Dan Da Dan Dog de Ramus Lindberg, traduction de Marianne Ségol-Samo et Karin Serres, mise en scène de Pascale Daniel-Lacombe

Dan Da Dan Dog de Ramus Lindberg, traduction de Marianne Ségol-Samo et Karin Serres, mise en scène de Pascale Daniel-Lacombe

Dans un espace nu, quelques meubles et accessoires sur des praticables, dont au début une toute petite-tombe avec une croix en bois et de grosses bougies et à jardin, un grand fauteuil à une place et demi qui tourne sur lui-même embarquant dans sa course Edith et Le Grand père d’âge mûr.
Et des rails très visibles pour faire glisser du fond à l’avant-scène des éléments de décor et à la fin, une passerelle. Une remarquable scénographie de Philippe Casaban et Eric Charbeau en parfait accord avec le texte. Dans la pénombre tous les personnages sont là, en rang et face public, les grand-parents, Amanda leur petite-fille, Kenny, son petit ami, Herbert, le médecin d’Edith, Le Papa pasteur, Sofia et, un chien Sunny figuré par une balai à essorer.
Bagarre entre les jeunes gens, une balle tue le chien d’Herbert qu’il a sur ses genoux. Arrive un cancer, mais le médecin ne croit pas en grand chose, un prêtre est paumé et une jeune femme voudrait bien savoir où elle est dans un monde où personne ne semble être à sa juste place. Très vite aura eu lieu l’enterrement du Grand-Père avec une oraison funèbre dite par le Papa Pasteur: « Mm, Johan Ersmark était un homme très apprécié de tous. Aimé de sa femme Edith, aimé de son enfant, un grand-père aimant pour Amanda. Mm. Aujourd’hui, nous nous rassemblons en ce lieu pour nous souvenir ensembleNous nous souvenons de lui en tant que trésorier de l’association des retraités. Mm. Mais aussi en tant qu’entraîneur de l’équipe de football des poussins. Mm. Et comme de quelqu’un de toujours prêt à rendre service… Mm. Un homme exemplaire. Notre tristesse est grande. (…) Et il conclut assez vite: Nous terminerons par le chant n° 214 :La Parole des cieux. Merci d’être venus si nombreux aujourd’hui. Je sais que beaucoup d’entre vous viennent de loin. Occupez-vous les uns les autres, partagez votre tristesse et n’oubliez pas que la vie continue. Il faut que je rentre chez moi. «

Ce n’est pas une pièce facile  et il ya une valse à trois temps entre le passé, le futur, et un pauvre présent qui ne semble ne plus très bien savoir quel place il peut encore occuper. .. Bousculade de sentiments et d’événements avec un chien au centre de l’action. Bref, il y a du noir et au public de faire avec mais, comme la machine fonctionne, il fait avec cet ovni qui ne peut laisser indifférent malgré quelques petites longueurs. Et comme Pascale Daniel-Lacombe dirige avec une grande précision Mathilde ViseuxElsa MoulineauMathilde PanisÉtienne KimesLudovic ShoendoerfferJean-Baptiste Szezot et Étienne Bories, il faut simplement accepter de se laisser porter. C’est toujours un plaisir de découvrir un auteur étranger et la mélancolie fait aussi partie de l’ art de vivre. « Tu sais ce que c’est la mélancolie? disait Christian Bobin, récemment disparu, Tu as déjà vu une éclipse ? Eh! bien, c’est ça : la lune qui se glisse devant le cœur, et le cœur qui ne donne plus sa lumière. »

Philippe du Vignal

Spectacle joué vu le 25 et les 26 janvier au Centre d’Animation de Beaulieu, Poitiers.

Le texte de la pièce, adapté de Le Mardi où Morty est Mort, est publié aux éditions Espaces 34.

Du 6 au 9 mars 2024, Théâtre de L’Union -C.D.N. de Limoges ( Haute-Vienne).
Du 13 au 16 mars 2024 ,Le Préau C.D.N. de Vire ( Calvados).

 

 

 


Archives pour la catégorie critique

Familie

Familie, mise en scène de Milo Rau (en néerlandais surtitré)
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© Michel-devijve

Depuis la naissance du théâtre, la famille est le lieu privilégié de la tragédie et, pour ce premier volet de sa Trilogie de la vie privée, le metteur en scène et directeur du Théâtre national de Gand a reconstitué « un crime de famille », selon lui fréquent, en Belgique. Avec ici à Calais en 2007, le suicide collectif d’une famille apparemment banale : les Demeester. Rien de sanglant ni de violent dans ce drame, comme dans Five Easy Pieces, une pièce sur l’affaire du tueur pédophile Marc Dutroux,qu’il avait créée en 2016. À Calais, les parents et leurs deux filles se sont pendus ensemble et en toute sérénité, semble-t-il.

Milo Rau examine ce geste inexplicable à la loupe, à travers une autre famille ordinaire: Filip Peeters et son épouse, An Miller et leurs deux filles. Les parents- qui sont acteurs- et Léonce, l’aînée, Louisa, la cadette, se glissent dans la peau de ces suicidés, tout en s’inspirant de leur propre quotidien.

