soir, elle se révolte et quitte son mari. Anéanti par cet abandon auquel il ne s’attendait pas du tout….   Elisabeth a décidé d’aller vivre part enfin selon ses principes. Mais quelques heures après, elle reviendra elle aussi anéantie! Lucide, elle a vite compris qu’elle ne pourrait jamais suivre l’idéal auquel elle croyait….« Tant qu’il y aura de la poésie sur la Terre, proclame Félix, les honnêtes gens n’auront pas la vie sauve ». Accablée et méprisante, elle répond juste: « Pauvre homme”.

Captation intégrale du spectacle sur vimeo .

Quelques petits cadeaux à saisir (suite et non fin…)

 

Quelques petits cadeaux à saisir (suite et non fin…)

Le Musée du louvre

« En cette période très particulière où plus que jamais nos esprits sont à l’affût d’évasion, dit Jean-Luc Martinez, le Président-directeur du Musée du Louvre, vous pourrez retrouvez des contenus en ligne pour petits et grands, renouvelés chaque mercredi pour continuer à découvrir la richesse de notre musée et de ses œuvres . »
Nous n’avons pu tout voir mais il y a quelques minutes succulentes comme ce Cours d’histoire de l’art avec un déchiffrage de combats de héros homériques peints sur des vases grecs. Le conservateur  malgré une gestuelle un peu appuyée et une mise en scène pompeuse, en donne une lecture tout à fait passionnante.220px-Detail_Niobid_Painter_Louvre_G343
Vous pouvez aussi vous initier aux couleurs du Moyen-Age avec le grand spécialiste Michel Pastoureau, voir les œuvres incontournables des collections, et les chefs-d’œuvre méconnus de ce grand musée,  faire une visite virtuelle de l’exposition Figure d’artiste…

Mais aussi une réalité virtuelle en tête à tête avec la Joconde. Et pour les enfants, Les Contes animés du Petit Louvre et le magazine Le petit Ami du Louvre.

Bref, de quoi occuper vos soirées, au lieu de regarder une mauvaise captation d’un pas très bon spectacle ou des pseudo-créations que les théâtres essayent à tout prix, en ces temps de disette, de nous refourguer pour manifester leur présence…

Philippe du Vignal

#LouvreChezVous

 

 

 

Et l’après confinement? La Danse se rassemble

Et l’après confinement? La Danse se rassemble

Dans toutes les disciplines artistiques, les lignes bougent et à Chaillot, aura lieu une journée de réflexion sur la place de la danse dans la société.  Comme les autres, elle  a été en effet sévèrement frappée  et de nombreuses petites compagnies se trouvent déstabilisées.

Comment rebondir après une telle épreuve ? Danseurs, chorégraphes, directeurs de salles, d’écoles et de ballets sont conviés à une journée de réflexion le samedi 21 novembre 2020 à l’initiative de Chaillot-Théâtre national de la Danse.

Ce sera aussi les cent ans du Théâtre National Populaire, fondé par Firmin Gémier (1869-1933) et dirigé ensuite de façon remarquable par Jean Vilar (1912-1971) qui a aussi créé le festival d’Avignon il y a soixante-quatorze ans… ce que les jeunes gens d’aujourd’hui ne savent pas toujours…

Gérard Philipe et Jean VilarCette journée est conçue et réalisée avec News Tank Culture, média indépendant d’information sur la culture, avec toutes les équipes de Chaillot-Théâtre national de la Danse. Un beau pari sur l’intelligence collective, l’esprit de solidarité et de dialogue….

