Entretien avec Anne Théron


Photo : Jean-Louis Fernandez

Photo : Jean-Louis Fernandez


Entretien avec Anne Théron

Elle est romancière, dramaturge, scénariste mais aussi metteuse en scène. Passionnée par l’écriture dite «de plateau », elle a fondé la compagnie Les Productions Merlin avec laquelle elle crée des « objets » avec recherches sur le corps, la vidéo et le son.  Elle créera Condor de Frédéric Vossier au prochain festival d’Avignon s’il n’est pas annulé (voir Le Théâtre du Blog) mais de toute façon en septembre à la MC93 de Bobigny.

Artiste associée au Théâtre National de Strasbourg, Anne Théron met en scène cette pièce portant sur les temps de triste mémoire quand sévissaient des dictatures militaires en Amérique Latine, des années soixante-dix à quatre vingt. L’opération Condor, organisée par leurs services de sécurité et de renseignements, anéantissait patiemment et irréversiblement tous les opposants au régime.

C’était une initiative du gouvernement militaire de Pinochet au Chili : tortures puis tueries,  auquel participa l’Argentine avec les très violents et efficaces sbires de Videla, le Brésil, la Bolivie, l’Uruguay et le Paraguay. Frédéric Vossier  se pose la question de l’impossible liquidation de ce passé avec ses milliers de victimes sans doute massacrées et à jamais disparues. Anna, ancienne militante engagée au Brésil contre l’oppression, affronte aujourd’hui Paul son frère indigne, jadis serviteur zélé de la dictature (Frédéric Leidgens). Mireille Herbstmeyer incarne celle qui n’oublie pas.

 - Condor pose la question de la mémoire blessée. Comment se passe, en cette crise sanitaire, votre travail de metteuse en scène ?

 -A.T. On veut entrer sur le plateau avec des valises de sons et de lumières! Mais la construction du décor a dû être interrompue et il a fallu installer des leurres pour pallier les manques. J’ai la chance d’avoir une belle équipe : le spectacle à partir du texte en creux de Frédéric Vossier, est complexe et exige de nombreux effets spéciaux. On avance ensemble, heureusement on se connaît  très bien…
 
Barbara Kraft, directrice artistique de ma compagnie depuis vingt-cinq ans, est scénographe et costumière au cinéma, et depuis quinze années que je fais du théâtre, elle invente décors et costumes. Benoît Théron, mon frère, est créateur lumière, Varaniac Quard, créateur vidéo et régisseur général. Chaque spectacle est préparé en amont à l’extrême, habitude qui me vient du cinéma. A la trace (voir Le Théâtre du Blog) avait exigé des mois de préparation, avec des moments de tournage et je remercie au passage l’accueil chaleureux du Théâtre National de Strasbourg et de Stanislas Nordey avec qui j’entretiens d’excellents liens de travail.

 -Quelles sont vos méthodes d’appréhension de la scène ?

 A.T.  Dès qu’on arrive sur un plateau, pour chaque projet, on sait ce qu’on veut, du point de vue dramaturgique et de l’écriture. La dramaturgie fait entendre ce que le texte ne dit pas ; or, je pars du texte, le fondement du spectacle, afin qu’on l’entende pleinement. Et ce qui me passionne dans ce travail, c’est faire entendre cet intertexte secret entre l’écriture et la scène, en révéler le mystère, la fiction et l’imaginaire. Une façon encore de donner sa libre expression au silence du texte de Frédéric Vossier.

 -Quels sont les enjeux du spectacle?

 A. T. Exposer, avant tout, le traumatisme de cette femme, Anna, mutique en général depuis que sa vie s’est arrêtée, sans doute au moment des séances de tortures, supplices et viols des forces militaires. Le sentiment intérieur d’Anna prédomine et il faut faire entendre ce que la parole tue peut dégager d’effroi dans un silence symbolique assourdissant : une sensation de vertige et de vide intime. Le spectacle dévoile en fait  le cheminement d’un cauchemar psychique et politique.

 -Comment la scénographie participe-t-elle à la confrontation avec l’horreur ?

 A.T.  Cela se passe dans l‘appartement du frère d’Anna. Or, nous sommes dans un bunker éventré, à l’intérieur de la boîte crânienne de cette femme. Un encastrement dans le sable d’une dune, un paysage rappelant le Brésil que ce frère et cette sœur ont quitté depuis longtemps. Quarante ans plus tard, ils se retrouvent de chaque côté de cet immense précipice qu’est la mémoire existentielle.
Pour elle, c’est un traître, collaborateur de la répression, à la fois visage de l’impensable et caméra de surveillance : emblèmes d’enfermement des dictatures. Le dialogue est-il possible entre elle et lui qui, enfant déjà, tirait sur  les oiseaux pour en rapporter les dépouilles, comme l’écrit Frédéric Vossier?