Une maison en coupe sur toute la largeur de scène : derrière une grande baie vitrée, la cuisine et la salle de bains en premier plan et, au fond, chambres, salon, et salle à manger. Au loin, on entend la mer, le vent, et les oiseaux. Dans cet antre naturaliste, encombré d’objets, certaines scènes, jouées à l’intérieur, ne sont visibles que sur écran, par le truchement d’une caméra. An fait le ménage ou prend une douche, les filles révisent une leçon d’anglais, et Filip prépare le dîner. Même menu, odeurs de cuisine comprises, que chez les Demeester, avant le drame rapporté par l’enquête. Ce dernier repas des plus banals, avec une conversation à bâtons rompus, ne laisserait en rien deviner la suite tragique, si elle n’avait été annoncée d’avance. 
Milo Rau, qui a étudié l’anthropologie auprès de Pierre Bourdieu, explore quelles fractures, dans une famille de la classe moyenne occidentale, peuvent mener à cette issue fatale. «Discrète, soudée et sans problèmes apparents, rapporte la presse locale. À Coulogne, une petite ville de 6. 000 habitants, personne ne comprend le geste de ceux qui ont été retrouvés pendus, jeudi soir, sous la véranda de leur domicile. »Seul indice : une lettre laissée par les Demeester : «On a trop déconné, pardon. »  De quoi se sentaient-il coupables?

Chez les Peeters-Miller, en revanche, tout va bien mais la fille aînée qui a parfois envisagé le suicide à des moments de dépression, nous lit des extraits de son journal intime, à l’avant-scène, en gros plan sur un écran qui relaie aussi les infimes faits et gestes de la famille, et le titre des séquences qui rythment la pièce : Tuer le Temps, Le Dîner en famille, Le dernier Déménagement…

En reconstituant par le menu la scène de crime, Milo Rau joue sur des effets de miroir entre deux réalités familiales : « Il n’y a pas de fiction, précise-t-il, tout est vrai dans ce que les acteurs racontent sur leur propre vie. » Et tout est vrai aussi dans la narration de ce fait-divers : « Nous avons interrogé la police, dit-il, les journalistes, les voisins, la famille. (…)Et es acteurs sont allés sur les traces des Demeester à Calais. Nous en voyons des images dans la pièce. » Il applique ici l’art de la mimésis qu’il prône dans son essai ,Vers un réalisme global, c’est à dire « l’imitation du réel jusque dans les moindres gestes ». 
Bien qu’interpellés par l’histoire tragique de ces pendus et en attendant qu’elle soit élucidée, nous sommes tenus à distance par l’artifice de sa représentation… Une équation troublante, que démultiplie une abondante vidéo, parfois trop systématique. Ce naturalisme au carré produit à la longue, une saturation et le repas d’adieu, en forme de cérémoniel macabre, traîne un peu en longueur. 
Nous avons eu du mal à vibrer avec ces personnages qui, face à la mort, nous interrogent sur notre attachement à la vie, au sens où Pierre Bourdieu l’entend : « Voué à la mort, cette fin qui ne peut être prise pour fin, l’homme est un être sans raison d’être. La société dispense les justifications et les raisons d’exister. » Reste à chacun à trouver sa place dans cette démarche originale et ce travail méticuleux qui tranchent avec les habituels spectacles documentaires. 
Mireille Davidovici

Du 10 au 12, et du 17 au 19 février (en alternance avec Grief and Beauty) , Théâtre de la Colline, 15 rue Malte-Brun, Paris (XX ème). T. 01 44 62 52 52

Et si tu danses,texte de Mariette Navarro, chorégraphie de Marion Lévy (à partir de quatre ans)

Et si tu dansestexte de Mariette Navarro, chorégraphie de Marion Lévy (à partir de quatre ans)

 C’est la première fois que la chorégraphe crée une pièce pour de très jeunes spectateurs et elle a imaginé avec l’autrice un spectacle interactif : une invitation à danser…Un promeneur entre lentement et se délestant de ses godillots et de son sac à dos, va ramasser des cailloux qui jonchent le plateau. Il est ramasseur de pierres, dit-il, et son histoire a commencé ici. Il s’appelle Poucet et explique comment ces cailloux l’ont aidé à traverser son enfance. Il s’adresse directement aux enfants : comme eux, quand il était petit, il lui est arrivé de se perdre dans un supermarché ou de se couronner les genoux en tombant de vélo… Autant de petits bobos ou chagrins qui ont laissé des cicatrices en souvenir et les très jeunes spectateurs sont invités à s’y reconnaître.

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© Julie Mouton

Le danseur leur demande par exemple de se souvenir de leurs peurs, d’en parler, ou les incite à imiter sa gestuelle ou à lui montrer un mouvement qu’il intègrera à la chorégraphie …. «J’ai grandi encore./ Je suis devenu plus grand que mes parents,/ Le vent n’arrivait plus à me soulever/ Mais il avait encore envie de jouer avec moi. /Il m’a appris la Danse des sept lieues./Comment c’était ?/ Comment il fait déjà le vent ? / Tu peux m’aider ?»