Philippe du Vignal

Le samedi 21 novembre de 9h à 18h à  Chaillot – Théâtre national de la Danse, 1 place du Trocadéro, Paris (XVIème)

Quelques petits ou grands cadeaux à saisir (suite et pas fin)

Le Théâtre de l’Odéon-Théâtre de l’Europe

Cette semaine trois pièces du célèbre dramaturge sicilien Luigi Pirandello, très bien mises en scène par Stéphane Braunschweig : Vêtir ceux qui sont nus, Six personnages en quête d’auteur et Les Géants de la montagne.
On peut aussi découvrir une captation de Bérénice de Jean Racine, mise en scène de Célie Pauthe, créée au Centre Dramatique National de Besançon Franche-Comté en 2018 et présenté aux Ateliers Berthier à Paris. Une réalisation pas vraiment convaincante mais où excelle Mounir Margoum dans le rôle d’Antiochus…

 

Et normal-crop-154x154-1464sur la Scène Imaginaire de France-Culture dans la série des grands entretiens menés par Arnaud Laporte à l’Odéon, le grand metteur en scène polonais Krzysztof Warlikowski. Cette émission a été enregistrée en public à l’Odéon-Théâtre de l’Europe en  2016.

A voir sur:  Théâtre et canapé

 

Le Théâtre du Soleil

Sur  Viméo, vous pouvez  en ce moment voir ou revoir le film Molière, et le très fameux 1789

1789

1789

grâce auquel le Théâtre du Soleil acquit une renommée internationale. mais aussi Le Dernier Caravansérail (Odyssées), Les Naufragés du Fol Espoir avec des bonus, L’Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge (version khmère), Tambours sur la digue, Les Éphémères… Et des documentaires comme Ariane Mnouchkine, l‘aventure du Théâtre du Soleil, Ariane Mnouchkine au pays du théâtre…

Et  sur le site du Théâtre du Soleil, il y a aussi des extraits d’autres spectacles, des vidéos sur les coulisses des tournages, des entretiens. Le tout issu de son fonds propre d’archives mais aussi grâce à celui de la B.N.F.  et à  son partenariat avec l’I.N.A.
Voilà une bonne occasion de remonter un peu le temps et de s’initier à tout un pan de l’histoire du théâtre contemporain depuis 1964, avec l’aventure d’une compagnie aussi mythique qu’exemplaire. Elle investit les ateliers d’une ancienne cartoucherie à Vincennes; firent partie du Théâtre du Soleil des acteurs comme, entre autres: Philippe Caubère, Jean-Claude Penchenat, Mario Gonzalez, Georges Bigot, Simon Abkarian, Philippe Léotard… et le très remarquable scénographe Guy-Claude François.


Philippe du Vignal
Viméo
https://www.theatre-du-soleil.fr/fr/la-galerie-multimedia/en-videos/spectacles

Le Théâtre vivant

 

 Le Théâtre vivant

medias_file_w600_h600_PHO1_600 Mais que nous manque-t-il du théâtre, après tous ces trésors, y compris les poèmes qu’on nous a délicatement versés dans les oreilles, bien que cela rappelle le poison du Roi Hamlet ? Parmi les trésors inestimables que nous ne retrouverons pas de sitôt, sans doute  le visage de Richard Fontana « se fondant en eau » face à une Ludmila Mikaël  au sommet de sa beauté et de son  jeu intériorisé dans Bérénice, mise en scène de Klaus Michael Grüber en 1984 : voir La Comédie continue offerte par la Comédie-Française. Antoine Vitez, metteur en scène d’exception, directeur du Théâtre National de Chaillot puis administrateur de la Comédie-Française, disait que «l’histoire du théâtre est dans la mémoire des spectateurs » et en même temps, prenait soin de créer des archives de ses spectacles et demandait à Hugo Santiago, pour son Electre de Sophocle ou à Bernard Sobel de réaliser des «films de théâtre », avec leur regard libre et fidèle.

Donc, pour aller vite, la fermeture des théâtres aura eu du bon. Cela valait la peine d’ouvrir le coffret Comédie-Française de La Grande Magie  d’Eduardo de Filippo, mise en scène Dan Jemett (2010). Nous ne remercierons jamais assez les théâtres qui nous laissent entrer dans l’intimité de leurs trésors, en espérant ferme nous donner envie d’aller voir sur place quand ce sera possible. Mais au risque que nous trouvions  ce mode de rencontre à domicile plus confortable, et moins cher. Pas tout à fait virtuel, puisqu’il y a des vivants derrière les écrans…

On dit l’acteur sur scène en danger mais il y a sans doute d’autres métiers plus risqués. Mais la chute au cirque, la fausse note en quatuor, le « trou » au théâtre ? On a pu entendre un grand acteur dire un moment du texte d’Auguste dans Cinna de Corneille en “yaourt“ mais rythmé en alexandrins, jusqu’au retour de sa mémoire. Il arrive qu’une représentation soit collectivement « mal barrée » et ne trouve jamais son souffle. Mais que le public n’y voie que du feu. Mais il a vu, justement le manque de feu. Dire aux acteurs mécontents d’eux même, à la sortie :« Si, c’était très bien », c’est dire : « Je vous aime beaucoup », c’est-à-dire :  je ne vous aime pas.