 -A.T.  Frédéric Leidgens, à la douceur paradoxale et inquiétante, incarne à merveille cet ex-prédateur, soumis à des pulsions, à des expériences-limite, errant sans fin dans la nuit. Il répond évasivement aux questions d’Anna, portée par l’autorité naturelle de Mireille Herbstmayer. Cette sœur ne sait plus où sont les tombes parentales et le deuil lui est donc impossible…
Elle tente de revenir aux années soixante-quinze, quand elle était une résistante, et lui, un franc bourreau. Le public assiste à des brisures dans les propos disjoints, à des gestes esquissés : une floraison d’images hallucinatoires. Et la nuit d’horreur resurgit, pour que Paul accède enfin à la conscience de ses actes.

 -Que se dégage-t-il de ce théâtre existentiel et politique ?

 -A.T.  On vit cet emportement dans l’hallucination pour s’engouffrer dans les passages secrets dessinés par les lumières et les sons, comme envoûté par des images non perceptibles, des sensations de violence et d’étrangeté. On s’immisce dans la peur, les fantasmes, les divagations et les illusions, on éprouve un état confus d’emprisonnement dans les cris et les ombres – bruits d’hélico et  de vagues sur le rivage.
Condor pose la question de la mémoire blessée. Le spectacle interroge encore le Mal et la probabilité de grandir si différemment dans une même famille mais laisse ouverte la question de la maternité, du poids de l’amour de la mère et du rôle des femmes dans l’éducation. Reste en majesté la vitalité désespérée d’une femme qui se bat contre l’anéantissement, forte de sa résilience quand elle est apte à tenir le coup, surmontant l’expérience douloureuse et ultime d’être au monde.

 -Que peut-il advenir de cet enfer esthétiquement recréé ?

 -A.T  La difficulté de tout existence tient à ce partage subtil entre réalité et fiction, entre politique et famille, entre amour et haine. Et, parallèlement, je tiens à la corporéité des interprètes sur le plateau: elle prend ici tout son sens et je couds plastiquement la mise en scène autour des corps des acteurs dans leur singularité. Thierry Thieû Niang fait évoluer cette danse macabre à l’intérieur d’un tunnel labyrinthique de songes et d’émotions.
Dans la noirceur de ce parcours existe peut-être, tout au bout, une lumière… La fiction revient à aborder un ailleurs : le monde où je suis née ne m’a jamais convenu, et comme metteuse en scène, j’essaye d’inventer quelque chose qui puisse atteindre à la beauté…

 Propos recueillis par Véronique Hotte

Festival d’Avignon, Théâtre Benoît XII, du 5 au 12 juillet  (sous réserves).

MC93-Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis, Bobigny en septembre.
Théâtre Olympia -Centre Dramatique National de Tours, en octobre.

Le texte est publié aux Solitaires intempestifs.

 


Archives pour la catégorie critique

Race et Théâtre/Un impensé politique de Sylvie Chalaye

Race et Théâtre / Un impensé politique de Sylvie Chalaye

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 Pourquoi les scènes contemporaines en France ne sont-elles pas le reflet chromatique de la société ? Pourquoi les comédien.ne.s noir.e.s sont-ils si peu distribué.e.s ? Les rôles se définissent-ils  par la couleur de la peau ou par le talent de l’acteur? Les artistes non blancs se sont engagés, depuis une vingtaine d’année, dans pluiseurs actions pour faire entendre les préjugés et le racisme dont ils sont victimes. L’an passé, des manifestants ont empêché la compagnie Démodocos de jouer Les Suppliantes d’Eschyle au grand Amphithéâtre de la Sorbonne en raison d’une mise en scène « racialiste», où les Danaïdes étaient représentées par des comédiennes blanches au visage maquillé en noir. Sylvie Chalaye, anthropologue et historienne des représentations de l’Afrique et du monde noir dans les arts du spectacle, aborde ces épineuses questions et les situe dans un contexte  sociétal, historique et politique :  « Être racisé, ou ethnicisé c’est être réduit à sa couleur de peau et assigné au rôle du Noir, de l’Africain. C’est aussi être exclu du récit national. » (…) « Comme si les Indépendances avaient suscité l’amnésie d’une histoire commune. »

cyrano_sorano3Il faut d’abord revenir un peu en arrière. A-t-on oublié, entre autres exemples, qu’en 1952, Jean Vilar engageait Daniel Sorano, métis franco-sénégalais, et que Jean-Marie Serreau, adepte d’un théâtre babélien intégrant des acteurs de toutes origines, monta Homme pour Homme de Bertolt Brecht avec Bachir Touré, lui aussi franco-sénégalais. Ou que Roger Blin confia le rôle de Dom Juan au Guadeloupéen Robert Liensol ? Mais, note Sylvie Chalaye, dès les années soixante-dix, avec la montée du nationalisme, l’acteur noir se met à incarner l’immigré, l’étranger et commence à “faire signe“ dans les distributions. On laisse aussi entendre, comme Jean-Pierre Miquel, pourtant directeur du Conservatoire National d’art dramatique, que les acteurs non blancs n’auraient pas d’avenir dans le paysage français. Seuls l’Anglais Peter Brook et Bernard Marie Koltès font exception. Et Pierre Debauche créa, en 1984, le Festival des Francophonies de Limoges ouvert aux théâtre d’Afrique et d’outre-mer. Avec le danger que les espaces francophones à l’instar de la Chapelle du Verbe incarné au Festival d’Avignon, deviennent des “enclos“, des « entre-soi d’à-côté “…