Pour écrire ce solo, Mariette Navarro s’est inspirée des anecdotes d’enfance racontées par le danseur Stanislas Siwiorek. L’histoire du Petit Poucet court en filigrane mais ici, pas de parents « abandonneurs », ni d’ogre… Juste de minuscules dangers à affronter et Poucet ne ramasse des pierres que pour aider les autres à retrouver le chemin de leurs réminiscences. «C’était toujours la même histoire avec moi : toujours je me perdais, toujours je me retrouvais. Un coup de vent : perdu. Un deuxième coup de vent : retrouvé. »
Au fil du texte, un peu trop abondant par rapport aux moments dansés, Stanislas Siwiorek nous offre un solo léger  et il s’envole comme plume au vent, tout à son bonheur de bouger et partager son histoire et ses sensations…

Marion Lévy est, entre autres, directrice du Rebond, un lieu de création artistique à Pommerit-le-Vicomte (Côtes-d’Armor). Depuis quelques années, elle mène un travail régulier avec Mariette Navarro, pour réaliser des spectacles qui mêlent danse et texte. Et si tu danses créé au festival Odyssées en Yvelines, est une petite forme à jouer partout, sans lumière ni décor. La présence des enfants suffit à faire advenir la pièce: « Vous êtes une jolie forêt de visages, leur dit Stanislas Siwiorek. C’est plus joli avec vous, ici. Je suis content que tu sois là, petite forêt d’enfants. Tu es comme une forêt d’arbres, en mieux. » Et la petite forêt de bouger avec lui, mue par ce désir spontané de courir et danser propre à l’enfance et que bien des adultes semblent avoir oublier.

 Mireille Davidovici

Du 25 au 29 janvier, Théâtre de la Ville-Espace Cardin, 1 avenue Gabriel, Paris (VIII ème). T. 01 42 74 22 77.

Du 8 au 10 février, Festival Nijinskid, Saint-Herblain et en Loire-Atlantique ;  du 14 au 17 février, L’Orange bleue, Eaubonne (Val-d’Oise) ; du 20 février au 4 mars, Côté Cour, Besançon (Doubs) et dans la région.

Du 13 au 17 mars, L’Empreinte, Brive (Corrèze) ;  du 20 au 24 mars, La Passerelle, Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor) ; les 24 et 25 mars, Centre Houdremont, La Courneuve (Seine-Saint-Denis) ; du 29 au 31 mars, Théâtre de Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne). 

Du 3 au 5 avril, Le Totem, Avignon (Vaucluse); du 12 au 15 avril, Opéra de Paris (Paris XII ème)) ; du 17 au 20 avril, Théâtre-Sénart, Lieusaint (Seine-et-Marne) ; du 24 au 28 avril, Le Moulin du Roc, Niort (Deux-Sèvres).

Du 2 au 5 mai, Paimpol, Programmation du Théâtre du Champ au Roy, Guingamp (Côtes-d’Armor) ; du 9 au 12 mai, La Passerelle, Saint-Brieuc et du 16 au 17 mai, Théâtre du Champ au Roy, Guingamp (Côtes- d’Armor) ; du 23 au 27 mai ,Très tôt théâtre, Quimper (Finistère)

Perfetti sconosciuti (Parfaits inconnus) de Paolo Genoveze, traduction d’Eléonore Meléti, mise en scène de Petros Lagoutis et Giorgos Pyrpassopoulos

Le premier article de l’année 2023 et le 7.902 ème du Théâtre du Blog. Bonne année théâtrale à Nektarios-Georgios Konstantinidis, notre correspondant grec et merci pour leur fidélité à tous nos lecteurs en Grèce mais aussi  à l’étranger et en France…

Ph. du V.

Perfetti sconosciuti (Parfaits inconnus) de Paolo Genoveze, traduction d’Eléonore Meléti, mise en scène de Petros Lagoutis et Giorgos Pyrpassopoulos

©Katerina Misixroni

©Katerina Misixroni

Le film, une comédie dramatique du réalisateur et scénariste italien ( 2016) a fait l’objet de dix-huit «remakes» en Espagne, Chine, Japon, Allemagne, Turquie, etc. et en Grèce sous le titre Teloioi xenoi de Thodoris Atheridis (2016) et peu après  Le Jeu du Français Fred Cavayé. À l’occasion d’une éclipse de lune à Rome qu’ils vont observer depuis la terrasse de leur appartement, Eva et Rocco reçoivent à dîner leurs amis de toujours: Bianca et Cosimo, Carlotta et Lele, et Peppe qui lui, a divorcé et qui va leur présenter son amie. Mais il arrive seul, au prétexte qu’elle est souffrante.

À l’apéritif, on évoque un couple d’amis qui s’est récemment séparé à la suite d’une tromperie découverte grâce à un texto. Ils voient que les portables sont devenus autant de «boîtes noires » et se demandent alors combien de couples se sépareraient si chacun avait accès à celui de l’autre. Eva propose, malgré la gêne perceptible de certains de ses amis, de jouer au jeu de la vérité, le temps de la soirée: chacun posera son téléphone sur la table et toute conversation, message ou appel reçu sera lu et/ou écouté par tous. Le jeu commence innocemment et le côté festif et amical est un temps préservé, puis malentendus et imprévus vont tout bouleverser. L’intimité de ces personnages est révélée, malgré eux ou avouée avec soulagement et surgissent alors des secrets bien enfouis… Jusqu’au désastre final où couples et amitiés seront détruits.