On nous a offert généreusement de somptueuses vitrines.  Ce qui nous manque dans ce théâtre par internet, c’est d’y entrer. Ceux qui ne vont jamais au théâtre «en vrai» ne connaissent pas l’excitation de se préparer, d’avoir peur d’être en retard, mal placé, que sais-je… Et plus peur encore d’être déçu, même si ce n’est pas si grave, on s’en remettra, même si on aura pris deux heures de voyage pour y aller et deux autres heures de spectacle!  Il y a tant de façons de perdre son temps…

Aurait-on fait mieux en restant chez soi ou en voyant autre chose ? Pas sûr. Car la déception –quand elle ne va pas jusqu’à l’effondrement, quand même, et à la honte partagée d’être face à une œuvre d’art si peu artiste- peut avoir quelque chose de stimulant, nous éclaire sur nos attentes et en créée d’autres. Nous ne sommes pas tout seuls : la communauté des spectateurs, le plaisir ou la joie partagée, l’indignation et le scandale, bref, ce qui déclenche l’envie irrésistible de parler à ses voisins, nos frères et à tous la sortie, cette communauté se constitue seulement quand le spectacle marche et qu’il y a le feu.

capture-decran-2019-09-28-a-16.32.24Quand cela « marche-t-il » ? Signes : on se sent plus vaste, on respire plus large, on découvre des univers qu’on n’aurait jamais soupçonnés, on ouvre des fenêtres mentales et intellectuelles. Bref, la joie, l’amour. On vous l’a dit, ça paraît mièvre, comme ça, mais le théâtre est un rendez-vous amoureux, grave et gai. Demandez à du Vignal et à ceux qui ont passé la nuit avec les acteurs du Soulier de Satin de Paul Claudel, mise en scène  d’Antoine Vitez au festival d’Avignon 1987. La pièce commence par son sous-titre : Le pire n’est pas toujours sûr, une formule inusable. Ensuite, Paul Claudel déploie ses excès, lyriques et cocasses  – « là il exagère », « là, c’est mal joué », là, c’est la beauté pure »- mais dans cette longue respiration d’une nuit, toute une vie passe. On peut avoir dormi, on se raccroche aussitôt  au moment qu’on a manqué. En rêve, il fait aussi partie du spectacle. Le matin, nous nous sommes applaudis les uns les autres, longtemps, les acteurs, eux sur le plateau épuisés, amaigris, et nous saisis par le jour et par les premiers bruits de la ville, « dehors ».

Ce qu’on attend du théâtre, en grand. Ces surprises, ce travail technique et intellectuel, cette pensée du corps qui en font un art et dont la rencontre est décisive. Nous n’allons pas ouvrir ici une « place des héros » où hommage serait rendu à tous ceux qui nous ont donné cette ouverture, cet éblouissement qui n’aveugle pas.  Le théâtre n’a  rien d’autre à faire que nous enthousiasmer, c’est à dire nous emmener sur l’Olympe, y compris par le rire et la légèreté. L’intelligence avec l’irritation qu’elle peut provoquer, parce que nous, nous n’avions rien vu venir et que nous nous accrochons à nos vieilles convictions. On n’en demandera pas moins à une représentation théâtrale, quand elle va pouvoir avoir lieu et temps, avec une présence vivante, échappant avec vigueur à une télécommande qui pourrait l’éteindre…