Autre aspect: l’acteur noir doit assumer la figure de l’Etranger, de l’Autre (souvent maléfique), mais aussi une aura héritée malgré lui de l’histoire coloniale, au point d’aveugler les spectateurs qui ne voient plus que le Noir et non l’acteur. « Quand serons- nous banales ?  » s’exclame Aïssa Maïga dans Noire n’est pas mon métier* : «Je suis née en France, je suis française. Mais j’ai conscience que quand j’interprète un personnage de Racine, Corneille ou Molière, cela brouille les spectateurs, on se demande pourquoi je suis là. » Pourtant les héroïnes noires ne manquent pas : Phèdre, Andromaque ou Cléopâtre… Seulement, il n’était pas envisageable alors de les porter à la scène dans leur “altérité ». « Quand on ne voit que le Noir, dit Sylvie Chalayae, c’est l’acteur qu’on assassine ». La carnation n’est pas l’incarnation et il faudrait  faire abstraction de la couleur. Est-ce possible ?

 Dans Le Blackface ou l’invention du nègre spectacle, elle aborde la pratique, issue d’une tradition clownesque raciste aux Etats-Unis, qui consiste à  se grimer en «nègre » et  à se barbouiller le visage de noir, pour caricaturer les esclaves qui se divertissaient dans les plantations en imitant les Blancs : « Non contents de s’approprier une forme artistique, les Blancs la détournaient et n’en ont retenu ni la portée satirique ni le caractère subversif. » Aujourd’hui, cette mascarade est condamnée aux Etats-Unis et en France, et très mal perçue par les acteurs et le public afro-descendants. Pour eux, travestir un acteur blanc en Noir est un aberration et mène à une désappropriation de leur propre histoire.

 Sylvie Chalaye dans Sortir de l’enclos souligne qu’ au XXI e siècle, le public a changé et qu »il serait temps que le théâtre reflète mieux la société dans laquelle il exerce. Il doit  s’ouvrir à la diversité sur les plateaux mais aussi hors scène en convoquant, auteurs, artistes, salariés issus de la diversité. Et bien entendu aller vers de nouveaux publics…. Il y a du pain sur la planche !

 Mais ce livre se veut optimiste : « Penser la race au théâtre ce n’est pas chercher à ne pas la voir, c’est désapprendre à l’identifier pour mieux apprendre à jouer ensemble autrement et à déjouer les imaginaires coloniaux qui se sont construit sur son invention ». S’il y a encore du chemin à faire, le monde du théâtre a une responsabilité dans la fabrication des stéréotypes et cet ouvrage peut y aider. Sylvie Chalaye fait le tour d’une question complexe et le théâtre étant «un miroir tendu au monde », son essai alimentera sans aucun doute une réflexion plus globale.

 Mireille Davidovici

 Race et Théâtre, Actes Sud-Papiers 2020 16 € Disponible en livre numérique

 *Noire n’est pas mon métier d’Aissa Maïga, éditions Le Seuil (2018.)

Au Creux de l’oreille, les poissons pilotes de la Colline

 Au Creux de l’oreille, les poissons pilotes de la Colline

Une très belle façon de continuer de vivre la culture en période de confinement. Loin de l’exposition médiatique de certains médecins passés des salles de garde aux plateaux de télévision, des comédiens connus ou pas, dans un total anonymat, lisent des textes à l’oreille de leurs interlocuteurs. Cela nous rappelle le titre d’une célèbre émission radiophonique de France-Inter, L’Oreille en coin.

Il suffit de s’inscrire sur le site du Théâtre de la Colline ; pour l’instant plusieurs créneaux sont encore disponibles, jusqu’au 17 avril. Un message email et sms vous confirme votre rendez-vous, qui, pour notre part, a duré trente minutes.