Petros Lagoutis et Giorgos Pyrpassopoulos soulignent dans leur mise en scène, l’addiction actuelle au portable avec envoie de textos, photos ou messages. Le décor et les costumes, de belles lumières et un rythme soutenu aident à créer le comique et ces fameux acteurs grecs jouent brillamment ce spectacle, à la fois brillant, amer et cynique. Le public rit mais est aussi ému… et parfois dégoûté. Une comédie pour les familles mais qui nous fait aussi réfléchir sur la complexité des relations humaines et la fidélité conjugale!

Nektarios-Georgios Konstantinidis

Théâtre Athina, 10 rue Derigni, Athènes. T. : 0030210 8237330

Jamais plus, (Quand la jeunesse allemande se soulève, hommage à la Rose blanche), texte et mise en scène de Geoffrey Lopez

Jamais plus, (Quand la jeunesse allemande se soulève, hommage à la Rose blanche), texte et mise en scène de Geoffrey Lopez

 

Comme l’indique le sous-titre, ce monologue, interprété par Antoine Fichaux, raconte le destin tragique d’étudiants allemands entrés clandestinement en résistance contre le régime nazi. Leur organisation, La Rose blanche, fondée au printemps 1942 à Münich par Hans Scholl et Alexander Schmorell, refuse la dictature du III ème Reich et la guerre. Ils impriment des tracts qu’ils distribuent dans

© Léo Paget

© Léo Paget

plusieurs villes pour réveiller les consciences et alerter des crimes commis par les nazis : «Depuis la mainmise sur la Pologne, trois cent mille Juifs de ce pays ont été abattus comme des bêtes. C’est là, le crime le plus abominable perpétré contre la dignité humaine, et aucun autre dans l’Histoire ne saurait lui être comparé.» Ces étudiants seront presque tous arrêtés et, après des procès-éclairs, assassinés en 1943,

 Geoffrey Lopez, pour raconter cette histoire peu connue, introduit un personnage fictif, Franz Weissenrabe, condamné à mort dont on va suivre l’itinéraire jusqu’à la prison de Münich. Le jeune homme, la veille de son exécution, écrit à sa mère pour lui dire sa fierté d’avoir rompu avec les jeunesses hitlériennes et être entré en résistance. Il explique comment il a été séduit, enfant, par la nazisme, puis ce qui l’a amené à rejoindre un groupe d’étudiants antifascistes dont Hans et Sophie Scholl. Il relate leurs actions, le contenu des tracts qu’ils ont distribués aux quatre coins du pays, puis leur arrestation et le procès que présida Roland Freisler, juriste soumis au III ème Reich, venu spécialement de Berlin.

L’auteur,  dont c’est la troisième pièce, s’appuie sur des documents historiques et nous fait revivre, une heure durant, la brève existence de Franz. Antoine Fichaux incarne tout d’abord un adolescent convaincu de sauver l’Allemagne en suivant Hitler, son dieu. L’acteur se glisse dans la peau d’un garçon facilement endoctriné par ses professeurs et qui ira jusqu’à dénoncer son père… La prise de conscience est brutale et voilà le jeune homme luttant pour un autre idéal.

On le voit partir à contrecœur sur le front de l’Est et, quand il revient de Stalingrad, encore plus convaincu de la légitimité de ses actions. L’acteur se coule dans son personnage et, jusqu’au bout, grâce à l’écriture quasi-documentaire de Geoffrey Lopez, nous pouvons croire que ce Franz Weissenrabe fait partie de l’Histoire allemande, au même titre que Hans et Sophie Scholl, ses modèles. L’auteur lui prête les propos de Hans Scholl, adressés à ses geôliers: « Dans quelque temps, c’est vous qui serez à notre place. »

Nous assistons avec lui au procès et à la condamnation des membres de la Rose blanche pour «haute trahison et connivence avec l’ennemi, incitation à la haute trahison, atteinte à l’effort de défense». La mise en scène, très sobre, est fondée sur le texte et le jeu de l’acteur: Avec quelques accessoires, et un jeux de lumières, elle convoque les fantômes de ces résistants trop vite oubliés de ce côté-ci du Rhin. Un témoignage émouvant à la mémoire de ceux qui ont payé de leur vie, le courage de dire: non!

Au total,  seize membres du réseau furent exécutés ou déportés. Il faut entendre leur message : « Prouvez par l’action que vous pensez autrement ! Déchirez le manteau d’indifférence dont vous avez recouvert votre cœur! Décidez-vous avant qu’il ne soit trop tard.» Une parole universelle qui résonne dans cette petite salle, ouverte depuis 2007 dans le  grenier du Théâtre des Variétés.

 Mireille Davidovici

 Jusqu’au 26 mars, du jeudi au dimanche, Petit Théâtre de Variétés, 7 boulevard Montmartre, Paris (II ème). T. : 01 42 33 09

 

Luis Olmedo, un parcours…

Luis Olmed, magicien

-Quel a été votre parcours ?