Trêve de lyrisme. Comme le dit Jean-Luc Godard, toujours cité : «Le cinéma construit de la mémoire et la TV fabrique de l’oubli.» Le théâtre, lui aussi, construit de la mémoire, pour chacun, une mémoire bâtie sur un subtil édifice fait de crainte et d’admiration. Mais il faut cette crainte, cette fragilité du moment…

Christine Friedel

Les confinés parlent aux futurs déconfinés…

Les confinés parlent aux futurs déconfinés…

Une de nos fidèles lectrices professeur à la retraite (qui sait ce dont elle parle) nous a gentiment communiqué le protocole sanitaire mis au point par les services du Ministère de l’Education nationale pour  la rentrée scolaire à partir du 11 mai. Quels sont les signataires de ce texte génial qui en reconnaissent quand même les difficultés d’application?

 ancienne salle de classe

ancienne salle de classe

Nous tenions à vous en offrir un extrait savoureux et  nous souhaitons un immense courage à ceux qui seront chargés de l’appliquer dans une classe de maternelle ou primaire, même avec la moitié des élèves… Vive la République et vive la France !

« Le lavage des mains est essentiel. Il consiste à laver à l’eau et au savon toutes les partes des mains pendant trente secondes, avec un séchage soigneux si possible avec une serviette en papier jetable ou sinon à l’air libre. Les serviettes à usage collectif sont à proscrire. A défaut de disposer de points d’eau en nombre suffisant, et si les mains ne sont pas visiblement sales, l’utilisation d’une solution hydro-alcoolique peut être envisagée, y compris pour les plus jeunes sous le contrôle étroit d’un adulte.
Le lavage doit être réalisé, à minima :     A l’arrivée ;
    Avant de rentrer en classe, notamment après les récréations ;     Avant et après chaque repas ;     Avant d’aller aux toilettes et après y être allé ;     Après s’être mouché, avoir toussé, avoir éternué ;
    Autant que de besoin, après avoir manipulé des objets possiblement contaminés ;
    Le soir avant de rentrer chez soi. Les échanges manuels de ballons, jouets, crayons et. doivent être évités ou accompagnés de modalités de désinfection après chaque utilisation.
Le respect des gestes barrières en milieu scolaire doit faire l’objet de sensibilisation, d’une surveillance et d’une approche pédagogique adaptée à l’âge de l’élève. La sensibilisation des parents est aussi prépondérante dans la continuité des messages sur l’application permanente de ses règles.
Le port du masque
Les autorités sanitaires recommandent le port du masque anti-projection, également appelé masque «grand public». Le ministère de l’éducation nationale mettra donc à disposition de ses agents en contact direct avec les élèves au sein des écoles et des établissements des masques dit «grand public» de catégorie 1 (filtration supérieure à 90%) dès le 11 mai à raison de deux masques par jour de présence dans les écoles et établissements.
Il appartient à chaque employeur de fournir en masques ses personnels en contact direct avec les élèves ainsi que les personnels d’entretien et de restauration. »

 

Quelques petits cadeaux à saisir (suite et non fin)

 

Quelques petits cadeaux à saisir (suite et non fin)

Le Théâtre de l’Unité

Ne ratez pas ce bon documentaire sur le Théâtre de l’Unité dirigé par Hervée de Lafond et Jacques Livchnine. Créé en 1968- eh!oui déjà!- il a été le pionnier du théâtre de rue avec, entre autres Noces et banquets un spectacle créée au festival d’Avignon, La 2 CV Théâtre, pour deux spectateurs à l’intérieur de la voiture et beaucoup d’autres à l’extérieur…220px-La_2cv_théatre

Mais aussi La Célébration de la guillotine créée au festival d’Aurillac, Le Théâtre pour chiens, etc. et plus récemment Vania à la campagne, une version du célèbre Oncle Vania d’Anton Tchekhov mise en scène dans un pré, comme à Porrentruy en Suisse ou Macbeth dans une forêt près d’Audincourt, là où est établi le Théâtre de l’Unité. Tous les mois d’hiver et de printemps, a lieu en salle, un kapouchnik, un cabaret conçu le jour même par une bande d’acteurs sur l’actualité politique, très drôle et d’une remarquable causticité qui fait un tabac à Audincourt voir Le Théâtre du Blog).