Lucie, une élève comédienne, me téléphone et me propose trois textes au choix , Le Discours au congrès de la paix de 1849 de Victor Hugo, La Madeleine de Marcel Proust, extrait d’À la recherche du Temps Perdu et un texte de Peter Handke. Je demande les deux premiers: ils prennent une dimension surréaliste dans une période où nos sociétés dites modernes sont en pleine autodestruction. J’entends la jeune voix de Lucie et cela me rappelle les longues nuits d’archives littéraires et théâtrales quand, adolescent, j’écoutais France-Culture au creux de mon lit. Plus qu’une lecture c’est réellement une conversation : la lectrice et moi, sans nous voir, découvrons un pan de nos vies réelles ou imaginaires. Lucie le confesse, quelquefois ces rencontres peuvent être très émouvantes et prendre un tour intimiste quand, au bout du téléphone, elle parle avec un couple de personnes âgées. Ces gens, plus fragiles, étant la cible privilégiée de ce virus mortel.

Merci à Wajdi Mouawad, directeur du Théâtre de la Colline, d’avoir eu cette initiative, comme  Emmanuel Demarcy-Mota, directeur du Théâtre de la Ville avec les Consultations poétiques par téléphone, une manifestation équivalente. Inscrivez-vous pour vivre un moment unique !

Jean Couturier

 https://www.colline.fr/spectacles/les-poissons-pilotes-de-la-colline

        

Adieu Jean-Laurent Cochet

Adieu Jean-Laurent Cochet
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Capture Youtube/France 3
Cet acteur passé par la Comédie-Française où il fut un temps pensionnaire dans les années soixante, est mort aujourd’hui à quatre-vingt cinq ans du coronavirus. Il avait réalisé de nombreuses mises en scène et beaucoup joué.

Mais il est surtout connu pour avoir créé un cours où il aura été le professeur de nombreux acteurs et notamment… de  Gérard Depardieu, Isabelle Huppert, Richard Berry, Bernard Giraudeau, Fabrice Luchini, Emmanuelle Béart, Daniel Auteuil. Il était réputé pour sa pédagogie et sa rigueur technique, loin de toute effet de style.

« J’ai eu la chance, dit Fabrice Luchini, d’apprendre le métier: il fallait travailler le passage de texte, et pas la confidence personnelle. On devait d’abord apprendre à articuler pendant des heures. »   Sans lui, le théâtre comme le cinéma français aujourd’hui en deuil ne seraient sans doute pas les mêmes…

Il a écrit un bon livre sur  L’Art et la Technique du comédien, comme un supplément d’âme (*) où il parle avec intelligence de la création de personnages emblématiques du théâtre français comme Don Juan ou Figaro et du jeu. 

Philippe du Vignal



Et le festival d’Avignon ?

 

Et le festival d’Avignon ?

“Aucun élément objectif ne nous permet de prendre la décision d’annuler le Festival d’Avignon 2020” disait encore curieusement hier Olivier Py. Bizarrre, vous avez dit bizarre?
Ce matin à France-Inter, Olivier Py  se voulait rassurant et optimiste, puisque disait-il, on peut encore espérer que le festival ait bien lieu comme prévu du 3 au 23 juillet. Comme le festival d’Aix-en-Provence ou Les Nuits de Fourvière. Il doit annoncer sa programmation aujourd’hui à 14 h. Mais il a vite botté en touche et répété plusieurs fois que, si les autorités sanitaires le décident et si le confinement ne cessait pas le 15 mai, le festival serait annulé. Dans ce cas, il a aussi rappelé que toute l’économie locale en subirait le choc. D’après les chiffres en sa possession, le retour annuel en termes financiers de cette manifestation artistique est de l’ordre de cent millions.

Mais a-t-il encore martelé, comme s’il cherchait surtout à s’en convaincre lui-même, les conditions nécessaires pour que le festival ait encore lieu, sont encore possibles et il en détaillera bien le programme cet après-midi. Aucun des artistes ne lui a dit que leur spectacle n’était pas envisageable. Le 21 avril, dit-il, aura lieu le Conseil d’administration du festival avec ses membres mais par skype. Il n’a pas exclu des solutions -ce qui nous parait difficile- comme la réduction de la jauge de la Cour d’Honneur ou le report des dates… Du off, il a peu parlé mais de toute façon, on voit mal exister un off dans le in. C’est un tout depuis plus de quarante ans…Olivier Py a  dit aussi qu’il faudrait selon lui, un moratoire nécessaire concernant la gestion des artistes et techniciens intermittents mais aussi des mesures pour les compagnies qui vont être durement touchées par cette crise sans précédent..Reste que pleuvent aussi à l’étranger, les annulations de festivals comme le off d’Edimbourg, Bayreuth, etc. Même constat chez nos amis belges, Festival In Movement, Legs, Kunstenfestivaldesarts, D Festival, Brussels Dance, sont supprimés. La Ministre de la Culture, Bénédicte Linard, a préconisé un report des dates mais… la saison 2020-2021 est déjà bouclée.