 

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Je me souviens avoir regardé une émission: Nada x Aquí, avec Jandro, Piedrahíta, Jorge Blass Junke et Inès; j’ai alors su que je ferai de la magie. Je ne voulais pas savoir par curiosité mais pour faire! Mais quand un ami m’a montré un tour, je lui ai demandé comment je pourrais apprendre et il m’a conseillé Cartomagia fondamental (1993) de Vicente Canuto. J’ai donc commencé avec ce livre et j’ai aussi lu ensuite La magie d’Ascanio. Je regardais tout ce que je pouvais sur YouTube et ce que faisaient des magiciens proches de moi. J’ai aussi revu avec d’autres yeux…toutes les émissions de Nada x aquí.

Par chance, j’ai rencontré des gens très généreux et d’excellents professeurs m’ont beaucoup aidé comme Dani Daortiz, Juan-Luis Rubiales, Miguel Ajo, Gabi Pareras… Certains sont devenus des amis comme Mario López ou Pipo Villanueva avec lesquels je travaille sur quelques idées. Mais pour être honnête, je me suis parfois demandé si ce que je faisais était d’un niveau suffisant: une bonne chose pour avancer et continuer à apprendre…

-Et aujourd’hui?

Je joue pour des magiciens. En Espagne,avec mon spectacle de close-up dans les théâtres et festivals avec images-caméra. Je fais des conférences et anime des ateliers mais je travaille aussi chez des particuliers et pour des entreprises.

-Qui a vous a influencé et pour réussir, que faut-il surtout ?

Des artistes comme Dani Daortiz, Juan Tamariz, Juan Luis Rubiales… et bien sûr, Gabi Pareras. Je suis attiré par les styles poétiques, clairs et directs pour le public et j’ai aussi été influencé par le photographe Chema Madoz, le dramaturge Ramón María del Valle-Inclán, le compositeur Hans Zimmer, les peintres Pablo Picasso et René Magritte, et le magicien Miguel Angel Gea. Passion, travail et partage de connaissances : c’est essentiel.  Il faut aussi être critique envers soi-même. Nous vivons un très bon moment pour la magie. Les nouvelles générations travaillent dur. Et Internet est un moyen efficace pour se connecter avec les autres et avoir de nouvelles façons de faire.
Mais nous devons être patients et choisir ce que nous lisons et regardons! Nous sommes submergés d’informations et alors nous oublions parfois l’essentiel. Très important aussi: lire, regarder et écouter en dehors de la magie: si notre propre monde est plus grand, nous pouvons donc générer d’autres sensations…

Sébastien Bazou

Entretien réalisé le 30 novembre.

(https://luisolmedo.com/

Comédiens, livret d’Eric Chantelauze, mise en scène de Samuel Sené

Comédienslivret d’Eric Chantelauze, mise en scène de Samuel Sené

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© Philippe Escalier

Cette comédie musicale convoque habilement le théâtre dans le théâtre, avec une mise en abyme où une parodie de vaudeville glisse vers une tragédie. A Paris, au lendemain de la dernière guerre, Pierre, metteur en scène, Coco, son épouse et Guy qui remplace un acteur accidenté, s’apprêtent à jouer Au Diable vauvert. Ils vont inaugurer un nouveau théâtre mais le décor n’est pas arrivé, Guy ne sait pas son texte…  Avant le lever de rideau, il leur faut encore répéter et la tension monte entre Pierre, metteur en scène de province qui joue aussi un mari cocu, et sa femme qui interprète une épouse infidèle. La représentation commence mais coup de théâtre …

 Sur la musique de Raphaël Bancou, les chansons lestes d’Eric Chatelauze collent au style de la comédie un peu ringarde dont nous voyons quelques scènes-clés. Entre les scènes encore en répétition, se joue une autre pièce : le passé parisien de Coco ressurgit et dérange le couple qu’elle forme avec Pierre. La jalousie s’insinue avec l’irruption de la Desdémone d’Othello, un rôle qu’un ancien amant propose à Coco…

 Dans un décor de bric et broc, Pierre improvise une mise en scène à l’image d’un théâtre de tréteaux d’antan. Nous rions des gags et vieilles ficelles de cette comédie à quatre sous en préparation. Un exercice difficile réussi à la perfection et cette parodie est joyeusement interprétée par Marion Preïte, en coquette outrée. Elle chante aussi bien qu’elle joue et ce rôle lui a valu le Trophée de la comédie musicale en 2018. A ses côtés, Cyril Romoli, excellent pianiste, s’amuse à interpréter plusieurs personnages caricaturaux. Fabian Richard incarne un mari jaloux, à l’inverse du cocu aveuglé par l’amour de la pièce…

Comédiens, attribué à Léon Roussin, un auteur fictif du XlX ème siècle, s’inspire de Paillasse, opéra en deux actes de Ruggero Leoncavallo, père de l’opéra vériste, qui a été créé en 1892 à Milan et dont l’argument serait tiré d’un fait divers jugé par le père de l’auteur : l’histoire d’une troupe itinérante en Calabre. Son directeur, fou de jalousie, confond son rôle de Paillasse, mari bafoué de la commedia dell’arte, avec sa vie personnelle et tuera sa femme en pleine représentation.