Extraits du Gala Monteverdi, direction d’Emmanuelle Haïm, à la tête du Concert d’Astrée Mais attention c’est encore pour quelques heures exclusivement ce samedi 2 mai.

Photo X

Photo X


C’est un bonheur d’entendre ces extraits du concert filmé à sa création en 2014 au Théâtre des Champs-Elysées, avec Rolando Villazón ténor, Magdalena Kožená, mezzo-soprano, Topi Lehtipuu, ténor, Katherine Watson, soprano, Lenneke Ruiten, soprano, Emiliano Gonzalez-Toro, ténor, et Nahuel Di Pierro basse.

www.theatrechampselysees.fr

Philippe Caubère

Pour ceux qui voudraient voir ou revoir Philippe Caubère et son personnage devenu fameux de Ferdinand. Cet ancien acteur du Théâtre du Soleil, qui va avoir soixante-dix ans, même si ses derniers spectacles étaient moins convaincants ou franchement médiocres (voir Le Théâtre du blog) , aura porté haut le seul en scène, avec juste un ou deux accessoires. Il aura été un exemple de professionnalisme et de rigueur pour de nombreux comédiens qui se sont lancés dans des solos.

Philippe du Vignal

https://vimeo.com/413642549Photo X

Entretien avec Nicolas Royer, directeur de l’Espace des Arts-Scène Nationale de Chalon-sur-Saône

 

Entretien avec Nicolas Royer, directeur de l’Espace des Arts-Scène Nationale de Chalon-sur-Saône

-Nos lecteurs avaient beaucoup apprécié la réponse que vous aviez faite à Matthias Langhoff (voir Le Théâtre du Blog) et cela donne envie d’ en savoir plus sur la vie actuelle de cette maison que vous dirigez depuis octobre dernier…

Photo X

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-Vous vous en doutez… Pour tous les directeurs de lieux comme le nôtre, la situation est difficile et c’est un euphémisme. Le bâtiment est fermé au public mais on continue à y travailler: le service de comptabilité reste ouvert pour assurer les salaires et on fabrique des masques -déjà plus de 1.400- pour les premiers de cordée à Chalon: éboueurs, personnel de crèche, etc… Et nous avons mis les appartements d’artistes à disposition de infirmières, médecins et personnel soignant de l’hôpital pour qu’ils ne soient ps obligés de rentrer chez eux: cela  leur fait gagner un temps précieux. Et tous les soirs, de 18h à 22h, on allume le grand lustre à leds du hall, pour dire que l’Espace des Arts reste vivant.

-Et après le 11 mai?

- Le déconfinement aura bien lieu chez nous mais avec toutes les limites draconiennes de sécurité. Cela me semble gérable: nous avons 14.000 m2 à notre disposition. Le télétravail restera de mise pour ceux de mes collaborateurs qui le peuvent. Et il faut quant à moi que je fasse tout un plan de reports possibles ou d’annulations des spectacles déjà programmés. Pas simple mais Bonnet blanc ou Blanc bonnet, un projet de Matthias Langhoff avec son très ancien complice Manfred Karge reste programmé  avec le grand acteur François Chattot et Emmanuelle Wion qui a beaucoup joué avec Langhoff (Dans la jungle des villes de Bertolt Brecht, Femmes de Troie d’après Euripide, L’Inspecteur Général de Gogol, Lenz, Léonce et Léna de  George Büchner). On attend le décor pour le 11 mai. Mais il y aura un protocole sanitaire très contraignant. C’est le prix à payer pour assurer cette création…

Par ailleurs, Léna Bréban mettra en scène un cabaret d’une cinquantaine de minutes qui aura lieu à partir du 21 mai, avec six comédiens-chanteurs -dont  Alexandre Zambeaux- qui sont aussi musiciens et qui savent danser, au pied des E.P.H.A.D de Chalon. Leurs résidents assisteront au spectacle depuis leur balcon. Ce projet est travaillé en amont avec un médecin généraliste pour développer une certaine forme d’interactivité avec le public. Le spectacle sera filmé  puis envoyé aux résidents. C’est une expérience à travailler avec souplesse car les paramètres ne sont plus du tout les mêmes et les répétitions ont lieu sur une surface de quelque 200 m2 pour que les interprètes n’aient pas de contact physique…

- Et l’histoire du festival d’Avignon cette année?