Chez nous, le Ministère de la Culture dont, rappelons-le, son représentant Frank Riester a été atteint par le coronavirus et l’Elysée ne semblent guère pressés d’annoncer quoi que ce soit… Bien entendu, s’il y a annulation, tous les commerces, en particulier les hôtels, restaurants et supermarchés, grandes enseignes de bricolage d’Avignon et de la région, comme les particuliers qui louent à prix d’or appartements et salles de spectacle,  font déjà grise mine.  Bernard Faivre d’Arcier, alors directeur en 2003, avait dû prendre la seule décision possible: annuler le festival à cause de la grève des intermittents. Cela plomba les finances des compagnies mais cette grande fête internationale du théâtre, que l’on en sache, s’en est remise….

On est en avril et juillet arrive à grands pas. La sagesse serait de renoncer  aux festivals et événements de cet été. Alors que les radios ne cessent de recommander les gestes-barrière, comment imaginer en effet par les temps qui courent, des dizaines de milliers de personnes, spectateurs, artistes, techniciens, gens de théâtre comme circassiens, tous les uns sur les autres dans les rues étroites de cette ville où il est souvent difficile de passer?

Guy-Pierre Couleau, le président du syndicat national des metteurs en Scène a écrit à Franck Riester, pour lui demander de « communiquer des précisions relatives d’une part, à la question du maintien du festival d’Avignon et, le cas échéant, aux modalités techniques de prise en charge des répercussions économiques engendrées par tout aménagement de la tenue de celui-ci.”

Qui peut dire ce qu’il en sera de ce fléau dans à peine trois mois? Et comment les artistes pourront-il répéter auparavant dans les lieux comme les lycées et lieux d’enseignement dévolus aux spectacles, qui seront occupés par les élèves jusqu’au début juillet? Et que le déconfinement est prévu au minimum pas avant le 15 mai? Comment être sûr que la Cour d’Honneur pourra être aménagée à temps (il y faut au minimum trois semaines!)? Et y aura-t-il assez de temps pour les répétitions? Bref, bien peu de certitudes….

Quelle est au juste la position du Premier ministre et celui de la Santé? Et dans le domaine de ce qu’on appelle les arts de la rue à Avignon et ailleurs, on voit mal se dessiner les choses… Comment pourraient avoir lieu entre autres,  les festivals d’Aurillac ou de Châlons avec des dizaines de milliers de spectateurs déambulant au coude à coude… Tous masqués? Philippe Le Gal, directeur du Carré Magique, Pôle National des Arts du Cirque en Bretagne, a eu le courage de dire clairement les choses: «Au regard de l’investissement que représentent les festivals d’été pour les compagnies de cirque, il me semble que la meilleure solution est leur annulation. »

Tout se passe comme si on comptait encore sur un miracle mais Emmanuel Macron est bien placé pour savoir qu’en matière politique et sanitaire, cela n’existe pas. Gouverner c’est prévoir… Attendons demain mais on voit mal comment Olivier Py pourrait annoncer  le maintien du festival d’Avignon! Et il ne peut y avoir bien entendu de report. A temps exceptionnels, il faut prendre des mesures exceptionnelles… Même confinée comme les autres, l’équipe du Théâtre du Blog vous  tiendra au courant et, au passage, merci de votre fidélité: cela fait toujours du bien par où cela passe, comme disait Monseigneur Marty…

Philippe du Vignal

Entretien avec Didier Deschamps

 Entretien avec Didier Deschamps

Didier Deschamps

« Il y a plusieurs années il me semblait, dit celui qui dirige Chaillot Théâtre National  de la danse, qu’il se préparait quelque chose de grave pour nos sociétés: marginalisation sociale, montée des nationalismes, replis sur soi de certains pays, nouvelles formes d’exclusion…  Et un désastre écologique s’annonçait. Beaucoup d’artistes sont sensibles à cela, comme Tatiana Julien ou Lia Rodrigues Mais je n’avais pas imaginé que tout se précipiterait avec l’apparition de ce virus.

«Nos choix de société n’ont pas pris en compte les besoins des soignants, l’importance des transports, les lieux de fabrications de nos produits vitaux comme les médicaments. A force de traumatiser la nature, les désastres se sont accumulés et il faut repenser pleinement nos modèles de société.

Nous avions intitulé l’éditorial de notre prochaine saison L’Instant d’avant ! Penser à ce qui se passe avant : sur le plateau, par exemple, et à l’après de cette crise. Tout doit être redéfini sur le plan politique, sociétal et artistique. Il faut le faire avec calme, sans se précipiter sur des solutions faciles d’isolationnisme comme en Hongrie aujourd’hui. Quel monde voulons nous ? Nous avons accumulé des faiblesses qui se sont décuplées à l’arrivée du virus. Nous sommes, face à cette crise, à un niveau d’impréparation phénoménal. »

Pendant le confinement actuel, Chaillot Théâtre national de la danse vous propose de découvrir, sur  son site Chaillot chez vous, des œuvres ou portraits d Ohad Naharin, Trisha Brown, Saburo Teshigawara…  »

Entretien téléphonique réalisé par Jean Couturier

https://theatre-chaillot.fr/fr/chaillotchezvous

Entretien avec Olivier Meyer

 

Entretien avec Olivier Meyer


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Le directeur du Théâtre de Suresnes Jean-Vilar, créateur du festival Suresnes Cités Danse, nous a livré ses  réflexions à propos de sa très courte saison « pour cause de travaux et de virus » !