La pièce renoue avec la tradition du théâtre dans le théâtre et la mise en scène alterne les codes de l’écriture comique de cette époque et celle, réaliste, de la représentation. Les allers et retours entre deux styles de jeu -outré pour le vaudeville, et terre à terre pour les scènes contemporaines- sont très bien maîtrisés par Samuel Sené. Il forme un trio bien rôdé avec ce metteur en scène, Eric Chantelauze et Raphaël Bancou. Comédiens, créé au Théâtre de la Huchette en 2018, se joue en alternance avec Contretemps, réalisé par la même équipe, et qui promet autant de plaisir. Une belle fin d’année musicale à l’Artistic Théâtre…

Mireille Davidovici

Jusqu’au 25 décembre, Artistic Théâtre, 45 bis, rue Richard Lenoir, Paris (XlX ème). T. : 01 43 56 38 32.

 

Strip, au risque d’aimer ça, texte, mise en scène de Julie Benegmos et Marion Coutarel

Strip, au risque d’aimer ça, texte, mise en scène de Julie Benegmos et Marion Coutarel

Ces jeunes actrices restituent parole et points de vues de celles qui ont été un temps strip-teaseuses. Julie en ayant fait l’expérience personnelle au Théâtre Chochotte. «Une façon, dit-elle, de faire découvrir une réalité sous un angle de vue qu’il est impossible de vivre dans la réalité de nos vies quotidiennes. (…) Un club de striptease est un lieu qui génère de nombreux fantasmes. Mais on ne se doute pas que c’est en premier lieu, un monde où hommes et femmes se découvrent et se rencontrent.»

Déjà à la fin du XIXème siècle, aux Folies-Bergère, les danseuses ôtaient doucement leur costume pour créer un certain érotisme et dans la revue Pourvu qu’on rigole  en 1890, au cabaret Divan Japonais dirigé par l’auteur et critique de théâtre Edouard-Fournier, a sans doute eu lieu le premier strip-tease…
Encore très en vogue à Paris dans les années cinquante, malgré les foudres de l’église catholique, il reste à l’état de survivance et ne fait plus tellement recette à l’heure où n’importe qui peut voir des images porno sur son smartphone. Restent quelques clubs où le strip-tease est le plus souvent associé à de petites chorégraphies érotiques sur un pôle-danse où une jeune femme en « body » s’enroule autour d’une
barre verticale en faisant de remarquables acrobaties. Un exercice très physique qui, au XIIème siècle, était déjà pratiqué… par des moines en Inde.

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Nous sommes invités à descendre sur la scène par un escalier de service où il y a des petites lampes dans les angles diffusant une lumière douce, de légers tulles de couleur un peu partout, un tableau ancien représentant une femme nue. En bas, un beau piano à queue sans pianiste diffuse une musique douce…
Julie Benegmos et Marion Coutarel nous invitent à nous asseoir sur les banquettes  de la salle, ou sur quelques rangées de chaises disposées côté jardin sur le plateau que semblent préférer les plus jeunes des spectateurs. Côté cour, quelques chaises devant des «miroirs» encadré d’ampoules comme dans les loges d’acteurs, qui feront office d’écran, et un mât de pôle-danse placé sur un tapis rond…
Les actrices vont 
en trois étapes immersives (sic) , proposer au public d’entrer peu à peu dans la peau des strip-teaseuses en mêlant fiction, récit autobiographique et courts témoignages de cinq jeunes ou moins jeunes femmes ayant un temps travaillé dans ce milieu particulier que nous verrons en vidéo.

A la fin, on proposera au public d’aller sur les banquettes de la salle et se coiffer d’un casque pour se mettre dans le corps et la tête de ces professionnelles Julie Benegmos et Marion Coutarel ont une très bonne diction et une gestuelle impeccables pour nous parler strip-tease. mais bien entendu, il n’y en aura aucun véritable numéro, sauf quand l’une d’elles juste éclairée par quelques bougies ôtera soutien-gorge et slip noirs. Et, à l’extrême fin, le public aura droit à un court moment de pôle-danse. Un spectacle à la scénographie très soignée d’Aneymone Wilhelm, intelligemment éclairé par Maurice Fouilhé. Mais, petit, ou plutôt gros problème, la dramaturgie et le texte n’ont rien de convaincant. Les témoignages vidéo, même pas très bien dits, sont eux plus vivants. Bref, nous sommes restés un peu sur notre faim…

Philippe du Vignal

Jusqu’au 3 décembre, Théâtre 13 Seine, 30 rue du Chevaleret, Paris (XIIIème). T. : 01 45 88 62 22.

 

L’Amour telle une cathédrale ensevelie, texte et mise en scène de Guy Régis Jr.

 L’Amour telle une cathédrale ensevelie, texte et mise en scène de Guy Régis Jr.  

 Point d’orgue et conclusion du focus sur Haïti des Zébrures d’automne de Limoges (voir Le Théâtre du blog), cette création a emporté l’adhésion du public. Ce deuxième volet de la Trilogie des Dépeuplés* raconte sur une soixantaine d’années, l’exil de familles haïtiennes. Elle met en scène un couple à Montréal (La Mère du Fils intrépide et Le Retraité Mari.) Et  ce Fils intrépide qui va quitter Haïti pour rejoindre sa mère partie de son île pour épouser un retraité canadien rencontré sur un site internet.