- Il faudrait sans doute que notre  Ministère de tutelle, celui de la Culture dise enfin comment il entend accompagner, repenser un festival comme celui-ci soumis que ce soit le in mais surtout le off  à un système ultra-libéral à bout de souffle. Et la situation ne peut que s’aggraver si on ne prend pas de mesures radicales.  Il y a un beau passage  là-dessus dans la lettre que Matthias m’avait envoyée (voir Le Théâtre du blog).  Et les prix de location des appartements et des salles  pratiqués depuis un bonne dizaine d’années à Avignon intra-muros et que vous citiez dans un précédent article, tiennent du scandale. Mais il faut aussi plutôt que tout attendre de l’Etat, que le secteur culturel se mobilise contre des pratiques plus que douteuses pour réussir enfin à faire émerger une demande artistique et citoyenne de production et de diffusion. Il faut que cesse cette mercantilisation à outrance où on  oublie  l’art et le besoin d’expériences au théâtre,  mais souvent aussi le public…

- Comment voyez-vous le spectacle français à l’horizon 2021?

- Cela peut vous surprendre mais plutôt bien… Je suis peut-être naïf et optimiste mais cette immense crise une fois passée obligera dans quelques mois les artistes à être plus réactifs. Mais  bon, si des acteurs un peu âgés et/ou qui ne sont pas dans un très bon état de santé, ne veulent pas prendre de risques en venant jouer, il ne faudra prendre aucun risque et trouver des solutions. Un vaccin contre le corona, n’est pas, on le sait pour demain… Autre crainte souvent évoquée par des directeurs de lieux comme le nôtre: le public voudra-t-il revenir, disons en septembre?  Devant cette situation inédite, nous devrons inventer, inventer encore un nouveau champ économique situé entre deux extrêmes, dit avec juste raison, Matthias Langhoff.

- Et dans le reste de la France, comment voyez-vous les choses?

- Les théâtres à Paris qui programment des spectacles avec des vedettes comme Isabelle Huppert,  le Théâtre National de la danse à Chaillot, etc. pourront s’en sortir ,comme les Centres Dramatiques Nationaux et les Scènes Nationales.  Loi oblige, ils doivent avoir un fond de réserve, ce qui permet de mieux affronter l’avenir. Le cas des compagnies indépendantes comme celles de Pauline Bureau ou Julien Gosselin est différent  mais elles ont quand même des portes de sortie. Quant au vivier que représentent les petites compagnies régionales soutenues par les collectivités territoriales et et les grandes Régions, cela sera beaucoup plus difficile si elles n’ont pas la capacité de se réinventer!  Il faut bien voir aussi que c’est toute une richesse potentielle qui risque de disparaître en quelques années du paysage théâtral. Il faudra trouver des commandes et sans doute aussi modifier un système artistique devenu pervers. On peut citer le cas de compagnies à qui le dossier d’aide de la Région a été déclaré irrecevable au motif qu’elles n’avaient pas de contrat signé! Et il faut bien savoir qu’actuellement, quand un lieu refusera un projet artistique, pour beaucoup de compagnies cela équivaudra le plus souvent à un arrêt de mort…

Pour nous, la saison 2020-2021 avait été déjà programmée et s’il faut procéder à des annulations, on le fera avec le plus grand discernement, même si parfois, il faudra couper la poire en deux. L’essentiel à mes yeux est que personne n’y perde. Il y a ici trente permanents et vingt intermittents…

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Mais Sébastien Martin, le président de la Communauté d’agglomération nous a tout de suite apporté son soutien et il n’y aura pas chez nous de chômage partiel. “On n’a pas, dit-il, refait entièrement tout ce théâtre pour avoir trois jongleurs sur son parvis!”

Philippe du Vignal

Espace des Arts-Scène Nationale, 5 bis avenue Nicéphore Nièpce, Chalon-sur-Saône. T. : 03 85 42 52 12

 

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