 « Lundi 3 février : jour de fête, nous inaugurons la nouvelle grande scène. Un rêve de vingt ans se réalise enfin et il est maintenant possible de faire plus encore, comme accueillir la Comédie-Française avec Les Fourberies de Scapin. Quelle joie ! Quelle fierté ! Le théâtre transformé est doté de merveilleuses nouvelles possibilités. »

 «Grâce au travail et à l’engagement de la ville de Suresnes, de l’architecte- scénographe, de l’équipe du théâtre et de centaines d’ouvriers appartenant à dix corps d’entreprise, les très importants et indispensables travaux d’élargissement de la scène et de modernisation de toute la machinerie, ont été terminés dans un délai record de neuf mois! Aucun jour de retard!  Exceptionnel: le théâtre a pu enfin rouvrir. Avec des portes partout, des radars et alarmes partout, des extincteurs et tableaux d’évacuation partout, nous étions plutôt bien protégés contre les risques d’incendie… mais pas contre la contagion au Covid-19.

 « Lundi 16 mars : fermeture du théâtre après six semaines de programmation avec un public enthousiaste et des salles très complètes. Après avoir mesuré les atouts de ce merveilleux outil, nous avons été obligés d’annuler dans un premier temps toutes les représentations de la deuxième quinzaine du mois de mars, puis celles d’avril et sans doute celles de mai et juin. Tout s’était si bien passé et s’annonçait si bien !

 «Maintenant, avec l’équipe confinée à domicile, c’est devenu plus compliqué de travailler ensemble. Cette saison 2019/20 sera donc très probablement réduite à ces six semaines. J’aurais vécu pendant cette période avec notre équipe,  beaucoup d’émotions, de joies et maintenant une tristesse passagère car nous construisons déjà l’avenir avec détermination et bonheur, en préparant pour la réouverture, en septembre, comme nous l’espérons tous, la plus belle, la plus magnifique et la plus passionnante saison dans un théâtre ouvert et bien vivant.  »

 Propos recueillis par Jean Couturier

 Théâtre de Suresnes Jean Vilar, Place Stalingrad,  Suresnes (Hauts-de-Seine) T. : 01 46 97 98 10

www.theatre-suresnes.fr

Les solidarités en route ! Spectateurs, Audiens…

Les solidarités en route !

Spectateurs solidaires 

 Les organisations syndicales, comme le Syndicat national du théâtre privé, appellent, depuis le début de la fermeture des lieux culturels, à la solidarité des publics. Des hashtag circulent : #JeGarde MaPlace ou #SauveTonSpectacle, suggérant aux spectateurs de ne pas demander le remboursement de leurs billets. Mais quelles seront les implications pour la gestion de la billetterie ?

 La Lettre du Spectacle* a recueilli les observations de Pierre-Henri Deballon, directeur général de Weezevent, une plateforme de billetterie informatisée: «Le texte de loi indique qu’en cas d’annulation ou de modification substantielle d’un événement, l’organisateur est tenu de rembourser le billet, sans préciser s’il doit rembourser tout le monde. En général, à ceux qui le demandent. L’entreprise a mis en place différents modules de remboursement pour ses clients. Il accompagne, par exemple, le festival Reperkusound à Lyon dont le directeur Éric Fillion précise que “ jusqu’au 20 juin, nos spectateurs peuvent demander un remboursement intégral ou partiel de leur billet,  et faire un don du montant restant qui ne fera pas l’objet d’un reçu fiscal. Au-delà du 20 juin, les billets seront valables pour l’édition 2021. »

 Dans leurs courriels aux spectateurs, les théâtres proposent de faire don de ces sommes pour les reverser aux artistes. La Lettre du Spectacle cite en exemple Le Zef, Scène Nationale de Marseille, qui reversera le montant des billets non remboursés aux compagnies de la région, même celles qui ne jouaient pas sur son plateau cette saison. Un  geste symbolique, vu les faibles tarifs de la salle, mais qui exprime la solidarité de la directrice Francesca Poloniato-Maugein envers les artistes. Ce qui est le cas de nombreux lieux culturels. 