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© Christophe Péan

  Des vagues mugissantes lèchent un tulle tendu au premier plan. La mer « sans moisson» selon Homère qui sépare et engloutit. Au fond du plateau sur un praticable surélevé, un couple se dispute. La femme crache sa haine, l’homme essaye de temporiser… Face aux assauts furieux de sa partenaire, l’actrice sénégalaise Nathalie Vairac, Frédéric Fachena (qui sera remplacé dans ce rôle par François Kergoulay) a une capacité de résistance et une pertinence dans ses répliques. Leur dialogue est haché par des noirs secs et, une fois la lumière revenue, leurs corps se figent debout ,ou affalés sur le canapé et les fauteuils.

Ces arrêts sur image donnent un rythme nerveux et saccadé à cette scène de ménage en huis-clos dont nous ne discernons pas aussitôt les enjeux. Le dispositif scénique sophistiqué de Velica Panduru quadrille l’espace avec des écrans où défilent ciels nuageux et ruissellements de pluie. Elle, qui vient du soleil, parle de neige et de froid : « Je hais ton pays dit-elle, (…) Je déteste que tu me touches. Je fais tout cela pour le petit ». « C’est lui qui a fomenté tout ça, réplique l’époux: “Mère, je te trouverai un mari ! » (…) Tu parles comme une soldate, nous ne sommes plus en guerre. »

 En contrepoint de cette lutte intime, des ombres s’agitent à l’avant-scène avec des images de bateaux chargés de migrants quittant Haïti et d’autres venus de tous les continents. Ces images mêlées à quelques films d’archives sont comme des clins d’œil à l’exil qui frappe Haïti depuis toujours…  Un chœur  lyrique s’élève, accompagnant le chant du  Fils (le comédien et ténor Dérilon Fils) qui s’apprête à prendre la mer, parmi d’autres migrants…
Au solo du jeune Intrépide, répondent les passagers du bateau sur d’autres tons: soprano, mezzo-soprano, basse-baryton. Les voix se mêlent en français et créole pour dire les risques du voyage: « Sur la mer nous allés, sur la mer nous finir ! », dit le refrain…  « Canada ! Canada ! » scandent les chanteurs. Nous entendons aussi les plaintes le de ceux qui restent : « Un bateau a coulé, il faut prier… » « Mon fils est mort et moi, je ne puis l’enterrer »… « L’amour est tombé en miettes comme une cathédrale en tremblement de terre. Pleurez madame, votre enfant, votre mari. »

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© Christophe Péan

 Une invocation à Poséidon, le dieu grec de la mer, ancre définitivement la pièce dans la tragédie, avec des images de film tournées par Fatoumata Bathily et Guy Régis Jr., et des extraits du documentaire Fuocoammare, par-delà Lampedusa de Gianfranco Rosi. Un beau moment de théâtre musical composé par Amos Coulanges avec polyphonies baroques, oratorios et rythmes populaires haïtiens.
Cette envolée lyrique contraste avec les sonorités claires de la guitare classique ponctuant les rapports orageux du couple. 
Quand le chœur se disperse, la Mère, qui n’a plus de nouvelles de son fils depuis deux mois, s’effondre et s’avance pour un long lamento, un cri de rage et de douleur. Un saisissant final.

«J’ai écrit cette pièce en pensant profondément à ces voyages qui disloquent les liens familiaux. Car il s’agit bien, lors de ces inénarrables départs, de familles disloquées, dit Guy Régis Jr.  Cette histoire n’est pas seulement celle des Haïtiens.» L’Amour telle une cathédrale ensevelie ne sombre jamais dans le pathos, sans pour autant faire l’économie de l’émotion, et l’auteur réussit une mise en scène en images, et en musique qui donne à son écriture l’ampleur d’une tragédie. Celle bien réelle de ces milliers d’intrépides qui s’embarquent pour des eldorados illusoires.

 Mireille Davidovici

Spectacle vu le 1er octobre au Théâtre de l’Union, à Limoges. Dans le cadre de Zébrures d’automne/ Les Francophonies des écritures à la scène, 11 avenue du Général de Gaulle, Limoges (Haute-Vienne). T. :05 55 33 33 67

 Du 11 novembre au 11 décembre, Théâtre de la Tempête, Cartoucherie de Vincennes. T. :01 43 26 36 36

* La Trilogie des dépeuplés est publiée aux Solitaires Intempestifs.
Dans le premier volet, Étalé deux pieds devant (Le Père), une veillée accueille le cercueil d’un père, parti voilà des années aux États-Unis. Et dans le troisième volet Si à la mort de notre mère ,des années plus tard, la mère malade décide de rentrer au pays. À son chevet, le fils mal aimé, l’aîné, le Grand Frère hanté par le rêve de partir…

Poison 1 et 2 et 3 et Trahison et Antipoison ou Poison 4 conception, écriture et mise en scène d’Adeline Rosenstein

 Poison 1 et 2 et 3 et Trahison et Antipoison ou Poison 4, conception, écriture et mise en scène d’Adeline Rosenstein

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© Pierre Gondard

 Nous avions vu l’an passé, au festival de Marseille, le triptyque Poison 1,2,3 de ce laboratoire: un chantier documentaire où la metteuse en scène abordait la répression des mouvements d’indépendance (voir Le Théâtre du blog). Selon elle, aujourd’hui comme hier, les puissants sont plus forts et on a beau ruser pour saper le système, bien souvent, il vous dévore. Des compromis, à la trahison, il n’y a qu’un pas et finalement, on se retrouve de l’autre bord! Le Pouvoir a ses stratégies : le poison, une traîtrise instillée à petites doses dans les groupes rebelles, à coups d’intimidation physique et psychologique, propagande, corruption… Et bien peu de héros échappent à cette sape.