Audiens solidaire des intermittents

Le groupe de protection sociale du monde de la culture, met en place une aide exceptionnelle pour les artistes ou techniciens intermittents du spectacle qui rencontrent des difficultés sociales et/ou financières importantes. Est prévu un traitement prioritaire et spécifique à ces demandes, qui sont réservées aux artistes ou techniciens qui ont eu plus de cinq jours ou cachets annulés au cours d’un mois civil :  

« En complément des premières annonces faites par les pouvoirs publics, nous avons d’ores et déjà mis en place pour ces intermittents confrontés à des annulations de cachets ou de jours de travail, un formulaire de demande d’aide ponctuelle exceptionnelle, allégé et qui sera traité en priorité. Nous ne pourrons évidemment pas aider tout le monde mais ferons le maximum pour soutenir les professionnels les plus en difficulté. Cette demande peut se faire avec un formulaire à télécharger. Les demandes seront traitées par le service d’action sociale qui reviendra vers eux à partir du mois d’avril pour leur dire s’ils peuvent avoir cette aide. ».

 Aux  entreprises, Audiens propose un report de tout ou partie des cotisations dues en mars jusqu’à trois mois pour la retraite complémentaire. Il n’y aura pas de majoration.

 Mireille Davidovici

*La Lettre du spectacle : http://boncourage.lascene.com/

Audiens https://www.audiens.org/actu/crise-du-coronavirus-covid-19-audiens-se-mobilise-pour-les-intermittents.html

Quelques nouvelles du Théâtre de l’Unité: Hervée de Lafond, Jacques Livchine

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Quelques nouvelles du Théâtre de l’Unité: Hervée de Lafond et Jacques Livchine

 -Cela se passe comment chez vous, Hervée? 

-J’habite Montbéliard et je me donne quelques obligations comme courir -doucement- le matin autour de ma maison environ une demi-heure soit sept tours; à chaque fois que j’en fais un, je mets un petit caillou; comme cela, je suis sûre qu’il y a le compte. Petit rituel quotidien où j’écoute le Jules César de Friedrich Haendel… Et puis, reste tout le boulot administratif qu’il faut bien faire, en particulier comment gérer le report de nos spectacles, voir avec les acteurs s’ils seront libres, etc. en sachant que le rentrée de septembre va être très chargée. Juillet et août me paraissent définitivement cuits et qu’on ne vienne pas me faire croire que des festivals comme Avignon, Châlons-sur Saône ou Aurillac où il y a une grande promiscuité, pourront avoir lieu.

-Et votre équipe?

-Claudine, notre administratrice est très fatiguée, Marcel Zongo un de nos acteurs, est atteint par le corona et au lit;  j’ai eu moi-même une très forte fièvre et une immense fatigue mais bon…  Inutile de dire que Les Ruches, ce stage pour les jeunes que le Théâtre de l’Unité a été annulé et qu’il ne peut y a voir de report, puisque cela se passe chaque année pendant les vacances scolaires.

-Et vous regardez des films?

-Oui, comme tout le monde, du genre cinéma populaire classique: L’Aile ou la Cuisse (1976) de  Claude Zidi avec  Louis de Funès et Coluche, la seule fois où ils ont joué ensemble ou  Inspecteur Labavure aussi de Claude Zidi (1980) avec le trio Dominique Lavanant, Gérard Depardieu et Coluche… L’As des as de Gérard Oury, avec Jean-Paul Belmondo et Marie-France Pisier. Mais aussi une interview d’Ariane Mnouchkine par Fabienne Pascaud.

-Et côté représentations de théâtre, rien?

-J’ai vu la captation d’Occupe-toi d’Amélie de Georges Feydeau, dans la mise en scène d’Isabelle Nanty…à la Comédie-Française:  très décevante. J’écoute la radio: France Inter chaque matin de 7h à 10h et le soir à 19h Jérôme Salomon, le directeur de la Santé…

-Et Montbéliard, c’est comment?

-Comme ailleurs, on ne voit personne dans les rues. Les usines Peugeot étaient fermées mais vont rouvrir  pour fabriquer des respirateurs. Bref, la vie continue et il y a des animaux partout, comme ces canards traversant la place du Capitole à Toulouse….

-Et vous, Jacques Livchine? 

-Comme vous le savez, notre compagnie est installée depuis longtemps à Audincourt, près de Montbéliard, dans une partie de l’usine Japy qui, encore au vingtième siècle fabriquait ses fameuses machines à écrire. Le bureaux, l’accueil  et le lieu de répétition du Théâtre de l’Unité sont bien entendu, complètement fermés. Mais quelqu’un vient arroser les plantes. Les représentations de 2.500 à l’heure ( voir Le Théâtre du Blog) n’auront pas lieu: ce spectacle sur l’histoire du théâtre, nous l’avons déjà joué plus de deux-cent cinquante fois! Alors, disons que cela fait une respiration…

Quant à La Nuit unique (voir Le Théâtre du Blog), nous devions la jouer à Calais, Toulouse… ces prochaines semaines, donc c’est à l’eau. Et quant au  Kapouchnik, notre cabaret mensuel, très populaire à Audincourt,  que vous connaissez bien, les séances de mai et juin sont annulées. Les acteurs et techniciens concernés- intermittents-sont indemnisés mais très peu!