Avec ce laboratoire, Adeline Rosenstein réinterroge aussi l’héroïsme à l’aune de l’histoire officielle qui a tu l’activité des combattants de l’ombre, souvent des femmes. Elle montre quels sont ces processus, documents historiques à l’appui, mais surtout -ce qui fait l’originalité de son travail-  avec des moyens scéniques simples. Formée au travail de clown par Pierre Dubey à Genève, l’artiste suisse, aujourd’hui à Bruxelles, a appris la puissance du langage corporel. Et, à la complexité de l’Histoire, elle répond par une dialectique implacable et invente un théâtre de petits gestes. Les acteurs entrent ainsi avec légèreté dans la peau de héros mais aussi de traîtres ou demi-sel, avec des attitudes plus parlantes que les mots et des clichés pris sur le vif.

Ici aucun décor ni costume. Ils entrent dans les jeux de rôles que la metteuse en scène dirige en marge du plateau. A partir de témoignages, enquêtes historiques, documents d’archives, elle les installe dans des situations concrètes et décortique les postures qu’on adopte face à l’ennemi, et comment celui-ci réplique. Tout en analysant les rapports de force entre pouvoir et rébellion, la metteuse en scène dit aussi ses doutes quant à l’objectivité et à l’honnêteté d’une reconstitution théâtrale….

 Le spectacle programmé conjointement par les Théâtres de la Criée et du Gymnase à Marseille, adjoint un dernier opus à cette aventure artistique commencée en 2015. En première partie, des extraits des trois premiers volets de Laboratoire Poison. On y voit la trahison de certains militants du parti communiste belge, sous la torture et autres stratégies d’intimidation de la Gestapo et l’héroïsme de certains autres. Le parcours d’anciens héros de la Résistance française, devenus tortionnaires en Algérie. Ou l’arrivée au pouvoir de Patrice Lumumba son assassinat, par ses compagnons de lutte, soudoyés par les Belges et les Américains…

 Antipoison ou Poison 4 se penche plus précisément sur la part des femmes, grandes oubliées de l’Histoire, avec les figures de résistantes du PAIGC (Partido Africano da Independência da Guiné e Cabo Verde) et leur rôle dans la lutte de libération du Cap-Vert et de la Guinée-Bissau. L’équipe s’est rendue sur place pour recueillir des témoignages sur les compagnes de lutte d’Amilcar Cabral, héro célébré, assassiné par des membres de la branche militaire du PAIGC, en lien avec les autorités portugaises, six mois avant l’indépendance de la Guinée-Bissau en 1974.

Quid de Titina Sila, tombée sous les balles portugaises, d’Ana-Maria Soares, de Teodora Inacia Gomes et des autres? Des Guinéennes ou Cap-Verdiennes, témoins directs ou indirects des événements, ont en donné leur version et sont jouées ici par des comédiennes africaines en langue locale, en portugais ou créole, avec sous-titrages. Adeline Rosenstein complexifie le propos en soulignant que la traduction est une couche supplémentaire de trahison. Mais on s’y perd un peu…

Dans cette traversée de trois heures trente, les onze interprètes se prêtent à ces démonstrations orchestrées par la metteuse en scène, décrypteuse et révélatrice d’une geste historique souvent passée sous silence. Elle leur demande de représenter, par un regard torve ou franc, une posture tranchée ou incertaine, un positionnement dans l’espace, sous des éclairages héroïsant ou dramatisant, non pas des personnages, mais des figures en action Comme des enfants jouant à la guerre avec des fusils de bois, ils prennent plaisir à mimer actes de bravoure, violence et trahison. Et le public partage l’humeur ludique et l’intelligence pétillante des acteurs de ce laboratoire qui met aussi le théâtre en question…

 Mireille Davidovici

 Spectacle vu le 12 octobre à la Belle de Mai, hors les murs du Théâtre de la Criée, 30 quai de Rive-Neuve, Marseille (Bouches-du Rhône) T. : 04 91 54 70 54.

 Les 18 et 19 octobre, La Comédie de Valence (Drôme) et les 20 et 21 octobre, Le Liberté-Scène nationale de Toulon (Var).

Du 16 au 18 novembre, Théâtre des 13 Vents, Montpellier (Hérault).

Du 9 au 12 mars, Théâtre Varia-Rideau de Bruxelles (Belgique) ; du 16 au 18 mars T2G de Gennevilliers (Hauts-de-Seine) et du 22 au 25 mars, Théâtre Vidy-Lausanne (Suisse).

 

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