-Et vous, vous faites quoi de tout ce temps imprévu.  

– J’habite une maison dans un tout petit village à quinze minutes d’Audincourt en voiture. Je communique tout le temps avec Hervée qui, elle, habite Montbéliard. Je trie et recopie mes carnets de bord que j’ai commencé à écrire quand le Théâtre de l’Unité était installé à Saint-Quentin-en-Yvelines en 1981. Bizarrement, je m’aperçois que je n’ai pas noté l’essentiel: je parle des jolies filles bronzées que l’on croise, des voyages de tournée, des hôtels… Alors que le Théâtre de l’Unité avait de sérieux ennuis d’argent… Et que je jouais au Loto pour essayer d’en gagner! En 80, j’étais très en colère contre le Ministère de la Culture qui avait refusé d’augmenter notre subvention…

- Et, au quotidien?

  -Ce matin, je vais essayer d’écrire le vide: ce que je fais de minute en minute. Tous les jours, j’écris le vide: courir, descendre l’escalier, aller dans le jardin… Finalement, on s’aperçoit que l’on a vécu toute sa vie pour la raconter!  

- Et les projets? – Nous avons un projet dans le style bien connu du Théâtre du Peuple à Bussang ( Vosges) : faire jouer des comédiens amateurs déjà aguerris : des femmes d’une certain âge, des lycéens, etc.  avec quatre acteurs professionnels.  A suivre.

Philippe du Vignal

L’économie du spectacle face au Coronavirus et l’emploi des intermittents (suite)

 

 L’économie du spectacle face au Coronavirus et l’emploi des intermittents (suite)

 Ce vendredi 27 mars, le Ministère de la Culture publiait des informations pour les employeurs du secteur  face à cette crise : recours à l’activité partielle, droits à indemnisation, conséquences sur le contrat de travail (voir Le Théâtre du Blog). Artcena (Centre national des arts du cirque, de la rue et du théâtre), placé sous le tutelle du ministère de la Culture, se mobilise pour informer les professionnels.

Le Ministère a donné toutes les informations sur le recours à l’activité partielle dans le secteur culturel et sur les mesures prises en faveur des intermittents du spectacle (prise en compte des heures rémunérées et de l’indemnité d’activité partielle dans le calcul de l’affiliation) Et les conseillers juridiques d’Artecena ont mis à jour des fiches et se tiennent à la disposition des artistes et des employeurs.

Fiches : Intermittents du spectacle : les mesures mises en place par le gouvernement

Suspension du contrat de travail et chômage partiel

Le SYNAVI ( Syndicat national des arts vivants) essaye de faire remonter auprès des pouvoirs publics l’inquiétude des compagnies quant à leur avenir immédiat : les festivals d’été et les conséquences de la crise sur la saison prochaine.Les déclarations des ministères seront prises en compte ? Les petites compagnies ne savent pas encore sur quel pied danser…

Né de l’association des regroupements de compagnies qui existaient dans les régions depuis plusieurs années, ce syndicat regroupe près de 400 structures indépendantes fédérées par région (compagnies, collectifs artistiques et outils collectifs dévolus à la création). Le Synavi se coordonne actuellement avec les autres syndicats d’employeurs et de salariés pour parler d’une même voix. Les incertitudes sont d’autant plus grandes qu’on apprend, par la Lettre du spectacle, que le Fringe du Festival d’Edimbourg, le plus grand off du monde qui devait avoir lieu du 7 au 31 août, vient d’être annulé !

L’ European Creative Business Network apprend-on, sur le site d’Artcena, lance une enquête en ligne à l’attention de tous les intervenants du secteur culturel pour définir recommandations et soutiens nécessaires aux décideurs politiques. Cette enquête a commencé le 25 mars et s’adresse à tous les intervenants  pour mesurer l’impact de la crise sanitaire et définir des recommandations communes.

Dans ce contexte de paralysie générale, ECBN s’adresse particulièrement aux organisateurs et agences et leur demande de quelle façon la propagation du COVID-19  les affecte et quelle est l’estimation de leurs  pertes et quelles seraient les mesures les plus pertinentes à mettre en place selon eux pour pallier les effets de la crise?  À partir des réponses reçues qui seront divulguées au grand public, ECBN évaluera les conséquences potentielles de cette pandémie et  fera des recommandations…

A suivre !

Mireille Davidovici

https://www.artcena.fr/actualites/vie-professionnelle/des-precisions-sur-les-dernieres-mesures-du-gouvernement

 juridique@artcena.fr. T. 01 55 28 10 10

 Synavi T. 06 71 81 91 77 / conseil@synavi.org

 

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